Bioéthique
Bioéthique
BASE
DE BIOÉTHIQUE
SECTION 1 : SYLLABUS
PROGRAMME D’ÉDUCATION EN ÉTHIQUE
Secteur des sciences sociales et humaines
Division de l’éthique des sciences et des technologies
Introduction 3
2
INTRODUCTION
Contexte Le 19 octobre 2005, la Conférence générale de l’UNESCO, réunie en sa 33e session, a
adopté la Déclaration universelle sur la bioéthique et les droits de l’homme (ci-après dénom-
mée la Déclaration). Ce texte énonce un ensemble de principes de bioéthique qui ont
été arrêtés d’un commun accord par 191 États membres de l’UNESCO au terme d’un
intense processus de consultations et de formulations, auquel ont participé des experts
indépendants et gouvernementaux de toutes les régions du monde. Cet ensemble de
principes offre une plate-forme commune et universelle par laquelle une place grandis-
sante peut être faite à la bioéthique dans tous les États membres, et l’UNESCO a reçu la
mission de promouvoir, de diffuser et d’énoncer ces principes à toutes fins pratiques.
Le cours de base comprend deux sections. La Section 1 (le présent document) expose
le contenu de chaque module du programme, avec un énoncé des objectifs, le plan du
cours et le manuel de l’enseignant. La Section 2 contient les documents d’étude propo-
sés pour chacun de ces modules.
Comme son nom l’indique ce programme constitue une base : il définit ce qui devrait être
considéré comme le minimum (du point de vue du nombre d’heures d’enseignement
et du contenu) pour un enseignement adéquat de la bioéthique. Il se prête à une ap-
plication souple. Il invite aussi professeurs et étudiants à en élargir les approches et les
contenus dans diverses directions.
Objectifs Le cours de base s’articule autour d’objectifs pédagogiques. Chaque module s’ouvre par
l’indication d’objectifs spécifiques. Si l’accent est placé sur eux, ce n’est pas seulement
parce qu’ils servent à déterminer les contenus de chaque module. C’est aussi parce qu’ils
constituent le point de départ de l’évaluation du programme et de celle des étudiants.
Groupes cibles Les étudiants en médecine sont le premier groupe cible du cours de base. L’enseignement
devrait être dispensé avant la fin de la phase clinique de la formation des étudiants.
Même si le cours de base peut être présenté au cours de la phase pré-clinique, il sera
probablement plus efficace pour les étudiants qui sont en phase clinique. Ceux-ci en
effet auront auront expérimenté la nécessité d’une réflexion éthique, ils reconnaîtront
plus aisément la dimension éthique des cas et des problèmes.
De nos jours, l’enseignement de la bioéthique occupe également une place dans d’autres
cycles d’études – soins infirmiers, sciences liées aux soins de santé, odontologie et santé pub-
lique, par exemple. Il est dispensé aux étudiants en droit, en philosophie et en sciences social-
es. Le cours de base s’adresse aussi à eux. Il les familiarisera avec les aspects fondamentaux de
la bioéthique d’aujourd’hui, et avec les principales questions qui se posent dans ce domaine.
Les étudiants impliqués dans des recherches centrées sur les êtres humains devraient
recevoir une formation plus poussée que celle du cours de base.
3
COURS DE
BASE
DE BIOÉTHIQUE
Le cours de base ne doit cependant pas être considéré comme un cours complet de
bioéthique. Il faut reconnaître que son contenu n’englobe pas nécessairement tous les
aspects de la bioéthique. Les questions traditionnelles qui n’y ont pas été incorporées
pourraient être abordées dans le cadre du programme en tant qu’exemples pertinents
pour un ou plusieurs des principes de la Déclaration. De plus, le nombre des heures
proposées pour chaque module devrait être considéré comme un minimum. Il serait
préférable que les enseignants ne jugent pas suffisant le temps indiqué et s’emploient
à dégager davantage d’heures pour leur enseignement. Même si l’UNESCO a veillé à
ce que le cours ait égard aux différents contextes sociaux, culturels et économiques, il
faut souligner que les enseignants doivent choisir avec discernement les méthodes à
employer pour en transmettre le contenu, en sélectionnant les documents fournis qui
sont pertinents ou en en recherchant d’autres disponibles ailleurs. Le cours de base est
donc conçu comme un programme minimum d’enseignement de la bioéthique, suscep-
tible d’être enrichi, étendu et appliqué de manière flexible selon les contextes où il est
enseigné. Il n’impose pas tel ou tel modèle d’enseignement, mais se veut source d’idées
et de suggestions pour aborder l’enseignement de la bioéthique.
∆ Flexibilité
Les enseignants sont encouragés à concevoir, autour des modules du programme, des
unités supplémentaires axées sur des questions traditionnelles ou d’autres sujets per-
tinents, sans perdre de vue que tous les modules devraient être traités, et que chacun
devrait se voir consacrer, à tout le moins, le temps minimum recommandé. L’ordre des
modules peut et devrait être adapté selon le choix pédagogiques du professeur. Il est à
noter cependant que les modules suivants devraient être traités conjointement si l’on
veut respecter la logique du programme : modules 1 et 2 ; modules 5, 6 et 7 ; modules
13, 14 et 15 ; modules 16 et 17. Selon la structure de l’enseignement universitaire, cela
peut signifier que certains modules du cours de base seront enseignés aux premiers
stades du cursus universitaire, et d’autres ultérieurement. La mise en œuvre du cours
de base peut s’accommoder de nombreuses variantes, dès lors que les relations voulues
entre les modules et la cohérence de ces derniers sont préservées. Il appartient à chaque
école et à chaque université de consacrer des heures additionnelles à l’application du
cours de base, et de décider comment et à quel niveau celui-ci devrait être intégré au
programme universitaire.
Les enseignants devraient avoir à l’esprit que le cours de base vise à leur permettre de
conduire les étudiants à réfléchir aux dimensions éthiques de la médecine, des soins
de santé et des sciences ainsi qu’à leurs rapports avec les droits de l’homme, et que la
Déclaration aborde la bioéthique en allant plus loin que l’approche individuelle qui
est ordinairement celle de l’éthique, et en élargit la portée pour inclure des questions
sociales et collectives. Il convient enfin de souligner que, même si un cours dédié de
bioéthique est important et nécessaire, l’éthique doit, dans toute la mesure du possible,
être enseignée à travers tout le cursus universitaire.
4
Introduction
Méthodes Comme avec tout autre cours universitaire, celui de bioéthique demande à être évalué.
d’évaluation Son évaluation devra être double :
∆ Évaluation du cours
D’autres méthodes d’évaluation pourront être suggérées à l’avenir, selon les résultats de
l’évaluation du cours de base.
Observations et
remarques des À mesure qu’ils adaptent le cours de base au contexte pédagogique et à leur style
d’enseignement, les professeurs sont invités à faire connaître les unités additionnelles
enseignants qu’ils ont mises au point autour des modules centraux du programme, ainsi que les
documents et matériels d’étude supplémentaires qu’ils jugent utiles. Ils sont également
encouragés à communiquer leurs observations et remarques sur le cours de base, afin
de permettre à l’UNESCO de l’améliorer.
5
COURS DE
BASE
CONTENU DU COURS DE BASE
DE BIOÉTHIQUE
MODULE 7 Personnes dépourvues de la capacité de donner leur consentement (Article 7)** 2 heures
Total: 30 heures
Note relative au contenu (1 heure = 60 minutes)
* Les modules 1 et 2 sont indissociables.
** Les modules 5, 6 et 7 sont indissociables.
*** Les modules 13, 14 et 15 sont indissociables.
**** Les modules 16 et 17 sont indissociables.
6
OBJECTIFS PEDAGOGIQUES DU COURS
Objectifs généraux
7
COURS DE
BASE
Qu’est-ce que l’éthique ?
DE BIOÉTHIQUE
MODULE 1
Objectifs
d’apprentissage Les étudiants devront être capables :
du module
de reconnaître et de distinguer ce qui fait qu’une question est
spécifiquement éthique
Plan du cours
b Le monde de l’éthique
c L’expérience universelle du devoir
d L’expérience morale est universelle, mais certaines perceptions et appréciations morales varient
e Universalité et variabilité de la morale humaine
f Affirmations morales
b Le monde de l’éthique
Au cours de son développement à travers l’histoire, l’éthique en tant que discipline a fait
l’objet de différentes approches. Aucune d’elles n’a, à ce jour, rencontré l’assentiment
général. Il existe des systèmes éthiques qui s’organisent autour de notions de droit positif,
de devoir, d’obligation, de vertu, de bonheur, de principes, de conséquences, etc. Pour
essayer de saisir ce que chacune de ces approches peut apporter, il convient de com-
mencer par analyser l’expérience morale universelle des êtres humains. Si l’on procède
de la sorte, deux concepts se révèlent fondamentaux : ceux de ‘valeur’ et de ‘devoir’. On
peut identifier des valeurs dans tous les peuples ettoutes les sociétés et, souvent, elles les
caractérisent de manière unique. Aussi les valeurs – qui sont promues par les religions,
les traditions culturelles, l’histoire, etc. – sous-tendent-elles cette discipline qu’on ap-
pelle l’éthique. Les valeurs sont sous-jacentes à nombre d’autres concepts moraux qui en
dérivent, tels que principes, normes, lois, vertus, etc. L’un des objectifs les plus importants
de l’éthique est l’analyse intellectuelle des valeurs et des conflits de valeurs, afin de définir
nos devoirs. Et les devoirs font toujours intervenir les valeurs qui en jeu dans chaque situ-
ation particulière, qu’ils promeuvent autant que possible.
d L’expérience morale est universelle mais certaines perceptions et appréciations morales varient
Par exemple, la morale n’a cessé d’évoluer tout au long de l’histoire de l’humanité. Les
valeurs morales varient suivant le lieu où nous vivons, la langue que nous parlons, la culture
ou la religion que nous pratiquons. Demander aux étudiants de donner des exemples.
f Affirmations morales
Les êtres humains expriment, communiquent et échangent des expériences humaines
par le langage. Les affirmations sont des jugements, des propositions ou des déclara-
tions qui confèrent certains prédicats à des sujets.
9
COURS DE
BASE
DE BIOÉTHIQUE 2 La nature des jugements moraux
a Trois sortes de phrases
i Le Mahatma Gandhi mesurait 1m50.
ii Le Mahatma Gandhi était aimable.
iii Le Mahatma Gandhi était bon.
Il y a, dans l’histoire de l’éthique, deux grands groupes de penseurs qui ont des visions
différentes des affirmations morales selon qu’ils tiennent que la phrase (iii) ressemble
plus à la phrase (i) ou à la phrase (ii).
Un groupe voit les passions et les émotions comme l’élément clé des affirmations
morales, qui se rapprochent donc beaucoup de l’affirmation (ii). La possibilité qu’aucun
accord ne puisse être atteint par simple application de la raison est donc prise très
au sérieux. Cette approche cependant ne tient pas compte du fait qu’il y a des limites
logiques aux sentiments qui sont pertinents pour les affirmations morales. On a remar-
qué que, pour éprouver un sentiment de fierté, il ne suffit pas de le vouloir. Il faut bien
plutôt se remémorer quelque réalisation ou manifestation dont il y a lieu d’être fier. De
même, nous ne pouvons éprouver ce sentiment moral qu’est la honte sans nous rap-
peler quelque événement peu glorieux de notre existence.
On a aussi signalé qu’aucune règle de conduite ne peut être considérée comme un
principe moral si elle n’est pas rattachée à un groupe de concepts tels que le respect,
la sincérité, la fierté, l’ostentation, le dommage, le bienfait, etc. Ces limites logiques
10
MODULE 1
font que les affirmations morales semblent se rapprocher de la phrase (i). Mais si l’on
mettait trop en avant cette analogie, cela voudrait dire que tous les désaccords moraux
pourraient être résolus par le recours à ces principes et critères. Or, s’il n’y avait pas de
valeurs morales, il n’y aurait pas de problèmes moraux, car ces derniers sont le produit
des tensions qui se créent entre ces valeurs dans certaines situations. Néanmoins, la
raison a un rôle à jouer dans la réflexion morale car les limites logiques que nous avons
évoquées doivent être respectées. Bien souvent, la réflexion raisonnable facilitera la
réalisation d’un accord, mais on ne peut simplement pas le garantir.
L’éthique est une discipline à la fois théorique et pratique. Le langage de l’éthique ren-
voie à des devoirs et des valeurs. Un des buts de l’éthique est de déterminer la bonne
décision et, pour ce faire, il faut procéder étape par étape et analyser d’abord les faits,
puis les valeurs en jeu et enfin les devoirs.
11
COURS DE
BASE ii Détermination du problème principal
DE BIOÉTHIQUE
Après avoir identifié tous les problèmes éthiques soulevés par le cas considéré, nous de-
vons choisir celui qui fera l’objet des prochaines étapes de l’analyse. Il faut discuter les
problèmes un par un. Ce n’est qu’après avoir discuté d’un problème que l’on pourra en
aborder un autre et ainsi de suite. Si on mélange différents problèmes, il sera impossible de
parvenir à une conclusion. En tout état de cause, nous estimons que le problème à aborder
en premier doit être, bien entendu, celui soulevé par la personne qui a présenté le cas lors
de la première étape. C’est le problème principal, pour elle en tout cas, et notre devoir dans
l’immédiat est de l’aider à prendre une décision avisée. Il se peut que le problème soulevé
par cette personne soit mineur par rapport à d’autres problèmes moraux soulevés par le cas
considéré. Il se peut alors que la solution des problèmes majeurs fasse purement et simple-
ment disparaître le problème initial. Ainsi, un médecin pourrait estimer que la question est
de savoir s’il faut ou non choisir pour un patient un traitement plus coûteux, alors que le
problème majeur est qu’il n’a pas cherché à savoir si le patient veut ou non se faire soigner.
C’est pourquoi nous devons analyser le problème soulevé par la personne qui a présenté le
cas, et, s’il y a lieu, les autres problèmes dont dépend sa solution.
12
MODULE 1
Notre premier devoir moral est de tenter de respecter toutes les valeurs en jeu dans
toute la mesure du possible. Idéalement, il nous faut trouver un moyen de sauver la vie du
patient sans faire fi de ses croyances religieuses. En d’autres termes, nous devons examiner
de près notre idée initiale que nous sommes aux prises avec un véritable dilemme. Il existe
de nombreuses manières de respecter les deux valeurs en pareil cas. Ainsi, quelque 12 %
des témoins de Jéhovah n’adhèrent pas pleinement à la doctrine de la Watchtower Society
concernant le sang. Une solution intermédiaire consisterait donc à évaluer les convictions
personnelles des patients témoins de Jéhovah quant à l’utilisation du sang et des produits
dérivés. Certains d’entre eux les acceptent, sous certaines formes. S’il apparaît que notre
patient est fermement opposé à la transfusion, il existe d’autres solutions. L’une d’elle est
le recours à des techniques chirurgicales dans lesquelles le sang n’intervient pas. Une autre
consiste à utiliser des substituts de la transfusion, comme les expanseurs du volume sanguin
et les thérapies à base d’oxygène (Perftec, Hemopure, Oxygent, PolyHeme, Perfloran). Autre
possibilité encore : éviter l’emploi du sang ou de tout substitut à moins que la nécessité
ne s’en fasse réellement jour. Ainsi, dans le cas à l’étude, les exigences éthiques apparem-
ment contradictoires pesant sur le clinicien peuvent toutes deux être satisfaites. En ne ré-
fléchissant pas à ces questions, le praticien pourrait faire beaucoup de tort au patient, quelle
que soit celle des deux options apparentes qu’il choisisse.
13
COURS DE
BASE
DE BIOÉTHIQUE
e Cinquième étape : conclusion
Le résultat souhaité de ces activités de réflexion est l’adoption de décisions avisées.
La sagesse pratique, l’art de parvenir à des décisions réfléchies, est la vertu morale par
excellence. Des décisions réfléchies n’emportent pas nécessairement l’adhésion uni-
verselle. Des personnes sérieuses et responsables peuvent être en désaccord sur des
questions éthiques. Cependant, il a été dit que la vie sans réflexion ne vaut pas la peine
d’être vécue et, dans le domaine de la médecine, il est certainement vrai que la vie sans
réflexion morale est déplorable.
14
MODULE 2
Plan du cours
1 La naissance de la bioéthique
a L’invention du mot ‘bioéthique’
b La bioéthique, une passerelle entre les faits et les valeurs
c La bioéthique par opposition à l’éthique médicale
d La conception de Potter
e La bioéthique, éthique mondiale
15
COURS DE
BASE
DE BIOÉTHIQUE 4 Les comités d’éthique
a Dans le passé, les conflits d’ordre moral étaient rares
b Aujourd’hui, de nombreux principes doivent être respectés et ils sont souvent contradictoires
c L’apparition de conflits n’est pas un mal
d L’objectif principal de la bioéthique est de gérer les conflits d’ordre moral
e Pour atteindre cet objectif, la bioéthique fait appel à la discussion
f Les ‘comités de bioéthique’, cadres de réflexion
g Les différents types de comités
h Les comités d’éthique ne sont pas des tribunaux
5 Le professionnalisme médical
a L’éthique professionnelle
b L’évolution de l’éthique médicale
c L’objectif immuable de l’éthique professionnelle
d Les professionnels visent l’excellence
Manuel de
l’enseignant
1 La naissance de la bioéthique
a Le mot ‘bioéthique’ est relativement nouveau. Il a été introduit en 1970 par un bio-
chimiste, Van Rensselaer Potter, qui voulait appeler l’attention sur le fait que la science
avait progressé à grands pas sans qu’une attention suffisante ait été prêtée aux valeurs.
Pendant un certain temps, le terme a été associé à la volonté de relier faits scientifiques
et valeurs dans le domaine de l’environnement. Il a acquis aujourd’hui une significa-
tion plus générale, englobant l’éthique médicale ou, plus généralement, l’éthique des
soins de santé. L’histoire offre quelques exemples de travaux de réflexion sur l’éthique
de la médecine, mais la bioéthique a donné naissance à plusieurs sous-disciplines
ces dernières décennies. Leur développement a été stimulé à la fois par l’exploitation
d’êtres humains dans le cadre de la recherche médicale, qui a pris des formes extrêmes
au cours de la Seconde Guerre mondiale, et par l’apparition de technologies médicales
qui interrogent des valuers communément admises admises.
b Potter a conçu cette nouvelle discipline, la bioéthique, comme une ‘passerelle’ entre les
‘faits’ et les ‘valeurs’. Selon lui, durant la seconde moitié du XXe siècle, le savoir et les
moyens techniques dans le domaine des sciences de la vie n’avaient cessé de se dével-
opper, alors que la réflexion sur les valeurs en jeu n’avait pas progressé dans la même
mesure. Potter dit qu’il a formé le mot bioéthique en associant deux mots grecs, bíos,
la vie, qui représente la réalité du vivant et les sciences de la vie, et éthos, la morale, qui
renvoie à des valeurs et des devoirs.
c Une profession qui, depuis des millénaires, s’est occupée de la vie, en particulier de la
vie humaine, est la médecine. Mais aujourd’hui, nombreuses sont les disciplines scien-
tifiques et les professions qui interviennent dans ce domaine. Par conséquent, il ne faut
pas confondre la bioéthique avec l’éthique médicale, qui n’est qu’une de ses branches.
Le champ de la bioéthique est aussi vaste que les phénomènes de la vie, et son étude
est divisée en de nombreux domaines, chacun ayant sa spécificité propre : la bioéthique
écologique ou environnementale, la bioéthique médicale, la bioéthique clinique.
16
MODULE 2
d L’idée de Potter, et celle de la bioéthique en général, est que tout ce qui est technique-
ment possible n’est pas forcément moralement juste, et que nos interventions dans la
nature et dans l’environnement, sur les animaux et sur les êtres humains, doivent être
soumises à un certain contrôle. L’avenir de la vie et de l’humanité est en jeu.
b Nous considérons la santé comme une valeur positive, comme un bien, et la mala-
die comme une valeur négative, comme un mal. On a coutume aujourd’hui d’assimiler
la santé au bien-être. C’est là l’idée centrale de la définition de la santé donnée par
l’Organisation mondiale de la santé (voir module 4). De nos jours, les gens se pensent
malades lorsqu’ils ne ressentent pas un bien-être total, même en l’absence de modifica-
tions biologiques. Du fait de cette nouvelle conception de la santé, les valeurs ont une
importance accrue dans les notions de santé et de maladie.
3 Principes de bioéthique
a Les médecins et autres personnels soignants sont appelés à prendre des décisions con-
cernant la santé de leurs patients. Nombre des faits qu’ils prennent en considération
comportent des valeurs – celui, par exemple, qu’un état donné génère des souffrances ou
menace l’existence du patient, ou qu’il nuit de quelque autre manière à son bien-être.
17
COURS DE
BASE vi Respect de la vulnérabilité humaine et de l’intégrité personnelle
DE BIOÉTHIQUE
vii Vie privée et confidentialité
viii Égalité, justice et équité
ix Non-discrimination et non-stigmatisation
x Respect de la diversité culturelle et du pluralisme
xi Solidarité et coopération
xii Responsabilité sociale et santé
xiii Partage des bienfaits
xiv Protection des générations futures
xv Protection de l’environnement, de la biosphère et de la biodiversité
c Au cours de l’histoire, beaucoup de ces principes n’ont pas été respectés. Par exemple,
les médecins avaient coutume de prendre les décisions cliniques en appliquant leurs
propres valeurs, sans tenir compte de celles des patients. Ils estimaient qu’en leur qual-
ité d’experts, c’étaient eux qui savaient le mieux ce qui était bon pour leurs patients, tout
comme les parents savent ce qui est le mieux pour leurs enfants. Cetta approche a été
historiquement appelée paternalisme, et est de nos jours considérée comme inadaptée.
e Les professionnels doivent respecter les valeurs des patients. Mais dans certains cas,
ces valeurs ne peuvent pas être respectées par les médecins, parce qu’elles contredisent
d’autres principes bioéthiques. Le précepte : ‘Tu ne nuiras point’ exprime l’un des devoirs
fondamentaux des professionnels de la santé. Les interventions médicales comportent
des risques et des effets secondaires importants et il n’est pas rare qu’elles soient nocives.
L’essentiel est donc de trouver un équilibre entre les bénéfices et les risques pour déter-
miner si une procédure médicale est dommageable ou non. Les principes moraux portant
les numéros (ii), (ix) et (xv) dans la liste fixent une limite à l’autonomie des patients.
f Le principe de l’équité dans l’accès aux soins de santé et la distribution des ressources
est une autre limite aux valeurs des patients. Les progrès technologiques croissants de
la médecine augmentent le coût des soins de santé au point que la plupart des gens ne
peuvent plus y faire face. Il s’ensuit une autre série de problèmes moraux, tous en rap-
port avec la justice, le droit aux soins de santé et la distribution équitable de ressources
rares. Les principes moraux qui traitent de ces questions portent les numéros (viii), (ix),
(x), (xi), (xii), (xiv) et (xv).
g Nous avons le devoir moral non seulement de ne pas nuire aux autres, mais aussi de
les aider et de leur faire du bien. Cela est particulièrement important dans le cas des
professionnels de la santé étant donné que leur objectif est de faire de leur mieux
pour aider les malades. Ce principe a toujours été au cœur de l’éthique médicale, mais
aujourd’hui les professionnels ne peuvent déterminer à eux seuls ce qui est bénéfique
ou non pour les patients ; la décision appartient aussi, et principalement, aux patients.
Ne pas en tenir compte, c’est faire du paternalisme. Agir de la manière dénuée de pa-
ternalisme la meilleure possible, voilà la nouvelle interprétation des principes moraux
portant les numéros (ii), (v) et (xiii).
18
MODULE 2
4 Les comités d’éthique
a La situation dans le domaine des soins de santé n’a jamais comporté autant de con-
flits potentiels qu’aujourd’hui. L’éthique médicale traditionnelle fonctionnait selon le
principe moral de la bienfaisance et de la non-malfaisance, compris de façon paternal-
iste. Le professionnel était seul à prendre une décision, et la bienfaisance et la non-
malfaisance constituaient les seuls principes moraux à respecter. La possibilité d’un
conflit moral était donc très distante.
b En revanche, des valeurs et des principes moraux différents interviennent dans chaque
situation spécifique, entrant souvent en conflit les uns avec les autres. Il y a des conflits
potentiels entre chacun d’eux.
c Le nombre de conflits n’est pas lié à la moralité d’une société, ou d’une profession. En
fait, les conflits apparaissent quand les gens ont le droit de décider et de prendre part
au processus de décision. Quand une seule personne détient le pouvoir de décision et
que l’unique devoir moral des autres est d’obéir, les conflits sont pratiquement impos-
sibles. Les conflits font partie de la vie humaine, et ils sont plus fréquents à mesure que
le respect de la liberté humaine et de la diversité morale augmente.
d Le problème tient non pas à l’existence de conflits, mais à la volonté de les reconnaître
et de les résoudre. C’est là l’objectif principal de la bioéthique : former les gens à la
gestion des conflits d’ordre moral de façon qu’ils prennent des décisions judicieuses et
améliorent ainsi la qualité des soins de santé.
e À cette fin, la bioéthique fait appel à la délibération pour aborder les conflits moraux
et y réfléchir. Cette procédure permet de travailler individuellement, surtout quand les
problèmes ne sont pas trop complexes. Mais quand les conflits présentent des difficul-
tés, ou mettent en cause de nombreuses parties, le débat doit être collectif.
f Il existe quelques domaines, en dehors de la prise des décisions relatives aux traite-
ments, où des organismes de bioéthique spéciaux ont été créés pour incorporer le re-
spect des valeurs dans la régulation sur les soins de santé. C’est l’origine de ce qu’on
appelle les ‘comités de bioéthique’. Ce sont des organes de réflexion mis en place pour
permettre de prendre des décisions avisées et formuler des recommandations quant
aux grandes orientations à suivre. Il existe différents types de comités d’éthique, comme
l’indiquent les guides de l’UNESCO Établir des comités de bioéthique et Les comités de
bioéthique au travail : procédures et politiques :
i comités chargés de la formulation des politiques et/ou consultatifs (CNE)
ii comités de bioéthique d’associations de professionnels de la santé (CPS)
iii comités d’éthique des soins/d’éthique hospitalière (CEH)
iv comités d’éthique de la recherche (CER)
h Les CEH ne sont pas des organes judiciaires dont la responsabilité est de sanction-
ner les comportements répréhensibles et d’imposer des mesures disciplinaires. C’est
là une des différences majeures entre les comités d’éthique et les tribunaux. Le but de
l’éthique n’est pas de faire concurrence au droit, mais de favoriser la prise de décisions
avisées et l’excellence professionnelle. La bioéthique ne cherche pas ce qui est con-
forme d’un point de vue juridique, mais ce qui est le mieux d’un point de vue humain.
Son but est de promouvoir les meilleurs choix possibles.
19
COURS DE
BASE
DE BIOÉTHIQUE
5 Le professionnalisme médical
c Mais une chose est demeurée inchangée dans l’éthique professionnelle tout au long
son histoire : le devoir moral des professionnels, non seulement de ne pas nuire, mais
aussi de faire ce qui est le mieux pour les patients. C’est un des objectifs fondamentaux
des codes de conduite que chaque professionnel est tenu de respecter.
d Les professionnels doivent viser l’excellence. Ils ont entre leurs mains ce que les gens ont
de plus précieux, la vie et la santé, et leur devoir est de faire ce qui est le mieux pour eux.
Au début de l’Éthique à Nicomaque, Aristote écrit ce qui suit : ‘S’il y a, de nos activités,
quelque fin que nous souhaitons par elle-même, et les autres seulement à cause d’elle, […] il est
clair que cette fin là ne saurait être que le bien, le souverain bien. N’est-il pas vrai dès lors que,
pour la conduite de la vie, la connaissance de ce bien est d’un grand poids et que, semblables
à des archers qui ont une cible sous les yeux, nous pourrons plus aisément atteindre le but qui
convient’. (Éthique à Nicomaque, l 1: 1094 a 18–26)
20
MODULE 3
Plan du cours
1 Les concepts de dignité dans l’histoire des idées
a L’Antiquité classique
b Les traditions religieuses dans le monde
c La philosophie moderne
d Le droit humanitaire contemporain
i La Déclaration universelle des droits de l’homme
ii La Convention européenne sur les droits de l’homme et la biomédecine (Conseil de l’Europe)
4 La dignité et les droits d’une personne obligent les autres à la traiter avec respect.
21
COURS DE
BASE
DE BIOÉTHIQUE b Le traitement des enfants, des personnes âgées et des personnes souffrant d’un handicap mental
c Les soins palliatifs apportés aux patients en phase terminale ou dans un ‘état végétatif’
d Le traitement des embryons et des fœtus
Manuel de
l’enseignant
d Dans le droit international contemporain, dans les constitutions nationales et dans d’autres
textes normatifs, le concept de dignité humaine est étroitement lié aux droits de l’homme.
i Selon l’article premier de la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948) :
‘Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits’. La Décla-
ration fonde des droits (comme celui de ne pas être soumis à la répression ou la
liberté d’expression et d’association) sur la dignité inhérente à tout être humain.
ii Dans son article premier, la Convention européenne sur les droits de l’homme et la
biomédecine définit son objectif principal comme ‘la protection de la dignité et
l’identité de tous les êtres humains’ et ‘garantit à toute personne, sans discrimina-
tion, le respect de son intégrité et de ses autres droits et libertés fondamentales à
l’égard des applications de la biologie et de la médecine’.
b Tous les êtres humains sont égaux en dignité sans distinction de sexe, d’âge, de statut
social ou d’appartenance ethnique.
22
MODULE 3
d Les sociétés et les communautés doivent, en vertu de la notion de dignité humaine, respecter
chacun de leurs membres en tant que personne ou agent moral. Cette notion exige en outre
que les intérêts et le bien-être de l’individu soient considérés comme passant avant le seul
intérêt de la société, de la communauté ou de toute activité publique salutaire. L’accent placé
sur l’expression ‘le seul intérêt de la science ou de la société’ est important : il implique que du
fait de sa dignité humaine, l’individu ne doit jamais être sacrifié au nom de la science (comme
cela a été le cas lors d’expériences médicales conduites pendant la Seconde Guerre mondiale)
ou de la société (comme cela s’est produit dans les régimes totalitaires). Mais le terme ‘seul’
sous-entend en outre qu’il peut exister des circonstances exceptionnelles dans lesquelles
l’intérêt des autres, voire de la communauté tout entière, est à ce point important qu’il rend
inévitable les atteintes aux intérêts d’individus, dans le but de sauver d’autres personnes ou
l’ensemble de la communauté, en cas, par exemple, de menace de pandémie mortelle.
3 D’un point de vue comparatif, la notion de dignité humaine prend des formes différ-
entes dans des traditions culturelles et éthiques différentes (par exemple confucéenne,
judéo-chrétienne, musulmane), et est diversement respectée selon le type de société (tra-
ditionnelle, moderne, totalitaire, démocratique). Elle est moins respectée dans les sociétés
totalitaires, et davantage dans les sociétés modernes et démocratiques. Quelles que soient
les variantes culturelles, confessionnelles et politiques, la dignité humaine est universel-
lement fondée sur la conscience que la personne a d’elle-même et sur la nécessité de la
traiter avec le respect qui lui est dû. Comme le souligne la Déclaration, la prise en compte
de la diversité culturelle ne saurait être « invoquée pour porter atteinte à la dignité hu-
maine, aux droits de l’homme ou aux libertés fondamentales’ (voir article 12).
b L’inégalité de statut entre soignant et patient peut être accrue dans les cas particuliers
où le patient est un enfant, une personne handicapée ou une personne âgée. Les cas de
patients mentalement handicapés sont particulièrement risqués.
c Une attention particulière à la dignité humaine et aux droits de l’homme s’impose lorsque des
soins palliatifs sont dispensés à des patients en phase terminale ou dans un ‘état végétatif’.
d Bien qu’il n’y ait pas de consensus sur l’éthique ou le statut juridique de l’embryon ou
du fœtus, que ce soit dans la communauté scientifique ou dans la population en général,
les fœtus doivent être traités avec respect et attention.
Les principes définis dans les articles 4 à 15 de la Déclaration universelle sur la bioéthique et les
droits de l’homme offrent un cadre adapté pour le respect de la dignité et des droits des patients et
pour clarifier le contexte spécifique des droits de l’homme dans le domaine de la bioéthique.
23
COURS DE
BASE
Effets bénéfiques et effets nocifs (Article 4)
DE BIOÉTHIQUE
MODULE 4
Objectifs
d’apprentissage
du module Les étudiants devront être capables :
d’identifier les effets nocifs et les effets bénéfiques dans les contextes
de soins de santé
Plan du cours
1 Qu’est-ce qu’un effet bénéfique pour la santé ?
a Problèmes qui se posent pour déterminer ce qui constitue un bénéfice de santé ; celui-ci ne s’apprécie
pas toujours en relation avec un état pathologique
b Une conception étroite de la santé
c La définition de la santé selon l’OMS : une solution possible à ces problèmes
3 Comment évalue-t-on dans la pratique les effets bénéfiques et les effets nocifs ?
a Les différents aspects de la mise en balance des effets bénéfiques et des effets nocifs pour un patient donné
b Importance de ces différents aspects pour les choix thérapeutiques
Manuel de
l’enseignant
1 Qu’est-ce qu’un effet bénéfique pour la santé ?
a Commencer par analyser les différentes interprétations du terme ‘effet bénéfique’ (bénéfice de
santé) proposées par les étudiants. Plusieurs possibilités peuvent être mentionnées :
i soulagement de la douleur
ii soins
iii prévention des maladies, des états pathologiques, du handicap
iv santé
v amélioration physique
vi bénéfice psychologique
24
MODULE 4
À première vue, l’identification des besoins de santé ne paraît pas poser de problèmes.
Nous ne connaissons tous que trop bien les raisons qui nous poussent habituellement
à consulter notre médecin. Il peut s’agir d’une douleur inexpliquée ou d’un essouf-
flement, ou encore, tout simplement, nous ne nous sentons pas du tout en forme et
n’avons aucune énergie pour faire quoi que ce soit. Nous attendons de notre médecin
qu’il ou elle diagnostique un problème d’ordre pathologique, qu’il soit mineur ou grave.
Le patient s’entend dire qu’il a une infection, ou que son état requiert des examens plus
poussés, un travail d’investigation sophistiquée qui vise à déterminer s’il est en train de
développer une tumeur maligne, un rhumatisme articulaire, un ulcère à l’estomac ou
autre chose encore. Lors de la conduite de ces examens, les médecins se réfèrent à une
classification normalisée des pathologies. Aussi est-il tentant de conclure qu’être en
bonne santé, c’est ne souffrir d’aucune des maladies répertoriées dans cette liste, et qu’à
l’inverse, être en mauvaise santé, c’est être atteint d’une ou plusieurs de ces affections.
Une fois qu’on a établi l’état pathologique d’une personne, on a également identifié,
peut-on penser, ses besoins de santé. L’absence de maladie semble impliquer l’absence
de besoins de santé et, partant, l’absence de bénéfices de santé potentiels ; la présence
de la maladie implique un besoin de traitement et la possibilité d’un traitement, menant
soit à la guérison, soit à une palliation des effets de la maladie, l’une comme l’autre étant
considérée comme un bénéfice de santé.
Aussi logique qu’il paraisse, ce raisonnement ne rend compte que d’une partie de la vérité.
Une observation superficielle de l’exercice de la médecine est suffisante pour constater que
des bénéfices de santé sont également accessibles à des personnes ne souffrant d’aucune
maladie. Il peut s’agir de traitements prophylactiques ou de programmes de prévention
d’une maladie, telle la vaccination contre la coqueluche. Le fait d’être prémuni contre une
maladie constitue incontestablement un bénéfice de santé. En fait, selon des économistes
de la santé, il s’agit même là des formes de bénéfices de santé les moins coûteux à réaliser. La
plupart des gens préféreraient en outre que leur praticien leur permette d’éviter la maladie,
au lieu d’avoir à la traiter lorsqu’elle se manifeste. Cela ne nous éloigne guère, cependant,
du modèle de santé axé sur la maladie, dans la mesure où, selon cette définition élargie, les
bénéfices de santé restent liés au traitement ou à la prévention de la maladie.
Si l’on examine plus avant la pratique des soins de santé, on s’aperçoit que certains
états non pathologiques relèvent également de la médecine et de la chirurgie. L’exemple
le plus flagrant est le traitement de dysfonctionnements corporels résultant d’un trauma-
tisme, telles une fracture à la jambe ou une lésion cérébrale. Restaurer le bon fonction-
nement physique en traitant les effets d’événements non pathologiques fait clairement
partie du domaine des soins de la santé. Mais, après de tels événements, les soins dispen-
sés par les professionnels de la santé peuvent aller bien au-delà de la restauration de fonc-
tions corporelles normales. Quand cette restauration s’avère impossible, les personnels
soignants peuvent encore procurer quelque bénéfice de santé aux personnes souffrant de
troubles fonctionnels. Ainsi, le fait d’équiper d’une prothèse une personne ayant perdu
une jambe ou un bras dans un accident ne contribue en rien à restaurer son fonction-
nement corporel normal ni à traiter ou réduire les effets du traumatisme subi. Il s’agit
plutôt en l’occurrence de traiter un dysfonctionnement d’ordre social, en ce sens que le
nouveau membre permet à son porteur de conserver un plus large éventail d’activités,
particulièrement sociales, qu’il ne le pourrait sinon.. Nul ne nierait tel acte procure un
bénéfice de santé. Ce raisonnement montre qu’il ne suffit pas d’élargir le modèle de santé
axé sur la maladie en l’étendant seulement au fonctionnement physiologique, et que le
contexte social d’une atteinte physique est aussi à prendre en considération.
Une réflexion plus poussée a tôt fait de nous amener à nous pencher sur les problèmes
de santé mentale. Seule une très petite minorité de personnes affirmerait que l’origine ou
l’explication de tels problèmes est toujours liée à un dysfonctionnement physiologique.
Bien que l’application aux troubles mentaux de termes tels que ‘maladie’ ait donné lieu à un
vif débat parmi les psychiatres et les philosophes, il est généralement admis que beaucoup
de comportements et de phénomènes psychologiques entrent dans le champ de la santé. La
santé mentale est même une branche majeure des soins de santé. Si d’aucuns, y compris les
tenants du déterminisme génétique, défendent l’idée que les problèmes mentaux ont des
causes physiologiques, la plupart des praticiens ne partagent pas cet avis. Si, par exemple,
une apparente psychopathie peut s’expliquer par l’existence d’une lésion cérébrale, par une
explication physiologique, elle est alors décrite comme une ‘pseudo-psychopathie’.
25
COURS DE
BASE
DE BIOÉTHIQUE
c Discussion de la définition que donne l’OMS de la ‘santé’ : ‘un état de complet bien-
être physique, mental et social [qui] ne consiste pas seulement en une absence de mala-
die ou d’infirmité’.
i on pourra, pour démontrer l’étroitesse d’une définition des bénéfices de santé
axée sur la maladie, citer des exemples d’activités cliniques appropriées
débordant ce cadre
ii on pourra s’appuyer sur l’exemple de la stérilité, en tant qu’elle détermine un
besoin de santé, pour étudier l’évolution de la nature des interventions de santé
iii en même temps, on reproche souvent à la définition de l’OMS d’être trop large :
elle englobe un grand nombre de situations qui ne sont pas liées à des pathologies et
qui sont susceptibles d’élargir le domaine d’activité professionnelle des médecins
Compte tenu de l’extension apparemment sans limites évoquée plus haut du do-
maine de la santé et, par voie de conséquence, des besoins et des bénéfices de santé,
pouvons-nous trouver une sorte de description générale qui permette de définir un
ensemble raisonnable de bénéfices auxquels devraient tendre les soins de santé ?
C’est parce qu’elle était pleinement consciente des dangers qu’il peut avoir à délimiter de
façon restrictive la notion de santé que l’OMS a élaboré une définition dont l’influence se fait
sentir depuis de nombreuses années. La définition de l’OMS tient assurément compte des
extensions du domaine de la santé au-delà des limites qu’imposent les conceptions fondées
exclusivement sur la maladie et les dysfonctionnements physiologiques. Elle prend aussi au
sérieux l’importance des dimensions psychologique et sociale de l’état de santé d’une per-
sonne. Tant que cela reste le cas, elle est d’une grande utilité. Cependant, son utilité présente
des limites, du simple fait de la multitude des circonstances et des problèmes de santé dont les
autorités sanitaires devraient, par voie de conséquence, assumer la responsabilité, y compris
en procurant à la population d’un pays le bénéfice de capacités de défense suffisantes pour as-
surer sa sécurité ainsi que le bénéfice de l’éducation. La définition de l’OMS a par la suite été
modifiée, et inclut désormais la capacité de ‘mener une vie socialement et économiquement
productive’. La définition modifiée n’en reste pas moins vulnérable aux mêmes critiques. En
outre, la nouvelle définition pourrait donner à penser qu’il existe des critères objectifs et uni-
versels de mesure de la santé et, partant, des bénéfices de santé, ce qui se traduirait par une
simplification excessive de la tâche d’identification et de mesure de ces bénéfices.
Comment faut-il donc procéder pour identifier un bénéfice de santé ? Les défini-
tions générales de la santé tendent à être soit trop larges soit trop étroites pour s’adapter
à la totalité des cas et ne sont donc pas d’un grand secours. Aussi peut-il être utile
d’examiner les arguments avancés pour ou contre la désignation de tel ou tel état com-
me étant un besoin de santé impliquant que soient identifiés les bénéfices de santé
pertinents susceptibles d’être associés à son traitement.
26
MODULE 4
c ‘D’abord ne pas nuire’ est l’un des principes fondamentaux de l’éthique médicale
antique. Cette notion demeure un principe éthique important dans la pratique contem-
poraine des soins de santé. Discuter ce principe et répondre aux questions suivantes :
i Un médecin peut-il éviter de causer des dommages ?
ii Qu’est-ce qui distingue le dommage attendu du dommage inattendu ?
iii Qu’est-ce que le dommage positif et le dommage négatif ?
iv Qui détermine ce qui constitue un dommage ?
3 Il est important, dans la pratique des soins de santé, d’évaluer les bienfaits et les
effets nocifs
a Analyser les difficultés qu’il y a à mesurer les effets nocifs et les effets bénéfiques pour
un patient donné, en considérant notamment les éléments suivants :
i l’appréciation de degrés de préjudice et de bénéfice
ii l’incommensurabilité des effets nocifs et des effets bénéfiques
iii le contexte social de la souffrance physique et mentale
iv le caractère subjectif de la souffrance
b Des choix thérapeutiques doivent également être faits entre patients, ce qui suppose
d’évaluer les risques de préjudice et les bénéfices potentiels pour différents patients.
Cette démarche est particulièrement importante pour décider de la répartition des res-
sources ; lorsque les ressources matérielles sont limitées, ou que le temps est compté,
on pourra établir un ordre de priorité et privilégier les patients dont les besoins sont les
plus grands parce que les préjudices qu’ils subissent du fait de leur état sont les plus
graves ou ceux à qui le traitement procurera le plus grand bénéfice.
27
COURS DE
BASE
Autonomie et responsabilité individuelle
DE BIOÉTHIQUE
MODULE 5
(Article 5)
Objectifs
d’apprentissage
du module
Les étudiants devraient être capables d’expliquer les concepts
d’autonomie et de responsabilité individuelle et d’en comprendre le
sens dans le cadre de la relation prestataire de soins-patient
Plan du cours
1 Les concepts d’autonomie et de responsabilité
a Autonomie
i Les différents niveaux et notions d’autonomie
ii Les différentes approches théoriques de l’autonomie
b Responsabilité : ses différents aspects et sa nature double
c Corrélation réciproque de l’autonomie et de la responsabilité en éthique
28
MODULE 5
Manuel de
l’enseignant
1 Les concepts d’autonomie et de responsabilité
a L’autonomie comme capacité individuelle de s’autodéterminer, de prendre des déci-
sions, d’agir et d’évaluer en toute indépendance
b Dans la mesure où la plupart des patients se sentent dépendants des médecins, il est
essentiel que ces derniers respectent l’autonomie des patients ; il convient donc de
délimiter un espace discrétionnaire à l’intérieur duquel les patients prennent leurs pro-
pres décisions quand il s’agit de leur propre dignité.
29
COURS DE
BASE
DE BIOÉTHIQUE
d Des mesures spéciales sont nécessaires pour protéger les droits et les intérêts des
personnes incapables d’exercer leur autonomie et de prendre des décisions en toute
responsabilité concernant des soins et des traitements médicaux (voir module 7).
Si un individu est réellement autonome et s’il décide en toute liberté, il doit assumer la
responsabilité des conséquences de ses décisions. Par exemple, s’il choisit d’adopter un
comportement à risques.
L’autonomie d’un individu s’arrête là où commence celle des autres. Nous ne pou-
vons pas soutenir qu’en tant que personnes autonomes nous avons le droit de limiter
l’autonomie d’autres personnes. Si nous voulons que notre libre arbitre, et donc nos
valeurs, soient respectés, nous sommes obligés de respecter de la même façon le libre
arbitre, et donc les valeurs des autres. On évoquera à titre d’exemple le débat autour de
la cigarette : nous sommes libres de fumer et de mettre notre santé en danger, mais nous
n’avons pas le droit de mettre en danger celle d’autrui.
4 Dans les cas où la capacité du patient de prendre des décisions de manière auto-
nome et responsable n’est pas évidente, des mesures spéciales doivent être prises
afin d’évaluer son aptitude à se motiver et à faire preuve de maîtrise de soi, à
respecter ses engagements et ses liens de loyauté, à prendre des décisions en
tenant compte de la situation donnée, du but recherché et des résultats, ainsi qu’à
choisir en fonction des préférences et des principes auxquels il a réfléchi.
30
MODULE 6
Plan du cours
4 Explication du principe
a L’article s’applique à toutes les interventions médicales
b Qu’entend-on par consentement préalable, libre et éclairé ?
c Le consentement exige des informations suffisantes
31
COURS DE
BASE
DE BIOÉTHIQUE d Qu’entend-on par consentement exprès ?
e Retrait du consentement
f Le droit du patient de refuser et de ne pas savoir
g Consentement des sujets de la recherche scientifique. Comparaison des règles du consentement appli-
cables dans le cadre de la recherche scientifique à celles qui concernent les interventions médicales
h Consentement d’une personne, d’un groupe et d’une communauté
Manuel de
l’enseignant
1 Introduction
Expliquer en quoi le principe du consentement est lié aux autres principes de la Déclaration.
a Article 3
Les droits fondamentaux d’une personne sont fondés sur la reconnaissance de sa qual-
ité d’être humain, sur l’inviolabilité de sa vie et sur le fait qu’elle est née libre et le
demeurera toujours. Parce que la dignité humaine et les droits de l’homme doivent être
respectés, la personne concernée doit donner son consentement pour les interventions
médicales ou pour une participation à des recherches scientifiques.
b Article 5
Étant admis que l’autonomie de chaque individu est une valeur importante, la participa-
tion aux décisions concernant son propre corps ou sa propre santé doit être reconnue
comme un droit.
c La décision de traiter doit être le fruit d’une concertation entre la personne qui ad-
ministre le traitement et celle qui le reçoit, les deux parties étant liées par la confiance
mutuelle et la réciprocité.
e Si les dispositions de l’article 6 ne peuvent pas être appliquées (parce que le consente-
ment n’est pas possible), il est fait application des dispositions spéciales de l’article 7
concernant les personnes incapables d’exprimer leur consentement (voir module 7).
32
MODULE 6
2 Le principe du consentement a plusieurs objectifs
d Le consentement peut être exprès ou implicite. Le consentement est dit exprès lorsqu’un
patient accepte, sous forme verbale ou écrite, de subir une procédure médicale. Le con-
sentement implicite peut être déduit ou inféré du contexte et des circonstances.
h Consentement donné par l’individu et par la communauté dans les cas pertinents de
recherches menées sur un groupe de personnes ou une communauté.
33
COURS DE
BASE
5
DE BIOÉTHIQUE
Circonstances exceptionnelles
a Il existe certaines circonstances exceptionnelles dans lesquelles l’application du princ-
ipe est difficile, voire impossible.
34
MODULE 7
Plan du cours
4 Modalités
a Expliquez l’alinéa (a) de l’article 7
b Comment obtenir le consentement dans la pratique médicale ?
c Méthodes particulières pour établir le consentement dans le respect de la déontologie
i Détermination des décideurs de substitution
ii Critère de l’intérêt supérieur du malade
35
COURS DE
BASE
DE BIOÉTHIQUE
5 La recherche faisant intervenir des êtres humains
a Expliquer l’alinéa (b) de l’article 7
b Faut-il mener des recherches auxquelles participent des personnes incapables de donner leur consentement ?
c La recherche au bénéfice direct de la santé
d La recherche ne permettant pas d’escompter un bénéfice direct pour la santé
Manuel de
l’enseignant
1 Définir l’incapacité et les critères de la capacité de donner son consentement
a L’incapacité peut se définir comme l’absence de la liberté de prendre des décisions
dignes de ce nom, en raison d’une inaptitude du sujet à prendre de telles décisions,
même quand on lui en donne l’occasion. Cette définition a été appliquée traditionnelle-
ment à divers groupes de personnes, parmi lesquels les sujets qui souffrent de difficul-
tés d’apprentissage, les malades mentaux, les enfants, les personnes âgées désorientées
et les personnes inconscientes. Une distinction plus systématique entre ces catégories
sera faite plus loin dans ce module.
c Pourquoi est-il important de prendre, comme l’énonce la première phrase de l’article 7, des
dispositions particulières en faveur des personnes incapables de donner leur consentement ?
d Donner des exemples de personnes qui ne peuvent répondre aux critères requis ; dis-
tinguer différentes catégories de personnes incapables de donner leur consentement
La capacité de donner son consentement peut être compromise par différentes circon-
stances. Des distinctions devraient être opérées entre :
36
MODULE 7
b Exemples
i Nouveau-nés
Les nouveau-nés ne peuvent penser comme des adultes. Il leur est par conséquent impos-
sible de prendre des décisions, de comprendre une information, de faire une analyse ratio-
nnelle de l’information, ou de souhaiter des résultats raisonnables. Comme il faut prendre
des décisions pour eux, les personnes les mieux placées pour le faire sont leurs parents,
le présupposé étant que ces derniers auront à cœur, plus que quiconque, de défendre
l’intérêt supérieur de leur enfant. Cependant, il arrive que les parents ne décident pas en
fonction de l’intérêt supérieur de l’enfant. En pareil cas, l’État peut leur retirer le pouvoir
de décision. C’est ce qu’il fait lorsqu’il met l’enfant sous tutelle judiciaire.
ii Enfants
On a tendance à croire que les enfants ne peuvent pas penser comme des adultes. C’est
indéniable dans le cas d’enfants en bas âge, mais à mesure que les enfants grandissent,
ils présentent entre eux des différences marquées. La Convention des Nations Unies relative
aux droits de l’enfant (UNROC) dispose que les enfants ont le droit d’exprimer leur opinion
sur toute question les intéressant lorsque les adultes prennent des décisions qui les con-
cernent, et de voir leurs opinions prises en considération (article 12), le droit de recevoir
et de partager l’information (article 13), le droit de penser et croire ce qu’ils veulent et
de pratiquer leur religion tant qu’ils n’empêchent pas les autres de jouir de leurs droits
(article 14), et le droit au respect de leur vie privée (article 16). Des recherches sont menées
avec la participation d’enfants pour en savoir davantage sur la nature de la maturation
pédiatrique, la maladie et ses traitements potentiels. La règle générale qui veut que l’on
n’emploie pas d’enfants pour des recherches qui peuvent être menées avec des adultes est
une importante protection requise pour minimiser les atteintes à l’autonomie.
37
COURS DE
BASE
DE BIOÉTHIQUE
vi Patients inconscients
Des documents tels que le testament de vie ou la procuration relative aux soins donnent
parfois de très utiles indications, mais ils comportent des points faibles qui doivent être
pris en considération. Il se peut qu’ils soient anciens et dépassés, qu’ils expriment des
souhaits hypothétiques, et il faut toujours chercher à savoir dans quelles circonstances
ils ont été rédigés. Ces documents doivent être conformes à la législation nationale.
Est qualifiée d’incapable d’exprimer son consentement, une personne que son aliéna-
tion ou sa déficience mentale privent de la capacité de veiller à ses intérêts.
i Expliquer comment s’appliquent en l’occurrence les critères de la capacité de
donner son consentement
ii Débattre des bonnes pratiques médicales en pareil cas
4 Modalités :
a Expliquer l’alinéa (a) de l’article 7
b Faut-il mener des recherches auxquelles participent des personnes incapables d’exprimer leur con-
sentement ?
38
MODULE 8
Plan du cours
39
COURS DE
BASE
DE BIOÉTHIQUE
5 La notion d’intégrité personnelle
a Le rapport entre la vulnérabilité et l’intégrité personnelle
b L’intégrité personnelle ne correspond pas à une vertu
c L’intégrité personnelle se rapporte au respect de l’idée que le patient se fait de sa vie et de sa maladie,
mais aussi à ses intérêts et à son libre arbitre
Manuel de
l’enseignant
b Cette lutte a débouché sur des succès mais aussi sur des échecs. L’espérance de vie et
la santé se sont améliorées, la pauvreté et la famine ont régressé, mais de nombreuses
personnes meurent encore de maladies banales, l’espérance de vie diminue dans plu-
sieurs pays et la pauvreté reste très répandue.
40
MODULE 8
d Une lutte acharnée contre la vulnérabilité humaine génère ses propres problèmes. Ce
n’est pas la lutte contre cette vulnérabilité qui est une erreur, mais la volonté d’affranchir
l’être humain de toute vulnérabilité. Pour une médecine viable, il est nécessaire d’admettre
qu’une certaine vulnérabilité est un élément permanent de la condition humaine.
i le handicap
Le handicap étant considéré comme anormal, les handicapés sont par définition vul-
nérables ; en même temps, il faudrait cesser de stigmatiser les handicapés en les traitant
comme des personnes anormales.
ii la mort
En médecine, la place de la mort dans la vie humaine est ambivalente ; dans les soins
palliatifs, elle est considérée comme une phase de la vie ; dans d’autres secteurs de la
médecine, elle est encore traitée comme l’ennemie.
iii la dépression
Le Prozac est largement utilisé comme antidépresseur quand il existe des signes clin-
iques évidents de dépression, mais il est aussi considéré comme un médicament contre
le malheur et la tristesse.
b La condition humaine rend nécessaire la solidarité puisque tous les êtres humains ont
en commun certaines vulnérabilités.
41
COURS DE
BASE
DE BIOÉTHIQUE
c La vulnérabilité humaine mène aussi à une éthique de l’attention à la personne. Com-
me c’est une caractéristique partagée, c’est aussi une source de préoccupation pour
les autres et le moyen de prendre conscience que nous dépendons d’eux. C’est pour-
quoi nous avons le devoir de nous soucier de ceux qui sont exposés à des menaces
biologiques, sociales et culturelles ainsi qu’au pouvoir de la médecine elle-même.
42
MODULE 9
Objectifs
d’apprentissage
du module Les étudiants devront être capables :
d’expliquer pourquoi la vie privée du patient et la confidentialité
doivent être respectées
Plan du cours
43
COURS DE
BASE Manuel de
DE BIOÉTHIQUE
l’enseignant
1 Commencer par définir la notion de ‘vie privée’ (il s’agit du droit d’une personne
ou d’un groupe de ne pas subir l’intrusion de tiers, ce qui comporte notamment le
droit de choisir les renseignements susceptibles d’être divulgués à son sujet – voir les
modules 5 et 6) et celle de ‘confidentialité’ (une caractéristique des renseignements
personnels, qui impose de ne pas les divulguer sans raison suffisante).
b Pour beaucoup, la vie privée est un aspect essentiel de leur dignité (voir le module 4) ;
s’immiscer dans leur vie privée contre leur volonté constitue une violation de leur dignité.
d Les patients s’en remettront moins facilement aux personnels de santé et se confieront
moins volontiers à eux s’ils pensent qu’ils ne considéreront pas les renseignements les con-
cernant comme confidentiels. Cela peut avoir de graves conséquences pour la santé et le bien-
être des patients et parfois pour la santé d’autrui (les membres de la famille, par exemple).
3 Les personnels de santé ont le devoir de protéger la vie privée de leurs patients
dans toute la mesure du possible, compte tenu des circonstances.
Ils doivent par exemple demander au patient l’autorisation de l’examiner déshabillé, et
veiller à ce qu’il soit alors à l’abri des regards.
44
MODULE 9
b L’intervention d’interprètes
Elle est nécessaire lorsque le personnel de santé ne parle pas la langue du patient.
L’interprète qui a ainsi connaissance de renseignements relatifs au patient doit être
tenu d’en respecter la confidentialité.
d La déclaration obligatoire
Les personnels de santé doivent connaître la législation concernant la déclaration obliga-
toire de maladies infectieuses, de suspicion de maltraitance d’enfant, et d’autres conditions,
dans le pays où ils exercent. Les patients doivent normalement être informés que ces rensei-
gnements sont obligatoirement portés à la connaissance des autorités compétentes.
f Données génétiques
Le point de savoir si des personnes ayant le même patrimoine génétique qu’un patient
(généralement des parents proches) ont le droit d’être informées de ses données géné-
tiques fait débat ; face à une situation de ce type, le médecin doit se référer aux règles et
directives nationales en vigueur.
c En matière de recherche, les communautés et les individus ont également droit au re-
spect de leur intimité, et les renseignements les concernant doivent demeurer confiden-
tiels, en particulier lorsque leur divulgation peut s’avérer préjudiciable à la communauté.
45
COURS DE
BASE
Égalité, justice et équité (Article 10)
DE BIOÉTHIQUE
MODULE 10
Objectifs
d’apprentissage
du module Les étudiants devront être capables :
d’identifier et de traiter les questions de déontologie liées à l’allocation
de ressources sanitaires rares
Plan du cours
46
MODULE 10
Manuel de
l’enseignant
1 Décrire ou demander aux élèves de déterminer plusieurs questions soulevées par
l’allocation des ressources sanitaires, qui sont rares, et par l’accès aux soins dans
votre région.
Analyser les définitions de l’’égalité’ (qui veut que les êtres humains soient identiques
sur certains plans, comme celui de la dignité), de la ‘justice’ (qui est de différents types,
mais implique généralement l’impartialité), de l’’équité’ (qui est la mise en œuvre de
l’impartialité, et peut supposer une inégalité de traitement).
47
COURS DE
BASE
DE BIOÉTHIQUE
4 Ces différentes conceptions de la justice imprègnent les différents systèmes de
santé à travers le monde
b Au plan national
c Au niveau mondial
Quelle est la conception de la justice distributive la plus appropriée à chacun de ces rôles ?
De quelle manière les professionnels de la santé devraient-ils gérer les conflits entre plu-
sieurs rôles (par exemple, entre l’administration de traitements onéreux à des patients qui
en ont besoin et des programmes de vaccination de l’ensemble de la population) ?
48
MODULE 11
Plan du cours
1 Qu’est-ce que la discrimination et la stigmatisation ?
a La notion de ‘discrimination’
b La notion de ‘stigmatisation’
3 Motifs de discrimination
a Des progrès de la technologie médicale peuvent être à l’origine de désavantages disproportionnés
pour certains groupes sociaux
b L’utilisation inéquitable de tests génétiques
c La discrimination génétique
4 Contexte juridique
a Explication de l’article 11
b Antécédents de l’article
5 Limitations du principe :
a Chaque principe de la Déclaration est lié aux autres principes (article 26)
b Les limites à l’application des principes sont régies par l’article 27
c La protection de la santé publique peut être un facteur limitatif
49
COURS DE
BASE
DE BIOÉTHIQUE Manuel de
l’enseignant
1 Définition des notions de ‘discrimination’ et de ‘stigmatisation’
a Le mot ‘discrimination’ vient du latin discriminare, qui signifie ‘faire une distinction’.
Ainsi, exercer une discrimination sociale signifie qu’on fait une distinction entre les per-
sonnes en fonction de la classe ou de la catégorie sans tenir compte du mérite individuel,
ce qui constitue une atteinte à la théorie éthique de l’égalitarisme fondée sur l’égalité so-
ciale (voir module 10). Les distinctions entre personnes qui se fondent sur le seul mérite
individuel (telles que la réussite personnelle, la compétence ou les capacités) ne sont
généralement pas considérées comme socialement discriminatoires, contrairement aux
distinctions fondées sur la race, la classe ou la caste sociale, la nationalité, la religion, le
sexe, l’orientation sexuelle, l’infirmité, l’origine ethnique, la taille, l’âge ou tout autre motif
en violation de la dignité humaine, des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
3 Motifs de discrimination
a Des progrès de la technologie médicale peuvent créer des désavantages disproportion-
nés pour certains groupes sociaux, soit parce qu’ils sont appliqués selon des modalités qui
nuisent directement à des membres de ces groupes, soit parce qu’ils favorisent l’adoption
de politiques sociales opérant une discrimination inéquitable à leur encontre, avec des
conséquences individuelles, sociales et juridiques importantes. C’est ainsi que la médecine
procréative a élaboré des techniques qui permettent aux parents de choisir le sexe de leur
enfant, suscitant la crainte d’une discrimination contre les filles et les femmes dans les so-
ciétés où les enfants de sexe masculin sont plus appréciés que ceux de sexe féminin. Des
craintes analogues ont été exprimées à propos du recours croissant à l’avortement comme
méthode de contrôle des naissances dans les pays surpeuplés où il existe une pression
sociale et légale considérable pour limiter la taille des familles et où la grande majorité des
parents qui y recourent choisissent d’avoir un garçon plutôt qu’une fille.
50
MODULE 11
risques pour leur enfant d’être atteint d’une maladie génétique donnée, ce qui leur per-
mettra de se prononcer mieux en connaissance de cause sur une progéniture éventuelle.
De l’avis de certains spécialistes de la bioéthique et de certaines ONG, cela n’est pas sans
créer une atmosphère sociale beaucoup moins tolérante qu’elle ne devrait l’être à l’égard du
handicap. La même critique a été formulée à l’encontre de la pratique consistant à diagnos-
tiquer et, dans certains cas, à traiter des défauts congénitaux sur des fœtus.
c Bien qu’elle en soit encore à ses premiers balbutiements, la recherche sur les bases
génétiques du comportement suscite la controverse parce qu’elle risque de faciliter
l’adoption de modèles rudimentaires de déterminisme génétique pour la formulation de
politiques sociales, en particulier dans les domaines de l’éducation et de la prévention
des crimes et délits. Des politiques de ce genre pourraient, selon certains, se traduire
par une discrimination injustifiée à l’encontre de nombreuses personnes considérées
comme génétiquement prédisposées à des formes ‘indésirables’ de comportement telles
que l’agression ou la violence.
4 Contexte juridique
a Explication de l’article 11 en tant que prolongement théorique et pratique des ar-
ticles 3 et 10, et que prélude à l’examen des articles 13, 14 et 15
b Antécédents de l’article :
i Articles 1 et 2 de la Déclaration universelle des droits de l’homme
ii Article 7 de la Déclaration internationale sur les données génétiques humaines
5 Limitations du principe :
a Aux termes de l’article 26 de la Déclaration, les principes doivent être compris comme
complémentaires et interdépendants, et la Déclaration doit être comprise comme un
tout. Cela implique que, si une question ou un problème bioéthique se présente, la
question ou le problème relève le plus souvent de plusieurs principes, qu’il y a lieu de
mettre en balance pour parvenir à une conclusion justifiée sur l’attitude à adopter.
c Lorsque par conséquent la santé publique est menacée, des exceptions ou des restric-
tions au principe de non-discrimination peuvent être nécessaires soit par des discrimina-
tions positives en faveur de certaines personnes ou de certains groupes jouant un rôle
décisif, soit par des discriminations ‘négatives’ pouvant porter atteinte à des droits indi-
viduels. Il faut que ces exceptions fassent l’objet d’un débat public et soient appliquées
dans la transparence et la conformité au droit national. Il faut aussi qu’elles puissent être
révisées en fonction de l’évolution de la situation et des connaissances scientifiques.
51
COURS DE
BASE
Respect de la diversité culturelle et du
DE BIOÉTHIQUE
MODULE 12
Plan du cours
1 Généralités
a Définition de la culture et de la diversité culturelle
b Valeur du respect de la diversité culturelle
c Définition et valeur du pluralisme
2 Explication de l’article 12
a Comme un prolongement théorique et pratique d’autres articles
b Le principe soulèvera des questions concernant :
i La discrimination
ii Les atteintes au principe d’autonomie
iii Les atteintes à la législation nationale
52
MODULE 12
Manuel de
l’enseignant
1 Définitions et antécédents
a Définition de la culture et de la diversité culturelle
i Aux termes de la Déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité
culturelle, ‘la culture doit être considérée comme l’ensemble des traits distinctifs
spirituels et matériels, intellectuels et affectifs qui caractérisent une société ou
un groupe social et elle englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les
façons de vivre ensemble, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances’.
ii Comme l’énonce l’article premier de ladite Déclaration, ‘la culture prend
des formes diverses à travers le temps et l’espace. Cette diversité s’incarne
dans l’originalité et la pluralité des identités qui caractérisent les groupes et
les sociétés composant l’humanité’.
2 Explication de l’article 12
a En tant que prolongement théorique et pratique des articles 3 et 10 et que prélude à l’examen des
articles 13, 14 et 15
53
COURS DE
BASE
DE BIOÉTHIQUE
Par exemple, les pratiques de guérison traditionnelle doivent être valorisées ou autori-
sées au niveau national si elles sont efficaces et qu’il n’existe pas de preuve scientifique
de toxicité ou d’effets néfastes. Elles doivent être évaluées par les sociétés et groupes
concernés, bien que les critères d’évaluation fassent débat.
54
MODULE 13
Plan du cours
1 La notion de solidarité
a Discuter de la notion de solidarité : premières associations
b La solidarité en matière de soins de santé
c La solidarité opposée à l’individualisme
d L’évolution de la solidarité dans la société
i solidarité mécanique
ii solidarité organique
iii solidarité organisée
4 Recherche internationale
55
COURS DE
BASE
DE BIOÉTHIQUE Manuel de
l’enseignant
1 La notion de ‘solidarité’
a Discuter la notion de ‘solidarité’
Demander aux étudiants ce qu’ils associent à cette notion, par exemple :
i le respect mutuel
ii le soutien aux personnes faibles ou vulnérables
iii l’engagement en faveur d’une cause commune ou du bien commun
iv le sentiment d’appartenance commune
v la compréhension mutuelle
vi une responsabilité partagée
b La solidarité est applicable dans le contexte des systèmes de soins de santé. En Europe,
par exemple, chacun est tenu de cotiser de façon équitable à un système d’assurance
organisé collectivement qui garantit l’égalité d’accès de tous les membres de la société
aux soins de santé et aux services sociaux.
d L’analyse sociologique montre que la solidarité peut prendre des formes différentes au
cours de l’évolution des sociétés :
i dans les sociétés traditionnelles (homogènes et sans différenciation marquée
des fonctions sociales), la solidarité est fondée sur l’uniformité sociale des
croyances, des pratiques et des sentiments (‘solidarité mécanique’, ‘solidarité
de groupe’ ou ‘solidarité associative’) ;
ii lors du passage de la société traditionnelle à la société moderne, la forme et le
contenu des liens sociaux entre les individus évoluent, et de ce fait la nature de
la solidarité sociale. La différenciation et la diversification des fonctions et des
tâches créent des rapports d’interdépendance entre les individus. La division du
travail et l’interdépendance structurelle nécessitent de nouvelles règles de
coopération (‘solidarité organique’, ‘solidarité contractuelle’) ;
iii dans les sociétés postindustrielles mondialisées, la solidarité prend la forme
d’une ‘solidarité organisée’. La création de formes de solidarité nouvelles est
en cours. Dans bien des cas, les intérêts communs, les interdépendances et les
relations personnelles n’existent plus. Une ‘solidarité entre étrangers’ est
cependant possible. La solidarité moderne fonctionne de façon impersonnelle
entre des membres de la société sans liens mutuels.
e D’un point de vue éthique, la solidarité est avant tout une valeur morale consistant es-
sentiellement à apporter un soutien à ceux qui en ont besoin. Les membres d’une com-
munauté ont des obligations les uns envers les autres. Cela implique également qu’une
distinction fondamentale soit faite entre deux formes de solidarité :
56
MODULE 13
2 Menaces sur la solidarité
a La solidarité dans les sociétés contemporaines est menacée par divers facteurs :
i la mondialisation ; un anonymat croissant ; des liens avec les autres qui se
distendent ;
ii la demande croissante de traitements coûteux, par exemple du fait du vieillissement
de la population ; la multiplication des options disponibles pour les individus ;
iii l’attitude nouvelle et plus exigeante des clients, en raison de l’individualisation
croissante de sociétés qui attribuent une portée morale de plus en plus grande
à l’autonomie individuelle ;
iv l’évolution vers une la responsabilité financière privée accrue, et la pression
croissante de l’idéologie de marché ;
v l’érosion des communautés locales et des réseaux familiaux élargis, qui modifie
les relations personnelles et sociales.
4 Recherche internationale
a Quelles sont les implications de la solidarité et de la coopération ?
5 Assurance maladie
La prestation de soins de santé à l’ensemble de la population conçue comme une fin, et
l’assurance maladie comme un moyen.
57
COURS DE
BASE
Responsabilité sociale et santé (Article 14)
DE BIOÉTHIQUE
MODULE 14
Objectifs
d’apprentissage
du module Les étudiants devront :
se familiariser avec les responsabilités partagées de l’État et des divers
secteurs de la société en matière de santé et de développement social
Plan du cours
1 Meilleurs soins de santé possibles en tant que droit humain fondamental
a Déclaration universelle des droits de l’homme
b Constitution de l’OMS
Manuel de
l’enseignant
b En outre, la Constitution de l’OMS stipule que ‘la possession du meilleur état de santé
qu’il est capable d’atteindre constitue l’un des droits fondamentaux de tout être humain,
quelles que soient sa race, sa religion, ses opinions politiques, sa condition économique
ou sociale’ (1946). La reconnaissance du meilleur état de santé possible comme droit
humain fondamental impose une lourde charge éthique au secteur des soins de santé et
aux services connexes, en particulier du fait de la définition étendue de la santé comme
‘un état de complet bien-être physique, mental et social’ ne consistant pas ‘seulement
en une absence de maladie ou d’infirmité’ (1946). Voir également les modules 2 et 4.
b On insistera également ici sur la portée éthique des initiatives prises en matière de
santé publique et de population car elles constituent un instrument dynamique pour
assurer le développement économique et social, la justice et la sécurité. Alors que la
santé était ordinairement considérée comme une fin en soi, nous examinons la relation
de synergie existant entre elle et d’autres aspects du développement.
i La pauvreté définie comme l’amoindrissement de tout un potentiel humain
crucial, dont la santé. La mauvaise santé affecte les populations pauvres de
manière disproportionnée, et des problèmes de santé soudains aggravent la
pauvreté (‘medical poverty trap’ – cercle vicieux de la pauvreté médicale).
ii La nécessité de réduire le fardeau, pour les populations défavorisées des pays
pauvres comme des pays riches, de taux de mortalité et de morbidité excessifs.
iii La sensibilité de la santé à l’environnement social et aux ‘déterminants
sociaux de la santé’.
iv Les inégalités entre les sexes, les régions, les groupes ethniques, les zones
rurales et urbaines et le statut juridique.
59
COURS DE
BASE
DE BIOÉTHIQUE
3 Les devoirs, obligations et responsabilités et la façon dont les individus, les
groupes et les institutions les acquièrent
a Des devoirs, des responsabilités ou des obligations peuvent être conférés aux individus, aux
groupes et aux institutions de nombreuses façons. Dans le cas des gouvernements, ils peuvent
être définis par la Constitution ou par l’instrument fondateur de l’État. Ils peuvent également
être déterminés par des accords conclus avec d’autres gouvernements, des organisations in-
ternationales ou d’autres organismes. Dans le cas des individus, ils peuvent être définis par
des lois des États ou par des règles et réglementations régissant l’appartenance à tel ou tel
groupe (par exemple professionnel, religieux, d’intérêt ou de défense de causes diverses). Il
en va de même pour les groupes ou organismes créés dans le cadre des lois nationales.
b Une responsabilité peut également être acquise en ce qui concerne les rôles qu’assument
les individus, les groupes et les institutions dans un contexte socio-politico-économique
donné. De plus, dans une situation caractérisée par de grandes disparités quant au
pouvoir économique, social et politique, la protection du droit fondamental au meilleur
état de santé possible impose aux individus, aux groupes et aux institutions de fournir
une assistance, dans les limites de leurs moyens. Cette notion de responsabilité a été
spécifiquement qualifiée de responsabilité sociale.
60
MODULE 14
5 La santé et les enjeux contemporains de la justice mondiale
e Priorités de recherche
Le financement mondial des recherches sur la santé privilégie fortement la satisfaction
des besoins de la minorité aisée, si bien qu’il ne reste que 10 % des crédits de recherche
pour répondre aux besoins des pays en développement. Il est important de promouvoir des
initiatives adaptées, justes et équitables dans ce domaine. Les projets de recherche exécu-
tés dans les pays pauvres doivent être conformes à leurs besoins. Les participants doivent
également être considérés comme des acteurs essentiels de ces projets. On examinera dans
cette section des exemples et des études de cas concernant des pays en développement.
61
COURS DE
BASE
DE BIOÉTHIQUE f Fourniture de soins de santé au-delà des frontières nationales
L’exode des médecins et autres personnels soignants prend des proportions inquié-
tantes. Les pays en développement perdent continuellement leur personnel de santé
au profit des pays développés qui offrent une meilleure rémunération et de meilleurs
avantages. Cette section examine l’histoire récente dans une perspective mondiale et
met également en évidence les responsabilités des diverses institutions concernées, y
compris dans les pays très développés qui attirent un précieux personnel et l’éloignent
des endroits où l’on en aurait le plus besoin.
62
MODULE 15
Plan du cours
63
COURS DE
BASE
DE BIOÉTHIQUE 4 Intégration d’éléments de renforcement des capacités dans la recherche faisant
l’objet d’un financement extérieur et dans d’autres initiatives
Manuel de
l’enseignant
1 La justice globale, fondement du partage des bienfaits de la science et de la
recherche scientifique
De nombreux bienfaits de la science sont inégalement répartis, par suite des asymétries
structurelles qui existent entre les pays, les régions et les groupes sociaux, ainsi qu’entre
les sexes. En même temps que le savoir scientifique devenait un facteur crucial de la pro-
duction de richesse, sa répartition est devenue plus inéquitable. Les principes de justice
globale devraient être au cœur des activités scientifiques. Cela suppose un engagement
à long terme de toutes les parties prenantes, qu’elles soient publiques ou privées, au
moyen d’investissements accrus, d’examens appropriés des priorités d’investissement,
et du partage du savoir scientifique.
64
MODULE 15
c Brevets et propriété intellectuelle
Il est indispensable de se doter des moyens de protéger les droits de propriété intellec-
tuelle tout en mettant les découvertes et les innovations à la disposition et à la portée du
public, en particulier des populations qui en ont le plus besoin. La Déclaration de Doha,
par exemple, affirme que l’Accord sur les ADPIC de l’OMC peut et doit être interprété et
mis en œuvre d’une manière qui défende le droit qu’ont les membres de l’OMC de proté-
ger la santé publique et, en particulier, de promouvoir l’accès de tous aux médicaments.
d Options valables pour promouvoir un accès juste et équitable à de nouvelles modalités diagnostiques
et thérapeutiques ou aux produits en découlant
Parmi les moyens propres à assurer la disponibilité des nouveaux produits et innova-
tions, on peut envisager notamment un approvisionnement continu pendant une péri-
ode déterminée ou en fonction des besoins, la fabrication de versions locales et la con-
clusion d’accords de brevet et de licence.
65
COURS DE
BASE
Protection des générations futures (Article 16)
DE BIOÉTHIQUE
MODULE 16
Objectifs
d’apprentissage
du module Les étudiants devront être capables :
d’expliquer le principe de la protection des générations futures
Plan du cours
1 Pourquoi faut-il se préoccuper de l’avenir ?
a Contextes dans lesquels les préoccupations sont apparues
b Sensibilisation de l’opinion contemporaine aux générations futures
6 Principe de précaution
66
MODULE 16
Manuel de
l’enseignant
1 Pourquoi faut-il se préoccuper de l’avenir ?
a Étudier pour commencer les contextes dans lesquels les préoccupations à l’égard des
générations futures sont apparues.
i De nombreux pays connaissent un développement rapide. Dans le même
temps, la croissance économique a des conséquences telles que l’aggravation
des inégalités ou la dégradation de l’environnement. La croissance
économique repose souvent sur des ressources naturelles (comme le pétrole
ou le bois) en diminution, détruites ou consommées. Si les tendances actuelles
persistent, le monde de demain sera encore plus surpeuplé, plus pollué, plus
instable écologiquement et plus exposé à des perturbations qu’il ne l’est
aujourd’hui. C’est dans ce contexte qu’a été forgée la notion de ‘développement
durable’ (voir module 17) ou de ‘développement non destructeur’.
ii Dans son Rapport de 1987 (intitulé Notre avenir à tous), la Commission mondiale
de l’environnement et du développement a défini le développement durable
comme un ‘développement qui répond aux besoins du présent sans compro-
mettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs’. L’idée centrale
est qu’il faut tenir compte des besoins des générations présentes et futures.
iii De nombreux instruments internationaux affirment notre responsabilité
envers les générations futures. Un exemple en est la Déclaration de Rio sur
l’environnement et le développement adoptée en 1992.
iv Les fondements éthiques de ce principe sont énoncés dans la Déclaration sur
les responsabilités des générations présentes envers les générations futures, adoptée
par l’UNESCO en 1997. L’article 4 de cette Déclaration proclame que
‘Les générations présentes ont la responsabilité de léguer aux générations
futures une Terre qui ne soit pas un jour irrémédiablement endommagée par
l’activité humaine’.
b On fait valoir (voir, par exemple, Agius, 2006) que le souci actuel de préserver les chances
des générations futures s’explique par trois facteurs :
i la technologie a modifié la nature de l’activité humaine qui, désormais, a non
seulement des effets sur la vie des habitants d’aujourd’hui, mais en aura aussi
sur celle des habitants de demain ;
ii le monde d’aujourd’hui se caractérise par l’interdépendance et les
interactions ; c’est ainsi que les catastrophes écologiques qui se produisent
dans une région auront des répercussions dans d’autres régions ainsi que
pour les générations suivantes ;
iii la prise de conscience croissante du caractère fini et de la fragilité de notre
existence et du fait que nous n’avons ‘qu’une seule et unique Terre’, comme le
Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies l’a dit en 1998.
2 Le concept de responsabilités morales envers les générations futures est lié aussi à
celui d’équité intergénérationnelle
Il implique que l’obligation de prendre en compte et de préserver le développement et les
besoins des générations futures impose des limites aux activités des générations présentes.
Traditionnellement, on définit la justice comme le fait de ‘garantir à chacun ce qui lui est
dû’. Le principe selon lequel la justice emporte pour nous des obligations envers les gé-
nérations futures est à l’origine d’un discours nouveau sur l’équité intergénérationnelle.
67
COURS DE
BASE
DE BIOÉTHIQUE
et que nous ne pouvons même pas considérer comme des individus, ou toutes les gé-
nérations lointaines, de l’espèce humaine comme des autres espèces, auxquelles nous
léguerons la planète Terre ? Deux positions sont généralement avancées :
b Toutes les générations futures ont droit à ce que nous tenions compte d’elles, de sorte que nos
responsabilités s’étendent même aux générations de l’avenir lointain
Le concept de ‘patrimoine commun’ est ici essentiel : on ne peut considérer ce qui ap-
partient à l’humanité tout entière comme un territoire vierge que le premier arrivé peut
s’approprier ou exploiter à sa guise. Les ressources de la Terre appartiennent à toutes
les générations.
b Une solution à ce problème est de charger des individus d’intervenir au nom des
générations futures. Certains ont proposé la création d’un bureau de tutelle pour
représenter les générations futures aux niveaux national, régional et international.
La justice commande de donner la parole à ceux qui ne peuvent faire entendre leur
voix. Il faut donc créer des mécanismes institutionnels qui rendent effectif l’exercice
de nos responsabilités envers les générations futures. Commentez cette option. Prenez
l’exemple de la Commission des générations futures, instituée dans un État membre de
l’UNESCO. Examinez s’il serait possible d’adopter une approche analogue au niveau
international et de quelle façon, par exemple en créant une Commission de l’ONU.
Analysez les avantages et les inconvénients.
68
MODULE 17
Plan du cours
1 Éthique et environnement : le concept de nature
a La relation entre bioéthique et problèmes environnementaux
b Historique
3 Le concept de durabilité
a Une nouvelle éthique de la conservation et de la ‘bonne intendance’
b Qu’est-ce que le développement durable ?
69
COURS DE
BASE
DE BIOÉTHIQUE Manuel de
l’enseignant
1 Éthique et environnement : le concept de nature
a Les préoccupations éthiques concernant l’environnement
i Caractéristiques de ces préoccupations :
∆ le champ des préoccupations éthiques s’étend au-delà de la communauté et de
la nation pour englober aussi le règne animal et l’ensemble du monde naturel
∆ interdisciplinaire
∆ pluriel : différentes approches
∆ planétaire : la crise écologique est un problème mondial
∆ révolutionnaire : remise en question de l’anthropocentrisme propre à
l’éthique moderne
b Historique
i Premiers diagnostics d’une crise écologique dans les années 1960 et 1970
ii Rapport du Club de Rome (Les limites de la croissance) en 1972
iii Première Conférence des Nations Unies sur l’environnement à Stockholm en 1972
iv Naissance de l’éthique de l’environnement dans les années 1970
v Sommet planète Terre tenu à Rio en 1992
vi Déclaration du Millénaire adoptée par les Nations Unies en 2000 : au cœur de
nos préoccupations concernant l’environnement, il y a le souci d’éviter à
l’ensemble de l’humanité, et surtout ‘à nos enfants et à nos petits-enfants’, ‘d’avoir
à vivre sur une planète irrémédiablement dégradée par les activités humaines et
dont les ressources ne peuvent plus répondre à leurs besoins’
vii Déclaration du Millénaire – l’objet des préoccupations environnementales y
est clairement désigné : ‘les modes de production et de consommation qui ne
sont pas viables à l’heure actuelle’
2 Perspectives éthiques
Il existe plusieurs écoles en matière d’éthique de l’environnement. Elles diffèrent en
ce qui concerne (1) l’étendue des obligations humaines envers le monde extérieur ; (2)
la méthodologie éthique ; (3) le contexte culturel.
70
MODULE 17
c Principes fondamentaux de l’éthique de l’environnement
i Justice environnementale
∆ les avantages et les charges liés à l’environnement devraient être partagés de
manière égale
∆ des possibilités de participer à la prise de décision sur les questions relatives
à l’environnement devraient être offertes à tous sur un pied d’égalité
ii équité intergénérationnelle
Chaque génération devrait laisser à la suivante des chances égales de mener une exis-
tence heureuse, et lui léguer par conséquent une planète saine (voir le module 16).
3 Le concept de durabilité
a Déclaration de Johannesburg sur le développement durable (2002)
Il importe d’adopter une nouvelle éthique de la conservation et de la bonne gestion,
axée sur :
i des mesures visant à enrayer les changements climatiques planétaires (réduction
des émissions de gaz à effet de serre)
ii la conservation et la gestion de tous les types de forêts
iii une meilleure utilisation des ressources en eau
iv l’intensification de la coopération en vue de réduire le nombre de catastrophes
d’origine naturelle ou humaine et leurs effets
v des changements fondamentaux pour les personnes vivant dans l’abondance
vi un accès équitable aux ressources
71