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ce document decrit le mode de gestion selon le One best way ou bien l'organisation scientifique du travail
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CHAPITRE 10
LE JUSTE-A-TEMPS
40/1 Origine et principe du Juste-a-Temps
Nous avons déja évoqué la notion de Juste-’-Temps dans les
précédents chapitres. L’origine du Juste-4-Temps (JAT) proctde des
modifications fondamentales dans environnement économique
mondial. En effet, durant les deux derniéres décennies, les exigences
des clients se sont considérablement accrues :
—La variabilité de la demande (en volume et en nature) a aug-
menté : accroissement de la variété de modéles proposés, durée de vie
des produits plus courte, phénoménes de mode qui imposent un renou-
vellement et une adaptation rapides des produits.
—Le client n’accepte plus des délais de plusieurs semaines ou de
plusieurs mois ; il n’est done plus possible de produire & la commande,
Cesta-dire de lancer une fabrication spéciale, mais avec des délais
longs.
—La concurrence internationale impose de livrer une qualité
parfaite & des prix tras bas.
Pour répondre 4 ces nouvelles exigences, il faut un systéme logis-
tique offrant trés peu d’inertie et capable de prendre en cherge une
grande variété sans engendrer des stocks pléthoriques. I! s*agit done
pour les usines de faire face 4 un défit : vendre du « sur-mesure » au
prix dun produit de série. Il faut done produire & la demande du client
sans délai tout en comprimant au maximum le coft complet de
fabrication comme Villustre la figure 10-1.
organisation en vigueur pendant plus d’un demi-siécle n’est pas
adaptée & ces objectifS. Elle a visé le volume plutét que la qualité, elle
a spécialisé les opérateurs au détriment de la flexibilité, elle a fait jouer
les économies d’échelle au détriment des délais, elle a cloisonné les
services et sacrifié la réact298 La planification des opérations
Figure 10-1 — Les origines du Juste-@-Temps
Variabilité de
la demande
Exigence des clients
‘en matiére de délai
Tin'est plus possible Il nest plus possible
de travailler sur stock de travailler a la commande
Tl faut produire
a la demande
sans délai
A faible cofit
Il faut baisser
les cofits de fabrication
Concurrence
mondiale
Lorsqu’on fabrique des produits peu diversifiés en grande série, il
est aisé de mettre en place des lignes de production qui travaillent de
fagon continue sans stock. Mais, dans la plupart des industries, la
production n’est pas suffisamment répétitive pour organiser une chaine
analogue a celle qu’a inventée Henry Ford. C’est [a qu’intervient
Voriginalits du concept JAT: Vidée est de faire circuler le flux
‘comme si le systéme des machines était une chaine alors que physi-
quement les machines restent indépendantes.
Ce systéme recherche ainsi les avantages de la grande série (flux
rapide ct gestion simplifiée) tout en conservant ceux de la petite série
(varigté des références, adaptabilité technique et commerciale,
production de petites quantités personnalisées).
L'impact du JAT, comme nous le verrons plus loin, s'exerce sous
deux angles. D’une part, en faisant circuler un flux rapide, il donne au
systéme productif la réactivité voulue dans un environnement commer~
cial complexe et changeant, D’autre part, l'objectif de rapidité et de
régularité du flux devient le coeur du programme de réduetion des
coiits.Le Juste-i-Temps 299
L’équation fondamentale du Juste-A-Temps est done « Productior
Demande ». Cela signifie que le producteur (ou le transporteur) produit
(ou livre) la quantité strictement nécessaire pour satisfaire au bon
moment les besoins immédiats de son client. Appliqué de proche en
proche [ensemble du systéme logistique, c’est-adire depuis
Pexpédition des commandes aux clients en remontant le long du
processus de fabrication jusqu’aux fournisseurs, ce principe entraine un
fonctionnement sans stock, & l'exception des piéces en cours de
production ou de transport : c’est ce qu’on appelle la gestion « en flux
tendus ».
Ayant énoneé ce principe général, on peut faire trois remarques :
1) Il est fréquent de rencontrer dee usinee qui ne fonctionnent que
partiellement en flux tendus: on peut travailler sans stock dans les
phases terminales du processus de production (oi il y a souvent une
personalisation du produit et donc une grande diversité) alors que les
phases amont (approvisionnements, fabrication des piéces primaires)
travaillent en flux poussés.
2) Les flux de production peuvent étre tirés non par des commandes
clients mais par le plan directeur (c’est-a-dire la politique de stock
anticipation).
3) La mise en ceuvre du Juste-iTemps ne dispense pas de
Pétablissement d’un plan directeur et d’un calcul des besoins. Méme
en travaillant en flux tirés, on doit déterminer les besoins (4 partir des
prévisions et des commandes) pour passer les marchés avec les fournis-
seurs pour les composants 4 longs délais et pour lancer des fabrications
dont le cycle de fabrication est long.
10/2 Les effets du modéle d’organisation traditionnel
Le modéle traditionnel (d"inspiration taylorienne) avait pour objec-
tif essenticl la recherche de la productivité du systéme de production
(pour obtenir des coats de revient les plus bas possible). La recherche
de cet objectif a toujours eu plusieurs conséquences (qui ont toutes
pour effet la constitution de stocks) :
1) Pour réaliser des économies d’ échelle, toutes les fabrications sont
concentrées dans des unités de production de grande taille organisées
en ateliers spécialisés od ’on met en ceuvre des équipements les plus
productifs possibles. II cn résulte des flux A la fois complexes et
discontinus qui entrainent des en-cours importants (chapitres 2 et 3).
2) Pour diminuer le cofit des produits, l’entreprise met en place des
capacités de production qui correspondent la demande moyenne.
Elles sont ainsi saturées en permanence. Mais la demande effective
varie autour de ce niveau moyen, & court terme (selon le rythme de300 La planification des opérations
prise de commande) comme a moyen terme (si la demande est
saisonniére). Les fluctuations de la demande sont absorbées par des
stocks de produits finis.
3) L’usine lance des séries longues de telle sorte que les temps
perdus cumulés lors des changements de série soient faibles par rapport
aux temps productifs. Or, ceux-ci n’ont jamais fait objet d’une atten-
tion spéciale de la part des techniciens. ls sont donc souvent trés longs,
et le paramétre « coiit de lancement » de la formule de Wilson est done
Elevé : ce qui donne des séries économiques de taille importante (ef.
chapitres 5 et 12).
4) Pour diminuer les coiits de manutention interne et de transport
externe, on déplace des quantités importantes (conteneurs entiers,
camions complets) qui ne sont pas consommées immédiatement. Il en
résulte des stocks inter-ateliers volumineux qui _ralentissent
écoulement des produits.
5) On cherche A isoler les diverses unités du systéme logistique les
tunes des autres de telle sorte qu’une variation imprévue ou un incident
dans une unité n°ait pas de répercussion en aval du processus. Pour
cela, on constitue des stocks intermédiaires qui ont pour effet de
découpler les stades de fabrication les uns des autres : une panne de
machine dans un atelier n’arréte pas les autres machines, un lot de
pices présentant des défauts peut étre retouché, un retard de livraison
est absorbé par le stock de matiéres premiéres, une erreur de prévision
est absorbée par le stock de produits finis. Chaque unité est ainsi
censée travailler 4 son rythme optimal sans se soucier du
fonctionnement du reste de Pusine, .
6) La circulation des produits est complexe et les lots sont arrété:
fréquemment (4 occasion des contréles, des entrées en magasin, des
transports). Il en résulte une imprévisibilité des cycles réels. Le
systéme de planification prend en compte ce facteur en eréant des
décalages de sécurité & chaque stade (ef. chapitre 8), ce qui revient 4
constituer des stocks.
7) Le systéme de comptabilité industrielle et de mesure des perfor-
mances refléte cet objectif. L’entreprise est découpée en centres de
responsabilité autonomes. Chaque centre doit obtenir le meilleur
résultat. Le critére qui prévaut encore fréquemment est la productivité
de la main-d’ceuvre directe. Cela conduit & produire méme en l’absence
de demande pour ne pas laisser les ouvriers inactif’, ce qui entraine la
constitution de stocks de marchandises dont l’entreprise n’a pas usage
immeédiat.
Ainsi, le stock est chargé de satisfaire de nombreuses fonctions de
régulation. Puisque chacun trouve, a son niveau, un avantage & accroi-
tre le stock, cela explique que le volume global augmente sans cesse,Le Just
mps 301
malgré tous les efforts des services de planification chargés d’assurer la
coordination des flux. II en résulte des cycles de fabrication longs qu
sont incompatibles avec lobjectif de réactivité qu’impose la nouvelle
stratégie commerciale.
Le Juste-d-Temps constate Pimpossibilité de gérer les stocks de
fagon optimale. Au lieu de les gérer, il propose simplement de batir une
organisation capable de les supprimer.
40/3 Les deux approches du Juste-4-Temps
Deux grandes préoccupations sont actuellement permanentes chez
les responsables industriels : d’une part, augmenter la réactivité du
systéme logistique (livrer sans délai une demande diversifiée), d’autre
part, diminuer le coftt global de production en éliminant les gaspillages
et les opérations inutiles. Elles correspondent & deux visions du JAT,
qui sont comme les deux faces d’une méme pice.
10/3.1 L’augmentation de Ia réactivité du systéme logistique
Dans le premier cas, Pentreprise cherche la réactivité du systéme de
production, c’est-i-dire & fournir une réponse rapide aux variations
quantitatives et qualitatives de la demande.
Pour pouvoir réagir vite, il faut diminuer Pinertie de tout le syst#me
par un raccourcissement des cycles de fabrication. La réduction des
cycles impose une réduction des stocks 4 tous les niveaux :
= les stocks de matiéres premiéres, ce qui suppose que les fournis-
seurs livrent fréquemment,
= les stocks d’en-cours, ce qui suppose de réduire les temps
écoulement dans tous les ateliers,
= les stocks de produits finis, ce qui suppose que I’on puisse changer
tres rapidement de fabrication.
Dans cette optique, Ia réduction des stocks n’est pas un objectif en
soi, mais une conséquence de Ia réduction des cycles (il existe une rela-
tion linéaire entre le cycle et le niveau moyen de stock comme nous
T'avons montré dans le chapitre 3). Faire varier I’un des facteurs revient
4 faire varier autre dans le méme sens et dans la méme proportion.
Mais il est souvent plus facile d’exprimer des objectifs en termes de
réduction de stocks, car les stocks sont plus visibles et plus facilement
contrlables que les délais.
Mais, pour réduire les cycles et done les stocks, il faut éliminer les
raisons qui ont rendu les stocks nécessaires (défauts de qualité, pannes
de machine, temps de réglages longs, etc.). L’amélioration de la perfor-
mance 4 chacun de ces niveaux constitue une condition nécessaire, un
pré-requis, dans le démarche.302 La planification des opérations
10/3.2 La rationalisation de la production
Dans cette seconde approche, le JAT constitue un moyen d’éliminer
les dysfonctionnements et les gaspillages qui existent dans le systéme
de production et, par la, de permettre une amélioration de la perfor-
mance globale de ’entreprise.
Les seuls temps utiles sont ceux pendant lesquels le produit voit sa
valeur ajoutée s’accroitre. Tout le reste est du temps perdu et du
gaspillage. Or les opérations non directement productives sont
nombreuses : déplacer, stocker, déstocker, transvaser, compter, atten-
dre, chercher, grouper, ranger, contréler, trier, détruire, réparer, recom-
mencer, surveiller, ete, Elles n’apportent aucune valeur ajoutée et
engendrent au contraire I’essentiel des colits indirects. Pour tenter de
les supprimer, il faut s’obliger a faire circuler les produits plus vite,
done a diminuer les stocks.
Les défauts, les rebuts, les retouches, les panes de machine provo-
quent des interruptions de la production que seuls des stocks constitués
ue stade peuvent atténuer. Faire baisser les stocks de fagon
volontariste contraint a s’attaquer aux causes de ces dysfonction-
nements,
Selon I’image de Taiichi Ohno, pére de la philosophie du JAT chez
Toyota, on peut comparer les stocks au niveau de ’eau dans une riviere
(fig. 10-2).
Figure 10-2 ~La philosophie du Juste-d-Temps
Niveau
du stock
Lenteur
Retards pele
administrative
Erreurs
Défauts
Dans approche traditionnelle, les responsables considérent que
plus le niveau de I’eau est élevé, plus la navigation est aisée car cela
permet de s’affranchir des risques que présentent les récifs: on se
cache les problémes, on n’essaie pas de les résoudre.Le Juste-a-Temps 303
Ohno propose, au contraire, de faire baisser le niveau de l'eau pour
isser apparattre les récifs. I faut alors absolument Jes éliminer pour
pouvoir continuer A naviguer. On pourra ensuite encore baisser le
Fiveau : de nouveaux obstacles surgiront qui devront étre vaincus, etc.
Cest la philosophie du progrés continu (Kaizen en japonais, cf.
chapitre 20).
Cette chasse aux dysfonctionnements entraine une amélioration de
ta productivité globale du systéme de production (traduite dans le colt
complet de production), de Ia qualité des produits sortants et done de la
compétitivité de lentreprise.
10/3. La convergence des approches
Ces deux objectifs du JAT que nous verons de décrire ne sont pas
antinomiques. Ils appartiennent & une méme stratégie industrielle.
Selon la position considérée dans le processus de production, on
privilégie plutét Pune ou lautre,
Dans les phases terminales de fa fabrication qui sont en prise directe
aves [a demande finale, ot lorsque la diversité des produits fabriqués
fest grande, Vobjectif prioritaire est le délai de réaction (premitre
tpproche). En revanche, en amont du processus de production (dans les
teliers de fabrication de composants), on peut chercher avant tout a
améliorer Pefficacité globale (seconde approche).
Le niveau des stocks est un indicateur du succés de la mise en
uve du JAT, Pobjectif plus général étant I'« excellence
industrielle » ; cotts de revient bas, délais réduits et flablisés, qualité
garantie, diversité accrue.
40/4 Les factours clés du Juste-a-Temps
Nous comprenons mieux, a ce point de l’exposé, pourquoi le TAT
ne se présente pas comme une nouvelle méthode de gestion de In
production mais comme une remise en eause globale du systéme
Jndustriel : choix des investissements, organisation et implantation des
ateliers, maftrise de la fiabilité et de la qualité, gestion des hommes,
ete,
‘Le passage réussi d'une organisation classique une organisation
JAT exige qu’un ensemble de conditions soit réuni. Ces conditions
peuvent étre regroupées en trois calégories : la recherche dune grande
Texibilité, la maitrise des aléas et des méthodes de gestion trés
réactives.304 La planification des opérations
10/4.1 La recherche d’une plus grando flexibilité
La flexibilité, c’est la capacité du systéme de production a s*adapter
‘on permanence a la demande.
La flexibilité quantitative
Pour pouvoir travailler avec un trés faible stock de produits finis, il
faut tre capable de fournir rapidement la demande maximale. Il faut
done en général surdimensionner Ia capacité. Cela étant, il n’est pas
nécessaire de disposer toujours des machines les plus performantes. La
surcapacité sera, en général, obtenue grace A des machines moins
cofiteuses : plut6t que de faire l’acquisition de machines a Ia pointe de
la technologie, on peut, par exemple, conserver des machines anciennes
réglées pour faire un seul type de piece.
La flexibilité repose également sur une flexibilité de la main
@ceuvre : appel a dur personnel temporaire, recours aux sous-traitants,
horaires modulables, etc. La polyvalence du personnel est recherchée
car elle permet des réaffectations instantanées sur les lignes de produits
selon ’éyolution respective de leurs demandes,
La flexibilité qualitative : le changement rapide de fabrication
La flexibilité qualitative est la capacité de I'usine a traiter une
grande variété de produits. Les changements de série deviennent donc
trés frequents, Pour éviter de réduire le potentiel productif, il faut
pouvoir passer trés rapidement d’un produit & un autre. La méthode
SMED pour réaliser des changements rapides doutils sera décrite dans
le chapitre 18. La flexibilité est également obtenue grice & des progrés
technologiques dans les équipements de fabrication : centres usinage,
ateliers flexibles, machines & commande numérique équipées de
dispositifS de réglage automatique (découpe au laser, plieuse a
commande numérique, grignoteuse programmable), ou robots
industriels. Enfin le personnel d’exécution doit aussi étre capable de
réaliser une variété de taches plus grande. Cela suppose une augmenta-
tion de son autonomie et un niveau de formation plus élevé.
Mise en ligne des machines
Quand le type de production s'y préte, un des moyens pour faciliter
Pécoulement du flux est d’organiser le processus «en ligne». La
principale condition a la mise en ligne réside dans une affectation
stable de machines & des produits ou des familles de produits ce qui
suppose :
= qu'il existe une quantité suffisante de produits & fabriquer suivant
un processus commun pour justifier I'affectation des machines,Temps 305
memes 805
~ qu'il est possible de faire circuler un flux a travers les postes de
travail sans constituer de stocks, ce qui suppose un équilibrage
satisfaisant des cadences aux postes successifs car si elles sont trop
différentes, la perte de productivité peut étre intolérable (ef.
chapitre 4).
Cette mise en ligne peut prendre la forme d’ilots de fabrication (ef,
chapitre 18) ou de lignes-produits oit la fabrication est confige & des
Equipes semi-autonomes. Dans ces équipes, le travail des opérateurs est
élargi et enrichi ils doivent prendre en charge des tiches traditionnel-
Jement dévolues a des services fonctionnels (maintenance de premier
niveau, contréle de qualité, réglages, etc.). Cela suppose une polyva-
lence acerue pour absorber les variations de charge, un niveau de
qualification plus élevé, une plus grande responsabilisation des ‘opéra-
teurs et une solidarité 4 Vintérieur de l’équipe qui gére Ia ligne (cf.
chapitre 20).
Allégement des interfaces
Enfin, pour réduire le eycle d’obtention des produits, il ne faut pas
sintéresser uniquement aux phases de fabrication, Les stocks se eréent
souvent aux interfaces entre deux stades de la chaine logistique : trans-
Port entre deux usines, manutention entre deux ateliers, réception des
livraisons des fournisseurs.
La encore, il faut tenter de réduire la taille des lots qui transitent en
organisant des livraisons plus fréquentes, Pour qu’une telle mesure
Tentraine pas des cofts trop élevés, on peut organiser, par exemple,
des tournées de collecte des composants dans les usines des fournis.
Seurs ou mettre en place un magasin avancé (ef. chapitre 17).
10/4.2 La maitrise des aléas
La réduction des stocks n’est possible qu’en agissant sur les causes
profondes de leur existence, c'est-a-dire la protection contre les divers
aléas possibles : pigces regues défectueuses, pannes de machines,
retards de livraison, etc.
Le « zéro défaut »
Les stades de fabrication n’étant plus séparés par des stocks, tout
défaut a Vissue d’un stade oblige a interrompre immédiatement la
fabrication au stade suivant et risque de provoquer des retards de livrai-
son. Il faut done viser le zéro défaut. Plusieurs méthodes peuvent étre
utilisées conjointement pour atteindre cet objectif. Fondées sur Pidée
de prévention plutét que sur le contréle a posteriori, elles feront ’objet
de développements au chapitre 19,306
La fiabilité des équipements
Larrét dune machine dans le processus de fabrication extraine
Varrét de toutes les machines qui se trouvent en aval, faute
dapprovisionnement. Les machines en amont doivent aussi s'arréter
sous peine de constituer des stocks devant a machine en panne, Dans
un contexte Juste-Temps, une panne a done des conséquences qui
dépassent la machine elle-méme. Pour ne pas dégrader la productivité
globale du systéme de production, il faut done parvenir une tres
grande fiabilité des équipements.
Cette fiabilité est obtenue par la mise en place de procédures de
maintenance préventive décrites dans le chapitre 18.
Une relation plus étroite client-fournisseur
La réduction du stock améliore la communication client-fournisseur.
Les expériences conduites chez les fournisseurs de l'industrie automo-
bile ont montré que Ia motivation d’une équipe qui livre directement
les chaines de montage est beaucoup plus forte que si elle alimente un
stock anonyme, Cela s’explique par 'instauration d’une relation
direote entre le fournisseur et son client (prise de conscience de I’enjeu,
‘feed-back immédiat sur les résultats de qualité et de service). Ce
facteur devient prépondérant dans le choix des fournissenrs (cf.
chapitre 17).
La visibilité et la responsabilisation
Drune fagon générale, il faut améliorer la visibilité que on a du
processus de production, de telle sorte que toute anomalie (stock ou
rupture d”approvisionnement) soit immédiatement remarquée et traitée,
La simplification de la circulation du flux physique améliore grande-
ment cette visibilité.
10/4.3 Planification de la production et des
approvisionnements
La planification & moyen terme en JAT n'est pas différente de celle
que l'on connait dans des organisations traditionnelles. En particulier,
la méthode MRP est nécessaire pour déterminer les besoins en compo-
sants, Mais cette procédure est mise en ccuvre sur des périodes de
temps plus courtes puisque les cycles de fabrication sont réduits. Elle
peut prendre en considération Ies commandes fermes a la place des
prévisions.
La période élémentaire de planification est généraloment d'une
semaine avec des ajustements journaliers (voire par équipe). Dans le
secteur automobile, les appels de pidces aux usines et aux fournisseursLe Juste-d-Temps 307
se font 4 travers les DLH (demandes de livraison hebdomadaires) qui
sont affinées par les DLJ (demandes de livraison journaliéres) voire les
DLMQ (demandes de livraison multi-quotidiennes).
‘A court terme, le JAT consiste 4 régler la cadence d’un poste sur
celle du poste suivant: ’est le principe des flux tirés ou d’appel par
Laval. Les modalités de ce type de régulation dépendent des caract
tiques du systéme de production :
— Dans le cas d’un atelier constitué de machines indépendantes,
travaillant des lots non répétitfs, le concept de flux tiré se traduit par
un flux de lancements adapté a la cadence des machines les plus lentes.
On retrouve cette forme de gestion par les goulets d’étranglement dans
1a méthode OPT (cf. chapitre 9).
— Dans Ie cas d'un atelier constitué de machines affectées & des
productions répéritives, le flux pout étre tendu gréce A la méthode
Kanban.
40/5 La méthode Kanban
Cette méthode de gestion des flux dans les ateliers, entre les
ateliers, et méme entre fournisseurs et clients, s"oppose aux méthodes
traditionnelles d’ordonnancement que nous avons examinées dans le
chapitre 9.
Les techniques traditionnellement mises en ceuvre s’appuient sur
des lancements effectués sur prévision de lots de tailles prédéter-
minées, Elles ont toutes tendance & saturer l’outil de production ; en
effet, quand une machine est disponible, on lance aussitat le lot
suivant ; Ie systéme est dit poussé par l'amont
Les approches japonaises développées depuis les années 1960 et
reposant sur un mode de fonctionnement dit en Juste-d-Temps ont
donné naissance 4 un systéme de pilotage & court terme d’atelier appelé
Kanban.
Cette technique s'appuie sur une régle simple : chaque poste de
travail ne doit travailler que sur la demande du stade situé en aval de
fui et non plus sur prévision, Le systéme devient alors tiré par I’aval et
s’apparente & un systéme de recomplétement de la consommation réelle
des pices.
10/5.1 Description de la méthode Kanban
[information sur cette consommation est transmise, dans cette
relation client-fournisseur inteme, par un document standard simple
appelé Kanban (Kanban signifiant étiguette ou «support
d'information » en japonais) qui sert simultanément de fiche suiveuse
et d’ordre de fabrication au lot produit308 La planification des opérations
Le ticket kanban comporte les informations suivantes :
— désignation de la pigce et de ’opération,
— désignation des lieux d'origine et de destination,
~ quantité par conteneur (cette technique s’appuyant obligatoirement
sur Putilisation de conteneurs standards pour les manutentions
inter-postes).
Par rapport & lordre de fabrication traditionnel, le ticket kanban
présente les particularités suivantes :
— C'est un ordre de fabrication « ouvert » qui circule en permanence
dans le flux de fabrication, Il descend le flux avec les piéces et le
remonte une fois les piéces consommées.
— Le rythme de fabrication est commandé par la vitesse de circulation
du ticket, qui est elle-méme déterminge par le rythme de
consommation des piéces. C’est done le poste aval qui pilote la
fabrication du poste amont. Si le poste aval cesse de consommer
certaines références, le poste amont cesse mécaniquement de les
produire,
Avant de lier deux ou plusieurs postes par un syst8me Kanban, il
faut s’assurer que le ou les postes amont disposent dune capacité suf
fisante pour faire face aux demandes des postes aval. Pour que le
systéme fonetionne de fagon souple, il faut méme prévoir une sur-
capacité.
Selon Porganisation physique de la fabrication, on peut avoir deux
types de systémes kanban : dans Pun, les conteneurs sont conservés
auprés des postes de travail et une seule boucle kanban suffit ; dans
autre, les conteneurs de pices sont stockés dans un magasin intermé-
diaire et il faut alors deux boucles kanban.
Syste a une seule boucle
La circulation des tickets se fait sur la base de la structure client-
fournisseur la plus simple (fig. 10-3).
Le fonctionnement est le suivant :
~ le ticket est mis sur le conteneur de piéces qui viennent d’étre
fabriquées au poste amont (a),
~ il accompagne le conteneur au poste suivant (aval du flux) et reste
sur le conteneur en attente (b),
— au moment oi le conteneur est mis en fabrication au poste aval, le
kanban est libéré et retourne au poste amont (c),
— il est placé dans un planning prés du poste amont (d) d’oi il sera
retiré au moment d’une nouvelle mise en fabrication (a).Le Juste-a-Temps 309
Figure 10-3 - Principe du systéme Kanban & une boucle
afj>
)
saaP> flux de produits [i] Kanban sur conteneur
Y>—_ flux de kanbans py kanhan thee
Pour étre efficace, la méthode Kanban suppose que les régles
suivantes soient respectées
— Tout conteneur rempli posséde obligatoirement un kanban issu de la
demiére opération (fabrication ou expédition).
— Le kanban « libre », c’est-a-dire celui qui n'est plus attaché a un
conteneur, représente un ordre de fabrication pour une quantité fixe
de pigces sur un poste de travail déterming. Un conteneur contient le
nombre de pices inscrit sur le kanban, qui est déterminé au départ.
~ Le nombre de kanbans en circulation entre deux postes est fixé par
le responsable. II traduit, en fait, la souplesse et le niveau de stock
en-cours que le planificateur souhaite.
Les kanbans peuvent se trouver en différents endroits : soit sur les
conteneurs en attente ou en cours de transport, soit « libres » en cours
de retour au poste amont, soit en atterite sur le planning du poste
amont, Cest parce que leur nombre, pour une référence donnee, est
fixe que l'on atteint les deux résultats suivants :
— le volume des en-cours, autrement dit le nombre de conteneurs entre
les postes, ne peut pas dépasser le nombre de kanbans et, si on
diminue celui-ci, on réduit le stock correspondant ;
— en regardant son planning, le responsable du poste amont connait le
stock en attente au poste aval ce qui lui permet de choisir ses
priorités de mise en fabrication d’aprés les besoins les plus urgents
du poste aval (fig. 10-4).
Comme un opérateur livre en général plusieurs opérateurs en aval
les cartes Kanban sont placées sur un tableau qui synthétise done les
besoins de I'aval & tout moment, Souvent ce tableau contient deux
signaux d°alerte pour l'opérateur : I'index vert et l'index rouge.310 La planification des opérations
igure 10-4 — Tableau Kanban
PLANNING
ba
aw
AMONT
|
|
Beal Cl
ee
@meCCCCl
[ ®BCCCCOCL
> index vert
§
D> index rouge avele
i
Quand le nombre de tickets de retour au poste amont atteint ’index
vert, opérateur sait qu'il peut lancer la quantité correspondante de
conteneurs (lot de fabrication minimum).
L’index rouge signale que le nombre de conteneurs qui restent au
poste aval atteint un seuil d’alerte. Un lancement de cette référence
s‘impose en urgence pour éviter toute rupture d’approvisionnement en
aval.
Systéme & dewx boucles
Lorsque les piéces ne peuvent étre stockées dans l’atelier & cause du
manque de place, lorsque les postes sont éloignés ou lorsqu’il y a
plusieurs postes consommateurs des mémes pices produites par un
poste amont, le systéme & une seule boucle doit éire remplacé par un
systéme a deux boucles qui encadrent un magasin intermédiaire ob sont
stockés des conteneurs de pices. Son principe de fonctionnement est le
suivant (fig. 10-5) :
— Lorsque le poste aval entame un conteneur de piéces, lopérateur
détache du conteneur le kanban qui Videntifiait. Celui-ci, appelé
kanban de transfert, est remis @ un manutentionnaire qui va
chercher un conteneur plein dans le magasin (d).
— Quand le manutentionnaire sort le conteneur du magasin, il en
détache le kanban de production qu’il portait et le remplace par le
kanban de transfert pour identifier les piéces du contencur qui est
transporté au poste aval (c).
~ Le kanban de production détaché du conteneur est renvoyé vers le
tableau du poste amont (b).Le Juste-i-Temps 3
SSMS TP
~ Lorsque celui-ci produit des piéces, elles sont placées dans un
conteneur qui regoit un kanban de production et transportées vers le
magasin intermédiaire (a).
Le kanban de transfert circule done entre le poste aval et le magasin
intermédiaire. Le kanban de production circule entre le poste amont et
Je magasin. Dans le magasin, les conteneurs portent des kanbans de
production.
Figure 10-5 = Principe du systéme Kanban a deux boucles
Stock
intermédiaire
AMONT @ Bl AVAL
(a) i ©
om] 5 |) ap fea >
w
Baa Ne
) @
‘see> flux de produits [HB] Kanban sur conteneur
eux de kanbans Hil kunban de transfert
i kanban de production
10/5.2 Détermination du nombre de tickets
Un probleme reste a résoudre: la détermination du nombre de
kanbans 4 mettre en circulation dans la boucle entre un poste amont et
un poste aval. L’idée de base est claire :-si ce nombre est trop élevé,
cela autorisera la constitution de stocks inutiles ; si, au contraire, ce
nombre est trop faible, le poste aval risque de tomber en rupture de
composants.
Considérons une boucle entre un poste amont et un poste aval.
L’opérateur amont fabrique les pices par lot économique de taille Qe.
Les conteneurs ont une capacité de n pices, Soit Cu la consommation
du poste aval par unité de temps.
Soit Tr, le délai que met le systéme a réagir lorsque le stock aval
atteint le seuil critique de lancement: c’est-a-dire le délai avant
Varrivée du premier conteneur dans le stock aval. Ce temps de réaction
recouvre donc les phases suivantes: retour du ticket dalerte vers
Pamont, attente au planning amont, réglage de la machine amont,
production du premier conteneur, transport du conteneur jusqu’au
stock du poste aval.312 La planification des opérations
‘On considére par ailleurs que la cadence de production du poste
amont est nettement supérieure & la consommation mayenne du poste
|. L’ensemble des conteneurs de la boucle doivent donc contenir :
= le lot économique Qe produit par Ie poste amont,
~ le stock correspondant au seuil d’alerte au pied du poste aval. Ce
stock doit permettre au poste aval de fonctionner pendant le délai de
réaction Tr. Compte tenu des aléas toujours possibles, le gestion-
naire retiendra une marge supplémentaire de sécurité (a). On
considére donc que le délai de réaction pratique est Tr(1+a). Le
stock nécessaire vaut done Cu Tr (+a).
Pour déterminer le nombre de kanbans 4 mettre dans la boucle, il
suffit ensuite de diviser la quantité totale de pices par la capacité d’un
conteneur (c’est-a-dire I’équivalent d’un ticket). La formule de calcul
du nombre de tickets peut alors s*éerire :
CuTr (1 + a) + Qe
M 7
Ce nombre est arrondi a Punité supérieure.
La capacité du conteneur dépend du volume des pices mais égale-
ment de la place disponible a e6té du poste de travail ; elle représente
souvent d’une demi-journée a une semaine de consommation selon les
articles.
Exemple : prenons le cas d’une pice que le poste aval consomme en
moyenne a la cadence de 2 000 par journée de huit heures. La taille du
lot de fabrication en amont s’élave A 600, le temps de réglage a 10
‘minutes et le temps de fabrication & 0,1 minute par pice. La capacité
de production du poste amont, compte'tenu des réglages, est de ordre
de 4 000 pices par jour.
L’attente moyenne atteint 20 minutes, le transport du poste’ amont
vers l’aval 25 minutes et le ramassage des tickets s"effectue réguligre-
ment toutes les heures, c’est-a-dire qu’un ticket attend en moyenne une
demi-heure avant d’étre retourné au tableau du poste amont. Calculons
le nombre total de tickets ainsi que le niveau d’urgence au planning
amont correspondant a une sécurité de 10 % et 4 des conteneurs de 100
pices,
Le délai
le réaction s’éléve dans ce cas a :
(20 +25+ 30+ 10+ 10=95 minutes
Pendant ce temps la consommation du poste aval, en tenant compte
de la séourité, est de :
95 x 1,1 x 2000/8 x 60.= 435 piéces
La quantité totale de pigces dans Ia boucle s*éléve alors & 435 +
600, soit 1 035, ce qui correspond a 11 conteneurs de 100 piéces. OnLe Juste-
Temps 33
retiendra done un nombre total de 11 tickets pour Pensemble de la
boucle.
On considére que le coefficient de séourité @ n’est pas a inclure
dans le seuil d’alerte du poste aval mais constitue plutét une souplesse
organisation au poste amont. Dans ce cas, le nombre de pitces
consommées par aval pendant le délai de réaction est de 396 pices,
soit 4 conteneurs. Le niveau d’urgence sur le planning du poste amont
(index rouge) doit done étre placé & 7 tickets. Le seuil de lancement
(index vert) sé situe & 6 tickets, la taille du lot étant de 600 unités.
10/5.3 Comparaison avec les systémes de gestion sur stock
Le systéme Kanban présente quelques analogies avec une méthode
traditionnelle de gestion des stocks & point de commande. Lorsque le
niveau du stock atteint un certain seuil, le gestionnaire passe com-
mande au fournisseur d’une quantité fixe appelée quantité économique.
Les différences concernent principalement Pidentité du décideur et
la détermination de Ia quantité & tancer en fabrication. Le Kanban peut,
cn effet, se définir comme un systéme de régulation 4 court terme dans
Tequel le fournisseur (le poste amont) connaitrait 4 tout moment le
stock de son client (le poste aval) et ’approvisionnerait en fonction de
sa consommation,
De plus, la philosophic méme de la méthode pousse le gestionnaire
tout mettre en ceuvre pour réduire ses en-cours. Il est done amené a
diminuer la taille du lot de fabrication, c’est-i-dire a réduire le nombre
de tickets. La quantité économique de Ia théorie classique n’est done
plus immuable, elle diminue et les lancements se font plus fréquents :
le systdme réagit de plus en plus vite 4 la demande. Cela passe par des
progrés dans de nombreux domaines (réduction des temps de change-
ment de série, allégement des procédures administratives, améliora
de la qualité, rapprochement des machines, etc.) qui seront étudiés dans
la quatriéme partie de cet ouvrage.
10/5.4 La mise en couvre de la méthode Kanban
La méthode Kanban ne peut étre mise en ceuvre qu’é un certain
nombre de conditions. Elle n’est pas d’un usage universel.
D’abord, le produit doit étre techniquement stabilisé et sa demande
doit Gtre relativement réguliére. Si la demande est erratique, le temps
de réaction des boucles kanban ne permettra pas de satisfaire la
demande sans délai. Le poste aval ne doit done pas travailler par
longues campagnes. Si tel est le cas, i faut utiliser la méthode MRP
classique.314 La planification des opérations
Si le niveau de la demande varic, il faut modifier le nombre de
tickets en circulation: en cas d’augmentation de la demande, on
introduit de nouveau tickets sur le tableau et, a inverse, si la demande
diminue, on enléve des tickets lors de leur retour sur le tableau.
Il faut ensuite que le systéme de production puisse réagir rapide-
ment puisque les stocks intermédiaires sont limités. Les temps de
changement de série doivent étre courts : une des conditions de réussite
est done I’application des techniques SMED aux machines (cf. chapitre
18). De méme le volume des conteneurs doit tre aussi faible que
possible. Souvent, Ie ticket peut étre avantageusement remplacé par le
retour du conteneur.
Tl faut enfin organiser le systéme de remontée de information de
telle sorte qu’il n’induise pas de perte de temps qui serait préjudiciable
a la réactivité du systéme. Les kanbans détachés des conteneurs doivent
ire transmis a fréquence élevée (au moins toutes les heures) au poste
amont. Dans le cas ott les postes sont éloignés, le ticket kanban peut
€tre remplacé par un message informatique. Cela est particuliérement
vrai si Pon utilise le kanban entre usines ou avec les fournisseurs.
10/5.5 Les avantages de la méthode Kanban
La méthode Kanban présente de nombreux avantages :
~ Elle est simple : les procédures administratives sont réduites ot
son fonctionnement ne nécessite pas de systéme informatique méme si
Von observe aujourd'hui de nombreux cas oi Pordinateur se substitue
au support papier pour transmettre ’information (en particulier pour
des postes éloignés).
= Elle est prise en charge directement par les opérateurs ou les
contremaitres sans faire appel au service Ordonnancement central.
Cette prise en charge décentralisée accroilt la responsabilité et la moti-
vation du poste fournisseur vis-i-vis du poste client. L’objectif devient
clair : ne pas mettre en rupture d’approvisionnement le poste aval. Les
moyens pour y parvenir apparaissent clairement sur le terrain : flexibi-
IitG, rapidité, qualité, fiablité
~ Elle diminue les stocks constitués aux niveaux intermédiaires de
la nomenclature ou aux interfaces entre ateliers. Certes, il reste un
stock prés de chaque poste mais il est plus faible que celui qui est
constitué par un ordre de fabrication complet qui rentre en magasin.
—Elle garantit un fonctionnement A en-cours limités, ce qui permet
organiser la circulation des flux avec rigueur. Les rangements sont
respectés, l’implantation s’organise peu 4 peu dans le sens du flux.
~ Elle peut étre utilisée aussi bien a Vintérieur de Pusine qu’avec les
fournisscurs extérieurs.Le Juste-d-Temps 315
10/6 Les points clés du chapitre
1/ Le Juste-4-Temps n'est pas une méthode de gestion de production
mais plutét une nouvelle approche stratégique industrielle et logistique.
I consiste & produire en amont la demande aval et uniquement celle-ci,
2/ Tout ce qui peut empécher le flux des produits de circuler rapide-
ment dans le systime est considéré comme un obstacle qui doit étre
combattu. De ce fait, le stock n’apparait plus comme une protection
contre les aléas mais plutét comme un « anti-flux ».
3/Les transports et les manutentions doivent prendre en charge de
petites quantités de pices selon des fréquences élevées.
4/ Les gains obtenus par le passage en JAT s’avérent considérable:
La réduction des stocks entraine des économies importantes en frais
financiers, surface occupée et conteneurs nécessaires. De plus, le JAT
engendre une réduction du cycle, ce qui permet de répondre plus vite &
Ja demande du marché.
5/La mise en place du JAT nécessite une profonde réorganisation
préalable de l’entreprise. Les temps de réglage des machines doivent
Gtre fortement réduits pour permettre de fréquents changements de
série. La qualité de la production de chaque poste doit tendre vers le
zér0 défaut et les machines de chaque atelier vers le zéro panne. La
mise en lignes des machines, dédiées a des familles de produits, abaisse
les temps de réglage et de manutention. La polyvalence du personnel
facilite la flexibilité.
6/ Le JAT suppose, de plus, un changement dans les mentalités car
son principe va 4 ’encontre des comportements classiques. La tradition
industrielle vise habituellement & saturer Voutil de production, méme si
la demande a court terme n’existe pas, et non a produire uniquement
celle-ci.
7/ Le JAT s'applique également entre les clients et les fournisseurs,
aux achats comme dans Ia distribution physique. Il suppose une dimi-
nution des tailles de lots livrés, une augmentation des fréquences
@approvisionnement ainsi que des relations plus étroites entre les
parties prenantes. Ce partenariat se traduit, en particulier, par
assurance des fournisseurs de fournir Ia quantité demandée dans la
qualité et le délai souhaités.
8/ Le principe s’étend ensuite en amont, le fournisseur essayant
@atteindre dans son entreprise les mémes objectifs que ceux atteints
par son client dans le cadre de sa politique de JAT.
9/ L’entreprise tend & se décloisonner et la communication entre les
partenaires internes et externes s’améliore. Le nombre des niveaux
higrarchiques diminue et la gestion s’effectue sous une forme plus
décentralisée.316 La planification des opérations
10/La méthode Kanban permet de régulariser les flux de piéces
dans les ateliers en n’autorisant que la fabrication de ce qui a été
réellement consommé,
11/La méthode Kanban est une méthode simple de gestion locale
fondée sur utilisation de tickets circulant entre les postes. Le nombre
de tickets dans une boucle Kanban est fixe. Il correspond & la consom-
‘mation pendant les temps de réglage, de fabrication au poste amont, de
manutention vers aval, de retour vers le planning amont et d’attente.
10/7 Questions et exercices
10/7.1 Questions de réflexion
1/ Caractérisez les deux approches du Juste-i-Temps.
2/ Les méthodes classiques de gestion et, en particulier la MRP,
permettent-elles d’accéder au JAT ?
3/Que donnerait la mise en place du JAT dans“une entreprise
nayant pas procédé aux réorganisations requises ?
4/ Quelles sont les implications du JAT au niveau des ateliers ?
5/Quelles sont les limites du JAT? Citez des activités qui ne
peuvent étre organisées en JAT.
6/ Dans un systéme kanban, comment est déterminé le niveau de
Pen-cours ?
7/ Quelles sont les différences entre les systémes dits «a une
boucle » et « A deux boucles » ?
10/7.2 Exercice Bocaro
‘Au sein de son catalogue, la société Bocaro fabrique un type de
carrelage en trois teintes différentes que nous noterons A, B, et C. Ces
trois coloris se vendent de fagon stable dans des proportions 1, 2 et 3,
cest-aedire que I’on vend 2 m2 de B et 3 m? de C pour 1 m2 de A.
Le marché étant en expansion, les ventes ne sont limitées que par la
capacité de production. Le cot de revient industriel du métre carré
(tous coloris confondus) est de 15 euros.
En fabrication, le changement de ‘inte implique le nettoyage d’une
partie de installation. Cela demande environ 4 heures pendant
lesquelles on ne peut rien produire.
La cadence de production de Vatelier est de 100 m2 par heure.
Enfin, on a constaté qu’il y a en moyenne 10 heures d’arréts pour
panes par mois. Par contre, Pabsentéisme est limité et peut étre
négligé. On peut considérer qu’un mois représente 20 jours ouvrables
de 8 heures de travail.Le Juste-d-Temps 317
Questions
1/ Actuellement, on procéde a un lancement mensuel unique dans
chaque coloris. Combien peut-on vendre au maximum de métres carrés
par mois ? On répondra en raisonnant sur le cycle mensuel complet de
ralisation des trois coloris incluant done trois nettoyages,
Calculez les quantités qui devront étre lancées dans chaque coloris
pour respecter les proportions évoquées ci-dessus.
En supposant que le stock moyen dans chaque référence est égal a la
moitié de la quantité lancée, quel est le montant total immobilisé dans
le stock ?
2/La Direction Générale ne veut plus supporter un tel investisse-
ment en stock. En conséquence, le directeur de production s’appréte &
effectuer dés a présent un lancement par semaine (tous les 5 jours
ouvrables).
Calculez les quantités lancées dans chaque coloris en maintenant le
méme temps unitaire de nettoyage des équipements.
Quel sera le nouvel investissement en stock résultant de cette
politique de lancements ?
Dans ces conditions, quelles pourront étre les ventes maximales par
mois exprimées en métres carrés (les proportions relatives restant les
mémes) ?
Par comparaison avec la situation de départ, quel devrait étre le
nouveau temps de nettoyage maximum pour maintenir le méme flux de
production qu’ la question 1 ?
3/Six mois plus tard, la diminution du nombre de pannes par le
développement de la maintenance préventive a permis de passer & une
immobilisation mensuelle cumulée de 6 heures seulement, Paralléle-
ment, atelier de production est parvenu a atteindre le temps de
nettoyage que vous avez déterminé & la question précédente.
On décide alors de faire des lancements de taille identique pour les
trois coloris: 2000 m?. Seule la fréquence respective par coloris,
pourra changer selon I’importance des ventes respectives.
Combien pourra-t-on alors vendre de métres carrés au total par
mois ? Quel sera, dans ces conditions, le montant total immobilisé dans
les stocks de produits finis ? .
4/Quelles sont en général les conditions de succés d'une telle
démarche ?
10/7.3 Exercice Usinac
Une entreprise de mécanique fabrique en grande série des piéces de
boites de vitesse pour l'industrie automobile. Une des pices est usinée
4 partir d’un brut de fonderie dans un atelier particulier qui fonctionne318 La planification des opérations
en 2x8. Cette piéce subit 20 opérations successives sur 20 machines
conduites chacune par un opérateur. Chaque opération dure une
minute. Toutes les piéces sont manutentionnées dans des bacs
contenant 200 pices. L’atelier est alimenté réguliérement en piéces
brutes et il y a en permanence un conteneur plein en attente avant la
premiére opération. Les piéces finies sont également placées dans un
conteneur pour étre dirigées vers le quai d’expédition. Le schéma ci-
dessous fait apparaitre les trois modes d’organisation successifs de
atelier. Les conteneurs notés C sont pleins et les conteneurs notés ¢
sont en moyenne a moitié pleins.
Premiére organisation
si a
ae ie -
Deuxiéme organisation
M M M MIS. M
c [eke 7 N77 \o7 || Fe
iE
organisation
Az “Oo ir
VOR Op Ope Ope Oe
Question 1
L’opérateur prend une pice dans le conteneur en amont de sa
machine, effectue Pusinage et place la piéce dans un conteneur en aval
de sa machine. Lorsqu’un conteneur est plein, il est transporté par
chariot élévateur jusqu’au poste suivant. Il y a en moyenne un
conteneur plein en attente entre chacune des machines.
Calculer la capacité journaligre de atelier. Calculer le temps
écoulement dune piéce dans I’atelier (différence entre le moment ot
un conteneur plein de piéces finies est prét pour lexpédition et le
moment oii les pices finies sont arrivées dans atelier sous forme de
piéces brutes).
Question 2
Pour améliorer la vitesse de circulation des piéces, on rapproche les
machines et on installe des goulottes (plans inclinés sur lesquels les319
pices roulent par gravité) entre les machines. L’opérateur prend une
piéce dans la goulotte en amont de sa machine, effectue 'usinage puis
place la pice sur la goulotte aval qui conduit par gravité la piéce A la
machine suivante. On constate qu’il y a en moyenne 20 pices sur les
goulottes. Notons que le premier opérateur prend toujours les pieces
brutes dans un conteneur et que le dernier place également les pieces
finies dans un conteneur pour l’expédition,
Calculer le nouveau temps d’écoulement des pices.
Question 3
Le chef d'atelier décide de passer & une organisation en piéce 4
pice : les opérateurs prennent les piéces brutes dans le conteneur en
amont de Ia premigre machine, réalisent lopération sur la premigre
machine, puis se déplacent sur la deuxigme machine oi ils réalisent
Popération et, ainsi de suite, jusqu’a la demiére opération aprés
laquelle ils placent tes‘piéces dans un conteneur d’expédition. Les
opérateurs se déplacent done de machine en machine en portant une
piéce dont ils réalisent la totalité des opérations. Les temps de
déplacement des opérateurs entre chaque machine sont de 10 secondes.
Calculer le nouveau temps d’écoulement des piéces.
Calculer la perte de production par rapport aux organisations pré:
dentes (avec un méme nombre d’opérateurs dans l’atelier). Quelles sont
les conditions de mise en ceuvre d’une telle organisation ? Quels en
sont les avantages et les inconvénients ?
10/7.4 Exercice Logisa
Cette société a pour objet une activité de sousraitance dans le
domaine des pices et ensembles de t6lerie, simplement découpés ou
mécano-soudés. Elle posséde un petit atelier qui a été spécialisé sur la
fabrication de trois types de pices, que nous appellerons A, B et C.
Ces pices sont approvisionnées sous forme de flancs, selon les
spécifications dimensionnelles des clients, auprés dun fournisseur
extérieur. En atelier, elles subissent les trois opérations suivantes :
— une découpe aux spécifications définitives,
— une opération de formage/pliage,
— enfin une opération de pergage (plusieurs pergages doivent étre
réalisés sur chaque piéce, destinés a recevoir ultérieurement des
composants dans atelier du donneur d’ordres).
Chaque opération est assurée par des machines différentes &
commande manuelle implantées en lignes paralléles selon la famille de
pidces traitées. Le schéma simplifié ci-dessous illustre le flux physique
des piéces.320 La planification des opérations
Les lignes sont équilibrées de telle fagon que les flux puissent étre
réguliers selon des programmes de livraisons eux-meémes réguliérement
répartis dans le temps. Ainsi les stocks d’en-cours sont trés réduits. Les
machines ont des potentiels adaptés aux quantités a fabriquer pour
chaque type de piéces.
Découpe Formage Pergage
isl Le Clients
‘Au moment du cas, Peffectif de atelier est ainsi de 8 opérateurs
dont le salaire annuel moyen chargé est d’environ 20 000€. Pour
chaoun des trois produits fabriqués, lancés en lots de petites tailles,
dans la configuration actuelle de Vatelier, le cycle complet moyen
constaté est d’environ 5 jours ouvrables dont 2 jours pour Ie persage.
L’horaire est de 35 heures par semaine, et on peut admettre qu'il y a 4
semaines par mois.
"Au début de cette année, monsieur Vial, nouveau directeur de
production, se livre A une analyse des processus de production. Il
considére que les opérations de peryage manuel ont des cadences trop
limitées, et imposent un sureffectif. °
En effet, au dernier salon de la machine-outil, on Iui a présenté une
perceuse multibroches (PMB) dont les spécifications techniques
conviendraient aux différents types de pergages a réaliser. A priori,
cette PMB unique aurait la capacité suffisante pour réaliser les
pergages pour les trois types de piéces. L’investissement correspondant
(périphérie et génie civil inclus) représenterait 100 000 €. II permettrait
économiser deux opérateurs. Dans ces conditions, les trois perceuses
manuelles auraient un prix unitaire de revente de 4000 € piéce. Cette
opération ferait apparaitre (hormis les aspects fiseaux) un pay-back de
2,2 ans, ce qui démontre la rentabilité de l'opération,
Un changement de fabrication sur la PMB nécessiterait, en
revanche, un temps de réglage de 4 heures, quelle que soit la séquence
des produits. Le taux horaire normal pris en compte étant de 12 € cela
implique un coftt de réglage de 48 euros.Le Juste-d-Temps 321
pore rg Tate
Monsieur Vial a réuni les informations suivantes sur les produits
Les temps fournis résultent de mesures d’essais chez. le fournisseur duu
matériel; ils peuvent étre considérés comme fiables.
Produits A B c
|Demandes mensuelles 1250 500 | 1750
[Taux de demande & Pheure 8 3 1
|Cost direct (en sortie du formage) 6e 10€ 8e
[Temps unitaire de pergage (en heure) | 0,030 | 0048 | 0,045
Le taux de détention en stock d’un produit est de 2% par mois,
Questions
1/On vérifiera tout d’abord que la PMB offre une capacité
suffisante pour absorber la charge représentée par le caret de
‘commandes en simple équipe.
2/ Dans la nouvelle configuration de ’atelier, les trois produits A, B
et C devront étre réalisés sur ce poste, selon une séquence que nous
Jfwxerons dans cet ordre alphabétique. Cela implique évidemment la
constitution de stocks de produits finis en aval du pergage.
TI vous est demandé de définir les quantités économiques de lance-
ment, et de préciser les temps d’écoulement pour chaque produit.
Enfin, vous montrerez graphiquement I’évolution des stocks en aval
résultant du programme de fabrication sur la PMB.
Dans le calcul, on tiendra compte du fait que, pendant la fabrication
d'un produit, la demande s'exerce au rythme des taux précisés dans le
tableau ci-dessus. On rappelle que le probleme s'assimile, dans un
premier temps, a la recherche d’une périodicité de lancement
commune.
3/ Qu’impose une telle programmation en amont du nouveau poste
de travail? En conséquence, quels seront les stocks moyens totaux
(amont et aval) supplémentaires imposés par le nouveau systéme ? En
quoi modifieront-ils le calcul de pay-back précédent ? Quels seront les
nouveaux cycles de production pour les trois produits ?
4/ Plus généralement, quels pourraient étre les avantages et inconvé-
nients complémentaires de la nouvelle solution ?
10/7.5 Exercice Tensioflux
Un atelier de fabrication de sous-ensembles approvisionne la chaine
de montage de petits articles électroménagers située dans un batiment
proche. La régularité de la production incite la direction 4 mettre en322 La planification des opérations
place un systéme d’appel par l’aval entre ces deux postes. Les caracté-
ristiques de la production sont les suivantes :
— atelier fonctionne 8 heures par jour,
— la chaine consomme 2 000 sous-ensembles par jour,
— il faut une heure pour régler la machine de V’atelier et cing secondes
pour produire une pitce,
— lataille des lots s’él&ve & 500 pices,
= la capacité des conteneurs est de 250 pices,
= la manutention d’un conteneur d’un poste l'autre nécessite dix
minutes,
= Ie ramassage des tickets s’effectue lors de l'approvisionnement de la
chaine, c’est-i-dire toutes les heures,
= Ie temps d’attente moyen au planning amont peut étre estimé
‘trente minutes.
On retiendra pour Pensemble des calculs un coefficient de séourité
de 20%.
Questions
1/ Verifier I’équilibre charge/capacité puis déterminer le nombre de
tickets & mettre en circulation dans la boucle.
2/ Calculer le niveau durgence correspondant.
3/On décide maintenant de réduire la taille des séries de fabrication
de 500 4250.
Calculer le nombre de lancements réalisés. par jour. Comparer le &
celui obtenu avec les hyypothéses de la question 1.
Quelles améliorations devrait-on réaliser pour pouvoir fonctionner
ainsi ? Que deviennent alors les parametres du systéme précédemment
caleulés ?
4/ Que devrait faire cette entreprise si elle voulait encore réduire ses
stocks d’en-cours et tendre les flux entre 'atelier et le montage ?
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