Ompetitivite Valorisation Des Ressources Et Objectifs de Securite Alimentaire Pour La Filiere Sucriere Au Aroc
Ompetitivite Valorisation Des Ressources Et Objectifs de Securite Alimentaire Pour La Filiere Sucriere Au Aroc
LATIFA REDANI
Aux termes de la loi belge du 30 juin 1994, sur le droit d’auteur et les droits voisins, seul
l’auteur a le droit de reproduire partiellement ou complètement cet ouvrage de quelque façon
et forme que ce soit ou d’en autoriser la reproduction partielle ou complète de quelque
manière et sous quelque forme que ce soit. Toute photocopie ou reproduction sous autre
forme est donc faite en violation de ladite loi et des modifications ultérieures.
DEDICACES
iv
REMERCIEMENTS
Enfin, je tiens à remercier vivement ma famille qui m’a toujours encouragée à aller de l’avant.
Mes remerciements vont également à tous ceux qui ont contribué de près ou de loin à la
réalisation de ce travail. Je sais que j’ai oublié trop de noms. Que ces nombreuses personnes,
que je n’ai pu nommer par oubli, trouvent ici l'expression de ma profonde reconnaissance.
v
Latifa REDANI. (2014). Compétitivité, valorisation des ressources et objectifs de sécurité alimentaire pour la
filière sucrière au Maroc (Thèse de doctorat). Université de Liège-Gembloux Agro-Bio Tech, Belgique, 137 p.,
53 tabl., 4 fig., 58 graph.
RESUME
L’objectif de ce travail est d’interroger la cohérence des politiques de sécurité alimentaire avec les politiques
d’efficacité économique et de valorisation des ressources pour le secteur sucrier au Maroc. Une politique de
sécurité alimentaire sous-entend une intervention de l’Etat et donc, implicitement, des distorsions de marché,
alors qu’une politique de valorisation des ressources, elle, sous-entend un marché libre.
Pour traiter de cette problématique, l’approche suivie a consisté en un analyse du marché du sucre au Maroc
(déterminants de la demande et évolution des cours mondiaux et leur impact sur la sécurité alimentaire), une
analyse économique ayant pour objectif d’évaluer la compétitivité des différents segments de la filière sucre, et
une analyse de la valorisation relative des ressources (capital, travail et eau d’irrigation) par les cultures sucrières
en comparaison aux différentes cultures irriguées en vue de déterminer leurs rentabilités relatives privées et
sociales.
L’analyse de la consommation sur la décennie 2000-2010 montre que la tendance est à l’augmentation de la
consommation nationale et, donc, à une accentuation de l’insécurité alimentaire du pays en sucre dans l’avenir.
Quant à l’analyse de la volatilité des cours mondiaux du sucre, de 1960 à 2010, grâce à la méthode de
décomposition des séries chronologiques, elle permet l’isolation d’un effet accidentel, qui reflète la variabilité
non due aux effets saisonnier et tendance. Cet effet accidentel est principalement marqué durant les
périodes : 1973 à 1975, 1980 à 1981 et 2009 à 2010. En termes de sécurité alimentaire, ces fluctuations des cours
mondiaux du sucre n’ont pas d’impact sur l’accès des ménages à ce produit, par contre elles ont un impact
important sur le budget de l’Etat. Toute variation des cours sur le marché international est absorbée par le
système de compensation des prix mis en place puisque les prix du sucre sont réglementés.
La politique de sécurité alimentaire entreprise dans les années soixante et soixante-dix ont permis d’atténuer la
dépendance du pays aux importations et, donc, de réduire l’impact des fluctuations des cours mondiaux du sucre.
Cependant, cette politique a été souvent critiquée sur la base de l’efficience des marchés et de la valorisation des
ressources.
L’analyse économique de la filière sucrière montre que les différents segments de la filière ne bénéficient pas du
même niveau de protection. Si le segment de production de la betterave sucrière ne bénéficie plus d’aucune
protection, le sucre brut reste globalement protégé. Cependant, le niveau de cette protection a globalement baissé
pendant la période post ajustement structurel. Sur le plan compétitivité, alors que la culture de la betterave
sucrière s’avère devenue compétitive, la compétitivité effective du segment industriel, et compte tenu des
distorsions importantes sur le marché mondial, est difficile à évaluer.
L’analyse de la valorisation des ressources (capital, emploi et eau) montre que les cultures sucrières, et plus
particulièrement la betterave, valorisent relativement mieux les ressources capital et travail que la plupart des
cultures non horticoles. Cependant, la valorisation de l'eau d'irrigation reste faible pour la betterave (hormis la
betterave dans les Doukkala). Mais la tendance technologique laisse prévoir des possibilités d'amélioration
substantielles.
La politique de sécurité alimentaire en matière de sucre s’est avérée efficace puisqu’elle a permis de mettre en
place une production nationale compétitive et qui valorise bien les ressources. Les distorsions introduites par les
interventions de l’Etat ont donné le temps aux agriculteurs pour améliorer leur technicité et devenir ainsi
compétitifs dans un contexte de marché international marqué par des distorsions importantes. Finalement, une
politique de sécurité alimentaire n’est nullement contradictoire avec une politique de valorisation des ressources
à condition que lorsque les filières de production deviennent compétitives, il faut laisser la place aux mécanismes
du marché.
Mots clés : Sucre, sécurité alimentaire, consommation, volatilité des prix, analyse économique, politique des
prix et des interventions de l’Etat, compétitivité, avantage comparatif, valorisation des ressources, politique
agricole, Maroc.
vi
Latifa REDANI. (2014). Competitiveness, resource efficiency and food security objectives for sugar subsector
in Morocco (PhD thesis). University of Liege – Gembloux Agro-Bio Tech, Belgium, 137 p., 53 tabl., 4 fig., 58
graphs.
SUMMARY
The general objective of this work is to examine the coherence between food security policies and economic
efficiency and valuation of resources policies for the sugar sub-sector in Morocco. A food security policy implies
state intervention and thus leads implicitly to market distortions, while a resource valuation policy would imply a
free market.
To address this issue, I will firstly adopt an approach that involves a sugar market analysis (measuring
determinants of demand and changes in international prices against their impact on food security). Then, an
economic analysis which attempts at assessing the competitiveness of the various segments of the sugar sub-
sector will be undertaken. Finally, an analysis of the relative valuation of resources (capital, labor and irrigation
water) by sugar crops compared to different irrigated crops will be led, in order to determine their private and
social returns on.
The analysis of demand during the period between 2000 and 2010 shows that the trend of domestic consumption
witnessed major increases, which lead to the enhancement of food insecurity for sugar in the future. The analysis
of volatility of world sugar prices from 1960 to 2010, through the decomposition method of time series, allows
the isolation of an accidental effect, which reflects variability due neither to seasonal effects nor to trend. This
accidental effect is mainly marked during three periods: 1973-1975, 1980-1981 and 2009-2010. In terms of food
security, these fluctuations in world sugar prices have no impact on household access to sugar, yet they have a
significant impact on state budget. Any variation in prices in the international market is absorbed by the
compensation system since prices are regulated by this system.
The food safety policy conducted during the sixties and seventies have mitigated the country's dependence on
imports and thus reduce the impact of world sugar price fluctuations. However, this policy has often been
criticized in terms of market efficiency and valuation of resources.
The economic analysis of the sugar sub-sector in Morocco shows that the different segments of the value chain
don’t enjoy the same level of protection. If the production segment of sugar beet doesn’t receive any protection,
the processing segment of raw sugar will remain protected. However, the level of this protection has generally
declined during the post structural adjustment period.
In terms of competitiveness, while the sugar beet crop becomes competitive, the effective competitiveness of the
industrial segment, and given the significant distortions in the world market, is difficult to assess.
The analysis of the valuation of resources (capital, labor and water) shows that sugar crops, especially sugar
beets, value relatively better capital resources and labor than most horticultural crops. They occupy an important
position in terms of employment and value added created per hectare. However, the valuation of irrigation water
remains low for sugar beet (excluding the region of Doukkala). But the technology trend shows substantial
opportunities for improvement.
Food security policy for sugar has been efficient since it helped establish a competitive national production
which is generally able to value resources better. The distortions introduced by state intervention gave the time
to farmers to improve their technical skills and to become competitive in the framework of international market,
marked as it was by significant distortions. Finally, a food security policy is in no way inconsistent with a policy
of valuation of resources on the condition that when the sub-sector becomes competitive, a way to market
mechanisms must be given.
Keywords: sugar, food security, consumption, price volatility, economic analysis, price policy and state
intervention, competitiveness, comparative advantage, resources efficiency, agricultural policy, Morocco.
vii
ABREVIATIONS
ADA : Agence de Développement Agricole
AFD : Agence Française de Développement
AGR : Administration de Génie Rural (MAPM)
BAM : Banque Al-Maghrib (Banque du Maroc)
BM : Banque Mondiale
CAF : Coût et frêt
CI : Consommations Intermédiaires
CIA : Code des Investissements Agricoles
CTB/BTC : Coopération Technique Belge
$: Dollar
Dh : Dirham marocain
DPA : Direction Provinciale de l’Agriculture
DPAE : Direction de la Programmation et des Affaires Economiques (MAPM)
DPV : Direction de la production végétale (MAPM)
DRA : Direction Régionale de l’Agriculture
DSS : Direction de la stratégie et des Statistiques (MAPM)
ENCDM : Enquête Nationale de Consommation et des Dépenses des Ménages
ENNVM : Enquête Nationale Niveau de Vie des Ménages
FAO : Organisation des Nations Unies pour l'Agriculture et l'Alimentation
FDA : Fonds de Développement Agricole
FIDA : Fonds International de Développement Agricole
FIMASUCRE : Fédération Interprofessionnelle Marocaine du Sucre
FMI : Fonds Monétaire International
FNBT : Farine Nationale de Blé Tendre
HA : Hectare
HCP : Haut-Commissariat au Plan
HL : Hectolitre
HT : Hors Taxes
HTVA : Hors Taxe sur la Valeur Ajoutée
INRA: Institut National de Recherche Agronomique
IPC : Indice des Prix à la Consommation
IPM : Indice des Prix à l’Importation
ISO : International Sugar Organization – Conseil international du sucre.
J: Jour
Kcal : Kilocalorie
Kg : Kilogramme
L: Litre
MAEG : Ministère des Affaires Economiques et Générales
viii
MAPM : Ministère de l’Agriculture et de la Pêche Maritime
MCI : Ministère du Commerce et de l’Industrie
MDh : Millions de dirhams
M3 : Mètres cubes
OC : Office de Changes
OCM : Organisation Commune de Marché
OMC : Organisation Mondiale du Commerce
OMD : Objectifs du Millénaire pour le Développement
ONICL : Office National Interprofessionnel des Céréales et des Légumineuses
ORMVA : Office Régional de Mise en Valeur Agricole
PAM : Programme Alimentaire Mondial
PAR: Plan Agricole Régional
PAS : Programme d’Ajustement Structurel
PASA : Programme d’Ajustement Structurel Agricole
PIB : Produit Intérieur Brut
PIBA : Produit Intérieur Brut Agricole
PMV : Plan Maroc Vert
PNB : Produit National Brut
PNI : Programme National d’Irrigation
PROGRESA : Programa de Educacion, Salud y Alimentacion
Ql/Qx : Quintal/Quintaux
R: Taux d’Intérêt réel
RAMED : Régime d’Assurance Médicale aux Economiquement Démunis
R&D : Recherche et Développement
RGA : Recensement Général de l’Agriculture
RGPH : Recensement Général de la Population et de l’Habitat
SMAG : Salaire Minimum Agricole
SMIG : Salaire Minimum Industriel Général
T: Tonne
TCO : Taux de Change Officiel
TCR : Taux de Change Réel
TTC : Toutes Taxes Comprises
UE : Union Européenne
ULg : Université de Liège
UMA : Union du Maghreb Arabe
USD : Dollar des Etats-Unis
VAB : Valeur Ajoutée Brute
WABCG : World Association of Beet and Cane Growers
ix
TABLE DES MATIERES
RESUME............................................................................................................................vi
SUMMARY ....................................................................................................................... vii
ABREVIATIONS................................................................................................................ viii
TABLE DES MATIERES .........................................................................................................x
LISTE DES TABLEAUX ....................................................................................................... xiv
LISTE DES GRAPHIQUES .................................................................................................... xv
LISTE DES FIGURES .......................................................................................................... xvi
INTRODUCTION GENERALE ........................................................................................... - 1 -
1. Contexte général de la recherche ............................................................................................... - 1 -
2. Problématique de l’étude ........................................................................................................... - 3 -
3. Objectifs de l’étude ..................................................................................................................... - 3 -
4. Organisation du document ......................................................................................................... - 5 -
xi
3.1. Prix de référence des cultures sucrières .......................................................................... - 74 -
3.2. Prix du sucre à la consommation ..................................................................................... - 74 -
Section III. Mécanisme de stabilisation des prix intérieurs à travers le système de compensation et
conséquences budgétaires ...................................................................................................................... - 76 -
1. Stabilité des prix et charge de compensation du sucre au Maroc ............................................ - 76 -
2. Coût budgétaire de la compensation du sucre et son impact................................................... - 77 -
3. Critiques du système de compensation au Maroc, sa réforme en cours et comparaisons
internationales .................................................................................................................................... - 80 -
3.1. Critiques du système de compensation ........................................................................... - 80 -
3.2. Réforme du système de compensation au Maroc ........................................................... - 80 -
3.3. Expériences internationales de réforme du système de compensation ......................... - 80 -
xiii
LISTE DES TABLEAUX
Tableau 1 : Production et consommation nationales de sucre en 2013 en 1000 T .......................................... - 2 -
Tableau 2 : Besoins en eau pour quelques produits agricoles ........................................................................ - 16 -
Tableau 3 : Sources de données ....................................................................................................................... - 26 -
Tableau 4 : Structure de la MAP ...................................................................................................................... - 33 -
Tableau 5 : Indicateurs calculés à partir de la MAP ........................................................................................ - 34 -
Tableau 6 : Synthèse des indicateurs de protection et d’avantage comparatif ............................................. - 35 -
Tableau 7 : Bilan ressources-emplois du sucre au niveau mondial (millions de tonnes)................................ - 44 -
Tableau 8 : Principaux pays importateurs et exportateurs de sucre (moyenne de la période 2007-08 à 2010-
11, en % du total mondial) ............................................................................................................................... - 47 -
Tableau 9 : Indice des prix des denrées alimentaires (base 100 en 2000) ...................................................... - 49 -
Tableau 10 : Production de biocarburants (millions de litres) ........................................................................ - 50 -
Tableau 11 : Secteur du sucre dans l’UE avant et après la réforme................................................................ - 54 -
Tableau 12 : Evolution de la production nationale de sucre raffiné (en milliers de tonnes) .......................... - 65 -
Tableau 13: Intervention de l’Etat dans le secteur sucrier durant la phase avant le PAS .............................. - 69 -
Tableau 14 : Mise en application du programme d’ajustement structurel pour le secteur sucrier ............... - 72 -
Tableau 15: Mesures prises lors de la libéralisation du secteur sucrier en 1996 ............................................ - 72 -
Tableau 16 : Système de protection en vigueur pour le sucre ........................................................................ - 73 -
Tableau 17 : Evolution du prix de référence des cultures sucrières (en Dh/T) ................................................ - 74 -
Tableau 18 : Prix du sucre sortie usine en Dh/T .............................................................................................. - 75 -
Tableau 19 : Estimation des prix de vente du sucre à la consommation en Dh/kg ........................................ - 75 -
Tableau 20 : Evolution des importations, du prix moyen rendu raffinerie et de la facture des importations du
sucre .................................................................................................................................................................. - 77 -
Tableau 21 : Evolution de la charge de compensation entre 2009 et 2011 .................................................. - 78 -
Tableau 22 : Distribution des avantages tirés de la subvention du sucre .................................................... - 79 -
Tableau 23 : Benchmark de quelques expériences internationales pour la réforme des subventions .......... - 82 -
Tableau 24 : Tableau récapitulatif des formes fonctionnelles retenues pour la consommation du sucre .... - 88 -
Tableau 25 : Equations retenues dans l’étude « The world sugar economy » ............................................. - 90 -
Tableau 26 : Equations retenues par le travail de l’Agroconcept ................................................................ - 91 -
Tableau 27 : Calcul de l’élasticité-prix propre pour la consommation totale et per capita du sucre ............ - 92 -
Tableau 28 : Calcul de l’élasticité-prix croisée pour la consommation totale et per capita du sucre ........... - 92 -
Tableau 29 : Calcul de l’élasticité-revenus de la consommation totale et per capita du sucre ..................... - 93 -
Tableau 30 : Taux de change nominal et réel au Maroc entre 1996 et 2007 ............................................... - 104 -
Tableau 31 : Estimation du prix économique de la betterave sortie ferme (Dh/T) ...................................... - 104 -
Tableau 32 : Tableau synthétique des coefficients de décomposition des coûts des intrants et du machinisme
agricole ........................................................................................................................................................... - 106 -
Tableau 33 : Structure du prix du gasoil en Dh/HL (2008/09) ....................................................................... - 107 -
Tableau 34 : Coefficients de décomposition du coût du gasoil ..................................................................... - 108 -
Tableau 35 : Coefficient de décomposition du coût du tracteur ................................................................... - 109 -
Tableau 36 : Calcul du coût horaire financier d’un tracteur d’une puissance de 65 CV en Dh/Heure ......... - 110 -
Tableau 37 : Calcul du coût horaire économique du tracteur de 65 CV Dh/Heure ....................................... - 111 -
Tableau 38 : Coût financier horaire du machinisme agricole en Dh/Heure.................................................. - 112 -
Tableau 39 : Coût économique horaire du machinisme agricole en Dh/Heure ............................................ - 112 -
Tableau 40 : Les prix de revient, les coûts des échangeables et des non échangeables, en termes économiques
et financiers en Dh/ha et en Dh/T de betteraves en 2008/09 ...................................................................... - 113 -
Tableau 41 : Structure moyenne des charges de production de la betterave pour 2008/09 en Dh/Ha ...... - 114 -
Tableau 42 : Les coûts totaux, échangeables et non échangeables, en termes économiques et financiers en
Dh/Ha pour la betterave à sucre en 2008/09 ................................................................................................ - 115 -
Tableau 43 : Estimation des marges financières moyennes et par région en 2008/09 ................................ - 116 -
Tableau 44 : Estimation des marges économiques moyennes3 et par région en 2008/09 .......................... - 116 -
Tableau 45 : Matrice des Analyses des Politiques pour la betterave à sucre en Dh/Ha (moyenne nationale,
campagne 2008-2009) .................................................................................................................................... - 117 -
Tableau 46 : Matrice des Analyses des Politiques pour la betterave en Dh/Tonne (moyenne nationale,
campagne 2008-2009) .................................................................................................................................... - 117 -
Tableau 47 : Principaux postes de charges, en termes financiers et économiques et de transferts ............ - 118 -
Tableau 48 : Protections et compétitivités de la betterave à sucre .............................................................. - 119 -
Tableau 49 : Coefficients de protections et d’avantage comparatif de la betterave sucrière (2007/2008) - 120 -
xiv
Tableau 50 : Protections et compétitivités des Cultures Sucrières................................................................ - 120 -
Tableau 51 : Coefficient de protection effective (CPE) et des ressources intérieures (CRI) de la production de
canne, de betterave, de blé tendre et de navel ............................................................................................. - 120 -
Tableau 52 : Coefficients de protection nominale pour le sucre brut au Maroc (port d’entrée Casablanca) - 121
-
Tableau 53 : Consommation en eau et produit brut de la betterave au Loukkos ........................................ - 136 -
xvi
INTRODUCTION GENERALE
-1-
importante dans les dépenses de consommation des ménages les plus démunis, ont continué à
faire objet d’une politique de sécurité alimentaire. Il s’agit du blé tendre et du sucre.
Concernant la filière sucrière, si elle a connu toutes les réformes d'ordre général du PASA
appliquées à l'ensemble du secteur agricole, sa libéralisation totale s'est heurtée à ses
spécificités, en particulier, au fait que le sucre constitue un produit de consommation de
masse et que l’industrie de transformation était jusqu’en 2006 un monopole étatique. La
privatisation de l’industrie sucrière ne s’est pas accompagnée d’une libéralisation des prix à
l’amont comme à l’aval de la filière. La libéralisation des prix du sucre est restée inachevée
puisque le prix à la consommation est réglementé et maintenu bas grâce à la subvention mise
en place par l'Etat. Ce système se traduit par la nécessité d’une intervention de l’Etat dans la
fixation des prix à la consommation.
En 2006, l’échec des négociations de Doha, qui visait la libéralisation des échanges, suivi par
la flambée des cours mondiaux du sucre ont conduit les gouvernements à revoir leur politique
de libéralisation. Le terme souveraineté alimentaire est alors adopté. La souveraineté
alimentaire est présentée alors comme un droit international qui laisse la possibilité aux
populations, aux Etats ou aux groupes d'Etats de mettre en place les politiques agricoles les
mieux adaptées à leurs populations. La souveraineté alimentaire est donc une rupture par
rapport à l'organisation actuelle des marchés agricoles mise en œuvre par l'OMC.
Au Maroc, ceci s’est manifesté par l’orientation de développer les filières et la production des
produits de base au niveau national dont le sucre. En effet, à partir de 2009, un contrat-
programme sucre est entré en vigueur. Il a été ratifié en avril 2008 entre le gouvernement
marocain et la Fédération Interprofessionnelle Marocaine du Sucre (FIMASUCRE) pour la
période 2008-2013. Il vise à :
- Assurer la sécurité alimentaire du pays en sucre ;
- Développer la filière sucrière (cultures sucrières et sucre) et accroître sa compétitivité ;
- Réduire les coûts de la filière pour l’Etat, le consommateur, les acteurs industriels et les
agriculteurs.
Des subventions sont alors accordées à la filière dans le cadre de fonds de développement
agricole pour le matériel agricole (récolteuses de betterave, tracteur, cover-crop, système
d’irrigation goutte à goutte…). L’industriel devient également un agrégateur de la production
des cultures sucrières…
Actuellement, les cultures sucrières occupent une superficie globale de près de 60.400
hectares, dont (52.400 ha pour la betterave sucrière et 8.000 ha pour la canne à sucre (chiffres
de 2014). Le nombre global des exploitations agricoles concernées est estimé à 80.000, soit
une superficie moyenne de moins d'un hectare par exploitation agricole. En outre, les cultures
sucrières fournissent l'équivalent de 9 millions de journées de travail saisonnier par an dans
l'agriculture et 3000 emplois permanents par an dans l'agro-industrie.
-2-
2. Problématique de l’étude
La question alimentaire est une question centrale de la stabilité sociale et politique dans les
pays. Pour assurer la sécurité alimentaire en un produit, les Etats adoptent des politiques qui
diffèrent d’un pays à l’autre et d’un produit à l’autre (politique des prix, politique de revenus,
etc.).
La présente étude analyse le cas de la filière sucrière au Maroc pour laquelle l’Etat a eu
recours, entre autres, à la politique des prix pour assurer cette sécurité alimentaire. En effet,
les prix à la consommation du sucre sont réglementés et subventionnés, bien que la filière soit
libéralisée depuis 1996. Ce système se traduit par la nécessité d’une intervention de l’Etat
dans la fixation des prix à la consommation (prix sortie usine) et par l’octroi d’une
compensation à l’industrie du sucre.
En outre, compte tenu des hausses des cours mondiaux du sucre, l’Etat a recours à une
seconde subvention à l’importation. Comme conséquence à ceci, la charge de compensation
devient importante surtout avec l’augmentation des importations.
C’est dans ce contexte qu’il est important de s’interroger sur la cohérence des politiques de
sécurité alimentaire avec les politiques d’efficacité économique et de valorisation des
ressources.
Cette question de recherche sera analysée dans sa dimension agricole. C’est dans ce sens,
qu’on s’intéressera aux gains en productivité et en compétitivité au niveau de la filière. Ces
objectifs à atteindre supposent que les cultures sucrières sont suffisamment rentables pour le
producteur et assez attractives en comparaison aux autres cultures. En outre, d’un point de vue
de l’Etat, cela suppose que ces cultures dégagent suffisamment de valeur ajoutée, créent de
l’emploi et valorisent bien les ressources.
Une interrogation qui semble implicite est : dans quelle mesure peut-on réconcilier la
politique de sécurité alimentaire pour le sucre avec une politique de valorisation des
ressources ? Et quelle cohérence faut-il adopter au niveau des politiques pour avoir une filière
sucrière viable à long terme ?
3. Objectifs de l’étude
L’objectif général de la présente thèse est de démontrer pour le cas de la filière sucrière au
Maroc, si on peut réconcilier une politique de sécurité alimentaire, qui sous-entend une
intervention de l’Etat et donc, implicitement, des distorsions de marché, avec une politique de
valorisation des ressources, qui, elle, sous-entend un marché libre et d’efficience
économique.
En effet, souvent les économistes voient qu’une politique de sécurité alimentaire et une
politique de valorisation des ressources sont contradictoires. En effet, une politique de
valorisation des ressources implique d’opérer dans un marché libre et dans un cadre de
recherche de l’efficience économique. Or, dans le cas du sucre, et suite à la politique de
sécurité alimentaire adoptée par l’Etat, l’Etat intervient dans la fixation du prix au
consommateur et ceci se traduit en général par des distorsions qui biaisent le marché et ne
favorisent pas l’efficience économique.
Contrairement aux travaux précédents ayant traité de ces deux questions séparément,
l’hypothèse sous-jacente est qu’une politique de sécurité alimentaire n’est pas nécessairement
-3-
incohérente avec une politique visant la valorisation des ressources. Selon les spécificités
d’une filière donnée, une intervention de l’Etat visant une sécurité alimentaire peut conduire à
une amélioration de la productivité et de la compétitivité de la filière en question et entrainer à
terme une meilleure valorisation des ressources, plus particulièrement les ressources en eau
d’irrigation.
En vue de répondre à notre question de recherche, les objectifs spécifiques de la thèse peuvent
être déclinés comme suit :
- Quels sont les principaux déterminants affectant la consommation du sucre au Maroc ?
Et ont-ils un impact sur la sécurité alimentaire de ce produit ? Comment peuvent-ils
influencer dans le futur cette sécurité alimentaire ?
- Peut-on qualifier la récente évolution des cours mondiaux du sucre, de « volatile » ?
A-t-elle eu des impacts négatifs sur le budget de la caisse de compensation ? Et sur la
sécurité alimentaire de ce produit pour le consommateur marocain ?
- Est-ce que les cultures sucrières sont protégées ?
- Est-ce que la politique actuelle adoptée par l’Etat continue de subventionner la filière
ou la taxe-t-elle ? Cette politique adoptée concorde-t-elle avec l’objectif déclaré de
sécurité alimentaire ?
- Les cultures sucrières sont-elles compétitives ? Sont-elles suffisamment attractives et
rentables comparativement aux autres cultures pratiquées au niveau des mêmes
périmètres irrigués ?
- Les cultures sucrières valorisent-elles bien ou mal les ressources : capital, emploi et
eau ?
En vue de traiter de cette problématique, l’approche suivie a consisté en :
‐ Une analyse du marché du sucre au Maroc, en vue de caractériser les déterminants de
la demande ainsi que l’évolution des cours mondiaux et leur impact sur la sécurité
alimentaire en cette denrée.
‐ Une analyse économique dans l’objectif d’évaluer la protection et la compétitivité des
différents segments de la filière sucre (segment production primaire et segment
transformation).
La démarche adoptée au niveau de cet aspect s’articule autour des trois points
suivants :
Présenter les résultats de la Matrice des Analyses des Politiques MAP et leurs
interprétations.
Evaluer les coefficients de protection.
Mesurer l’avantage comparatif à travers le calcul du Coût en Ressources
Intérieures (CRI) et déterminer la compétitivité de chaque tronçon de la filière.
‐ Une analyse de la valorisation relative par les cultures sucrières des ressources
(capital, travail et eau d’irrigation) en comparaison aux différentes cultures irriguées
en vue de déterminer leurs rentabilités relatives. Il s’agit en fait de :
Quantifier la rentabilité et les marges brutes dégagées par culture, au niveau de
chaque périmètre irrigué des cinq régions, et consolider ce résultat au niveau
national et conclure si ces cultures sucrières sont attractives pour l’agriculteur
en comparaison avec les autres cultures.
Estimer la valorisation des ressources eau, capital et emploi par les cultures
sucrières mais également par les autres cultures existantes au niveau des
périmètres irrigués
-4-
4. Organisation du document
Le présent document s’articule autour de trois parties distinctes, outre l’introduction et les
conclusions générales et recommandations.
1. La première partie a pour objectif :
- de présenter, en général, la politique de sécurité alimentaire et de valorisation des
ressources au Maroc avant de traiter de la situation de la sécurité alimentaire pour le
cas particulier du sucre au Maroc et des principaux facteurs l’affectant,
- de présenter le cadre conceptuel et la méthodologie d’approche pour l’analyse de la
filière sucrière au Maroc.
Cette partie est ainsi organisée en deux chapitres :
- un premier chapitre présente la politique de sécurité alimentaire et de valorisation des
ressources au Maroc avec un zoom sur le cas particulier du sucre,
- un second chapitre présente le cadre conceptuel et la méthodologie d’approche pour
l’analyse de la filière sucrière au Maroc.
2. La deuxième partie de la thèse présente le contexte général et historique des filières
sucrières. Cette partie est composée de deux chapitres :
- un premier chapitre traite du contexte des filières sucrières au niveau international avec
un zoom sur la volatilité des cours mondiaux du sucre et sur les politiques adoptées au
niveau des principaux pays producteurs avec un benchmark avec ces pays,
- un deuxième chapitre s’attarde sur le contexte de la filière sucrière au Maroc.
3. La troisième partie va présenter les résultats de l’analyse des aspects traités. Elle est
structurée en trois chapitres :
- Analyse des marchés dans laquelle les résultats présentés vont concerner :
l’analyse de la consommation du sucre,
l’analyse de la volatilité des cours mondiaux du sucre.
- Analyse économique qui va présenter :
la mise en application de la méthode,
la présentation et l’interprétation des résultats (MAP, coefficients de protection
et d’avantage comparatif).
- Valorisation des ressources et compétitivité comparée des cultures irriguées qui
visent à :
quantifier la rentabilité et les marges brutes dégagées par culture, au niveau de
chaque périmètre irrigué des cinq régions, et consolider ce résultat au niveau
national et conclure sur la rentabilité relative des cultures sucrières en
comparaison avec les autres cultures,
estimer la valorisation des ressources eau, capital et emploi par les cultures
sucrières, mais également par les autres cultures existantes au niveau des
périmètres irrigués.
-5-
-6-
PREMIERE PARTIE : PROBLEMATIQUE ET APPROCHE
METHODOLOGIQUE
INTRODUCTION
Cette première partie comprend deux chapitres structurés en sections.
Le chapitre I traite de la politique de sécurité alimentaire et de valorisation des ressources en
général avant de focaliser sur la question de la sécurité alimentaire pour le cas particulier de la
filière sucrière au Maroc.
Le chapitre II présente l’approche méthodologique adoptée au niveau de l’étude. Il est
structuré en deux sections :
La section I présentera la méthode d’analyse des marchés. A ce niveau, deux
aspects seront traités :
‐ l’analyse de la consommation du sucre et de la tendance de son
évolution;
‐ l’analyse de la volatilité du prix mondial du sucre,
La section II traitera de la méthode d’analyse économique dans laquelle on
s’attardera également sur deux aspects :
‐ l’analyse de la compétitivité et de la politique des prix et des
interventions de l’Etat dans la filière ;
‐ la valorisation des ressources par les cultures sucrières et la
rentabilité relative.
-7-
-8-
CHAPITRE 1 : PROBLEMATIQUE - POLITIQUE DE LA SECURITE
ALIMENTAIRE ET DE LA VALORISATION DES RESSOURCES AU MAROC
1
Option citée par la FAO. ; 2001. Les Négociations Commerciales Multilatérales sur l'Agriculture - Manuel de
Référence - II - L'Accord sur l'Agriculture.
2
Option citée dans B. Duquesne., D. Muteba., et Ph. Lebailly.; 2010. Les enjeux de la sécurité alimentaire en RD
ème
Congo : approche par l’analyse de la consommation alimentaire des ménages kinois. XXVI Journées
scientifiques ATM-BETA 2010. Crises et soutenabilité du développement, Université de Strasbourg.
-9-
est le pouvoir d’achat. De même, le pouvoir d’achat au niveau national - à savoir le montant
de devises disponibles pour payer les importations alimentaires nécessaires - est un facteur
déterminant de la sécurité alimentaire nationale ».
« Le commerce est la composante essentielle de toute stratégie de sécurité alimentaire fondée
sur l’autosubsistance. Il contribue de différentes manières à la sécurité alimentaire: en
augmentant les disponibilités intérieures de façon à permettre de satisfaire les besoins de
consommation; en réduisant la variabilité de l’offre (mais pas nécessairement l’instabilité des
prix); en favorisant la croissance économique; en employant de manière plus efficace les
ressources mondiales; et en favorisant le développement de la production mondiale dans les
régions les mieux adaptées. Mais la dépendance à l’égard du commerce peut aussi comporter
certains risques, compte tenu notamment de l’incertitude des approvisionnements et de
l’instabilité des prix sur les marchés mondiaux »
Selon la FAO, la notion d’autosubsistance alimentaire prend en compte les possibilités
qu’offre le commerce international. Elle suppose de maintenir un certain niveau de production
intérieure et de créer la capacité d’importer si nécessaire depuis le marché international. Il est
plus rationnel du point de vue économique de suivre une politique d’autosubsistance
alimentaire, plutôt que d’autosuffisance. Cependant, l’adoption d’une telle stratégie dépend de
deux conditions importantes. La première tient à la capacité d’importation, en vertu de
laquelle les pays en développement peuvent produire d’autres biens et services et se procurer,
grâce au commerce, les devises dont ils ont besoin pour importer des produits alimentaires. La
deuxième est la fiabilité du marché mondial comme source d’approvisionnements
alimentaires à des prix abordables.
3
Option citée par Driouchi A.; 1995. Principaux volets des politiques agricoles au Maroc. Options
Méditerranéennes, Série B / n°14. CIHEAM.
- 10 -
commerce extérieur a été libéralisé avec, toutefois, l’instauration d’un droit de douane. Les
subventions à la consommation et aux inputs agricoles ont été progressivement supprimées
pour aligner les prix internes sur les prix d’importation. Cependant, la réglementation des prix
de certains produits de base, dont le sucre, a été maintenue jusqu’à présent.
La mise en application de ces réformes a été consolidée par l'adhésion du Maroc au GATT,
par l’instauration d’une zone arabe de libre-échange en 19984, par l’entrée en vigueur de
l'accord d’association entre le Maroc et l'Union Européenne en 2000 (accord qui prévoit
l'instauration progressive d'une zone de libre-échange industriel à l'horizon 2012 et une
libéralisation progressive des échanges agricoles) et par la mise en place de l’accord de libre-
échange avec les Etats-Unis en 2005. Parallèlement au Sommet de Doha (2001), le Maroc a
réaffirmé son attachement au système commercial multilatéral et à la libéralisation des
échanges.
4
Option citée par H. Aït Amara.; Réforme des politiques agricoles et sécurité alimentaire : le cas des pays
maghrébins. CIHEAM/IAM, Montpellier (France).
5
FAO. ; 2001. Les négociations commerciales multilatérales sur l'Agriculture, Manuel de Référence II, L'Accord
sur l'Agriculture, chapitre 10.
http://www.fao.org/docrep/003/X7353F/x7353f00.htm#Contents. Dernière date de consultation, mars 2013.
6
Peter Timmer.; 1986. Getting prices right : the scope and limits of agricultural prices policy et Tsakok Isabelle.,
1990. Agricultural Price Policy : A Practitioner’s Guide to Partial Equilibrium Analysis.
17
Banque Mondiale., 1986. Rapport Pauvreté et Faim.
- 11 -
Selon IFPRI, parmi les initiatives que les gouvernements et les institutions doivent
rapidement mettre en œuvre pour assurer la sécurité alimentaire et éviter les crises
alimentaires, on note :
1. La protection sociale, en particulier les filets sociaux de sécurité, pour les groupes les plus
vulnérables ;
2. Des politiques et des investissements visant à promouvoir la croissance agricole, en
particulier la productivité des petits exploitants face au changement climatique8.
Le Fonds international de développement agricole (FIDA) a fixé lors de la cérémonie
d’ouverture de la trente-sixième session du Conseil des gouverneurs du FIDA à Rome, ses
priorités pour assurer la sécurité alimentaire, sur le développement rural et le soutien aux
femmes.
Pour la FAO9, l’investissement dans l’agriculture est l’une des stratégies les plus efficaces
pour promouvoir la croissance agricole et réduire la pauvreté et la faim. L’essentiel de cet
investissement sera du ressort du secteur privé, mais l’investissement public aura un rôle de
catalyseur à jouer en finançant les biens publics que le secteur privé ne prendra pas à sa
charge.
Les investissements dans des biens publics comme la recherche agricole vouée à
l’amélioration de la productivité, les routes rurales, l’éducation, l'accès à l'eau potable et à
l'assainissement et aux services de santé ont des retombées plus positives pour la société que
les subventions encourageant l’utilisation d’engrais, par exemple, car celles-ci sont souvent
monopolisées par les élites rurales.
Les investissements dans la recherche-développement, le transfert de technologies et les
services de vulgarisation, en particulier dans les pays en développement, pourraient stimuler
fortement la productivité et la production10.
8
Shenggen F., Maximo T., & Derek H., 2011. Urgent actions needed to prevent recurring food crises.
International Food Policy Research Institute (IFPRI), séries n°16.
9
FAO., 2012. La situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture 2012.
10
OCDE., la hausse des prix alimentaires : causes et conséquences.
11
IAN M.D Little., et James A.Mirrlees A., 1969. L’analyse coûts-avantages du point de vue de la collectivité.
Manuel d’analyse des projets industriels dans les pays en voie de développement : Volume II. OCDE, Paris.
- 12 -
2.1. Politique de l’eau d’irrigation au Maroc12
D’après FAO AQUASTAT, le potentiel des terres irrigables au Maroc s’élève à 1,66 million
ha dont 1,36 million ha d’irrigation pérenne et 300 milliers d’hectares d’irrigation saisonnière
et d’épandage des eaux de crue.
Bien que n’occupant que 16% de la superficie cultivée au Maroc, l’agriculture irriguée
participe à presque 81% du volume total de la production agricole, toutes cultures
confondues, crée 33% de l’emploi en milieu rural, contribue pour 45% de la valeur ajoutée de
l’ensemble du secteur agricole et intervient pour 75 % des exportations agricoles. Cependant,
elle consomme 85% des ressources en eau mobilisées et détériore la qualité de la ressource à
travers la lixiviation de nitrates et de produits phytosanitaires (FAO, 2005). Cette demande en
eau pour l’irrigation ne fera qu’augmenter puisqu’elle constituerait, en 2020, plus de 90 % de
la demande totale.
Depuis le milieu des années 60 et durant une vingtaine d’années, les plans de développement
qui se sont succédé au Maroc ont réservé la part la plus importante de leurs dépenses
d’investissement aux projets hydroagricoles, pour l’essentiel de grande hydraulique, à savoir,
en moyenne, entre le tiers et le quart des investissements publics et entre la moitié et les deux
tiers de ceux destinés à l’agriculture.
En effet, les investissements publics agricoles ont été en grande partie orientés vers le
développement de l'infrastructure d'irrigation (El Khyari, 1987 ; Ezzaki, 1981) durant les
années 1960, 1970 et 1980. Cette politique dynamique et forte du Maroc en matière de
mobilisation des ressources en eau depuis l’indépendance s’est manifestée au niveau du :
- développement des grands périmètres couvrant neuf grandes régions ainsi que la moyenne
et petite irrigation sur plusieurs zones du territoire marocain. L'équipement et
l'aménagement des périmètres de la grande hydraulique ont été entièrement financés par le
budget de l'Etat, bien qu'il fût prévu une participation des bénéficiaires à hauteur de 40%
du coût d'investissement. Le recouvrement de cette participation n'a guère dépassé les
50% dans les meilleurs des cas.
- développement d’un patrimoine hydrique de plus de 113 barrages, grands à moyens, d’une
capacité de stockage de 15,8 milliards de m3 permettant de fournir, sur une année, près de
10 milliards de m3 d’eaux superficielles régularisées, en moyenne.
- développement d’une importante infrastructure de mobilisation des ressources en eau
souterraine (forage et puits) permettant d’exploiter annuellement près de 2,7 milliards de
m3. Sur les 20 milliards de m3 d’eaux mobilisables, 13,7 milliards sont actuellement
exploités, soit un niveau de mobilisation de l’ordre de 68% (Bzioui, 2004).
Cet effort financier consenti par l’Etat se faisait dans l’objectif d’atteindre un million
d’hectares irrigués en l’an 2000. Fin 2007, les efforts déployés ont permis l’aménagement
d’une superficie totale de 1458160 ha, dont 1016730 aménagés en réseaux collectifs
d’irrigation par les soins de l’Etat et 441.430 aménagés sous forme d’irrigation individuelle
par l’initiative privée.
Cette superficie irriguée représente aujourd’hui 16,7% de la superficie agricole utile du pays :
l’irrigation de surface prédomine avec 80 % des superficies totales aménagées, l’aspersion
s’étend sur 9 % et l’irrigation localisée sur 11% des superficies.
12
Plan Bleu., 2007. Gestion de la demande en eau en Méditerranée : progrès et politiques. Saragosse.
- 13 -
Au milieu des années 1980, un important programme d'amélioration des performances du
secteur de la grande irrigation a été engagé par les pouvoirs publics. Ce programme, qui vise
l'amélioration de la rentabilité des investissements consentis en matière d'aménagement
hydro-agricole ainsi que la rationalisation de la gestion des périmètres de la grande irrigation,
a été mis en œuvre à travers deux projets intégrant, en plus des investissements physiques, des
mesures d'ajustement institutionnel, dont notamment l’amélioration des conditions de gestion
des ORMVA (PAGI.1- 1986-92, PAGI.2-1993-2000).
Néanmoins, avec ces deux programmes, les taux de recouvrement des redevances en eau des
agriculteurs, bien qu'ils aient connu une amélioration nette, se situaient encore entre 50% et
80% et le potentiel irrigable avec les barrages existants dépassait les terres effectivement
équipées et irriguées. Ce qui entraînait des gaspillages au niveau de l’utilisation de l’eau et
des terres irriguées.
C’est à partir des années 1980, que l’Etat a accordé un intérêt grandissant à la PMH. Dans ces
périmètres de la PMH, l’Etat a privilégié une politique de transfert de la gestion des réseaux
d’irrigation aux associations des usagers des eaux agricoles. A partir de 2001, une nouvelle
génération de projets de développement intégré, centrés sur la PMH, a été initiée à travers le
programme DRI-PMH.
La première phase de ce projet DRI-PMH, réalisée entre 2001 et 2006, portait sur la
réhabilitation de 9.500 ha, le réajustement des tarifs de l’eau d’irrigation comme levier pour
promouvoir un usage efficient, et sur les incitations financières comme levier pour encourager
les agriculteurs à adopter les techniques d’irrigation économes en eau.
En 2007, les pouvoirs publics ont adopté un programme volontariste d’économie d’eau
(Programme National d’Economie d’Eau en Irrigation ou PNEEI). Le PNEEI visait la
reconversion à l’irrigation localisée de près de 550.000 ha en 15 ans, des économies d’eau,
allant de 20 à 50 %, par la réduction des pertes techniques et l’augmentation de la productivité
de l’eau de 10 à 100 %, selon les cultures, et de la valorisation de l’eau de près de 114 %.
Depuis 2008, le PNEEI s’intègre également dans la nouvelle stratégie du Plan Maroc Vert.
Cette stratégie agricole place l’eau parmi les réformes transversales les plus importantes et
met l’accent, entre autres, sur la gestion intégrée, rationnelle, valorisante et durable de l’eau
pour l’agriculture. Le Plan Maroc Vert adopte également le principe du partenariat public-
privé pour la gestion des périmètres d’irrigation. Ce partenariat sert de levier stratégique pour
promouvoir, d’un côté, la durabilité des réseaux d’irrigation et, d’un autre côté, la
performance des systèmes d’irrigation (efficience des réseaux et amélioration du service de
l’eau). Ceci va se traduire par la réalisation de trois grands programmes, à savoir :
- Le programme national d’économie d’eau en irrigation : une subvention de 100% est
accordée aux projets d’irrigation en goutte à goutte de moins de 5 ha ou aux projets
d’agrégation des agriculteurs, et 80% pour les projets individuels de plus de 5 ha;
- Le programme de résorption du décalage entre les aménagements hydroagricoles et les
barrages réalisés;
- La réforme institutionnelle de la grande irrigation.
- 14 -
2.2. Valorisation de l’eau d’irrigation
L’eau constituera pour le Maroc, dans les prochaines décennies, la clé de son développement.
Les motifs d’inquiétude pour l’avenir sont connus. Ils sont, pour l’essentiel, imputables à
l’accroissement démographique et aux besoins en eau induits par le développement urbain et
l’intensification agricole. De ce fait, l’eau devient clairement un enjeu économique, social et
politique. Le pays se trouve dans l’obligation de conduire de véritables politiques de l’eau qui
doivent être globales et intégrées. La concurrence sur l’eau va s’exacerber entre les divers
secteurs utilisateurs, à savoir l’agriculture, grand consommateur des eaux mobilisées, le
secteur de l’eau potable et l’industrie. Ce risque de pénurie est aggravé par une pluviométrie
très irrégulière, par des changements climatiques marqués, par une surexploitation des nappes
souterraines, par le gaspillage, l’envasement des barrages et une détérioration accrue de la
qualité de l’eau (Badraoui, 2001).
Dans ce contexte, il sera de plus en plus important que les orientations stratégiques du
développement du secteur de l’agriculture intègrent la raréfaction de la ressource hydrique et
visent l’amélioration de son efficience et de sa valorisation en agriculture et ceci de manière
participative avec les agriculteurs.
Les principaux enjeux ainsi définis pour la question de l’eau se résument comme suit :
- La valorisation des ressources en eau mobilisées pour l’irrigation (productivité et
rentabilité du m3 d’eau d’irrigation) ;
- La sauvegarde et la durabilité des ressources en eau ;
- La mise en place d’incitations à l’économie et à la valorisation de l’eau.
La nécessité d’économie et de valorisation de l’eau d’une part et l’amélioration des
technologies et de la technicité des agriculteurs d’autre part ont joué un rôle important pour
que les agriculteurs adoptent des techniques d’application de l’eau à la parcelle, qui sont
économes en eau et de plus en plus sophistiquées (automatisation du système), notamment la
technique de l’irrigation localisée (Hilali, 2004).
Le seul passage à des systèmes d’irrigation économes en eau peut permettre des économies
physiques d’eau de 20 à parfois 50 % avec des bénéfices indirects importants. En outre, ces
techniques permettent le développement de filières à haute valeur ajoutée mieux intégrées à
l’agro-industrie, plus productives et assurant une meilleure valorisation de l’eau d’irrigation.
Les théories économiques (et le bon sens) dictent qu’un pays doit utiliser ses ressources les
plus rares judicieusement, et les plus abondantes abondamment. Au Maroc, la ressource la
plus rare pour la production agricole est l’eau, tandis que la main-d’œuvre est une ressource
relativement abondante. Les politiques agricoles, par conséquent, doivent utiliser
efficacement l’eau pour en faire profiter l’économie au maximum et viser de même une
combinaison d’activités de production agricole qui utilisent relativement plus de main-
d’œuvre et fournissent, par conséquent, plus d’emplois et de revenus.
- 15 -
Tableau 2 : Besoins en eau pour quelques produits agricoles
3
Produit M d’eau/tonne produite
Tomates 450
Olives 500
Légumes 1.000
Maïs 1.400
Blé 1.450
Orge 1.450
Fruits 1.500
Riz 3.450
Sucre 5.000
Lait 6.000
Huile végétale 22.000
Bœuf 42.500
Source: Banque Mondiale., 2003. Trade, Investment, and Development
in the Middle East and North Africa, page 190.
Le tableau 2 fournit quelques estimations de la quantité d’eau moyenne requise pour la
production d’une tonne de certains produits agricoles dans sept pays de la zone MENA
(Algerie, Egypte, Libye, Maroc, Iran, Syrie, Tunisie). La production d’une tonne de blé, en
irrigué, nécessite trois fois plus d’eau que celle des tomates. La tendance devrait être de
réduire significativement les céréales en irrigué au bénéfice des productions maraîchères et
fruitières, plus génératrices de revenus et d’emplois.
Selon le graphique 1, l’eau, facteur déterminant de la production agricole dans les pays
méditerranéens, est mal valorisé par les pays de l’Afrique du Nord, la Grèce et la Syrie. Ceci
induit, entre autres, des pertes d’efficience et un important gap de productivité à gagner. Les
marges de progrès possibles sont très importantes.
Selon les spéculations, les rendements réalisés actuellement au Maroc sont de 50 à 85% des
niveaux techniquement réalisables par les agriculteurs performants. Il s’en suit la nécessité
d’un rattrapage du gap de productivité afin d’améliorer les performances du secteur de
l’irrigation et de rentabiliser les investissements réalisés. Un des axes requis pour atteindre ce
gain de productivité est la valorisation de l’eau d’irrigation et son usage de manière efficiente.
- 16 -
Graphique 2 : L’important gap de productivité à gagner
13
Claude Patoul.; 2008. Allocation, modélisation et valorisation des ressources en eau du bassin versant de la
rivière Tolomosa (Bolivie), dissertation originale présentée en vue de l’obtention du grade de docteur en sciences
agronomiques et ingénierie biologique de la FUSAGX de Gembloux.
14
Un paradigme est une vision qui correspond à un certain ensemble de valeurs et de principes.
- 17 -
le champs de la politique agricole dans le secteur irrigué. Loin de traiter des aspects
environnementaux qui ne sont pas l’objet de notre thèse, car nous visons une analyse de la
filière, la partie portant sur la valorisation de la ressource eau va traiter de son utilisation au
sens purement économique du terme.
La production du sucre avoisine actuellement les 350 milliers de tonnes alors que la
consommation dépasse 1.200 milliers de tonnes (moyenne 2010 à 2013). Le reste est comblé
par les importations.
15
TCA : Taux d’Accroissement Annuel. Dans ce cas, c’est (production année 1- production année 2) /production
année 1.
- 18 -
2. Importation
Selon les données de l’Office des Changes, la totalité du sucre brut importé est à base de
canne à sucre. Le Brésil est le principal fournisseur du Maroc en sucre, comme il ressort du
graphique 4.
Pour assurer son approvisionnement en sucre et combler le déficit dans sa production à partir
des ressources locales, le pays a recours aux importations, notamment du sucre brut. Le TCA
moyen de la période 1993-2013 est égal à 4,4% et coïncide presque avec celui de 2005-2013.
La facture des importations de sucre connaît une croissance depuis 2005, passant de près de
1,3 milliard de dirhams en 2005 à près de 4,5 milliards de dirhams en 2013 (TCA moyen de la
période 2005-2011 de 25%, contre 12% pour la période 1993-2013).
- 19 -
3. Taux de couverture
Le taux de couverture du sucre a atteint son niveau le plus élevé en 1988 avec 68%.
Cependant, à partir de 1995, ce taux de couverture en sucre par la production nationale a
chuté et il est en 2013 à un niveau de 30%.
Ces faibles réalisations sont liées, entre autres, aux conditions climatiques défavorables :
succession d’années de sécheresse et d’inondation, surtout dans le Gharb et le Loukkos. Il
faudrait à ce niveau citer les inondations survenues dans le Gharb durant les campagnes
2009/2010 et 2010/2011.
Source : d’après les données de l’Office de Changes et du Ministère du Commerce et de l’Industrie + nos calculs
- 20 -
Graphique 7 : Indice des prix à la consommation
Conclusion
Jusqu’à la fin des années 1970, le Maroc a poursuivi une politique d’autosuffisance, ce qui
s’est traduit par des distorsions dans le secteur agricole (restrictions quantitatives et prix
administrés pour les produits alimentaires de base). Avec l’adoption du programme
d’ajustement structurel, le Maroc a adopté une politique de libéralisation, dans le but d’arriver
à une meilleure valorisation des ressources intérieures engagées dans la production. L’Etat a,
cependant, continué d’intervenir sur les prix de certains produits de base, notamment le sucre,
dans un souci surtout de continuer à assurer un minimum de sécurité alimentaire en ces
produits.
Concernant la valorisation des ressources, il est à noter que le Maroc a un climat aride à semi-
aride, où l’eau est un facteur rare. L’Etat a fait un effort important pour la mobilisation et
l’exploitation de cette ressource (Politique des barrages, programme d’économie de l’eau).
Compte tenu de la rareté de cette ressource, il était nécessaire de la valoriser au mieux.
Le Maroc a fait un effort important en développant une filière sucrière, pour atteindre entre
1963 et 1988 un taux de couverture de 68% des besoins internes par la production nationale.
Avec la politique d’ajustement structurel et à partir de 1989, le gel des prix courants aux
producteurs a entrainé la baisse des superficies emblavées en sucre et du taux de couverture
en sucre. En 2013, ce taux de couverture en sucre par la production nationale est à un niveau
de 30%.
Le prix à la consommation du sucre est réglementé et maintenu à un niveau bas suite à la mise
en place par l’Etat d’une subvention. Ce prix est indépendant des cours du marché
international, du fait que la collectivité supporte la quasi-totalité du surcoût lié à sa variabilité.
Il est clair que la tendance est vers la libéralisation des produits alimentaires, à l’exception des
produits dits stratégiques qui demeurent réglementés, notamment le sucre et ceci dans un
souci de sécurité alimentaire. Cette politique de sécurité alimentaire se traduit par des
distorsions sur les marchés internes. La réduction de ces distorsions et la libéralisation des
prix nécessitent inéluctablement comme préalable une amélioration de la productivité et le
renforcement de la compétitivité.
- 21 -
CHAPITRE 2 : APPROCHE METHODOLOGIQUE
- 22 -
1.1. Revue de la littérature sur les facteurs explicatifs de la consommation
en sucre
La consommation individuelle d’un bien exprime la quantité que le demandeur de ce bien i
est disposé à acheter aux différents prix possibles de i, compte tenu de son revenu et de ses
préférences.
Comprendre la dynamique de la demande alimentaire au niveau d’un pays, d’une région ou
d’un groupe de consommateurs, revient à identifier les variables qui déterminent les
modifications dans le volume et le type d’aliments consommés. La connaissance de cette
dynamique permet aux responsables des politiques agricoles et alimentaires d’anticiper les
évolutions futures et de mettre ainsi en place des interventions correctives de certaines
tendances (Malassis, 1992).
La croissance de la demande globale de chaque bien i dépend essentiellement :
- de la croissance de la production,
- de la croissance du revenu par tête,
- du coefficient d’élasticité de la demande par rapport aux revenus,
- du coefficient d’élasticité de la demande par rapport aux prix (Moubamba, 1998).
La demande alimentaire doit être envisagée par catégorie de produits et doit prendre en
compte toutes les variables susceptibles d’avoir des effets sur le comportement des
consommateurs, notamment sur les possibilités de substitution (Malassis, 1992).
Concernant cette loi de substitution et selon Padilla (1992), lorsque les revenus s’élèvent, la
structure de la consommation nutritionnelle et par catégorie de produits se modifie. En rapport
avec les produits transformés, l’auteur cite les travaux de M. Cépède et M. Lengellé. Ces
derniers ont identifié quatre substitutions opérées par les consommateurs quand leurs revenus
augmentent. Parmi ces substitutions, on trouve la substitution des produits industrialisés aux
produits agricoles. Les industries agroalimentaires se substituent au travail domestique dans la
préparation de l’aliment. C’est ce que Malassis appelle le déclin du rôle de la table familiale
(Malassis, 1992).
Malassis (1992) fait remarquer que, dans les pays développés, le rythme de croissance de la
population en économie de marché est relativement faible, ainsi que le coefficient d’élasticité
des revenus. La croissance de la demande globale s’explique, pour 50%, par la croissance de
la population et, pour une seconde moitié, par la croissance de la consommation par tête. Par
contre, dans les pays moins développés, le rythme de croissance de la population en économie
de marché est élevé, en raison des rythmes d’urbanisation souvent importants (de l’ordre de 5
à 10%). Le coefficient d’élasticité-revenu est lui aussi élevé, mais le taux de croissance du
revenu par tête est faible.
Concernant l’urbanisation, beaucoup d’études qui se sont intéressées à la transformation des
structures de la consommation ont montré la place centrale occupée par le processus
d’urbanisation. Malassis parle d’un moyen privilégié de transformation sociale de la
consommation. De façon générale, les urbains ont un pouvoir d’achat plus élevé et les
conditions de travail et d’emploi du temps entraînent certaines exigences.
Norro lie directement l’urbanisation aux perspectives agricoles (M. Norro, p. 184).
L’urbanisation, dans les pays du Sud, a été le moteur principal de la transformation des
modèles de consommation et surtout un catalyseur de diffusion des modèles de consommation
importés.
- 23 -
Ainsi, la revue de la littérature sur les déterminants de la consommation alimentaire montre
qu’ils sont de différents ordres : individuels, économiques, provenant des attitudes, etc. Les
études ne considèrent pas simultanément l’ensemble de ces dimensions et ne donnent pas
d’indication sur la hiérarchie de ces différents facteurs (Caillavet et al, 2007).
Parmi les principaux facteurs qui peuvent a priori influencer la tendance, le niveau et la
structure de la consommation du sucre, on peut citer les niveaux et les rapports de prix, le
milieu de résidence (rural et urbain) et le revenu des ménages estimé par le PIB. Le facteur
« milieu de résidence » est appréhendé par le taux d’urbanisation, puisqu’on ne dispose pas de
séries sur les consommations de sucre par milieu de résidence.
Le modèle étudié consiste à expliquer la consommation totale du sucre (variable dépendante)
en fonction des variables indépendantes suivantes : le prix à la consommation du sucre, le PIB
et le taux d’urbanisation. Le rôle des prix est très important dans l’explication de la tendance
de la consommation. Une baisse des prix en termes réels est équivalente, toutes choses étant
égales par ailleurs, à une amélioration des revenus en termes réels et inversement.
Les facteurs expliquant la consommation de sucre par habitant sont relativement semblables :
les prix du sucre, le milieu de résidence (rural et urbain) et le revenu par habitant.
Le revenu moyen par habitant est estimé sur la base du PIB courant par rapport à la
population totale. Quant au taux d’urbanisation, il représente le rapport entre la population
urbaine et la population totale du Maroc.
Les principales formes de sucre consommées au Maroc sont le pain, le morceau et le granulé.
Parmi les facteurs qui peuvent influencer cette demande par catégorie, le rapport des prix
entre les catégories de sucre est à l’origine de la substitution graduelle du pain par les autres
formes de sucre. Ce rapport des prix entre le pain et le granulé a souvent été ajusté pour
- 24 -
orienter la consommation de manière volontaire vers le granulé. Mais les niveaux de ce
rapport n’expliquent pas la totalité des effets observés. Outre le développement des industries
agroalimentaires, qui offraient aux consommateurs des produits à base de sucre granulé, le
phénomène d’urbanisation a contribué, lui aussi, à rendre cette tendance plus marquée par des
modes de consommation qui privilégient souvent le granulé au pain.
Consommation totale du sucre ou consommation per capita = fct (prix moyen constant du
sucre, revenu constant par habitant, taux d'urbanisation ou population totale du Maroc).
Les notations utilisées sont les suivantes :
C : Consommation totale nationale du sucre en tonnes ;
CCAP : Consommation per capita du sucre en kg ;
P : Prix moyen réel à la consommation du sucre en Dh/kg ;
Y : PIB national en millions de Dh (déflaté) ;
Cp : Consommation totale du sucre en pain en tonnes ;
Ccapp : Consommation per capita du sucre en pain en kg/tête/an ;
Cg : Consommation totale du sucre granulé en tonnes ;
Ccapg : Consommation per capita du sucre granulé en kg/tête/an ;
Cm : Consommation totale du sucre en morceau en tonnes ;
Ccapm : Consommation per capita du sucre en morceau en kg/tête/an ;
Pp : Prix réel à la consommation du sucre en pain en Dh/kg ;
Pg : Prix réel à la consommation du sucre granulé en Dh/kg ;
Pm : Prix réel à la consommation du sucre en morceau en Dh/kg ;
YCAP : PIB per capita en Dh (déflaté) ou revenu moyen par habitant ;
Pop : Population totale du Maroc ;
Txurban: Taux d’urbanisation = (nombre urbains/population totale du Maroc) ;
L : Log normal.
Sur la base des équations estimées, il est possible de calculer les élasticités de la demande par
rapport aux prix et revenus.
- 25 -
L'élasticité mesure la sensitivité des consommateurs à des changements de prix: si le prix
augmente de 1%, la demande diminue de e%, où e est l'élasticité-prix. On dit que la demande
est élastique si e>1.
Les biens sont substituables si l’élasticité croisée est supérieure à zéro (>0) et
complémentaires, si l’élasticité croisée est inférieure (<0).
c. Elasticité-revenu
Cette élasticité (Ey) mesure la variation en % de la quantité demandée d’un bien suite à une
variation de 1% du revenu des consommateurs.
Si Ey>0, on est dans le cas de biens normaux et si Ey<0, on est dans le cas de biens inférieurs.
Pour les biens normaux, on a deux cas : Biens indispensables, si Ey<1; Biens de luxe, si
Ey>1.
Le calcul de ces élasticités permettra de juger de l’évolution de la consommation et par suite
de prévoir la tendance de la situation de la sécurité alimentaire.
Les données utilisées pour ajuster le modèle économétrique au modèle implicite sont des
données chronologiques qui proviennent des annuaires statistiques publiés par la Direction
des Statistiques du Haut-Commissariat au Plan au Maroc et complétées par les données de la
Caisse de Compensation et du MAEG. Elles couvrent la période 1976-2006.
Tableau 3 : Sources de données
Rubrique Sources
Consommation totale du sucre et par type de sucre Caisse de compensation + MAEG
Prix à la consommation du sucre Direction des statistiques
PIB ou revenu moyen par habitant + Annuaires statistiques
Taux d’urbanisation ou population totale, urbaine et rurale
Indice du coût de la vie et indice du sucre et produits sucrés
- 26 -
l’établissement des séries chronologiques, on a procédé à la décomposition de chaque série en
ses trois composantes : la tendance, l’effet saisonnier et l’effet accidentel. C’est ce dernier qui
indique s’il y a réellement une volatilité des cours mondiaux du sucre.
Dans cette section, il sera question du cadre conceptuel, des méthodes de calcul de la volatilité
des cours mondiaux du sucre et de la manière de procéder à la décomposition des séries
chronologiques du sucre brut et du sucre raffiné, en vue d’isoler l’effet accidentel ou
«volatilité » et de le quantifier.
L’étude de la volatilité des cours mondiaux a nécessité la construction d’une base de données
englobant l’évolution des cours mondiaux du sucre brut et raffiné, avec des observations
mensuelles au fil des années et ceci depuis 1960 pour le sucre brut et 1980 pour le sucre
raffiné et jusqu’à 2011. On a procédé à la décomposition de chaque série en ses trois
composantes : la tendance, l’effet saisonnier et l’effet accidentel. C’est ce dernier qui indique
s’il y a eu réellement une volatilité des cours du sucre sur le marché mondial.
16
Comité de la sécurité alimentaire mondiale CSA, Groupe d’experts de haut niveau HLPE.; 2011. Volatilité des
prix et sécurité alimentaire, Rapport 1.
17
FAO., 2010. La volatilité des prix sur les marchés agricoles : État des lieux, répercussions sur la sécurité
alimentaire, réponses politiques.
18
Dans cette partie sur la volatilité, les précieuses explications des professeurs Palm R. et Fezouane A.,
respectivement de Gembloux Agro-Bio Tech et de l’Institut National des Statistiques et de l’Economie Appliquée
au Maroc, ont été d’une grande aide. Qu’ils trouvent ici l’expression de ma gratitude.
- 27 -
Effectivement, dans une série chronologique, on peut distinguer les composantes
fondamentales suivantes :
1. La tendance (Ct) ou trend : elle correspond à l’évolution générale à moyen-long terme du
phénomène étudié, soit son évolution fondamentale.
2. Les variations saisonnières (St) : elles sont des fluctuations périodiques à l’intérieur d’une
année, qui se reproduisent de façon plus ou moins permanente d’une année à l’autre. Ces
variations, résultant d’un comportement cyclique dans la série observée, sont corrigées
(éliminées de la série initiale), afin d’obtenir des séries dites désaisonnalisées.
3. Les variations accidentelles ou résiduelles (et) : ce sont des fluctuations irrégulières et
imprévisibles. Cette composante résiduelle est la partie non structurée du phénomène
qu’on obtient après élimination de la série initiale, des composantes tendance et effet
saisonnier.
Quant aux modèles de composition de ces trois composantes, il en existe trois types: additif
(Yt = Ct + St +et), multiplicatif 1ère forme (Yt = Ct × St + et), et multiplicatif 2ème forme (Yt =
Ct × St × et). Ce deuxième modèle multiplicatif se ramène à un modèle additif par
transformation logarithmique en considérant la série ln(Yt) : ln Yt = ln Ct + ln St + ln et
Pour décomposer une série chronologique, on doit commencer par :
- tracer son graphique ;
- choisir un modèle de composition (additif ou multiplicatif) ;
- estimer la tendance Ct ;
- estimer les variations saisonnières St ;
- déduire les effets accidentels ou résidus.
Pour faire la détermination graphiquement, si on est dans le cas d’un modèle additif ou
multiplicatif, on peut recourir à la méthode analytique : on calcule les moyennes et les écarts-
types pour chacune des périodes considérées (ici l’année) et on calcule la droite des moindres
carrés r =ax+b (avec x comme moyenne annuelle des cours mondiaux du sucre et r l’écart-
type). Si a est nul, c’est un modèle additif, sinon le modèle est multiplicatif.
La représentation graphique et la détermination de l’équation montrent qu’on est dans le cas
d’un modèle multiplicatif. En outre, compte tenu de la forte variabilité des écarts-types, on
retient le modèle multiplicatif de 2ème forme.
Soit (Yij), la série chronologique du prix du sucre (brut ou raffiné) sur le marché mondial
pour chaque mois (j) au fil des années (i).
- On estime la tendance à l’aide des moyennes mobiles par an (Cij) ;
- On calcule le rapport du prix mondial du sucre et de la moyenne mobile du mois (Yij/Cij) ;
- On calcule la moyenne des rapports associés à un mois j (par exemple, le mois de
septembre) sur les n années de toute la série pour calculer la moyenne (Sj) de chaque même
n Yij
S 1
mois. La moyenne j
n i 1 Cij
_ p
1 Sj
- On calcule la moyenne des Sj, nommée S barre : S
p j 1
- 28 -
- Sij = S’j. Quelle que soit l’année, l’effet saisonnier d’un mois est le même ;
- On calcule les valeurs de Yij (ajustées) = Cij*Sij = Cij*S’j avec Cij la tendance ;
- On estime enfin, le terme accidentel ou aléatoire eij=(Yij – Yij ajustée)
Yij = Cij Sij eij
On a ainsi décomposé la série chronologique (Yt) en trois composantes : sa tendance (Ct), ses
variations saisonnières (St) et ses variations accidentelles (et).
L’étude des séries chronologiques par les méthodes de décomposition est une approche
relativement aisée. Elle consiste à isoler et à estimer l’impact des diverses composantes de la
série. Cependant, le choix de la relation mathématique décrivant la tendance et le choix du
modèle d’association des composantes ne sont pas toujours évidents.
Les hypothèses sous-jacentes aux choix des différents modèles sont parfois restrictives. Il en
résulte que, si l’objectif de l’étude de la série est uniquement la prévision, les prévisions
réalisées à l’aide de ces modèles ne sont pas toujours de bonne qualité et d’autres méthodes
sont plus adaptées, notamment la méthode de lissage et la procédure de Box et Jenkins,.
Par contre, les méthodes de décomposition peuvent être intéressantes lorsque l’objectif est
uniquement d’éliminer une ou plusieurs composantes d’une série chronologique.
Quant aux inconvénients par rapport à l’utilisation des moyennes mobiles pour l’estimation
de la tendance, ils sont variés. D’abord, ces moyennes peuvent être influencées par des
valeurs aberrantes, d’où l’importance d’accorder beaucoup d’attention à la fiabilité des
données de base et à la correction de celles qui sont erronées.
Ensuite, avec le recours à la méthode des moyennes mobiles, on a une perte de données.
Ainsi, si on dispose d'une série chronologique sur n années contenant p mois chacune (np
observations), alors on ne pourra calculer une estimation de la tendance que pour np - p + 1
ou np - p mois (selon la parité de p), soit une année de moins que la série. Malgré ces
inconvénients, les moyennes mobiles donnent une bonne estimation de la tendance.
19
Palm R., & Brostaux Y., (2009). Etudes des séries chronologiques par les méthodes de décomposition. Notes
de statistique et d’informatique. Université de Gembloux. Belgique.
20
L’enquête de terrain a été réalisée en 2009. L’augmentation des prix payés aux producteurs pour la betterave
sucrière en 2011, a servi à peine à compenser l’inflation des prix des coûts de production. La structure des coûts
de revient n’a pratiquement pas changé entre 2009 et 2015.
- 29 -
Quant à la méthode d’analyse de la valorisation des ressources par les cultures sucrières, elle
est traitée dans la troisième section et vise :
- dans un premier temps, la démarche de calcul des marges brutes pour toutes les
cultures existantes au niveau des quatre périmètres irrigués étudiés ;
- dans un deuxième temps, la démarche de calcul de la valorisation des ressources, de
l’eau, du capital et de l’emploi.
21
Option citée par L. Lachaal., La compétitivité : Concepts, définitions et applications, INRAT Tunisie.
- 30 -
Ainsi, si un produit est compétitif, il coexiste avec les importations à l’intérieur d'un pays
ou/et est exporté. Au contraire, s'il ne l’est pas, il doit être protégé des importations, alors que
ses exportations sont généralement minimes ou peuvent être subventionnées afin d'améliorer
la compétitivité-prix.
Pour Krugman en 1993, « le commerce international ne pose pas de problème de concurrence
mais d’échanges, pour le plus grand bénéfice de tous et son point central est l’avantage
comparatif des pays ».
Pour Barkema et al. (1991), « Le concept de l'avantage comparatif décrit le schéma des
échanges qui se produiront dans un monde dépourvu de distorsions de prix. Cependant, le
monde réel est plein de mesures de politiques rendant la détermination de l'avantage
comparatif difficile. Donc, l'avantage comparatif s'applique à un monde où les marchés sont
efficients et dépourvus de distorsions alors que la compétitivité s'applique à un monde dans
son contexte réel ».
La compétitivité d'une filière ne se juge pas uniquement par son niveau de rentabilité absolu
par rapport au marché international, mais elle se juge aussi par rapport à la rentabilité relative
de la filière compte tenu des autres possibilités et opportunités dans l'économie et des
utilisations alternatives (coût d'opportunité).
Pour Sharples et Milham (1990), « la compétitivité à l’international est la capacité de fournir
des biens et services aux temps, place et forme requis par les acheteurs étrangers à prix égal
ou meilleur que celui des autres fournisseurs potentiels tout en gagnant au moins le coût
d'opportunité des ressources employées ».
Selon Fagerberg (1988), « les facteurs liés à la technologie et à la capacité de production
sont très importants pour l'évolution à moyen terme des différences de parts de marché entre
pays, mais aussi du PIB, tandis que la compétitivité coût joue un rôle plus limité qu’on ne le
croit habituellement ». Il propose un modèle de compétitivité international qui associe le
développement des parts de marché à trois facteurs : la capacité de
compétitivité technologique, la capacité de compétitivité prix et la capacité à promouvoir les
produits sur les différents marchés.
Pour Lipchitz (2006), la compétitivité d'un pays exportateur est généralement mesurée en
fonction de deux critères : la compétitivité-prix et la compétitivité-performance, qui comprend
la compétitivité-qualité.
La majorité des applications portant sur l’évaluation de la compétitivité en agriculture ont
utilisé, comme indicateur de compétitivité, soit le coût de production, soit le coefficient de
coût des ressources, soit les parts de marché ou encore l’avantage comparatif révélé.
Pour M. Durand et C. Giorno de l’OCDE, le concept de compétitivité à l’échelle
internationale englobe, d’une part, des facteurs qualitatifs difficilement quantifiables et,
d’autre part, des facteurs quantifiables.
Pour les premiers facteurs, il s’agit, par exemple, de la capacité d’innovation technologique,
du degré de spécialisation selon certains produits, de la qualité de ces produits, ou encore des
démarches et stratégies entreprises par les acteurs de la filière. Cependant, notent ces auteurs,
outre le fait que ces éléments structuraux sont difficiles à mesurer, leur existence n’entraîne
pas systématiquement une amélioration des ventes sur les marchés extérieurs : « ils peuvent
entraîner une amélioration des termes de l’échange associée à un taux de change élevé
tendant à égaliser les performances à l’exportation ». C’est pourquoi, ces auteurs préconisent
de ne considérer, dans la notion de compétitivité, que des éléments qui se prêtent beaucoup
- 31 -
plus à l’évaluation (facteurs quantitatifs), à savoir les différences de prix ou de coûts ou, plus
précisément, leurs variations relatives.
Cette distinction entre compétitivité-prix et compétitivité structurelle est rapportée également
par C. Bismut et J. Oliveira Martins dans leur analyse du rôle des prix dans la compétition
internationale. Pour ces auteurs, la compétitivité est définie comme « l’aptitude d’une
économie à conquérir des parts de marché ou encore à déplacer le partage du marché en sa
faveur ». Tout en insistant sur la distinction entre compétitivité-prix et compétitivité
structurelle définie comme étant « l’ensemble des facteurs qui ne se ramènent pas aux prix »,
ces auteurs relèvent l’importance d’une spécialisation judicieuse et d’une différenciation
adéquate des produits dans la recherche de la compétitivité.
Dans notre démarche adoptée, on retiendra, pour la notion de compétitivité, les éléments qui
se prêtent beaucoup plus à l’évaluation, à savoir les différences de prix ou de coûts.
L’évaluation des politiques à l’aide de la MAP est une méthode qui permet de mesurer la
divergence entre les prix financiers et les prix économiques. L’interprétation des résultats
ainsi obtenus permet de révéler le niveau de protection et de compétitivité des différents
segments d’une filière de production. Dans ce travail, l’analyse a privilégié la comparaison
des indicateurs au niveau sortie ferme, ce qui suppose que les prix à la frontière sont ramenés
au niveau de la ferme.
Le prix sortie-ferme est basé sur les éléments du budget de l’exploitation agricole, à partir des
données sur les revenus et les coûts par hectare. Une fois les prix financiers obtenus par
enquête auprès des agriculteurs, les prix économiques des charges et des recettes sont alors
calculés.
22
Pour plus de détail, se référer au manuel de la FAO., 1995. La politique des prix agricoles : Le gouvernement et
le marché. Rome.
- 32 -
La matrice comporte trois lignes et quatre colonnes :
La première ligne correspond à l’évaluation du budget aux prix financiers. Dans la seconde
ligne, l’évaluation est faite en prix économiques. La troisième ligne représente la différence
entre les deux évaluations (prix financiers moins prix économiques) ;
- La première colonne correspond aux revenus (valeur de la production), alors que la
deuxième et la troisième colonnes représentent respectivement les coûts des intrants
échangeables et des ressources internes domestiques. La quatrième mesure les profits.
Source : FAO., 1995. La politique des prix agricoles : Le gouvernement et le marché. Rome.
La différence entre les recettes totales en prix financiers et celles en prix économiques donne
les transferts d’output. Si les transferts d’un montant X sont négatifs, ceci signifie que, dans
une situation sans distorsion, le producteur devrait recevoir X dirhams de plus par hectare
comme recettes, par rapport à la situation actuelle.
La confrontation entre les prix financiers et les prix économiques permet d’évaluer le niveau
de protection économique et de compétitivité de la filière en question. Deux coefficients de
protection sont généralement calculés. Le premier, appelé coefficient de protection nominale
(CPN), ne considère que les prix des produits. Le second, appelé coefficient de protection
effective (CPE), permet d'évaluer les taxes et subventions implicites que représentent les
distorsions dans les prix à la fois des produits et des intrants échangeables (voir figure 1, ci-
dessous).
- 33 -
Figure 1 : Présentation schématique des coefficients de protection et d’avantage
comparatif
Les principaux indicateurs qu’on peut calculer avec la MAP sont les suivants :
- 34 -
Tableau 6 : Synthèse des indicateurs de protection et d’avantage comparatif
23
Administration du Génie rural, Direction du Développement et de la Gestion de l’Irrigation., 2006. Données de
l’étude du coût de l’eau dans les périmètres de grande hydraulique : Doukkala, Tadla, Loukkos, Gharb, Moulouya.
- 35 -
Les prix utilisés pour le calcul des coûts en question sont ceux facturés aux agriculteurs par la
sucrerie pour la semence, les engrais et les pesticides et ceux les plus fréquemment rencontrés
sur le marché pour les produits et les prestations des travaux mécaniques du sol, du traitement
phytosanitaire, d’épandage d’engrais, d’arrachage,...
Les produits secondaires ont été valorisés aux prix en vigueur au niveau de la région pour les
feuilles et collets de la betterave et pour la pulpe sèche de betterave rétrocédée aux
agriculteurs betteraviers.
La marge brute à l’hectare représente la différence entre la valeur de la production et les
charges variables totales. Pour la betterave, son coût est composé des charges de la campagne
en question. Pour la canne à sucre, le coût par an et par hectare est obtenu en sommant les
charges de campagne d’une part, et l’amortissement annuel de frais d’installation calculé sur
six ans, d’autre part. Les frais d’installation sont composés de toutes les charges d’installation
de la culture (le travail du sol, les boutures, les engrais et traitements phytosanitaires, la main-
d’œuvre, l’eau d’irrigation).
La mesure généralement admise pour la valorisation d'un intrant est la valeur ajoutée de ce
produit, générée par unité de l'intrant en question. Mais, en raison de la difficulté d'isoler la
valeur ajoutée créée par tel ou tel intrant par rapport aux autres, la valorisation de l'eau
d'irrigation pour une activité donnée est approchée à partir de l'équation suivante :
- 36 -
Valeur ajoutée de la culture
(1) Valorisati on du m 3 d' eau =
Volume facturé de la consommation d' eau d' irrigation
Volume facturé de la consommation d' eau d' irrigation = volume apporté(m3 ) coût de l' eau (Dh/m3 )
Sur ce même principe, nous définirons les valorisations du capital et de la main d’œuvre.
Valeur ajoutée de la culture
Valorisati on du capital =
Coût du matériel agricole
Conclusion
Ce chapitre présente les différentes méthodologies adoptées pour répondre aux différentes
questions de l’étude. Il est subdivisé en deux grandes sections : la méthodologie d’analyse des
marchés et la méthodologie de l’analyse économique.
L’analyse des marchés traite de l’analyse de la consommation et de la volatilité des cours
mondiaux. Quant à l’analyse économique, elle s’attarde sur les analyses de la politique des
prix et des interventions de l’Etat ainsi que celle de la valorisation des ressources.
L’analyse de la consommation cherche à identifier les déterminants de la consommation totale
et de la consommation per capita du sucre au Maroc, en général (tous types de sucre
confondus) ou par type de sucre (sucre pain, sucre granulé et sucre morceau). Elle vise à
identifier la meilleure forme fonctionnelle et les variables les plus pertinentes qui expliquent
- 37 -
la consommation du sucre. Cette estimation se fait en tenant compte de certaines variables
économiques (revenu, prix du produit lui-même ou d’autres substituts,…) et de variables
sociodémographiques telles que l’urbanisation (milieu de résidence : urbain ou rural). Le but
étant de voir comment va évoluer la consommation du sucre et par suite la sécurité
alimentaire en ce produit, en tenant compte des perspectives d’évolution des variables la
déterminant.
L’analyse de la volatilité des cours mondiaux du sucre nécessite la construction de séries
chronologiques, en vue d’isoler l’effet accidentel ou « volatilité » et de le quantifier. Ainsi, on
a procédé à la décomposition de chaque série en ses trois composantes : la tendance, l’effet
saisonnier et l’effet accidentel. C’est ce dernier qui indique s’il y a eu réellement une volatilité
des cours du sucre sur le marché mondial. L’idée est qu’une volatilité ou variabilité des cours
mondiaux constitue une menace pour la sécurité alimentaire.
Au niveau de la section relative à l’analyse économique, dans son premier point sur la
politique des prix et des interventions de l’Etat, la méthodologie retenue consiste en une
analyse aux prix de référence par l’utilisation de la Matrice des analyses des politiques. Celle-
ci permet de dégager un ensemble d’indicateurs de protection et d’avantage comparatif :
Coefficient de Protection Nominale (CPN), Coefficient de Protection Effective (CPE) et
Coefficients d’Avantage Comparatif, exprimés par le Ratio de Coût en Ressources Intérieures
(CRI). Ces indicateurs permettent aux décideurs d’évaluer la situation dans la filière et
d’adopter des politiques permettant une utilisation efficiente des ressources.
Le second point relatif à l’analyse de la valorisation des ressources et de la compétitivité
comparée vise à :
- Quantifier les marges dégagées par les cultures au niveau des périmètres irrigués pour
la betterave, la canne mais aussi les autres cultures pratiquées au niveau des périmètres
irrigués. L’objectif étant de voir si la betterave et la canne sont rentables et
compétitives comparativement aux autres cultures pratiquées dans ces périmètres.
- Estimer la valorisation des ressources : eau, capital et emploi. La mesure généralement
admise pour la valorisation d'un intrant est la valeur ajoutée de ce produit, générée par
unité de l'intrant en question. Mais, en raison de la difficulté d'isoler la valeur ajoutée
créée par tel ou tel intrant par rapport aux autres, les démarches de calcul sont liées à
la nature de l’intrant.
- 38 -
- 39 -
DEUXIEME PARTIE :
CONTEXTE GENERAL ET HISTORIQUE
- 40 -
- 41 -
CHAPITRE 3 : CONTEXTE DES FILIERES SUCRIERES AU NIVEAU
INTERNATIONAL
- 42 -
Graphique 8 : Répartition de la production sucrière 2012-2013 (en %)
Source : F.O.Licht
L’essentiel de l’amélioration, certaines années, de la production sucrière est attribué aux pays
en développement (Brésil, Inde, Thaïlande, etc.). En revanche, la production des pays
développés, notamment la production de l’Union Européenne a baissé de 16% en 2006-2007
par rapport à 2005/2006, du fait de la mise en œuvre des réformes sucrières.
Malgré l’amélioration de la production constatée depuis 2010-11, les stocks mondiaux, depuis
2007, sont globalement en baisse (augmentation de la consommation en 2010-2011) et le
spectre du manque de sécurité des approvisionnements à travers le stockage refait surface. Le
ratio stocks/consommation (34% en 2010-11) n'a jamais été aussi bas depuis près de 20 ans.
- 43 -
Tableau 7 : Bilan ressources-emplois du sucre au niveau mondial (millions de tonnes)
Source : FAOstat
- 44 -
l'Union Européenne (25), la France et l'Allemagne contribuaient à part égale à 22% de l'offre
mondiale durant la période 2005-2007.
Graphique 11 : Les principaux producteurs de betteraves à sucre en %
(moyenne 2005-07)
Source : FAOstat
Les Etats-Unis ont vu leur production progresser à un rythme annuel de 2% environ passant
ainsi de 16,3 millions de tonnes de betteraves produites en 1961 à près de 29 millions de
tonnes durant la période 2005-2007, soit 12% de la production mondiale.
2. Consommation mondiale
Le sucre reste aujourd'hui le premier édulcorant consommé dans le monde en comblant 80%
de la consommation mondiale.
Source : FAOstat
- 45 -
Graphique 13 : Consommation mondiale de sucre par groupe de pays en millions de
tonnes
Amérique
Afrique
Europe
Moyen-Orient
Océanie
Asie
Source : OIS
- 46 -
3. Les échanges mondiaux
Les échanges de sucre sur le marché mondial représentent environ 30% de la production
mondiale de sucre. La primauté de la consommation intérieure reste la règle dans la plupart
des pays producteurs et ce sont les excédents qui alimentent le marché des échanges. En
2012- 2013, ces échanges ont porté sur 51,6 Mt.
En moyenne durant la période 2007-08 à 2010-11, les exportations de sucre ont été largement
dominées par le Brésil : 45% (soit 63% de la production du Brésil), la Thaïlande avec 10%,
l'Australie 7% et l'UE (25) 3%. Les exportations de cette dernière sont principalement
destinées à d'autres pays membres de l'Union (environ 60% du total exporté par l’UE).
Quant aux importations mondiales de sucre brut, elles sont de l’ordre de 32,5 millions de
tonnes (moyenne 2010-11). L'UE et la Russie sont les premiers importateurs mondiaux du
sucre (6% chacun), suivis des USA et de l’Indonésie (5% chacun).
- 47 -
gestion des quotas d'exportation et tendaient à réagir avec un effet retard par rapport aux
chocs.
Sucre en vrac, moyenne des prix quotidiens FOB ports des Caraïbes.
Pétrole brut, moyenne Dubai/Brent/Texas $/baril.
Source : Secrétariat de la CNUCED, d'après les données statistiques du Bulletin mensuel des prix.
Pour expliquer la première flambée des prix, il convient de rappeler qu’en 1972, le niveau de
la production mondiale de sucre était faible comparé aux années précédentes, du fait
notamment de la baisse conjuguée des productions cubaine et soviétique, ce qui a incité les
acheteurs à puiser dans les stocks de sucre afin de satisfaire les besoins. Par conséquent, cela a
entraîné une augmentation des prix.
Les chocs pétroliers de 1973 et 1979 ont eu un impact majeur sur la majorité des marchés des
produits de base, y compris celui du sucre qui a enregistré une forte instabilité de ses prix
entre novembre 1973 et novembre 1974 (454% d'augmentation). Cette interpénétration des
marchés s'explique, en partie, par l'objet même du pétrole et son caractère indispensable,
notamment en matière de transport. Des anticipations importantes concernant la réussite ou
l'échec du plan Proálcool au Brésil, initié dans les années 70 après l'embargo pétrolier de
l'OPEP, ont également constitué un facteur pouvant expliquer l'ampleur des crises du sucre
jusqu'à la fin des années 1970. Ce plan Proálcool tend à soutenir les cours du sucre.
Tableau 9 : Indice des prix des denrées alimentaires (base 100 en 2000)
Le tableau 9 présente une synthèse des hausses de prix, dont l’ampleur varie entre 37,5% pour
le sucre et 224% pour le riz entre janvier 2007 et juin 2008. Entre janvier et octobre 2008, les
cours du sucre ont progressé de 30 % par rapport au cours moyen de la même période en 2007
et on enregistre également une tendance à la hausse, de 20%, entre 2009 et 2010, passant de
445,41 à 534,56 $/tonne. Toutefois depuis février 2011, les prix sont en baisse.
24
Source : Comité de la sécurité alimentaire mondiale CSA, Groupe d’experts de haut niveau HLPE., 2011.
«Volatilité des prix et sécurité alimentaire», Rapport 1.
- 49 -
- L’orientation de la production du sucre aux énergies biofuel, notamment lorsque les cours
des produits pétroliers tendent à la hausse.
- Certaines mesures, telles que les restrictions à l’exportation que de nombreux pays ont
instaurées en réponse à la hausse des prix des produits alimentaires ou le recours au
stockage pour se prémunir de manière anticipée des hausses de prix.
- La spéculation sur les marchés à terme organisés.
Certains rapports critiquent l’activité spéculative stimulée par le boom des agro-carburants
qui, selon eux, a assurément joué un rôle déterminant dans la flambée des prix alimentaires de
2008 (Holt-Giménez, 2008), a porté atteinte à la sécurité alimentaire des populations et a
aggravé le problème de la pauvreté.
2.3. Hausse des prix de l’énergie et son impact sur les coûts de production
et frais d’approche
La hausse du prix du baril à compter de 2005, précédant celle des autres matières premières
(dont le sucre), pourrait suggérer que cette dernière avait été amorcée par celle du pétrole. On
parle alors de co-mouvement ou mouvement conjoint des prix du sucre et du pétrole (CSA,
2011).
La hausse des prix de l’énergie augmente les coûts de production des produits agricoles et in
fine, leurs prix. Ses implications sur le coût de l’électricité, du transport, des engrais, des
intrants chimiques, se combinent et se répercutent par une hausse des coûts de production des
cultures sucrières (betterave et canne), participant ainsi à la flambée des prix des produits
alimentaires.
La récente crise alimentaire qui en a résulté ouvre un champ de réflexion concernant les
risques grandissants liés à l’aléa que représente la volatilité des prix sur les marchés mondiaux
pour des économies qui sont désormais largement ouvertes sur l’extérieur et avec un régime
commercial international de plus en plus libéralisé. Elle a relancé les débats sur les gains tirés
de l’ouverture commerciale et de la libéralisation des économies. Des marchés non régulés
ont été marqués d’une part, par l’instabilité et la volatilité des prix, et d’autre part, ont induit
des comportements spéculatifs.
Elle a ébranlé les fondements économiques d’un modèle tourné vers les exportations et qui
avait prévalu jusqu’alors au Maghreb (Mezouaghi, 2010).
De plus, elle a remis en question le postulat que la concentration n’est pas un gage de
compétitivité et d’efficacité économique et commerciale. En d’autres termes, une agriculture
- 51 -
constituée d’un nombre important d’exploitations pour rémunérer le travail familial est aussi
efficace au plan macroéconomique qu’une agriculture constituée d’un nombre restreint
d’exploitations basées sur le salariat. L’agriculture familiale produit des matières premières
agricoles et assure ainsi la sécurité alimentaire des ménages. En même temps, elle produit
aussi des externalités et contribue à la cohésion des territoires ruraux (Doukkali et al., 2008).
25
1. Politique de l'Union Européenne
Le sucre fabriqué par l’UE l’est principalement à partir de la betterave sucrière.
L’organisation commune des marchés (OCM) du sucre a été créée en 1967 afin d’assurer un
revenu équitable aux producteurs de l’UE et de stabiliser le marché. Les producteurs de l’UE
pouvaient vendre le sucre à des prix garantis ou prix d’intervention qui, au cours de la période
1996-2006, ont été sensiblement plus élevés (près de 625 Ecus-euros/Tonne) que le cours du
marché mondial qui ne dépassait pas les 300 Ecus-euros/Tonne (selon la bourse de
Londres)26.
Avant la réforme du secteur sucrier, l’UE était l’un des producteurs de sucre les plus
importants au monde et en était le deuxième consommateur. Dans le règlement d’avant 2006,
les quotas de production de sucre de l'Union Européenne se répartissaient en trois catégories :
A, B et C. La production sous quota A et B était garantie par un prix minimum d'achat et des
restitutions à l'exportation. Les quotas sont alloués à chaque pays, qui les répartit entre les
entreprises sucrières. En principe, la quantité globale du quota A correspond à la
consommation de sucre estimée pour la campagne en cours dans l'Union Européenne et le
quota B correspond aux exportations bénéficiant de restitutions. Des organismes
d'intervention achètent les quantités qui leur sont offertes dès que le prix intra-communautaire
atteint les prix minimums. Des restitutions à l'exportation sont versées afin de compenser la
différence entre le prix intra-européen et le prix mondial du sucre. A l'inverse, un prélèvement
à l'exportation est perçu lorsque le prix mondial est supérieur de 10% au prix intra-
communautaire.
Le quota C couvre les quantités produites hors quotas (A et B cumulés) et ne bénéficie
d'aucune garantie. Les quantités produites sous quota C peuvent être exportées sur le marché
mondial sans restitutions. Le producteur peut cependant choisir de reporter cette quantité sur
25
Cité dans le rapport de la Cour des comptes européenne, rapport spécial N°6/2010. La réforme du marché du
sucre a-t-elle atteint ses objectifs?.
- 52 -
l'année de commercialisation suivante en la stockant au minimum douze mois et peut ainsi
l'intégrer au quota A de l'année suivante.
Source : Tiré du rapport de la Cour des comptes européenne, d’après la DG agriculture et développement rural,
«L’agriculture dans l’Union Européenne : informations statistiques et économiques (2000-2008)».
27
Option citée dans France AgriMer., (2010). L’économie sucrière, campagnes 2007/08 et 2008/09.
28
Site http://ec.europa.eu/europeaid/how/finance/sugar_protocol_fr.htm, Date de consultation le 28/11/2013.
29
Pays ACP signataires du protocole sucre : la Barbade, le Belize, la République du Congo, la Côte d'Ivoire, les
Fidji, la Guyana, la Jamaïque, le Kenya, Madagascar, le Malawi, Maurice, le Mozambique, l'Ouganda, Saint-
Christophe-et-Nevis, le Suriname, le Swaziland, la Tanzanie, Trinidad-et-Tobago, la Zambie et le Zimbabwe.
- 54 -
Cependant, depuis 2006, l’UE est en pleine restructuration de son secteur sucrier fonctionnant
depuis de nombreuses années sur un système de quotas et de prix garantis. Par ailleurs, le 30
septembre 2009, le protocole sucre est arrivé officiellement à expiration.
A partir de 2017, les mesures fondamentales du régime sucrier de l’UE, telles que les quotas
sucre/isoglucose, le prix minimal de la betterave sous quota et la restitution à l’exportation,
vont être éliminées. Le régime d’importation préférentiel dont bénéficiaient les pays ACP
autorise, désormais, des importations en franchise de droits et hors quota dans le cadre de
l’accord de partenariat économique (APE) et de l’accord «Tout sauf les armes» (TSA). Cela
se traduit par un accès au marché considérablement élargi pour les pays ACP/PMA: les
exportations de sucre des PMA vers l’UE ont été complètement libéralisées et les
importations de sucre originaires des pays ACP non PMA sont uniquement soumises à une
clause de sauvegarde en fonction de la quantité.
À la suite de la réforme du secteur du sucre en 2006, le marché européen a également été
ouvert aux importations sans quotas et sans taxes en provenance des Pays les moins avancés
(PMA) et des pays ayant signés les Accords de Partenariat Economique (APE). En d’autres
termes, les anciennes colonies ne peuvent plus vendre à des prix protégés par l’UE, ce qui
veut dire que, parmi elles, seuls les producteurs capables de produire à coûts très bas pourront
continuer à exporter vers l’UE. Par ailleurs, l’UE est passée assez soudainement du statut
d’exportateur net, qui déversait des Mt de sucre subventionné sur le marché mondial, à celui
de premier importateur mondial avec 3,48 Mt en 2012-2013. Cela est en train de provoquer
un mouvement de délocalisation de la production sucrière de pays où les coûts de production
et de transport sont élevés (les îles Fidji, la Réunion et une bonne partie des Caraïbes), vers
des pays où les coûts de production sont bas et où l’accès à l’UE est facile, à la fois en termes
d’accords commerciaux et de transport (Soudan, Ethiopie, Mozambique). En outre, en dehors
de l’UE, les grands raffineurs de sucre, avides de sucre bon marché pour remplacer les
exportations européennes, se sont mis à la recherche de réseaux d’approvisionnement
alternatifs.
En contrepartie d’une baisse de 36 % du prix garanti, l’Europe offre effectivement des
mesures d’accompagnement aux Etats ACP exportateurs de sucre destinées à atténuer les
effets de la réforme sur le secteur sucrier des ACP. L’enveloppe d’aide d’accompagnement de
40 millions d’euros pour 2006 est assortie d’un seuil de 15 % par pays. De ce montant,
Maurice, en dépit de sa quote-part de 38 % dans les exportations vers l’UE, ne se retrouve
qu’avec 5,82 millions d’euros.
A compter du 1er octobre 2015, le sucre des pays relevant d’un APE et du régime TSA
bénéficiera d’un accès au marché européen non réciproque, en franchise de droits et sans
contingents. Le marché sera librement accessible à l'ensemble des pays ACP signataires des
APE, sous réserve d’une clause de sauvegarde en cas de chute des prix du sucre durant deux
mois consécutifs en dessous de 80% du prix du marché pour le sucre blanc de la Communauté
européenne qui prévalait durant la campagne de commercialisation précédente.
- 55 -
Au Brésil, les conditions géographiques et sociales sont très favorables. En effet, les coûts de
production sont faibles dont notamment le coût de la main-d’œuvre et le climat est favorable à
la culture de la canne qui est exigeante en eau.
Au Brésil, il existe de grandes exploitations de canne à sucre très performantes dans les Etats
de Sao Paulo et du Parana, mais une grande part de la production provient encore des grandes
fazendas du Nord-Est, dans lesquelles les rendements moyens à l’hectare n’excèdent toujours
pas 55 tonnes de canne (Freitas Alves et al., 1997)30.
Le coût de production de la canne à sucre au Brésil est de l'ordre de 150 à 180 dollars par
tonne contre 335 dollars la tonne en Australie et 200 dollars la tonne aux Etats-Unis.
L’éthanol est également très compétitif. Son coût de production moyen au Brésil est de 0,19
dollar par litre, contre 0,55 en Europe. Le Brésil cherche, aujourd'hui, à créer un marché
international de l'éthanol.
La transformation et la commercialisation du sucre sont privatisées et libéralisées et seul le
programme éthanol peut encore recevoir des soutiens publics.
Le Brésil est le premier exportateur mondial du sucre et le fournisseur le plus compétitif sur
les marchés mondiaux du sucre. Il a accru considérablement ses exportations au cours des
cinq dernières années sous l'effet entre autres des dévaluations monétaires. Il va être le plus
grand bénéficiaire d’une augmentation éventuelle du commerce mondial et des prix du sucre,
car il a la capacité d'augmenter sensiblement sa production et ses exportations.
Pourtant, les exportations de sucre du Brésil constituent la troisième alternative après la
production de l’éthanol (50% de la production de la canne lui est destinée) et
l’approvisionnement du marché domestique en sucre. Le gouvernement a poursuivi une
politique de biofuel depuis les années 70 qui octroie des incitations fiscales et des subventions
directes pour la production et l'utilisation de l'éthanol.
30
Option citée par Dufumier M., 2004. «Brésil : Réforme ou colonisation agraire». Editions Karthala : Agricultures
et paysanneries des Tiers mondes. p71-105.
- 56 -
Depuis l'Accord du Cycle d'Uruguay, les Etats-Unis ont converti les quotas d'importation en
contingents tarifaires. Le droit est de 1,38 cents US/kg pour les importations à l'intérieur d'un
contingent de 1,036 millions de tonnes en équivalent sucre brut pour l'exercice 2005. Les
importations dépassant ce contingent sont soumises à un droit prohibitif de 33,86 cents/kg
pour le sucre brut et de 35,73 cents/kg pour le sucre raffiné.
Le programme de soutien aux prix par des prêts ou « price support loan »31
Ce programme repose sur des prêts de neuf mois qui doivent être remboursés, de même que
les charges d'intérêt, au maximum à la fin de l'exercice au cours duquel le prêt a été consenti.
Ces prêts sont accordés aux transformateurs de la canne ou de la betterave contre la mise en
caution du sucre. Le taux du prêt est de 18,75 cents par pound en 2012-13 pour le sucre brut
de canne et de 128,5 % du taux de prêt en 2010-13 pour le sucre raffiné de betteraves à sucre.
Le système doit être sans coût net pour le trésor des Etats-Unis, ce qui implique qu'en
moyenne le prix du sucre sur le marché américain devrait être supérieur au taux minimum du
prêt, plus les intérêts.
D’autres programmes d’aide sont également prévus, notamment le programme de prêts pour
les entrepôts de stockage de sucre ainsi que le programme du paiement en nature, qui est un
programme qui bénéficie aux producteurs de betteraves qui peuvent reconvertir une partie de
leur surface cultivée en betteraves et ne pas commercialiser cette future production en
échange d'un paiement, ce qui est comparable à un gel des terres.
3.2. Comparaison des prix du sucre aux Etats-Unis à ceux du marché mondial
Aux Etats-Unis, et comme le montre le graphique 17, le prix intérieur du sucre a toujours été
maintenu autour de deux fois sa valeur sur le marché international pour corriger les
distorsions sur ce dernier. En effet, depuis 1990, le ratio prix du sucre (brut ou raffiné) aux
Etats-Unis par rapport au prix mondial tourne autour de 2.
31
Source : http://www.ers.usda.gov/topics/crops/sugar-sweeteners/policy.aspx. Dernière date de consultation : le
22 janvier 2013.
- 57 -
Graphique 17 : Evolution du ratio prix du sucre aux Etats-Unis/prix mondial du sucre
6,00
5,00
4,00
3,00
2,00
1,00
0,00
82
83
84
85
86
87
88
89
90
91
92
93
94
95
96
97
98
99
00
01
02
03
04
05
06
07
08
19
19
19
19
19
19
19
19
19
19
19
19
19
19
19
19
19
19
20
20
20
20
20
20
20
20
20
Sucre Raffiné Sucre Brut
4. Benchmark international
La comparaison des prix sortie usine par pays, hors taxes et subvention comprise, montre que
ce prix est relativement bas au Maroc grâce au système de compensation, puisque ce prix est
réglementé et subventionné tel que c’est le cas en Tunisie. Cependant, d’autres pays
producteurs ont opté pour la subvention et la protection de l'amont agricole des cultures
sucrières.32
Alors que le prix du sucre granulé à la consommation est de 5 Dh/kg au Maroc et 5,6 Dh/kg
en Tunisie, il est plus élevé dans certains pays : Egypte 7 Dh/kg et Sénégal 9,2 Dh/kg.
Conclusion
L’examen des politiques sucrières adoptées par les principaux pays producteurs, exportateurs
et utilisateurs du sucre sur le marché mondial montre des distorsions significatives de
politique sucrière d’un pays à l’autre.
L'Inde, un grand producteur de sucre, régule fortement son marché domestique et protège ses
producteurs locaux grâce à des tarifs élevés à l'importation. La Chine a des restrictions à
l’importation qui maintiennent les prix domestiques du sucre aussi élevés que ceux des Etats-
Unis. La Russie, un grand importateur, protège ses producteurs de betteraves et ses raffineries
grâce à des tarifs à l’importation élevés. La Thaïlande, quatrième exportateur net et
producteur de sucre à faible coût, a des prix domestiques élevés et accorde des incitations
fiscales et des crédits subventionnés pour augmenter ses exportations. Les Etats-Unis
maintiennent le prix intérieur du sucre à près de deux fois le prix du marché mondial.
Au niveau de l’Union Européenne, l’Organisation Commune des Marchés (OCM) du sucre a
été créée en 1967 afin d’assurer un revenu équitable aux producteurs de l’UE et de stabiliser
le marché à travers un système de quotas et de prix garantis. Ces prix d’intervention ont été
sensiblement plus élevés que ceux du marché international au cours de la période 1996-2006.
32
Benchmark est une démarche d’observation et d’analyse des performances atteintes et des pratiques utilisées
par la concurrence (d’autres pays)…
- 58 -
Cependant, depuis 2006, l’UE est en pleine restructuration de son secteur sucrier. Ainsi, à
partir du 30 septembre 2017, les mesures fondamentales du régime sucrier de l’UE, telles que
les quotas sucre/isoglucose, le prix minimal de la betterave sous quota et la restitution à
l’exportation, vont être éliminées.
Ceci montre que globalement, le secteur sucrier est fortement régulé et subventionné dans
beaucoup de pays. En effet, la majorité des pays producteurs de sucre ont recours à la
protection de cette filière, comme le démontre l’étude menée au niveau international dirigée
par Kym Anderson (2009). Des programmes d’aides, des contrôles et des subventions directes
ou indirectes de certains pays à la filière sucre augmentent artificiellement l'offre mondiale et
baissent les prix sur le marché international. L'une des hypothèses généralement admise est
qu'une suppression des interventions dans les grands pays producteurs de sucre à l'échelle
mondiale se traduirait nécessairement par des augmentations substantielles et une plus grande
stabilité des prix sur le marché international. On estime globalement que les coûts de
production moyens du sucre au niveau international sont plus élevés de 30 à 35% que les prix
moyens mondiaux.
- 59 -
CHAPITRE 4 : CONTEXTE DE LA FILIERE SUCRIERE AU MAROC
- 60 -
Figure 3 : Implantation de la betterave et de la canne à sucre au Maroc
Moulouya (BS)
Loukkos (BS et CS)
Gharb (BS et CS)
Tadla (BS)
Doukkala (BS)
- 61 -
Graphique 19 : Evolution des superficies de la betterave à sucre en pluvial et en irrigué
au niveau national
Source : MAPM.
Source : MAPM.
- 62 -
passant de 72.000 tonnes en 1963 à plus de 3 millions de tonnes actuellement, soit un taux
d’accroissement annuel moyen de 12%.
Source : MAPM
- 63 -
Graphique 23 : Rendements de la betterave à sucre (en tonnes/hectare)
Source : MAPM
- 64 -
Graphique 25 : Evolution des rendements de la canne au niveau national en tonnes/Ha
Source : MAPM
2. Performances industrielles
Entre 2005 et 2011, la production locale est passée d’un volume de 1,06 à 1,23 millions de
tonnes. Soit presque la pleine capacité de l’outil de production national estimée à 1,25
millions de tonnes. Cette production est issue des plantes sucrières et du raffinage du sucre
brut importé. Près de la moitié de cette production de sucre est sous forme de sucre granulé,
35% de sucre en pain et le reste (15%) en morceaux ou lingots.
Les parts de marché des différentes sucreries sont présentées dans le graphique 26.
- 65 -
Graphique 26 : Parts de marché des unités sucrières dans le marché national
Source : MAEG
Le taux d’extraction du sucre au niveau des usines est en amélioration continue grâce aux
efforts de la recherche et aux nouveaux investissements au niveau des sucreries, dans le cadre
de la modernisation de l’outil industriel. Ce taux a connu une amélioration de près de 44%
pour la sucrerie de Doukkala. En effet, dans le cadre du programme « intégration,
développement industriel et mise à niveau globale 2012 (INDIMAGE 2012) » étalé sur cinq
ans, et mis en place par le Ministère de l’Industrie, le secteur industriel a adopté un plan
d’action pour améliorer les performances de l’outil industriel par l’intégration, la mise à
niveau et le développement des sucreries. Il a ainsi investi, entre 2004 et 2009, 480 MDh/an
pour l’acquisition des sucreries publiques et l’extension de l'usine de Sidi Bennour (en 2005)
et l’investissement dans le développement de l'ensemble de l'outil industriel (en 2008-2009).
En 2008, dans le cadre du plan Maroc vert, un contrat-programme [2008-2013] a été signé
entre l’Etat et la FIMASUCRE, avec une enveloppe globale de 3,6 milliards de dirhams.
L’objectif était d’arriver à produire localement, en 2013, 55% des quantités destinées à la
consommation. Or, vu les conditions climatiques défavorables qui ont caractérisé ces
dernières campagnes agricoles, ce taux de couverture national en sucre est de 30% au titre de
2013.
Un nouveau contrat-programme 2013-2020 a été signé entre le Gouvernement et la profession
prévoyant d’atteindre un taux de couverture de sucre par la production nationale de 62% à
l’horizon 2020, et ceci par l’extension des superficies et l’amélioration de la productivité.
Il faudrait rappeler à ce niveau que suite notamment aux conditions climatiques, la production
fluctue d’une année à l’autre durant les dix dernières années. En effet, il y a eu une légère
baisse de la production, en moyenne de moins de 1% par an, par contre la consommation du
sucre a connu une augmentation importante de près de 2,4% par an. La résultante est que le
taux de couverture en sucre ne s’est pas amélioré compte tenu que l’effet de l’augmentation
de la consommation n’a pas été suivi par celui de la production.
A l’heure actuelle, les revalorisations des prix aux producteurs des cultures sucrières ont
permis un regain d’intérêt des agriculteurs vis-à-vis de ces cultures.
En outre, les investissements réalisés ces dernières années par le secteur privé dans l’industrie
sucrière témoignent d’une rentabilité du secteur et de l’existence d’une vision stratégique de
son développement à long terme.
C’est dans le cadre de cette vision à long terme que l’industriel est devenu agrégateur dans le
secteur. Il assure ainsi, à côté de l’Etat, à travers les ORMVA et l’ONCA, l’intensification de
- 66 -
la production agricole des cultures sucrières à travers l’appui et la sensibilisation et
l’encadrement des producteurs aux meilleures techniques de conduite des cultures (travail du
sol, traitements phytosanitaires, techniques modernes d’économie de l’eau d’irrigation,
utilisation des semences monogermes,…), et ceci en vue d’arriver à de bons niveaux de
rendements et de productivité et de développer l’amont agricole.
33
Tuluy H., et Salinger L., 1989. Trade, exchange rate and agricultural pricing policies in Morocco. World Bank
Comparative Studies.
34
Larbi Zagdouni, (1994). Le développement des cultures sucrières au Maroc : cas de la betterave dans le
périmètre irrigué des Doukkala, Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II, Rabat, Maroc.
- 67 -
Le plan sucrier élaboré en 1963 a été le projet de base sur lequel a reposé la substitution aux
importations ou l’adoption de la politique d’autosuffisance en sucre proclamée par le Maroc
au lendemain de l'Indépendance. L’année 1962-63 a vu naître la première campagne de
production de la betterave et 1972-73 a vu celle du lancement de la production de la canne.
Les intrants (semences, engrais, etc.) et l’eau d’irrigation (l’eau étant payante) nécessaires aux
cultures sucrières étaient avancés aux agriculteurs, à charge pour ces derniers de rembourser
les prêts au moment de la livraison des produits aux offices publics.
La production sucrière a longtemps été considérée comme l'une des plus belles réussites des
politiques agricoles d'autosuffisance et de modernisation menées par le Maroc depuis
l'Indépendance. En moins de trois décennies, l'Etat a mis sur pied une filière de production et
de transformation capable de produire 600.000 tonnes de sucre blanc par an et de subvenir
ainsi à près de 50% de la demande nationale.
Cependant, si au départ les agriculteurs étaient favorables à la production quasi-exclusive des
cultures sucrières comme dictée par les ORMVA, force est de reconnaître qu’ils s’en
détournèrent partiellement et commencèrent de diversifier leurs productions avec une
préférence très marquée pour les cultures maraîchères (Alioua, 1996).
Sur le plan économique, financier et commercial, l’Etat intervenait à tous les stades de
formation des prix : fixation des prix à la production, des prix de cession du sucre sortie usine,
des marges de raffinage et des prix à la consommation de sucre blanc.
L’Etat intervenait ainsi au niveau de la transformation selon le type de sucreries. Les sucreries
de brut étaient indemnisées sur la base de la différence entre le prix de péréquation36, prix que
ces sucreries du brut sont tenues de demander aux raffineries, et le prix de cession37 théorique
du sucre. Les sucreries de blanc étaient remboursées sur la base de la différence entre le prix
de cession, calculé pour chaque sucrerie sur base de ses coûts réels, et le prix de vente de
sucre blanc aux grossistes. Les raffineries recevaient un forfait de raffinage par tonne de
sucre produite qui était égal à la différence entre le prix de vente aux grossistes et un prix de
cession théorique calculé régulièrement sur la base des frais réels de raffinage.
Au niveau de l’importation du sucre, l’ONTS détenait le monopole d’importation de sucre. Il
importait le sucre brut et le livrait aux raffineries au prix de péréquation, fixé pour le sucre
brut de production locale. La différence entre le prix du sucre brut importé et le prix de
péréquation était soit versée par l’ONTS à la caisse de compensation, si la différence était
négative, soit remboursée par cette caisse à l’ONTS, si la différence était positive.
36
Le prix de péréquation ou le prix du sucre brut payé par les raffineries est calculé de manière à ce que la
différence entre ce prix et le prix du sucre raffiné livré aux grossistes assure aux raffineries une marge de
raffinage couvrant leurs frais réels ainsi qu’une rémunération du capital de 12%.
37
Le prix de revient théorique.
- 69 -
Avec l’adoption du PAS, la politique d’import substitution et de renfermement de l’économie
sur elle-même a été abandonnée au profit d’une politique d’ouverture de l’économie sur le
marché international et de recherche de compétitivité. Dans l’agriculture, ceci a correspondu à
l’abandon de la politique de recherche de l’autosuffisance alimentaire et son remplacement
par une politique de valorisation des ressources et de recherche de compétitivité des filières
agricoles. Ceci s’est traduit par une panoplie de mesures de réformes : désengagement de
l’Etat, suppression des subventions, libéralisation et privatisation.
La politique d’ouverture progressive sur l’extérieur de l’économie marocaine offrait ainsi de
nouvelles opportunités aussi bien en matière d’échanges commerciaux, qu’en matière
d’investissements et d’attrait de capitaux étrangers. Les accords commerciaux constituaient
une confirmation de la volonté du Maroc de poursuivre le processus de libéralisation entamé
auparavant. Cependant, deux produits de grande consommation, qui constituent une part
importante dans les dépenses de consommation des ménages les plus démunis, ont continué à
faire l’objet d’une politique de sécurité alimentaire. Il s’agit du blé tendre et du sucre.
Avec le premier PASA, l'Etat a accepté d'éliminer les subventions aux engrais et d'augmenter
le prix de l'eau. La protection effective des producteurs de betteraves a diminué. Les retards
de paiement de la Caisse de Compensation se sont fait plus fréquents, ce qui occasionnait aux
sucreries d’importants frais financiers et augmentait leur coût de revient.
La réduction des subventions aux producteurs conjuguée à la surévaluation du dirham,
favorisaient l’importation à la place de la production nationale des produits alimentaires.
Selon Marc Dufumier38, «c’est le Maroc qui, le premier des pays du Maghreb, à partir de
1984, a entrepris un plan d’ajustement structurel imposé par les bailleurs de fonds
internationaux en échange du rééchelonnement de sa dette extérieure.
Ce plan d’ajustement structurel agricole s’est traduit surtout par la dissolution des
organismes publics de commercialisation des produits agricoles, ou du moins par la
suppression de leur caractère monopolistique. De même, les offices régionaux de mise en
valeur agricole se sont peu à peu désengagés des prestations de services et opérations à
caractère commercial qu’ils assuraient auparavant. Les subventions destinées à diminuer les
prix des intrants agricoles et ceux des produits alimentaires à la consommation ont presque
toutes été supprimées. L’objectif n’était pas seulement d’alléger les dépenses de l’Etat, mais
on affichait aussi l’idée de retourner à une certaine « vérité des prix » et d’éliminer les
distorsions qui prévalaient antérieurement. Des subventions spécifiquement destinées à
l’achat de certains produits de première nécessité (entre autres le sucre) ont dû être
néanmoins maintenues pour les classes sociales les plus défavorisées.
La dissolution des offices publics et la libéralisation du commerce ont clairement laissé aux
exploitants une plus grande autonomie dans le choix des techniques et productions agricoles;
mais les paysans qui ne disposent que de revenus modestes ont directement pâti de la
suppression des subventions aux intrants agricoles».
38
Dufumier M., 2004. Maghreb : exode rural et dépendance alimentaire. Editions Karthala : Agricultures et
paysanneries des Tiers mondes. p71-105.
- 70 -
de marché, puis une phase ultime de privatisation des sucreries par blocs régionaux afin de
permettre à l'Etat de se désengager totalement.
L'abandon du système de compensation et la mise en place de la nouvelle protection (pour
forcer les coûts de production marocains à se réaligner peu à peu sur ceux de la concurrence
internationale) devaient ainsi imposer aux sucreries un taux de rentabilité minimal, renforcer
leur concurrence interne et soulager le budget de l'Etat.
Les antagonistes de la production nationale de sucre, invoquant l’argument de la valorisation
de la ressource ainsi que le gain potentiel corrélé à une meilleure allocation des ressources,
jugeaient que le Maroc ferait mieux d’approvisionner son marché intérieur à partir des
importations. Quant aux défenseurs de la production nationale de sucre, ils plaidaient pour
une révision globale de la politique sucrière marocaine à travers sa mise à niveau et la
constitution d’un stock de sécurité pour se prémunir contre les fluctuations du marché
international.
Si la filière sucrière a connu toutes les réformes d'ordre général du PASA appliquées à
l'ensemble du secteur agricole, sa libéralisation totale s'est heurtée à ses spécificités, en
particulier, au fait que le sucre constitue un produit de consommation de masse et que
l’industrie de transformation était jusqu’en 2006 un monopole étatique. La privatisation de
l’industrie sucrière ne s’est pas accompagnée d’une libéralisation des prix. Cette libéralisation
des prix du sucre est restée inachevée puisque le prix à la consommation est encore
réglementé et maintenu bas grâce à la subvention mise en place par l'Etat. Ceci se traduit par
la nécessité d’une intervention de l’Etat dans la fixation des prix.
- 72 -
En matière de tarification, et pour se conformer aux dispositions de l’accord de l’OMC, le
Maroc devait supprimer les mécanismes d’autorisations et de licences d’importation et les
remplacer par les droits de douane. C’est ainsi qu’un système de tarification a été instauré
depuis le 6 mai 1996, ayant pour objectif de protéger le producteur et le consommateur
nationaux, de réduire la variabilité des prix intérieurs et de stabiliser la charge budgétaire de
l’Etat. Ce système vise à opérer les corrections nécessaires pour porter le prix de revient des
importations du sucre brut à un prix ciblé de 4.700 Dh/T, à 5.700 Dh/T pour le sucre blanc
granulé et 6.500 Dh/T pour les autres types de sucre.
35% *VI
- 73 -
3. Système des prix du sucre au Maroc
Graphique 27 : Evolution des prix de vente du sucre raffiné, sortie usine (Période 1957-
2011)
Source : MAEG
Resté inchangé depuis 1989, le prix de vente du sucre n’a connu qu’en août 2006, une
augmentation de 348 Dh/T.
- 74 -
Tableau 18 : Prix du sucre sortie usine en Dh/T
Le prix officiel à la consommation s’obtient en majorant le prix sortie usine, majoré des frais
de chargement et d’emballage, des marges commerciales d’intervention des grossistes et des
détaillants. Les frais de transport de centre à centre sont calculés sur la base du tarif le plus
économique.
Source : MAEG
40
Source : Ces prix sont estimés pour les agences et dépôts de vente de l’industriel au niveau des préfectures et
des provinces. Les prix de détail à la consommation sont déterminés sur la base des prix départ usine/agence,
majorés des marges grossistes et détaillants, et devant être pratiqués autour des points de vente de l’industriel
sur un rayon de 20 Kilomètres. Au-delà de 20 kilomètres, il faudra appliquer une majoration proportionnelle à la
distance séparant le lieu de l’agence au point de vente, mais cette majoration ne peut excéder 6% du prix.
- 75 -
Section III. Mécanisme de stabilisation des prix intérieurs à travers le
système de compensation et conséquences budgétaires
Cette section traite du recours de l’Etat, pour stabiliser les prix intérieurs du sucre, à une
subvention forfaitaire à la tonne et une subvention supplémentaire à l’importation en cas de
hausse des cours mondiaux.
Elle s’attarde également sur les avantages mais également les critiques du système de
compensation, sur l’initiative pilote au cours de sa réforme ainsi que sur les expériences
internationales en matière de réforme de ces systèmes.
En outre, quand le cours mondial est élevé et que le prix du sucre brut à l’importation excède
4.700 Dh/tonne (cours moyen du prix mondial du sucre majoré des frais d’approche jusqu’au
Maroc, soit environ 350$/tonne), l’écart entre le prix cible et le prix observé sur le marché
mondial est supporté par l’Etat. L’Etat a ainsi recours à une double subvention au secteur
sucrier (subvention forfaitaire et subvention à l’importation).
- 76 -
Tableau 20 : Evolution des importations, du prix moyen rendu raffinerie et de la facture
des importations du sucre
2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012
Importations (1000 T) (a) 538 573 591 579 656 684 746 800 847 904 1.040
Les importations du sucre brut ont augmenté de près de 39% entre l’année 2008 et 2012 en
passant de 746 milliers de tonnes à plus de 1 million de tonnes, sous l’effet de l’augmentation
de la consommation à un rythme plus important que la production locale de sucre.
- 77 -
Graphique 30: Evolution de la charge de compensation forfaitaire et additionnelle pour
le sucre (MDh)
Les droits à l’importation sur le sucre sont de 35% et la TVA à la consommation de 7%, soit
une charge fiscale d’environ 40% qui pèse sur le sucre, ce qui réduit le poids réel de la charge
de compensation sur le budget de l’Etat. Si l’on déduit le montant des prélèvements fiscaux,
le montant net des subventions serait ramené de 4,1 à 2,4 Dh/T en 2011.
TVA prélevée sur le sucre (millions de Dh) (b) 333 360 364
Droits de douane (millions de Dh) (c) 476 978 1 691
Subvention nette (millions de Dh) d = a-b-c 1.766 1.997 2.998
- 78 -
Graphique 31 : Tendance des prix de détail du sucre en Dh/kg
Source : MAEG
De par leur impact sur le prix à la consommation du sucre, les subventions profitent
directement à l’ensemble de la population et aux industries. Les impacts sur les ménages sont
toutefois différents selon le pouvoir d’achat : les catégories aisées de la population
consomment plus de sucre et donc bénéficient davantage des subventions que les catégories
défavorisées. Le tableau ci-dessous démontre l’exactitude du ciblage des subventions du
sucre : le niveau de consommation du quintile41 le plus favorisé de la population est 2,15 fois
plus élevé que celui du quintile le plus défavorisé. Le système de subvention bénéficie aux
ménages les plus aisés, avec 43 % de la subvention totale et uniquement 9% vont aux
ménages les plus pauvres.
Source: d’après les données du Haut-commissariat au Plan., 2010. Cahiers du Plan n°27.
41
Ces quintiles représentent des tranches de 20% de la population selon leur niveau de dépenses annuelles
moyennes par personne. Q1 représente les 20% de la population les plus défavorisés et Q5 les 20% les plus
favorisés.
Signification des cinq classes des dépenses alimentaires annuelles moyennes par personne :
Q1 : Moins de 3 542 Dh/an de revenu. Q2 : De 3 542 Dh à moins de 5 032 Dh;
Q3 : De 5 032 Dh à moins de 7 046 Dh. Q4 : De 7 046 Dh à moins de 10 881 Dh.
Q5 : 10 881 Dh et plus.
- 79 -
3. Critiques du système de compensation au Maroc, sa réforme en cours et
comparaisons internationales
- 80 -
Le modèle mexicain de ciblage des dépenses de compensation est considéré comme
l’expérience pilote mondiale en la matière. En 1995, au cœur d’une crise économique
(Tequila Crisis) avec un taux d’inflation à deux chiffres, le Mexique décide de réformer son
système de subventions qui ne pouvait plus continuer à subventionner les produits
alimentaires. Le Mexique a ainsi procédé à la création d’un programme qui conditionne les
subventions et les transferts par l’obligation de l’amélioration du capital humain de tous les
membres de la famille, à travers les visites médicales obligatoires, la scolarisation des enfants,
etc. Ce programme touchait les familles les plus pauvres et même les villages ruraux les plus
isolés « Programme d’Education, de Santé et de l’Alimentation », dit Progresa, et
Oportunidades.
Bien que mise en place dans le contexte d’une crise économique de courte durée, le point fort
de cette réforme Progresa est qu’elle permet de donner aux pauvres les moyens de jouer un
rôle central dans l’amélioration de leurs conditions de vie, grâce aux transferts directs, tout en
évitant les dépendances de long terme envers les programmes sociaux.
L’évaluation du mode d’exécution et des résultats de ce programme montre qu’il n’a exercé
aucune pression sur le budget de l’Etat, que le ciblage des ménages et la redistribution des
revenus en faveur des pauvres ont été atteints, et ceci uniquement avec les ressources
existantes.
Parmi les impacts essentiels du programme, on cite :
- une baisse de 22% de la mortalité infantile (0 à 2 ans) ;
- une baisse de 17% des jours de maladie chez les adultes ;
- une augmentation de 24% des scolarisés au collège ;
- une augmentation du taux de scolarité de 26% durant la première année de distribution
des bourses...
Le tableau 23 synthétise les expériences d’autres pays en matière de réforme du système de
compensation : Indonésie, Brésil, Colombie, Chili, Turquie. Globalement, ces expériences
internationales sont orientées, dans leur majorité, vers les transferts monétaires conditionnels
(scolarisation, santé, …) et vers la réduction du coût des subventions aux produits de base.
- 81 -
Tableau 23 : Benchmark de quelques expériences internationales pour la réforme des subventions
Pays Objectifs des programmes Principales composantes des mesures d’atténuation Résultats
- Réduire l’impact social de la réforme du - Protection sociale à travers un transfert monétaire Les dépenses de compensation sont
ère
Indonésie prix des produits pétroliers. inconditionnel la 1 année, puis conditionnel. toujours assez élevées, mais les
- Aide opérationnelle aux écoles et bourses pour permettre performances sociales réalisées les
la scolarité gratuite. justifient amplement.
- Soins de santé de base, à travers la création des centres
sanitaires, des hôpitaux et de l’assurance maladie, et
infrastructure villageoise.
- Réduire l’impact social de la réforme du - Système de protection sociale sophistiqué (Bolsa Familia). - Résultats positifs.
Brésil prix des produits pétroliers. - Base de données des bénéficiaires. - Système en cours d’amélioration
- Améliorer l’équité et le ciblage des - Transfert monétaire pour couvrir la hausse des prix du gaz pour plus d’efficacité.
programmes sociaux. et du pétrole liquéfié.
- Améliorer le ciblage des tarifs
- 90 -
électriques.
- Prix du marché pour tous les - Transferts monétaires conditionnels et non conditionnels. La hausse des prix n’a pas provoqué
Colombie carburants. - Le système de protection sociale offre des bons pour la de troubles sociaux.
- Utilisation du système de protection nourriture et la santé, et des subventions à l’éducation.
sociale pour amortir le choc social. - Aucun lien direct avec la suppression des subventions au
prix du carburant.
Prix du marché pour tous les carburants Système de protection sociale avancé avec base de données - Conséquences sociales
Chili avec atténuation des impacts sociaux. des bénéficiaires et transfert monétaire couvrant la perte de minimisées.
pouvoir d’achat pour les pauvres. - Pas de troubles sociaux.
- Subventions à court terme
éliminées.
- Hausse des prix des produits pétroliers - Mécanisme d’ajustement du prix des carburants. La hausse des prix ne s’est pas faite
Turquie au niveau du marché. - Transferts monétaires octroyés aux programmes de santé sans réaction sociale.
- Utilisation du système de protection et d’éducation.
sociale pour amortir les chocs. - Comptes bancaires ouverts à chaque bénéficiaire.
Source : Rapport de la Banque Mondiale sur « Réformer les subventions au prix de l’énergie et renforcer la protection sociale », Département du Développement durable, juillet 2008
Conclusion
En 1996, l’Etat a pris la décision d’une libéralisation progressive de la filière sucrière. Cette
libéralisation devait être accompagnée par la mise en place d’un ensemble de mesures,
dont l’instauration d’une compensation forfaitaire de 2.000 dirhams par tonne de sucre, la
mise en place de l’obligation de la détention d’un stock de sécurité, le maintien d’une
protection tarifaire à la frontière et la libéralisation des prix. De la même façon, il a été décidé
de privatiser les unités de transformation de sucre détenues jusqu’alors par l’Etat (Surac,
Sunabel, Suta et Sucrafor).
Les trois premières mesures ont été adoptées et mises en application. Concernant la
libéralisation des prix, elle est restée inachevée puisque le prix à la consommation du sucre
est réglementé. Ceci se traduit par la nécessité d’une intervention de l’Etat dans la fixation des
prix. La subvention mise en place par l'Etat permet de maintenir le prix à la consommation
abordable, en vue d’assurer la sécurité alimentaire aux populations démunies.
En outre, suite à la hausse des cours mondiaux du sucre constatée ces dernières années, le
Maroc a dû recourir à une seconde subvention aux importations, à côté de la subvention
forfaitaire habituelle de 2 Dh/kg. La subvention globale au sucre produit a ainsi atteint, en
2011, 4,1 Dh/kg (plus 2,1 Dh/kg comme subvention à l’importation), ceci fait qu’avec
l’augmentation des cours mondiaux, le budget de la caisse de compensation commence à
peser lourd sur le budget de l’Etat.
L’objectif est un soutien au pouvoir d’achat des couches pauvres de la population bien que les
ménages relativement aisés en bénéficient aussi. En effet, de par son caractère non ciblé, ce
système de subvention bénéficie à l’ensemble des utilisateurs, même aux industriels, selon
leur niveau de consommation. Ainsi, il bénéficie aux ménages les plus aisés, avec 43 % de la
subvention totale, et uniquement 9% de cette subvention va aux ménages les plus pauvres,
argument qui peut plaider en faveur de l’option de réforme de la compensation.
Les bonnes réformes sont censées toucher simultanément deux volets : la réduction du coût
budgétaire des subventions et le maintien d’un bon niveau de protection sociale. Dans cette
perspective, des expériences internationales réussies en matière de transfert d’un soutien aux
catégories sociales les plus vulnérables existent. Les expériences du Mexique et de
l’Indonésie ont donné naissance à deux des meilleurs systèmes de ciblage de la compensation
au monde et méritent de s’en inspirer .
A l’instar de ces deux pays, le Maroc a lancé, à partir de 2008, deux programmes pilotes de
transferts monétaires directs conditionnels visant les citoyens qui ont le plus besoin d’aide :
‐ le programme TAYSSIR basé sur des transferts monétaires conditionnés par la
scolarité des enfants dans les zones rurales, pour remédier à l’abandon scolaire ; et
‐ le programme pilote d’assurance maladie non-contributive RAMED visant
l’amélioration des conditions sanitaires des populations.
Les résultats de ces projets sont concluants et positifs et ces programmes commencent à
passer de leur phase de projet pilote et de test à la phase de généralisation pour toucher les
populations les plus pauvres. Effectivement, la généralisation du RAMED relatif à l’assurance
maladie a atteint un stade assez important sur le plan immatriculation des bénéficiaires et
distribution des cartes. En effet, plus de sept millions de personnes sont couvertes par le
régime, soit 87% de la population ciblée estimée initialement à 8,5 millions de personnes.
- 83 -
TROISIEME PARTIE :
ANALYSE DES RESULTATS
Cette troisième et dernière partie présente les résultats de notre recherche. Elle comprend trois
chapitres (Chapitres 5, 6 et 7).
Dans le chapitre 5, relatif à l’analyse des marchés, nous allons identifier au niveau de la
première section relative à l’analyse de la consommation, les déterminants de la
consommation du sucre au Maroc et comment ils influencent la consommation du sucre.
Au niveau de la seconde section relative à l’analyse de la volatilité des cours mondiaux, il est
question de procéder à la décomposition des séries chronologiques des cours mondiaux du
sucre brut et du sucre raffiné en leurs trois composantes (tendance, effet saisonnier et effet
accidentel). Par la suite, nous allons calculer l’effet accidentel qui indique s’il y a eu
réellement une volatilité des cours mondiaux.
Le chapitre 6 traitera de la démarche de calcul des prix économiques à partir des prix
financiers. Il présentera les résultats de la MAP et des principaux indicateurs de protections et
d’avantages comparatifs ainsi que leurs interprétations. Les objectifs de ce chapitre sont de
déterminer si les cultures sucrières sont rentables financièrement et économiquement, si elles
sont compétitives en absolu et si la politique actuelle de l’Etat soutient/taxe ou/protège la
filière sucrière, compte tenu de l’objectif affiché de recherche de la sécurité alimentaire.
Le chapitre 7 présentera les résultats des calculs des marges brutes et de la valorisation des
ressources eau, capital et emploi tant pour les cultures sucrières que pour les autres cultures
pratiquées dans ces périmètres irrigués. L’objectif de ce chapitre est d’apprécier si les
cultures sucrières valorisent bien ces ressources, et de voir si elles sont compétitives
comparativement aux autres cultures pratiquées au niveau des périmètres irrigués
(compétitivité comparée).
- 86 -
CHAPITRE 5 : ANALYSE DES MARCHES
- 87 -
Tableau 24 : Tableau récapitulatif des formes fonctionnelles retenues pour la
consommation du sucre
2 Test de
Variable expliquée Equation retenue R
Durbin-Watson
42
Direction de la statistique. ; 1984-85. Enquête sur la consommation.
43
FAO.; 1994. Elasticité au revenu de la demande de produits agricoles, option citée dans le rapport n°11727-
MOR «Développement agro-industriel, contraintes et opportunités».
- 88 -
Le taux d’urbanisation a un coefficient de régression de -2,037, qui représente en même temps
l’élasticité de la consommation totale de sucre par rapport au taux d’urbanisation. Ainsi, si le
taux d’urbanisation (nombre urbains/population du Maroc) augmente de 1%, alors la
consommation totale du sucre diminue de 2,037%. Ceci est tout à fait normal du fait que la
consommation du sucre est plus importante en milieu rural qu’en milieu urbain.
- La consommation par habitant du sucre granulé
Le log de la consommation par habitant du sucre granulé est à 96% expliqué par le log de
trois variables : les prix réels à la consommation du sucre granulé et du sucre en morceau, le
taux d’urbanisation et le revenu par habitant.
LCcapg=-2.971-1.459LPg+0.868LYCAP-2.013 Ltxurban+1.358LPm
Le prix du sucre granulé a un coefficient de régression de -1.459 négatif, qui représente en
même temps l’élasticité de la consommation par habitant du sucre granulé par rapport au prix
du sucre granulé : si le prix réel à la consommation du sucre granulé augmente de 1%, alors la
consommation par habitant du sucre granulé diminue de -1.459%.
Quant au prix du sucre en morceaux, il a un coefficient de régression de 1.358, qui représente
l’élasticité de la consommation par habitant du sucre granulé par rapport au prix du sucre en
morceaux : si le prix du sucre en morceaux augmente de 1%, la consommation par habitant du
sucre granulé augmente de 1,358%. Les deux produits sont substituables.
L’élasticité de la consommation du sucre granulé par habitant par rapport au revenu moyen
par tête d’habitant est de 0,868 et son élasticité par rapport au taux d’urbanisation est de
-2.013%.
Nous concluons donc que la consommation du sucre est corrélée positivement au revenu et
elle est par contre corrélée négativement avec son prix et le taux d’urbanisation.
Or, si la tendance générale est vers la stabilisation des prix, l’analyse des données du revenu
en terme constant (appréhendé par le PIB/habitant) et du taux d’urbanisation nous montre que
leur taux d’accroissement annuel moyen, durant la période 2000-2010, sont respectivement de
5% et de 1%. Le revenu par habitant augmente donc à un rythme beaucoup plus important
que le taux d’urbanisation.
Source : nos calculs d’après les données de la Direction des statistiques au Maroc (HCP)
- 89 -
Nos résultats obtenus sont conformes à ceux de certains travaux réalisés dans le domaine.
Ainsi, pour le cas spécifique du sucre, au niveau international, une étude, intitulée «The world
sugar economy : An econometric Analysis of long term developments», a utilisé un modèle
économétrique pour examiner, par projection, la voie de croissance de l’économie mondiale
du sucre de 1961 à 197744, et ceci en essayant d’estimer des équations de la consommation
par continent.
Ce travail a estimé la fonction de demande de sucre au niveau de plusieurs groupes de pays de
différents continents : il a distingué entre les pays développés, les pays à économies
centralement planifiées et les pays en voie de développement, dont fait partie l’Afrique.
Pour l’Afrique, dont fait partie le Maroc, les équations retenues sont rapportées au niveau du
tableau 25.
Avec des R2 élevés et des résidus non auto-corrélés, ces équations montrent que les prix réels
du marché sont négativement corrélés avec la consommation totale ou per capita du sucre,
alors que le revenu global et le revenu per capita sont respectivement liés positivement avec la
consommation totale ou per capita.
C : consommation totale de sucre ; Y: revenu total ; CCAP : consommation de sucre par habitant ; YCAP :
revenu par habitant ; P : prix du sucre sur le marché mondial.
Une étude, réalisée, cette fois, au Maroc, sous le thème «L’analyse économique des filières
oléagineuse et sucrière», (Zaitouni, 2006)46, s’est intéressée à l’analyse des fonctions de la
consommation du sucre pour la période 1960-1998. Ce travail a donné lieu à des estimations
des évolutions observées de la demande du sucre en vue d’en appréhender les facteurs
explicatifs.
44
Banque Mondiale., 1980. Etude réalisée par Jos de Vries, The world sugar economy : An econometric Analysis
of long term developments.
45
Le test de Durbin Watson (DWS) utilise les résidus (e) obtenus avec l’estimation du modèle, sous l’hypothèse
nulle : les aléas ne sont pas auto-corrélés. Cette statistique s’écrit de la manière suivante:
T
e t e t 1 2
t 2
d
T
e 2t
t 1
La statistique d est approximativement égale à 2. Ainsi, une valeur de d proche de 0 signifie une auto-corrélation
positive, une valeur proche de 4, une auto-corrélation négative, et une valeur proche de 2, une non auto-
corrélation.
46
Thèse réalisée dans le cadre de l’obtention du diplôme d’ingénieur de l’Institut Agronomique et Vétérinaire
Hassan II à Rabat, Maroc, 2006.
- 90 -
Tableau 26 : Equations retenues par le travail de l’Agroconcept
2
Equations retenues R
Log(Csucre)=3.85 - 0.22 log(Prsucre) 0.85
Log (Csucre)=-1.02+0.50 log(Déphab) 0.54
Log (Cpain)=2.24-0.81 log(Txurban) 0.90
Log (Cmorceau)=4.71-1.01 Log(Prmorceau)+2.05 Log(Txurban)-0.30 Cap 0.95
Log (Cgranulé)=4.37-0.64 Log(Prgranulé)+0.14 Log(Prpain)+2.54 log(Txurban) 0.84
Notations utilisées :
Csucre : Consommation moyenne de sucre en (kg/hab/an) ;
Cpain : Consommation moyenne de sucre en pain en (kg/hab/an) ;
Cmorceau : Consommation moyenne de sucre en morceau en (kg/hab/an) ;
Cgranulé : Consommation moyenne de sucre en granulé en (kg/hab/an) ;
Prsucre : Prix moyen réel à la consommation du sucre en Dh/kg ;
Prgranulé : Prix moyen réel à la consommation du granulé en Dh/kg ;
Prpain : Prix moyen réel à la consommation du sucre pain en Dh/kg ;
Prmorceau : Prix moyen réel à la consommation du sucre morceau en Dh/kg ;
Txurban : Taux d’urbanisation ;
Déphab : Consommation finale des ménages en prix réels (Dh/Habitant) ;
Cap : Capacité de production du sucre en morceau.
L’étude a conclu que si les prix réels semblent partiellement expliquer l’évolution des
consommations moyennes du sucre granulé et du sucre en morceau/lingot avec des
coefficients significatifs et ayant les signes auxquels on s’attendait, la consommation du sucre
en pain ne s’explique que par le facteur urbanisation (urbanisation qui privilégie souvent la
consommation du granulé par rapport au pain). L’évolution des prix ne semble pas expliquer
les tendances observées pour cette forme de sucre.
- 91 -
Tableau 27 : Calcul de l’élasticité-prix propre pour la consommation totale et per capita
du sucre
- 92 -
3.3. Elasticité-revenus
L’élasticité (Ey) mesure la variation en pourcent de la quantité consommée d’un bien suite à
une variation de 1% du revenu du consommateur. Sur la base de cette définition, il s’avère
que le sucre est un bien indispensable.
- 93 -
Graphique 33 : Evolution de la série initiale et de la tendance pour les cours mondiaux
du sucre brut en $/T
- 94 -
1.2. Effet saisonnier
Le graphique 35 montre l’effet saisonnier au fil des mois de l’année pour les cours mondiaux
du sucre brut et du sucre raffiné.
Graphique 35 : Représentation mensuelle des effets saisonniers (S’j) pour les sucre brut
et raffiné en $/T
Quelle que soit l’année, l’effet saisonnier d’un même mois est le même (c’est le cas par
exemple, pour le mois de décembre 1990, décembre 1991, etc.). On remarque également que
ces effets saisonniers sont de faible amplitude (ils ne dépassent pas 1,1 $/T).
Les graphiques 36 et 37 présentent les effets saisonniers au fil des années. Ces effets
saisonniers sont cycliques (le même cycle chaque année) pour le sucre brut et raffiné et avec
des amplitudes très faibles (respectivement entre 0,96 $/T et 1,03$/T pour le sucre brut et
entre 0,97 $/T et 1,05 $/T pour le sucre raffiné).
- 95 -
Graphique 37 : Estimation de la composante saisonnière pour les cours mondiaux du
sucre raffiné en $/T
- 96 -
Graphique 39 : Série désaisonnalisée et non désaisonnalisée des cours mondiaux du
sucre raffiné en $/T
Graphique 40 : Résidus obtenus à partir de la série initiale, après élimination des effets
tendance et saisonnalité dans le cas des cours mondiaux du sucre brut en $/T
L’isolation de l’effet résidus, qui reflète la variabilité accidentelle, montre que la série des
cours mondiaux du sucre brut a subi, entre janvier 1960 et décembre 2010, une forte volatilité
principalement durant les trois périodes suivantes :
- 1973 à 1975 ;
- 1980 à 1981 ;
- 2009 à 2010.
- 97 -
Quant à la série de cours mondiaux du sucre raffiné, elle a subi, entre janvier 1980 et
décembre 2010, une forte variabilité accidentelle principalement durant deux périodes : 1980
à 1981 et 2009 à 2010. Ces années correspondent aux deux dernières périodes de forte
variabilité des cours mondiaux du sucre brut.
- 98 -
Graphique 43 : Evolution de la série initiale, de la tendance, des effets saisonniers et
accidentels pour les cours mondiaux du sucre raffiné en $/T
- 99 -
- l’adoption, par un certain nombre de pays exportateurs, de mesures protectionnistes qui
limitaient l’offre sur le marché mondial (dont notamment la mesure de l’interdiction
d’export).
Toutefois, cette récente hausse est restée d’une amplitude moindre que celle des années 70 et
celle des années 80.
Ces résultats déterminés d’après nos calculs sont conformes à ceux trouvés dans d’autres
travaux. Certains auteurs ont entrepris, par diverses méthodes, de déterminer si la volatilité
des prix des produits alimentaires s’intensifiait effectivement au fil des ans (Calvo 2008;
Gilbert and Morgan 2010; Huchet-Bourdon 2010; Abbott 2011). Ils ont conclu qu’il n’existait
aucune tendance en faveur d’une volatilité accrue sur les 50 dernières années (de 1960 à
aujourd’hui). Ils ont souligné cependant que, sur les marchés internationaux des produits
agricoles, la volatilité est actuellement plus élevée que dans les années 90 et 2000, mais pas
davantage que dans les années 70. Il semble y avoir consensus sur cette observation qui
ressort également de notre analyse de l’évolution de l’effet accidentel tant des cours mondiaux
du sucre brut que de ceux du sucre raffiné.
Cependant, en raison de la libéralisation des marchés depuis 20 ans, les prix intérieurs de
nombreux pays sont davantage liés aux prix internationaux, et leurs importations en produits
alimentaires sont beaucoup plus importantes. Ce phénomène a rendu la volatilité des prix
internationaux encore plus problématique qu’elle ne l’était 30 ans plus tôt47.
Conclusion
Le chapitre 5 relatif à l’analyse du marché comporte deux sections : l’analyse de la
consommation et l’analyse de la volatilité des cours mondiaux.
L’analyse de la demande a révélé que la consommation totale du sucre au Maroc s’explique
par deux principaux facteurs, le taux d’urbanisation et les revenus des ménages, les prix à la
consommation étant réglementés et maintenus à des niveaux relativement bas. En termes
réels, ces prix ont eu tendance à diminuer. L’urbanisation a tendance à faire baisser la
consommation du sucre alors que le revenu a plutôt un effet inverse.
L’analyse sur la décennie 2000-2010 montre que la tendance actuelle de l’urbanisation est
relativement faible puisque celle-ci se situe autour de un pourcent en moyenne annuellement.
Au contraire, et pour la même période, le niveau du revenu réel par habitant a enregistré un
taux significativement plus élevé, se situant autour de 5% en moyenne annuelle. L’effet de
l’urbanisation est donc largement annulé par celui de l’augmentation du revenu des ménages.
En conséquence, la tendance est à l’augmentation de la consommation nationale du sucre et,
donc, une accentuation de l’insécurité alimentaire du pays en sucre dans l’avenir.
L’analyse de la volatilité des cours mondiaux du sucre, de 1960 à 2010, grâce à la méthode
de décomposition des séries chronologiques, permet l’isolation d’un effet accidentel, qui
reflète la variabilité non due aux effets saisonnier et tendance. Cet effet accidentel est
principalement marqué durant les périodes : 1973 à 1975, 1980 à 1981 et 2009 à 2010.
Cependant, cette dernière hausse demeure d’amplitude moindre que celles des années 70 et
80.
En termes de sécurité alimentaire, les fluctuations des cours mondiaux du sucre n’ont pas
d’impact sur l’accès des ménages à ce produit, par contre elles ont un impact important sur le
budget de la compensation. La consommation du sucre au Maroc reste indépendante de
l’évolution des prix du sucre sur le marché international. Les prix étant réglementés, toute
variation des cours sur le marché international est absorbée par le système de compensation
47
Source : Comité de la sécurité alimentaire mondiale CSA, Groupe d’experts de haut niveau HLPE.;
2011. Volatilité des prix et sécurité alimentaire. Rapport 1.
- 100 -
des prix mis en place. En effet, à côté d’une subvention forfaitaire aux consommateurs, toute
augmentation des cours mondiaux induit à l’application d’une seconde subvention aux
importations.
Ces fluctuations des cours mondiaux, bien que n’affectant pas le consommateur, ont un
impact sur le budget de la caisse de compensation à tel point qu’ils commencent à peser
lourdement sur les finances publiques. C’est pourquoi, la piste d’une éventuelle réforme de
cette compensation et de son remplacement par des transferts monétaires directs aux couches
défavorisées est sérieusement envisagée.
La récente période de volatilité des prix a fortement réactivé la question de la sécurité
alimentaire. Elle a donné une nouvelle légitimation à l’intervention régulatrice de l’Etat et à la
nécessité de produire au moins une partie des besoins en produits de base.
Cependant, devons-nous produire à n’importe quel prix ? La production marocaine de sucre et
de cultures sucrières est-elle suffisamment compétitive en absolu pour que le pays envisage
de produire la totalité ou une partie de sa consommation au lieu de l’importer ? La politique
actuelle de l’Etat pour la filière concorde-t-elle avec l’objectif affiché de sécurité alimentaire ?
Telle est la problématique du suivant chapitre qui devra traiter de l’analyse de la politique des
prix et de l’intervention de l’Etat sur la filière sucrière.
- 102 -
CHAPITRE 6 : ANALYSE ECONOMIQUE
- 103 -
Tableau 30 : Taux de change nominal et réel au Maroc entre 1996 et 2007
Année 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007
TCO 8,72 9,53 9,60 9,80 10,63 11,30 11,02 9,57 8,87 8,87 8,91 8,20
TCR 8,46 9,34 9,32 9,71 10,63 11,12 10,95 9,41 8,64 8,53 8,66 7,95
FCS 1,03 1,02 1,03 1,01 1,00 1,02 1,01 1,02 1,03 1,04 1,03 1,03
Source : Ministère de l’Economie et des Finances, 2009 + nos calculs
48
6,06 est le taux de polarisation du sucre brut en betteraves à sucre. Autrement dit, il faut 6,06 tonnes de
betteraves à sucre pour produire une tonne de sucre brut.
- 104 -
La terre : le prix de la location de la terre dans les zones étudiées est utilisé comme
approximation de son prix économique. En effet, dans le cas d’un marché libre et
concurrentiel, comme c’est le cas au Maroc, le coût d’opportunité de l’intrant est égal à son
prix financier.
Le travail : en termes financiers, la valorisation du coût de la main-d’œuvre travaillant au
niveau du secteur agricole est supposée égale au Salaire Minimum Agricole Garanti (SMAG).
De même que celle de la main-d’œuvre travaillant au niveau des sucreries est supposée égale
au Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti (SMIG). En raison de l’abondance de la
main-d’œuvre, le coût d’opportunité de cette dernière est évalué à son prix financier multiplié
par un prix de référence de 0.8449.
L’eau d’irrigation : d’après les travaux de l’Administration du Génie rural (MAPM, 1998) du
Ministère de l’Agriculture au Maroc, le montant calculé de la redevance que l’agriculteur
devrait payer pour couvrir toutes les charges inhérentes à l’amenée du m3 d’eau jusqu’à la
parcelle (coût économique) est bien supérieur au montant actuel payé dans les périmètres de
grande hydraulique (coût financier). La différence entre les deux est la subvention supportée
par l’Etat. En effet, le prix économique de l’eau à court terme est défini comme étant le coût
de mobilisation de l’eau auquel on ajoute les charges récurrentes (entretien, etc.). Cependant,
au niveau des périmètres irrigués, le tarif de l’eau payé par les exploitants est bien inférieur à
son prix économique.
La méthode adoptée pour estimer le coût économique de l’eau est basée sur la différence entre
le prix de location d’un hectare irrigué et celui non irrigué, dans une même localité et ayant
les mêmes caractéristiques, auquel on ajoute les redevances d’irrigation d’un hectare cultivé
en betterave (tarif financier de l’eau multiplié par la consommation en eau par hectare
cultivé). Pour rapporter ce coût économique au m3 d’eau consommé, l’ensemble de ces
charges a été divisé par la consommation totale en eau d’un hectare cultivé en betterave.
49
La Banque Mondiale recommande de prendre le coefficient de 0.5 pour les pays en développement (cf.
Gittinger J. Price, 1985). Dans notre cas, on a jugé plus judicieux de corriger le salaire journalier par un taux de
16% pour tenir compte du taux de chômage moyen et, surtout, du sous-emploi qui prédomine dans le milieu rural.
- 105 -
Tableau 32 : Tableau synthétique des coefficients de décomposition des coûts des
intrants et du machinisme agricole
Pour plus de détail, la démarche de calcul est ainsi explicitée au niveau des exemples
d’intrants échangeables présentés ci-dessous.
4.1. Carburant
Le Maroc est importateur net de la matière première énergétique qu’est le carburant. De plus,
depuis 1995, les produits pétroliers sont libres à l’importation. Par contre, la politique globale
au niveau du secteur s’est orientée vers une intervention directe de l’Etat. Ainsi, les prix des
produits pétroliers sont fixés à la sortie de la raffinerie (prix de reprise) et à la consommation.
La première étape de calcul du coût économique du prix du gasoil consiste en l’évaluation du
prix de reprise économique obtenu à partir du prix sur le marché mondial du pétrole brut
multiplié par un taux de change de référence, tout en déduisant les effets de l’intervention
étatique.
La deuxième étape consiste en le calcul du prix de vente au détail en termes de prix
économique, à partir du prix de reprise économique, en supprimant toutes les interventions de
l’Etat (TIC, TVA, droit de timbre, intervention de la caisse de compensation, etc.).
Les tableaux 33 et 34 montrent que les échangeables représentent 91% du coût économique
total du gasoil. Le reste est constitué de la main-d’œuvre et des services de distribution. Le
résultat le plus frappant reste la différence entre le coût économique et le coût financier, qui
est de l’ordre de 30%, reflétant ainsi le niveau élevé de taxation de l’énergie au Maroc. A elle
seule, la taxe intérieure de consommation TIC représente 30% du prix financier.
Ce niveau de taxation du gasoil a pourtant baissé, puisque, au début des années 2000, la
différence entre le coût économique et le coût financier était de l’ordre de 66% et, à elle seule,
la taxe intérieure de consommation (TIC) représentait 55% du prix financier50.
50
Cité par L. Redani., 2002. Le potentiel Agro-exportateur marocain et les avantages comparatifs avec
l’Espagne : Etude du cas de la Tomate primeur, Thèse de master au CIHEAM, Montpellier, France.
- 106 -
Tableau 33 : Structure du prix du gasoil en Dh/HL (2008/09)
- 107 -
Tableau 34 : Coefficients de décomposition du coût du gasoil
4.2. Engrais
Les principaux engrais utilisés pour la betterave à sucre sont l’ammonitrate à 33,5%, l’urée à
46%, et le DAP (18-46-0). L’engrais retenu au niveau de cette section est l’ammonitrate à
33,5%. Les résultats de la décomposition de cet intrant sont présentés au niveau du tableau 32.
Le prix financier d’un quintal d’ammonitrate est de l’ordre de 310 Dh/Ql, alors que son prix
économique est de 241 Dh/Ql. Les intrants échangeables représentent plus de 88% de ce prix
économique. Les transferts sont de 70 Dh/Ql et sont positifs étant donné que l’intrant est taxé
à près de 29%.
4.4. Semences
Les semences betteravières sont importées, en totalité, de l’étranger, principalement d’Europe.
L’opération d’importation est effectuée par la SONACOS, qui en détient le monopole. Elle
lance, la veille de chaque campagne, un appel d’offre international et livre ensuite les
quantités commandées par périmètre, soit aux sucreries, soit aux associations des producteurs
ou directement aux agriculteurs.
Les emblavements des semences mono-germes représentaient en 2008, au moment de notre
enquête, près de 8% de la superficie totale betteravière, le reste (près de 92%) est planté avec
des semences multigermes importées. Actuellement, la tendance est vers la baisse de 96% de
l’utilisation de la multigeme au profit de la monogerme. La décomposition finale du coût des
semences de la betterave à sucre est reportée dans le tableau 32.
- 108 -
4.5. Matériel agricole
Le matériel agricole retenu dans notre étude comprend le tracteur, d’une puissance de 65 CV,
ainsi que le matériel d’accompagnement (cover-crop et/ou la charrue à disque).
Le prix horaire du matériel agricole est constitué de deux parties. La première partie, relative
au matériel lui-même (tracteur), comprend sa valeur d’acquisition, la consommation en gasoil
et en lubrifiant, la main-d’œuvre, l’entretien et l’assurance, le tout rapporté à l’heure. La
deuxième partie, relative au matériel d’accompagnement (le cover-crop ou la charrue à
disque), se compose de la valeur horaire d’acquisition du matériel, de l’augmentation de la
consommation du gasoil et de lubrifiant du tracteur, suite à la charge et l’entretien éventuel.
Concernant l’évaluation du coût du matériel agricole, la méthodologie utilisée consiste en
l’analyse en étapes : on sépare les coûts financiers d’investissement et de fonctionnement.
Ensuite, on soustrait l’effet des interventions étatiques (taxes et subventions). Cela conduit au
coût économique. Enfin, on divise le coût économique en coûts échangeables et en coûts non
échangeables. Ainsi, le coût du service de labour a été calculé en trois étapes :
1. Etablissement de la structure du coût du tracteur importé ;
2. Etablissement de la structure du prix du matériel d’accompagnement (cover-crop ou
charrue à disque);
3. La déduction du coût du labour à l’hectare, à partir des étapes 1 et 2.
4.5.1. Tracteur
Au cours de cette dernière décennie, les tracteurs étaient importés montés. Depuis avril 1982,
les tracteurs et d’autres intrants agricoles sont soumis uniquement à des droits de douane de
minimum 2,5 %, au niveau du régime général d’importation, et sont exonérés de droits
d’importation à partir de l’Union Européenne.
Pour un tracteur de 65 CV importé, d’une valeur financière de 180.000 Dh, marge
commerciale comprise, l’Etat livre une subvention de l’ordre de 72.000 Dh, soit 40% du prix
du tracteur, ce qui ramène le vrai prix d’achat du tracteur par l’agriculteur à 108.000 Dh.
Pour estimer le coût économique du tracteur, on élimine toute intervention de l’Etat, qu’il
s’agisse d’une subvention ou d’une taxation douanière. La marge commerciale en termes
économiques est évaluée à 3%.
- 109 -
Les prix de revient, en termes financiers et économiques du tracteur, sont respectivement de
108.000 Dh et de 145.311 Dh. Les intrants échangeables représentent près de 95% du coût
économique. La différence entre les deux prix est due au transfert réalisé par l’Etat
(subvention) au profit de l’agriculteur pour chaque tracteur acheté. Le tableau 35 présente la
décomposition du prix du tracteur.
Le coût horaire du tracteur, en termes financiers ou économiques, est à la fois composé d’un
coût d’investissement et d’un coût de fonctionnement. Le coût horaire d’investissement du
tracteur est calculé sur base de sa durée de vie et du nombre d’heures de travail. On admet
qu’un tracteur de 65 CV travaille 10 ans à raison de 1.250 heures/an. Au coût
d’investissement horaire, on ajoute le coût de fonctionnement horaire : carburant, lubrifiant,
entretien, main-d’œuvre et assurance.
51
D’après le Prof. J. FORTIN, « La mécanisation des travaux agricoles ».
(a)- Le prix économique d'achat d'un tracteur de 65 CV est estimé à 145.311 Dh. Quant au prix financier, il est de
108.000 Dh.
Le facteur de recouvrement du capital = Nombre d’heures de travail du matériel par an× (taux d’intérêt/(1-
n
(1/(1+taux d’intérêt) )))
1.250 heures est le nombre d'heures de fonctionnement d'un tracteur par an. N = 10 ans est la durée de vie d'un
tracteur. Soit le nombre d'heures de travail d'un tracteur durant sa durée de vie 12.500.
Le facteur de recouvrement multiplié par le prix d'achat est le montant des versements fixes à la fin de chacune
des n périodes pour reconstituer à la fin de la même période aux taux d'intérêt de 7%, la valeur d’acquisition du
tracteur.
(b)- La consommation du tracteur en carburant est de 6 litres/heure, le coût du litre est de 8 Dh pour le prix
financier et 5,63 Dh pour le prix économique. (c) Le coût du lubrifiant est estimé à 15 % du coût du carburant. (d)
L'entretien est estimé à 50 % de la valeur horaire du tracteur.
(e) La main-d'œuvre journalière est estimée au SMAG : 60 Dh/jour, qui est le prix financier. Elle a été multipliée
par un prix de référence de 0,84 pour retrouver son prix en termes économiques. Le tout est divisé par les 8
heures de travail de cette main-d'œuvre durant la journée, car on estime qu’il faut une heure pour labourer un
hectare.
(f) L'assurance est de 750 Dh/an, multipliée par 0,80, qui est le coefficient de décomposition de l'assurance
calculé au niveau de l'étude de la politique des prix et des incitations dans le secteur agricole. Le tout est divisé
par les 1.250 heures de travail du tracteur durant l'année.
- 110 -
Tableau 37 : Calcul du coût horaire économique du tracteur de 65 CV Dh/Heure
Les tableaux 36 et 37 montrent que les coûts horaires en termes financiers et économiques du
tracteur sont respectivement de l’ordre de 79,93 Dh et 68,04 Dh. Le coût économique étant
inférieur au coût financier, le travail horaire du tracteur est taxé.
Sachant qu’une heure est le temps nécessaire à un homme pour labourer un hectare, les coûts
horaires du tracteur et du matériel d’accompagnement (cover-crop ou charrue à disque) sont
ensuite combinés pour calculer un coût économique du service de labour par heure.
Les tableaux 38 et 39 permettent de détailler la méthode de calcul du coût horaire du travail
du sol, respectivement en termes financiers et économiques.
Le coût financier du travail du sol est de 109 Dh/heure pour le cover-crop et 157 Dh/h pour la
charrue à disque. Quant à son coût économique, il est de 90,27 Dh/heure pour le cover-crop et
de 137,55 Dh/h pour la charrue à disque. Les coûts financiers du travail du sol, avec le cover-
crop ou la charrue à disque, sont supérieurs aux coûts économiques, l’opération mécanisée du
travail du sol est donc globalement taxée.
- 111 -
Tableau 38 : Coût financier horaire du machinisme agricole en Dh/Heure
- 112 -
Section II. Présentation et interprétation des résultats
Tableau 40 : Les prix de revient, les coûts des échangeables et des non échangeables, en
termes économiques et financiers en Dh/ha et en Dh/T de betteraves en 2008/09
Coût Coûts des Coûts des Coût Coûts des Coûts des Transferts
financier échangeables non économique échangeables non
échangeables échangeables
- 113 -
Tableau 41 : Structure moyenne des charges de production de la betterave pour 2008/09 en Dh/Ha
% des % des
Coût
Prix Coûts des Coûts des non Coût Coûts des Coûts des non transferts du transferts
Unité Quantité financier Transferts
unitaire échangeables échangeables économique échangeables échangeables coût du coût
Dh/Ha
économique financier
Travaux du
sol
Labour HA 1 388 388 242 145 349 296 53 38 2 2
Cover cropage HA 2 175 350 250 100 290 229 61 60 2 2
Billonnage HA 2 188 238 169 68 197 155 41 41 1 1
Semis
HA 1 267 267 190 76 221 175 46 46 1 2
mécaniques
TOTAL 1 1.175 804 371 1.001 812 190 174 6 7
Intrants
Engrais de
- 120 -
Valeur locative
HA 3.125 0 3.125 3.125 0 3.125 0 0 0
du terrain
Autres charges 7% 336 0 336 336 0 336 0 0 0
3.545 0 3.545 3.545 0 3.545 0 0 0
TOTAL
16.245 5.035 11.210 17.176 4.906 12.269 -930 100 100
- 121 -
GENERAL
Tableau 42 : Les coûts totaux, échangeables et non échangeables, en termes économiques et financiers
en Dh/Ha pour la betterave à sucre en 2008/09
Coût financier Coûts des Coûts des non Coût économique Coûts des Coûts des non Transferts
Dh/Ha échangeables Dh/Ha échangeables Dh/Ha Dh/Ha échangeables Dh/Ha échangeables Dh/Ha Dh/Ha
Pour les quatre régions étudiées, les marges financières et économiques calculées sont
positives. L’activité est donc financièrement et économiquement rentable (pour le producteur
et pour la collectivité toute entière). Les marges, tant financières qu’économiques, dégagées
au niveau de la région de Doukkala sont les plus importantes, suivies de celles du Tadla, du
Loukkos et, enfin, du Gharb.
Les tableaux 45 et 46, ci-dessous, présentent les résultats de la MAP au niveau national, en
dirhams par tonne et en dirhams par hectare, pour la campagne 2008-2009.
Comme le montre le tableau 47, le prix financier de la betterave a été en 2008-09, en
moyenne, de 528 Dh/T, alors que son prix économique a été de l'ordre de 539 Dh/T. Le prix
financier est inférieur de 11 Dh/T à celui qui aurait prévalu sans intervention de l'Etat. Ceci
montre que les distorsions dans le système se traduisent par un manque à gagner pour le
producteur de betterave à sucre de 11 Dh/T.
- 116 -
Tableau 45 : Matrice des Analyses des Politiques pour la betterave à sucre en Dh/Ha
(moyenne nationale, campagne 2008-2009)
Ce résultat, qui montre que la production nationale de betterave est relativement compétitive,
s’explique par l’augmentation qu’a connue le prix du sucre sur le marché international. La
différence entre le coût des intrants échangeables en prix financier et en prix économique est
pratiquement nulle, ce qui s’explique par la politique d’incitation en faveur de
l’intensification agricole poursuivie par l’Etat. En effet, la majorité des intrants agricoles sont
pratiquement détaxés, voire même qu’ils bénéficient d’une subvention importante, comme
c’est le cas du matériel agricole et du matériel d’irrigation.
Pour les facteurs non échangeables, on constate une différence de près de 10% entre le coût
financier et le coût économique. Cette différence s’explique essentiellement par le prix
économique de l’eau, qui est implicitement subventionné.
Que cela soit en prix financier ou en prix économique, la production de la betterave reste
globalement rentable puisqu’elle dégage un bénéfice net de 40% dans le premier cas et 37 %
dans le second. Ce qui démontre une subvention globale implicite de la filière négligeable
(8 Dh/T).
Les profits économiques sont, en moyenne, de l’ordre de 10.313 Dh/ha. Les profits privés
représentent 103% des profits économiques. La subvention appliquée à la betterave à sucre au
titre de la campagne 2008-2009 s’élève à 3 % des profits privés.
L’analyse détaillée de la structure moyenne des charges et des recettes, aussi bien en termes
économiques que financiers, nous permet de situer quatre principaux postes de distorsion qui
se trouvent au niveau de quatre rubriques (cf. tableau 47), à savoir :
- 117 -
Tableau 47 : Principaux postes de charges, en termes financiers et économiques et de
transferts
- Rubrique : intrants
L’irrigation :
Les charges relatives à l’irrigation sont le produit du tarif de l’eau au niveau des périmètres
irrigués en Dh/m3 (en termes financiers ou économiques) et de la consommation totale d’eau
en m3 à l’hectare ou à la tonne de betteraves produite. Ces charges, en termes économiques,
sont, en moyenne, de 4.523 Dh/ha, contre 1.886 Dh/ha en termes financiers, entraînant ainsi
un transfert négatif de 2.637 Dh/ha, traduisant par-là que l’irrigation est globalement
subventionnée de près de 140%. En effet, le tarif financier de l’eau payé par les exploitants au
niveau des périmètres irrigués est bien inférieur à son prix économique. La différence entre
les deux est la subvention de l’Etat.
L’engrais :
Les charges financières à l’hectare de l’engrais sont de 2.297 Dh contre 1.791,5 Dh pour les
charges économiques, soit un transfert positif de 505 Dh/ha, traduisant par là la taxation de
ces intrants de 22% suite à l’application de droits de douane et de taxes au port.
- Rubrique : main-d’œuvre
L’agriculteur paye ses ouvriers au prix financier qui, normalement, est supérieur au prix
économique, compte tenu des hypothèses retenues, à savoir que le coût économique de la
main-d’œuvre est évalué à son prix financier multiplié par un prix de référence de 0.84. Il en
résulte que le recours à la main-d’œuvre salariée est taxé à hauteur de 16%.
- Rubrique : mécanisation et énergie
Pour effectuer les travaux de labour, l’agriculteur paye à l’hectare en moyenne 17% de plus
que ce qu’il devrait payer dans une situation sans distorsion pour le travail du labour avec le
cover-crop et 12% de plus pour celui avec la charrue à disque.
L’opération mécanisée du sol est donc globalement taxée à hauteur de 15% (cf. tableaux 38 et
39, relatifs au calcul des coûts horaires du machinisme agricole), et ceci malgré le fait que
l’agriculteur bénéficie des subventions à l’achat du tracteur et de la charrue à disque, ainsi que
de droits et taxes minimums.
- 118 -
L’explication de cette contradiction réside dans les distorsions sur le gasoil et les lubrifiants
consommés durant le labour et les travaux mécanisés. En effet, pour travailler sa terre,
l’agriculteur a besoin de gasoil. Or, il paye, au litre de gasoil, 30% de plus que ce qu’il devrait
payer dans une situation sans distorsion (cf. tableau 33 relatif à la structure du prix du gasoil).
Cette taxation est surtout due à la Taxe Intérieure de Consommation (TIC) et à la Taxe sur la
Valeur Ajoutée (TVA) qui représentent respectivement plus de 30% et de 13% du prix du
gasoil.
En outre, le travail mécanisé se fait par le biais du recours à des prestataires de service de
labour qui, en contrepartie de leur travail, se dotent d’une marge assez confortable. Le
morcellement des terres et l’exigence de garantie par les banques à l’achat du matériel
agricole sont une des causes principales de la non-mécanisation des petites exploitations.
Le calcul des protections implicites mesurées par les coefficients de protection nominale
(CPN) montrent que cette protection est pratiquement nulle dans le segment de la production
de la betterave sucrière. De la même façon, et mesurée par le coefficient de la protection
effective (CPE), cette protection s’est avérée insignifiante, puisque le CPE est proche de 1 (cf.
tableau 48). La combinaison des interventions de l’Etat sur les prix de la betterave et sur les
intrants échangeables utilisés dans sa production aurait un effet insignifiant sur la valeur
ajoutée (Globalement moins de 3% de taxation implicite).
Le calcul des Coefficients des Ressources intérieures pour la betterave montre que ceux-ci
varient, selon les régions de 0,51 à 0,60, ce qui démontre que cette culture est devenue
compétitive et économiquement rentable. Le gain en valeur ajoutée générée pour la
collectivité couvrirait largement le coût des ressources intérieures utilisées.
Ces calculs des protections nominales et effectives confirment les résultats trouvés par
d’autres travaux, notamment par Boulif (2008), et montrent que la betterave sucrière ne
bénéficie plus de protection (CPN et CPE proches de l’unité). Ceci traduit une baisse de
protection par rapport aux années 70, 80 et 90 où ces coefficients étaient largement supérieurs
à l’unité (Cf. Doukkali et al. 2001 et Banque Mondiale 1986 - tableaux 50 et 51).
- 119 -
Tableau 49 : Coefficients de protections et d’avantage comparatif de la betterave sucrière
(2007/2008)
Indicateurs Valeurs
CPN 0,98
CPE 0,97
CRI 0,65
Source : Boulif, 2008
Quant à nos calculs des coefficients des ressources intérieures, ils viennent confirmer les
résultats obtenus par des études antérieures, notamment l’étude de Doukkali et al. (2001).
Cette dernière, et contrairement aux évaluations conduites par la Banque Mondiale pour les
années 1970, 1980 et 1985 (voir tableau 51), avait démontré que pour la période 1993-99, la
production sucrière était compétitive dans toutes les régions du Maroc aussi bien en irrigué
qu’en pluvial (voir tableau 50). Un résultat semblable a été trouvé par Boulif (2008) pour la
campagne 2007-08 (voir tableau 49).
- 120 -
2.2. Protection et compétitivité du segment industriel du sucre marocain
Si le segment de la production de la betterave sucrière s’est avéré compétitif et ne bénéficiant
d’aucune protection entre 2007 et 2009, les calculs montrent que le segment industriel du
sucre est resté très protégé. Cependant, on note une tendance à la baisse de cette protection
qui est passée de 2,3 en 2004 à 1,6 en 2008 (voir tableau 52).
Tableau 52 : Coefficients de protection nominale pour le sucre brut au Maroc (port d’entrée
Casablanca)
2003 2004 2005 2006 2008
A- Estimation du prix intérieur du sucre brut
1- Prix de cession du sucre brut Dh/T 4.388 4.388 4.388 4.388 4.388
2- Coût de transport usine Doukkala- raffinerie 50 50 50 50 50
3- Prix intérieur rendu raffinerie (Dh/T raffiné-régie) 4.437 4.437 4.437 4.437 4.437
B- Estimation du prix frontière du sucre brut
1- Prix coût & fret + polarisation 208 203 242 270 316
2- Taux de change officiel Dh/$ 10 9 9 9 8
3- Prix frontière inajusté en Dh/T sucre brut 1.988 1.802 2.144 2.406 2.589
4- Frais d'approche 2,5% du coût et fret 50 45 54 60 65
5- Taxe parafiscale 0,10 % du CAF 2 2 2 2 3
6- Prix équivalent à la sortie du port Dh/T du sucre brut 2.040 1.848 2.200 2.468 2.656
7- Coût de transport port-usine Dh/T 47 47 47 47 47
8- Prix frontière rendu usine en Dh/T du sucre brut 2.087 1.896 2.247 2.516 2.704
9- Prix frontière rendu usine Dh/T raffiné-régie 2.174 1.975 2.340 2.620 2.816
Calcul du CPN brut 2,0 2,2 1,9 1,7 1,6
C- Ajustement pour les distorsions induites
par l'intervention de l'Etat
1- Surévaluation de la monnaie nationale (TCR>TCO)
a- TCR 9 9 9 9 8
b- FCS (facteur de conversion standard) 0,983 0,974 0,962 0,972 0,970
c- Prix frontière inajusté 1.954 1.755 2.063 2.338 2.510
d- Prix frontière ajusté rendu usine Dh/T raffiné-régie 2.138 1.926 2.256 2.550 2.734
Calcul du CPN net 1 2,1 2,3 2,0 1,7 1,6
2- Ajustement pour les taxes et subventions
a- Taxe d'importation 8 7 9 10 10
b- Subvention de transport 0 0 0 0 0
c- Prix frontière ajusté rendu usine Dh/T raffiné-régie 2.165 1.967 2.332 2.610 2.805
Calcul du CPN net 2 2,0 2,3 1,9 1,7 1,6
3- Ajustement pour les deux distorsions
- Prix frontière ajusté rendu usine Dh/T raffiné-régie 2.130 1.919 2.247 2.540 2.723
CPN net 2,1 2,3 2,0 1,7 1,6
Source : estimé d’après nos calculs selon les données du MAEG + données Doukkali et al, 2000
- 121 -
En tout cas, ces protections de la filière sucrière ne sont pas spécifiques uniquement au Maroc
et semblent généralisées dans la majorité des pays producteurs de sucre, comme le démontre
l’étude menée au niveau international et dirigée par Kym Anderson (2009). Ceci repose une
question méthodologique importante, c'est-à-dire dans quelle mesure peut-on utiliser le prix
international comme prix de référence dans le calcul de la compétitivité de la filière sucre. En
effet, si les prix sur le marché international restent une référence adéquate pour l’évaluation
de la compétitivité de la plupart des productions agricoles, dans le cas du sucre ceci ne semble
pas évident. Tout calcul de la compétitivité de la filière sucre doit tenir compte des
importantes distorsions que connaît son marché international et de la grande volatilité de ses
prix. Dans pratiquement tous les pays producteurs, le sucre est soumis à des contrôles de prix,
de l'offre et/ou de la demande.
Conclusion
Les principales conclusions relatives à l’analyse économique de la filière sucrière peuvent se
résumer comme suit :
La protection du segment de la production de la betterave sucrière au Maroc a baissé de
façon significative durant les dernières années. Ainsi, si la culture était protégée durant la
période d’avant l’ajustement (1970 à 1980) et même de post ajustement, elle est devenue
en 2008/09 non protégée.
Les études réalisées durant la période d’avant l’ajustement structurel (1970 à 1980)
montrent que le segment de la production de la betterave sucrière n’était pas compétitif
durant cette période. A l’opposé, les calculs effectués durant la période de post ajustement
structurel confirment que la filière est devenue compétitive. Cette évolution de la
compétitivité a été renforcée par la tendance à la hausse des prix du sucre sur le marché
international.
Les différents segments de la filière ne bénéficiaient pas du même niveau de protection. Si
le segment de production de la betterave sucrière ne bénéficie pratiquement d’aucune
protection, comme le démontre les calculs pour la campagne 2008-09, pour le sucre brut,
par contre, il a globalement été protégé durant la période 2003-2008. Ce qui signifie que
l’essentiel de la protection se situe au niveau du segment de la transformation.
Bien qu’étant resté protégé au niveau du segment industriel, le sucre a globalement vu ces
protections baisser ces dernières années.
Les prix au niveau du marché international du sucre ne peuvent que difficilement servir de
base de calcul de la compétitivité compte tenu des distorsions importantes qui
caractérisent ce marché.
- 122 -
CHAPITRE 7 : VALORISATION DES RESSOURCES ET COMPETITIVITE
COMPAREE DES CULTURES IRRIGUEES
Compte tenu de la structure du marché international et des prévisions de son évolution, tout
alignement immédiat, sans protection, des prix intérieurs sur les bas prix du marché
international serait fatal à la production nationale du sucre et risquerait même d'évincer du
marché les producteurs du sucre les plus compétitifs. De même, la très grande volatilité des
prix que générerait cet alignement des prix serait intolérable économiquement et inadmissible
socialement. Economiquement, une telle volatilité risquerait non seulement de se traduire par
des problèmes de programmation et de rentabilité des investissements au niveau des
producteurs, agriculteurs et transformateurs, mais aussi d'augmenter considérablement le coût
de la gestion du risque qu'elle générerait (problème de la spéculation sur les prix).
Socialement et politiquement, elle serait inadmissible à cause des fortes variations des prix
aux consommateurs et des problèmes d'emploi qu'elle induirait.
Le seul argument qui peut entraîner un abandon d’une filière stratégique telle que le sucre
serait une mauvaise valorisation des ressources eau, capital et emploi au niveau de la
production agricole. En effet, le niveau de protection de la filière doit être décidé en fonction
des choix stratégiques du pays et motivé par une meilleure allocation des ressources internes
du pays. Toute protection portant normalement sur une filière d'import substitution se fait au
détriment d'autres usages possibles des ressources disponibles (ressources au sens large :
moyens humains, investissements dans la recherche, facteurs de production, etc.).
De ce fait, la compétitivité d'une filière ne se juge pas uniquement par son niveau de
rentabilité absolu par rapport au marché international, mais aussi par rapport à la rentabilité
relative de la filière compte tenu des autres possibilités et opportunités dans l'économie et des
utilisations alternatives (coût d'opportunité). Telle est la problématique de ce chapitre.
C’est dans ce cadre que ce chapitre a pour objectif dans une première section de quantifier les
marges brutes dégagées par culture, au niveau de chaque périmètre irrigué des cinq régions, et
de consolider ce résultat au niveau national.
Dans une seconde section, il traitera de la valorisation des ressources eau, capital et emploi
par les cultures sucrières mais également par les autres cultures existantes au niveau des
périmètres irrigués. Le détail des résultats de la section 1 et 2 est repris dans l’annexe n°13.
- 123 -
1. Marges brutes dégagées par culture au niveau national
La culture de la canne à sucre occupe une position moins intéressante que celle de la betterave
à sucre en termes de marges brutes dégagées par hectare. Cependant, ces deux cultures sont
moins rentables que beaucoup d’autres, comme les cultures maraîchères (fraise, pastèque et
melon, artichaut, tomate, oignon, etc.), la vigne et l’arboriculture (agrumes).
Excepté la luzerne et le maïs fourrager, la betterave dégage une marge plus importante que
l'ensemble des cultures non horticoles cultivées en irrigué, et elle surpasse même les cultures
de l'olivier et de la pomme de terre (cf. graphique 44).
La culture de la canne à sucre occupe la même position que l'olivier et les blés et génère plus
de marge brute que les cultures non horticoles les plus importantes cultivées dans les
périmètres de grande hydraulique, telles que le tournesol, le maïs ou l'orge fourragère.
Source : calculs établis d’après les données de l’AGR/MAPM 200652+ ORMVA + nos Enquêtes
2.1. Doukkala
Au niveau de la région des Doukkala, excepté pour la vigne et la tomate, la betterave dégage
une marge plus importante que l'ensemble des cultures non horticoles cultivées en irrigué au
niveau de la zone, et elle surpasse même les cultures fourragères, la pomme de terre et les blés
(cf. graphique 45).
52
«Etude du coût de l’eau dans les périmètres de grande hydraulique», Administration du Génie Rural, 2006.
- 124 -
Graphique 45 : Marges brutes dégagées par culture au niveau des Doukkala (Dh/Ha)
Source : calculs établis d’après les données de l’AGR/MAPM 2006 + ORMVA + nos Enquêtes
Au niveau des Doukkala, l’Etat, à travers les ORMVA, et l’industrie ont fourni beaucoup
d’efforts d’encadrement des agriculteurs, de modernisation du secteur et d’amélioration des
techniques de conduite de la betterave, ce qui a permis d’arriver à des niveaux de rendements
élevés.
2.2. Tadla
Au niveau de la région du Tadla, la betterave à sucre dégage une marge brute plus importante
que les autres cultures, hormis l’arboriculture fruitière (y compris les agrumes), la luzerne et
les cultures maraîchères (cf. graphique 46).
Source : calculs établis d’après les données de l’AGR/MAPM 2006 + ORMVA + nos Enquêtes
- 125 -
2.3. Loukkos
Au niveau de la région du Loukkos, la fraise, les agrumes, le melon et la pastèque, ainsi que la
tomate dégagent une marge brute plus importante que la betterave et la canne (Graphique 47).
Source : calculs établis d’après les données de l’AGR/MAPM 2006 + ORMVA + nos Enquêtes
2.4. Gharb
Au niveau de la région du Gharb, la majorité des cultures sont plus rentables que les cultures
sucrières, sauf le blé, l’orge, le tournesol et les légumineuses.
Source : calculs établis d’après les données de l’AGR/MAPM 2006 + ORMVA + nos Enquêtes
- 126 -
2.5. Moulouya
Dans la région du Moulouya, la betterave à sucre dégage une marge brute plus importante que
l’olivier, les céréales et les légumineuses, cependant, beaucoup d’autres cultures la dépassent
en terme de marge brute.
Source : calculs établis d’après les données de l’AGR/MAPM 2006 + ORMVA + nos Enquêtes
1.1. Doukkala
Dans les Doukkala, la betterave sucrière occupe une place importante dans le système de
production en termes de rentabilité et d’emplois. En effet, elle dégage une valeur ajoutée
meilleure que la plupart des cultures, à l’exception de la tomate.
En termes de valorisation des ressources, la betterave à sucre emploie une main-d’œuvre plus
importante que toutes les autres cultures autres que maraîchères et elle occupe une position
plus intéressante que la majorité des cultures pratiquées dans la zone, à l’exception des
cultures maraîchères et du bersim, en termes de valorisation de l’eau.
- 127 -
De ce fait, aussi bien du point de vue de l’agriculteur que de la collectivité, la culture de la
betterave paraît intéressante dans les Doukkala.
Source : calculs établis d’après les données de l’AGR/MAPM 2006 + ORMVA + nos Enquêtes
Source : calculs établis d’après les données de l’AGR/MAPM 2006 + ORMVA + nos Enquêtes
1.2. Tadla
Dans le Tadla, hormis les cultures horticoles (arboricoles et maraîchères) et la luzerne, la
betterave sucrière occupe une position importante en termes de rentabilité du capital et de
valeur ajoutée dégagée.
La betterave à sucre emploie une main-d’œuvre plus importante que toutes les autres cultures
autres qu’horticoles, cependant, elle ne valorise pas bien l’eau d’irrigation et se trouve même
dans une position moins intéressante que la plupart des cultures.
- 128 -
Graphique 51 : Valorisation des ressources dans le périmètre irrigué du Tadla
Source : calculs établis d’après les données de l’AGR/MAPM 2006 + ORMVA + nos Enquêtes
Source : calculs établis d’après les données de l’AGR/MAPM 2006 + ORMVA + nos Enquêtes
1.3. Moulouya
Dans le Moulouya, la betterave sucrière occupe une position plus importante que les autres
cultures, hormis les cultures horticoles (arboricoles et maraîchères), en termes de rentabilité
du capital et de valeur ajoutée dégagée.
La betterave à sucre emploie également une main-d’œuvre plus importante que la majorité des
cultures exception faite des cultures horticoles autres que les agrumes et l’olivier.
Elle ne valorise cependant pas bien l’eau d’irrigation, puisque la plupart des cultures la
dépassent.
- 129 -
Graphique 52 : Valorisation des ressources dans le périmètre irrigué de Moulouya
Source : calculs établis d’après les données de l’AGR/MAPM 2006 + ORMVA + nos Enquêtes
Source : calculs établis d’après les données de l’AGR/MAPM 2006 + ORMVA + nos Enquêtes
1.4. Gharb
Dans le Gharb, les cultures sucrières occupent une position importante en termes d’emplois,
puisqu’elles créent plus de main-d’œuvre que la plupart des cultures non horticoles et la
tomate.
Elles dégagent cependant moins de valeur ajoutée que les cultures horticoles. La betterave se
positionne, pourtant, en tête après celles-ci et paraît être une bonne culture de rotation.
En terme de valorisation de l’eau d’irrigation, la betterave valorise moins bien l’eau que la
majorité des cultures horticoles à l’exception de la tomate et des agrumes. La canne occupe
une position moins intéressante que la betterave. Cependant, le Gharb représente une région à
ressources hydriques abondantes, les cultures y sont assujetties aux risques d’inondations et
- 130 -
de gel. Forte consommatrice d’eau, la culture de la canne y a pourtant fait preuve de garantie
de revenus dans les années d’inondations.
Source : calculs établis d’après les données de l’AGR/MAPM 2006 + ORMVA + nos Enquêtes
Source : calculs établis d’après les données de l’AGR/MAPM 2006 + ORMVA + nos Enquêtes
1.5. Loukkos
Dans le Loukkos, la betterave occupe une position importante en termes de création d’emplois
et de valeur ajoutée dégagée à l’hectare. Elle se place mieux que toutes les cultures non
horticoles et la pomme de terre.
La betterave se place également en bonne position, juste après la fraise et les agrumes, en
matière de valorisation de l’eau d’irrigation.
La canne a une position beaucoup moins intéressante pour l’ensemble de ces critères (emploi,
valeur ajoutée, valorisation de l’eau d’irrigation) que la betterave.
- 131 -
Cependant, à l’instar du Gharb, le Loukkos est une région à ressources hydriques abondantes.
Les cultures d’hiver sont assujetties aux risques d’inondations. La culture de la canne a fait
preuve de garantie de revenus durant ces années d’inondations.
Source : calculs établis d’après les données de l’AGR/MAPM 2006 + ORMVA + nos Enquêtes
Source : calculs établis d’après les données de l’AGR/MAPM 2006 + ORMVA + nos Enquêtes
- 132 -
Graphique 55 : Valorisation du capital et du travail par les cultures sucrières
Source : calculs établis d’après les données de l’AGR/MAPM 2006 + ORMVA + nos Enquêtes
En effet, dans les périmètres de grande hydraulique où elle est cultivée, et comme le montre le
graphique 55, en termes d'emplois (valorisation du travail), la culture de betterave à sucre
génère plus d'emplois que toutes les cultures non horticoles, et même plus d'emplois que
certaines cultures horticoles telles que l'olivier et le melon. En termes de valorisation du
capital, cette culture dégage une marge brute à l'hectare nettement supérieure à toutes les
cultures non horticoles, excepté la luzerne, alors qu'elle est supérieure à celle de l'olivier et
même à celle de la pomme de terre.
La culture de la canne à sucre occupe une position moins intéressante que celle de la betterave
à sucre en termes de valorisation du capital ou de travail. Cependant, cette culture reste plus
intéressante que cinq cultures, sur les dix-huit les plus fréquentes dans l'irrigué, en termes de
valorisation de capital et que huit des dix-huit cultures en termes de valorisation du travail.
La combinaison de ces deux critères, valorisation du capital et valorisation de la main-
d'œuvre, dans le critère synthétique de valorisation financière globale (mesurée par la valeur
ajoutée globale par hectare), confirme que, excepté pour la luzerne, la betterave valorise
globalement mieux ces deux ressources que l'ensemble des cultures non horticoles en irrigué,
et elle surpasse même les cultures de l'olivier et de la pomme de terre (cf. graphique 56)
- 133 -
Graphique 56 : Valorisation financière et valorisation de l'eau par les cultures sucrières
irriguées
Source : calculs établis d’après les données de l’AGR/MAPM 2006 + ORMVA + nos Enquêtes
La culture de la canne à sucre, bien qu'elle dégage une valeur ajoutée moins importante,
occupe la même position que l'olivier et le bersim (culture fourragère) et génère plus de valeur
ajoutée que les cultures non horticoles les plus importantes, cultivées dans les périmètres de
grande hydraulique telles que les blés, le tournesol, le maïs ou l'orge fourragère.
En ce qui concerne la culture de la betterave à sucre, ces résultats viennent confirmer ceux
obtenus par nos calculs du CRI (cf. tableau 48), qui démontrent que cette culture est
économiquement et financièrement compétitive. Pour la culture de la canne à sucre, la
compétitivité financière est moins affirmée alors que le calcul du CRI démontre sa non
compétitivité économique (Cf. Doukkali et al., tableau 50).
Du point de vue de la valorisation de l'eau d'irrigation, et comme le montre le graphique 56, la
culture de la canne à sucre se trouve en tête des trois cultures, sur les dix-huit observées, qui
valorisent le moins l'eau d'irrigation, à savoir, autour d'un dirham par mètre cube d'eau
d'irrigation (1Dh/m3 d’eau). La culture de la betterave à sucre irriguée réalise une valorisation
deux fois plus importante (2 Dh/m3 d’eau) et se trouve en tête des sept cultures qui valorisent
le moins le mètre cube d'eau. Pire encore, et selon les chiffres déclarés, la betterave
valoriserait moins l'eau d'irrigation que certaines cultures réputées fortes consommatrices
d'eau d'irrigation, telles que les cultures du bersim ou de la luzerne.
Ces résultats sont assez similaires et conformes à ceux trouvés par Moghli et Benjelloun
Touimi53. Pour ces auteurs, les primeurs sont les cultures qui valorisent le mieux l’eau avec
10,6 Dh/m3 de valeur ajoutée. Ce qui revient, dans notre cas, aux oignons, aux fraises, aux
pastèques et melons et aux tomates qui sont généralement des primeurs et qui sont
effectivement le groupe de cultures qui valorise bien l’eau d’irrigation (entre 5,5 et 7 Dh/m3
53
E. Moghli et M. Benjelloun Touimi, «Valorisation de l’eau d’irrigation par les productions végétales dans les
grands périmètres irrigués au Maroc», DPV, MAPM, Mars 2000.
- 134 -
d’eau consommée). La vigne est effectivement la culture qui valorise le mieux l’eau (dans
notre cas, 9,3 Dh/m3 d’eau), mais elle n’a pas fait l’objet d’études dans le cas de Moghli et al.
Le niveau de valorisation de l’eau par la betterave et la canne, au niveau de cette étude, est
relativement similaire au nôtre, soit, respectivement, 1,6 et 0,9 Dh/m3 d’eau, contre 2,3 et 1,2
Dh/m3 d’eau, dans notre cas.
Concernant ces bas niveaux de valorisation de l'eau par les cultures sucrières, trois remarques
sont à énoncer :
- La première porte sur l'évolution technologique en matière d'irrigation, puisque la
tendance actuelle est à la reconversion vers des systèmes d'irrigation localisée, ce qui se
traduirait nécessairement par une amélioration de la valorisation de l'eau d'irrigation par
ces cultures.
- La deuxième remarque porte sur la tendance à la « sur-déclaration » des quantités d'eau
dans le cas de la betterave à sucre. En effet, compte tenu du fait que, dans la pratique, les
cultures sucrières sont prioritaires dans l'approvisionnement en eau, les agriculteurs ont
tendance à déclarer des quantités apportées supérieures à celles effectivement appliquées,
ce qui sous-estime la valorisation de l'eau, en particulier pour la betterave.
- La troisième remarque porte sur le choix en matière de politique agricole puisque celle-ci
a favorisé la culture de la betterave à sucre en irrigué au détriment de la culture en pluvial.
En effet, pour éviter à l'industrie de transformation d’avoir à gérer un approvisionnement
en matières premières fluctuant d'une année à l'autre, la tendance était de réduire les
superficies emblavées en pluvial et de les augmenter en irrigué, comme le montre le
graphique 57. Des actions en matière de recherches variétales pour la betterave auraient
pu améliorer la résistance à la sécheresse en pluvial.
Source : MAPM.
Il reste à démontrer que cette orientation politique de la culture de la betterave en irrigué est
justifiée au point de vue rentabilité économique comme financière surtout dans une situation
où l'eau d'irrigation est rare et coûteuse pour le budget public. A priori, rien ne permet de
conclure qu'elle est justifiable dans toutes les zones, compte tenu du faible différentiel de
marge brute moyenne dégagée à l'hectare (voir tableau 53) et des niveaux de rendements
qu'on peut réaliser en pluvial (voir graphique 58).
- 135 -
Tableau 53 : Consommation en eau et produit brut de la betterave au Loukkos
Source : « Etude du coût de l’eau dans les périmètres de grande hydraulique : Loukkos »,
AGR/MAPM, 2006.
Source : MAPM.
Conclusion
Les calculs montrent qu'une bonne partie de la production nationale de cultures sucrières est
compétitive. Plus encore, ces cultures sucrières, et plus particulièrement la betterave,
valorisent relativement mieux les ressources capital et travail que la plupart des cultures non
horticoles : elles occupent une position importante en termes d’emplois et de valeur ajoutée
créés à l’hectare.
Bien que la valorisation de l'eau d'irrigation reste faible (hormis la betterave dans les
Doukkala), en comparaison aux autres cultures pratiquées dans les périmètres de grande
hydraulique, la tendance technologique laisse prévoir des possibilités d'amélioration
substantielles. En effet, au niveau de la région des Doukkala, l’industrie et l’Etat ont fourni de
grands efforts d’encadrement des agriculteurs, ce qui a permis des grains substantiels de
productivité et de valorisation des ressources dont, notamment, l’eau d’irrigation.
A l’instar du Gharb, région à ressources hydriques abondantes, au niveau du Loukkos, la
betterave est assujettie aux risques d’inondations et de gel, alors que la culture de la canne a
fait preuve de garantie de revenus dans les années d’inondations.
Dans un pays où la ressource eau est rare, il est étonnant de constater que le choix a été fait en
faveur de la culture de la betterave en irrigué alors que les chiffres disponibles montrent que,
en pluvial, dans certaines zones comme le Loukkos, celle-ci arrive à des rendements et à des
marges brutes à l'hectare aussi élevés que ceux de l'irrigué.
- 136 -
- 137 -
CONCLUSIONS GENERALES ET RECOMMANDATIONS
1. Conclusions générales
L’objectif général de la présente thèse est de démontrer pour le cas de la filière sucrière au
Maroc, si on peut réconcilier une politique de sécurité alimentaire, qui sous entend une
intervention de l’Etat et, donc, implicitement des distorsions de marché, avec une politique de
valorisation des ressources, qui elle sous entend un marché libre. En vue de traiter de cette
problématique, l’approche suivie a consisté en :
‐ Une analyse du marché du sucre au Maroc, en vue de caractériser les déterminants de
la demande ainsi que l’évolution des cours mondiaux et leur impact sur la sécurité
alimentaire en cette denrée.
‐ Une analyse économique dans l’objectif d’évaluer la compétitivité des différents
segments de la filière sucre (segment production primaire et segment transformation).
‐ Une analyse de la valorisation relative par les cultures sucrières des ressources
(capital, travail et eau d’irrigation) en comparaison aux différentes cultures irriguées
en vue de déterminer leurs rentabilités relatives privées et sociales.
L’analyse de la demande a révélé que la consommation du sucre au Maroc s’explique par
deux principaux facteurs, le taux d’urbanisation et les revenus des ménages, les prix à la
consommation étant réglementés et maintenus à des niveaux relativement bas. En termes
réels, ces prix ont eu tendance à diminuer. L’urbanisation a tendance à faire baisser la
consommation du sucre alors que le revenu a plutôt un effet inverse.
L’analyse sur la décennie 2000-2010 montre que la tendance actuelle de l’urbanisation est
relativement faible puisque celle-ci se situe autour de un pourcent en moyenne annuellement.
Au contraire, et pour la même période, le niveau du revenu réel par habitant a enregistré un
taux significativement plus élevé, se situant autour de cinq pourcent en moyenne annuelle.
L’effet, donc de l’urbanisation est largement annulé par celui de l’augmentation du revenu des
ménages. En conséquence, la tendance est à l’augmentation de la consommation nationale du
sucre et, donc, une accentuation de l’insécurité alimentaire du pays en sucre dans l’avenir.
En termes de sécurité alimentaire, les fluctuations des cours mondiaux du sucre n’ont pas
d’impact sur l’accès des ménages à ce produit, par contre elles ont un impact important sur le
budget de l’Etat. La consommation du sucre au Maroc reste indépendante de l’évolution des
prix du sucre sur le marché international. Les prix étant réglementés, toute variation des cours
sur le marché international sont absorbés par le système de compensation des prix mis en
place. En effet, à côté d’une subvention forfaitaire aux consommateurs, toute augmentation
des cours mondiaux induit à une seconde subvention aux importations.
L’analyse de la volatilité des cours mondiaux du sucre, de 1960 à 2010, grâce à la méthode de
décomposition des séries chronologiques, permet l’isolation d’un effet accidentel, qui reflète
la variabilité non due aux effets saisonnier et tendance. Cet effet accidentel est principalement
marquée durant les périodes : 1973 à 1975, 1980 à 1981 et 2009 à 2010. Cependant, cette
dernière hausse demeure d’amplitude moindre que celles des années 70 et 80. Ces
fluctuations, bien que n’affectant pas le consommateur, ont un impact sur le budget de la
caisse de compensation à tel point qu’ils commencent à peser lourdement sur les finances
publiques. C’est pourquoi, la piste d’une éventuelle réforme de cette compensation et de son
- 138 -
remplacement par des transferts monétaires directs aux couches défavorisées est sérieusement
envisagée.
La politique de sécurité alimentaire entreprise dans les années soixante et soixante dix ont
permis d’atténuer la dépendance du pays aux importations et, donc, de réduire l’impact des
fluctuations des cours mondiaux du sucre. Cependant, cette politique a été souvent critiquée
sur la base de l’efficience des marchés et de la valorisation des ressources.
Les principales conclusions relatives à l’analyse économique de la filière sucrière peuvent se
résumer comme suit :
La protection du segment de la production de la betterave sucrière au Maroc a baissé de
façon significative durant les dernières années. Ainsi, si la culture était protégée durant la
période d’avant l’ajustement (1970 à 1980) et même de post ajustement, elle est devenue
en 2008/09 non protégée.
Les études réalisées durant la période d’avant l’ajustement structurel (1970 à 1980)
montrent que le segment de la production de la betterave sucrière n’était pas compétitif
durant cette période. A l’opposé, les calculs effectués durant la période de post ajustement
structurel confirment que la filière est devenue compétitive. Cette évolution de la
compétitivité a été renforcée par la tendance à la hausse des prix du sucre sur le marché
international.
Les différents segments de la filière ne bénéficiaient pas du même niveau de protection. Si
le segment de production de la betterave sucrière ne bénéficie pratiquement d’aucune
protection, comme le démontre les calculs pour la campagne 2008-09, pour le sucre brut,
par contre, il a globalement était protégé durant la période 2003-2008. Ce qui signifie que
l’essentiel de la protection se situe au niveau du segment de la transformation.
Bien qu’étant resté protégé au niveau du segment industriel, le sucre a globalement vu ces
protections baisser ces dernières années.
Les prix au niveau du marché international du sucre ne peuvent que difficilement servir de
base de calcul de la compétitivité compte tenu des distorsions importantes qui
caractérisent ce marché.
Ces conclusions concernant la betterave ainsi que la forte adaptation de la culture au milieu
plaident pour le développement de sa production et sa productivité.
La comparaison de la valorisation des ressources par les cultures sucrières par rapport aux
autres cultures pratiquées au niveau des périmètres irrigués vient confirmer les résultats
obtenus au niveau de l’analyse économique. En effet, les calculs montrent qu'une bonne partie
de la production nationale des cultures sucrières reste compétitive par rapport aux autres
spéculations agricoles. Plus encore, ces cultures sucrières, et plus particulièrement la
betterave, valorisent relativement mieux les ressources capital et travail que la plupart des
cultures non horticoles : elles occupent une position importante en termes d’emplois et de
valeur ajoutée créés à l’hectare.
Cependant, la valorisation de l'eau d'irrigation reste faible pour la betterave (hormis la région
du Doukkala), en comparaison aux autres cultures pratiquées dans les périmètres irrigués.
Mais la tendance technologique laisse prévoir des possibilités d'amélioration substantielles de
cette valorisation de l’eau.
En conclusion, la politique de sécurité alimentaire en matière de sucre s’est avérée efficace
puisqu’elle a permis de mettre en place une production nationale compétitive et qui valorise
bien les ressources. Les distorsions introduites par les interventions de l’Etat ont donné le
temps aux agriculteurs pour améliorer leur technicité et devenir ainsi compétitifs dans un
contexte de marché international marqué par des distorsions importantes. Finalement, une
- 139 -
politique de sécurité alimentaire n’est nullement contradictoire avec une politique de
valorisation des ressources à condition que lorsque les filières de production deviennent
compétitives et qu’il n’y a pas de risque de concurrence déloyale sur le marché international,
il faut laisser la place aux mécanismes du marché.
Il est également à souligner qu’il est probable que le gouvernement envisage la libéralisation
des prix à la consommation. Dans tout les cas, il est en train de mettre un place un système de
transfert des revenus aux couches défavorisées (indemnité pour les veuves, transferts
monétaires conditionnés par la scolarité des enfants dans les zones rurales, généralisation du
RAMED à plus de sept millions de personnes, soit 87% de la population ciblée initialement
estimée à 8,5 millions de personnes…), sauf que le contexte international et la nécessité de
maintenir une stabilité sociale ne permettent pas actuellement d’entreprendre une telle
mesure. .
Cependant, si une libéralisation des prix à la consommation s’opère, il est nécessaire de
protéger, en parallèle, le secteur sucrier à la frontière, sinon on risque de porter atteinte au
secteur. En effet, les protections de la filière sucrière ne sont pas spécifiques uniquement au
Maroc, elles semblent généralisées dans la majorité des pays producteurs de sucre, comme le
démontre l’étude menée au niveau international dirigée par Kym Anderson (2009). Le marché
international du sucre connait d’importantes distorsions, et dans pratiquement tous les pays
producteurs, le sucre est soumis à des contrôles de prix, de l'offre et/ou de la demande.
Compte tenu de ce qui précède, une libéralisation des prix à la consommation au niveau
national est possible. Cependant, ceci écarte toute réflexion de déprotéger le secteur à la
frontière. Dans ce cadre, l’Etat aura donc le rôle de protéger l’industrie des pratiques
déloyales, et des distorsions du marché international. En protégeant l’outil industriel, il
protège également la production nationale des cultures sucrières.
Il faudrait également souligner que la situation de monopole que connait la filière sucrière
au stade de transformation n’est pas malsaine.
La théorie nous apprend qu’en général, toute situation de monopole est malsaine pour
l’économie dans la mesure où elle n’introduit pas un minimum de concurrence sur le marché.
Il faudrait rappeler à ce niveau que le secteur sucrier était un monopole étatique entre 1963 et
2005. A partir de 2006, il y a eu privatisation de cette industrie au profit d’un groupe agro-
industriel privé. A l’heure actuelle, la nouvelle configuration du capital de l’industrie sucrière
est répartie comme suit :
‐ un groupe d’investisseurs institutionnels détient 37,5% ;
‐ un flottant en bourse de 35% ;
‐ un groupe singapourien avec 27,5%.
Cependant, il est important de noter que l’industrie sucrière au Maroc est un monopole très
particulier, qui ne décide pas du prix à la consommation du sucre du moment que c’est l’Etat
qui fixe ce prix. En outre, ce monopole n’a pas de contrôle sur les producteurs dans la mesure
où il ne peut pas leur imposer de changer d’assolement pour planter les cultures sucrières.
Effectivement, depuis 1993, les assolements en zones irriguées sont libres, ce qui laisse
l’entière liberté à l’agriculteur du choix de la culture la plus rentable.
2. Recommandations
Si on veut soutenir la filière et améliorer le niveau de sécurité alimentaire en sucre, certaines
recommandations sont à prendre en compte, dont notamment :
- 140 -
- L’encouragement de programmes d’économie de l’eau : Il est à rappeler que la subvention
accordée par l’Etat pour l’acquisition du système d’irrigation localisé (système de goutte à
goutte) est de 100% du financement de l’équipement pour les agriculteurs ayant moins de 5
ha et de 80% pour ceux ayant plus de 5 ha. Ce programme, qui a donné de très bons
résultats et qui a eu pour effet la réduction de la consommation en eau et l’amélioration de
sa valorisation, mérite d’être maintenu.
- L’investissement dans la recherche et le développement des cultures sucrières :
Concernant les procédés technologiques au niveau du tronçon industriel, ils sont à la pointe
et sont aussi similaires que ceux appliqués dans les meilleurs pays producteurs du sucre.
L’industriel marocain opérant dans le secteur a investi, durant la période 2008-2013, plus
de 1,6 milliard de Dh (145 millions d’euros) dans l’amélioration de ce tronçon industriel, la
modernisation des usines et la réorganisation de certaines d’entre elles sur certaines
fonctions techniques. Ceci a permis de réaliser un gain de productivité et de compétitivité.
Cependant, le budget alloué par l’Etat à la recherche en agriculture reste faible et ne
dépasse guère les 0,2% du PIB. Selon l’International Food Policy Research Institut54
(IFPRI), les pays doivent investir au moins 1% de la valeur de leur production agricole
totale dans l'agriculture et la recherche avec à long terme (5-10 ans), une cible de 2%
(IFPRI, 1995). A côté de l’Etat (Institut National de la Recherche Agronomique, instituts et
écoles supérieurs d’agriculture), les grandes sociétés privées doivent également travailler et
financer des programmes de recherche à l’instar de ce qui se fait dans d’autres pays.
- L’adoption des politiques adéquates permettant de réduire le coût de l’énergie : Les
combustibles étant taxés au Maroc, ils coûtent chers. Certaines pistes, comme celle adoptée
au Brésil et où l’énergie électrique produite de la combustion de la bagasse de la canne à
sucre permet une autonomie énergétique de la station de raffinage et même d’obtenir des
revenus sur la revente des kwh excédentaires, mérite un certain approfondissement.
Conseil de la Concurrence.; 2012. « Etude sur les produits subventionnés dans le cadre du système de
compensation».
- 141 -
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- 145 -
ANNEXES
55
Le coût moyen d’investissement initial d’un hectare équipé en grande hydraulique est estimé à 40.000 Dh (prix 1980,
incluant le coût du barrage).
Le coût moyen d’un hectare aménagé dans un périmètre mais non irrigué est estimé à 1. 000 Dh. Source : AGR Conférence
sur «l’Agriculture irriguée au Maroc », avril 1981.
Les investissements en irrigation sont calculés en multipliant l’investissement initial pour un hectare par le nombre d’hectares
de plantes sucrières (moyenne 1986-1990).
56
Somme déflatée des investissements publics dans les sucreries entre 1963 et 1984.
57
Seule la subvention aux engrais est prise en compte. Les subventions sur l’eau d’irrigation, le matériel et le crédit ne sont
pas prises en compte.
Deux dates sont prises en compte: 1980 avant le premier PASA et 1987, lorsque les subventions aux intrants ont été
progressivement éliminées.
58
Le coût de la compensation est la subvention à la transformation. Source: Caisse de compensation et banque Al Maghreb.
- 146 -
Annexe 3 : Exportation mondiale d’éthanol entre 2006 et 2010 (milliards de litres)
Pays/
Objectifs
Regroupement de pays
Proportion contraignante de :
Brésil - 20-25% d’éthanol anhydre mélangé au pétrole;
- 5% au moins de biodiesel mélangé au diesel (B5) en fin 2010.
- 5% d’énergie renouvelable dans le pétrole en 2010; et
Canada
- 2% dans les carburants diesel fin 2012.
15% de biocarburants dans la consommation totale d’énergie pour le transport d’ici
Chine
2020.
France 7% en 2015 (V), 10% d’ici 2020 (M =Objectif UE).
Allemagne 8% en 2015, 10% d’ici 2020 (M =Objectif UE) et 5,25% d’éthanol.
Proportion contraignante envisagée de:
Inde - 5-10% d’éthanol; et
- 20% de biodiesel.
Italie 5,75% en 2010, 10% d’ici 2020 (M =Objectif UE).
Japon 500.000 kilolitres, selon conversion en pétrole brut, d’ici 2010 (V).
Afrique du Sud Jusqu’à 8% en 2006 (V) (10% objectif en cours d’examen).
5% de biocarburants en 2010(M), 10% d’ici 2020 dont 3,5% pour l’éthanol
Royaume-Uni
(M =Objectif UE).
36 milliards de litres doivent provenir de biocarburants avancés en 2008, pour atteindre
Etats-Unis d’Amérique 144 milliards d’ici 2022(M) (sur ces 144 milliards, 84 devant provenir de biocarburants
avancés dont 64 milliards provenant de biocarburants cellulosiques).
Union Européenne 10% d’ici 2020, (M. proposé par la commission européenne en Janvier 2008).
M = contraignants ; V =volontaires.
Source : OCDE-FAO, 200859
1
Renvoi au soutien fourni par les Etats Membres.
2
Estimation provisoire ; comprend les stimulants introduits le 1er avril 2008.
3
Les chiffres se rapportent à l’exercice commençant le 1er juillet 2006.
59
Selon le rapport de la FAO, « La situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture - les biocarburants: perspectives,
risques et opportunités », 2008. D’après, GBEP, 2007, à partir des données provenant du Département de l’Agriculture des
Etats-Unis (USDA, 2008); de l’Association des producteurs américains d’éthanol (Renewable Fuels Association, 2008); du
Professeur Ricardo Abramovay, Université de Sao Paulo, Brésil.
- 147 -
Annexe 5 : Taux de soutien approximatif par litre de biocarburant dans les économies
de l’OCDE
- 148 -
Annexe 6 : Volatilité des cours mondiaux du sucre raffiné
Sbar=moyenne (moyenne des Sj =0,996 P=30 c’est le nombre d’années)
déc-80 12 743 712 156,50 6,60 6,50 0,20 742,96 699,95 1,06 29,33 0,98 0,98 686,86 56,10
janv-81 1 728 6,60 728,19 673,20 1,08 29,87 1,00 1,00 672,87 55,32
févr-81 2 658 6,50 657,64 644,26 1,02 30,05 1,00 1,01 647,81 9,84
mars-81 3 608 6,40 607,6 606,54 1,00 29,93 1,00 1,00 607,34 0,26
avr-81 4 474 6,20 473,55 559,75 0,85 29,44 0,98 0,98 551,25 -77,69
mai-81 5 414 6,00 414,25 510,64 0,81 29,78 0,99 1,00 508,84 -94,59
juin-81 6 446 6,10 445,78 469,44 0,95 30,48 1,02 1,02 478,68 -32,91
juil-81 7 427 6,10 427,26 435,36 0,98 1,05 455,49 -28,24
août-81 8 388 6,00 387,79 404,91 0,96 1,03 418,59 -30,79
sept-81 9 304 5,70 304,24 378,41 0,80 0,98 370,68 -66,44
oct-81 10 327 5,80 327,39 357,84 0,91 0,97 348,11 -20,72
nov-81 11 324 5,80 324,30 343,70 0,94 0,98 336,47 -12,17
déc-81 12 328 452 141 5,80 6,10 0,30 327,61 328,38 1,00 0,98 322,24 5,37
janv-82 1 326 5,80 325,62 312,10 1,04 1,00 311,95 13,67
févr-82 2 329 5,80 329,37 296,99 1,11 1,01 298,63 30,74
mars-82 3 300 5,70 299,83 284,43 1,05 1,00 284,81 15,02
Annexe 7 : Produit brut, marge et valeur ajoutée pour les différentes cultures au niveau national
Charges variables (DH/Ha) Eau d'irrigation Produit Marge Valeur
Total Charges
Matériel Main-d’œuvre Consommation Tarif Coût Brut brute Ajoutée
Intrants Dh/Ha Variables (Dh/Ha)
CULTURES Dh/Ha Dh/Ha m3/Ha Dh/m3 Dh/Ha (Dh/Ha) (Dh/Ha) (Dh/Ha)
Blés 1.584 592 1.838 2.118 0,24 690 4.704 12.357 7.653 8.245
Orge 571 50 1.077 1.395 0,33 636 2.334 6.083 3.749 3.800
Mais 1.211 1.912 1.964 3.396 0,40 1.363 6.450 10.481 4.030 5.942
Riz 1.370 1.960 2.079 15.000 0,32 4.800 10.209 21.340 11.131 13.091
Fèves et féveroles 650 350 666 0 0,00 0 1.666 5.347 3.681 4.031
Pois-chiche 650 350 666 0 0,00 0 1.666 2.854 1.188 1.538
Haricot sec 1.141 2.628 1.941 4.191 0,42 1.694 7.403 12.950 5.547 8.175
Canne à sucre 504 3.307 1.795 10.388 0,43 4.487 10.093 17.564 7.471 10.778
Betterave 1.193 3.771 4.471 5.746 0,36 1.913 11.348 22.256 10.907 14.679
Soja 1.121 580 2.300 7.000 0,46 3.220 7.221 9.707 2.486 3.066
Tournesol 1.175 1.298 1.826 2.461 0,42 1.077 5.376 6.421 1.046 2.343
Arachide 1.020 5.620 6.860 7.846 0,62 4.865 18.365 25.860 7.495 13.115
- 157 -
Coton 824 6.740 3.275 5.200 0,32 1.664 12.503 14.321 1.818 8.558
Luzerne 715 2.208 1.683 7.501 0,26 2.010 6.617 21.753 15.136 17.344
Bersim 815 1.861 1.305 3.546 0,35 1.249 5.230 15.056 9.826 11.686
Maïs fourrager 601 897 1.182 5.125 0,37 1.961 4.641 16.263 11.623 12.519
Orge fourragère 769 597 877 2.931 0,36 1.235 3.478 8.450 4.972 5.569
Soudan grass 1.250 2.500 1.775 3.804 0,54 2.054 7.579 16.500 8.921 11.421
Pomme de terre 2.159 4.119 11.675 4.478 0,43 1.970 19.922 30.206 10.283 14.402
Tomate 2.396 5.152 6.953 4.173 0,38 1.592 16.092 33.665 17.573 22.725
Artichaut 870 4.755 5.766 7.263 0,33 2.362 13.752 32.871 19.119 23.874
Oignon 1.000 4.800 5.200 2.000 0,31 628 11.628 24.666 13.039 17.839
Agrumes 997 4.394 4.517 7.891 0,28 2.261 12.168 39.092 26.924 31.318
Olivier 1.083 2.854 1.267 4.504 0,27 1.140 6.342 14.786 8.444 11.298
Vigne 2.463 7.430 5.775 3.454 0,34 1.175 16.842 47.814 30.972 38.402
Fraise 700 40.063 75.379 12.000 0,62 7.440 123.582 180.532 56.950 97.013
Niora 1.364 5.251 3.830 3.930 0,39 1.538 11.983 21.611 9.628 14.879
Melon- Pastèque 965 2.212 4.999 4.673 0,43 2.077 10.254 34.953 24.699 26.912