Actions Propres et Consolidation
SigmaConso
Allen White
Les actions propres d’une société sont des actions émises et ultérieurement détenues par celle‐ci, en
vue soit de les annuler soit de les revendre.
En consolidation, la notion d’actions propres doit toutefois être considérée dans un contexte élargi à
la dimension d’un groupe de sociétés.
On distingue en fait trois situations que l’on peut schématiser comme suit :
M M M
S S S
Cas 1 Cas 2 Cas 3
La société M est la société consolidante du groupe et nous supposerons la société S contrôlée par M.
Dans le cas 1, la société M détient une partie de ses actions tandis que dans le cas 2, c’est la société S
qui détient une partie de ses propres actions.
Dans le cas 3, la société S détient des actions de la société consolidante M.
Du point de vue de la consolidation, ces trois configurations appellent des remarques spécifiques
concernant le pourcentage de contrôle, le pourcentage financier ou droit aux dividendes, ainsi qu’au
niveau de certains traitements comptables.
Cet article aborde ces différents sujets.
Cas 1 La société consolidante M détient une partie de ses propres actions
En consolidation, c’est le cas le plus simple.
Il n’y a pas de question particulière à se poser en matière de pourcentage de contrôle ni en matière
de pourcentage financier.
Par contre, il peut être utile d’attirer l’attention du lecteur sur les points suivants.
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Le traitement comptable des actions propres
Selon les normes IFRS, la société comptabilisera le montant des actions propres ainsi détenues en
diminution de ses capitaux propres, sur un poste de réserves dédié à cette finalité. Ce poste sera
donc débiteur au passif.
Par contre, si la consolidation est établie selon des normes non IFRS, soit le traitement comptable est
similaire à celui exposé ci‐dessus soit le montant des actions propres est maintenu à l’actif du bilan,
généralement en placements de trésorerie.
En effet, la détention de telles actions étant en principe limitée dans le temps, il ne serait pas correct
de comptabiliser de tels montants en immobilisations financières.
Les dividendes versés par M
En matière d’affectation, supposons que le capital de M soit représenté par 100 actions, actions
propres comprises.
Supposons également que M détiennent 10% d’actions propres et décide de verser 1€ par action.
L’écriture d’affectation sera alors
Réserves 90
Dettes 90
Le dividende de 10 relatif aux 10% d’actions propres reste dans les réserves de M.
Cas 2 La société S détient une partie de ses propres actions
Reprenons la structure correspondant à ce cas
M
80 %
S
10 %
dans laquelle nous exprimons que M détient 80% des actions de S tandis que S détient 10% de ses
propres actions.
Nous supposerons par ailleurs que le capital de S est représenté par 100 actions, actions propres
comprises.
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Le pourcentage de contrôle de M dans S
Les 10 actions propres détenues par S étant privées de l’exercice du droit de vote, seuls les droits
attachés aux 90 actions restantes peuvent être exercés.
Dans ce cas, le droit de vote de M dans S est donc de
80
= 88.89%
100 ‐ 10
tandis que les Tiers, possédant 10 actions, peuvent exercer un droit de vote de
10
= 11.11%
100 ‐ 10
On notera que si M avait détenu 48 actions au lieu de 80, ses droits de vote auraient été de 48%
avant rachat par S de 10% de ses actions et 53.33% après cette transaction.
En consolidation, celle‐ci aurait induit un changement de méthode de consolidation, passant de la
mise en équivalence à l’intégration globale.
Le pourcentage financier
Dans le processus de consolidation, une question essentielle est la détermination de la quote‐part
des capitaux propres de S détenue par M.
En l’absence de ces actions propres, ce pourcentage aurait été de 80%. Par contre, dans la situation
que nous considérons, ce pourcentage devient
80
= 88.89%
100 ‐ 10
et les Tiers prennent bien sûr le complément.
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Les dividendes versés par S
Supposons que l’affectation de S consiste en le paiement d’un dividende de 1€ par action.
Comme considéré plus haut dans le cas de M, S décaissera un montant de 90, soit 80 pour M et 10
pour les Tiers.
Il convient toutefois d’être vigilent quant au traitement de ce type de transaction par les logiciels de
consolidation. Pourquoi ? La détention directe de M dans S est de 80% représentant effectivement la
possession de 80 actions sur les 100 émises par S.
Par ailleurs, le flux de dividende exprimant la variation des réserves de S est de 90, et de constater
généralement le calcul automatique suivant
80% * 90 = 72
supposant représenter le dividende perçu par M. Ce qui n’est pas correct. Il est en réalité de 80.
Tout rentre dans l’ordre si l’on déclare que le nombre d’actions émises n’est pas 100 mais 90,
lesquelles comportant toutes un droit financier. Dans ce cas, le pourcentage direct de M dans S est
naturellement de 88.89% et la quote‐part de dividendes revenant à M devient alors
88.89% * 90 = 80
soit le dividende attendu.
Elimination de la valeur de la participation en actions propres
Au cours du processus de consolidation, les réserves consolidées de chaque société se définissent
comme la différence entre d’une part le pourcentage financier indirect dans les capitaux propres de
la société et d’autre part le pourcentage financier indirect dans la participation détenue au niveau de
chaque actionnaire.
Dans le cas particulier où S détient une partie de ses propres actions, ce calcul est étendu à
l’élimination des actions propres sur base du pourcentage financier indirect que le groupe détient
dans S.
Après cette opération d’élimination, les actions propres n’apparaissent plus dans le bilan consolidé.
Goodwill sur actions propres
Considérons l’exemple suivant. S acquiert pour un prix de 300 10% de ses propres actons. Si, à ce
moment, ses capitaux propres s’élèvent à 2000, nous reconnaissons un goodwill de 100, soit
300 – 10% * 2000
Approche surprenante sans doute. Toutefois, elle l’est nettement moins si l’on suppose que ce n’est
pas S qui acquiert ces 10% d’actions mais M. Dans ce cas, le groupe reconnaît indiscutablement un
goodwill. Pourquoi ne pas le reconnaître lorsque S réalise la transaction ? Il pourrait simplement
s’agir d’une forme de portage, S disposant temporairement des liquidités et non M.
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Cas 3 La société S détient des actions de la société consolidante
La structure correspondante
M
80 % 10 %
S
va devoir subir une adaptation par l’introduction d’une société consolidante fictive (SCF), donnant
lieu à la structure nouvelle suivante
SCF
M
80 % 10 %
S
Pourcentages de contrôle
Toutes les actions conservant leurs droits de vote, le pourcentage de contrôle du groupe dans M est
de 100%, considérant le fait que S est contrôlé à hauteur de 80%.
Pourcentages financiers indirects
Force est de constater que les Tiers présents dans la société S pour 10% ont un intérêt indirect dans
la société M pour 10%. En effet, si M verse un dividende, il en revient 10% dans les comptes de S,
lesquels profitent aux Tiers pour 10%.
Par ailleurs, la structure considérée ici présente des participations croisées entre M et S, rendant le
calcul des % financiers indirects plus difficile. Ce dernier résulte en effet de la formulation suivante
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90%
pour M = 97.26%
100% - (80% * 10%)
90% * 80%
pour F = 78.26%
100% - (80% * 10%)
Ainsi les capitaux propres de la société consolidante initiale ne sont plus intégrés dans le groupe à
100% mais à 97.26%, laissant une quote‐part aux Tiers pour la raison exprimée ci‐dessus.
Comptes de SCF
La société consolidante fictive, par construction, ne possède pas de comptes.
Par ailleurs, l’on sait qu’en consolidation, le bilan consolidé présente un capital qui est celui de la
société consolidante. Cette dernière ayant été remplacée par une société consolidante fictive, il n’y a
pas de capital. Pour pallier à ce problème, nous proposons de doter cette société consolidante fictive
des comptes suivants
Participation/M C
Capital C
où C représente le capital de la société M.
Elimination du dividende M perçu par S
Nous attirons encore l’attention du lecteur sur l’élimination du dividende versé par M et perçu par F,
laquelle élimination se pratique comme dans les situations classiques, à savoir
Produits financiers D
Réserves D
où D représente le dividende brut perçu par F.
Goodwill sur la société consolidante initiale M
Dans notre exemple, supposons que le prix des 10% de titres M acquis par F soit de 300 et que les
capitaux propres de M soient de 2000. L’on constatera alors un goodwill calculé comme suit
300 – 10% * 2000
Ce goodwill suivra les mêmes règles comptables que n’importe quel goodwill constaté dans une
situation d’acquisition de titres normale.
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Conclusions
Ces trois exemples montrent que la présence d’actions propres dans un group requiert une attention
particulière.
La consolidation se complique mécaniquement au niveau du calcul du pourcentage de
contrôle et du pourcentage financier.
Les dividendes distribués et éliminés ne suivent plus nécessairement les règles classiques de
la consolidation
Les actions propres ainsi détenues s’éliminent dans les sociétés du périmètre mais pas au
niveau de la société consolidante
Et enfin, cette société consolidante cesse de l’être si une des sociétés du périmètre en
détient quelques actions.
Nous n’avons volontairement pas abordé dans cet article les changements de pourcentage
occasionnés indirectement à partir d’actions propres existantes cédées ou nouvellement acquises.
Cela est une autre histoire …
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