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De La Patience - ST Augustin

Ce chapitre résume un document sur la patience selon Augustin d'Hippone. Il explique que la vraie patience consiste à supporter les maux avec égalité d'esprit pour éviter de commettre le mal, et que la patience sert autant l'âme que le corps.

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De La Patience - ST Augustin

Ce chapitre résume un document sur la patience selon Augustin d'Hippone. Il explique que la vraie patience consiste à supporter les maux avec égalité d'esprit pour éviter de commettre le mal, et que la patience sert autant l'âme que le corps.

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De la patience

Augustin d’Hippone
De la patience
Texte établi par Raulx, L. Guérin &
Cie, 1868 (p. 294-305).
◄  De la Trinité

CHAPITRE PREMIER. DE LA
PATIENCE DE DIEU.
1. La force d’âme, la vertu qui porte le
nom de patience, est un bien grand don
de la munificence divine, puisqu’on exalte
en Dieu même cette patience avec
laquelle il attend les méchants jusqu’à ce
qu’ils se corrigent. Dieu ne peut souffrir,
ne peut pâtir ; le mot de patience vient
précisément de pâtir ; et cependant Dieu
est patient ; c’est là une de ces vérités
que nous croyons d’un cœur fidèle et que
nous confessons de bouche pour le
salut. Mais quelle est la nature, quelle est
la grandeur de cette patience d’un Dieu
qui ne pâtit pas et qui n’est pas impatient,
qui au contraire est la patience même ?
C’est ce qu’il est impossible d’expliquer
par le langage humain. Sa patience est
donc ineffable, comme son zèle, comme
sa colère, et ses autres sentiments du
même genre. Car ils ne sont nullement
en lui tels qu’ils sont en nous ; et ce n’est
pas ainsi qu’il faut les imaginer. De
même que son zèle est jaloux sans
aucun mélange d’envie, sa colère sans
aucun trouble, sa pitié sans aucune
douleur, son repentir sans réparation
d’aucune faute qu’il ait pu commettre,
ainsi il est patient sans souffrir. Mais
venons à la patience humaine, cette
vertu que nous devons comprendre et
pratiquer ; exposons en quoi elle
consiste, autant que Dieu nous donnera
de le faire, et que le permettra la brièveté
de ce discours.
CHAPITRE II. EN QUOI CONSISTE
LA VRAIE PATIENCE. SON UTILITÉ.

2. La patience de l’homme, je dis la


patience vraie, louable, celle qui mérite le
nom de vertu, consiste à supporter les
maux avec égalité d’âme, de peur que
l’inégalité de l’âme qui enfante l’iniquité,
ne nous fasse abandonner les biens
spirituels qui sont pour nous les moyens
de parvenir aux biens supérieurs. Il suit
de là que les impatients, en refusant de
souffrir. les maux, ne parviennent pas à
s’en exempter, mais plutôt à se procurer
des maux plus grands. Les patients, au
contraire, qui aiment mieux supporter le
mal sans le commettre, que de le
commettre en ne le supportant pas, font
un double gain : ils rendent plus légers
les maux qu’ils souffrent par la patience,
et ils échappent aux maux plus graves
dans lesquels ils tomberaient par
l’impatience. De plus ils évitent la perte
des grands biens de l’éternité, en ne
succombant pas sous le poids des maux
passagers du temps. Car « les
souffrances de ce temps, comme le dit
l’Apôtre, ne sont pas à comparer à là
gloire à venir qui sera manifestée en
nous » ; et encore : « Les tribulations
temporelles qui sont en même temps
légères, produisent pour nous un poids
immense et éternel de gloire ».
CHAPITRE III. GRANDEUR DE LA
PATIENCE DES MÉCHANTS.

3. Considérons, mes très-chers frères,


tout ce que les hommes endurent de
travaux et de douleurs pour les objets de
leurs passions vicieuses, pour des
choses qu’on est d’autant plus
malheureux de désirer, qu’on s’imagine
être plus heureux en les possédant. A
quels dangers ils s’exposent pour les
fausses richesses ! Quelles amertumes
ils dévorent pour les vains honneurs !
Quelle incroyable patience pour des
satisfactions puériles ! Avides d’argent,
de gloire, de débauches, rien ne leur
coûte pour se procurer ce qu’ils désirent,
et conserver ce qu’ils ont acquis. Le
soleil et la pluie, la glace, les vagues
mugissantes, la mer en furie, le métier de
la guerre, si dur et si plein d’incertitudes,
des coups, des plaies affreuses, des
blessures horribles, ils supportent tout
sans y être contraints par la loi de la
nécessité ; ils affrontent tout comme à
plaisir, et pour suivre leurs désirs
coupables. Et l’on croit que toutes ces
folies sont comme permises !

CHAPITRE IV. LES HOMMES


VAINS LOUENT CETTE PATIENCE.

En effet, l’avarice, l’ambition, la luxure, et


tout le cortège des vains amusements
sont réputés choses innocentes, dès
qu’on ne se les procure pas par quelque
crime ou forfait défendu par les lois
humaines. Il y a plus : dès qu’on ne fait
tort à personne, celui-ci peut acquérir une
fortune ou augmenter la sienne, celui-là
ambitionner les honneurs et se maintenir
au faîte, cet autre lutter dans l’arène ou
s’adonner à des choses dangereuses, cet
autre encore rechercher les
applaudissements sur la scène, et tous
pour atteindre leur but endureront peines
et fatigues de toutes sortes : le populaire,
ami des vanités, se garde bien de leur
infliger le moindre blâme ; loin de là, il les
élève jusqu’aux nues. Et ainsi, selon la
parole de l’Ecriture, « le pécheur est loué
à cause des désirs a de son âme ». La
violence de ces désirs fait supporter les
travaux et les douleurs ; et en effet,
personne ne subit volontiers des
tourments, sinon pour arriver au plaisir.
Mais, comme je le disais, ces passions
que veulent satisfaire ceux qui en sont
dévorés, au prix de tant de fatigues et
d’amertumes endurées avec tant de
patience, sont regardées comme
permises et tolérées par les lois.

CHAPITRE V. EXEMPLES DE
PATIENCE ÉTONNANTE CATILINA
ET LES VOLEURS.
4. Que dirons-nous encore ? Ne voit-on
pas des hommes se soumettre aux plus
rudes labeurs à l’occasion des crimes les
plus évidents, non pas pour les punir,
mais pour les commettre ? Lisez, dans
les auteurs profanes, la vie d’un parricide
bourreau de sa patrie, de la première
noblesse ; ils vous disent qu’il savait
supporter la faim, la soif, le froid, et que,
par une patience invincible, il avait
endurci son corps aux privations, à la
souffrance, aux veilles, dans une mesure
qui surpasse toute imagination. Que dire
des voleurs de grand chemin ? Pour
dresser dès embûches aux voyageurs,
tous passent des nuits sans sommeil, et
pour saisir l’innocent au passage, ils
tiennent attentif leur esprit criminel et
leur corps immobile, sous les cieux les
plus incléments ! Plusieurs d’entre eux, à
ce que l’on raconte, vont jusqu’à se
donner la torture les uns aux autres, afin
de se préparer au supplice par un
exercice qui n’en diffère pas. Peut-être,
en effet, le juge les tourmente-t-il moins
cruellement pour leur arracher la vérité
par les douleurs de la question, que leurs
compagnons eux-mêmes lorsqu’ils
veulent s’assurer que le supplice ne les
rendra pas traîtres. Et cependant la
patience de tous ces hommes peut
provoquer l’admiration, mais non pas la
louange. Eh ! qu’ai je dit ? Non, ni l’une ni
l’autre ; la patience n’existe pas ici.
Admirez l’obstination, niez la patience ;
car il n’y a là rien qui mérite d’être loué,
rien d’utile à imiter. Et vous jugerez avec
raison qu’une âme mérite un châtiment
d’autant plus grand, qu’elle fait servir
davantage aux vices les instruments des
vertus. La patience est la compagne de
la sagesse, et non la servante de la
concupiscence. La patience est l’amie de
la bonne conscience, et non l’ennemie de
l’innocence.

CHAPITRE VI. LA CAUSE POUR


LAQUELLE ON SOUFFRE
CONSTITUE LA DIFFÉRENCE
ENTRE LA VRAIE ET LA FAUSSE
PATIENCE.
5. Lorsque vous voyez quelqu’un souffrir
patiemment, ne vous empressez pas de
louer sa patience, que peut seule vous
révéler la cause pour laquelle il souffre.
Si la cause est bonne, la patience est
vraie ; si cette cause n’est pas souillée
par quelque passion, vous pouvez dire
que la patience n’est pas fausse. Mais
lorsque le vice caractérise la première,
vous serez dans l’erreur en caractérisant
la seconde par son nom. De même que
tous ceux qui savent, ne sont pas pour
cela des adeptes de la science ; ainsi
tous ceux qui savent souffrir, ne sont pas
pour cela des adeptes de la patience. Les
hommes qui savent user de la souffrance
pour la vertu, voilà ceux qui méritent
vraiment le nom de patients, et la
couronne rémunératrice de la patience.

CHAPITRE VII. LES MÉCHANTS


SAVENT TOUT SOUFFRIR POUR
LA VIE TEMPORELLE. L’AME NE
PROFITE PAS SEULE DE LA MORT
ET DES DOULEURS PATIEMMENT
SUPPORTÉES ; LE CORPS EN A SA
PART.

6. Toutefois cette étonnante


persévérance des hommes à souffrir tant
de maux horribles pour leurs passions, et
même pour des crimes, nous avertit
assez de tout ce que nous devons
supporter nous-mêmes pour mener une
vie vertueuse, afin qu’elle puisse devenir
une vie éternelle, assurée du vrai bonheur
contre les limites du temps et contre tout
amoindrissement des éléments de sa
félicité. Le Seigneur l’a dit : « C’est par
votre patience que vous posséderez vos
âmes ». Il n’a pas dit : vos fermes, vos
honneurs, vos plaisirs coupables ; mais,
vos âmes. Si donc l’âme sait tant souffrir
pour posséder ce qui la fait périr,
combien ne doit-elle pas endurer pour
éviter de périr ? Et pour citer en exemple
un fait qui ne renferme. rien de criminel,
si l’âme sait tant souffrir pour sauver sa
chair entre les mains des médecins
armés du fer et du feu, combien ne doit-
elle pas souffrir pour son propre salut, au
milieu des attaques furieuses de tous
ses ennemis ? Car les médecins sauvent
le corps de la mort en le faisant souffrir,
et les ennemis du salut menacent le
corps de la souffrance de la mort, pour
précipiter dans la mort éternelle et l’âme
et le corps.

7. Il y a mieux : on veille plus


efficacement aux intérêts du corps lui-
même, lorsqu’on méprise, pour la justice,
sa santé temporelle, lorsque pour la
justice, on le livre aux tourments et
même à la mort. Car c’est de la
rédemption finale du corps même que
l’Apôtre parle, quand il dit : « Nous
poussons des gémissements intérieurs,
en attendant l’adoption qui fera de nous
des enfants de Dieu, et qui sera la
rédemption de notre corps ». Et il ajoute :
« C’est par l’espérance que nous sommes
sauvés. Mais l’espérance des choses que
l’on voit n’est pas une espérance. Car dès
que l’on voit une chose, l’espère-t-on
encore ? Si donc nous espérons les
choses que nous ne voyons pas, c’est par
la patience que nous les attendons ».

CHAPITRE VIII. UTILITÉ DE LA


PATIENCE POUR L’AME ET POUR
LE CORPS.

Ainsi, lorsque des maux nous


tourmentent sans que ces tourments
parviennent à nous faire commettre des
œuvres mauvaises, ce n’est pas
seulement notre âme que nous
possédons par la patience. Mais lorsque
notre corps même est affligé pour un
temps, et même lorsque nous le perdons
dans l’exercice de la patience, nous le
regagnons pour l’éternité, nous lui
procurons la stabilité et le salut éternel,
et par la douleur et la mort, nous lui
acquérons la santé indéfectible et
l’heureuse immortalité. Aussi le Seigneur
Jésus, exhortant ses martyrs à la
patience, leur promet l’intégrité future du
corps même, et les rassure contre la
perte, je ne dis pas d’un membre, mais
même d’un cheveu. « Je vous le dis en
vérité, un cheveu de votre tête ne périra
pas ». Et parce que personne, selon
l’expression de l’Apôtre, n’a jamais haï sa
propre chair, il arrive ainsi que l’homme
fidèle pourvoit plus sûrement aux intérêts
de sa chair par la patience que par
l’impatience, et trouve dans le gain
inappréciable de l’incorruptibilité future
une compensation aux dommages du
présent, quels qu’ils soient.

8. La patience est une vertu de l’âme ;


néanmoins l’âme l’exerce tantôt en elle-
même tantôt en son corps. Elle l’exerce
en elle-même, quand l’épreuve ne blesse
ni n’offense le corps ; quand ce sont des
actes hostiles ou des paroles
déshonorantes qui la froissent et
l’excitent elle-même à des actions ou à
des paroles inopportunes ou contraires
au bien, et qu’alors elle supporte toutes
sortes de maux sans commettre elle-
même aucun mal, soit en paroles, soit en
œuvres.

CHAPITRE IX. LA PATIENCE DE


L’ÂME.

C’est en vertu de cette patience que,


fussions-nous pleins de santé, nous nous
résignons à voir différer notre béatitude
et à vivre au milieu des scandales de ce
siècle. Et tel est le sens du texte cité tout
à l’heure : « Si nous espérons ce que
nous ne voyons pas encore, nous
l’attendons en patience ». C’est cette
patience qui fit supporter au saint roi
David les opprobres et les insultes, lui
interdit la vengeance alors qu’elle lui était
facile ; le porta à contenir lui-même la
colère d’un des siens qui partageait sa
peine, et à user du pouvoir royal pour
empêcher la vengeance plutôt que de
l’exercer. Or à ce moment, son corps
n’était tourmenté d’aucune maladie ni
atteint d’aucune blessure ; mais c’était le
temps d’être humilié, et il le reconnut ; et
il porta le poids de la volonté de Dieu
d’un cœur soumis et d’une âme patiente ;
et il but le calice amer de l’ignominie.
Cette patience, le Seigneur l’enseigna,
lorsqu’il vit les serviteurs irrités du
mélange de l’ivraie au bon grain,
disposés à l’arracher, et qu’il leur fit
connaître la réponse du père de famille :
« Laissez croître l’un et l’autre jusqu’à la
moisson ». Car il faut souffrir en patience
ce qu’on ne doit pas se hâter d’empêcher.
Enfin il donna lui-même un exemple et
une démonstration de cette patience,
lorsqu’avant de souffrir sa passion dans
son corps, il supporta Judas voleur avant
de le convaincre de trahison. Avant de
passer par les liens, la croix et la mort, il
ne refusa pas le baiser de paix aux lèvres
du fourbe. Tous ces traits, et les autres
semblables, qu’il serait trop long
d’énumérer, appartiennent à cette espèce
de patience, par laquelle l’âme supporte
courageusement non le poids de ses
péchés, mais les maux extérieurs de
toute sorte, au-dedans d’elle-même, sans
que le corps soit atteint.

CHAPITRE X. LA PATIENCE DANS


LES MAUX EXTÉRIEURS. — LES
MARTYRS ONT EU L’UNE ET
L’AUTRE PATIENCE.

Il est une autre espèce de patience. Elle a


lieu lorsque l’âme supporte toutes sortes
de tourments et de peines dans son
corps, non pas toutefois comme font les
insensés ou les méchants, c’est-à-dire
pour se procurer des choses vaines ou
commettre des crimes, mais comme
Dieu lui-même l’a déterminé, c’est-à-dire
pour la justice. Les martyrs ont soutenu
l’un et l’autre combat. Car ils ont été
rassasiés d’opprobres de la part des
impies, et c’est ainsi que l’âme, saine
dans un corps sain, endure en quelque
sorte des maux qui lui sont propres ; puis
ils ont été tourmentés dans leurs corps,
enchaînés, emprisonnés, en proie aux
horreurs de la faim et de la soif, torturés,
sciés, hachés, brûlés, égorgés. Et tandis
qu’ils souffraient ainsi dans leur chair
tout ce que peut inventer la cruauté la
plus raffinée, ils tenaient leur âme
soumise à Dieu dans un amour
inébranlable.
9. Mais il est pour la patience un combat
plus grand encore. C’est quand on cesse
d’avoir affaire à un ennemi visible qui, par
ses persécutions ouvertes et ses
violences, vous pousse au mal et vous
fournit l’occasion de lui résister au grand
jour et de remporter sur lui la victoire :
c’est quand le diable lui-même, tolet en
persécutant les fils de la lumière par les
fils de l’infidélité qui sont comme ses
organes, vous attaque secrètement lui-
même, et vous presse par ses violences
à faire quelque action ou dire quelques
paroles contre Dieu.

CHAPITRE XI. PATIENCE DU SAINT


HOMME JOB.
Telle fut l’expérience que fit Job le saint ;
tourmenté par l’une et l’autre de ces deux
tentations, il triompha de toutes les deux
par les armes de la piété et la force
inébranlable de sa patience. En effet il
perdit d’abord tout ce qu’il possédait,
avant que son corps fût touché ; et cette
tentation avait pour but de briser son
âme, par la ruine de ces choses dont les
hommes ont coutume de faire grand cas,
et de l’amener à blasphémer contre Dieu,
en voyant lui échapper ces biens qu’on
croyait être le mobile du culte qu’il lui
rendait. Le second coup qui le frappa
ensuite fut la privation subite de tous ses
enfants ; il les avait eus l’un après l’autre,
et il les perdit tous ensemble, en sorte
que leur nombre, loin d’embellir sa vie
heureuse, fut au contraire pour lui un
surcroît de malheur. Quand, après ces
épreuves, il demeura immobile dans la
fidélité à son Dieu, il s’attacha aussitôt à
la volonté de Celui qu’il ne pouvait perdre
que par sa propre volonté ; et en échange
des biens qu’il avait perdus, il saisit Celui
qui les lui avait ôtés, pour trouver en lui
un bien qui ne pût jamais périr. Car en
réalité ces biens ne lui furent pas ôtés
par celui qui avait la volonté de nuire,
mais par Celui qui avait donné le pouvoir
au mauvais.

CHAPITRE XII. LA PATIENCE DE


JOB SUPÉRIEURE A CELLE
D’ADAM.

L’ennemi s’attaqua alors au corps du


saint, et il frappa cet homme non plus
dans les choses extérieures qui lui
appartenaient, mais en lui-même et dans
la partie de son être qu’il pouvait
atteindre. Depuis les pieds jusqu’à la tête
voilà le feu de la douleur qui le brûle, les
vers qui fourmillent, le pus qui suinte ;
mais dans ce corps en pourriture l’âme
demeure intègre, les souffrances
horribles d’une chair qui tombe en
lambeaux n’entament pas sa piété, ne
lassent pas son incorruptible patience.
Une épouse est là, non pour porter aucun
secours à son époux, mais au contraire
pour lui suggérer le blasphème contre
Dieu. Car le diable, expert dans le métier
de nuire, qui lui avait enlevé tous ses
enfants, avait eu soin de lui laisser sa
femme ; le tentateur avait appris par Eve,
combien elle lui était utile. Mais ici il
n’avait pas affaire à un autre Adam, pour
pouvoir le prendre par une femme. Job
fut plus prudent au milieu des ardeurs de
la douleur, qu’Adam ne l’avait été sous
les frais ombrages du Paradis ; celui-ci
fut vaincu dans les délices, et celui-là
victorieux dans les angoisses ; le premier
céda aux caresses, le second ne céda
point aux tourments. Des amis aussi
étaient là, non pour le consoler dans ses
maux, mais pour soupçonner le mal. Car
ils ne voulaient pas croire innocent celui
qui souffrait tant, et leur langue
indiscrète l’accusait de ce que sa
conscience ne lui reprochait pas. Ainsi en
proie aux souffrances atroces du corps,
son âme était encore en butte aux
opprobres dont on le chargeait à tort. Et
lui, supportant dans sa chair ses propres
douleurs, et dans son cœur les erreurs
d’autrui, reprenait la sottise de son
épouse, enseignait la sagesse à ses
amis, et gardait en tout la patience.

CHAPITRE XIII. DÉFAUT DE


PATIENCE DES DONATISTES. ILS
PORTENT SUR EUX-MÊMES DES
MAINS CRIMINELLES, QUAND LES
CHRÉTIENS LES RECHERCHENT.

10. Qu’ils le considèrent, ceux-là qui se


donnent la mort quand on les recherche
pour leur donner la vie, et renoncent à la
vie future en se privant de la vie
présente ! Si on voulait les contraindre à
renier le Christ, ou à quelque action
contraire à la justice, comme les vrais
martyrs, ils devraient tout souffrir
patiemment plutôt que de se donner la
mort par défaut de patience. Que si cela
était permis pour éviter les tourments,
Job le saint se serait tué lui-même, pour
échapper à la cruauté du démon et se
dérober à tant de maux dans ses biens,
dans ses enfants, dans ses propres
membres. Or, il ne le fit pas. Il était bien
loin de commettre contre sa propre
personne un crime que sa femme elle-
même ne lui suggéra pas. Et si elle le lui
avait suggéré, elle aurait bien vite
entendu cette réponse qu’il lui fit quand
elle lui suggérait de blasphémer : « Vous
avez parlé comme une de ces femmes
qui sont privées de sagesse. Si nous
avons reçu les biens des mains de Dieu,
pourquoi n’en recevrions-nous pas aussi
les maux ? »

Aussi aurait-il été mis au rang de ceux


dont il est écrit : « Malheur à ceux qui
perdent la patience », s’il l’avait perdue
soit en blasphémant selon le conseil de
sa femme, soit en se tuant, ce qu’elle
n’osa lui conseiller ; et par là il aurait
augmenté ses maux, bien loin de les finir,
et aurait été jeté dans les supplices
destinés aux blasphémateurs, aux
parricides et à ceux qui sont plus que
parricides. Car si le meurtre des
parricides est d’autant plus criminel, que
ce n’est pas seulement un homme, mais
un homme de leur sang qu’ils mettent à
mort, et si entre les parricides mêmes le
crime se mesure par le degré de
proximité de celui qu’on fait mourir, celui
qui se fait mourir lui-même est le plus
coupable de tous, puisque personne ne
nous est si proche que nous.
Que pensez-vous donc faire, misérables,
lorsqu’en vous ôtant la vie vous vous
jetez dans les supplices éternels, dont
Dieu punira et l’impiété que vous
commettez contre lui, et la cruauté que
vous exercez contre vous-mêmes ?
Cependant vous prétendez aller de pair
avec les martyrs, vous dont on pourrait
toujours dire : « Malheur à ceux qui
perdent la patience », quand ce serait
pour vous soustraire à la fureur des
tyrans qui vous persécuteraient pour le
nom de Jésus-Christ que vous vous
donneriez la mort. Car comment se
pourrait-il faire que l’impatience fût
couronnée aussi bien que la patience ? et
comment celui à qui il est commandé
d’aimer son prochain comme soi-même
passera-t-il pour innocent, lorsqu’il aura
commis contre lui-même, ce qu’il lui est
défendu de commettre contre son
prochain.

CHAPITRE XIV. LA PATIENCE DES


JUSTES.

11. Que les saints écoutent donc les


préceptes de patience que nous donne
l’Ecriture « Mon fils, si tu veux entrer au
service de Dieu, conserve-toi dans la
justice, et dans la crainte, et prépare ton
âme à la tentation. Humilie ton cœur et
tiens ferme, afin que ta vie se trouve
pleine et abondante au dernier jour ;
reçois tout ce qu’il plaira à Dieu de
t’envoyer ; ne te laisse pas abattre à la
douleur, et conserve la patience lorsque
tu seras dans l’humiliation, car l’or et
l’argent s’éprouvent par le feu, et les
hommes recevables, dans la fournaise
de l’humiliation ». Et ailleurs : « Mon fils,
ne t’irrite pas contre le châtiment dont
Dieu se sert pour te corriger, et ne te
laisse pas abattre, lorsqu’il te reprend ;
car le Seigneur châtie celui qu’il aime, et
il frappe de verges tous ceux qu’il reçoit
au nombre de ses enfants ».

Ceux qu’il reçoit ainsi au nombre de ses


enfants sont ces hommes recevables
dont il est parlé dans l’autre passage ; car
il est juste qu’étant déchus de la félicité
du Paradis par l’orgueil et par une ardeur
désordonnée pour les plaisirs, ce soit par
l’humilité et par la patience dans les
maux que nous y soyons rétablis : exilés
par le mal que nous avons fait, rappelés
par ceux que nous souffrons ; ayant alors
péché contre la justice et souffrant
maintenant pour la justice.

CHAPITRE XV. SOURCE VRAIE DE


LA PATIENCE.

12. Mais il faut savoir d’où nous vient la


patience véritable et qui mérite d’être
appelée de ce nom ; car il y en a qui
l’attribuent aux forces que la volonté
humaine tire du fonds de sa liberté, au
lieu de l’attribuer à celles que lui donne la
grâce de Dieu. Cette erreur vient de
l’orgueil de l’homme, et ce sont là les
pensées de ceux dont parle le psalmiste
quand il dit : « Nous avons été la risée de
ceux qui sont riches à leurs propres yeux,
et le mépris des orgueilleux ».

Cette sorte de patience n’est donc pas


« la patience des pauvres », qui « ne périt
point » et qu’ils reçoivent de Celui qui est
souverainement riche, et à qui le
psalmiste a dit : « Vous êtes mon Dieu,
vous n’avez que faire de mes biens », de
ce Dieu « de qui vient tout don parfait et
toute grâce excellente », et à qui
s’adressent « les cris du pauvre et de
l’indigent qui loue son nom » et qui
« demande, cherche et frappe à la porte
», en disant

« Mon Dieu, tirez-moi des mains du


méchant, des mains de l’injuste qui viole
votre loi ; car vous êtes ma patience,
Seigneur, vous êtes mon espérance dès
mes plus tendres années ».

Mais ceux qui sont « riches à leurs


propres yeux », et qui ne veulent pas
reconnaître leur indigence devant le
Seigneur, aimant mieux se glorifier d’une
fausse patience que de lui demander la
véritable, « se moquent des pensées du
pauvre, qui met son espérance en Dieu »,
et ils ne prennent pas garde qu’attribuer
autant qu’ils font à leur volonté, c’est-à-
dire à la volonté de l’homme, puisqu’ils
sont hommes, c’est encourir « la
malédiction prononcée » par le Prophète
« contre ceux qui mettent en l’homme
leur espérance ».

Ainsi, lorsqu’il arrivera que pour éviter de


plus grands maux, ou de peur de déplaire
aux hommes, ou par la complaisance
que leur donnent pour eux-mêmes ces
forces prétendues de leur volonté
superbe, ils souffriront avec fermeté des
choses dures et fâcheuses, il faudra leur
dire de cette fausse patience, ce que
l’Apôtre saint Jacques dit de la fausse
sagesse, que « ce n’est pas là celle qui
vient d’en haut », mais une patience
« terrestre, animale, diabolique ». Car la
patience des orgueilleux n’est pas plus
véritable que leur sagesse ; et c’est celui
qui donne la vraie sagesse, qui donne
aussi la véritable patience, selon que lui
chantait un véritable pauvre d’esprit,
lorsqu’il disait : « Sois soumise à Dieu, ô
mon âme, car c’est de lui que vient ma
patience ».

CHAPITRE XVI. OBJECTION.

13. Mais, nous répondront-ils, si sans


aucune grâce de Dieu, et par les seules
forces du libre arbitre, les hommes sont
capables de supporter des maux si
horribles, et dans l’esprit, et dans le
corps, pour arriver à la jouissance des
biens de cette vie, et des plaisirs même
criminels ; pourquoi ne pourront-ils pas
en souffrir autant pour la justice et pour
la vie éternelle par les mêmes forces du
libre arbitre ? La nature ne lui en a-t-elle
pas donné tout ce qu’il faut pour cela,
sans qu’il ait besoin d’un secours d’en
haut ? Quoi ! dira-t-on, la volonté des
méchants sera capable, sans aucun
secours de Dieu, de souffrir, pour
l’iniquité, les tourments par lesquels ils
se préparent à tenir bon contre ceux que
les juges leur peuvent faire endurer ; la
volonté des scélérats qui cherchent à
prolonger le cours de cette misérable vie,
sera assez forte, sans aucune assistance
du ciel, pour persister, malgré la rigueur
et la longueur des plus cruels tourments,
à nier leurs crimes de peur qu’on ne les
envoyât à la mort s’ils les avouaient ; et la
volonté des justes ne le sera pas assez,
si elle n’est assistée d’en haut pour
souffrir quelques peines que ce soit par
la considération de ce qu’il y a d’aimable
dans la justice, ou par l’amour de la vie
éternelle ?

CHAPITRE XVII. — RÉPONSE.

14. Mais ceux qui parlent ainsi ne savent


pas que comme la dureté avec laquelle
les méchants supportent les maux, est
proportionnée à la mesure de la cupidité
et de l’amour du monde qui est en eux ;
de même la force des justes dans les
souffrances n’est plus ou moins grande
qu’à proportion de leur charité et de leur
amour de Dieu. Or, au lieu que la cupidité
a la volonté pour principe, se fortifie dans
le plaisir et se consomme dans la
coutume ; la charité au contraire n’a que
Dieu pour principe, étant « répandue dans
nos « cœurs », non par nous-mêmes,
mais « par le Saint-Esprit qui nous est
donné ». La patience des justes vient
donc de Celui-là même qui répand la
charité dans leurs cœurs.
Aussi voyons-nous que l’Apôtre faisant
l’éloge de la charité, entre les autres
biens qu’elle enferme, marque
expressément qu’ « elle souffre tout. La
charité », dit-il, « est patiente, et
courageuse », et un peu plus bas : « Elle
souffre tout ». De sorte que, plus l’amour
de Dieu est fort dans les justes, et
l’amour du monde dans les méchants,
plus ils souffrent avec fermeté, pour ce
qu’ils aiment les uns et les autres, tous
les maux qui leur peuvent arriver. Comme
donc la véritable patience dans les justes
vient de ce qui produit en eux l’amour de
Dieu, la fausse patience dans les
méchants vient de ce qui produit en eux
l’amour du monde.
C’est ce qui a fait dire à l’apôtre saint
Jean « N’aimez point le monde ni ce qui
est dans le monde : si quelqu’un aime le
monde, l’amour du Père n’est point en lui,
car tout ce qui est dans le monde n’est
que concupiscence de la chair, ou
concupiscence des « yeux, ou orgueil de
la vie, ce qui ne vient « pas du Père, mais
du monde ». Ainsi plus cette
concupiscence qui ne vient pas du Père,
mais du monde, sera forte et ardente
dans un homme, plus il sera capable de
souffrir avec fermeté, pour ce qu’il désire,
toutes les peines et les douleurs qui lui
pourront arriver. Cette sorte de patience,
comme nous avons déjà dit, n’est donc
pas celle qui vient d’en haut ; c’est la
patience des saints qui en vient, et qui
est un « don du Père des lumières » :
l’une est terrestre, l’autre céleste ; l’une
animale, l’autre spirituelle ; l’une
diabolique, l’autre divine ; parce que la
cupidité qui fait que les méchants se
raidissent dans leurs maux, « vient du
monde » ; et la charité, qui fait que les
saints souffrent les leurs avec force,
« vient de Dieu ».

Voilà ce qui fait que pour cette fausse


patience la volonté de l’homme suffit
sans aucun secours de Dieu, étant
d’autant plus capable de souffrir avec
cette dureté, qu’elle a plus de cupidité.
Mais pour la véritable patience, la volonté
de l’homme ne suffit pas, si la grâce ne
l’aide et ne l’enflamme ; parce que le
Saint-Esprit est son feu, et qu’à moins
d’en être embrasée jusqu’à aimer le bien
souverain et impassible, elle ne saurait
tenir bon dans les maux qui lui arrivent.

CHAPITRE XVIII. LA PATIENCE


VIENT DE DIEU.

15. Car, comme nous l’apprenons des


saintes Ecritures, « Dieu est charité, et
celui qui demeure dans la charité,
demeure en Dieu, et Dieu en lui ». Ainsi,
soutenir qu’on peut avoir l’amour de Dieu
sans le secours de Dieu, c’est
proprement soutenir qu’on peut avoir
Dieu sans Dieu. Or, je ne dis pas quel
chrétien, mais quel insensé oserait
avancer une telle extravagance ?

Voici donc, selon l’Apôtre, ce que la


véritable, la sainte et fidèle patience dit
par la bouche des saints dans les
transports de sa joie : « Qui me séparera
de l’amour de Jésus-Christ ? sera-ce
l’affliction ? les angoisses ? la
persécution ? la faim ou la nudité ? les
périls, ou le fer et la violence ? car, selon
qu’il est écrit, nous sommes tous les
jours égorgés pour l’amour de vous ; on
nous regarde comme des brebis
destinées à la boucherie. Mais dans tous
ces maux nous demeurons victorieux par
Celui qui nous a aimés ». Ce n’est donc
pas par nous-mêmes, mais « par Celui
qui nous a aimés ». Et ensuite : « Je suis
assuré », ajoute ce grand Apôtre, « que ni
la mort ni la vie, ni les anges, ni les
principautés, ni les puissances, ni les
choses présentes, ni les futures, ni tout
ce qu’il y a au plus haut des cieux ou au
plus profond des enfers, ni enfin aucune
créature ne pourra jamais nous séparer
de l’amour de Dieu en Jésus-Christ Notre-
Seigneur ». Voilà quel est cet amour de
Dieu qui est « répandu dans nos cœurs »,
non par nous-mêmes, mais « par le Saint-
Esprit qui nous est donné » ; au lieu que
la cupidité qui produit la fausse patience
dans les méchants vient « du monde, et
non pas du Père », comme dit l’apôtre
saint Jean.

CHAPITRE XIX. AUTRE


OBJECTION : RÉPONSE.

16. Mais, dira quelqu’un, si c’est du


monde que vient cette cupidité des
méchants, qui leur fait souffrir avec
fermeté tous les maux qui se rencontrent
dans la poursuite de ce qu’ils aiment ;
comment peut-on dire qu’elle vient de
leur volonté ? C’est qu’ils sont eux-
mêmes du monde et qu’ils appartiennent
au monde, parce qu’ils aiment le monde,
jusqu’à abandonner Celui qui a fait le
monde ; car « ils s’asservissent à la
créature, au lieu de servir le Créateur qui
est « béni dans tous les siècles ». Ainsi il
est clair que la volonté des méchants
vient toujours « du monde », soit que
l’apôtre saint Jean ait voulu marquer par
ce mot-là, les amateurs du monde, ou ce
qui est renfermé dans l’enceinte du ciel
et de la terre, c’est-à-dire toutes les
créatures ; parce que toute volonté de la
créature qui ne vient point du Créateur,
vient du monde.

C’est pour cela que Jésus-Christ disait à


des amateurs du monde : « Vous êtes
d’ici-bas, et moi je suis d’en-haut ; vous
êtes de ce monde, et moi je ne suis pas
de ce monde » ; tandis qu’il disait à ses
Apôtres : « Si vous étiez du monde, le
monde vous aimerait, parce que vous
seriez à lui ». De peur cependant qu’ils ne
s’attribuassent plus qu’il ne leur
appartenait, et qu’ils ne se crussent
redevables à la nature et non à la grâce
de ce qu’ils n’étaient pas du monde,
Jésus-Christ ajoute aussitôt : « Parce que
vous n’êtes pas du monde,et que je vous
ai choisis, séparés du monde, c’est pour
cela que le monde vous hait ». Ils
n’étaient donc pas du monde, il est vrai ;
mais c’est qu’ils avaient été choisis et
séparés du monde, pour n’en être pas.

CHAPITRE XX. LA GRACE


PRÉVENANTE.
17. Or nous apprenons de l’Apôtre que ce
choix n’est fondé sur aucun mérite de
bonnes œuvres faites auparavant, mais
que c’est un choix et une élection de
grâce. Ce saint Apôtre a dit formellement
que « le petit nombre que Dieu s’est
réservé, est sauvé par une élection de
grâce : que si c’est par grâce », ajoute-t-il,
« ce n’est donc pas par les œuvres,
autrement la grâce ne serait plus grâce ».

C’est cette élection de grâce, c’est-à-dire


ce choix que Dieu fait des hommes par
pure grâce, qui prévient dans l’homme
tout ce qui lui peut tenir lieu de quelque
mérite ; car si les hommes étaient
choisis en considération de quelque
mérite, cette élection serait le paiement
d’une dette, et non pas un présent
gratuit ; et par conséquent elle ne
mériterait pas le nom de grâce ; « la
récompense », comme dit le même
Apôtre, « n’étant pas regardée comme
une grâce, mais comme une dette ». Si
au contraire elle est véritablement grâce,
c’est-à-dire parfaitement gratuite, on ne
peut pas dire qu’elle trouve rien en
l’homme en considération de quoi elle lui
soit donnée. C’est ce que l’Ecriture nous
déclare nettement, quand elle dit : « Vous
les sauverez pour rien ». C’est donc la
grâce qui donne tout mérite, bien loin
d’être donnée au mérite ; c’est elle qui
prévient toutes choses en nous, jusqu’à
la foi même qui est le principe et le
commencement de toute bonne œuvre,
puisque, comme il est écrit, « le juste vit
de la foi ».

Non-seulement donc la grâce aide et


soutient le juste, mais c’est elle qui l’a fait
juste, d’impie qu’il était. Ainsi, lors même
qu’elle l’aide, et qu’il semble qu’elle soit la
récompense de son mérite, elle ne cesse
pas pour cela d’être grâce, car ce qu’elle
aide en lui n’y est que par elle.

Cette grâce qui prévient tout mérite dans


les hommes, est l’effet et. le prix de la
mort que Jésus-Christ a bien voulu
souffrir non-seulement par la main des
impies, mais même « pour des impies ».
Or, quand Jésus-Christ a choisi ses
Apôtres, c’a été pour les rendre justes, et
non pas pour les avoir trouvés justes ;
car, après leur avoir dit qu’ils n’étaient
pas du monde, il ajouta incontinent, de
peur qu’ils ne s’imaginassent qu’ils n’en
avaient jamais été, que « c’est, lui qui les
a choisis et séparés du monde ». C’est
donc ce choix qui a fait qu’ils n’ont pas
été du monde.

D’ailleurs, si ce choix n’avait pas été fait


par pure grâce, mais en considération de
quelque justice qui eût été en eux, il ne
serait pas vrai de dire qu’ils ont été
« choisis et séparés du monde » ; car dès
avant ce choix même ils n’eussent pas
été du monde, puisqu’ils eussent été
justes. De plus, s’ils ont été choisis parce
qu’ils étaient justes, ils avaient donc déjà
choisi Dieu les premiers, car on n’est
juste qu’en choisissant la justice ; or,
l’Ecriture nous apprend que « Jésus-
Christ est la fin de la loi pour être la
justice de tous ceux qui croient ; car il
nous a été donné de Dieu pour être notre
sagesse, notre justice, notre
sanctification et notre rédemption ; afin
que, comme il est écrit, quiconque se
glorifie, ne se glorifie que dans le
Seigneur » ; c’est donc lui qui est notre
justice.

CHAPITRE XXI. LA GRÂCE A FAIT


LES ANCIENS JUSTES.

18. Aussi les saints qui ont vécu avant


l’incarnation du Verbe n’ont-ils été
justifiés comme nous, que par la foi en
Jésus-Christ et par cette véritable justice
que ce même Jésus-Christ est à tous les
justes. Ils ont cru les choses avant leur
accomplissement, comme nous les
croyons, présentement qu’elles sont
accomplies ; et ils sont sauvés « par
grâce, par le « moyen de la foi, non par
eux-mêmes, mais » par un don de Dieu
qui « ne venait point de leurs bonnes
œuvres, afin qu’ils n’eussent pas sujet de
se glorifier » comme si leurs bonnes
œuvres avaient prévenu la miséricorde
de Dieu au lieu qu’elles en étaient des
suites et des effets aussi bien que les
nôtres.

Car non-seulement ils avaient appris,


mais ce sont eux-mêmes qui nous ont
laissé par écrit, longtemps avant que
Jésus-Christ vînt au monde, que « Dieu
aura pitié de qui il lui plaira d’avoir pitié,
et qu’il fera miséricorde à qui il lui plaira
de la faire » ; d’où saint Paul a conclu
longtemps après que « tout dépend donc,
non de celui qui veut, ni de celui qui
court, mais de Dieu qui fait miséricorde ».
Ce sont eux encore qui ont dit,
longtemps avant la venue de Jésus-
Christ : « Mon Dieu, votre miséricorde me
préviendra ».

Or, comment n’auraient-ils pas été


participants de la foi de Jésus-Christ, eux
qui nous ont prophétisé Jésus-Christ,
dans la foi duquel personne n’est, ni ne
sera, ni n’a jamais été juste ? Si donc les
Apôtres étaient déjà justes quand Jésus-
Christ les a choisis, il faudrait qu’ils
l’eussent choisi les premiers, afin
qu’étant justes par ce choix, sans lequel il
n’y a point de justice, ils puissent mériter
d’être choisis par lui. Mais il n’en a pas
été ainsi, puisqu’il leur a dit lui-même :
« Ce n’est pas vous qui m’avez choisi,
mais c’est moi qui vous ai choisis » ; et
c’est ce qui a fait dire à l’apôtre saint
Jean : « Ce n’est pas nous qui avons
aimé Dieu les premiers, mais c’est lui qui
le premier nous a aimés ».

CHAPITRE XXII. SANS LA GRACE


POINT DE JUSTE.

19. Cela étant ainsi, un homme qui a


l’usage de sa raison et de sa volonté,
qu’est-il autre chose avant que d’aimer
Dieu, et de l’avoir pris pour son partage,
qu’un pécheur et un impie ? Que
deviendra cette misérable créature qui a
quitté son Créateur, si ce Dieu de bonté
n’en a pitié, si gratuitement il ne la choisit
et ne l’aime gratuitement ? Car à moins
que Dieu ne guérisse et ne redresse
l’homme, en le prévenant par un choix et
une bienveillance gratuite, l’homme n’est
pas capable de se porter à choisir ni à
aimer Dieu ; son aveuglement lui ôtant la
vue de ce qu’il faut choisir, et sa langueur,
le goût de ce qu’il faut aimer. Mais, dira-t-
on, comment se peut-il faire que Dieu
choisisse, et aime le premier des
méchants et des impies pour les rendre
justes, puisqu’il est écrit : « Vous haïssez,
Seigneur, tous ceux qui commettent
l’iniquité ? » Il y a là sans doute quelque
chose d’inexplicable et
d’incompréhensible. Ne concevons-nous
pas néanmoins qu’un médecin tendre et
charitable hait et aime son malade tout à
la fois ? Il hait en lui ce qui le fait malade,
et il l’aime pour le guérir.

CHAPITRE XXIII. PATIENCE


VRAIE ; PATIENCE FAUSSE.

20. Voilà ce que j’ai cru devoir dire sur le


sujet de la charité, sans laquelle il ne
saurait y avoir en nous de véritable
patience ; car c’est la charité qui
supporte les maux dans les bons,
comme c’est la cupidité qui les supporte
dans les méchants. Or « cette charité
n’est dans nous que par le Saint-Esprit
qui nous est donné » ; ainsi nous tenons
la patience de Celui-là même de qui nous
tenons la charité.
Pour la cupidité, lorsqu’elle supporte
avec fermeté le poids des misères dont
elle se trouve accablée ; elle se glorifie
des forces de sa volonté propre, c’est-à-
dire de l’ardeur de la maladie quelle
prend pour la vigueur de sa santé. Il y a
de la folie à se glorifier de cette sorte ; et
ce n’est pas être patient, mais insensé.
Cependant cette volonté semble porter
les maux avec d’autant plus de patience,
qu’étant dépourvue des biens du ciel, elle
a plus d’avidité pour ceux de la terre.

CHAPITRE XXIV. VOLONTÉ


MAUVAISE SANS L’INSTIGATION
DU DÉMON.
21. Mais quoique le malin esprit redouble
souvent cette avidité par ses
sollicitations impures et parles images
trompeuses qu’il forme dans l’esprit, et
que, conspirant avec la corruption de
l’homme, il porte sa volonté à un point
d’erreur, de folie ou d’ardeur, par les
plaisirs d’ici-bas, qui lui fasse supporter
avec une fermeté surprenante les maux
les plus insupportables ; ce n’est pas à
dire pour cela qu’il rie puisse y avoir de
volonté mauvaise sans l’instigation du
démon, comme il n’y en peut avoir de
bonne sans le secours du Saint-Esprit.
Car il n’y a point de meilleur exemple que
le démon même, pour faire voir que la
volonté peut être mauvaise sans qu’on
soit séduit, ou sollicité par un esprit
étranger ; puisque ce n’est pas par
l’instigation d’un autre démon, mais par
sa volonté propre qu’il est devenu
démon.

Ainsi la volonté mauvaise qui étant ou


entraînée par le désir, ou retenue par la
crainte, ou dilatée par la joie, ou resserrée
par la tristesse, méprise et supporte
volontiers ce qu’il y aurait de plus dur
pour un autre et pour elle, si elle n’était
point agitée de ces mouvements, suffit
pour se séduire elle-même, sans
qu’aucun esprit étranger la pousse. Et à
proportion qu’étant vide des choses d’en-
haut, et plongée dans celles d’ici-bas,
l’objet qu’elle désire posséder, ou qu’elle
craint de perdre, ou dont la possession
lui donne de la joie, ou dont elle regrette
la perte, lui paraîtra doux ; elle portera
avec d’autant plus de fermeté tous les
maux dont la souffrance ne sera pas
capable de balancer le plaisir de la
jouissance de ce qu’elle aime. Or, ce
qu’elle aime, quoi que ce puisse être, est
du genre et de la nature des choses
créées. Car on sait que le plaisir des
créatures ne consiste qu’à suivre la pente
que le commerce perpétuel qu’elles ont
entre elles leur donne les unes pour les
autres, et qui fait que la créature aimante
s’attache à la créature aimée pour en
goûter la douceur.
CHAPITRE XXV. DIEU SEUL REND
LA VOLONTÉ DONNE.

22. Mais ce plaisir du Créateur, dont il est


écrit : « Vous les abreuverez au torrent de
vos délices », est bien d’un autre genre ;
car ce n’est point une chose créée
comme nous. Si ce plaisir céleste ne
produit donc en nous l’amour de Dieu, il
n’y a rien qui nous le puisse donner ; et
ainsi la bonne volonté, celle par laquelle
on aime Dieu, ne saurait être que dans
ceux « en qui Dieu opère le vouloir
même ». Il est donc clair que cette bonne
volonté, c’est-à-dire celle qui est soumise
à Dieu avec fidélité, celle qui brûle de la
sainte ardeur qui vient d’en haut, celle qui
aime Dieu et le prochain pour l’amour de
Dieu, sous quelque forme que ce soit
qu’elle souffre les maux de cette vie, que
ce soit sous la forme de cet amour
exprimé dans cette parole de saint Pierre
à Jésus-Christ : « Vous savez, Seigneur,
que je vous aime » ; ou de cette crainte
dont parle saint Paul, quand il dit :
« Opérez votre salut avec crainte et
tremblement » ; on de cette joie dont il
parle ailleurs, quand il dit : « Réjouissez-
vous par l’espérance, et soyez patients
dans les afflictions » ; ou d’une
« tristesse » comme celle « dont il avait le
cœur si pressé « sur le sujet de ses frères
» ; il est clair, dis-je, que c’est toujours
cette même charité, dont il est dit qu’elle
« souffre tout », et qui n’ « est » jamais
« répandue dans nos cœurs » que « par le
Saint-Esprit qui nous est donnée ».

CHAPITRE XXVI. QUE PENSER DE


LA PATIENCE DES
SCHISMATIQUES ?

Ainsi la piété ne nous permet pas de


douter, que la patience qui fait qu’on
souffre chrétiennement, ne soit un don
de Dieu, aussi bien que la charité qui fait
qu’on aime saintement. Car l’Ecriture ne
se trompe ni ne nous trompe, quand elle
dit, et dans l’ancien Testament, que
« Dieu est notre patience », que « notre
patience vient de Dieu », que « l’Esprit de
force nous est donné d’en haut » ; et
dans le nouveau, qu’ « il a été donné à
quelques-uns, non-seulement de croire
en Jésus-Christ, mais même de souffrir
pour lui ».

Que ce que nous savons avoir reçu, ne


nous soit donc pas un sujet de nous
élever, comme si nous l’avions de nous-
mêmes.

23. Parmi ceux qui sont dans le schisme,


et par conséquent dépourvus de la
charité, dont l’unité d’esprit et le lien de la
paix qui unissent tous les membres de
l’Église catholique sont des suites
nécessaires, si l’on voit quelqu’un souffrir,
par la crainte du feu de l’enfer, les
afflictions, les angoisses, la nudité, la
persécution, les périls, la prison, les
chaînes, les tortures, le fer, le feu, les
ongles et les dents des bêtes sauvages,
et la croix même, plutôt que de renoncer
à Jésus-Christ, bien loin qu’on l’en puisse
blâmer, il y a quelque chose de louable,
même dans cette sorte de patience.

Car nous ne pouvons pas dire que cet


homme-là eût mieux fait de renoncer à
Jésus-Christ pour se garantir des maux
qu’il a soufferts en confessant son nom.
Mais ce que nous en devons penser, c’est
que cela servira peut-être à faire qu’il soit
puni d’un moindre supplice, que s’il avait
renoncé à Jésus-Christ pour se délivrer
de tous ces maux.

Ainsi, lorsque l’Apôtre a dit : « Quand on


livrerait mon corps pour être brûlé, si je
n’ai la charité, cela ne me sert de rien » ; il
faut entendre que cela ne sert de rien
pour gagner le royaume du ciel, mais non
pas pour diminuer quelque chose de la
rigueur des supplices éternels.

CHAPITRE XXVII. EST-ELLE UN


DON DE DIEU ?

24. Mais on pourrait demander si c’est un


don de Dieu ou une chose qu’il faille
attribuer à la force de la volonté humaine,
que la patience par laquelle un homme
séparé de l’Église et craignant les peines
éternelles, souffre des maux temporels ;
non pour l’erreur qui a fait sa séparation,
mais pour les vérités et les mystères qui
se conservent encore dans sa secte. Car
si nous disons que cette sorte de
patience soit un don de Dieu, nous
faisons participants de son royaume
ceux en qui elle se trouve ; si au contraire
nous disons que ce n’en est pas un, nous
avouerons par là que sans le secours de
Dieu, il peut y avoir quelque bien dans la
volonté de l’homme ; puisqu’on ne saurait
nier que ce ne soit un bien que de croire
qu’on sera puni éternellement si on
renonce à Jésus-Christ, et de souffrir,
plutôt que d’en venir là, tout ce que les
hommes sont capables de faire souffrir.
Ne nions donc pas que cela même ne
soit un don de Dieu ; mais comprenons
en même temps que les dons qu’il fait
aux citoyens de la Jérusalem céleste, de
la femme libre dont nous sommes les
enfants, sont bien autres que ceux-là.

CHAPITRE XXVIII. DONS ET DONS.

25. Ce sont ces dons qui composent


l’héritage céleste, où nous sommes
« héritiers de Dieu et cohéritiers de
Jésus-Christ » ; pour les autres, ils
peuvent être le partage « des enfants
même des concubines », c’est-à-dire des
juifs charnels, des hérétiques et des
schismatiques. Car si d’un côté nous
voyons que Dieu dit à Abraham :
« Chasse l’esclave avec son fils, parce
que le fils de l’esclave ne sera point
héritier avec mon fils Isaac » ; et, ailleurs :
« Ce sera Isaac qui sera appelé ton fils »,
c’est-à-dire : « que ceux qui sont sortis
d’Abraham selon la chair, ne sont pas
pour cela enfants de Dieu, mais que les
enfants de la promesse sont réputés être
la race d’Abraham », comme l’Apôtre
l’explique pour nous faire entendre que
« ce sont les enfants issus d’Abraham en
la ressemblance d’Isaac qui sont enfants
de Dieu par Jésus-Christ », et qui sont
ses membres et composent son corps,
c’est-à-dire l’Église catholique, laquelle
est seule la véritable Église en qui se
trouve la foi qui fait les saints, et qui agit
non par la crainte, ni par l’orgueil, mais
par l’amour ; si, dis-je, nous voyons par là
les enfants des concubines exclus de
l’héritage, nous voyons aussi que
lorsqu’Abraham les sépara d’avec son fils
Isaac, « il leur fit quelques
gratifications », non qu’il les reconnût
pour ses héritiers, mais afin de ne les pas
laisser absolument dépourvus de tout.
« Abraham », dit l’Ecriture, « donna tous
ses biens à son fils Isaac, et séparant de
lui les enfants des concubines, il leur fit
aussi quelques gratifications ».
Si donc nous sommes enfants de la
femme libre, de Jérusalem, comprenons
qu’autres sont les biens des héritiers,
autres les gratifications faites à ceux qui
n’ont point de part à l’héritage. Or, les
héritiers sont ceux à qui il est dit :
« L’esprit que vous avez reçu n’est point
un esprit de servitude pour vous faire
vivre encore dans la crainte ; mais vous
avez reçu l’Esprit d’adoption des enfants,
qui nous fait crier : mon Père, mon Père
».

CHAPITRE XXIX. ÉTERNELLE


RÉCOMPENSE DE LA PATIENCE
VÉRITABLE.
26. Que l’esprit de charité nous fasse
donc crier de la sorte ; et dans l’attente
où nous sommes de l’héritage éternel,
soyons animés d’un amour libre, et non
d’une crainte servile ; « crions », mais
dans un esprit de patience, pendant que
nous sommes pauvres ici-bas, jusques à
ce que nous soyons enrichis dés biens
de cet héritage céleste. Nous en avons
déjà des gages et des assurances bien
grandes, puisque « Jésus-Christ s’est fait
pauvre pour nous enrichir », et qu’après
son exaltation dans le ciel, le Saint-Esprit
nous a été envoyé pour former de saints
désirs dans nos cœurs.
C’est de ces pauvres qui n’ont encore que
la foi, et non pas la claire vue, qui
espèrent mais qui ne jouissent pas, qui
soupirent et qui désirent, bien loin d’être
déjà régnants dans la souveraine félicité,
qui ont faim et soif de la justice, mais qui
n’en sont pas encore pleinement
rassasiés ; c’est de ceux-là qu’il est dit :
« Leur patience ne périra point » ; non
qu’ils aient encore besoin de patience
lorsqu’il n’y aura plus rien à souffrir, mais
parce que leur patience n’aura pas été
infructueuse, et que pour dire « qu’elle ne
périra point 3 », il suffit que la
récompensé en soit éternelle. Car, quand
on a travaillé en vain, et qu’on se trouve
frustré dans son attente, on dit qu’on a
perdu sa peine ; et au contraire, lorsqu’on
est arrivé à ce qu’on prétendait, on dit
qu’on ne l’a pas perdue ; ce qui ne signifie
pas qu’elle demeure toujours, mais
qu’elle n’a pas été inutile.

C’est ainsi que « la patience des pauvres


» de Jésus-Christ, qui doivent un jour être
enrichis de l’héritage du même Jésus-
Christ, « ne périra point » ; non que nous
ayons rien à souffrir dans la béatitude
éternelle ; mais parce que nous y jouirons
à jamais de la récompense dé ce que
nous aurons souffert ici-bas avec
patience. Car celui qui donne à la
volonté, la patience dont nous avons
besoin dans le temps, ne mettra point de
fin à la félicité que nous posséderons
dans l’éternité ; couronnant par l’un et
l’autre de ces dons, celui qu’il nous a fait
de la charité.

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