Micro-fiscalité pour PME au Maroc
Micro-fiscalité pour PME au Maroc
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REVUE ECONOMIE & KAPITAL N°8 Printemps 2016
Résumé
Partout dans le monde, « les PME représentent plus de 95% des entreprises, 60 à 70%
des emplois. Toutes les économies des pays de l’OCDE leur doivent une grande partie
de leur création d’emploi ». Le Maroc ne fait pas exception, les PME représentent
plus de 92% de l’ensemble du tissu économique et contribuent d’une manière
déterminante dans le développement du pays. Cependant, la petite entreprise au
Maroc, voit sa croissance entravée par une structure financière fragile et un mode de
gestion entrepreneuriale familialiste. Les mesures d’encouragement doivent se
renforcer pour la création des micro-entreprises. Or, au lieu de s’inscrire dans cette
voie, la fiscalité marocaine, à contrario, a réduit de nombreuses exonérations fiscales.
Par ailleurs, les avantages que procure la fiscalité marocaine, restent insuffisants,
moins attractifs et peu lisibles pour faire face à l’informel. L’irradiation de ce
phénomène ne saurait se faire uniquement par la sanction. L’environnement
économique doit susciter les réflexes pour que s’opère naturellement le transfert des
activités informelles vers la sphère officielle.
Aujourd’hui, on constate que par sa rigidité et ses taux élevés, l’impôt sur les sociétés
constitue un facteur qui dissuade les entreprises du secteur informel de rallier la
sphère officielle. De ce fait, l'objectif de la mise en place d'une fiscalité adaptée à la
petite entreprise est plus qu’une nécessité : La micro-entreprise doit disposer d’une
micro-fiscalité.
Une micro-comptabilité est aussi envisageable, il faut prévoir une tenue de comptes
plus que simplifiée. La micro-comptabilité permettrait à la toute petite entreprise
d’établir ses situations. Les états comptables ainsi obtenus serviront à produire des
indicateurs de gestion pour les petits entrepreneurs et à recourir ainsi, aux
financements bancaires tant décriés par les petites entreprises pour leur inaccessibilité.
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Bien que l’importance des PME et des micro-entreprises marocaines, tant au niveau
social qu’au niveau économique soit indéniable, ce type d’entreprise n’ont pas retenu
l’importance qu’elles méritent auprès des pouvoirs publics.
Si utiles aux économies, les petites entreprises sont également essentielles au
développement régional des territoires du fait que les PME y jouent un rôle important
dans la dynamique économique et sont de véritables facteurs de promotion de l’emploi
et de partage des richesses.
L'environnement économique marocain a été marqué par la multiplication des petites
et moyennes entreprises et micro-entreprises depuis l’indépendance. Ces petites
entreprises ont réussi, tant bien que mal, à s'imposer comme étant l'une des forces
principales du développement économique du pays. Leur contribution à générer de la
richesse et de l'emploi les hisse en haut du podium.
Partout dans le monde, la petite et moyenne entreprise retient l’attention des décideurs
sans vraiment lui accorder les outils nécessaires pour son développement.
La petite et la micro-entreprise représentent une part considérable du tissu économique
des pays, elles emploient un effectif très élevé et participent de ce fait à la résolution
du fléau du chômage. Certes, leur contribution au PIB reste très faible.
Le tissu économique national est constitué d'un grand nombre d'entreprises de taille
réduite voire-même microscopique. Ayant connu un essor particulièrement favorable
au début des années 90, ces petites entités économiques n'ont cessé de proliférer.
Elles offrent de fortes potentialités en matière de création d'emplois et de dynamisation
du marché de travail : ces potentialités sont néanmoins peu développées en raison de la
faiblesse des moyens humains, techniques et financiers dont souffrent en général les
PME. La précarité de leurs structures de production et de gestion et le manque de
maîtrise du marché limitent aussi leur essor et leur impact.
La PME occupe une place importante puisqu’elle représente 93% du tissu économique
marocain », explique Alsina Gonzalez. De plus, elle occupe 46% des salariés et
représente 30% des exportations. La PME s’adjuge 33% des investissements nationaux
et participe à hauteur de 38% à la production. Cependant, sa participation au PIB ne
dépasse guère les 20% alors que dans d’autres pays, elle est de 60%.9
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Economiste N° :3277 du 17/05/2010 : Albert Alsina Gonzalez : Directeur du Fonds Méditerrania
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Etude sur : Le Dynamisme de la micro-entreprise au Maroc. Bachir Hamdouchi avec la collaboration de : Abdellah
Berrada et Mohamed Mahmoudi. Page : 26
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Il est même possible dans certains CRI comme celui de la Région du Grand-Casablanca, de faire une grande partie des
formalités en ligne (par intranet).
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Banque Mondiale et Ministère de l’Industrie, du Commerce et la mise à niveau de l’économie (Juin 2005).
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Le tableau suivant donne une idée de la perception qu’ont les micro- entrepreneurs de
la fiscalité selon la branche d’activité (enquête Casablanca).13
Tableau n°3: Perception du poids de la fiscalité par les ME selon la branche
d’activité (en %)
Secteur d’activité Obstacle Obstacle Ne constitue pas un
majeur mineur obstacle
Agriculture 37,5 --- 62,5
Elevage 18,18 27,27 54,55
Boulangerie 71,43 ---- 28,57
Fabrication article en toile 66,67 20 13,13
Fabrication article en tissu 66,67 11,67 21,67
Fabrication article en cuir 57,14 9,52 33,33
Fabrication article en bois 62,50 50,00 32,51
Imprimerie 77,78 22,22 ---
Plastification 53,85 30,77 15,38
Matériaux de construction 60 13,33 26,67
Matériel en fer 40,91 27,27 31,82
Article en Or ou argent 70,59 5,88 23,53
Produit chimique 42,11 15,79 42,11
Commerce 65,14 14,68 20,18
Service 54,14 14,92 30,94
Services santé 42,86 14,29 42,86
Ambulants 4,65 4,65 90,7
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S’il opte pour le régime du résultat net simplifié et en supposant que ses
charges s’élèvent à 80 000 DH (loyer du local, frais de déplacement, eau,
électricité, téléphone, achats de fournitures…), Son bénéfice sera alors de :
250 000 (-) 100 000 = 150 000 dh. L’impôt à payer dans ce cas s’élèvera alors
à : 150 000 x 34% (-) 17 200 = 33 800, 00 dh.
Au cas où il opterait pour le régime du bénéfice forfaitaire, il devrait s’acquitter
d’un IR de 8 860 DH, soit une économie de : 33 800 (-) 8 860 = 24 940,00 DH
par rapport au résultat net simplifié.
Cette différence de taille s’explique par le mode de calcul de la base imposable dans le
régime du bénéfice forfaitaire. Celle-ci est obtenue en appliquant au revenu réalisé un
pourcentage fixé par l’administration selon la nature de l’activité exercée. Ce
pourcentage peut aller de 0,8% à 60%. Dans notre exemple, nous avons retenu un taux
de 20% fixé par le fisc pour plusieurs activités (exploitants de café, électriciens,
opticiens…). Il faut toutefois savoir qu’il y a une base imposable minimale dans le
régime du bénéfice forfaitaire. Elle est obtenue en multipliant la valeur locative de
l’adresse fiscale du travailleur par un coefficient correspondant à l’année de
construction de l’immeuble du contribuable. Dans notre exemple, nous avons fixé un
loyer annuel de 60 000 DH pour un appartement datant de l’année 2000 (coefficient de
1,27), soit une base imposable minimale de 76 200 DH. Ce seuil est plus élevé que les
20% des revenus annuels déclarés (250 000 DH), il sera donc retenu pour l’application
du barème de l’IR : 76 200 x 30% (-) 14 000 = 8 860,00 dh DH.
Dans ce cas de figure, le régime du bénéfice forfaitaire est de loin plus avantageux
financièrement. Il y a aussi un autre avantage : le contribuable est dispensé de la tenue
d’une comptabilité. Cela dit, il est obligé de présenter les pièces justificatives de ses
charges. En effet, tout achat de bien ou de service effectué auprès d’un fournisseur
soumis à la taxe professionnelle doit être justifié par une facture ou toute autre pièce
probante établie au nom du contribuable. Elle doit inclure en plus des indications
d’ordre commercial, d’autres renseignements à l’instar de l’identité du vendeur ou du
numéro d’identification fiscale.
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Notons que la Loi de finances de 2014 avait imposé aux contribuables soumis à ce
régime de tenir un registre des recettes et des dépenses qui devait être obligatoirement
numéroté et paraphé par un responsable relevant du service d’assiette de la Direction
régionale des impôts du lieu du domicile fiscal. Il devait inclure, à une fréquence
quotidienne, toutes les sommes versées au titre des achats, appuyées de pièces
justificatives, ainsi que celles générées par l’activité exercée. Mais cette obligation a
été abrogée par les dispositions fiscales de la Loi de finances de 2015 suite aux
doléances des contribuables.
14 Extrait de l’article : Les freins au développement des PME. Economiste N° 3277 du 17/05/ 2010.
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L’environnement économique doit susciter les réflexes pour que s’opère naturellement
le transfert des activités informelles vers la sphère structurée.15
Aujourd’hui, on constate que par sa rigidité et ses taux élevés, les impôts constituent
une entrave qui dissuade les petites entreprises du secteur informel à se ranger en
sphère structurée.
La mise en place d’une micro-fiscalité adaptée et attractive est une nécessité absolue.
Un régime spécifique doit être conçu spécialement aux petites entreprises, où l’impôt
deviendrait une contribution très acceptable et les déclarations fiscales très allégées.
15 Guide fiscal pour les PME. Guides de la CGEM. Edito. Mohamed Hdid : Président de la commission fiscale. Mars 2010.
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Force est de reconnaître que l'appareil d'aide aux PME et surtout aux petites
entreprises qui veulent se structurer et intégrer le secteur formel est encore trop
modeste. Qu'il s'agisse des services publics ou du système bancaire, il y a encore
beaucoup à faire.
L'accompagnement personnalisé des créateurs de petites entreprises est déterminant
pour la pérennité de leurs entreprises créées.
Qu'il s'appelle parrainage ou coaching, l'appui d'un chef d'entreprise plus expérimenté
est en effet un apport irremplaçable.
À ces réseaux d'appui à la création de repérer, au sein de leur vivier d'entrepreneurs
accompagnés, les entreprises à potentiel. À eux d'élargir en conséquence les
compétences et les expertises dont ils disposent pour mieux accompagner le
développement de ces PME.
Les initiatives privées ont fait la preuve de leur efficacité. Les mesures
d’encouragement doivent être assez stimulantes pour inciter chacun à tenter sa
chance, à créer et à innover.
La réussite individuelle ne lèse pas les autres, bien au contraire, le créateur d'entreprise
qui réussit apporte à la collectivité des emplois, des impôts, des cotisations sociales et
des investissements. Dans une certaine mesure, il fait coordonner l'intérêt individuel et
l'intérêt général, ce qui garantit le dynamisme de chacun.
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détenue à plus de 25% du capital ou des droits de vote par une entreprise, ou
conjointement par plusieurs entreprises.16
Par ailleurs, les PME doivent répondre aux deux conditions suivantes : - avoir un
effectif permanent ne dépassant pas 200 personnes, - avoir réalisé, au cours des deux
derniers exercices, soit un chiffre d’affaires hors taxes inférieur à 75 millions de DH,
soit un total de bilan inférieur à 50 millions de DH.
Cette même charte propose également des critères spécifiques aux entreprises
nouvellement créées (c'est à dire celles qui ont moins de deux années d'existence) :
sont considérées comme PME les entreprises ayant engagé un programme
d’investissement initial inférieur à 25 millions de DH et respectant un ratio
d’investissement par emploi inférieur à 250 000 DH. Les PME au Maroc en
chiffres : 40 000 à 70 000 PME (selon les sources) 98 % du tissu productif national 50
% des emplois privés 40% de la production 30 % des exportations 40% des
investissements privés 21 % de la valeur ajoutée globale.17
La micro-entreprise est une entreprise individuelle soumise à un régime d'imposition
fiscal forfaitaire (et non pas réel) en raison de son faible niveau de chiffre d'affaires.
Le bénéfice taxable de la micro-entreprise est égal à un pourcentage de son chiffre
d'affaires.
La micro-entreprise n'est pas une forme juridique d'entreprise. Il s'agit simplement
d'un régime fiscal spécifique auquel sont soumises d'office les petites entreprises
individuelles. L'entrepreneur individuel soumis au régime de la micro-entreprise n'a
pas besoin de déposer une déclaration de résultat : il porte seulement le montant de son
chiffre d'affaires sur sa déclaration annuelle de revenus. L'entrepreneur n'a pas besoin
de tenir une comptabilité qu'il devrait communiquer chaque année au fisc. Cette
simplicité constitue le principal avantage de la micro-entreprise.
Dans certains cas, les créateurs d'entreprises peuvent opter pour un statut encore plus
simple, et parfois plus avantageux fiscalement : celui de l'autoentrepreneur. A ce sujet,
voir les différences entre micro-entreprise et auto-entrepreneur.
16
Publié dans le Bulletin officiel N° 5036- du 27 JOUMADAII 1423 (5-9-2002).
17
« Les PME marocaines face au défi de la mise à niveau » Ambassade de France au Maroc- mission économique de rabat
18 août 2004
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Extrait du rapport de recherche : Dynamisme de la micro-entreprise au Maroc. Bachir Hamdouchi avec la collaboration de
Abdellah Berrada et Mohamed Mahmoudi. Page 39
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A titre de Benchmark, nous avons jugé illustratif de présenter les régimes fiscaux
applicables en France, largement plus attractifs que les impositions prévues par la
législation fiscale marocaine.
II/ La micro-entreprise en France
La petite entreprise continue de contribuer d’une manière très significative au PIB
français et à la création d’emplois et ce malgré, le développement économique du
pays. La législation fiscale, accorde un traitement spécifique très encourageant aux
créations des micro-entreprises et aux auto-entrepreneurs.
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L’article 102 ter3 CGI fixe le régime déclaratif spécial pour les bénéfices non
commerciaux (BNC), ce régime est appelé "régime micro BNC". Le bénéfice
de ce régime est réservé aux contribuables percevant des revenus non
commerciaux n’excédant pas, au cours d’une année civile, 32 600 € hors taxes
(depuis 2011 et au moins jusqu'en 2013). Dans ce cas, le montant brut des
recettes annuelles est diminué d’une réfaction forfaitaire de 34 % depuis 2006
(37 % auparavant).
L’article 50-02 CGI fixe le régime de la micro-entreprise pour les entreprises
artisanales, commerciales ou industrielles, c'est-à-dire pour les bénéfices
industriels et commerciaux (BIC), ce régime est appelé « régime micro BIC ».
Ce régime est réservé aux entreprises dont le chiffre d’affaires annuel n’excède
pas :
81 500 € hors taxes s’il s’agit d’entreprises dont le commerce principal est de vendre
des marchandises, objets, fournitures et denrées à emporter ou à consommer sur place
ou de fournir le logement. Dans ce cas, le chiffre d’affaires hors taxes est diminué d’un
abattement forfaitaire de 71 % depuis 2006 (72 % auparavant). 32 600 € hors taxes
dans les autres cas de BIC. Dans ce second cas, le chiffre d’affaires est diminué d’un
abattement forfaitaire de 50 % depuis 2006 (52 % auparavant). Si l'activité se répartit
dans les 2 rubriques (81k et 32k€), le CA total ne doit pas dépasser le seuil 81k et le
CA de la rubrique 32k ne doit pas dépasser le seuil 32 k €. Dans tous les cas, le
montant minimum de l’abattement appliqué sera de 305 €.
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Chaque membre d'un même foyer fiscal peut bénéficier du régime des micro-
entreprises à raison des activités qu'il exerce.
Calcul de la limite de chiffre d'affaires pour les entreprises dont l'activité est mixte
lorsque l'activité d'une entreprise se rattache à la fois à la vente et à la prestation de
services, le régime des micro-entreprises n'est applicable que si son chiffre d'affaires
hors taxes global annuel n'excède pas 82 200 euros et si, à l'intérieur de ce plafond,
le chiffre d'affaires afférent aux prestations de services n'excède pas 32 900 euros hors
taxes.
Fonctionnement du régime de la micro-entreprise
Les entreprises imposées selon le régime de la micro-entreprise bénéficient de plein
droit d'une franchise de TVA. Cette franchise permet à l'entreprise de ne pas facturer
la TVA sur les livraisons ou les prestations de service à destination du consommateur
final.
Lors de la facturation, l'entreprise doit préciser sur la facture « TVA non applicable,
article 293 B du CGI ».
Le régime de la franchise fait obstacle à la récupération de la TVA payée sur les achats
en amont. De plus, étant exclue de la TVA, l'entreprise doit reverser une partie de la
taxe antérieurement déduite lorsqu'elle était assujettie.
Détermination du bénéfice
Abattement forfaitaire pour frais et charges
Les contribuables sont imposés sur un bénéfice net calculé après application d'un
abattement forfaitaire pour frais. Cet abattement intègre toutes les charges exposées
par l'entreprise dans le cadre de son exploitation (charges sociales, salaires, loyers de
location, etc.).
Les entreprises exerçant une activité d'achat-revente ou de fourniture de logement ont
un taux d'abattement de 71 %.
Ce taux est de 50 % pour les prestations de services et de 34 % pour les titulaires de
bénéfices non commerciaux (BNC : professions libérales, agents commerciaux par
exemple).
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Obligations et formalités
Les entreprises placées sous le régime micro doivent tenir un livre-journal présentant
au jour le jour le détail des recettes professionnelles.
En outre, celles dont le commerce principal est la vente de marchandises ou la
fourniture de logements ont l'obligation de tenir un registre annuel présentant le détail
de leurs achats.
Les entreprises ont l'obligation de conserver l'ensemble des factures et des pièces
justificatives relatives aux achats, ventes et prestations de services qu'elles ont réalisés.
Elles doivent porter directement sur leur déclaration d'impôt sur le revenu n° 2042, le
montant du chiffre d'affaires annuel et des informations nécessaires à la détermination
de l'assiette de la contribution économique territoriale.
Au-delà d'un certain chiffre d'affaires, la déclaration doit, obligatoirement, être faite en
ligne.
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Imposition du bénéfice
Le chiffre d'affaires est soumis à l'impôt sur le revenu après un abattement forfaitaire
de 71%, 50% ou 34% suivant la nature de l'activité.
Charges sociales
A compter du 1er janvier 2016, les micro-entrepreneurs sont placés d'office sous le
régime du micro-social simplifié des auto-entrepreneurs : ils acquittent un prélèvement
social libératoire calculé en pourcentage de leur chiffre d'affaires.
Ils peuvent aussi opter pour le régime de droit commun des TNS et acquitter
les cotisations sociales RSI sur leur chiffre d'affaires, déduction faite des abattements
précisés ci-dessus.
TVA
Les micro-entreprises sont exonérées de TVA et bénéficient donc de la franchise en
base de TVA. Mais elles peuvent opter pour l'assujettissement à la TVA. Dans ce cas,
leur bénéfice n'est plus imposable selon le régime « micro » mais selon le régime du
réel.
Formalités : Le contribuable soumis au régime « micro » doit simplement porter le
montant de son chiffre d'affaires sur la déclaration de revenus, l'abattement étant
appliqué par l'administration. Il doit enfin porter sur les pages numérotées d'un livre-
journal le détail des recettes et des achats.
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Nos conseils
Avant de choisir le statut de la micro-entreprise, les créateurs ont tout intérêt à évaluer
le montant prévisionnel de leur chiffre d'affaires et de leurs charges, et à calculer
ensuite leur revenu net de charges et d'impôts.
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Vous devrez porter directement le montant du chiffre d'affaires ou des recettes réalisées
au cours de l'année ainsi que le cas échéant le montant des plus-values sur votre
déclaration d'impôt sur le revenu n°2042 complémentaire (2042C) de l'année suivante.
L'impôt est déterminé en appliquant le barème progressif de l'impôt sur le revenu au
montant du chiffre d'affaires ou des recettes après abattement.
Dans quels cas perdez-vous le bénéfice du régime fiscal « micro-entreprise » ?
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Une réflexion a été menée il y a quelques années sur les problèmes et les besoins de la
petite et moyenne entreprise (PME). Un Livre Blanc10 a été publié. Il fait d’abord, à
travers un état des lieux, un diagnostic de l’environnement défavorable au développement
de la PME : un ensemble d’obstacles et de contraintes institutionnelles, réglementaires et
financières qui grèvent la compétitivité et la croissance de la PME.
Il propose ensuite une politique générale de la PME : une stratégie, des mesures et des
instruments de mise en œuvre19.
L’application est en cours et va bon train à travers la promulgation de lois et règlements
et la création d’organismes, particulièrement l’Agence Nationale pour la Promotion de la
Petite et Moyenne Entreprise (ANPME) qui est chargée de la mise en œuvre de la
politique du gouvernement dans ce domaine.
La compétitivité et le développement de la micro et petite entreprise (MPE) ont besoin
d’une démarche du même genre, mais adaptée à sa situation. D’ailleurs le Livre Blanc
adopte une définition large de la petite et moyenne entreprise (PME), à travers trois
critères quantitatifs (et trois autres qualitatifs) qui couvrent à la fois la Moyenne
Entreprise (ME), la Petite Entreprise (PE) et la Très Petite Entreprise (TPE)20 :
TPE, PE, ME :
Effectif < 25 personnes < 100 personnes < 200 personnes
Chiffre d’affaires < 5 MDH < 25 MDH < 50 MDH
Total bilan < 5 MDH < 15 MDH < 30 MDH
Ainsi, il n’y a pas de limite inférieure à la taille de la TPE et étant donnée la définition
que nous avons adoptée de la MPE dans la présente étude (<50 personnes), notre MPE
est à cheval sur la TPE et la PE.
En revanche, étant donné les particularités et les problèmes spécifiques de la micro
entreprise mis en relief dans la présente étude, elle ne nous semble pas tout à fait adaptée
à sa situation, à commencer par le problème du financement.
19
Ibid. p.75, reproduit du rapport : Dynamisme de la micro-entreprise Au Maroc. Option Citée.
20
Libre Blanc – PME, op. cit., p.53.
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Les institutions de micro crédit, qui se sont beaucoup développées au cours de la dernière
décennie au Maroc, semblent plus adaptées à l’activité des micro- entreprises,
particulièrement féminines qui en sont les principales bénéficiaires. Elles pourraient
élargir leur champ d’action et augmenter les montants des crédits accordés. Elles ont
besoin pour cela de refinancement et de soutien du système bancaire. Un fonds de
refinancement de 1 milliard de dirhams 10 Ministère des Affaires Générales du
Gouvernement.
21 Il existe 13 associations de micro crédit et les flux financiers atteignent 1,3 milliards
de dirhams (environ 140 millions de dollars US) pour 600.000 bénéficiaires.
Entre 1993 et 2003, 3,4 milliards de dirhams de micro crédits ont été distribués au Maroc
pour 1,5 million de prêts. Cf. La Nouvelle Tribune du 9 juin 2004. Voir également le
bilan de 10 années de la Fondation Zakoura de micro crédit. De même, une convention de
200 millions de DH vient d’être signée entre la Fédération Nationale de Microcrédit
(FNAM) et le Gouvernement.
D’un autre côté, l’action de diverses associations qui aident à la création et à
l’accompagnement des micros et petites entreprises à l’instar de l’AMAPPE22 semble
mieux adaptée. Il faudrait les soutenir et en stimuler la multiplication et la coordination
de l’action.
Aussi, nous proposons d’agir dans le cadre de deux volets : un volet général et un volet
spécifique.
Un volet général : Amélioration du climat de l’investissement avec une attention
particulière aux MPE. Il s’agit d’améliorer le climat général de l’investissement au
Maroc. Les problèmes sont connus23:
Financement : accès et coût
Foncier : accès et coût
Fiscalité : complexité et inégalité
Système judiciaire : problème de gouvernance
Problématique de l’éducation, de la formation et du marché du travail
21
Association Marocaine d’Appui à la Promotion de la Petite Entreprise
22
Initiative Nationale pour le Développement Humain vont dans cette voie.
23
Cf. Livre Blanc PME, op.cit. ; Banque Mondiale et Ministère de l’industrie, du commerce et de la mise à niveau de
l’économie (Juin 2005).
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Les micro- entreprises stricto sensu d’une à deux ou trois personnes : travailleur
indépendant avec ou sans un apprenti et éventuellement un associé ou un autre salarié.
Il s’agit le plus souvent de métiers de services (plombiers, peintres…) ou de l’artisanat.
Elles peuvent avoir un local professionnel ou pas et ont généralement un outillage
rudimentaire. C’est de l’économie sociale, des unités génératrices de revenu, de lutte
contre la pauvreté et la précarité. Elles représentent près des neuf-dixièmes des MPE.
Le micro crédit est adapté à leur financement ainsi que les services complémentaires que
fournissent de plus en plus les associations de micro crédit ou d’autres ONG. Mais il y a
là un problème de dimension. Les sociétés de micro crédit, malgré leur développement
rapide, sont loin d’être en mesure de répondre aux besoins de la masse de ces MPE.
Il faudrait une action nationale d’envergure. Les actions menées dans le cadre de l’INDH.
24
Idib. et RDH 50 (2005).
44
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La Fédération des PME-PMI n’est d’ailleurs pas très satisfaite de son action en faveur de
la mise à niveau des PME et considère qu’il y a encore de nombreux « freins au
développement de la PME marocaine ».
L’objectif pourrait être de les soutenir pour rejoindre les petites entreprises (de 10
personnes et plus), taille critique à partir de laquelle les performances deviennent
significatives. Elles représentent 10% des MPE, et la tranche des 6-9, seulement 2,7%.
Une stratégie de soutien de ces TPE est accessible et serait payante. On pourrait
commencer par adapter le plafond de micro crédit pour résoudre le problème de
financement. Ceci bien sûr dans le cadre d’une stratégie intégrée de développement de la
TPE. Ainsi donc la stratégie de développement de la MPE devrait être modulée selon les
besoins de chaque catégorie d’entreprise. Elle devrait être déclinée en politiques et en
plans d’action à moyen terme dont la conception et la mise en œuvre se feraient en
partenariat avec tous les acteurs concernés, à commencer par les entrepreneurs des MPE,
leurs organisations représentatives et les ONG qui les soutiennent leur développement est
possible. Il impulsera celui du Maroc.
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CONCLUSION
Nul doute que les petites entreprises, jouent un rôle considérable sur le plan économique
et sur le plan social, il faut donc leur préparer un environnement favorable pour leur
faciliter la création et leur permettre un développement soutenu.
Il faudra y mettre du cœur, de la raison, une volonté à toute épreuve et un suivi sans
failles.
Les réformes entreprises depuis une dizaine d’années, les chantiers de l’INDH et ceux à
ouvrir pour le développement du tissu économique national pour résorber le problème de
chômage, doivent être accompagnées par des efforts d’incitations et des allègements
fiscaux à même d’encourager les créations des petites entreprises.
Au Maroc, les petites entreprises représentent un salut pour l’économie du pays, elles
méritent un traitement fiscal spécifique.
« Il faudrait par ailleurs veiller, dans le cadre de la réforme fiscale, à garder au système sa
simplicité, et éviter, pour répondre à des problèmes conjoncturels d’équilibre des finances
publiques, de perdre en visibilité et en lisibilité avec la création d’une multitude de
prélèvements au gré des circonstances »25.
Les contribuables marocains subissent une pression fiscale sans aucune proportion à leur
capacité contributive. Elle conduit à des “dégâts considérables” sur l’économie et l’état
d’esprit des entrepreneurs.
Il faut repenser le système fiscal marocain pour le rendre équitable socialement et
efficace économiquement.
Il faut éviter que la fiscalité décourage les activités économiques. Pour le Maroc, pays en
développement, l’imposition des revenus et des bénéfices ne doit pas freiner les
initiatives privées de création d’emplois.
La priorisation de la fonction classique de l’impôt comme pourvoyeur de recettes fiscales
peut conduire aux abandons des autres rôles de l’impôt et qui décourageraient les
initiatives de création de petites et des micro-entreprises.
25
Extrait du rapport du Conseil économique et social : Saisine N° 9/2012 : Développement économique et cohésion sociale.
Page 155.
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REVUE ECONOMIE & KAPITAL N°8 Printemps 2016
BIBLIOGRAPHIE
Ouvrages
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Aouid.B. Fiscalité de l’entreprise marocaine. Edition 2011.
Françoise Ferré Edition. Fiscalité des entreprises et des particuliers Lexifac 2015.
Grandquillot. B. F La fiscalité française 2016. 21ème Edition Edition les Zoom’s.
Rivoli.J : Vive l’impôt Edition Seuil 1965.
Mémoires et thèses
Gestion fiscale des entreprises marocaines. Rahim Ettor. Editions universitaires
européennes. Berlin 2011.
Contrôle fiscal au Maroc : Organisation et pratique de vérification comptable. Said
Ouchakou. Paris Panthéon 2006.
Le processus de décision fiscale au Maroc. Nourredine Bensouda. Paris Panthéon
2001.
Les garanties du contribuable dans le contrôle fiscal en droit marocain. Khalil
Haloui. Université de Grenoble 2006.
Rapports et articles
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Rapport du conseil national économique et social : Développement économique et
cohésion sociale. Auto-sainine N° 9 de l’année 2012.
Rapport : Dynamisme de la micro-entreprise au Maroc. Bachir Hamdouchi
Economiste N° 3277 du 17/05/2010.
Rapport sur les dépenses fiscales 2014. WWW. Finances. Gov.ma
Communication : Structure de la fiscalité marocaine entre les considérations
d’équité sociale et d’efficacité économique. Colloque AMSE Wf : N° 2013/2014.
Auteurs : Meryem Chiadmi, Mohamed Karim et Meriem Obada : Professeurs
FSJES Rabat Soussi.
Sources réglementaires :
Code général des impôts.
Notes circulaires des lois de finances.
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