La Presse Triaxiale Pour Éprouvettes Cylindriques Creuses Du LCPC Adaptée À L'étude Des Sols Naturels
La Presse Triaxiale Pour Éprouvettes Cylindriques Creuses Du LCPC Adaptée À L'étude Des Sols Naturels
INTRODUCTION
Les réorientations des directions principales des contraintes par rapport à leur état naturel, sous
l’effet d’une sollicitation extérieure, caractérisent le phénomène tridimensionnel appelé rotation des
contraintes. Ce phénomène se rencontre très fréquemment et est commun à tous les massifs de sol
et de roche dont l’état naturel est perturbé. Les nouvelles orientations sont caractérisées notamment
par l’angle entre la contrainte principale majeure et l’axe vertical du repère géostatique orthonormé.
Quelques illustrations de ce phénomène sont présentées sur la figure 1.
Différentes géométries d’éprouvettes peuvent être utilisées pour étudier cette influence : la tranche
(éprouvette soumise à un état de déformation plane), le cube (presse triaxiale à six faces) et le
cylindre creux. Théoriquement, l’appareil triaxial « vrai » (éprouvette cubique) est le seul à pouvoir
imposer indépendamment les trois contraintes principales et donc à pouvoir explorer tout l’espace
des contraintes principales. Toutefois, ces chemins en contraintes principales sont en cinématique
irrotationnelle. D’autres essais dits rotationnels ont été aussi mis en œuvre : essai de cisaillement
direct tel que la boîte de Casagrande, essais de cisaillement par torsion sur des éprouvettes cylindri-
ques ou annulaires, essais de cisaillement simple, types NGI [1] et université de Cambridge [2], et
essais de cisaillement directionnel imaginés par Arthur et al. [3]. Ces appareillages recèlent souvent
beaucoup d’imperfections et de limitations comme :
– une condition de déformations planes imposée, rendant l’état de contrainte mal défini ;
– une absence de maîtrise de la rotation des contraintes ;
– l’impossibilité d’atteindre de grandes déformations ;
– des problèmes d’uniformité des contraintes et des déformations dus à la géométrie de l’éprou-
vette [4] ;
– des effets néfastes des conditions aux limites, amplifiés par la taille souvent réduite de
l’éprouvette.
Rares sont les travaux de recherche qui ont comparé les résultats de l’étude de la rotation des
contraintes sur éprouvettes cubiques à ceux obtenus sur éprouvettes cylindriques creuses, et qui, de
plus, se sont intéressés à la validation sur des essais de fondations [5]. Ces quelques études compa-
ratives ont montré que l’essai de torsion sur éprouvettes cylindriques creuses était mieux adapté à
l’étude de la rotation des contraintes, car même s’il ne résout pas complètement tous les problèmes
de conditions aux limites, il permet d’en éviter la plupart et d’atténuer les effets des autres.
Le principe de l’essai consiste à appliquer un couple Mt à une éprouvette cylindrique creuse mise
en conditions triaxiales par l’application d’une force verticale F et les pressions interne pi et externe
pe (figure 2). Les axes principaux tournent alors à partir de leur état initial et la position de la
contrainte principale intermédiaire varie par rapport à celle des contraintes principales dites majeure
Par rapport à l’essai de cisaillement triaxial classique sur éprouvette cylindrique pleine, l’essai sur
cylindre creux est caractérisé par le paramètre b, défini par Habib [6] :
(1)
où , et sont respectivement, selon les conventions de la mécanique des sols, les contrain-
tes principales majeure, intermédiaire et mineure.
Lors d’un essai sur éprouvette cylindrique creuse, la rotation est mesurée par l’intermédiaire de
l’angle , obtenu à partir de la construction du pôle du cercle de Mohr :
si pi = pe (2)
Cette mesure est impossible à faire dans un cylindre plein ou dans un cylindre creux non confiné.
Différentes combinaisons de contraintes normales , , et tangentielle doivent être
imposées à l’éprouvette pour obtenir des résultats à différentes valeurs de . Pour découpler la
rotation des contraintes de la contrainte principale intermédiaire, il est nécessaire d’appliquer une
pression à l’intérieur du cylindre pi différente de la pression appliquée à l’extérieur pe.
Lorsque pi est égale à pe, le coefficient b est relié à l’angle de rotation des contraintes par une
fonction sinusoïdale. Le domaine d’investigation de l’appareil a alors la forme présentée sur la
figure 3. Dans le cas contraire, tout l’espace peut être décrit, mais la déformation en tonneau provo-
quée par certains chargements crée un schéma de déformation non homogène. La contrainte radiale
n’est en effet plus uniforme dans l’épaisseur de la paroi de l’éprouvette. Ceci correspond aux
quarts de cônes représentés sur la figure 3.
tableau 1
Expression des contraintes
(Re et Ri définis sur la , , ,
, ,
figure 2).
, , , ,
s, t, b ou , , ,
p, q, , ,
De manière plus anecdotique, les appareils d’essais triaxiaux sur éprouvettes cylindriques creuses
ont servi à l’étude de l’expansion d’une cavité cylindrique pour valider la valeur de l’élancement de
la sonde pressiométrique nécessaire pour être en accord avec la théorie de l’expansion de cavités de
longueur infinie. Toutefois, les configurations des essais étaient différentes : les éprouvettes étaient
des tubes épais et les sollicitations n’incluaient pas la torsion.
Cette recherche et les travaux menés par Kjellman [14] ont eu un écho considérable au plan inter-
national et furent à l’origine de nombreuses études sur le thème de la variation des invariants des
contraintes lors de la rotation de celles-ci [15].
figure 5
Résultats d’essais dans le
plan b -
(d’après Habib [13]).
– déterminer les dimensions optimales des éprouvettes afin d’avoir une distribution aussi uniforme
que possible des contraintes et des déformations au cours du cisaillement [12, 17] ;
– évaluer l’impact du rapport des pressions sur l’homogénéité des déformations [18] ;
– examiner l’anisotropie des sols et son influence sur leur comportement en torsion [19-22] ;
– caractériser la résistance à la traction des argiles [23].
C’est en 1983 que l’on peut situer le démarrage d’une nouvelle vague de travaux sur la rotation
des contraintes avec les recherches de Saada au Case Institute of Technology [24-27] et de Symes
à l’Imperial College de Londres [28]. Le développement d’un cylindre creux pour éprouvettes
de 25,4 cm de diamètre dans le cadre de la thèse de Symes a ainsi constitué une étape essentielle
dans la mise au point des appareillages. Ensuite, Hight et al. [18] ont effectué des essais mono-
tones en chargement primaire et en chargement cyclique avec rotation d’axes principaux sur le
sable de Ham-River, ainsi que des essais pour étudier les problèmes de liquéfaction causés par
les séismes.
Plus récemment, Hicher a étudié l’influence de la rotation des contraintes et de la contrainte inter-
médiaire sur la résistance au cisaillement, en conditions non drainées, d’éprouvettes d’argile EPK
normalement consolidées soumises à des sollicitations anisotropes (de type K0) et à des essais
monotones et cycliques [29, 30].
Au Japon, Ishihara et al. [31, 32] et Towhata et Ishihara [33, 34] ont effectué des essais cycliques sur
le sable de Toyoura en conditions drainées et non drainées suivant différents chemins de contraintes.
L’objectif était d’étudier la liquéfaction des sables sous chargement de type séisme. Au Royaume
Uni, les travaux de l’Imperial College réalisés dans le cadre de différentes thèses, ont abouti au
développement d’un appareillage plus petit adapté aux sols naturels et à la mesure des petites défor-
mations [8, 35, 36]. En France, Karchafi [37] a effectué des essais drainés de torsion sur cylindre
creux de sable d’Hostun pour examiner le rôle de l’anisotropie initiale dans le comportement des
sables. D’autres études, liées à la problématique de liquéfaction des sables sous sollicitations rota-
tionnelles, ont été effectuées [38].
Dans les années quatre-vingt, le LCPC s’est également intéressé à ce type d’essai prometteur. Sur
la base d’une étude de faisabilité, la construction de la cellule triaxiale pour éprouvettes cylindri-
ques creuses par le Centre d’Étude et de Construction de Prototypes (CECP) a démarré en 1984.
Elle a été utilisée à partir de 1987 avec une presse Wyckeham Farrance de 10 tonnes. La thèse
de Khemissa [39] a permis de faire le point sur les techniques existant dans les autres centres de
recherche et de valider l’appareillage par un programme d’essais sur l’argile de Guiche. Du fait
de problèmes de pilotage de la presse utilisée, la construction d’une presse adaptée aux spécifi-
cations du cahier des charges a été entreprise. Les logiciels d’acquisition et de pilotage des essais
(asservissement par micro-ordinateur) ont été élaborés conjointement à la fabrication des bancs
d’étalonnage pour les capteurs spécifiques de l’appareil (capteur de déplacements radiaux, cap-
teur de couple). La presse triaxiale pour éprouvettes cylindriques creuses (PTCC) avec sa cellule
ont été livrées au LCPC en 1997. Depuis fin 1999, la presse est opérationnelle et, seules des dif-
ficultés liées aux logiciels sont apparues lors des essais effectués en 2000. En 2001, la possibilité
d’appliquer une pression intérieure et extérieure a été ajoutée aux dispositifs existants.
■ La cellule d’essai
La cellule a été dimensionnée en fonction de la géométrie retenue pour l’éprouvette. L’épaisseur
de l’éprouvette (1,5 cm), relativement faible par rapport à la hauteur, a été choisie pour avoir une
répartition uniforme de la contrainte radiale. Les dimensions de l’éprouvette résultent également
d’un compromis entre des exigences contradictoires :
– avoir des valeurs assez élevées pour le rapport des diamètres interne et externe Di/De et pour la
hauteur H afin d’obtenir un champ de contraintes relativement uniforme et diminuer l’influence du
frettage ;
– choisir des dimensions permettant le découpage dans un bloc d’argile intact sans difficulté
majeure ;
– permettre le prélèvement sur site (selon les dimensions du carottier de l’université Laval ; cf. plus
loin).
La figure 7 montre le schéma de principe ainsi qu’une vue de la cellule d’essai. Les numéros dans
le texte renvoient à cette figure. La cellule est constituée par une enceinte transparente en polya-
Le capteur (13) de mesure de la force axiale et du couple est positionné à l’intérieur de la cellule à
l’extrémité du piston. La liaison du piston avec l’embase supérieure est telle que les contraintes de
cisaillement et les déformations axiales restent uniformes sur une section droite de l’éprouvette.
figure 7 a b
Schéma de la cellule
d’essai du LCPC.
(1) embase inférieure ; L’enceinte (3) est dimensionnée pour une pression maximale de 1,5 MPa. Elle est renforcée par des
(2) embase supérieure ; cerclages métalliques pour en diminuer la déformabilité (figure 7b). Le diamètre de l’enceinte a
(3) enceinte cylindrique ;
(4) chapeau ; (5) circuit
été défini pour un montage aisé de l’éprouvette et des systèmes annexes comme les dispositifs de
de pression de fluide mesure du diamètre.
cellulaire ; (6) et (7)
mesure du volume drainé
et/ou de la contre- ■ Le bâti de chargement
pression ; (8) anneau
poreux supérieur ; (9) Globalement, on peut classer les architectures adoptées pour les cylindres creux en quatre types
anneau poreux inférieur ; (figure 8). Si on examine le tableau 2, on s’aperçoit qu’il n’y a pas d’architecture prépondérante. Le
(10) capteur de pression
interstitielle ; (11) purge ; type 1, plus classique et dérivé de l’architecture triaxiale traditionnelle, a été utilisé par Saada [16],
(12) piston ; (13) capteur Lade [17] et le LCPC. Il est constitué, comme les presses triaxiales classiques, d’une presse à colon-
d’effort vertical et de
couple ; (14) capteur de
nes et d’une cellule, ou enceinte, transparente contenant un fluide et munie d’un piston traversant le
déplacement vertical ; couvercle supérieur. La rotation ou le couple est transmis par ce même piston en partie supérieure
(15) capteur de (figure 8, cas 1). Le type 2 existe uniquement en France et a été développé à l’ENTPE [38, 40]. Le
déplacement radial ;
(16) joints toriques ; type 3, développé en Angleterre par Hight [18], a été importé au Japon par un ancien étudiant de
(17) membrane ; l’Imperial College.
(18) capteur angulaire ;
(19) moteur ; (20) moto- Une conception plus moderne fondée sur le concept des cellules de Bishop et Wesley est privilé-
réducteur ; (21) plateau de
la presse ; giée à l’heure actuelle et a été mise en œuvre par la société GDS et l’University College de Dublin
(22) liquide cellulaire. (type 4 sur la figure 8) [42]. Cette disposition est plus souple à utiliser et facile à mettre en œuvre.
figure 8
Types de presses
triaxiales pour éprouvettes Organisme Type Auteur Année Taille éprouvette (mm)
cylindriques creuses.
H De Di
Royal College of Science Aucun Mt Kirpatrick [15] 1957 152,4 101,6 63,5
and Technology, Glasgow
tableau 2
Tableau synoptique Cornell University, Ithaca 1, inversé Broms et Casabrian 1965 254 127 76,2
des différents types [7]
d’appareillage.
Université de Ljubljana Aucun Mt Sulkje et Drnovsek 1965 80 64 40
[23]
Université de Los Angeles 4 Lade [17] 1981 100 ; 400 220 180
La pression de cellule pe et la pression interstitielle u sont mesurées par des capteurs à membrane
classiques. Le déplacement axial est mesuré grâce à un codeur incrémental lié au moteur de
la presse. Un capteur de position angulaire (18) est placé en bout de l’arbre cannelé. Il s’agit
d’un codeur incrémental. Les déformations radiales des faces extérieure et intérieure de l’éprou-
vette et sont mesurées par six capteurs (15) LVDT immergés de 5 mm de course.
Deux dispositifs de mesure, chacun comptant trois capteurs disposés à 120 degrés, flottent entre
deux eaux et suivent les déplacements verticaux et radiaux des points de mesures (figure 9). La
flottabilité des systèmes est obtenue par l’utilisation de flotteurs en PVC, développant la poussée
d’Archimède nécessaire, dans lesquels sont collés les capteurs. Des ressorts de rappel assurent
un contact permanent des touches avec la surface de l’éprouvette. La mesure des déplacements
radiaux des faces extérieure et intérieure de l’éprouvette, en complément de la déformation axiale
de celle-ci et de la rotation de ses génératrices, permet de déterminer les valeurs moyennes des
composantes du tenseur des déformations.
À titre de comparaison, depuis le développement des premiers cylindres creux modernes dans
les années quatre-vingt, les capteurs de déplacement utilisés sont de deux types : des capteurs de
proximité sans contact et des capteurs électrolytiques utilisés par exemple à l’Imperial College
et à l’University College de Dublin. Les premiers donnent le déplacement radial de l’éprouvette,
tandis que les seconds fournissent les déplacements verticaux et de cisaillement.
Un étalonnage est nécessaire avant l’utilisation de l’appareillage. Celui-ci est réalisé par une mise
en série avec un capteur étalon. Un banc d’étalonnage pour capteurs de couple a été spécifique-
ment développé, utilisable également pour le scissomètre de chaussée sous le nom de SCISOL.
L’ensemble des capteurs extérieurs sont collés dans trois flotteurs cylindriques en PVC disposés
sur un anneau. Du fait que ceux-ci ne doivent pas être démontés, l’étalonnage est réalisé par deux
alèsomètres (85-100 et 100-120 mm) adaptés au diamètre extérieur de l’éprouvette. La vérifi-
cation périodique est effectuée à l’aide de cales cylindriques de différents diamètres (90, 100 et
110 mm).
figure 9
Disposition des capteurs
intérieurs et extérieurs
(PTCC du LCPC).
Les échantillons sont amenés au laboratoire sous la forme de grosses galettes de sol, dans lesquel-
les seront taillées des éprouvettes. La taille doit se faire sans modification de la teneur en eau du
sol, donc dans une atmosphère humide (humidité relative supérieure à 50 %) et à une température
constante. Une éprouvette, ayant une longueur de 1 à 2 cm de plus que la hauteur choisie, est taillée
dans l’échantillon extrait de son conteneur. Les faces planes du cylindre, à ce stade, ne sont qu’ap-
proximativement parallèles.
La technique conseillée pour tailler l’éprouvette à sa géométrie définitive, avec des perturbations
minimales, consiste à utiliser un touret à axe vertical (figures 10a et 10b). L’ébauche de l’éprou-
vette est placée entre deux plateaux tournants et parallèles. Deux tiges guides excentrées par rapport
à l’axe du touret servent d’appui pour une taille régulière, effectuée en faisant tourner peu à peu
l’éprouvette et en enlevant des copeaux d’autant plus petits que l’on se rapproche du diamètre final
(l’excentricité des guides est telle qu’il y a un côté ébauche et un côté finition).
Pour les sols mous, la taille est effectuée avec un fil tendu, comme le montrent les figures 10a et
10b. Pour les sols raides, on utilisera un couteau de grande dimension et peu flexible ou un tour
vertical motorisé avec un outil adapté à déplacement contrôlé.
Pour les argiles contenant des graviers ou des concrétions indurées, on évite, en fin de taille, d’ar-
racher ces éléments et on accepte une surface externe du cylindre avec des irrégularités. On veille
toutefois à ce que ces irrégularités ne risquent pas d’endommager la membrane. Si l’arrachage
accidentel d’un élément produit un trou, celui-ci est rebouché délicatement avec du matériau fin issu
de la taille. Lorsque la taille latérale est terminée, on mesure le diamètre moyen De de l’éprouvette
figure 10 (figure 10c).
Découpe extérieure d’une
éprouvette provenant d’un
prélèvement intact. a b c
L’éprouvette est ensuite placée soit dans un calibre constitué d’un tube mince fendu selon une géné-
ratrice, soit dans un berceau en V dont la partie inférieure correspond à un tiers de cercle de rayon
égal à celui de l’éprouvette. La hauteur du tube fendu et la longueur du berceau sont égales à la
hauteur théorique de l’éprouvette. Les faces supérieure et inférieure sont arasées en prenant appui
sur le calibre. La hauteur moyenne Ho de l’éprouvette est mesurée.
Finalement, l’éprouvette obtenue est un cylindre de sol creux de hauteur H = 15 cm, de diamètre
intérieur Di = 7 cm et extérieur De = 10 cm. La mesure des diamètres intérieur et extérieur est faite
suivant 6 axes (2 axes perpendiculaires dans chacun des 3 plans horizontaux situés au 1/4, à la moi-
tié, et aux 3/4 de la hauteur de l’éprouvette). La hauteur des éprouvettes est mesurée au pied à cou-
lisse selon deux directions perpendiculaires. Le nombre de mesure est augmenté en cas d’irrégula-
rités. Les génératrices doivent être perpendiculaires aux faces planes. Le diamètre de l’éprouvette
figure 11
Outils de découpe.
figure 12
Principe du creusement :
a) mise en œuvre ;
b) perçage manuel ;
c) zoom de la photo
précédente. a b c
L’éprouvette est immédiatement pesée avec une balance donnant le décigramme. Trois éprou-
vettes, au minimum, sont ainsi préparées. Si le montage n’est pas immédiat, elles sont protégées
par du papier aluminium (ou un film alimentaire étirable) et placées dans une enceinte à 90 %
d’humidité.
figure 13
Éprouvette de sol naturel
après creusement.
Pour faciliter l’homogénéisation des pressions interstitielles dans l’éprouvette pendant l’essai, un
drain latéral en papier filtre, préalablement saturé avec de l’eau désaérée, est placé autour de l’éprou-
vette (figure 14). Afin que ce drain n’introduise pas d’efforts parasites, il est constitué d’une bande
de même superficie que le cylindre, ajourée chaque demi-centimètre dans le sens des génératrices.
Une fois la cellule fermée, il reste encore un certain nombre d’opérations à effectuer avant de passer
à la phase pilotée. Il s’agit du remplissage de la cellule par pompage et de la rétraction des vérins
supportant les ensembles de capteurs de déplacements radiaux intérieurs et extérieurs. En cas de
présence de bulles d’air, on procède à une purge. Les douze capteurs sont connectés à l’armoire de
contrôle comme illustré sur la figure 6.
On passe ensuite sur l’ordinateur de pilotage en écran « mise en place » et le logiciel, développé au
LCPC, pilote la phase « mesure du gonflement ».
figure 15
Procédure pour le
montage de l’éprouvette. a b c d
a) positionnement de la membrane b) mise en place des capteurs de c) mise en place d) le chapeau rajouté, fixation
intérieure et de l’éprouvette déplacement radiaux intérieurs du chapeau de la membrane extérieure
■ Mesure du gonflement
Le montage de l’éprouvette se fait avec des disques poreux secs. En maintenant les circuits de
drainage secs et ouverts, on applique une pression de cellule égale aux deux tiers de la contrainte
verticale effective en place , afin d’éviter les risques de gonflement pendant la saturation.
Si la tendance est à l’absorption d’eau, la pression cellulaire est augmentée jusqu’à stabilisation ;
si la tendance est à l’expulsion d’eau, la pression est réduite. Après stabilisation, l’éprouvette de
sol est à son volume initial et à la contrainte hydrostatique de gonflement ui. Ensuite, une contre-
pression est appliquée.
■ Consolidation
La consolidation consiste à appliquer une pression de cellule constante et éventuellement une
charge axiale ou un couple donné, également constant. Pendant cette phase de consolidation,
la contre-pression définie précédemment est maintenue à la même valeur. Le changement de
volume en fonction du temps est déterminé à partir des mesures du volume d’eau expulsée de
l’éprouvette.
La consolidation « K0 » est un type spécifique de consolidation dans lequel la pression de cellule est
asservie à l’augmentation de la contrainte verticale en fonction de la variation de la section calculée
à partir des informations des trois capteurs de diamètre intérieurs et des trois capteurs de diamètre
extérieurs. Lorsque la contrainte axiale a atteint la contrainte en place estimée, le calcul du rapport
de la contrainte horizontale effective sur la contrainte verticale effective permet d’estimer le coeffi-
cient de poussée des terres K0 en place du sol naturel.
L’analyse de la variation du rapport K0 pour tous les essais triaxiaux sur éprouvettes cylindriques
creuses de sols naturels non remaniés montre que la procédure de taille et la forme géométrique de
l’éprouvette tendent à faire disparaître l’état initial de contraintes et que ce phénomène est indépen-
dant des dimensions des particules ou du pourcentage d’argile.
L’amélioration des techniques a permis d’imposer des chemins de contraintes de plus en plus com-
plexes. Les premières machines imposaient un déplacement vertical et une pression de cellule
constante. De véritables chemins de contraintes, comportant ou non des petits cycles, ont pu être
appliqués grâce à un pilotage réalisé à partir des informations provenant de mesures locales des
déplacements.
La figure 18 résume les chemins types imposés dans l’espace constitué par le plan de Cambridge
complété par l’axe de la rotation des contraintes. Le premier graphique correspond à un chemin où
le déviateur est augmenté à partir d’une valeur de la pression moyenne par une vitesse de défor-
mation fixe. Pour les premiers essais, la torsion était appliquée jusqu’à la rupture ; il a été ensuite
possible, avant d’atteindre la rupture en torsion, de continuer à accroître le déviateur pour une
torsion maintenue.
Les études menées à l’Imperial College ont concerné des chemins plus proches de la réalité dans
lesquels l’augmentation du déviateur est liée à l’augmentation de la pression moyenne par le coef-
ficient de poussée des terres au repos (K0) [45]. Ce type d’essai a pour objectif de s’approcher du
phénomène de consolidation que l’on constate in situ (figure 18b).
Dans la nature, par exemple lors de l’érosion d’une pente ou lors de la construction d’un ouvrage,
la rotation des contraintes est concomitante avec l’augmentation du déviateur. C’est pourquoi le
troisième type de chemin semble davantage justifié (figure 18c). Cependant, le manque de données
in situ sur cette simultanéité ne permet pas de définir exactement ce chemin type.
Les chemins de type cyclique tentant de simuler les séismes ou l’effet de la houle consistent à effec-
tuer des allers-retours sur ce dernier chemin.
figure 18
Chemins de contraintes
typiques. a b c
Le LCPC a développé un programme qui dialogue, via le réseau Ethernet, avec le programme d’as-
servissement local du CECP d’Angers (figure 19). Il impose le suivi du chemin de contraintes en
calculant l’écart au chemin à partir des mesures obtenues des capteurs, des états des commandes
ainsi que des états des fins de course, puis en envoyant les consignes nécessaires au rattrapage.
Le programme conçu par le CECP d’Angers comporte six modes : écran d’accueil, mode manuel, mise
en place de l’éprouvette, consolidation, essai, fin d’essai. Pour sa part, le programme du LCPC est consti-
tué de deux sous-ensembles (figure 20). Le premier sous-ensemble demande à l’utilisateur de lui fournir
figure 19
Architecture de
l’asservissement
(PTCC du LCPC).
figure 20
Organigramme général du
logiciel du LCPC (PTCC).
La figure 21 présente un exemple d’essai de torsion sur un cylindre creux d’argile de Guiche. On observe
sur ces figures que la phase de cisaillement de l’essai se déroule de manière satisfaisante (plastification
progressive du sol lors de l’augmentation du déviateur, figures 21a et 21b ; plastification lors de la tor-
sion, figure 21c). Il y a cependant quelques variations du couple de torsion qui provoquent l’éloignement
du chemin réel suivi, en rouge, par rapport au chemin imposé, en vert (figure 22).
Achèvement de l’essai
Les procédures et observations à faire en fin d’essai sont les mêmes pour tous les types d’essais :
figure 22
Cisaillement de l’argile de
Guiche dans l’espace p, q,
a (PTCC du LCPC).
figure 23
Exemples de modes de
rupture obtenus pour
l’argile de Guiche :
a) extension ;
b) extension et cisaillement ;
c) cisaillement ;
d) cisaillement et
compression ;
e) compression
(PTCC du LCPC).
a b c d e
EXEMPLES DE RÉSULTATS
Un essai de type triaxial pour cylindre creux permet d’obtenir une valeur de l’angle de frottement
pour toute combinaison de contraintes principales. Pour les différents types de sols, les résultats
sont présentées sur la figure 24a pour les argiles et 24b pour les sables. Les essais ont été effectués
avec des chemins de chargement différents, détaillés dans les références [7, 21, 46]. Il est toutefois
vraisemblable que ces résultats dépendent des conditions aux limites des essais.
Pour sa part, l’appareillage du LCPC a actuellement permis d’étudier les sols naturels et non rema-
niés de trois sites :
Pour l’argile sableuse de Rouen, l’angle de frottement interne diminue avec la rotation des contrain-
tes jusqu’à un angle de rotation de 70 degrés, à partir duquel l’angle de frottement augmente légè-
rement. Les valeurs obtenues ne sont pas tout à fait en concordance avec les courbes recensées dans
la littérature internationale. Cette différence provient du fait que les essais triaxiaux sur éprouvettes
cylindriques creuses ont été effectués sur du sol prélevé à une profondeur différente de celle consi-
dérée dans les essais triaxiaux.
Pour le sol d’Almere, la variation de l’angle de frottement interne en fonction de l’angle de rotation
des contraintes est similaire à celle observée dans la littérature pour les sols argileux. Cependant,
la relation entre le paramètre b et l’angle de frottement a une allure opposée à celle constatée dans
la littérature. En effet, au LCPC, les essais triaxiaux drainés et non drainés ont été réalisés à une
pression de confinement plus grande que la pression de préconsolidation. Les déformations des
éprouvettes dans la phase de cisaillement, qui suit la phase de consolidation, n’étaient probablement
pas suffisantes pour atteindre la courbe d’état critique. Les angles de frottement interne ont pu de
ce fait être sous-estimés.
La majorité des expériences réalisées par le passé ont considéré une pression intérieure et extérieure
identique. Les résultats de la thèse de K. Nasreddine [47], effectuée au LCPC avec des essais à b
constant, ont mis en évidence que la réalisation d’essais avec dissociation de b et de entraînait
des ruptures plus précoces des éprouvettes. Celles-ci sont dues à l’application d’une pression inté-
rieure au cylindre creux nécessaire au maintien de b à une valeur égale à 0,5. Certains auteurs de
la littérature avaient observé cette tendance [7]. La diminution de la résistance maximale du sol,
avec la rotation des contraintes principales, atteste de l’influence de cette rotation sur la relation
contrainte-déformation.
L’analyse des premiers résultats obtenus par le LCPC en laboratoire et in situ a permis de proposer
un modèle théorique simple pour tenir compte de la rotation des contraintes pour la modélisation
des massifs de sol en interaction avec des ouvrages [47, 51].
CONCLUSIONS
L’intérêt de l’essai sur cylindre creux de sol naturel pour accroître les connaissances sur le com-
portement mécanique des sols autour des ouvrages est aujourd’hui pleinement partagé par toute la
communauté des mécaniciens des sols. Pourtant, peu de laboratoires se sont dotés des appareillages
nécessaires. Pour sa part, le LCPC dispose aujourd’hui d’un dispositif performant, validé et bien
adapté à l’étude des sols naturels (presse PTCC). Ce dispositif, unique en France, a déjà donné des
résultats intéressants et permis notamment d’entreprendre l’amélioration des modèles théoriques
introduits dans les logiciels de calcul par éléments finis (comme CESAR-LCPC). Cette recherche
se poursuit dans plusieurs directions : notamment dans le domaine des petites déformations et de
la caractérisation des modules d’élasticité, de l’influence de l’anisotropie sur les lois d’écoulement
plastique, de l’effet des sollicitations cycliques combinées et du fluage des sols argileux. Des pro-
grès importants sont attendus de cet appareillage, en même temps que des développements réalisés
au LCPC pour perfectionner la reconnaissance des sols in situ.
REMERCIEMENTS
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