Histoire et Sauvegarde de l'Abeille Noire
Histoire et Sauvegarde de l'Abeille Noire
Année 2008
ABEILLE NOIRE,
Apis mellifera mellifera,
HISTORIQUE ET SAUVEGARDE
THESE
Pour le
DOCTORAT VETERINAIRE
JURY
Président : M…………………………
Professeur à la Faculté de Médecine de CRETEIL
Membres
Directeur : M. MAILHAC
Maître de conférences à l'Ecole Nationale Vétérinaire d'Alfort
Assesseur : M. ARNE
Maître de conférences à l'Ecole Nationale Vétérinaire d'Alfort.
REMERCIEMENTS
A Monsieur le Professeur
Hommage respectueux.
A Monsieur MAILHAC,
Sincères remerciements.
A Monsieur ARNE,
A tous les passionnés d'abeilles. Une pensée particulière à Claude DOUTARD, Robert
DUFOUR et Norbert MATTHIEU ainsi qu’aux membres du CIVAM avec qui j’ai partagé
lectures et discussions.
A tous ceux qui ont manifesté un intérêt pour mon travail et qui m’ont encouragée à
rassembler les informations qui constituent aujourd’hui cette thèse.
Au groupe 2, « le groupe que c’est le mieux », pour toutes ces heures partagées, de
travail comme de détente.
TABLE DES MATIERES
-1-
1.3.6.Venin........................................................................................................................................... 70
1.3.7.Larves 2....................................................................................................................................... 71
2.Etat des lieux_______________________________________________73
2.1.Constat de l'effondrement des colonies.............................................................................................. 73
2.1.1.Situation mondiale...................................................................................................................... 75
2.1.2.Nombre de ruches et d'apiculteurs en France..............................................................................76
2.2.Causes du syndrome d’effondrement des colonies............................................................................. 78
2.2.1.Facteurs liés à l’environnement.................................................................................................. 78
2.2.2.Facteurs parasitaires, viraux et bactériens...................................................................................83
2.2.3.Facteurs liés à l’apiculteur.......................................................................................................... 86
2.3.Pollution génétique ............................................................................................................................ 89
2.3.1.Causes......................................................................................................................................... 89
2.3.2.Conséquences.............................................................................................................................. 90
CONCLUSION_________________________________________________147
Liste des abréviations____________________________________________149
BIBLIOGRAPHIE______________________________________________151
-2-
-3-
TABLE DES ILLUSTRATIONS
-4-
Liste des tableaux
INTRODUCTION
-5-
La sauvegarde d’espèces menacées est un sujet d’actualité. Il y a cinquante ans, le
monde scientifique augurait déjà de nombreuses extinctions ; aujourd’hui, tout le monde parle
de biodiversité, d’extinction d’espèces animales et végétales, de déforestation, de pollution et
de réchauffement climatique.
La situation de l’abeille noire, Apis mellifera mellifera Linnaeus (1758), est de plus
en plus médiatisée. Un peu partout, des apiculteurs essaient de sauvegarder cette variété
d’abeille dont la pérennité est mise en péril.
Au contact d’apiculteurs passionnés par cette abeille, j’ai suivi l’actualité et recherché
les travaux qui avaient été réalisés ; ces informations ont abouti naturellement à la rédaction
de cette thèse.
L'exposé de son historique illustrera l'héritage que représente Apis mellifera mellifera,
il permettra de comprendre ses liens de parenté avec les autres espèces et sous-espèces
d'abeilles et de présenter sa relation millénaire avec l’homme.
-6-
Une deuxième partie décrira la situation actuelle de cet hyménoptère, la dépopulation
des ruches observée depuis une dizaine d’années, les menaces qu’il doit affronter mais
également les nombreux services qu’il nous rend.
Les derniers points développés seront consacrés aux moyens mis en œuvre, d’une part
pour sauvegarder Apis mellifera mellifera, d’autre part, pour l’améliorer par la sélection, afin
qu’elle reste ou redevienne une variété recherchée par les apiculteurs.
Il est temps de réaliser le rôle que joue cet insecte tant écologiquement
qu’économiquement, de mesurer les nombreuses menaces pesant sur notre environnement et
les conséquences qu’aurait la perte du patrimoine génétique de cette abeille. Nous partageons
un lien historique, culturel, alimentaire et médical avec elle, sachons le préserver.
-7-
Chapitre I : Historique de
l'abeille noire
-8-
-9-
1. Des origines de l'abeille à Apis mellifera mellifera
Quand et où sont apparues les premières abeilles ? Comment l'espèce Apis mellifera
est parvenue à coloniser la quasi-totalité de la planète ?
Pour mesurer l'héritage que représente l'abeille noire, il faut connaître ses origines et
l'évolution qui l'ont menée à être l'abeille la plus représentée sur la planète. De l'apparition des
premières abeilles sur Terre à la différentiation des différents écotypes d'Apis mellifera
mellifera, cet insecte existe depuis des millions d'années.
Apparues sur Terre il y a 80 2- 100 2 millions d’années (Ma), les premières abeilles se
sont développées parallèlement aux angiospermes au cours du Crétacé1. Le développement
des insectes sociaux hyménoptères (120 Ma) a suivi l’avènement des premières fleurs il y a
140 Ma. 2
Le plus ancien fossile retrouvé est celui d’une abeille aculéate mélipone (abeilles sans
dard des régions tropicales) Trigona prisca (semblable à l’espèce actuelle ; voir le paragraphe
2.1. Systématique). Ce morceau d’ambre trouvé aux Etats-Unis d’Amérique (New Jersey) est
daté entre 96 et 74 Ma. 2
Peu touchés par la crise Crétacée - Tertiaire (il y a 65 Ma), ces insectes ont poursuivi
leur évolution parallèlement aux plantes à fleurs.
Le plus ancien fossile connu présentant une abeille possédant un aiguillon a été
découvert en mer Baltique 2, 2 dans un morceau d’ambre daté de 50 Ma. Les plus anciens
ancêtres d’Apis mellifera doivent dater de l'Eocène inférieur2, mais les premiers fossiles du
genre Apis sont plus récents, datant d’il y a environ 40 Ma (Eocène moyen 3) 2. Ont été
retrouvés en Europe des fossiles datés du Miocène Inférieur4 en Allemagne 2, ainsi qu'un
fossile intact découvert dans les gisements Tertiaires d’Aix-en-Provence 2.
L’abeille a vécu pendant une immense période géologique avant notre espèce, vieille
seulement de deux millions d'années, et a traversé avec succès de nombreux bouleversements
climatiques 2.
1
Crétacé 2 : - 145,5 à - 65,5 Ma
2
Eocène inférieur : - 55,8 ± 0,2 à - 48,6 ± 0,2 Ma
3
Eocène moyen : - 48,6 ± 0,2 à - 37,2 ± 0,1 Ma
4
Miocène Inférieur : - 23,03 ± 0,05 à - 15,97 ± 0,05 Ma
- 10 -
1.2. Premières abeilles et climat
5
Mésozoïque : - 251 à - 65,5 Ma
6
Oligocène : - 33,9 ± 0,10 à - 23,03 ± 0,05 Ma
- 11 -
1.3. Evolution des espèces
Les espèces Apis mellifera et Apis cerana sont quant à elles distinctes depuis 6 Ma, et
non depuis le Quaternaire comme pensé jusqu’alors (-1,8 -1,9 Ma). 2 Ces deux espèces sont
ensuite demeurées séparées, pendant les glaciations du Pliocène8 et du Pléistocène9 et par la
suite jusqu’à l’intervention récente de l’homme 2.
L’espèce à laquelle appartient l’abeille noire évolue donc depuis 6 millions d’années
avec sa capacité à coloniser les milieux tempérés.
1.4.1.Pliocène
Séparée d’Apis cerana par des zones désertiques et semi-désertiques, Apis mellifera
connut une première phase d’expansion pendant les périodes de réchauffement du Pliocène.
De son berceau en Asie méridionale, l’aire d’occupation d’Apis mellifera s’étendit :
- et vers le Sud, passant par la péninsule Arabique, traversant le continent africain jusqu’en
Afrique du sud 22.
7
Miocène : - 23,03 ± 0,05 à - 5,332 ± 0,005 Ma
8
Pliocène : - 5.332 ± 0.005 à - 1.806 ± 0.005 Ma
9
Pléistocène : - 1,806 ± 0,005 Ma à 11 430 ± 130 ans
- 12 -
1.4.2.Pléistocène
Mais durant les périodes de glaciation du Pléistocène, les régions au Nord de la
Méditerranée furent recouvertes d’une toundra inhospitalière. Car même si l'inlandsis10 à son
apogée il y a 18 000 ans atteignait seulement le Nord de l’Angleterre, une toundra sans arbres,
balayée par des vents secs et glacés, s’étendait au Sud sur des milliers de kilomètres, couvrant
la France et la péninsule ibérique 2.
La calotte glaciaire a ainsi étiré son influence pendant près de deux millions d’années
2, les seules possibilités de survie pour Apis mellifera sur le continent Européen furent le long
de la côte méditerranéenne (Apennins, Balkans et péninsule ibérique) 2. Comme pour les
hommes de l’ère glaciaire, des vallées bien orientées et abritées des vents parmi les plateaux
et collines où le climat était encore glacial ont pu servir de refuges à des populations isolées
d’abeilles 2.
Le fait que certaines souches d’Apis mellifera aient pu survivre dans le Sud de
l’Europe pourrait expliquer que l’abeille indigène française présente plus de variété génétique
que les abeilles d’autres régions et indiquerait la présence d’un pool génétique unique au sein
de cette sous espèce 2.
- 13 -
tellienne (Apis mellifera unicolor var intermissa) et des études sur les abeilles de la Péninsule
Ibérique et du Maroc confirment les liens étroits entre les populations d’abeilles ouest-
européennes et nord-africaines 2.
Les colonies venant d'Afrique, migrant par la péninsule ibérique, se sont croisées avec
celles ayant survécu confinées au Sud de l’Europe par les glaciations répétées. Les essaims
d’Apis mellifera mellifera ont alors entamé une lente progression des forêts côtières vers
l’intérieur, traversant toute l’Europe des Pyrénées jusqu’à l’Oural et s’aventurant plus loin
vers le nord qu’aucune autre sous-espèce 222.
Les limites nord d’Apis mellifera mellifera ont varié suivant les conditions climatiques
locales, influencées par la puissance du Gulf Stream. Ces conditions faisaient fluctuer les
zones couvertes de chênes (Quercus), tilleuls (Tilia sp.), hêtres (Fagus), ormes (Ulmus) et
merisiers (Prunus avium) le long de la Baltique, celles-ci remontant parfois jusqu’au 64°N 2.
Apis mellifera mellifera a ainsi colonisé les Iles Britanniques (péninsule rattachée au
continent jusque environ 6 000 ans avant J.C.), la Suède et le Sud de la Norvège 2.
Dans les zones atlantiques, le problème majeur pour la survie des abeilles n’est pas
tant l’hivernage en milieu trop rude que la difficulté de réussir les vols nuptiaux au cours de
ces étés frais, venteux et pluvieux 2.
L’aire géographique d’extension d’Apis mellifera couvre ainsi les continents Africain,
Européen et Asiatique à l’exception du Sud Est asiatique que se partagent les trois autres
espèces d’abeille.
- 14 -
1.5. Intervention de l’homme sur l’aire d’occupation
d’Apis mellifera mellifera
1)Amérique
Sur le continent américain, les abeilles vraies, du genre Apinae, étaient à l’origine
absentes. Les amérindiens exploitaient quelques abeilles sans aiguillon dans le Yacutan et les
régions voisines. Les Mayas d’Amérique centrale travaillaient également avec une abeille
mélipone (Mellipona beecheii) 2.
Les premières ruches furent importées par les colons européens en 1691. Apis
mellifera iberica fut introduite au Brésil et Apis mellifera mellifera en Amérique du Nord 2.
À partir des abeilles importées sur la côte Est au XVIIe siècle, une formidable
population sauvage s’est rapidement établie et étendue vers l’ouest, bien plus rapidement
que la colonisation humaine. Apis mellifera mellifera devint, très rapidement, un élément
essentiel de la faune locale et de la vie dans les forêts de la Nouvelle-Angleterre et de Virginie
2.
A partir du XIXe siècle, une autre abeille européenne fut importée : l’abeille Italienne
(Apis mellifera ligustica) 2. Apis mellifera ligustica ne survit pas aux rudes hivers d’Amérique
du Nord : cette variété est utilisée en apiculture transhumante. De nouvelles colonies sont
élevées chaque printemps dans les états du Sud et transportées dans le Nord où elles
demeurent jusqu’à leur destruction en automne. La conséquence gênante est le croisement
avec les colonies sauvages d’Apis mellifera mellifera (ou de ses métisses), qui entraîne
l’apparition de colonies métisses dont le caractère agressif est redouté 2.
- 15 -
Les limites de l’adaptabilité d’Apis mellifera mellifera se sont révélées dans les
régions subtropicales et tropicales d’Amérique Centrale et du Sud. Là, c’est l’abeille ibérique
(Apis mellifera iberica) qui a été importée par les colons européens. Mais contrairement à
l’exemple d’adaptation réussie d’Apis mellifera mellifera, Apis mellifera iberica a été utilisée
pendant des siècles sans réussir à établir des colonies sauvages sous ce climat 2.
Ceci démontre clairement que l’abeille noire européenne, de même que sa cousine
ibérique (les deux représentantes de la lignée M), est une abeille de la zone tempérée fraîche,
incapable de s’adapter au climat tropical.
2)Océanie
Comme en Amérique du Nord s’établirent rapidement en Australie et en Nouvelle-
Zélande des colonies sauvages d’Apis mellifera mellifera, qui gardent encore aujourd’hui
les caractéristiques de l’abeille noire européenne et ceci malgré l’importation ultérieure
massive d’abeilles Italiennes 2.
Ceci a été observé en Tasmanie où Apis mellifera mellifera fut introduite en 1835
d’Angleterre. Tant les abeilles de l’immense population sauvage des forêts d’eucalyptus
(Eucalytus) que les colonies d’abeilles noires contrôlées dans la région centrale de Tarraleah
ont gardé, pour la plupart des caractères, les valeurs biométriques typiques de l’abeille
anglaise (Voir 2. Abeille noire : l'identifier) 2.
3)Russie
Bien que la migration post-glaciaire d’Apis mellifera mellifera n'ait pas progressé au-
delà des Montagnes de l'Oural, l'apiculture utilisant l'abeille noire a été pratiquée en Sibérie
depuis la première partie du XIXe 2.
- 16 -
En Russie Orientale et en Sibérie Centrale, il faut une abeille robuste avec un
développement jusque tard dans la saison pour affronter les hivers rudes et les printemps
tardifs, les abeilles Carnioliennes (Apis mellifera carnica) et Italiennes (Apis mellifera
ligustica) ne peuvent être utilisées. On utilise l’abeille noire, Apis mellifera mellifera, à part
dans la province la plus orientale où est utilisée, l'abeille ukrainienne, Apis mellifera
macedonica, importée vers la fin du XIXe siècle 2.
Malgré les hivers sévères, l'apiculture dans ces régions reste possible à condition que
les rivières soient gelées pendant moins de six mois l'année 2. Les capacités d'adaptation
d’Apis mellifera mellifera face à une grande variété d'environnements a permis de remonter
les limites nord en Europe des possibilités d’une apiculture économique permanente
d’environ 7° (800 km) 2.
Vers 1860 toutes les zones tempérées fraîches des deux hémisphères ont été
exclusivement colonisées par une seule sous-espèce, l’abeille noire et jusqu’en 1850, Apis
mellifera mellifera était la seule sous-espèce d’abeille présente en Europe du Nord entre
l'océan Atlantique et l'Oural (Voir 2.2) 22.
4)Allemagne
Le cas de l'Allemagne est à opposer aux cas précédents, tout y a été mis en oeuvre
pour remplacer Apis mellifera mellifera initialement présente 2.
Ces sous-espèces semblaient en effet supérieures à Apis mellifera mellifera, par leur
production de miel comme par leur comportement plus doux qui facilitait le travail avec les
nouvelles ruches à cadres. Les croisements de ces abeilles avec l’abeille locale donnèrent aux
premières générations de bons effets d’hétérosis (jusqu’à 60 %), ce qui encouragea
l’importation de nouvelles reines 2.
- 17 -
Après la seconde guerre mondiale, l’association apicole Deutscher Imkerbund,
soutenue par le gouvernement (provincial et fédéral), ainsi que la majorité des apiculteurs,
décida de convertir la population apiaire en Carniolienne (Apis mellifera carnica), variété la
plus apte à leurs yeux à une bonne gestion de leurs ruchers. On importa donc des souches
sélectionnées et contrôla l’élevage apicole en demandant une licence aux apiculteurs, pour
s’assurer de la conservation de la pureté du cheptel et de la sélection des caractères désirés 2.
Une étude de 1991 effectuée par R.F.A. MORITZ a comparé 91 ruchers de Bavière à
des souches commerciales d’Apis mellifera carnica et des échantillons d’Apis mellifera
mellifera datant de 1911, par une analyse discriminante multivariable de la vénation alaire.
L’étude a conclu que, après plus de 40 ans d’élevage et de sélection, malgré les efforts faits
pour remplacer la population autochtone, les abeilles testées étaient une forme hybride entre
Apis mellifera mellifera et Apis mellifera carnica. Les apiculteurs convaincus d’avoir réussi à
élever une lignée pure ont du reconnaître leur impuissance 2.
5)Royaume-Uni
Au début du XXe siècle (premières observations de la « maladie de l'île de Wight » en
1905), un acarien parasite, Acarapis woodi, décima en quelques années la population anglaise
d’Apis mellifera mellifera (qui avait déjà subit les importations de reines Italiennes ayant
débutées en 1859) 22.
Suite à cette catastrophe, les apiculteurs durent reconstituer leur cheptel, et pour ce
faire préférèrent élever des abeilles supposées plus résistantes à Acarapis woodi et choisirent,
pour la plupart, une race créée à l'abbaye Buckfast (Devon), à partir de croisements de
nombreuses variétés, décrites par le Frère ADAM lors de ses voyages 22.
- 18 -
2. Des espèces, sous-espèces et écotypes d'abeilles
aujourd'hui
L'abeille noire est l’archétype même de l’abeille, ce fut la première abeille décrite
scientifiquement par Carl von LINNE qui donna à l’abeille domestique son nom scientifique :
Apis mellifera dans la dixième édition de son ouvrage fondamental « Systema Naturae » en
1758 2.
2.1. Systématique
C’est dans le groupe des Aculéates que l’on trouve les espèces venimeuses ; les
femelles ont un ovipositeur transformé en aiguillon qu’elles emploient pour paralyser leurs
proies et éventuellement pour se défendre 2.
- 19 -
Figure 1. Systématique : place des abeilles dans la classification 2222.
Ordre
Hyménoptères
Sous-ordre
Symphytes
Apocrites
Aculéates
Térébrants
(porte-aiguillon)
Famille
Mellitidae Mégachilidae Apidés supérieurs Andrénidae Collétidae Halictidae Anthophoridae
Apidae
Euglossinae Meliponinae
Sous-famille Bombinae
(abeille des orchidées) (abeilles sans dard)
Apinae (bourdons)
Apis
Apis Apis Apis
mellifera
cerana dorsata florea
Linaeus
- 20 -
La famille des Apidés supérieures inclut plusieurs espèces sociales comme les
bourdons (sous-famille Bombinae) et les petites abeilles sans dard des régions tropicales
(Genres Meliponina et Trigona du groupe Meliponinae) 2. La sous-famille des Apinae
comprend un seul genre, le genre Apis, abeilles proprement dites 2.
• Apis florea (abeille naine, deux fois plus petite que l’abeille domestique, probablement
espèce la plus proche des abeilles primitives portant un aiguillon) ;
• Apis dorsata (abeille géante) ;
• Apis cerana (=indica) (abeille orientale) ;
• Apis mellifera (abeille occidentale) 2.
Quelques auteurs distinguent deux espèces supplémentaires : Apis laboriosa (abeille
indienne) et Apis andreniformis 2. Mais il est probable que ces abeilles soient respectivement
des sous-espèces géographiques d'Apis dorsata et d'Apis florea, ce qui témoigne de variations
physiques plus importantes que celles observées au sein d'autres espèces 2.
Le croisement d’Apis cerana avec Apis mellifera est impossible même par
insémination artificielle, on a donc bien à faire à deux espèces distinctes. Elles sont
génétiquement incompatibles et présentent de nombreuses différences quant à leurs réactions
face aux maladies, parasites et prédateurs 2.
Apis mellifera a colonisé l’ensemble du globe, exception faite du Sud Est asiatique,
que se partagent Apis cerana, florea et dorsata 2. Bien que certaines sous-espèces d’Apis
dorsata soient exploitées pour la production de miel 2 ; seules Apis cerana et Apis mellifera «
l’abeille à miel » sont utilisées dans des ruches modernes à cades mobiles. Les colonies
d’Apis cerana sont numériquement moins importantes et présentant des rendements de miel
plus faibles, cette espèce a donc rapidement été supplantée par Apis mellifera qui a partout été
massivement importée.
- 21 -
2.2. Sous-espèces géographiques d’Apis mellifera
Des colonies d’abeilles appartenant à la même espèce mais occupant des habitats
différents ont développé des caractéristiques propres au milieu, on observe ainsi des souches
distinctes d’abeilles appartenant à une même espèce. On parle de sous-espèces
géographiques, de variétés ou plus couramment de races, même si ce dernier terme est
zootechniquement impropre (une race est le résultat d’une sélection par l’homme, ce qui est
uniquement le cas de l’abeille Buckfast).
L’abeille Occidentale Apis mellifera occupe une aire géographique très vaste (Afrique,
Europe, Moyen-Orient, Amérique et Océanie). Face à la grande diversité de climats et
d’habitats, la sélection naturelle a abouti à plusieurs sous-espèces adaptées à chaque milieu
(dont Apis mellifera mellifera).
Jusqu’à présent 26 sous-espèces de l’espèce Apis mellifera ont été décrites sur la base
de caractères morphologiques, génétiques, écologiques et comportementaux. Ces sous-
espèces sont adaptées à une grande variété d'environnements : du climat continental froid de
l'Europe de l'Est, à la chaleur de la région méditerranéenne et d’Afrique, en passant par le
climat humide tempéré du littoral Atlantique. Ce qui témoigne d’une importante variabilité
morphologique et génétique 2.
- 22 -
de l'abeille les croisements décrits sont ceux entre sous-espèces différentes. Il est par
conséquent plus juste de parler de métissage. Comme vu dans le paragraphe : 1.5.
Intervention de l’homme sur l’aire d’occupation d’Apis mellifera mellifera, des colonies
métisses ont été massivement créées sous l'action de l'homme, intentionnellement ou non.
Les croisements naturels entre sous-espèces ont toujours existé car l'isolement
reproductif n'est pas complet. Les différentes sous-espèces sont toutes interfécondes et les
limites entre les zones d'occupation de colonies de sous-espèces différentes aboutissent à
l'échange de matériel génétique. Les différences sont maintenues par l’influence du milieu
(facteurs adaptatifs) 2.
Par exemple, les deux sous-espèces Apis mellifera iberica et Apis mellifera ligustica
ont été limitées dans leur expansion par les montagnes au nord de leur zone. Les chaînes de
montagnes constituant des barrières efficaces pour les abeilles, cela explique comment trois
sous-espèces différentes ont pu se développer sur une courte distance le long de la côte nord
de la Méditerranée occidentale : Apis mellifera iberica en Espagne, Apis mellifera mellifera
en France et Apis mellifera ligustica en Italie 2.
- 23 -
60° Mellifera
Mellifera
Mellifera
Mellifera
Caucasica
Mellifera
(Iberica) Carnica
Ligustica
Sicula
Scutellata
Cypria Syriaca
Apis mellifera mellifera, « l’abeille noire », est présente en Europe depuis près d’un
million d’années ; comme l’abeille ibérique elle s’est développée après les glaciations du
pléistocène à partir du groupe des colonies du groupe Intermissa remontant du continent
- 24 -
Africain se croisant avec les colonies isolées survivantes. Elle occupait toute la partie
septentrionale de l'Europe depuis la façade Atlantique jusqu'à la partie européenne de la
Russie 222.
Apis mellifera mellifera est l’abeille originellement implantée en France. De par ses
frontières la France est entourée de manière naturelle par plusieurs sous-espèces d’abeilles qui
peuvent donc échanger des gènes avec l’abeille noire dans les régions limitrophes. Outre Apis
mellifera iberica en Espagne on trouve Apis mellifera ligustica en Italie et maintenant Apis
mellifera carnica en Allemagne 2.
Il est intéressant de préciser que ce que les apiculteurs appellent « race pure » Italienne
est en fait une hybride sur le plan génétique entre deux lignées évolutives. L'étude de l'ADN
mitochondrial de cette sous-espèce a en effet montré que le Nord et le Sud de l'Italie étaient
occupés par des lignées différentes 2.
Réputée pour sa douceur mais aussi une forte tendance à l’essaimage, elle hiverne
facilement sous des conditions climatiques très dures avec peu de réserves. Depuis quelques
décennies elle a connu une expansion rapide en Autriche et en Allemagne où les apiculteurs
essaient de remplacer Apis mellifera mellifera 2.
- 25 -
5)Abeille Buckfast
Cette souche synthétique a été créée au XXe siècle par l’équipe du père ADAM.
L'abeille Buckfast résulte de croisements entre plusieurs sous-espèces avec une forte
prédominance de sous-espèces appartenant à la lignée C. Contrairement à toutes les autres, ce
n'est pas une sous-espèce géographique mais elle se comporte comme une « race pure ». Le
processus de croisements a stabilisé la souche et aujourd'hui le croisement entre deux colonies
Buckfast donne une colonie Buckfast sans caractère de métissage 2.
On peut également citer Apis mellifera sicula en Sicile, Apis mellifera cypria sur l’île
de Chypre, Apis mellifera fasciata en Egypte et Syrie, Apis mellifera unicolor à Madagascar,
Apis mellifera scutellata (Apis mellifera unicolor var intermissa) très répandue sur le
continent africain, Apis mellifera unicolor capensis ou abeilles du Cap. La nomenclature
évolue avec l’étude du génome apiaire, des souches se révèlent plus proches ou plus éloignées
que ce que l’étude morphologique avait laissé croire 2.
Apis mellifera mellifera est une abeille de grande taille comparée aux autres sous-
espèces européennes, son abdomen est particulièrement large et volumineux. La couleur de
ses segments abdominaux est très sombre, brun noir à noir avec absence de bandes jaunes, ce
qui lui a valu sa dénomination d'abeille noire. C'est une abeille velue à la trompe
particulièrement courte, bien que ce dernier caractère soit variable 2.
2.3.1.Butinage
L’abeille noire est douée d’une grande puissance de travail, inégalée pour ce qui est de
la récolte de la bruyère (Erica versicolor et Calluna vulgaris). Le frère ADAM lui associe
également un bon sens du repérage et une puissance de vol remarquable. Elle possède une
grande ardeur à butiner 2.
Sa taille lui permet de grosses récoltes de pollen et de nectar. Sa forte pilosité lui offre
une bonne protection contre le froid ; elle est capable de commencer tôt le matin, ce qui est
notamment intéressant pour la recherche d'eau, car elle peut profiter de la rosée 2.
- 26 -
L'abeille noire est réputée pour être économe, son couvain traditionnellement entouré
d’une large bande de provisions, pollen et miel. On ne retrouve que rarement des rayons
remplis uniquement de couvain (« ruches à viande », colonies remplies d'abeilles mais qui ne
produisent aucun miel) 2.
L’abeille noire rassemble plusieurs caractéristiques qui lui permettent de jouir d’un
maximum de butineuses pour tirer profit d’une production ponctuelle de nectar pendant une
période au temps incertain :
- une diminution rapide du couvain lors de mauvais temps (limite la consommation des
réserves) ;
Malgré ces caractéristiques permettant des récoltes tout à fait honorables, Apis
mellifera mellifera arrive rarement en meilleure position lorsqu'on la compare à d'autres sous-
espèces. Cependant si l'on considère la production moyenne de miel sur l'ensemble des
colonies d'une exploitation et sur plusieurs années, l'abeille noire est souvent plus régulière, et
demande moins de temps et des coûts de production plus faibles (moins de nourrissement).
Les résultats économiques nets des exploitations performantes travaillant en abeille noire sont
finalement très proches de ceux d’exploitations peuplées d'autres variétés 2.
Si l'abeille noire n'est pas adaptée à des miellées précoces, elle a aussi ses spécialités
(miellat de sapin (Abies pectinata), trèfle blanc (Trifolium repens), bruyère callune (Calluna
vulgaris)) 2.
Quant à la propolis récoltée, Apis mellifera mellifera est au deuxième rang derrière la
caucasienne mais toutes les colonies ne sont pas équivalentes dans ce domaine. A part les
apiculteurs qui récoltent ce produit, ce caractère n’est pas recherché car la propolis en grande
quantité gêne les manipulations 2.
- 27 -
La réputation d’agressivité de l’abeille noire provient essentiellement de la présence
de métisses dans la plus grande partie de son aire de distribution. L’agressivité augmentant
fortement chez les métisses, ce caractère peut servir de mesure du métissage («
L’incompatibilité de tempérament » de COOPER, d’après F. RUTTNER et al.) 2.
La tendance à piquer est très variable : le comportement défensif des colonies non
métissées varie depuis la colonie tout à fait docile jusqu’à la colonie attaquant avant même
d’être dérangée 2.
La tenue de cadre de l'abeille noire est considérée comme médiocre, les abeilles
ayant plutôt tendance à se regrouper en bas des cadres lors de la visite des colonies, surtout si
l'enfumage est copieux. E. MILNER et J. DEWS décrivent le comportement de l’abeille noire
sur le cadre comme nerveux sur toute la zone de distribution. Les abeilles ne restent jamais
tranquillement sur le couvain comme le font d’habitude les Italiennes et les Carnioliennes.
Certaines lignées sont extrêmement irritées par la moindre fumée et on les a vues se précipiter
sur du miel operculé qu’elles rongent, plutôt que de se servir aux cellules ouvertes 22.
Les apiculteurs recherchent des abeilles qui ne s'agitent pas quand on ouvre la ruche,
comportement qui fait perdre beaucoup de temps. Certaines lignées, plus douces, se montrent
beaucoup plus calmes sur les cadres, moins enclines à courir en tous sens si on les manipule
sans ou avec peu de fumée 22.
2.3.3.Essaimage et supercédure
L'essaimage est le moyen naturel de reproduction d'une colonie, l'ancienne reine
partant avec la moitié des habitants de la ruche, l'autre moitié élevant une nouvelle reine. Mais
ce comportement empêche un rendement maximal par ruche car des colonies essaimeuses
représentent un travail supplémentaire pour l’apiculteur et/ou une récolte moindre 2.
- 28 -
Dans les lignées d’abeilles noires où l’incidence de l’essaimage est limitée, le
remplacement de la reine a souvent lieu par supercédure, c'est à dire sans essaimage (le
marquage de la reine est indispensable pour surveiller ce phénomène) 2.
Le rythme du couvain est lié à chaque écotype (voir le paragraphe 2.4.2.2) Rythme de
couvain) et ce comportement stéréotypé n'est pas facilement influencé par les sollicitations de
l'apiculteur. Malgré la variabilité selon l'écotype considéré, le cycle saisonnier d'Apis
mellifera mellifera se caractérise par un démarrage plutôt tardif, un développement lent au
printemps (elle ne gaspille jamais de réserves pour nourrir du couvain), pouvant ensuite
devenir très rapide si les conditions météorologiques sont favorables, avec un pic estival
donnant des fortes populations assez tard en été, un arrêt de ponte assez précoce et un
hivernage en colonies populeuses. A tout moment, le rythme de couvain est inférieur en
comparaison avec d’autres variétés comme les Italiennes, les Carnioliennes et les Buckfast
2.
L’arrêt de la ponte en automne est hâtif si on le compare à celui des Italiennes. Cet
arrêt précoce peut être néfaste à un bon hivernage. Si les conditions météorologiques sont
mauvaises, la population diminue et la colonie se retrouve trop faible pour résister à l'hiver.
Les miellées tardives (lierre par exemple) sont susceptibles de provoquer une relance de
ponte, permettant un hivernage avec une bonne population de jeunes abeilles 2.
- 29 -
L'abeille noire suit parfaitement le rythme des saisons ; la reine dispose d'une longue
saison de ponte, modulée en fonction des floraisons disponibles ; elle est ainsi capable de
ralentir sa ponte en cas de raréfaction de la nourriture, et de repartir de plus belle quand celle-
ci se fait plus abondante 2.
Apis mellifera mellifera est également sensible à l’acariose (Acarapis woodi) ; comme
l'ont montré les colonies anglaises décimées en quelques années par l’acarien des trachées 2.
Mais ces caractères sont également variables, certaines lignées étant de bonnes
nettoyeuses 2.
- 30 -
2.3.6.Hivernage
Tous les auteurs sont d’accord sur les excellentes capacités d’hivernage de l’abeille
noire, même dans des conditions climatiques extrêmes. Si la taille de la colonie est modérée
tout au long de la saison, la grappe est petite et très compacte l’hiver. En corollaire à leur
couvain limité, on observe chez ces abeilles une grande longévité et une parcimonie dans la
consommation des provisions. Ces colonies ont donc des chances de survie élevées avec un
minimum d’aide ; des colonies que l’apiculteur n’a pas besoin de nourrir pendant l’hiver
nécessitent un travail et un coût moindre 2.
- un corps de grande dimension par rapport aux autres espèces, d’où une production
individuelle de chaleur supérieure et une perte moindre (rapport volume/surface plus
important) ;
- une pilosité importante, les longs poils sur l’abdomen s’intriquant lorsque les abeilles se
mettent en grappe (quand la température est inférieure à 2°C) la tête à l’intérieur, formant
une couche isolante comme la fourrure d’un mammifère ;
- les abeilles élevées en fin d’été reçoivent une quantité supérieure de bioptérine
(sécrétée par les glandes nourricières), ce qui entraîne l’accumulation de protéines et
de graisse dans les couches sous dermiques de l’abdomen et permet à ces abeilles
d’être actives au printemps (contrairement aux Italiennes qui doivent élever du
couvain pendant l’hiver) 2 ;
- la production de catalase par les glandes rectales est augmentée en automne, ce qui
permet l’accumulation d’une quantité supérieure de fèces pendant l’hiver et diminue le
risque de dysenterie lorsque le temps rend impossible un vol de propreté ;
Contrairement aux variétés originaires de pays plus ensoleillés, les colonies d'Apis
mellifera mellifera ne sortent pas lorsque la température est basse. En Angleterre, F.
RUTTNER (1988) a observé chez des colonies Italiennes et métisses, que de nombreuses
abeilles quittaient la ruche pendant les journées enneigées lumineuses malgré des
températures proches ou inférieures à 0°C et tombaient engourdies par le froid 2.
- 31 -
Cette qualité d'hivernage peut expliquer que les populations d’abeilles indigènes de
l’Angleterre du Nord et d’Ecosse sont restées essentiellement noires en dépit d’importations
répétées de l’étranger. En effet, l’abeille Italienne se développe bien durant l’été, en
particulier dans le Sud de l’Angleterre, mais subit de lourdes pertes durant les hivers 22.
Avant de comparer l'abeille noire aux autres variétés d'abeilles, il faut garder à l’esprit
que la sélection rationnelle et le développement de l'abeille noire ont été négligés. Elle n’a
jamais fait l’objet d’une sélection continue par les apiculteurs, à la différence d’autres variétés
utilisées en apiculture moderne comme les Italiennes, les Carnioliennes ou les Buckfast 2.
Le 2.3.6 montre que malgré des défauts, qui peuvent pour la plupart facilement être
éliminés par la sélection (à part l’usage important de propolis), Apis mellifera mellifera
présente de nombreuses qualités économiquement intéressantes avec l'avantage de la
« rusticité » liée à l'adaptation de cette abeille à son climat.
Qualités Défauts
Hivernage Tenue de cadre
Longévité Tempérament (surtout en fin d’été)
Puissance de vol Activité de nettoyage déficiente
Excellente butineuse Récolte de propolis
Régularité des rayons
Rythme de couvain adapté à la flore locale
On appelle écotype une population d’abeilles d’une sous-espèce donnée qui a évolué
différemment dans une région précise 2.
Lorsque les adaptations ne sont pas génétiquement déterminées, les colonies sont
capables de s’accommoder à un nouvel environnement lorsqu’elles sont déplacées. Les
différenciations initialement observées correspondaient à une simple plasticité sans support
héritable, on ne doit alors pas parler d’écotype 2.
- 32 -
2.4.1.Ecotypes en Europe
L'adaptation d'Apis mellifera mellifera à une grande variété d'environnements a abouti
à la différenciation de l'abeille noire en plusieurs types locaux ; on reconnaît par exemple :
• Apis mellifera mellifera mellifera Linnaeus (1758), abeille d'Europe centrale, occupant la
France, la Belgique, l'Allemagne (sauf la ligne côtière de la mer du nord), la Suisse,
l'Autriche (ou elle est appelée braunella) et la Pologne ;
• Apis mellifera mellifera lechceni (BUTTEL-REEPEN, 1906), l'abeille des bruyères, située
en Irlande, au Royaume-Uni, au Pays-Bas, en Oldenburg et en Basse Saxe en Allemagne
et en Scandinavie (où elle est appelée « abeille nordique ») ;
• Apis mellifera mellifera silvarum (ALPATOV, 1935), l'abeille des forêts, située à l'Est de
la Pologne, jusqu'à l'Oural ;
• Apis mellifera mellifera acervorum (SKORIKOW, 1929), l'abeille de la steppe que l'on
retrouve en Ukraine 2.
2.4.2.Ecotypes en France
Depuis 10 000 ans qu’elle occupe la France, l'abeille noire s'est adaptée aux conditions
écologiques et climatiques particulières caractéristiques de certaines régions. A l’intérieur du
territoire français, on distingue plusieurs écotypes qui diffèrent par plusieurs caractéristiques
2.
1)Activité de butinage 2
En travaillant sur la permutation de colonies d'Apis mellifera mellifera originaires de
milieux différents, J. LOUVEAUX (1965) a mis en évidence l'existence d'écotypes français
dans les années 1960 (d’après M. BUDZINSKA).
Après leur déplacement, les colonies conservent des traits de comportement adapté au
milieu antérieur. Les résultats de cette étude en comparant le temps en semaines, nécessaire à
la récolte de 50 % et 90 % de la récolte totale de pollen, sont exposés dans le 2. Les colonies
d'Apis mellifera mellifera de Belgique par exemple réalisent leur récolte sur une période deux
fois plus brève que les colonies des Landes françaises.
2)Rythme de couvain 22
De même du point de vue morphologique, la variation entre les populations locales
reste très faible, seule l'analyse statistique arrive à mettre en évidence de légères différences.
• dans les Landes (type b sur la Figure 3), où la miellée principale est celle de bruyère, on
observe un pic de couvain au mois d’Août permettant une récolte de nectar intense en fin
d’été, début d’automne ;
- 33 -
• les lignées de la région parisienne (type a sur la Figure 3), qui disposent d’une miellée de
printemps, ont un rythme de couvain de type « central européen », comportant un pic
printanier (développement précoce du couvain), une récolte estivale de nectar et un déclin
dès le 15 juillet ;
Tableau 2. Temps en semaines, nécessaire à la récolte de 50 % et 90 % de la récolte totale
de pollen 2.
Lieu 50 % 90 %
Belgique (Sambre-Meuse) 8 15
Région parisienne 9 18
Bretagne 13 22
Provence 11 25
Landes de Gascogne 18 26
- 34 -
Ordonnées : surface occupée par le couvain
e : type « côte atlantique » : départ tardif, lente progression, petit pic et arrêt hâtif
• dans la zone méditerranéenne (type d sur la Figure 3), la courbe du couvain a un profil
nettement bimodal, avec une réduction marquée au cours de l’été chaud et sec et un
second pic en automne. Les abeilles de Corse par exemple font peu ou pas de couvain
pendant la période chaude en été mais présentent un second pic de développement du
couvain en automne.
En fait, on trouve en France tous les profils de couvain possibles, en rapport avec les
conditions climatiques locales 2. L’étude de ce caractère illustre la variabilité biologique entre
les différents écotypes d'abeille noire.
3)Différences morphologiques 2
En 1975, J.M. CORNUET et al. ont confirmé par une étude importante sur le territoire
français qu’Apis mellifera mellifera existait toujours, mais plus encore sous la forme de
plusieurs écotypes géographiques distincts (Provence, Landes, Essonne, Cévennes, Bretagne)
(5). Les différences morphologiques sont légères mais toujours statistiquement significatives.
Avec un indice cubital toujours faible, les écotypes diffèrent par leur pilosité, les colonies
landaises étant peu velues, contrairement aux colonies bretonnes ; les colonies provençales se
distinguent par la longueur de leur trompe et leur coloration très foncée.
4)Différence comportementale 2
De la même façon on observe des différences de comportements : les colonies du
Nord-Ouest de la France prennent rapidement de l’altitude à la sortie de la ruche alors que
celles du Sud de la France restent beaucoup plus près du sol.
Ainsi les apiculteurs qui ont installé des colonies Bretonnes dans le Sud, ont eu la
mauvaise surprise de voir leurs colonies dépérir, toutes les butineuses s’élevant se faisant
emporter par le mistral.
- 35 -
Utiliser des souches dans des conditions auxlesquelles elles ne sont pas adaptées,
entraîne le plus souvent une dégradation des performances 2.
5)Analyse ADN 2
L’analyse ADN a permis de mettre en évidence de très nombreux haplotypes chez
l’abeille noire. A ce jour, 51 haplotypes ont été trouvés en France dans la lignée M. La
fréquence de ces haplotypes est très variable mais l’un d’entre eux (M4) est très majoritaire en
France et représente environ les 3/4 des haplotypes.
- 36 -
Tableau 3. Moyenne des caractères biométriques des écotypes d'Apis mellifera mellifera
2.
A B A/B
- 37 -
3. Des abeilles et des hommes
L'homme et l'abeille partagent une longue histoire commune, depuis les chasseurs-
cueilleurs du Néolithique aux ruches à cadres du XXe siècle.
3.1. Cueillette
L’évocation la plus ancienne des rapports entre l’homme et l’abeille est une peinture
rupestre vieille de 8 000 à 10 000 ans, trouvée à la « cueva de la Araña » (grotte de
l’Araignée) découverte en 1921 à Bicorp près de Valence en Espagne. On y voit un homme
suspendu à des lianes, portant un panier pour recueillir sa récolte, la main plongée dans un
tronc d’arbre à la recherche de rayons de miel ; une illustration des colonies d’abeilles noires
du Néolithique ! 2
Aujourd'hui encore, certaines tribus n'élèvent pas les abeilles mais exploitent des
colonies sauvages. Mais le plus souvent, l’homme héberge une colonie et, en contrepartie,
prélève sa part dans les réserves que la ruche a emmagasinées 2.
Des représentations de ruches datant de 2 500 ans avant J.C. ont été retrouvées en
méditerranée occidentale. Dans l’Ancien Empire égyptien, un rucher formé de poteries
superposées et des scènes décrivant l’extraction et la conservation du miel sont le témoignage
d’une apiculture florissante 2400 ans avant J.C. 2.
A l’instar des hiéroglyphes, la récolte du miel est illustrée sur les représentations de la
Mésopotamie antique, comme sur celles de la Chine des premiers siècles de notre ère 2.
- 38 -
Le milieu du XIXe siècle vit le retour de l’élevage apicole sous l’impulsion de
nombreux chercheurs ; cet engouement se maintenant ensuite, l’apiculture représentant un
revenu d’appoint pour les agriculteurs. Mais après l’expansion observée suite au rationnement
du sucre pendant et après la seconde guerre mondiale, l’apiculture est aujourd’hui surtout
l’affaire de quelques professionnels 2.
De l’antiquité à nos jours et selon l’endroit du globe, la forme des ruches varie
considérablement (troncs évidés, terre cuite, paille, bois…) 2.
La hausse est un réservoir posé sur la ruche, communicant par un trou situé au
sommet de la ruche ; les abeilles peuvent y construire de nouveaux rayons et y entreposer du
miel. Cette invention permit d'éviter la destruction systématique des colonies par étouffement
en ne récoltant que le miel entreposé dans la ou les hausses. Les premières mentions de tels
dispositifs remontent au XIIIe siècle. En1772, J. de GELIEU décrit la première ruche à hausse
fonctionnelle dans sa Nouvelle Méthode pour former les essaims artificiels (d’après B.
CORBARA). La hausse est maintenant un élément en bois posé sur le corps de la ruche 22.
Les Grecs et les Romains utilisaient déjà une ruche à cadres il y a 2 500 ans 22. Le
Français DUBEAUVOYS développa en 1844 une ruche à cadres dont l’utilisation devint
courante, les rayons mobiles permettant de nombreuses manipulations à l’intérieur de la ruche
occupée 2.
Les performances du cadre mobile furent améliorées par l’Allemand MEHRING qui y
ajouta en 1857 une feuille de cire gaufrée, et par le major Autrichien HRUSHKA qui
développa un extracteur centrifuge 22.
- 39 -
3.4. Littérature apicole
Les premiers écrits consacrés à la biologie des abeilles et la récolte de ses produits
remontent à l’Antiquité. ARISTOTE (considéré comme le fondateur de la zoologie) est le
premier auteur qui ait laissé une œuvre substantielle sur l’abeille 2.
C’est au XVIIe siècle que les bases de la future entomologie sont posées, et ceci grâce
à une invention qui allait révolutionner la science : le microscope 2.
Après l'étude approfondie de l'anatomie des abeilles, commença celle de leur biologie
au XVIIIe et surtout XIXe siècle. L’apiculture connut alors un développement spectaculaire en
Europe surtout centrale. R.A. FERCHAULT de REAUMUR (1683-1757) a été l’un des
fondateurs de l’entomologie moderne. Le tome V de ses Mémoires est un volumineux traité
consacré à la biologie et à l’éthologie de l’abeille (d’après B. CORBARA et J. LOUVEAUX)
22.
- 40 -
L’abeille est ignorée par les naturalistes et les universitaires jusqu’à ce que les
restrictions alimentaires de la seconde guerre mondiale en attirant l'attention sur le miel
(aliment non rationné) et la cire (devenue introuvable) fassent de l'abeille l'objet d'un
engouement général 2. Plusieurs livres de vulgarisation de l’apiculture parurent à ce moment
22.
L’abeille est un sujet d’étude riche. Sa biologie et son comportement ont fait et font
encore l’objet de nombreuses études ; les produits de la ruche et leurs vertus médicinales
n’étant pas en manque.
- 41 -
Chapitre II : L’abeille noire au
XXIe siècle
- 42 -
1. Importance de l’abeille
Quelle place tient l’abeille dans la société actuelle ? Voyons ce que cet insecte nous
apporte et les menaces auxquelles l’abeille noire est aujourd'hui confrontée.
Pour dire à quel point l’abeille domestique nous est précieuse, il suffit de rappeler
qu'une majorité de plantes à fleurs sont partiellement ou totalement pollinisées par elle. En
effet, les abeilles constituent un élément clef de l’écosystème par son rôle de pollinisateur 22.
1.1.1.Définitions
La pollinisation est un phénomène qui intervient dans la reproduction sexuée des
Gymnospermes et des Angiospermes. Elle se définit comme le transport des grains de pollen
des anthères (élément mâle) sur le stigmate (élément femelle) des fleurs. La pollinisation peut
être :
- soit au sein d’une même fleur (chez certaines espèces hermaphrodites 11), c’est
l’autogamie sensu stricto ;
- soit entre deux fleurs distinctes mais portées par le même individu (espèces
hermaphrodites ou monoïques12 ), c’est l’autogamie sensu lato.
- croisée, on parle alors d’allopollinisation ou d’allogamie. Elle a lieu entre deux fleurs
portées par deux individus différents. Elle est de fait obligatoire chez les espèces
dioïques13 mais également chez de nombreuses espèces hermaphrodites pour lesquelles
l’autopollinisation est impossible.
L’allopollinisation est ainsi le mode le plus répandu chez les plantes à fleurs ; elle
autorise un brassage génétique important par la mise en commun des génomes de deux
individus différents 2.
Ce transport s’effectue grâce à des facteurs physiques (pesanteur, eau, vent) ou à des
agents biologiques (insectes, oiseaux ou mammifères). On oppose les plantes anémogames
qui n'ont besoin pour se reproduire que du seul recours du vent, aux plantes entomophiles
dépendantes d’insectes pollinisateurs qui assurent le transport du pollen de l’anthère d’une
fleur au stigmate d’une autre, sur la même plante ou sur une autre 2.
11
Plantes hermaphrodites : fleurs comportant à la fois les organes mâles et les organes femelles
12
Plantes monoïques : fleurs mâles et fleurs femelles portées séparément par un même individu
13
Plantes dioïques : les fleurs mâles et les fleurs femelles sont portées par des individus distincts
- 43 -
1.1.2.Rôle biologique
Pour remplir son jabot de 70 mg de nectar, l’abeille doit parfois visiter plus de mille
fleurs ; en une heure une butineuse visite ainsi 600 à 900 fleurs (et parfois bien plus) 2.
Sur les milliers et les milliers de fleurs qu’elle visite, la butineuse transporte des grains
de pollen, favorisant autopollinisation et allopollinisation. En accroissant ainsi les chances de
fécondation des plantes, l’abeille permet la production des graines et donc la pérennité des
ressources végétales. Par la fécondation croisée l'abeille contribue à l'enrichissement
incessant de son environnement 2.
Les plantes à fleurs représentent 70% du règne végétal, soit environ 240 000
espèces dans le monde 2. Environ 1 000 espèces de plantes ne peuvent se reproduire que
grâce aux abeilles, car elles ne disposent pas d’autre moyen de réaliser la pollinisation, aucun
autre insecte, aucun agent atmosphérique n’étant en mesure de l’assurer 2.
L'abeille domestique n'est bien sûr pas le seul insecte pollinisateur mais c'est le plus
fréquent. En comparant les pourcentages de visite des différents insectes, présentés dans le
1.1.2, on constate le rôle prépondérant de l'abeille domestique, qui constitue les trois quarts
des visiteurs 2.
- 44 -
Tableau 4. Fréquence relative des différents insectes visitant les fleurs de différentes
plantes 2.
Bourdons 7,6%
Mouches 3,9%
Fourmis 3,7%
Coléoptères 3,4%
Guêpes 0,5%
1.1.3.Rôle économique
En butinant à la recherche de nectar et de pollen, l’abeille participe activement à la
pollinisation de la flore sauvage (aubépine (Crataegus oxyacantha), églantier (Rosa canina),
sorbier (Sorbus domestica)…) mais également des plantes cultivées, favorisant ainsi leur
reproduction et améliorant les récoltes 22.
Par une très belle journée, le tiers d’une colonie (ce qui peut représenter 15 000 –
20 000 abeilles) peut quitter la ruche pour butiner et produire jusqu’à 6 kg de miel. Pour
chaque kilo de miel, il faut près de 50 000 vols et plus d’un million de fleurs visitées. Ceci en
précisant que durant sa vie de butineuse, chaque ouvrière est spécialisée dans une espèce
florale particulière et ce jusqu’à l’épuisement de la ressource ou l’identification de ressources
plus intéressantes. Ces chiffres illustrent l’importance quantitative et qualitative de la
pollinisation réalisée par l’abeille domestique 2.
Plus de 70 % des 124 types de cultures les plus importantes au niveau mondial (à
la base de l’alimentation humaine), dont la quasi-totalité des arbres fruitiers, bénéficient de
l'activité pollinisatrice des abeilles sauvages ou domestiques 2. « Trois quart des cultures
qui nourrissent l'humanité en dépendent », résume B. VAISSIERE, spécialiste des
pollinisateurs à l'INRA (cité par J.C. VIE) 2.
- 45 -
Certaines de ces cultures, que les abeilles contribuent à féconder, sont présentées dans
le 1.1.3. Cette liste, non exhaustive, est organisée par catégories afin d’illustrer l’étendue de
l’impact économique des pollinisateurs. On y constate l’importance qualitative (pomme,
fraise, melon, oignon) et quantitative (production de graines, arboriculture) de la
pollinisation par l'abeille domestique.
Lupins Lupinus
- 46 -
ARBORICULTURE (objectif d'augmentation de la qualité et du calibrage des fruits)
En Californie, les abeilles sont indispensables pour polliniser les 285 000 hectares
d’amandiers 2.
Cette liane dioïque ne produit pas de nectar mais un pollen très attractif (un pollen
mâle très poudreux sur les pieds mâles et un pollen stérile sur les pieds femelles) 2.
Un kiwi de 100 g contient 1000 à 1200 graines, ce qui correspond au dépôt de 2 000 à
3 000 grains de pollen sur une fleur femelle, réalisé par les insectes pollinisateurs 2.
- 47 -
SEMENCES POTAGERES (objectif de production de semences)
Des chercheurs de l’INRA ont mis récemment au point une méthodologie qui a montré
que la pollinisation par les abeilles contribue pour 70 % de la production de semences chez
l’oignon 2.
Au delà du simple rendement, la qualité germinative des graines issues des fleurs
visitées par les abeilles est supérieure de plus de 10 % à celle des graines produites par les
fleurs pollinisées uniquement par le vent 2.
Ce sont des plantes hermaphrodites mais les éléments mâles sont mûrs avant les
éléments femelles, les insectes sont donc indispensables pour assurer la pollinisation entre des
fleurs à des niveaux de maturité différents 2.
- 48 -
CULTURES MARAICHERES (objectif de rendement)
Ce sont des plantes monoïques mais leur floraison ne dure qu’une journée : la
pollinisation ne peut se faire que pendant quelques heures, un grand nombre de pollinisateurs
est donc requis afin de réaliser une fécondation satisfaisante 2.
La non fécondation d’une partie des ovules entraîne une malformation du fruit qui
dévalorise la production 2.
• Aux Etats-Unis d’Amérique, pour 90 plantes alimentaires pollinisées par les butineuses, la
contribution des abeilles (pollinisation, fécondation, formation graines, récolte et vente)
au PIB américain a été estimée à 15 milliards de dollars pour l’année 2000 2.
• En France, l’augmentation des productions agricoles attribuée à la pollinisation par les
abeilles a été estimée par TASEI (1996) à 3 milliards de francs en 1982, d’après P.
VANNIER 2.
• La contribution économique de ces insectes à l’agriculture mondiale est estimée à 117
milliards de dollars US 2.
• Un groupe de chercheurs internationaux a conclu que rapporté au tonnage et pour les 115
cultures les plus importantes directement utilisées pour l’alimentation humaine, 35 % de
- 49 -
la production mondiale de nourriture serait liés aux insectes pollinisateurs. L’impact
de ces pollinisateurs est considérable : au niveau mondial, il représente environ 10 % du
chiffre d’affaires de l’ensemble de l’agriculture 2.
L’apport de la pollinisation par les abeilles aux récoltes est exploité dans certains pays.
Par exemple en ex-URSS, en Grande-Bretagne, en Italie, au Japon et dans les pays
scandinaves, où l’on a observé une augmentation des productions parallèlement à
l'augmentation du nombre de ruches par hectare. On peut opposer à cette situation
d’enrichissement mutuel le cas de la France où ce sont les apiculteurs qui demandent à placer
quelques unes de leurs ruches dans un verger, versant parfois même un « loyer » pour cette
occupation qui sera profitable à l’arboriculteur 2.
Les scientifiques ont montré que dans les fermes qui sont entourées d’une végétation
naturelle adéquate, les pollinisateurs locaux seuls sont en mesure de polliniser même les
espèces à « forte demande » comme les pastèques. Mais l’abeille domestique présente
l'avantage indéniable qu'on peut en augmenter la concentration sur un périmètre donné très
facilement en plaçant des ruches aux endroits stratégiques 2.
- 50 -
Pour une intensité de pollinisation correcte, quelles que soient les conditions
(végétales et climatiques), il faut donc un très grand nombre d’abeilles pour compenser un
nombre d’heures de pollinisation efficace éventuellement limité. L'abeille domestique est
alors une alliée inestimable pour les agriculteurs 2.
1.2.1.Biodiversité
La Convention sur la diversité biologique, communément dénommée Convention de
Rio (1992), définit la biodiversité comme « la variabilité des organismes vivants de toutes
origine y compris, entre autres, les écosystème terrestres, marins et autres écosystèmes
aquatiques et les complexes écologiques dont ils font partie ; cela comprend la diversité au
sein des espèces et entre les espèces ainsi que celle des écosystèmes ». Elle englobe la variété
des animaux et des plantes mais aussi des milieux naturels, des paysages, et de tous les
processus biologiques qui lient entre eux ces différents aspects du vivant 2.
Une population est en interaction constante avec le milieu (ses limites et sa nature)
mais aussi avec les autres espèces : compétition pour la lumière, l’eau, l’alimentation,
l’espace… les relations mutuelles entre proies et prédateurs, parasites et hôtes contrôlent et
régulent les densités des différentes populations qui peuvent prendre des caractères cycliques.
Il s’agit toujours d’équilibres instables susceptibles d’évoluer sous la pression de n’importe
quelle contrainte environnementale 2.
Le programme européen ALARM a pour objectif sur cinq ans (2004-2008) d’évaluer
les risques encourus par la biodiversité terrestre et aquatique et l’impact potentiel de son
déclin à l’échelle de l’Europe. Avec 52 partenaires, c’est le plus gros programme européen
jamais conduit sur la biodiversité 2.
- 51 -
Il est impossible de mettre en œuvre un programme de conservation pour chaque
espèce. L’abeille domestique n’est qu’une sorte d’abeille parmi plus de 20 000 espèces
existantes mais, productrice de miel bien connue, elle bénéficie d’un fort capital sympathie et
représente donc un ambassadeur de choix pour l’ensemble des insectes 2.
Du fait de leur très grande sensibilité aux produits pesticides, les abeilles sont en
première ligne lorsque la biodiversité est en danger. Ces insectes sont menacés et leur
disparition sonne l'alerte. La mortalité observée dans leur population traduit l'urgente
nécessité de sauvegarder la biodiversité végétale et plus largement notre environnement 2.
1.2.2.Biomonitoring
L’abeille peut également être utilisée comme bioindicateur de la santé de l’écosystème
dans lequel elle évolue. En effet, les butineuses explorent une grande zone de plusieurs
kilomètres carrés autour de la ruche et y rapportent leur récolte. En observant la mortalité et
en détectant les résidus de pesticides, métaux lourds ou molécules radioactives dans les
abeilles ou les produits stockés il est possible d’apprécier le niveau de pollution de
l’environnement 2 ;
Les abeilles sont utilisées en Russie pour contrôler le niveau de nitrates et de métaux
lourds qui s'accumulent dans la cuticule des insectes. Le biomonitoring a pour objectif de
prédire l'influence des mutagènes environnementaux. Les insectes représentent un modèle
intéressant de par leur nombre et leur sensibilité aux modifications de leur environnement 2 ;
Qui dit abeille, pense aussitôt miel, cire peut-être, mais nous oublions trop vite, qu’elle
ne produit pas cette cire et ce miel pour nous. Le vers de VIRGILE « Sic vis, on vobis,
mellificatis, Apes ! »14 n’est qu’une vue poétique de la vie d’une ruche. Chaque produit a son
rôle dans la survie de la colonie 2.
Les substances récoltées ou produites dans la ruche ont fait et font l’objet de
nombreuses recherches quant à leur composition et leurs propriétés. P. LAVIE (1960) a ainsi
mis en évidence que la ruche est un milieu pratiquement stérile. La cire, l’intérieur de la
ruche, le corps des abeilles sont recouverts d’un enduit protecteur qui s’oppose à la
14
Et vous, ce n’est pas pour vous que vous récoltez votre miel, Abeille !
- 52 -
prolifération bactérienne. Il a extrait et dosé les substances antibactériennes contenues dans le
corps des abeilles, dans la propolis, la gelée royale, le pollen, la cire et le miel 2.
L’homme a très tôt su utiliser les multiples produits de la ruche. Certains, tels le miel
et la cire, sont célèbres ; d'autres productions gagnent à être connues telles la gelée royale, le
pollen, la propolis ou encore le venin…
1.3.1.Miel et miellat
1)Production
L’annexe I du décret ministériel du 30 juin 2003, reprenant la Directive Européenne
du 20 Décembre 2001, définit la miel comme « la substance sucrée naturellement produite par
les abeilles de l’espèce Apis mellifera à partir du nectar des plantes ou des sécrétions
provenant de parties vivantes des plantes ou des excrétions laissées sur elles par des insectes
suceurs qu’elles butinent, transforment, en les combinant avec des matières spécifiques
propres, déposent, déshydratent, entreposent et laissent mûrir dans les rayons de la ruche » 2.
Le nectar, sécrété par les nectaires des fleurs, a pour fonction d'attirer les insectes
pollinisateurs ; sa production dépend grandement des conditions météorologiques. C’est une
substance sucrée (glucose, fructose, saccharose, teneur en sucre très variable, de 10 à 70 %),
souvent odorante et riche en sels minéraux. Il peut contenir jusqu'à 80 % d'eau ; on y trouve
également des traces d'acides aminés, de vitamines, d'hormones végétales et de pigments 222.
Le nectar est aspiré par la butineuse à l’aide de sa trompe, puis emmagasiné dans son
jabot et régurgité dans la ruche à une seconde ouvrière qui va le faire transiter à plusieurs
reprises entre sa bouche et son jabot. La teneur en eau diminue et les polysaccharides du
nectar sont modifiés sous l’action d’enzymes contenues dans les sécrétions des glandes
salivaires (saccharase (appelée également invertase), amylase a et b, gluco-oxydase,
phosphatases…). Plus le nectar est concentré au départ, moins il est travaillé et moins il se
charge en enzymes 2.
Le nectar ainsi modifié est déposé dans une cellule de cire, où il subit une
concentration par évaporation, jusqu’à ce que son humidité se réduise à un niveau allant entre
17 et 19 %. Dès que le miel est parvenu à maturité, il est operculé, ce qui empêche une
réhydratation due au pouvoir hygroscopique du miel 222.
- 53 -
pendant l'hiver. La production française annuelle de miel s’élève à 25 000 tonnes dont plus de
14 000 produites par les apiculteurs professionnels 2.
MIEL DE MIELLAT
Le miellat est récolté et transformé de la même façon mais le nectar est remplacé par
l’excrétion sucrée, rejetée par certains insectes parasites de plantes. Le produit final se
distingue du miel par sa consistance plus poisseuse de couleur ambre foncé et sa forte teneur
en acides aminés et en oligoéléments 2.
Contrairement aux nectars, les miellats ne sont avantageux ni pour la plante qui les
produit, ni pour l’abeille qui les récolte. Ce parasitisme peut être très nuisible pour les
végétaux. La présence de nombreux éléments indigestes pour les abeilles (dont certains sucres
polyholosides) abrègent la durée de vie des abeilles d’hiver, dans le système digestif
desquelles les résidus s’accumulent 2.
Certains arbres produisent à la fois du nectar et des miellats, tels tilleuls (Tilia sp.),
érables (Acer sp.) et châtaigniers (Castanea vulgaris). Plus ou moins selon les années, les
- 54 -
miels issus de ces arbres combinent donc les deux origines avec une variabilité assez
importante dans la couleur la physico-chimie, les caractéristiques sensorielles 2...
2)Composition (2)
Le miel est un assemblage de différents sucres, principalement fructose et glucose 2.
L’origine végétale du nectar détermine grandement la teneur finale du miel. Certains nectars
ont une teneur en saccharose prédominante alors que chez d’autres les sucres simples
prédominent (avec un rapport Fructose/Glucose pouvant aller jusqu’à 28). Un diholoside, le
turanose, peut être utilisé comme marqueur des miels (liaison entre une molécule de glucose
et une molécule de fructose différente de celle du saccharose) 2.
La teneur maximale du miel en saccharose est précisée dans le décret du 30 Juin 2003,
elle est fixée à 5 % avec des exceptions pour certains miels qui sont naturellement plus riches
(jusqu’à 10 % dans le miel de robinier faux acacia (Robinia pseudoacacia), 15 % dans le miel
de lavande (Lavendula)) 2.
Il contient aussi, en moindre quantité, des substances azotées ; la proline est l’acide
aminé le plus important du miel. 2 Parmi ces substances, on trouve également des enzymes ;
la concentration en amylase (qui n’intervient pas dans l’hydrolyse du saccharose) est utilisée
comme indice de la teneur en enzymes d’un miel 2.
La couleur du miel, du blanc (sainfoin) au verdâtre (conifère), est due aux pigments
(caroténoïdes et flavonoïdes) qu’il contient ; elle varie selon l’origine géographique et florale
du miel.
Le miel est habituellement de saveur sucrée ; il peut également être amer (arbousier
(Hippophae rhamnoïdes)). Son pH varie entre 3,9 et 4,5. Composé préalablement digéré par
les abeilles, le miel est rapidement assimilé. Il possède une très grande valeur énergétique
puisque 100 g de miel fournissent 1389 kJ (326,4 kcal) 2.
- 55 -
Tableau 6. Composition moyenne d'un échantillon de miel 22.
17-18 % d’eau
75 % de sucres dont environ 60 % de sucres simples
glucose : 31 %
fructose : 25 %
7 % de disaccharides
maltose : 6 %
saccharose :1 %
1 à 5 % de polysaccharides
moins de 3 % d’autres sucres
7 % de protéines Enzymes, albumine (1 %)
Sels minéraux (dans 1 205 à 1676 mg de potassium
kilo) 50 mg de calcium
40 mg de phosphore
2,4 à 9,4 mg de fer
Oligo-éléments Dont cobalt
Vitamines Bêta-carotène
Grains de pollen Acides aminés, pigments (caroténoïdes et flavonoïdes)
Substances aromatiques Polyphénols, BHA (butylhydroxyanisol, antioxydant)
Facteurs antibiotiques
Levures et ferments
Une flore variée permet l’obtention de miels multifloraux, « miel toutes fleurs » ou
« miel mille fleurs », qui diffèrent selon leur région d’origine ; leur saveur variant au gré de la
flore butinée et des aléas climatiques 2.
a) En médecine
- 56 -
Les propriétés médicinales du miel varient selon les nectars recueillis par les abeilles,
puisque son activité a deux sources : animale (salive) et végétale (nectar). On observera ces
différentes propriétés dans le a.
L’action cardiotonique du miel est due à une substance sécrétée par l’abeille ; de plus
la présence d’un facteur cholinergique (acétylcholine) aurait une fonction de ralentissement et
de régularisation du rythme cardiaque 2.
Le miel est un excellent cicatrisant, qu'il soit appliqué sur les blessures ou sur les
brûlures. Au C.H.U. de Limoges, le Professeur B. DESCOTTES a mis au point un protocole
très précis sur l'utilisation de miel dans les traitements de blessures graves. Une étude sur
l’intérêt du miel dans la cicatrisation des plaies y est réalisée depuis 1984 dans le service de
chirurgie digestive pour faciliter la cicatrisation des plaies post-opératoires (D’après T.
CHERBULIEZ et R DOMEREGO) 2.
Les plaies attribuées au groupe miel se sont trouvées être deux fois plus étendues et
deux fois plus profondes mais l’épidermisation débute sensiblement en même temps dans les
trois groupes. La cicatrisation est en moyenne de 0,78 cm 2 par jour avec le miel contre 0,39
cm2 avec un simple pansement-gaze et 0,42 cm2 avec le Debrisan. Plusieurs études,
réalisées aux Etats-Unis, en Allemagne, en Argentine et en Roumanie ont confirmé ces
excellents résultats. Le seul inconvénient semble être la sensation de brûlure au début du
traitement 2.
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Essence florale Propriétés
Acacia Limpide et clair, saveur délicate, très légèrement laxatif :
(Robinia pseusoacacia) Constipation
Propriétés anti-inflammatoires pour les voies respiratoires
Cholagogue (désengorge le foie)
Aubépine Tonicardiaque et antispasmodique :
(Crataegus oxyacantha) Artériosclérose, hypertension, vertiges, nervosité, insomnie
Arbousier Verdâtre, saveur très prononcée caractéristique
(Hippophae rhamnoïdes) Propriétés diurétiques et anti-asthmatiques
Bourdaine Constipation
(Rhamnus frangula)
Bruyère « erica » Jaune orangé, arôme délicat
(Erica versicolor) Diurétique : cystite, prostatite
Infections intestinales, fatigue générale
Bruyère « callune » Problèmes rénaux, fatigue chronique, convalescence
(Calluna vulgaris)
Cerisier Diurétique
(Cerasus vulgaris)
Châtaignier Foncé, épais, amer
(Castanea vulgaris) Anémie, asthénie, troubles circulatoires
Eucalyptus Ambre clair, parfum prononcé
(Eucalyptus globulus) Affections de l’arbre respiratoire (bronchite, toux), des voies
urinaires et intestinales (colibacillose, oxyures)
Lavande Couleur ambrée
(Lavandula sp.) Vertus analgésiques : Affections des voies respiratoires, brûlures,
piqûres d’insectes, plaies infectées
Luzerne Foncé, au goût prononcé
(Medicago sp.) Anti-inflammatoire, Fatigues et convalescence
Manuka Ulcère gastrique
(Leptospermum
scoparium)
(Nouvelle-Zélande)
Oranger Anxiété, nervosité, palpitations, migraines
(Citrus sinensis)
(Espagne)
Pissenlit Diurétique, hépatoprotecteur
(Taraxacum officinale)
(Hautes-Alpes, Massif
central, Pyrénées)
Rhododendron Foncé, parfum puissant
(Rhododendron sp.) Excellent sédatif
Romarin Foncé, aromatique
(Rosmarinus officinalis) Insuffisance hépatique et vésiculaire, flatulences, colites, fatigue
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Essence florale Propriétés
(Provence, Bassin
méditerranéen)
Serpolet Maladies infectieuses, ulcères, gastrites
(Thymus serpyllum)
(Provence, Bassin
méditerranéen)
Thym Donne un miel multifloral très aromatisé et aux vertus digestives
(Thymus vulgaris) Apaisant, maladies infectieuses
(Provence, Bassin
méditerranéen)
Tilleul Limpide, jaune-orangé, goût prononcé et parfum incomparable
(Tilia sp.) Tonique des voies respiratoires
(Midi) Bon sédatif : angoisse, nervosité, insomnie
Trèfle Asthénie, faiblesse physique
(Trifolium sp.)
(Bassin parisien, Canada)
Miellat de chêne Couleur foncée, parfum intense et goût de malt, très épais
(Quercus sp.) Enrouement ou rhume
Miellat de sapin Noir-verdâtre, parfum balsamique très puissant, saveur douce
(Abies pectinata) Très riche en oligo-éléments et en enzymes : troubles de la
(Alpes, Vosges, Massif croissance, déminéralisation, accouchement, allaitement
central)
L’efficacité des aromiels est utilisée depuis quelques années au sein des hôpitaux
universitaires de La Havane, Calixto-Garcia et FranckPais, ainsi qu’à l’Institut Finlay (Cuba) ;
depuis 2003 ils sont utilisés au Cameroun et au Burkina Faso 2.
- 59 -
Pour une utilisation valable et sans danger, le Professeur B. DESCOTTES et son
équipe ont démontré que la teneur microbienne du miel ne devait pas dépasser 30 UFC/g. La
production d’un tel miel à destination médicale se fait en respectant une chartre qualité,
équivalente au code de bonnes pratiques de l’industrie pharmaceutique 2.
b) En cuisine
Le miel a longtemps été la principale source de sucre (le raffinage de la canne à sucre
ne s’implanta qu’au XVIe siècle) et était également utilisé pour la fabrication d’hydromel et
de liqueurs diverses. Il tomba en désuétude au Moyen-Age et plus encore à partir de
l'implantation au XVIe siècle du raffinage de la canne à sucre en Europe puis de la betterave
sucrière 22.
1.3.2.Pollen
1)Récolte
Contrairement au miel qui est un produit transformé, le pollen, est récolté tel quel par
les abeilles ; le choix du pollen par les butineuses variant fortement en fonction de l’origine
géographique de la colonie. Il se présente sous la forme d’une fine poussière généralement
jaunâtre mais quelques fois blanche, rouge, rose, violette, verte, marron ou noire 2.
Du point de vue chimique, les pollens sont très différenciés. Et s'il arrive que des
plantes (telles certaines renonculacées) provoquent des empoisonnements, d'autres, au
contraire (notamment les labiées) semblent prévenir les maladies 2.
- 60 -
Unique source protéique de l'alimentation des abeilles, la consommation de pollen
est indispensable à une bonne vitalité de la colonie (alimentation du couvain), sans laquelle
des troubles, tels que la nosémose, se déclarent 2. En effet, le pollen favorise chez l'ouvrière la
production de substances antibiotiques. Lorsque l'apport en pollen se raréfie, on peut observer
une diminution de la ponte 2.
La consommation de pollen varie avec l'âge des ouvrières (maximale chez les
nourrices vers l'âge de 9-10 jours pour décroître ensuite et être minimale chez les butineuses),
la consommation annuelle de la ruche peut être évaluée à 14-18 kg 2 ; d’autres auteurs
l’estiment à 35-40 kg/an, soit autant de pollen que de miel 2.
Pour récolter du pollen pour l’utilisation humaine, les apiculteurs utilisent des trappes
à pollen posées à l’entrée de la ruche, dont la taille des mailles doit permettre de recueillir 70
% du pollen apporté. Les pelotes qui se détachent tombent dans un tiroir. La récolte doit être
quotidienne car le pollen frais a une durée de vie très courte et se dégrade rapidement (reprise
d’humidité, fermentations). Le pollen est disposé sur des claies, puis immédiatement congelé
ou séché pendant une dizaine d’heure au moyen d’un courant d’air chaud et sec. Séché et
désinfecté au chlorure de carbone, il peut se conserver longtemps 2.
La récolte de pollen est ajustée aux besoins de la colonie. Sur une année un apiculteur
scrupuleux, laissant aux abeilles assez de nourriture, pourra récolter entre 2 et 4 kg par ruche,
soit environ 10 % de la récolte totale 22.
On peut également consommer le pollen déposé par les abeilles dans les alvéoles, on
parle de « pain d’abeille », qui contient en plus des sécrétions apiaires 2.
2)Composition (2)
Le pollen est très riche en protéines ; 100 g de pollen apportent autant de protéines que
7 œufs ou 400 g de viande de boeuf. Sa richesse en acides aminés est quantitative mais
également qualitative 2.
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Tableau 8. Composition moyenne du pollen récolté par l’abeille domestique 222.
27 % de glucides
20 % de protides 21 acides aminés connus
Tous les acides aminés essentiels en proportions intéressantes :
Leucine 9,06 %
Lysine 7,70 %
Isoleucine 7,00 %
Valine 6,91 %
Phénylalanine 5,94 %
Thréonine 5,28 %
Méthionine 1,17 %
Tryptophane moins de 1%
18 % de substances cellulosiques
15-18 % d’eau
5 % de lipides
5 % de minéraux
Vitamines vitamine A (retinol)
vitamine B1 (thiamine)
vitamine B2 (riboflavine)
vitamine B3/PP (nicotinamide)
vitamine B5 (acide pantothénique)
vitamine B6 (pyridoxine)
vitamine C (acide ascorbique)
vitamine E (tocopherol)
Oligo-éléments
Une hormone de croissance
Des substances antibiotiques
3 % de composants divers non encore identifiés.
- 62 -
vieillissement généralement à l’origine de pertes de mémoire. Le pollen est le composé
alimentaire le plus riche en Sélénium (anti-oxydant) 2.
1.3.3.Propolis
1)Production
La propolis est une substance résineuse, aromatique que les abeilles récoltent à l'aide
de leurs mandibules sur les bourgeons et l'écorce de certains arbres (peuplier (Populus),
bouleau (Betula), orme (Ulmus), cyprès (Cupressus), aulne (Alnus), marronnier d'Inde
(Aesculus hippocastanum), frênes (Fraxinus), saules (Salix), chêne (Quercus), sapin (Abies
pectinata), pin (Pinus) et épicéa (Picea)). Sa couleur dépend de la plante dont elle est issue,
jaune, rougeâtre, cendrée ou verdâtre. Les butineuses la ramènent ensuite dans leur paniers à
pollen et la mélangeant à de la cire, la rendent plus molle et plus malléable. Une colonie
suffisamment peuplée récolte en moyenne 200 grammes de propolis par an 2.
Le rôle de la propolis dans la ruche est double : par ses propriétés mécaniques (mastic)
et par ses propriétés chimiques (bactériostatique, bactéricide, fongicide, antiseptique) 2. Les
résines aromatiques deviennent plus foncées et plus dures en vieillissant. Les abeilles utilisent
la propolis dans la ruche comme mastic, pour réduire la taille d'une entrée par exemple. Elle
sert aussi à embaumer les prédateurs trop volumineux pour être évacué de la ruche. Ses
propriétés antiseptiques assurent un environnement sain, les parois des cellules en sont
badigeonnées après chaque éclosion 2.
L’apiculteur peut récolter entre 100 et 300 g de propolis par ruche, la production
française est de l’ordre de la dizaine de tonne 2. Le plus souvent, l’apiculteur la vend à un
laboratoire spécialisé qui se charge de la transformation pour les utilisations médicales ou
- 63 -
cosmétiques. Pour l’usage thérapeutique on la trouve sous forme de teinture officinale
(dilution à 25 % de propolis pure dans une solution d’alcool à 70°). La lyophilisation permet
une durée de conservation quasi illimitée 2.
2)Composition (2)
La propolis est un mélange de résines et de cires végétale, auquel l’abeille a ajouté sa
propre cire. On a pu identifier jusqu’à 150 constituants différents dont la vitamine A et les
vitamines B 2.
Cette résine naturelle a été employée depuis des siècles pour la fabrication de vernis
brillant, dont les propriétés physiques varient à l’extrême selon l’origine de la propolis 2. Elle
peut également servir à préparer du mastic pour greffes, des adhésifs, à faire briller les
meubles en la mélangeant à de l'huile de lin.
La propolis peut être utilisée telle quelle ou en solution alcoolique (qui permet à la fois
de la dissoudre et de la débarrasser de ses impuretés) 2.
- 64 -
Des antibiogrammes comparés ont montré qu’elle était capable d’agir de la même
façon que les antibiotiques sur Staphylococcus, Streptococcus, Bacillus, Proteus, Salmonella
ainsi que sur Helicobacter pylori, responsable d’ulcère gastro-duadénal (liste non exhaustive)
2.
Des études réalisées in vitro et chez l’animal ont montré une inhibition de la
croissance tumorale (notamment par l’artepilline C) et de la formation de certains types de
métastases (résultats similaire pour la mellitine contenue dans le venin) 2.
La propolis possède également un pouvoir acaricide, bien que la nature des composés
acaricides (flavonoïdes ?) et leur mode d'action ne soient pas pour l'instant déterminés avec
exactitude. En plus de l'effet acaricide (létal) de la propolis, on suppose une action sub-létale
("insectstatic") par l'inhibition du développement des larves 2.
- 65 -
La propolis est une alternative prometteuse aux traitements actuels contre la varroase,
maladie parasitaire des abeilles qui décime actuellement le cheptel mondial (Voir la
paragraphe 2.2.2. Facteurs parasitaires, viraux et bactériens). Un traitement à 4 % de propolis
affecte l’activité métabolique du Varroa et ceci sous l’influence de la température. A 40°C on
observe une mortalité de 100 % des Varroa adultes sur les ouvrières et de 68 et 60 % de
mortalité sur les Varroa présents dans le couvain respectivement d’ouvrières et de mâles. A
45°C la mortalité est totale 2.
Après la présentation des produits récoltés par les abeilles et plus ou moins
transformés, étudions les propriétés de substances entièrement élaborées par les abeilles.
1.3.4.Cire
1)Production
La cire est produite par les glandes cirières des ouvrières, seules celles âgées de 12 à
18 jours possèdent les glandes sécrétrices nécessaires entre les plaques chitineuses des
segments 3 à 7 de leur abdomen 2.
C’est une substance grasse (acides gras et alcool) qui se solidifie sous la forme de
fines lamelles blanches, quasi transparentes. Chaque lamelle (d’un peu moins d’un
milligramme) est malaxée et mêlée aux sécrétions salivaires avant d’être utilisée. La couleur
jaune associée à la cire est donnée par les substances (pollen, miel, propolis) qui lui sont
incorporés 2. La composition de la cire est stable : elle dépend peu de la région et de la variété
d'abeille 2.
La cire sert de matériau de structure dans la fabrication des rayons. Il faut 7-10 kg de
miel et 80 000 heures de travail pour fabriquer 1 kg de cire (ce qui représente 100 000
alvéoles sur dix cadres, soit la quantité de cire dans un corps de ruche). On comprend donc
que l’apiculteur considère souvent la cire comme un gaspillage d’énergie et fournit à ses
abeilles des rayons préfabriqués (feuilles de cire gaufrée) qui guident la construction des
rayons et épargnent la fabrication d'une quantité appréciable de cire et leur permettent de se
concentrer sur la fabrication de miel 22.
Dans l’apiculture moderne, la cire récoltée provient des opercules qui fermait les
alvéoles de miel et la refonte des rayons usagés ou brisés durant les manipulations. Mais ce
travail de récupération ne permet de récupérer que 10 à 20 % du poids du rayon recyclé soit
entre 12 et 24 g par cadre 2.
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2)Composition
La cire est un mélange complexe de plus de trois cents composants ; elle contient 92-
95 % de cire pure, mélangée à du pollen et à de la propolis 22.
La cire était utilisée pour faire des cierges de qualité ; elle a longtemps été
indispensable à la réalisation des cierges des églises et des bougies de luxe comparées à celles
réalisées à partir de suif 2. On en enduisait les cordes pour empêcher leur dégradation et leur
pourriture à l’humidité ; on en vernissait le marbre dont la cire augmente l’éclat et ravive la
couleur. Elle était également utilisée par les Grecs et les Romains comme support d’écriture 2.
La cire est encore aujourd’hui utilisée pour réalisée des bougies odorantes. Elle sert
également au traitement des bois et des cuirs, ainsi qu'en médecine, aéronautique et
parfumerie. Ses indications en cosmétologie sont nombreuses ; ses propriétés cicatrisantes et
anti-inflammatoires la rendent utile dans le traitement d’abcès, brûlure, escarres, plaies…
1.3.5.Gelée royale
1)Production
La gelée royale est une substance blanche ou jaune clair, très acide, sécrétée par les
glandes hypopharyngiennes, mandibulaires et post-cérébrales des jeunes abeilles dites
"nourrices", âgées de 5 à 14 jours 22.
La gelée royale est distribuée aux jeunes larves pendant 2 à 3 jours, les larves
d’ouvrières recevant par la suite un mélange de pollen et de miel. Si une de ces larves
- 67 -
continue de recevoir uniquement de la gelée royale, elle donnera naissance après la nymphose
à une reine, qui est nourrie à la gelée royale toute sa vie 2.
Une ruche produit chaque année quelques centaines de grammes de gelée royale,
destinée à la consommation des larves et de la reine, la production est stimulée par une
alimentation riche en pollen 2.
C'est uniquement dans les cellules royales (larves de reine) que l'on trouve la gelée
royale en quantité suffisante pour la récolter 2. Un apiculteur doit organiser un élevage de
reines pour aspirer dans chaque cupule les 200 mg de gelée royale dans lesquelles baignent la
larve (jusqu'à 250 ou 300 mg). Le rendement peut atteindre 5 à 7 kg annuels par ruche en
Chine où des techniques plus sophistiquées sont associées à des sélections génétiques 2. La
production de gelée royale « française » peut être estimée, à environ 2 tonnes 2.
Substance très périssable, la gelée royale fraîche doit être conservée au froid (entre 2
et 5°C) dans des pots en verre protégés de la lumière ; on peut également la trouver
lyophilisée, sa conservation ne demande alors aucune précaution particulière 2.
2)Composition (2)
L’étude de A. STOCKER et al. (2005) a permis de conclure à une extrême stabilité
dans la composition de la gelée royale (sécrétée par les glandes endocrines des ouvrières
nourrices et adaptée aux besoins de la larve d’abeille). On peut comparer la gelée royale à la
sécrétion lactée des mammifères qui obéit au même ajustement homéostatique 2.
J.F. ANTINELLI et al. (2003) ont mis au point un protocole de référence pour le
dosage de 5 éléments minéraux dans la gelée royale, par spectrométrie d’absorption atomique.
Ils ont mis en évidence une variation des concentrations : entre 2 300 et 3 600 mg/kg pour le
potassium (teneur moyenne de 2 920 mg/kg), 270 et 500 mg/kg pour le magnésium (391
mg/kg), 110 et 170 mg/kg pour le sodium (131 mg/kg), 80 et 180 mg/kg pour le calcium (136
mg/kg) et entre 16 et 30 mg/kg pour le zinc (22 mg/kg) 2.
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Tableau 10.Composition moyenne de la gelée royale 2222.
65-70 % d'eau
10-15 % de protides (jusqu'à 45 % dont des acides aminés essentiels,
de la MS) des enzymes,
un facteur antibiotique thermostable et hydrosoluble,
un facteur de croissance « R »
12-14 % de glucides
3-5 % de lipides
3 % de substances indéterminées
Vitamines du groupe B vitamine B5 en grande quantité
Hormones Oestradiol, testostérone et progestérone
Minéraux K, Fe, Ca, Cu, Si, P, S, Mg, Na, Zn, Mn
28 oligo-éléments Al, Ba, Sr, Bi, Cd, Hg, Pb, Sn, Te, Tl, W, Sb, Cr, Ni, Ti,
V, Co, Mo
L. SVER et al. (1996) ont mis en évidence des qualités immuno-modulatrices sur
des rats et des souris 2.
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1.3.6.Venin
L’abeille n’est généralement pas agressive : elle ne pique que lorsqu’elle se sent
menacée 2.
- lors d’un second contact, l’antigène se fixe aux IgE, entraînant la dégranulation des
mastocytes, d’où libération d’histamine 2.
Une réaction allergique sera observée s’il y a une quantité importante de mastocytes et
d’IgE. Les IgG ont quant à elle un rôle bloquant. Seulement 0,7 % de la population présente
une véritable allergie au venin d’abeille et 1 % de ce pourcentage court un risque de choc
mortel 2.
1)Production
Le venin est un liquide incolore, sécrété par deux glandes, l’une acide, l’autre alcaline
reliées à l'appareil vulnérant de l'abeille, situé entre le cinquième et le sixième segment
abdominal 2.
Bien que la reine soit également équipée d'un appareil vulnérant, celui-ci n'est utilisé
que contre les autres reines. Son venin est deux fois moins actif que celui des ouvrières et
perd en activité au fur et à mesure que la reine vieillit 2.
Pour injecter du venin à but thérapeutique, on peut utiliser les abeilles vivantes ; on
parle alors d’apipuncture. On peut aussi récolter du venin. Pour cela, une technique consiste à
faire passer un courant électrique de 20 à 30 volts dans un fin treillis de caoutchouc sur l’aire
d’envol. Cette stimulation entraîne une piqûre réflexe sans perte du dard, les autres abeilles
excitées se mettent à leur tour à piquer la membrane. En 1 à 2 heures sur vingt colonies, on
peut ainsi récolter 1 g de venin séché sur une plaque de verre placée sous la membrane, soit
l’équivalent de 10 000 piqûres, mais non sans perturber la colonie 2. On peut récolter 1 g de
venin par kg d’abeille 2.
2)Composition
Le venin d’abeille est un mélange très complexe. Constitué à 85 % d’eau, il contient
de la mellitine, des phospholipases, de l’histamine, une lysolécithine, de l’apamine et deux
- 70 -
enzymes protéolytiques, semblables à celles que contient le venin de certains serpents. Il
contient également des glucides et des composés volatils 2.
L’apamine est responsable localement d’un œdème et d’un prurit et peut être à
l’origine de crampes, d’une hémolyse et de convulsions 2.
Les peptides les plus abondants dans le venin d'abeille sont la mellitine et la
phospholipase A2 (la plus toxique lors d'essais réalisés sur des souris), et ce sont eux qui
supportent l'activité du venin, sans synergie observée 2.
La désensibilisation au venin d’abeille est moins efficace que celle au venin de guêpe
(85-90 % de réussite contre > 90 %) et dans 10 à 30 % des cas la désensibilisation n’est que
temporaire (quelques années) 2.
1.3.7.Larves 2
Même si c’est un produit de la ruche peu connu des Européens, la consommation de
larves est fréquente aux Etats-Unis, au Canada et au Japon, où le couvain est très apprécié
pour ses qualités nutritionnelles et sa richesse en vitamines A et D.
- 71 -
Les larves sont triturées de manières à obtenir un produit homogène et fluide qui est
ensuite lyophilisé avant sa préparation en capsules, dragées ou comprimés.
En cuisine, les larves sont conservées dans la saumure, fumées, préparées en friture,
flambées à l’alcool… Elles peuvent également être consommées fraîches, leur saveur
rappelant celle des noix ou du pop corn.
L’homme a observé les bienfaits qu’il tirait des produits de la ruche. La recherche
confirme ces activités et en explique les mécanismes. La ruche apparaît comme une véritable
pharmacie ; dont les produits servent à l’apithérapie, littéralement : « se soigner par les
abeilles » 2.
- 72 -
2. Etat des lieux
Pour pouvoir mener à bien une action de conservation d’un milieu naturel ou d’une
espèce menacée, il faut disposer d’informations, établir un diagnostic.
Depuis plusieurs décennies, nous assistons à une régression notable des populations
d’insectes pollinisateurs, voire à leur extinction. Les problématiques de la diminution des
populations d’insectes pollinisateurs et de la surmortalité des abeilles domestiques rencontrées
dans plusieurs pays du monde sont une tragédie pour l’apiculture mais aussi pour l’agriculture
et pour la nature en général 2.
La biodiversité d'Apis mellifera mellifera est menacée, en France comme dans d’autres
pays, par deux facteurs :
- 73 -
Les scientifiques ont trouvé un nom à la mesure de ces désertions massives : « colony
collapse disorder », « syndrome d'effondrement des colonies » 2.
- 74 -
2.1.1.Situation mondiale
De nombreux pays sont touchés par cette situation alarmante : l’Allemagne,
l’Autriche, la Belgique (depuis 1999), les Pays-Bas, le Luxembourg, le Danemark, l’Italie,
l’Espagne, la Suisse, le Canada, les Etats-Unis. Dans tous ces pays, on constate un taux
moyen de mortalité dans les colonies supérieur à 12 % (on considère un taux de mortalité
de 5 % comme normal) 22.
Les taux moyens de mortalité et leurs marges observés dans différents pays entre 1994
et 2005 figurent dans le 2.1.1.
En Allemagne, selon l'association nationale des apiculteurs, le quart des colonies a été
décimé avec des pertes atteignant jusqu'à 80 % dans certains élevages. Le même constat est
fait en Suisse, en Italie, au Portugal, en Grèce, en Autriche, en Pologne, en Angleterre où le
syndrome a été baptisé « phénomène Marie-Céleste », du nom du navire dont l'équipage s'est
volatilisé en 1872 2.
Tableau 11.Marges et taux moyens de mortalité dans les colonies de différents pays 2.
- 75 -
La situation ne va pas en s'arrangeant, c'est entre 60 % et 90 % des abeilles qui se sont
ainsi volatilisées en quelques mois aux Etats-Unis où les dernières estimations chiffrent à 1,5
million (sur 2,4 millions de ruches au total) le nombre de colonies qui ont disparu dans 27
Etats. Dans ce pays, 25 % du cheptel aurait disparu pendant l’hiver 2006-2007 2. Au Québec
(Canada), 40 % des ruches sont portées manquantes 2.
Une enquête réalisée par la DGAl s'appuyant sur les déclarations obligatoires faites
aux Services Vétérinaires Départementaux est parue en 2005. Le nombre de ruches (2.1.2)
était alors passé d'un peu moins de 1 352 000 à 1 321 000 entre 1994 et 2004 (baisse de 2 %)
pendant que le nombre d'apiculteurs (2.1.2) avait chuté de 84 à 68 000 (- 19 %) 2.
La 2.1.2 illustre le fait que plus des trois quarts des apiculteurs possèdent moins de 10
ruches. Le cheptel apicole français est fragile. L'activité des professionnels se maintient mais
insuffisamment pour contrer la disparition des plus petits 2.
- 76 -
Tableau 12.Evolution du nombre de ruches en France métropolitaine entre 1994 et 2004
2.
Nombre de ruches
- 77 -
A la baisse inexorable du nombre de ruches et surtout de ruchers, il faut ajouter
la diminution progressive du nombre d’essaims sauvages ; dans certaines régions ils ont
totalement disparu 2.
Au risque de se retrouver face à une liste, il est utile de présenter les pressions pesant
sur les abeilles du XXIe siècle, sans pour autant établir la liste exhaustive des maladies des
abeilles, ce qui a déjà fait l'objet de nombreuses publications.
1)Conditions météorologiques
Si les conditions climatiques ont des conséquences sur la flore dont dépend l’abeille et
jouent indirectement sur sa survie et surtout la production de la colonie (des printemps plus
courts et un temps généralement plus sec entraînant une production plus faible en nectar), le
climat a également une action directe 2
- 78 -
Les conditions climatiques peuvent également influer sur le développement de la
colonie et la durée de vie de l’abeille domestique. D’après HAURUGE et al. (2006) 2
DUSTMANN et Von Der OHE (1988) ont montré que les périodes de deux ou plusieurs jours
durant lesquelles la température maximale de la journée est inférieure à 12°C sans pluie, ou
16°C avec pluie, inhibent l’activité de vol et interrompent l’approvisionnement en pollen au
niveau de la ruche avec des conséquences négatives sur l’élevage du couvain et le
développement des futures nourrices.
Une étude suisse a étudié les pertes de colonies après deux hivers aux conditions très
différentes et a montré que celles-ci étaient comparables (déjà constatées au début de l’hiver).
La longueur et la rigueur de l’hiver (retardant le vol de propreté de 2-3 semaines) ne sont
donc pas des facteurs clef. Mais la température a une importance cruciale sur le
développement printanier des colonies d’abeilles (influence des coups de froid) 2.
Depuis trente ans, la campagne française perd inexorablement ses fleurs. Outre les
nombreuses variétés cultivées où croissaient quantité de plantes adventices, la prairie
maigre était l'élément principal de la plaine. Chaque are de prairie pouvait héberger plus de
60 espèces de plantes, car les prés recevaient peu ou pas d'engrais. Lorsqu'on sait qu'en
moyenne, l’existence d’une douzaine d'espèces d'insectes dépend de chaque espèce végétale,
on mesure le rôle essentiel que jouaient ces prairies dans 1'équilibre écologique 22.
La haie était un autre élément essentiel de ce paysage. Habitée par une faune très
variée, elle constituait un maillon essentiel de l’équilibre écologique et freinait l'érosion des
sols. Intégrée au système de production, elle fournissait des baies, des plantes médicinales et
du bois de chauffage. D'une grande richesse florale, elle offrait tout au long de l’année une
petite miellée régulière aux abeilles 2.
- 79 -
D’après HAUBRUGE et al. (2006) 2, RICHARDS (2001) et WEIBULL et al. (2003)
ont montré que les pratiques intensives en agriculture sont à la base de la diminution des
ressources alimentaires de l’abeille domestique. L’évolution de l’agriculture a entraîné une
modification de la campagne, les ressources mellifères traditionnelles (sainfoin, sarrasin)
disparaissant au profit de nouvelles cultures (telles le colza). L'agriculture intensive a entraîné
l’élimination dans les cultures de toutes les adventices mellifères ainsi que la disparition de la
jachère nue, avec sa multitude de plantes sauvages, qui procurait aux abeilles une pâture
prolongée pendant tout l'été 22.
Il faut néanmoins souligner que certaines plantes cultivées en grande quantité, comme
le colza et le trèfle blanc sont des sources de pollen quantitativement et qualitativement
intéressantes 2. Mais la monoculture et la diminution de la biodiversité qu’elle entraîne ont
comme conséquences la réduction des périodes de floraison, un manque de diversité végétale,
l’exploitation de ressources polliniques de moindre valeur nutritive (déficience en acide
aminé…) et une diminution de la disponibilité en plantes pollinifères et mellifères. Ces vastes
étendues de prairies mellifères artificielles, s'étendant à perte de vue, limitent l'extension de
la flore sauvage 22.
La situation n’est pas différente dans les autres pays développés. Partout les pratiques
intensives en agriculture sont donc à la base de la diminution des ressources alimentaires de
l’abeille domestique, sinon en quantité, du moins en diversité 2.
- monoculture dont certaines dépourvues d'intérêt pour les Apoïdes telles que les céréales ;
- 80 -
3)Pesticides
Les pesticides sont la première cause annoncée du dépérissement
La généralisation des traitements phytosanitaires (dès le début des années 1950) pèse
sur la flore et la faune agricole 2. La plupart des insecticides agissent sur le système nerveux
et dans l'ensemble les dégâts dus à la nouvelle génération de pesticides sont moins
spectaculaires que dans le passé. En effet, les apiculteurs ne ramassent plus à la pelle les
abeilles mortes devant les ruches mais nombre de celles-ci se dépeuplent lentement 2.
A l’action directe des pesticides sur les insectes, s’ajoutent d'autres conséquences. Des
oiseaux meurent de faim, suite à la destruction de l’entomofaune qui constituait leur
principale nourriture, alors que d'autres disparaissent suite à l’accumulation de toxiques dans
leur organisme 2.
a) Situation française
Malgré une baisse depuis 2004, la France reste la plus grande utilisatrice de
pesticides (herbicides, insecticides et fongicides) à l’hectare au monde et deuxième
consommatrice avec 100 000 tonnes par an 2. Si l’agriculture pèse lourdement dans cette
triste position de leader (avec en particulier les traitements phytosanitaires de plus en plus
nombreux effectués au moment de la floraison sur les champs de colza), l’entretien des voies
ferrées a elle aussi sa part de responsabilité ; auxquels il faut ajouter l’ONF et les petits
propriétaires forestiers qui protègent leurs plantations à grand renfort de produits chimiques.
Ceci sans minimiser l’impact des volumes de traitements effectués par les particuliers et les
collectivités, qui pèsent pour 10 % des pesticides rejetés dans la nature d’après l’association
« Agir pour l’environnement » 2.
b) Exposition
La contamination peut se faire par contact et/ou ingestion. L’exposition des adultes se
fait principalement lors du butinage après traitement (sur des plantes attractives ou dans un
champ proposant des adventices attractives), mais parfois directement lors du traitement, si
celui-ci est effectué pendant les heures d’activité des abeilles sur les champs. Une intoxication
peut également résulter de la consommation d’eau contaminée par le rinçage de sols traités 2.
Pour éviter les épandages incontrôlables, les nouvelles générations d'insecticides sont
utilisées en enrobage des semences ; l’insecticide systémique pénètre dans toute la plante,
jusqu'au pollen et au nectar que les abeilles rapportent à la ruche qu'elles empoisonnent 2.
c) Conséquences
Outre la toxicité directe de la molécule insecticide et de ses métabolites, les effets de
doses sublétales sont également étudiés 22. Des spécialistes ont montré que l’absorption
continue de résidus pesticides provoque un amoindrissement du potentiel biotique de l’abeille
mellifère, ou si l’on préfère : diminution de son pouvoir de résistance aux maladies. Une
relation a été établie entre un taux élevé de résidu et une infestation en nosémose importante
2.
- 81 -
D’après E. HAUBRUGE et al. (2006) 2, L. BELZUNCES et M. COLIN (1993) ont
montré que les fongicides, en association avec des insecticides, peuvent engendrer des
mortalités importantes chez l’abeille domestique. Cet effet synergique entre la deltaméthrine
et le prochloraze rend l'insecticide dévastateur même si son dosage est 50 fois inférieur à la
dose homologuée 2.
L’influence que les ondes générées par l’activité humaine (multiplication des
émissions électromagnétiques) pourraient avoir sur l’activité des butineuses est soumise à
controverse, mais peu d’études s’y rapportent 22.
- 82 -
2.2.2.Facteurs parasitaires, viraux et bactériens
En trente ans, des affections multiples dont de nombreux parasites, ont touché les
abeilles et se sont répandues à la surface du globe 2.
1)Varroa destructor
a) Historique
L’historique de la varroase, affection du couvain et des abeilles adultes, est très
instructive.
Le berceau de cet acarien parasite est situé en Asie du Sud Est, dans les zones où vit
l’abeille Apis cerana avec qui ce parasite a développé un équilibre 2.
Des colonies d'Apis mellifera furent importées en Indonésie dès la première moitié du
e
XX siècle et surtout après la fin de la seconde guerre mondiale. Elles y furent durement
parasitées par Varroa destructor et la contagion s’étendit à l’aire d'occupation d’Apis
mellifera vers la Chine et vers la Sibérie extrême orientale ; toute l’U.R.S.S. et les pays
voisins furent atteints par ce fléau : Roumanie, Bulgarie, Yougoslavie, Grèce, Turquie, etc 2.
La maladie est une véritable épizootie qui, en une dizaine d’années, a ravagé le
territoire soviétique et s’est installé en Europe de l’Est. On pensait que la situation en France
ne deviendrait pas aussi tragique grâce à la présence d’agents sanitaires apicoles qui aurait dû
permettre une délimitation précise et rapide des foyers et leur élimination. Ces mesures
énergiques permettaient à la Pologne de ne pas être touchée par la maladie qui sévissait à sa
frontière 2.
Mais l’invasion a débuté en 1982 par le Sud et l’Est de la France et quand l’acarien fut
détecté, de nombreuses ruches étaient déjà infectées ; au 31 décembre 1988 tous les
départements étaient touchés 2.
- 83 -
b) Conséquences
L’acarien Varroa destructor est extrêmement dommageable pour les colonies d’Apis
mellifera. Son action est de trois types : mécanique, vecteur et spoliateur 2.
Une infestation trop importante réduit la durée de vie des abeilles d’hiver de manière
directe (ponction d’hémolymphe) ou indirecte (affaiblissement du système immunitaire
facilitant le développement de maladies). D’après HAUBRUGE et al. (2006) 2, les travaux en
2005 de YANG et COX-FOSTER et de GREGORY et al. montrent clairement que le Varroa,
affaiblit le système immunitaire de l’abeille et la rend plus sensible aux infestations de virus
(maladie virales transmises par Varroa ou autres) et de bactéries.
Les différents facteurs se combinent et accroissent leurs effets délétères. L’abeille, une
fois parasitée par un acarien et/ou infestée par un virus, pourrait en effet être plus sensible aux
effets toxiques des pesticides présents dans l’environnement 2.
2)Virus
En particulier avec l’ectoparasite vecteur Varroa destructor, les maladies virales
deviennent un problème apicole majeur. Les Varroa peuvent transmettrent au moins 4 virus,
des travaux de recherches sont en cours pour savoir s’il y a multiplication du virus dans
l’abeille après transmission et à quel moment. Selon L. BAILEY et al. (1980), des pertes
étaient déjà dues à des infections virales avant la propagation de Varroa ; il peut par
conséquent être conclu que les virus peuvent se transmettre entre colonies et se multiplier
en l’absence de Varroa même si l’on ignore comment et sous quelle forme 2. La détection
par C. YUE et al. (2006) de séquences virales dans du sperme de faux bourdon suggère que
l’accouplement pourrait être un autre mode de transmission horizontale et/ou verticale 22.
Les outils de détection évoluent avec la mise au point d’un kit de détection de 3
maladies virale d’Apis mellifera économiquement importantes par RT-PCR : Acute bee
paralysis virus (ABPV ou APV, Virus de la paralysie aiguë, dicistrovirus), Black queen cell
virus (BQCV, virus de la cellule noire de reine, cripavirus) et Sacbrood virus (SBV, virus du
couvain sacciforme, picornavirus-like) 2.
Une étude réalisée en 2005 par le Centre de Recherche Apicole, et confirmée par les
échantillons de 2006, montre que parmi les ruchers ayant subi des pertes importantes, on a
isolé le virus ABPV (Acute Bee Paralysis Virus, responsable de la paralysie aiguë des
abeilles) dans 60 % des colonies fortement atteintes et le virus DWV (Deformed Wing Virus,
Virus des ailes déformées) dans presque toutes les colonies ; alors que sur 60 échantillons
provenant de colonies ayant bien hiverné, aucune ne comportait le virus ABVP et 13
présentaient une légère infestation par le DWV. Cette étude est en faveur d’un rôle négatif
joué par les virus, en particulier ceux transmis par Varroa destructor sur la survie des abeilles
2.
- 84 -
3)Tropilaelops clarae 2
Tropilaelops clarae est un insecte parasite originaire des zones tropicale et
subtropicale de l’abeille Apis dorsata. Il est maintenant présent dans le nord de la Chine,
l’Afghanistan (où en 3 ans d’invasion le nombre de colonies a chuté de 3000 à 150) et le
Kenya.
4)Aethina tumida 2
Originaire d’Afrique du Sud où cet insecte parasite l’abeille du Cap Apis scutellata,
Aethina tumida a été détecté en Caroline (Etats-Unis) en juin 1997 (importé avec des fruits ou
légumes ? dans une colonie infestée ?), en Australie en 2002 et en Egypte en 2002 et en
Alberta (Canada) en 2003.
Chez son hôte d’origine, ce coléoptère légèrement plus petit qu’une coccinelle est une
nuisance mais pas une menace mortelle. La colonie peut en tolérer une centaine et lorsque le
comportement d’expulsion d’Apis scutellata est insuffisant pour réguler la population de
parasites, la colonie abandonne la ruche.
Les larves et les adultes Aethina tumida se nourrissent du pollen et du couvain, et leurs
excréments souillent le miel, ce qui entraîne l’effondrement des colonies d’Apis mellifera. Au
cours d’une année, jusqu’à cinq générations peuvent se succéder, et le coléoptère se multiplie
d’autant plus vite que la population d’abeilles est insuffisante.
5)Nosema ceranae
Nosema apis est un protozoaire symbiotique de l'abeille, dans le tube digestif de
laquelle il se développe 2. La récente découverte du parasite Nosema ceranae, en Espagne,
pousse à s'interroger sur notre capacité à détecter et à diagnostiquer de nouveaux agents
pathogènes chez l’abeille. On peut aujourd’hui distinguer Nosema ceranae de Nosema apis
grâce à une détermination génétique. Même si les symptômes sont différents (Nosema apis
causant une forte souillure du devant de la ruche par les excréments au contraire de Nosema
ceranae où les abeilles abandonnent la ruche petit à petit), la diagnose n’est pas possible par
microscope, seul outil utilisé jusqu'alors 22.
- 85 -
expérimentale d’Apis mellifera par Nosema ceranae. La conclusion est que ce parasite est
hautement pathogène (taux de mortalité élevé, nombre et nature des cellules infestées et
formation de spores auto-infectantes). Les auteurs concluent à un lien possible avec le
syndrome de dépérissement 2.
Les résultats d’une autre étude ont quant à eux montré un taux d’infestation de 50 %
des colonies, indépendamment de l’observation d’un bon hivernage ou d’un dépérissement
(21 échantillons) 2. Le débat est loin d'être clos.
Il a été avancé que la nourriture donnée aux abeilles pendant l’hiver pour compenser le
miel récolté en excès nuisait à l’hivernage. Cependant, aucune intolérance pouvant entraîner
des pertes importantes n’a été mise en évidence par G. LIEBIG (2005), dont l’étude
concernait des nourrissements commerciaux (constitué de sucre de canne, sucre de betterave
ou amidon de maïs) 2.
- 86 -
La lutte anti-Varroa est aujourd’hui vitale pour tout apiculteur. Un traitement
insuffisant (efficacité insuffisante de la molécule, sous dosage, début du traitement trop tardif,
réinfestation) pouvant entraîner la mort d’une colonie 2.
Une sélection est possible sur ce caractère, c’est un moyen de lutte actuellement très
étudié (voir également, Chapitre III, le paragraphe 3.1.3.1) Varroa destructor).
Chacun des facteurs peut avoir un impact individuel mais peut également être
combiné à un ou plusieurs autres facteurs. Le Professeur J. CUMMINS, qui a démontré que
des larves de pyrale (Ostrinia nubilalis) infectées par Nosema pyrausta présentent une
sensibilité quarante-cinq fois plus élevée à certaines toxines que les larves saines, dénonce : «
Les autorités chargées de la réglementation ont traité le déclin des abeilles avec une approche
étroite et bornée, en ignorant l'évidence selon laquelle les pesticides agissent en synergie avec
d'autres éléments dévastateurs » (d’après P. MOLGA) 2.
- 87 -
Tableau 14.Facteurs de risque potentiels liés au dépérissement de l’abeille domestique
(liste) 2.
Manque de dialogue entre les apiculteurs et les agriculteurs, mais également entre les
apiculteurs eux-mêmes
Application de pesticides non adéquate par le particulier
Agriculture intensive - Utilisation de pesticides (intoxication)
- Synergie(s) de pesticides
- Fragmentation de l’habitat
- Erreur de manipulation
- Manque de connaissances
Apiculture - Traitement des ruches non adapté
- Alternance trop régulière de traitement(s)
antiparasite(s) et/ou antipathologique(s) et
risque de résistance
- Pathologie(s) (manque de connaissances,
nouvelles pathologies,…)
- Erreur de manipulation
- Carburant de l’enfumoir non adapté
- Manque de méthodologie
- Intoxication
- Nourrissement inadapté (quantité, qualité)
- Sélection génétique de plus en plus poussée
vers des critères de rendement et de facilité
de travail entraînant un risque
d’augmentation de la sensibilité de l’abeille
domestique face aux pathologies et aux
pesticides
Conditions climatiques extrêmes
Manque de zones refuges et de ressources nutritives (nectar, pollen, …)
Disponibilité en eau insuffisante
Pollution locale – industries
Nouvelles technologies susceptibles de perturber l’organisation des colonies
Combinaison(s) - Nourrissement - monoculture : ressources
nutritives trop faibles dans l’environnement
et apport par l’apiculteur non adapté
- Synergie PCBs - virus
- Synergie fongicide - herbicide
- Synergie insecticide - insecticide (mélange
dans la ruche).
Des mortalités trop importantes dans les populations risquent d’appauvrir le réservoir
génétique de l’abeille noire et de fragiliser ses capacités d’adaptation, mais le principal danger
menaçant la diversité génétique d'Apis mellifera mellifera est son hybridation avec d'autres
sous-espèces d'Apis mellifera.
- 88 -
2.3. Pollution génétique
2.3.1.Causes
Dans un passé lointain, les barrières naturelles (mers et océans, chaînes
montagneuses…) empêchait les sous-espèces de se disperser 2.
Certaines pratiques apicoles s’opposent aux forces exercées par la sélection naturelle
qui tendent plutôt à différencier les populations, et favorisent leur homogénéisation. Ainsi les
importations de reines de variétés étrangères et la transhumance accélèrent de manière
artificielle les flux de gènes entre des populations différenciées, parfois distantes de plusieurs
centaines ou milliers de kilomètres 2.
Si les croisements contrôlés ont été des facteurs de progrès économiques intéressants,
tous les croisements sauvages ont provoqué une pollution génétique des écotypes et
finalement un mélange de gènes incontrôlable qui ne permet plus facilement les croisements
bénéfiques 2.
Il n’existe qu’un petit nombre de premiers croisements qui soient réellement valables
économiquement 2. Si de tels croisements sont réalisés, ils doivent, comme dans les filières
du bétail (aviaire, porcin, ovin, bovin…), uniquement être utilisés dans un but de production
et en aucun cas servir à la reproduction 2. L’utilisation par les apiculteurs de variétés
étrangères n’est évidemment pas en soi un problème à condition qu’elle ne conduise pas à la
disparition des populations locales d’abeilles. Il doit y avoir un contrôle de l’essaimage et de
la dissémination des faux-bourdons 2.
La plupart des croisements donnent des colonies agressives et ceci quelques soit les
sous-espèces d’origine. On a ainsi observé une augmentation de l’agressivité depuis la
seconde guerre mondiale, ceci en parallèle d’une hybridation de plus en plus importante 2. À
l’agressivité souvent remarquée en F1 s’ajoute fréquemment une tendance à l’essaimage très
gênante 2.
- 89 -
2.3.2.Conséquences
Depuis 150 ans, Apis mellifera mellifera a été métissée abondamment et sans contrôle
dans la plupart de ses aires de distribution 2. Lors de ses voyages le Frère ADAM dénonce cet
abâtardissement comme une perte irréparable ; alors même qu’il ne conseille pas cette abeille
d’un point de vue économique, il reconnaît son importance du point de vue génétique. Au
retour de son séjour en France en 1950, lors duquel il n’observa que des colonies métisses, il
déplora cette perte 2.
- des abeilles découvertes sur le site d’York (civilisation Viking, 1000 après J.-C.) ;
- et des abeilles de Nouvelle-Zélande et de Tasmanie, dont les colonies évoluent depuis 150
ans à partir de colonies anglaises initialement importées.
• Faire l’analyse d’échantillons présumés non métissés ou déclarés comme tels, récoltés sur
toute la zone de distribution de Apis mellifera mellifera et rechercher les caractères
communs rencontrés actuellement dans toutes les régions 2.
• déterminer les caractéristiques originelles d'Apis mellifera mellifera (1), les résultats sont
homogènes : l'indice cubital des abeilles échantillonnées est faible (valeur maximale de
2,06) et l'écart discoïdal est négatif (un seul échantillon positif) ; on observe une unité
morphométrique des colonies sur toute l’aire d'expansion de l'abeille noire, unité à mettre
en parallèle avec l'évolution d'Apis mellifera mellifera ;
• apporter la preuve que l'abeille noire est toujours retrouvée dans son aire d'occupation
(avec des degrés variables de métissage) et qu'elle a peu évolué au cours des 1 000
dernières années (1) 2.
Il est délicat de distinguer ce qui appartient à une souche pure, de ce qui est déjà le
résultat d’un métissage, peut-être de longue date. Plusieurs techniques sont aujourd’hui
disponibles (voir également Chapitre III. 2. Abeille noire : l’identifier), l’analyse
morphométrique est la plus ancienne. Malheureusement, certains auteurs n’ont pas toujours
- 90 -
mesuré la totalité des indices permettant l'identification avec certitude d'Apis mellifera
mellifera 2.
- 91 -
Tableau 15.Valeurs moyennes, extrêmes et écart-type des trois caractéristiques
morphométriques discriminantes pour l’abeille noire 2.
Tableau 16.Fréquence d’échantillons avec longue pilosité (0,40 mm) et faible indice
cubital (1,90), parmi les échantillons de la zone Mellifera 2.
2)Et en France ?
Aucun des 4 échantillons français étudiés par F. RUTTNER et al. n'appartenait à la
sous-espèce Apis mellifera mellifera sans trace de métissage. Mais d'autres études (comme
celles de J.M. CORNUET et al. en 1975 et 1978, J. FRESNAYE en 1981, L. GARNERY et
al. en 1988, citées par F. RUTTNER et al.) ont mis en évidence des populations d’abeille
noire non métissée dans plusieurs régions 2.
Les résultats portant sur l’analyse de l’ADN mitochondrial (ADNmt) de 1800 abeilles
montrent que les colonies ayant une origine maternelle appartenant à la sous-espèce Apis
mellifera mellifera restent prédominantes en France et représentent environ 85 % des
abeilles échantillonnées 2.
- 92 -
La lignée évolutive A est très peu représentée en France et l’origine de ces abeilles
n’est pas forcément due à des importations mais à la présence d’abeilles venant naturellement
d’Espagne où cette lignée est présente 2.
On observe par contre des niveaux variables d’introgression par l’ADNmt de lignée C
(lignées évolutives C et O non différenciables). L’étude de L. GARNERY et al. sur 11
microsatellites chez 1000 colonies de lignée évolutive M (en France et en Espagne) a montré
que les populations françaises ont subi une introgression plus ou moins importante (de
quelques % à 57 %) par des gènes de lignées C, en raison des importations de reines - qui ont
eu lieu depuis des dizaines d’années - en particulier de sous-espèces Ligustica, Caucasica, et
Carnica, et de la lignée synthétique Buckfast 2.
- 93 -
- 94 -
Chapitre III : Actions pour la
sauvegarde de l’abeille
noire
- 95 -
1. Abeille noire : la sauvegarder
Depuis plusieurs décennies, nous assistons à une régression notable des populations
d’insectes pollinisateurs, voire à leur extinction. L'abeille domestique suit le même
mouvement, avec la menace supplémentaire d'un appauvrissement génétique irrémédiable.
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1)En Grande-Bretagne 222
En 1964, un petit groupe d'apiculteurs, avec à leur tête l'entomologiste B. COOPER,
formèrent la « Bee Breeders Association » pour protéger les abeilles de sous-espèce Apis
mellifera mellifera ayant survécu aux importations massives de reines étrangères.
L'association se développa et changea son nom en « British Isles Bee Breeders Association »
qui devint « Bee Improvement and Bee Breeders Association », son action s'étendant sur
l'Irlande et le reste de l'Europe.
2)En Pologne 2
L'étude du mélange des populations d'abeille fut étudiée en Pologne avant la seconde
guerre mondiale, mais ces documents ont été détruits. Une étude réalisée en 1957-1959
montra l'existence de deux écotypes d'abeilles noires et des zones, transformées en réserves,
furent définies :
• en 1976 : 1 200 km2 dans la forêt d'Augustow pour environ 1 000 colonies d'Apis
mellifera mellifera silvarum au Nord Est ;
• en 1980 : 670 km2 dans la forêt de Kampinos pour environ 950 colonies d'Apis mellifera
mellifera mellifera située au Nord Ouest et au centre du pays.
3)En Lituanie 2
Une étude réalisée sur la période 1969-1976 montra que 65,5 % des abeilles locales
appartenaient à la sous-espèce Apis mellifera mellifera. On y créa une réserve avec 700
colonies mais elle n'échappa pas à la pollution génétique ; on y pratique aujourd'hui
l'insémination artificielle.
4)En Norvège 22
Un élevage professionnel de reines noires s'y développa dès les années 1970. En 1976
un programme national institutionnalisa le développement d'Apis mellifera mellifera. En 1987
un territoire de 3 600 km2, protégé par des barrières naturelles montagneuses, fut délimité
dans le sud du pays. Il est interdit d’y importer des colonies n’appartenant pas à une autre
variété qu’Apis mellifera mellifera ; un système de contrôle racial a été mis en place.
- 97 -
5)En Irlande 2
Le GBBG (Galtee Bee Breeding Group, Groupe d’élevage de l’abeille Galloise), créé
en 1991 sur la lignée du groupe BIBBA, compte aujourd'hui 60 membres et 1 200 colonies.
Ce groupe travaille pour la conservation, l'étude et la restauration de l'abeille noire originale
d'Irlande, décimée en 1912 comme la population anglaise par l'acariose des trachées.
6)En Suède 22
Un projet d'étude des lignées existantes et de restauration de l'abeille noire nordique en
Suède a vu le jour dans les années 1980. Le projet « Nordbi » s'est étendu en 1991 à tous les
pays scandinaves avec l'espoir que la coopération internationale pourrait aider à influencer
l'opinion publique et la scène politique pour soutenir la conservation des abeilles indigènes.
7)En Finlande 2
Un groupe de 11 apiculteurs a créé en 1994 une société pour l'utilisation d'Apis
mellifera mellifera, au moment où un seul apiculteur possédait encore des colonies d'abeilles
noires. Cette lignée est aujourd'hui maintenue pure par insémination artificielle.
En collaboration avec le projet suède « Nordbi » fut créé un réservoir sur l'île de
Hailoto (200 km2), on y élève des reines qui sont diffusées auprès des apiculteurs en Finlande
du Nord. On dénombre aujourd'hui environ 500 colonies d'abeilles noires en Finlande.
8)Au Danemark 22
Une île de 115 km2 est dédiée à l’abeille noire depuis 1993. On y trouve 300 à 400
colonies. Là aussi les barrières naturelles prouvent leur efficacité pour la fiabilité de la station
de fécondation mais les importations se poursuivent, cause de perte du matériel génétique.
9)Au Groenland 22
Une réserve génétique a été créée en 1998 dans le sud du Groenland, sur un territoire
dépourvu d'abeille d’après le Danois O. HERTZ, à l’initiative de ce projet expérimental.
- 98 -
10)En Allemagne 22
En 1995 un petit groupe d'apiculteurs se forma pour sauvegarder l'abeille noire en
Allemagne, où elle était proche de l'extinction en raison des introductions massives d'Apis
mellifera carnica. Ils coopèrent avec leurs plus proches voisins (France, Suisse et Autriche)
afin d’augmenter leur base de sélection.
11)En Autriche 2
Les Etats fédéraux de Salzbourg et du Tyrol abritent aujourd'hui des colonies
d'abeilles noires, on y dénombre une trentaine d'éleveurs de reines qui élèvent 600 à 700
ruches.
12)En Suisse 2
On y recense aujourd'hui environ 90 000 colonies d'abeilles noires et 5 stations de
fécondation isolées dans les Alpes où sont fécondées chaque année environ 6 000 reines. Un
statut de protection a été prononcé dans le canton de Glaris ; le gouvernement fédéral a
refusé d'étendre ce statut au niveau national mais a reconnu Apis mellifera mellifera comme
sous-espèce en danger et finance certains programmes.
13)En Belgique 22
L’association Mellifica, créée en 2004, a obtenu un statut de protection pour la
région de Chimay. Cette zone protégée de 200 km2 a été instaurée en collaboration avec tous
les apiculteurs qui y sont présents et avec le pouvoir municipal qui a voté un arrêté de
protection. Seule l’utilisation d’Apis mellifera mellifera y est autorisée.
- 99 -
14)En France 2
Des chercheurs du C.N.R.S. (Centre national de la recherche scientifique) travaillent
depuis quelques années, en lien avec des groupements d'apiculteurs, à un recensement de
l'abeille noire en France.
Des conservatoires, destinés à assurer sa sauvegarde, ont été créés dans plusieurs
régions (Seine-Maritime, Orne, Savoie, Cévennes, Corse), le plus connu, précurseur dans ce
domaine, étant celui installé sur l’île d’Ouessant.
a) En Provence 2
La région est doublement exposée au risque de pollution génétique par la pratique
courante de la transhumance et par l'emploi généralisé de reines de variétés étrangères.
Un rucher a été installé sur l'île de Porquerolles où ont été installées une trentaine de
colonies, sélectionnées par analyses génétiques. La région Provence Alpes Côte d'Azur
travaille ainsi à un objectif triple :
• conservation du patrimoine ;
• banque de gènes particuliers à la région ;
• répondre au souhait de certains apiculteurs de travailler avec l'abeille noire.
b) En Bretagne 2
L’île d’Ouessant présente une superficie non cultivée de 15,58 km2 (1 500 hectares) et
est séparée du continent par 18 km de mer. Elle constitue un isolat géographique idéal.
Des apiculteurs (syndicats et GDSA) fondèrent en 1989 une association de type loi
1901, « l’Association pour la Conservation et le Développement de l’Abeille Noire
Bretonne » maintenant « Association pour la conservation de l’abeille noire bretonne et le
- 100 -
conservatoire de l'île d'Ouessant ». Son but principal est la création d’une réserve génétique à
l’abri de l’hybridation.
Des colonies uniquement d’écotype Ouest Bretagne (souches d’origine isolées dans
les monts d’Arrée) furent installées sur l’île d’Ouessant. Un arrêté municipal voté en 1991,
interdit l’introduction de colonies extérieures sans l’accord de l’association et des autres
organisations apicoles du département.
Après quatre années de mesures et d’études, une « carte d’identité de l’abeille locale »
a été établie en 1995, sur la base de documents établis par le Docteur F. RUTTNER et par
l’Association des Iles Britanniques BIBBA (b).
Les tests réalisés en 2006 sur l'ADN mitochondrial et de marqueurs microsatellites ont
montré l'absence d'introgression d’autre sous-espèce, ce serait la seule souche pure de la
lignée M en France.
• indice cubital compris entre 1,5 et 2, moyenne < 1,75 et écart-type maximal de 0,17
- 101 -
Il faut introduire de nouvelles reines pour éviter la consanguinité, mais pour éviter
l’introduction de Varroa et de loque, des précautions draconiennes sont en vigueur. Créé
avant l'invasion du territoire français par Varroa destructor, l'île d'Ouessant a en effet pu
rester indemne. Un second rucher installé sur le continent, contient une trentaine de colonies
dans le Finistère. Cette association coopère avec l'Université de Brest qui l'aide en effectuant
les mesures biométriques. Chaque année des larves de couvain naissant, prélevées sur des
colonies testées sur le continent, sont acheminées par avion à partir de Guipavas ; 3 heures
après leur prélèvement, ces larves sont greffées dans des colonies orphelines de l’île.
Les 150 colonies de l'île d'Ouessant sont partagées en quatre ruchers : un rucher de
multiplication, un rucher de sélection où sont réunit les quinze meilleures colonies (douceur,
non essaimage, récolte) et deux ruchers de production.
c) En Haute-Normandie 2
Sur le site du Lycée agricole du Pays de Bray à Brémontier Merval, un rucher
conservatoire a été créé vers 1980. Il s’agit donc d’un site ouvert puisqu’il ne possède pas de
barrières naturelles ; l’ensemble des ruches est contrôlé chaque année par biométrie.
d) En Aquitaine 2
Le seul moyen d’identifier l’écotype landais de façon certaine est son cycle de
reproduction en deux phases. Une méthode basée sur une surveillance vidéo de l’activité
pollinique permet d’éviter l’ouverture régulière de la ruche pour observer le couvain, en
attendant de concevoir une technique d’identification plus simple et rapide. Un rucher
conservatoire et expérimental a été créé dans la forêt des Landes.
e) En Vendée 2
Le conservatoire vendéen de l’abeille noire fait partie d’un vaste programme dans
lequel s’est engagée la région Vendée. La sélection repose sur deux groupes d’apiculteurs, le
second testant la descendance des reines que les premiers ont sélectionnées. L’objectif est
d’obtenir plusieurs lignées d’abeilles économiquement rentables, correspondant aux
objectifs de production des éleveurs. Chaque souche pouvant être maintenue par
insémination, ce qui permettrait d’avoir des reines munies d’un pedigree.
- 102 -
f) En Auvergne 2
Le cheptel auvergnat a été évalué par biométrie : moins de 1 % de colonies de variété
mellifera « pure ». Le dépistage se poursuit pour sauvegarder les souches indemnes de
métissage.
- absence de transhumance ;
Les reines ainsi produites sont distribuées gratuitement aux apiculteurs auvergnats. En
2006, l'insémination artificielle a permis l'obtention de 500 reines issues du croisement de
lignées sélectionnées.
g) En Corse 2
L’écotype corse est morphologiquement différencié par une trompe longue, un indice
cubital plus élevé et une pilosité plus faible que les autres écotypes d’Apis mellifera
mellifera. L’importation d’abeille a été interdite par arrêté ministériel en 1982. Le miel de
Corse est protégé depuis 1998 par un AOC qui précise l’abeille utilisée.
Ces conservatoires ne sont pas les seuls endroit où des apiculteurs se consacrent à la
sauvegarde de l’abeille noire : citons également en France, la Savoie, le Nord-Pas-de-Calais,
les Alpes, le Pays Basque, le Puy de Dôme (abeilles noires des Combrailles) et la frontière
belge en coopération étroite avec les groupes belges travaillant sur l'abeille noire. Chaque
région s’adaptant en fonction des possibilités du milieu naturel 22.
Si dans certains de ces cas les groupes d’apiculteurs sont aidés par l'Europe ou par des
associations nationales, d'autres ne disposent que de leur bonne volonté 2.
15
Nucleus : petite colonie
- 103 -
2. Abeille noire : l'identifier
- approche morphologique ;
- approche moléculaire.
2.1. Echantillonnage 2
On n'évalue jamais une abeille isolée, mais un échantillon d'une colonie donnée. Une
colonie comporte des dizaines de milliers d’abeilles (40 à 60 000 d’individus pendant l’été).
Les mesures sur les ailes seront effectuées sur toutes les abeilles, 10 seulement seront
utilisées pour les autres mesures. L'étude biométrique est longue et fastidieuse, il faut souvent
compter plus d'une heure de travail pour déterminer la variété d'une colonie.
Les mesures se font sur des ouvrières (les mâles haploïdes ne sont pas représentatifs de
la population). Il est important de prélever des abeilles jeunes car les butineuses peuvent
dériver d'une ruche à l'autre. Pour cela, il suffit de secouer un cadre de couvain naissant,
couvert de jeunes abeilles, au-dessus d'un cornet en papier que l'on referme aussitôt avec un
trombone.
Les abeilles doivent être tuées rapidement car elles régurgitent du miel qui gêne les
mesures. Pour tuer les abeilles on peut les placer au congélateur (sauf si on souhaite mesurer
la longueur de la trompe). On peut également tuer les abeilles au chloroforme, à l’éther ou
avec de l’eau bouillante, qui laissent la trompe relâchée.
- 104 -
2.2. Approche morphologique
2.2.1.Généralités
La distinction entre les différentes espèces et races d'animaux est principalement basée
par l'étude de leur morphologie. Les variétés d’abeille obéissent à cette règle, mais chez cet
insecte, des mesures précises sont nécessaires.
Certaines de ces mesures sont réalisées sur les nervures de l’aile antérieure (3) ; ce qui
est rendu possible par le fait que la structure des ailes est fixe. L’angle formé par les segments
AB et BC mesure 152° et ceci avec une déviation de +/- 1° sur toutes les abeilles du monde 2.
- 105 -
gouttes de sirop de sucre), égouttée et placée sur un transparent (projecteur de diapositive), on
place l’autre transparent en regard et on identifie l'échantillon par la date et son numéro.
- soit projetées sur un mur blanc à l’aide d’un projecteur de diapositives. Le grossissement
n’est pas important (on mesure un rapport) mais il faut éviter toute distorsion, un
grossissement de 40 est recherché ;
2)Structure de l'aile 2
Comme on le voit sur la 3, des nervures délimitent des zones appelées cellules (on
parle de vénation alaire). Sont ainsi définies :
- 106 -
dépasser une moyenne de 1,9 pour une colonie. Une valeur supérieure suggère que la colonie
est éventuellement croisée 22.
- 107 -
Figure 6. Mesures réalisées sur l’aile antérieure de l’abeille domestique 2.
R : cellule radiale
D : cellule discoïdale
Di : point discoïdal
- 108 -
Cellule cubitale
- 109 -
Pour étudier les variations de l'indice cubital au sein d'une colonie, on trace un
polygone de fréquence (fréquence=f(classe d'IC)). Un tracé monomodal inclus dans les
extrêmes de l'Apis mellifera mellifera sera retenu comme correspondant à une souche pure
alors qu'un tracé plurimodal et/ou avec un indice cubital élevé sera le signe d'une hybridation
ou d'une colonie étrangère (3) 2.
Les indices cubitaux de la colonie RX2 sont dans les valeurs limites d’Apis mellifera mellifera
- 110 -
A part pour les colonies présentant une moyenne inférieure à 1,55, l'indice cubital seul
ne peut suffire à lui seul pour déterminer une sous-espèce. D'autres indices peuvent être
pratiqués sur les ailes et conduire à une détermination plus fine que le seul indice cubital 2.
Lorsque le point discoïdal se trouve à droite du trait vertical (vers l'extrémité de l'aile),
la transgression est positive (+) ; lorsqu'il se trouve à gauche du trait vertical (vers le point
d’attache de l’aile sur le thorax), elle est négative (–) (5) ; lorsque le trait passe exactement sur
le point discoïdal, la transgression est nulle (5).
Plutôt que de classifier en trois groupes (positif, négatif et nul), il est plus précis de
mesurer la transgression. J. E. DEWS (1987) a suggéré de mesurer l'angle du décalage par
rapport à la verticale. L’angle discoïdal est obtenu en notant la position du point discoïdal par
rapport à des droites inclinées de chaque côté de la perpendiculaire, l’intervalle entre les
droites étant de 2°.
Sur la 5, le point discoïdal est compris entre les droites 0 et -2 degrés, soit une
transgression discoïdale de -1° (valeur négative car le décalage est dirigé vers le corps de
l'abeille).
- 113 -
Figure 12. Trois exemples de nuages de points 22.
- 114 -
IC important et DS nul ou positif = typique de la variété Carnica.
Les valeurs d’un individu peuvent diverger. C’est pourquoi il ne faut pas attribuer trop
d’importance à la valeur ponctuelle d’une unique abeille divergente parmi un échantillon par
ailleurs homogène. La répartition des points peut donner de bons renseignements sur
l’ascendance d’une colonie ainsi que sur la fécondation de la reine.
1)Couleur de l'abdomen 22
Ce caractère a le mérite d'être facilement accessible, une bonne loupe suffit. Une
colonie qui ne satisferait pas ce critère peut être écartée sans avoir fait l'objet d'autre mesure.
On évalue ce caractère sur le deuxième tergite abdominal. Les résultats peuvent être
exprimés soit en centimètres (on mesure alors la largeur de la bande jaune, un microscope
équipé d'une graduation est nécessaire), soit en classes : les abeilles de l'échantillon sont
regroupées en quatre catégories (3) :
Comme son nom l'indique, l'abeille noire est l'abeille la plus foncée ; la largeur
moyenne de la bande colorée du deuxième tergite est de 0,25 mm et le maximum de 0,30 mm.
Les ouvrières d'Apis mellifera mellifera peuvent présenter deux petites taches latérales
colorées, le reste de l'abdomen étant brun foncé à noir.
Une colonie d'Apis mellifera mellifera ne peut présenter aucune abeille dans la
catégorie C3 et maximum 10 % peuvent appartenir à la catégorie C2 ; toutes les autres
doivent être classées en C1/C1'. Le non respect de cette norme indique un croisement. Une
tache ou une bande marron, café ou cuir n’est pas nécessairement une trace de métissage mais
la présence d'un anneau jaune signe un croisement avec Apis mellifera ligustica.
- 115 -
Le 3 montre que le minimum de la zone colorée dans d'autres sous-espèces (Apis
mellifera carnica et caucasica) est situé dans l'écart observé dans les populations d'Apis
mellifera mellifera, ce critère n'est donc pas déterminant seul. Une abeille foncée peut ne pas
être une abeille noire.
A l’aide d’une loupe ou à l’œil nu, l'observation est réalisée au niveau du 4ème tergite,
sur le côté plutôt qu'au centre, là où la bande feutrée est la plus large. On distingue 3
catégories (3) :
L'abeille noire dispose d'un tomentum très étroit par rapport aux autres sous-espèces.
La largeur moyenne est de 0,75 mm et la largeur maximale observée chez Apis mellifera
mellifera (0,80 mm) est le minimum observé dans les autres variétés européennes (3).
Lorsque l'évaluation se fait par classification et non par mesure, aucune abeille ne peut
être classée comme T3 et minimum 30 % doivent être classés dans la catégorie T1. Le non
respect de cette norme indique un croisement.
3)Pilosité 22
Le corps de l'abeille est couvert d'une toison plus ou moins dense, caractère très
variable selon les sous-espèces (de 0,1 à 0,6 mm).
- 116 -
Il est possible de mesurer la longueur maximale au microscope ; la mesure est
également possible au rétroprojecteur en réalisant une règle de 3 entre la largeur connue d’une
épingle et la longueur projetée des poils couvrant le cinquième tergite.
Mais le plus souvent on distingue les poils courts, moyens et longs par comparaison
avec un étalon. Cette distinction peut se faire au microscope mais une loupe suffit.La méthode
de P. HEROLD consiste à attacher un fil de 0,4 mm de section à la loupe x6 (un
grossissement x10 est idéal mais un grossissement supérieur est inutile) de manière à ce que
l’extrémité du fil se trouve au niveau du focus. On observe le profil de l’abeille à la loupe en
faisant coïncider le fil et le cinquième tergite pour comparer la longueur des poils à l’étalon.
L’intensité lumineuse revêt une grande importance.
Apis mellifera mellifera est la sous-espèce européenne qui possède les poils les plus
longs. Aucune abeille ne peut être rangée dans la catégorie P1 et minimum 30 % doivent se
trouver dans la catégorie P3, l'idéal est une longueur dépassant 0,40 mm.
Dans le 3, on voit que les autres sous-espèces européennes présentent une pilosité bien
moindre, avec une pilosité maximale de 0,40 mm, minimum chez Apis mellifera mellifera.
- 117 -
Figure 13. Coloration de l'abdomen de l'ouvrière, évaluation du 2ème tergite 2.
- 118 -
Tableau 18.Caractéristiques biométriques des principales sous-espèces d'abeilles utilisées
par les apiculteurs européens 22.
Indice Trans-
Sous- Coloration Tomentum Pilosité Proboscis
Cubital gression
espèces (mm) (mm) (mm) (mm)
(a/b) discoïdale
Moyenne 1,75 0,25 0,75 0,46 6,30
Mellifica Valeurs Négative
1,40-2,10 0,00-0,30 0,60-0,80 0,40-0,52 6,00-6,50
extrêmes
Moyenne 2,30 1,75 0,85 0,30 6,50
Ligustica Valeurs Positive
2,00-2,70 1,40-2,20 0,80-1,00 0,20-0,40 6,30-6,60
extrêmes
Moyenne 2,60 0,35 0,90 0,30 6,60
Carnica Valeurs Positive
2,30-3,20 0,20-0,60 0,80-1,00 0,20-0,40 6,40-6,80
extrêmes
Moyenne 2,00 0,30 1,00 0,30 7,00
Caucasica Valeurs Nulle
1,70-2,30 0,20-0,40 0,80-1,20 0,25-0,40 6,70-7,20
extrêmes
2.2.4.Morphométrie 2
La morphométrie est une déclinaison plus récente des mesures biométriques. En
élargissant la capture des données à plusieurs points d'intersections des nervures de l'aile de
l'abeille, on obtient après analyse statistique, un profil mathématique de l'aile plus précis
que celui obtenu par biométrie classique.
Comme en biométrie, les résultats sont donnés en fonction d'un référentiel, base de
données constituée d'un grand nombre de mesures encore à déterminer. Ce référentiel est par
ailleurs fluctuant, en fonction de l'évolution des populations.
Le second point limitant est l'acquisition des données, les variations entre opérateurs
pouvant être supérieures à celles entre colonies. Les points d'intersection doivent être
déterminés par ordinateur.
Cette technique ouvre des perspectives intéressantes mais n'est pas encore applicable
sur le terrain ; on attend la mise au point d’une méthode fiable d’analyse.
- 119 -
2.2.5.Intérêts et limites
Aucune autre sous-espèce d’Apis mellifera ne réunit, un Indice Cubital faible, un DS
négatif, un tomentum étroit et une forte pilosité tels qu’on les observe chez l’abeille noire.
A l'inverse, rester trop strict sur un indicateur peut mener à des erreurs, des variations
individuelles étant toujours observées. Il est important de rappeler l'importance d'étudier
plusieurs critères, l'utilisation d'un seul indice (souvent l'indice cubital) est source d'erreur 2.
La biométrie permet cependant d'écarter d'un programme d'élevage toutes les colonies
ne correspondant pas aux caractères d’Apis mellifera mellifera.
2.3.1.Electrophorèse
L’électrophorèse consiste à faire migrer des protéines sur un gel à base d'agarose sous
l'effet d'un courant électrique. La protéine utilisée est une enzyme, la malate déshydrogénase,
qui dépend d'un locus polymorphe à 3 allèles : A, B, C 2.
- 120 -
Les plus grandes concentrations de malate déshydrogénase sont trouvées dans la
musculature alaire ; on utilise donc un broyat de thorax, prélevés sur des abeilles tuées par
congélation 2.
2.3.2.Analyse ADN
Depuis une quinzaine d'années de nombreux travaux utilisent des marqueurs
moléculaires pour mieux comprendre l'évolution des abeilles. Ces marqueurs proviennent soit
de l'analyse de l'ADN mitochondrial, soit de l'analyse de microsatellites de l'ADN 2.
L'analyse génétique donne une information fiable sur l'identité génétique de l'abeille.
Ces travaux ont permis de confirmer l'existence de quatre grandes lignées évolutives chez
Apis mellifera mellifera.
Les applications sont nombreuses non seulement pour l'étude de l'évolution d’Apis
mellifera mellifera, mais également pour contrôler le mélange entre deux populations ou le
taux de consanguinité dans une population 2.
Tout comme l’ADN nucléaire, l’ADN mitochondrial accumule au cours du temps des
mutations générant des variations de la molécule. En fonction de l’ancienneté des mutations la
molécule va présenter deux types de variations. 2
- 121 -
D’une part des variations importantes (car anciennes) qui sont caractéristiques des
grandes lignées évolutives et qui permettent de caractériser l’origine maternelle de la colonie
étudiée. Le type mitochondrial sera M, A ou C (les lignées évolutives C et O, non
différenciées avec le test employé, sont réunies en une lignée mitochondriale C) 2.
D’autre part des mutations mineures (plus récentes) qui vont différencier des types
mitochondriaux à l’intérieur des lignées évolutives. Chacun de ces variants observés porte le
nom d’haplotype 2.
Par exemple les haplotypes M4, M7 et M8 portent les mêmes variations anciennes qui
les font appartenir à la lignée évolutive M mais sont différenciés par des variations plus
récentes 2.
La population française d’abeilles noires n’est pas homogène ; parmi les 51 haplotypes
trouvés en France dans la lignée M, il existe des différenciations locales des populations
d’abeille noire 2.
- 122 -
Toutefois l'approche moléculaire est encore coûteuse et ces procédés ne peuvent être
mis en pratique que par des laboratoires spécialisés. Ces inconvénients ne les mettent donc
généralement pas à la portée des associations apicoles de façon routinière 2.
La biométrie a montré ses limites en terme d'efficacité dans la discrimination des sous-
espèces d'abeilles. Les nouvelles techniques de la morphométrie (morphométrie géométrique)
ou de la biologie moléculaire sont bien plus performantes ; néanmoins, elles ne sont pas
encore utilisables en routine par les apiculteurs.
- 123 -
3. Abeille noire : la sélectionner
Les actions de sauvegarde sont souvent ainsi conçues : d’un côté un réservoir
génétique et de l’autre un second rucher orienté vers la sélection. Dans les régions où la
population d’abeilles noires est lourdement menacée, l’énergie doit être tournée vers la
sauvegarde génétique, la sélection deviendra une priorité dans les régions disposant d’une
population solide.
Dans la nature, l’abeille n’est pas sélectionnée sur son rendement en miel mais pour
ses capacités de survie. Le maintien de l’espèce nécessitant des caractéristiques différentes
selon le lieu, les souches varieront selon leur origine géographique 2.
L’apiculture fixiste, dans laquelle le miel était récolté après étouffement des colonies,
ne permettait pas de sélection dirigée. Au contraire les bonnes souches étaient sacrifiées et on
favorisait la sélection de souches essaimeuses, essaims qui représentaient la récolte de l’année
suivante. La destruction des souches faibles, qui n’étaient pas conservées, assurait une
prophylaxie 2.
Comme dans les autres secteurs de l’agriculture, l’apiculteur cherche à rassembler des
qualités diverses dans les colonies qu’il élève, ses abeilles doivent être vigoureuses,
productives, douces, propres, peu essaimeuses, résistantes aux maladies 2...
- 124 -
3.1. Objectifs de sélection
Un travail d'élevage doit être effectué afin de faire ressortir les caractères bénéfiques
de la sous-espèce Apis mellifera mellifera 2.
Dans une sélection à visée économique, on cherchera tout d’abord à sélectionner sur le
rendement (fécondité, ardeur à butiner, résistance à la maladie et lenteur à essaimer), en
second lieu les qualités importantes pour la technique d’exploitation (douceur, calme et tenue
sur cadre, non utilisation de propolis, régularité des rayons, sens de la propreté, operculation
haute du miel et sens de l’orientation) ; on pourra ensuite regarder d’autres qualités,
d’importance secondaire, mais qui chacune augmente les possibilités de rendement (longévité,
puissance de vol, sens de l’odorat, sens de la défense, résistance aux intempéries et à l’hiver,
développement printanier, sens de l’épargne, auto-approvisionnement et mode
d’emmagasinement du miel, ardeur à construire, tendance à récolter du pollen, longueur de la
trompe) 2.
Etudions les possibilités de sélection pour certains caractères et les résultats obtenus.
- 125 -
3.1.1.Productivité et homogénéité
Une étude allemande (à Kirchhain) conclue qu’après 30 ans de sélection (1941/1971)
les ruches sélectionnées produisent presque le double des ruches non sélectionnées (récolte de
miel augmentée de 190 %) 2. T. PANKIW , D.R. TARPY et R.E. PAGE (2002) ont montré
que la récolte de pollen et de nectar, la quantité transportée et la concentration en sucre du
nectar collecté est sous influence génotypique, 2 la récolte de pollen est en particulier un
caractère héritable 2.
La sélection permet également d’obtenir des résultats plus homogènes sur un rucher,
une meilleure uniformité rentabilise le travail de l’apiculteur. L’étude de Kirchhain a montré
que parmi les colonies sélectionnées, la récolte des colonies les moins productives équivalait à
70 % de la récolte obtenue avec les meilleures. Alors que la récolte des colonies non
sélectionnées les plus médiocres représentait 40 % des meilleures colonies non sélectionnées
2.
Il est important de préciser que le bénéfice n’est pas seulement l’unique source de
rendement. Certaines abeilles (Apis mellifera ligustica par exemple) récoltent énormément de
miel mais doivent recevoir de la nourriture aux moments de disette ; ce qui entraîne des frais
d’élevage élevés. La sélection de variétés rustiques bien adaptées, présentant certes un
rendement moins important peut se révéler plus rentable grâce à la diminution des coûts 2.
3.1.2.Tempérament
Des études sur les mélanges de caractères au niveau chromosomique ont montré que,
chez les animaux, des liens plus ou moins forts existaient entre les individus d’un même
groupe. Plus grand est le nombre de caractères communs, plus les liens sont forts ; plus ils
sont différents, moins forte est l’entente, d’où une tension latente entre les individus et chez
l’abeille une agressivité contre tout intrus. Plus la souche est pure, plus la colonie est
tranquille et douce 2.
On a intérêt à sélectionner des abeilles possédant un venin très actif. Elles seront certes
redoutables pour l’apiculteur malhabile et non immunisé, mais elles le seront encore plus
contre leurs propres ennemis 2.
- 126 -
3.1.3.Résistance aux maladies
1)Varroa destructor
Cet acarien est un problème majeur pour les apiculteurs du monde entier. La lutte est
aujourd'hui basée sur l'emploi d'acaricide. Cependant le coût de ces traitements répétés et le
risque de résidus dans les produits de la ruche, encouragent la recherche de solutions
alternatives. F.A. MORITZ s'appuie sur l'existence de caractères physiologiques et
comportementaux permettant de contrôler le développement de Varroa destructor, pour
soutenir que la sélection d'abeilles résistantes est possible et prometteuse 2.
Il est plus exact de parler de tolérance et non pas de résistance. On ne cherche pas de
souches indemnes de Varroa mais des colonies dont la survie n’est pas menacée par la
présence du parasite. En effet, un parasitisme réussi n’entraîne pas le dépérissement de l’hôte
mais l’établissement d’un équilibre 22.
a) Souches tolérantes
De nombreuses colonies survivant sans traitement acaricide ont été découvertes :
Une étude réalisée en 2003 par A.M. ELBASSIOUNY en Egypte a montré que le taux
d’infestation, ainsi que la variation dans les niveaux d’infestations, étaient inférieurs dans les
colonies sélectionnées que dans les colonies témoins. La réduction du taux d’infestation dans
les colonies sélectionnées était de 11,4 % à la première génération, de 26,2 % à la deuxième,
de 34,9 % à la troisième et de 43,4 % à la quatrième génération. La tolérance au Varroa
répond bien à la sélection 2.
- 127 -
Les colonies de la souche d’Apis mellifera mellifera identifiée dans la région de
Chimay (appelée souche Raymond du nom de l’apiculteur retraité) a servi en 2008 à un
élevage de reines, les colonies issues de ces reines par fécondation naturelle permettront
d'assurer la pérennité de la souche et fera l’objet d'un élevage de mâles en 2009 qui serviront à
inséminer de nouvelles reines élevées sur cette souche. Cette technique augmente le niveau de
consanguinité mais permettra de garder les caractéristiques de la souche de départ 2.
b) Mécanisme de résistance
Chez Apis cerana, hôte d’origine sur lequel Varroa destructor n’entraîne pas la perte
de colonies (contrairement à Apis mellifera), la tolérance repose sur trois mécanismes que
sont : 2
- l’épouillage ;
Epouillage
D’après J.E. DEWS et E. MILNER 2, le Professeur F. RUTTNER désigne les traces
de morsure comme le mécanisme de résistance le plus facile à observer. La survie sans
traitement est probable quand 60% des Varroa morts portent des traces de morsure par les
abeilles.
A. WALLNER a basé son programme de sélection sur le VKF (Varroa Killer Factor,
Pourcentage de Varroa tués), défini comme le pourcentage des acariens présentant des traces
de morsure par rapport au total d’acarien tombé sur le plateau sous la ruche (comptage et
examen microscopique quotidien). Après 6 ans de sélection des colonies aux VKF les plus
élevés, le VKF moyen est passé de 27 à 77 %, le nombre d’acariens tombés a doublé et ces
colonies ne nécessitent plus de traitement anti-Varroa 2.
Les résultats obtenus sur le terrain sont également prometteurs : dans un rucher
autrichien de 700 ruches où Varroa causait des pertes importantes, le remèrage
(remplacement de la reine par l’apiculteur) du rucher à partir de 12 ruches où étaient observé
un taux d’infestation beaucoup plus bas accompagné de traces de blessures sur les Varroa a
permis de se passer de traitement 2.
- 128 -
D’après C. GAUTHIER 2, les recherches appliquées à Apis mellifera carnica par le
professeur J. POKLUKAR restent valables pour d’autres sous-espèces. Il est possible de
sélectionner des lignées tolérantes au Varroa en étudiant la chute naturelle des Varroa dans la
ruche. En Slovénie, les comptages s’effectuent durant la première quinzaine d’avril avec
extrapolation sur l’année. Cette méthode permet de réduire le temps pour la sélection à 1 an
au lieu de 2 puisque les ruches retenues le sont en début de saison. Ainsi sur 40 lignées il a été
possible de repérer 3 lignées tolérantes et 3 sensibles.
Les abeilles africanisées (Apis mellifera scutellata) présentent une situation pour ce
caractère semblable à celle observée chez Apis cerana. Cette observation offre des possibilités
de sélection de souches présentant ce caractère dans d’autres sous-espèces d’Apis mellifera.
- 129 -
Un quatrième critère de sélection a été proposé : diminuer la durée pendant laquelle le
couvain est operculé, période pendant laquelle Varroa se reproduit. J. KRALY et G.W. OTIS
conseillent de sélectionner les colonies présentant la durée d’operculation la plus courte pour
augmenter la tolérance à Varroa 22.
c) A l’échelle de la population
E.H. ERICKSON et al. soulignent le risque de voir des reines sélectionnées pour leur
tolérance vis-à-vis du Varroa se reproduire avec des faux-bourdons provenant de colonies
sauvages 2. Mais l’étude de J.R. HARBO et J.W. HARRIS a montré que la sélection sur un
unique caractère de tolérance (suppression de la reproduction de l’acarien) aboutissait à un
haut niveau de résistance, et que lors du croisement d’une de ces reines sélectionnées avec des
faux-bourdons non sélectionnés, ses filles héritaient d’un niveau de tolérance significatif. La
diffusion de ces filles serait un moyen efficace d’introduire des gènes de tolérance contre
Varroa destructor dans la population tout en favorisant la diversité génétique 2.
Un programme semblable a été réalisé sur Apis mellifera mellifera par E. HUXTER et
K. CLARK en 1995. Lorsque les conditions étaient très favorables, aucune différence n’a été
observée entre les colonies sélectionnées et les témoins. Lorsque les conditions de butinage
étaient moins bonnes, les souches sélectionnées étaient significativement moins infestées que
les témoins mais les rendements étaient très variables 2. D. VAN ENGELSDROP et G. OTIS
(1995) reprochent en effet le rendement parfois inférieur de ces colonies sélectionnées et en
discutent l’intérêt économique 2.
- 130 -
- élevage de reines à partir des colonies les moins infestées (5 % du cheptel) ;
Les abeilles de l’espèce Apis dorsata (et Apis laboriosa) ne désoperculent pas les
alvéoles fermées contenant du couvain mort. Bien qu’une partie du couvain soit ainsi rendu
inutilisable, ce comportement semble plus efficace pour prévenir l’extension des maladies que
celui d’Apis mellifera et Apis cerana, car cela limite la diffusion des germes pathogènes ainsi
que la multiplication de Varroa 2.
Les qualités de la reine et son origine génétique comptent beaucoup dans la sévérité de
l’affection due à Ascosphaera apis.
- 131 -
S.N. HOLM rapporte un programme de sélection danois de 4 ans, basé sur la sélection
de colonies enlevant le couvain tué par le froid. Une seule des 11 ruches sélectionnées était
atteinte par Ascosphaera apis (15 % du couvain) contre 5 des 7 ruches témoins (10 à 45 % du
couvain atteint). De plus la moyenne de production de couvain et de miel était supérieure dans
les colonies sélectionnées (11,7 cadres de couvain et 13,6 cadres de miel) que dans les
colonies témoins (8,4 cadres de chaque) 2.
H.S. ARATHI, G. HO et M. SPIVAK ont ainsi montré lorsque des abeilles « non
hygiéniques » sont mises dans une colonie au caractère hygiénique, non seulement elles n’ont
pas un comportement plus efficace mais au contraire elles enlèvent moins de couvain mort et
réoperculent même des alvéoles ouvertes ce qui retarde le retrait du couvain mort. Ce
comportement inefficace permettrait à l’agent pathogène d’atteindre un stade infectieux et
augmenterait la probabilité de transmission 2.
De nombreux auteurs voient l’abeille non en tant qu’individu mais plutôt l’ensemble
de la colonie comme unité sur laquelle se joue la sélection naturelle 2.
- 132 -
3.2.1.Parthénogenèse
Le mâle ou faux-bourdon est parthénogénétique : il est issu d’un ovule non fécondé
(découvert en 1835 par J. DZIERZON) 2. Il ne possède que 16 chromosomes (contre 32 pour
la reine et les ouvrières)16 . Ainsi un faux-bourdon a une mère et des filles mais n’a ni père ni
fils, seulement un grand-père et des petits fils 2.
La consanguinité est utilisée dans toutes les espèces pour stabiliser des caractères et
uniformiser une souche. Lorsque qu’un croisement demi-frère/demi-sœur en F1 permet de
faire apparaître de nouvelles combinaisons allèliques, il faudra dans l’espèce apiaire effectuer
des croisements tante/neveu, car il manque les faux-bourdons F1 à la première génération 2.
La consanguinité est très mal supportée par l’abeille. On observe une baisse de vitalité
une moindre résistance aux prédateurs et maladies, un couvain moins étendu ; cela entraîne la
perte des colonies 2. Une part de la perte importante du couvain est due à une diminution du
nombre d’allèles sexuels différents 2.
Le sexe des insectes de l’ordre des hyménoptères est régi par le gène csd
(Complementary Sex Determiner, déterminant sexuel complémentaire). Les femelles sont
hétérozygotes à ce locus. Lorsqu’il y a un allèle unique fonctionnel (hémizygotie du fait de la
parthénogenèse ou homozygotie dans un œuf fécondé), c’est un organisme mâle qui se
développe 2.
Si une reine est fécondée par un mâle consanguin (son allèle identique à l'un de ceux
qu'elle porte), la moitié des ovules fécondés par ce mâle seront homozygotes, et ces larves de
mâles diploïdes sont normalement éliminées par les abeilles nourrices. Ce phénomène se
repère macroscopiquement par un couvain irrégulier dit lacunaire 2.
16
Apis dorsata et florea ont, elles, 16 chromosomes (8 pour les mâles)
- 133 -
3.2.2.Polyandrie
Une autre particularité vient elle contrebalancer l’hémizygotie : les accouplements
multiples (mis en évidence par RUTTNER en 1953) et éloignés de la ruche. Une reine
réalise plusieurs vols nuptiaux, selon le succès qu’elle a eu lors des précédents, jusqu’à une
dizaine de kilomètre de la ruche. Le nombre de copulations semble servir de signal pour
démarrer le ponte (8-12 mâles) 22.
L’étude de G. KOENIGER conclut que la présence d’un mâle accouplé, d’un signe de
fécondation (sécrétions des organes copulateurs mâles) ou d’un autre marqueur coloré stimule
l’intérêt des autres faux-bourdons envers la reine (identification plus aisée de la reine pour les
mâles suivants). Il a également montré qu’un faux-bourdon foncé préférait copuler avec une
reine de couleur claire et vice versa 2.
L’idée selon laquelle la parenté est d’une grande importance dans le maintien du
comportement social des insectes sociaux est répandue (la coopération entre ouvrières
contrôlée par leur lien génétique) 2. Mais les différentes études menées par M.D. BREED et
al. (1994) 2, R.F.A. MORITZ (1998) 2 ou W.H. KIRCHNER et G. ARNOLD (2001) 2 n’ont
mis en évidence aucune discrimination entre des ouvrières qui n’avaient pas le même père. De
même les manipulations de dilution du coefficient de parenté réalisées par R.M.
UNDERWOOD et al. (2004) n’ont montré aucun effet sur la production de couvains mâle et
d’ouvrières, le sexe ratio ou le volume de miel produit 2.
M.D. COX et M.R. MYERSCOUGH ont même conclu en 2003 qu’une colonie
hétérogène produit davantage qu’une colonie homogène, profitant davantage de toutes les
sources disponibles par les comportements multiples de butinage 2.
- 134 -
3.3. Méthodes de sélection
Pour certains critères, c’est le milieu qui permet d’évaluer les capacités d’une colonie.
On ne peut pas sélectionner une abeille résistante à une maladie dans une région où la maladie
en question n’existe pas. Par exemple la sensibilité à l’acariose sera un critère de sélection
seulement dans des conditions climatiques où une sensibilité se manifeste aussitôt. La
sélection sur le « comportement hygiénique » a cela d’intéressant qu’elle est directement
évaluable et son rôle est appréciable dans la prévention des maladies de l’abeille en général.
Une évaluation objective n’est possible qu’avec des points de repères positifs et
toujours en présence d’éléments de comparaison. Trop de résultats sont diffusés sans niveau
de comparaison valable, ce qui rend caduque toute conclusion vis-à-vis desdits résultats.
Les reines doivent impérativement être marquées afin de s’assurer que c’est toujours
la même colonie. D’après les résultats de l’année d’évaluation (tenue d’un cahier
d’observation), on sélectionne les 2-3 meilleures ruches que l’on soumet au contrôle racial (si
une colonie sélectionnée n’est pas pure, elle est écartée).
Dans les six meilleures colonies on réalise un élevage de reines. L’orphelinage des
moins bonnes ruches se fait en deux étapes, on tue la reine et on visite la ruche 6 à 10 jours
plus tard pour détruire les cellules royales. La colonie est alors incapable d’élever une reine à
- 135 -
partir de son couvain qui ne compte plus d’œufs, on greffe alors 6-7 larves des ruches
sélectionnées. On remère ainsi la moitié du cheptel.
Les reines sont maintenant vieilles, on continue la sélection sur la nouvelle génération.
- détruire les 25 % des reines les plus mauvaises (critères basés sur ce que l’apiculteur
recherche : douceur, production, non essaimage...).
- remèrer ces colonies avec les filles des meilleures souches de l’année en introduisant un
cadre de couvain prélevé dans la ruche sélectionnée.
- produire des mâles (en insérant des cires gaufrées spéciales pour les mâles).
- élargir la variabilité génétique en faisant féconder les reines vierges dans un endroit
éloigné du rucher.
Pour rendre Apis mellifera mellifera plus conforme aux attentes des apiculteurs
d’aujourd’hui, il est indispensable de mettre en place un programme de sélection. Ce travail
de sélection massale a permis de produire une abeille meilleure que celle de la plupart des
ruchers ; elle est tranquille sur le cadre et suffisamment douce pour être travaillée sans gants
2.
- 136 -
3.4. Elevage de faux-bourdons
Pour favoriser l’accouplement des filles avec des mâles Apis mellifera mellifera, il faut
encourager la production de mâles contrôlés autour du rucher. Du fait de la parthénogenèse,
une reine de « race pure » ne donnera que des mâles de « race pure », quelques soient ses
accouplements.
- une grille calibrée à l’entrée de la ruche empêche la sortie des mâles qui restent confinés ;
- un marquage à la main long et fastidieux qui a un double intérêt : d’une part le vol permet
une sélection (les mâles qui retournent à la ruche ont échappé aux prédateurs et ont testé
leur sens de l’orientation), d’autre part les faux-bourdons ne défèquent pas lors de la
capture et s’apprêtent mieux pour la récolte du sperme. Mais pour cela les mâles doivent
individuellement être marqués entre leur naissance et leur premier vol (par une tache
de peinture sur le thorax).
- 137 -
3.5. Elevage de reines
La colonie éleveuse doit avoir été contrôlée comme appartenant bien à la sous-espèce
Apis mellifera mellifera et être suffisamment peuplée (nourrissement régulier et apport de
couvain naissant si nécessaire).
Il existe plusieurs méthodes pour obtenir des cellules royales. Le nombre de cellules
obtenu et les facilités de manipulation varient, mais le principe est toujours le même :
« orpheliner » une colonie qui nourrira des larves pour en faire des reines 2.
Lorsque le choix des larves est fait par l’apiculteur (greffage de larves dans des
cupules alignées sur une barette facilement transportable), il faut choisir les plus jeunes
possibles. T.I. SZABO et G.F. TOWNSEND ont montré que l’augmentation de l’âge des
larves prélevées au greffage entraîne une diminution du poids des reines obtenues, de la taille
de leur spermathèque et du nombre d’ovarioles 2.
- reines fécondées (risque à l’introduction que les abeilles tuent cette nouvelle reine) ;
- reine vierge sortant de l’incubateur que l’on place dans un nucleus sans couvain ;
- larves de reines (technique réservée aux apiculteurs capables d’élever des reines).
L’origine des reines et/ou leur testage vis-à-vis des principales maladies a une grande
importance. Y. CHEN, J.S. PETTIS et M.F. FELDLAUFER ont pu isoler six virus sur des
reines d’abeilles, ce qui soulève la possibilité d’une transmission verticale d’une reine
infectée à sa descendance par contamination des œufs 2.
Une fois les cellules royales obtenues à partir des colonies sélectionnées, il faut assurer
la survie des reines jusqu’au début de la ponte. On place la jeune reine vierge dans un nucleus
de fécondation (ruchette 3 cadres) contenant 2 cadres de nourriture (miel et pollen) et 1 cadre
de couvain operculé (qui donnera de jeunes abeilles qui s’occuperont de la reine avant
- 138 -
l’éclosion de ses propres œufs). La ruchette doit être facilement défendable : entrée petite (1,3
cm de diamètre), cachée sous le rebord du toit (ouverture basse fermée) ou par de hautes
herbes ; les trous de ventilation sous le plancher sont protégés. Si la ruchette est placée dans le
rucher d’où proviennent les cadres, certaines des abeilles retourneront dans leur ruche
d’origine, il faut donc secouer les abeilles couvrant un cadre de couvain désoperculé (jeunes
ouvrières n’ayant jamais quitté la ruche) dans le nucleus de fécondation 2.
Les distances de vol pouvant être importantes, D.F. PEER indique des vols de
fécondations cumulés des deux sexes atteignant 16 km, les stations de fécondation (lieu où
doivent avoir lieu des accouplements contrôlés de reines d’abeilles) en milieu naturel doivent
être éloignées de tout rucher étranger de 10 à 12 km 2.
Pour obtenir des accouplements en « race pure », des ruchers de fécondation sont mis
en place :
• rucher abrité des mâles étrangers par le relief géographique (île située à plus de 10 km du
continent, vallée en montagne) 2 ;
• emmener les reines à féconder dans des zones où Apis mellifera mellifera a été identifiée
(zone où les ruchers sont peu nombreux ou ruches contrôlées dans un rayon de 10 km) et
où est réalisé un élevage de mâles ;
• élever des reines pour correspondre à des périodes de reproduction favorable à Apis
mellifera mellifera, tôt (les colonies sauvages non contrôlées essaiment tard) ou tard dans
la saison, par temps frais, venteux ou humide ; éviter les périodes de beaux temps pendant
lesquelles les mâles étrangers sont nombreux et où les rassemblements de mâles sont plus
importants et se font plus loin, ou maintenir enfermer faux-bourdons et reines pendant la
journée pour les relâcher après les heures normales de rassemblement.
- 139 -
Les travaux de l’équipe de L GARNERY qui montrent qu’il est possible de maintenir
des lignées noires dans un contexte fortement hybridé, les périodes de fécondation n’étant pas
tout à fait les mêmes, mettent en évidence l’existence d’une barrière reproductive, certes non
hermétique.
J.M. CORNUET propose l’utilisation des mutations ‘white eyes’ (yeux blanc) lors de
l’introduction d’un gène étranger à la population locale. Les faux-bourdons alors aveugles,
seront incapables de s’accoupler et d’entraîner l’apparition de métisses 2.
Cette technique est devenue courante dans certains groupes. Elle nécessite un
investissement important en matériel et sa réussite requiert une pratique importante et
régulière. Bien réalisée elle permet un succès comparable à celui obtenu lors de fécondation
naturelle.
Les faux-bourdons sont maintenus dans une cage de vol. La défécation rend le travail
plus propre et diminue les dangers d’infections. La cage doit être équipée d’une réserve
d’abeilles qui pourront nourrir les faux-bourdons à travers les mailles d’un grillage si les
mâles ne sont pas utilisés rapidement. La pression de l’abdomen entraîne l’éversion et
l’éjaculation. Le sperme est récupéré à l’aide d’une seringue d’insémination, une bulle d’air
sépare le diluant du sperme à l’intérieur du capillaire. La difficulté est de ne pas récolter de
mucus, qui entraîne des adhérences dans l’oviducte et la mort de la reine en quelques jours.
Quand la dose de 8 microlitres est atteinte (8 à 10 mâles), une petite goutte de diluant est
aspiré en ménageant auparavant une petite bulle d’air.
Une autre technique consiste à plonger les endophallus des mâles dans un diluant, dans
lequel sperme et mucus sont séparés par centrifugation. Elle permet un gain de temps
considérable (une seconde par mâle) et un mélange ainsi qu’une homogénéisation de la
semence d’une centaine de mâles (augmentation de la variabilité génétique).
La reine vierge, placée dans un tube de contention est anesthésiée à l’aide d’un
mélange de dioxyde de carbone et air. En effet, R. EBADI et N.E. GERY (1980) ont
remarqué que le dioxyde de carbone dilué à 75 % de concentration induit la formation des
œufs plus rapidement que chez des reines anesthésiée avec du dioxyde de carbone pur 2. Le
sperme est introduit à l’aide d’un fin capillaire dans l’oviducte médian après avoir écartée la
valvule vaginale. Le sperme passe progressivement dans le spermathèque au cours des heures
qui suivent l’insémination grâce aux mouvements conjugués des spermatozoïdes et des
organes génitaux de la reine. Ce processus dure 24 heures et dépend essentiellement de la
température, la reine doit donc être maintenue à la température du nid à couvain.
Pour induire la ponte, il faut deux traitements au dioxyde de carbone, qui remplace
les stimuli physiques et chimiques de l’accouplement naturel. La seconde anesthésie peut être
réalisée un jour avant ou après l’insémination.
Une grille à reine empêche toute sortie de la reine jusqu’au démarrage de sa ponte, une
semaine plus tard (5 à 8 jours).
- 141 -
4. Moyens d’aider les abeilles
Parmi les actions menées, celles consistant à placer des ruches dans les villes est
particulièrement originale. Les partenaires accueillent sur le toit de leur immeuble ou dans
leur jardin 6 à 8 ruches sur la base d’une convention de 3 ans renouvelable. La collecte du
miel est prise en charge par la fédération des apiculteurs. Chaque partenaire s'engage outre
l'accueil des ruches à médiatiser son engagement et à agir directement auprès du grand public
afin de sensibiliser le plus grand nombre à la démarche 2.
D'ici à 2012, l'UNAF vise l'objectif de convaincre 100 nouveaux partenaires français
mais aussi de faire rebondir la démarche par delà nos frontières en Europe. Pour atteindre ses
objectifs, l'UNAF souhaite profiter du Congrès international APIMONDIA (programmé en
septembre 2009 à Montpellier) 2.
- 142 -
4.2. Projets locaux
Les monocultures volontiers visitées par les abeilles telles le colza et le tournesol sont
à éviter à proximité immédiate. La flore sauvage a un rôle écologique important ; elle doit
être encouragée. On reconnaît aujourd’hui l’intérêt d’une couverture permanente des sols,
protection contre l’érosion due au vent et à la pluie. Grâce à son apport de matière organique,
elle participe à la formation de l’humus. Elle offre de plus le gîte et le couvert à une multitude
d’animaux 2.
En France, huit Parcs naturels régionaux sont également engagés dans ce dispositif
et travaillent à la mise en place de contrats et d'une animation « Prairies naturelles riches en
espèces » sur leur territoire 2.
- 143 -
La mesure expérimentale « Prairies fleuries » est basée sur la définition simple de
résultat agri-écologique à atteindre : le maintien de la richesse floristique des prairies
naturelles. Un contrat rémunéré 89€/ha/an est proposé aux agriculteurs qui souhaitent
s'engager dans le maintien de la biodiversité. Toutes les prairies naturelles riches en espèces
du Parc naturel régional du Massif des Bauges sont concernées, exceptées les surfaces
d'alpage. Le projet vise 1000 ha en 2008 et 3000 ha de prairies fleuries pour environ 220
contrats d'ici 2009 2.
4.2.2.Au rucher
• Favoriser des colonies puissantes, le chiffre moyen d’une colonie doit être aux environs
de 100 000 abeilles à son maximum, 60 000 étant le chiffre nécessaire à un bon hivernage
pour aboutir à 30 000 ou 40 000 au sortir de l’hiver. Plus une colonie est peuplée, plus elle
récoltera de miel, pour des conditions extérieures identiques. Il faudra donc tendre vers un
maximum de fécondité et renouveler régulièrement la reine 2.
• Remplacer fréquemment les reines et contrôler leur origine. Par exemple il est
conseillé de remplacer automatiquement la reine en cas de couvain sacciforme (maladie
du couvain d’origine virale) car certaines souches se révèlent plus enclines à contracter
cette affection que d’autres. La reine peut être directement responsable de l’apparition et
de la propagation de la maladie 22.
• Renouveler les rayons anciens ou irréguliers : le vieil adage « jeunes cires, jeunes
reines » permet non seulement de belles récoltes mais aussi d’éviter les désagréments dus
aux maladies 2.
• Eliminer les colonies « suspectes » : les traitements seront réservés aux colonies atteintes
mais demeurant fortes et actives. En détruisant les colonies faibles, on effectue une
sélection. La réunion des colonies faibles peut être la cause de l’expansion d’une maladie
dans un rucher 22.
• Visites régulières, brèves et accomplies aux bons moments de la journée : l’inspection
du rucher doit se faire en commençant par les ruches les plus actives, en supposant que les
fortes ne sont pas malades, pour finir par les colonies plus faibles. Ceci limite les risques
de contagion 2.
L’allure de la courbe des variations de poids varie d’un écosystème à un autre, mais
les modifications de leur forme dans un lieu donné peuvent être le signe d’un changement
climatique à long terme qui influe sur les plantes de la région.
Un réseau national de ruches équipées de balances indiquerait quand les floraisons ont
lieu et aiderait à mieux prédire comment plantes et pollinisateurs, aussi bien en agriculture
que dans l’écosystème naturel, s’adapteront ou ne s’adapteront pas à des changements
climatiques dans le futur.
Même si cela peut paraître paradoxal, les colonies d'abeilles vivent aujourd'hui mieux
en ville que dans certaines campagnes (absence de traitements, température légèrement
supérieure, enchaînement de floraisons souvent plus régulier).
Dans de très nombreuses régions, l'avenir des abeilles est en péril. Uniquement des
abeilles ?
- 146 -
CONCLUSION
- décrire les actions aujourd'hui menées pour la sauvegarde de cette sous-espèce et leur
importance ;
- sensibiliser le plus grand nombre aux dangers qui menacent la population apicole
française.
L’homme exploite l’abeille noire depuis le néolithique ; elle lui apporte de nombreux
produits aux propriétés très intéressantes mais participe surtout à la pollinisation de la flore
tant sauvage que cultivée. Ses qualités permettent une apiculture rentable et la sélection
permet d’améliorer certains caractères.
Certains insectes pollinisateurs ont déjà disparu. Pour la culture de la vanille par
exemple, l’homme est amené à effectuer la fécondation à la main ; et dans la région
himalayenne à la frontière de la Chine, le pollen de pommier est récolté à la main, préparé et
déposé manuellement sur le pistil des fleurs à l’aide d’une plume.
Le système agricole actuel devient vulnérable, faute d’une diversité des cultures : une
seule variété de riz remplacera-t-elle les centaines de variétés soigneusement sélectionnées et
adaptées à des conditions climatiques bien précises ?
Le risque est de perdre ainsi une variété résistante à une maladie encore inconnue qui
pourrait un jour décimer les cultures et affamer l’humanité.
- 147 -
On restaure des œuvres d’art. Mais quelle que soit leur valeur, la réalisation d’un tel
objet ne représente jamais qu’une brève période de la vie d’un individu. Une espèce est le
fruit de millions d’années d’évolution…
Qu’une lignée animale ou végétale s’éteigne et c’est un trésor qui disparaît, une source
de connaissances, une bibliothèque de gènes, un mystère de complexité et une part de notre
nature.
Les Norvégiens ont creusé un tunnel dans un glacier sur une île de l’océan Arctique ;
ils veulent y constituer une banque de gènes. Cette arche de Noé végétale sera capable
d’abriter jusqu’à trois millions de semences. En sera-t-on bientôt réduit à garder d’une
manière semblable un souvenir génétique de chaque espèce animale ?
L’abeille a la chance d’être défendue par l’homme qui l’exploite ; ce qui n’est pas le
cas des espèces sans valeur commerciale. Si l’homme est indéniablement le facteur de menace
principal, il a également le pouvoir de sauvegarder cet insecte qui lui est si utile.
Je me passionne pour l’abeille noire depuis quelques années ; les lectures et les
discussions n'ont pas manqué. Mon travail papier s'arrête ici mais je n'abandonne ni le sujet ni
le travail de terrain. La première chose que je mettrai dans mon jardin, ce seront quelques
ruches.
Comme l’a écrit Antoine de SAINT EXUPERY : « Nous n’héritons pas la terre de nos
parents. Nous l’empruntons à nos enfants »…
- 148 -
Liste des abréviations
ADN Acide désoxyribonucléique
cm centimètre(s)
g gramme(s)
ha hectare(s)
IgE Immunoglobuline E
IgG Immunoglobuline G
kcal kilocalorie(s)
kJ kiloJoule(s)
kg kilogramme(s)
km kilomètre(s)
Ma Millions d’années
mg milligramme(s)
mm millimètre(s)
pb paires de base
- 149 -
PCBs PolyChloroBiphényles
- 150 -
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ABEILLE NOIRE, APIS MELLIFERA MELLIFERA,
HISTORIQUE ET SAUVEGARDE
NOM : TOULLEC
Prénom : Astrid
Résumé :
La situation de l’abeille noire, Apis mellifera mellifera Linnaeus 1758, inquiète apiculteurs et
scientifiques. L’étude bibliographique des données historiques et des travaux de recherche
concernant les facteurs de dépérissement, la pollution génétique et les rôles de l’abeille
domestique, a permis de dresser un état des lieux. L’homme exploite l’abeille noire depuis le
néolithique ; elle lui apporte de nombreux produits aux propriétés très intéressantes mais
participe surtout à la pollinisation de la flore tant sauvage que cultivée. Ses qualités
permettent une apiculture rentable et la sélection permet d’améliorer certains caractères. La
protection de l’environnement et le contrôle de la pureté raciale des populations apiaires sont
indispensables si l’on veut sauvegarder cet animal.
Jury :
Président : Pr.
Directeur : Dr. MAILHAC
Assesseur : Dr. ARNE
Adresse de l’auteur :
Astrid TOULLEC
98 rue de la Bouteillerie
76610 LE HAVRE
DARK HONEY BEE, APIS MELLIFERA MELLIFERA,
HISTORY AND SAFEKEEPING
SURNAME : TOULLEC
Given name : Astrid
Summary :
The situation of the dark honey bee, Apis mellifera mellifera Linnaeus 1758, worries
beekeepers and scientists. Bibliographical study of historic data and of research works
concerning the factors of decay, the genetic pollution and the roles of the domestic honey bee,
allowed to draw up a current situation. The man runs the dark honey bee since the Neolithic,
it brings him numerous products with very interesting properties but it participates especially
in the pollination of the flora so wild as cultivated. Its qualities allow a profitable beekeeping
and selection allows to improve certain characters. The environmental protection and the
control of the racial purity of the honey bee’ populations are indispensable if we want to
protect this animal.
Jury :
President : Pr.
Director : Dr. MAILHAC
Assessor : Dr. ARNE
Author’s address:
Astrid TOULLEC
98 rue de la Bouteillerie
76610 LE HAVRE