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Madagascar Riziculture

Ce document décrit la diffusion de variétés de riz à Madagascar. Il présente les principales variétés cultivées dans chaque région du pays, ainsi que la pénétration des nouvelles variétés développées par la recherche agricole comme les séries IR et X. La variété Tsipala reste l'une des plus répandues à l'échelle nationale, tandis que des variétés traditionnelles comme Makalioka 34 et Latsika demeurent populaires dans certaines régions.
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Madagascar Riziculture

Ce document décrit la diffusion de variétés de riz à Madagascar. Il présente les principales variétés cultivées dans chaque région du pays, ainsi que la pénétration des nouvelles variétés développées par la recherche agricole comme les séries IR et X. La variété Tsipala reste l'une des plus répandues à l'échelle nationale, tandis que des variétés traditionnelles comme Makalioka 34 et Latsika demeurent populaires dans certaines régions.
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thème 2

La riziculture

2.1. Diffusion des variétés de riz


Jean-Claude Randrianarisoa

2.2. Le système de riziculture intensif (SRI) :


situation actuelle et perspectives d’avenir
Christine Moser ; Chris Barrett

2.3. Analyse spatiale de la production rizicole malgache


Jean-Claude Randrianarisoa

2.4. Déterminants de la productivité rizicole des petites


et grandes exploitations agricoles : cas des Hautes-Terres
Jean-Claude Randrianarisoa

2.5. Etude sur la formation des prix du riz local


Bart Minten ; Lalaina Randrianarison

24
25
Diffusion
Diffusion des
des variétés
variétés de
de riz
riz

Introduction L’enquête auprès des communes a permis de recenser 773 dénomina-


tions de riz à Madagascar. Quoiqu'il existe une forte disparité spatia-
Avec l'utilisation des engrais minéraux et l'irrigation, l'adoption de le, une même variété peut porter des noms différents selon les
nouvelles variétés de riz pouvant avoir une meilleure synergie avec les régions. Les nouvelles variétés X et IR sont surtout observées dans les
autres facteurs de production a été l'un des facteurs de réussite du régions de Mahajanga, Marovoay, Haute Matsiatra, Sofia, Diana et
boom de la production rizicole dans le Sud-Est asiatique. dans une certaine mesure dans le Sud Ouest, le Horombe, l'Amoron'i
Mania, l'Itasy, Mangoro et la Sava.
Le FOFIFA a travaillé depuis des dizaines d'années sur la recherche
variétale de riz à Madagascar. Des travaux sur l'amélioration des variétés Etant donné toutefois la méthodologie utilisée, il faudrait mentionner
locales existantes par le biais d'une sélection massale ont été entrepris. que les résultats présentés dans ce chapitre sont les minimums qu'on
Des introductions de variétés améliorées en provenance d'autres pays pourra voir en milieu réel. La raison en est que les paysans baptisent
ont aussi été réalisées. Enfin, on a assisté à une troisième voie qui a les variétés qu'ils ne connaissent pas d'une manière spontanée. Ainsi,
été la création variétale, afin de combiner les effets avantageux de on ne peut pas être exhaustif sur la diffusion d'une variété donnée car
deux ou plusieurs variétés. Qu'en est-il de la diffusion de ces variétés1 ? elle peut avoir une dizaine de dénominations. Même si le nom fait
Des réponses seront apportées sur la base du Recensement des toujours référence à une caractéristique spécifique à la variété, il
Communes de 2001. demeure très difficile de distinguer clairement de quelle variété il
s'agit2.
1. La diffusion spatiale des variétés de riz
En tenant compte de ces contraintes, le tableau 2.2 présente les prin-
a. La sélection de riz a une longue histoire à Madagascar. La recherche a cipales variétés utilisées par les riziculteurs des différentes régions. En
continuellement étoffé la collection nationale de riz par l'utilisation des fait, des centaines de variétés ont été collectées par région, mais nous
variétés traditionnelles, par l'importation ou encore par croisement de avons délaissé les moins utilisées pour pouvoir mettre en exergue les
variétés. variétés dominantes. Cependant, pour essayer d'apprécier l'adoption
des résultats des programmes de la recherche variétale de FOFIFA,
Tout d'abord, rappelons les principaux résultats de la recherche nous avons isolé quelques variétés spécifiquement introduites durant
agricole. Vers les années 50, la recherche agricole du temps de les 30 dernières années. Ce sont les séries IR des années 80 et 90 et les
l'Institut de Recherche Agronomique de Madagascar ou IRAM a séries X des années 90.
produit de nombreuses variétés qui sont encore pour la plupart utili-
sées par les riziculteurs actuellement. Les variétés Makalioka 34, Ali Le tableau 2.1, repris d'une manière visuelle par la carte 2.1 montre
Combo, Rojofotsy 1285 et Vary lava 16 faisaient partie de ce groupe les principales variétés par région agro-écologique. Dans tout
(FOFIFA, 1995). Avec le FOFIFA, les années 80 ont vu l'introduc- Madagascar, la variété Tsipala, qui par ailleurs englobe toute une
tion de plusieurs variétés en provenance de l'International Rice multitude de dénominations, demeure une des variétés préférées des
Research Institute (IRRI), de l'Institut de Recherche Agricole riziculteurs. On la considère comme une des trois principales variétés
Tropicale (IRAT), de Chine, de l'Indonésie, du Japon, etc. Durant les cultivées dans 292 communes. Dans le Vakinankaratra, la variété tra-
années 90, avec le programme de recherche sur le riz avec l'IRRI, le ditionnelle Latsika est la plus populaire avec une présence notable
FOFIFA a continué à introduire des variétés ayant des caractéris- dans près de 10% des communes. Dans la région de l'Itasy, ce sont les
tiques très spécifiques comme la résistance aux maladies tel que le vary Botra et le Rojofotsy qui prédominent dans près de 25% des com-
Rice Yellow Mottle Virus ou RYMV, tout en tenant compte tant de leur munes. Dans la zone du Lac Alaotra, l'indétrônable Makalioka 34
productivité que d'autres facteurs comme le cycle, la taille des plantes, demeure une cible relativement difficile à changer malgré les essais
ou la forme des graines et le goût. Durant ces périodes, les sélection- d'introduction et même de création de plusieurs variétés dont les
neurs locaux ont continué à faire des croisements pour répondre à des 2798, les 2787, les 1347, et tout dernièrement le Tsemaka, un croise-
besoins spécifiques. C'est ainsi qu'actuellement, le FOFIFA main- ment entre le Makalioka et le 2798. Près de 88% des communes de
tient une collection nationale de plus de 2.600 variétés dans la région la région du Lac Alaotra considèrent toujours le Makalioka comme la
du Lac Alaotra et plus de 3.700 variétés à Marovoay (FOFIFA, 1995). principale variété cultivée.

Afin de limiter les confusions dans notre analyse entre les variétés Les nouvelles variétés, quant à elles, ont réussi à pénétrer dans
proposées par la recherche et qui commencent par les mêmes mné- certaines régions comme tout le nord-ouest et le moyen-ouest de la
moniques, nous avons choisi de regrouper les variétés en deux princi- province d'Antananarivo où un programme de recherche du FOFIFA
pales catégories : les séries IR et les séries X. Par série IR, on peut donc avec l'IRRI a travaillé pendant plusieurs années. En outre, par
avoir les IR8, IR16, IR20, ainsi que celles introduites plus récemment : exemple, plus de 40% des communes de Marovoay ont identifié des
IR36 et IR38. Pour la série X, on aura principalement les deux variétés variétés X comme parmi les principales cultivées dans leurs com-
X360 et X265 et les multitudes de variétés X dernièrement intro- munes. Ce taux est de 36% pour la région de Sofia. D'autres régions
duites, avec certaines dénominations qu'on a pu interpréter comme comme la Haute-Matsiatra se sont aussi distinguées par la percée des
X tel que Mahadigny ou Vary Vahiny. Nous avons aussi retenu les variétés X (dans 37% des communes) qui ont réussi à distancer les
variétés Makalioka qui sont encore largement utilisées dans la région traditionnelles Angika. Les quelques informations recueillies auprès
de l'Alaotra et les variétés Tsipala, avec ses différentes dénominations, des utilisateurs font état d'une meilleure résistance à la maladie de la
et qui demeurent une des plus répandues à Madagascar actuellement.
2 Par exemple, la dénomination Botra ou Bota peut très bien s'appliquer à la forme des
graines qu'à la hauteur de la paille. Ainsi, il se peut que ce soit des variétés traditionnelles
b. La situation dans les communes montre qu'il n'y a pas de variété
comme les Botramaitso ou il peut très bien s'agir de la variété 2798, introduite au début
dominante à Madagascar. On retrouve côte à côte variétés traditionnelles des années 80 dans la région du Lac Alaotra. De même, avec l'appelation Japone, on aura
et variétés nouvelles. De plus, il est un peu difficile d'estimer le degré de une confusion entre le 1632 et le 2067, qui sont tous des riz de type japonica. La déno-
diffusion d'une variété spécifique étant donné les multitudes de noms mination Chine a été interprétée par plusieurs personnes comme étant le 2798, mais on
ne peut jamais être sûr étant donnée que la dénomination peut changer d'une région à
pour une même variété. une autre. De la même manière, une appellation lava ne peut pas se définir d'une manière
nette, d'autant plus que pour la hauteur des pailles, la plupart des variétés se situent entre
110 et 130 cm, en opposition avec les botry de 90 - 110 cm. D'autres noms sont dérivés
de la couleur des graines ou du péricarpe comme Mena, Mavo, Fotsy etc. La longueur du
1 Notons cependant que cette étude n'est pas une évaluation de l'impact de la recherche cycle pourrait aussi devenir un critère de dénomination comme le Zatoandro ou le
variétale. La diffusion d'une innovation dépend de plusieurs facteurs dont entre autre la Telovolana. Enfin, un essai d'adaptation de la dénomination scientifique conduit aussi à
performance des institutions de vulgarisation. des difficiles noms vernaculaires comme les R8, IR, 88, Beefing, 27, etc.

26
Jean-Claude Randrianarisoa

part de la variété X et d’une couleur plus claire par rapport à l'Angika Le deuxième critère de choix est la résistance à la sécheresse. Environ
mena. Hormis la région du Nord-Ouest de Madagascar où elles 16% des communes ont mentionné cette caractéristique des variétés
furent initialement introduites, les variétés IR8 et IR16 ont aussi en premier lieu. C'est donc une extériorisation des problèmes d'irri-
réussi à s'implanter dans les régions de Diana, Sava, Horombe et du gation des rizières malgaches. L'engouement des riziculteurs pour les
Sud-Ouest de Madagascar. Le pourcentage de communes à domi- projets de construction de barrage pour avoir un accès facilité à l'eau
nance des IR arrive à plus de 58% pour Mahajanga. Il est de près de est également une indication de cette préférence.
36% pour la SOFIA, 35% dans la Diana, et un taux de plus de 12%
pour les régions de la Sava, du Sud-Ouest et du Horombe. On retrouve ensuite les critères de longueur du cycle et goûts et formes
des graines avec chacun environ 10% des communes les ayant choisi
Une nouvelle variété peut être présente dans une commune donnée, en premier. Ce sont donc des critères à ne pas délaisser lors de la
mais si elle n'est pas une des trois premières variétés cultivées par les détermination des caractéristiques des variétés de riz. Des régions
gens de la commune, elle n’a pas été identifiée comme étant adoptée comme le Lac Alaotra placent même ce critère au second rang, juste
dans la commune. C'est par exemple le cas des variétés de hautes alti- après la productivité. Dans ce sens, certaines anecdotes ont été rele-
tudes, récemment produites par le FOFIFA et le CIRAD pour le vées dans diverses parties de Madagascar. Des paysans du Moyen-
Vakinankaratra. L'intérêt de telles variétés pour ces zones à altitude Ouest ont adopté des variétés améliorées sur une partie de leurs
élevée est indéniable, pourtant leur diffusion est encore limitée en parcelles de rizières mais ont consacré une autre partie aux variétés
terme de surface cultivée. On ne les verra ainsi pas apparaître dans la traditionnelles destinées à l'autoconsommation du ménage. De
liste des principales variétés de la commune. même, la préférence des habitants de la région du Lac Alaotra pour le
goût et l'aspect extérieur de la variété MK34 continue à perpétuer la
2. Les préférences des riziculteurs en terme de variétés de riz culture de cette variété dans cette région.

Le critère de productivité demeure la principale raison de choix d'une Enfin, les variétés qui supportent les problèmes d'inondation figurent
variété par les riziculteurs. Cette qualité fut la préférée dans 55% des comme premier choix pour 5% des communes et les problèmes de
communes. Certaines régions mettent cependant le poids sur d'autres maladies des plantes pour 3% des communes. Il va sans dire que cet
critères comme le goût ou le cycle. ordre de préférence diffère selon les régions. Dans les régions où les
cultures dépendent entièrement des pluies, la longueur du cycle
Les préférences des riziculteurs dans leurs choix de variétés rizicoles revêtira une importance capitale car on doit faire coïncider calendrier
ont été évaluées à travers six critères : productivité, résistance à la cultural et saison climatique. Une variété à cycle plus court permet-
sécheresse, résistance à l'inondation, résistance aux maladies phytosa- trait de réduire ces risques de production. De plus, si l'agriculteur
nitaires, goût et forme des graines, longueur du cycle. Le tableau 2.1 veut exploiter le terrain d'une manière intensive en pratiquant le plus
montre l'importance relative par région agro-écologique de chaque grand nombre de succession de culture, la durée du cycle est impor-
critère selon l'appréciation des groupes de répondants au niveau des tante. Par exemple, en Asie du Sud, on a pu observer jusqu'à quatre
communes. successions de culture par an avec un système d'irrigation et de drai-
nage bien maîtrisé (Barker et al., 1985). Pour d'autres régions, ce sera
En général, la productivité tient toujours la première place pour le la résistance aux maladies qui devient le principal critère de choix
choix d'une variété. On peut cependant identifier des régions où le d'une variété. Dans ce cas, on pourrait avoir des résultats où, après
pourcentage de communes déclarant la productivité comme principal introduction d'une variété de riz, le niveau de productivité demeure
critère de choix est inférieur à 50%. C'est le cas du Vakinankaratra, inchangé ou même accuse une certaine baisse. Cependant, le plus
du Sud-Ouest, de l'Itasy, de la Sofia et de l'Imerina Centrale (Tableau 2.1). intéressant ici est qu'on doit comparer la situation avec variété résis-
tante aux maladies avec une situation où la production pourrait être
entièrement anéantie si on continuait à utiliser l'ancienne variété, qui
Tableau 2.1. Premier critère de choix des variétés de riz par commune pourrait être plus productive dans des conditions optimales, mais qui
(en pourcentage de communes concernées) n'a pas la capacité de tolérance aux maladies.
Résistance
Régions Productivité Sécheresse Inondation Aux maladies Goût/Forme Cycle court Graphique 2.1. Critères d’adoption des variétés de riz au niveau national
Vakinankaratra 46 20 3 5 24 2
Sud Ouest 48 10 1 3 20 18
Itasy 42 11 1 6 35 4
Marovoay 50 25 25 0 0 0
Lac Alaotra 63 17 0 0 20 0
Haute Matsiatra 59 17 3 1 13 7
Toamasina 62 27 1 1 4 5
Menabe 59 20 6 2 14 0
Sofia 33 18 2 6 3 38
Amoron’i Mania 57 19 8 0 13 4
Diana 56 16 7 11 2 9
Sava 65 14 6 1 0 14
Imerina Centrale 49 14 8 4 15 9
Mangoro 54 7 8 4 11 15
Mahajanga 57 7 10 13 0 13
Betsiboka 63 23 7 0 3 3 Source : Recensement des Communes, Programme Ilo, Cornell University / FOFIFA / INSTAT, 2001

Melaky 46 14 7 0 14 18
Horombe 75 2 0 0 7 16 Pour une vision synthétique des préférences, nous avons essayé de
Sud Est 56 22 9 1 2 11 récapituler les trois premières réponses sur la préférence dans le
Taolanaro 78 3 0 0 5 14 graphique 2.1, en ignorant leur rang. L'intérêt est de savoir combien
Madagascar 55 16 5 3 10 11 de fois le critère a été mentionné parmi les trois premiers critères sur
Source : Recensement des Communes, Programme Ilo, Cornell University / FOFIFA / INSTAT, 2001 les six proposés. La productivité demeure encore en tête de liste, suivi

27
Diffusion
Diffusion des
des variétés
variétés de
de riz
riz

par des appréciations plus qualitatives comme le goût et la forme


allongée des graines. Viennent ensuite la résistance à la sécheresse, le
cycle plus court et enfin la résistance à l'inondation. Selon la manière
d'interpréter les réponses, on peut avoir une certaine variation sur
l'appréciation des utilisateurs des caractéristiques d'une variété don-
née.

Conclusion
Ces considérations nous conduisent à penser aux difficultés aux-
quelles la recherche agricole doit faire face pour résoudre les pro-
blèmes de la riziculture à Madagascar. Les préférences demeurent
parfois du domaine de l'impossible. On peut avoir des micro-situa-
tions tels des riziculteurs ayant des rizières en bordure des cours
d'eaux et des lacs qui auront un besoin en variété à paille haute pou-
vant concurrencer la montée du niveau de l'eau tandis que ceux ayant
des rizières plus en hauteur opteront pour les variétés résistantes à la
sécheresse.

Il apparaît ainsi que les variétés proposées par la recherche ont rempli
leurs rôles surtout dans le cas où les riziculteurs sont confrontés à des
problèmes difficiles à résoudre à leur niveau, telle que la résistance des
espèces aux maladies virales. On peut toutefois avancer que des efforts
sont encore à faire sur l'amélioration variétale. Plusieurs variétés
traditionnelles ou anciennement améliorées demeurent en effet
encore fortement dans la pratique des riziculteurs, sans qu'ils aient
adopté une quelconque nouvelle variété. Cette assertion est cepen-
dant soumise à des vérifications étant donné la manière dont les
paysans donnent un nom à une variété. Il n'est pas impossible que la
diffusion des nouvelles variétés soit nettement en dessus de nos appré-
ciations.

Références bibliographiques

FOFIFA (1995). Bilan de la recherche rizicole.

Barker R. et R. Herdt (1985). The rice economy of Asia. Ressources for


the Future, in cooperation with the International Rice Research
Institute.

28
Jean-Claude Randrianarisoa

Tableau 2.2. Principales variétés par régions agro-écologiques par ordre d’importance décroissante
Pourcentage de communes où les variétés…,
Variétés les plus utilisées par les rizicultures par ordre d’importance décroissante en terme sont parmi les trois les plus cultivées
de nombre de Communes où elles sont parmi les trois principales variétés cultivées
Régions Série X Série IR Tsipala Makalioka Rojo

Vakinakaratra Latsika, Rojomena, Botra ou botrakely, Manga ou mangakely, Tsipala, 0 0 14 2 36


Telorirana, Rabodo, Rojo, Japone, Fotsikely
Sud Ouest Tsipala, IR8, Mazotoa, Mangafototsy, Malady, IR16, Keliherika, HB, Kinga 3 13 50 3 0

Itasy Botry, Rojofotsy, Chine, Tsipala,, Japone, Ovibe, Makalioka, Rojomena, Telorirana, X265, Lava, 2787 11 0 17 11 35

Marovoay Tsipala, X360, Andramota 42 0 67 0 0

Lac Alaotra Makalioka, Botra, Gasy, Rojofotsy, Malady, Tsemaka, Vato 17 0 5 88 27

Haute Matsiatra Angika, X265, Laniera, Japonais, Chine, Lahy, Mena, Zatoandro, Lava, Tsipala, 37 1 12 0 0
Bory ou Vory, Piritika, Ambalalava, Kerikesy, 1632
Toamasina Kitrana, Gony, Rotsaka, Be, Beforiaka, Fotsiaravina, Menatratra, Ramaditra, Maroriaka, Vato, 3 0 3 4 0
Menavodi(lava), Patsa, Diara, Maditra, Maintimbotsy, Kimaoja, Revakely
Menabe Ambaniravy, Tsipala, Maroatrano, Bory, Mangavody/fototra, Reve, Masikibo, Bokiloha, Hasibe, 0 2 28 4 0
Japone, Kirimimy, Mahazoma, Varimbazaha, Zanabodo
Sofia Tsipala, Makalioka, X360, Komoja, IR16, Komajia, Malaky/Malady, Vato/Vatolefaka, Lava, 36 32 40 29 0
Rakaraka, FOFIFA, IR8, Fotsibe, Mahia
Amoron’i Mania Tokambany/mena, Telovolana, Ambalava/Ambalafotsy/Ambalamena, Mena/Menapombo/Menaravina, 9 0 21 2 8
Tsipala, Beefing, Botrakely, Botry, Manga/kely, X265, Chine, Kalafohy, Lavasomotra, Madrigal
Diana IR16, Beangaly(morima/apondra), Bekarozaka, Morima, Gap, Mamorika, 2 35 4 4 0
Kokomoja, Vato/(jaotombo), Kirimina, Makamba
Sava Mamoriaka, Magnako/(mena), Komojia, Vato, Havazandry, Tsipala, Beangaly, 0 13 9 3 0
IR8, Mena(henjana/marevaka/hely/be), Toratady, Vazaha
Imerina Centrale Rojofotsy, Botry, Rojomena, Chine, Gasy, Rojo, Bœing, Madinika, Congo, Japone, 2 0 2 2 69
Lava, Botohavana, Mailaka, Tsindrilahy, Tsipala
Mangoro Fotsiavarina, Bararata, Makalioka, Kitrana, Tsimahory, Angihibe, Mazakatokana, 10 0 4 18 15
Rojofotsy, Sarotravela, Rojomena, Batra, Maditra, X265, Rano, Vato, Vodiherana
Mahajanga Tsipala, IR20, IR8, Ambaniravina, X, Jobiteraka, Mahavonjy, Tsimatahotrosa 16 58 61 10 0

Betsiboka Oazalahy, Tsipala, Bekomondro, Ovibe, Makalioka, Telovolana, Bekorondro, Be, Masonamalona 3 0 33 20 0

Melaky Sanabody, Bory, Maroantrano, Tsipala, Oazalahy, Vazaha 0 4 18 7 0

Horombe Tsipala, Makalioka, Tsimatahotrosa, 2787, Kinga, Malady, Mangavava, Laniera, Angika, IR8 9 14 41 27 0

Sud Est Hosy, Tsipala, Kitrana, Tsimahory, Mazakatoky, Mamoriaka, Vatomandry, Kitra, Gony, Tsimahorimena, 1 0 27 1 0
Madinika, Ramilona, Borizina, Vily, Borizinamena, Volohosy, Maroandrano, Vato, Be, Lavakorana,
Mampana, Tsipalabe, Lava, Malady, Votsavary, Kidisasangotry, Kitramena, Tsipalamena, Zava,
Fandrana, Kelimidina, Vatomandrimena, Vodiherana
Taolanaro Tese, Tsipala, Hosy, Mazotoa, Madinika, Jobity, Kalabory, Kaenga 0 2 20 3 0
Source : Recensement des Communes, Programme Ilo, Cornell University/FOFIFA/INSTAT, 2001

29
Analyse
Analyse spatiale
spatiale de
de la
la production
production rizicole
rizicole malgache
malgache

Introduction La place du riz est en régression si on se réfère aux chiffres des dix
dernières années (Tableau 2.6). La dernière ligne du tableau 2.6
Divers documents et analyses ont montré l'importance du riz à représente le pourcentage de communes concernées par chaque
Madagascar. Avec une étude de la filière riz à Madagascar, Dabat culture il y a dix ans et la dernière colonne la situation actuelle
et al. (2000) ont montré le nombre élevé d'acteurs qui travaillent et (2001). La diagonale représente le statu quo pour une culture don-
vivent du riz. La place du riz dans l'économie de Madagascar est aussi née. Par exemple, dans 3,5% des communes, les ménages ont tiré
claire en se référant à son apport au PIB. Des études nationales ont leurs revenus principaux des cultures industrielles dix ans passés ; ce
également analysé son importance dans les revenus des ménages taux est à 4% en 2001 et 2,5% des communes n'ont enregistré aucun
ruraux (Minten, chapitre 3.2). Cependant, des données géogra- changement.
phiques sur le riz manquent. Ainsi, ce chapitre donne d'une manière
synthétique des données spatiales sur le riz pour tout le pays, vu sous Les sources de revenu ne montrent pas de grande dynamique. Durant
plusieurs angles : production, productivité, commercialisation et les dix dernières années, la culture principale source de revenu n'a pas
transformation. L’analyse se base sur les données du Recensement des changé dans 74% des communes (somme de la diagonale, tableau
Communes (dont les avantages et inconvénients de la méthodologie 2.6), dont 40% sont concernés par la production de riz.
ont déjà été avancés auparavant).
L'importance relative du revenu issu de la vente de paddy/riz est en
1. La place du riz dans les communes malgaches baisse en passant de 54% des communes à 45%, soit 9 points en
moins. Dans les régions de la SAVA et du nord de Toamasina, le revenu
a. Dans presque les trois-quarts des communes, le riz est la principale cul- du riz a été remplacé par les revenus en provenance des cultures
ture en terme d'occupation de la superficie cultivée en 2001. d'exportation (cas de 153 communes). Ce changement est probable-
ment dû à la hausse spectaculaire des prix de la vanille et du girofle
La carte 2.3 nous présente la répartition spatiale de l'importance de durant les deux dernières années précédant l'enquête7. Le nombre de
la culture de riz dans les communes de Madagascar. Sur presque communes où le revenu issu de ces cultures d'exportation est cité
toutes les Hautes-Terres, dans les régions du Moyen-Ouest, Moyen- comme principale source de revenu est passé de 13 à 28% en l'espace
Est et celle du Menabe, le riz est la principale culture occupant les de dix ans. Dans les communes des Hautes-Terres, ce sont plutôt les
terres agricoles. Le Service des Statistiques Agricoles ont aussi montré cultures maraîchères qui ont pris le devant dans 47 communes.
des résultats similaires en attribuent plus de la moitié des terres culti-
vées à Madagascar à la riziculture aquatique. Pour les autres cultures vivrières et les cultures industrielles, on n'a
observé aucune variation importante. Le nombre de communes
b. En terme de revenu, le riz est moins important. Toutefois, il est la prin- concernées demeure marginal. Pour le manioc et le maïs, le nombre
cipale source de revenu des ménages dans 45% des communes de de communes où ces cultures représentent les sources les plus impor-
Madagascar en 2001. tantes de revenu est resté stationnaire, respectivement aux environs de
4% et de 2,5%.
La carte 2.4 représente les principales cultures en terme de revenus
agricoles. Le riz constitue ainsi la principale source de revenu agricole Ces petits changements pourraient être les prémices d'une diversifi-
dans 45% des communes de Madagascar. L'importance du riz dans cation des sources de revenu agricole par le biais de la diversification
l'économie des ménages malgaches demeure un fait, qu'il s'agisse de des activités et des cultures. Petit et Barghouti (1992) ont montré que
revenus totaux ou de revenus monétaires. Guidés par leurs besoins ces changements pourraient être accélérés par une réduction des pro-
financiers, la plupart des ménages malgaches vendent du riz en période fits pour le riz, la disponibilité des infrastructures d'irrigation, le déve-
de récolte et beaucoup d'entre eux deviennent des acheteurs en période loppement et l'adoption des cultures de hautes valeurs ajoutées, le
de soudure (Minten, chapitre 3.2). développement de la demande en fruits, légumes et produits d'élevage,
l'implantation des firmes agro-industrielles impliquées dans la trans-
c. L'importance du riz semble diminuer. De 54% des communes ayant formation et la collecte et l'opportunité de transfert des forces de
le riz comme principale source de revenus agricoles en 1991, il n'en reste travail de l'agriculture vers les autres secteurs de l'économie.
que 45% dix années après. La diversification agricole et le revenu issu des
cultures d'exportation font la différence.

Tableau 2.6. Evolution de l’importance des revenus issus des différentes cultures en l’espace de 10 ans
Principales sources Principale source de revenus agricoles actuellement (% de communes)
de revenus il y a 10 ans Riz Manioc Maïs Légumineuses Cult. d’export Maraîchage Fruits Cult. Indus. Autres % actuel
Riz 40,2 0,4 0,4 1,2 0,8 0,7 0,9 0,3 0,6 45,5
Manioc 0,9 2,7 0,1 0,1 0,0 0,1 0,0 0,1 0,1 3,9
Maïs 0,0 0,1 1,5 0,2 0,0 0,0 0,0 0,0 0,4 2,3
Légumineuses 0,2 0,0 0,1 5,2 0,0 0,1 0,1 0,0 0,3 6,0
Culture d’exportation 11,0 0,4 0,0 0,5 12,4 2,4 0,0 0,4 0,6 27,6
Maraîchage 0,1 0,0 0,1 0,0 0,0 3,6 0,1 0,0 0,0 3,9
Fruits 0,1 0,1 0,0 0,0 0,0 0,1 2,1 0,1 0,0 2,4
Cultures industrielles 0,7 0,1 0,1 0,1 0,0 0,2 0,1 2,5 0,1 4,0
Autres 0,3 0,0 0,1 0,1 0,1 0,1 0,1 0,1 3,5 4,4

% il y a 10 ans 53,6 3,7 2,4 7,3 13,2 7,3 3,3 3,5 5,5 100,0
Source : Recensement des Communes, Programme Ilo, Cornell University/FOFIFA/INSTAT, 2001

7 L'interprétation des changements devra être faire avec précaution car on n'a que la était très rémunérateur au milieu des années 90. Les réponses montrent donc les impres-
situation initiale et la situation finale durant ces dix dernières années. Les réponses ne sions des focus groups sur la situation prédominante dix ans auparavant et la situation
tiennent pas en considération la dynamique existant entre ces deux limites. Par exemple, actuelle, soit une traduction de ce qui s'est passé durant seulement les quelques dernières
il y eut des périodes très difficiles pour la vanille entre temps, alors que le prix du café années.

34
Importance des cultures comme source de revenu

Carte 2.4.

Source : Recensement des Communes 2001, Programme Ilo, Cornell University/FOFIFA/INSTAT


Rendements de la riziculture des bas-fonds

Carte 2.5.

Source : Recensement des Communes 2001, Programme Ilo, Cornell University/FOFIFA/INSTAT


Jean-Claude Randrianarisoa

2. La productivité du riz 3. Répartition saisonnière de la récolte du riz

Le rendement médian du paddy de toutes les communes de Madagascar a. Le riz est récolté dans un laps de temps très court. Il y a peu de
tourne autour de 2 tonnes à l'hectare. Il y a toutefois des différences parcelles avec une double récolte. D’après les focus groups, autour de 70%
énormes entre les régions agro-écologiques, différences qui pourraient de la production de paddy sont récoltés entre avril et juin. Seuls 12% de
s'expliquer par divers facteurs comme la maîtrise d'eau, les technologies la production sont récoltés de janvier à mars. Cependant dans certaines
dominantes, l'accès aux intrants et aux informations, l'efficacité des régions, la production de juillet à septembre dépasse de loin celle de la
institutions et les conditions naturelles de production. saison sèche d'avril à juin.

Le niveau de la productivité médiane de la terre à Madagascar pour la D'après les réponses des focus groupes, près de 70% de la production
riziculture aquatique tourne autour de 2 tonnes à l'hectare (Tableau de paddy de Madagascar sont récoltés entre avril et juin (moyenne
2.7)8. Couplée avec le niveau de maîtrise de l'eau, la carte 2.5 simple au niveau des communes sans prise en compte de l’importance
distingue les zones à productivité élevée des autres régions. On peut de la commune ou de la production de riz). Cette production corres-
identifier les régions où en général la productivité rizicole est relative- pond à la récolte de la grande saison de riziculture dans la plupart des
ment satisfaisante avec un rendement médian de l'ordre de 2,5 à 3 régions. Autour de 12% de la production totale sont récoltés de
tonnes à l'hectare. Ce sont des régions plus nanties en infrastructures janvier à mars. Ce sont les paddy issus de la saison vary aloha ou vary
(intra ou inter-régionales) et où l'accès aux institutions est relative- asara ou vary ririnina.
ment meilleur par rapport au reste du pays (crédit agricole, vulgarisa-
tion, circulation de l'information, etc.). A l'opposé se trouvent les
régions difficiles d'accès, presque isolées comme la Sava, le Melaky, le Tableau 2.7. Situation spatiale de l’irrigation des rizières
Sud-Ouest, Toamasina, toutes dépourvues d’infrastructures et insti- par région agro-écologique
tutions. Ces régions accusent une valeur médiane du rendement de (moyenne simple non pondérée par la superficie)
1,3 à 1,7 tonnes de paddy à l'hectare (Tableau 2.7). Pourcentage de communes ayant....... Rendement
de rizières à bonne maîtrise d’eau
Sept régions agro-écologiques parmi les vingt ont un rendement médian
Plus en kg/ha
médian supérieur à la médiane nationale de 2 tonnes à l'hectare Régions 0 à 1% 1 à 10% 10 à 20% 20 à 40% de 40%
(Vakinankaratra, Itasy, Marovoay, Lac Alaotra, Haute-Matsiatra, Vakinankaratra 10 12 28 34 16 2 915
Imerina centrale et Taolanaro). Ce sont celles avec le moins des
Sud Ouest 82 3 1 5 10 1 600
rizières dont l'irrigation dépend entièrement des eaux de pluie. Les
Itasy 18 11 14 34 23 3 000
pourcentages de rizières à bonne maîtrise d'eau entre ces groupes de
sept régions et les 13 autres régions varient du simple au double avec Marovoay 58 0 0 17 25 2 250
respectivement 24% et 11% des rizières en moyenne (Tableau 2.7). Il Lac Alaotra 49 7 20 1O 15 3 000
faut cependant mentionner que pour certaines de ces régions, la Haute Matsiatra 4 14 14 22 45 2 200
production est très faible et ne représente par exemple pour Toamasina 70 16 8 7 0 1 500
Taolanaro que moins de 1% de la production nationale. Menabe 73 0 2 2 24 2 000
Sofia 66 7 2 11 14 2 000
Ces pourcentages représentent les moyennes en nombre de com- Amoron’i Mania 4 8 8 36 45 2 000
munes selon l'importance de l'irrigation et non pas les moyennes des Diana 75 10 2 4 10 2 090
superficies de rizières à bonne maîtrise d'eau. Ainsi, si les rizières à Sava 61 16 4 7 12 1 300
bonne maîtrise d'eau sont concentrées dans quelques communes Imerina Centrale 23 9 11 18 38 2 500
uniquement, cela diminuera l'importance des rizières à bonne maîtrise Mangoro 76 8 3 5 8 2 000
d'eau de la région. Il n'est donc pas surprenant que les pourcentages Mahajanga 71 10 0 6 13 2 000
pour le Lac Alaotra et Marovoay soient un peu plus faibles que ce Betsiboka 100 0 0 0 0 2 000
qu'on attendait. Les régions de la Haute-Matsiatra, de l'Amoron'i Melaky 93 0 0 4 4 1 700
Mania, du Vakinankaratra et dans une moindre mesure de l'Itasy sont Horombe 43 11 4 9 8 2 000
les régions où on peut trouver le plus grand nombre de communes Sud Est 68 11 4 9 8 1 500
avec rizières irriguées.
Taolanaro 77 0 2 2 20 2 500
Madagascar 54 9 7 13 18 2 000
La pratique culturale adoptée entre aussi en ligne de compte. Si sur
Source : Recensement des Communes, Programmes Ilo, Cornell University/FOFIFA/INSTAT, 2001
les Hautes-Terres, la pratique du repiquage est observée au niveau de
presque la totalité des ménages, d'autres techniques plus rudimen-
taires consistant à semer directement le riz après piétinement du Il existe cependant une forte disparité entre les régions. Par exemple
champ sans labour ni entretien, sont encore très fréquentes sur les pour la région de Marovoay, 67% des récoltes de riz se situent entre
zones côtières de l'Est (Carte 2.6). Ces techniques à elles seules les mois de juillet et septembre - vary jeby, tandis que dans la région
contribuent d'une manière significative à la différence de rendement du Lac Alaotra, plus de 91% sont récoltés entre avril et juin - vary
entre régions. Toutefois, une considération économique semble justi- vakiambiaty. Dans certaines régions, le caractère photopériodique des
fier ces pratiques car plusieurs analyses ont montré que la productivité principales variétés cultivées amène à un regroupement des travaux de
de la main-d’œuvre est plus élevée avec le semis direct qu'avec le repi- récolte dans un laps de temps relativement restreint. Dans la plupart
quage (Dabat et al., 2000). En effet, sans maîtrise de l'eau, les par- des cas, les exploitants se rabattent sur l'utilisation de la main-
celles seront sujettes aux inondations des grandes pluies et des d'œuvre agricole temporaire, ayant même recours à des importations
cyclones. Les paysans choisissent alors une technique visant à mini- en provenance d'autres régions. Tel est le cas du grand périmètre
miser leurs apports en travaux, décision issue de leur connaissance de irrigué de la région du Lac Alaotra où la variété la plus cultivée, le
la probabilité de récolte zéro de ce type de riziculture qu’ils appellent Makalioka 34, est une variété photopériodique. Notons que la variété
eux-mêmes loteries9. Tsipala qui est une des variétés les plus courantes à Madagascar est
aussi photopériodique.
8 Cette production rizicole est encore fortement dépendante de la pluviométrie et du
climat. Beaucoup attribuent ainsi la production exceptionnelle de 2001 à une année
favorable. 9 La probabilité de gagner est de 0,5 à cause des inondations.

35
Analyse
Analyse spatiale
spatiale de
de la
la production
production rizicole
rizicole malgache
malgache

Il semble aussi que dans certaines régions où la majeure partie des exportent en dehors de leurs frontières près de 56% de leur produc-
rizières est dépendante de la pluviométrie, l'attente de l'arrivée des tion de paddy. Mis à part l'approvisionnement des centres urbains
pluies tend à regrouper le début des travaux rizicoles, se répercutant secondaires, cette quantité commercialisée est destinée aux grands
ainsi sur un regroupement des récoltes. centres de consommation comme Antananarivo, Toamasina et
certaines villes des autres provinces. La région de l'Itasy et de la
b. Environ 19% des communes possèdent au moins un grenier commu- Haute-Matsiatra ont aussi des taux de commercialisation élevés,
nautaire villageois (GCV). La partie sud et ouest de la province traduisant sans doute un fort échange intérieur et une exportation
d'Antananarivo comptent plus de 51% des GCV existant à Madagascar. vers les grands centres de consommation des Hautes Terres. Utilisant
les données de production de 2001 (SSA, 2002) avec une production
En dehors des contraintes sur l'existence d'un pic de besoin en main- totale de 2,6 millions de tonnes de paddy, un tonnage de commer-
d'œuvre pour la récolte, le regroupement de la récolte de riz rend cialisation de près de 750.000 tonnes de paddy est obtenu.
difficile l’équilibre entre l'offre et la demande et conduit ainsi à une
forte variabilité saisonnière des prix. Les prix moyens durant la période Tableau 2.8. Production et commercialisation du paddy
de récolte demeurent 50 à 60% inférieurs aux prix durant la période % commercialisé
de soudure (Minten et Randrianarison, chapitre 2.5). En raison de en dehors de la Quantité com-
ces variations saisonnières et de la production et du prix, les projets Production en commune de pro- mercialisée
de type greniers communautaires ont rencontré des réponses satisfai- Région 2001 (tonnes)*** duction en tonnes
santes dans certaines régions. Vakinankaratra 177 150 26 45 528
Sud Ouest 57 280 36 20 678
Trois principaux objectifs peuvent être énoncés dans l'établissement Itasy 156 200 50 77 631
de ces structures : (1) le regroupement des ventes par les producteurs Marovoay 51 800 57 29 474
leur permettant d'avoir une force de négociation relativement forte Lac Alaotra 304 040 56 171 175
vis-à-vis des acheteurs ; (2) le décalage des ventes vers des périodes Haute Matsiatra 140 500 42 59 572
plus propices, les producteurs bénéficiant ainsi de prix plus élevés ; Toamasina 193 045 9 16 602
(3) l'accès à un financement intermédiaire pour les cultures de Menabe 68 520 25 16 924
contre-saison sans recourir à la vente du paddy. Les revenus issus de Sofia 308 350 31 94 972
la vente des cultures de contre-saison sont ensuite utilisés pour rem-
Amoron’i Mania 99 950 27 26 687
bourser le crédit GCV et par la suite le paddy stocké. Ce type de cré-
DIANA 123 810 17 21 419
dit se rencontre surtout dans les régions qui reçoivent un appui tech-
SAVA 136 200 19 26 287
nique substantiel de la part de l'Etat, des projets de développement
Imerina Centrale 227 500 20 45 728
ou des ONG, comme la région de l'Itasy, Vakinankaratra, Amoron'i
Mangoro 208 980 10 20 898
Mania, Imerina centrale et le Sud-Est (Carte 2.7). Ces cinq régions
englobent plus de 92% du nombre total des GCV existant à Mahajanga 86 940 23 20 083
Madagascar. Les zones sud et ouest de la province d'Antananarivo et Betsiboka 48 245 22 10 710
la zone nord de la province de Fianarantsoa où travaillent les projets Melaky 63 760 21 13 645
FERT/CECAM/FIFATA, comptent plus de 51% des GCV natio- Horombe 46 900 50 23 638
naux. Sud Est 144 090 28 40 922
Taolanaro 19 210 30 5 763
La situation dans les régions de Marovoay et du Lac Alaotra est à Madagascar 2 662 470 28 750 817
noter car on n'y a dénombré que respectivement deux et cinq com- Source : Recensement des Communes, Programme Ilo, Cornell University / FOFIFA / INSTAT, 2001
munes avec GCV. Parmi les raisons qu'on peut avancer sans être *** Service des Statistiques Agricoles, Ministère de l’Agriculture
exhaustif figurent : (1) la forte dépendance du revenu des ménages à la
vente du paddy. Comme la prime par kilogramme offerte par les orga- On pourrait entrevoir la difficulté de communication à l'intérieur des
nismes de crédit est toujours inférieure au prix du marché durant la régions par l'analyse du niveau des échanges entre communes (Carte
période de récolte, beaucoup de ménages ne sont pas satisfaits de ce 2.8). Par exemple, les régions de Toamasina, de la Diana, de la Sava
niveau de prime et préfèrent vendre directement leur paddy ; (2) les et de Mangoro, difficiles d'accès avec un réseau routier intérieur
difficultés rencontrées pour le déstockage commun. En effet, les membres presque inexistant, sont caractérisées par un très faible pourcentage
doivent s'entendre sur la date de déstockage du paddy. Si dans le cas d'échange entre communes. La décision de production des ménages
des Hautes-Terres, les ménages sont indifférents au prix durant la date semble y être limitée à assurer leur autoconsommation, faute d'infra-
de déstockage car une partie des produits stockés est destinée à la structures de commercialisation.
consommation, la situation est différente dans ces zones de produc-
tion du fait que la majeure partie de la production est destinée à la 5. La transformation du paddy
vente. Les intérêts individuels, dictés par des besoins individuels,
priment donc sur les bénéfices escomptés de la pratique de stockage a. L'historique de la transformation du paddy à Madagascar peut être
avec avance de fonds. divisée en trois périodes : (1) avant les années 70 avec la dominance des
grandes rizeries ; (2) après la libéralisation du milieu des années 80 avec
4. La commercialisation du paddy le boom des installations de petites et moyennes unités ; (3) durant les
années 90 par une amélioration de la qualité des petites décortiqueries
Environ 30% du paddy produit entrent dans un système de commercia- avec un déclin des rizeries.
lisation en dehors de la commune de production. En terme de pourcentage
exporté par rapport à la quantité totale produite, les régions exportatrices Succinctement, on peut diviser en trois périodes l'historique de la
sont l'Itasy, le Lac Alaotra, Marovoay, la Haute Matsiatra et le Horombe. transformation du paddy à Madagascar. Le monopole des grandes
Les régions de Toamasina et de Mangoro accusent les plus faibles taux de rizeries a existé durant les années 1960-70. Le système de collecte
commercialisation. était aux mains de quelques grands opérateurs au niveau d'une
région. Ces opérateurs ont investi ainsi dans les moyennes ou grandes
Le tableau 2.8 montre que dans les deux régions, communément unités de transformation du paddy. Plusieurs régions, en ce temps
connues comme les greniers à riz de Madagascar (Lac Alaotra et excédentaires en riz, ont ainsi eu leur rizerie. Durant la période socia-
Marovoay) et où la production rizicole est élevée, les communes liste, de 1976 à 1989, la Société d'Intérêt National pour les Produits

36
La pratique du repiquage

Carte 2.6.

Source : Recensement des Communes 2001, Programme Ilo, Cornell University/FOFIFA/INSTAT


Localisation des greniers communautaires

Carte 2.7.

Source : Recensement des Communes 2001, Programme Ilo, Cornell University/FOFIFA/INSTAT


Commercialisation du riz

Carte 2.8.

Source : Recensement des Communes 2001, Programme Ilo, Cornell University/FOFIFA/INSTAT


Localisation des décortiqueries et rizeries

Carte 2.9.

Source : Recensement des Communes 2001, Programme Ilo, Cornell University/FOFIFA/INSTAT


Jean-Claude Randrianarisoa

Agricoles ou SINPA et les grandes sociétés de développement dans les Dans la plupart des cas toutefois, le paddy est transformé en riz par
greniers à riz ont succédé à ces opérateurs et ont continué à utiliser les les ménages eux-mêmes au moyen d'un pilon et d'un mortier. Mais
grandes installations. Elles ont été favorisées par le monopole sur la lorsque les services existent et sont accessibles, les ménages ont
collecte du paddy. Dans les régions rarement atteintes par la SINPA, recours aux petites unités de transformation pour les quantités relati-
le public a commencé à s'intéresser à une transformation locale du riz. vement élevées de paddy à décortiquer. La prestation de tels services
C'est ainsi qu'on a observé un début de l'intérêt pour l'installation par les décortiqueries sont surtout visibles dans les régions excéden-
des décortiqueries. taires en paddy.

Après la libéralisation partielle de la commercialisation vers 1986, on L'analyse du gain obtenu de l'utilisation efficace d'une unité de
a noté un véritable boom des petites et moyennes unités de transfor- traitement mérite l'attention pour montrer l'importance d'une
mation. Beaucoup pensaient alors y trouver une relance prometteuse régulation par l'aval de la filière, sans changer le niveau de productivité
de la filière riz. Le tableau 2.9 présente une hausse de plus de 130% en amont. Avec la production totale annuelle de Madagascar, une
du nombre de décortiqueries installées entre 1982 et 1991, alors que amélioration du taux d'usinage de 2 points permettrait d'avoir un
le niveau de production nationale de paddy a pratiquement stagné. surplus de riz blanc de l'ordre de 50.000 tonnes ou l'équivalent
d'environ 10 millions de dollars US par an, ou encore l'équivalent de
La troisième période a consisté en une amélioration de la performance la mise sous culture de près de 20.000 hectares de rizières. Ceci pourrait
des petites unités et un déclin des rizeries. La concurrence entre ces être obtenu par l'ajout d'un dépailleur aux unités de simple décorticage,
deux types d'unités est devenue très vive. Une situation de surcapacité ménageant ainsi la qualité des graines lors du traitement du paddy.
a caractérisé la filière. Razafimandimby (1994) a montré que dans la
région du Lac Alaotra, la capacité d'usinage des unités installées était Conclusion
de 1.500.000 tonnes de paddy alors que la production locale n'attei-
gnait même pas 25% de cette capacité. Les grandes unités sont L'importance de la riziculture dans la vie économique des ménages à
spécialement les plus vulnérables. On assiste actuellement à la fermeture Madagascar n'est plus à démontrer. Le riz est un produit à la fois éco-
de plusieurs de ces unités (Lac Alaotra, Fianarantsoa, Ambalavao, etc.). nomique, social et politique. Les gouvernements qui se sont succédés
Ce déclin des rizeries est accentué par l'amélioration de la perfor- à Madagascar ont tous mis un point d'honneur sur la question de
mance des petites unités par adjonction d'un dépailleur, permettant l'autosuffisance en riz. Toutefois, la réalité est différente car l'aug-
d'avoir du riz blanc de qualité et d'augmenter le taux d'usinage de 1 mentation de la production n'arrive pas à suivre l'augmentation
à 3 points (Randrianarisoa, 1993). démographique. La conséquence est une réduction de la part com-
mercialisée, exposant les centres urbains à plus de dépendance envers
Tableau 2.9. Evolution du nombre de décortiqueries et de rizeries
les importations. En effet, la stratégie paysanne pour la production de
par province de 1971 à 2001
riz semble obéir à deux objectifs, qu'on peut résumer en un compor-
Année tement de sécurité alimentaire d'abord c'est à dire (1) assurer la sécu-
Décortiquerie 1971 1982 1992 2001 rité alimentaire du ménage et (2) augmenter le niveau de revenu. Si
Antananarivo 65 154 425 755 le premier objectif est réservé pour le riz, le second pourra être accom-
Antsiranana 9 40 78 123 pli avec d'autres spéculations plus profitables. Le riz entre donc en
Fianarantsoa 27 23 44 209 concurrence avec les autres activités du ménage pour parfaire ce
Mahajanga 20 44 44 209 second objectif. Ainsi, si on veut renverser la tendance négative de ces
Toamasina 67 108 203 233 dernières années, il faut que le riz devienne plus compétitif.
Toliara 17 50 96 111
Madagascar 202 419 990 1 818 Références bibliographiques

Année Dabat M.H., Fabre P. et al. (2000). Diagnostic et perspectives de la


Rizerie 1971 1982 1991 2001 filière riz à Madagascar. Ministère de l'Agriculture, Unité de Politique
Antananarivo 39 41 54 78 de Développement Rural.
Antsiranana 3 1 1 1
Petit M. et S. Barghouti (1992). "Diversification : challenges and
Fianarantsoa 9 8 8 7
opportunities". In Barghouti S., L. Garbus et D. Umali, Trends in
Mahajanga 10 10 14 9
agricultural diversification. World Bank technical paper, N. 180.
Toamasina 15 14 17 17
Toliara 10 10 12 2
Randrianarisoa C. (1993). Analyse du comportement des différentes
Madagascar 86 84 106 152
variétés de riz lors de l'usinage. Université d'Antananarivo, Ecole
Source : Ministère de l’Agriculture pour 1971, 1982, 1991 Supérieure des Sciences-Agronomiques, FOFIFA-CALA,
Recensement des Communes, Programme Ilo, Cornell University/FOFIFA/INSTAT, 2001
Ambatondrazaka.
b. Un peu plus de 40% des communes possèdent une décortiquerie au
moins. Les rizeries encore fonctionnelles actuellement sont installées dans Razafimandimby L. (1994). Analyse de la transformation de paddy
les zones avec excédent de production et dans une moindre mesure dans dans les petites unités de décortiqueries dans la région du lac Alaotra.
certaines zones proches des grandes villes. ESAT, Montpellier.

Dans plusieurs régions (Vakinankaratra, Itasy, Marovoay, Lac Alaotra, SSA – Service de la Statistique Agricole, Ministère de l'Agriculture
Sava, Imerina Centrale et Betsiboka), le pourcentage de communes (2002). "Annuaire de la Statistique Agricole".
avec décortiqueries dépasse les 60%. Ce taux atteint 100% à
Marovoay. Par contre, dans les régions de Taolanaro, du Sud-Est et du
Mangoro, le taux est inférieur à 25%, descendant même à 5% à
Taolanaro. La carte 2.9 nous montre la répartition spatiale de ces
petites unités. Les rizeries sont surtout localisées dans les régions où il
y a excédent de production comme le Lac Alaotra, l'Itasy, Marovoay,
la Sava (Andapa) et dans celles où il existe des grands centres de
consommation comme l'Imerina Centrale (Carte 2.9).

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