DPGP/DPPP/SEE
Note sur l’Offre Spontanée dans le cadre
de la loi sur les contrats de PPP et des lois sectorielles
I. Cadre contextuel
La présente note propose, en complément de la règlementation applicable, des indications sur
les principes de base susceptibles de s’appliquer à une offre spontanée d’un projet de contrat de
Partenariat Public-Privé (PPP). Elle répond également à certains questionnements relatifs à
l’amendement de la loi sur les contrats de PPP et, pour certains, l’ambigüité relative à
l’applicabilité de ladite loi aux offres spontanées reçues par les EEP ayant des lois sectorielles
spécifiques.
Il est unanimement admis que l’offre spontanée est une modalité spécifique aux contrats PPP,
elle consiste à inverser les termes du rapport contractuels entre la partie privée et la personne
publique en donnant, cette fois-ci, l’initiative à la l’entreprise porteuses d’idées s’estimant
capable et satisfaisant les exigences et les conditions légales pour présenter son
offre/proposition à tout organisme public (toutes catégories confondues). Si tant est que la loi
n°54-05 relative à la gestion déléguée laissait la porte entre-ouverte à « la proposition
spontanée » instituée par l’article 7 de la loi susmentionnée, il ne fixerait ni ses modalités
d’exercice ni les conditions de recevabilité et encore moins les droits légitimes des porteurs
d’idées. C’est dire que le sort de la proposition est largement dépendant du pouvoir
discrétionnaire de la personne publique. Ce qui fait des « propositions spontanées » dans le
cadre de la gestion déléguée un schéma moins attractif pour le secteur privé, difficilement
recevable et applicable pour la personne publique.
La loi n° 86-12 relative aux contrats de PPP telle que modifiée et complétée par la loi n° 46-18,
en adoptant une approche s’inscrivant dans la continuité, s’est proposé de compléter, parfaire
et baliser la voie devant ce mécanisme juridique prometteur à l’aune des faits socio-
économiques. Le présent dispositif a veillé à capitaliser sur les retours d’expériences et
s’inspirer des bonnes pratiques internationales en l’adaptant, aussi exactement que possible, à
la diversité des secteurs d’activité, la multiplicité des cadre institutionnels des organismes et
entreprises publiques et la pluralité des textes y afférents pour dégager des critères
d’admissibilité de l’offre spontanée, à la fois standards et flexibles à même de la rendre opérante
et sans porter atteinte au sacro-saint principe de la libre concurrence.
En bref, l’offre spontanée est consubstantiel au contrat de partenariat et difficilement
concevable en dehors des PPP.
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Le constat général est que les personnes publiques reçoivent des offres spontanées, soit en offre
d’investissement soit en projet PPP. Toutefois, il est important d’avoir un cadre cohérent et
homogène garantissant la transparence des critères et procédures relatives à l’offre spontanée,
afin de promouvoir une bonne gouvernance et éviter de troubler la programmation budgétaire.
Dans la majorité des cas, les initiateurs soumettent leurs offres avec le but d’obtenir une
négociation directe du contrat PPP. Cependant, pour l’aboutissement et la réussite de ces offres,
il est primordial de prendre en compte certains points de vigilance :
évaluer la recevabilité de l’offre et s’assurer que ces projets sont aussi attrayants tels
qu’ils sont présentés par les initiateurs ;
adopter une procédure pour que ces projets soient intégrés dans les politiques
sectorielles et les programmes d’investissements publics prioritaires ;
définir le meilleur moyen pour l’attribution du contrat par mise en concurrence ou par
entente directe ;
prévoir des mécanismes de dédommagement de l’initiateur s’il n’a pas été retenu pour
rembourser l’investissement engagé dans le montage de l’idée de projet.
Dans la présente note, le terme loi fait référence à la loi sur les contrats de PPP et le terme décret
fait référence au décret d’application de la loi sur les contrats de PPP.
II. Définition et principes
1. Définition
L’offre spontanée est un projet d’idées innovantes sur le plan technique, économique ou
financier, élaboré par un opérateur privé dit porteur d’idée et communiqué à une personne
publique en vue de le réaliser dans le cadre d’un contrat de partenariat public-privé1.
2. Principes
La prise en compte par la personne publique d’une offre spontanée vise à la faire bénéficier des
opportunités de PPP identifiées par le secteur privé. Celui-ci est en effet parfois mieux placé
que la personne publique pour développer des idées de projets mettant en valeur l’expertise et
le potentiel d’innovation des entrepreneurs. La plupart des pays disposant d’une législation sur
les PPP autorisent formellement cette procédure, qui peut représenter une part significative
(entre 10% et 20%) des projets de PPP effectivement mis en œuvre.
Pour apprécier le caractère sérieux de l’offre spontanée, le législateur permet à la personne
publique d’accepter, de modifier ou de rejeter la proposition, sans encourir de responsabilité à
l’égard du porteur d’idée. Elle prévoit également la possibilité d’accorder une indemnisation au
porteur d’idée sous certaines conditions.
Pour maitriser au mieux les risques relatifs aux offres spontanées, la loi a prévu un encadrement
approprié de la procédure, en accordant à la personne publique un délai substantiel d’évaluation
de la proposition (trois mois qui peuvent être prolongés de trois mois en cas de complexité
particulière), en exigeant la réalisation d’une évaluation préalable, et en privilégiant, sauf
exceptions bien précises, l’appel à la concurrence.
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Art 9 relatif à l’offre spontanée de la loi n° 86-12 complétée et modifiée par la loi n° 46-18
2
Les offres spontanées doivent donc être considérées comme des exceptions, la priorité devant
être accordée au développement et à la mise en œuvre d’un plan stratégique d’infrastructure.
NB : Les projets PPP initiés sous forme d’offres spontanées, puis développés par l’autorité
contractante et soumis à un appel d’offres ouvert, enregistrent des résultats similaires aux
projets PPP initiés par le secteur public.
L’appréciation du caractère innovant de l’offre
Le caractère innovant de la proposition doit faire l’objet d’un examen particulièrement attentif.
Une interprétation exagérément extensive du concept d’ « innovation » peut conduire à vider
ce critère de toute portée concrète, alors qu’une interprétation trop restrictive risque de réduire
considérablement le champ des opportunités. Il convient de préciser également que le décret
prévoit en effet que l’offre spontanée ne doit pas consister en un projet antérieurement présenté,
en cours d’étude, d’élaboration ou d’exécution ou déjà exécuté sur le territoire national.
Dans cet esprit, il est suggéré de prendre en compte les critères suivants :
Le critère d’innovation s’apprécie sur la base du territoire national. Ainsi, un projet déjà
expérimenté à l’étranger mais non introduit au Maroc peut être considéré comme innovant ;
L’innovation peut concerner aussi bien une technologie qu’une méthodologie de mise en
œuvre. Fin Infra anciennement appelée Mission d’Appui aux PPP (entité centrale chargée
des PPP en France) définit ainsi une offre innovante comme une offre visant « à la
réalisation d’une opération présentant des fonctionnalités nouvelles, des services nouveaux
ou des innovations techniques au niveau d’un marché ou d’un secteur donné » ;
L’innovation doit réclamer une certaine expertise, rare même sur le plan international, ou
avoir nécessité des frais de recherche et développement significatifs ;
Ainsi que précisé par le décret d’application de la loi n° 86-12, le caractère innovant ne
s’apprécie pas uniquement au regard de projets déjà réalisés, mais concerne également des
projets en cours d’étude, de développement ou de réalisation, ou encore des projets déjà
proposés.
Confidentialité et propriété intellectuelle
La réglementation ne comporte pas d’indication sur la confidentialité des éléments relatifs à la
proposition d’idée innovante. Cette question est particulièrement délicate s'agissant de la
propriété intellectuelle, qui peut être difficile à garantir lors de l’examen d’une proposition
impliquant un nombre élevé de participants.
La pratique internationale est complexe sur ce point. Un certain nombre de juridictions précisent
que la personne publique devra s’efforcer de préserver la propriété intellectuelle du porteur
d’idée.
Dans le cas du Maroc, dans la mesure où le porteur d’idée doit en principe recevoir une
indemnisation, celle-ci doit également couvrir l’utilisation qui pourra être faite de sa production
intellectuelle lors des étapes ultérieures de la procédure.
Il est prudent de procéder à un échange de lettre contresignée avec le porteur d’idée dans lequel
celui-ci reconnait abandonner ses droits éventuels à la propriété intellectuelle relative à l’offre
spontanée déposée ; cet aspect devrait également être pris en compte dans le cadre de l’accord
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prévu au titre de l’article 40 du décret (en vertu duquel l’autorité engage une négociation directe
avec le porteur d’idée).
3. Risques liés aux offres spontanées
La personne publique doit toutefois être consciente des risques du recours aux offres
spontanées :
Risque que ce recours soit considéré comme une alternative aux procédures normales
de planification et de passation de marché, qui aboutirait à affaiblir les dites procédures
par la violation du principe de la concurrence, ainsi que la privation de la personne
publique de ses droits de choix des meilleurs offres compétitives ;
Risque de comportements opportunistes du secteur privé, car la pratique internationale
montre que les propositions de faible qualité ne sont pas rares ;
Risque accru de mauvaise gouvernance, voire de collusion entre le secteur privé et
l’Administration ;
Mauvaise priorisation des projets, les préférences du secteur privé plutôt que les besoins
de la société dictant le rythme de réalisation des infrastructures ;
Contrats structurellement biaisés en faveur des intérêts du partenaire privé, avec en
particulier une répartition des risques préjudiciable à la personne publique ;
Ressources en temps et en personnel de la personne publique dépensées en pure perte
pour examiner et filtrer des propositions qui n’ont que peu de chances d’aboutir, ce qui
limiterait la capacité des personnes publiques à développer les projets réellement
prioritaires ;
Coûts relativement excessifs et susceptibles de déséquilibrer la capacité de financement
public induits par les exigences d’innovation et de qualité.
III. Processus de l’offre spontanée
Le contenu et le processus de l’offre spontanée est encadré par la loi sur les contrats de PPP et
son décret d’application. Le schéma suivant permet d’apprécier ce processus qui est détaillé
dans le développement qui suit.
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1. Dépôt de l’offre spontanée
Le décret d’application de la loi prévoit les éléments qui doivent figurer dans le dossier remis
à la personne publique. L’information doit être suffisamment détaillée pour permettre une
appréciation fondée du projet. Ainsi, tout porteur d’idée peut soumettre à l’autorité compétente
concernée une offre spontanée qui comprend les informations suivantes :
la description des principales caractéristiques du projet proposé ;
l’identification des besoins auxquels répondent le projet et l’estimation de la demande
potentielle ;
la durée prévisionnelle du projet, tant dans sa phase de réalisation que dans sa phase
d’exploitation ;
l’analyse de la faisabilité juridique du projet ;
l’analyse financière du projet, indiquant l’estimation des coûts d’investissement et du
coût estimé des opérations sur toute la durée du projet ;
l’évaluation de l’impact social et environnemental du projet ;
l’analyse des risques associés au projet ;
tout élément permettant à l’autorité compétente concernée d’apprécier le caractère
innovant du projet.
L’autorité compétente concernée peut demander au porteur d’idée toute étude ou complément
d’informations concernant son offre. Ces études ou compléments d’informations sont réalisés
par le porteur d’idée à ses frais.
2. Examen de l’offre
La personne publique s’efforcera de respecter les principes de responsabilisation,
d’impartialité, de transparence, d’absence de conflit d’intérêts et de maintien de la
confidentialité.
La personne publique quant à elle devrait désigner un comité réunissant des compétences
sectorielles complémentaires pour procéder à l’évaluation de l’offre spontanée. Chaque
membre du comité doit avoir la possibilité de défendre son opinion devant le comité oralement
ou par écrit, chaque séance faisant l’objet d’un procès-verbal, l’ensemble de la procédure devant
être documentée. L’avis du comité, positif ou négatif, sera transmis pour décision finale à
l’organe décisionnel habilité de la personne publique.
NB : Afin d’éviter les comportements opportunistes, il est recommandé d’adopter une attitude
particulièrement prudente à l’égard des dossiers déposés manifestement dans le seul but de
bénéficier de l’indemnisation prévue par les textes, sans que le porteur d’idée ait la capacité ou
l’intention de réaliser lui-même le projet.
Décision de la personne publique
La personne publique prend la décision qui lui semble appropriée :
Rejet de la proposition : Il est conseillé d’indiquer par écrit au porteur d’idée le motif
du rejet, qui peut tenir à de simples considérations d’opportunité.
Demande de complément d’information, aux frais du porteur d’idée. Une telle
demande ne devra être formulée que si la personne publique estime que l’offre mérite
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valablement un examen supplémentaire, bien que la demande de complément
d’information n’entraine juridiquement aucune obligation ou responsabilité ni à l’égard
du porteur d’idée ni à l’égard de la personne publique.
Acceptation avec modification ou acceptation en l’état. Etant entendu que tous les
aspects de la proposition peuvent faire l’objet de modification, la personne publique
devra s’attacher plus particulièrement à vérifier que le périmètre ou le dimensionnement
du projet correspondent à ses besoins. Il est important de noter que l’acceptation
n’entraine pas d’obligation à l’égard du porteur d’idée, car l’étape suivante de la
procédure (l’évaluation préalable) peut conduire à l’abandon du projet.
Délais :
L’autorité compétente concernée qui reçoit le dossier de l’offre spontanée, dispose d’un délai
de trois (3) mois pour évaluer l’offre spontanée et donner une réponse au porteur d’idée. Dans
le cas où l’offre spontanée présente une complexité particulière, l’autorité compétente
concernée le notifie au porteur d’idée et peut alors bénéficier d’un délai supplémentaire de trois
(3) mois pour étudier l’offre spontanée. Toute décision prise par l’autorité compétente
concernée est notifiée au porteur d’idée.
L’autorité compétente concernée qui reçoit l’offre spontanée informe le ministre chargé des
finances du projet déposé par le porteur d’idée et de la réponse qu’elle y apporte.
3. Evaluation préalable du projet
Dans le cas où la personne publique décide de donner suite à l’offre spontanée, elle procède à
la réalisation de l'évaluation préalable.
Si l’évaluation préalable montre que le projet peut être réalisé en contrat de PPP et qu’il est
innovant, l’autorité compétente concernée peut, après décision favorable du MEF procéder au
lancement de la procédure de passation.
Si l’évaluation préalable montre que le projet ne peut pas être réalisé en contrat de partenariat
public-privé, l’autorité compétente concernée en informe le porteur d’idée par écrit et n’encourt
de ce fait aucune responsabilité à son égard.
Les aspects particuliers qui doivent être pris en compte par l’évaluation préalable dans le cadre
de l’examen d’une offre spontanée sont les suivants :
Le caractère innovant de l’offre présentée ;
Au cas où il est envisagé de recourir à la procédure négociée, outre son aspect innovant,
l’évaluation devra confirmer que l’offre répond à un besoin urgent et est compétitive
sur le plan financier.
4. Passation du marché
Suite à l’évaluation préalable du projet objet de l’offre spontanée et après accord du MEF pour
réaliser le projet en PPP, la personne publique lance :
la procédure du dialogue compétitif ou
la procédure d’appel d’offres ou, le cas échéant,
la procédure négociée dans les cas suivants :
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o la personne publique juge l’offre spontanée compétitive sur le plan technique,
économique et financier et l’évaluation préalable démontre que l’offre
spontanée (i) correspond à un besoin urgent, (ii) revêt un caractère innovant, (iii)
est compétitive sur le plan financier ;
o le service ne peut être réalisé ou exploité, pour des considérations techniques ou
juridiques, que par un seul opérateur privé ;
o l’urgence résultant d'événements imprévisibles pour la personne publique ;
o les raisons de défense nationale ou de sécurité publique.
Pour le cas de procédure négociée, l’autorité compétente concernée peut procéder à la
conclusion d’un accord avec le porteur d’idée. Cet accord fixe notamment les modalités et le
délai de négociation sur l’offre proposée. Ledit délai de négociation est fixé à quatre (4) mois
au maximum, et peut être prorogé, si nécessaire, de trois (3) mois supplémentaires au maximum.
La procédure négociée peut ne pas faire l’objet de publicité préalable et/ou de règlement d’appel
à la concurrence.
En cas d’échec de la procédure négociée avec le porteur d’idée, l’autorité compétente concernée
peut décider de lancer une procédure de dialogue compétitif, d’appel d’offres ouvert ou d’appel
d’offres avec présélection.
5. Attribution
Dans toutes les procédures de passation des contrats de partenariat public-privé, le contrat est
attribué au candidat qui présente l’offre économiquement la plus avantageuse sur la base des
critères arrêtés préalablement.
IV. Indemnisation par l’octroi de prime
Dans le cas où le porteur d’idée n’est pas retenu en tant qu’attributaire, à l’issue de la procédure
du dialogue compétitif ou de l’appel d’offres, la personne publique peut lui verser une prime
forfaitaire. Cette prime ne peut être cumulée avec celle prévue suite au dialogue compétitif ou
si le porteur d’idée n’est pas retenu suite à la procédure négociée.
Le montant de la prime forfaitaire est fixé par décision conjointe de l’autorité compétente
concernée et du ministre chargé des finances qui peut tenir compte des dépenses engagées et
dûment justifiées par le porteur d’idée et du degré d’innovation de l’offre.
V. Lois sectorielles et Offres Spontanées
1. Complémentarité de la loi PPP et des lois sectorielles
Les lois sectorielles se limitent à envisager la possibilité d’accorder des concessions aux tiers,
notamment une personne morale privée ou la simple autorisation de réaliser des investissements
ou des projets via un partenariat avec le privé. Ces lois ne précisent pas la nature du projet, la
consistance de la mission du partenaire privé, l’évaluation préalable, les modalités et la
procédure de passation, les critères de l’offre économiquement la plus avantageuse, le partage
des risques, la publication du contrat et son exécution, aussi bien dans la phase de construction
que durant son exploitation.
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L’examen des différentes lois sectorielles ne fait pas apparaitre de dispositions réellement
contradictoires avec les dispositions de la loi n° 86-12 spécifique aux PPP, précisant les
obligations et le cadre juridique et procédural dans lequel doivent se dérouler les opérations de
PPP sans entrer en contradiction explicite avec les lois susvisées. Les lois sectorielles se limitent
à autoriser certaines personnes publiques faisant partie du champ d’application de la loi PPP à
concéder la réalisation ou l’exploitation des projets aux tiers ou de conclure des contrats de
partenariat pour réaliser leurs investissements. Par conséquent, et sauf à considérer que la
simple existence d’un texte sectoriel interdit d’appliquer tout autre texte, les textes se
complètent et ont donc vocation à s’appliquer simultanément lorsque les conditions
d’application prévues par la loi spécifique aux PPP sont réunis.
En somme, la totalité des lois sectorielles ne contiennent pas de disposition spécifique sur les
PPP autres que celles autorisant leurs mises en œuvre. Elles ne fixent donc pas de cadre
juridique et procédural propre aux PPP, ce qui est précisément l’objet de la loi spécifique aux
PPP qui vient combler cette lacune juridique.
2. Clauses applicables de la loi PPP en présence de lois sectorielles
Suite à l’amendement de la loi relative aux contrats de PPP, une disposition a été insérée pour
clarifier l’applicabilité de la loi spécifique aux PPP pour les personnes publiques disposant de
textes spécifiques. L’article 28-3 stipule que « Sauf dérogation exceptionnelle accordée par la
Commission nationale, les personnes publiques disposant de textes spécifiques les
habilitant à passer des contrats de partenariat sont soumises aux dispositions des articles
2, 7, 8, 10, 12, 14, 16, 18, 19, 21, 24, 28 et 28-1 de la présente loi. ».
Le but de cet amendement est de dissiper toute confusion quant à l’applicabilité de la loi sur les
contrats de PPP aux personnes publiques disposant de textes spécifiques et de les soumettre à
certaines dispositions dans le respect des lois et spécificités sectorielles, notamment en matière
de modes de passation.
L’offre spontanée (article 9 de la loi PPP) ne fait pas partie des dispositions auxquels les
personnes publiques disposant de textes spécifiques les habilitant à passer des contrats de
partenariat sont soumises. Toutefois, en l’absence de spécifications encadrant les offres
spontanées, ces personnes publiques devront respecter, dans la mesure du possible, les
dispositions encadrant l’offre spontanée présentes dans le cadre juridique des PPP.
NB : Il convient de préciser que la loi n° 46-18 ne s’applique pas aux projets dont les procédures
de consultation ont été lancées avant son entrée en vigueur. Si des consultations sont lancées
avant l’entrée en vigueur de la loi n° 46-18 cela conduirait à réaliser le projet dans l’ancien
cadre juridique à savoir la loi n° 86-12. Les échanges avec le porteur d'idée et les demandes de
compléments ne constituent pas une procédure de consultation.
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Annexe : Dispositions juridiques spécifiques à l’offre spontanée
Cette annexe présente un extrait des dispositions spécifiques à la procédure négociée au niveau
de la loi sur les contrats PPP et de son décret d’application.
1. Loi n° 46-18 modifiant et complétant la loi n° 86-12 relative aux contrats de PPP
Article 7
Procédure Négociée
Sauf autorisation spéciale accordée, selon le cas, par la Commission nationale du
partenariat public-privé prévue à l’article 28-1 de la présente loi ou par le Comité permanent
prévu à l’article 28-2 de la présente loi et sous réserve des dispositions de l’article 9 ci-dessous,
un contrat de partenariat ne peut être passé selon la procédure négociée que dans l’un des cas
suivants :
- le service ne peut être réalisé ou exploité, pour des considérations techniques ou
juridiques, que par un seul opérateur privé ;
- l’urgence résultant d'événements imprévisibles pour la personne publique ;
- les raisons de défense nationale ou de sécurité publique.
Par dérogation aux dispositions de l’article 3 ci-dessus, la procédure négociée peut ne pas
faire l’objet de publicité préalable et/ou de règlement d’appel à la concurrence.
Article 8
Offre économiquement la plus avantageuse
Dans toutes les procédures de passation de contrats de partenariat public-privé, le contrat
est attribué au candidat qui présente l’offre économiquement la plus avantageuse sur la base
des critères arrêtés préalablement.
Le règlement d’appel à la concurrence mentionne les critères économiques et qualitatifs
à retenir pour évaluer les offres. Ces critères doivent être objectifs, non discriminatoires, ayant
un rapport avec l’objet du contrat de partenariat public-privé et avec les caractéristiques du
projet et portent, notamment, sur la capacité de réalisation des objectifs de performance, le coût
global de l’offre, les exigences du développement durable, l’impact social et environnemental
du projet, le caractère technique innovant de l’offre et, le cas échéant, les mesures prises pour
la préférence en faveur de l’entreprise nationale et le taux d’utilisation d’intrants d’origine
nationale et ce dans les conditions fixées par voie réglementaire.
Dès que l’attributaire du contrat de partenariat public-privé est choisi, la personne
publique informe, dans un délai n’excédant pas soixante (60) jours, les autres candidats du rejet
de leurs offres.
Article 9
Offre Spontanée
La personne publique peut être saisie d’un projet d’idées innovantes sur le plan technique,
économique ou financier, par un opérateur privé dit porteur d’idée en vue de le réaliser dans le
cadre d’un contrat de partenariat public-privé.
La personne publique décide d’accepter, de modifier ou de rejeter le projet d’idées
innovantes, sans encourir aucune responsabilité vis-à-vis du porteur d’idée concerné. Elle
informe ce dernier de sa décision finale, dans un délai déterminé.
Les conditions et les modalités de dépôt d’un projet d’idées innovantes sont fixées par
voie réglementaire.
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Dans le cas où la personne publique décide de donner suite à l’offre spontanée, elle
procède à la réalisation de l'évaluation préalable mentionnée à l'article 2 ci-dessus et lance la
procédure du dialogue compétitif ou la procédure d’appel d’offres, prévues respectivement par
les articles 5 et 6 ci-dessus ou, le cas échéant, selon la procédure négociée dans les conditions
fixées par voie réglementaire.
Dans ce cas, le porteur d’idée peut être admis à participer aux procédures de dialogue
compétitif ou d’appel d’offres s’il dispose des capacités techniques, professionnelles et
financières requises.
Dans le cas où le porteur d’idée n’est pas retenu en tant qu’attributaire, à l’issue de la
procédure du dialogue compétitif ou de l’appel d’offres, la personne publique peut lui verser
une prime forfaitaire. Cette prime ne peut être cumulée avec celle prévue à l’article 5 ci-dessus.
Les conditions d’octroi de la prime forfaitaire et le délai maximum pour répondre au
porteur d’idée concerné sont fixés par voie réglementaire.
La personne publique peut également recourir à la procédure négociée dans le cadre d’une
offre spontanée qu’elle juge compétitive sur le plan technique, économique et financier.
Le porteur d’idée n’a droit à aucune prime s’il n’a pas été choisi après recours à la procédure
négociée.
2. Décret n° 2-15-45 pris pour l’application de la loi sur les contrats de PPP
Chapitre VI
Conditions et modalités de l’offre spontanée
ARTICLE 36
En application de l’article 9 de la loi n° 86.12 susvisée, les articles 37 à 41 du présent décret
fixent les conditions et les modalités de dépôt d’un projet d’idées innovantes, les conditions du
recours à la procédure négociée, les conditions d’octroi de la prime forfaitaire, et le délai
maximum pour répondre au porteur d’idée.
ARTICLE 37
Tout porteur d’idée peut soumettre à l’autorité compétente concernée une offre spontanée,
celle-ci doit être accompagnée d’un dossier réalisé par le porteur d’idée qui comprend les
informations suivantes :
- la description des principales caractéristiques du projet proposé ;
- l’identification des besoins auxquels répondent le projet et l’estimation de la demande
potentielle ;
- la durée prévisionnelle du projet, tant dans sa phase de réalisation que dans sa phase
d’exploitation ;
- l’analyse de la faisabilité juridique du projet ;
- l’analyse financière du projet, indiquant l’estimation des coûts d’investissement et du coût
estimé des opérations sur toute la durée du projet ;
- l’évaluation de l’impact social et environnemental du projet ;
- l’analyse des risques associés au projet ;
- tout élément permettant à l’autorité compétente concernée d’apprécier le caractère innovant
du projet.
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L’offre spontanée ne doit pas consister en un projet antérieurement présenté, en cours d’étude,
d’élaboration ou d’exécution ou déjà exécuté sur le territoire national.
L’autorité compétente concernée peut demander au porteur d’idée toute étude ou complément
d’informations concernant son offre. Ces études ou compléments d’informations sont réalisés
par le porteur d’idée à ses frais.
ARTICLE 38
1- L’autorité compétente concernée qui reçoit le dossier de l’offre spontanée prévu à l’article
37 du présent décret, dispose d’un délai de trois (3) mois pour évaluer l’offre spontanée et
donner une réponse au porteur d’idée.
2- Si à la suite de l’examen du dossier de l’offre spontanée, l’autorité compétente concernée
constate que l’idée proposée n’est pas innovante, ou si le dossier comporte des omissions
auxquelles ladite autorité ne juge pas utile de demander au porteur d’idée d’y remédier, elle ne
donne pas suite à cette offre et n’encourt de ce fait aucune responsabilité vis-à-vis du porteur
d’idée.
Dans le cas où l’offre spontanée présente une complexité particulière, l’autorité compétente
concernée le notifie au porteur d’idée et peut alors bénéficier d’un délai supplémentaire de trois
(3) mois pour étudier l’offre spontanée.
Lesdits délais ne comprennent pas les délais nécessaires pour le porteur d’idée de compléter
son offre spontanée à la demande de l’autorité compétente concernée.
3- L’autorité compétente concernée qui reçoit l’offre spontanée informe le ministre chargé des
finances du projet déposé par le porteur d’idée et de la réponse qu’elle y apporte.
Toute décision prise par l’autorité compétente concernée est notifiée au porteur d’idée dans les
délais mentionnés au présent article.
ARTICLE 39
Dans le cas où l’offre spontanée répond à un besoin de l’autorité compétente concernée et
décide de ce fait de donner suite à l’offre spontanée, ladite autorité procède à la réalisation d’une
évaluation préalable de l’offre spontanée, dans les conditions fixées au chapitre 2 du présent
décret.
Si l’évaluation préalable montre que le projet peut être réalisé en contrat de partenariat public-
privé et qu’il est innovant, l’autorité compétente concernée peut, après décision favorable du
ministre chargé des finances prise dans les conditions prévues à l’article 4 du présent décret,
procéder au lancement de la procédure de passation conformément aux dispositions prévues
dans le présent décret.
Si l’évaluation préalable montre que le projet ne peut pas être réalisé en contrat de partenariat
public-privé, l’autorité compétente concernée en informe le porteur d’idée par écrit et n’encourt
de ce fait aucune responsabilité à son égard.
ARTICLE 40
L’autorité compétente concernée peut recourir à la procédure négociée avec le porteur d’idée
dès lors que l’évaluation préalable démontre que l’offre spontanée :
- correspond à un besoin urgent ;
- revêt un caractère innovant ;
- est compétitive sur le plan financier.
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L’autorité compétente concernée peut procéder à la conclusion d’un accord avec le porteur
d’idée. Cet accord fixe notamment les modalités et le délai de négociation sur l’offre proposée.
Ledit délai de négociation est fixé à quatre (4) mois au maximum, et peut être prorogé, si
nécessaire, de trois (3) mois supplémentaires au maximum.
L’autorité compétente concernée peut également, en cas d’échec de la procédure négociée avec
le porteur d’idée, décider de lancer une procédure de dialogue compétitif, d’appel d’offres
ouvert ou d’appel d’offres avec présélection, conformément aux dispositions prévues dans le
présent décret.
ARTICLE 41
En application de l’article 9 de la loi n° 86.12 susvisée, le présent article fixe les conditions
d’octroi de la prime forfaitaire dans le cadre de l’offre spontanée.
Si l’autorité compétente concernée décide de lancer la procédure d’appel d’offres ouvert ou
l’appel d’offres avec présélection ou le dialogue compétitif, le porteur d’idée peut dans le cas
où le contrat de partenariat public privé est attribué à un autre candidat, obtenir une prime
forfaitaire qui ne peut être cumulée avec la prime octroyée dans le cadre du dialogue compétitif
prévu à l’article 5 de la loi n° 86.12 susvisée, sous réserve qu’il ait présenté une offre finale
recevable et acceptable eu égard aux critères de sélection définis par l’autorité compétente
concernée.
Le montant de la prime forfaitaire est fixé par décision conjointe de l’autorité compétente
concernée et du ministre chargé des finances qui peut tenir compte des dépenses engagées et
dûment justifiées par le porteur d’idée et du degré d’innovation de l’offre.
Si l’autorité compétente concernée, suite à une offre spontanée, décide de recourir à la
procédure négociée avec le porteur d’idée, aucune prime ne lui sera accordée s’il n’est pas
retenu à l’issue de la procédure.
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