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Fiscalité des produits participatifs au Maroc

Ce document présente une étude sur la perception des praticiens de la fiscalité des produits participatifs au Maroc. L'étude se base sur des entretiens avec des notaires et experts comptables pour explorer leur perception de l'évolution du cadre fiscal de ces produits et son impact sur leur développement.

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Fiscalité des produits participatifs au Maroc

Ce document présente une étude sur la perception des praticiens de la fiscalité des produits participatifs au Maroc. L'étude se base sur des entretiens avec des notaires et experts comptables pour explorer leur perception de l'évolution du cadre fiscal de ces produits et son impact sur leur développement.

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Recherches et Applications en Finance Islamique

‫بحوث و تطبيقات في المالية االسالمية‬


Researches and Applications in Islamic Finance

ISSN : 9052- 0224


Volume 4, Numéro 2, juillet 2020

Spécificités et évolution récente de la fiscalité des produits


participatifs au Maroc : perception des praticiens

Pr. El houssain ATTAK


INREDD, ENCG de Marrakech
Université Cadi Ayyad, Maroc
attak.elhoussain@gmail.com

Résumé
Cette étude vise à explorer la perception que les praticiens ont de la fiscalité des produits
participatifs au Maroc et de son évolution. Notre travail repose sur une analyse qualitative de
vingt-et-un entretiens semi-directifs effectués auprès de professionnels régulièrement confrontés à
traiter ces produits, en l’occurrence les notaires et expert comptables.
La perception des praticiens reste, majoritairement, négative au regard de la fiscalité de ces
produits et ce malgré les différents ajustements fiscaux. Les répondants estiment que l’absence
d’une neutralité fiscale a faussé la compétitivité entre les produits participatifs et les produits
bancaires conventionnels ; de même l’inadaptation du cadre fiscal aux spécificités de ces produits
a jugulé leur développement. Ces premiers résultats nous amène à nous questionner sur le
décalage entre les différentes réformes du cadre fiscal des produits participatifs au Maroc et les
attentes des praticiens.
Mots clés : Perception, praticiens, réformes. Fiscalité, produits participatifs.

Abstract
The aim of this study is to investigate practitioners’ perception of taxation of Islamic banking
products in Morocco and its evolution. This study is based on a qualitative analysis using semi-
structured interviews amongst twenty one professionals regularly dealing with these products, in
the case notaries and accountants.
The perception of practitioners remains, mainly, negative towards the taxation of these products,
despite the various tax adjustments. Respondents believe that the absence of tax neutrality has
distorted the competitiveness between the Islamic banking products and conventional products;
also, the inadequacy of the fiscal framework to the specificities of these products curbed their
development. These first results lead us to question the gap between the different reforms of tax
framework for Islamic banking products in Morocco and the expectations of practitioners.
Keywords: Perception, practitioners, reforms, taxation. Participartory products

Article reçu le : 19 mai 2020, accepté le : 13 juillet 2020


Citation : Attak E. (2020), Spécificités et évolution récente de la fiscalité des produits participatifs au
Maroc : perception des praticiens, Recherches et Applications en Finance Islamique, Volume 4, Numéro 2,
pages : 216-229.

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Introduction
Comme toute industrie naissante, le développement de la finance islamique est
tributaire de la création d’un écosystème favorable ; dont la fiscalité constitue un levier
stratégique. Dans ce cadre et depuis 2010, différentes dispositions fiscales ont été introduites
dans le corpus fiscal marocain, afin d’adapter la réglementation fiscale aux spécificités des
produits participatifs. Néanmoins, au lieu d’instaurer un cadre fiscal traitant l’ensemble de ces
produis, à l’instar de plusieurs Etats tels que la Malaise, la France, la Tunisie, etc., l’approche
fiscale prônée au Maroc est totalement différente et l’institution d'un dispositif fiscal des PP1
s’est étalée sur plusieurs années.

Le choix d’une telle politique de taxation par le législateur fiscal marocain soulève des
interrogations quant à sa pertinence et ses motivations. Juger du succès ou de l’échec de cette
stratégie fiscale est inhérent à sa capacité de proposer un cadre fiscal propice à ces produits.
Cette évaluation doit être menée auprès des praticiens régulièrement confrontés à traiter ces
produits, en l’occurrence les notaires et experts comptables. Ceci nous amène à traiter la
problématique suivante : Quelle perception ont les praticiens des spécificités et de l’évolution
récente de la fiscalité des produits participatifs au Maroc?

Cette problématique est déclinée en sous questions :

- Les différents ajustements fiscaux ont-ils réussi à assurer une neutralité fiscale au
regard des PP ?
- La cadre fiscal est-il devenu propice pour accompagner le développement des PP ?

Face à la rareté des travaux sur la perception que les praticiens ont de la fiscalité des
PP dans le contexte marocain, ce papier ambitionne alors d’explorer cette perception sur la
base d’une étude qualitative.

L’objectif de cet article est d’apporter un éclairage sur la façon dont les praticiens
appréhendent l’évolution de la fiscalité marocaine des PP. Cette perception pourrait être utile
dans la planification ou l'élaboration de réformes fiscales des PP et la proposition des mesures
susceptibles de corriger d’éventuelles lacunes des régimes d’imposition actuels. Pour
satisfaire cet objectif de recherche, nous structurons notre travail en trois parties : la première
expose la revue de littérature relative aux spécificités et à l’évolution du cadre fiscal des PP au
Maroc ; la deuxième présente notre approche méthodologique centrée sur une étude
qualitative et enfin les résultats de notre étude sont discutés dans la troisième partie.

1
PP : Produits participatifs

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2. Cadrage théorique
A la différence de la finance conventionnelle, la finance islamique est très
consommatrice de structures juridiques du fait de l’interposition de véhicules ad hoc
respectant à la fois les contraintes réglementaires nationales et la Charia. Or, la multiplication
des structures peut engendrer un surcoût fiscal (Bessidik, 2013). Pour y remédier, la finance
islamique suppose une acculturation fiscale pour pouvoir fonctionner et la mise en place de
montages fiscaux sophistiqués (Massart, 2012).

Pour accompagner l’émergence de cette finance, plusieurs Etats ont adopté des
réformes fiscales, afin d’accommoder leurs réglementations fiscales à la particularité des
produits de la finance islamique (Faye et al. 2013). Ces réformes s’inscrivent, généralement,
dans deux catégories de stratégies fiscales :

- la mise en place d’un cadre fiscal spécifique à l’ensemble des produits de la finance
islamique afin d’alléger leur coût fiscal, vu qu’ils nécessitent plusieurs transferts de propriété
pour financer une opération ; c’est le cas du Royaume-Uni (Ainley et al., 2007 ; Belouafi &
Chachi, 2014 et Moqbel , 2015), Malaisie (Nakagawa , 2009 et Ariff & Rosly, 2011 ),
Indonésie (Hakim, 2004 et Achsien & Purnamasari, 2016), France (Brack , 2008 et Cekici,
2012), Tunisie (Taktak & Zouari , 2014), Singapore (Khan & Bashar , 2008), etc.

- et/ou l’instauration d’un dispositif fiscal incitatif afin de faciliter l’implémentation de ces
produits et accompagner leur développement ; comme en Royaume-Uni (Cape, 2010),
Malaisie (Laldin, 2008 ; Hamid et al., 2017 ; Mahdzan & Zainudin 2017 et Rashid et al.,
2017), Italie ( Biancone & Shakhatreh , 2015 et Franco & Sallustio , 2017) ,etc.

Dans le contexte marocain, aucune de ces approches n’a été privilégiée. Et différentes
contributions scientifiques ont souligné l’impact négatif de la fiscalité sur l’émergence des
PP, tels les travaux menés par Amine (2013), Zahid & Ibourk (2013), El Mezouari et al.
(2013), Achibane & Cherkaoui (2017), Boulahrir (2018), Chroqui (2018), Chihab et al.
(2019), etc. Selon ces auteurs, le cadre fiscal inapproprié, qui induisait une double imposition,
a rendu les produits de la finance participative plus chers que les produits conventionnels et
donc moins attrayantes pour les consommateurs. De même, les PP ont pâti de l’absence d’une
fiscalité incitative de nature à encourager leur développement.

Nonobstant ce constat, la législation fiscale marocaine a connu, depuis 2010, différents


ajustements fiscaux afin d’adapter le corpus fiscal marocain à la particularité de ces produits.
Plusieurs dispositions ont été apportées par les Lois de Finances successives, afin d’aligner
leur traitement fiscal sur les produits bancaires conventionnels, de manière à créer les
conditions d’une concurrence équitable entre ces deux produits. Ces différentes modifications
sont résumées dans le tableau ci-après :

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Tab.1 : Evolution du cadre fiscal des produits participatifs

2010 2016 2017 2018 2019 2020

Mourabaha TVA, IR et DE DE TVA et


DE DE

Ija ra TVA, IR DE et TVA TVA


Mountahia et DE
Bitamlik
Sukuk IS et TVA IS et IR

Moucharaka DE
Moutanakissa
Salam et Istisnaa TVA

TVA : Taxe sur la valeur ajoutée. IR : Impôt sur le revenu. IS : Impôt sur les sociétés. DE : Droits d’enregistrement.

Source : Elaboré par l’auteur

Cette stratégie, basée sur des ajustements fiscaux progressifs au fur et à mesure de la
commercialisation des PP, aboutit à des résultats mitigés quant son efficacité. D’où l’intérêt
d’analyser la perception des patriciens du dispositif fiscal des PP. C’est ce que nous
proposons d’étudier dans la section suivante, en présentant au préalable la méthodologie de
recherche adoptée.

3. Méthodologie

Cette étude s’inscrit dans une démarche qualitative à visée exploratoire (Wacheux,
1996). Ce choix s’explique par la nature de l’objet de recherche. En effet, analyser la
perception des patriciens nécessite de recueillir des données qualitatives afin d’accéder au
vécu des acteurs. Ce choix s’explique également par la rareté des travaux empiriques relatifs à
ce sujet.

Notre positionnement épistémologique est le réalisme critique, vu que nous cherchons


à explorer les mécanismes générateurs susceptibles de nous aider à saisir le réel profond qui
n’est pas directement observable. Le recueil des données primaires est effectué à l’aide
d’entretiens semi-directifs, par le biais d’un guide composé d’items opérationnalisant la
perception des professionnels au regard de la fiscalité des PP (cf. Annexe).

Nous avons sélectionné vingt-et-un praticiens qui sont des notaires et experts
comptables. Pour délimiter la taille de l’échantillon, nous avons appliqué le principe de
saturation

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empirique (Paillé & Mucchielli, 2012), c'est-à-dire que les entrevues ont été menées jusqu'à ce
que celles-ci ne fournissent plus d'informations nouvelles.

Les entretiens se sont déroulés d’octobre à décembre 2018 avec une durée moyenne
par répondant de 30 à 45 minutes. Les données collectées sont retranscrites et analysées par le
logiciel « NVivo 10 ». La phase du codage et de regroupement des réponses par nœuds s’est
basée sur une démarche méthodique, suivant une approche de requête par mots ou groupes de
mots, afin d’identifier et relever dans les discours de chaque répondant les mots qui
revenaient et qui permettaient de renseigner chaque thématique.

Nous présentons les résultats sous forme de nuages de mots où la taille de police est
proportionnelle à la fréquence de l’utilisation de chaque mot. La position des mots est
cependant aléatoire. Nous illustrons des passages de chaque thématique par des verbatim
rédigés en italique et entre guillemets dans le texte.

Sur la base des thématiques du guide d’entretiens semi-directifs, nous appréhendons la


perception des praticiens de la fiscalité des PP à l’aune de deux principes fiscaux
fondamentaux, habituellement appliqués pour définir les systèmes d’imposition efficaces et
efficients, celui de la neutralité et de la flexibilité.

Selon l’objectif de neutralité, un système fiscal doit créer le moins possible de


distorsions financières dans le choix d’allocation des ressources par les contribuables afin de
ne pas fausser leurs décisions économiques (Godbout & Arseneau, 2005). Le principe de
flexibilité prévoit que, les systèmes d’imposition devraient être flexibles et dynamiques, de
manière à suivre le rythme de l’évolution des techniques et des transactions en s’y adaptant
sans négliger d’anticiper les évolutions à venir (OCDE, 2001).

Pour analyser la neutralité fiscale au regard des PP, nous étudions :

- l’impact de la fiscalité sur leur coût ;

- leur taxation en comparaison avec les PBC2.

Quant au principe de la flexibilité, l’analyse porte sur,

- l’adaptation de la fiscalité aux spécificités des PP ;

- la propicité de la fiscalité au développement des PP.

4. Résultats et interprétations

Avant d’exposer les résultats de notre travail, nous exposons en premier lieu les
caractéristiques démographiques et professionnelles des participants.

2
PBC : Produits bancaires conventionnels

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Tableau 1 : Profil des praticiens interrogés


Interviewés Sexe Profession Age

Interviewé 1 Masculin Expert comptable 45 ans

Interviewé 2 Masculin Expert comptable 55 ans

Interviewé 3 Féminin Notaire

Interviewé 4 Masculin Notaire 39 ans

Interviewé 5 Masculin Expert comptable 39 ans

Interviewé 6 Masculin Expert comptable 25 ans

Interviewé 7 Masculin Notaire

Interviewé 8 Féminin Notaire

Interviewé 9 Féminin Notaire

Interviewé 10 Masculin Expert comptable

Interviewé 11 Masculin Expert comptable 55 ans

Interviewé 12 Masculin Notaire 48 ans

Interviewé 13 Masculin Notaire 43 ans

Interviewé 14 Masculin Notaire 40 ans

Interviewé 15 Féminin Notaire 35 ans

Interviewé 16 Féminin Notaire 51 ans

Interviewé 17 Masculin Notaire 53 ans

Interviewé 18 Féminin Notaire 38 ans

Interviewé 19 Féminin Notaire

Interviewé 20 Masculin Expert comptable

Interviewé 21 Masculin Notaire

Elaboré par l’auteur

Notre échantillon est composé de 21 répondants dont 67% d’hommes et 33% de


femmes. Les notaires représentent 67% des professionnels interrogés contre 33% des experts
comptables. L'âge moyen de l'échantillon est de 43ans.

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4.1 Neutralité fiscale

Pour nos professionnels, la fiscalité a contribué aux coûts élevés des PP et a renchéri
leur prix (cf. Figure 1). Le dispositif de taxation des PP a engendré des frottements fiscaux et
a impacté négativement leur coût.
Figure 1 : Fiscalité et coût des PP

Source : Elaboré par l’auteur

Pour l’un des interviewés « La nature des produits participatifs et les techniques pour
contourner l’interdiction de l’intérêt rendent les produits participatifs plus chers en matière
de la TVA et droits d’enregistrements et le problème de double imposition se pose ». Pour un
second répondant « les produits participatifs sont plus chers par rapport aux produits
bancaires classiques parce qu’ils génèrent des coûts fiscaux élevés par rapport aux autres ».

Au regard du second critère de neutralité, les praticiens estiment que les PP et PBC
n’ont pas bénéficié d’un traitement fiscal identique et que le régime fiscal des PBC est plus
favorable (cf. Figure 2). Pour les répondants, les PP ont pâti d’une taxation inéquitable, ce qui
a engendré un surcoût fiscal pénalisant.

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Figure 2 : Fiscalité des PP vs PBC

Source : Elaboré par l’auteur

La fiscalité a créé une distorsion fiscale entre les PP et les PBC et n’a pas traité ces
deux produits bancaires sur un même pied d’égalité. Un de nos interlocuteurs avance que « la
taxation des produits classiques est plus favorable que celle des produits participatifs». Alors
que pour un second « Il faut que la fiscalité des produits participatifs soit alignée à celle des
produits conventionnels afin qu'aucun produit ne soit lésé ».

4.2 Flexibilité fiscale

Le but ultime des différentes réformes fiscales est d’instaurer un dispositif fiscal
adaptée à ces produits et propice à leur émergence et développement.

Pour nos professionnels, le cadre fiscal marocain est inadapté aux spécificités des PP,
certains produits ne sont pas couverts par aucune disposition fiscale. Et si d’autres le sont,
leur traitement fiscal ne respecte pas leur particularité, vu qu’un seul produit peut nécessiter
plusieurs transferts de propriété pour financer une seule opération (cf. Figure 3).

Figure 3 : Adaptation du cadre fiscal

Source : Elaboré par l’auteur

Un répondant estime que « la fiscalité marocaine est inadaptée pour optimiser les
possibilités que pourraient apporter les produits participatifs, elle semble inachevée sur des
produits non pas encore traités. Il faut considérer que l’établissement de la fiscalité des
produits bancaires conventionnels a pris également plus de temps, pour devenir ce que vous

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connaissez aujourd'hui, donc le défi reste à relever ». Un deuxième interviewé pense que
« la fiscalité marocaine s’adapte progressivement à ces nouveaux produit, mais il reste
beaucoup de points à éclaircir pour les différents produits disponibles».

Concernant la propicité du cadre fiscal, nos professionnels estiment que la


réglementation fiscale est défavorable à l’émergence des PP. Ils soulignent que l’absence
d’une fiscalité incitative a jugulé l’implémentation de la finance participative au Maroc (cf.
Figue 3).

Figure 4 : Fiscalité et développement des PP

Source : Elaboré par l’auteur

Dans ce sens, un des répondants précise que « la fiscalité marocaine doit accorder des
avantages fiscaux à la finance participative comme c'est le cas pour la plupart des pays
islamiques, pour l'encourager à concurrencer davantage la finance classique ». Pour un
second interviewé « les dispositions fiscales doivent être conformes à la charia, il ne faut pas
se contenter de l'alignement des produits participatifs sur les produits conventionnels, mais il
faut chercher davantage dans l'esprit de la charia et adopter des mesures qui y sont
conformes».

5. Discussion

Les résultats de notre étude montrent, qu’en dépit des différents ajustements fiscaux, la
perception des praticiens reste négative au regard de la fiscalité des PP. Les répondants
estiment que l’émergence de ces produits achoppe sur des contraintes fiscales, en premier lieu
la déficience d’une neutralité fiscale faussant la compétitivité entre les PP et les PBC ; en
second lieu l’inadaptation du cadre fiscal aux spécificités des PP et en dernier lieu
l’inexistence de mesures fiscales incitatives.

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Dans un autre registre, la réglementation fiscale a passé sous silence pendant longtemps
certains PP tels que ‘‘salam’’ et ‘’istinsaa’’ non couverts par aucune disposition fiscale
jusqu’en 2020. Ce ‘‘vide fiscal’’ n’a pas, également, épargné le recours des entreprises aux
PP. Rares sont les dispositions fiscales proposant un régime spécifique aux entreprises, ce qui
pourrait influencer leur recours à ces produits.

Les perpétuelles modifications du cadre fiscal montrent clairement les limites de cette
approche. D’une part une instabilité chronique de la légalisation fiscale des PP, les différents
ajustements ne sont pas dictés par le sens de l'anticipation, ils sont le fruit de tâtonnements
chez le législateur fiscal.

D’autre part la taxation des PP s’est faite par assimilation aux produits de la finance
conventionnelle ; cette doctrine fiscale considère implicitement ces produits comme un
habillage des produits conventionnels ce qui est contraire même à l’esprit de la finance
islamique (Attak, 2018).

Conclusion

L’objectif de cette étude visait à analyser la perception des praticiens à l’égard de la


fiscalité des PP au Maroc et de son l’évolution. Les résultats de notre étude montrent
clairement une perception négative. Cette perception pourrait être expliquée par deux facteurs
clés, d’une part l’instabilité du cadre fiscal des PP rendant le texte fiscal assez flou auprès des
professionnels, ce qui alimente un sentiment d’invisibilité quant à l’évolution de cette
réglementation. D’autre part le cadre fiscal marocain des PP est parcellaire et partiellement
inachevé, l’approche fiscale de ‘‘goutte à goutte’’ n’a pas encore porté ses fruits.

Les praticiens expriment des vrais doutes quant à la capacité de la fiscalité marocaine
à pouvoir s’adapter à la nature des PP. Des interrogations et des incompréhensions subsistent
sur l’approche prônée par le législateur fiscal marocain, complètement opposée à celle des
autres Etats comme la Tunisie, la France, la Malaisie, etc. ; qui ont fait de la fiscalité un
moteur de croissance de la finance islamique et non un frein au développement de cette jeune
industrie financière.

Une question qui se pose avec acuité : si cette perception est assez répandue chez ces
praticiens, quelle sera celle de leurs clients qui voudraient faire appel à ces produits ?. D’où la
nécessité de s’atteler à une refonte du régime fiscal de ces produits. Dans ce cadre, nous
proposons de stabiliser le cadre fiscal des PP et d’opter pour une nouvelle approche de
taxation basée sur la finalité de l’opération sans prendre en considération les étapes
intermédiaires, afin d’éluder les frottements fiscaux et éviter l’exigibilité à répétition des
différents impôts et taxes inhérents à chaque étape de l’opération.

Il est, également, temps d’en finir avec cette approche d’ajustements fiscaux
progressifs et mettre à plat le dispositif actuel, pour réfléchir à un nouveau traitement fiscal

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qui respecte non seulement la structuration financière des PP, mais le plus important l’esprit
de la charia.

Les premiers résultats de cette étude exploratoire restent limités aux cas étudiés. Aussi
envisageons-nous dans la perspective de futures recherches, d’élargir notre champ
d’investigation aux autres acteurs de la finance participative au Maroc.

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Références

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Thème 1 : • Profil socio-démographique : âge et sexe


• activité professionnelle
Aspect descriptif

Thème 2 : • Pensez-vous que les produits participatifs sont-ils différents


des produits bancaires classiques ?
Produits participatifs • Trouvez-vous que les produits participatifs sont compétitifs
et produits bancaires sur le marché bancaire marocain ?
classiques • Pensez-vous que les produits participatifs peuvent répondre
aux besoins de vos clients ?
Thème 3 : • D’après vous, la taxation des produits participatifs est-elle
différente de celle des produits bancaires conventionnels ?
Traitement fiscal des • Pensez-vous que les produits participatifs doivent-ils
produits participatifs bénéficier d’un traitement fiscal spécifique ?
• Est-ce que il existe une relation entre la fiscalité et le coût des
produits participatifs ?
Thème 4 : • Pensez-vous que la fiscalité marocaine est adaptée aux
produits participatifs ?
Impact de la fiscalité • Trouvez-vous que la fiscalité marocaine est propice au
sur les produits développement des produits participatifs ?
participatifs. • Pouvez-vous proposer des mesures à mettre en œuvre afin
d’améliorer la fiscalité des produits participatifs?
Annexe : Guide d’entretien

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