Enseignement de la colonisation en France
Enseignement de la colonisation en France
L
a colonisation fait partie, sans nie et, dans une moindre mesure, pour la
doute possible, des événements puissance coloniale (Lantheaume 2000).
dont le poids et la mesure sont Tayeb Chenntouf Les enseignants considèrent que les ma-
lourds dans l’histoire. Vers 1760, les em- Université d’Oran, nuels abordent la colonisation de manière
pires coloniaux européens couvrent 18% Algérie trop discontinue puisqu’elle ne figure au
de la surface de la planète et contiennent programme qu’en classe de 4e et de 1re. Ils
3% de la population mondiale. En 1914, du 19e s, par une finalité quasi-unique : critiquent aussi l’impasse faite sur les mé-
au moment de leur apogée, ils s’étendent construire la nation et renforcer la cons- thodes des conquêtes coloniales (guerre
sur 39% de la terre et comptent 31% de la cience nationale. À plus d’un siècle de et violence de toutes sortes) et sur le sys-
population mondiale. distance, les instructions officielles et les tème colonial lui-même (inégalité et autori-
programmes maghrébins réaffirment cette tarisme administratif et politique) (Les ma-
Si elle semble avoir aujourd’hui disparu, à finalité assignée à la discipline et symbo- nuels scolaires 2002 : 180).
l’exception de quelques confettis, elle pèse lisée en France par le rôle de E. Lavisse.
fortement sur les pays devenus indépen- En 2001, M. T. Maschino a fait une enquête
dants et dans les relations internationales. En France, à l’exaltation de la colonisa- auprès des enseignants sur le déroulement
Le passé colonial suscite toujours des dé- tion et de l’empire succède l’occultation des cours consacrés à la colonisation
bats politiques tant dans les anciennes de la décolonisation et de la guerre d’Al- (Maschino 2001). «On n’insiste pas trop,
colonies et métropoles qu’entre les premiè- gérie. Les programmes et les manuels ont reconnaît un instituteur, sur les mauvais
res et les secondes. La loi française du 23 fait l’objet de nombreuses études critiques côtés de la colonisation ». En classe de 4e
février 2005 en est la parfaite illustration. en France même. Les réalités didactiques des collèges, « rien n’est dit aux élèves qui
sont moins bien connues. abordent le partage du monde des métho-
Dans le domaine de la recherche la colo-
L’étude de la colonisation est inscrite en des (exactions et pillages) utilisées. Le sys-
nisation a fait l’objet d’une abondante lit-
classe terminale dès la circulaire V. Duruy tème colonial et les résistances qu’il suscite
térature dans le passé. Après une brève
de 1865 qui intègre le Second Empire au sont évacués ». Il y a un grand vide, admet
éclipse, elle connaît un renouveau avec
programme. Elle est abordée, en partie, en une enseignante, « entre la mise en place du
la multiplication des thèses, colloques,
classe de 1re et ; à partir de 1902, en classe système impérialiste et sa contestation ».
ouvrages et articles de revue qui lui sont
consacrés. De nouvelles questions sont de 3e. Elle disparaît de l’enseignement des La décolonisation est intégrée dans les
posées, de nouveaux objets définis et de collèges de 1923 à 1946 puis de 1957 à 1962 programmes de classe terminale entrés en
nouvelles approches expérimentées. ( Lantheaume 2000). Aujourd’hui, elle fi- application en 1962. Ils prévoient l’étude
gure dans les programmes de classes de 4e du monde contemporain avec d’un côté
Ce renouvellement ne trouve pas toujours et de 1ere. Son enseignement suit un mo- la naissance du monde contemporain (de
et partout sa traduction concrète dans dèle inauguré par l’école de la 3e Républi- 1914 à nos jours) et les civilisations du
l’enseignement du fait colonial. Comment que. Il repose sur une conception purement monde contemporain dont celle du monde
enseigner la colonisation dans nos pays ? nationale des évènements qui lie un siècle musulman. Elle est introduite dans les
Quels programmes, quels manuels et quelle d’histoire à la colonisation. Si l’histoire de collèges en 1971 et, dans les années 1980,
formation des professeurs assurer ? la colonisation et de l’Outre-mer est margi- elle est abordée en 4e, 3e, 2e et terminale.
L’évaluation des programmes et des ma- nalisée à l’université et dans la recherche, Dans cette dernière classe, la décolonisa-
nuels maghrébins et français montre, à elle est bien présente dans l’enseignement. tion de l’Algérie est répartie dans trois cha-
l’évidence, que la colonisation est ensei- Elle articule à l’idée d’empire, la mission ci- pitres : la décolonisation et les relations in-
gnée dans des perspectives strictement vilisatrice de la colonisation et la grandeur ternationales, la 4e République et la 5e Ré-
nationales. Une perspective d’histoire de la nation. Les programmes le rappellent publique. L’approche privilégie l’histoire
mondiale rendrait mieux compte de la com- en 1938 en demandant aux enseignants de intérieure française, la décolonisation
plexité du phénomène. Les retombées di- « consacrer l’attention qui se doit à la n’étant plus qu’un appendice de celle –ci.
dactiques concerneraient, à la fois, la France d’Outre-mer qui n’a, peut-être pas
tenu jusqu’ici dans les programmes toute La guerre d’Algérie1 peut théoriquement
chronologie, les concepts et le vocabulaire,
la place désirable » (Lefeuvre 1993). être étudiée dans les lycées dés les années
les contenus et les documents utilisables
1960 avant même qu’elle ne soit terminée.
en classe. Il deviendrait alors possible de La lecture des manuels fait ressortir de Elle s’inscrit dans la partie du programme
préparer des séquences d’enseignement. nombreuses lacunes. L’enseignement de consacrée à la naissance du monde con-
la colonisation se réduit à une vulgate temporain (de 1914 à nos jours) et dans
L’enseignement de la minimale. L’absence de bilan de la coloni-
colonisation : des perspectives celle qui concerne les relations interna-
sation se retrouve dans tous les manuels. tionales à partir de 1962. Actuellement,
nationales Des informations ponctuelles et souvent tous les élèves de l’enseignement secon-
L’enseignement de l’histoire est dominé, indirectes, le bilan de la colonisation fran- daire rencontrent la guerre d’Algérie en
depuis son institutionnalisation, à la fin çaise apparaît comme positif pour la colo- classe de 3e et en terminale dans le cadre
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des chapitres sur la France depuis 1945 et par les interventions et la pénétration euro- qui défendent les ancêtres et qui croient
la décolonisation. L’expression guerre péenne au 19e s. aux objectifs de la Révolution algérienne
d’Algérie apparaît dans les manuels en pour construire une société nouvelle.
Le manuel de 9e année est lui aussi divisé
1971 seulement et il faut attendre les ma-
en deux parties. La première porte sur les Les objectifs spécifiques à chaque année
nuels de 1983 pour la voir traitée de ma-
évènements mondiaux : Première Guerre sont encore plus parlants. Pour la 5e an-
nière systématique en même temps que
mondiale, Révolution russe, Crise écono- née, les élèves doivent avoir une bonne
les autres guerres coloniales.
mique mondiale et Deuxième Guerre mon- connaissance du Front de libération na-
Aujourd’hui encore, elle fait l’objet de vifs diale. La seconde est entièrement consa- tionale et de l’Armée de libération natio-
débats franco-français, algéro-algériens et crée aux mouvements de libération dans nale ainsi que de leurs bases populaires,
franco-algériens. Son enseignement en le monde : au Moyen- Orient (3 cours), au d’avoir une image claire et honorable de
France soulève des problèmes de chrono- Maghreb (9 cours dont 6 sur le Maroc) en la Révolution algérienne avec la mise en
logie, de vocabulaire et de la trop grande Afrique (1 cours) et en Asie (1 cours). Le évidence de la lutte du peuple algérien,
dispersion non encore résolus.2 Sa récep- manuel se termine par deux questions re- de respecter les « chouhadas » (martyrs
tion par les élèves peut être appréciée grâce latives aux mutations mondiales après de la guerre d’indépendance) et de les
à une enquête auprès des jeunes français, 1945 : les changements internationaux et prendre comme modèle, enfin de renfor-
âgés de 17 à 30 ans. Elle a été réalisée par le développement scientifique et techno- cer le sentiment national et les résultats
l’université de Paris 8 puis publiée et com- logique et ses conséquences. acquis grâce à la lutte du peuple algérien.
mentée par le Monde sous le titre: « Guerre En 6e année, les élèves doivent connaître
En Tunisie, les réformes ont touché essen-
d’Algérie : la mémoire apaisée ».3 69% des les conditions du peuple algérien et la place
tiellement la période contemporaine. Elles
jeunes interrogés affirment avoir entendu de l’Algérie dans le monde, la politique
modifient de manière sensible l’approche
parler de la guerre d’Algérie d’abord par la coloniale et les pratiques oppressives de la
du nationalisme tunisien, de ses acteurs et
télévision puis par leurs professeurs. Ils colonisation, avoir une image claire et po-
de la place de H. Bourguiba. Elles introdui-
sont 80,50% à considérer qu’on ne leur a sitive de la lutte du peuple algérien et con-
sent également une rupture dans la pré-
pas suffisamment parlé de la guerre d’Al- naître les héros de la Révolution algérienne.
sentation des réactions locales face au pro-
gérie à l’école.4
tectorat français. Les résistances étaient Les manuels cherchent à traduire ces ob-
Dans les pays du Maghreb, dès les indé- absentes dans les manuels de la généra- jectifs sur le plan pédagogique. L’élève al-
pendances politiques, les finalités de l’en- tion précédente alors que les nouveaux in- gérien entre en contact avec l’histoire dès
seignement de l’histoire s’inscrivent éga- sistent sur les réactions face à la conquête la 5e année de l’école fondamentale. Après
lement dans des perspectives nationales. coloniale. Elles sont incorporées pour la trois chapitres introductifs consacrés aux
Il s’agit de construire les identités natio- première fois dans les programmes. Le ma- notions de temps, de document et d’évé-
nales, de renforcer la cohésion nationale nuel de 6e année de l’école élémentaire ana- nement historique, la totalité du manuel est
et sociale. Les réformes en cours ne mo- lyse le rôle de résistants comme Hassan b consacrée à la guerre d’indépendance. En
difient pas de manière qualitative ces fi- Abd Aziz et Ali al Sid. Le manuel de 7e an- 6e année, la colonisation et les résistances
nalités.5 Paradoxalement, elles sont davan- née précise que « les colonisateurs fran- sont abordées toute l’année. Le nouveau
tage centrées sur les identités nationales. çais ont imaginé que leur occupation du manuel (2004, Alger : ONPS) présente la si-
Les nouveaux programmes et manuels met- pays serait une simple promenade de courte tuation de l’Algérie avant la colonisation,
tent l’accent sur les résistances à l’occupa- durée. Or, les habitants leur ont fait face les causes et les méthodes de la conquête
tion coloniale et les luttes pour l’indépen- avec toute leur force mais avec des moyens coloniale, les résistances à l’occupation (ba-
dance. Comparativement aux deux pays limités. Les colonisateurs n’ont réussi à taille de Constantine, émir Abd al Kader),
voisins, la guerre d’indépendance occupe dominer totalement la Tunisie qu’après de les méthodes du colonialisme (peuplement,
en Algérie une place stratégique. longues années » (Abbassi 2002). exploitation des richesses et atteintes à la
personnalité), les luttes contre le colonia-
Deux manuels conformes aux nouveaux La structure qualitative des programmes
lisme français (insurrections jusqu’en 1881
programmes sont édités au Maroc en 2003 et des manuels n’est guère différente en Algé-
et luttes politiques jusqu’au début de la
pour les classes de 8e et 9e année de l’école rie sauf que la guerre d’indépendance (1954-
Révolution de novembre 1954). Les pro-
fondamentale (Casablanca : Maison d’Édi- 1962) y tient une place plus déterminante.
grammes et les manuels des niveaux moyen
tion marocaine). Le premier est divisé en
À l’école élémentaire, l’enseignement de et secondaire consacrent également une
deux parties. La première, relative à l’Eu-
la discipline est entièrement consacré aux large place à la colonisation et à la guerre
rope du 17e au 19e s, traite des changements
résistances à la colonisation et à la guerre d’indépendance sous des intitulés quasi-
économiques (la révolution industrielle)
d’indépendance. Les programmes dé- identiques à ceux des 5e et 6e années. La
puis les deux révolutions américaine et fran-
taillent les objectifs retenus. En 5e et 6e lutte armée, qui occupe une place relative-
çaise, enfin de l’impérialisme européen au
années, il s’agit de donner une première ment modeste dans les programmes et ma-
19e s. La seconde, soit au total seize cours,
culture à l’élève pour exploiter les archi- nuels tunisien et marocain est au fondement
traite le monde musulman face aux offensi-
ves, classer les événements, les analyser de l’identité nationale en Algérie (Chenntouf
ves européennes du 17e au 19e s : l’empire
et en tirer les conclusions logiques. Il 2005).
ottoman (2 cours), l’Algérie, la Tunisie et la
s’agit ensuite de former l’élève au respect
Libye (1 cours chacun), l’Afrique avant et
de l’histoire et de l’inciter à la recherche La colonisation dans une
après la conquête coloniale (2 cours). Le
en histoire de l’Algérie grâce à la présen- perspective d’histoire mondiale
reste, soit neuf cours, est consacré à l’his-
tation de documents glorifiant le peuple La crise des États post-coloniaux dans la
toire du Maroc, des débuts de la dynastie
algérien et sa lutte contre la colonisation. décade 1980-1990, la mondialisation et les
alaouite au protectorat français en passant
Il s’agit, enfin, de former des générations attentats du 9 septembre 2001 aux États-
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Unis relancent, dans un nouveau con- que pour certains financiers, chefs d’en- nité » et une entreprise de « dé civilisa-
texte, les débats sur la colonisation et, plus treprises et hauts fonctionnaires, les né- tion » des colonisés.8
largement, les rapports entre l’Occident cessités de la modernisation de l’écono-
Au-delà des méthodes et du bilan colo-
et l’Orient. La loi française du 23 février mie française étaient incompatibles avec
nial, le débat porte bien sur le sens de la
2005 provoque d’ardentes polémiques en les charges qu’impose l’entretien de l’em-
colonisation. Que représente -t-elle dans
France et en Algérie. Le bilan colonial est, pire colonial et qu’il fallait faire revenir dans
l’histoire des pays colonisés et dans leurs
de nouveau, au centre des débats. Des la métropole les ressources disponibles
rapports avec l’Europe ? A l’échelle de
hommes politiques, des media et des his- (Marseille 1984). D. Lefeuvre développe un
l’histoire mondiale, elle s’inscrit dans les
toriens tentent de la réévaluer. Ils passent point de vue assez proche pour le cas li-
trois temps forts de la mondialisation.
sous silence les conséquences durables et mité de l’Algérie. (Lefeuvre 1997)
Nolens volens, elle représente la voie
profondes que la colonisation imprime aux
L’adoption par le parlement français d’une qu’emprunte, sous la contrainte et la do-
rapports des colonisés à la modernité.
loi le 23 février 2005 semble trancher dans mination, la modernité historique dans les
En fait, les avantages et les inconvénients les débats et considérer que la colonisa- pays placés sous la domination coloniale.
de la colonisation sont discutés depuis la tion a été positive. Elle provoque aussi-
Le premier temps fort se situe au début
fin du 18e siècle. Les libéraux, d’abord en tôt des réactions en France et, avec un
du 16e siècle, il fait suite aux « voyages
Angleterre puis en France, lui étaient hos- décalage, en Algérie.
de découverte » et à l’expansion maritime
tiles. La colonisation triomphante au 19e
La loi, dite Fillon, demande que « la Na- européenne. Pour la première fois, la na-
s. a relégué à l’arrière plan les débats. Ils
tion soit reconnaissante aux hommes et vigation et l’échange commercial mettent
ressurgissent dans l’après seconde
aux femmes qui ont participé à l’œuvre de en connexion l’Europe, l’Asie, l’Afrique
guerre mondiale.
la France » (art1) et recommande « que les et l’Amérique sous l’égide de l’Europe.
Jusqu’en 2005, ils ne touchent pas le grand programmes de recherche universitaires Elle est symbolisée par le commerce trian-
public. La publication par R. Cartier d’une accordent à l’histoire de la France Outre- gulaire atlantique dans lequel la traite né-
série d’articles dans Paris-Match (août- mer… la place qu’elle mérite » et que « les grière occupe une place importante.
septembre 1956) est érigée en doctrine : le programmes scolaires reconnaissent en
Le deuxième temps fort démarre dans les
cartiérisme. Elle donne la priorité à la Cor- particulier le rôle positif de la présence
années 1870-1914. S. Berger considère que
rèze plutôt qu’au Zambèze. Pour J. P. française outre-mer » (art. 4). 6
cette période est celle de notre première
Chevènement, il faut prendre en considé-
La loi ne déclenche pas de débat politi- mondialisation (Berger 2003). Dans la lit-
ration les aspects positifs de la colonisa-
que particulier mais la réaction des histo- térature marxiste, le partage du monde
tion et « en premier lieu, l’école, apportant
riens français qui interviennent surtout entre les puissances européennes relève
aux peuples colonisés, avec les armes de la
dans les media et à travers le réseau de l’impérialisme. Cette seconde mondia-
République, les armes intellectuelles de leur
Internet où de nombreux sites sont créés. lisation est symbolisée par le Congrès de
libération (Le Nouvel Observateur), J. P.
Une association est formée pour rappeler Berlin de 1885. Elle élargit considérable-
Cot déclare en 1984 : « Je ne crois pas que
les méthodes et les résultats de la coloni- ment le domaine colonial, les connexions
la colonisation ait démérité » (Cot 1984). A.
sation. Elle réaffirme le principe de la li- et les échanges régionaux et mondiaux.
Adler se présente comme un ardent défen-
berté dans la recherche et dans l’ensei- Elle se prolonge après la première guerre
seur de la colonisation lorsqu’il écrit : « il
gnement de l’histoire.7 mondiale avec les mandats octroyés par
serait de simple et bonne justice de rappe-
la Société des Nations à la France et à
ler aussi la grandeur de cette entreprise [— En Algérie, la presse considère, dans un
l’Angleterre surtout au Proche-Orient.
—] toutes choses que le monde anglo- premier temps, que les problèmes soule-
saxon ne peut pas comprendre [—]. Du côté vés, par la loi sont d’abord et avant tout « La situation coloniale », définie très tôt
africain, on a aimé la France pour ce qu’elle franco-français. Elle adopte un ton neu- par G. Balandier et I. Wallerstein inclut les
a de meilleur : les pères blancs [—], les offi- tre pour relater les débats puis rendre colonisateurs et les colonisés, les con-
ciers de la coloniale [—], les médecins qui compte des réactions officielles algérien- tacts et les échanges entre eux mais aussi
ont inventé il y a un siècle l’action humani- nes. A l’occasion du 50e anniversaire du 8 les tensions et les conflits qui donneront
taire. » (Bancel, Blanchard, Vergés 2003). mai1945, le président de la République naissance aux nationalismes. Les notions
L’Encyclopédie d’Afrique du nord qui dis- compare les fours à chaux dans lesquels d’acculturation et de changement social
pose d’un site internet synthétise, à elle ont été brûlés plusieurs Algériens, prés (Wallerstein 1966) ont pour ambition, dans
seule, les apports de la colonisation : l’école, de Guelma, aux fours nazis. Un mois plus les années 1950-1960 d’expliquer ces
la santé, les routes et le chemin de fer, tard, le 7 juin, c’est au tour du Front de transformations.
l’équipement portuaire. libération nationale de condamner la loi
En fait, l’histoire des colonisés devient
« avec la plus grande fermeté » parce
La colonisation serait par ailleurs coûteuse l’histoire des colonisateurs, et l’histoire
qu’elle justifie « la barbarie coloniale en
et non rentable pour les métropoles. De ce des colonisateurs l’histoire des colonisés.
gommant les actes les plus odieux ». Les
fait, elle ne serait pas responsable du sous- L’histoire du Maghreb devient celle de la
parlementaires réagissent à leur tour dans
développement des pays colonisés. France et l’histoire de la France celle du
un projet de résolution appelant le Parle-
P.Bairoch dresse le bilan du colonialisme Maghreb. La colonisation fait partie inté-
ment français à abroger la loi. A.Bouteflika
(Bairoch 1963) pour considérer que les grante de l’histoire de France. La cons-
intervient de nouveau, à partir de Tlem-
échanges avec les colonies sont margi- truction de l’État, de la République, de la
cen, pour critiquer « le négationnisme et
naux dans la croissance économique et Nation est inséparable de la colonisation.
le révisionnisme », considérer la coloni-
de développement de l’Europe. En Plus largement, celle-ci est partie prenante
sation comme « un crime contre l’huma-
France, J. Marseille arrive à la conclusion active de la modernité occidentale. L’his-
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toire de l’Europe ne peut être pensée en débouche sur la perversion des rapports pour la période des 19e et 20e siècles. Il
dehors et sans la colonisation sauf à être, des colonisés à la modernité. faut également relever le décalage entre
une fois de plus, ethnocentriste la recherche et les programmes officiels.
L’illégitimité de la colonisation, parce que
Dans les colonies, l’historien marocain A. étrangère, discrédite gravement la moder- De nombreux ouvrages et colloques sont
Laroui a bien relevé, pour son pays, que le nité pour de larges secteurs des élites et de consacrés à la colonisation et aux colo-
protectorat français et le général Lyautey la population. Les témoignages ne man- nies. Certains remontent à la Grèce et à
réalisent avec succès les réformes que les quent pas. Les réformes impulsées par les Rome. La période médiévale serait aussi
sultans tentaient d’appliquer, en vain, à la sultans marocains Sidi Mohammed et celle de la colonisation. M. Ferro, qui a
fin du 19e siècle et au début du siècle sui- Moulay abd al Rahman sont considérées coordonné une Histoire des colonisations
vant (Laroui 1986). K. Marx, traitant de la comme des innovations blâmables (bidâa), (Ferro 2001) fait remonter celle-ci au 13e
colonisation britannique de l’Inde, souli- contraires à l’esprit de l’Islam. Le chroni- siècle pour se terminer au 19e. Situer les
gne son caractère ambivalent. Son appro- queur al Naciri traduit bien le sentiment gé- débuts de la colonisation au 16e siècle ren-
che a été critiquée ou, au mieux, passée sous néral dans l’Istiqsa Il considère que contre un plus large consensus chez les
silence par la suite. Elle présente la colonisa- « l’adoption des manières étrangères n’est historiens. Le second ouvrage de M.
tion comme un formidable agent de chan- d’aucun profit ; c’est au contraire la tradi- Ferro, intitulé : Le livre noir du colonia-
gement et de transformation de l’Inde. tion et l’isolement qui seraient la seule so- lisme porte en sous-titre : 16e-21e siècles :
lution pour renforcer le royaume face aux de l’extermination à la repentance.9
Le revers de la colonisation est, néanmoins
interventions étrangères. En Algérie, la sco- Les programmes et les manuels sont, pour
la traditionalisation des sociétés colonisées
larisation et la médecine coloniale se heur- leur part, centrés exclusivement sur les 19e
et de la perversion de leurs rapports à la
tent à une profonde résistance jusqu’à la et 20e siècles. L’enseignement de l’histoire
modernité. La colonisation s’est volontiers
fin du 19e siècle (Chenntouf 2003). au Maghreb - reprend, tout en la discutant,
présentée comme une avancée de « la civi-
lisation au détriment de la barbarie ». Elle Au 20e siècle, les ouvrages de F. Fanon la chronologie générale d’origine euro-
est loin d’avoir réalisé ce programme. Les (1961) et de A. Memmi (1954) qui sont des péenne. L’histoire continue d’être décou-
limites de la colonisation sont géographi- contemporains de la colonisation et de la pée en périodes ancienne, médiévale, mo-
ques, sociales, culturelles et politiques. La décolonisation fourmillent de données derne et contemporaine. La chronologie
colonisation définit très tôt un domaine précises, concrètes et situées sur l’am- relative à la période contemporaine est plus
géographique utile qu’elle sépare du reste pleur des dégâts causés à la psychologie discutée encore. En Algérie, 1830, année
du territoire. Il intègre les zones maritimes, et aux comportements des Maghrébins. de la conquête et des débuts de la coloni-
les plaines agricoles et les régions riches M. Lacheraf ne cesse en Algérie, à tra- sation française n’est plus considérée
en matières premières. Au Maghreb, par vers ses nombreuses études, de signaler comme une sorte de degré zéro de l’his-
exemple, le Sahara n’acquiert de l’intérêt le rôle de la colonisation dans les caren- toire. L’histoire de l’Algérie est inscrite dans
qu’à partir des années 1955-1956 et l’ex- ces de la lutte anti-coloniale et le nationa- des évolutions de plus longue durée. En
ploitation des hydrocarbures. Les limites des lisme (Lacheraf 1962). Tunisie, les nouveaux programmes ont subi
transformations économiques et sociales un double infléchissement. Le nationalisme
Aujourd’hui encore, la culture et la pen-
ressortent bien des études consacrées au tunisien ne naît plus dans les années 1930
sée politique n’ont pas encore tranché
sous-développement dans les années 1950- en réaction au protectorat français et grâce
tout à fait les nœuds gordiens de la mo-
1960. L’enquête réalisée par P. Bourdieu (1960), à l’action de H.Bourguiba comme antérieu-
dernité : raison, liberté, devenir. Assimi-
à la fin de la période coloniale, donne une rement. Il s’inscrit, dorénavant dans le ré-
lée à la colonisation et à l’étranger, elle
idée précise des conditions de vie et des dif- formisme du 19e siècle et serait donc an-
est récusée à ce double titre. La pensée
ficultés de formuler des projets pour l’avenir. térieur au protectorat. De la même manière,
dissocie la modernité en séparant ses as-
la chronologie privilégie les mutations in-
La traditionalisation est aussi forte dans le pects techniques et matériels, les plus vi-
ternes plutôt qu’externes. Elle commence
domaine politique. La colonisation britan- sibles, et les fondements philosophiques,
en 1881 et non pas en 1914 et la première
nique s’appuie sur un petit corps de sol- à savoir la conception du monde et l’ac-
guerre mondiale comme cela était le cas pré-
dats, un groupe limité d’administrateurs et tion sur le monde. L’essence du fait colo-
cédemment. Enfin, l’histoire de la Tunisie
la chefferie traditionnelle qui est intégrée nial est sans doute d’avoir privé les colo-
est séparée de l’histoire mondiale. Cette
dans la gestion administrative des territoi- nisés de faire leur propre histoie.
dernière comprend deux périodes : de 1914
res. L’Inde en est le parfait exemple. Au
à 1945 puis l’après seconde guerre mon-
Maroc, la politique de traditionalisation est L’enseignement du fait colonial
diale. La première substitue aux trois pério-
systématisée par le général Lyautey. Sa Quelles retombées didactiques ? Com- des classiques (l’après première guerre
gestion du protectorat cherche à préserver ment enseigner le fait et l’événement co- mondiale, la crise du parti des années 1930
le cadre traditionnel en maintenant « les lonial ? Comment les intégrer dans les aux années 1945 et l’après seconde guerre
hiérarchies naturelles », « le décor chérifien » curricula et les exposer à de jeunes en- mondiale) un schéma qui distingue quatre
tout en transformant le pays en une « Califor- fants et à des adolescents ? Dans une périodes : de 1881 à 1914, de 1914 à 1939, de
nie française ». Cette politique est poursuivie perspective d’histoire mondiale, l’ensei- 1939 à 1956 et de 1956 à 1964 (Abbassi 2002).
jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. gnement de la colonisation soulève, au
moins quatre problèmes. Le second problème est relatif aux con-
C’est surtout dans le domaine culturel et
cepts et au vocabulaire utilisés. Ils ont
de la pensée, difficilement quantifiable, Le premier concerne la chronologie qui des contenus et des sens extrêmement
que la colonisation a des effets les plus demeure problématique aussi bien pour variables d’un auteur à l’autre.
intenses et les plus durables. Elle les grandes mutations de l’histoire que
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C’est surtout les usages multiples des vo- est forgé par les économistes avant d’être re- archives militaires de la guerre d’Algérie
cables de colonisation et de colonie qui pris par le marxisme. Hilferding et Lénine lui sont accessibles depuis 1992. Les cartes
prêtent le plus à discussion. Pour M. Ferro, consacrent des ouvrages. Pour ce dernier, il et les statistiques ne manquent pas éga-
la colonisation n’est pas seulement le fait représenterait le stade suprême du capitalisme. lement. Comme pour les archives, certai-
de l’Occident. Elle a existé dans le monde nes sont éditées dans des ouvrages et
Tous ces concepts et vocables ne trouvent
arabe et ottoman alors que la Russie et le des revues. Le recours à l’image, à la pho-
pas toujours leurs équivalents exacts dans
Japon réalisent plus tardivement leur ex- tographie, au film et à la bande dessinée
la langue arabe. Le vocabulaire le plus uti-
pansion territoriale (Ferro 2003). En fait, l’ori- est plus aisé depuis que les chercheurs
lisé dans les manuels comprend : Ihtilal,
gine du mot colonie remonte à la Républi- se sont intéressés à ces supports.
Isti’mar, Imperialia, Qawmia, Thawra. Le
que romaine ; elle est un détachement de
premier est proche du mot français con- La disponibilité de documents d’origine
citoyens romains envoyés pour peupler un
quête ou occupation ; le second de peu- coloniale a pour conséquence d’occulter
territoire désert ou conquis par la force des
plement, de colonisation et de colonialisme. les voix des colonisés. La situation colo-
armes. Il est repris dès le début du 17e siè-
Le troisième est une arabisation du mot impé- niale, les luttes politiques puis les guerres
cle par les Anglais et les Français pour nom-
rialisme. Les quatrième et cinquième renvoient d’indépendance n’ont guère été favorables
mer leurs nouvelles possessions outre –
à nationalisme et à révolution ou soulèvement. à la conservation des archives. Cependant,
mer. Les Anglais dérivent du mot colony
une presse en langue arabe est publiée dans
tout un vocabulaire avant l’utilisation en Le troisième problème concerne les con-
les trois pays du Maghreb par les partis
français du verbe coloniser (1770) puis les tenus des manuels et les séquences d’en-
politiques et les associations pendant la
noms de colonisation (1790) et de coloni- seignement. La transposition didactique
colonisation. Elle a été, totalement ou par-
sateur (1835). À partir de 1900, coloniser ne doit pas se traduire par une trop grande
tiellement, réimprimée après les indépen-
acquiert un sens nouveau. Dans les dic- simplification de la complexité du fait et de
dances. De nombreux témoignages oraux
tionnaires « coloniser un pays (ou un peu- l’événement colonial. Elle pourrait s’articu-
ou écrits ont été ou sont publiés. Le phé-
ple revient à le soumettre au statut de colonie, ler autour de trois questions synthétiques.
nomène a pris une grande ampleur depuis
c’est-à-dire de dépendance ». (Sur ces évolu- La première s’intitulerait l’histoire inégale la décade 1980-1990. La littérature, la poé-
tions sémantiques se reporter à Pervillé 1993) et s’inscrirait dans une perspective d’his- sie et les traditions populaires permettent
Les différences entre colonie, protectorat toire comparée entre l’Europe et le reste d’aller au delà de la vision des élites.
et mandat portent sur le statut des territoi- du monde vers 1815. L’avance de l’Europe
res dépendants et de leurs rapports avec et l’accumulation de moyens techniques et Notes
les métropoles. En France, par exemple, la matériels seront exposées. Elles sont sui- * Communication au colloque La Storia è di
Tunisie et le Maroc relèvent du ministère vies par les étapes et les méthodes de la Tutti. Nuovi orizzonti e buon e pratiche nell’
des affaires étrangères alors que l’Algérie conquête et de la colonisation. insegnamento della Storia. Modena, Italia,
relève du ministère de l’intérieur. Dans les La seconde traite la situation coloniale elle- 5-10 septembre 2005.
protectorats, les États précoloniaux conti- même. Elle vise les structures et leur perma- 1. Cette dénomination correspond à l’usage fran-
nuent d’exister sous le contrôle d’un rési- nence dans le temps de la colonisation et de la çais alors qu’en Algérie d’autres appellations
dent général alors que dans les colonies ils domination. Elle inclut la présentation des sont utilisées dans le discours politique, les média
sont détruits par la guerre. Les mandats, colonisateurs, celle des colonisés et des et la recherche. J’ai utilisé dés les années 1990 le
définis juridiquement par la Société des échanges entre eux dans tous les domaines. terme de « guerre d’indépendance »
Nations sont appelés, en principe, à deve-
nir indépendants à brève échéance. La troisième s’intéresse aux tensions et 2. 27 février 1992. Aucune enquête systéma-
aux conflits. Le résultat le plus palpable tique n’a été faite au Maghreb sur les résul-
Les notions de colonialisme et d’impéria-
de la colonisation et le renforcement et/ tats de l’enseignement de l’histoire et sa
lisme apparaissent à la fin du 19e et au dé-
ou l’émergence. de mouvements nationa- réception par les jeunes. La presse publie
but du 20e siècle. Ils sont plus utilisés dans
listes vigoureux. Ils présentent trois as- néanmoins des opinions de professeurs, de
la littérature politique produite par les colo-
pects : la fabrication des imaginaires na- parents d’élèves et des lycéens. Algérie-Ac-
nisés et les anti-colonialistes. Les coloni-
tionaux, les luttes légales anti-coloniales, tualité, un hebdomadaire qui a aujourd’hui
sés parlent plus de colonialisme que de
les luttes armées et la décolonisation. disparu, a réalisé une enquête sur le tas qui a
colonisation. En 1955, la conférence de
été publiée (n° 1098, 30 octobre 1986).
Bandoung (Indonésie) proclame que « le Le quatrième et dernier problème a trait à
colonialisme dans toutes ses manifestations la documentation utilisable en classe ou 3. Voir le Monde et les Actes du colloque La guerre
est un mal auquel il doit être mis fin rapide- dans les manuels. Elle est abondante mais d’Algérie dans l’enseignement en France et
ment, que la soumission des peuples au produite en grande partie par le colonisa- en Algérie, 1993, Paris : IMA-CNDP.
joug de l’étranger, à sa domination et à son teur. Elle doit être rééquilibrée par les 4. La réforme est appliquée en Tunisie en 1991 ;
exploitation était une négation des droits points de vue des colonisés. Le Maroc et l’Algérie sont engagés dans l’éla-
fondamentaux de l’homme, contraire à la boration de nouveaux programmes et manuels.
La documentation dans les langues euro-
Charte des Nations-Unies ». L’expression
péennes est impressionnante. La « geste 5. Journal officiel de la République française
néo-colonialisme est employée pour la pre-
coloniale » a généré d’innombrables dis- du 24 février 2005.
mière fois par K. N’Krumah, premier minis-
cours et commentaires. Les archives sont
tre du Ghana indépendant. Elle désigne « la 6. Un groupe d’enseignants et d’historiens lan-
maintenant ouvertes aux chercheurs et aux
situation d’un État indépendant en théorie cent le 25 mars dans le journal Le Monde
auteurs de manuels. Les archives de la
et doté de tous les attributs de la souverai- une pétition intitulée : « Colonisation : non
décolonisation se sont progressivement
neté, qui a, en réalité, sa politique dirigée à l’enseignement d’une histoire officielle ».
ouvertes en fonction des législations
de l’extérieur ». Le vocable d’impérialisme
existantes dans les pays. En France, les
CODESRIA Bulletin, Nos 3 & 4, 2006 Page 17
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ghreb post-colonial). du nationalisme marocain, Paris : Maspero. J.Wiley and Sons.
Dédié à mon ami et camarade Chachage que je n’oublierai jamais. La très triste
nouvelle de son décès m’est parvenue alors que je finissais la rédaction de cet article
F
aisant le panégyrique du livre du dominant, la civilisation capitaliste de
Professeur Hernando De Soto, The l’Occident sera en danger, prévient-il. «
Mystery of Capital: Why Issa G. Shivji La communauté des affaires occidentale »,
capitalism triumphs in the West and fails Dar es Salaam, dit-il, « éprouve une inquiétude croissante
everywhere else (traduction : « Le mys- Tanzanie : et si l’échec de la plus grande partie du
tère du capital : Pourquoi le capitalisme reste du monde dans la mise en œuvre du
triomphe en Occident et échoue partout capitalisme finissait par entraîner les éco-
niers politiques du néolibéralisme dans le
ailleurs »), la baronne Thatcher déclare : nomies riches dans la récession ? »5
monde de l’après-Guerre froide.3 Francis
Le mystère du capital est à même de Fukuyama, l’auteur de The End of History, Le mécanisme pour redonner vie au capi-
créer une nouvelle révolution des plus affirme qu’avec le triomphe du capitalisme tal mort consiste à mettre en place un sys-
salutaires, en ce sens qu’il traite la et de la démocratie libérale partout dans tème juridique qui permettra aux actifs des
source majeure d’échec dans le tiers le monde, l’histoire est arrivée à sa fin. Il a pauvres d’obtenir des titres, les rendant
monde et les anciens pays communis- fourni au néolibéralisme des armes intel- ainsi négociables et vendables sur le mar-
tes—l’absence d’un État de droit qui lectuelles et idéologiques. Hernando De ché. Dans cette «révolution néolibérale»,
fasse respecter la propriété privée et Soto4, le consultant le plus recherché par affirme De Soto, les avocats ont un rôle
offre un cadre à l’entreprise. Cet les pays « pauvres », à ce qu’on dit, a d’avant-garde à jouer. Je le cite :
ouvrage doit être une lecture obliga- fourni le mécanisme de transformation des
toire pour tous ceux qui ont en charge actifs des pauvres, d’une valeur de plu- Une fois que les réformateurs
les richesses des nations.1,2 [néolibéraux] auront à leurs côtés les
sieurs milliards de dollars, qu’il appelle «
pauvres et au moins une partie de
Margaret Thatcher, ancien premier minis- capital mort », en « capital vivant ». Tant
l’élite, il sera temps d’assumer la bu-
tre britannique et Ronald Reagan, ancien que les pauvres du tiers monde ne seront
reaucratie publique et privée qui ad-
président des États-Unis, étaient les pion- pas intégrés dans le courant capitaliste ministre et maintien le statu quo—