Éducation à la santé en milieu scolaire
Éducation à la santé en milieu scolaire
Afin de préciser le cadre théorique et conceptuel dans lequel les projets d’édu-
cation à la santé s’inscrivent, les notions de « santé », de « promotion de la
santé », d’« éducation à la santé » et de « prévention » seront ici succincte-
ment définies. Ce chapitre ne prétend pas dresser un panorama exhaustif des
théories, concepts et modèles utilisés en éducation à la santé. Il a seulement
pour objectif d’introduire quelques notions clés.
La santé est une notion complexe dont la définition prend en compte de mul-
tiples facteurs (voir schéma ci-contre). « Chacun entretien une idée, ou une
“norme” de sa santé qui lui est propre, c’est entendu. Celle-ci se présente donc
d’emblée comme relative, en ce sens qu’elle varie en fonction de l’expérience vécue
(le parcours de vie) et en fonction de son état actuel. » 68 La perception de la santé
est avant tout individuelle, elle varie selon l’âge, le sexe et, dans une moin-
dre mesure, l’appartenance à une catégorie socio-économique. « Pour les plus
jeunes, on est plutôt dans le domaine de l’avoir (“avoir la forme”), pour les plus
vieux dans le domaine de l’être et de l’identité (“être capable de”). » 69
68. Le Queau P., Olm C. « La construction sociale de la perception de santé », Actualité et dossier en santé
publique, mars 1999.
69. D’Houtaud A., Image de la santé, Presses Universitaires de Nancy, 1994, cité dans Morin M., Parcours de
santé, Armand Colin, 2004.
En savoir plus sur l’éducation à la santé 103
FIGURE N° 3
70. L’approche biomédicale de la santé propose une approche centrée sur la maladie. Voir Bury J.-A., Éduca-
tion pour la santé : concepts, enjeux, planifications. De Boeck, 1988, p. 30.
104 Éducation à la santé en milieu scolaire
texte fondateur pour les acteurs de santé publique en France et dans le monde
entier 71. Elle a également contribué à alimenter une réflexion théorique sur le
sujet.
1) La santé est une ressource de la vie quotidienne, ce n’est pas un but en soi mais bien un
moyen, parmi d’autres, qui participe à l’épanouissement des personnes. Ce n’est pas « être en
bonne santé » qui est épanouissant, mais le fait d’être en bonne santé qui donne la possibilité
de faire des choses épanouissantes.
2) La santé est un concept positif, on ne se limite pas à la définir par la négation. Ce qui
participe de la bonne santé, ce n’est pas seulement « je ne suis pas malade », mais aussi « je
suis heureux ».
3) La santé est un concept qui met en valeur l’importance des ressources sociales et indi-
viduelles, ainsi que les capacités physiques des personnes. L’environnement et les caracté-
ristiques individuelles des personnes sont pris en compte. Cette conception de la santé intè-
gre les interactions permanentes entre les individus et leur environnement (qui comprend les
autres personnes, l’air qu’on respire, l’habitation, le lieu de travail, le fait d’habiter en ville ou
à la campagne, les lois régissant la société où l’on vit…).
Pour illustrer la promotion de la santé et les cinq axes d’intervention fixés par
la charte d’Ottawa, prenons l’exemple de la lutte contre le tabagisme et exami-
nons les moyens qu’elle déploie.
FIGURE N° 4
• Loi Evin
• Mentions sur les paquets de cigarettes
• Programme national tabac
• Programme régional de santé (PRS)
« dépendances aux produits » ou
« addictions » en fonction des régions
ne • Augmentation du prix du tabac
sai
lique • Vente interdite aux moins de 16 ans
pub
ue •Développement d’une signalétique adaptée
itiq
pol •Influence des médias : campagnes de
une
er
bor ables
communication, articles, publicités
Éla favor
ux
milie •Évolution des normes sociales
r des
Crée •Mobilisation de la communauté éducative :
commun autaire programme des lycées non fumeurs
Renforcer l’action •Développement d’actions en collèges
Acquérir et lycées sur ce sujet
des apti
tudes in
dividuell •Résistance à la pression du groupe
Réo es
rien •Confiance en soi
ter
les
serv
ices •Développement de consultations
de s
ant de sevrage
é
•Mobilisation de l’industrie pharma-
ceutique (substituts nicotiniques) et
implication des pharmaciens
•Formation des personnels de santé
de l’Éducation nationale
le droit fil de la charte d’Ottawa dont elle reprend et complète les valeurs,
les principes et les stratégies d’actions. Les quatre principaux engagements
qu’elle propose consistent à :
1) placer la promotion de la santé au centre de l’action mondiale en faveur du
développement ;
2) faire de la promotion de la santé une responsabilité centrale de l’ensemble
du secteur public ;
3) faire de la promotion de la santé un axe essentiel de l’action communautaire
et de la société civile ;
4) faire de la promotion de la santé une exigence de bonne pratique au niveau
des entreprises.
74. Circulaire n° 98-237 du 24 novembre 1998, « Orientations pour l’éducation à la santé à l’école et au
collège », BO de l’Éducation nationale n° 45 du 3 décembre 1998.
En savoir plus sur l’éducation à la santé 107
75. Tessier S., Andreys J.-B., Ribeiro M.-A. Santé publique, santé communautaire. Éditions Vigot-Maloine,
2004, p. 98.
76. « Dans la bibliographie, on trouve soit la locution “éducation à la santé”, soit la locution “éducation pour la
santé”. Choisir l’une ou l’autre des formulations n’est pas neutre : en effet, si la première se réfère à la santé comme
état à atteindre, la seconde renvoie plutôt à une dynamique permanente d’adaptation de la personne. Dans le
système éducatif, les deux expressions sont employées indifféremment, sans référence explicite à l’une ou à l’autre
des approches. La préposition “à” est utilisée par analogie avec l’éducation à la citoyenneté et ses déclinaisons
(éducation à l’environnement, à la consommation…). Il ne s’agit pas ici de concevoir l’apport de connaissances
nécessaire à un individu pour atteindre l’état de santé (le “bien-être” de la définition de la santé de l’OMS de 1946),
mais plutôt d’insister sur la dimension éducative de cette mission constitutive de l’éducation de la personne dans son
intégralité. » In Jourdan D., Vaisse J., Bertin F., Fiard J., « L’éducation à la santé en formation initiale », EPS1
n° 111, janvier-février-mars 2003, pages 13-14.
108 Éducation à la santé en milieu scolaire
77. Selon l’OMS, « les compétences psychosociales sont la capacité d’une personne à répondre avec efficacité aux
exigences et aux épreuves de la vie quotidienne. C’est l’aptitude d’une personne à maintenir un état de bien-être
mental, en adoptant un comportement approprié et positif à l’occasion des relations entretenues avec les autres, sa
propre culture et son environnement ».
En savoir plus sur l’éducation à la santé 109
Comportements
« Le comportement, c’est l’ensemble des réactions, observables objectivement,
d’un individu ou d’un groupe qui agit en réponse à une stimulation venue de ses
milieux intérieur ou extérieur. C’est le résultat de processus de transmission et
d’apprentissage conscients et inconscients, dont la multiplicité des racines touche
à des affects. Sa modification consciente est souvent difficile. Un nouveau com-
portement peut être appris et intégré positivement s’il n’entre pas socialement en
contradiction avec des valeurs personnelles essentielles. » 79
Un comportement a toujours deux composantes, une composante indivi-
duelle et une composante collective, même s’il peut arriver que l’une et l’autre
se contredisent.
Les comportements ont une influence sur l’état de santé 80 : certains lui sont
favorables (ils peuvent être qualifiés de comportements « responsables » 81),
d’autres au contraire nuisent à la santé, à court ou à long terme, sans que les
conséquences négatives puissent être prédites avec certitude. La modification
consciente d’un comportement est souvent difficile. « Un nouveau compor-
tement peut être appris et intégré positivement s’il n’entre pas radicalement en
contradiction avec des valeurs ou des fictions personnelles essentielles. » 82 L’éduca-
tion à la santé peut « vise(r) à favoriser une modification des comportements vers
plus de rationalité face aux risques pour la santé ». Il importe toutefois que cette
modification puisse s’inscrire dans la durée, d’où la pertinence de l’approche
éducative.
Dans la mesure où l’éducation à la santé contribue à rendre les élèves acteurs
de leur propre santé, l’objectif n’est pas d’imposer des comportements nor-
més, « scientifiquement sains », mais de donner des atouts permettant de
faire des choix en toute connaissance de cause, ce qui renvoie à la nécessité de
travailler au développement des compétences psychosociales.
Exemple : un projet d’établissement dont l’un des objectifs serait d’améliorer
le climat de l’établissement (réduction des tensions ou des violences) pourrait
78. Libre comme l’air, coffret d’éducation pour la santé, prévention du tabagisme au collège, édition Inpes,
réédition décembre 2004.
79. Drass de Bourgogne, Glossaire utilitaire en éducation pour la santé, 2002 (accessible sur Internet :
http://bourgogne.sante.gouv.fr/themes/sante/sreps/glossaire/pdf/glossaire.pdf)
80. Selon l’OMS, « quand les comportements sont liés à une capacité à répondre efficacement au stress et aux
pressions de la vie, l’amélioration de la compétence psychosociale pourrait être un élément dans la promotion de
la santé et du bien-être, puisque les comportements sont de plus en plus impliqués dans l’origine des problèmes
de santé ».
81. Circulaire n° 98-237 du 24 novembre 1998, « Orientations pour l’éducation à la santé à l’école et au
collège », BO de l’Éducation nationale n° 45 du 3 décembre 1998.
82. IUHPE, « Promotion de la santé et éducation pour la santé en Amérique du Nord : concepts, méthodes
et pratiques », contribution au Guide pédagogique du CFES, 1995, p. 17.
110 Éducation à la santé en milieu scolaire
avoir deux types d’indicateurs de suivi et d’effets : d’une part, les faits et actes
générateurs de tensions (actes violents, incivilités…) ; d’autre part, les com-
portements civiques (manières de se saluer, de s’accueillir, faculté de ne pas
s’interrompre, de respecter son temps de parole…).
Connaissances
L’acquisition, le renforcement ou la modification des connaissances sur la
santé peuvent contribuer à améliorer l’adoption de comportements bénéfiques
pour la santé. Elles vont influencer ou modifier les représentations, les apti-
tudes, les comportements… Comme les informations scientifiques en matière
de santé évoluent régulièrement, les connaissances doivent être régulièrement
actualisées. Cette actualisation peut faire l’objet d’une démarche volontaire
de la part de la personne. Par exemple, un rapport sexuel non protégé peut
motiver une recherche sur les modes de transmission du virus du sida… Cette
actualisation se fait aussi de façon indirecte par l’intervention de tiers qui vont
médiatiser le rapport à la connaissance, les informations étant alors recher-
chées dans le contenu des enseignements scolaires, dans les médias (presse,
Internet, radio, télévision, affiches, brochures…), par le biais des professionnels
de santé ou encore lors d’échanges avec des amis, la famille, l’entourage…
La démarche éducative s’appuie utilement sur les connaissances 83 préalables
des élèves sur le sujet. Ces derniers aborderont souvent en même temps des
éléments qui sont plutôt de l’ordre des représentations.
Représentations et croyances
« Nous avons toujours besoin de savoir à quoi nous en tenir avec le monde qui
nous entoure. Il faut bien s’y ajuster, s’y conduire, le maîtriser physiquement ou
intellectuellement, s’identifier et résoudre les problèmes qu’il pose. C’est pourquoi
nous fabriquons des représentations. » 84
84. Jodelet D. (sous la direction de), Les représentations sociales, PUF, 1989, p. 47.
85. Tuleu F., « Fiche 1 : travailler sur les représentations », La Santé de l’Homme n° 327, janvier-février 1997,
p. 13.
86. Jodelet D. (sous la direction de), idem, p. 53.
112 Éducation à la santé en milieu scolaire
sucre est absolument nécessaire, les autres aliments étant considérés comme
sans risque pour les dents.
Aptitudes ou savoir-faire
L’adoption de certains comportements en lien avec la santé peut requérir des
aptitudes particulières, c’est-à-dire des dispositions ou des capacités à exercer
une activité.
En éducation à la santé, l’aptitude (ou le savoir-faire) est souvent un objectif à
atteindre. Il s’agit de réfléchir non seulement à la manière dont les élèves vont
s’approprier des connaissances, mais également aux modalités d’actions qui
permettent de développer les savoir-faire. Dans le champ de l’éducation à la
santé, les aptitudes font écho aux compétences psychosociales qui recouvrent
les aptitudes personnelles et relationnelles.
Environnement
L’environnement désigne tout ce qui est autour de l’élève. Il peut s’agir des
autres (famille, amis, professeurs…), de la législation en vigueur, des condi-
tions économiques (travail des parents, situation de chômage, type d’habitat,
activités extrascolaires…), des conditions écologiques (l’environnement au
sens strict : qualité de l’air, de l’eau, des aliments, bruit…), des caractéristiques
géographiques du lieu de résidence (ville, campagne, mer, montagne, zone
rurale isolée), de l’éloignement ou de la proximité des services de santé, de
l’accessibilité des transports en commun…
L’environnement a des conséquences indéniables sur la santé, non seulement
dans sa dimension écologique (pollution, nitrates dans l’eau, amiante, bruit),
mais aussi dans toutes ses autres dimensions (proximité ou éloignement
des services de santé, des infrastructures sportives et culturelles, conditions
économiques, temps de déplacement quotidiens…).
L’objectif et la réalisation pratique de l’action devraient être en cohérence avec
l’environnement. Prenons l’exemple d’une action de prévention des caries
menée auprès des élèves, dont l’objectif est de les inciter à se laver les dents
après chaque repas. Pour que cette action soit véritablement cohérente, il
faudrait que les conditions soient réunies pour que les élèves qui mangent
En savoir plus sur l’éducation à la santé 113
LA PRÉVENTION
En santé publique 87, la prévention est une notion très utilisée qui fait l’objet
de nombreux développements théoriques. Deux définitions sont données ci-
dessous ; la première (encore très usitée en France) a tendance à disparaître
au profit de la seconde dans la littérature internationale.
90. Ce modèle a été décrit en 1987 par l’américain R. Gordon, puis adapté en 1994 par le US Institute of
Medicine Committee qui s’occupe de la prévention des maladies mentales aux États-Unis. Il a été appliqué à
la consommation d’alcool et d’autres drogues par le National Institute on Drug Abuse dans une publication
de 1997 intitulée Preventing Drug Use Among Children and Adolescents.
91. Institut national de la santé et de la recherche médicale, Santé des enfants et des adolescents, propositions
pour la préserver. Expertise Inserm, 2003, p. XII.
92. Zobel F., « La prévention des dépendances au niveau de l’Union Européenne » : entretien avec Grégor
Burkart, responsable du domaine de la prévention à l’Observatoire européen des drogues et des toxico-
manies, mai 2005. Entretien disponible en ligne sur le site Internet du Groupement romand d’études sur
l’alcoolisme et les toxicomanies :
http://www.infoset.ch/inst/great/dossiers/Infos/evenements/colloque260505/Intburkh.html
En savoir plus sur l’éducation à la santé 115
93. Drass de Bourgogne, Glossaire utilitaire en éducation pour la santé, 2002, p. 41. Accessible sur Internet :
http://bourgogne.sante.gouv.fr/themes/sante/sreps/pdf/glossaire.pdf