Mémoire
Mémoire
Thème:
PAGES
INTRODUCTION 1
A - LES ORIGINES 8
B- INTRODUCTION AU SENEGAL 11
• Les débuts
• Eclosion du phénomène
B - ORGANISATION MATERIELLE 17
D - LE REGLEl\1ENT 25
A - LES ACTEURS 30
B - LES MOTIVATIONS 34
CONCLUSION 43
SIGLES ET ABREVIATI.QNS
JE DEDIE CE TRAVAIL A :
• Mes parents
• Mes enfants
Iba
Tom
Pa Cheikh
Marne Khady
• Mes neveux
Haroun SAKHO
Rougui SAKHO
Je remercie tous ceux qui, de près ou de loin ont participé à l'élaboration de ce travail:
• Mme Aminata NDIAYE BOB: ma femme, ma sœur, ma cousine pour son soutien sur
tous les plans.
• Toutes mes sœurs: Marne Yacine, N'dèye Astou, Mame Sokhna, N'dèye Mariéme,
Ma·(mouna.
• Tous mes frères et leurs épouses: Papa Amath, Pape Bocar, Doudou,Lamine,
Ndèye Khady NDIAYE, Maguette BA DIAGNE, Adja DIEYE.
• Tous mes amis: Tidiane DIAGNE, Patrice FAYE, Sylvain FAYE, Samba KEITA,
Ousseynou T. TOUNKARA, Raymond DIATTA, Ass NDIAYE, Djiby SENE, Grégoire
DIAnA, Anastasie DIAKHATE, Gora SECK, Amadou SEYE.
• Tous les techniciens et pratiquants de basket-bail qui ont bien voulu répondre à nos
questions.
du handball de plage.
Ces disciplines, dans leur apparition initiale, répondaient à des aspirations de loisir
pour les populations jusqu'au moment où certaines d'entre elles ont pris des
proportions telles que le besoin de s'organiser autour d'une structure fédérale et
institutionnelle s'est fait sentir3 .
1 CALLEDE, J.P. Le développement récent des APS : les dimensions sociales, chaoce et risque. Université de
Bordeaux pp 1 et 2
2 Idem
J C'est le cas du Beach·Volley qui est devenu une discipline olympi.que depuis Atlanta 1996.
2
Par ailleurs, au Sénégal, la rue constitue un lieu d'expression de pratiques de loisirs
ausSI bien pour les personnes adultes que pour les jeunes. Ainsi, des manifestations
comme le «saban> au plan culturel et les jeux sportifs comme le football et
récemment le basket-bail, prouvent que la rue, du point de vue des diverses activités
qui s'y déroulent, est d'une importance capitale dans le quotidien des sénégalais.
Seulement, «à une époque où, en rapport avec la société, les disciplines et les
4
pratiques se diversifient de plus en plus, un bilan s'impose ». Ce bilan, à nos yeux,
est synonyme d'études ou de recherches avec des in'struments scientifiques.
Pourtant, à l'I.N.S.E.P.S, des travaux de mémoire ont porté sur des thèmes bien
précis. En effet, si nous prenons le cas du basket-bail qui nous interpelle ici, des
sujets comme ceux de :
ont été traités par des étudiants. Mais il en ressort exclusivement les aspects
techniques et administratifs de ce sport. Dès lors, nous pensons que des efforts sont
à faire pour ce qui est de la pratique du basket-bail en rapport avec la société et le
cadre de vie. Ainsi, notre situation d'étudiant, à la fois dans un institut de sport
(I.N.S.E.P.S ) et optionnaire de basket·ball, nous permet de fonder une remarque sur
cette mouvance, avec récemment la naissance d'une pratique liée au jeu du basket-
bail dans les rues: c'est le «BASKET-BALL PLAYGROUNO» encore appelé le
«BASKET-BALL EN LIBERTE».
3
En effet, on peut aujourd'hui constater une floraison de panneaux de basket-bail à
travers les rues de presque toutes les grandes villes de la planète comme Dakar par
exemple.
Par conséquent, comme le constate GODARD, <(Une pratique sociale n'a pas de
sens en elle-même et ne peut se comprendre et s'analyser qu'à partir du système de
pratiques dans lequel elle s'inscrih>5. En d'autres termes, l'importance du basket-bail
de rue résiderait dans les conditions de son émergence d'une part, et de la
signification qu'on lui octroie comme phénomène de société ou pratique sportive
d'autre part. De même, il serait difficile d'appréhension si abstraction est faite du
basket-bail comme pratique première et il serait judicieux d'établir et de maintenir un
lien étroit entre les deux pratiques. Faut-il alors parler de crise pour le basket-bail
sénégalais ? Certainement pas, car aucune structure de la Fédération Sénégalaise
de Basket-Bali (FSBB ) ne fait état d'une telle situation. Mieux, le Sénégal est
champion d'Afrique en titre aussi bien chez les hommes que chez les dames et
commence à se faire un nom au niveau mondial avec la présence de ses basketteurs
en NBA (Boubacar AW; Matar ND1AYE).
4
Quelle est la nature des motivations qui incitent les jeunes à adopter cette pratique
nouvelle?
Est-ce un moyen pour les jeunes de signifier un quelconque refus par rapport au
«basket-bail fédéral» ?
Autant de questions qui méritent réflexion et dont les réponses permettraient une
meilleure compréhension du phénomène basket-bail playground.
Pour ce qui est des facteurs internes, nous constatons depuis quelques temps un
développement important du basket-bail sénégalais aussi bien au niveau national
qu'international et l'existence de ce sport comme pratique non encadrée.
Quant aux facteurs externes, nous notons une prégnance des modèles étrangers à
travers l'((american way of life» et surtout en rapport avec des mouvements de
jeunes tels que le «Hip Hop» et la «New Generation Boul Falé», mais également le
«basket-bail playg rou nd».
Dans le cadre de notre travail, le basket-bail playground est constitué de trois (3)
éléments essentiels:
5
Pour ce faire, nous userons, pour ce qui est de \a méthodologie de l'observation
directe, d'entretiens à l'aide de guides d'entretien confectionnés pour les pratiquants
du basket-bail playground, et des techniciens du basket-bail en général.
• L'observation directe: c'est un instrument à notre sens qui est l'un des mieux
adaptés dans le cadre d'une étude de pratique sociale comme c'est le cas ici. En
effet, elle a consisté pour nous à constater d'abord un phénomène, à nous rendre
sur des lieux et à voir nous même ce qui s'y fait.
• Les guides d'entretien: au nombre de deux, nous en avons confectionné pour les
pratiquants du basket-bail playground et les techniciens du basket-baIl. Ils
tiennent compte d'abord de nos besoins en informations sur le phénomène à
travers des rubriques comme l'historique, la nature du jeu, l'identification des
acteurs et la signification, Mais également, les répondants peuvent parfois nous
faire des suggestions.
• La population : elle est composée de 116 pratiquants de basket-bail playground
et de 15 techniciens du basket·ball allant du Président de la FSBB aux coaches
de différents niveaux du championnat d'élite,
• Analyse documentaire: Nous avons eu à consulter des documents, Mais ils sont
exclusifs au basket-bail playground de l'extérieur (aux Etats Unis et en France).
Par contre, au Sénégal nous n'avons pas eu de documents publiés sur le basket-
bail playground. Ainsi, nous nous sommes uniquement intéressés aux
informations données par les acteurs et les techniciens.
6
1- ORIGINE ET' INTRODUGTION DU BÂSlŒT-BALL···
PLAYGRGUND AU SENECi~ : Des banIieue& de New
~ork aux' rues debakar
7
A· LES ORIGINES
Malheureusement, tout le monde n'a pas ce talent et tout le monde ne peut pas
accéder à la NCAA encore moins la plupart des jeunes américains qui ont les
conditions de vie misérables pour première contrainte.
8
Cela est d'autant plus appréciable à travers la société américaine que, même si les
Etats Unis sont le pays le plus développé du monde, on y enregistre les taux de
criminalité, de chômage et de pauvreté les plus élevés.
• En France
Le caractère social du phénomène basket-bail playground fera qu'il ira au delà des
frontières américaines pour gagner le vieux continent: l'Europe, dans des pays
comme la Grèce, l'ex Yougoslavie, l'Espagne et plus tard la France. Seulement, les
contextes dans lesquels le basket-bail playground est né dans ces pays sont
différents de ceux des Etats Unis, toujours est-il que ce pays (Etats unis) reste la
source d'imitation de tous.
9
Par exemple en France, c'est suite à une régénérescence de la violence dans les
banlieues parisiennes où vivent en majorité des émigrés d'Afrique et d'ailleurs, que
les autorités gouvernementales ont décidé de mettre en place une politique
cherchant à mieux canaliser les jeunes des milieux défavorisés. Cette initiative de
l'Etat français se résume à un projet de mise en place des infrastructures sportives à
travers des espaces multi-fonctionnels. Mais on s'est très vite rendu compte que,
grêce à la diffusion dont bénéficie le basket-bail américain, les jeunes s'adonnent le
plus à cette pratique au détriment des autres sports pour aduler des stars de la NBA
comme Magic, Ewing, Jordan etc. C'est dans ce contexte précis que la FFBB
(Fédération Française de Basket-bail) a nommé un président de la commission des
jeunes et du « basket en liberté », un enseignant d'EPS: M. JUGNET (M.
playground) et envoyé en émissaire aux Etats Unis pour à son retour établir un
rapport sur la mise en place du matériel adéquat pour le ptayground version
américaine. C'est ainsi que le basket-bail playground naquit en France dans les
années 1990 avec 521 demandes de terrain sur toute la France au début
JUGNET disait alors ({ il faut résoudre d'abord les problèmes concrets de matériel et
voir ensuite à travers le basket-bail playground un phénomène social car les jeunes
ont besoin d'images, de modèles» 10,
10
Mais ce qui sort comme essentiel, c'est que le basket-bail playground français est
totalement calqué sur le modèle américain. D'ailleurs, il en sera ainsi pour tous les
pays où on observe ce phénomène. Autrement dit, même dans le contexte du
Sénégal, on retrouve cette connotation américaine du basket-bail playground ne
serait- ce que du point de vue de l'appellation.
Ceci nous permet d'aborder le contexte sénégalais dans lequel les jeunes ont vu
naître et évoluer ce phénomène récent de pratique sociale liée à un jeu de basket-
baIl dans les rues: le basket-bail playground.
Pour une rigueur de démarche, il nous faut procéder à un bref rappel également de
l'avènement et de l'évolution du basket-bail comme pratique première au Sénégal.
12BEN ADJ, A. T. Etude du basket-bail sénégalais de la petite catégorie il Dakar. Mëmoire de maîtrise. STAPS.
INSEPS. 1995.
Il
Par ailleurs, d'autres pratiques comme le regroupement d'anciens sportifs les
dimanches pour jouer au basket-bail, les matches dans le quartier de «grands
contre petits» et même l'intégration de ce sport dans le mouvement navétane,
prouvent que le basket~ball sénégalais est en état de pleine évolution en rapport
avec sa société.
• Les débuts
• Eclosion du phénomène
13 L'observation directe â laquelle nous avons procédée, pennet de voir que le phénomène basket-ball
playground n'existe pas dans tous les quartiers de la ville de Dakar. Par exemple, il n'existe pas à Grand Dakar,
ni à Niaye Thioker, ni à Ben Tally, ni à Colobane, ni au Point E, ni au Plateau etc.
12
En fait, pour la quasi totalité des sujets interrogés sur le nom de basket-baIl
playground il ya d'abord le fait d'imitation des américains (utilisation du même nom),
ensuite c'est une pratique du basket-bail en plein air (par opposition au parquet et la
salle) et enfin on y joue avec une très grande liberté. Son apparition pourrait être
située vers les années 90 au Sénégal, apparition peut être concomitante à
l'installation chez nous d'une chaîne privée de télévision: Canal Horizon. En effet, la
large diffusion dont bénéficie le basket-baH américain à travers ce médium a participé
à la naissance du phénomène basket-bail playground. De la même manière, le
succès que connaissent certaines séries télévisées américaines « Le Prince de Bel
Air)} en l'occurrence qui à travers son générique met en relief le basket-bail
playground.
Mieux, cette pratique va davantage s'installer en 1992 avec la participation de la
14
Dream Team 1 aux jeux olympiques de Barcelone en Espagne.
Par ailleurs, c'est l'existence d'infrastructures sportives (terrain de basket-bail
réglementaire ou non) qui est à "origine de l'émergence du basket-bail playground
comme c'est le cas à la Rue 5 (2) de la Médina, à Dieuppeul 1 et à la Patte d'Oie.
Ainsi, il ressort d'une manière générale, que l'émergence du phénomène basket-bail
playground requiert deux conditions allant plus ou moins de paire: c'est l'accès aux
images de l'extérieur par soit la télévision ou les magazines de basket-bail et la
possibilité également d'accéder à un terrain de basket~ball quelque soit son état
(terrain réglementaire ou de fortune).
Certes, nous dirait-on qu'il ya toujours eu une pratique du basket-baIl en toute liberté
à côté de celui institutionnel et fédéral, c'est la fameuse formule du 3 contre 3
d'antan à laquelle se sont adonnés presque l'ensemble des grands basketteurs du
Sénégal. Mais cette forme du basket~ball était typiquement sénégalaise en ce sens
qu'elle s'exécutait uniquement sur les terrains réglementaires. Alors que pour ce qui
est du basket-bail playground, il y a une large connotation étrangère (américaine)
avec la spécificité de panneaux de basket-bail érigés en pleine rue. C'est cette forme
jouée du basket-bail qu'on a située dans les années 90 reconnue par tous, même les
gens du milieu du basket-bail fédéral.
14 c'est la sélection nationale des Etats Unis avec des stars de la NBA ce qui n'était pas permis avant 1992
13
Cependant, si les jeunes ont réussi à avoir un nom d'une pratique de basket-bail,
comment trouvent-ils le moyen de s'adonner à leur pratique? Si toutefois ils trouvent
le moyen, comment jouent-ils? Ce qui nous permet d'aborder la nature et les
composantes du basket-ball playground.
14
II - LE BASKET-HALL PLAYGROUND : Nature et
~~____ . ~omposantes
15
L'historique du basket-bail playground montre qu'il faut voir à travers ce phénomène,
une imitation des américains d'abord et une possibilité pour les jeunes de pouvoir
s'adonner à la pratique du basket-bail sous une autre forme, différente de celle dite
fédérale et institutionnelle. Ainsi, ils vont s'octroyer des moyens, ce que nous
appelons ici l'organisation matérielle, pour jouer à une manière que nous tenterons
d'exposer dans les modalités du jeu et le règlement.
A - DEFINITION DE « PLAYGROUND »
« Le playground est une aire de jeu en plein air, non surveillée et libre d'accès,
spécifique à la pratique du basket-baIl. Une clôture ouverte peut délimiter l'espace
de liberté. Des bancs ou des murets autour du terrain personnalisent le site et
favorisent la convivialité. Plusieurs options sont possibles: un demi terrain, un terrain
complet plus quatre aires d'entraÎnement 15 ».
La Fédération Française de Basket-bail a adopté cette définition qui colle le plus à la
réalité du playground made in USA. En effet, en France, rappelons-le, M. JUGNET a
été envoyé en émissaire aux Etats Unis pour s'imprégner de la mise en place du
matériel sur les playgrounds américains. C'est ainsi qu'il a, dans son rapport,
présenté le terrain de basket-baIl qui sert de cadre de jeu pour les américains dans
les quartiers. C'est plutôt un terrain qui, dans sa description, présente des aspects
particuliers à la liberté (plein air, non surveillé, libre d'accès) mais aussi des
conditions de relation humaine (convivialité). Il se présente sous des formats
différents sUivant l'espace disponible d'une part, et le nombre de pratiquants d'autre
part.
Cependant, si c'est cette organisation matérielle qui est employée dans le contexte
français avec une imitation parfaite des américains, au Sénégal et plus précisément
à Dakar, on assiste à une autre forme d'organisation matérielle.
En effet, même si aux Etats Unis et en France ce sont les autorités qui sont entières
responsables des initîatives de mise en place du matériel, à Dakar, les rôles sont
partagés et à la limite, ce sont les jeunes eux-mêmes qui prennent en charge la mise
en place du matériel de jeu à travers d'une part, les panneaux de basket-bail qu'ils
fabriquent mais aussi des démarches qu'ils entretiennent pour l'obtention de terrains
de basket-bail.
16
B - ORGANISATION MATERIELLE
Les dix sites sur lesquels a porté notre étude, prouvent bien ce point de vue, parce
qu'il y a aussi bien des terrains réglementaires d'institutions (établissement scolaire,
universitaire ou club de basket-bail), des terrains de basket-bail construits par les
autorités locales sous la demande des jeunes des quartiers, mais également des
terrains à un seul panneau de basket-bail aménagés par les pratiquants eux-mêmes
dans les rues de la ville de Dakar.
L'étude que nous avons menée, a porté sur 10 sites de basket-bail de constitution
différente. En effet, sur ces 10, il Y a 4 terrains à 1 panneau (liberté III, HLM 6,
Médina Rue 5 (1) et Rue 5 (2) et 6 terrains complets (Ecole Médine, Lycée Kennedy,
Terrain Sibac, Université CAO. Dieupeull et Patte d'Oie).
Pour ce qui est des trois premiers terrains à un seul panneau (Liberté III, HLM 6, Rue
5 (1 )), ils sont faits par les jeunes eux-mêmes à l'aide de poteaux de récupération et
d'arceaux faits par soit un copain ouvrier (comme c'est le cas chez les jeunes de
Médina rue 5 (1)) ou commandés chez des menuisiers métalliques (HLM 6).
If arrive parfois que les jeunes reçoivent un don de la part de « Sprite )} un panneau
avec les couleurs du donateur et son action ne s'arrête pas là.
En ce qui concerne le dernier terrain à 1 seul panneau (Rue 5 (2)), c'est suite à un
don d'un particulier (un aîné du quartier évoluant à J'extérieur) qu'on a observé le
déclic. C'est un panneau complètement professionnel avec un réglage pour la
hauteur et la possibilité de le fixer ou de le démonter à sa guise.
17
1
A la Patte d'Oie, il semble selon les jeunes qu'on a construit le terrain uniquement
pour jouer sur la conscience des populations locales. En effet, c'est à la veille
d'élections que les autorités municipales ont choisi après de multiples tentatives chez
les jeunes pour avoir un terrain de le construire en un temps record. Ceci est d'autant
plus appréciable que, par la suite il y a eu le problème de l'éclairage d'abord et
aujourd'hui des trous à chaque 50 cm sur le terrain, mais la commune ne réagit pas.
C'est peut-être un hasard heureux, mais ce terrain a remplacé également un jardin
public qui est devenu de plus en plus lugubre, mais si les autorités locales ne
réagissent pas. les jeunes de Patte d'Oie risquent de surseoir à un besoin, celui de
pratiquer leur discipline favorite sur leur propre terrain, à moins qu'ils ne veuillent
s'exposer à des accidents des pieds. Malheureusement, c'est le cas car certains se
débrouillent pour y jouer quand même et d'autres préfèrent attendre d'avoir le temps,
pour aller jouer ailleurs.
18
1
Ailleurs, rime ici avec comme nous l'avons signalé plus haut des terrains complets
appartenant à des institutions (établissements scolaires, universitaires ou clubs).
Sur ces terrains, les jeunes n'ont pas besoin de s'investir en terme de négociations
ou de travaux. Il leur suffit tout simplement d'adopter un comportement qui consiste à
ne pas perturber le déroulement des cours, des entraînements et surtout de ne pas
jouer les « Shaq attack » (casseurs de cerceau). Ceci peut leur être préjudiciable car
pouvant les priver d'accès au terrain pour une durée indéterminée. En guise
d'exemple, on peut donner celui du terrain annexe de l'université (terrain des
pavillons J K LM), les deux cerceaux sont cassés et ne sont pas réparés, les jeunes
sont obligés d'attendre la fin des entraînements du DUC ou le week-end pour pouvoir
accéder au terrain du Pavillon A sous la surveillance généralement de quelqu'un du
club. Cela dit que même si les jeunes qui pratiquent le basket-bail playground ne
sont pas prioritaires sur les terrains réglementaires appartenant à des institutions, ils
peuvent avec une certaine organisation y accéder. Par exemple au terrain du
pavillon A de l'université, il y a un responsable du basket-bail loisir pour le samedi
matin pendant l'année scolaire. En effet, ce dernier est nommé par ses paires et ils
ont l'aval de la direction du club pour ce créneau bien déterminé.
Il ressort ainsi, pour ce qui est de l'organisation matérielle, une rée\le prise en charge
par les jeunes eux-mêmes de leur pratique de basket-bail playground.
En effet, les initiatives individuelles à travers les panneaux érigés en pleine rue et la
fréquentation de terrains de basket-bail d'institutions à des moments précis, prouvent
que les jeunes ont bel et bien une envie réelle: celle de pratiquer le basket-bail à
leur guise.
D'autre part, une meilleure implication des pouvoirs publics, participerait à une
vulgarisation du basket-baIl ne serait- ce que du point de vue de la canalisation des
jeunes par des activités saines.
19
Même si des autorités locales ont donné le bon exemple en construisant des terrains
complets de basket-bail, aidées en cela par des sociétés de la place (Sprite), force
est de reconnaître qu'il y a encore du chemin à faire, car dans certains quartiers,
l'existence de terrain de basket-bail n'y est pas notée d'où l'inexistence du
phénomène basket-baIl playground en leur sein. Ainsi, on voit que le problème lié à
la disponibilité d'espaces de jeu demeure car sur les 10 sites qu'a porté notre étude,
6 d'entre eux donnent un accès libre aux jeunes pratiquants de basket-bail
playg round (Liberté III, HLM 6, Méd ina Rue 5 (1), Médina Rue 5 (2), Dieupeul l, Patte
d'Oie) par contre, les 4 autres obligent les jeunes qui veulent y évoluer à s'organiser
d'une manière ou d'une autre en fonction à la fois de leur disponibilité et de celle des
terrains.
Mais les difficultés ne s'arrêtent pas là pour les pratiquants du basket-bail playground
malheureusement. En effet, même s'ils arrivent à créer un tant soit peu de conditions
pour jouer, il faut résoudre le problème de ballons auquel ils sont souvent confrontés.
16 Par exemple, le jour où nous sommes allés faire nos enquêtes à la Patte d'Oie, nous avons trouvé SUT place
beaucoup de monde alors qu'il faisait .il peu près 17 heures, les jeunes ont poireaute jusque vers 18 heures, heure
à laquelle est venu un copain avec un ballon, alors, le jeu pouvait commencer.
20
Tout compte fait, nous voyons ainsi que les conditions que doivent réunir les
pratiquants du basket-bail playground ne sont pas servies sur un plateau d'argent. Si
toutefois, ils arrivent à d'abord se trouver un terrain, quelque soit son format (1
panneau en pleine rue, 1 demi terrain ou 1 terrain complet) et un ballon (du copain
du groupe ou du club), le jeu peut commencer. Mais comment jouent-ils? Une
tentative de réponse à cette question nous permet d'aborder les modalnés du jeu de
basket-bail playground.
• Le 1 contre 1 ; (1 c 1)
Il est très rare sur les terrains de basket-bail playground de voir les jeunes s'adonner
à cette forme de jeu. Mais en règle générale, le 1 c 1 permet de départager deux
jeunes qui prétendent être capable de remporter le dessus sur l'autre. Il est fréquent
dans ce cas précis de les voir mettre une mise symbolique (une somme d'argent ou
un objet quelque soit sa valeur) pour faire régner le défi à travers un duel sans merci
nous affirment quelques jeunes pratiquants de basket-bail playground.
21
1
• Le 2 contre 2 : 2 c 2
Il est beaucoup plus utilisé que le 1 c 1 surtout chez les ieunes qui ont un seul
panneau de basket-bail avec toujours cette idée de défi et la possibilité de prendre
un partenaire. En réalité, cette prise de partenaire dans beaucoup de cas n'est pas
gratuite. En effet, elle suscite une bonne connaissance de celui avec qui on joue. En
général, c'est des groupes de copains qui se connaissent bien et qui même en cas
de défaite peuvent se consoler à leur manière. Il arrive parfois qu'on veuille
constituer une équipe avec quelqu'un qui refuse parce qu'il a déjà un copain sans
lequel il ne se voit pas gagner une partie. Egalement, le 2 c 2 est un préalable des
autres formes de jeu, les pratiquants du basket-bail playground parlent même
d'échauffement en attendant que le terrain refuse du monde pour passer au 3 contre
3 pour les terrains à 1 seul panneau ou au 5 contre 5 sur les terrains complets.
• Le 3 contre 3 : 3 c 3
22
Chez les premiers) ils ne peuvent pas, nous affirment-ils, dépasser cet effectif car
étant confrontés à un espace limité. Mais ils apprécient bien cette forme de jeu du 3 c
3 et organisent même des tournois en invitant d'autres playgrounders jouant le 3 c 3
sur leur terrain avec un engagement des équipes participantes.
En définitive, il ressort que le 3 c 3 est un jeu privilégié chez les jeunes qui ont un
seul panneau de basket-bail alors qu'il constitue un préalable du 5 contre 5 chez
beaucoup de pratiquants disposant d'un terrain complet en attendant que les autres
arrivent pour faire Je {( TalaI» 19,
23
• Le 5 contre 5 : 5 c 5
Il est exclusivement réservé aux jeunes qui ont accès aux terrains complets comme
c'est le cas pour les pratiquants de Dieupeul l, Patte d'Oie, LIberté VI (terrain Sibac),
Université, Ecole Médine et Lycée Kennedy.
Vu que ce sont des terrains fréquentés par beaucoup de jeunes, le 5 contre 5
demeure l'unique et seule forme de jeu pour permettre de faire jouer le maximum de
pratiquants surtout pendant les moments de grandes affluences (les week-ends). Le
5 contre 5 est également retrouvé dans les grands tournois qu'on organise surtout
pendant les grandes vacances à travers tout Dakar: c'est le fameux « Rap Attack )),
formule connue de tout le monde et à travers laquelle tous les niveaux sont
représentés (playgrounders, joueurs de l'élite sénégalaise, basketteurs
professionnels expatriés). C'est une forme de jeu beaucoup plus structurée
comparée aux autres. En effet, on y note l'implication plus ou moins de clubs et de
techniciens de basket-bail qui encadrent et engagent des équipes pour ces tournois.
Cela est d'autant plus appréciable nous dit le DT de Gorée à travers les noms qu'on
donne comme le Rap Attack de Gorée, de Sibac, de Bopp, de l'université etc. De
même, il existe des quartiers réputés par et leur organisation et leur prestation lors
des tournois de Rap Attack ; c'est le cas de Mermoz, de Amitié de Dieupeul et de la
Médina.
Ainsi donc, il ressort des formes de jeu que l'adoption d'une d'entre elles par les
pratiquants du basket-bail playground est fonction à la fois des infrastructures
existantes (moitié terrain ou 1 panneau et terrain complet) et de l'effectif qu'il y a
autour. Seulement, il convient de signaler que lorsque la forme de jeu passe au 5 c 5
lors des tournois organisés à travers tout Dakar, on donne le nom de Rap Attack.
Toujours est-il qu'il affiche les mêmes aspects que le basket-bail playground, c'est à
dire un jeu libre et sans institutionnalisation fédérale.
Cependant, quand les pratiquants s'adonnent à leurs jeux, ne serait- ce que pour la
régularité, un code est observé même si la rigueur, le spectacle. le loisir, bref la
liberté y est permanente. Ce qui nous permet de voir le règlement au niveau du
basket-bail playground.
24
1
La popularité qu'a connu le basket-bail playgound aux Etats Unis et en France, a fait
dans ces contextes, qu'il y avait une certaine uniformisation du jeu. Le basket-bail
playground made in USA s'est teliement développé que, du point de vue du
déroulement du jeu. on parlait de code de jeu et non de règlement qui lui, suppose
un ensemble de points figés sur lesquels on ne discute pas. En effet, nous dit
TELENDER : « les playgrounds ont leurs codes, leurs rites qui varient d'un terrain à
un autre suivant qu'on joue à Brooklyn, à Greenwich, à Harlem ou dans Je Bronx »20.
Chez ces joueurs américains donc, il faut faire preuve d'une grande capacité
d'adaptation pour pouvoir évoluer sur d'autres playgrounds. Encore qu'il faut prendre
la précaution de s'informer de \a conduite à adopter avant de s'aventurer sur un
terrain autre que celui de son quartier, et dans un éventail plus large, d'une autre
ville.
25
Evidemment il Y a des points sur lesquels les pratiquants du basket-bail playground
procèdent par convention.
Par exemple dans les rencontres à effectifs réduits (1 c 1, 2 c 2, 3 c 3) sur le
déroulement du jeu, voici quelques points d'accord chez les pratiquants:
26
7- On peut demander un temps mort quand on veut;
8- Le début du match se fait avec un entre deux.
Cependant, ceci reste de très loin l'avis de la plupart des techniciens de basket-bail
que nous avons approchés. Sur les 15 réponses recueillies, 5 techniciens avouent
qu'il ya un règlement et que même c'est celui fédéral qui en demeure la base. Mais il
y a d'importantes nuances à y voir car nous dit le CTR (Coordonnateur Technique
Régional) de basket-bail de Dakar qu' {( il Y a un règlement, mais il est spécifique sur
certains points et tributaire aux gosses du basket-bail loisir. })
Cela nous semble plausible du moment que, comparé au basket-bail institutionnel et
fédéral, le basket-bail playground a une finalité différente. Dès lors, on peut aisément
comprendre cette note de différenciation entre les deux règlements. Toujours est-il
que les jeunes affirment avoir le règlement fédéral comme support quand on sait que
leur pratique est du basket-bail, mals avec beaucoup de liberté.
27
Seulement, durant les rencontres organisees, on voit les jeunes se mettre
systématiquement en tenue correcte (maillot- short- chaussures). Mais dans la
pratique de tous les jours des pratiquants du basket-bail playground, la tenue importe
peu, si l'envie les guettent, ils se mettent à jouer sans se poser de question.
En réalité, comme nous venons de le voir, la pratique du basket-bail playground, à
travers à la fois sa popularité et sa prise en charge par les jeunes eux-mêmes, s'offre
à tous ceux qui aiment et désirent jouer au basket-bail tout court.
Vu que c'est un grand monde qui fréquente les terrains de basket-bail playground, il
y a lieu de s'intéresser au profil des pratiquants. Nous entendons aborder ici
l'identification des différents pratiquants du basket-bail playground et tenter de voir la
signification qu'ils lui confèrent.
28
III - SIGNIFICAitON DU BASKET-Bl\LL
- _... -. ~
PLAYGROUND : Les acteurs ehleur-modVàti0n
..
29
Le basket-bail playground doit sa popularité aux différents acteurs. C'est une
pratique autre du basket-bail, que les jeunes ont inséré dans leur quotidien, ce qui a
le plus participé à sa vulgarîsation. C'est d'ailleurs à ce titre, dans le cadre de notre
étude, que nous nous sommes directement intéressé à cette population qui ,du reste
nous a appris la majorité des choses que nous savons maintenant sur ce
phénomène. D'autre part, nous avons senti la nécessité de nous enquérir de leur
identité à travers l'âge, le sexe et le niveau d'étude pour pouvoir ensuite essayer de
dégager les traits qui correspondent au profil du pratiquant de basket-bail pJayground
au Sénégal et plus précisément à Dakar.
A· LES ACTEURS
Mais, pour la plupart des pratiquants (93 sujets), l'apprentissage s'est fait dans la
rue, en tout cas, de manière informelle (80,17%).
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1
Pourtant, il Y a des jeunes qui ont appris le basket-bail dans la rue et qui ont réussi à
se faire une place dans les clubs. Par contre, dans l'enquête que nous avons menée,
rares sont chez les pratiquants de basket-bail playground ceux qui ont appris le
basket-bail dans un club ou à l'école (23 sujets), ce qui représente un pourcentage
de 19,83% chez ces derniers.
Cela pourrait être expliqué par le fait que les clubs ne peuvent pas tous les prendre
du fait de l'allure particulière qu'a connu le basket-bail dans le monde de manière
générale et particulièrement au Sénégal. C'est dire donc que le basket-bail
playground demeure un moyen d'accéder à une pratique du basket-bail par une
autre filière.
Il y a d'autre part, la non fréquentation des clubs de basket-bail par les jeunes du fait
du caractère institutionnel excluant toute forme de loisir ou de divertissement.
En effet, la disponibilité que demandent les heures d'entraînement et de matches, les
consignes ça et là de l'entraîneur dans le jeu, font qu'il n'y ait pas d'amusement, de
divertissement et la liberté que les jeunes cherchent à travers le basket-bail
ptayground : d'où leur refus de fréquenter les clubs.
D'ailleurs, sur les 116 pratiquants que représente notre «population )} seuls 14 sujets
avouent fréquenter un club (12,06%), le reste. c'est à dire, les 102 sujets disent être
confrontés à un problème de temps ou parfois au refus des parents. Certains
avancent même qu'ils ne sont pas intéressés par le fait d'évoluer dans un club de
basket-bail (87,94%) car, disent-ils, des fois, même ceux qui évoluent en club
viennent jouer au basket-bail de rue.
En fait, c'est cela qui fait qu'on observe une fréquentation des terrains de basket-bail
playground par d'abord les jeunes du quartier et ceux des environs dans une entente
particulière du point de vue de la mise en place des équipes et des matches par
ordre d'arrivée.
Mais, ceci est valable au niveau de certains terrains comme l'école de la Médina,
Dieupeull, l'Université, donc, des terrains d'accès facile à des moments précis.
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1
Pour ce qui est des terrains aménagés par les jeunes eux-mêmes, seuls les jeunes
du quartier y évoluent et rarement des jeunes d'ailleurs avec non moins quelques
difficultés liées à la réticence des uns et des autres.
Encore une fois, c'est la tendance de jeu pour tout le monde, aussi bien des jeunes
du quartier que ceux des environs qui se dégage avec l'avis favorable de 80,17%
représentant un effectif de 93 sujets sur les 116 interrogés.
• L'organisation temporelle
Sur les terrains de basket-bail playground, ce n'est pas toujours la grande affluence
pendant l'année scolaire. Cela s'explique aisément dans la mesure où les 93,97%
des pratiquants sont élèves, étudiants ou professionnels en formation. De ce fait, les
moments de pratique dépendent essentiellement des emplois du temps, autrement
dit, des heures sans classe et mieux encore du temps libre. En effet, 68 des sujets
enquêtés affirment jouer au basket-bail playground quand ils ont du temps libre
(59%).
Le reste, c'est à dire les 48 sujets, ne vont sur les terrains que les mercredis et les
week-ends pendant les après-midi et parfois les matinées de week-ends (41 %).
Toujours est-il qu'il existe des moments où on note une grande affluence des
pratiquants moyennant qu'on soit en vacances ou en année scolaire. Pendant les
grandes vacances, les terrains de basket-bail désemplissent, nous dit la quasi-
totalité des 116 pratiquants interrogés. C'est pendant l'année scolaire qu'il n'y a pas
ce flux de tous les jours matins et soirs sauf les mercredis soirs et les week-ends
matins et soirs pour d'aucuns et pour d'autres, les week-ends matins et soirs
seulement.
Par contre, pour ceux qui ont un terrain de basket-bail d'accès facile, ils avouent aller
au terrain jouer au basket-bail playground tous les soirs à partir de 17 heures. C'est
te cas des jeunes de Dieuppeul 1 et de la Patte d'Oie qui ont des terrains de basket-
bail offerts par les autorités locales (communes d'arrondissements), donc à leur
disposition.
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En définitive, il ressort que le pratiquant du basket-bail playground répond à un
certain profil général que nous avons essayé de dégager à travers cette identification
qui regroupe les questions 1, 2, 3, 4, 22, 23, 24, 25, 26 et 27 du guide d'entretien
pour pratiquant. En effet, l'âge permet de voir que ce sont des jeunes, le sexe reste à
100% masculin et le niveau d'étude, montre qu'ils en ont tous un même si on a
trouvé quelques rares chômeurs. Il se trouve par ailleurs, que le basket-bail
playground est pratiqué par les jeunes du quartier où il y a un terrain et ceux des
environs. La plupart d'entre eux ont appris le basket-bail dans la rue puis dans les
clubs et à l'école dans une proportion moins importante.
La fréquentation de clubs leur est impossible du point de vue disponibilité en général,
ce qui explique d'ailleurs le pourquoi ils s'adonnent à leur pratique qu'aux moments
où ils sont libres. Mieux, il ya même des moments où c'est la grande affluence qu'on
soit en année scolaire ou en vacances. C'est un jeu ouvert à tous les jeunes de tous
les niveaux, entendons par là licencié dans un club ou pas, débutant ou joueur
confirmé bref, il suffit d'avoir l'envie pour pouvoir exprimer sa passion du basket-bail.
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Pour le coach des seniors garçons de l'ASFA, la non fréquentation des clubs par les
jeunes du basket~ball informel est doublement liée au problème de moyens qu'ont
les clubs en limitant le nombre des joueurs, ce qu'il n'approuve pas d'ailleurs. et au
fait que les jeunes versent trop au spectacle dans leur pratique.
Par contre, le coach du DUC des juniors garçons trouve que ce sont en général des
gosses qui ont appris le basket-bail très tard et que certains fondamentaux laissent à
désirer. Il est rejoint dans ses propos par le Président de la FS88 qui affirme quI «ils
ont certes des aptitudes physiques énormes, mais il y a beaucoup de déchets dans
le jeu }).
Ainsi, il ressort que tous les techniciens adviennent avec nous qu'il y a bel et bien
une pratique du basket-bail en dehors des instances fédérales et institutionnelles par
les jeunes qui connaît son paroxysme pendant les grandes vacances avec la
participation et des joueurs du championnat mais également des expatriés.
B - LES MOTIVATIONS
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Pour mieux élucider la signification que donnent les acteurs au basket-bail
playground, nous allons nous référer aux informations recueillies lors de l'enquête.
Dans le guide d'entretien pour les pratiquants, il y a une rubrique réservée à la
signification que pourraient donner les jeunes à leur pratique. Il s'agit des questions
numérotées de 30 à 45. Mais en fait toutes les questions du guide d'entretien pour
les pratiquants renferment chacune d'entre elles une signification quelconque.
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• Un refus du conformisme
Le nom donné même par la FFBB est révélateur en ces termes de «basket-bail en
liberté». Mais au Sénégal, comme nous l'avons déjà vu, c'est le nom de «basket-bail
playground>} qu'on utilise le plus chez les pratiquants, rejoints en cela même par
certains techniciens du basket-bail fédéral. Cette appellation doit sa signification à
une imitation d'abord et au besoin chez les jeunes de nuancer avec le basket-bail
institutionnel. En effet, les acteurs du basket-bail playground avouent en grande
partie adopter ce nom parce que d'une part, il ya cette influence de l'extérieur et plus
particulièrement des américains, et d'autre part, du moment que c'est un jeu libre
dans tous ses aspects (terrains, équipements, formes de jeu, règlement etc.), il faut
le différencier du basket-bail traditionnel. Mais il arrive parfois qu'on donne d'autres
noms comme le «basket-bail loisin> ou le «basket-bail informel» chez surtout les
techniciens, ou encore le «rap attack» quand il s'agit de matches de 5 c 5 organisés
pour l'essentiel pendant les grandes vacances, nous dit le Président de la FSBB.
• Un basket-bail libre
Le règlement du jeu, il est tiré pour l'essentiel de celui fédéral et de convention. Cette
combinaison prouve encore une fois que les pratiquants du basket-bail playground
ont pour référence le basket-bail fédéral et qu'ils ont envie de le jouer de façon très
libre.
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1
D'ailleurs, c'est cet aspect de liberté totale dans le jeu qui fait que la plupart des
techniciens ont du mal à croire qu'il existe un règlement pour ce jeu. Par contre,
quand il s'agit des grands tournois de rap-attack, nous apprend le Président de la
FSBB : « nous n'hésitons pas à donner des arbitres, il nous est même arrivé d'aller
jusqu'à proposer la salle Marius Ndiaye pour les finales de rap- attack ». Mais il faut
comprendre par là qu'il y avait chez ce dernier un souci de vouloir protéger des
joueurs de l'élite qui y participaient.
C'est dire donc que c'est tout un chacun qui s'adonne à cette pratique du basket-bail
libre car à travers l'identification des acteurs du basket-bail playground, on a vu que
c'était des jeunes de tous les niveaux avec des vécus en pratique différents qu'ils
soient du même quartier ou non. Pour d'aucuns, l'apprentissage s'est fait dans la rue
ou à l'école, alors que pour d'autres, c'est le club de basket-bail qui les a initiés.
• Juste un passe-temp§
La majeure partîe ne fréquente pas les clubs pour des raisons que nous avons
évoquées plus haut. Mais en réalité, il leur est presque impossible de le faire dans la
mesure où ces jeunes du basket-bail de rue ne font pas l'unanimité chez les
techniciens au plan tactique. Pourtant, dit le Directeur Technique de USG, «les clubs
devraient aller pêcher chez ces jeunes parce qu'il arrive parfois qu'on y voit de
véritables prodiges». Mais le Président de la FSBB pose la question à savoir «est-ce
que ces pratiquants du rap-attack veulent évoluer dans les clubs? Quand on sait
que ces derniers peuvent constituer un carcan pour eux). En effet, en dépit du fait
qu'ils ont du mal à suivre le rythme des entraînements qui demande une certaine
disponibilité, le loisir, le spectacle, le divertissement et la liberté que recherchent les
jeunes du basket-bail playground, constituent également des freins à leur intégration
dans les clubs. Vu que c'est à ces derniers qu'appartient la plupart des terrains de
basket-bail (4 terrains sur les 10 où nous avons enquêté), les jeunes fréquentent les
terrains à des moments précis. Sur les autres terrains où l'accès est plus facile, les
pratiquants du basket-bail playground jouent en fonction de leur temps libre, encore
qu'il faut trouver un ballon avec lequel jouer. A ce niveau, le basket-bail playground
est un moyen de passe-temps pour certains des jeunes qui le pratiquent.
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Quand nous avons demandé aux jeunes s'ils avaient un encadreur sur le terrain,
c'était dans le but de voir si réellement ils étaient prêts à en accueillir. Evidemment, il
n'y a aucun encadreur sur les playgrounds, mais par contre les pratiquants
souhaitent en avoir pour essentiellement apporter des moyens (ballons) et la
discipline sur le terrain. En effet, le seul terrain de basket-bail playground où nous
avons trouvé quelqu'un c'est à Dieuppeul 1et c'est le responsable du terrain. Il joue
le rôle de modérateur et de porte~parole des jeunes auprès du quartier et des
autorités locales. En réalité, les jeunes ont réeliement besoin de cet encadreur sur
les terrains de basket-bail playground car, il arrive souvent qu'ils s'y prennent aux
paroles ou aux mains. Cela pourrait se comprendre aisément quand on sait que ce
sont des adolescents parfois sur les terrains qui veulent évacuer leur mal de vivre.
Par ailleurs, chez les jeunes de Patte d'oie plus précisément, la venue d'un
encadreur est souhaitée d'autant qu'ils envisagent de monter un club à partir de leur
pratique. Ainsi, disent-ils, l'encadreur supervisera les entraînements et apportera des
moyens pour un jour qu'on puisse entendre le nom de POBAC (Patte d'Oie Basket
Club) dans le championnat. Mais en attendant que cela arrive, ces jeunes jouent
toujours au basket-bail playground et participent aux différents tournois organisés à
travers la ville de Dakar sous le nom de POBAC.
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C'est Je lieu de dire que SPRITE est omniprésent dans la majorité des tournois de
basket-bail playground. Mieux, il repeint et retrace certains terrains de basket-bail en
général et vend lors des tournois ses produits à des prix cassés aux populations sur
place. Il met également des trophées en jeu et SPRITE privilégie pour la plupart le
spectacle en récompensant le meilleur {( dunker » 21 par exemple.
Dans certains quartiers, il arrive qu'un habitant (un père, une mère, ou un aîné) mette
en jeu un trophée pour encourager les jeunes dans leur pratique: c'est le cas à
Dieupeul 1et à la Médina rue 5 (1) et (2) en donnant un nom au trophée (le trophée
Bougoul à la Médina rue 5 (2»22.
Ainsi, il apparaît que même si le basket-bail playground demeure une pratique libre,
non institutionnelle, il existe une réelle volonté de part et d'autre de vouloir
encourager et aider ses pratiquants.
Cependant, vu que c'est un phénomène de masse et de localité, il peut y avoir des
personnes ou des groupes de personnes qui cherchent à le récupérer avec tout ce
que cela suppose comme réaction du côté des jeunes, quand on sait qu'il n'y a que
leur pratique qui Jes intéresse.
On a déjà vu que le nom de basket-bail playground s'explique par à la fois par le fait
d'imitation d'abord de l'extérieur, mais également le besoin chez les jeunes de
pouvoir le différencier du basket-bail traditionnel. Ceci reste valable pour les terrains
auxquels on a donné un nom chez certains pratiquants du basket-bail loisir.
En effet, les noms de « Garden)} üardin), de «Playground 5ème », de MBA (Médina
Basket-bail Association) et de POBAC chez les jeunes respectivement de Dieupeul l,
de Médina rue 5 (1) et (2) ; et de Patte d'Oie, est un moyen de spécifier qu'il s'agit de
terrains leur appartenant.
Chez les jeunes de Dieupeul l, le nom de « garden » donné au terrain est une façon
d'américaniser davantage le phénomène et que ce terrain a remplacé un jardin
public qui portait ce même nom ne signifiant rien d'autre que ({ jardin» en américain.
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Pour les jeunes de la rue S (1), «Playground Sème}) signifie le terrain de basket-bail
playground de la rue 5 (1) à ne pas confondre avec un autre playground qui est dans
la même rue.
Pour les jeunes de la rue 5 (2), même si aujourd'hui MBA est un club en division
régionale par l'appui des élus locaux, c'est ce terrain de basket-bail playground qui a
servi de tremplin à la formation du club.
A la Patte d'Oie, c'est cette même ambition qui est nourrie à travers le nom de
POBAC donné par les jeunes; c'est à dire voir un jour leur pratique de basket·ball en
liberté se structurer et se faire une place dans le basket-bail fédéral.
Quant aux jeunes de Liberté III, ils ont préféré donner le nom de Etienne PRElRA23 à
leur terrain de basket-bail playground. En fait ce nom traduit chez ces jeunes nous
disent- ils, «notre affection, notre respect à l'égard de cet homme, mais également le
modèle qu'il constitue pour nous».
Sur les autres terrains, nous n'avons pas relevé de nom original qu'ont donné les
pratiquants du basket-baIl playground (Ecole MEDINE, Lycée KENNEDY, Terrain
SIBAC, Terrain UNIVERSITE). Cela pourrait s'expliquer par le fait qu'il s'agit de
terrains qui ne leur appartient pas de manière spécifique.
De même, chez les jeunes de HLM 6, il n'y a pas de nom désignant leur terrain qu'ils
ont pourtant confectionné eux-mêmes dans un parking au sein de leur quartier.
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• Entre le clyb de basket-bail oy le playground
Seuls les quartiers de Liberté III, de Dieuppeul 1 et de Patte d'Oie n'en comptent pas.
Les différents clubs qu'on a recensés sont: le JARAAF et la MBA à la Médina;
l'ASFO au terrain de KENNEDY; le SlBAC à la Liberté VI, le DUC au terrain de
l'UNIVERSITE et le HLM Basket Club des HLM de 1 à 6.
Ainsi, on voit, du point de vue de la représentativité des clubs de basket-baIl, que les
jeunes n'ont pas à se plaindre. Néanmoins, la majeure partie d'entre eux ne les
fréquents pas pour des raisons comme le manque de temps libre, le caractère fermé
du jeu et parfois le non intéressement par les pratiquants du basket-bail playground à
jouer dans les clubs. Dès lors, on peut affirmer que le manque de clubs de basket-
bail ne peut pas constituer un argument valable chez les jeunes du basket-ball de
loisir quant à leur non fréquentation de ces structures. Cela dit qu'il faut chercher
l'explication de cette situation ailleurs.
En fait, cette explication nous la détenons chez les pratiquants de basket-bail
playground eux-mêmes à travers les manques de temps libre et de nberté dans le
jeu. Ainsi, seul est le basket-bail en liberté, le moyen pour ces jeunes de s'adonner à
la pratique du basket-bail quand ils veulent, comme ils veulent et où ils veulent.
Mais de manière beaucoup plus approfondie, les playgrounders nous affirment dans
la majorité, qu'il s'agit de pratique sportive qui aide à maintenir la forme physique (se
faire une santé) et en même temps de se faire du plaisir en jouant avec des copains
ou des gens de même génération. Pour d'autres, c'est une pratique qui permet de se
faire de nouveaux amis même si dans le jeu les altercations y sont fréquentes.
Cependant, pour une minorité, le basket-baIl playground permet surtout d'avoir un
vécu en pratique du basket-bail, cela peut servir un jour si on voyage à l'étranger
a'lec la possibilité de côtoyer des équipes. Ces propos sont quelque peu rejoints par
le DT de Gorée qui trouve que «le basket-bail playground est un moyen de formation
de basketteurs à moindre coup ».
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De même, pour ces jeunes qui ambitionnent un jour de se voir évoluer dans un club
comme professionnel expatrié, le rêve est permis car, nombreux sont aujourd'hui de
jeunes sénégalais basketteurs évoluant à l'extérieur.
En tout cas, aux Etats Unis, il est arrivé à plusieurs reprises de voir des
playgrounders se faire leur place en NBA. C'est le cas de Chris MULLIN (Indiana), de
Shawn KEMP (Seattle) pour ne citer que ceux là. De même en France, des joueurs
qui font aujourd'hui la fierté de leur équipe nationale, sont sortis directement des
playgrounds. Ce sont Moustapha SONKO et Abdul WAHAB, ce dernier même évolue
en NBA, aux Etats Unis (Sacramento).
42
1 1
L'analyse du basket-bail playground à travers l'origine et l'introduction, la nature et
les composantes, les acteurs et leur motivation, nous a permis de voir un
phénomène qui n'a pas laissé te Sénégal indifférent. En effet, même si on note une
certaine imitation de cette pratique par les jeunes du Sénégal et plus précisément de
la ville de Dakar, de par le caractère social et mondial du basket-bail playground,
force est de reconnaître qu'il s'agit également d'un phénomène qui a trouvé un
besoin réel d'une pratique du basket-bail en dehors des structures institutionnelles
chez les jeunes.
Ainsi, ce sont donc une imitation et un besoin de pratique chez les jeunes qui ont
concouru à la naissance du basket-bail playground au Sénégal. Ce phénomène, lié à
la pratique du basket-bail à la fois en dehors des structures fédérales et
institutionnelles et surtout en pleine rue à travers les panneaux qui y sont érigés, a
fait son apparition dans les années 90. Ce jeu, dénommé basket-bail playground,
intéresse dans le contexte de la ville de Dakar les jeunes garçons aux vécus et
niveau de pratiques différents. Il est quasiment pris en charge par ses pratiquants du
point de vue de l'organisation et regroupe des jeunes de même quartier et parfois de
localités différentes.
44
1
En effet, il y a un réel manque de matériel quand les jeunes vont jusqu'à construire
leur propre terrain de basket~ball. Pourtant, il est de notre point de vue qu'en dehors
du fait que le basket-bail playground constitue une forme du basket-bail plus I\bre
chez les jeunes, c'est un moyen de vulgarisation de ce sport et permet à ses
pratiquants de s'adonner à une pratique saine qui est celle du basket-bail, quand on
sait qu'jl s'agit de jeunes d'une tranche d'âge très vulnérable.
En réalité, ces équipes sont le fruit d'une combinaison de trois éléments qui sont
l'existence de jeunes pratiquants, de terrain de basket-bail et l'appui de leurs élus
locaux. Ces exemples devraient faire tâche d'huile sur l'étendu du territoire
sénégalais. Alors, au moment où la politique de « décentralisation)} est davantage
définie, il faut dire que la balle est dans le camp des pouvoirs publics locaux.
D'autre part. il paraît que pendant les grandes vacances les tournois de rap-attack
connaÎssent beaucoup de succès à travers des matches de 5 contre 5. Il nous
semble également très important de nous interroger sur cette forme du basket~ball
45
1
Ne serait· ce que du point de vue de la signification que lui donnent ses acteurs,
quand on sait que même les professionnels expatriés de basket-baU y évoluent.
Par conséquent, le basket-bail playground pourrait constituer une menace pour les
institutions officielles du basket-bail s'il existe une quelconque forme de structuration
de ce phénomène comme le mouvement «NAVETANE» l'est pour le football.
46
1
BIBUOGRAPHIE
47
1
48
1
Annextl :
49
1
1. Age
2. Sexe
3. Niveau d'étude
4. Autre à préciser
6. Pourquoi?
16. Pourquoi?
50
1
33. Existe-t-i1 des tournois autres que les vôtres? OuiO NonO
37. Avez-vous d'autres personnes qui parrainent cette pratique? Oui 0 Non 0
38. Si oui, qui sont-elles?
51
1
Annexe 2 :
52
Ce guide d'entretien s'adresse aux techniciens du basket·ball sénégalais
entraîneurs, professeurs d'EPS, initiateurs et encadreurs
1. Age
2. Sexe
3. Niveau technique
4. Club
5. Catégorie
6, Quel est le nom que vous donnez à la pratique du basket-bail dans les rues?
7. Pourquoi?
9. Selon vous d'où est-ce que les jeunes tiennent cette pratique?
10. Que pensezMvous des terrains aménagés par les jeunes eux-mêmes?
12. Avez-vous une idée sur leur règlement de jeu? OuiO NonO
17. Seriez-vous prêt à intervenir avec ces jeu nes ? OuiO NonO
19. Pensez~vous qu'il ya une organisation pour cette pratique? Oui 0 Non 0
20.Si oui, qui en sont les organisateurs ?
21. Pensez-vous qu'il y a des choses que le basket de rue offre et pas celui du club?
OuiO Non 0
53
23. Considérez-vous le basket de rue comme une école? Oui 0 NonO
OuiO NonO
54
Annexe 3 :
SCHEMA D'ILLUSTRATION
55