Canadiens Français: N.-E. DIONNE, M.D., LL.D
Canadiens Français: N.-E. DIONNE, M.D., LL.D
DIS S
CANADIENS FRANÇAIS
ou
LEXIQUE,
R S C A N A D I A N I S M E S , A C A D I A N I S M U S , ». W U C I S M E S , A M R R I C A N I S M R S
M O T S A N G L A I S IMS P L U S « N î c . i w R A U S E I N D E S K A M I I J . E S
C A N A D I E N N E S E T ACAVrtRNNKS F R A N Ç A I S E S
Vt'C ••> ; N O M B R E U X R X K M P M Î S P O D U M I J i U X F A I R E C O M P R E N D R E LA
PORTER D R C H A Q U E MOT o r EXPRESSION
PAR
AVBC PRl'vPACE
; QUEBEC
L A F L A M M E & P R O U I . X , IMPRTMKURS
1909
LE
PARLER POPULAIRE
DES
CANADIENS FRANÇAIS
ou
LEXIQUE
DIÎS C A N A D I A N I S M E S , A C A D I A N I S M E S , A N G L I C I S M E S , A M É R I C A N I S M E S
MOTS A N G L A I S L E S P L U S E N U S A G E AU S E I N D E S F A M I L L E S
C A N A D I E N N E S E T ACADIENNES FRANÇAISES
AVEC D E N O M B R E U X E X E M P L E S P O U R M I E U X F A I R E C O M P R E N D R E L A
P O R T É E D E C H A Q U E MOT OU E X P R E S S I O N
PAR
N.-E. D I O N N E , M. D., L L . D.
Bibliothécaire de la Législature de la Province de Québec
Professeur d'archéologie à l'Université Lavai
Membre de la Société Royale du Canada
AVEC PRÉFACE
P A R M. R A O U L D E LA GRASSERIE
Docteur en droit, juge au Tribunal civil de Nantes, lauréat
de l'Institut de France, auteur de plusieurs ouvrages
.sur :â Higubdque Jrarspise , .
QUÉBEC
LAFLAMME & PROULX, IMPRIMEURS
19C9.
PRÉFACE
Raoul de la G R A S S É R I E .
OUVRAGES MIS A PROFIT
I
Les ouvrages, dont suit la liste, sout les seuls que l'au-
t e u r de ce L e x i q u e a consultés. Tous ne lui ont pas été
profitables au même degré. Il va de soi que les glossaires
canadiens préparés par Gingras, Manseau, l'abbé Caron,
Dunn, Clapin et Rinfret, pour ne citer que les principaux,
o n t plus servi à l'auteur que les dictionnaires publiés en
F r a n c e . L e Bulletin du Parler-Français lui a été beau-
coup plus utile que les glossaires de Borel, de Favre, de
Moisy, de Jaubert et autres de provenance française, bien
q u e ceux-ci aient été mis à contribution par l'auteur dans
ses études comparatives.
Quoi qu'il en soit, l'auteur exprime toute sa reconnais-
sance aux auteurs de tous ces ouvrages de linguistique,
quels qu'ils soient, et plus particulièrement à M. Clapin et
a u x lexicographes du Bulletin. Que ces messieurs, qui
savent ce qu'il en coûte de labeurs pour mener un diction-
naire à bonne fin, ne soient pas trop sévères à son égard,
e t ne lui tiennent pas rigueur parce qu'il a puisé un peu
largement dans leur fonds. Ils comprennent qu'il est bien
difficile, sinon impossible, de faire un pareil ouvrage sans
s'inspirer des devanciers. L'auteur,^du reste, n'ambitionne
r i e n de plus que d'apporter son humble contribution à
l'œuvre si généreusement entreprise par la Société du
Parler-Français, qui est d'épurer notre langage en le débar-
rassant des trop nombreuses scories'qui le déparent ou le
défigurent. Cette œuvre est possible, et elle se fera, sans
XXII OUVRAGES MIS X P R O F I T
o O
A.
— Elle. E x . A v a aller se promener c h e z ses parents.
— Ce. E x . A soir, nous irons a u concert.
— De. E x . V o i c i le c h a p e a u à Pierre.
— E. E x . C o u v e r t e , v a r d i r , alarte, a v a r s e .
— Chez. E x . A l l e r au m é d e c i n , au prêtre.
Abajoue, n. f.
Bajoue, partie d e la tête d ' u n animal qui s ' é t e n d depuis l ' œ i l
j u s q u ' à l a mâchoire.
Abander, v . a.
— R é u n i r e n g r o u p e un certain nombre d ' i n d i v i d u s .
— S o u l e v e r une assemblée en l ' a m e u t a n t contre soi.
Abander, (s'), v . pr.
S e r é u n i r en g r o u p e , en bande. E x . N e Vabande pas a v e c
ces m a u v a i s garnements, c.-à.-d., ne te m ê l e pas à e u x , à
leurs j e u x .
Abandonner, v . a.
Cesser. E x . J'ai abandonné de fumer.
A bas, loc.
A terre. E x . I / e n f a n t est à bas, il v i e n t de tomber de sa
chaise. D a n s le v i e u x français on é c r i v a i t abas pour s i g n i -
fier en bas, ici-bas.
2 LE PARLER POPULAIRE
Abatages, n. m. pl.
Abatis, tête, cou, ailerons, pattes de volaille.
Abatteux d'ouvrage, loc.
Individu qui taille beaucoup de besogne en un temps donné.
En Normandie on dit un homme d'abat, qui travaille vite
et beaucoup.
Abattre, v. a
Faire, exécuter. E x . Voici un ouvrier qui abat beaucoup
d'ouvrage dans une journée. Allusion à ceux qui abat-
tent du bois.
A be!!e heure, loc. adv.
Tardivement, après l'heure voulue. E x . Tu arrives à belle
heure, toi ; pourquoi avoir tant retardé ?
Abîmer, v. a.
— Salir, tacher. E x . Prenez garde à'abîmer mon habit.
En Bretagne, abîmer comporte une signification identique.
— Injurier. E x . J e me suis fait abîmer par ce gars-là.
— Abîmer l"eau, faire eau. E x . Ma chaloupe abîme l'eau.
Abîmer (s'), v. pron.
Se blesser. E x . Il s'est abîmé les doigts en travaillant au
jardin.
Able.
La plupart des terminaisons en able se prononcent comme si
la lettre / n'existait pas. E x . agréabe, aimabe, capabe.
Aboiteau, n. c.
Mot de provenance acadienne, qui signifie digue. Nous
trouvons dans Littré, (vol. suppl.) « Aboteau, barrage,
obstacle mis au cours de l'eau dans la Saintonge. Etymo-
logie : a et bot qui signifie une digue, suivant le glossaire
Aunisien.» La Saintonge, pays natal de Samuel Champlain,
fondateur de Québec, a fourni à l'émigration française en
Acadie un bon nombre de ses enfants. F . Godefroy, dans
son Lexique de l'ancien français, cite le verbe aboiter qui
signifiait tromper. Tromper la mer ou un fleuve au moyen
d'une digue, ne serait pas après tout si mal ; de là, pour-
rait-on dire, un aboiteau. Le mot Saintongeois est aboteau,
petit batardeau fait pour retenir l'eau ; d'abotare de basse
D E S CANADIENS-FRANÇAIS
3
latinité. Du Caiige lui donne un sens juridique : aboium,
abotamentuvi.
A bonne heure, loc. adv.
De bonne heure. E x . Viens donc aussi à bonne heure que
tu pourras.
Abord, n. m.
— Grande réunion d'indiviius arrivant tous ensemble au
même lieu.
— Moment, court espace de temps. E x . Il commence à
tonner, ce ne sera qu'un abo?d.
Abord (d') que, loc.
Puisque : E x . D'abord que tu le veux, je me rends.
Abordade, n. m. —Abordage.
Aborder, v. a.
— Approcher. E x . Aborde ici que je te parle.
— Heurter par accident. E x S a voiture a abordé la mienne
au coin de la rue Couillard.
Abouler, v. n.
— Aboutir, finir. E x . Aboule et finissons-en.
— Payer une dette. E x . J e vais le presser tellement qu'il
finira par abouler.
About, n. m.
— Extrémité d'un terrain confinant au terrain d'un autre,
dans le sens de la longueur.
— Planche de labour à l'extrémité d'un champ.
Autrefois le mot habout signifiait fond de terre abandonné
à un créancier et désigné par ses tenants et aboutissants,
. dans la coutume de Lille.
Abouter, v. a,
— Joindre par le bout deux choses susceptibles d'être adap-
tées l'une à l'autre.
— Confiner. E x . Ma terre aboute à celle de Mathieu.
— Faire un about.
—Disposer une planche de labour à l'extrémité d'un champ.
Aboutir, v. n.
— Finir. E x . Aboutis donc, tu retardes mon ouvrage.
— Réussir. E x . Cette affaire a abouti heureusement.
4 LE PARLER POPULAIRE
Acheter, v. n.
Devenir père d'un enfant. Ex. Les cloches sonnent un
baptênie, sais-tu qui vient i acheter ?
Achienneté, e, adj.
Expression acadienne pour marquer l'attachement ou mieux
Y acharnement. Ex. Cet enfant est achienneté à sa mère.
Achiffe, n. f.— Affiche.
Achigan, n. m.
— Poisson que la science a rangé dans l'espèce des microp-
tères Dolomiens. Ainsi appelé, parce qu'il est très com-
mun dans la rivière Achigan.
— Manger un achigan, ne pas faire de points au jeu de whist.
Achiquette, n. f.
— Se dit du bois que l'on corde sous forme d'échiquier,
c'est-à-dire en plusieurs carrés.
— Plancher en achiquette, parquet posé par carrés.
A clair (tout), loc.
Distinctement. Ex. Je l'ai entendu tout à clair.
Acmoder, v. a.
Accommoder. E x . Acmoder du poisson.
A cœur d'année, loc. adv.
Toute l'année. E x . Il me faut endurer ce paresseux-là à
cœur d'année.
A cœur de jour, loc. adv.
Toute la journée, du matin jusqu'au soir. Ex. Travailler
à cœur de jour.
A cœur jeun, loc. adv.
A jeun. Ex. Le docteur me fait prendre ses bolus à cœur jeun.
A compte (en), loc. adv.
Acompte. Ex. J'ai reçu dix piastres en à compte On peut
dire : J'ai reçu un acompte de dix piastres, ou dix piastres
à compte.
Aconnaitre, v. a.
Connaître. Ex. Pierre est revenu des Etats ; il a eu de la
misère à se faire aconnaitre.
Acouillau, acoyau, n. m.
Coyau, pièce de bois posée sur la base des chevrons et l'angle
DES C A N A D I E N S - F R A N Ç A I S 9
Adonner (s')» v. p.
— Convenir. E x . Cet individu t'adomie-t-il, toi?
— Effet du hasard. E x J e m'adonnais à passer par chez
vous, quand tu m'as appelé.
— S'accorder, marcher en harmonie. E x . Ces deux cousins
s'adonnent bien ensemble.
* Adresser, v. a.
Porter la parole devant une assemblée. (Angl.)
Adret, te, adj.
Adroit. E x . Ce menuisier est adret, ce médecin est adret.
S'entend non seulement de la dextérité du manœuvre,
mais aussi du savoir et deTiutelligeuce.
Adroisse, n. f.— Adresse.
Affaire, n. f.
— Faire son affaire, s'enrichir. E x . Ce marchand fait son
affaire.
— Faire Vaffaire à quelqu'un, le punir, le mettre à la raison.
E x . Si cet individu revient ici, je lui ferai son affaire.
— Etr: d'affaire, être habile en affaires.
— Avoir affahe à quelqu'un. E x . Si tu ne me payes pas,
tu auras affaire à moi.
— Pas d'affaire, non, j e ne veux pas.
Affaires, n. f. pl.
— Effets, lingerie. E x . Déménage au plus tôt toutes tes
affaires.
— Faire ses affaires, aller à la garde-robe.
Affecté, e, adj.— Prétentieux, vaniteux.
* Affecter, v. a.
Influencer. E x . Rien ne saurait affecter mon vote à la
Chambre, ni promesses, ni menaces, etc. (Angl. )
Afficolant, adj. — Inutile, nuisible. (Expr. acadietme)
Afficots, Affiquiots, n. m.
Affiquet, ajustement de femme. E x . Cette femme a mis
tous ses afficots, c.-à.-d. qu'elle affiche toutes ses parures,
colliers, bracelets, épingles, etc.
Affidavid, n. m.
Affidavit, déclaration avec serment faite devant une autorité.
DES CANADIENS-FRANÇAIS II
Affiler, v. a. et n.
— Tailler en pointe, aiguiser. E x . Mon crayon est mal affilé.
— Amadouer. E x . Pour le convaincre, il faut d'abord Vaffiler.
— Se préparer. E x . Affile-toi pour partir bientôt.
— Aligner, mettre à la file.
Affirmative (dans l ' ) , loc.
— Affirmativement. E x . Quelle réponse ferez-vous ? J e
répondrai dans P affirmative, cela vaudra beaucoup mieux.
Affligé, e, adj.
— Malade. E x . Une personne affligée des yeux, des oreilles.
Affrancher, v. a. —Hongrer, procédé qui vient de la Hongrie.
Affranchir, v. a.
— Châtrer, hongrer.
— Greffer.
— Civiliser les nations sauvages, les tirer delà barbarie.
Affranchisseur, n. m. — Cliâtreur de bestiaux.
Affronter, v. a.
•— Tromper impudemment.
— Aborder de front, rencontrer face à face.
Affûtage, u. m . — T i r à l'affût.
Affûteur, n. m.—-Tireur à l'affût.
Affûts, n. pl.
Ruses, dissimulation. E x . Vos affûts me laissent absolu-
ment froid, j e saurai m'y soustraire.
Afistoler, v. a
Arranger, se parer, se mettre beau, rafistoler.
— Enjôler.
— Raccommoder.
— Remettre à neuf. E x . Afistoler un vieil habit..
- * Aft. (m. a.) — A l'arrière. (Terme de marine.)
Agacer, v. a.
— Produire sur les dents une sensation désagréable prove-
nant de la saveur aigre ou acide. E x . L'alun agace les
dents.
— Eniousser une scie.
* Agate, CAugl.)
Parisienne ou Sédanaise. 5% points. (T. d'impr.)
12 LE PARLER POPULAIRE
Age, n. f.
A g e , n. m . E x . N o u s sommes tous d e u x de la m ê m e âge.
l o c
Age (à bout d'). >
T r è s v i e u x . E x . E t r e r e n d u à bout d'âge.
Age (être en), loc.
— A v o i r atteint la majorité, l ' â g e d e v i n g t et un a n s . E x .
Maintenant que tu es en âge, tu v a s j e û n e r p e n d a n t l e
carême.
Age (hors d'), loc.
T r è s v i e u x . S e dit s u r t o u t des a n i m a u x . E x . M o n c h e -
val blanc est hors d'âge, ménageons-le.
Agent, n. m .
— Agent de station, chef de gare.
— Agent de télégraphe, télégraphiste.
— Agent des Terres de la Couronne, officier préposé à la v e n t e
des terres.
— Agent des passagers, e m p l o y é p r é p o s é a u service des v o y a -
geurs.
Ageter, v . a . — A c h e t e r .
Ageteur, euse, n. m. et a d j . — A c h e t e u r .
Agets, ajets, n. m. p l .
L e s a g e t s sont les d o u z e j o u r s qui commencent a v e c l a N o ë l
pour finir a u x R o i s ; la température de c h a c u n d ' e u x sert
de pronostic pour les douze mois d e l ' a n n é e q u i v a c o m -
mencer. A i n s i N o ë l , c ' e s t janvier, le 26 décembre, f é v r i e r ,
etc., etc.
M. R i v a r d signale, dans le B . P . F . (v. 2. p. 39-41), q u e
le mot agel s'emploie différemment d a n s certaines parties
de l a p r o v i n c e de Q u é b e c : présage, pronostic, d a n s la
r é g i o n de S t - H y a c i n t h e ; êtres d'une maison, dans la r é g i o n
du S a g u e n a y et d a n s le comté de C h a r l e v o i x ; comble de la
mesure, dans le c o m t é de Dorchester.
Agel v e u t dire habitude, manière d ' ê t r e . O n d i t a/eu à
Caen, et agi dans le patois de P r o v e n c e .
Agever, v . a . — A c h e v e r . E x . Cette f e m m e est b e l l e agevêe.
Agir (en), loc.
E n user. E x . Il faudra que tu en agisses b i e n a v e c cet
DES CANADIENS-FRANÇAIS 13
Air, n, m .
— E r r e , allure, train, vitesse. E x . S i tu v e u x sauter plus
haut, prend p l u s d'air.
— A r r h e s . E x . Je l u i ai donné u n e piastre d'air.
— Souffle. E x . I m p o s s i b l e d ' a l l e r en c h a l o u p e aujourd'hui,
il n ' y a pas un air d e vent.
— Etre en air, ê t r e disposé, ê t r e en v e i n e . E x . Je suis en
air de t r a v a i l l e r ce m a t i n .
•— Se donner des airs, affecter certaines prétentions.
— Vivre de l'air du temps, v i v r e de rien ou de peu de chose.
— Monter en l'air, m o n t e r h a u t .
•— Etre en l'air, ê t r e t r è s g a i .
•—Avoir de l'air, se tromper. E x . Quelle h e u r e est-il ? Il
est d e u x h e u r e s . T''en as de V air ! il est q u a t r e heures.
— Donner un air d'aller, donner u n é l a n .
— Perdre son air, perdre son a p l o m b .
— Faire de l'air, laisser passer l ' a i r e x t é r i e u r . E x . Une
croisée qui fait de l'air.
•— Prendre l'air, laisser passer l ' a i r de l'intérieur à l ' e x t é -
rieur. E x . Une p o m p e qui prend l'air.
•— Avoir de faux airs, ressembler v a g u e m e n t . E x . L ' e n f a n t
a de faux airs de sa m è r e .
Airer, v . a.
A é r e r , ventiler. E x . Aire le salon comme il faut.
Airrhes, n. f. p.
. A r r h e s , a r g e n t d o n n é à l ' a v a n c e p o u r assurer l ' e x é c u t i o n
d'un marché.
Airs, n. m. pl.
E t r e s , aîtres. E x . Je connais tous les airs de cette maison,
c'est-à-dire la disposition des d i v e r s e s parties d ' u n e maison.
Ajambée, n. f.— E n j a m b é e .
Ajamber, v . a.— E n j a m b e r .
Ajouter à quelqu'un.
E x . Je lui ajoutai, p o u r j ' a j o u t a i â c e q u e j e lui ai dit.
AI, aile, p r o n . pers. f.
, E l l e , d e v a n t une v o y e l l e ou u n e h muette. E x . Aile est
allée à l a messe.
1.6 LE PARLER POPULAIRE
AHable, a d j .
A c t i o n d'aller. E x . I^es chemins sont dans u n état terrible,
ce n ' e s t pas allable.
Allant, part. pr. d u v e r b e aller.
B i e n o u mal disposé à marcher. E x . Mon c h e v a l n'est pas
allant, a u j o u r d ' h u i .
Allant à dire, loc.
D e n a t u r e à laisser croire ou entendre. E x . I l s'est servi
d ' u n e e x p r e s s i o n allant à dire que j ' a v a i s faussé la vérité.
AHébore, n. m . — E l l é b o r e .
Allège, a d j .
L è g e , à vide, n o n c h a r g é . E x . M a voiture est allège, embar-
que tes valises.
Allégeance, n. f.— A l l é g e a n c e .
Allégir, v . a.
A l l é g e r . E x . D e p u i s l a dernière fois que je me suis pesé,
j ' a i allêgi de d i x l i v r e s .
Allégir (s')> v. p r o n .
— D i m i n u e r son f a r d e a u .
— S e soulager. E x . Je lui ai d i t m a façon de penser, cela
m ' a b e a u c o u p allêgi, car j ' e n a v a i s gros sur le cœur.
Allégué, 11. m.
A l l é g a t i o n , E m p l o y é s u b s t a n t i v e m e n t , le mot allégué a
rencontré b e a u c o u p d'adversaires, parce q u ' i l n'est pas
r e c o n n u par l ' A c a d é m i e et q u ' i l ne se rencontre p a s dans
les dictionnaires, à l ' e x c e p t i o n de l e t t r é . L ' u s a g e que nous
en faisons en C a n a d a a r e n d u ce mot presque indispen-
sable, et allégué restera.
Allemagne, n. c.
— Ecole d ''Allemagne, é c o l e normale.
— Argent d'Allemagne. E x . C e t t e cuiller est en argent
d'Allemagne; m é t a l qui v i e n t d ' A l l e m a g n e .
Aller, v . n .
Ce m o t s'emploie d a n s différentes acceptions :
— E x . Aller sur la soixantaine, a v o i r dépassé cinquante-
neuf ans.
— Aller au prêtre, requérir ses services.
2
ï8 LE PARLER POPULAIRE
Allumé, adj.
L é g è r e m e n t p r i s de v i n . E n France, la m ê m e expression
s'emploie p o u r dire être abreuvé.
Allumer, v. n.
S e reposer. E x . Pierre, entre donc allumer, nous allons
rire. L e m o t p i p e est é v i d e m m e n t sous-entendu, mais
comme la q u e s t i o n peut être aussi bien adressée à un pas-
sant qui ne f u m e jamais, le sens de se reposer nous paraît le
p l u s rationnel.
Allure, n. f.
— D é m a r c h e . E x . V o i c i une personne de belle allure.
— B o n sens, entrain. E x . Cette chanson n ' a pas à!allure,
cette danse a b e a u c o u p à'allure.
Almenach, n. m .
Almanach.
Alorsse, a d v . — A l o r s .
Alouette branle=queue, n. f . — M a u b è c h e tachetée.
Alouette des prés, n. f . — M a u b è c h e à poitrine cendrée.
Alouette pipi, n. f . — F a r l o u s e de la L o u i s i a n e .
Alouette solitaire, n . f . — C h e v a l i e r solitaire.
Alphabette, n. f . — A l p h a b e t , n. m .
Alsphate, n. m . — A s p h a l t e .
Altérage, n. m . — A t t e r r a g e , r i v e g l a c é e d'une rivière.
Altère, n. f . — A r t è r e .
Alton (fil d'), n. m .
F i l de laiton. A u t r e f o i s laton o u leton se disait.
Alumelle, n. f.
— L a m e d'un canif, d ' u n c o u t e a u .
— S u r p l i s sans m a n c h e .
Aluminum, n. m . — A l u m i n i u m .
A maille et à corde, loc.
— A bout de ressources. E x . C e p a u v r e diable est rendu
à maille et à corde. Clapin c i t e l'expression à mâts cordes
p a r m i les canadianismes, p o u r signifier la m ê m e chose.
— Péniblement. E x . T r a v a i l l e r à maille et à corde.
A main, l o c . — C o m m o d e , à la m a i n .
Amalgamation, n. f . — F u s i o n , u n i o n .
20 LE PARLER POPULAIRE
Amalgamer, v. a.
Unir, fondre ensemble. E x . Ces d e u x compagnies de
chemin de fer vont être amalgamées.
A m a n c h e r , v. a. et n.
— Ajuster, mettre en ordre. E x . Cette femme est bien m a l
amanchêe.
— A r r a n g e r . E x . C'est u n e affaire qui a été mal amanchêe,
— T r o m p e r . E x . Ce gars-là m ' a amanchéâe la belle façon.
— E m m a n c h e r , mettre un manche.
— Donner, flanquer. E x . Baptiste m ' a amanchê u n coup
de poing qui m ' a fait voir trente-six chandelles.
— Aboucher. E x . Amancher des t u y a u x .
Amancher ( s ' ) , v. p r .
— S'habiller. E x . I l fait un temps d e chien, j e n e sais
1
vraiment comment m 'amancher.
— P r e n d r e ses mesures. E x . Je vais .^amancher de telle
façon q u ' i l n ' a u r a pas le dernier mot.
— S'emmancher. E x . J e te dis q u e ça s'amanche pas de
même.
Amanchure, n. f.
— Manière dont u n e personne ou u n e chose sont t e r m i n é e s .
E x . Comme tu est mal habillé ! quelle amanchure ?
— Affaire mal arrangée et incompréhensible.
— O u v r a g e mal fait.
Amant, n. m . — A i m a n t . E x . Voici de la pierre à.'amant.
Amarînades, n. f-—Marinades, conserves au vinaigre.
Amarinages, n. f.—Marinades.
Amariner, v. a.
— M e t t r e des légumes en conserves.
— Semoncer. E x . J e me suis fait amariner par m o n père,
qui était de mauvaise h u m e u r .
Amarrer, v. a. et n.
— A t t a c h e r . E x . Amarrer ses souliers.
— A r r ê t e r . E x . Il y a assez l o n g t e m p s que n o u s travail-
lons, amarrons.
— Joindre les d e u x b o u t s . E x . A force d'économie, j ' a i
fini par amarrer.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 21
Amener, v. a.
Produire. E x . Puisque tu prétends cela, amène tes preuves.
Américain, u. m. et f.—Citoyen, citoyenne des Etats-Unis.
Américanisation, n. f.
Acte légal qui rend quelqu'un citoyen de la république des
Etats-Unis.
Américaniser, v. n.
Se faire naturaliser citoyen de la grande république des
Etats-Unis.
Amérique, n. f.
Pour les Canadiens-Français en général, l'Amérique se con-
fond avec les Etats-Unis. Partir pour l'Amérique, c'est
traverser la ligne frontière entre le Canada et les E . - U .
Ames (les), n. f. pl.
Les âmes détenues dans le purgatoire. E x . J e promets, si
j e réussis, de faire dire une messe pour les âmes.
Ames (les bonnes), n. f. pl.—Les âmes du purgatoire.
Ainet, n. m.—Lumière, balise, point de repère, jalon.
Ameuiller, v. n.
— Se dit d'une vache très avancée dans sa gestation.
— Arriver au but, finir. E x . Ameuille donc, termine ton
ouvrage.
Ami, n. m.
— Amis comme cochons, amis inséparables, par allusion au
cochon de saint Antoine.
— // n'y a pas à dire mon bel ami, inutile d'hésiter.
Amiauler, v. a.—Amadouer.
Amicablement, adv.— Amiablement.
Amiqué, n. f. — Amitié.
Amlette, n. f.
Omelette. E x . Manger des amlettes au lard.
Amollir (s'), v. pr.
S'adoucir. E x . L e temps s'amollit, le froid achève.
Ammunition, n. f.
Munition de chasse ou de guerre.
Amont, adv.
— Contre. E x . Ne grimpe pas amont la clôture.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 23
Anpâter, v. a . — A p p â t e r .
Anpauvrir, v . a.— A p p a u v r i r .
v r
Anpauvrïr (s'). - P -
S ' a p p a u v r i r , p e r d r e s a fortune ou sa santé.
A n s e , n. m.— A n s e , n. f.
Ansiïlon, n. m.
E s p è c e de col de cornue par où l ' a n g u i l l e fait son chemin
pour aller s ' e m p r i s o n n e r dans u n coffre de bois.
A n t é c h r i t , n. m . — A n t é c h r i s t .
* A n t i c i p a t i o n , n. f. ( A n g l . ) — A t t e n t e .
* A n t i c i p e r , v. a. ( A n g l . )
— Prévoir. E x . y anticipe des embarras sans nombre.
— E m p i é t e r . E x . 'N'anticipons p a s sur nos r e v e n u s .
— Espérer. E x . ]'anticipe u n g r a n d succès dans cette
affaire.
* Antsmacassar, n. m . ( A n g l . )
Dossier ou voile de fauteuil.
A n t i q u i t é s , n f.
Antiquailles, v i e u x objets de p l u s o u moins de valeur.
Anvaler, v . a , — A v a l e r .
* Anxieux, adj. ( A n g l . )
D é s i r e u x . E x . Je s u i s a?ixieux d'aller v o u s voir.
Aouène, n. f . — A v o i n e .
Août, n. m .
N o u s entendons s o u v e n t dire a-oât pour oui. F a u t e de pro-
nonciation.
Aparcevance, n. f.
•— A p p a r e n c e . E x . L a récolte a u n e belle aparcevance.
•— A c t i o n d'apercevoir. E x . L a première aparcevance que
j ' e n ai eue, ce fut à l ' A u d i t o r i u m .
Aparcevoir, v. a . — A p e r c e v o i r .
Aparçu, n. m . — A p e r ç u .
Aparément, a d v .
Apparemment.
A p a r t , n. m.
R é s e r v e . E x . Je ferai un apart de cinq piastres pour toi
seulement.
28 LE PARLER POPULAIRE
Araignée, n. f.
— Avoir une araignée au plafond, n'être pas sain d'esprit.
Expression correspondante à la locution latine musca in
cerebro citée par Du Cange.
— Saxifrage sarmenteux. Plante de serres ou d'apparte-
ments, cultivée dans un pot suspendu.
A ras, loc. adv.
Tout près. E x . Mon verre est plein à ras le bord.—Coupe
cette tige à ras terre.— J ' a i coupé la queue de mon chien
tout à ras je t'en prie.
Arbe, n. m.—Arbre.
Arboutant, n. m.
— Terrain qui aboutit à un autre.
— Propriétaire du terrain.
— Aboutissant d'une terre.
Arbre de vie, n. m.
Cèdre blanc, ou thuja d'Occident ; se trouve dans la région
du lac Saint-Jean, et sert à la fabrication du bardeau.
Arcades, n. f.—Galeries de côté dans une église.
Arcajou, n. m.
Acajou. E x . Tous mes meubles sont en bois à!arcajou.
Arce, n. f.—v. Arse.
Arche, n. f.
Arc de triomphe, E x . C'est demain la procession du Saint-
Sacrement ; on a construit deux arches sur la rue St-Jean.
Archette, n. f.—Archet.
Archibête, adj.
Très bête. E x . Pierre est bête, mais Jean est archibête.
Archidiocèse, n. m.
— Diocèse à la tête duquel se trouve un archevêque.
— Province ecclésiastique sous la juridiction d'un arche-
vêque.
Arcompter, v. a.—Recompter, compter de nouveau.
Arçon, n. m.—Garçon. E x . Viens ici, mon petit arçon.
Ardille, n. f.—Argile. A u moyen âge on disait ardrille, arsille.
A M / | ] l f a < i v -t-t f-M o f ^ 1
— Argileux.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 33
Arguer, v. n . — A r g u m e n t e r , plaider.
Arias, a r r i a s , n. m.
— Embarras, contrariété. E x . M e s enfants m e causent
bien du arias.
— Attirail. E x . E m p o r t e tous tes arias avec toi.
— T u m u l t e . E x . Entends-tu le t a p a g e des enfants ? Q u e l
arias épouvantable !
En France arias s'emploie bien dans le sens de tracas. Ex.
Que d'afias ! L,e v i e u x français disait arie.
Aridelle, n. f.—Ridelle.
* Arlepape, n. m. ( A n g l . ) — H o r n p i p e , danse écossaise.
* Arlepatte, n. m. ( A n g l . )
Autre corruption du mot anglais hornpipe, danse t r è s en
vogue autrefois parmi nos Canadiens.
Arlevée, n. f . — R e l e v é e . E x . J'ai travaillé toute Yarlevée.
Arlovée, n. f . — V . A r l e v é e .
A r m a n a c h , n. m . — A l m a n a c h .
Armette g e r m a i n , adj.
Issu de germain. Corruption de maître germain, c o u s i n
germain.
Armière, n. f.—Ormière.
Armise, n. f.—Remise.
Armoire m o n t a n t e , n. f.
Monte-plats ou monte-charge hissant les plats de l a cuisine
à la salle à manger.
Armoniaque, n. f.
Ammoniaque. M é n a g e d i t : « L,' u s a g e v e u t q u ' o n dise artno-
niac, les Italiens disent de m ê m e armoniaco. Richelet
disait, en 1680, sel armoniac.» (Observ. sur la l a n g u e
française.)
Arouser, v. a.—Arroser.
Arousoir, n. m.—Arrosoir.
Arouter, v. a.—Routiner, former par l a routine.
Arouter ( s ' ) , v . pr.—S'accoutumer, s'habituer.
Aroutiner, v . a . — A c c o u t u m e r , habituer.
Aroutiner (s*), v . pr.
S'habituer, prendre l'habitude de quelque chose.
DES CANADIENS-FRANÇAIS
35
Arpentage, n. m.
Levée des plans. E x . Pierre va faire Y arpentage de ma
terre.
Arpenteur, n. m.
Arpentettse, chenille des phalènes dite géomètre. Ces che-
nilles dépourvues de pattes au milieu du corps, ne mar-
chent qu'en se rapprochant les extrémités de manière à
se recourber le corps en forme d'un U renversé.
Arrache-braquettes, n. m.
Petit instrument en fer servant à arracher les broquettes.
Arracher (en), loc.
Eprouver de grandes difficultés. E x . Les nouveaux colons
ont une grosse besogne à remplir, j e te prie de croire
qu'ils en arrachent.
Arracher (s'), v. pr.
Se tirer d'embarras. E x . I l travaille tellement, qu'il finira
par s'arracher.
Arracher (se faire).
Se faire enlever de force. E x . J e me suis fait arracher ^our
accepter son invitation.
Arracher (se m')-
Disputer la présence. E x . On m'invite de droite et de
gauche, enfin on se m'arrache.
Arracheur de dents, n. m.—Menteur.
Arracheux bon-temps.—Roger Bon-Temps. V . ce mot.
Arrachis, n. m.
— Arbre arraché.
— Partie de forêt dont les arbres ont été dévastés par un
ouragan.
. — Branchages employés comme bois de chauffage par les
fabricants de sucre d'érable.
Arrainement, n. m.
Mise en accusation, au terme de la cour criminelle. Vieux
mot français introduit, comme bien d'autres, dans la pro-
cédure anglaise au temps de la conquête de l'Angleterre
par les Normands. E n le refrancisant, nous ne faisons
que prendre notre bien, notre butin, comme disaient
36 LE PARLER POPULAIRE
Arrière, n. m.
Retard. E x . Ma montre prend de l'arrière. Ce locataire
a de Y arrière sur son loyer.
Arrimer, v. a.
— Arranger, réparer. Ex. Arrime-moi donc le toupet, que
j'aie l'air de quelque chose.
— Battre, malmener. Ex. Je me suis fait arrimer pro-
prement.
— Habiller, accoutrer. E x . Mon tailleur m'a arrimé de
son mieux.
— Avancer, se hâter.
Arrimer (s'), v. pr.
— S'habiller. E x . Arrimons-nous de notre mieux avant de
partir.
— Se placer, s'installer. E x . Les sièges sont remplis,
tâchons de nous arrimer autrement.
— Se mettre d'accord. Ex. Nos deux amis finiront par
s'arrimer, ils ont trop de bon sens.
Arisée, n. f.
Risée. V. ce mot. Le cheval qui se lance avec vitesse,
poussé par son conducteur, prend alors une arisée. Risée
:
se dit plutôt qu 'arisée, mot cité par Clapin.
Arriver, v. n.
— Obtenir une belle position. Ex. Cet homme est enfin
arrivé à force de travail.
— Concorder. E x . J'ai vérifié les deux comptes, mais ça
w' arrive pas.
Arriver avec quelqu'un.—L'égaler, lui tenir tête.
Arroser, v. a.—Arroser un marché, boire en le concluant.
Arroser (s'), v. pr.—S arroser la luette, le gosier, boire.
* Arrow=root, arorout. (m. a.)
Fécule comestible tirée des racines de la marante, du cur-
ctima, etc. Mot usité en France.
Arse, n. f.
— Espace, place. Ex. Veux-tu me donner plus à'arse?—Il
n'y a pas d''arse à se mettre.—Faites de Y arse, là-bas.
Arsoir, adv.,— Hier soir. Marot a écrit hersoir.
38 LE PARLER POPULAIRE
Artichoux, n. m.—Bardane.
Artifailles, n. f. pl.—Afficôts. V . ce m o t .
Artisse, n. m . — A r t i s t e .
Arupiaux, n. m. p l . — E r y p i a u x , oreillons.
Arvenlr, v. n . — R e v e n i r .
As de pique, n. m.
— Propre à rien.
— Etre planté quelque part comme un as de pique, se t e n i r
debout de manière à g ê n e r son v o i s i n .
A seule fin.
Afin. E x . Je t'ai fait demander à seule fin que t u r è g l e s
ton compte.
Asile, n. m .
Hospice d'aliénés. E x . C e t homme est fou, m e t t e z - l e à
l'asile. C ' e s t un craqué, il est mûr p o u r l'asile.
Asparge, n. f. — A s p e r g e .
Aspargès, n. m. — A s p e r g é s .
Aspect, n. m .
Apparence. E x . L,es récoltes ont u n bel aspect.
* Aspersions, n. f. pl.
A t t a q u e s malicieuses, diffamation. (Angl.)
Assaiye, n. m.
Essai. E x . N o u s allons te mettre à Vassaiye.
Assayer, v. a. — E s s a y e r .
* Assaut, n. m. — V o i e de faits. (Angl.)
Assavoir, v. et conj.
— Savoir. E x . Je v o u s écris pour v o u s faire assavoir d e
mes nouvelles.
— Savoir. E x . Ils étaient d e u x , assavoir Jacques et J e a n .
Molière s'est servi de ce mot dans son Tartufe:
" Ive bal et la grand'bande, assavoir deux musettes. "
Assemblée, n. f.
Faufilage. E x . Fais donc une assemblée p o u r que je p u i s s e
terminer ma couture.
Assembler, v. a.
Faufiler, faire une fausse couture à l o n g s points.
DES CANADIEN S- FRANÇAIS 39
Assermentation, n . f.
— Prestation d u serment.
— Action d'assermenter quelqu'un.
Assermenter, v . a.
A t t e s t e r par serment. E x . S o n t é m o i g n a g e a-t-il été asser-
menté ?
Assesseur, n. m . — E s t i m a t e u r officiel.
Asseyer, v . a. — E s s a y e r .
Assez, adv.
— T e l l e m e n t . E x . A i - j e é t é assez bonasse que j e l'ai c r u
s u r parole ?
— A s s e z b o n . E x . M i c h e l est assez poète.
Assinabe, n. f.
Grosse pierre e m p l o y é e par l e s s a u v a g e s pour retenir a u
fond de l ' e a u u n filet, u n e seine.
Assination, n. f.
A s s i g n a t i o n . E x . N o u s allons j o u e r a u x cartes, mais p a s
d'assination, s ' i l v o u s plaît.
Assiner, v . n.
T r i c h e r au m o y e n d e s i g n e s . E x . N o u s allons jouer a u
quatre-sept, m a i s il est d é f e n d u d'assiner.
Assir, v . a . — A s s e o i r . E x . T a i s - t o i o u j e v a i s t'assir.
v
Assir (s'). - P-
S'asseoir. C e m o t e s t fort e n v o g u e . Ronsard a dit : «Assi-
sons-nons s u r c e t t e molle c o u c h e . »
Assistance, n. f.
Présence. E x . Je s u i s allé à l a conférence d u j u g e Routhier,
l'assistance d e m i l l e personnes rendues pour l'écouter, l u i
fait honneur.
Assistant, n. m .
— A d j o i n t . E x . J e vais de c e p a s chez Y assistant-commis-
saire des terres.
— Assistant-bibliothécaire, sous-bibliothécaire.
Assister (s'), v . p r . — S ' a s s e o i r . E x . Assistez-vous, monsieur.
Associé, n. m . — C o m p a g n o n , a m i .
Associer avec, v . a.
S'associer a v e c .
40 LE PARLER POPULAIRE
Assommant, adj.
Accablant. E x . Cet orateur donne des raisons assommantes.
Assommer, v. a.
Abattre l'esprit. E x . E a perte de sa fortune l'a assommé.
Assouer, v . a.
Actionner, intenter un procès. E x p r e s s i o n acadienne.
Assumer, v. a.—Prendre charge. E x . I l a assumé m a dette.
Astérique, n. m.
Astérisque, signe typographique en forme d'étoile * pour
indiquer un renvoi, une lacune, etc.
Astheure, loc. adv.
A cette heure, maintenant, à l'heure présente. E a R o c h e -
foucauld, l'homme a u x maximes, a écrit : Pour ne v o u s
pas mentir, je me suis fort tourmenté qu'il serait b o n
d'être assuré asleure de ces affaires que d'attendre davan-
tage (Lettres, 24.) L a Boétie écrivait astlieure. Mon-
taigne a écrit asture.
Astination, n. f.— Obstination.
Astiner, v . n.—Obstiner. E x . Yastine pas.
v r
Astiner (s')> - P -—S'opiniâtrer à vouloir faire une chose.
Atoca, n. m.—Cauneberge à gros fruits.
Atosset, n. m.
Nom s a u v a g e d'un poisson que l'on trouve dans les e a u x
du lac Saint-Jean.
Atout, n. m.
A g r é m e n t s , qualités extérieures, attraits. E x . Voilà une
femme qui a beaucoup & atout. E n Normandie, le m o t
adous signifie ornements, parures.
A tout de reste, loc. adv.
Quand même, de toutes ses forces. E x . I l veut cela à tout
de reste.
A toute, loc. a d v . — A u s s i bien que possible.
A toute éreînte, loc. adv.
D e toutes ses forces. E x . T r a v a i l l e r à toute êreinte.
Attache, n. f.
— Attachement, affection. Boileau et Racine se s o n t servi
de ce mot pour exprimer la même idée.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 41
Attisée, n. f.
U n bon feu. E x . Il commence à faire froid, n o u s allons
faire une petite attisée.
Attorney, n. m.
P r o c u r e u r chargé de représenter une partie en justice. V i e u x
mot français atome. L'atorné, à C o m p i è g n e , e s t u n
Aumône, n. f.
Aumône. Ex. Faire Vaumône aux pauvres qui passent.
Aunage, n. m.
— Aunaie, lieu planté d'aunes.
— Branche d'aune.
Auparavant, adv.
Avant. Nous devons nous habiller chaudement auparavant
que de nous mettre en route.
Auparavant moi, loc.—Avant moi.
Au ras.
V. A ras. On peut dire au ras de Veau, de manière à être
de niveau avec la surface de l'eau.
Auripiaux, n. m. pl.—Oreillons.
Aussi... comme, loc. adv.
Aussi. . . que. Ex. Il est aussi instruit comme toi.
Autant comme, loc. adv.
Autant que. E x . J'exigerai autant comme vous.
Autant comme autant, loc. adv.
Tant et plus. Ex. Je l'ai réprimandé autant comme autant,
et rien n'y fait.
Autant (en) que, loc. adv.
Autant que, en tant que. E x . En autant que je m'en sou-
viens, c'est vrai.
Autant dire, loc.
Ou peut dire, pour ainsi dire. E x . Autant dire que ma
fortune est compromise.
Aute, adj.
Autre. Ex. C'est une aute paire de manches. On trouve
aute dans l'ancien français.
Authentiquer, v. a.—Rendre authentique. Mot vieilli.
Aux environs, loc.
Près de. Ex. Il est aux environs de quatre heures.
Avachi, n. m.—Paresseux.
Avachir, v. n.— Rendre lâche, paresseux.
Avachir (s'), v. pr.—Devenir lâche.
Avalanche, n. f.
Troupe, ribambelle. Ex. Une avalanche d'enfants à in-
44 LE PARLER POPULAIRE
Avention, n. f.
— A merveille. E x . Cet orateur parle comme une avention.
— Dextérité. E x . Voilà un enfant qui ira loin, il est plein
à? aventions.
Aventionner, v. a.
Inventer. E x . Cet ouvrier est très habile, il ne cesse p a s
d''aventionner quelque nouvelle machine.
v r
Aventionner (s')- - P -
Se mettre dans l'idée. E x . Aventionne-toi pas que t u puisses
me blaguer, je connais tes trucs.
Avents (les), n. m. p .
L'Avent. E x . Voilà les A vents qui arrivent, l'hiver v a com-
mencer. E n France, on dit les avents des grands p r é d i c a -
teurs.
Aventurer (s'), v. pr.
Aller loin. E x . J'arrive du lac à la Galette, je m e suis
même aventuré un peu plus loin.
A v é r a g e , n. m.
Borne moyenne, vraie et admise. E x . Ma terre m ' a r a p -
porté depuis trois ans trois cents minots de blé en avêtage.
Averdingle, n. f.
— Avarie.
•— Insulte, affront.
Avéré, adj.
Avéré, reconnu vrai. E x . C'est un fait avère que n o u s
sommes en temps d'élection.
Avertisation, n. f.— Avertissement.
Aveuc, p r é p . — A v e c .
Aviron, n. n.
Pagaie. L'aviron est u n e rame d'embarcation ; la p a g a i e
se manie sans qu'on l'appuie à l'embarcation.
Avis, n. m . — M ' e s t avis, je suis d'avis.
* Aviser, v . a.
— Conseiller. E x . Je vous aviserais d e n e pas p r é s e n t e r
cette loi devant les Chambres. (Angl.)
— Regarder. E x . E x a m i n e sérieusement ton affaire, avise-
la de près.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 47
* Aviseur, n. m . — C o n s e i l l e r . ( A n g l . )
Avisse, n. f.—-Vis.
Avisser, v . a . — V i s s e r .
Avocasser, v . a.
Défendre, a p p u y e r u n e théorie.
L e mot avocasser é t a i t l ' u n e des expressions favorites
de S i r G e o r g e - E t i e n n e C a r t i e r . N o u s t r o u v o n s dans
Godefroy le m o t avocassage p o u r signifier l ' a r t de plaider,
la profession d ' a v o c a t , et avocacion, plaidoyer, office
d'avocat. L ' A c a d é m i e a a d m i s avocasserie, en 1877, et
avocasser est français et signifie exercer obscurément la
profession d ' a v o c a t .
Avoine, n. f.
Faire manger de Vavoine à quelqu'un, le fait d ' u n jeune
h o m m e qui c o u r t i s e u n e j e u n e fille avec p l u s d ' a v a n t a g e
que t o u t autre.
Avoir, v. a u x .
S'emploie dans u n e f o u l e de l o c u t i o n s assez t y p i q u e s .
— Avoir le bras long, faire sentir son influence très au loin.
— Avoir du sable dans les yeux, s'endormir, c ' e s t l'homme
au sable qui p a s s e .
— Avoir du pain sur la planche, avoir de l ' a r g e n t de côté.
— Avoir du chien, ê t r e b r a v e , c o u r a g e u x .
— Avoir des mots, se disputer.
— Avoir mal aux cheveux, a v o i r l a migraine le lendemain
d ' u n e noce.
— Avoir restomac dans les talons, a v o i r une g r a n d e faim.
— Avoir les côtes sur le long, ê t r e p a r e s s e u x .
— N'avoir pas inventé la poudre, être imbécile.
— N'avoir pas inventé les boutons à quatre trous, m ê m e sens.
— N avoir pas la langue dans sa poche, parler b e a u c o u p .
Avons (j')> v . a u x .
N o u s avons, j ' a i . E x p r e s s i o n t r è s en v o g u e chez les A c a -
diens.
Avous ? v . a u x .
A v e z - v o u s ? D a n s l a farce d e P a t h e l i n , nous lisons : Avous
mal a u x dents, m a i s t r e P i e r r e ?
4 8 LE PARLER POPULAIRE
Avri, n. s . — A v r i l .
Avril (poisson d').
Courir le poisson d'avril, c'est aller à l a recherche d ' u n e c h o s e
qui n ' e x i s t e pas.
Ayau, n. m — N o y a u .
Ayère, n. f.
— CEillère, dent.
— CEillère, visière.
Azur, n. m . — A z u r . E x . Bleu comme Y azur.
o - — O
B
o o
Babiche, n. f.
Lanière étroite de cuir, de peau d'anguille, etc. E x . F o u r -
nir q u e l q u ' u n de cuir et de babiche.
Babicher, v . a.
— Corriger. E x . C e t écolier s'est fait babicher s é r i e u s e -
ment par son maître.
— Dire des paroles dures.
Babine, n. f.—Avoir la babine dépendue, pleurer.
Babines (ruine-), n. f.
Petit instrument de musique à b o u c h e dont se s e r v e n t les
enfants pour s'amuser plutôt que p o u r en tirer des s o n s
harmonieux. I l s'en trouve cependant qui p a r v i e n n e n t
à en tirer des airs connus.
Bâbord, n. m .
Courir de bord et bâbord, déborda bâbord, aller d ' u n c ô t é e t
de l'autre.
Babouin, e, n. et a d j . — E n f a n t turbulent.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 49
* Baboune, n. f. ( A n g l . )
P e r s o n n e m u n i e d e l è v r e s épaisses, a v e c toutes les apparences
d e l'idiotie. D u m o t a n g l a i s baboon, b a b o u i n .
Bac, bacq, n. m .
A u g e , petite c u v e t t e . Son d i m i n u t i f baquet est aussi fran-
çais ; v i e n t d e l ' a l l e m a n d back, q u i signifie t o u t e espèce de
vase.
* Bachelier, n . m .
G a r ç o n à marier. E x . I l y a u r a à Q u é b e c , l e 18 d u m o i s
courant, u n g r a n d b a l d o n n é p a r les bacheliers de cette
v i l l e . T r a d u c t i o n d u mot a n g l a i s batchelor.
Bâcher, v . a.
T r a v a i l l e r sans s o i n . E x . C e t o u v r i e r bâche tout ce q u ' i l
entreprend.
Bâcheur, n. m . — C e l u i qui b â c h e de l ' o u v r a g e .
Bachot, n. m . — B a t e a u d e r e b u t .
* Back=board,— borde, ( m . a.)
A t t e l l e avec d o s s i è r e pour p r o t é g e r la poitrine.
* Back=door,—dore, ( m . a . ) — P o r t e de derrière.
* B a c k g a m m o n , — g a m m e u n e , (m. a . )
T r i c t r a c , j e u q u i se j o u e a v e c des dames et des dés, sur u n
tableau d i v i s é e n d e u x c o m p a r t i m e n t s .
* Back=store, n. m . , (m. a.)
A r r i è r e - m a g a s i n , arrière-boutique.
\$aaox\,—-bêk-orine, (n. m.)
V i a n d e de p o r c f u m é e et s a l é e . On disait autrefois en
F r a n c e baconer p o u r saler. Bacon n'est donc p a s un m o t
e m p r u n t é à l a l a n g u e a n g l a i s e . Notre m a n i è r e de le p r o -
noncer lui d o n n e l ' a p p a r e n c e anglaise.
Bacul, n. m.
B a r r e de travers q u e l ' o n m e t en avant d ' u n e charrue o u
d ' u n e v o i t u r e , q u i forme u n e croupière a u x b ê t e s de trait.
V i e n t de baculus, bâton.
* B a d g e , n. f., (m. a.) — I n s i g n e .
* B a d l o q u e , n. f. (Angl.)
M a l c h a n c e , infortune. E x . Je suis dans la badloque. De
l ' a n g l a i s bad luck.
4
50 IH P A E I . B R P O P U L A I R E
* Badloqué, e, adj. ( A n g l . )
Malchancheux. E x . I l n ' y a personne de plus badloquê que
moi.
* Bâdrage, n. m. ( A n g l . )
Ennui, tracas. D e l ' a n g l a i s bother, ennui.
* Bâdrant, adj. ( A n g l . ) — E n n u y e u x , assommant.
* Bâdrement. n. m. ( A n g l . ) — M ê m e sens que bâdrage.
* Bâdrer, v . a. ( A n g l . )
E n n u y e r . E x . N e v i e n s pas me bâdrer.
* Bâdrerie, n. f. ( A n g l . )
Même sens que bâdrement et bâdrage.
* Bâdreux, euse, n. et adj. ( A n g l . )
E n n u y e u x , importun. E x . I l y a toujours q u e l q u e bâdreux
qui vient me faire perdre mon temps.
Bafouiller, v . n.
Bredouiller, parler c o m m e si on avait la b o u c h e pleine.
E x p r e s s i o n française, mais familière.
iBacker, v . n . — V . Baquer.
Bâfrer, v . pron.
Manger g o u l û m e n t et avec excès.
"* Bagage (chambre à ) , n. f.
Consigne. De l'anglais bagage-room.
* Bagage (char à ) , n. m .
F o u r g o n . D e l ' a n g l a i s baggage-car.
•* Bagamenne, n. m.
Trictrac. Corruption de l ' a n g l a i s backgammon.
Bagatelle, n. f.
Trou-madame.—Jeu qui consiste à faire passer d e petites
boules d'ivoire dans des arcades n u m é r o t é e s .
Bagne !
Onomatopée en parlant d ' u n e affaire soudaine. E x . Bagne!
il est tombé à plein v e n t r e par terre.
Bagosse, n. m .
— M a u v a i s w h i s k e y , préparé en c a c h e t t e .
— Etoffe de poil de b œ u f tissée sur d e la laine.
— C h o s e commune en g é n é r a l . ( B . P . F . )
Bagnère, n. f.— Bannière.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 51
Bagou, n. m.
V e r b i a g e , b a v a r d a g e effronté. C e mot n ' e s t p a s reconnu
par l ' A c a d é m i e .
Bagoulard, n. m .
B a v a r d , un h o m m e qui parle b e a u c o u p pour ne dire que des
sornettes. N e se t r o u v e p a s dans le Dict. de l ' A c a d .
Bagouler, v . n.
B a v a r d e r , parler à tort et à t r a v e r s .
* Bague d'engagement, n. f.— A n n e a u de fiançailles.
Baguette, n. f. et i n t .
— Interjection d ' u s a g e fréquent. E x . Baguette! que c'est
beau !
— Jalon, ( t e r m e d ' a r p e n t a g e ) .
Baguetter, v . a.
Poser des b a g u e t t e s . O u d i n et C o t g r a v e donnent à baguetter
le sens de frapper avec tine baguette.
Baguettes de tambour, n. f. p l . — Jambes frêles.
Baille, n. f.
Petite c u v e e m p l o y é e dans l ' i n d u s t r i e du sucrier ou fabricant
de sucre d'érable.
Bailler, v . a.
Donner. E x . Baille-moi cette m o r u e . Expression plutôt
acadienne.
Bâille, n. m.
Bâillement. E x . J'étais présent q u a n d il est mort, j ' a i v u
son dernier bâille.
Bâiller, v . n.
B a y e r . E x . I l est l à qui bâille a u x corneilles.
Bâillette, n. f.
Bâillement. E x . T u t'endors, m o n enfant, tu commences
à faire des p e t i t e s bâillettes.
Bailli, n. m.
Huissier. C e m o t était en v o g u e autrefois, et l ' o n pronon-
çait bâilli.
Bain, n. m .
Baignoire. E x . V a donc c h e r c h e r le bain pour le n e t t o y e r .
Baisage, n. m . — A c t i o n de se faire duper, tromper en affaires.
LE PARI.BR POPULAIRE
52
Baise-la-piastre, n. ni.
A v a r e , mesquin. E x . C ' e s t un dur baise-la-ptastre, il peut
tondre sur un œuf.
Baiser, v . n.
Duper, attraper. E x . II s'est fait baiser dans son affaire.
—Baiser les portes, sortir, être chassé de la classe, d u collège.
Baissant, n. m.
Reflux, jusant. E x . N o u s irons nous baigner a u commen-
cement d u baissant.
Baissière, n. f.
Enfoncement dans une terre labourée ; l'eau des pluies y
est retenue.
Bal, n. m.—Faire le bal, faire beaucoup de tapage.
Bai à gueule, n. m .
Réunion où l'on danse sans musique, au son d e l a v o i x ,
seulement.
Bal à l'huile, n. m.
Réunion où il ne se fait d'autre dépense que l ' h u i l e q u i sert
à éclairer la salle.
Balader (se), v. p.
Marcher en affectant un certain air d'importance. Ex.
Voici madame la Pompadour qui passe, se balade-t-ellQ un
peu ?
Baladeuse, n. f.
Femme ou fille qui se balade à travers les rues.
Balai (petit), n. m.
Vergette. Les^Montagnais de Tadoussac appelaient l e Père
jésuite L a Brosse la Grande Vergette : le Père a v a i t dû les
inspirer lui-même â propos de cette appellation.
Balan, n. m.
— Hésiter, être en suspens. E x . Je suis en balan si j ' i r a i
passer l'été à la campagne.
— Manque de solidité.
— Balancement. E x . L,e balan de la branche l ' a fait tomber
de l'arbre.
Balancille, n. f.— Balançoire.
Balanciller, v. n.— S e balancer.
DBS CANADIENS-FRANÇAIS 53
Balancine, n. f.
— Balançoire, siège s u s p e n d u entre d e u x cordes et sur
lequel on se balance.
— Bascule, longue pièce de bois mise en équilibre s u r u n
point d ' a p p u i , et sur laquelle se balancent d e u x personnes
placées a u x d e u x bouts.
Balanciner, v. n . — S e balancer.
Balanner (se), v . pron.
Aller et venir pour se faire voir.
Balcon, n. m.
Berceau e n t o u r é de verdure. Espèce d e tonnelle.
Balestron, n. m .
Perche qui sert à tendre la voile dans u n e embarcation.
Balet, balette, n. m .
— Branche de cèdre ou d ' é p i n e t t e dont on fait les balais.
— Aller au balette, aller couper des branches dans les bois
pour en fabriquer des balais. Figurêment, aller au diable.
E x . Va-t-en a u halette, a u p l u s vite.
— Fou comme balette, stupide.
— Cheveux taillés en balet, coupés en carré et un peu long
sur la n u q u e .
Balier, v. a.
Balayer. E x . Marie, balte la place, c'est-à-dire le parquet.
I^e Dict. de T r é v o u x dit : «Il ne faut point se servir de ce
mot.» Cependant il a toujours été employé, et il l'est
encore à Amiens ainsi q u ' a u Canada.
Balieux, euse, n. et adj.— Balayeur, balayeuse.
Balise, n. f.
— Petit arbre tiré des forêts.
— Erables, sapins, épinettes qui servent à orner les chemins
ou les r u e s à l'occasion d e fêtes publiques.
— Petits arbres plantés dans la neige p o u r guider les voya-
geurs.
Baliser, v. a.
•r-r Poser des balises le long des chemins et des rues p o u r une
fête nationale, ou pour l'arrivée d ' u n évêque en t o u r n é e
pastorale.
5 4 LE PARLER POPULAIRE
Banc=lit, n. m.
Meuble à double usage. Fermé le jour il sert de siège povir
s'asseoir ; ouvert la nuit, on y couche comme dans un lit.
Le mot anglais bed, d'usage fréquent, sert bien à distin-
guer le banc-lit de tout autre meuble.
Bandage, n. m.
Embatage, posage d'une bande de fer qui serre une roue
pour la tenir en état.
Bande, n. f.
Corps de musique, de musiciens. Quelques-uns récriminent
contre l'emploi du mot bande dans ce sens. Molière a dit :
« la bande des musiciens.» Ce mot a dû être importé de
France en Angleterre, comme l'a prétendu Blain de Saint-
Aubin dans l'Opinion Publique. Le même ajoute que ce
mot a été emprunté par les Français aux Italiens.
Il paraît certain que bande, dans le sens de corps de musi-
que, est du bon français, mais, comme le mot a vieilli, il
vaut peut-être mieux dire corps de musique, comme on dit
aujourd'hui en France.
— Bandage herniaire.
— Avoir de la bande, se dit d'un bâtiment qui penche d'un
côté.
— Prendre de la bande, même sens.
Bandelière, n. f.—Bandoulière.
Bander, v. a.
— Armer. E x . Ton fusil est-il bandé, fais attention ?
— Raidir. E x . Bande bien serrée la corde de ton arbalète.
* Bandeur, n. m. (Angl.)
Moulinet ou bâton sur lequel on passe une corde pour la
serrer en tordant. De l'anglais binder.
Bang ! int.— Coup. Pif ! Paf ! Pan ! V. Bagne.
* Bank=note, nète, (m. a.) Billet de banque.
* Banne, n. f.
Bande. Ex. Il y aura de la banne, ce soir, sur. la terrasse
Dufferin. De l'anglais band.
Banneau, n. m.
— Charrette garnie de planches dont on se sert pour trans-
PARLER POPULAIRE
— Marcher en se dandinant.
Baraudeux, euse, n.— Baraudeur, euse, q u i aime à flâner.
Barbe de C a p u c i n , u. f.
Nigelle de Damas, appelée aussi C h e v e u x de V é n u s . P l a n t e
d'ornement.
Barbeau, u. n i .
— L a r v e d'œstrides. E x . Mon cheval est malade, il a des
barbeaux.
— Barbeau de cuisine, le kokerlac,. appelé caffard en F r a n c e .
— T a c h e d'encre, pâté.
— Poisson dont se sert le pêcheur de morue.
Barbeau-volant, n. m
Hanneton.
Barbis, n. f.
Brebis. E x . C'est la batbis du B o n - D i e u que celui-là.
Barbotte, n. f.
— Poisson, genre des silures, qui ne diffère de la barbue que
par sa queue qui est carrée au lieu d ' ê t r e fourchue.
— T a s s e de lait dans laquelle on a mis tremper du pain.
Barbouiller, v . a.
Donner des nausées. E x . C e fricot me barbouille le c œ u r ,
chaque fois que j ' e n mange.
Barbouiller (se), v. pr.
Se gâter. E x . L e temps se barbouille, nous aurons d e la
pluie bientôt.
Barbue, n f.
Poisson de nos rivières, de la famille des Siluroïdes. L,es
savants l'appellent 1 'Irtalarus nigricans.
Bardasser, v . n . — V . Berdasser.
Bardasserie, n. f.— V . Berdasserie.
Bardasseux, n. et adj.— V . Berdasseux.
Bardassier, n. et adj.— V . Berdassier.
Bardatter, v . a.
— Couvrir de bardeaux.
— Poser des bardeaux, ( B . P . F . )
Bardeau, n. m.
—Casse de fonte, casseau; réserve dans laquelle on dépose
DBS CANADIENS-FRANÇAIS 59
Barré, adj.
Tacheté, bigarré. E x . Voilà une belle vache barrée. D'où
le nom de barrette donné souvent aux vaches barrées.
* Barrenn'se, n. f.— V. Barène. E x . Jouer à la barrenn'se.
Barrer, v. a.
Fermer à clef, au moyeu d'une serrure ou d'un cadenas.
E x . Barra la porte, barre la valise, barre la commode, etc.
Barrettée, n. f.
Ee contenu d'une barrette. Dans certaines églises de cam-
pagne, on faisait autrefois la collecte au moyen d'une
barrette.
Barrique, n. f.
—Ivrogne invétéré, dont l'haleine rappelle l'odeur qui s'é-
chappe d'une barrique vide de liqueur forte.
— Plein comme une barrique, ivre.
Barrure, n. f.
Carré où l'on attache les chevaux et les vaches dans les
écuries.
Bas, n. m.
Pas, le seuil. E x . Ee bas de la porte est tout usé, il faudra
y voir.
Bas-côté, n. m.
Appentis, petit bâtiment adossé contre un grand.
Bas=de=soie, n. m.— Sobriquet donné aux Irlandais.
Bas=percé, n. m.— Dépensier, qui n'a jamais le sou.
Bas (descendre en), loc.
— Aller dans un étage inférieur. Ex. Descends en bas me
chercher mon chapeau.
— Aller dans le bas du fleuve. E x . Vas-tu descendre en bas
dans le courant de l'été ?
Bascule (donner la), loc.
Jeu d'enfants qui consiste à saisir la victime désignée d'a-
vance et à lui frapper le dos sur un mur autant de fois
qu' elle a d'années révolues. C est une manière de célé-
brer les anniversaires de naissance parmi nos collégiens.
Basculer, v. a.
— Renverser un véhicule mobile sur son axe.
62 LE PARLER POPULAIRE
Bauche, n. f.
— Course très v i v e . E x . M o n c h e v a l a fait d i x lieues d ' u n e
seule bauche,
— T r a v a i l rapide, dans un t e m p s limité.
— Course e n t r e h o m m e s . E x . V e u x - t u tirer une bauche
avec moi.
Baucher, v . n.
— Courir v i t e . E x . N o s c h e v a u x ont l u t t é d e vitesse, je
t'assure q u e ça bauchait.
— Travailler vite.
— Courir p o u r s'amuser. E x . V e u x - t u q u e n o u s bauchio?is
tous d e u x ?
Baudet, n. m .
L i t de sangle. E x . D e mon temps, au collège, n o u s couchions
sur des baudets.
Baume, n. m .
Pimprenelle, p l a n t e aromatique qui croît sur le bord des
chemins.
Baume du Canada, n . m.
B a u m i e r de G i l é a d ; c'est la g o m m e de sapin, dont on faisait
autrefois u n e térébenthine en u s a g e dans la peinture et le
vernis.
Bavaloise, n. f.
P o n t de culotte, dite à la b a v a l o i s e ou bavaroise. C e mot
indiquerait q u e l a mode e n a é t é empruntée à la B a v i è r e .
Bavaroise se dit é g a l e m e n t .
Bavardement, n . n i . — B a v a r d a g e .
Bavassage, n. m . — B a v a r d a g e .
Bavassement, n. m .
— B a v a r d a g e . E x . E n c o r e u n e affaire q u i v a soulever d e s
bavassements à n ' e n plus finir.
— Propos d é s o b l i g e a n t s .
Bavasser, v . n .
— B a v a r d e r . E x . Q u e l h o m m e d a n g e r e u x ? I l bavasse à la
grande journée.
— Dénoncer, faire des rapports. E x . C e t écolier passe son
t e m p s à bavasser a u maître.
5
66 LE PARLER POPULAIRE
Bavasserie, n. f.
— Bavarderie.
— Rapport, dénonciation.
Bavasseux, euse, n. et adj.
— Bavard, qui aime à parler.
— Rapporteur.
Baver sur quelqu'un, loc.
— Dire du mal de quelqu'un.
Bavures, n. f. pl.— Bave, matières vomies.
* Bay rhum, n. m., bé-rome, (m. a.)
Lotion alcoolique pour les cheveux.
* Bay-window, (m. a.)—V. Bow-window.
Bazir, v. n. — Disparaître. Expression acadienne.
* Beam, Mme, (m. a.)—Poutre.
* Bean, bine, (m. a.)
Haricot. Ex. Aimes-tu les beans, toi ? Oui, les beam au
lard.
* Beater, bîter, v. a. (Angl.)—Surpasser, l'emporter. V. Biter.
Béatis, n. m. pl.
Béatilles. Petits morceaux de viande, rejetés dans l'apprêt
des mets, et dont tire parti une économie bien entendue.
Beauté (une), n. f.
— Beaucoup mieux. Ex. Pierre écrit une beauté mieux que
Jean.
— Un grand nombre. Ex. Y avait-il beaucoup de monde au
concert ? Il y en avait une beauté.
* Beaver, u. m., biveur. (Angl.)
Chapeau de castor, haut de forme.
Bébelle, n. f.
— Jouets d'enfants. Ex. Voici le jour de l'an qui approche,
nous allons visiter un magasin de bêbelles.
— Histoires. Ex. Ne me fais pas de bêbelles.
Bébelieries, n. f. pl.— Jouets d'enfant.
Bec, n. m.
Gibier. Expression usitée par les chasseurs pour déplorer
l'absence du gibier. Ex. Pas un bec aujourd'hui.
— Donner un bec, un baiser.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 67
Belle (avoir) l o c . — A v o i r b e a u .
Belle (faire la), loc.
E n f a n t que l ' o n fait tenir debout a v a n t q u ' i l ait appris à
marcher. S e dit aussi d ' u n chien q u e l ' o n fait asseoir s u r
son train d e derrière.
Belle (paru), loc.
E c h a p p é belle. E x . Je l'ai paru belle.
Belle-Angélique, n. f.
Plante aromatique cultivée dans nos j a r d i n s .
Belle heure, loc.
L o n g t e m p s . E x . I l y a belle heure q u e j e s u i s arrivé.
Belle heure (à), loc.
H e u r e indue. E x . T u arrives à belle heure, toi.
Béloné, n. m. — G r o s saucisson.
Beluet, n. m . — B l u e t .
Belzamine, n. f. — Balsamine.
Ben, adv.
Bien. E x . N o u s sommes ben ici, r e s t o n s - y .
Bénane, n. f. — B a n a n e .
Bénifice, n. m. —Bénéfice.
Béniquer, n. m . — B é n i t i e r .
Bénissoué, n. m .
Goupillon. E x . M . le c u r é n o u s a b é n i s a v e c son bénissoué.
Ber, bers, n. m.
Berceau. Quelques-uns ont cru que l e m o t ber était u n e
r
corruption de l'anglais bar. L e D D e v r o n a écrit dans les
Comptes rendus de l ' A t h é n é e L o u i s i a n a i s (janvier 1888),
que ce mot est usité en L o u i s i a n e d a n s l e s e n s de berceau,
et il cite les Mémoires de la M è r e T r a n c h e p a î n , l'une des
premières religieuses ursulines fixées à l a N o u v e l l e - O r -
léans, pour faire voir q u ' e l l e a é t é i m p o r t é e d e France. L e
docteur écrit ber et non p a s bers. C e p e n d a n t on t r o u v e
bers dans le R o m a n de la R o s e pour signifier berceau.
Berçante, n. f. — Berceuse.
Berceau, n. m .
— Partie d ' u n e charretée de foin, d u f o n d de' l a charrette à
la hauteur des ridelles.
70 LE PARLER POPULAIRE
Berdi-Berda, n . m .
G r a n d bruit. E x . Q u e l berdi-bcrda ! O n ne se comprend
plus.
— Désordre. E x . J'ai eu b e a u chercher dans m a valise, j e
ne trouve rien, c'est un berdi-berda o ù une c h a t t e perdrait
ses petits.
Berdouiller, v . a.
Bredouiller. E x . Q u ' e s t - c e q u e t u berdouilles l à ?
Bergamaux, n. m . pl.
l i s i è r e s d ' é c o r c e s de b o u l e a u .
Berlan, n. m . — B r e l a n .
BerJander, v . n.
— Flâner, fainéanter. E x . Qu' est-ce q u e t u berlandes là ?
— Dire des b a l i v e r n e s . E x . Berîander d u matin au soir.
— Hésiter. E x . I l n ' y a p a s à berîander, il faut s ' e x é c u t e r .
Berlandeux, n. et a d j .
— Fainéant.
— Indécis.
Berline, n. f.
V o i t u r e propre a u x boulangers p o u r transporter leurs pains.
Berloque, n. f.
Breloque. S ' e n t e n d ordinairement d ' u n e montre de p e u d e
valeur.
Berlot, n. m . — V o i t u r e d ' h i v e r p l u s l é g è r e que la carriole.
Berniques, n. f. p l . — d u n e t t e s , besicles.
Berouette, n. f. — B r o u e t t e .
Bérouettée, n. f. — Brouettée, l a c h a r g e d ' u n e brouette.
Bertelles, n. f. p l . — B r e t e l l e s .
Bésique, n. m .
Bésigue, j e u de cartes qui se j o u e à d e u x , trois ou quatre
joueurs, a v e c d e u x , trois o u quatre j e u x de trente-deux
cartes.
Besoin (de), l o c .
Besoin. E x . Prête-moi ton canif, j ' e n ai de besoin.
Besoin (pour son), loc.
P o u r son u s a g e . E x . C ' e s t v r a i q u e j ' a i b e a u c o u p d e papier,
mais j ' e n ai pour mon besoin s e u l e m e n t .
72 LE PARLER POPULAIRE
Bette, n. f.
Betterave. E x . Des bettes à vache, des bettes rouges.
* Better, v. a. (Airgl.)
Parier, gager. E x . Je bette avec toi cinq piastres contre
une.
Beu, n. m.
Bœuf. E x . Des souliers de beu. Ma foi à&beu.
Beugler, v. n.
Chanter très fort. Ex. Nous avons un chantre à l'église
qui chante bien, mais il beugle beaucoup trop.
Beurdas, n. m. — Berdas. V. ce mot.
Beurdasser, v. n. — Berdasser.
* Beurneur, n. m. (Angl.) — Brûleur, bec de lampe.
Beurre de mai, n. m.
Beurre fabriqué eu mai. Ce beurre aurait, dit-on, la pro-
priété de guérir les plaies, les ulcères. En France, on
prépare ce beurre avec du sel, on l'étend sur un morceau
de toile qui prend alors le nom de toile de mai, et que l'on
conserve toute l'année. l,a même coutume existe ici.
Beurrée, u. f.
Tranche de pain recouverte de beurre, de confitures, etc.
Ex. Une beurrée de beurre (pléonasme), une beurrée de
confitures (impropre).
Beurrer, v. a.
— Flatter. E x . Tu n'as pas besoin de vouloir me beurrer,
tu n'obtiendras rien de moi.
— Tacher. Ex. J'ai tout le visage beurré de sirop.
— Etendre sur un corps quelconque une substance grasse.
Ex. Beurreras, la graisse ou du beurre sur du pain.
Beurrerie, n. f. — Fabrique de beurre.
Beurrette, n. f. — Petite beurrée.
Biais (sur le), loc. adv.
En biais, d'une manière oblique. Ex. Tu poseras cette
étoffe sur le biais.
Bibelot, n. m.
Amas confus d'objets réunis ensemble. Ex. Quel tas de
bibelots ? Débarasse-moi de cela au plus vite.
74 1,8 P A R L E R P O P U L A I R E
Bibelotage, n. m.
Action d'amasser des bibelots. E x . Cesse donc de faire du
bibelotage, tu t'encombres inutilement.
Bibite, n. f.
— Insectes et petits animaux de rang inférieur. E x . Cette
maison fourmille de bibiies. Avoir des bibiies dans les
cheveux.
— Froid. E x . J'ai la bibite aux doigts.
— Individu suspect. E x . Je t'assure que c'est une vilaine
bibite que ce garçon.
Biblothécaire, n. m. — Bibliothécaire.
Biblothèque, n. f. — Bibliothèque.
Bic en blanc (de), loc. adv. — De but en blanc.
Bicher, v. a. — Embrasser.
Bicler, v. a. —Regarder du coin de l'œil.
Bicleux, euse, n. — Qui bicle.
* Bicouite, (Angl.) — De l'anglais buckwheat, sarrasin.
Bidette, n. m.—Flandrin.
Bien, adv. et n.
— Correct sous tous rapports. E x . T u connais Moïse,
n'est-ce pas que c'est un homme bien ?
— Juste. E x . 1/horloge est-elle bien?
Bière (petite), n. f.
Chose de peu de valeur. E x . Ce gars ne vaut pas grand'-
chose, en somme c'est de la petite bière.
* Bifsteck, n. m. (Angl.)
Bifteck. Tranche de bœuf grillée ou cuite à la poêle.
Biger, v. a. — Embrasser, baiser. ( B . P. F . )
* Bigne! bagne!
Pif, paf ; onomotapée exprimant un bruit éclatant. Bang
. est anglais.
Bigre, n. m.
Bougre. E x . Quel bigre d'enfant ! il mérite le fouet. Bigre !
c'est sérieux !
Bigrement, adv.
Bougrement, extrêmement. E x . Cet homme est bigrement
fort.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 75
Bijouetter, v. a.
•— Biseauter. Ex. Nous mettrons des vitres bijouettêes à la
porte.
— Bécheveter, mettre tête-bêche.
Bijouettre, v. a. — Bécheveter. (B. P. F.)
Bileux, euse, adj.—Bilieux.
Bill, n. m.
— Projet de loi. Ex. J'ai un bill à présenter à la chambre.
— Compte, note. E x . Prépare ton bill, si tu veux être
payé.
— Billet de banque. Ex. Un bill de cinquante piastres.
— Affiche, pancarte. Ex. Poster un bill.
— Menu, bill of fare.
— Connaissement, bill of ladîng.
— Acte d'accusation, true bill.
— Lettre de change, bill of exchange.
— Billet à vue, bill at sight.
Bille de billard, n. f. —Tête chauve.
Bille de bois, n. f. —Bûche de bois.
* Biller, v. a. (Angl.)
Poser un bulletin d'expédition. Ex. Voulez-vous biller ma
valise pour Cacouna ?
— Facturer. E x . Biller des caisses de marchandises.
Billet promissoire, n. m. — Billet à terme.
Billotte, n. m.
— Billot.
— Bille, pièce de bois rond d'une longueur régulière, qui
sert à hacher la viande.
— Etre prêt à mettre son cou sur le billotte, être sûr d'une
chose au point de risquer sa tête.
Bin, adv. — Bien.
Biner, v. n.
Lâcher prise, renoncer à une affaire.
Bindatne oui, bindame non.
Expression qui indique une grande hésitation à répondre à
une question. E x . As-tu fait cela? Bindame oui, bindame
non.
7 6 LB PARLER POPULAIRE
Binette, n. f.
T ê t e , v i s a g e . E x . Q u e l l e drôle de binette ? B i n e t é t a i t un
e
perruquier célèbre a u X V I I siècle.
Binheureux, adj. — B i e n h e u r e u x .
Bisc=en=coin (de), a d v .
D e travers, de biais. E x . N e me r e g a r d e pas de bise-en-coin.
E n F r a n c e on trouve bisacoin, bicacoin, en z i g z a g .
Biorque, n. m. — C o u a c . V . ce mot.
Birgitté, e, adj.
Brigitte. E x . U n c h a p e l e t birgitté.
Biscotin, n. m . — Petit biscuit.
Biscuit de matelot, n. m . — Biscuit d e m e r .
Biscuit (faire le), loc.
R é d u i r e à l'impuissance. E x . L a i s s e - m o i , je v a i s lui faire
son biscuit en pas g r a n d temps.
* Bisdille, n. f.
Maldonne. Corruption d u mot anglais misdeal. V . M i s d i l l e .
Bisque, n. f.
Farine de blé délayée avec de l'eau, et m a n g é e c u i t e , forme
un plat très peu appétissant. I l y a, en F r a n c e , u n e bis-
que qui est un p o t a g e fait avec d u coulis d ' é c r e v i s s e s .
Bisque en coin (de), loc. — D ' u n coin à l ' a u t r e .
Bisquer, v . a. — F a i r e e n d ê v e r .
Bistringue, n. f.
Bastringue. E x . Danser l a bistringue.
* Bit, n . f., (m. a.)
Morceau, peu. E x . T u v e u x d u pain, tu n ' e n a u r a s pas
une Ut.
* Biter, v. a. ( A n g l . )
Surpasser. E x . H e i n , mon cher, c e l a te bite.
* Bitters, —teursse, n . m . , ( m . a.)
Bitter. E x . Je viens de prendre u n b o n bitters.
* Black=ball, n. m., (m. a.)
Cirage en boule ou en boîte. N o u s disons aussi black-bol.
* Black and tan, annd-tanne, (m. a.)
Chien à p e a u noire et brune. E x . Q u e voilà u n b e a u petit
black and tan !
DES CANADIENS-FRANÇAIS 77
Blackbouler, v. a.
— Rouler. E x . Cet individu s'est fait blackbouler comme
il méritait.
— Bloquer. E x . J e me suis fait blackbouler à mon examen
de terme par le docteur Sanguinet.
* Black eye, aïe, (m. a.)
CEil poché. E x . T u as le tour des yeux noirs, as-tu reçu
une black eye ?
* Blackguard, blaggarde, (m. a.)—Polisson, voyou.
* BIack=hole, hôle, (m. a.)
Cachot. E x . Coucher au black-hole.
* Black=moon, moune, n. f., (m. a.)
A l'anglaise ( T . de jeu de balle). Cet écolier a une belle
black-rnoon.
Blague, n. f.
Bavardage de fanfaron. E x . Ce que tu me dis là, ça sent la
blague. I/'origine semble venir du fait que la blague des
fumeurs a souvent l'air d'une bourse bien garnie. Cepen-
dant elle ne renferme que du tabac.
Blaguer le service, loc.
— Ne pas s'occuper d'une affaire, bien qu'on s'en soit
chargé.
— Fausser la vérité.
Blanc, n. m.
— Document qui renferme des phrases imprimées et des
parties non imprimées qu'il faut remplir à la plume. E x .
Blanc de billet, blanc de chèque. (Angl.)
— Mettre du blanc, augmenter le nombre des interlignes,
(terme d'imprimerie).
Blanc de cirusse, n. m. — Blanc de céruse.
Blanc d'Espagne, n. m. — Craie.
Blanc~mange, n. m. — Blanc-manger.
Blanchissoir, n. m.
Espèce de pinceau dont on se sert pour blanchir les murs des
maisons et des granges avec de la chaux.
Blanchissoué, n. m. — Blanchissoir.
* Blank, (m. a . ) — F o r m u l e en blanc.
78 LE PARLER POPULAIRE
B l a s p h é m e r , v. a.
Outrager. E x . C e misérable m ' a blasphémé.
B l é d'Inde, n. m.
— M a ï s . E x . U n épi de blé d'Inde.
— Réprimande sévère. E x . Je lui ai fait m a n g e r u n bon
bU d^hide.
— A f f r o n t , insulte.
Blémichon, n. m. — P e t i t garçon très pâle.
Bleu, n . m . et adj.
— Ecchymose.
— I n d i g o . E x . V e u x - t u passer ce l i n g e au bleu.
— P a r t i s a n d'une fraction politique dite des bleus, des con-
servateurs.
— F l a m b é , coulé. E x . Notre ancien maire est c o u l é , il
e s t bleu comme la poule à Simon.
— T e r r i b l e . E x . Jean a eu une colère bleue. P i e r r e a eu
u n e p e u r bleue.
B l e u e t , n. m . — B l u e t .
Bleusir, v . a. — B l e u i r , faire devenir bleu.
Bleuvir, v . a.—Bleuir.
"* Blind, blaï?m'de, ( m . a.) — Abat-jour, persienne.
B l i n d e r , v . n.
Protéger. E x . Je suis blindé contre toutes les a t t a q u e s qui
p o u r r a i e n t ni'être adressées.
* Blizzard, n. m. (m. a.)
F o r t e t e m p ê t e de v e n t et de neige.
Bloc, n. m .
— P â t é , îlot. E x . U n bloc de maisons.
— G l a ç o n . E x . U n bloc de glace.
•* Blocade, n. f. ( A n g l . ) — A c t i o n d e bloquer.
Blond, a d j .
B a i - c l a i r . E x . M o n cheval est d ' u n beau blond. As-tu
r e n c o n t r é le blond à François L a r o u t e ?
B l o n d e , n . f.
J e u n e fille courtisée. E x . Ce soir j e vais aller v o i r ma
blonde. C e mot s'emploie sans distinction d e la couleur
d e s c h e v e u x ou de la peau de l a j e u n e fille. I l existe une
DES CANADIENS-FRANÇAIS 79
Bombe, n. f.
— Bouilloire. L e corps d e la bouilloire ressemble assez â
une bombe, et le bec à c e l u i d ' u n canard. Il est naturel
q u ' à Québec, ville militaire — q u e les bombes n'ont pas
épargnée — o n ait été frappé d e la première ressemblance.
Dans la région d e Montréal, on dit canard pour bouilloire.
— Bonde d ' u n tonneau.
Bombée, n. f.
Le contenu d ' u n e bombe. E x , U n e bombée d'eau bouillante.
* B ô m e , n. m. ( A n g l . )
Estacade flottante.
L E P A R L E R POPULAIRE
8 4
* Bommer, v. n. (Angl.)
— Flâner. E x . Cesse donc de bommer, tu perds ton temps.
— Faire la vie. E x . Si tu continues à bommer, tu vas rui-
ner ta santé.
— Faire un usage immodéré de liqueurs fortes.
* Bommeur, n. m. (Angl.)
•— Flâneur.
— Viveur.
— Buveur de spiritueux.
Bon, adj. et n. m.
— Fort, robuste, vigoureux. E x . C'est un bon homme.
— Avantages, réduction de prix. E x . Si tu acceptes mon
marché, je te ferai du bon.
Bon pour, loc.
Solvable. E x . Jean nie doit deux cents piastres, mais il
est bon pour.
Bon (plus), adj. — Meilleur.
Bondance.— Interjection pour exprimer l'étonnement.
Bon=Dieu, n. m.
— Dieu, l'Etre Suprême.
— Papillon de nuit.
— La Brebis du Bon-Dieu, personne douce et patiente.
— Manger le Bon-Dieu, être très dévot.
— Rendu devant le Bon-Dieu, disparu. E x . Dis-moi ce que
tu as fait de ta belle canne à pommeau d'or.— Ne m'en
parle pas, elle est rendue devant le Bon-Dieu.
Bonguienne. — Interjection pour exprimer la surprise.
Bonheurement, adv. — Par bonheur, heureusement.
Bonhomme, n. m.
— Vieillard, père de famille affligé de vieillesse. E x . Voilà
le bonhomme L,atulippe qui passe, c'est un bon bo?ihomme.
— Bouillon-blanc.
— Petit bonhomme vif encore. Jeu de société. E n pronon-
çant ces mots, on se passe un petit morceau de papier
enflammé, ou une allumette, et celui ou celle dans la main
de qui le feu s'éteint, doit donner un gage. Ce même jeu.
a commencé par s'appeler souffler le charbon.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 85
Bonhomme de chemin, n. m .
Tranquillement. E x . A l l e r son petit bonhomme de chemin.
Bonjour, int. et n. m .
— E x c l a m a t i o n . E x . Bonjour! q u ' i l fait beau !
— I n d i v i d u q u e l c o n q u e . E x . C e s bonjours-là m ' e m b ê t e n t .
— Simple c o m m e bonjour, de facile compréhension.
Bon sang. —• V r a i m e n t , en v é r i t é . E x . Bon sang de la vie.
Bon sens (sans), loc. adv.
Beaucoup. E x . I l y a d u poisson sans bon sens dans les
trois petits lacs, nous en a v o n s pris u n e cochonnerie.
Bonne, n. et a d j .
— E m p l o y é e l l i p t i q u e m e n t p o u r bon, dans le but d ' e x p r i -
m e r sa satisfaction. E x . C o m m e de bonne.
— P e t i t b a t e a u à fond plat.
•— B o n . E x . C e t t e fleur sent bonne.
Bonnefemme, n . f.
V i e i l l e f e m m e . E x p r i m e l ' i d é e de chef de famille p l u t ô t
sur l'âge.
* Boomerang, n. m . , (m. a.)
S o r t e de fronde d o n t se s e r v e n t les enfants pour tuer les
oiseaux.
Bonnement, a d v .
A u juste, p r é c i s é m e n t . E x . Je ne sais pas bonnement si je
t ' a i informé de cela.
Bonnes (être dans ses), loc.
D e bonne h u m e u r . R a b e l a i s a dit :
« Notre maistre est en ses bonnes,
Nous ferons tantôt une bonne chière,
Tout ira par escuelles. »
Bonnet, n. m .
— Avoir la tête pris du bonnet, être prompt à se mettre en
colère.
— Triste comme un bonnet de nuit, bien triste.
— Jeter son bonnet par-dessus les moulins, ne plus garder de
retenue.
— Bonnet blanc, blanc bonnet, l a m ê m e c h o s e .
Bonnet carré, n. m . — Barrette, bonnet de prêtre.
86 LE PARLER POPULAIRE
Bonneter, v. a.
Flatter. E x . A quoi sert d'aller le bonneter, tu n'obtien-
dras rien de plus.
Bonnette, n. m. — Bonnet.
Bonté, n. f.
— Exclamation. E x . Bonté, que voilà du bon t h é !
— Bonté divine, même sens.
Bonté divine !
J'ai cassé ma terrine.
Divine bonté !
Ma terrine est cassée.
Bonus, n. m.
Gratification offerte à des employés en sus de leur salaire.
E x . Penses-tu que nous aurons u n bonus au jour de l'an.
* Booby, bonèé (m. a.)
Booby-price, prix accordé au jeu de euckre à celui q u i arrive
bon dernier. Booby veut dire nigaud.
Bord, n. m.
— Côté. E x . Je vais me promener sur la rue, viens-tu d e
mon bord ?
— Bas-côté d'une maison.
— De part en part. E x . J ' a i traversé la rivière de bord en
bord.
— Dans. E x . Embarquons à bord du train.
— Ouvriers de bord, débardeurs.
Bord et bâbord, loc.
De tous côtés. E x . Jean court de bord et bâbord.
Bordage, n m.
Bord d ' u n e rivière en hiver, quand la glace forme comme
une bordure.
Bordas, n. m. — V. Berdas.
Bordasser, v. n. — V. Berdasser.
Bordasserie, n. f. — V. Berdasserie.
Bordasseux, n. et adj. — V. Berdasseux.
Bordassier, n. et adj. — V. Berdassier.
Bordée, n. f.
— Chute. E x . Nous allons avoir u n e grosse bordée de
neige.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 87
* B o u d î e , n. m. (Angl.)
P o t - d e - v i n accordé à un personnage influent d a n s le but de
faire réussir une affaire, d'obtenir u n contrat.
* B o u d l e r , v. n. (Angl.) — Faire du boudlage.
* B o u d l e u r , n. m. ( A n g l . )
E n t r e m e t t e u r qui fait accorder u n contrat m o y e n n a n t un
pot-de-vin fixé d'avance et qui ne doit pas a p p a r a î t r e au
contrat.
B o u d r i e r , n. m. — Baudrier.
B o u e r (se,) v. pr. — Se crotter.
B o u e t t e , n. f.
— ' M é l a n g e de son et d'eau donné en p â t u r e a u x animaux
d e la ferme. Dans le Perche, cette expression n e s'ap-
p l i q u e q u ' à la mangeaille des pourceaux. L e vrai sens
d e bouette est appât pour la pêche de la morue.
— B o u e . E x . Marcher dans la bouette.
— N e i g e fondante.
— N e i g e accumulée en masses molles à la surface des
rivières.
B o u e t t e r , v. a.
D o n n e r un repas de bouette aux gros a n i m a u x .
Bouffée, n. f. — Accès. E x . Pierre travaille p a r bouffées.
B o u f f e r de rire, loc.
Pouffer. Cependant, on dit bien bouffer de colère.
Bouffie, n. f.
— B u l l e . E x . Une bouffie de savon.
— Boursouflure. E x . Il s'est brûlé, il a de grosses bouffies.
B o u f f r e , n. m. e t i n t e r j .
B o u g r e . E x . Quel bouffre d'enfant ! S i je te poigne, mon
p e t i t bouffre, tu te feras arranger.
Bouffrèse, n. f.
B o u g r e s s e . E x . Oh ! la bouffrèse de femme, elle devient de
p l u s en plus insupportable.
B o u f i o l e , n. f.
— A m p o u l e , cloche, boursouflure.
— B u l l e d'air ou de vapeur, sur les liquides en ébullition ou
en fermentation. (B. P . F.)
DES CANADIENS-FRANÇAIS 91
I o c
Bouger (ne pas), -
Se détromper. E x . Bouges pas, l'ami, vous êtes à côté de
la coche.
Bougon, n m.
— Bout d'homme.
— Pipe dont le tuyau est très court.
Bougonner, v. n.
Gronder entre ses dents. Mot français vieilli, qui, en patois
normand, signifie travailler mal, chiffonner.
Bougonneux, n. et adj. — Qui bougonne à tout propos.
Bougrant, adj.
Ennuyeux, fâcheux. E x . C'est-y pas bougrant que de se
voir pris dans cette sale affaire !
Bougre=à-bougre (être), loc. — A couteaux-tirés. (B. P . F.)
Bougrement, adv.
Beaucoup, très. E x . C'est bougrement ennuyeux que ce
temps de pluie.
Bougrer, v. a.
— Jeter. E x . Bougre-moi ça à l'eau.
— Donner. E x . Je vais te bougrer une tape. Bougre-moi
la paix. Bougre-moi patience.
Bougrer (se), v. pron.
Se moquer. E x . Je me bougre pas mal de toi.
Bougrèse, n. f.
— Bougresse.
— Grand, fort, sérieux. E x . J'ai une bougrèse d'envie de
te flanquer une gnole.
Bougrine, n. f.
Vêtement de dessus sans forme particulière. E x . Qu'est-ce
que tu as de l'air, avec cette vieille bougrine sur le dos !
e
Bouille, 3 pers. s. ind. prés.
Bout. E x . 1 / eau bouille à gros bouillons dans la bombe.
Bouillie, n. f.
— Bouillie pour les chats, travail inutile, peine sans profit.
— Bouillie sans sel, mets mal apprêté,
— Ramener la peau par-dessus la bouillie, donner des argu-
ments qui ont été plusieurs fois répétés.
92 LE PARLER POPULAIRE
Bouillir, v . n.
E t r e affecté par l'impatience. E x . Pendant q u ' i l parlait,je
bouillais.
Bouilloire, n. f. — Chaudière à v a p e u r .
Bouillon blanc, n. m.
Molèiie commune dont les fleurs teignent en j a u n e .
Boujour, n. m. — Bonjour.
Boulâcrer, v . a.
Bousculer. E x . Je n'ai pas envie de me faire boulâcrer plus
longtemps.
— E x é c u t e r un ouvrage sans soin.
— Bousiller.
Boulâcreux (euse), n. et a d j .
Celui ou celle qui boulâcre.
Boulanger, v. a.
Presser avec la main ou avec les coudes. E x . S e faire boulan-
ger le dos, la poitrine au milieu d'une foule de personnes.
Boulant, adj.
E n n e i g é . E x . L e s chemins sont boulants, a u j o u r d ' h u i .
Boule, n. f.
— T ê t e . E x . Perds-tu la boule ?
— Positton de fortune. E x . Il a une belle boule en mains.
Boule-de-cire, n. f. — Symphorine à grappes.
Boule-de-neige, n. f.
— V i o r n e stérile.
— Faire boule-de-neige, profiter, s'accroître. E x . E e peu
d'argent que j ' a i finira par faire boule-dè-neige.
Bouleau blanc, n. m. — Bouleau à papier.
Bouleau rouge, n. m. — Bouleau à feuilles de p e u p l i e r .
Bouler, v . a.
— Rouler en boule. V i e n t du mot débouler.
— Maltraiter.
* Boulezaille, n. f. ( A n g l . )
Bonbon en forme d ' œ i l de bœuf. D e l ' a n g l a i s bull's eye.
Boulettes, n. f. pl.
Sottises. E x . C e t écolier n'est bon q u ' à faire des boulettes.
Boulin, n. m. — T r o n ç o n d'arbre e m p l o y é pour le c l ô t u r a g e .
DES CANADIENS-FRANÇAIS 93
Boulinant, adj.
Synonyme de boulant, enneigé. Ex. Les chemins sont bou-
linants, la neige est très légère et très molle.
Boulotte, n. f.
Doigt de gant ou linge que l'on met à un doigt malade,
appelé par les enfants catiche. Les Acadiens emploient
encore le mot doyon pour signifier la même chose. •— Voir
ce mot.
* Boume, n. m.
Valeur factice et exagérée. Ex. Nous allons être témoins
d'un boume dans les chemins de fer, dans les banques.
(Américanisme).
* Boumer, v. n.
Donner une valeur factice et exagérée à des actions de com-
pagnies industrielles et autres. (Amér.)
Bouque, n. f. — Boucle.
Bouquer, v. n. — Montrer de l'humeur.
Bouquet, n. m.
—• Fleur, plante cultivée pour sa fleur. E x . Je vais semer
beaucoup de bouquets ce printemps.
— Tête d'arbre, de sapin ou d'épinetteplantée au faîte d'une
maison dont la charpente vient d'être posée.
Bouquette (avoir, tenir le), loc.
L'emporter sur les autres par son adresse, sa beauté ou toute
autre qualité. Ex. Ces trois sœurs sont très jolies filles,
mais l'aînée tient le bouquette. Elles ont bien chanté
toutes trois, hier soir, mais c'est mademoiselle Domisol qui
a eu le bouquette.
Bouquineux, adj. — Bouquineur.
Boura, n. m. — Borax.
Bouragan, n. m. — Bouracan.
Bourbassière, n. f. — Bourbier.
Bourdaine, n. f.
— Alise. Baie du bourdainier. Viorne nue.
— Courir la bourdaine, aller en bande, garçons et filles, cueil-
lir des fruits.
Bourdainier, n. m. — Alisier.
LE PARLER POPULAIRE
94
Bourdalou, n. m. — V a s e de nuit.
Bourdé, a d j .
G r a v é . E x . Mes bottines sont en cuir bourde, c'est-à-dire
à grains plus ou moins soulevés. D a n s le v i e u x français,
bourdé voulait dire embourbé.
Bourdignons, n. m. pl. — V . B o u r g u i g n o n s .
Bourgeois, n. m.
Caractères d'imprimerie de neuf points.
— H o m m e riche, censé v i v r e de ses rentes. E x . L.e voilà
devenu un gros bourgeois, il est bien c h a n c e u x .
Bourgeoiserie, n. f.
Bourgeoisie.
Bourgeronner, v. n.
Bourgeonner, pousser des bourgeons. E x . U n nez tout
bourgcronnê.
Bourgot, n. m.
— Porte-voix à coquille. On appelle burgau u n e grosse
coquille dont 011 tire une nacre g r o s s i è r e .
— Trompette droite, qui sert à donner des s i g n a u x . — A u -
trefois lorsque le service de la poste se faisait p a r des pos-
tillons qui parcouraient nos campagnes, ils é t a i e n t munis
de bourgots de fer-blanc.
Bourgotter, v. n.
— Parler ou crier dans un p o r t e - v o i x .
— Sonner de la trompette.
Bourguignons, n. m. pl.
— Mottes de terre durcies p a r la g e l é e .
— M o r c e a u x de glace pris d'un pain.
Bourlette, ti. f. — Ciboulette.
Bournichon, n. m. — Petit homme.
Bourrasse, n. f. — B o u r r a s q u e .
Bourrasser, v . a.
— Bousculer, brusquer. E x . Cesse donc de bourrasser tes
petites sœurs.
— F a i r e des reproches.
Bourrasseux, adj.
H o m m e d'une humeur difficile qui b r u s q u e tout l e monde.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 95
Bourreau, » .
- - Diable. E x . Q u e l e bourreau t ' e m p o r t e ! j ai eu une
peur du bourreau.
— Payerai bourreau, payer d'avance. B o n m o y e n , paraît-
il, p o u r ê t r e m a l s e r v i .
Bourreau d'ouvrage, n. m . — H o m m e qui travaille b e a u c o u p .
Bourreau d e s arbres, u. m .
Célastre du Canada. Plante grimpante qui s'enroule si
étroitement a u t o u r des arbres q u ' e l l e les fait périr.
B o u r r é e , n. f.
— Travail forcé et rapide. E x . Il v a falloir donner une
d u r e bourrée, si n o u s v o u l o n s finir d ' e n t r e r notre avoine !
— Réprimande, mercuriale. E x . Je lui a i d o n n é une boztr-
rée d o n t i l n e p e r d r a p a s l e s o u v e n i r .
— Beaucoup, grande quantité. Ex. U n e bourrée de c o u p s ,
de monde.
—• A c c è s . Ex. Pierre travaille bien, mais toujours par
bouriéc.
B o u r r e l e t de g o m m e , n . m .
Morceau de g o m m e durcie q u e l'on d é t a c h e des épinettes
et que les e n f a n t s m â c h e n t a v e c plaisir.
B o u r r e r , v . a.
Conter des b l a g u e s . Ex. Je l ' a i bourré dans les grands
p r i x , il a p a r u c r o i r e t o u t c e q u e j e l u i a i d i t .
B o u r r e u r , n. m .
Ouvrier qui r e m b o u r r e les sofas, les c h a i s e s .
Bourrichon, u . m .
Petit bonhomme. Ex. Sauve-toi, mon petit bourrickon.
V i e n t d e burric/wn, roitelet, d a n s le p a t o i s d u M a n s et de
l'Anjou.
Bourriers, n. m . p l .
Balayures, ordures. C e m o t v i e n t d e bourriers, pailles q u i
se m ê l e n t d a n s l e b l é b a t t u ; d u l a t i n burra, employé par
Ausone p o u r signifier des riens. Par extension, ordures,
mot usité e n B r e t a g n e .
B o u r r i q u e , n . f.
— Ignorant.
LE PARLER POPULAIRE
Brandiller, v . a.
Brandir. E x . N e brandille pas ainsi ce bâton.
Brandy, n. m., branndé.
— C o g n a c . V i e u x mot français q u i signifiait allumé, en-
flammé. « E t le feu soit si b r a n d y . » ( D ' A r g e n t r é , C o u -
t u m e de Bretagne, p . 1 0 5 1 ) .
— Danse. E x . N o u s allons danser un brandy.
Branle, n. m.
— T a p a g e . E x . Mener u n branle terrible.
— Ni foutre ni branle, absolument rien.
Branler, v . a. — Branler dans le manche, hésiter.
Branlette, n. f.
Oscillation de la tête. E x . Ce vieillard c o m m e n c e à avoir
la branlette.
Braque, n . m . — Imbécile. E x . I l est fou comme braqiie.
Braquer, v. a . — A b a n d o n n e r . E x . I l m ' a braqué l à .
Braquer, (se) v . pr.
Se fixer. E x . Il s'est braqué sur u n e chaise, et il s ' y est
installé.
Braquette, n. f.
— Broquette.
— Petite console, applique. ( A n g l . )
Braquetter, v . a. — Poser des broquettes.
Bras, n. m.
— Avoir le bras long, être influent.
— Par dessus bras, bras dessus bras dessous
— Bras d'escalier, rampe.
— Aimer gros comme le bras, aimer b e a u c o u p .
— Frapper à bout de bras, d u bout d u bras.
Brasse, n. f.
— Travailler à la brasse, journée de brasse, c o r v é e d e bras.
Brasse=corps (à), loc. adv.
A bras l e corps. E x . S e prendre à brasse-corps p o u r lutter
de force et d ' a g i l i t é .
Brassée, n. f.
Ribambelle d'enfants. E x . V o i l à V i c t o i r e qui passe a v e c
sa brassée.
DES CANADIENS-FRANÇAIS IOI
Brasseur, n. m. r
p o u r r a i t l ' ê t r e sans i n c o n v é n i e n t . F a u c h e r de S t - M a u -
rice en a fait le titre d ' u n de ses o u v r a g e s .
Brusquailler, v . a. — B r u s q u e r .
Brusse, a d j . — B r u s q u e .
Bubule, n. m . — F e u . ( L a n g a g e enfantin.)
Bu busse, n. m .
I,ait donné a u x petits enfants. E x . P r e n d s ton bubusse, m o n
petit.
Bue en blanc (de), loc. — D e b u t en blanc.
Bûchage, n . m .
— D é b i t a g e d u bois en b û c h e s .
— C o u p e d u bois, abattis.
Bûche, n. f.
Stupide. E x . C ' e s t une bûche, il ne c o m p r e n d rien, i l a la
tête dure.
Bûcher, v . a.
T r a v a i l l e r fort. E x . 1,'ouvrage est ardu, mais je v a i s bâ-
cher assez fort que j ' e n v i e n d r a i bien à b o u t .
Bûcheux, n. et a d j .
•— B û c h e u r , travailleur.
— Bûcheron.
* Buck-board, n . m., beuke borde, (m. a . ) — Barouche.
* Buckwheat, n. m., beukouit, (m. a.) — Sarrasin, blé n o i r .
* Buggy, n. m., beugghé, ( m . a.) — P h a é t o n .
* Bugle, èioug'l, (m. a.) — C o r de chasse.
* BuIPs eye, n. f., (m. a.) — V . Boulezaille.
* Bully, boullé, (m. a . ) — F i e r - à - b r a s . E x . Unbully d ' é l e c t i o n .
* Bun, n. f., bonne, (m. a . ) — B r i o c h e .
Bureau, n . m .
— Commode.
— Etablissement public. E x . Bureau de santé, bureau
d'hygiène.
* Business, biznesse, (m. a.)
R o n d èn affaires. E x . J ' a i m e à faire des affaires a v e c ce
marchand, il est business.
* Bus, beuce (m. a.)
A b r é v i a t i o n de omnibus, v o i t u r e publique qui transporte les
io8 LE; P A R L E R POPULAIRE
Ça, pron.
— II. E x . Ça g è l e fort ce matin.
— Celui-ci, celui-là, cette personne. E x . Ça parle sans
savoir ce q u e ça dit. C ' e s t ça qui est farceur.
— Cela, cette chose-là. E x . Ça m ' e m b ê t e gros.
— Ça y est-il? Ça y est. E n e s - t u ? — O u i , c'est convenu.
— Il a de ça, il a de la fortune.
— Quoique ça, m a l g r é cela.
* Cab, n. m., (m. a.)
Cabriolet d e place, à d e u x ou quatre roues. L e véritable
cab est c o n d u i t par un cocher qui a son s i è g e en arrière.
Q u e l q u ' u n faisait remarquer la forme extraordinaire de ce
véhicule importé d ' A n g l e t e r r e en F r a n c e . Un plaisant
répondit: « C ' e s t afin q u e de l'intérieur le supérieur ne
puisse v o i r le postérieur de son inférieur placé à l ' e x t é -
rieur. »
Cabalable, adj.
Q u i peut être cabale. E x . I l y a sept bleus dans cette p a -
roisse qui ne sont pas cabalables.
Cabalage, n. m.
Cabale. E x . D a n s la paroisse de Beaumont, il n ' y a pas de
cabalage possible.
Cabale, n. f.
Propagande e u v u e d ' u n e élection quelconque, politique,
municipale, etc.
Cabaler, v. a. e t n.
— Solliciter des votes en f a v e u r d'un candidat briguant l e s
ÏIO LE PARLER POPULAIRE
Cadre, n. m.
Tableau, dessin, gravure encadrés. E x . Voici un beau
cadre. Métonymie, le contenant employé au lieu du contenu.
Se dit très souvent eu France.
Caduc (la), n. f.
1/aqueduc. E x . V a donc voir si la caduc marche.
Caduc, adj.
Triste, abattu. E x . Cette femme est bien caduque depuis
que son mari est mort.
Cafière, n. f.
Cafetière, vase qui sert à faire ou à verser le café.
Cage, n. f.
— Train de bois, composé de billots liés ensemble pour
former un radeau.
— Planches ou madriers mis en pile et croisés à angles droits
avec de nombreux interstices, pour être séchés au soleil.
Cageage, n. m.
Tous les travaux particuliers à la mise en train des billots
en flotte.
Cager, v. a.
— Former une cage avec des billots liés les uns aux autres
pour en permettre le transport.
— Empiler des planches ou des madriers pour les faire
sécher au grand air et au soleil.
Cageu, n. m.
Pièces de bois attachées les unes aux autres et mises en flotte
pour être transportées d'un lieu à un autre. Ce mot peut
venir de cajeutes, vieux mot français employé pour dési-
gner les lits de vaisseaux ; du hollandais kajuit.
Cageur, u. m. — Employé sur une cage.
Cagouette, n. m. — Gorge. V . Gagouette.
Cahot, n. m.
Ce mot, qui est français, s'emploie surtout pour marquer les
inégalités qui se produisent dans nos chemins d'hiver par
les amoncellements de neige. On le trouve dans la fameuse
chanson :
. . .C'est la faute à Papineau
Si nous avons des cahots.
8
i r 4
LB PARIER POPULAIRE
Caille, adj.
Mélange de blanc et de noir. Ex. Marie, va tirer la grande
vache caille. Thérèse a les yeux cailles.
Cailler, v. n.
Se laisser aller au sommeil. Ex. Mon petit Jean, tu t'en-
dors, tu commences à cailler. Eu Anjou, caille se dit pour
sommeil profond.
Cailles, n. f. pl.
Caillebottes, masse de lait caillé. Ex. Vivre aux cailles et
aux patates.
Caillette, n. f.
N o m fréquemment donné aux vaches de couleur caille.
Cailloud'chouc, n. m. — Caoutchouc.
Caîsser, v. a.
Encaisser, mettre en caisse. Ex. Caisser des livres.
Caisson, n. m.
Tête. Ex. Se faire sauter le caisson avec un pistolet.
* Cake, kêke, (m. a.) — Gâteau. Ex. Un Johnny cake.
Calâbre, n. m. — Cadavre.
Calamel, n. m. — Calomel.
Calant, adj.
Qui cale, enfonce. Ex. Les chemins sont calants.
* Calculer, v. n. (Angl.)
Présumer. Ex. Je calcule partir la semaine qui vient.
Calèche, n. f.
— Cabriolet à ressorts, à deux roues, suspendu sur deux
bandes de cuir, à coffre gondolé, encore en usage à Qué-
bec.
— Diarrhée. Ex. Avoir la calèche.
Caléchée, n. f.
Calèche remplie de voyageurs, de promeneurs.
Caiemberdaine, n. f. — Calembredaine.
Calenas, n. m.—Cadenas.
Calenderier, n. m. — Calendrier.
Caler, v. n. et a.
— Ruiner. Ex. Ce marchand est calé à tout jamais.
— Enfoncer. Ex. Ea terre est molle ici, ça cale.
DES CANADIENS-FRANÇAIS "5
Calumet, n. m.
— Toute pipe de bois, ou dont le tuyau est en bois ou en
roseau.
— Homme de très petite taille.
Caluron, n. m.
Petite casquette qui ne recouvre que le sommet de la tête.
Câlus, n. m. — Cal, calus.
* Calvette, n. f. (Angl.)
Ponceau. De l'anglais culvert.
Calvine, n. m.
Calville. E x . Des pommes de Calvine. Calville est un
petit village de Normandie, et la pomme Calville est par-
ticulière à la Normandie. Le nom a été apporté de France,
mais la pomme nous est étrangère.
Camail, n. m.
Capeline particulière aux jeunes enfants et qu'ils portent
durant l'été.
Cambuse, n. f. — Poêle rustique.
Camelotine, n. f.
Etoffe de laine très lustrée, en vogue autrefois.
Camomine, n. f.
Camomille. E x . Une bonne tisane de camomine pour la
migraine.
Camp, n. m.
— Habitation primitive élevée dans les bois pour y loger les
bûcherons, les voyageurs. Il y a les camps temporaires
et les camps permanents. Se prononce campe.
— Ficher le camp, se sauver, déserter.
— Sacrer le camp, même sens.
Camp-lit, n. m.
Lit de camp, préparé au moyen de branches d'arbres recou-
vertes de peaux de carriole.
Campe, n. m. —Camp.
Camper, v. n.
— S'installer dans un camp, près d'un lac ordinairement,
pour faire la chasse ou la pêche.
— Jeter. E x . Son cheval l'a campé par terre.
D E S CANADIENS-FRANÇAIS 117
Cani, n . m .
Moisi. E x . Cette v i a n d e a une forte o d e u r de cani; voici
d u pain qui a g o û t de cani.
Canir, v . n. — S e g â t e r par l ' h u m i d i t é .
Canisse, n. f.
Canistre. Bidon de fer-blanc pour y mettre le pétrole et
toutes les huiles, les vernis, etc.
Canissure, n. f. — C h a n c i s s u r e .
Canitude, n. f.
Canicule. E x . N o u s resterons à la c a m p a g n e d u r a n t les
canitudes.
Canne, n. f.
— Cruche.
— Vivre la canne à la main, être assez riche p o u r pouvoir
s ' e x e m p t e r de travailler.
Canne de roche, n. f. — Canard histrion.
Cannée, n. f. — I,e contenu d'une canne, d ' u n e c r u c h e .
Cannelier, n. m.
Instrument en bois à double montant, troué à intervalles
égaux.
Cannelle, n. f . — F u s e a u , bobine.
Canner, v. a. — Donner des coups d e c a n n e .
Cannevette, n. f. — P l a t e a u à liqueurs.
* Cannuck, kannog?(e, (m. a.)
N o m donné a u x Canadiens-Français par les A n g l a i s .
* Canon, canonne, (m. a.)
Gros canon, 48 points. ( T e r m e d ' i m p r . )
Canon, n. m .
— V e r r e . E x . V i e n s prendre un petit canon chez L,ambert.
— Fessier.
Canonner, v . n.-— R e j e t e r des g a z a v e c b r u i t .
Canot, n. m.
Sorte de chapeau de femme, appelé aussi c h a p e a u d e mate-
lot.
Canoterie, n. f.
Côte de la Canoterie, nom donné â une c ô t e q u i fait com-
muniquer la partie basse de Q u é b e c a v e c la p a r t i e haute.
DBS CANADIENS-FRANÇAIS 119
Caracoler, v. n.
A v o i r une direction tortueuse. E x . U n chemin qui caracole.
Caractère, n. m .
L e t t r e de r e c o m m a n d a t i o n . E x . V o u l e z - v o u s me faire l a
charité, v o i c i m o n caractère, lisez-le.
U n caractère se disait autrefois de la m a n i è r e d'écrire, et
aussi pour les lettres ou figures que quelques-uns croyaient
avoir une c e r t a i n e vertu en conséquence d ' u n pacte fait
a v e c le d i a b l e .
Caractère seul, loc.
H o m m e triste, f u y a n t la c o m p a g n i e du monde.
Carafée, n. f.
I,e contenu entier d ' u n e carafe. E x . U n e carafée d'eau, d e
cognac.
Caraquettes, n . f. p l .
H u î t r e s p ê c h é e s à C a r a q u e t , sur l e littoral de l ' A t l a n t i q u e ,
dans le N o u v e a u - B r u n s w i c k .
Caravane, n. f.
Bande. E x . V o y a g e r en caravane, glisser en caravane.
Carcajou, n. m .
Glouton, petit a n i m a l de nos forêts, mentionné par L a H o n t a n .
O n l'appelle encore le diable des bois, et les s a u v a g e s le c o n -
naissent sous l e nom de quaquasut.
Carcan, n. m .
— Collier en b o i s q u e l'on met a u cou des a n i m a u x de ferme
p o u r les e m p ê c h e r de sauter les clôtures.
— D é c h a r n é . E x . M a i g r e c o m m e un carcan.
Carcaner, v. a. — Mettre le carcan.
Carcasse, n. f. — P e r s o n n e t r è s m a i g r e .
Carcul, n. m . — C a l c u l .
Carculer, v . a. — C a l c u l e r .
Cardures, n. f. p l .
Retirons, laine restée dans le peigne, après le p e i g n a g e .
Carême, n. m . — F a c e de carême, figure très p â l e .
Carillon, n. m .
B r u i t , tapage. E x . Q u e l carillon faites-vous là, mes petits
enfants ?
122 LE PARLEE POPULAIRE
Carisé, 11. m.
Flanelle croisée très épaisse et très forte. E x . D e s caneçons
de carisé.
Carnage, n. m.
— Bruit, fracas. E x . Quel carnage est ç à ? Cessez, les
enfants, de vous chamailler.
— Dégât. E x . L e tonnerre a fait d u carnage cette nuit.
Carnas, n. m . — Cadenas.
Carottage, n. m .
Action de carotter, de tromper, d'escroquer.
Carotte-à-Moreau, n. f.
Ciguë. S a racine ressemble beaucoup à la carotte r o u g e .
Poison violent.
Carotte, n. f.
Mensonge. E x . Pousser une carotte.
Carotter, v . a.
Voler, obtenir'de l'argent sous de f a u x prétextes.
Carouge commandeur, n. m . — E t o u r n e a u à ailes r o u g e s .
Carpe de France, n. f.
Cette carpe est nommée par les botanistes maxostôme doré,
cousin germain de la carpe.
Carpiche, n. f.
Culbute. E x . Il a pris une carpiche en descendant l'escalier
de la petite rue Champlain, il a failli s'assommer.
Carrage, n. m .
Enjeu. E x . L e carrage est défendu à ce jeu-là.
Carré, u. m.
Place publique. E x . L e carré Nigtr, à Montréal. E n Nor-
mandie on Ait'carreau, d'où l'expression jeter sur le car-,
rcau.
Carreau, n. m .
— Imposte, partie fixe ou non qui surmonte la partie mobile
d'une porte, d'une croisée.
— Soupirail. E x . L e s rats entrent par le carreau d e la cave.
— Carré, morceau carré. E x . U n carreau de lard.
Carreautage, n. m.
Action de diviser une étoffe par c a r r e a u x .
DES CANADIENS-FRANÇAIS 123
Carreauté, a d j .
Divisé en petits carreaux. E x . A v e z - v o u s d e l'indienne
carreautêe noir e t blanc ?
Carrette, n . f-
C a d r e de bois s u r lequel les p ê c h e u r s e n r o u l e n t les l i g n e s
destinées à tirer d e l'eau le poisson a p r è s l ' a v o i r h a r p o n n é .
Carrer (se), v . p r o n .
Mettre un enjeu, a u jeu d e cartes, au b r e l a n .
Carriole, n- f-
Traîneau d'hiver. E x . A t t è l e l a g r i s e à l a carriole; n'oublie
p a s la p e a u d e carriole.
Carriolée, n . f.
— U n e carriole remplie d e voyageurs,
— L ' e n s e m b l e d e s personnes q u e c o n t i e n t u n e carriole.
* Carte complimentaire, n . f . — C a r t e d e f a v e u r . ( A n g l . )
* Carte-poste, n . f . — C a r t e p o s t a l e . (Angl.)
Cartes (tirer aux), l o c . — T i r e r l e s c a r t e s .
Carteron, n . m . — C a r t o n . E x . U n e b o î t e e n carteron.
Casarner, v . a . — C a s e r n e r .
Caserner, (se) v . p r .
Se renfermer chez soi. E x . Q u a n d v i e n t l'hiver, j ' a i tou-
j o u r s e n v i e d e m e caserner.
Casernier, n . e t a d j . — C a s a n i e r , q u i a i m e à r e s t e r chez s o i .
* Cash, cache, ( m . a . )
— C o m p t a n t . E x . M o i , j e p a y e cash.
— C a i s s i e r . E x . J ' a i affaire a u cash.
Casque, n . m .
— Gros casque, h o m m e i m p o r t a n t .
•— Arranger le casque à quelqu'un, le m o r i g é n e r .
— Avoir du casque, a v o i r d u t o u p e t .
— Lever le casque à quelqu 'un, l u i d i r e s e s v é r i t é s .
— Se faire serrer le casque, s e f a i r e t a p e r .
— En avoir plein son casque, ê t r e r e n d u a u b o u t d e s a p a -
tience.
— Cela va lui prendre le casque, cela v a l e f o r c e r s é r i e u s e -
ment.
— M a u v a i s p l a i s a n t . E x . T ' e s p a s f o u , l e casque !
I2 I,B PARLER POPULAIRE
4
C a t a l o g n e , n . f.
— C r ê p e a u lard. ( T a c h é , For. et Voy.). E x . Marie, huche
t o n p è r e pour venir manger des catalogues.
— L i s i è r e de tapis fabriqué avec des bandes étroites de laine
o u de coton au moyen d'une machine dite métier.
O u d i n dit qu'il y avait jadis des couvertures de laine
b l a n c h e qui portaient ce nom, parce qu'elles venaient de
Catalogne.
C a t a p l a m m e , n. m . — C a t a p l a s m e .
Cataplasse, u . m . — C a t a p l a s m e .
C a t a p l e u m e , n. m.
C a t a p l a s m e . L,e v e r b e caiaplamer existait jadis et signifiait
f a i r e u n cataplasme.
C a t a p l u m e , n. m. — Cataplasme.
Catchime, n. m.—Catéchisme.
C a t e a u , cataut, n. f.
C a t h e r i n e . E x . Joséphine est habillée comme Cateau, c'est-
à - d i r e sans g o û t , quoique avec beaucoup de fanfreluches.
N o u s disons également : Elle est amanchêecomme Cateau.
C a t é c h i m e , u . m. — Catéchisme.
Catéchisse, n. m. — Catéchisme.
C a t é r e u x , a d j . — H o m m e d'humeur inégale.
C a t e r r e , n . m.—Catarrhe. E x . Je crois que j ' a i le caterre,
Catherine-serrée, n . f.
F e m m e à l ' é t r o i t d a n s ses vêtements. E x . Regarde Cathe-
rine-serrée qui passe.
C a t h e r i n e t t e , n. f. — Mûrette ou ronce d u Canada.
Catholique, adj.
H o n n ê t e , respectable. E x . Ce n ' e s t p a s catholique ce que
t u v i e n s d e faire.
C a t i c h e , n . f-
D o i g t d e g a n t ou simplement u n linge qui enveloppe un
d o i g t malade. Diminutif de Cataut.
C a t i c h e t t e , n . f. — V . Mainette.
Catichonner, v. a.
H a b i l l e r s a n s g o û t . E x . Cette m è r e catichonne ses enfants,
e s t - e l l e ridicule ?
DES CANADIENS-FRANÇAIS 127
Caution, n. m.
C a u t i o n , n. f. E x . Prête-moi donc cent piastres, j ' a i un
b o n caution à te donner.
* Cauxer, v . a. ( A n g l . )
Cajoler, enjôler. D e l'anglais to coax, amadouer.
Cavalier, n. m .
A m o u r e u x qui fait l a cour à une j e u n e fille. E x . E n voilà
u n e q u i n ' e s t pas chanceuse, elle a déjà eu trois cavaliers,
et elle n e se marie pas plus vite que les autres.
Cavée, n. f.
C r e u x , fosse, vallée. O n dit encore cavée en Normandie
p o u r signifier une fosse.
Cav'reau, n . m .
— C a v e a u . On employait autrefois les mots cavearot et
cavereau.
— C a v e à légumes.
— C h a p e l l e funéraire érigée dans u n cimetière.
Cayen, ne, n. e t a d j .
Acadien. E x . L e s Cayens de la Gaspésie.
Cazagot, n . m .
Boite e n é c o r c e où les femmes des s a u v a g e s déposent leur
petit e n f a n t pour l e transporter sur l e u r dos a u cours de
leurs p é r é g r i n a t i o n s .
Cèdre blanc, n. m. — T h u y a d'Occident.
Cèdre rouge, n. m. — Genévrier de V i r g i n i e .
Cédrière, n. f.
F o r ê t d e c è d r e s . E x . N o u s allons couper du balaitte dans
la cédrière.
Ceinture fléchée, n. m .
C e i n t u r e l o n g u e et large, a u x couleurs v o y a n t e s et variées,
f a b r i q u é e autrefois par les s a u v a g e s seulement.
, Ceinture, n . f.
. Un chemin de fer de ceinture, un chemin de fer circulaire.
Ceinturer, v . a.
E n t o u r e r a v e c une corde. E x . Ceinturer une v a l i s e .
Celle (la), p r o n .
Celle. E x . C'est la celle que je connais.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 129
Cellesse (la).—Celle.
Cémiquière, n. m . — Cimetière.
Cémitière, n. m . — Cimetière.
Cendrouillonne, n. f . — S e r v a n t e malpropre.
Cenelle, n. f.
Fruit de l ' a u b é p i n e . L ' A c a d é m i e a écrit senelle, mais en
renvoyant à Cenelle qu'elle a omis de r e p r o d u i r e .
Cenellier, n. m . — A u b é p i n e .
Cenille, n. f. — C h e n i l l e .
Cent, ccnn't, n. f., ( m . a.)
Centin. E x . Je n ' a i pas la cent, j e n'ai p a s c'ie cent.
Centin, n. m.
Traduction de l ' a n g l a i s cent, centième partie d e la piastre.
Centume, n. m. — C e n t u p l e . ( B . P . F . )
Cerceau, n. m.
Petit berceau de fer et d'osier en forme d e tonnelle qui em-
pêche les draps de lit de t o u c h e r à u n m e m b r e malade.
Cercle, n. m.
Cerne. E x . E s - t u malade, t u as u n g r a n d cercle autour des
y e u x . A s - t u v u le cercle q u ' i l y a a u t o u r d e l a lune ?
Cercle de quart, n. m . — Cercle de baril, de t o n n e a u .
Cérémonie (être de), loc.
A g i r en qualité d e parrain e t de marraine d a n s u n baptême.
E x . Pierre e t sa femme sont de cérémonie c h e z les Beaufils.
Cérimonie, n. f.
Cérémonie. E x . P a s de cérimonie, M o n s i e u r , entrez.
Cérimonieux, a d j . — C é r é m o n i e u x .
Cérimonitieux, euse, a d j .
Très cérémonieux.
Cerise, n. f.
Verre de v i n . E x . E n t r o n s c h e z B o i s d o n , n o u s allons
prendre une cerise.
Cerise à grappes, n . f. — Cerise de V i r g i n i e .
Cerise à grappier, n . f. — C e r i s i e r à g r a p p e s .
Cerise de France, n . f. — Cerise.
Cerner, v. a.
Culotter. E x . T a pipe est b i e n cernée.
9
13° ! , « PARIER POPULAIRE
Certifida, n. m .
A s s a f œ t i d a , résine antispasmodique et d ' u n e odeur fétide
e m p l o y é e par les chasseurs comme appât.
Ceule, p r o n . — Celle.
Çeuses (les), pron.
C e u x . U x . Les ceuses qui sont pour, levez l a m a i n .
Chacoter, v . a.
— F a t i g u e r l'esprit, donner à réfléchir. E x . C e t t e affaire
me chacote gros.
— R é p r i m a n d e r vertement.
Chacun (un). — Chacun. E x . Qu'un chacun donne son opi-
nion l ' u n après l'autre.
Chadron, n . m .
— Chaudron.
— Echarde.
Chadronnée, n. f. — Chaudronnée.
Chadrontiet, n. m. — Chardonneret.
Chagriner, (se) v. pron.
S'assombrir. E x . Il fera mauvais tantôt, l e temps se cha~
grine.
Chaîner, v . n.
S ' e u f u i r rapidement. E x . N o u s a v o n s été poursuivis par
des v o l e u r s , et nous avons pris la fuite, j e t'assure que ça
chaînait.
Chair,de cuir, n. f.
Partie m o l l e d'un cuir tanné. E m p l o y é e journellement
pour a r r ê t e r les hémorrhagies e x t e r n e s .
Chaise, n . f.
— C h a i r e . E x . M . le curé est monté dans sa chaise.
— Etre assis entre deux chaises, expression q u i définit bien
l a p o s i t i o n d'un homme qui, pour avoir couru d e u x lièvres
à l a f o i s , n'en a saisi aucun.
Chaland, n . m . — Embarcation à fond plat.
Chalin, n . m . — E c l a i r d e chaleur.
E n N o r m a n d i e , câliner veut dire faire des éclairs de chaleur.
C o t g r a v e définit chaline un tonnerre peu b r u y a n t au com-
m e n c e m e n t du jour.
DES CANADIENS-FRANÇAIS
Chanteau, n. m .
P a t i n . E x . L e chanteau de m a chaise b e r c e u s e est usé.
Chanter, v. a.
— Imiter le c h a n t . E x . L a p o u l e qui chante l e coq, c'est-
à-dire, qui i m i t e l e chant d u coq.
— Raconter. E x . Q u ' e s t - c e q u e t u me chantes l à ?
Chanter le coq, l o c .
C h a n t e r victoire. E x . C e s s e de chanter le coq, j e te ferai
bientôt rabattre le caquet.
Chanteux, adj.
Chanteur. E x . L o u i s est u n b e a u chanteux.
Chantier, n. m .
— E x p l o i t a t i o n d ' u n e forêt.
— Quartier o ù se r é u n i s s e n t les travailleurs.
— Cabane.
— Sentier.
Chape, n. f.
— Châle.
— S e m o n c e . E x . I l s'est fait l e v e r une chape en règle.
Chapeau, n. m .
Maladie de l a p e a u s o u s forme d e croûtes q u i forment sur
le crâne des enfants une e s p è c e d e chapeau.
Chapeau (passer le), loc.
F a i r e une c o l l e c t e .
Chapelain, n. m .
A u m ô n i e r . E x . M . le Chapelain des U r s u l i n e s .
Chap'lette, n. m .
— Rouler le chap'lette, dire s o u v e n t son c h a p e l e t .
— Claque-chap^ lette. V . ce m o t .
Chapelinat. n. m . — A u m ô n e r i e .
Chapelouse, n . f.
Chenille. E n N o r m a n d i e , carpeleuse et charpeleuse se disent.
D u latin caro pilosa, chair v e l u e .
Chapitre, n. m .
R é p r i m a n d e . E x . A s - t u e u ton chapitre d e Monsieur S t -
C y r , moi, j ' a i e u le m i e n . Corneille s'est servi de ce mot.
Chapitrer est français.
LE PARLER POPULAIRE
134
Chaque, pron.
C h a c u n . E x . Mes o u v r i e r s rne c o û t e n t d e u x piastres par
j o u r chaque.
Chaqueune, pron. f. — C h a c u n e .
Char, n. f. — C h a r , n. m . E x . V o y a g e r d a n s les petites chars.
Char, n. m.
— V o i t u r e d e chemins de fer, w a g o n . E x . E m b a r q u o n s
dans les chars, c h a n g e o n s de char, les chars s o n t c h a r g é s
de monde.
— G a r e . E x . Y a-t-il loin d'ici a u x chars ?
— T r a i n de chemin de fer. E x . T u connais B a p t i s t e , ce
n'est pas les chars. Dis-moi donc l ' h e u r e des chars. J'ai
un c h e v a l qui m a r c h e comme les chars. J'ai e u le mal-
heur de manquer les chars.
— T r a m w a y , char urbain. E x . L e s petits chars marchent-
ils aujourd'hui ?
— Char à bagage, fourgon.
— Char à bois, à charbon.
Char de Vénus, n. m. — A c o n i t N a p e l .
Charabia, n. m .
L a n g a g e bizarre, incompréhensible. C e mot, d ' a p r è s Pier-
quin de G e m b l o u x , v i e n t de S k a r a k i a d , v i l l e d ' A r a -
bie, q u i donna son nom a u x Sarrasins. Charabia se trouve
dans Larousse.
Charader, v . a.
Houspiller. ( D e G a s p é , Mémoires, p . 1 3 5 . )
Charbon, n. m .
— Huile de charbon, pétrole.
— Cha?-bon dur, houille maigre.
—; Charbon mou, houille grasse.
Charbonner, v . a.
C h a r g e r un bateau o u un steamer d e charbon.
Charbonnier, n. m.
Bâtiment qui transporte d u charbon. L a r o u s s e c i t e char-
bonnier dans ce sens.
Charcher, v a.
Chercher. E x . Q u ' e s t - c e que tu charches là ?
DES CANADIENS-FRANÇAIS 135
Chardonnet, n. m.
Chardonneret. M a r o t dit chardonnet,
Chardron, n. m.
— Chardon.
— Un chardron sec, une personne inabordable.
Chardronnet, n. m . — C h a r d o n n e r e t .
* Charge, n. f. ( A n g l . )
— Plaidoirie, réquisitoire.
— A l l o c u t i o n d u j u g e faisant le résumé de la cause.
— Etre à charge, être fatigant, e n n u y e u x .
Chargeage, n. m. — A c t i o n d é c h a r g e r .
Chargeant, a d j . part.
Indigeste. E x . J ' a i dîné a u dinde, c'est chargeant.
* Charger, v . a. ( A n g l . )
— Haranguer, charger le j u r y .
— Mettre a u d é b i t . E x . V o u s chargerez ces d e u x piastres
sur mon c o m p t e .
— R é c l a m e r . E x . I l m ' a chargé d i x piastres p o u r sa consulte.
Chargner, n, r n . — C h a r n i e r . V . ce mot.
Chargnère, n. f. — C h a r n i è r e .
Chariot, n. m .
— Corbillard.
— E s p è c e d e b a n q u e t t e roulante, à siège troué au centre,
et où l ' o n p l a c e debout u n enfant q u i est à la veille de
marcher.
Charlander, v .
— Ennuyer, importuner.
— Chalander se disait j a d i s .
Charlanter.— V . C h a r l a n d e r .
Charlimagne.
Corruption de Charly man, e x p r e s s i o n usitée pour e n g a g e r
les t r a v a i l l e u r s q u i d o i v e n t soulever u n lourd fardeau, à
faire un effort c o m m u n . E x . C h a n t e le charlimagne, ça
v a nous aider à m i e u x t r a v a i l l e r .
Chariot, n m .
D i a b l e . E x . M e s mitaines sont raides c o m m e la p e a u d u
v i e u x Chariot.
136 LE PARLER POPULAIRE
Charme, n . m .
Se porter comme un charme, avoir u n e excellente s a n t é .
C ' e s t charbe qui se disait jadis. E x . C e t enfant profite
c o m m e u n e charbe ( c h a n v r e ) .
Charme (d'un), loc.
D ' u n t o u r de main. E x . C'a été fait d'un charme.
Charnel, a d j . — C o n s a n g u i n . E x . C ' e s t m o n oncle charnel.
Charnier, n. m.
— C a v e a u où l'on dépose les membres d ' u n e m ê m e famille.
— C a v e a u à l'usage de tous les défunts durant l ' h i v e r . A u
printemps, les cercueils sont enterrés dans des fosses par-
ticulières.
Charnière, n . f . — C h a r n i e r .
Charpenquer, n. m. — Charpentier.
Charpente à tête.
Charpente grossière faite de bois rond ajusté a u x a n g l e s au
m o y e n d e simples entailles.
Charpiller, v . a. — Mettre en charpie, écharpiller.
Charpir, v . a.
Déchirer, mettre en charpie. E x . Charpir de la l a i n e .
Chârrequer, n. m. — Charretier.
Charretier, n . m.
— C o c h e r d e place.
— C o n d u c t e u r de voiture en général, quelle q u e soit sa
forme o u son usage.
Chârriable, a d j .
Qui peut être charrié.
V i e u x t e r m e de coutumes, qui désignait u n vassal o b l i g é
envers s o n seigneur à fournir des charrois.
Chârriement, n. m.
— C o u r s e . E x . E c o u t e , mon enfant, cesse tes chârriements
d'un q u a i à l'autre.
— A c t i o n d e transporter des objets, d e s meubles, d ' u n l i e u
à un a u t r e .
Charrier, v . a.
— Aller t r è s vite. E x . C e charretier a u n bon c h e v a l , il
nous a charriés j u s q u ' à l u r e t t e en p a s g r a n d temps.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 137
Chauguère, n . f. — Chaudière.
Chauguèrée, n . f. — Chaudiérée. V . ce mot.
Chaumer, v . a.
C h a u l e r , p a s s e r le blé à l'eau de c h a u x a v a n t de l e semer ;
a i n s i d e s œ u f s . E x . Des œufs chaumes.
Chausser, v . a.
C o n v e n i r . E x . Si cela te chausse, tant pis.
Chaussette, n. f. — Pantoufle.
Chausson, n . m .
— I n d i v i d u mal dégrossi, rustre, i g n o r a n t et mal v ê t u .
— C h a u s s e t t e , demi-bas.
Chautasse, a d j . — A moitié ivre. ( B . P . F . )
Chavirer, v. n . — Devenir fou, avoir l a t ê t e à l ' e n v e r s .
Chayère, n . f . — C h a u d i è r e .
Chayérée, n . f. — Chaudiérée. V . ce mot.
C h \ pr. p e r s . — J e . E x . Ch 'suis e m b ê t é .
* Cheap, tshîpe, (m. a.)
A b o n m a r c h é . E x . C'est réellement cheap.
Chèche, a d j .
Sec, s è c h e . E x . D u linge cheche, une serviette chèche.
Chécher, v . a. et n.
Sécher. E x . L a lessive cheche, commence à chécher.
Chècheresse, n. f. — Sécheresse.
* Check, ( m . a.)
— C h è q u e . E x . U n check de cent piastres.
— B u l l e t i n d e bagage. E x . Mettre un check sur une valise.
— E t i q u e t t e . E x . Poser un check sur une pièce d e flanelle.
— F a u s s e rêne. E x . U n check de bride.
— F r e i n . E x . Mettre un check à q u e l q u ' u n .
— P o u s s é e ( a u jeu). Donner un check à quelqu' un. ( B . P . F.)
* Cheekage, (Angl.)
— E t i q u e t a g e . E x . Cheekage d'un s t o c k de marchandises.
— E n r ê n e m e n t . E x . Cheekage d ' u n c h e v a l .
— P o i n t a g e . E x . L e cheekage d ' u n c o m p t e .
— E n r e g i s t r e m e n t . E x . L e cheekage du b a g a g e .
— P o u s s é e (au jeu). E x . L e cheekage n ' e s t pas permis.—
(B. P. F.)
DES CANADIENS-FRANÇAIS 141
* Checker, ( A n g l . )
— Enregistrer. E x . Checker d u b a g a g e .
—Etiqueter. E x . Checker des marchandises.
—Enrêner. E x . Checker u n c h e v a l .
— Arrêter, calmer. E x . Checker quelqu'un.
— Vérifier. E x . Checker u n compte, une facture.
— Pointer. E x . Checker u n e liste électorale.
—Surveiller. E x . Checker q u e l q u ' u n .
— Pousser de l'épaule ( a u j e u ) . — ( B . P . F . )
* Checkeur, n. m . ( A n g l . )
— Celui, qui, le jour d u scrutin, soit pour une élection
municipale, soit pour u n e élection politique, se tient à la
porte du bureau de votation (poil), pour pointer les noms
des électeurs.
— Vérificateur. E x . U n checkeur de listes électorales.
— Facteur de gare. E x . U n checkeur des boîtes, valises,
arrivées en gare.
Chèfre, n. m . — C h e f .
Chèfrerie, n. f.
Fonction et p r i v i l è g e s propres a u chef d ' u n parti.
Chemin, n. m .
— Ecartement q u e l'on d o n n e a u x dents d ' u n e scie.
— Aller son petit bonhomme de chemin, faire son chemin
loyalement.
— Ne pas y aller par quatre chemins, aller droit au b u t .
— Etre dans le chemin, d a n s la misère.
Chemin couvert, n. m.
Corridor qui v a du p r e s b y t è r e ou de la sacristie à l ' é g l i s e .
Chemin (maître), n. m.
Chemin principal par o ù l ' o n transporte le bois, d u camp à
la jetée, dans nos chantiers.
Chemin de sortie.— C h e m i n qui communique au maître chemin.
Chemin du roi, n. m . — G r a n d chemin.
Chemin passant, n. m. — C h e m i n régulièrement suivi.
Chemine, n. f.
Chemin. E x . Dans la concession où j e reste, il n ' y a ni
chemin ni chemine, c'est-à-dire aucun chemin.
142 LE PARLER POPULAIRE
Chemise, n. f.
— Changer d'idées comme de chemise, c h a n g e r souvent.
— Tenir plus à sa peau qu'à sa chemise, s'occuper plutôt de
soi que des autres.
— Se promener en queue de chemise, en déshabillé.
Chemise de Notre-Dame.
C l o c h e t t e s ou liseron des haies. T e r m e de botanique.
Chemise fine, n. f. — Chemise de toile ou d e coton blanc.
Chenail, n. m.
C h e n a l . E x . L e chenail du nord, d u sud du fleuve Saint-
Laurent.
Chenâiller, v. n. — Courir, aller à la course.
Chenille à poil,—V. Chapelouse.
Chenilles, n. f. pl.
M a l a d i e des vaches et des moutons. L a r v e s d'œstrides.
Cheniquer, v. n.
A b a n d o n n e r la partie par couardise. E x . V e u x - t u faire
encore une partie ? T u refuses, tu cheniques.
O n a beaucoup ergoté sur l'origine d e ce mot. Est-elle
française, anglaise, allemande, hollandaise ? E n hollan-
dais, slikken, qui se rapproche un peu de cheniquer, veut
d i r e avaler, et slock, goutte. D ' a p r è s T i m m e r m a n s , slikken
signifierait sangloter, éprouver un spasme de la glotte. En
allemand schnilt v e u t dire coupure, rognure, schnitzer,
sculpteur, et aussi faute, bévue. L ' é t y m o l o g i e anglaise
semble plus rationnelle. Est-elle acceptable ? M . Rivard,
d a n s le Bulletin du Parler Français ( v o l . i , p . 146), nous
apporte le mot sneak, prononcé shneak par u n e certaine
classe d'Irlandais. Comme ce verbe signifie s'en aller
furtivement, se sauver, il donne assez bien l ' i d é e de cheni-
quer. Mais on est en droit de se demander comment il se
fait que le mot cheniqueux se rencontre aussi en France,
p u i s q u e Timmermans le cite pour désigner u n buveur
d'alcool. Il faudrait donc s'en tenir à l'origine hollan-
daise.
Cheniqueux, n. m.
Q u i chenique. E n France, ce mot signifie b u v e u r d'alcool.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 143
Chenu, adj.
— Mesquin, de qualité inférieure. E x . C ' e s t chenu, cela
ne vaut p a s g r a n d chose, c'est mesquin.
E n France, chenu signifie tout le contraire, c ' e s t bon comme
le chêne, d ' o ù chenu semble venir.
* Chéper. (A.ngl.)
De l'anglais shape. E x . C e t individu e s t curieusement
chêpê, a u n e drôle de mine.
Obérant, a d j .
Qui e x i g e u n p r i x trop é l e v é de ses c l i e n t s . E x . M . le
docteur, v o u s êtes un peu chêrant.
Cherche. — C ' e s t à savoir.
Cherchement, n . m .
A c t i o n de c h e r c h e r .
Chercher, v. a.
— Chercher des midis à quatorze heures, a v o i r d e s idées i m -
possibles.
— Chercher le soleil en plein midi, chercher u n e chose q u i
crève les y e u x .
Chère-épice, n. m .
Marchand q u i v e n d cher sa marchandise. L e s épices v e n a n t
de l'Inde coûtaient très cher autrefois.
Chérité, n. f.
Charité. E x . V o u l e z - v o u s m e faire la chérité p o u r l ' a m o u r
du Bon-Dieu.
Chesse, a d j . — S e c , sèche.
Chesser, v. a. e t n . — Sécher.
Chesseresse, n. f.
Sécheresse. E x . S i la chesseresse continue, t o u t v a périr.
Chétiment, a d v . — Chétivement.
Chétit, adj.
— Chétif. E x . U n enfant chétit.
— Méchant. E x . Sors d'ici, mon petit chétit.
— Malade. E x . L ' e n f a n t de Baptiste e s t m a l a d e depuis
huit jours, il est bien chétit.
Chétiver, v . n . — Devenir chétif, maladif.
* Cheurtine, n . f . — D e l ' a n g l a i s shirting: V . c e mot.
144 L E P A R L E R POPULAIRE
Cheux, prép.
— Chez. E x . Cheux nous.
— L,a famille, la paroisse, la maison. Les gens de cheux
nous sont tous faits comme ça. Cheux nous sont tous
malades de la grippe.
Cheval, n. in.
— Séchoir.
— Avoir une faim de cheval, une grosse faim.
— Cheval à cheval, manche à manche.
— Cheval fendu, cheval fondu, jeu où un certain nombre
d'enfants étant courbés à la suite des uns des autres, leurs
camarades sautent sur leur dos.
— Mes chcvals, mes chevaux. Expression acadienne.
— Mon chevau, mon cheval. Expression acadienne.
— E n Anjou, on dit aller à ch'vau, à dos d'chevau.
Cheval d'ivrogne, n. m.
Cheval endurant et de piteuse mine.
Cheval de quêteux, n. m.
Mauvaise rosse, qui s'arrête de lui-même à toutes lesportes.
Chevalement, adv.
Terriblement. E x . Il faut être chevalement bête pour avoir
battu cet enfant.
Chevalet, n. m. — Chèvre ou ixe.
Chevaucher, v. n.
Se croiser. E x . L,es lunes chevauchent.
Chevêche, n. f. — Chouette du Canada.
Chevelure de noyés, n. f. — Algues marines.
Cheveu, n. m.
— Spiral. E x . JCe cheveu d'une montre.
— T ê t e . E x . As-tu mal aux cheveux ? Expression qui
s'applique à un individu qui, au lendemain d'une noce, se
lève avec un gros mal de tête.
— Cela vient comme mi cheveu sur la soupe, sans à propos.
— Avoir les cheveux fâchés, embroussaillés.
* Chéver, v. a. (Angl.) — Prêter à des taux usuraires.
* Chéveur, (Angl.)
Celui qui prête à usure.
DBS CANADIENS-FRANÇAIS 145
Cheville, n. f.
— Individu que l'on place au milieu d ' a u t r e s pour l'obliger
à travailler.
Un trou, une cheville ; autant de trous, autant de chevilles,
avoir réponse à tout.
Cheviller, v. a.
Mettre. E x . Cheville-toi cela dans le coco b i e n à serre.
Chèvre, n. f.
— Chevalet p o u r supporter une cloche a v a n t qu'elle soit
placée dans u n clocher.
— Chevalet p o u r supporter d u l i n g e m o u i l l é .
Chevreuil, n. m . — C e r f d ' A m é r i q u e .
Chevreux, n. m. — C h e v r e u i l .
Cheyère, n. f. — Chaudière.
Cheyérée, n. f. — L - e conteuu d ' u n e c h a u d i è r e .
Chez (par), l o c . — C h e z . E x . P a s s e - d o n c / a r chez nous.
Chez soi (un), loc.
Appartement o u domicile à soi. E x . U n p e t i t chez soi v a u t
m i e u x q u ' u n g r a n d chez les autres.
Chiâler, v. n.
Pleurnicher. E x . Cet enfant a chiàlé t o u t e la nuit. E x -
pression acadienne. V i e n t d u normand quiauler pour chiau-
ler, chiailler. U n e quiaulée, en normand, est une ribam-
belle de petits pleureurs.
Chiâleux, adj.
Enfant qui est dans l'habitude d e chiâler.
Chic, adj.
— Bien fait, remarquable, d ' u n bel effet. E x . Voilà u n
homme chic. C ' e s t chic.
Chicailler, v . a . — D é c h i q u e t e r . ( B . P . F . )
Chicailler (se), v. p r o n . — S e chicaner.
Chicaneux, n. et a d j . — C h i c a n e u r .
Chicanier, n. et a d j . — C h i c a n e u r .
Chicher, v . n . — E t r e mesquin.
Chicherie, n. f.
Mesquinerie. Ex. Cet i n d i v i d u est d'une chicherie sans
nom.
10
146 LE P A R L E R P O P U L A I R E
Chiard, n . m.
Bœuf bouilli dans de l'eau avec des p o m m e s de terre, oignons,
sel, poivre, et le moins de beurre possible. Mets très
c o n n u des collégiens et pas toujours apprécié à sa valeur.
Chiarge, n. i n . — Cierge.
Chiben, n . ni. — Topinambour. Mot usité chez les Acadiens.
Chicoter, v. a.
— Contester sur des puérilités.
— D o n n e r à songer. Ë x . Cette affaire m e chicote.
Chicoteux, a d j . — E n n u y e u x , tracassier.
Chien, n. m .
— Avoir du chien, une tournure p r o v o q u a n t e .
— Se regarder comme des chiens de faïence, comme des chiens
en porcelaine de Chine, qui se r e g a r d e n t sans bouger.
•—• Manger à son chien de soûl, beaucoup.
— Mordu d'un chien ou d'une chienne, pas de différence.
— Une faim de chien, faim canine.
-— Garder un chien de sa chienne, garder rancune.
— Un mal de chien, une grande peine.
— Etre accoutumé à faire qqch. comme un chien à aller nu-tête,
avoir u n e longue habitude.
— Avoir du chien dans le corps, avoir le courage d e faire les
cent coups.
— Etre chien, être avare.
— C'est chien, c'est contrariant.
— Son chien est mort, il est ruiné.
— // fait un temps de chien, mauvais t e m p s .
— Il fait un temps à ne pas mettre les chiens dehors, t r è s mau-
vais.
.— Tourner en jeu de chien, tourner m a l .
— En chien, beaucoup. E x . Bête en chien.
— Les chiens en lèvent la queue, c'est ridicule a u point que
m ê m e les chiens s'en aperçoivent et e x p r i m e n t leur ma-
n i è r e de voir. E t si le ridicule est poussé j u s q u ' à son
comble, on ajoute : Et ils ne la rabattront plus.
Chien de France, n. m.
Avoir le nez froid comme un chien de France, très froid.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 147
Chien de poche, n. m .
Enfant qui s'attache à ses parents et les suit partout, comme
le chien qui suit son maître sans jamais se lasser.
Chien=fou, n. m .
H o m m e enragé, fâché et d a n g e r e u x comme un chien enragé.
Chiendent, n. m.
— Froment rampant.
— Difficulté. E x . Il y a d u chiendent là-dedans.
Chienne, n. f.
— H a b i t l o n g et d ' u s a g e journalier.
— Voiture formée de planches posées sur quatre roues.
— S i è g e dans les chantiers. ( T a c h é , For. et Voy.)
•— Avoir la chienne sur le dos, être paresseux.
— Promettre un chien de sa chienne, promettre de se v e n g e r .
— Une chienne d'habitude, une m a u v a i s e h a b i t u d e .
Chiennetée, n. f . — C h i e n n é e .
Chienneter, v . n. — Chienner.
Chiette, n. f. — L i e u x d'aisances.
Chiotte, n. f. — L a t r i n e s .
Chiffon, n. m.
N o m donné à une jeune fille. E x . Mon petit chiffon.
Chigner, v . n.
— Echiner. E x . I l y en a qui ne chignent pas à l ' o u v r a g e ,
— Pleurnicher. E x . Des enfants qui chignent à tous propos.
Chigneux, adj. — Pleurnicheur.
Chignon, n. m .
— Quignon. E x . U n chignon d e pain.
— T ê t e , cerveau. E x . T â c h e d e te fourrer cela dans le
chignon.
Chignon du cou.
Derrière de la tête. E x . Je l'ai pris par le chignon du cou
et j e l'ai c o u c h é par terre.
Chimaigre, n. m . — Maigre et chétif.
Chimères, 11. f • pl. — Idées noires, chagrins, inquiétudes.
Chiper, v. a.
V o l e r avec adresse. E x . I l m ' a chipé mon canif.
Chipotée, n. f. — E n abondance, e n quantité.
148 I,E PARLER POPULAIRE
Chipoter, v . n.
S ' o c c u p e r à des riens, à des t r a v a u x de p e u d'importance.
Chipoterie, n. f.
— B a g a t e l l e s , niaiseries.
— O b j e t s confus, désordre.
Chipoteux, n. m.
C h i p o t i e r , qui travaille avec lenteur, qui chicane lorsqu'il
marchande.
Chipouterie, n. f . — V . Chipoterie.
Chipoutîs, 11. m. — C h a i r à pâté.
Chique, n. f.
— P r o p o s désagréable. E x . N o u s a v o n s passé le temps à
n o u s faire manger des chiques.
• — R é p a r t i e offensante., E x . Je lui ai e n v o y é une chique.
— M a l a d i e sur les c h e v a u x . L a r v e s d'cestrides.
— Poser sa chique, se taire.
— Cela ne vaut pas une chique, ne v a u t rien.
—• Bout de chique, petit individu.
Chiquée, n. f.
C e q u i constitue une chique. E x . A s - t u une chiquée de
t a b a c ' à me passer.
C h i q u e m e n t , adv.
A d m i r a b l e m e n t . E x . Cette robe est chiquement faite.
C h i q u e t t e , n. f.
P e t i t e chique.
C h i q u e u x , a. m .
Q u i est dans l'habitude de chiquer.
* Chire, n. f. (Augl.)
— Embardée. E x . Pierre n'est rien que bon à p r e n d r e des
clitres.
— C o u r s e de vaisseau, de voiture, d ' a n i m a l ou d'un homme
q u i glisse sur la glace ou sur un terrain humide.
— Fuite. E x . Mon voleur a eu peur, et il a pris une chire.
* Chirer, v. n. (Angl.)
— Embarder. E x . Notre vaisseau a chirê sur son ancre.
— G l i s s e r hors de sa voie.
— A l l e r vite.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 149
— Bafouer.
Chouqu'ser, v. a. — Pousser deux chiens à se battre.
Chousse, n. f. — Souche.
Choutiam, n. m. — Chou de Siam, chou-navet.
Choux gras (jeter ses), loc.
Jeter des choses qui peuvent encore être utiles. E x . Ce
n'est pas lui qui jette ses choux gras, il est trop ménager.
Chréquien, n. m.
— Chrétien.
— Marcher sur le chréquie?i, marcher à peau nue. S a
France on dit marcher sur la chrétienté, sur la chrêtiennetê.
Chrétien, n. m.
— Homme en général. E x . Il n'y a pas à.^. chrétien capable
de soulever cette pierre.
— Parler chrétien, parler français de manière à être compris.
* Christmas, n. m. krissmeuss, (m. a.)
Noël. E x . Que vas-tu me donner pour mon Christmas ?
Chuilte, n. f. — Cheville.
ChuHler, v. a. — Cheviller.
Chuinée, n. f. — Cheminée.
* Chu m, n. m. tsheume, (m. a.)
Ami, camarade. E x . Celui-ci est mon chum.
Chute de neige, n. f. —Tombée de neige.
Chuter, v. n. — Tomber, faire une chute.
Ci, adv.
Aujourd'hui. E x . N'oublie pas de venir me voir entre ci
et demain. I l y a encore un mois entre ci et Pâques.
Cîarge, n. m. — Cierge.
Cigailler, v. a.
— Rudoyer un cheval en tirant sur la rêne en tous sens.
V. Zigailler.
— Couper maladroitement un objet.
Cigailleur, adj.
— Qui cigaille.
— Qui taquine, importune.
Cigale, n. f. — Cigare.
Cigane, n. f.—Cigare.
152 L g PARLER POPULAIRE
Cigare, n. m. — C i g a r e .
Cigarette, n. m .
Cigarette, n . f. E x . V e u x - t u fumer u n cigarette ?
Cigonner, v . a .
— T a q u i n e r , scier. E x . A c h è v e de m e cigonner ?
— A t t i s e r l e feu. E x . Cigonne donc l e poêle, on g è l e .
V. Zigonner.
Cileri, n. m. — C é l e r i .
Cimiquière, ri. m . — Cimetière.
Cimitière, n. m . — C i m e t i è r e .
Cinglée, n. f.
V o l é e , c o u p s d e fouet.
Cinmiquière, n . m . — Cimetière.
Cinquante, a d j .
Une foule. E x . Il se fourre cinquante choses dans le chi-
gnon.
Cinq cents, n. m .
Diable. E x . I l fait une tempête du cinq cent. J'ai u n m a l de
dents d u cinq cent. I l a une peur de moi d u cinq cent. Il
y a d u cinq cent dans tout cela. V o i l à u n enfant qui fait
ses cinq cents volontés.
Cintième, n. e t a d j .
C i n q u i è m e . L e s v i e u x manuscrits a y a n t supprimé l a lettre q,
on a formé cintïeme comme on a fait septième, huitième.
Cintre, n. m .
A b o u t , p l a n c h e de labour, ou sillon perpendiculaire a u x
autres au b o u t d'un c h a m p . V i e n t de chintre, mot m e n -
tionné par B o r e l et par I^acurne de S a i n t e - P a l l a y e .
Cintrer, v . n.
Eaire le c i n t r e . D ' a p r è s Jaubert, chaintrer c'est tirer u n e
ligne a v e c l e soc de la charrue.
* Cipaille, n. m . ( A n g l . )
R a g o û t c o m p o s é de viande et de petits carrés de pâte. C ' e s t
le mot a n g l a i s sea-pie francisé.
* Cipâre, u. m . ( A n g l . ) — Cipaille. V . ce m o t .
Circonstances (sous les), loc.
D a n s les c i r c o n s t a n c e s , dans l e cas présent.
DBS CANADIENS-FRANÇAIS 153
Circuit, n. m.
Pièce de terre. E x . A u j o u r d ' h u i n o u s allons labourer le
circuit.
Circulaire, n. m.
— Imperméable à l ' u s a g e des femmes.
— A m p l e m a n t e a u d ' h i v e r , doublé en fourrure, e t porté
seulement par les femmes.
Circulation, n. f.
T i r a g e . E x . U n e gazette q u i a une circulation considérable.
Circuler, v . a.
Faire circuler. E x . Circuler un document pour y faire
apposer des signatures.
Cire, n. f.
Chassie, petite sécrétion j a u n â t r e qui se concrète a u bord
des paupières, ou dans l e coin des orbites. E x . Mon
enfant a les y e u x pleins de cire tous l e matins.
Cirer ses bottes, loc.
S e préparer à mourir en recevant l'extrême-onction.
T u p e u x cirer tes bottes, le docteur l ' a dit.
Cireux, adj.
C h a s s i e u x . E x . Mon enfant a toujours les y e u x cireux.
Ciroter, v . n.
Devenir c h a s s i e u x . E x . Les y e u x lui cirotent toujours.
Ciroteux, a d j .
C h a s s i e u x . E x . A v o i r les y e u x ciroteux.
Cirurgien, n. m.
Chirurgien.
Cisaillage, n. m .
A c t i o n d e cisailler, de c o u p e r sans soin d u linge, du papier.
Cisailler, v . a.
— Couper sans cérémonie a v e c des c i s e a u x . E x . Cisailler
du papier, de l'étoffe.
— Conduire u n c h e v a l en tirant d'un c ô t é et de l'autre sur
les rênes. E x . Cisailler l a gueule d u cheval avec les
cordeaux.
— T a q u i n e r , ennuyer.
— Scier, irriter. E x . M o n col de chemise me cisaille le cou.
LE PARLKR POPULAIRE
154
Clique, n. f.
— Bande d'individus. E x . Ils étaient une grosse clique.
— Partisan d ' u n e cause ou ami fidèle. E x . L a cliquet.
Sénécal.
Cloche, n. f.
Filets de morve qui pendent a u nez des enfants, e t prennent
tantôt la forme d e chandelles, tantôt celle d e cloches.
V. Chandelle.
Cloche d'eau, n. f.
Phlyctène, ampoule formée p a r de la sérosité.
Cloche (grosse), n. f.
Le père de famille. E x . A v a n t de décider cette affaire,
nous allons consulter la grosse cloche.
Cloche à vache, n. f.
Clarine, sonnette q u i pend au cou des a n i m a u x pour les
empêcher de s'égarer quand ils paissent dans les bois.
Clocher, v. n.
— Se déranger. E x . Sa santé et ses affaires clochent.
— Produire des phlyctènes sur la peau.
Cloque, n. f.
Pardessus d'hiver. Ce mot n ' e s t pas un anglicisme, comme
on le pourrait croire. Froissart s'en est servi. « S u r ton
dos jette ta cloque.» C'était alors une espèce d'habille-
ment arrondi comme une cloche, et qu'on appelait cloche
ou cloque.
Clore, v. n.
Faire de la clôture. E x . T u vas emplir la c h a r r e t t e d e
pieux, de piquets, de harts, et nous irons clore l'arpent du
sorouet.
Clos, n. m.
Lieu de p â t u r a g e . E x . Pierre, va mettre les v a c h e s au clos.
Clos à bois, n. ni. — Chantier.
Close, n. f.
Clôture, fin d ' u n e retraite, d ' u n e neuvaine.
* Closet, n. f., (m. a.)
— Latrines.
— Garde-robe, armoire.
i6o LE PARLER POPULAIRE
* Closeter, v . a. ( A n g l . )
Enfermer dans u n cabinet, prendre en particulier.
Clôturage, n. m . — A c t i o n de clôturer.
Clôture, n. f.
— Etre sur la clôture, être dans l'indécision sur le choix d'un
parti.
— A pleine clôture, en quantité. E x . L e blé est à pleine
clôture.
— Sauter par-dessus la clôture, faire f a u x bond, manquer à
u n engagement.
Clôture d'embarras, n. f.
Clôture faite de branches d'arbres.
Clou, n. m.
— Petite quantité de boisson alcoolique q u e l'on ajoute à
une eau gazeuse ou fermentée.
— Furoncle.
Clouer, v . a. — Clore. E x . Clouer le bec d ' u n g r a n d bavard.
Clouéson, n. m . — C l o i s o n .
Clouésonner, v. a.
Diviser par des cloisons.
C'mandement, n. m. — Commandement.
C'mander, v. a.
Commander. E x . Pourrais-tu m ' a i d e r à porter ce fardeau,
sans te c'mander?
C'mencement, n. m.
Commencement. E x . I l y a un c'mencement p a r t o u t .
C'mencer, v. a.
Commencer. E x . C'mence, toi? N o n , c'mence, toi.
C'ment, adv. — Comment.
C'mode, adj.
Commode. Kx. E n voilà u n q u i est pas c 'mode à m a n œ u v r e r .
C'modité, n. f. — Commodité.
C'modités, n. f. pl. — Commodités. V . ce mot.
Co, n. m . — Coq. E x . A l l o n s voir b a t t r e les cos f
* Coat, côte, n. m., (m, a.)
— Habit, veston.
— Frock coat, redingote.
DBS CANADIENS-FRANÇAIS 161
Coben, adv.
Combien. E x . Coben y avait-il de personnes à la confé-
rence ?— Je sais pas coben.
Cobi, e, adj.
Bossue. E x . Un chapeau cobi. E n Anjou, cobi se dit d'un
fruit meurtri.
Cocasser, v. n.
— Colporter des nouvelles fraîches.
— Tenir des propos cocasses.
— Chanter, après avoir pondu, en parlant de la poule.
E x . C'est la poule qui cocasse qui a pond.
Cocassier, n. m. — V . Coquassier.
Coche, n. f.
— Forte somme d'argent. E x . J e viens de finir mon pro-
cès, j ' a i dû payer une grosse coche à mon avocat.
— Cote. E x . T u es à côté de la coche.
Coche rendrait tout aussi bien l'idée que cote, si on s'en
rapporte à l'origine de l'expression. On faisait des coches
sur un morceau de bois fendu en deux dont chacun des
intéressés gardait une moitié pour marquer la quantité de
fournitures que l'on achetait chez le boulangerjet le boucher.
— Faire une coche mal taillée, commettre une bourde.
— Faire une coche à la fortune de quelqu'un, la diminuer dans
une certaine mesure.
Cochon, n. m.
— Homme vil, méprisable, ladre.
— Saigner le cochon, tirer de la liqueur d'un fût.
Cochons (petits), n. m. pl.
r
Sarracénie, nom donné par le D Sarrasin à cette plante de
nos savanes, très recommandée contre la petite vérole.
Cochonnaille, n. f.
Viande de cochon, charcuterie. E x . Acheter de la cochon-
naille, au marché Montcalm.
Cochonnement, adv.
Malproprement. E x . Travailler cochonnement.
Cochonner, v. a.
Mal travailler. E x . Cet ouvrier cochonne tout ce qu'il touche.
II
IÔ2 LE PARLER POPULAIRE
Cochonnerie, n. f-
Saleté. E x . J ' a i u n tas de cochonneries dans les y e u x .
— G r a n d e quantité, surabondance. E x . Penses-tu que
nous aurons des p r u n e s , cet a u t o m n e ? — N o u s en aurons
une cochonnerie.
* Cock=tail, têle, n. m. (m. a.)
Eau-de-vie, sucre, amers et eau qui, m é l a n g é s , forment un
breuvage apéritif. E x . Allons p r e n d r e u n cock-tail chez
Laforce.
Coco, n. m. et adj.
— CEuf. V. Coquaud.
— Estomac. E x . S'en est-il fourré d a n s le coco, de cette
bonne galette.
— T ê t e . E x . Cet h o m m e a le coco fêlé. J ' a i u n e idée sur
le coco qui me t a r a b u s t e .
— Chapeau de feutre dur.
— N i g a u d . E x . A-t-il l'air coco, celui-là.
Cocombe, n. m.
Concombre. E x . H é ! la mère, y a-t-il ben des cocombes
c' t ' a n n é e ? — Pour u n e année q u ' i l y a p a s de cocombes, il y
a des cocombes, mais p o u r u n e a n n é e q u ' i l y a des cocombes,
il y a pas de cocombes.
Cocote, n. f.
— Bourgeon. E x . Des cocotes de pin, d ' é p i n e t t e . J ' a i une
sœur qui fait des cadres avec des cocotes.
— Poule, dans le langage enfantin.
•Cocotier, n. m.
Coquetier, petit ustensile d a n s lequel on place l'œuf que l'on
m a n g e à la coque.
* C. 0 . D., (m. a.)
, Cash on delivery, paiement contre livraison.
* Code, n. m. (Angl.) — Berceau. V . Cot et Cote.
Co d'inde, n. m.
— Coq d ' I n d e . E x . Pourquoi v i e n s - t u r o u g e comme un
co d'Inde ?
— Imbécile. E x . T u n ' e s q u ' u n g r o s co d'Inde.
* Coercion, n. f. ( A n g l . ) — Coercition.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 163
Cœur, n . m.
— Dîner par cœur, se passer de dîner.
— Donner du cœur au ventre, d u courage.
— Avoir le cœur où les poules ont Vœuf, ne p a s avoir de c œ u r .
— Donner un coup de cœur, faire u n effort s é r i e u x .
— Avoir le cœur malade, avoir mal au cœur.
— Se dégraisser le cœur, se remettre l'estomac en changeant
d'alimentation.
— Avoir le cœur sur la main, être très g é n é r e u x , très hospi-
talier.
— Porter au cœur, é p r o u v e r u n e douleur qui affecte le s y s -
tème et porte à l ' é v a n o u i s s e m e n t . E x . Je me suis c o u p é
u n doigt a v e c m o n canif, ça m ' a porté au cœur. En
A n j o u , porter au cœur signifie ravigoter.
— A cœur d'année. V . A cœur d'année.
— A cœur de jour. V . A c œ u r de jour.
— A cœur jeun. V . A cœur jeun.
Cœur de poule, n. m . — P e r s o n n e très sensible à la douleur.
Cœur d'or, n. m .
H o m m e g é n é r e u x , rempli d e t o u t e s les qualités imaginables.
Cœureux, adj.
— Un homme de cœur, affectueux.
— G é n é r e u x , ardent, v a i l l a n t .
E n A n j o u , on dit un v i n cœureux pour u n v i n qui a d u
corps.
* Coffer=dam, coffeur, n. m . , (m. a . )
Batardeau, d i g u e provisoire établie pour m e t t r e à sec u n
endroit où l ' o n v e u t bâtir.
Coffre, n. m.
— Poitrine. E x . M a l g r é m o n â g e , j ' a i encore le coffre
solide.
— Avoir de Vargent au coffre, a v o i r des économies.
Coffrer, v. n.
— T r a v a i l l e r . E x . C e bois est v e r t , il v a coffrer,
— Etre é tanche.
Cognement, n . m .
A c t i o n de c o g n e r a v e c u n outil, u n objet q u e l c o n q u e .
164 L E PARLER POPULAIRE
Cogner, v. a. et n.
— F r a p p e r . E x . V a ouvrir la porte, ç a cogne.
— Battre. E x . E e c œ u r me cogne fort.
— Cogner des clous, des piquets, dormir assis, la tête oscillant
de tous côtés.
— Il en cognera si je ne réussis pas, j e réussirai à tout prix,
quelque effort q u ' i l soit requis.
Coiffer, v . a.
— Etre nê coiffé, avoir toutes les c h a n c e s .
— Se faire coiffer, se faire dire ses v é r i t é s .
Coin, n. m . — Maigre comme un coin, très m a i g r e .
Cointer, v . a . — M e t t r e u n coin, coincer.
Coix, n . f. — C r o i x .
Col, n. m .
— F a u x col. E x . J'ai u n col trop raide, il me g ê n e le cou.
— Manteau. E x . M e t s ton col p o u r sortir, il ne fait pas
chaud.
Colas=fiilette, u. m.
H o m m e efféminé, qui s'occupe des t r a v a u x propres a u x
petites filles.
* Cold=cream, côld-crîme, n. m., ( m . a.)
O n g u e n t d ' e a u de rose.
Coléreux, adj. — T o u j o u r s prêt à se f â c h e r . F r a n ç a i s vieilli.
Colidor, n. m .
Corridor. E x . L e s colidors du s é m i n a i r e .
CoINMailla, n. m. — C o l i n - M a i l l a r d . V . C a l i - M a i l l a .
Colique, n. f.
— Aimer comme la colique de son ventre, aimer b i e n p e u .
— Cela passera comme une colique, c e l a n e durera p a s .
Colique cordée, n. f.
Obstruction d e l'intestin par l u i - m ê m e , d ' a p r è s u n préjugé
populaire.
Collage, n. m.
— M e s u r a g e d u bois. ( A n g l . )
— A c t i o n de mettre a u rebut du m a u v a i s bois. (Angl.)
— A c t i o n de se coller a u flanc des a u t r e s .
Collant, a d j . p a r t . — V . C o l l e u x .
DBS CANADIENS-FRANÇAIS 165
* Collatéral, e, a d j . ( A n g l . )
Supplémentaire. E x . N o u s l e u r donnerons u n e garantie
collatérale.
Colle, n. f.
— R e b u t . E x . D u bois de colle. (Angl.)
— B l a g u e . E x . F a i r e de la colle à t o u t propos.
* Collecter, v . a. ( A n g l . )
Percevoir, faire rentrer ses fonds, recueillir des aumônes.
E x . Je n ' a i m e p a s à me faire collecter trop s o u v e n t .
* Collecteur, n. m . ( A n g l . )
Q u i sollicite p o u r u n autre l e p a i e m e n t d ' u n e dette. E x .
E n c o r e un collecteur ! V o u s repasserez lundi prochain, et
j e v o u s dirai q u a n d revenir, mon ami.
* Collection, 11. f. ( A n g l . )
— Perception, r e c o u v r e m e n t de dettes. E x . E a collection
ne v a pas, l ' a r g e n t est rare.
Collège, n. m.
C o l l è g e . E x . D a n s mon petit t e m p s , nous é c r i v i o n s collège
avec un accent a i g u . T o u t c h a n g e en ce monde, jet sou-
vent s'aggrave.
Coller, v . a. et n.
— Chercher à faire accroire u n e c h o s e invraisemblable. E x .
I l m ' e n a collé u n e bonne.
— Mesurer. E x . Coller des p l a n ç o n s ( A n g l . )
— Infliger. E x . C e misérable s'est fait coller d e u x j o u r s
de prison.
— M e t t r e de c ô t é le m a u v a i s bois, l e bois de colle. (Angl.)
—- Donner des m a r q u e s d ' a m i t i é . E x . J'ai d e u x petits
g a r ç o n s qui a i m e n t ça, coller.
Coller (se), v. pr.
— S e fixer sur p l a c e et ne p l u s b o u g e r . E x . Pourquoi es-
t u toujours s. te coller sur c e t t e chaise ?
— S'approcher de t r o p près, d e manière à g ê n e r le m o u v e -
m e n t . E x . C e s s e donc d e t e coller amont moi, tu m e
fatigues.
Collerette, n. f.
P è l e r i n e . E x . Je v a i s mettre m a collerette en fourrure.
i66 LE PARLEE POPULAIRE
Collet, n. m .
— Faux-col.
— En avoir dans le collet, avoir b u assez pour se mettre
gaillard.
— En avoir plein son collet, avoir trop b u .
— Avoir le collet en roue, être g u i n d é .
Colletailler, v. n.
Se colleter, lutter dans le but de d é p l o y e r sa force et son
adresse.
CoIIeteur, euse, n. m . et f.
Qui collette. E n F r a n c e ce mot s ' a p p l i q u e à celui qui tend
des collets, au braconnier.
* Colleur, n. m. ( A n g l . )
Mesureur de bois. D e l ' a n g l a i s cutter.
Colleux, n. et. a d j . — E n n u y e u x , q u i ne l â c h e p l u s .
Collier, n. m.
— Prendre le collier de misère, se m e t t r e au travail.
— Tirer dans le collier, faire un t r a v a i l pénible.
Collouer, v. a.— Clouer.
Côlon, n. m .
Colon. E x . U n côlon d u lac Saint-Jean.
Colonie, n. f.
Attroupement, rassemblement. E x . Le b o n h o m m e Noël
du magasin P a q u e t est arrivé, il fallait v o i r la colonie
d'enfants qui le suivaient dans les r u e s .
Colombien (pain), n. m .
Petit pain de forme a l l o n g é e dont la confection remonte à
l'année 1893, lors d u q u a t r e - c e n t i è m e anniversaire d e l à
découverte de l ' A m é r i q u e par C h r i s t o p h e C o l o m b .
Coloué, n. m. — Couloir, passoire.
* Coltâr, n. m . ( A n g l . )
Coaltar, goudron e x t r a i t d e la h o u i l l e . E x . D u coltâr pour
goudronner les toits.
* Coltârer, v . a. ( A n g l . )
Couvrir de coltar. E x . Coltârer l e s toits des maisons.
* Colvette, n. f. ( A n g l . )
Ponceau, dallot. D e l ' a n g l a i s culvert.
DBS CANADIENS-FRANÇAIS 167
Comarce, n. m . — C o m m e r c e .
Combat, n. m .
B o r b o r y g m e , b r u i t produit p a r l e d é p l a c e m e n t des g a z intes-
t i n a u x . E x . L a soupe a u x pois m ' o c c a s i o n n e bien des
combats.
Combaturer, v . a. — C o m b a t t r e . ( B . P . F . )
Comben, a d v . — C o m b i e n .
Combien, a d v .
Comment. E x . Combien est n o t r e ami Pierre ?
Combien que, loc. a d v .
Combien. E x . Combien que ç a coûte ? Combien que j e te
dois ?
* Combine, n. m . et f. ( A n g l . )
T r u s t , cartel. E x . C e t t e m a i s o n ne fait pas partie de la
combine d u p é t r o l e .
* Combiner (se), v . p r o n . — E x é c u t e r en c o m m u n . (Angl.)
Comblance, n. f . — S u r c r o î t .
Comble (un,) n . m .
L e comble d u ridicule, de l a bêtise, de l a folie, et ainsi d e
suite. E x . P i e r r e offre son o u r s a u x électeurs du comté
de Québec, c ' e s t un comble. L o u i s v i e n t d'être nommé
sous-chef d u d é p a r t e m e n t des terres, c'est un comble.
Comète, n. f.
Battre la comète, dépasser l ' i m a g i n a t i o n . E x . Ç a bat la
comète, c e t t e histoire-là. Q u e l l e comète ? O n ne le d i t
p a s . T o u t e e s p è c e de c o m è t e sans doute.
Cométique, n. tn.
T r a î n e a u tiré p a r les chiens d u Labrador.
Commandable, a d j .
Qui peut ê t r e c o m m a n d é . E x . C e s ouvriers ne sont p a s
commandables.
Comme, c o n j . et a d v .
— Q u e . E x . Je j o u e aussi bien comme L o u i s .
— E n qualité de. E x . M o n p è r e a été choisi comme candi-
dat à l ' é l e c t i o n p r o c h a i n e .
— E n m ê m e t e m p s . E x . Je suis arrivé comme lui, v e r s
neuf h e u r e s .
i68 I,S PARI/ER POPULAIRE
Commission, n . f.
— Course q u e l ' o n fait p o u r rendre s e r v i c e . E x . Quand
nous étions j e u n e s , en faisions-nous d e c e s commissions
pour tout l e m o n d e ?
— Emplette.
Commission scolaire, n. f.
Corporation des commissaires ou des s y n d i c s d ' é c o l e s .
Commugnon, n. f. — C o m m u n i o n .
Communs, n. m . pl. — L a t r i n e s .
Commussion, n. f. — Commission.
Commussion scolaire, n. f. — Commission s c o l a i r e .
Compagnêe, n. f.
— Compagnie, r é u n i o n de plusieurs p e r s o n n e s dans un
salon. E x . Bonjour, la compagnêe.
— Epouse, f i a n c é e . — E x . Dansez, m o n s i e u r , a v e c votre
compagnêe.
Comparage, n. m . — C o m p é r a g e .
Comparager, v . a . — C o m p a r e r .
Comparaison (sans), loc.
S a n s vouloir e x a g é r e r . E x . T u as un b e a u c h a p e a u , mais
le mien est encore plus beau, sans comparaison.
Comparition, n. f. — Comparution.
Compas, n. m.
Jambes. E x . A l l o n g e le compas, nous a v o n s u n e l o n g u e
marche à faire.
Compâssieux, a d j .
Compatissant. E x . Cette femme est bien compassieuse.
Compeau, n. m . — P i è c e de terre.
Compérage, n. m .
— Fête de l a f a m i l l e â l'occasion d'un b a p t ê m e .
— Le parrain, la marraine, le père et c e l l e q u i porte l'en-
fant.
E n France, le c o m p é r a g e est le lien s p i r i t u e l d u parrain
et de la marraine, avec le père et la m è r e d e l ' e n f a n t .
Compère-compagnon, n. m .
Compère et c o m p a g n o n . E x . E n voilà d e u x q u i sont com-
pares-compagnons, un peu trop.
172 I.B PAW.BR POPULAIRE
Comprenure, n. f.
Compréhension, intelligence. E x . A v o i r pas mal de com-
prenure.
Compris, prép.
Y compris. E x . J'ai tout acheté, compris le piano.
Comptant (son), loc.
Son soûl. E x . R i r e son comptant.
Compte, n. m .
En avoir pour son compte, être à l'article de la mort, ou
encore, a v o i r reçu des coups au point de ne pouvoir plus
recommencer l a bataille. E x . Paul et Jacques se sont
battus comme des chiens, mais Paul en a eu pour son compte.
— Faire le compte, suffire. E x . Voici encore trois piastres
et demie, ça fait-y le compte ?
Compter, v. n.
— Croire. E x . Je compte que t u ne me feras pas defaut.
— Sans compter que, en outre. E x . Je dois aller au théâtre
ce soir, sans compter que j ' a i plusieurs personnes à voir.
Conçarter (se), v. p r o n . — S e concerter.
* Concerne, n. f. ( A n g l . )
Etablissement, société de commerce. D e l'anglais concern.
Concession, n f.
Partie de paroisse éloignée de l ' é g l i s e et d u fleuve. E x . A s -
tu déjà é t é dans les concessions de Saint-Pascal ?
Concourir, v. n.
Partager l'opinion, au barreau et dans les délibérations d u
Parlement. C ' e s t du français légal. Cette expression
pourrait être adoptée tout aussi bien q u ' u n e foule d ' e x -
pressions parlementaires anglaises que la presse française a,
pour bien dire, stéréotypées et qui envahissent rapidement
le dictionnaire de l ' A c a d é m i e . Ce mot, d u reste, est
d'origine latine et n'a rien d'anglo-saxon. I l existe dans
la langue française dans plusieurs autres acceptions :
c o n v e r g e r v e r s un m ê m e point de l ' e s p a c e ; contribuer
avec d'autres à u n m ê m e résultat ; être sur les rangs en
même temps que d'autres pour prétendre à quelque chose,
u n prix, u n e nomination.
LE PARLER POPULAIRE
174
Condamner, v. n.
F e r m e r . E x . J'ai condamné m a m a i s o n pour l ' é t é .
— Déclarer hors de service. E x . C e t t e maison a été con-
damnée par l'architecte. Ce pont a é t é condamné par l'in-
génieur.
Condition, n. f.
Acheter sous condition, acheter à c o n d i t i o n , s o u s réserve de
p o u v o i r rendre a u marchand.
Conducteur, n. m.
— Chef de train. E x . D e m a n d e a u conducteur si le train
est en temps.
— Chef de tramway, celui qui p e r ç o i t l e s billets.
— Chef d u wagon-poste, conducteur de m a l l e s .
— Maître de cérémonie, conducteur d u deuil.
Conduire (se), v. pron.
S e rendre quelque part, se transporter d ' n n l i e u à un autre,
aller, marcher. E x . Je suis c a p a b l e de me co7iduire jus-
q u ' a u bout de la ville, bien q u ' i l n ' y ait pas de lumière. Je
vois pas bien clair, mais je suis c a p a b l e de me conduire.
Conduisable, a d j . — Q u i peut être c o n d u i t .
Confi, a d j . — C o n f i t , e. E x . D e s p r u n e s confies.
Confidentellement, a d v . — Confidentiellement.
Confirmer, v . a.
Donner un soufflet. E x . Je sais p a s ce qui m e retient de
te confirmer.
Confiteur, n. m. — Courte-pointe, é d r e d o n .
Confiture, n. f.
Mettre quelque chose en confiture, en b o u i l l i e , en compote.
Conformité à (en), loc.
E n conformité de. E x . En confor?nité à la loi de juillet.
Confortable, n. m. — C o u r t e - p o i n t e , é d r e d o n .
Conforteur, n. m. (Angl.)
Courte-pointe, é d r e d o n . D e l ' a n g l a i s co?n/orter.
Confusion, n. f.
— Convulsion. E x . M o n enfant est tombé e n confusion.
— G r a n d e quantité.
Contusionner, — F a i r e rougir, rendre confus.
DES CANADIENS-FRANÇAIS
*75
Congit, n. m.
Condit, substance ou fruit confit dans du sucre cristallisé. •
Congress, n. f, pl. (Angl.)
Chaussures, bottines dont l'entrée est demi élastique.
Conjoint, adj. (Angl.)
••— Mixte. E x . Ees deux orateurs de la Chambre prési-
dent de droit le comité conjoint de la bibliothèque.
— Collectif. Ex. M. le curé a lu, dimanche, une lettre con-
jointe de nos évêques.
— Commun. E x . L'action conjointe de nos législateurs.
— Réuni. E x . L,es efforts conjoints de tous nos amis nous
feront arriver au pouvoir. De l'anglais conjoint.
Conjointement, adv.—Egalement.
Conjonction, n. f.
Congestion. Ex. Il est mort d'une conjonction de j>oumons.
Connaissant, adj. part.
Savant. Ex. Mon enfant est pas mal connaissant, il sait
lire, écrire et compter.
Connectable, n. m. •—Connétable.
Connecter, v. a. et n. (Angl.)
— Raccorder des trains. E x . L,e Pacifique connecte avec le
chemin des Piles, un peu avant d'arriver aux Trois-Ri-
vières.
— Joindre, réunir les deux bouts d'un tuyau, d'un fil élec-
trique.
* Connestache, n. m. (AnglJ
Corn-starch, amidon de maïs.
Connétable, n. m.
— Commissaire de haute police,'suisse, homme chargé de
faire la police dans l'église.
Connexion, n. f. (Angl.)
— Raccordement entre deux trains.
•— Action de réunir des tuyaux,
— Communication dans le service téléphonique. Ex. Vou-
lez-vous me donner la connexion avec le numéro un- neuf-
zéro- huit.
Consarver, v. a. — Conserver.
p A R M ^ POPULAIRE
Conscience, n. f.
— En conscience, efl v e n t e .
. , 114-0 grande conscience ! Ma conscience du
— Ma conscience ! Jvx^ b .
bon Dieu ! A p p e l à l a conscience pour affirmer la vérité
de ce que l'on d i t .
. TJ T ' a i tout mon dmer sur la conscience.
— Estomac. I i x . J
Conseiller-de-ville, n. ta..
Echeviu. E x . A u t r e f o i s , il y avait a Québec des échevms
' e t d e s c o u s e i l l e r s - d e - v i l l e ; aujourd'hui, il n ' y a plus que
des éclievius, les conseillers-de-ville ont vécu.
Conseilleux, adj.
Qui donne des c o n s e i l s . E x . Grand conseilleux pehtpayeux.
Consent, adj. — C o n s e n t a n t .
Consentant, e, adj.
Qui agrée, consent. S x . Consentez-vous à venir avec
moi ?— Oui, j e s u i s consentant.
En terme de j u r i s p r u d e n c e consentant s'emploie. E x . Les
parties consentantes.
Consentir à quelqu'un, v . n.
Consentir. Ex. Je l u i ai consenti un billet promissoire.
Conséquence (de), l o c .
Important. Ex. C ' e s t un homme de conséquence. Cette
affaire est de conséquence.
Conséquent, adj.
Important. E x . C e t t e affaire est conséquente.
Conserve (de), loc.
— Eu conserve. E x . D e s fruits de conserve.
— De réserve. E x . D e s légumes de conserve.
Considération (sous), l o c .
En considération. E ^ x . Je vais mettre votre demande sous
considération.
Consistance (sans), l o c .
Inconséquent, m a n q u e d e logique dans les idées. E x . C'est
un individu sans consistance.
Consistant, adj. — C o n s é q u e n t . ( A n g l . )
Consister, v. n.
Cela ne consiste en rien, cela n'a aucune importance.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 177
Consommage, n. m.
— Déchets de viande, graisse, soupe, q u e l ' o n fait bouillir
ou consommer pour en fabriquer le savon dit du pays.
— Action de consommer les déchets de viande.
Consomptif, ive, n. m. f.
Phtisique, consomptif n ' e s t pas français.
Consomption, n . f. et a d j .
—• Phtisie. O n peut dire : la phtisie a m è n e toujours la
consomption, c'est-à-dire le dépérissement progressif.
— Phtisique. E x . Mon cousin est consomption.
* Conspiration, n. f.
Complicité. E x . Il a é t é condamné à d e u x ans de péniten-
cier pour conspiration d e faux. (Angl.)
* Constable, n. m., (m. a . ) — C o n n é t a b l e , officier de police.
* Constituant, n. m.
Electeur, commettant. (Angl.)
Consulte, n. f.
Consultation. E x . I<e docteur L,alancette charge d e u x
piastres p o u r u n e consulte.
Contable, a d j .
Qui peut être raconté. E x . Des histoires comme celle-là,
ça n'est p a s contable.
Conte, n. m .
A son conte, d ' a p r è s ce q u ' i l raconte. E x . A son conte, c'est
Pierre qui est dans le tort.,
Conte, de conte, p r é p .
— Contre. E x . J e suis fâché conte lui.
— Près de. E x . Approche-toi de conte m o i .
* Contemplation, (en).
E n perspective. E x . J ' a i plusieurs projets de loi en contem-
plation ( A n g l . )
* Contempler, v . a. — Projeter. (Angl.)
Contenancer, v. a.
Appuyer, soutenir. E x . Contenancer q u e l q u ' u n en l'encou-
rageant de son mieux.
Content, e, a d j .
Faire content, donner des signes de contentement en se frap-
12
LE PARLER POPULAIRE
17»
Continu (un).
S a n s interruption. E x . I l a parlé un continu pendant d e u x
heures.
Continuel (un), n. m.
S a n s r e l â c h e . E x . Il p l e u t un continuel.
* Contracter, v . a. et n.
Entreprendre. E x . C e s d e u x entrepreneurs v o n t contracter
pour construire ma m a i s o n ; un a u t r e a contracté m a
grange. (Angl.)
* Contracteur, n . m. ( A n g l . ) — Entrepreneur.
Contrat, n. m . — M a r c h é à forfait.
Contre, p r é p .
— A u p r è s de. E x . A s s e y e z - v o u s contre m o i .
— Ne pas aller contre, ne p a s contredire.
— Il n'y a pas à aller contre, c ' e s t sûr.
— Avoir contre son cœur, avoir à contre-cœur.
Contre (de), loc. a d v .
Contre. E x . N e te m o n t e p a s de contre l u i !
Contre=à=contre, loc. a d v . — C ô t e à côte.
Contre=à=côte, l o c . adv. — C ô t e à côte.
Contrebarrer, v . a.
Contrecarrer. E x . T u passes ton temps à m e contrebarrer,
à quoi b o n , en v é r i t é ?
Contrebarrer (se), v . pron. — S e contrecarrer, se contredire.
Contre bon sens, n. m .
Contresens. E x . T u v o i s bien que c'est un contre bon sens.
Contrebouter, v . a. — C o n t r e d i r e .
Contrée, n. f.
Petite é t e n d u e d e terrain. E x . S u r ma terre, il y a des
m a u v a i s e s contrées où rien ne pousse.
Contrefait, e, a d j .
B o u l e v e r s é . E x . A s - t u d u chagrin, t u as l a figure toute
contrefaite.
Contre-porte, n. f.
Porte e x t é r i e u r e qui se ferme a u t o m a t i q u e m e n t .
Contretenir, v . a . — R e t e n i r , e m p ê c h e r d ' a g i r .
Contretenir (se), v . pron.—Se retenir, se modérer, se réprimer.
i8o LE PARLER POPULAIRE
Contrevention, u. f. — Contravention. .
Contrôlable, a d j . - Q u i peut être c o n t r ô l é , assujet .
* Contrôle, u. m. ( A n g l . )
T . , • „ ^ o n d r e le contrôle du
— Direction. E x . Je vais bientôt p r e i i a ï c
magasin. A
— Dépendance. E x . Ce d é p a r t e m e n t é c h a p p e a u eontrole
du gouvernement.
— Influence. E x . M . X . exerce u n f o r t contrôle sur la
banque des ouvriers.
— Empire. E x . A v o i r du contrôle s u r s o i - m ê m e .
— Autorité. E x . Je ne puis exercer a.ucvm contrôle sur m o n
fils aîné.
— Sous contrôle, maîtrisé. E x . L , ' i n c e n d i e n ' a p u ê t r e
sous contrôle qu'après trois heures d e d é g â t .
* Contrôler, v. a.
Maîtriser, exercer de l'influence, de l ' a u t o r i t é , d e l ' e m p i r e ,
commander, gouverner, etc. ( A n g l . )
Controvarse, n f-
— Controverse.
— Prêcher la controvarse, contredire s a n s à. p r o p o s , p o u r l e
plaisir de la chose.
Convenir, v. a.
Fixer. E x . Convenir d'un jour pour s e r e n c o n t r e r .
Convention, n. f.
Réunion. E x . Ees élèves de R h é t o r i q u e d e 1888 a u r o n t
une convention en 1908.
Conventum, n. m.
Réunion d'élèves sortis du collège. E x . L , e cowoentum. des
élèves de la rhétorique de 1878.
* Conviction, n. f.
Condamnation, rapport de culpabilité. (Angl.)
Convlendre, v . a. — Convenir.
Convint, part. pas.
Convenu. E x . Nous sommes convint d e n o u s réunir
c
demain. ™
Convoiter, v. n . — C o n v o l e r .
Copérage, 11 m. — Compérage, baptême.
DBS CANADIENS-FRANÇAIS l8l
Coq (petit), n. m.
J e u n e h o m m e q u i aide a u x ouvriers. E x . P a r ici, petit coq,
aide-moi à lever ce madrier.
Coq=I'œil, n. m . — L o u c h e u r .
Coq-nigaud ( e n ) , adv. — Incognito. V o y a g e r a coq-nigaud.
Coque, n. f. — Moule, moucle.
l82 LE PARLER POPULAIRE
Coquecigrue, n. m.
Drôle de pistolet, un o r i g i n a l . D ' a p r è s l ' A c a d é m i e , ce mot
signifierait baliverne.
Coq-en-pâte, n. m.
— H o m m e retiré dans son fromage.
— Lourdaud.
Coquassier, n. m.
Qui é l è v e des coqs. En France, c ' e s t u n marchand de
volailles.
Coquaud, n. m .
(Euf de poule. Comme ce mot d é r i v e d e coque, il est pré-
férable d'écrire coquaud et non coco.
Coquerelle, n. f.
— Blatte germanique.
— Homme a u x cheveux roux.
E n France, coquerelle est le nom donné a u x noisettes dans
leur capsule verte et réunies par trois.
Il y a un insecte assez semblable à la blatte q u i se rencontre
dans les Antilles et que les A n g l a i s appellent cockroaches.
C'est, peut-être, l'origine de notre coquerelle. I l ne serait
pas surprenant de rencontrer ce mot d a n s les colonies o u
dans quelque province française.
« Coquerelle, femme qui g a r d e les chanoinesses d e R e m i r e m o n t
depuis Pextrême-onction j u s q u ' à l e u r enterrement.» {Mé-
moires de la H o u s s a y e , t. I., p . 9. )
Coquerico, n. m.
Cocorico. Onomatopée imitant le chant d u coq,
* Coquerie, n. f. ( A n g l . )
Cuisine. V i e n t de l ' a n g l a i s cookery
Coqueron, n. m.
Petite armoire dérobée, destinée à recevoir toute espèce de
vêtements et de chaussures.
Coquin, e, adj.
Gentil. E x . C e t enfant est bien coquin.
Coquiner, v . n.
Manquer d'honnêteté. E x . Coquine p a s a v e c moi, je s u i s
honnête.
DES CANADIENS-FRANÇAIS I8 3
Corbigeau, n, m.
Courlis de la baie d'Hudson. D'après Cotgrave, ce serait
le cormoran.
Corde, n. f.
— Se mettre la corde au cou, trop s'engager.
— Filer sa corde, faire de mauvaises actions qui finalement
mènent à la potence.
— Toucher la grosse corde, parler d'une chose qui doit faire
du bruit, ou toucher vivement celui à qui on parle. (Fur.)
Corde à linge, n. f.
Corde tendue qui sert à suspendre le linge, cordeau.
Corde de pendu, n. f.
Corde qui porte chance. E x . Toi, tu as toutes les chances,
as-tu de la corde de pendu dans ta poche ?
Cordeau, n. m.
Guide. E x . Tire donc sur le cordeau à ta droite, tu vois
bien que le cheval marche à côté du chemin.
Cordé, adj.
— Filandreux. E x . Des navets, des raves, des carottes cordés.
— Colique cordée. V. ce mot.
Cordée, n. f.
— Pile. E x . Une cordée de bois.
— Cordeau. E x . Une cordée de linge.
Cordelle (traîner à la), loc.
— Hâler un canot dans les rapides au moyen d'une corde.
— Amarre tirée par un cheval.
Corder, v. a. et n.
— Empiler, mesurer du bois à la corde.
— S'empiler, se corder. E x . Voilà du bois qui corde mal.
Corderoi, n. m. — Velours de coton à côtes.
Cordeur, n. m. — Qui corde le bois.
Cordon, n. m.
— Mesure de bois, la quatrième partie d'une corde.
— Chemin de séparation au bout des terres.
— Tirer sur le cordon, être très économe.
Cordon de S. Antoine.
Eczéma à la surface du corps, tout autour de la taille, zona.
PARLER POPULAIRE
184 LE
Corduroi, n. m. - V . C o r d e r o i .
Corgnère, n. f. — C o r n i è r e .
Cornàiiler, v. a. et n. .... , , t l
Corporation, n. f.
— Municipalité. E x . J e m ' e n vas payer les taxes de la
corporation. (Angl.)
— Mine, apparence. E x . P o u r un homme malade, t u as
une jolie corporation.
— Conseil de ville. E x . I,e gros Jean est employé à la
corporation. (Angl.)
Corporé, a d j . — Taillé, bien découplé.
Corporence, n. f.
— Corpulence.
— Taille. E x . Cet h o m m e est bien bâti, il a une bonne
corporence.
Marot a employé corporence.
Corporent, a d j . — C o r p u l e n t .
Corporeux, a d j . — Corpulent.
Corps, n. m.
— Gilet. E x . Voilà l'hiver, tu vas mettre tes corps de laine.
Madame de Sévigné a écrit : Il faut lui mettre un petit
corps u n p e u dur qui lui tienne la taille.
— Cadavre. E x . Le service funèbre va commencer bientôt,
voici le corps qui passe.
— Corsage.
Corps, n. m.
Corps. E x . Avoir mal dans le corps.
— Avoir le corps dérangé, avoir la diarrhée.
Corps mort, n. m.
Arbre a b a t t u par la tempête ou par suite de vétusté.
Correct, adj.
— Exact. E x . Mon compte est-il correct ?
— Entendu. E x . J'espère q u e tu viendras a u comité d'ar-
chéologie ce soir. — C'est correct, j ' i r a i .
Correctable, n. m. — Connétable.
i86 m PARLER POPULAIRE
C ô t e d u n o r d , n . f. — L a r i v e n o r d d u fleuve Saint-Laurent.
C ô t e d u s u d , n . f. — L a r i v e s u d d u fleuve.
C ô t e l e t t e s , tx. f. p l . — F a v o r i s .
Côtereux, a d j . — C a t a r r h e u x .
C ô t e u x , a d j . — R é g i o n o ù il y a b e a u c o u p d e c o t e s .
C ô t e y e r , v . a. — C ô t o y e r .
Cotil, n, m . — C o u t i l . Ex. U n sac en cotil.
C o t i l l e , n . f. — C o q u i l l e .
C o t i r , v . a. e t n .
— Pourrir. E x . N o u s n e f e r o n s r i e n d e b o n a v e c ce b o i s ,
i l e s t t r o p coti.
— Dépérir. E x . L a m a l a d i e m ' a coti.
E n F r a n c e , cotir s e d i t d e s f r u i t s . E x . L a g r ê l e a coti l e s
p o m m e s . S i g n i f i e a u s s i craquer, E x . F a i s cotir t e s d o i g t s .
C o t i s a t i o n s , n . f. p l .
Taxes municipales. E x . V o i c i l e t e m p s d e p a y e r s e s cotisa-
tions.
C o t i s e r , v . a.
Estimer la valeur d ' u n e p r o p r i é t é foncière, en v u e d e l a
taxe municipale.
Cotiseur, n. m. — E s t i m a t e u r .
Coton, n. m .
— Tige, trognon. E x . U n coton d e c h o u , d e p a t a t e s .
— Râpe. E x . U n coton d e b l é d ' I n d e .
— Nervure. E x . U n coton d e t a b a c .
— Queue d'animal.
— Vieux cheval.
— Etre au coton, p e r s o n n e d o n t la s a n t é v a e n d i m i n u a n t , e t
a u figuré, c e l l e d o n t l a r é p u t a t i o n e s t c o m p r o m i s e .
— Filer un mauvais coton, a v o i r d u m a l à s e t i r e r d'affaire.
Cotonnage, n. m. — Cotonnade.
C o t o n j a u n e , n . m. — C o t o n é c r u .
Cotonner, v. n.
— U s é . E x . M o n h a b i t e s t cotonnê.
— Avoir mauvaise apparence. E x . Quelle mine as-tu, ce
m a t i n , t u m e p a r a i s b i e n cotonné.
Cotonnier, n . m. — Asclépiade d e Cornuti.
i88 LE PARLEK POPULAIRE
Côtoyeux, adj. — M o n t a g n e u x .
* Cottage, (m. a.) — M a i s o n de c a m p a g n e .
Cou blanc, n. m . — P l u v i e r à collier, s e m i p a l m é .
Couac, n. m.
— Fausse note.
— H o m m e a u x l o n g u e s jambes.
— Charlatan. ( A n g l . ) quack.
— Oiseau de mer, dont la chair n'est g u è r e m a n g e a b l e .
Couchage, n. m . — A c t i o n de se c o u c h e r .
Couche, n. f.
— Avoir la couche épaisse, n ' ê t r e pas d é g r o s s i .
— Porter encore la couche, être trop j e u n e pour a v o i r autant
de prétentions.
— En avoir une couche, sous-entendu d e bêtise.
Coucher, v . a.
Envoyer coucher, e n v o y e r promener. E x . V e u x - t u aller te
coucher, tu m'ennuies g r o s .
Coucher (se), v. pron.
Prendre une position favorable au s o m m e i l . E x . I l y a des
écoliers qui se couchent sur leurs p u p i t r e s , c e sont d e b e a u x
paresseux.
Coucher dehors, loc.
— Se dit des choses inanimées, q u ' o n a laissées dehors, q u ' o n
ne m e t pas à l'abri. E x . Cette v o i t u r e a couché dehors;
je n ' a i pas rapporté m a pioche, elle a couché dehors.
— Etre bête à coucher dehors, à l'instar des a n i m a u x q u i sont
laissés sans abri durant la nuit.
Coucherie, n. f. — Hôtellerie.
Couchettée, n. f. — C o u c h e t t e remplie d ' e n f a n t s .
Cou-croche, n. m.
N o m v u l g a i r e donné à certaines c o u r g e s .
Coude, v . a. — Coudre. E x . U n dé à coude.
Coude (lever le), loc. — B o i r e des s p i r i t u e u x .
Coudon!
Ecoute donc. E x . Coudon, m'as-tu b i e n c o m p r i s ?
Coudre, n. m.
— Coudrier.
DES CANADIENS-FRANÇAIS
— Ravin.
— Coulée de lessive, l'action de faire la l e s s i v e .
Couler, v . a. et a.
— Glisser sur un terrain g r a s ou h u m i d e . E x . M o n pied
a coulé, j ' a i failli tomber.
— R u i n e r . E x . C e marchand est coulé â tout j a m a i s .
— Insinuer. E x . Je lui ai coulé ç a dans le t u y a u d e l'oreille.
— Se la couler douce, faire j o y e u s e v i e .
Couler (faire), loc.
Mettre en marche la fabrication d u s u c r e d ' é r a b l e .
Couleuré, e, adj.
Coloré. E x . Cet enfant est trop couleuré,
Couleurer, v . a. — Colorer, donner des c o u l e u r s .
Couleuve, n. f . — C o u l e u v r e . E x . D u raisin de couleuve.
Coulombage, n. m. — C o l o m b a g e .
Coulouer, n. m. — Couloir.
Coup, n- m .
— V e r r e de liqueurs fortes. E x . C e t h o m m e ne se fait pas
prier pour prendre un coup.
— Claquer le coup, boire p l u s s o u v e n t q u ' à son tour.
— Faire les cent coups, faire tous les m a u v a i s c o u p s possi-
bles.
— Avoir un coup, être l é g è r e m e n t i v r e . E x . Etais-tu ivre
l'autre soir quand je t'ai rencontré ? N o n , j ' a v a i s un coup.
— Avoir pris un coup de trop, a v o i r trop bu, a u point de
s'enivrer.
— Prendre un coup, trop boire. E x . V o i s C h o s e , il a encore
pris un coup, c'est p l u s fort q u e l u i .
— De ce coup-là, de ce coup-ci, cette fois. E x . De ce coup-là,
il v a se tuer.
Coup (du), loc.
A l'instant même. E x . Du coup, te v o i l à p i n c é .
Coup (un), n. m.
Une fois. E x . Un coup N o ë l a r r i v é e , n o u s partirons.
Coup que (un), loc. c o n j .
Dès que. E x . Un coup que tu a u r a s fini tes histoires, tu
auras la bonté de m ' é c o u t e r .
DES CANADIENS-FRANÇAIS ICI
Coup d'eau, n. m.
— Maladie survenant après avoir bu trop d'eau. Ex. Un
cheval malade d'un coup d'eau.
— Masse d'eau arrivant à la fois à la suite de grandes pluies.
Coup de chance, loc. adv.
Heureusement. E x . Coup de chance que tu sois venu me
tirer de l'eau, car j'allais me noyer.
Coup de cochon, n. m. — Action lâche et déloyale.
Coup de fion, n. m.
Dernière main donnée à la toilette.
Coup de main, n. m.—Aide passagère.
Coup de marteau, n. m. — Grain de folie.
Coup de patte, n. m.
Critique acerbe. Ex. C'est un homme charitable, mais il
n' oublie pas son petit coup de patte de temps en temps.
Coup de poche, n. rn. —Action vile.
Coup de torchon, n. m. — Bataille, rixe.
Coup d'or, n. m. — Excellente affaire.
Coup du midi, n. m.
Heure du midi. E x . Tu viendras me prendre sur le coup
du midi.
Coupable, adj.
Qui peut être coupé. Ex. Cette viande-là n'est pas coupable,
elle est dure comme du cheval, ce doit être de la vache
enragée.
* Coupable (plaider). (Angl.)
Avouer sa culpabilité. E x . Des quatre criminels qui ont
comparu à la cour du banc du roi, deux ont plaidé coupable.
Coupâillage, n. m.
Découpage de linge, de papier. Ex. Veux-tu cesser tes
coupâillages, vilain garnement.
Coupâiller, v. a.
— Couper en menus morceaux.
— Couper maladroitement et sans ordre.
Coupant, adj.
— Mordant.
— Habile en affaires.
L,E PARIER POPULAIRE
192
Courriette, n. f.
Petit morceau en forme de lanière. E x . S e faire enlever
une courriette de peau par un clou.
Cours de banc. — Cours d'études suivi sans succès.
Course, n. f.
— Tirer une course, courir, lutter de vitesse.
— Faire une course sur une banque, demander un rembourse-
sement de ses fonds.
Courson, n. m . — C r e s s o n .
Court, adj.
Le courVet le long, tous les détails. E x . Je te raconterai le
court et le long de cette affaire, p a r temps perd u.
Court (être de), loc.
Etre à court d'argent. E x . Prête-moi donc cinq piastres.
— Impossible, je suis trop de court.
* Court plaster, n. m. plasteur-, (ni. a.) — Taffetas g o m m é .
Courtes-pattes, n. m. pl.
Individu à jambes courtes. E x . V o i c i u n courtes-pattes qui
s'en vient.
Courtin, n. m. — Veste à manches.
Courvalline, n. f.
Dépuratif composé de racines de patience, de salsepareille,
de chiendent et de dent-de-lion, additionnées de sulfate
de magnésie.
Courvée, n. f.
— Corvée, tâche pénible.
— Corvée, travail collectif.
Cousable, adj. — Qui peut être cousu.
Couserai (je), futur d u verbe coudre. — Je coudrai.
Cousin, n. m .
Gâteau à forme particulière qui fait partie des pains bénits.
Coûtage, n. ni. — Coût, frais.
Coûtageux, a d j .
— Coûteux.
— Gênant.
Coûtance, n.f.
Gêne. E x . Ce n'est pas la coûtance q u i me fait a g i r ainsi.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 195
* Crâde, n. f. ( A n g l . )
M u l t i t u d e de p e r s o n n e s . D e l ' a n g l a i s crowd.
Crainte, n. f.
— Crainte de, crainte que, de crainte que. E x . Dans son
testament, il a t o u t donné à sa femme, crainte que ses en-
fants se c h i c a n e n t .
— En crainte, c r a i n t i v e m e n t . E x . Il fait tout en crainte.
Craion, n. m. — C r a y o n .
Craire, v. a.
Croire. E x . J a m a i s j e v o u s crairai. V . Creire.
Crâlée, n. f. — F o u l e .
Cramaillère, n. f . — C r é m a i l l è r e .
Crampe, n. m . — C r a m p o n .
Cramper, v. a.
— C r a m p o n n e r . E x . N o t r e poêle est cassé, il faudra l e
faire cramper.
— Se faire cramper, tromper.
— Cramper des pantalons, l e u r donner le pli a v e c un fer à
repasser.
Cramper (se), v . p r o n .
•— S e cramponner, s ' a c c r o c h e r à q u e l q u ' u n .
Crampon, n. m . — G r a p p i n .
Cramponner (se), v . pron.
— S e dit d ' u n c h e v a l qui se blesse avec les crampons de
ses fers.
— S e donner u u e entorse.
— S e rétrécir, se contracter, s e plisser. E x . U n e étoffe
q u i se cramponne.
Cran, n. ni.
— R o c h e r stratifié ou à fleur de terre qui borde le r i v a g e d u
fleuve S a i n t - L a u r e n t . E x . Courir d ' u n cran à l'autre, a u
risque de se casser le c o u .
— C ô t é . E x . M e t t r e son c h a p e a u sur le cran de la tête.
* Crank, {crangke) m . a.
Vif, gaillard, v o l a g e .
Cranque, n. f.
Crampe. E x . J'ai des cranques dans le mollet.
LE PARLER POPULAIRE
Crapaud, n. m.
Avoir les mains comme des crapauds, a v o i r les m a i n s enflées
par le froid.
Crape, interj.
Juron. E x . Crape de chien ! Crape c h i e n !
Crapet, n. m.
— Enfant malin q u ' o n ne p e u t prendre p l u t ô t p a r un bout
que par l'autre.
— Crapet jaune, poisson moins r é p a n d u d a n s la P r o v i n c e de
Q u é b e c que le crapet v e r t . D a n s l a r é g i o n d e Montréal
on l'appelle crapet noir.
Crapin, n. m . — Crapaud, g a m i n .
Crapotte, n. m .
Crapaud. E x . Faire u n saut de crapotte.
CrapouiHe, n. f. — C r a p u l e .
Crapoussin, n. m. — H o m m e de très p e t i t e taille, m a l tourné.
Craquant, n. m. — V . C r o q u a n t .
Craque, n. m.
— Instrument dont se servent les b l a n c h i s s e u s e s p o u r gau-
frer la toile ou la dentelle.
— Bruit produit par des bottes en m a r c h a n t . E x . M . notre
professeur a du craque d a n s ses b o t t e s ! — O u i , mon enfant,
mais j ' a i m e m i e u x avoir d u craque d a n s mes bottes que
dans ma tête.
Craque, n. f.
— Crevasse. E x . U n e craqtie dans u n m u r .
' — F e n t e . E x . Cette planche a u n e craque.
— D é r a n g e m e n t d u c e r v e a u . E x . C e t h o m m e a u n e craque
à la tête.
Craquer, v . a. et n.
— Crevasser. E x . E e s m u r s de la v i l l e s o n t craqués partout.
— Fendre. E x . S u r cent planches, il y en a a u moins v i n g t
qui sont craquées.
— Fendiller. E x . A p r è s cette g r a n d e sécheresse, l a terre est
toute craquée.
— Craqueler. E x . I l fait tellement c h a u d d a n s l e salon,
q u e nos peintures o n t fini par craquer.
DES CANADIKNS-PRANÇAIS '99
Créchard, n. m.
Qui v i t a u x dépens d u g o u v e r n e m e n t ; celui-ci est l a crèche.
Crèche, n. f.
Service civil en général. T o u t fonctionnaire est c e n s é man-
ger à la crèche gouvernementale. E x . V i v r e à la crèche,
manger à la crèche.
Crédit, n. m.
— Un bon crédit, un h o m m e qui p a i e b i e n .
— Un mauvais crédit, celui qui paie m a l , E x . N e lui avance
rien, c'est un mauvais crédit.
Créiature, n, f.
Créature, femme en g é n é r a l . N e se p r e n d jamais en mau-
vaise part. E x . C ' e s t m a créiature, c'est-à-dire m a fem-
me l é g i t i m e .
Créié, interj. —Juron très populaire.
Creire, v . a.
Croire. E x . C'est à creire que j e v a i s consentir à te donner
mon argent. J'te cré ! Cré-moê o u cré-moêpas, j e te dis
q u ' i l y a un revenant qui a p p a r a î t t o u t e s les nuits au
cimitiere.
Crémage, n. m. — Action de crémer.
Cré mâtin, interj.
Bégaiement pour sacré !
Crémer, v. a.
Couvrir u n gâteau de sucre.
Crémerie, n. f.
Etablissement où l'on fabrique le b e u r r e . E x . A v e z - v o u s
du beurre de crémerie à me v e n d r e .
E n France, la crémerie est l'endroit o ù l ' o n v e n d le beurre.
* Crémeur, n. m., ( A n g l ) .
Mouton de Perse. E x . U n capot en crémeur.
Crémeuse, n. f.
Ecrérueuse. E x . D u beurre de crémeuse.
Crémone, n. f.
Cravate de laine tricotée p o u r mettre a u t o u r d u cou, en hiver.
En France, la crémone est u n e e s p a g n o l e t e pour fermer les
croisées.
DES CANADIENS-FRANÇAIS
Créon, n. m .
C r a y o n . L,acombe donne créon p o u r crayon.
Crêpe, n. f.
— Virer une crêpe, a u j e u de brisque celui qui g a g n e cinq
brisques s ' e m p a r e d u t a l o n et l e tourne à l'envers ; alors
il a g a g n é la partie. S e dit encore de celui q u i glisse et
tombe de t o u t son l o n g .
— Jouer à la crêpe, jouer à l a brisque.
Crétlque, n. f. — C r i t i q u e .
Crétiquer, v. a. — C r i t i q u e r .
Créton, n. m.
Creton, rillon, p e a u croustillante q u i reste dans la graisse
quand on l a fait fondre.
Creume, n. f. — C r è m e .
Creumer, v . n. — C r é m e r .
Creuve-faim, n. m . — M e n d i a n t .
Creux, n. m. et a d j .
— S o u r d . E x . U n e v o i x creuse.
— Faire son creux, son t r o u .
— N'être pas dans le plus creux, n ' ê t r e p a s au bout de ses
peines.
— Sonner le creux, sonner c r e u x .
— Tousser creux, avoir une t o u x profonde.
Creuyabe, a d j . — C r o y a b l e .
Crevasson, n. m . — H o m m e d e p e u de valeur.
Crève=faim, n . m . — P a u v r e , mendiant.
Crevé, adj.
— Hernie.
— F a t . E x . U n petit crevé.
Crever, v. a.
— Crever la faim, mourir d e faim.
— Crever la soif, m o u r i r de soif.
Crever (se), v . p r o n .
Contracter u n e hernie.
Crever (se faire). S e faire mourir. E x . Il se fait crever à force
de travailler.
Crevure, n. f. — H e r n i e .
202 LB PARLER POPULAIRE
Crève=z=yeux, n. m.
— Asperge.
— Coléoptère.
Créyable, a d j . — C r o y a b l e .
Créyance, n. f. — Croyance.
Créyant, a d j . — Croyant.
Cri, n. m .
— P e r s o n n e irascible. E x . Cet enfant est m é c h a n t comme
un cri.
— Criée. E x . T u feras le cri à la porte de l ' é g l i s e que j ' a i
perdu m a vache.
Cri (aller). — A l l e r quérir. E x . V a cri mon chapeau.
Criage, n. m . — Criaillerie.
Criâillage, n . m . — C r i a i l l e r i e .
Criâilleux, n. et adj. — Criailleur.
Cribe, n. m . — Crible.
Crible, n. m .
— T a r a r e , instrument qui sert à vanner le b l é et à nettoyer
le g r a i n .
— Brette, petit train de bois flotté.
Cric, n. m .
Enfant maussade. E x . E t r e m é c h a n t c o m m e un cric.
Criocrac, n . m . — Crécelle.
* Cricket, crikete, (m. a.) — Jeu de balle à la crosse.
Crier, v . n.
— G r o n d e r , gourmauder.
— A n n o n c e r à la criée.
— Faire une chose en criant Jack ou en criant ciseau, c'est-à-
dire faire très vite.
— Crier comme un aveugle qui a perdu son bâton, crier à
pleins p o u m o n s .
Crieur, n. m — A u d i e n c i e r .
Crieux, a d j . — Criard.
Crignasse, n . f. — Chevelure épaisse et e n désordre.
Crigne, n. f. •
— C r i n i è r e . E x . T u prendras le c h e v a l par la crigne et tu
me l ' a m è n e r a s .
DES CANADIENS-FRANÇAIS 203
* Crocket, n. m. (Angl.)
Mail ; jeu qui consiste à pousser une boule avec le mail, ou
petit maillet en bois, de forme cylindrique.
Croire (se) quelqu'un, loc.
Avoir confiance en soi.
Croisaillâge, n. m. — Croisement en tous sens.
Croisâiller, v. a. — Disposer en croix nombreuses.
Croisâiller (se), v. pr. — Se rencontrer de près sur la route.
Croisée, n. f.
Bois disposé en croix aux deux extrémités d'une cordée
pour l'empêcher de débouler.
Croiser, v. n.
Etre assez bien pourvu de provisions, de blé, d'avoine, etc.,
pour pouvoir attendre jusqu'après la nouvelle récolte.
Ex. J'ai encore beaucoup de blé, j'espère que je vais
croiser facilement.
Croiser (se), v. pron.
Faire le signe de la croix. Se disait à Québec au commen-
cement du dix-neuvième siècle.
Croison, n. m.—Cloison.
Croisonner, v. a. — Cloisonner.
Croix, n. f.
Personne assommante, pas endurable. E x . Encore ma
croix qui arrive.
Croix de Saint=Louis,
— Plante qui croît à travers les blés.
— Ce n 'est pas de la croix de Saint-Louis, cet homme ne
vaut pas grand'chose, il ne ressemble aucunement aux
chevaliers porteurs de cette croix. Sous le régime fran-
çais, ce genre de décoration était très en vogue, même
parmi les Canadiens.
Croquant, n. m.
Cartilage ou autres parties d'un animal qui résiste à la dent.
Croquecignole, n. m.
Croquignole, sorte de pâtisserie, ainsi nommée parce qu'elle
imite assez la forme que prennent les doigts lorsqu'on
veut donner une croqxiignole ou chiquenaude sur le nez.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 205
Culotte, n. f.
— Pantalon.
— Porter la culotte, se dit d ' u n e femme qui est la maîtresse
de tout dans un m é n a g e .
Culotteux, adj. — Q u i culotte les pipes.
Culotton, n. m . — E n f a n t q u i commence à porter des culottes.
Cumulard, n. m .
Fonctionnaire qui e x e r c e simultanément plusieurs emplois.
Cure=pipe, n. m.
Petit instrument pour vider les pipes et les écurer.
* Currant, keurrante, (m. a . ) — R a i s i n de Corinthe.
* Cut, keute, (m. a.) — G r a v u r e , vignette.
Cuvette, n. f. — Petite cuve, c u v e a u .
Cuvotte, n. f . — C u v e a u , baquet.
Cuyer, v. a.
Cueillir. E x . A l l o n s cuyer des prunes. R a b e l a i s a dit cuil-
Ictite pour cueillette.
Cyprès, n, m. — P i n gris, pin d e rocher.
o o
D
O ; -O
Dagueur, dayeur, n. m .
Ouvrier employé dans les manufactures de chaussures.
D'aguette, loc.
A v e c précaution. E x . Cette femme m a r c h e toujours d'a-
guette, sans faire de bruit ; en réalité elle craint d ' é v e i l l e r
la curiosité des autres.
Dalle, n. f.
— Evier.
— Chéneau, conduit de bois ou de m é t a l , qui reçoit les
e a u x des toits pour les diriger v e r s le t u y a u de descente
(dalleau).
— Conduit alimentaire de la bouche à l'estomac. Ex.
A l l o n s nous rincer la dalle.
Dalleau, dallot, n. m.
— Conduit en ferblanc, en zinc, en tôle, en bois p a r où s'é-
coule l ' e a u des toits, et qui lui est arrivée par la dalle.
— D o i g t de gant ou linge, qui sert à envelopper u n d o i g t
malade.
— Ivrogne, buveur.
Dalmatique, u. f.
Chemise. E x . Ce soir, comme il fait chaud, j e v a i s me
mettre au lit en dalmatique.
Damage, n. m.
Dommage. E x . B e a u damage. N o u s trouvons damage
dans la chanson de R o l a n d .
Damageable, a d j . — D o m m a g e a b l e .
Damas, n. m .
Prunes de Damas, prunes violettes, d e grosseur m o y e n n e et
très succulentes, récoltées sur la c ô t e d e Beaupré, et sur
l'île d'Orléans.
Dame, n. f.
— F e m m e . E x . V o t r e dame est bien, j ' e s p è r e .
— Barrage, digue.
— C a g e eu bois servant de quai. E x . A l a baie S a i n t - P a u l ,
il y a, en plein fleuve, une dame de difficile abord.
— Grosse dame, dame riche et de h a u t ton.
— Dame ! interjection.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 209
Damnation !
J u r o n assez fréquent, prononcé dans un moment de colère ou
de douleur.
Damné, e, adj.
M a u v a i s . E x . V o i l à une damnée affaire q u i me casse les
bras.
* Dampeur, n. m . ( A n g l . )
Clef de t u y a u de poêle, registre de cheminée.
Dandeliner ( s e ) , v. p r o n . — S e dandiner.
* Dandy, dann'dê, (m. a.) — E l é g a n t .
Dangereux, euse, a d j .
— Probable. E x . C ' e s t pas dangereux q u ' i l fasse mauvais.
— Imprudent, é t o u r d i . E x . C e t enfant est dangereux, il
faut y faire attention.
Dangereux, a d j . — D a n g e r e u x .
Dans, prép.
— S u r . E x . G r i m p e dans l'arbre.
—• Par. E x . Je suis capable de p a y e r cinq chelins dans le
louis.
— A peu près. E x . C ' e s t un homme dans v o t r e taille, dans
v o t r e âge.
— A . E x . A l l e r a u m a r c h é un panier dans le bras.
Dans (par), loc. p r é p .
Dans. E x . T u passeras par dans le chemin G o m i n .
Dans la lune (être), l o c .
E t r e très distrait. E x . A quoi pensez-vous donc, êtes-vous
dans la lune ?
Dans le criminel, loc.
D ' u n e façon e x a g é r é e . E x . V e n d r e cher dans le criminel.
Dans le fil, loc.
A v e c beaucoup d ' h a b i l e t é . E x . C e t o u v r a g e a été hit dans
le fil-
Dans le sac (être),
R é g l e r , terminer. E x . Notre affaire est dans le sac, tapons-là.
Dans les, loc. p r é p .
E n v i r o n . E x . C e t t e maison m ' a coûté dans les cinq mille
piastres.
LE PARLER POPULAIRE
2IO
D'apparence, loc.
Selon les apparences. E x . I l fera beau avant le coucher du
soleil, d'apparence.
D'apparence que, loc. adv. — Apparemment.
D'arculons, loc. adv. — A reculons.
De raculons, loc. adv. — A reculons.
De reculons, loc. adv. — A reculons.
Darder (se), v. pron.
Se jeter sur. E x . I l s'est dardé sur Pierre pour le frapper.
Donne l'idée d'un dard lancé avec force et qui pénètre dans
les chairs.
Dardeur, n. m. —Celui qui darde le poisson avec la nigogue.
Dargnier, adj. et n.
— Dernier né. E x . Le| petit dargnier, chez nous, s'appelle
Benjamin.
— Dernier.
— En dargnier, en dernier lieu. E x . Quand même tu
arriverais en dargnier, ça ne fait rien.
Dargnlèrement, adv.
Dernièrement. E x . J'ai appris cela tout dargnièrement,
* Darner, v. a. (Angl.)
Repriser, raccommoder, ravauder. De l'anglais to dam.
Damier, adj. — Dernier. E x . Le damier de la classe.
Darrière, adv.
Derrière. E x . Passe par darrière la voiture. Moi, je n'ai
pas de porte de darrière, j e dis tout ce que j e pense.
Darte, n. f. — Dartre.
Darteux, adj. — Dartreux.
* Dash, dach, n. m., (m. a.)
— Trait, filet (terme d'imprimerie).
— E?ti dash. — T r a i t de la largeur d'un m.
Date (en) de, loc.
A la date de. E x . Je suis à peu près certain que Montréal
a été fondé en date de 1642.
* Date (up-to-), eupe-tou-dête, m. a.
De mode récente, dans les derniers goûts. E x . Le magasin
Morgan est up-to-date.
212 LE PARLER POPULAIRE
D'avance, loc.
— Prompt, expéditif. E x . J'emploie b e a u c o u p d'ouvriers,
sur le nombre il en est p e u qui soient d'avance.
— Hâtif. E x . J'ai récolté cent minots d e patates d'avance.
D'avant, loc.
A u p a r a v a n t . E x . V i e n s me voir à N o ë l ? — N o n , j ' i r a i la
semaine d'avant.
D'avant que, loc. adv. — A v a n t que.
Davantage, a d v .
Une plus grande quantité, plus. E x . A s - t u assez de pièces
de d i x c e n t s ? — N o n , j ' e n v o u d r a i s davantage.
* Day-book, dé-bouc, (m. a.) — B r o u i l l a r d , livre de commerce.
D'ci et là, loc. adv.
D ' u n côté et de l'autre. E x . Il v a d'ci et là sans trop savoir où.
D'dans, adv. et prép.
— D e . E x . Débarque d'dans la v o i t u r e .
— Dans. E x . E m b a r q u e d'dans les c h a r s .
— Dedans. E x . Je me suis fait fourrer d'dans d e la belle
façon.
De, prép.
— A . E x . Je suis prêt de m ' e n aller.
— A l a place de. E x . S i j ' é t a i s de toi, j e m ' e n irais.
— U n . E x . I l ne pourra avoir de s e r v i t e u r c o m m e celui-là.
— A u p r i x de. E x . Il est bien différent de ce q u ' i l était
autrefois.
— D e p u i s . E x . Il est malade de l a semaine dernière.
— D a n s . E x . Pierre est bien-affligé des y e u x .
* Dead lock, dèd, (m. a.)
A r r ê t forcé, impasse. E x . L,es affaires v o n t très mal, nous
sommes en plein dead-lock.
Débâcle, n.f.
Diarrhée considérable après une forte constipation.
Débagagement, n. m.
Déménagement. E x . L e s débagagements à Q u é b e c se font
d u i " au 3 mai.
Débagager, v. a.
— D é m é n a g e r , e n l e v e r son b a g a g e p o u r le transporter ail-
DES CANADIENS-FRANÇAIS 213
l e u r s . E x . C h a r r e t i e r , c o m m e n t me chargez-vous pour
rne dêbagager ?
— Déraisonner. E x . L,e v i e u x commence à dêbagager.
C o t g r a v e cite dêbagager p o u r serrer, mettre en paquets.
Débagoulard, n . m . — B a v a r d d e bas étage.
Débagouler, v . n.
Bavarder, p a r l e r a v e c passion de choses fastidieuses.
Déballé (nouveau), n. m.
N o u v e l l e m e n t a r r i v é , c o m m e si l ' i n d i v i d u était venu enve-
loppé dans u n e toile d ' e m b a l l a g e . E x . E n c o r e un nou-
veau déballé e n t r é au d é p a r t e m e n t des terres de la c o u -
ronne.
Déballer (se), v . p r o n . — S e d é c i d e r à agir.
Débaptiser, v . a.
C h a n g e r de n o m d e b a p t ê m e .
Débarbouiller, v . a. — Battre.
Débarbouiller (se), v . pron.
— S e tirer d ' e m b a r r a s . E x . Débarbouille-toi comme tu
pourras, moi j e m ' e n l a v e les mains.
—• S'éclaircir. E x . L e t e m p s se débarbouille v i t e .
Débarquement, n . m . — D é b a r c a d è r e .
Débarquer, v . a.
— Descendre d ' u n l i e u é l e v é . E x . Débarque de la v o i t u r e ,
nous s o m m e s t r o p de m o n d e .
— Oter. E x . Débarque-ïe. d e là, ou j e v a i s le débarquer.
— Descendre e n g é n é r a l . E x . Débarque de sur mes g e n o u x .
— Cesser d e s ' a p p u y e r . E x . Débarque de sur moi, tu m e
gênes d a n s m e s m o u v e m e n t s .
— Cesser d ' o c c u p e r une position. E x . T u v a s débarquer d e
ta place, si t u continues à te m a l conduire.
Débarras, n. m .
— Clairière. E n d r o i t o ù l ' o n r e l è g u e tout objet embarras-
sant.
— Diarrhée.
Débarrasser, v . a.
A b a t t r e des arbres. E x . N o u s allons construire dans cette
partie du b o c a g e , il faudra commencer par débarrasser.
214 LE PARLER POPULAIRE
Débârrer, v. a.
Ouvrir une porte, un meuble fermé à clef. E x . Voici mon
trousseau de clefs, débârre tous les meubles et toutes les
portes qui ont été fermés à clef avant notre départ.
* Debater, débéieur, (m. a.)
Orateur parlementaire, argumentateur.
Débattement, n. m. — Palpitation, battement du cœur.
Débattre (se), v. pron.
Battre. Le cœur me débat comme s'il voulait me sortir du
corps.
Débaucher, v. n.
Lancer, partir. E x . Une fois débauché, il n'y a plus moyen
de l'arrêter, celui-là.
•* Débenture, n. f. (Angl.)
Titre ou obligation émise par un gouvernement, une corpo-
ration municipale.
De besoin, loc.
Besoin. E x . Voulez-vous acheter des livres?—Merci, j'en
ai pas de besoin.
Débiffer, v. n.
Perdre sa bonne mine, son apparence de santé. E x . Comme
tu es dêbiffê ce matin, as-tu couché sur les ravalements ?
Débine, n. f.
— Misère, pauvreté, gêne. E x . L a débine me poursuit
depuis quelque temps.
— Binette.
Débiner, v. a.
— Médire, dénigrer. E x . Qu'as-tu à tant débiner sur le
compte de ton prochain ?
— Perdre contenance.
Débiscaillé, adj.
— Bouleversé de figure. D'où viens-tu, comme tu es
débiscaillé, ce matin ?
— Brisé, déformé. E x . Un chapeau débiscaillé.
Débitage, n. m.
— Action de dépecer.
— Action de fendre le bois.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 2ï5
Débiter, v. a.
— Dépecer. E x . E s - t u bon pour débiter un b œ u f ?
— Fendre. E x . Débiter u n e corde de bois.
Débiteur, adj. — D é p e c e u r , fendeur de bois.
Débloquer, v . a.
Mettre un c o n v o i d e c h e m i n de fer en état de s'avancer,
après avoir e n l e v é la n e i g e q u i l'arrêtait. E x . Enfin les
chars, retenus à S a i n t - C h a r l e s depuis d e u x jours par u n e
tempête de n e i g e , sont débloqués.
Déboire, v . n . — V o m i r .
Débord, n. m . — D i a r r h é e considérable.
Débordage, n. m . — Saillie.
Débordé, e, a d j .
Un lit débordé, u n lit dont les c o u v e r t u r e s sont pendantes.
Débotter (se), v . p r o n . — O t e r ses bottes.
Débouche, n. m . — D é b o u c h é .
Débouler, v . n . et a.
— R o u l e r de h a u t en bas. E x . L ' e n f a n t v i e n t de débouler
l'escalier, il a d é g r i n g o l é d e tout son l o n g . E n F r a n c e ,
ce mot v e u t dire s'enfuir a u p l u s vite, courir comme u n e
boule q u ' o n l a n c e .
— Devenir m è r e , en parlant de la femme.
Débouliner, v . n. — D é g r i n g o l e r .
Déboulis, n. m .
— A v a l a n c h e d e n e i g e , p r o v e n a n t des toits o u des roches,
qui c u l b u t e n t d u s o m m e t o u d u flanc d ' u n c a p ou d ' u n e
montagne.
— E b o u l i s . E x . U n déboulis de pierres.
— E b o u l e m e n t , c h u t e de ce q u i s'éboule.
Débourgeonner, v . a.
E n l e v e r les b o u r g e o n s de l'arbre. *
Débourrer, v . a.
— V i d e r l a p i p e d u tabac q u ' elle contient.
— T r a v a i l l e r à former l ' i n t e l l i g e n c e .
Débourrer (se), v. p r o n .
Croître en i n t e l l i g e n c e . E x . N o t r e petit Jean commence à
se débourrer, l a maîtresse d ' é c o l e est contente de lui.
2l6 LE PARLER POPULAIRE
Débouter, v . a.
Doubler un. c a p , en terme de marine. ( C l . )
Déboutonner, (se), v . pron.
— Faire p r e u v e de générosité dans u n e circonstance spé-
ciale.
— Dire t o u t c e qu'on pense. E x . S i j e perds patience, je
finirai u n b o n jour par m e déboutonner.
Débrager ( s e ) , v. pron. — S'agiter, se démener.
Débraqueter, v . a.
Enlever l e s broquettes. E x . Débraqueter un tapis.
Débrayer, v . n . — T r o p parler.
Débrette, 11. f. — G r o s repas, fête de famille.
Débricoler, v . a . — E n l e v e r la bricole.
Débricoler (se), v . pron. — Oter ses bretelles.
Débringué, e, adj.
Qui a u n e t o u r n u r e n é g l i g é e , nonchalante.
Débris, n. m . p l .
A b a t i s . E x . Un débris de veau.
Débriscaillé, a d j . part. — D é b i s c a i l l é . V . c e mot.
Débrousser, v . a.
Enlever l e s b r a n c h a g e s (brousse) des v i g n e a u x ,
pécacher, v . a.—• E n l e v e r les couvertures d ' u n lit.
Décacher (se), v . pr. — S e désabrier. V . ce mot.
Décaler, v . n .
— E n l e v e r l'écale d'une noix.
— E n l e v e r l e brou d ' u n e n o i x , d ' u n e noisette.
Décalotter, v . a.
Décoiffer, ô t e r le chapeau, le casque, la casquette.
Décalotter (se), v. p r o n . — S e décoiffer.
Décampe, n . f.
A l l u r e , d é g a i n e . E x . E n voici un q u i a u n e curieuse
décampe.
Décaniller, v. n.
D é m é n a g e r , déguerpir, fnir comme un chien ; du latin canis,
chien.
Décanter, v . a.
C h a n g e r d e position un objet mis sur le cant. V . Cant.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 217
Décapoter, v . a.
— Enlever le c a p o t ou le pardessus.
— Dépecer l a baleine.
Décapoter (se), v . pron.
Oter soi-même son capot. E x . Décapotez-vous, vous allez
avoir trop c h a u d .
Décapuchonner, v . a. — E n l e v e r le capuchon.
Décapuchonner (se), v . p r o n . — O t e r son c a p u c h o n .
Décarcaner, v . a. — O t e r l e carcan.
Décarêmer (se), v. pron.
Faire un repas c o p i e u x après quelques jours de privations.
E x . Il y a assez l o n g t e m p s que nous m a n g e o n s de la m o -
rue, décarêmons-nous avec d u jambon.
Décarrer, v. a.
E n l e v e r à q u e l q u ' u n sa carre. ( T . de jeu.)
Déceînturer, v . a. — Oter la ceinture, déceindre.
Déceinturer (se), v . pron.
Oter sa ceinture. E x . Déceinturez-vous, afin q u e vous res-
piriez plus à l'aise.
De cela (à part), loc adv.
A part cela. E x . A part de cela, qu'as-tu à me dire ?
De ce que, loc.
Comme, à q u e l point. E x . Je ne suis pas capable de te dire
de ce que m o n p è r e est fâché contre moi.
De delà, loc. a d v .
D e là. E x . Ote-toi de delà que j e m ' y mette ?
Décerner, v . a. — Cerner, entourer de toutes parts.
Décesser, v. n .
Cesser. E x . I l ne décesse pas de m'ennuyer.
Déchafauder, v . a. — E n l e v e r u n échafaud.
Déchagriner, v . a. — Consoler.
Déchagriner (se), v . p r . — S e consoler.
Déchaîné, a d j . part.
H o m m e en furie. E x . C e t h o m m e est u n véritable déchaîné,
il est capable d e tuer.
De chance que, loc. adv. — Heureusement que.
Déchanger (se), v . pron. — C h a n g e r d'habit.
218 LE PARLER POPULAIRE
Décharge, n . f.
R u i s s e a u o u rivière dans laquelle se déversent les e a u x d'un
lac, d ' u n étang. E x . L a Grande Décharge, d u lac Saint-
J e a n , d a n s la rivière S a g u e n a y .
Déchargeage, n. m. — D é c h a r g e m e n t .
* Décharger, v . a.
C o n g é d i e r , retirer à q u e l q u ' u n sa c h a r g e . E x . Je suis obligé
de p a r t i r d e Québec, mon patron v i e n t de me décharger.
(Angl.)
Décharger (se), v. pron.
D é c h a r g e r sa bile. E x . A la p r o c h a i n e occasion, je me
déchargerai sur l u i .
Dèche, n . f.
Gêne, m i s è r e . E x . D e ce temps-ci, je suis d a n s la dèche,
i n u t i l e d e me parler de souscription.
Déchesser, v . a . — D e s s é c h e r .
Décheter, v . a. — Repousser, mépriser.
Décheviller, v . a. — Oter la cheville.
Déchicoter, v . a. — Déchiqueter.
Déchiffrer, v . a. Défricher.
Déchoquer (se), v. pron.
Se d é f â c h e r . E x . T u te choques, t u n'auras p l u s q u ' à te
dêchoquer.
Décimale, n . f.
Volée d e c o u p s . E x . S i tu ne te tiens p a s tranquille, j e te
d o n n e r a i une bonne décimale.
Décirer, v . a. — E n l e v e r la cire des oreilles, des y e u x .
Decit et d ' I à , l o c — I c i et là.
Déclaquer (se), v. pron.
Oter s e s claques. E x . Déclaque-toi, tu as fini tes sorties
p o u r c e soir.
Déclarer faillite. — S e déclarer en faillite.
Déclaver, v . a.
E n l e v e r l ' a n n e a u qui sert à enclaver u n animal.
Déclencher, v . a. — E n l e v e r la clenchette d ' u n e porte.
Déclin, (en), l o c — A clin. E x . L a m b r i s s e r en déclin.
Décloquer, v. a. — E n l e v e r la cloque, le pardessus d ' h i v e r .
DES CANADIENS-FRANÇAIS
Découvarte, n. f. — D é c o u v e r t e .
Découvert, n. m.
— A b a t i s d'arbres.
— C h e m i n tracé à t r a v e r s la forêt.
Découvrir, v . a.
Découvrir saint Pierre pour couvrir saint Paul, dérober à
l'un pour donner à l'autre.
Décrasser (se), v . p r o n .
Se mettre a u beau, en parlant de la t e m p é r a t u r e . E x . Le
temps commence à se décrasser.
Décravater (se), v . pron. — O t e r sa c r a v a t e .
Décrocher (se), v . pron.
— Se décrocher la palette de Vestomac, se casser l'appendice
x y p h o ï d e ou la pointe d u s t e r n u m .
— Avoir l'estomac décroché, avoir c o n t r a c t é une m a l a d i e des
voies digestives qui ruine la c o n s t i t u t i o n .
Décrocheter, v . a. — D é c r o c h e r .
Décroits, n. m . pl. — E c r o i t s .
Déculotter, v . a.
— Donner une verte semonce.
— T r o m p e r dans un m a r c h é .
— E x p o s e r en public les opinions d ' u n i n d i v i d u .
Dedans, a d v .
— D a n s . E x . V a dedans m a c h a m b r e .
— Donner dedans, tromper.
— Etre dedans, se mettre dedans, ê t r e en perte. E x . I l s'est
mis dedans pour une forte somme.
— Se faire fourrer dedans, se faire b l a g u e r .
— Ne pas cracher dedans, ne pas d é d a i g n e r le p e t i t verre.
— Mettre les animaux dedans, les e n v o y e r à l ' é t a b l e .
Dedans (en) de, loc. a d v .
E n moins de. E x . S o n c h e v a l f a i t son mille en dedans de
trois minutes.
De dedans. — D e . E x . S o r s de dedans le salon.
De de. — D e . E x . Je v i e n s d'arriver de de chez l u i .
De devant,
— D ' a v a n t . E x . Le d i m a n c h e de devant N o ë l .
DES CANADIENS-FRANÇAIS 221
Défroque, n. f.
H a b i t s eu g é n é r a l . E x . O t e ta défroque, et entre au salon.
Défroquer (se), v. pron.
— Oter sa froc.
— S e dévêtir. E x . Défroquez-vous, nous allons nous met-
tre à table.
Défunt, défunte, n. m . et f.
E e défunt, la défunte, se disent pour le père ou la mère
défunts. E x . C e pauvre défunt, a-t-il souffert avant de
mourir. C e chapeau-là appartenait à la défunte.
Défuntisé, adj.
— Décédé. E x . M o n père et m a mère sont dêfuntisés de-
p u i s longtemps.
— Détruit, disparu à tout jamais. E x . T u te souviens de
mon beau c h a p e a u de castor, tu sauras q u ' i l est défuntisé,
le v e n t l'a emporté d a n s le fleuve.
Dégainde, n. f. — D é g a i n e . E x . U n e belle dêgainde.
Dégaine, n. f.
A t t i t u d e , façon de se tenir. E x . U n tel a une drôle de
dégaine.
Dégeancer v. a.
Détruire, désengeancer. N o u s finirons pourtant par nous
dégeancer des m o u c h e s .
Dégeler (se), v . pron.
S e dégourdir. E x . L ' e n f a n t commence à se dégeler, il parle,
il s'amuse c o m m e les autres enfants.
Dégendrer, v. a.
Détruire. E x . T â c h e donc de dégendrer les punaises de ma
couchette.
Dégêner, v. a. — M e t t r e à l'aise.
Dégêner (se), v . pron.
Prendre de l'aplomb, sortir de l'état de gêne. E x . Dêgênez-
vous, Monsieur, faites comme si vous étiez chez vous.
Dégèrer, v. a.
Digérer. E x . Docteur, j e dêgere mal.
Déglacer, v. a. — E n l e v e r la glace, la froideur.
Déglacer (se), v. pron. — S e donner de l'aplomb.
224 LE PARLER POPULAIRE
Degnier, n. m .
Denier. E x . L e degnier de Saint-Pierre.
Dégniasier, v . a.
Déniaiser. E x . D ' o ù viens-tu, tu n ' e s pas encore dégniaùéî
Dégniaiser (se), v . pron.
A c q u é r i r de l'intelligence en vieillissant.
Dégobillage, n. m.
Verbiage. E x . A s - t u entendu le discours de cet orateur ?
Quel dégobillage ?
Dégobiller, v . n.
— Parler mal. E x . C ' e s t un bavard q u i ne cesse de dégo-
biller sur mon compte.
— V o m i r abondamment, rejeter ce q u e l ' o n a g o b é .
Dégoiser, v . n . — Parler mal avec force et volubilité.
Dégommer, v . a.
— Dessoûler.
— F a t i g u e r , épuiser.
— Travailler à donner à quelqu'un l ' e x p é r i e n c e q u i l u i man-
que due à son manque d'intelligence. ( B . P . F . )
Dégonfler, v . a.
Percer à j o u r l'orgueil ou la vanité d ' u n individu.
Dégorger, v . a.
Forcer à p a y e r une forte somme. E x . J e l u i ferai bien dé-
gorger les cinq mille piastres q u ' i l m e doit.
Dégosiller, v . n.
Etouffer. V i e u x m o t français qui signifie égorger.
Dégoter, v . a.
— Chasser, perdre sa place. E x p r e s s i o n très ancienne, même
en Canada. E l l e est française, d ' a p r è s le Courrier de
Vaugelas. On la trouve dans la correspondance de V o l -
taire, dans Littré, mais non p a s dans le Dictionnaire de
l'Académie.
— Dégoiser.
Dégouailler, v . n. — Déblatérer.
Dégoubiller, v . n. — D é g o b i l l e r .
Dégouquière, n. f, — Gouttière.
Dégourmer (se). — Jeter sa gourme.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 225
Dégoût, n. m.
Avoir le dégoût, se dit d ' u n e f e m m e mariée incapable de
prendre des aliments sans les v o m i r aussitôt.
Dégoûtation, n. f. — Q u i cause d u dégoût.
Dégoûté, adj.
Difficile. E x . J ' a i m e b e a u c o u p les huîtres, les pâtés de
foie gras a u x truffes. — T u n ' e s pas dégoûté !
Dégouttière, n. f.
Gouttière. E x . P r e n d s garde a u x dégouttières, tu vas abî-
mer tes hardes.
Dégrader, v. a. et n.
— Dépasser. E x . V e u x - t u te laisser dégrader ? Sinon v a
plus v i t e .
— E t r e arrêté sur l a route. E x . Je n ' a i pu arriver à l'heure,
j ' a i é t é dégradé p a r l a neige.
— Entraîner par l e v e n t , les courants. ( S e dit d'une cha-
loupe).
Dégrader (se), v . pron.
T o m b e r par m o r c e a u x . E x . L,e mortier se dégrade d'après
la maison.
Dégraisser, v . a.
Voler. E x . I l s'est fait dégraisser d e la belle façon par des
voleurs.
Dégraisser (se), v . p r o n .
S e mettre au b e a u . E x . L e t e m p s se dégraisse.
Dégras, n. m.
— R e b u t . E x . Jette-moi cela a u dégras, ça ne v a u t plus
rien.
— Déchets.
Dans l'ancien français, dégras signifiait joie, plaisir, bom-
bance.
Dégreyer, v. a.
— Dégarnir. E x . Marie, dêgreye la table, le dîner est fini.
— E n l e v e r les h a b i t s . E x . Dégreyer les enfants.
Dégreyer (se), v . p r o n .
— S e dévêtir. E x . Dégreyez-vous, Monsieur, v o u s êtes le
bienvenu c h e z m o i .
15
226 LE PARLER POPULAIRE
Déjà, adv.
D'ailleurs. E x . V o u s n'êtes pas déjà si drôle.
Déjeter, v . a.
Rejeter, mépriser. E x . Etre dêjetê du public.
Déjener, d'jeûner, v . n. — D é j e u n e r .
Déjeun-ner, v. n . — D é j e u n e r .
Déjeviller, v . a. — O t e r la cheville, décheviller.
Déjointer, v. a . — D é j o i n d r e . E x . Déjointe tes d o i g t s , ta pri-
ère est finie.
Déjointer (se), v . pron.
Déjoindre, disloquer. E x . Je me suis dêjointe l e pouce en
jouant.
Déjouquer, v . a. e t n.
Faire sortir d u j u c h o i r , déjucher.
Déjuiller, v. a . — E n l e v e r la cheville, décheviller.
Délabre (en), n. m . — Délabré, en ruine.
Délacer, v . a. — D é l a c e r .
Délibéré, adj.
— Disposé, d é c i d é à faire une chose.
— Débarrassé, libre de toute occupation. E x . Q u a n d t u
seras délibéré, t u viendras m e voir.
Délibérer, v. a . — D o n n e r la liberté, libérer.
Délibérer (se), v . pron. — S e libérer.
Délicatesses, n. f. p l .
Friandises. E x . N ' abuse p a s des délicatesses, t u v a s te bri-
ser l'estomac.
Délicat, e, adj.
Difficile à nourrir. E x . Cette personne est bien délicate, elle
ne mange d e rien.
Délicatesse (en), loc.
— Dans une position délicate. E x . Je suis e n délicatesse
avec mon v i e i l a m i .
Délécher (se), v . p r o n .
Se passer la l a n g u e sur les lèvres avec d é l e c t a t i o n , après
avoir b u u n e liqueur excellente, o u après a v o i r m a n g é u n
bon mets.
Délier, v. a. — D é l a y e r . E x . Délier de la p e i n t u r e .
228 L E PARLER POPULAIRE
Déligner, v . a.
L i g n e r , désigner p a r un trait. E x . T o i , B a p t i s t e , tu vas
dêligner la planche, c'est-à-dire m a r q u e r p a r u n trait au
c r a y o n l a partie qui doit être e n l e v é e p a r la h a c h e , l a scie
ou l ' é g o h i n e .
* Délivrer, v . a. ( A n g l . ) — Délivrer tm discours, prononcer.
* Déloquer, v . a. ( A n g l ) .
Desserrer une forme. ( T e r m e d ' i m p r i m e r i e . )
Délurer, v . a. — D é n i a i s e r .
Délurer (se), v . p r o n . — P r e n d r e de l ' a p l o m b , de l ' e x p é r i e n c e .
Demage. d'mage, n. m. — D o m m a g e .
Démailler, v . u.
E c h a p p e r des mailles d ' u n filet. E x . L e poisson démaille
souvent.
Démaller, v . a.
— O u v r i r une malle. E x . Démaller u n sac d e poste.
— A s s o r t i r les lettres dans un b u r e a u d e poste.
Démancher, v . a.
— L u x e r , disloquer. E x . J ' a i u n b r a s démanché.
— D é n o u e r . E x . Cette corde est difficile à démancher.
Démancher (se), v . pron.
— S e m e t t r e v i g o u r e u s e m e n t à l ' o u v r a g e . E x . P i e r r e s'est
mis à l a besogne a v e c ardeur, é v i d e m m e n t il s e démanche,
— S'agaillardir.
— S e d é v ê t i r . E x . Démanchez-vous au p l u s v i t e , nous
allons dîner.
— S e l u x e r un membre. E x . Se démancher u n b r a s , une
jambe.
Démanchure, n. f. — D i s l o c a t i o n d ' u n os.
Demande, n . f.
Faire la grande demande, demander u n e fille en m a r i a g e .
Demande (belle), n. f.
D e m a n d e inutile. E x . C te belle demande! L a belle demande!
Demande ( à ) , loc a d v .
— A u f u r et à m e s u r e . E x . S i t u a s besoin d ' a r g e n t , tu
en a u r a s à demande, tant q u e t u en v o u d r a s , m a i s de-
mande-le.
DES CANADIP;NS-FEANÇAIS 229
Déménager, v . a.
Perdre la raison. E x . Chez ce v i e u x - l à , c'est la raison qui
déménage.
— Jeter à la porte. E x . T u ne paies pas ton l o y e r , déménage,
et tout de suite.
Démence (en), loc.
E n décrépitude, en ruines. E x . Cette maison est en démence.
Déménuer, v . a. et n. — Diminuer.
Déménution, n. f. — Diminution.
Demeurance, n. f. — Demeure.
Demeurant (le), n. m .
L e reste, c e qui reste.
Demeure (à), loc.
— B i e n fait, solidement. E x . C e t o u v r a g e est fait à de-
meure.
— T o u t à fait, absolument. E x . P i e r r e est b ê t e à demeure.
Demeure (en), loc.
E n position. E x . Je ne suis pas en demeure de faire cela.
B o s s u e t a dit : Je n'étais pas en demeure de ce côté-là, pour
en retard.
Demiard, n . m.
M e s u r e de liquides équivalant à u n e demi-chopine. En
roman, il y a le mot demion q u i y correspond.
Demi=lune, n. f. — T a b l e demi-ronde.
Demi-voix (à), l o c . — A m i - v o i x .
Demoiselle, n. f.
— Libellule.
— F i l l e . E x . C o m m e n t se porte v o t r e demoiselle ?
— Grosse demoiselle, demoiselle d u g r a n d monde, de qualité.
— Demoiselle à la mode, même sens.
Démon, n. m .
— G é n i e . E x . C ' e s t u n bon démon qui m ' a soufflé cette
idée.
— Etre en démon, fâché, irrité.
Démonne, n. f. — F e m m e maligne.
Démontant, adj.
D é c o u r a g e a n t . E x . I l pleut toujours, c'est démontant.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 231
Dent de chien, n. f.
Dent censée devoir pousser chez les enfants qui se refusent
de faire extraire leurs dents. S i Une dent t o m b e d'elle-
même, le premier chien qui passe l'avalera, et alors la
dent perdue sera remplacée par itne dent de chien.
Dent de l'œil, n. f. — Œ i l l è r e .
Denté, e, adj.
Endenté. E x . U n e personne m a l dentée, c'est p a s beau.
Dentelé, part. pass.
Garni de dents. E x . E n voici u n qui est bien dentelé, il a
des dents plein la bouche.
Dentisse, n. m.
Dentiste. E x . L e docteur I à n g u e t est u n bon dentisse, il
v o u s a r i a c h e les dents en criant ciseau.
* Dentisterie, ( A n g l . ) — A r t du dentiste.
Dénué, part. pass.
Dépourvu d'esprit. E x . Jean n ' e s t p a s bête, j e t'assure
q u ' i l n'est pas dénué autant q u ' o n le dit.
Déouacher, v. a.
Débucher, faire sortir l ' o u r s ou le castor de sa tannière.
Dépaler (se), v. pr.
Se mettre à l ' œ u v r e avec beaucoup d'entrain. E x . Enfin,
il s'est dêpalê, il travaille comme u n n è g r e .
Ce mot doit se dire d ' u n navire e n t r a î n é hors d e sa route
par les v e n t s ou les courants.
Dépareillé, adj. part.
— Q u i n'a pas d ' é g a l . E x . J'ai un remède dépareillé pour
la migraine.
— Déparié. E x . U n bas dépareillé.
Déparler, v . n.
— Délirer, dire des .choses insensées. E x . C e fiévreux
déparie, c'est g r a v e .
— E c o r c h e r les mots. E x . Q u ' a s - t u à déparler?
S'emploie en France pour dire d'un i n d i v i d u q u ' i l discontinue
de parler.
Département, n. m.
— Comptoir. E x . I^e département des tailleurs.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 233
D'équerre, loc.
N'être pas d'équerre, être de mauvaise humeur.
De qui, loc. — Qui. E x . De qui t'a parlé contre moi ?
De quoi, n. m.
— Moyens, ressources. C'est un i n d i v i d u qui a de quoi, on
dit même qu'il est t r è s riche.
— Cause, raison. E x . Je vous remercie de v o t r e cadeau.
— Il n ' y a pas de quoi.
De quoi que.
— Qu'est-ce que ? E x . De quoi qu'il est question ?
Dérail, n. m.
Substances grasses q u i entourent l e péritoine et les viscères
abdominaux. E x . Q u a n d nous aurons fini d'enlever le.
dérail, nous ferons nos cortons.
Dérailement, n. m. — Déraillement.
Dérailer, v . n.
— Dérailler, sortir de l a bonne v o i e . E x . E e s chars sont
dêrailês à Saint-Charles.
— Déraisonner. E x . Ce pauvre enfant est mûr pour l'asile,
il dêraile à tous propos.
Dérailler, v . n.
— E n l e v e r le gras du péritoine et des viscères de l'abdomen
du gros bétail.
— Déraisonner, d i v a g u e r . E x . C ' e s t u n e espèce de fou que
ce garçon-là, il déraille à tout instant.
Déralingué, adj.
E n loques, en grand désordre. E x . D ' o ù viens-tu, petit cou-
reux de chemins ? vois tes habits, ils sont dêralinguês.
T e r m e de marine, q u i signifie dégarnir de r a l i n g u e s (une
voile).
Dérangement, n. m.
— Maladie particulière a u sexe.
— Dispersion des A c a d i e n s en 1755, l ' a n n é e du g r a n d déran-
gement.
Déranger (se), v. pron.
— S'enivrer. E x . T u bois trop, m o n cher, tu es presque
constamment dérangé.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 237
De sans, loc.
Locution pour marquer l'oubli o u le manque d ' u n e chose sur
laquelle on a droit de compter. E x . Je lui avais recom-
mandé de m'apporter une boîte de marchandises de la ville,
et il est revenu de sans.
Expression usitée en Normandie et citée par Moisy.
Désapareille, a d j . part.
— Déparié. E x . Mes bas sont tous dêsaparcillés.
— Qui n'a pas son é g a l . E x . J'ai à mon service un servi-
teur dêsapareillé.
Désarber, v. a . — R e d r e s s e r (une f a u x ) (B. P . F . )
Désargenté, adj. p. — Etre à court d'argent.
Désarranger, v . a. — Déranger, changer de place.
Désarter, v. n.
— Défricher, abattre le bois dans les forêts.
— Déserter. E x . U n écolier qui dêsarte d u collège.
Désattacher, v . a. — Détacher.
Désatteler, v . a. et n.
— Dételer.
— Cesser tout travail (figur. )
Désavenant, a d j . — P a s agréable, pas avenant.
Désavisser, v . a. — Dévisser.
Descendable, a d j .
Qui peut être descendu. E x . C e t t e valise est trop pesante,
elle n'est pas descendable dans u n escalier.
Descendre, v. a.
A l l e r en aval d u fleuve Saint-Laurent. E x . Descendre de
Québec à C a c o u n a , de Cacouna à Matane.
Désembourber, v. a.
Tirer d'un tas de n e i g e le c h e v a l embourbé.
Désembourbé (se), v . pron.
S e tirer d'un embarras causé par u n amoncellement de neige.
Désemmancher, v. a. — E n l e v e r la manche d ' u n habit.
Désemmancher (se), v. pron.
Enlever ses h a b i t s e x t é r i e u r s .
Désempailler, v . a. — D é p a i l l e r , dégarnir de sa paille.
Désempaqueter, v . a. — Dépaqueter.
240 LE PARLER POPULAIRE
Désempester, v. a.
Enlever les mauvaises odeurs. E x . Désempester u n e cham-
bre de malade.
Désempêtrer, v. a. — Dépêtrer, délivrer.
Désempigeonner, v . a. — Enlever u n sort.
Désempiler, v . a. — E n l e v e r les pièces de bois mises en pile.
Désencadrer, v. a. — E n l e v e r le cadre d ' u n tableau.
Désencaisser, v . a. — Décaisser, tirer d ' u n e caisse.
Désencanter, v . a. — Décanter. V . c e mo t.
Désencapoter, v . a. — Oter son capot.
Désencapoter (se), v . a. — S e débarrasser de son capot.
Désencarcaner, v. a. — Oter le carcan.
Désencercler, v . a. — D é c e r c l e r , ôter les cercles.
Désenclaquer (se), v . pron. — O t e r ses claques.
Désencorner, v. a. — Décorner.
Désencrasser, v. a . — D é c r a s s e r . V . c e m o t .
Désendetter (se), v. pron.
S'acquitter de ses dettes. E x . Je m e désendette u n p e u tous
les ans.
Désendiabler, v . a. — D é t a c h e r .
Désenfarger, v . a.
Désentraver, ôter les enfarges à u n animal.
Désenfarger (se), v . pron.
Se débarrasser d ' u n embarras physique.
Désenfourner, v . a.
Défourner, tirer d u four. E x . Désenfourner u n e cuite de
pain.
Désengager, v . a . — D é g a g e r .
Désenganter, v. a. — O t e r les gants.
Désenganter (se), v . pron. — Oter ses g a n t s .
Désengendrer, v. a. — Détruire. V . D é g e n d r e r .
Désengerber, v . a. — Défaire une g e r b e .
Désengralsser, v . n. — Perdre sa graisse, m a i g r i r .
Désengrener (se), v . p r o n .
Se débarrasser. E x . Il se désengrène de ses mauvaises
habitudes.
Désenlaidir (se), v . p r o n . — D e v e n i r moins laid.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 241
Désenneiger, v . a. — E n l e v e r la n e i g e .
Désenrager, v . a.
Remettre q u e l q u ' u n e n son h u m e u r naturelle.
Désenrouler, v . a. — Dérouler.
Désentasser, v . a. — Détasser.
Désersterrer, v . a. — Déterrer, e x h u m e r .
Désentortiller, v . a. — Détortiller.
Désentourer, v . a. — C h a n g e r de milieu.
Désentourer (se), v . pr.
Faire le vide a u t o u r de soi.
Désenvelopper, v . a. — D é v e l o p p e r .
Désergoter, v. a. — E n l e v e r les o n g l e s d'un porc.
Déserrer, v . a. — Déserter.
Désert, n. m.
— Essarts, l i e u x défrichés.
— V i d e . E x . F a i r e le désert autour de soi.
Déserter, v . a. — Essarter, défricher.
Déserteux, adj. — D é s e r t e u r .
Déshabiller, v . a.
Dire à q u e l q u ' u n toutes ses v é r i t é s . E x . I l s'est fait désha
biller, c'est-à-dire q u ' i l s'est fait dire ses v é r i t é s sans en
oublier aucune, afin de mettre à n u tous les mauvais côtes
de l'individu.
Déshabiller (se), v . p r o n .
Oter son paletot, son pardessus, son chapeau. E x . Désha
billez-vous, Monsieur, nous allons faire la partie de cartes.
Désigner, v . a. — Dessiner.
Désoblier, v . a. — O u b l i e r .
Désolé au, loc.
Désolé. E x . Je suis au désolé de cette affaire épineuse, qui
m'arrive c o m m e u n coup de tonnerre.
Désorceler, v . a. — Désensorceler.
Désordre, adj. — S a n s ordre. E x . Cette personne est désordre.
Désosser (se), v . pron.
Ouvrir u n e articulation. E x . Se désosser le bras, la jambe.
Désoublier, v. a. — Oublier.
Désouler, v . a. — T i r e r q u e l q u ' u n de l'état d'ivresse.
16
242 LE PARLER POPULAIRE
Deuce, a d j .
D e u x . E x . C o m p t o n s nos piastres ensemble: une, deucc,
troisse.
Deuel, n. m. — D u e l .
Deuil (en), loc.
— Avoir les ongles en deuil, non écurés.
Deux, adj.
— Se fendre, se mettre en deux, faire un grand effort, proba-
blement moindre que lorsque l'on se fend en quatre.
— Marcher en deux, marcher en prenant une position très
courbée.
Dévaler, v . n. — Descendre. Expression acadienne.
Dévaliser, v. a.
Enlever le c o n t e n u . E x . D e s voleurs ont, la nuit dernière,
dévalisé les troncs de l ' é g l i s e de I^imoilou.
Devant, n. adv. e t p r é p .
— Auparavant.
— A v a n t . E x . Devant mon mariage. Devant de consentir
à cet arrangement.
— Vent devant, v e n t contraire.
— J'ai un peu d'argent devant moi, en ma possession.
— S'en aller les pieds devant, mourir.
— Prendre le devant, prendre les devants.
Devant de chemise, n. m. — Plastron.
Devant que de, loc.
A v a n t de. E x . Devant que de venir, tu m'avertiras.
Devantière, n. f.
— Tablier de femme.
— Devant d ' u n édifice.
Devanture, n. f.
— Devant, partie antérieure d ' u n e personne ou d'une chose.
E x . Mon enfant, tu as sali ta devanture. E a devanture
d'une maison.
— Propriété de g r è v e qui confine à la terre d ' u n cultivateur.
E x . V e u x - t u me louer ta devanture, pour y tendre une
pêche ?
Dévargondé, adj. part. — D é v e r g o n d é .
246 LE PARLER POPULAIRE
Dodicher, v. a.
— Bercer un enfant dans ses bras.
— Flatter. E x . Je n ' a i p a s besoin d'être dodichê pour faire
ce q u e j e dois faire, je suis t r o p v i e u x maintenant.
Dodiner (se), v . p r o n . — S e dandiner, se balancer.
Doigt, n. m.
— Ne pas faire œuvre de ses dix doigts, ne pas travailler du
tout.
—- Se faire cogner sur les doigts, réprimander.
— Mettre le doigt dessus, faire connaître clairement.
— Montrer du doigt, m a r q u e d'infamie.
— Etre unis comme les doigts de la main, g r a n d s amis.
— Ne pas mettre son doigt attfeti, avancer une chose.
— Se mordre les doigts, regretter u n e action.
— Se mordre les quatre doigts et le pouce, être très en colère.
Doigte, n. m. — D o i g t . E x . J'ai mal au petit doigte.
Doler, v . a.
Dégrossir un m o r c e a u de bois a v e c une h a c h e ou un couteau.
Doleur, n. m.
Celui qui d é g r o s s i t l e s troncs d ' a r b r e s avec une hache.
Doltires, n. f. p l .
T o u t ce qui est e n l e v é par u n instrument tranchant en dolant
du bois, m e n u s c o p e a u x .
* Dollar, (m. a.) — Piastre.
Dommage (beau), loc.
Certainement, sans a u c u n doute, pourquoi pas ? E x . Penses-
tu que les f ê t e s d u tricentenaire produiront un bon effet à
l ' é t r a n g e r ? — Beau dommage !
* Dompleines, n. f. p l . (Angl.)
Pâtisserie faite d e p o m m e s e n t o u r é e s de pâte et cuite a u
bain-marie.
Don, adv.
Doue. E x . D o n n e - l u i don une claque pour moi, je te la
rendrai.
Donaison, n. f.
Donation. E x . V a chercher le notaire C h a m b a l o n , je v e u x
faire une donaison.
LE PARLER POPULAIRE
:254
D'sur, prép. — D e s s u s .
Dû, part, passé de devoir.
Devoir arriver. E x . De train est dû à d i x heures.
* Dude, doude, (m. a.)
H o m m e élégant, fashionable, s y n o n y m e de petit crevé, en
France.
* Dull, dot, (m. a.)
— Sombre. E x . De temps est dull.
— Calme. E x . De commerce est dull.
* Dumb-bell, domm-bel, ( m . a.) — Haltère.
* D u m p l i n g , deum -pling, ( m . a.) — Chausson, pâtisserie.
V . Dompleines.
D'un sens, loc.
Sous certains rapports. E x . J'ai manqué mon v o y a g e
d'Europe, d'un sens j e n ' e n suis pas trop fâché.
Dur, n. et adj.
— Foie d'un animal. E x . N o u s allons manger du dur de
forçure.
— Difficile. E x . Des temps sont durs.
— Etre dur à son corps, ne p a s regarder à ses peines.
— Un dur à cuire, é n e r g i q u e .
— Dur à la détente, p a r c i m o n i e u x .
— Dur de gueule, c h e v a l difficile à contrôler par les rênes.
— Entendre dur, être presque sourd.
— Dormir dur, profondément.
— Coucher sur le dur, sur la dure.
— Taper dur, taper fort.
— Manger dur, m a n g e r beaucoup.
— Le vent souffle dur, violemment
— Etre dur à son mal, être peu sensible à la douleur.
Durante, p r é p . — D u r a n t . E x . S a v i e durante.
Durceur, n. f. — D u r e t é .
Durcir, v . n.
Devenir sourd. E x . Des oreilles l u i durcissent, il devient
sourd.
Durçon, n. m. — H o m m e sévère, qui tape fort.
* Duster, dosseteur, ( m . a.) — Cache-poussière.
2ÔO LE PARLER POPULAIRE
O Q
E
o o
Eau, n. f.
—/w* faire eau. E x . Notre chaloupe fait Veau,
vite gagnons terre.
— Faire de Veau, faire eau. E x . L e toit de ma maison fait
de Veau.
— Aller faire de Veau, aller puiser de l'eau dans un tonneau,
une barrique, pour abreuver le bétail.
— Etre tout en eau, avoir très chaud.
— S'en aller à Veau, courir à la ruine.
— Toviber de Veau, uriner.
Eau d'endormitoire, n. f.
Opium, ou tout médicament qui a l'effet de produire le som-
meil.
Eau de piaume, n. f.—Opium.
Eau d'érable, n. f.
Sève de l'érable recueillie au printemps, que l'on fait bouil-
lir pour fabriquer le sucre du pays ou d'érable.
Eau de vaisselle, n. f.
Tourner en eau de vaisselle, tourner à rien.
Eau salée, n. f.
Campagnes le long du fleuve Saint-Laurent où l'eau est
salée, E x . Nous irons passer l'été à Veau salée.
Eau (place d'), n. f.
Station balnéaire. E x . Cacouna et Malbaie sont deux pla-
ces d'eau toujours'populaires.
Eaux, n. m. pl.
Urines. E x . Etre gêné de ses eaux.
D E S CANADIENS-FRANÇAIS 2ÔI
Ebaroui, e, adj.
— Cuve, tonneau, tinette dont les douves, contractées par la
chaleur, laissent filtrer les liquides. E x . La tinette au
beurre est ébarouie.
— Courbaturé par un coup ou une chute.
Ebasourdir, v. a.
— Abasourdir, étourdir par le bruit. E x . Ebasourdi par
un fort coup de canon.
— Consterné. E x . La nouvelle de cette mort m'a ebasourdi.
Ebergiver, v. a. ( C l ) . — H é b e r g e r .
Ebouillanter, v. a.
— Infuser, échauder. E x . Marie, ébouillante le thé.
— Arroser par une évacuation d'urine. E x . Ce bougre
d'enfant m'a encore ébouillantée.
— Nettoyer un baril avec de l'eau bouillante.
— Brûler avec un liquide bouillant.
Eboulis, n. m.
Eboulement. E x . Il y a eu, cette nuit, un iboulis d'une
partie du cap Diamant.
Ebourifflant, e, adj.
Ebouriffant, extraordinaire, incroyable. E x . Une nouvelle
ébourifflante.
Ebouriffler, v. a.
Ebouriffer. E x . T u as les cheveux ébourifflés, tu as l'air
d'un sarpida.
Ebraillé, e, adj.— Déboutonné. E x . Avoir la gorge ébraillêe.
Ebrassement, u. m. (Cl.) — Embrassement.
Ebrèché, adj.
Brèche dans un râtelier. E x . Cet enfant a la bouche êbrechêe.
Ebrècher (s'), v. pron.
Se faire rouler. E x . Cette affaire est trop difficile à régler
pour lui, il va certainement s'êbrecher.
Ebriter, v. a.—Ebruiter.
Ebruter, v. a. —Ebruiter.
Ecale, n f.
— Coquille. E x . Cet œuf a Vêcale bien tendre, il doit être
frais pondu.
262 LE PARLER POPULAIRE
Echalote, n. f.
— Partir en baie d'échalote, partir à la course.
— Passer en baie d'échalote, passer rapidement.
Echange, n. f.
E c h a n g e , n. m . E x . J'ai fait l à une bonne échange.
Echangeage, n . m . — E s s a n g e a g e , action d'essanger.
Echanger, v . a.
Essanger, passer à l'eau d u l i n g e sale avant de le mettre à
la lessive.
Echantillon, n. m . — E c h a n t i l l o n .
Echantion, n. m . — E c h a n t i l l o n .
Echappe, n. f.
— Echarde, petit fragment d ' u n corps quelconque qui est
entré dans l a chair.
— Déversoir, endroit par o ù s'épanche l ' e x c é d e n t de l'eau
d ' u n marais, d ' u n é t a n g .
Echappée, n. f.
Moment d ' a b a n d o n . E x . C e t écolier a fait un mauvais
coup, m a i s ce n ' e s t q u ' u n e échappée.
Echapper, v . a.
— Laisser é c h a p p e r . E x . I l a échappé le c h e v a l en le menant
à l'écurie.
— Laisser tomber. E x . J'ai échappé mon chapeau au v e n t .
Echardronner, v . a.
Echardonner, arracher les chardons d'un jardin, d'un champ.
Echarogner, v . a.
— Briser à la surface. E x . L e pain est tout êcharognê.
— Couper m a l . E x . Echarogner un rosbif, la barbe, les
cheveux.
Echarognure, n. f . — D é c h i r u r e , écorchure.
Echarpe, n. f. — E c h a r d e . V . E c h a p p e .
Echarpe (en), loc. a d v .
— Qui d é p é r i t . E x . C e t enfant est en echarpe.
— E n pièces, en loques. E x . J'ai mis mon habit en echarpe.
Echarpiller, v . a.
— Echarper, mettre en charpie. E x . Echarpiller de la laine.
— Maltraiter.
264 1 3 PARLER POPULAIRE
Echarpir, v, a.
— Echarper. E x . A u j o u r d ' h u i , nous allons echarpir ce qui
nous reste de laine.
— Battre. E x . Cet enfant est si incommode, que j ' a i envie
de l'echarpir.
Echauder, v . a. et n.
— Attraper. E x . Je me suis fait echauder d e la belle façon.
— Infuser. E x . Marie, tu êchauderas d u t h é pour le souper.
— Brûler au soleil. E x . L e blé a êchaudé depuis la dernière
pluie.
Echauffaison, n. f.
Pleurésie g r a v e provenant d ' u n refroidissement, d u c h a u d et
du frette ; le chaud-refroidi dans le l a n g a g e berrichon et
angevin.
Echauffé, e, adj.
A v o i r la peau irritée par une légère inflammation, dans les
aisselles, dans les plis du cou. E x . U n enfant échauffé
au cou, dans l'aîne.
Echelle, n. f.
Echelette. E x . N o u s allons commencer nos foins, prépare
la charrette et n'oublie p a s les échelles.
Echenilier, v . a.
Critiquer à outrance un ouvrage, un l i v r e .
Echerpiller, v . a.
Echarpiller, écharper, mettre en charpie. D ' a p r è s Borel, ce
mot aurait signifié voler sur le grand chemin.
Echevinat, n. m . — E c h e v i n a g e , fonction d ' é c h e v i n .
Echiffe, n . f.
— Chiffe, mauvaise étoffe que l'on m e t au rebut, bouts de
laine hors d'usage.
— Chiffons, en général, v i e u x m o r c e a u x de toile et de coton
qui entrent dans la fabrication du papier d e l u x e .
Echiffer, v. a.
— Effiler, défaire un tissu fil à fil. E x . Echiffer une étoffe.
— Echarper. E x . Echiffer de la laine, d u crin.
Echiffoir, n. m.
Peigne dont se servent les cardeurs pour echiffer.
DE;S CANADIENS-FRANÇAIS 265
Echigné, e, n. et adj.
Personne malingre, souffreteuse. E x . Ho ! la grande échi-
gnêc, là-bas, tu te meurs !
Echigner (s')- v. pron.
Travailler au delà de ses forces. E x . Il faut s'êchigner pour
faire certains ouvrages.
Echiquette (à 1'), loc.
Mesquinement. E x . Payer ses comptes à déchiquette.
Echiquette (en), loc.
En échiquier. E x . Corder le bois en echiquette, faire un
plancher en echiquette. V . Achiquette.
Echo, adj. — Sonore. E x . L e temps est écho aujourd'hui.
Echouer (s'), v. pron.
— Atterrir, en parlant des loups-marins qui viennent au
rivage.
— Prendre pied. E x . Comment se fait-il que tu es venu
t'échouer chez nous ?
Echoueries, n. f.
Roches que la mer ne recouvre pas, et où les loups-marins
viennent se reposer.
Echousser, v. a.
Enlever les souches qui sont restées dans un terrain après
qu'on a abattu les aibres.
Eci, écitte, adv.
Ici. E x . Passe par écitte. — Par écitte nous sommes tous
rouges.
Eclater, v. n.
Fondre en larmes. E x . Quand il apprit la mort de sa mère,
il éclata. Eclater, pris absolument, veut dire éclater de rire.
v
Eclater (s'), - pron. — Eclater. E x . Il s'est éclaté de rire.
Eclipe, n. f. — Eclipse.
Eclôre, v. n. et a. —Eclore.
Ecluse, n. f.
Lâcher l'écluse, ne vouloir plus se taire.
Ecocher, v. a.
Détacher les débris de la partie ligneuse du chanvre ou du
lin.
266 LE PARJ.KK POPULAIRE
Ecourté, e, a d j .
— T r o p c o u r t . E x . U n e robe écourtêe.
— E t r e affublé d ' u n h a b i t trop court. E x . U n e personne
écourtêe.
Ecourtiché, e, a d j .
Porter un h a b i t t r o p court. E x . U n e petite fille êcourtichêe.
Ecourtiller, v . a. — E c o u r t e r . E x . A v o i r une mine êcourtillêe.
Ecoute, n. f.
Filer grande écoute, aller u n train d'enfer.
Ecouter dire, loc.
— Ecouter p a t i e m m e n t . E x . I l m ' a p a r l é pendant u n e
grosse h e u r e , et je l'ai écouté dire tout le temps sans d i r e
un mot.
— E n t e n d r e dire. E x . Je l'ai écouté dire des choses insen-
sées.
v r o n
Ecouter ( s ' ) . - P -
S o i g n e r sa santé, en se c r o y a n t p l u s malade q u ' o n ne l'est.
E x . T u t écoutes trop, t u n ' e s t pas aussi malade que tu
penses.
Ecquêt, n. m .
A c q u ê t . E x . T u as p l u s d'ecquêt d'aller te coucher, il est.
tard.
Ecrabouiller, v . a.
Ecraser, m e t t r e e n bouillie. F o r m e du v i e u x français escra-
bouiller, acrabiller.
Ecrapoutir, v . a.
— Faire s u c c o m b e r dans la l u t t e . E x . S'est-il fait ecrapoutir,
ce vilain m e n t e u r ? I l a enfin trouvé son maître.
— A p l a t i r et d é f o r m e r u n corps par un c h o c violent ou u n e
pression. E x . J'ai r e ç u u n coup de p o i n g qui m ' a Sera-
pouti le n e z .
E n A n j o u , ecrapoutir c o m p o r t e l a même signification.
Ecrapoutir (s'), v . pron.
— S ' é c r a s e r p a r terre en p r e n a n t le moins d'espace possible.
— S'effacer d e v a n t q u e l q u ' u n a u point de faire disparaître
sa p e r s o n n a l i t é .
— S e déformer.
268 LE PARLER POPULAIRE
Ecumoire, n. f.
Avoir la figure comme une écumoire, avoir la figure marquée
par des pustules varioliques.
Ecurer (s'), v . pron.
S'éclaircir, E x . E e temps commence à s'éatrer.
Ecureu, n. m.
Ecureuil. E x . M a foi â'écureu !
Ecureuil volant, n. m. — Polatouche du Canada.
Ecuyer, n. m .
Ce mot était usité dans le p a y s avant q u e nous l'eussions
traduit de l ' a n g l a i s . C u g n e t et Berthelot, avocats, por-
taient le titre d ' é c u y e r avant la cession du Canada à l ' A n -
gleterre par l a F r a n c e . C u g n e t le prend dans son livre, un
des premiers imprimés à Q u é b e c . Il est v r a i que c'était
sous le r é g i m e anglais. N o u s lisons sur le Traité des Hy-
pothèques de B a s n a g e « H e n r y Basnage, E c u y e r , A v o c a t
au Parlement de N o r m a n d i e » . Les raisons que l'on donne
pour abandonner ce titre, n ' o n t rien à faire avec la gram-
maire et l ' é t y m o l o g i e . E l l e s s'adressent au bon g o û t
seulement ; du reste, c o m m e pour le mot Orateur. La
question se t r o u v e r é g l é e par la dernière édition l u Dic-
tionnaire de l ' A c a d é m i e . D a n s les Registres du Conseil
Souverain, plusieurs de ses membres et des parties qui
comparaissaient devant l u i , sont qualifiés d'écuyers. Le
titre n'est donc pas de provenance anglaise. A u contraire,
il est très probable que ce sont les A n g l a i s qui l'ont em-
prunté a u x N o r m a n d s .
Eduquer, v. a.
Instruire. E x . M o n enfant est bien éduqué.
Efface, n. f.
Gomme élastique qui sert à enlever les marques du crayon
ou de l'encre.
Effaçoir, n. m . — G o m m e élastique.
Effalé, e, a d j . — Q u i a la g o r g e découverte, l a /aile à l'air.
Effardocher, v. a.
Enlever les /ardoches, les broussailles, les j e u n e s pousses des
arbres v i v a n t s o u morts, essarter.
270 LE PARLEE POPULAIRE
Effet, o. m.
— Faire effet, produire de l'effet. E x . T u me diras si rues
remèdes ont fait effet.
— Faire de Veffet, produire de l'impression.
— En effet de, en fait de. E x . Ce que je préfère en effet de
sucreries, c'est le chocolat.
— Si c'est un- effet de votre bonté, si vous avez la bonté.
l o c ré
Effet que (à 1'). - P P-
— Clause statuant telle ou telle chose.
— A savoir, c'est-à-dire.
Effette (en), loc. adv. — En effet.
Effeuiller, v. a.
Feuilleter, tourner les feuillets.
Effieller (s') v. pron.
Se rendre malade. E x . Cet enfant s'est effîellê en jouant,
(comme si le fiel était en cause).
Effilandre, n. f.
Filandre, fibrille qui se rencontre dans une viande coriace.
Effilandrer, v. a.
Enlever les filandres.
Effleurer, v, a.
Affleurer. E x . Vois là-bas cette roche qui effleure l'eau.
Effrayable, adj.
Effroyable. E x . Il fait une tempête effrayable.
Effrayamment, adv.—Effroyablement.
Effrayant, adj. part.
C'est beau, effrayant, c'est extraordinairement beau, telle-
ment beau que je suis stupéfié.
Effuser, v . a.
Infuser. E x . Effusez le thé, Marie, et assurez-vous que
l'eau bouille à gros bouillons.
Egail, n. m.
Rosée. Mot employé par les Acadiens pour désigner la rosée
du matin qui se dépose en gouttelettes sur les feuilles.
Egail est cité par Monet dans le même sens.
Egaler, v. a.
Enlever les gales qui se forment sur une plaie, un ulcère.
DBS CANADIENS-FRANÇAIS 271
Eléxï*"' n, m . — E l i x i r .
u é
E I i f ï ^ > e, n. m. et f.
p e r s o n n e grande et fluette. E x . C'est un grand élinguê.
TJne élingue est une corde pour soulever les fardeaux.
E l i s a W e , adj. — Qui peut être élu.
E l o ë z e , n. m.
g e l air. Expression acadienne. Borel cite le mot éloèse pour
éclair. Vient du latin ehteere, éclairer.
Eloridation, n. f. — Inondation.
g l o r i d e r , v. a. — Inonder. E x . L,e ruisseau est élondê.
E l o n g e r , v. a. — Porter. E x . Elonger un coup de pied.
E l o n g - e r (s'), v. pron.
_—• S'étendre de tout son long. E x . Il s'est élongê sur la
g l a c e en patinant.
S'étirer, s'allonger en étendant ses membres. Ex. Sê-
longer dans son lit.
E l u r e , v. a. — Elire.
E m a g i n a t i o n , n. f. — Imagination.
EiwagJner, v. a. — Imaginer.
E m a n a t i o n , n. f.
E m i s s i o n . E x . E'êma?iation d'un bref.
E m a n e r , v. a.
H,artcer, émettre. E x . Emaner un bref, un mandat.
Embahouiner (s')» v. pron.
S ' e n v e l o p p e r la figure avec soin, de manière à ne laisser voir
q u e le bout du nez.
E m bâclage, n. m.
E m b a r r a s , obstacle. D'après Oudin, embâcles disait jadis.
Smbâclage se dit encore d'un accoutrement singulier.
E m b â c l e r , v. a.
S e faire prendre dans une mauvaise affaire. E x . Nous
v o i l à bien embâcles, avec cette affaire sur les bras.
E m b â c l e r (s'), v. pron.
S ' e m b a r r a s s e r . E x . Je me suis embâcle dans une affaire qui
naenace de me ruiner.
E m b a r c a t i o n , n. f.
A - f f a i r e . Ex. J'ai acheté des actions de la Compagnie
18
274 LE PARLER POPULAIRE
Embouffeteur, n. m. — Q u i embouffette.
Embourber, v . a.
— E n g a g e r dans la n e i g e . E x . M o n c h e v a l est embourbé,
detelons-le.
— E n g a g e r dans un travail de l o n g u e haleine et rempli de
difficultés.
Embourber (s'), v. pron.
— S ' e n g a g e r dans un banc de neige.
— S e livrer à des t r a v a u x multiples dont on ne peut pré-
voir l'issue.
Embourrer, v . a.
Envelopper. E x . Embourre-moi ce p a q u e t de l i n g e ?
Embouveter, v . a. — V . Embouffeter.
Embrassement, n. m .
Embrasement, action d ' é l a r g i r de d e h o r s en dedans la baie
d ' u n e porte pour donner du jeu a u x battants.
Embrelicotage, n. m. — Confusion, brouillamini.
Embrelicoter, v. a. — E m b r o u i l l e r .
Embreunir, v . pron.
S'embrunir, se couvrir. E x . E e temps s'embreunit.
Embrocher, v . a.
Mettre du poisson en broche, pour former une brochelée.
V . Broche et Brochetée.
Embrouille, n. f.
Embarras, confusion. Imbroglio des Italiens.
Eméché, adj.
Pris de vin. E x . M o n garçon, tu c o m m e n c e s à ê t r e pas mal
émêché,
Emécher, v. a . — M o u c h e r . E x . Emêchcr la chandelle.
Emérillon, n. m. — E p e r v i e r brun, o u faucon des marais.
Emiocher, v. a . — E m i e t t e r .
Emîtation, n. f.
Imitation. E x . C e s meubles ne sont p a s en c h ê n e solide,
mais en imitation.
Emite, n. f.
Limite. E x . Il y a des émîtes à tout. Il fait beau sans
émîtes.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 277
Emiter, v . a. — I m i t e r .
Emmaigrir, v . a. et n. — A m a i g r i r .
Emmalicer, v . a . — R e n d r e malin.
Emmaler, v . a. — Mettre d a n s u n e malle.
Emmancher, v. a.
— Ktre pris d a n s une m a u v a i s e affaire. E x . S'est-il fait
emmancher u n peu ?
— Habiller, v ê t i r . E x . N e v a pas sortir emmanché c o m m e
cela.
Emmanchure, n. f.
— Affaire m a l conduite. E x . ije suis pris dans une triste
emmanchure.
— Manière dont u n outil est emmanché.
— H a b i t m a l fait. E x . Q u e l l e emmanchure as-tu sur le dos ?
Emméliorer, v . a . — A m é l i o r e r .
Emmenable, adj.
Qui peut être e m m e n é . E x . Habillé comme tu es, mon
petit, tu n ' e s p a s emmenable.
Emménager, v . a.
Mettre a u x b o n s endroits les collets, les trappes destinées à
prendre les a n i m a u x à fourrures. ( T e r m e de vénerie.)
Emmener, v . a.
A m e n e r . E x . C e t hiver, il n e i g e tous les jours que le B o n
Dieu emmène.
Emmerdement, n. m. — E n n u i profond.
Emmerder, v . a. — T r o m p e r grossièrement.
Emmerder (s'), v . pron. — S ' e n n u y e r beaucoup.
Emmiâler, v . a.
Tromper c o m m e un chat, chercher â séduire par des a v i s
d o u c e r e u x , leurrer.
Emmitainer, v . a. — M e t t r e des mitaines.
Emmitainer s', v . pron. — S e mettre des mitaines.
Emmitoner (s'), v . p r o n . — M e t t r e ses mitons. V . M i t o n .
Emmouracher (s'), v . pron. — S'amouracher.
Emmurailler, v . a.
Emmurer, enfermer entre des murailles.
Emouchettes, n. f. pl. — M o u c h e t t e s ,
278 LE P A R L E E POPULAIRE
Emplâtre, n. m. et f.
— Personne gauche et un peu niaise. E x . Quel emplâtre
que j ' a i là à mon service.
— Emplâtre, n. m. E x . Une bonne emplâtre de moutarde.
Emplayer, v. a.
Employer. E x . Moi femplaye cinquante mains.
Emplette (faire), loc.
Devenir père d'un nouvel enfant. Ex. Me dirais-tu qui ce
qui vient de faire emplette f Entends-tu les cloches qui
sonnent le baptême ?
Empleyer, v. a —Employer.
Emplir, v. a.
— Ne pas tarir en racontars. E x . Ne viens pas m'emplir
comme tu as déjà fait.
Emplois, n. m.—Empois.
Empocher, v. a.
— Blouser. (Terme de billard).
— Mettre en poche, en sac. E x . Empocher des patates,
des carottes, des navets.
Empocheter, v. a.
Empocher, mettre dans sa poche. E x . Empocheter des mar-
bres.
Empoélure, n. f.
Substance charbonneuse qui se dépose à la surface extérieure
des chaudrons exposés au fèu.
Empoisonner, v. a.
Sentir mauvais. E x . Sauve-toi, mon petit salaud, tu em-
poisonnes tout le monde.
* Emporter, v. a.
— Adopter. E x . Cette motion .sera-1-elle adoptée ? Empor-
tée, carried. (Angl.)
— Enflammer. E x . Cet enfant a toute une joue emportée.
— Emporter le morceau, réussir d'emblée.
Emprêter, v. a.
Emprunter.
Empunaisé, e, adj. part.
Infesté de punaises.
2 g Q L ï î pARI-ER POPULAIRE
En, adv.
— Passer en belette, file* o ™ -
— Marcher en bedeau, marcher avec ordre.
— Passer en souris, f u i r honteux.
— Voir tout en soleil, avoir des éblouissements.
En aiguillettes.-V. A i g u i l l e t t e s .
En approbation.-V. Approbation.
En a r r a c h e r . - V . A r r a c h e r .
Enarvement, n. m. — lînervement.
Enarver, v. a . — E n e r v e r .
En bas de, loc. adv.
0
Au-dessous. E x . L e thermomètre marque 5 en bas de zéro.
Emu, e, adj. part.
Sous l'effet des s p i r i t u e u x . E x . J e commence à être légè-
rement ému, je m ' e n aperçois.
Encabaner (s'), v. p r o n .
— Se réfugier dans s a cabane, dans sa maison, pour y
séjourner.
— Se couvrir la figure d'une manière presque complète.
Encache, 11. f. — E n v e l o p p e de lettres.
Encadrage, 11. m. — E n c a d r e m e n t .
Encager, v. a. — M e t t r e en prison.
Encalifourchonner, v . a . — Mettre à califourchon.
v
Encalifourchonner (s')» - pron.
Se mettre à califourchon.
Encalmé, e, adj. — V a i s s e a u pris dans une accalmie.
Encan, n. m.
— Par encan, à l ' e n c a n . E x . Fais-tu vendre ton ménage
par encan ? Oui, par encan.
— Faire encan, v e n d r e à l'encan.
Encanter, v. a. — V e n d r e à l'encan. V . Aucauter.
Encanteur, 11. m.
Commissaire-priseur. E x . 1 * meilleur encanteur de Qué-
bec, c'est M. M a x i m e .
Encapoter, v. a.
Mettre un capot sur l e dos d'un autre. E x . J e vais Venca-
poter, afin de m é n a g e r ton rhumatisme.
DBS CANADIENS-FRANÇAIS 2
Encrotté, e, adj.
Rempli de crottes. E x . A v o i r le nez encrotté.
Encrucher, v. a. - Mettre en cruche.
En deci, loc. adv.
D'ici à. E x . Je te paierai en deci N o ë l .
Endécis, a d j . — Indécis.
En dedans de, loc. adv.
En moins de. E x . Mon cheval fait son mille en dedans de
trois minutes.
Endéhorer, v. a.
Sortir. E x . Endêhore-moî l a porte au plus vite, ou j e vais
me fâcher.
Endémené, ée, adj.
Espiègle, turbulent, évaporé. E x . C e t enfant est endé-
mené. Expression très en v o g u e autrefois en F r a n c e .
(Lac. de S. P.)
En démon, loc. — F u r i e u x .
En dessous, loc. adv.
Hypocrite, sournois. E x . Cette fille m e paraît en dessous.
Endéver, v . a.
Impatienter. E x . Je l'ai fait endéver de mon m i e u x . D u
français diable, de l'italien diavolo, de l'anglais devil.
En devoir, loc. — V . Devoir.
En diable, loc. — E n furie.
Endorniable, adj.
Qui peut être endormi. E x . Des eufants qui ne sont pas
endormables.
Endormir (s'), v. pron.
— Se rebuter, se lasser. E x . C ' e s t u n paresseux, il s'en-
dort sur son ouvrage.
Endormitoire, n. f.
;
Sommeil. E x . T u ne dors pas, prends de l ' e a u d 'endormi-
toire. V e r s d i x heures, Vendormitoire me prend, et j e me
flanque au lit.
Endos, n. m.
Endosse, trouble, peine, ennui. E x . C ' e s t toujours le pau-
vre qui a l'endos.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 283:
Endreit, n. m.
— Endroit.
— Pays natal. E x . Nous sommes tous les deux du même
endreit.
Endreitte (à 1'), loc.
Côté par lequel une chose doit être regardée. E x . Regarde
à Vendrette plutôt qu'à l'envers. En France on dit à
Vendrette pour envers, vis-à-vis.
Endurer, v. a.
— Tolérer. E x . Je l'endure, celui-là, mais ça force.
— Avoir besoin. E x . Il fait froid, /endurerais bien un
manteau pesant.
Endurer (s'), v. pron.
Supporter la douleur. E x . J'ai un si gros mal de tête, que
je ne suis plus capable de m'endurer.
En échiquette.—V. Echiquette.
Enfaîter, v. a.
Emplir jusqu'au faîte. E x . Nos foins sont terminés, la
grange est enfaîtêe.
Enfaller, v. a.
Se dit des volailles qui n'ont pas pu digérer les aliments
contenus dans leur falle (jabot)
Enfaller (s'), v. pron.—S'engouer.
Enfance, n. f.
Sénilité. E x . Ce vieillard est en enfance, c'est certain, il a
des paroles écartées.
Enfant de chienne, n. m.
Expression grossière à l'adresse d'une personne tarée.
Enfant du diable, n. m. —Bête puante, putois.
Enfarges, n. f. pl.
Entraves mises aux chevaux ou aux bœufs pour les empê-
cher de sauter les clôtures.
Enfarger, v. a.
— Mettre les enfarges à un cheval.
— Réduire quelqu'un â l'impuissance.
v
Enfarger (s'). - pron.
— S e fourrer dedans.
284 I.E PARLER POPULAIRE
Engrandir, v. a.— A g r a n d i r .
Engrener, v. a.
S'enraciner. E x . Il ne faut pas laisser engrener le mal
avant qu'il soit trop tard.
Engrener (s'), v. pron.
— Accoutumer. E x . Je suis tellement engrené dans cette
affaire, que je me crois indispensable à c e u x qui l'ont
entreprise.
— Persister. E x . Pourquoi s'engrener dans cette mauvaise
habitude de trop boire de vin ?
En gribouille. — E u difficulté, en c h i c a n e .
Enguenillé, e, adj — D é g u e n i l l é .
Engueulade, u. f. — A c t i o n d ' e n g u e u l e r .
Engueulement, n. m . — A c t i o n d ' e n g u e u l e r .
Engueuleur, n. m.
Celui qui engueule, qui dit de grossières injures a u x autres.
Engueuler, v. a. — Dire de grosses injures.
Enguiabler, v. a. — Endiabler.
Enhuiler, v. a. — O i n d r e d ' h u i l e .
En j'haut, prép. — E n haut.
Enjôleux, euse, n. et a d j . — Enjôleur.
En l'air, loc.
— Evaporé. E x . U n e j e u n e fille en F air.
— Dans un endroit é l e v é . E x . M o n t e r en l'air, sauter en
l'air, grimper en l'air.
— Gai, j o y e u x . E x . C o m m e tu es en / ' a z > a u j o u r d ' h u i , s u r
quelle herbe as-tu p i l é ?
Enlargir, v. a. — E l a r g i r .
Enlever (s'), v. p r o n . — S ' e n aller.
Enlourdir, v . n. — A l o u r d i r .
En mains, loc. — E n caisse.
Enmialer, v . a . — V . A m i a u l e r .
Enmoyenné, e, adj.
En moyen. E x . Quand j e serai plus enmoyenné, j e te paierai.
Enneiger, v. a.
Couvrir de neige. E x . S i tu v e u x conserver tes viandes
durant l'hiver, mets-les dans un baril et enneige-les.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 287
v
Enneiger (s'). - p r o n .
Etre couvert de neige. E x . Il fait une t e m p ê t e épouvanta-
ble, me voilà t o u t enneigé.
Ennicher, v. a. — M e t t r e dans une niche.
En nuit. — D u r a n t l a nuit.
Ennuyant, adj.
E n n u y e u x . E x . D i e u , que c'est ennuyant !
Ennuyer (s') de quelqu'un.
Eprouver de l ' e n n u i de son absence.
Ennuyeux (être), loc.
S'ennuyer d ' h a b i t u d e . E x . Je suis incapable de m'absenter
de chez moi pour p l u s d ' u n e semaine, je suis trop ennuyeux.
Enondation, n. f . — I n o n d a t i o n .
Enonder, v . a. — Inonder.
* En opération, loc.
E u vigueur. E x . Cette loi sera mise en opération, aussitôt
qu'elle aura été sanctionnée par le lieutenant-gouver-
neur. (Augl.)
En outre, loc. a d v .
Outre. E x . Q u ' e s t - c e q u e tu v e u x en outre de ce que je
t'ai déjà d o n n é ?
En par (d'), loc. adv.
— D è s le m o m e n t m ê m e . E x . C'est fini oV en par là.
— A partir de. E x . D'en par a u j o u r d ' h u i , j e ne reconnaî-
trai plus tes dettes.
En petit, loc.
Servir la messe en petit, remplir les fonction d'acolythe.
En plein. — B e a u c o u p .
Enque, n. f. — E n c r e .
En quelque part, loc. adv.
Quelque part. E x . I l est allé en quelque part.
Enrager, v. n.
Etre tourmenté d ' u n désir violent. E x . J'enrage d'aller
me promener a u x Etats.
En rapport avec, loc.
A u sujet de. E x . M . l ' a v o c a t est v e n u à Québec, en rap-
port avec l'affaire de la b a n q u e de S t - P i e r r e .
288 US PARLER POPULAIRE
Ensembler, v. a . — A s s e m b l e r .
En snette, loc. — E n boisson depuis p l u s i e u r s jours.
En sorcier, loc. — E n furie.
* En style, staïle ( A n g l . )
— Bien habillé, bien mis.
— Bien disposé, en joie.
Ensumencer, v . a. — E n s e m e n c e r .
DES CANADIENS-FRANÇAIS 289
Entaille, n. f.
Incision faite à l ' é r a b l e pour permettre à la s è v e de s'écouler.
Entailler, v . a.
— Faire une i n c i s i o n à l ' é c o r c e de l'érable pour permettre à
la s è v e de s ' é c o u l e r .
— Fabriquer du sucre d'érable. E x . Entaillez-vous, ce
printemps? — S a n s doute, j e v a i s commencer demain.
Entarder (s'), v . p r o n . — S ' a t t a r d e r .
En temps, loc.
— A l ' h e u r e f i x é e d ' a v a n c e . E x . L e train est-il en temps ?
— A temps. E x . T u t â c h e r a s d'arriver en temps.
Entendement, n . m .
— O u ï e . E x . I l est un p e u d u r d * entendement.
— Entente. E x . I l n ' y a p a s d'entendement possible avec
un être c o m m e ç a .
Entendre, v. a.
— Entendre dur, a v o i r l ' o r e i l l e d u r e .
— Etre sourd d'une oreille et ne pas entendre de l'autre, être
complètement s o u r d .
— Ne pas entendre de cette oreille-là, ne pas l'entendre de
cette façon.
Enterfaite, n. f . — E n t r e f a i t e .
Enterprenant, a d j . — E n t r e p r e n a n t .
Enterprendre, v . a. — E n t r e p r e n d r e .
Enterprise, n. f . — E n t r e p r i s e .
Enterrable, a d j . — Q u i p e u t ê t r e enterré.
Enterrement, n. m .
Ereintement. E x . C e b e a u p a r l e u r n'a pas é t é h e u r e u x ;
son adversaire l u i a servi u n enterrement de première
classe, tout e n le c o u v r a n t de fleurs.
Enterrer, v . a.
C o u v r i r . E x . V a v o i r d a n s l a c o u r si ton traîneau n'est pas
enterré dans l a n e i g e .
— Fêter. E x . N o u s allons, ce soir, enterrer le mardi g r a s .
v
Enterrer (s'). - p r o n .
E t r e s u r c h a r g é . E x . Je s u i s enterré dans l ' o u v r a g e depuis
un mois.
19
290 LE P A R L E R POPULAIRE
* Entertainement, (m. a . ) — D i v e r t i s s e m e n t .
Entertiendre, v . a. — Entretenir.
Entêter, v. a.
Causer des m a u x de tête. E x . Ce parfum-là entête.
Enteur, prép.
Entre. E x . T u passeras enteur d e u x .
Enteurse, n. f.
Entorse. E x . Je me suis fait une enteurse à la j a m b e .
Entièrement, adv. — Entièrement.
Entôlage, n. m . — A c t i o n d'entôler.
Entôler, v . a.
Poser de la tôle. E x . Entôler un p o ê l e .
Entome, n. f.
Entame. E x . & entome d ' u n pain. R a b e l a i s a écrit entomme.
Entomer, v. a. — Entamer.
Entonne, n. f. — Entonnoir.
Entonnoir, n. m .
Buveur. E x . Quel entonnoir que cet i v r o g n e !
Entonnoué, n. m . — Entonnoir.
Entortiller, v . a. — Circonvenir, tromper.
Entortiller (s'), v . pron.
Se vêtir chaudement.
Entour, adv.
Autour. E x . Je l'ai toujours entour de m o i .
En tous les jours, loc.
E n habit de semaine. E x . Je suis dans mon en tous les
jours, j e n'irai pas à l ' é g l i s e comme c e l a .
Entrage, n. f.
Ouverture donnée à u n hameçon p o u r former la courbe
voulue.
En train (se mettre), l o c . — S ' e n i v r e r .
Entre ci, adv.
D'ici à E x . Entre ci P â q u e s , il y a q u a r a n t e jours.
Entre-cloison, n. f.
Cloison en bois lattée, et préparée p o u r recevoir le c r é p i .
Entre-deux, n. m .
Séparation entre d e u x stalles (barrures) d ' é c u r i e .
DES CANADIENS-FRANÇAIS 29I
Envelimure, n. f.
Plaie ou coupure infectée p a r le contact d ' u n insecte veni-
meux.
Envers (à 1'), loc. adv.
— Bouleversé. E x . Q u ' a s - t u ? t u m e parais tout àVenvers.
— Tourner son capot à l'envers, c h a n g e r de parti politique.
En v e u x - t u en v'ià, loc.
En grande abondance. E x . Des noisettes, cette année, il
y en a en veux-tu en v 'là.
Envieux, n. m.
Envie, petite pellicule qui se détache de la peau autour des
DES CANADIENS-FRANÇAIS 293
— Qui rode ci et l a a v e * - r
n • , _ A * tout ce qui lui tombe sous la m a i n .
u i
— Qui s empare d e i o ^
Envriller, v. a . — V r i l l e r .
Epalller, v. a . — D i s p e r s e r .
Epailler (s'), v. p r o n . — S e disperser.
Epais, se, adj.
— E n quantité. E x . A force de d é p e n s e r son a r g e n t , à la
fin il ne lui en r e s t e r a p a s épais.
— Chargée, en p a r l a n t d e la l a n g u e . E x . Avoir la langue
épaisse.
— Saint-Epais, i n d i v i d u lourd, grossier.
— Ne pas en avoir é_pais sur le brochet, être très m a i g r e .
— Etre épais dans le plus mince, être très lourd d ' e s p r i t .
Epanouir (s'), v. p r o n .
Fromage qui p r e n d l a consistance d e la crème. E x . U n
fromage raffiné q u i .s 'épanouit.
Epargne, n. f. — S u r t o u t de table.
v
Eparpailler, v . a.
Eparpiller, r é p a n d r e s a n s ordre. E x . L e foin v&têparpaillê
dans la g r a n g e .
Eparpillage, n. m.
Eparpillement, a c t i o n d ' é p a r p i l l e r .
Epatant, adj. — E t o n n a n t . E x . C e g-as-lk est épatant.
Epaté, e, adj.
Abasourdi, dans u n g r a n d étonnement. E x . Je s u i s allé
voir lespageants, e t j ' a i é t é épaté.
Epatement, 11. m . — A c t i o n d'épater.
Epater, v . a. — E t o n n e r .
Epater (s'), v . p r o n . S'étonner.
EpatrouiHant, adj. — E p a t a n t , étonnant.
Epatrouiller, v. a. — K t o n n e r outre m e s u r e .
Epaule, n. f.
— Avoir les épaules larges, pouvoir e n d u r e r b e a u c o u p .
DES CANADIENS-FRANÇAIS
295
Equeuter, v. a.
Enlever la q u e u e . E x . Equeuter des pommes, des cerises.
Equilatéral, a d j .
Indifférent. E x . C e l a m'est pas mal êquilatêral.
Equilibre (sur I ' ) , l o c .
Indécis. E x . J e s u i s sur Véquilibre pour pouvoir dire si je
partirai.
Equiôlé, e, a d j . — E t i o l é .
Equipage, n. f.
Dégât. E x . E e s e n f a n t s ont étendu toutes leurs bébelles au
beau milieu d e l a place, c'est pas qu'une petite équipage.
Molière a e m p l o y é ce m o t pour désigner costume, et La
Fontaine p o u r meubles.
Equiper, v. a.
— Salir. E x . C o m m e je passais au coin, je me suis étendu
tout de m o n long-, et j ' a i équipé mes pantalons.
— Dans une s i t u a t i o n pénible. E x . E n voilà un qui eu a
grand à! équipé.
— Malade, b l e s s é . E x . J e me suis fait mal à la main en
tombant, r e g a r d e comme j ' a i le pouce équipé.
Equiper (s'), v . prou.
— S e salir. E x . S'équiper les pieds en marchant dans la
boue.
— S e blesser. E x . Je m e suis équipé la jambe sur une
pierre.
Equipet, n. f.
Petit c o m p a r t i m e n t dans u n g r a n d coffre, où l'on dépose les
menus o b j e t s . P r o b a b l e m e n t du mot êclipequc, qui, en
France, v e u t a u s s i dire tiroir latéral d'un coffre.
Equipollent ( e n ) , l o c . adv.
A F equipollent, é q u i v a l a n t . E x . Tu me donneras ce que
t u voudras, m a i s en equipollent de ce que je t'ai donné.
Erable bâtarde, n . f . — E r a b l e à épis.
Erable sirop (d')> n . m .
Sirop fabriqué a v e c l'eau ou la sève extraite de l'érable.
Erablière, n. f. — F o r ê t d'érables.
Erailler, v. a. — E c o r c h e r légèrement, effleurer la peau.
298 LE PARLER POPULAIRE
v
Efailler (s'). - p r o n . — S'érafler.
Erbière, n. f.
Estomac des ruminants. E x . Je l u i arraché Y erbière. L,a-
curne de Sainte- Pallaye cite ce m o t .
Ereinte (à toute), loc.
De toutes ses forces. E x . Je l'ai p o u r s u i v i à toute êreinie,
et j e n'ai p u l'attraper.
Èrer, v . n.
Errer. E x . S i tu laisses erer tes a n i m a u x , tu seras pour-
suivi par la municipalité.
Erésipèle, n. m . — E r y s i p è l e .
Eridelle, n. f.
Ridelle. E x . Mets les êridelles à la charrette à foin.
Erien, a d v . — Rien. E x . Je travaille p r e s q u e pour erien.
Erifler, v. a. —Effleurer la peau.
Eriflure, n. f . — E r a f l u r e , l é g è r e é c o r c h u r e .
Eripiaux, n. m . pl. — Oreillons.
Erlevée, n. f . — R e l e v é e , l'après-midi.
Erocher, v . a.
Enlever les roches, les pierres d ' u n c h a m p .
Eronce, n. f . — R o n c e .
Eronde, n. f.
Aronde. E x . Ma maison de c a m p a g n e est bâtie à queue
àSêrônde.
Erre, n. f. — A r r h e . E x . Donner u n e piastre à'erre. V . A i r .
Erusser, v. a.
— Détacher les feuilles d ' u n e plante en faisant glisser dans
la m a i n , d e bas en haut, l a tige q u i les porte. L,'origine
de ce mot vient d u fait q u ' o n cueillait les feuilles d u lierre
(éru) a u m o y e n de ce procédé.
— User. E x . T u as érussé tes culottes a u g e n o u x .
Erysipère, n. m . — E r y s i p è l e .
Escabeau, n. m.
— Tabouret, petit meuble q u ' o n m e t sous ses pieds.
— E c h e l l e double, échelle de peintre, d e tapissier, de libraire.
Escafignon, n. m.
Cafignon, chausson. E x . Quelle odeur abominable ! ça sent
DES CANADIENS-FRANÇAIS
Esquelette, n. m .
Squelette. E x . E t r e maigre comme un esquelette.
Esquis, e, adj. — E x q u i s , se.
Essaye, n. m.
Essai. E x . J ' a i pris cet homme-là à Vessaye.
Esseau, n. m.
Ouverture m é n a g é e dans une digue, pour laisser couler
l'excès de l'eau.
Esseii, n. m . — V . Essaye.
Esseu, n. m. — Essieu.
Essiver, v. a. — Eessiver.
Essue-mains, n . m . — E s s u i e - m a i n s .
Essuer, v. a.
Essuyer. E x . Essue la table avant de mettre la nappe.
Essuifer, v. a. — E n l e v e r le suif.
Estampille, n. f.
Timbre-poste. L'estampille est un timbre employé pour at-
tester l ' a u t h e n t i c i t é , la provenance ou la propriété d ' u n
livre, d ' u n brevet.
Estampiller, v . a.
Poser un timbre-poste sur u n e enveloppe de lettre.
Estampille, n. f . — E s t a m p i l l e .
Estâtue, n. f.
Statue. E x . Pourquoi restes-tu là planté comme une estâ-
tue ?
Est-ce pas ? — N ' e s t - c e pas ?
Estèque, n. m.
— Fin. E x . N o u s avons fini de construire cette maison,
mettons-y le bouquet, ce sera V estèque.
— Dernière levée, au jeu de cartes. E x . J ' a i fait Vestiqtie.
— Plan, action. E x . N e fais pas d'estèques pour te casser
le cou.
Estèqueux, euse, adj. — Personne ingénieuse.
Estime, u. f.
Estimation. E x . Dans mon estime, je crois qu'il va mou-
rir a u j o u r d ' h u i .
* Estimebotte, n. m. ( A n g l . ) — Steamboat.
LE PARLER. POPULAIRE
;Estimer, v. a.
Croire, juger. E x . y estime que cela p e u t bien valoir une
piastre.
* Estimés, n. m. pl.
Etat estimatif des dépenses. E x . Les estimés seront soumis
à la Chambre, demain. (Angl.)
Estomac, n. m.
— Poitrine. E x . E t r e pris de Vestomac; cacher quelque
chose dans son estomac.
— Avoir l'estomac ouvert, avoir une mauvaise digestion.
— Avoir l'estomac dans les talons, avoir u n e g r a n d e faim.
Estra, n. m. — E x t r a . E x . J e paierai t o u s les estras.
Estradinaire, adj. — E x t r a o r d i n a i r e .
Estravagance, n. f. — E x t r a v a g a n c e .
Estravagant, e, a d j . — E x t r a v a g a n t , e.
Estravaguer, v. n. — E x t r a v a g u e r .
Estrémité, n. f.
Extrémité. E x . N o t r e malade est à V estrémité.
Estremeonction, n. f . — E x t r ê m e onction.
Estropié, adj.
Hernie. E x . Je me suis estropié en v o u l a n t lever le poids
d'un quintal.
Estropier (s'), v. pron.
Se blesser. E x . Je m e suis estropié a u doigt.
Estropique, adj. et n. — H y d r o p i q u e .
Etabli, n. f . — E t a b l i , n. m.
Etage, n. m.
— Phase. E x . Nous n e sommes encore q u ' a u premier étage
de la procédure. (Angl. )
— Etage, n. f. E x . Monte à la seconde étage.
Etain, n. f. — Etain, n. m . E x . Une cuiller d'éiain fine.
Etaler, v. a.
Laisser porter. E x . N o u s ne sommes pas beaucoup habil-
lés contre le froid, n ' i m p o r t e , étalons.
Etamper, v. a.
— Dire à quelqu'un s o n fait. E x . J e l'ai étampê de la belle
façon.
DES CANADIENS-FRANÇAIS
— Frapper, b a t t r e .
Etamper (s'), v. p r o u .
S'étendre de t o u t son long. E x . Il est t o m b é dans une
mare de boue, il s 'est étampé comme il faut.
Etamperche, n. f. — V . E t e m p e r c h e .
Etancher, v. a.
Sécher. E x . FAanchc ton papier avec du p a p i e r buvard.
Etang, n. m.
Pièce d'eau artificielle. E x . N o u s avons j e t é des poissons
vivants dans n o t r e étang.
Etanies, n. f. pl.
Litanies. E x . Maintenant, mes enfants, n o u s allons dire
les étantes, c'est-à-dire les litanies de la s a i n t e Vierge.
Etarnîté, n. f . — E t e r n i t é .
Etarnuer, v. n. — E t e r n u e r .
Etats, n- m- pl.
Etats-Unis. E x . J e pars p o u r les Etats, j e m ' e n vas tra-
vailler dans les /aciéries.
Etau, n. m. — E t a l .
Etaye, n. m . — E t a i , appui, support.
Eté des sauvages.
Intervalle de d o u x temps vers la fin de l ' a u t o m n e , qui laisse
croire que l ' é t é v a renaître. Nos sauvages profitent de ce
temps pour faire leurs chasses et leurs p ê c h e s en vue de
l'hiver qui v a s'ouvrir.
Eteil, n. m. — V . E t a y e .
Eteindu, e, adj. part.
Eteint. E x . A s - t u éteindti la chandelle ?
Etemperche, n. f. — Tendoir, écoperche.
Etenderie, n. f.
— Etendage, assemblage de cordes tendues s u r lesquelles on
étend des choses q u ' o n v e u t faire sécher.
— Assemblage d e choses é t e n d u e s sur les m e u b l e s ou sur le
plancher.
Etendre, v. a.
Etendre le linge. E x . A u j o u r d ' h u i , il fait b e a u , nous allons
étendre.
304 LE P A R L E R P O P U L A I R E
Eternité de temps, n. f.
Ivong intervalle. E x . Crois-tu q u e je vais t ' a t t e n d r e une
éternité de temps ?
Etiré, e, adj. part.
;
— A b a t t u , fatigué. E x . Q u as-tu donc, ce matin, tu es
t o u t étiré ?
— T i r é , allongé. E x . Avoir la figure étirée,
Etoc, n . m. — Etau.
Etoffe du pays, n. f-
— Etoffe fabriquée chez les cultivateurs avec la laine de
l e u r s moutons.
— W h i s k e y blanc. E x . E n t r o n s p r e n d r e un c o u p & étoffe
dît pays.
Etoile à grand' queue, n. f. — Comète.
Etou, a d v . — A u s s i . E x . Moê étou, toé êtou.
Etouffer, v. a . — L a dévotion Vétouffe pas, il n'est pas dévot.
Etoupe de France, n. f.
E t o u p e très soyeuse employée p a r les rebouteurs dans les
cas de fracture.
Et pis, loc.
E t puis. E x . T u iras a u bureau de poste, et pis à l'église.
Etrange, adj.
E t r a n g e r . E x . Quel est celui-là qui p a s s e ? — C ' e s t un
étrange, ben sûr.
Etranger, v . a . — E t r a n g l e r , vendre cher.
Etre bien, loc. — V. Bien.
Etre bon, loc.
Bien disposé. E x . P e u x - t u m ' a i d e r à scier u n e corde de
bois ? — Je suis bon.
Etre bon pour, loc. — V. Bon pour.
Etre e n cherche, loc.
E t r e à la recherche. E x . Je suis en cherche d ' u n bon domes-
tique.
Etre pour, loc.
E t r e sur le point d e . E x . Je suis pour me marier la se-
maine prochaine.
Etreit, e, adj. — Etroit, étroite.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 305
Etreitement, a d v . — E t r o i t e m e n t .
Etriper, v. a.
T u e r de coups. E x . J'ai m a n q u é me faire étriper.
Etriqué, e, adj.
V ê t u . E x . C e t h o m m e est bien mal étriqué.
On petit dire êtriquer un habit, êtriquer un discours.
Etrivant, e, adj. part.
Contrariant. E x . Q u e c'est étrivant de se voir condamné
à entendre de pareils discours !
Etrivard, n. et adj — Q u i aime à étriver.
Etrivatipn, n. f. — A c t i o n d ' é t r i v e r .
Etriver, v. a.
Gouailler, taquiner. C e mot semble venir de l'islandais
strid, qui signifie guerre, attaque, ou m i e u x de l'anglais
to strive, disputer, g o u r m a n d e r .
v
Etriver (s'), - p r o n . • — S e plaisanter mutuellement.
Etriveux, se, n. et a d j .
Qui est dans l ' h a b i t u d e d'étriver.
E cetera, loc.
Et cetera. Jeu d e m o t s très involontaire c h e z celui qui le
commet.
1,
Eturgeon, n. m . — Esturgeon.
Eu,
U. S e prononce le plus s o u v e n t u. T r a d i t i o n du v i e u x
français. O n dit bien : j'eus, t u eus, il eut, gageure, avec
la son u. T o u t ce qui parle bien en F r a n c e , écrivait
e
T h é o d o r e de B è z e , a u X V I siècle, prononce hureux.
* Euchre, you-keur, (m. a.)
Jeu d e cartes o ù l e v a l e t d ' a t o u t j o u e un grand rôle.
Eune, adj. f. — U n e . E x . Je v o u s souhaite eune bonne année.
* Evaluateur, n. m. — E s t i m a t e u r . (Angl.)
Evangile, n. f.
E v a n g i l e , n. m. E x . Partir de l'église a v a n t l a dernière
évangile.
Eveiller, n. m.
Réveiller. E x . D e m a i n , tu m'éveilleras à s i x heures.
Eventaire, n. m . — I n v e n t a i r e .
20
306 LE PARLER POPULAIRE
Eventé, e, adj.
— E v a p o r é , léger. E x . U n e personne éventée.
— G o û t particulier que prend le lard a v a n c é . E x . D u porc
frais qui a pris le g o û t & éventé.
Eventer, v. a. — Pousser. E x . Eventer les cris.
Eventilateur, n. m. — V e n t i l a t e u r .
Eventiler, v . a. — V e n t i l e r , r e n o u v e l e r l ' a i r dans un lieu clos.
Eventouffle, n. f . — V e n t o u s e .
Eventouse, n. f . — V e n t o u s e .
Eviander, v. a. — E n l e v e r l a v i a n d e s u r u n os.
Exactitude, n. f.
Ce mot n'est pas encore reconnu par l ' A c a d é m i e . O n l'a
v u naître avec peine, et se c o n s e r v e r m a l g r é tous les efforts
e
contraires des puristes. A u X V I I I siècle, on a mis en.
circulation, pour en finir, les mots exactetê et exactesse. Us
ont tous d e u x disparu. Exactitude est resté, et restera,
parce que la langue en a besoin et ne p e u t le remplacer.
Exarcer, v . a. — E x e r c e r .
Excès (d'j, adv.
A l ' e x c è s . E x . Y avait-il bien d u m o n d e à l'assemblée
d'hier soir ? — N o n , il n ' y en a v a i t p a s d'excès.
Excitement, n. m . — E x c i t a t i o n .
Exciter (s'), v . pron.
Perdre son sang-froid. E x . N e v o u s excites pas, l'ami,
prenez v o s sens.
Excrimer (s'), v . p r o n .
S'escrimer, se remuer en tous sens.
Excuse, n. f.
— Demander excuse, demander p a r d o n .
— Faire excuse, s ' e x c u s e r . E x . Faites excuse, monsieur,
ce n'est pas cela q u e j ' a i v o u l u dire.
Excusez! v . a.
Pris à l'impératif e t sans r é g i m e , par voie d'exclamation
ironique. E x . Q u e l l e belle toilette, excusez ! excusez du
peu !
Exemple, m. f.
E x e m p l e , n. m. E x . U n e belle exemple à s u i v r e .
DES CANADIENS-FRANÇAIS 307
Face, 11. f.
— Foidrc la face à quelqu'un, lui d é p l a i r e b e a u c o u p .
— - l-'acc de peau de nanne, figure d é s a g r é a b l e .
— Face de carême, figure blême et m a l a d i v e .
— .Se marier en face de cheval, contracter u n m a r i a g e en-
dehors de t o u t e s l o i s civiles et r e l i g i e u s e s .
— Se marier en face de l'Eglise, contracter u n m a r i a g e sui-
v a n t les r è g l e s d e l ' E g l i s e .
Fâche, n. f.
Fâcherie, b r o u i l l e . E x . A l l o n s , les enfants, p a s te fâche
entre vous.
Fâchette, n. f.
Fâcherie. E x . F a i s donc une p e t i t e fâchette, m a chère.
Façon, n. f.
— Politesse, u s a g e du monde. Ex. Cet h o m m e a une
grande façon, il a d e la façon c o m m e p a s u n .
— Cérémonie. N e faites p a s de façon, a c c e p t e z sans
cérémonie, c ' e s t d e g r a n d c œ u r .
DES CANADIENS-FRANÇAIS 309
F U
Manquer 'rater. E x . Cette a f f a i r e est faillie. Expression
acadienue.
Falllot, fayot, n. m. ^ . .
Haricot, fève. M o t français, e m p l o y é s u r t o u t p a r les Aca-
dieiis.
Faim, n. m. . .
— Avoir une faim de loup, de chien, une vieille faim, une
faim d'enragé, avoir beaucoup faim.
— Avoir faim dans le ventre, m ê m e sens.
Fainéander, v. 11. — N e r i e n f a i r e .
Faintise, n. f. — F a i n é a n t i s e .
* Fair, (m. a.)
— Correct. E x . C ' e s t pus fair c e q u e tu dis l à .
— Raisonnable. E x . P o u r q u o i m ' i n j u r i e r s a n s r a i s o n ? c'est
pas fair.
* Fair play, férplê, n. m . , (m. a . )
Franc jeu. E x . J e lui ai donné fair play.
Faire, v . a.
— Proposer un p r i x dans u n e v e n t e . E x . S a i s - t u qu'il m'a
fait sa maison, s i x mille p i a s t r e s .
— Suffire. E x . J e te d o n n e r a i d e u x p i a s t r e s , ça va-t-y
faire ?
— C u l t i v e r . E x . J ' a i un j a r d i n q u i e s t l o n g à faire.
— Donner les cartes. E x . A q u i à faire f
— Habiller. E x . J e t ' a s s u r e q u e cet habit te fait bien.
— S i m u l e r . E x . Ne fais d o n c p a s l ' i n n o c e n t , l a bête.
— E m b r a s s e r une c a r r i è r e . E x . Faire un m é d e c i n , faire
un avocat, faire un p r ê t r e . E x . M o n g a r ç o n est décidé à
faire un prêtre.
— Faire soleil, faire d u soleil.
— Faire son homme, faire l ' i m p o r t a n t .
— Faire une fin, se m a r i e r .
— Faire le gros dos, faire l ' h o m m e i m p o r t a n t .
— Faire de la terre, défricher.
— Faire son pouvoir, faire son p o s s i b l e .
— Faire de la toile, tomber e n s y n c o p e .
DES CANADIENS-FRANÇAIS 3"
— Faire ni une ni deux, aller vite en besogne.
— Faire ses choux gras, se plaire.
— Faire la pluie et le beau temps, tout régler.
— Ne pas faire un pli, ne pas soulever d'obstacles.
— Faire des choux et des raves, disposer d'une chose comme
bon nous semble.
— Faire du sang de punaise, faire du mauvais sang.
— Faire danser l'anse du panier, faire des profits illicites.
— Envoyer faire foute, envoyer au large.
— Cela ne fera pas, cela n'est pas acceptable.
•— Faire les demandes et les réponses, s'emparer de la conver-
sation, et ne rien omettre de ce que l'on sait.
— Faire la grande demande, demander une jeune fille en
mariage.
— Faire laid, avoir mauvaise mine.
— Faire du fla-fla, parler d'une manière prétentieuse, arro-
gante.
— Faire « Au nom du Pere », se signer.
— Faire les cent coups, mener mauvaise vie.
— Faire la vie, mener joyeuse vie.
•—• Se faire vieux, paraître vieux.
— Faire sa religion, pratiquer sa religion.
— Faire la neuvaine, suivre les exercices de la neuvaine.
— Une chose ni faite ni à faire, une chose très mal faite, qui
n'a ni rime, ni sens.
* Faiseur, n. m.
Prometteur. E x . Nous avons ensemble un billet promis-
soire, tu n'oublieras pas que c'est toi qui en es le faiseur.
(Angl.)
Faiseux, n. m.—Faiseur. E x . Un faiseux d'embarras.
Fait, n. m.
— Vérités. E x . Dire à quelqu'un son fait.
— Cela est dû au fait que, cela est dû à ce que. (Angl.)
— Comme de fait, en effet.
Faite, n. m.
Fait. Ex. Comme de faite, par le faite, sur le faite. Je
l'ai pris sur le faite.
,»„ POPULAIRE
l w
312 LE P A R L f c K
Falbana, falbéna, n. m .
, A ,, , j i„ r n b e d e s f e m m e s .
Falbala, garniture dans la rout-
Falle, u . f.
— Jabot. E x . L a falle d e l ' o i e , d u p i g e o n .
— Avoir la falle basse, a v o i r u n e g r o s s e f a i m .
— Avoir la falle à l'air, a v o i r la gorge découverte.
Fameuse, n. f. - Pomme f a m e u s e , dite remette du Canada.
Fameusement, adv. - Extrêmement. Pas académique.
F a m e u x , euse, a d j . — F a m e u x .
Fanal, n . m .
— Lanterne, lanterne sourde.
— I n d i v i d u très é l a n c é . E x . Où v a s - t u , grand fanal ? de
ce t r a i n - l à .
— Attendre quelqu'un avec tene brique et un fanal, l'attendre
de p i e d f e r m e , p o u r l u i d o n n e r une raclée.
Fanau, n. m . — F a n a l .
Fanfarluche, n . f.
Fanfreluche, colifichets p r o p r e s aux femmes.
Fanil, n. m . — F e n i l , g r e n i e r à foin.
Fantasse, adj.—Fantasque.
Faraud, e, a d j . et n.
— Personne bien mise. E x . C o m m e t u e s faraud, aujour-
d'hui, pour un jour de s e m a i n e !
— Celui qui courtise u n e j e u n e fille. Ex. Mademoiselle a
u n faraud. Comme celui qui courtise u n e j e u n e fille ne
d o i t se p r é s e n t e r d e v a n t e l l e q u ' a v e c u n e m i s e s o i g n é e , o n
lui a a p p l i q u é le q u a l i f i c a t i f faraud pour le d é s i g n e r . D a n s
le J u r a , u n faraud est u n j e u n e h o m m e d e classe i n f é r i e u r e
qui se pare c o m m e les b a n q u i e r s et l e s n o b l e s o u q u i s i n g e
leur ton. L e mot s'y é c r i t farot. E n B o u r g o g n e , c'est
faro. L a r o u s s e é c r i t faraud, r e c h e r c h é dans sa mise.
Farauder, v . n . — F a i r e l e faraud.
Farbala, n. m . — F a l b a l a .
Farbena, n . m . — F a l b a l a .
Farce, n. f. — P l a i s a n t e r i e . E x . E n t e n d r e la farce.
Farcin, n . m .
S a l o p e r i e , c r a s s e . E x . C ' e s t u n s a l a u d , il e s t c o u v e r t d e / a :
Tarcin.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 313
Faubourg, n. m.
V i l l a g e , endroit où les maisons sont g r o u p é e s près de l'église
paroissiale.
Fauchable, adj.
Qui peut être fauché. E x . Ce foin n ' e s t pas fauchable.
Fauchaille, n. f. — F a u c h a g e .
Faucher, v. a.
Faucher dans le champ du voisin, s'emparer d u bien des
autres.
Faucheux, adj. — F a u c h e u r .
Faucille, n. f.
Une bonne faucille, un h o m m e habile à manier l a faucille,
comme on dit tme bonne fourchette, pour d é s i g n e r un
h o m m e qui mange beaucoup.
Faufilage, n. m.
Faufilure, couture provisoire, à points espacés.
Fauloir, v. imp.
Falloir. E x . Il faulait bien se décider à faire quelque
chose.
* Fausse arrestation. ( A n g l . ) — A r r e s t a t i o n illégale.
Fausse=couche, n. f.
Personne mal bâtie et de très petite taille.
Fausse-porte, n. f. — Contre-porte.
Fautif, adj.
Coupable. E x . T o u s ces enfants sont fautifs, l a pénitence
sera générale.
Faut-y !
E x c l a m a t i o n qui e x p r i m e l'etbnnement, l'horreur, la pitié,
le regret. E x . Faut-y que j e sois m a l h e u r e u x ! Y en
avait-il de ce monde a u x p a g e a n t s , faut-y v o i r ?
Fégond, e, adj. — F é c o n d .
Feignant, adj. — F a i n é a n t . V . F a i g n i a n t .
Feillard, n. m. — Feuillard de fer.
Fêle, n. f . — F ê l u r e .
Feluette, adj. — F l u e t . E x . U n e enfant feluette p o u r son âge,
Femme (bonne), n. f.
F e m m e â g é e . «Parmi les femmes, l a q u a l i t é de bonne ne s'ac-
DES CANADIENS-FRANÇAIS
Ferrée, n. f. — Bêche.
Ferrée (bière), n. f.
Bière dans laquelle on introduit une barre de fer rougie au
feu pour la tiédir.
Ferreur, n. m. - Maréchal-ferrant.
* Ferry, ferré, (m. a.)
Bateau traversier. E x . Il faut prendre le ferry pour traver-
ser le fleuve de Québec à Lé vis.
Fertiller, v. n. — Frétiller. V . Fortiller.
Fertilleux, euse, adj. — V . Fortilleux.
Fertillon, n. m . — V . Fortillon.
Fesser, v. a.
->— Mordre à l'hameçon. E x . L e poissou ne fesse pas au-
jourd'hui.
— Frapper, battre. E x . Mon maître de classe m'a fessé
dans les mains. Fesser dans le dos, fesser sur la tête.
Fesser dessus (se), loc.
Prendre son parti. E x . T u peux te fesser dessus, tu n'ob-
tiendras rien.
Fêtailler, v. u.
Faire la fête de temps à autre. E x . Il n ' y a pas à compter
sur celui-là, c'est un homme qui fetaille,
Fêtailleux, n. m. — Qui fetaille.
Fête, n. m.
— Etre en fête, se mettre en fête, être ivre, s'enivrer.
—• Faire une fête, se griser.
Fêtes (Jes), n. f. pl.
L'intervalle qui s'écoule entre Noël et les Rois. E x . Vous
descendrez nous voir aux Fêles.
Fêter, v. n. — Faire un abus des liqueurs fortes.
Fêteux, n. m.
Homme qui est dans l'habitude de fêter.
Feton, n. m.
Cheville qui retient les traits du collier aux limons de la
charrette.
Feu, n. m.
— Sonner le feu, sonner l'alarme.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 317
Fève en côsse, n. f.
H a r i c o t vert.
Févérier, n. m . — F é v r i e r .
Fiable, a d j .
D i g n e de croyance. E x . C e t homme n ' e s t ^as fiable, défions-
nous !
Fiacre ! interj.
M a r q u e l'étonnement, l'admiration. E x . Fiacre, quel beau
temps !
. Fiarté, n. f. — Fierté.
Fiat, n. m.
Foi, confiance. E x . C ' e s t un h o m m e qui n'a pas de paro-
le, i l n ' y a pas de fiât à faire sur l u i . N o u s prononçons
fiate. Dans le cas présent, on j o u e sur le passage de l'O-
raison dominicale, fiât voluntas tua : il n'y a fias de fiât
dans son Pater.
Fichant, a d j . — T r è s contrariant. E x . C ' e s t - y p a s fichant!
Fiche (aller se faire), loc.
E n v o y e r promener. E x . Va te faire fiche, tu m'ennuies.
Ficher, v . a.
— Mettre. E x . N e fiche p l u s les pieds i c i .
— Ficher le camp, décamper, déguerpir.
— Ficher la paix, donner l a tranquillité.
— Aller ficher les pieds ailleurs, s'en aller.
— Ficher le jeu, mettre l e feu.
: Ficher (se), v . pron.
— L-aisser entrer, mettre. E x . I l s'est fiche cette idée dans
le coco.
— S e moquer de. E x . Je me fiche de toi comme de ma
première chemise.
. Fichtre, inter j .
Juron, amalgame de fiche et de foutre, p o u r e x p r i m e r l'éton-
nement, l'admiration, la douleur. Fichtre n ' a rien de
grossier, q u o i q u ' e n d i s e D u n n dans son Glossaire.
-Fichu, n . m. et adj.
— C r a v a t e portée p a r les hommes. E x . M e t s ton fichu,
mon i vieux,, pour„aUer. à la -.messe.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 319
FifiHe, n. f. — Fille.
Fifollet, 11. m. — Feu-follet.
Fifre, n. ni.
Diable. E x . Je l'ai e n v o y é au fifre, ce misérable qui m'en-
nuyait.
Fifre (en), n. m.
D ' u n e humeur terrible. E x . Je suis en fifre depuis deux
jours, tu sais pourquoi.
Figer, v. n.
Cesser de remuer, devenir immobilisé comme de l'eau cou-
gelée ou du suif figé. E x . N o u s sommes restés figés sur
nos chaises, à la v u e de ce spectacle étrange.
Fignoler, v. n.
— Faire le fin.
— A r r a n g e r avec beaucoup de soin.
Fignoleux, euse, adj.
U n élégant, le coq du village.
Fignon, ne, adj. — Pimpant, personne qui fignole.
Figuration, n. f.
Idée, conception. E x . J'ai comme une figuration que vous
réussirez à l'avenir.
Figure, n. f.
— Feuillure, entaille dans laquelle les portes et les fenêtres
sont encadrées pour fermer j u s t e .
— A u jeu de cartes, le roi, la dame et le valet. E x . Joue
une figure, n'importe laquelle.
Fil, 11. m.
— Fait dans le fil, très bien fait.
— De fil en aiguille, peu à peu, de propos en propos.
— Finesses cousues de fil blanc, finesses q u i ne s o n t pas drô-
les et faciles à découvrir.
Filasse, n. f.
— C h e v e u x trop clairs.
— Filasses de tire, filaments ténus f o r m é s par la tire.
* File, n. f. ( A n g l . )
Liasse, dossier, série de j o u r n a u x . E x . Apportez-moi la
file de la Vigie et celle des j o u r n a u x d u Conseil législatif.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 321
Fixer, v . a.
Regarder eu face, avec attention. E x . Fixe-moi pas c o m m e
ça.
* Fixtures, fixtieure, ( m . a.)
Comptoir, rayons, meubles, a m é n a g e m e n t .
Flac !
Interjection pour imiter le bruit d ' u n corps tombant d a n s
l'eau o u tout liquide.
Flacotage, n. m. — A c t i o n de flacoter, d e clapoter.
Flacoter, v . n.
— Clapoter. E x . L ' e a u entre d a n s mes bottes, c'est b e a u
de voir ça, aussi les pieds me flacotenl.
— Flotter. E x . C o m m e tu es m a i g r e , tu flacotes dans t e s
bardes.
Flacoteux, euse, adj. — Q u i flacote, clapote.
Flagoter, v . n. — V . Flacoter.
Flague douce, n. f.
Sans caractère. E x . P o u r te dire ce que je pense de c e t
homme, ce n'est ni plus ni moins q u ' u n e flague douce.
Flairer, v. a.
Flairer de la douceur, manger d u s i r o p . A c a d i a n i s m e .
Flamaçon, n. m. — Franc-maçon.
Flambaison, n. f. — F l a m b é e , feu clair d e menus bois.
Flambant neuf, loc.
Battant neuf, absolument neuf. E x . J'ai mis ce matin u n
habillement flambant neuf.
Flambe, n. f • — F l a m m e . Rabelais a écrit flambe.
Flambé, e, part. pass.
— Perdu. E x . M o n chapeau est flambé, on me l'a c h a n g é
pour un autre.
— R u i n é . E x . L a b a n q u e du P e u p l e a fermé ses p o r t e s ,
j e suis flambé.
Flamber, v. a.
— Lancer des éclairs. E x . L e s y e u x lui flambent.
— Flamber quelqu'un des yeux, d é v i s a g e r q u e l q u ' u n d ' u n
• regard passionné, o u rendu flamboyant par la colère.
— Flamber le poisson, le fumer.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 325
Flique, n. f.
— Bande de l a r d . E x . M e t s l e s fliques dans le chaudron
pour faire de l ' h u i l e .
— Sécrétion nasale. E x . M o n enfant, t u as toujours la
fligue au nez.
Flôbage, n. m. — V . F l a u b a g e .
Flôber, v . a . — V . F l a u b e r .
Flôbeur, euse, a d j . — V . F l a u b e u r .
Flomentation, n . f.
Fomentation, a p p l i c a t i o n d ' u n médicament c h a u d sur une
partie du corps, p o u r l ' a d o u c i r .
Flomenter, v . a.
Fomenter, a p p l i q u e r u n m é d i c a m e n t chaud pour fortifier,
adoucir.
Flon^flon, n. m . — F l a - f l a , é t a l a g e , ostentation.
Flottan, n . m. — F l é t a n , gros poisson propre a u x mers froides.
Flotter, v . a. — C o n d u i r e u n e c a g e de bois sur l e s rivières.
Flotteur, n. m . — C e l u i q u i d i r i g e l a c a g e ou le c a g e u .
Flouer, v . a.
— V o l e r . E x . I l m ' a floué p o u r u n e grosse somme.
Flouer est p r o b a b l e m e n t une contraction de filouter. I^e mot
est français, m a i s i l est p e u u s i t é en France.
* Flouque, ( A n g l . )
Coup inattendu. ( T e r m e de b i l l a r d ) . D e l'anglaisyfe&r.
* FIoux, n . m. ( A n g l . )
C o u p de hasard. E x . I l e s t p a r v e n u à réussir à la suite
d'un floux.
* Flush, fleuche, ( m . a . )
— Bien pourvu d'argent.
— P r o d i g u e , g é n é r e u x . E x . C o m m e t u es flush, maintenant !
Flûte, n . f.
— G r i v e des b o i s , a p p e l é e flûte parce que son c h a n t tient u n
peu d e la flûte.
— Jambes. E x P r é p a r e tes flûtes p o u r partir.
Flûter, v . n. — A v o i r l a diarrhée.
Flûteux, euse, a d j .
— Q u i a la d i a r r h é e c h r o n i q u e .
328 LE PARLER POPULAIRE
Foncé, n. et a d j .
— H a b i t d ' u n e c o u l e u r foncée. E x . Moi, j ' a i l'habitude de
porter d u foncé.
— H o m m e q u i p o s s è d e des fonds. E x . T u p e u x lui vendre
ta terre, c ' e s t u n h o m m e b i e n foncé.
Foncer, v. a.
Mettre un f o n d à u n e chaise, à un plat de ferblanc, à une
chaudière en tôle.
Foncière, n. f.
Fond. E x . ~L,z. foncière d ' u n pantalon. (De G a s p é , Mém.)
Fonctionner, v . n . — S o u l a g e r la nature.
Fonçure, n. f.
— Fond. E x . L a fotiçure d ' u n traîneau, d ' u n e carriole,
d'un chapeau, d'une culotte.
— Culotte. E x . Je l'ai p r i s par la fonçure et je l'ai fait
pirouetter s u r l u i - m ê m e . '
Fond, n. m. — Avoir le fond noir, être très m é c h a n t .
Fond de Penouil, n. m .
F i n m a l h e u r e u s e d ' u n e entreprise. E x . L a i s s e faire, m o n
v i e u x , a v e c l e t e m p s t u finiras comme les autres par arri-
v e r un j o u r d a n s le Fond de Penouil. L a n g a g e des p ê -
cheurs d e G a s p é q u i entre e u x se confient leurs contre-
temps. Penouil v e u t dire péninsule.
Fondé, e, adj. — Riche fondé, t r è s riche.
Fondement, n . m . — R e c t u m .
Fondeux de cuillers, n. m .
O u v r i e r en l ' a r t de fondre le p l o m b pour fabriquer des cuil-
lers, qui p a r c o u r a i t j a d i s les campagnes en y e x e r ç a n t
son métier.
Fondre, v . a.
Perdre contenance. E x . I l fond devant moi.
Fondu, part. p a s . de fondre.
Dissipé, p e r d u . E x . L ' a r g e n t q u e tu avais à la banque est-
il fondu f
Fontaine, n. f.
— Puits. E x . V a c h e r c h e r de l ' e a u â la. fontaine.
— Plume-fontaine. V . ce m o t .
LE P A R L E R POPULAIRE
330
Fontange, n. f.
N œ u d de ruban que les femmes m e t t e n t sur le d e v a n t de la
tête pour attacher la coiffure.
* Foolscap, foule, (m. a.)
Papier écolier, papier ministre.
* Football, foute bail, ( m . a.)
— Ballon en caoutchouc qui se gonfle et se dégonfle à volonté.
— Jouer au football, ballon au pied.
Forban, n. m . et f. •— P e r s o n n e très é v a p o r é e .
Forbu, e, adj. — F o u r b u .
Forçante (au), loc a d v .
Au forçaille, au grand for caille, je le ferai, quoi q u ' i l en soit,
m a l g r é l'effort q u ' i l faudra d é p l o y e r , j e me mettrai à
l'œuvre.
Forçant, e, adj. verb.
Pénible, très fatigant. E x . C e t o u v r a g e est trop forçant
pour toi.
Forçaye, n. m . — V . F o r ç a i l l e .
Force, n. f.
— V i g u e u r . E x . C e t t e loi entrera en force aussitôt après
la session. ( A n g l . )
— F o r t . E x . N o u s s o m m e s dans l a force de la chaleur.
Forcer, v. a.
— Plier. E x . J'ai forcé l a clef en v o u l a n t ouvrir l a porte.
— G â t e r . E x . J ' a i forcé la serrure a v e c u n e m a u v a i s e clef.
— M e t t r e en abondance. E x . I l f a u d r a forcer s u r le beurre
si t u v e u x faire un bon g â t e a u .
— Jouer une carte p l u s forte q u e celle q u ' i l y a s u r le tapis,
ou encore l o r s q u ' o n j o u e d ' u n e c o u l e u r d o n t l ' u n des
autres joueurs n ' a pas, afin de l ' o b l i g e r à couper.
— Ça force, ce n'est pas brillant. E x . A s - t u u n e bonne
santé de ce temps-ci ? — P l u s ou m o i n s , ça force.
— Ça ne force pas, c e n ' e s t pas a b o n d a n t . E x . T a récolte
de l é g u m e s est-elle b o n n e ? — Ça ne force pas f
Forcer (se), v. pron.
— A t t r a p e r un effort, u n tour de reins.
— S'efforcer. E x . J'ai b e a u me forcer, j ' a b o u t i s point.
DES CANADIENS-FRANÇAIS
Fournir, v. a.
—• Arriver. E x . J ' a i tellement d'ouvrage que j e ne fournis
point.
— Jouer une carte de même couleur. E x . Joue une carte
et fournis. V . Adonner.
— Aller assez vite. E x . J e ne puis te fournir à ramasser
des pommes.
Fourniture, n. f. — A v o i r de la fourniture\ fournir, aux cartes.
Fourreau, n. m . — E t u i .
Fourrer, v. a.
— Donner. E x . J e lui ai fourré un bon coup de pied.
— Fourrer dedans, tromper.
— Fourrer son nez partout, se mêler d'une affaire qui ne
nous regarde pas.
Fourrer (se), v. pron.
— Se fourrer dedans, se tromper.
— Se fourrer le doigt dans l'œil jusqu'au coude, se tromper
grossièrement.
Fourrole, n. f. — Coiffure d'homme, ou tuque de laine bleue.
Foutant, adj. verb.
Cest-y pas foutant ! expression pour marquer l'ennui, l'em-
bêtement.
Foutée (une), n. f.
Beaucoup. E x . I l y avait une foutée plus de monde que tu
penses.
Fouter, v. a.
— Donner. E x . Foute-moi la paix.
— Jeter. E x . Foute ce gas-là dehors.
— Fouter le camp, se sauver.
Fouter (se), v. pron.
— Se moquer. E x . J e me foute du monde.
— S'entredonner. E x . Ils se sont foutes chacun une bonne
claque.
Foutre, n. m.
— Envoyer faire foutre, congédier.
— Ni foutre ni branle, personne.
— Un fean Foutre. V . Jean Foutre.
336 LE P A K I . B R P O P U L A I R E
Foutu, e, adj. et v. a.
— F i n i , ruiné. E x . C e t h o m m e est foutu.
— Donner. E x . Il m ' a foutu un c o u p de p o i n g sur le nez.
— Ignorant. E x . Un foutu notaire.
Foutument, adv.
Extrêmement. E x . C e t i n d i v i d u est foutument bête.
Fouyer, n. m.
Foyer, dalle scellée d e v a n t la c h e m i n é e p o u r isoler le feu du
parquet.
Fraîche, n. f. — Frais. E x . Sortir p o u r prendre la fraîche.
Fraîcheur, n. f.
Chaud et froid. E x . A t t r a p e r des fraîcheurs a u x pieds.
Frais, îche, adj. et adv.
— Se mettre en frais, se disposer. E x . I l faut se mettre en
frais de partir demain.
— Etre en frais, être en train. E x . Q u a n d j ' a i r e ç u votre
lettre, j ' é t a i s en frais de v o u s écrire.
— N o u v e l l e m e n t . E x . D e s œnîs frais p o n d u s .
* Fralic, frali, n. m. ( A n g l . )
— B a n q u e t , festin, fête de famille. E x . N o u s allons avoir
des noces chez les L a p i e r r e , et n o u s s o m m e s i n v i t é s à un
grand fralic.
— Désordre, tapage d a n s u n e r é u n i o n . E x . A u pique-
nique d ' h i e r , on s'est a m u s é , il y a e u u n g r o s frali.
Franc-foin, n. m . — A g r o s t i s c o m m u n .
Framacie, n. f. — P h a r m a c i e .
Framacien, n. m . — P h a r m a c i e n .
Franc, che, a d j .
— Un cheval franc, franc d u collier.
— Bois franc, bois d u r .
— Franc comme l'êpêe du roi, l o y a l .
Français (souliers).
Souliers à boucles i m p o r t é s de F r a n c e s o u s le r é g i m e fran-
çais. C e soulier ne se fabrique p l u s ici, mais le mot est
resté p o u r d i s t i n g u e r l e soulier de l a b o t t e s a u v a g e .
Française, n. f.
A u j e u de balle, frapper la pelote ou b a l l e a u bout d u bras,
DKS CANADIENS-FRANÇAIS 337
Furir, v. n. — E n t r e r en fureur.
Furnonche, n. f.
Espèce de confiture faite avec d u sirop et u n peu de farine,
auxquels on ajoute du raisin.
* Fuse, fiouse, ( m . a.)
— Mèche.
— Coupe-circuit.
Fuseau, n. m.
Bobine. E x . Donne-moi donc mon fuseau de fil.
Fusée, n. f.
Etre au bout de sa fusée, ne savoir plus que faire, que dire.
Fusil, n. m.
•— Estomac, v e n t r e . E x . Fourre-toi ce verre de vin dans
le fusil.
— Fusil sans plaque, u n bon à rien.
1
— Partir comme un fusil sans plaque, subitement.
Fusil à air, n. m. — Fusil à vent.
Fusil (en), loc.
— E n diable, i r r i t é . E x . Personne n ' a su ses leçons, notre
maître était en fusil.
— Avoir les yeux en fusil, avoir l'air très fâché.
Futaille, n. f.
Ivrogne invétéré. E x . Sors d'ici, vieille futaille.
344 LE P A R L E R POPULAIRE
*O O
G
o o
Qa, Qas, n. m.
Gars, petit garçon. S'applique aussi a u x personnes d'un
certain âge. E x . T u es u n beau gas, toi ; pourquoi n'es-
tu pas venu me chercher pour aller au club ?
Gaban, n. m . — Mauvais sujet, vagabond.
Qabander, v. n.
Vagabonder, errer. E x . A u sortir de la classe, ne gabande
pas par les rues.
Gabandeux, euse, adj. — Qui gabande.
Qabare, n. m.
Maison, machine quelconque mal construite et d'apparence
grossière. E x . Est-ce u n e boîte que tu as voulu faire ?
Quel gabare ? Un gabare de maison, u n gabare de voi-
ture.
Gabarot, n. m.
Un bon à rien, querelleur et dissipé. E x . E n voilà u n beau
gabarot.
Gabion, n. m .
Petite cabane où s'installe le chasseur en attendant le gibier
près d ' u n e mare.
Gabionner, v . a.
Envelopper quelqu'un d e vêtements c h a u d s , de fourrures.
Gabionner ( s e ) , v. pron.
— S'emmitoufler. E x . Gabionnons-no\xs comme il faut,
car il fait un froid noir.
— Se cacher a u x regards du gibier en s'installant dans un
gabion.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 345
Gabotter, v. n.
— Aller et venir sans t r o p savoir où s'arrêter. D a n s 4 ^ - "
Perche, gabotter veut dire se balancer en dansant. I
— E x é c u t e r des ouvrages sans importance. f'^ ^
Oabotteux, euse, a d j . — Qui gabotte. | ;
; ^
Gâcher, v. a. — T r a v a i l l e r grossièrement.
Gâcheux, euse, a d j . \ î-,
— Qui gâche, travaille grossièrement. ' ^
— G â t e u x , personne à l'intelligence affaiblie.
Gâchillage, n . m .
Gâchage, action d e gâcher.
Gâchiller, v. a. (Cl.)
Gâcher. E x . Il a gâchillê cette besogne. Se dit dans le
centre de la F r a n c e .
Gadelle, n. f.
Groseille à g r a p p e s . N o u s avons la gadelle rouge, la gadelle
noire et la gadelle sauvage.
— Avoir les yeux à la gadelle, faire les y e u x en coulisse.
Gadelle noire, n . f. — Cassis.
Gadelle sauvage, n. f.
Groseille sauvage dont le fruit est rouge et recouvert d ' u n
léger duvet.
Gadellier, n. m . — Groseillier à grappes.
Gadousier, n . m . — V . Galousier.
Gaffe, n. f.
Maladresse. E x . Faire u n e gaffe. Français populaire et
familier, d i t Larousse.
Gaffer, v. a.
— Saisir avec la gueule. Se d i t d ' u n chien qui saisit rapi-
dement l'aliment q u ' o n l u i jette.
— Empoigner. E x . J e l ' a i gaffe par le bras et l'ai sorti de
l'eau. Gaffer, en F r a n c e , se dit pour manger en glouton,
comme u n chien.
Gaffer (se), v. p r o n .
— Se prendre à bras-le-corps. E x . Ils se sont gaffes tous
les deux p o u r s e colletailler.
— S'emporter outre mesure.
346 LE PARLER POLULAIRE
Oalféter, v . a.
C a l f a t e r , calfeutrer, garnir d'étoupe. d e goudron, les fentes
d e l a coque d'un vaisseau, ou les interstices entre les
m a d r i e r s ou les pièces de bois dans la construction des
maisons.
Oalféteur, n. m. — Calfateur, calfat.
Galibardi, n. a i . — Garibaldi. V . ce m o t .
Galimafrée (à la), loc.
Manger à la galimafrée, prendre une b o u c h é e à la dérobée.
E n F r a n c e la galimafrée est u n r a g o û t c o p i e u x de toutes
s o r t e s de viandes.
Oalipote, n . f.
P r é t e n t a i n e . E x . Courir la galipote, rôder à droite et à
g a u c h e sans b u t arrêté.
Galoche, n . f.
Jouer à la galoche, au foot bail.
* Galogne. — Corruption de l'anglais £z> along. V . Gologne.
Galon, n . m.
R o u l e t t e , qui sert à prendre les mesures de superficie et qui
s ' e n r o u l e dans un boîtier circulaire en bois o u en cuir. O n
l ' a p p e l l e galon de mesure.
Galop, n. m . — D o n n e r un galop, semoncer.
Galoper, v . n. — Courir les chemins.
Galopeux, euse, adj. — I n d i v i d u qui court les chemins.
Galottsier, n. m. — Méchant garnement.
Galureau, n. m . — G o d e l u r e a u , désœuvré, v a u r i e n .
Galvauder, v . a. et n.
— F l â n e r . E x . Pierre passe son temps à galvauder ici e t l à .
— T r i p o t e r . E x . Qu'est-ce q u e tu galvaudes dans la com-
mode ?
— E n n u y e r , incommoder. E x . J'ai u n e p u c e qui me gal-
vaude.
Galvauderie, n. f. — Action de g a l v a u d e r .
Galvaudeux, euse, adj.
— C e l u i q u i furette partout et met le désordre.
— C e l u i q u i parcourt les chemins a v e c toutes les allures
d ' u n voleur.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 349
Gamache, n. rn.
Raide comme les culottes à Gamache, vêtement raidi p a r la
gelée ou p a r la boue séchée.
* Gambler, bleur, (m. a.) — J o u e u r .
* Game, ghème, (m. a.)
— Brave. E x . Cet homme-là est bien smart, c'est imgame.
— G é n é r e u x . E x . Es-tu assez game pour payer la voiture ?
* Gamer, ghêmer, v. a. (Angl.)
Empoigner avec adresse en jouant.
Gamine, n. f.
Chanter une gamme, admonester, dire de rudes vérités.
Ganache, n. f.
Personne peu intelligente. E x . Une vieille ganache.
Gandolle (en), loc.
E n mauvais ordre. E x . Mes vêtements s'en vont en gan-
dolle. Gandoler, en Normandie, signifie balancer, remuer ;
le provençal gancillar signifie chanceler.
* Gang, ganngne, (m. a.)
Bande, troupe, clique, escouade. E x . L a gang du clos, u n e
gang de voleurs, une gang d'écoliers.
Gangne, n. m . — G a g n e . V . ce mot.
Gangne=pain, n. m .
Gagne-pain. E x . Laisse lui au moins sa hache, c'est son
seul gangne-pain.
Gangner, v . a.
Gagner. E x . Q u a n d t u seras capable âegangner ton tabac,
t u fumeras.
Ganif, n. m.
Canif. M é n a g e dit : « Il faut écrire et prononcer gannif et
non pas cannif, » Ce mot doit venir de knife, couteau.
* Gangway, ganng'oué, (m. .a.)
Passavant, passerelle. E x . Embarquez, Monsieur, nous
allons enlever le gangway.
Ganse, n. f.
Tirant. E x . J e viens d'arracher une ganse à mes bottes.
Gants de la Vierge, n. m. pl.
Ancolie du Canada.
.350 LE PARLER POPULAIRE
Garanti, n. m.
Garant. E x . Mets un châle, ce sera un garanti contre le froid.
Garcette, n. f.
Cordes ou lanières de cuir dont on se sert pour corriger les
enfants .vicieux. E x . M a n g e r de la garcette n'est pas
agréable.
Garçon (vieux), n. m. — V . V i e u x g a r ç o n .
Garde, n. f.
Se donner de garde, se garder. E x . Je me donnerai bien de
garde de sortir sans votre permission.
Garde-chien, n. m . — S u i s s e .
Garde=robe, n. m .
Garde-robe, n. f. E x . J'ai un beau garde-robe en acajou.
Garde-soleil, n. m .
— Parasol, ombrelle.
— Store, rideau ou toile placée dans une fenêtre p o u r tami-
ser ou obscurcir les rayons d u soleil.
Garde-vase, n. m.
Bande de cuir fixée en a v a n t d ' u n e v o i t u r e p o u r garantir de
la boue.
Garde-z-yeux, n. m. — CEillère.
* Garden party, (m. a)
Fête mondaine donnée dans un jardin, d a n s u n parc.
Garder, v. a.
— Veiller et prier. E x . Garder un m o r t .
— Regarder. E x . Garde ce q u e tu fais l à .
Garder, v. a. — Regarder. E x . Gârde-moï pas, misérable !
Gardeux, euse, adj.
Gardien, gardienne, qui prend soin d e l a maison, quand
toute la f umille s'absente.
Gargancua, n. m . — G a r g a n t u a , gros m a n g e u r .
Gargaton, n. m . — G o r g e .
Gargote, n. f.
Cuisine. E x . N o u s irons au lac à la G a l e t t e , et c ' e s t moi
qui se c h a r g e d e la gargote.
E n France, une gargote est un lieu où l ' o n m a n g e malpro-
prement.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 351
Qargoter, v. 11.
— Faire un bruit semblable à celui qui se produit lorsqu'on
se gargarise. E x . Ç a me gargote dans la g o r g e .
— Faire de l a cuisine plus ou moins grossière.
Gargoton, n. m .
Gosier. E x . M e voilà incapable de parler, j ' a i le gargoton
au vif.
Gargouche, n. f.
G r o s pain de sucre d'érable. E x . Hacher d u sucre amont
la gargouche.
Gargousser, v . n. — G a r g o u i l l e r .
Garguienne, n . f.
— Fille d ' h o n n e u r .
— Gardienne.
Garibaldi, n. m . — C o r s a g e d e laine.
Garni, n. m.
— Pierres concassées destinées à remplir les vides d ' u n e
maçonnerie.
— Morceau de toile ou de coton plié en plusieurs doubles et
piqué qui fait partie de la lingerie particulière au s e x e .
Garnouille, n. f. — G r e n o u i l l e .
Garocher, v . a . — L a n c e r des roches, des pierres.
Garocher (se), v . p r o n .
S ' e n v o y e r des pierres. E x . D e s enfants qui se garochent.
Garouage, n. m .
V a g a b o n d a g e , flânerie. E x . M o n mari est parti an.garoua-
ge, cherche où. C e mot v i e n t probablement de l ' e x p r e s -
sion courir le loup-garou. E n France, aller en garouage,
c'est se dissiper, courir l a prétentaine. — I c i , l'expression
ne veut rien dire de p l u s que flâner, courir d'une maison
à l'autre.
Garuage, n. m. — V . G a r o u a g e .
Gars, n. m. — G a r ç o n . V . G a .
Gaspareau, n. m . — A l o s e t y r a n .
Gaspillard, e, a d j . — G a s p i l l e u x , euse.
Gaspille, n. m .
Gaspillage. E n N o r m a n d i e , jeter à la gaspille veut dire
LE PARIER POPULAIRE
352
d e s d r a g é e s ou d e s s o u s à u n e t r o u p e d ' e n f a n t s qui
se b a t t e n t p o u r les r a m a s s e r .
Gaspilleux, e u s c adj -Gaspilleur.
Gâte-sauce, n . ta. et i.
Qui gâte t o u t ce q u ' i l touche. E x . T u n'es qu'un gâte-
sauce, n e t e m ê l e de rien.
C a s , n. m. — G a r s . V. Ga.
Gaton, n. m .
Bâtonnet q u i s e r t à assujettir les mênoiresau t r a î n e a u . Dans
le P e r c h e , gaton signifie bâton ; l e gaton s ' e m p l o i e pour
serrer l a c o r d e qui tient l a c h a r g e d ' u n e v o i t u r e . En
N o r m a n d i e , o n dit galon.
Gaudrier, n. m .
Baudrier. E & x . Des s e m e l l e s de bottes en b o n gaudrier.
Gaudriole, n . f.
Mélange d e s o n et d ' e a u p o u r l ' a l i m e n t a t i o n du bétail.
E n F r a n c e , " l a g a u d r i o l e est une p a i s a n t e r i e un p e u libre.
Gaupe, n. f. — F e m m e s a n s ordre. ( D e G a s p é , Mémoires.')
Gavache, n . m . — L â c h e .
Gavagner, v . a .
— Détériorer. E x . M e s vêtements sont p a s mal gavagnés.
— Troubler. E x . J ' a i une idée qui m e g a v a g n e .
E u F r a n c e , c e m o t s i g n i f i e gaspiller, gâter.
* Qazelier, n . m . ( A n g l . ) — L u s t r e â g a z , c a n d é l a b r e .
Gazette, n. f.— P e r s o n n e b a v a r d e .
* Gazetter, v . a . ( A n g l . )
Publier u n a v i s , une a n n o n c e dans la Gazette Officielle.
Gazon, n. m .
Bloc de n e i g e d u r c i e . E x . N o u s allons f a i r e une c a b a n e de
neige, c o u p e d e s gazons à force.
Geangar, n . m .
Hangar. E x . V a porter le harnois d a n s l e geangar.
Gearbe, n. f.
Gerbe de b l é . E x . L a fête d e la g r o s s e gearbe s e m b l e être
disparue d e nos c o u t u m e s r e l i g i e u s e s .
Gearce, n. f. — G e r c e , c r e v a s s e .
Qeargaude, n . f . _ v . Gergaude.
D1ÏS CANADIENS-FRANÇAIS 353
Geargeau, n. m .
Gesse, l é g u m i n e u s e cultivée c o m m e fourrage et même com-
me aliment.
Gearmain, e, a d j . — G e r m a i n . E x . Mon cousin gearmaifi.
Oégnièvre, u. f. — G e n i è v r e .
Geigneux, euse, a d j . — G e i g n a r d , plaignard.
Geint, n. m.
Plainte, lamentation. E x . A v a n t de mourir, il a envoyé un
geint,
Gelasser, v. n. — G e l e r l é g è r e m e n t .
Gelaudé, e, adj. — U n peu g e l é .
Geler, v. n.
— Couvrir de g i v r e . E x . I,es vitres sont gelées.
— E t r e timide à l ' e x c è s . E x . U n e n f a n t ^ / / .
— S'éloigner de l'objet cherché. E x . T u gelés, c'est-à-dire,
tu t'éloignes de l'objet c a c h é et qu'il s'agit de trouver.
(Terme de j e u . )
Gendarme, n. m .
V i r a g o . E x . Q u e l gendarme que cette femme !
Gêner, v . a.
Etre gêné de ses eaux, souffrir d ' u n e rétention d'urine.
Génie, n. m.
Se prend dans u n sens tout différent du sens véritable. N o u s
d i s o n s : c'est un petit génie, c'est-à-dire un homme de peu
d'esprit. E x . Je ne suis p a s un grand esprit, mais je ne
suis pas non p l u s un petit génie. Il faut connaître nos
cultivateurs pour bien comprendre le vrai sens de cette
phrase.
Geniève, n. m . — G e n i è v r e .
Gens, n. f. pl.
— Personnes de la m ê m e famille. E x . A l l o n s , nos gens,
préparez-vous à partir pour la messe.
— Personnes de l a même paroisse. E x . E e s gens de par
chez nous sont pas aussi bêtes qu 'on croit.
— Les bonnes gens, les maîtres d ' u n e maison, les chefs de la
famille. E x . Je m ' e n v a i s consulter les bonnes gens, et j e
vous donnerai une réponse, oui ou non.
23
354 LE PARLER POPULAIRE
— Mensonge.
Qnochon, n. m. — V . G n i o c h o n .
Qnole, n. f . — V . Gniole.
Go, n. ni.
Gosier. E x . Fourre-toi ce bonbon dans le go, g o u r m a n d
que tu es.
* Go ahead, go éhedde, (m. a.)
— Etre entreprenant. E x . J ' a i un enfant q u i a du go ahead.
— Aller de l'avant. E x . Fouette t o n c h e v a l un p e u , char-
retier, go ahead.
* Go along, go élonng, (m. a.)
Avance, poursuis ta route. V . G a l o g n e et G o l o g n e .
Gobe, n. f.
— Coup de v i n . E x . N o u s allons p r e n d r e une gobe.
— Grosse bouchée.
— Gobe d'imprimeur.
Dans l'ancien français gobe voulait dire vaniteux, vain,
délicat.
Gobette, n. f.
Histoire pour rire, chose que l'on fait g o b e r a u x g e n s . E x .
Nous en avons dit des gobettes, c'est-à-dire, n o u s nous
sommes amusés à conter des histoires en l'air. E x p r e s s i o n
fort en v o g u e autrefois d a n s les c a m p a g n e s a u t o u r de
Montréal.
Goce, n. f.
Entaille dans le bois faite a v e c un couteau.
Gocer, v. a.
Travailler le bois avec u n couteau. E x . D a n s les collèges,
les élèves aiment beaucoup à gocer l e u r s pupitres, ils gocent
aussi pendant les récréations, les arbres, des b o u t s de bois.
Goceur, n. m. — Celui qui g o c e .
Godd, n. m. — Pingouin c o m m u n .
* Goddeni, n. m . ( A n g l . )
Sobriquet donné aux A n g l a i s , à cause d u j u r o n q u i l e u r est
propre.
* Goddémer, v. a. ( A n g l . )
Jurer en langue anglaise, E x . Cesse donc de goddémer.
DBS CANADIBNS-FRANÇAIS 359
Godendard, n. m .
— Grande scie qui sert à tronçonner ou à fendre le bois dans
le sens de sa longueur.
— H o m m e t r è s e n n u y e u x . Depuis que l'on dit : c'est une
scie, pour u n e homme e n n u y e u x , on a trouvé pour quali-
fier un h o m m e t r è s e n n u y e u x l'expression : c'est un goden-
dard. Ce n ' e s t pas du v i e u x langage canadien, c'est u n
néologisme populaire greffé sur une importation française.
Dans le Perche on dit godendardes. E n Normandie, le
godenda est une scie de maçon.
Godille, n. f. — Aviron servant à godiller.
Godiller, v. n.
Faire avancer u n e embarcation à l'aide d ' u n e godille.
Oodron, n. m. — Goudron.
Godronner, v. a. — Goudronner.
Goglu, n. m.
— Oiseau appelé Ricebird par les anglais. Appartient au
genre Dalichonyx. Il siffle admirablement.
— Mauvais plaisant, hâbleur.
Goinfre, n. m.
Goinfre, n. f . — E x . Quel mangeur terrible, c'est un vrai
goinfre !
Goitte, n. f.
Goitre, n. f. — E x . As-tu remarqué comme j ' a i la gorge
enflée, je crois que j ' a i u n e goitte.
* Gologne.
Corruption d e l ' a n g l a i s ^ along, va-t-en, poursuis ton che-
min. E x . Gologne sauve-toi au plus vite. Il n'y a pas
de gologne, c'est-à-dire ce n ' e s t pas tout ci, tout ça, j e
reste où je suis.
Gomme, n. f.
— Aller à la gomme, s'en aller loin. E x . Va à la gomme,
tu m'achales.
— Envoyer à la gomme, envoyer promener.
Gomme arabique, n. f-
Mucilage. E x . Prête-moi t a gomme arabique pour coller
du papier.
360 LV: PARLER POPULAIRE
Gommé, e, adj.
Pris de boisson. E x . A s * t u rencontré S e m , il est encore
gommé, ce soir.
Gommeux, euse, adj.
Boueux, vaseux, gluant. E x . L e s c h e m i n s sont gommeux
dans les concessions de Saint-Pancrace.
Gonce, n. m.
Faire le gonce, pleurnicher pour obtenir quelque f a v e u r . E x .
N e fais pas le gonce c o m m e cela, t u m ' e n n u i e s à la fin.
Gonfle, n. m.
Gonflement, action de c e q u i est gonflé.
Gonze, ni. m. — V . G o n c e .
Gordiche, n. m. — P e t i t g o u j o n .
Gordon, n. m . — G o u j o n .
Gorec, u. r n . — G o r e t .
Goret (petit), — Goret.
Gorge (grosse), n. f. — G o i t r e .
Gorgerette, n. f . — B r i d e .
Gorgette, n. f.
— Bride, attache de chapeau de femme.
— Sous gorge, dans l ' a t t e l a g e des c h e v a u x .
Gorgoter, v . u. — V . G a r g o t e r .
Gargoton, n. m. — Gosier.
Goriot, n. m . — G r e l o t . E x . D e s gorlots d e patates.
Oorlotter, v . n. — Grelotter.
Gornaille, n. f. — Gens de peu de v a l e u r .
Gorton, n. m. — Creton.
Gosse, n. m . — J e u n e garçon.
Gosser, v . a. — V . Gocer.
Gouaiche (à la), loc.
A gogo, à satiété. D e G a s p é a écrit à gouêcke d a n s ses Mé-
moires (p. 4 1 7 ) .
Gouâiller, v . a. — Railler, plaisanter.
Gouâillerie, n. f . — R a i l l e r i e .
Gouailleur, a d j . et n. — Q u i gouaille.
Goudille, n. f.
— Godille, aviron placé à l'arrière d ' u n canot et a u q u e l on
DES CANADIENS-FRANÇAIS
Gournaille, n. f.
Gournable, cheville de bois dur e m p l o y é e dans la construc-
tion des navires. E x . A l'assemblée politique d'hier soir,
les chauds partisans de X étaient a r m é s de gournailles.
Goût, n. m. — Faire passer le goût du pain, tuer.
* Goûter, v. a.
Avoir le goût. E x . Cette viande goûte le rance. (Angl.)
Gouterelle, n. f. — Goudrelle.
Goutte, n. f.
Spiritueux. E x . C ' e n est u n qui aime la. goutte.
Grâce (en), loc.
Par grâce. E x . En grâce, laisse-moi tranquille.
Gracieusement, adv. — Suffisamment, grassement.
Gracuit, adj. — Gratuit.
Graduer, v. n.
Prendre ses degrés. E x . Mademoiselle vient de graduer
a u x Ursulines.
Graffigner, v. a.
Egratiguer. V i e u x français qui v i e n t d u breton graffina,
ou d u provençal graffinar. R a b e l a i s a dit : « I l l e u r mor-
doit les aureilles ; ils lui graphinoient le nez. »
Graffignure, n. f. — E g r a t i g n u r e .
Graillon, n. m .
— Odeur de graisse brûlée.
— Cuisinière malpropre et peu entendue.
Grain, n. m.
— Cheminée d'un fusil sur laquelle on place la capsule.
— Goutte. E x . Iya pluie tombe à g r o s grains.
— Serrer le grain, marcher les j a m b e s serrées l ' u n e contre
l'autre, et au figuré, se tenir sur l a r é s e r v e en faisant bien
attention.
— Fourrer son grain partout, fourrer son nez là où on n'a
pas d'affaire.
Grain d'orge, n. m. — Orgelet.
Graine, n. f.
— Menue monnaie.
— Mauvaise graine, mauvais sujet.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 363
Grandement, adv.
Bien l o g é , confortablement. E x . N o u s sommes grandement
dans notre maison n e u v e .
Grandet, ette, adj.
Grandelet. E x . N o t r e fille c o m m e n c e à êtregrandette.
Grand'hache, 11. f.
Bûcheron qui dégrossit les arbres d e nos forêts.
Granmaire, n. f. — G r a m m a i r e .
Grand'père, n. m.
Pâte bouillie découpée en m o r c e a u x r o u l é s ou carrés, qui
s'apprête avec du sirop.
Grande=grande-mère, n. f.
Mère de l ' a ï e u l ou de l'aïeule.
Grand=grand-père, n. rn. — P è r e de l ' a ï e u l ou de l ' a ï e u l e .
Granulé, n. m. — S u c r e g r a n u l é .
Grappe, e, adj.
Bien fourni de grappes. E x . J'ai, d a n s mon c h a m p , de
l'avoine qui est bien grappêe.
Grappigner, v. a. — A g r i p p e r .
Grappin, n. m.
— Crampons. E x . E e s c h e m i n s s o n t c o u v e r t s d e glace,
mettons nos grappins,
— M a i n . E x . Mettre le grappin s u r q u e l q u ' u n .
Oraquia, n. m.
— Bardane.
— E n f a n t intelligent.
Gras, se, adj.
— Gras à lard, très g r a s .
— Eaux grasses, eau d e vaisselle.
— Gras à fendre avec l'ongle, très g r a s .
— Gras à pleine peau, très g r a s .
Oras-cuit, adj.
Mal cuit. E x . D u pain gras-cuit, c'est-à-dire, g l u a n t et
graisseux en apparence.
Gras=de=jambe, n. m.
Chose profitable. E x . C e t t e affaire v a m ' a p p o r t e r un beau
gras-de-jambe.
DES CANADIENS-FRANÇAIS
365
Grati, n. m.
G r a t i s . E x . A u j o u r d ' h u i j ' a i travaillé pour d u grati.
Gratigner, v. a.
Egratigner. C e m o t était usité autrefois. — (Du Bellay,
Palsgrave.)
Gratignure, n. f. — E g r a t i g n u r e .
Gratte, n. f.
—- D é g e l é e . E x . J ' a i a t t r a p p é u n e gratte en r è g l e .
— Petite h o u e , binette. E x . V a chercher la gratte p o u r
renchatisser les patates.
— I n s t r u m e n t q u i sert à g r a t t e r les chemins d ' h i v e r en enle-
v a n t un e x c è s d e n e i g e .
Grattelle, n. f.
Maladie de la p e a u q u i occasionne une v i v e démangeaison.
Gratter, v. n.
— Lésiner. E x . A force de gratter, il s'est enrichi.
— Chercher. E x . Q u ' e s t - c e que tu grattes ici ?
— Gratter quelqu'un où ça lui démange, toucher au point
souhaité, flatter la passion dominante.
— Gratter à la bonne place, m ê m e sens.
Gratter (se), v . p r o n .
Renoncer. E x . T u p e u x te gratter, tu n'obtiendras pas ce
que tu désires.
Gratte-pieds, n . m .
Décrottoir, l a m e de fer ou boîte garnie de brosses à l'entrée
d ' u n appartement o u d ' u n e maison, pour ôter la boue des
chaussures.
Gratteux, euse, a d j .
— Mesquin, q u i m é n a g e o u g r a t t e sur tout.
— Gratteur.
Grattures, n. f. p l .
Mucosités intestinales. E x . D e s grattures de tripes, de b o y a u x .
Grave, u. f.
Etablissement d e p ê c h e à l a morue. C e mot signifiait
d'abord une certaine é t e n d u e de terre près d u rivage, pré-
parée pour faire sécher l a m o r u e ; ce n o m a été ensuite
donné à l ' é t a b l i s s e m e n t t o u t entier.
366 LE PARLER POPULAIRE
•Gravé, n. m.
Chemin macadamisé. E x . De Québec à Sainte-Anne, c'est
du gravé tout le temps.
Graver, v. a.
Macadamiser. E x . L,a compagnie des chemins à barrières
est obligée de graver nos chemins autour de la ville.
Gravois, n. m.
Pierres concassées avec lesquelles on recouvre les routes,
«îravouiller, v. a.
— Gratter. E x . L,e dentiste m'a gravouillé une dent avec
ses outils.
— Chercher. E x . Qu'est-ce que tu gravouilles là ?
Gréau, n. m . — G r u a u .
Grébiche, n. f. — Femme acariâtre.
Gtedin, e, adj.—Avare, ladre.
Grediner, v. n. — Résiner sur tout.
* Green, grine, (m. a.)
Inexpérimenté. E x . C'est un green que ce garçon, il au-
rait besoin d'être déniaisé.
* Green=back, (m. a.)
Billet de banque américain émis au cours de la guerre de
sécession. C'est la couleur verte (green) à son verso
(back), qui l'a fait ainsi nommer.
* Green goods, (m. a.)
Greenback contrefait.
Gréier, v. a. — V. Gréyer.
Grêle, n. f.
Personne méchante. E x . Cette femme-là, c'est la grêle.
Grêlon, n. m.
Misérable, mal vêtu. E x . Ce quêteux a-t-il 1''air grêlon un
peu?
Grelot, n. m.
— Eangue. E x . Retiens ton grelot, achève de faire sonner
ton grelot, on n'entend que ton grelot.
— Fruit de la pomme de terre. E x . Des grelots de patates.
Grêlou, n. m . — V . Grêlon.
Greluchon, n. m. — Enfant à mine grêle.
DES CANADIENS-FRANÇAIS
367
Grouillant, e, part
— Couvert, infesté. E x . Cet enfant est tout grouillant de
poux.
— Vivant. E x . J'ai cinq enfants t o u s grouillants.
Grouiller, v. u.
Remuer. E x . N e grouille pas d'ici, je vais revenir bientôt.
Group, n. m. — Croup.
Gru, n. m.
Farine d'avoine détrempée dans l ' e a u pour la mangeaille des
a n i m a u x de ferme.
— Monter. E x o r . acadienne.
Grue, n. i- — Héron blanc.
Guénif, n. m . — V . Gannif.
Guenille, n. f.
— Butin, attirail de ménage, saint frusquin. E x . Prends
tes guenilles et fiche ton camp au plus vite.
— H o m m e sans caractère, mou.
Guénilloux, n. m . — Q u i porte des guenilles, loqueteux.
Guère (pas), l o c . — T r è s peu, pas b e a u c o u p .
Guerlotter, v. a. — Grelotter.
Guernier, n. m. — Grenier.
Guernouille, n. f. — Grenouille.
Guernu, adj. — G r e n u .
Guérouage, a. m. — Garouage. V . ce mot.
Guesse.
Prendre le bord de guesse, se sauver bien loin, de manière à
ne pas être retrouvé, assez loin q u ' o n ne devine pas l'en-
droit ou l'on court se réfugier. E x . Notre voleur a pris
le bord de guesse.
* Guesser, v. a. ( A n g l . )
Gager. E x . Je guesse q u e tu vas p e r d r e tout ton argent à
la Bourse.
Guetter (se), v. pron. — S e tenir s u r ses gardes.
Gueulard, n . m.
— Qui parle haut et souvent.
— Ramas de gens soudoyés pour faire du tapage dans les
assemblées politiques.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 371
Gueule, n. f.
— Bouche.
— Ma belle gueule ! E x p r e s s i o n très familière employée en
manière de c o m p l i m e n t à l ' é g a r d d'une jolie personne.
— Se battre la gueule, faire d e v a i n s efferts de parole.
— Avoir bien de la gueule, parler beaucoup et très fort.
Gueule de fer-blanc, n. f. — B a v a r d intarissable.
Queule noire, n. f.
F r u i t s du m y r t i l l e , lesquels noircissent la bouche.
Gueulée, n. f. — G o u l é e . V . ce mot.
Queuler, v. n. — P a r l e r h a u t et fort, crier.
Oueurdin, e, a d j . — G r e d i n .
Gueurlot, n. m . — G r e l o t .
Gueurlotter, v . n. — Grelotter.
Gueurnasse, n. f . — G r e n a s s e , petite bourrasque en mer.
Gueurnouille, n. f. — G r e n o u i l l e .
Gueurton, n. m . — C r e t o n .
Gueuserie, n. f. — B a g a t e l l e .
Guevale, n. f. — C a v a l e .
Guia, int. — D i a . V . ce mot.
Guiâblant, a d j . — Diablant. V . ce mot.
Guiâble, n. m .
Diable. E x . V a chez le guiâble ! Q u e le guiâble te char-
rie ! V . D i a b l e .
Guiâblement, adv. — E x c e s s i v e m e n t .
Quiâbler, v. — Diabler. V . c e mot.
Guiâblesse, n. f. — D i a b l e s s e , femme méchante.
Guiâblotin, n. m. — E n f a n t v i f et espiègle.
Guiârrhée, n. f. — Diarrhée.
Quibou, n. m . — H i b o u .
Guiamant, n. m.
Diamant, E x . U n guiamant pour couper la vitre.
Guichet, n. m . — V a s i s t a s .
Guieu, n. m. — D i e u . E x . J e dois à Guieu et à ses saints.
Guignolée, n. f.
Autrefois, dans notre p a y s , l a g u i g n o l é e se disait de c e u x
qui se réunissaient durant la nuit du 31 décembre pour aller
372 Lit PARLER POPULAIRE
O O
H
o— o
Habeçon, n. m. — H a m e ç o n .
Habiller, v. a.
Couvrir d'invectives. E x . E n v o i l à un qui s'est fait habil
ler de la plus belle façon d u monde.
Habiller (s'), v . prou.
Endosser ses habits e x t é r i e u r s , c o m m e un paletot, un par
dessus d'hiver. E x . I l fait u u froid de loup, habillons-
nous chaudement pour sortir. Se déshabiller, dans notre
parler, est l ' a u t o n y m e d e s'habiller, d a n s l'acception pré
sente.
Habit à queue, n. m .
Frac, habit de soirée, de c é r é m o n i e , ou simplement habit.
DKS CANADIKNS-FRANÇAIS 373
Habitant, u. m.
Cultivateur vivant à la campagne. Cette appellation remonte
aux premiers temps de la colonie. Du temps de Chatn-
plain, il y avait deux espèces d'immigrants : les véritables,
les sérieux, et les oiseaux de passage. On les distinguait
en nommant les premiers, les habitants, et les seconds, les
hivernants, c'est-à-dire qu'ils ne faisaient qu'hiverner dans
la Nouvelle-France, avec l'intention de s'en retourner
dans l'Ancienne, à la première occasion favorable. Les
habitants sont restés attachés au sol, et les hivernants sont
disparus les uns après les autres sans laisser de traces
bien profondes.
— Faire Vhabitant, ne pas faire l'habitant, sont des expres-
sions assez communément employées pour dire : être mes-
quin en affaires, ou ne pas l'Être.
— Un gros habitant, un habitant riche.
— Un petit habitant, un habitant plus ou moins pauvre.
— Un habitant à l'aise, qui vit dans l'aisance.
— Habitant dos blanc, terme de mépris d'usage assez fré-
quent chez les jeunes gens.
Hache, n. f.
— Grand' hache. V . ce mot.
— Avoir un coup de hache, être un peu fou.
Hache (à la), loc.
— Dénué de tout, réduit à n'avoir qu'une hache pour gagner
son pain. E x . J ' a i tout dépensé mon bien, je suis rendu
à ta hache.
— Grossièrement. E x . Un ouvrage fait à la hache.
* Haddock, n. m., (m. a.)
Aiglefin, morue de Saint-Pierre. D'aucuns disent hadieck.
Haguissable, adj.—-Haïssable. V . ce mot.
Haguir, v, a. — Haïr. E x . J e t'haguis, toi, comme la peste.
Ha t Ha !
Interjection qui ne s'emploie que dans un sens négatif,
comme suit : E x . Ce docteur n'est pas un docteur ha !
ha ! Mon frère est seigneur, mais ce n' est pas un seigneur
ha ! ha ! il saigne les cochons.
LE P A R L E R POPULAIRE
374
H a ï r , v. a.
N o u s disons : je te haïs, tu le haïs, il m'haït, p o u r je te hais
t u le hais, il me hait. Dans le v i e u x français, on pronon-
çait haine et haineux.
Haïssable, adj.
Incommode, insupportable. E x . Sors d'ici, p e t i t haïssable
q u e tu es, tu me fais damner.
Halener, v. n. — Haleter, être essoufflé.
Haler, v. a. et n.
— T i r e r à soi un objet quelconque. E x . Haie-moi d'ici,
j ' a i un pied pris d a n s le trottoir.
— T i r e r fort. E x . Ea charrette est t r è s chargée, ça haie,
c'est-à-dire le cheval est obligé de tirer fort p o u r avancer
d a n s sa marche.
E e s uns prononcent haler et les a u t r e s hâler. (Terme de
marine.)
Halitre, n. f. — Gerçure causée par le froid ou le frottement.
Halitré, e, adj.
— Gercé par le froid. E x . J ' a i les m a i n s halitrêes.
— Enflammé par le frottement. E x . Cet enfant a les cuis-
ses halitrêes.
Ce mot est usité en Normandie.
* Hall, halle, n. f., ( m . a.)
— Salle publique.
— City hall, hôtel-de-ville.
-— Market hall, halle.
~ Music hall, salle de musique.
* Halloo, hallou, (m. a.)
H o l à ! holà ho ! Cri d'appel t é l é p h o n i q u e .
Halloter, v. n. — N ' a v o i r plus que le souffle.
Hangarage, n. m.
Action de mettre dans un hangar. E x . J ' a i un lot de mar-
chandises à mettre en hangarage. — Il vous faudra payer
p o u r Vhangarage de vos meubles.
H a n g a r e r , v. a. — M e t t r e dans u n h a n g a r .
* Hansard, n. m., (m. a.)
R a p p o r t des délibérations de la C h a m b r e des Communes du
DES CANADIENS-FRANÇAIS 375
Dominion. Ce nom provient à' u n homme H a n s a r d , auteur
de ce système de rapporter Verbatim les discours des
députés à la C h a m b r e .
Haquet, n. m.
— Hoquet.
— Traîneau ou sleigh dont se servent les sucriers en le pous-
sant à bras.
Harage, a. m.
Race. E x . C'est u n cheval de bon garage. Vient du mot
haras, établissement où l'on garde des chevaux.
Harbage, n. f. — H e r b a g e .
Harbe, a. f.
H e r b e . E x . Cette soupe est douce comme de Y harbe.
Harbière, n. f. — E r b i è r e . V . ce mot.
Hardé, e, adj.
Œ$uf sans coquille. E x . U n œuf hardé. Du Cange écrit :
« Les œufs h a r d e l é s n ' o u t pas de coquille ; ils sont pondus
par des coqs et on les met dans du fumier de cheval, il en
sort des serpents dont l'huile est excellente pour composer
des philtres et transmuer les m é t a u x . » Les coqs du
Canada n ' e n sont pas encore rendus là.
Cotgrave dit œuf hardrê.
Mardes faites, n. f. pl.
Confection. E x . M. L é p i n e tient un beau magasin d e
hardes faites.
Hardi 1 Int. — Courage !
* Hard up, oft, (m. a.)
A bout de ressources. E x . J e n ' a i pas le sou, je suis hard
up pas rien q u ' u n peu.
* Hardware, zvère, n. m., ( m . a.)
Quincaillier. E x . Va m e chercher du clou chez le hard-
ware.
Harer, v. a.
— Frapper avec u n e hart.
-— Attacher avec une hart.
Harguesse, n. f. — Hardiesse.
Harias, n. m . — V. Arias.
1,15 PARLER POPULAIRE
376
M I + 11 « ÎT-1 •
^T.v°de b o i s , d e bûches. E x p r e s s i o n p l u t ô t acadienne.
.« f-t f. — Ridelles.
Haridelle, » •
Harié, h o I . .
Se d i t o r d i n a i r e m e n t par c e u x qui conduisent un c h e v a l pour
le f a i r e a r r ê t e r ou reculer. C e t t e expression viendrait-
elle d'arrière f E l l e pourrait peut-être provenir d'une
i n t e r j e c t i o n hippique qui aurait u n sens tout contraire.
On l i t d a n s //tires, Ibêrie, p a r A d o l p h e G a r r i g a n (p. n o ) ,
o u v r a g e d a n s lequel l'auteur p r é t e n d identifier les Bas-
q u e s d ' A f r i q u e avec les Basques descendants des Ibères :
« U n a u t r e terme usité chez nos p a y s a n s de montagnes
( A r r i è r e ) , harri p o u r presser la m a r c h e trop lente d'une
b ê t e d e s o m m e , est aussi l ' e x p r e s s i o n dont se servent les
B e r b è r e s . » L e nom de l ' A r r i è g e l u i - m ê m e donne à penser.
Harnais, n . m .
E m b a r r a s , a t t i r a i l . E x . Y a-t-il m o y e n d e travailler avec
un harnais d'enfants comme j ' e n a i un s u r le dos ?
Harnie. n . f. — Hernie.
Harnols, n- m . — H a r n a i s .
Harpie, n . f.
— F e m m e a c a r i â t r e et bavarde.
— Une voix d'harpie, u n e v o i x criarde.
Hârrier, u . m .
Hallier, r é u n i o n de buissons serrés e t touffus.
Harse, n. f . — H e r s e .
Harser, v . a . — Herser.
Hart r o u g e , n . f . — C o r n o u i l l e r blanc.
Hasard ( ! ' ) , n . m . — L e hasard.
Haur, a d j .
Sale, m a l p r o p r e . S e dit des chemins en mauvais ordre.
Hausses, n . f. p l .
D e m i - g u ê t r e s d ' u n soulier de caribou o u mocassin.
Haut, e, a d j . a d v . et n. m .
— Hautain. E ) x . C ' e s t un fat, il est haut.
— A p p a r t e m e n t qui n'est pas au rez-de-chaussée.
— Porter haut, être fier.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 377
Héridelle, n. f. — Ridelle.
Hérisson, n. m. — H o m m e taré, v i l , l â c h e .
Hérondelle, n. f. — Hirondelle.
Hersoir, a d v .
Hier au soir. E x . E t e s - v o u s v e n u c h e z m o i , hersoir f
Heure, n. m.
Heure, n. f. E x . V o u s viendrez à un heure de l ' a p r è s - m i d i .
Heure (à belle), loc. — V . A belle h e u r e .
Heure (à bonne), loc.
De bonne heure. E x . V i e n s à bonne heure, s'il y a m o y e n .
Heure (à la bonne), interj. — T a n t m i e u x .
Heure (à 1*), l o c
A l'heure convenue ou fixée par u n règlement. E x . I l y
a des fonctionnaires civils qui n ' a r r i v e n t jamais à Vheure.
Heure d'horloge (une). — U n e heure.
Heure de temps (une). — U n e heure.
Heure des poules, loc.
De très bonne heure. E x . S e lever à Y heure des poules.
Heure des vaches, n. f.
Sur le soir, à l'heure o ù , à la c a m p a g n e , les c u l t i v a t e u r s
traient les vaches.
Heure de soleil (une), n. f.
Une heure après le lever ou avant le c o u c h e r d u soleil.
Hibou blanc, n. m.
Grande chouette blanche des régions- boréales, le h a r f a n g .
Higner, v . n.
Crier par intervalles, à la manière d e s enfants g â t é s .
Himeur, n. f. — Humeur.
* Hint, hinnt, n. m., (m. a . )
Demi-mot, aperçu. E x . Je v a i s l u i donner un hint a v a n t
de commencer.
Hirondelle des cheminées, n. f.
Martinet des cheminées.
Hirondelle bleue, n. f . — H i r o n d e l l e pourpre.
Hirondelle à ventre blanc, n. f . — H i r o n d e l l e bicolore.
Hirondelle des rochers, n . f. — H i r o n d e l l e à front blanc.
Hirondelle rousse, n. f . — H i r o n d e l l e d e s g r a n g e s .
DES CANADIENS-FRANÇAIS 379
Homme au bois, n. m . — S c i e u r de b o i s .
Homme au lait, u. m.
Laitier o u celui qui fait la distribution d u lait c h e z ses clients.
Homme au pain, n. m .
Celui qui distribue le pain à domicile.
Homme de cage, n. m.
H o m m e q u i travaille à la mise en flotte des billots et qui
conduit les cages de bois sur n o s r i v i è r e s .
Homme de cour, n. m .
H o m m e q u i prend soin d e s cours, d e s é c u r i e s , etc.
Homme de paille, n. m .
H o m m e sans valeur, q u i ne compte p a s , u n m a n n e q u i n .
Honneur, n. m .
— Ma foi d'honneur ! ma parole d'honneur ! j u r o n s u r l'hon-
neur.
— Etre dans les honneurs, servir d e p a r r a i n et d e marraine
au baptême d'un enfant.
Honte, n. f.
Timidité. E x . T u v a s j o u e r ton p e t i t m o r c e a u de piano, tu
n'as p a s besoin d ' a v o i r honte.
Honteux, a d j .
T i m i d e , intimidé. E x . Je suis honteux d e v a n t le monde.
* Horehound, hôraou?tde, ( m . a.) — M a r r u b e blanc.
Horlogier, n. m . — H o r l o g e r .
* Hornepipe, palpe, ( m . a.)
Danse écossaise.
Hors d'âge, loc.
T r è s v i e u x . E x . D a n s mon troupeau d ' a n i m a u x , il y en a
trois q u i sont hors d'âge.
* Horse=radish, diche, ( m . a.) — R a i f o r t , r a v e à c h e v a l .
* Hose, hôse, n. f., ( m . a.)
B o y a u , t u y a u d'arrosage. E x . E m p o r t e m a hose, q u e j ' a r -
rose la rue.
Hôtel, n. m.
A u b e r g e , estaminet. E x . C o u r i r les hôtels pour s'enivrer.
Hôtelier, n . m .
Celui qui tient un hôtel, u n e a u b e r g e , u n d é b i t d e boissons.
D E S CANADIENS-FRANÇAIS
Hoter, v. n.
Voter. De Gaspé donne ce mot dans ses Mémoires.
Houananiche, n. m.
Saumon particulier au lac Saint-Jean et au Labrador.
Houille, e, adj.
Ecœuré. E x . J ' a i mangé beaucoup de fruits, j e commence
à être houille. Autrefois, il y avait okié : un homme ohiê
de son corps, homo corporeaffecto, maieaffectus. (Rob. Est.)
Houiner, v. n.
Hennir. Se dit d'un cheval vicieux qui hennit de colère.
Houmelon, n. m. —Houblon.
Houpe! interj.
Expression pour marquer un bond que l'on fait soi-même ou
que l'on fait fait faire à un autre.
Huart, n. m. — Plongeur à collier.
Huche, n. f.
Profiler comme pâte à la huche, se dit d'un enfant qui croît
très vite en proportion de sa santé.
Hucher, v. a.
— Appeler de loin. Expression très usitée chez les Aca-
diens. E x . Monte sur le haricot pour hucher ton père.
L'expression est commune à la Baie de Chaleur et à la
Baie Saint-Paul. Ce mot vient de huchet, cornet qui sert
à appeler les chiens à la chasse.
— Frapper à la porte.
Hue ! interj,
Cri des charretiers pour engager les chevaux à aller à droite.
E x . Charretier, tirez à hue.
Huiler, v. a.
— Donner l'extrême-onction.
— Amadouer quelqu'un en lui donnant de l'argent, en lui
graissant la patte.
Huissier, n. m.
Huissier de la Verge Noire, huissier à verge noire. Autre-
fois, l'on disait à Québec, huissier à la baguette noire.. A
Québec, on dit l'huissier, mais à Montréal il fut un temps
ou l'on disait le huissier, même à la cour. Alexandre
382 LE PARLER POLULAIRE
I m m o r t e l l e , n. f.
Graphale polycéphale. Plante à fleur variable, très com-
mune dans nos jardins.
Imparfait, e, adj.
Incommode. E x . Est-il imparfait, cet enfant ?
Impassable, adj.
Qu'on ne peut passer, ni franchir sans de grands inconvé-
nients. E x . Des chemins impassables.
Impayable, adj.
Etonnant. E x . Cet homme est impayable avec ses histoires
drôles.
* Impeacher, v. (Angl.) — Mettre en accusation.
* Impeachment, (m. a.) — Mise en accusation.
Imperméable, n. m.
Manteau en tissu imperméable pour se protéger contre la
pluie.
I m p i t é y a b l e , adj.—Impitoyable.
Impliable, adj. — Qui ne peut être ployé,
Imposer (en).
Inspirer du respect. E x . C'est un homme qui m'en a tou-
jours imposé beaucoup. D'après I^arousse, en imposer
veut dire tromper, en faire accroire.
Imposition, n. f.
Charge. E x . Ils sont venus chez moi dix de la campagne,
durant les fêtes du Tricentenaire, c'est une véritable impo-
sition.
Impossible, adj.
— Rempli de défauts. E x . C'est un être impossible.
— Bizarre, ridicule. E x . Cette femme a un chapeau im-
possible.
I m p ô t , n. m.
Abcès interne en pleine efflorescence.
I m p o t h è q u e , n. f. — Hypothèque.
I m p o t h è q u e r , v. a. — Hypothéquer.
I m p o t h î q u e r , v. a. — Hypothéquer.
Impourrissable, adj.
Qualité de ce qui ne peut pas pourrir.
25
386 I,E P A R L E R POPULAIRE
Impraticable, a d j .
H o m m e dont le commerce est très difficile. E x . C ' e s t un
être impraticable.
Imputable, adj.
Une somme imputable au revenu, au budget, s u r l e revenu,
sur le b u d g e t .
In, pronom.
B n . E x . Allons-nous-m, donnez-nous-in.
— U n . E x . In h o m m e fort.
Inattention, n. f.
A t t e n t i o n . E x . C e n ' e s t rien, c e s o n t des fautes d'inat-
tention ; on peut dire par i7iatte7ition,
Incarculable, adj. — I n c a l c u l a b l e .
Incendiât, n. m.
Fait d ' u n incendie. E x . C e t h o m m e s'est r e n d u coupable
d''incendiât.
Incendie, n. f.
Incendie, n. m. E x . Ç a été une grosse i?icendie que celle
du faubourg Saint-Jean, en 1 8 8 1 .
Inc'modant, e, adj.
Incommodant.
Inc'mode, adj.
Incommode.
Incomprénable, adj.
Incompréhensible. E x . C e t t e affaire e s t incomprénable.
Inconsistant, e, n. et a d j .
Inconséquent. E x . C ' e s t un inconsistant, il se contredit et
dans sa conduite et dans ses d i s c o u r s .
Incontrôlable, adj.
— Indomptable. E x . C e c h e v a l est incontrôlable.
— Impossible à arrêter, à maîtriser. E x . L ' i n c e n d i e d'hier
au soir a été incontrôlable.
* Incorporation, n. f.
A c t i o n d'incorporer, de donner u n e v i e c i v i l e . ( A n g l . )
* Incorporer, v . a.
E r i g e r en corps politique. E x . L'Action Sociale vient de
se faire incorporer p a r l a C h a m b r e provinciale. ( A n g l . )
DixS CANADIENS-FRANÇAIS 387
Incorrigeable, a d j .
Incorrigible. E x . C e t enfant est incorrigeable. U n devoir
incorrigeable.
Incoupable, adj.
Qui ne peut être c o u p é . E x . D u rosbif incoupable.
Incousable, adj.
Qui ne saurait ê t r e c o u s u . E x . U n e étoffe incousable.
Incréyable, a d j . — I n c r o y a b l e .
Indécis (être sur I'), loc.
Etre indécis. E x . Je suis sur V'indécis pour savoir si j ' i r a i à
confesse oui o u n o n .
Indécrassable, a d j . — Q u i ne p e u t être nettoyé facilement.
Indéfaisable, adj.
Qui ne peut être d é f a i t . E x . V o i c i un nœud qui est indé-
faisable.
Indenture, n. f.
Acte passé entre l'officier d ' é l e c t i o n et la personne élue, en
présence de p l u s i e u r s é l e c t e u r s , sous leurs seings et sceaux
respectifs, d o n t u n e e x p é d i t i o n est remise à c h a q u e partie
et l'autre a n n e x é e a u w r i t d ' é l e c t i o n pour être transmise
au greffier d e la C o u r o n n e eu chancellerie. Autrefois
on disait endenture. 1 / u s a g e d e couper en forme de dents
les obligations s o u s s e i n g p r i v é , l e s fit appeler endenlures.
* Indictement, n. m . ( A n g l . ) — A c t e d'accusation.
Indifférent, e, a d j .
Ordinaire, m é d i o c r e . E x . C e t t e j e u n e fille n'est pas indif-
férente. Ces p o i r e s ne sont p a s indifférentes.
Indigérable, adj. — I n d i g e s t i b l e .
Indigesse, adj. — I n d i g e s t e .
Indigession, n. f . — I n d i g e s t i o n .
Indigne, n. m. et f.
Mauvais g a r n e m e n t . E x . S a u v e - t o i , mon petit indigne.
Indisable, adj. — Q u i n e peut ê t r e dit, inénarrable.
Indivisable, adj. — I n d i v i s i b l e .
Indormable, adj. — Q u ' o n ne p e u t endormir.
Inducation, n. f . — E d u c a t i o n .
Induquer, v . a. — E d u q u e r , i n s t r u i r e .
388 LE PARLER POPULAIRE
Indulgencier, v. a.
B é n i r un chapelet, en y attachant les indulgences accordées
par l'Eglise catholique.
Inendurable, adj.
Q u i ne saurait être enduré. E x . D e s enfants incndurables.
Infatiquable, a d j . — I n f a t i g a b l e .
Infect, e, adj.
Détestable. E x . C e s proposrlà sont infects.
Infecter, v . n.
Affecter de grands airs. E x . C e t t e personne porte de belles
toilettes, mais elle a u n drôle de parler, elle infecte.
Infendable, adj.
Difficile ou même impossible à fendre. E x . U n e bûche de
bois injendable.
Inférieur, adj.—Indifférent. E x . C e l a m'est bien inférieur.
Infliger, v. a.
Donner. E x . Je lui ai infligé u n c o u p de p o i n g terrible.
v r o n
Infliger (s'). - P -
S e faire, se donner. E x . Je m e suis infligé une blessure en
tombant sur une pierre.
* Informalité, n. f. ( A n g l . )
Manque de forme. E x . 1 / a c t i o n a été r e n v o y é e par suite
d'une informante.
* Informeur, n. m. ( A n g l . ) — Dénonciateur.
Infoucable, adj. — Maussade.
Infraction, n. f.
F a u t e . E x . C ' e s t une infraction à l a langue française.
Ingant, e, adj. — I n g a m b e , alerte, dispos.
Ingardable, adj. — Q u i ne peut être g a r d é .
Ingeance, n. f. — E n g e a n c e ,
lngen, n. m . — E n g i n .
Ingénieur, n. m.
Mécanicien. E x . D a n s toute l o c o m o t i v e , il y a le chauf-
feur et Vi?igênieur.
Ingénument, adv.
A b s o l u m e n t , sans restriction. E x . J'ai perdu toute ma
récolte ingénument.
DRS C A N A D I E N S - F R A N Ç A I S 389
Ingérer, v . a.
Gérer. E x . D a n s notre affaire, c'est le secrétaire qui va
tout ingérer.
Ingérer (s'), v . p r o n .
— S'occuper. E x . V a trouver le premier c o m m i s , c'est lui
qui s'ingère d e tout.
— Faire en sorte, prendre les mo)'ens. E x . Ingércs-voits
donc de savoir quelle espèce d ' h o m m e est celui-là ?
Ingot, n. m.
Cornet d'écorce de b o u l e a u dans lequel on v e r s e le sucre
d'érable au m o m e n t où il doit devenir solide.
Ingréient, n. m.
Ingrédient. E x . L e docteur m ' a donné u n e fiole de remè-
1
des dans laquelle il a mis toute espèce d ' ingréients.
Inguienne, n. f.
Indienne. E x . Je v i e n s d ' a c h e t e r cinq v e r g e s A'inguienne
â meubles p o u r c o u v r i r m o n sofa de salon.
Injurier, v. a.
Gâter. E x . Injurier son pantalon a v e c d e l ' e n c r e .
Inlabourable, a d j . — Q u i ne p e u t être l a b o u r é .
Inlevable, adj. — Q u i ne peut être s o u l e v é facilement.
Inlisable, a d j . — I l l i s i b l e .
Inlogeable, a d j . — O ù l ' o n ne p e u t pas loger,
(nmâchable, a d j . — Q u ' o n ne p e u t m â c h e r .
Inmaginable, a d j . — I m a g i n a b l e .
Inmangeable, a d j . — I m m a n g e a b l e .
Inmanœuvrable, a d j . — Q u ' o n ne p e u t faire fonctionner.
Inmanquable, a d j . — I m m a n q u a b l e .
Inmanquablement, a d v . — I m m a n q u a b l e m e n t .
Inmarchable, a d j .
Où l'on marche péniblement. E x . D e s c h e m i n s inmatcha-
bles.
Inmariable, adj. — Q u ' o n ne p e u t marier.
Inmarquable, a d j . — Q u i ne p e u t être m a r q u é .
Inmastiquable, a d j . — Qui ne peut être m a s t i q u é .
Inntédiatement, a d v . — Immédiatement.
Inmêlable, adj. — Q u i ne p e u t être m ê l é .
39° L,Ë P A R L E R POPULAIR E
Inmenable, adj.
Difficile à conduire. E x . Mon cheval est inmenable.
Inmesurable, adj. — Q u i ne peut être mesuré.
Inmettable, adj.
Qui n'est pas mettable. E x . Cet habit est inmettable.
Inmontable, adj.
Difficile à monter. E x . Une côte inmontable.
Inmense, a d j . — Immense.
Inmensément, adv. — Immensément.
Inmontrable, adj. — Q u ' o n ne p e u t montrer.
Inmouchable, adj. — Qui est difficile à moucher.
Inmourable, adj.
Qui a la vie très d u r e . E x . Ce vieillard a sept vies, il est
inmourable.
Innayable, adj. — Qui ne p e u t être noyé.
Inné.
l i e n . E x . Penses-tu qu'il a de l ' a r g e n t à prêter ? — Inn'a
ben sûr.
Inniable, a d j . — Qui ne peut être nié.
Innommable, adj. — Q u i n e peut ê t r e n o m m é .
Inôtable, a d j . — Qui ne p e u t être facilement enlevé.
Inquemode, adj. — Incommode.
Inquemoder, v. a. — Incommoder.
Inquemodité, n. f. — Incommodité.
Inquiétudes, n. f. pl.
Picotements nerveux de la peau. E x . J'ai des inquiétudes
dans les jambes.
Inquilibre, n. m.
Equilibre. E x . Peut-être que j ' i r a i à la pêche, peut-être
que je n'irai pas, je suis encore s u r Y inquilibre.
Inrachetable, adj. — Q u i ne peut être racheté.
Inraccommodable, adj. — Qui ne saurait être raccommodé.
Inracontable, adj. — Q u ' o n ne p e u t raconter.
Inraisonnable, adj. —Irraisonuable.
Inrassaisiable, adj. — Insatiable.
Inréalisable, adj.—Irréalisable.
Inrebutable, adj. — Q u i ne peut ê t r e r e b u t é .
DES CANADIENS-FRANÇAIS 391
Inréconciliable, adj. — I r r é c o n c i l i a b l e .
Inrecevable, adj. — N o n recevable.
Inrécitable, adj. — Q u i ne p e u t être raconté.
Inréconciliable, a d j . — I r r é c o n c i a l i a b l e .
Inreconnaissable, adj. — P a s reconnaissable.
Inrecousable, a d j . — a d j . — Q u i ne peut être cousu.
Inrecouvrable, a d j . — Qui ne peut être recouvert.
Inregardable, a d j . — Q u i ne peut être regardé sans répugnance.
Inrémédiable, adj. — I r r é m é d i a b l e .
Inréfutable, a d j . — Q u i n'est p a s refutable.
Inremuable, adj. — Q u i ne p e u t être remué, c h a n g é de place.
Inréparable, a d j .
Irréparable. E x . T e s bottes sont inrêparables, mon petit
ami, va t ' e n a c h e t e r un autre paire.
Inrepréhensible, adj. — I r r é p r é h e n s i b l e .
Inreprenable, adj.
— A u q u e l on ne peut faire a u c u n reproche. E x . Des
agents inreprenables.
— Q u i ne p e u t être uni après a v o i r été brisé. E x . Une
fracture d e la cuisse inreprenable,
Inréprochable, a d j .
Irréprochable. E x . T â c h e , m o u enfant, d'avoir une con-
duite inréprochable.
Inrésistible, a d j . — Irrésistible.
Inrespirable, a d j . — Irrespirable.
Irresponsable, a d j .
Qui n'est p a s responsable.
Inrévocable, a d j . — I r r é v o c a b l e .
Insécrable, a d j .
Exécrable. E x . Q u e l tas d'enfants insécrables !
Insensible, a d j .
Q u i a perdu connaissance. E x . N o u s l ' a v o n s relevé, il
était encore insensible.
Insentiel, adj.
Essentiel. E x . L''insentiel p o u r nous, c'est d'arriver à
l'heure j u s t e .
Insertion, n. f. — E n t r e - d e u x .
392 LE PARLER POPULAIRE
Inservable, adj.
Iuserviable, insupportable. E x . Des enfants inservables.
Insinifiant, adj.—Insignifiant.
Insolenter, v. a.
Dire des insolences.
Insoudable, adj.
Qui ne peut être soudé.
Insouffrable, adj. — Insupportable.
Insoulable, adj.
Qui ne peut être enivré facilement, à raison d'une longue
habitude de boire.
* Installement, n. m. (Angl.)
— Versement. E x . Il nous faudra payer par installe-
mcnts.
— Installation.
Instant que (de 1'), loc. couj.
Du moment que, alors que. E x . De Vinstant que tu m'as
dit cela, j ' a i compris toute l'affaire.
Instrument, n. m. — Instrument.
Intenable, adj.
Qui n'est pas tenable. E x . Une situation intenable.
* Intention.
Esprit. E x . Dans l'intention de la loi, il faudrait se sou-
mettre à ne rien demander de plus. (Angl.)
Interboliser, v. a.
— Interdire. E x . Après l'avoir entendu, je suis resté
interbolisê.
— Ennuyer. Ex. Ne viens pas m'interboliser de sitôt.
— Déranger, distraire de ses occupations. E x . Eaisse-moi
travailler, tu vaïinterbolises.
Intérieur, n. m.
For intérieur. E x . J'ai dans mon intérieur qu'il vaut
mieux payer cette réclamation.
* Interview, iou, n. f.. (m. a).
Conférence avec un personnage. E x . L e rédacteur de
Y Evénement a eu une interview avec le Ministre des
postes. (Néol.)
DES CANADIENS-FRANÇAIS 393
Interviewer, ( N é o l . )
Avoir une conférence avec un personnage pour l'interroger
sur sa vie, ses actes, ses idées, etc.
Intirable, adj.
— Q u ' o n ne p e u t tirer à soi.
— Q u ' o n ne p e u t traire. E x . Une vache intirable.
Intouchable, adj. — Q u i ne peut être touché.
Intraduisable, adj. — Intraduisible.
Intrigant, adj.
H o m m e habile, qui a du savoir-faire. E x . C'est un intri-
gant, il réussira.
* Introduire, v. a.
Soumettre. E x . Introduire u n projet de loi à la Chambre.
(Angl.)
Introduisable, a d j . — Q u i peut ê t r e introduit.
Invectiver, v. a.
Invectiver, v. n. E x . Il m ' a invectivéde bêtises.
Inventer, v. a.
N'avoir pas inventé la poudre, les boutons à quatre trous, les
pelures d'oignon, ce qui fait pouf, être très naïf.
Inventionner, v. a. — I n v e n t e r , imaginer.
Inventionner (s'), v . p r o n . — S'aviser.
* Investir, v. a.
Placer, faire u n placement. E x . Investir ses capitaux.
(Angl.)
* Investissement. — Placement. (Angl.)
Invictimer, v. a.
Invectiver. E x . Il m ' a invictimé en paroles.
Invitant, adj. — Qui aime à inviter.
Invitimer, v. a. — Invectiver.
In vocable, adj. — Q u e l'on p e u t invoquer,
loù, adv. — Où. E x . Ioîi vas-tu, de ce train-là ?
Ioùs que, loc. adv.
Où est-ce que. E x . loàs que t u restes, maintenant ?
Irerions, cond. p r é s , d u verbe aller. — Irions.
Iroquois, n. m. — Parler iroquois, parler en termes baroques.
* Isse, n. f. ( A n g l . ) — L e v u r e de bière. De l'anglais yeast.
LE PARLER POPULAIRE
394
Itanies, n. f. pl. — Litanies.
Item, n. m.
Chose qui mérite considération. Ex. Je te l'avouerai fran-
chement, il te faudra payer quatre cents piastres de frais
à l'avocat, c'est un item.
Itou, adv.—Aussi. Ex. Moi itou.
O 0
O 0
Jacassage, n. m.
Jacasserie, bavardage de personnes qui jacassent entre elles.
Jacasse, n. m. et f.
Homme ou femme qui bavarde. En France, ne s'emploie
que pour les femmes.
Jacasser, v. a.
Bavarder. En pur français, ce mot ne s'emploie que pour la
pie. Nous disons familièrement et par analogie d'une
personne bavarde qu'elle jacasse comme une pie. Ce mot
semble venir de l'islandais jagg, qui signifie jargon, ou de
l'italien gazza, pie.
* Jack, n. m., (m. a.)
Jack of ail trades and master of noue, propre à tout et bon à
rien.
* Jackass, (m. a.) — Bête, imbécile.
* Jack=in=the=box, (m. a.) — Boîte à surprise.
Jaconette, n. m.
Jaconas, étoffe de coton fin, intermédiaire entre la mousse-
line et la percale.
Jacoter, v. u. — Bavarder.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 395
Jalouserie, n. f-
— Jalousie, o m b r a g e que n o u s donne celui qui jouit d ' u n
avantage q u e n o u s désirons pour nous-mêmes.
— Treillis de bois, contrevent formé de planchettes parallè-
les qu'on p l a c e derrière u n e fenêtre.
Jamaïque, u. f.
R h u m de la J a m a ï q u e . E x . V e u x - t u prendre uu coup d e
bonne Jamaïque.
Jamais, adv.
— Jamais de la vie, jamais.
—Jamais, au grand jamais, j a m a i s .
—Jamais de ma vie ni de mes jours, même sens.
Jambage, n. m .
— Jambage de roues, montant d'une-roue.
— Droit de jambage, droit de se mêler d ' u n e affaire. E x .
N o u s sommes e n conciliabule secret, tu p e u x t'en aller,,
car tu n ' a s pas le droit de jambage.
Jambe, u. f.
— S'en.aller rien que sur line jambe, partir après avoir pris
un unique v e r r e d e vin o u de s p i r i t u e u x .
—Jambe de botte, t i g e de botte.
— Un beau gras de jambe, u n e bonne aubaine.
Jambette, n. f.
Croc-en-jambe. E x . Je l u i ai donné une jambette, et l'ai
couché p a r terre d u c o u p .
E n Normandie, le mot gambet s'emploie pour croc-en-jambe.
O n disait en v i e u x français jatnbet.
* Jammer, djammer. (Angl.)
Serrer, presser, fouler. S e dit bien des pièces de bois pres-
sées les u n e s contre les autres dans une rivière et formant
une d i g u e .
Jangar, n, m. — H a n g a r .
Jappe, n. m.
Jappement. E x . L,e chien de C h o s e a un jappe terrible.
E n provençal, jap est e m p l o y é pour aboiement, cri.
Japper, v. n.
Japper après quelqu'un, appeler q u e l q u ' u n à grand cris.
396 LE P A R L E R POPULAIRE
Jaquette, n. f.
Chemise de nuit pour hommes, femmes et enfants. L,a
jaquette en France jest un vêtement e x t é r i e u r tant pour
hommes que pour femmes et enfants.
Jardes, n. f. pl. — Hardes.
Jardinages, n. m. pl.
— Jardinage, n. s. E x . J'ai fini mes jardinages, j e vais
m'occuper de ma terre.
— Jardin potager. E x . V i e n s voir mon jardinage, il est
magnifique, cette année.
Jardinier, n. m.
Terme de dénigrement autrefois e m p l o y é par les trappeurs
et les coureurs de bois p o u r désigner le colon, le défri-
cheur. (Cl.)
Jargaude, n. f.
Petite fille un tant soit peu l é g è r e , aimant le j e u et le plai-
sir. V . Gergaude.
Jargauder, v. n.
A g i r en jargaude. V . Gcrgauder.
Jargeau, n. m .
Vesce à quatre graines.
Jargonnage, n. m . — B a r a g o u i n a g e .
Jargonner, v . n.
Parler de manière à ne p a s être compris, baragouiner.
Jargonneux, adj.
Qui baragouine, parle d ' u n e manière inintelligible, prononce
mal ses mots.
Jarnicoton, n. m.
Intelligence. E x . Cet i n d i v i d u n'a pas de jarnicoton.
Jarnigoine, n. m.
Esprit, intelligence. S ' e m p l o i e dans le m ê m e sens que
jarnicoton, et p l u s souvent. E x . N e p a s avoir de jarni-
goine, manquer de jarnigoine.
Jareng, n. m . — H a r e n g .
Jarrets noirs, n. m. pl.
Habitants d e la Beauce canadienne, les Beaucerons.—Sobri-
quets
DES CANADIENS-FRANÇAIS 397
Jâs, n. m.
Jars. Nos habitants disent aussi un jâs d'oie, pour désigner
le mâle de l'oie domestique.
Jase, u. f.
Causerie. E x . Hé ! l'ami, entre donc faire la jase.
Jasant, e, adj.
Qui aime à causer. E x . C'est un homme bien jasant, nous
avons du plaisir à le rencontrer.
Jasement, n. m.
Jaserie. E x . Ce sont des jasements à n'en plus finir.
Jaser, v. u.
— Médire. E x . Jaser sur le compte de quelqu'un.
— Causer. E x . Nous avons du temps à nous, jasons.
Jasette, n. f.
Causette. E x . Si nous faisions une petite jasette.
Jaseux, euse, adj.
Jaseur, causeur. E x . C'est un beau jaseux, il m'amuse.
Jaspiller, v. n. — Parler à tort et à travers en murmurant.
Jaspiner, v. u. — Bavarder. Forme extensive àe jaser.
Jaunasse, adj.
Jaunâtre, qui tire sur le jaune. E x . Avoir les cheveux
jaimasses.
Jaune, adj.
Rance. E x . Voilà du saindoux qui a goût de jaune.
Jaunir, v. n. — Rancir. E x . Du lard qui jaunit.
Jaun'zir, v. a . — J a u n i r . Expression acadienne.
Javasse, n. f. — Babil. E x . E n a-t-il de la javasse, ce bambin ?
Javasser, v. n.
Bavarder, parler avec excès de choses frivoles.
Javasserie, n. f. — Choses insignifiantes, dites ou écrites.
Javelier, n. m. — Machine qui sert à javeler le blé.
Javelle, n. f
Réunion de choses qui peuvent être juxtaposées les unes aux
autres. E x . Une javelle de poissons.
J e , pron.
Nous. E x . y avons réussi à merveille, f allons commencer
notre ouvrage.
398 LE PARLER POPULAIRE
Jeune, a d j .
— Faire la jeune, u n e femme â g é e qui fait la mignarde.
— Etre trop jeune, m a n q u e r d'expérience.
Jeûner, v. n.
Faire jeûner quelqu'un, le priver d ' u n e chose. E x . T u ne
remets pas n o s livres au t e m p s dit, eh ! bien, tu n'en
auras plus, t u vas jeûner u n bon bout de temps.
Jeunesse, n. f.
— Jeune h o m m e ou jeune fille. E x . Voilà une belle jeu-
nesse qui s'en v i e n t .
• — Petite jeunesse, enfance. E x . Du temps de ma petite
jeunesse.
* Jib, djibe, n. m . , ( m . a.)
Foc, voile t r i a n g u l a i r e qui se place à l'avant, le long d ' u n
cordage.
Jignaque, m m . — Idiot, t i m b r é .
* Jin, djinne, n. m . , ( m . a.)
Gingham ( g u i n g a n ) , coton croisé.
* Jingoe, (m. a.)
— H o m m e qui fait p l u s de b r u i t q u e de besogne.
— By Jingoe ! interjection q u i e x p r i m e la surprise.
* Job, n. f. et m . (Angl.)
— Entreprise v é r e u s e . E x . M o n t e r u n job.
— T â c h e . E x . J ' a i une d u r e job sur les bras.
— T r a v a u x d'impression, o u v r a g e de ville.
— Petits o u v r a g e s faits à forfait ou â la pièce.
— Travail, o u v r a g e . E x . J e viens d'entreprendre une
bonne job.
— Affaire. E x . C'est une b o n n e job.
— Entreprise. E x . E n t r e p r e n d r e u n e job.
* Jobbage, ( A n g l . ) — Action d e travailler à la job.
* Jobbeur, ( A n g l . )
— Entrepreneur.
— Agioteur.
— I n t r i g a n t politique.
— Revendeur.
Jobard, n. m. — N i a i s qui se laisse facilement duper.
J.E PARLER POPULAIRE
400
Joculot, n. m.
Dernier garçon de la famille chez les Acadiens de Paspebiac.
* Joindre, v. a.
Devenir membre. E x . Messieurs X et Z vont joindre notre
syndicat. (Angl.)
Jographie, n. f. — Géographie.
Joint, n. m.
Trouver le joint, la meilleure manière de prendre une affaire.
* Joker, djokeur, (m. a.)
La plus forte carte au jeu de euchre.
Joli, adj.
— Singulier. E x . T e voilà ; un joli garçon, toi ! M a i s d'où
viens-tu ?
Jonction, n. f.
— Au séminaire de Québec, c'est la participation, à certaines
fêtes de l'année, à une table commune, des prêtres et des
élèves du grand séminaire.
— Point d'intersection d'une voie ferrée avec la voie publi-
que.
Jongler, v. n.
— Rêver, songer creux. E x , Qu'as-tu donc à jongler ?
— Penser, réfléchir. E x . Que penses-tu de notre affaire?
Es-tu d é c i d é ? — J ' y ai déjà beaucoup jonglé.
Jonglerie, n. f.
— Sorcellerie chez les sauvages.
— Méditation profonde.
Jongleur, n. m.
— Sorcier sauvage.
— Songeur.
Jonte, n. f. — Honte.
Jonteux, euse, adj.
Honteux, euse.
Jornée, n. f.
Journée. E x . J ' a i travaillé toute la jornée belle et longue.
Expression acadienne.
Jotte, n. f.
Joue, grosse joue. E x . Un enfant qui a de grosses jolies.
DÎÎS CANADIENS-FRANÇAIS
Jouai, n. m. — C h e v a l .
Joue, n. m.
— Juchoir, perchoir.
— Pièce de bois eu forme d'arc, d o n t on se sert à la campa-
g n e pour porter d e u x s e a u x à la fois.
Jouer, v. n.
— Jouer quelqu 'un, le tromper.
— Jouer à l'argent, j o u e r de l ' a r g e n t .
— Jouer dti violon, déraisonner.
— Jouer de Varchet, m ê m e sens.
— Jouer des totirs, s'amuser a u x d é p e n s de q u e l q u ' u n .
— Jouer un tour de crasse, t r o m p e r en affaire.
—Jouer le tout pour le tout, j o u e r son v a t o u t .
— Jouer des coudes, reculer les a u t r e s pour s'avancer.
— Ne plus jouer, se retirer d ' u n e affaire.
— Jouer des jambes, s'enfuir.
Jouir, v . n.
— Maîtriser. E x . C e t enfant est bien difficile à élever, on
ne peut pas en jouir.
— Posséder. E x . Jouir d ' u n e m a u v a i s e santé.
Jouque, n. m . — V . Joue.
Jouquer, v . a. — J u c h e r .
Jouquoir, n. m. — J u c h o i r .
Jouquoué, n. m. — J u c h o i r .
Jour, n. m.
— Jour pour jour, à l a m ê m e date q u e l ' a n n é e précédente.
E x . I l y aura u n an demain, jour pour jour, q u e j e suis
entré au parlement.
— Au jour d'aujourd'hui. V . Aujourd'hui.
—Jour du ciel, jour de Dieu, jour de la vie, j a m a i s de la
vie.
— Au petit jour, d e g r a n d matin.
•—• Le haut du jour, le matin.
— Long comme tin jour sans pain, fort l o n g .
Journalier, ère, a d j ,
I r r é g u l i e r . E x . C e t ouvrier est u n peu journalier, son
o u v r a g e s'en ressent.
26
LK PARLKK POPULAIRE
* Journalistique, adj. ( A n g l . )
— Article de journal.
— Carrière du journalisme.
Journée, »• f- . f
Jun, n. m. — J u i n .
Junior, adj.
Fils, cadet. K x . O n a c é l é b r é , ce matin, le mariage de
F r a n ç o i s L,ebon, junior, fils de François L e b o n , senior.
Jupe, 11. f.
— Se mettre sous la juj>e de sa femme, se dérober en affaires,
en s u b s t i t u a n t l e n o m de s a femme au sien propre.
— Porter la jupe, j o u e r le second rôle dans l e ménage, en
parlant d u m a r i .
Juque, n. m . — V . J o u e .
Juquer, v . a. — J u c h e r .
Juquoir, n. m . — J u c h o i r .
Jura, n. m. — J u r é . K x . U n g r a n d jura, u n petit jura.
Jury, n. m.
— Grand jury, j u r y d'accusation.
— Petit jury, j u r y d e j u g e m e n t .
Jusse, a d j . — J u s t e .
Juste, a d j . — R a i s o n . E x . C o m m e de juste.
Juste et carré, loc.
T r è s juste. E x . C e q u e v o u s dites est parfait, c'est juste et
carré.
Jûter, v . n.
l a i s s e r c o u l e r d u j u s . E x . M a pipe jûte. Français, mais
familier.
Juyette, n. m . — J u i l l e t .
J'val, n . m. — C h e v a l .
J'valet, n. m . — C h e v a l e t .
J'veu, n . m . — C h e v e u . E x . F e n d r e Xtsj'veux en quatre.
J'ville, n. f. — C h e v i l l e .
J'viller, v. a. — C h e v i l l e r .
404 LE PARLER POLULAIRR
K
o o
O- 0
O — O.
La, art. f. s.
A r t i c l e féminin e m p l o y é p o u r d é s i g n e r u n e femme mariée
ou u n e fille de condition inférieure, p o u r remplacer Mada-
me et Mademoiselle. E x . La B r i n d a m o u r , pour l a femme
de Brindamour ; la R o s e , pour R o s e . Q u e l q u e f o i s le nom
propre lui-même est f é m i n i s é . E x . La Bouchère, la fem-
me B o u c h e r ; la Gagnonne, la femme G a g n o n .
DES CANADIENS-FRANÇAIS 405
Langages, n. m . pl.
Etre pris dans les langages, faire parler mal de soi par les
autres.
Langue, n. f.
— Tirer la langue, être d a n s la misère, attendre vainement.
— N'avoir pas la langue dans sa poche, parler avec facilité.
— Faire la langue à quelqu'un, le mettre au courant d ' u n e
affaire p o u r lui permettre de parler avec connaissance de
cause.
— Avaler sa langue, se taire, ne pas parler.
Languette, n . f.
Marcher sur la layiguette, marcher sans osciller. E x . J'ai
pris q u e l q u e c h o s e , je l ' a v o u e , mais je suis encore capa-
ble de m a r c h e r sur la languette.
Langueur, n. f.
L o n g u e u r . E x . T r a î n e r u n e affaire en langueur.
Lapin, n. m .
Bougre. E x . C ' e s t un rude lapin que ce garçon-là.
Laqueulle, p r o n .
Laquelle. E x . Laqueulle de v o u s d e u x s'appelle Françoise?
Lard, n. m.
— Cochon g r a s . E x . J'ai trois gros lards à vendre.
— Faire du lard, 11e rien faire, paresser.
— Maigre de lard, partie m a i g r e du porc.
Lardon, n. m .
Sarcasme, p r o p o s ironique. E x . Manger des lardons, avaler
un bon lardon.
La rebours (à), loc. adv.
A u rebours. E x . N e parle donc pas à la rebours du bon sens.
Largir, v. n . — S ' é l a r g i r . E x . I l largit des épaules.
Largue, n. f.
A r r ê t . E x . L ' o u v r a g e n o u s commande, il n ' y a jamais de
largue p o u r n o u s .
Larguer, v. a. — L â c h e r . E x . V e u x - t u me larguer le bras ?
Larme, n. f.
Petit verre. E x . E n p r e n d s - t u ? — S a n s doute, mais seule-
ment u n e larme.
408 LE PARLER POPULAIRE
Laudalun, n. m . — L a u d a n u m .
Lasard, n. m . — L e hasard.
* Lastine, n. m., ( A n g l . )
De l'anglais lasting, étoffe l é g è r e d e laine.
Lastique, n. m. — E l a s t i q u e .
Latineux, adj.
Qui cite beaucoup de latin. E x . Notre nouveau c u r é est
un bon latineux. Latineur se disait autrefois dans le
m ê m e sens.
Latteur, n. m.
Qui pose des lattes.
Laudunum, n. m. — L a u d a n u m .
* Laundry, latin dré, (m. a . )
Buanderie. E x . A v e z - v o u s d u s a v o n d e la laundry f
On dit beaucoup landri pour laundry.
Lavage, n. m.
— Blanchissage. E x . Je paie d e u x piastres par semaine
pour mon lavage.
— R e n v o i d'ffice. E x . L e g o u v e r n e m e n t est décidé à faire
un lavage général.
— Perte de sa mise de fonds à la B o u r s e .
Lavasse, n. f.
T h é ou café très faible, sans g o û t appréciable, tout b r e u v a g e
insipide.
Lave=mains, n. m . — L a v a b o .
Lavement, n. m . — Personne e n n u y e u s e .
Laver, v. a.
— Laver son linge sale en famille, ne p a s r é v é l e r a u x étran-
gers ce qui la divise.
— Se faire laver, en terme d e bourse, ê t r e forcé d e vendre
à perte ses actions.
Lavler, n. m.
Evier. Lavier se dit dans le patois d e L a n g r e s et d e Reims.
Laver (se), v . pron. — S e confesser.
* Lawn, (m. a.)
— Linon.
— Lawn-tennis, j e u t r è s populaire.
DES CANADIENS-FRANÇAIS
Lettre, »• f- , t
l e t t r e d e r e b l l t
— wwfc» '
— Bureau des lettres mortes, bureau des lettres de rebut.
— La lettre en est grosse, facile à comprendre.
Leune, ». f. .
Lune. Ex. Il fait un beau clair de ce soir.
Leux, adj. poss.
Leur. Ex. Vous leux direz que je suis bien.
— Eux. Ex. A leux deux, ils doivent être capables de
m'aider à me sortir d'embarras.
Leux leurs, pron.
Les leurs. Ex. Ces chevaux-là ne nous appartiennent pas,
ce sont à nos deux voisins, je t'assure que ce sont leux
leurs.
Levable, adj. — Qui peut être soulevé.
Levage, n. m.
Action de lever. Ex. Le levage d'une maison par corvée.
Levain, n. m.
Venin. Ex. Prends garde, le crapaud va nous jeter son
levain.
Levé, n- m.
Levée, n. f., main qu'on a levée au jeu de cartes. Ex. J'ai
fait un levé.
Levée, n. f. — Rebord. Ex. Marche sur la levée du fossé.
Lever, u. m.
Réception. Ex. Le gouverneur donne ce soir un grand
lever.
Lever, v. a.
— Nettoyer. Ex. La corporation a donné l'ordre de lever
les rues et les trottoirs.
— Mettre la charpente. Ex. Aujourd'hui je levé ma nou-
velle maison.
— Lever le chemin, y passer le premier en temps de neige.
— Lever le camp, s'en aller.
— Lever le coude, boire.
— Lever une chappe, disputer.
— Lever une prairie, la labourer pour la première fois.
DES CANADIENS-FRANÇAIS
Limer, v , n.
Pleurer à demi, sans larmes, pour témoigner d u méconten-
tement. E x . A c h è v e de limer, mon petit, c'est ennuyant
à la fin. Limer s'entend pour pleurer, d a n s l'arrondisse-
ment de P o n t - l ' E v ê q u e , en France. Peut être une corrup-
tion de himer o u gimer, g é m i r , pleurer.
Liméro, n. m . — N u m é r o .
Limeux, euse, a d j . — E n f a n t q u i lime, qui pleurniche.
Limité, e, adj. — Une société limitée, anonyme.
Linceuil, n. m. — l i n c e u l .
Lindi, n. ni. — L u n d i . E x . Q u i a fait lindi a fait mardi.
Lingot, n. m. — S o m m e d'argent considérable.
Lino, n. m. — L i n o n , batiste très fine.
Lippe, n. f. — Pendre la lippe, venir tout prêt de pleurer.
Lis d'eau, n. m . — N y m p h é a odorante.
Lisable, adj.
Lisible. E x . I l n o u s arrive parfois des livres, parole d'hon-
neur, qui n e sont p a s lisables.
Lisse, n. f.
— Rail de c h e m i n d e fer.
— Bande de fer fixée au-dessous des membres d ' u n traîneau
ou des carrioles d ' h i v e r .
Lisser, v . a.
Poser des lisses à u n traîneau, à une carriole.
Lite, 11. m. — L i t .
Livre, n. m.
Lire dans les gros livres, être savant.
* Lobby, (m. a . )
Antichambre, couloir, salle d'attente, foyer.
Local, e, adj.
Provincial. E x . L a C h a m b r e locale siège en ce moment.
T e présentes-tu p o u r le local ?
Loche, n. f. — L o t e maculée.
* Lockjaw, dja, n. m . , (m. a . ) — T é t a n o s .
Locre, n. m.
Ocre. E x . T u mettras d u locre dans la c h a u x pour lui
donner de la c o u l e u r .
4H LE PARLER POPULAIRE
* Lofer, v. a. (Angl.)
— Vagabonder. E x . Un voici deux qui perdent leur temps
à lofer.
— Paresser. E x . Travaille au lieu de lofer.
— Vivre aux dépens des autres. E x . Il y en a qui passent
leur temps à lofer des coups ici et là.
* Lôfeur, n. m. (Angl.)
— Qui flâne, ne travaille pas.
— Qui vit aux dépens d'autrui.
— Qui court les rues, vagabonde.
Logeable, adj.
Lieu ou meuble propre à recevoir avec facilité divers objets,
à les loger. E x . Cette armoire est bien logeable.
Logement, n. m.
Espace. E x . Il y a pas mal de logement dans ma nouvelle
maison.
Loger, v. a.
— Construire. E x . J e vais loger une maison dans le cou-
rant de l'été..
— Contenir. E x . Cet hôtel loge trois cents personnes.
— Déposer. E x . Je logerai ma plainte à midi.
Loges, n. f- pi-
Asiles d'aliénés. E x . Pitre Larive est allé aux loges, c'est
un fou vrai.
Loi, n. f.
— Faire des lois, faire la loi, vouloir imposer ses volontés.
— Il y a toujours ben de la loi, il faut que cela finisse, ça n'a
pas le sens commun.
Lolo, n. ni. —L,ait.
Long, ue, adj.
— Lent. E x . Qu'il est long dans son travail, cet ouvrier-
là !
— Au long de, le long de. E x . Marchons au long de la
rivière.
— A son long, tout de son long. E x . I l se couche par terre
à son long.
Longée, n. f. — U n e certaine longueur.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 415
Longitude, n. f.
Langueur. E x . M o n enfant est malade depuis s i x mois, je
crois qu'il est en longitude.
Longtemps, a d v . — A v a n t longtemps, sous peu.
Longuebiche, n. f.
Une chose plutôt l o n g u e et étroite. E x . V e u x - t u d u pain ?
— O u i , donne moi-z-en une bonne longuebiche.
Longuette, n. f. — V . L o n g u e b i c h e , libèche.
* Loose, lou'se, a d j . (m. a.)
Ample. E x . J'ai un habit q u i est loose.
* Loquer, v . a. ( A n g l . ) — S e r r e r une forme. ( T . d'impr.)
Loquet, n. m.
— Médaillon. E x . U n loquet en or.
— Hoquet. E x . A v o i r loquet.
Lorgnon, n. m.
Pince-nez, binocle q u ' u n ressort fait tenir sur le nez.
Lot, n. m.
Lopin de terre. E x . J'ai un lot dans le cimetière Belmont.
Loucher, v . n.
Faire loucher, tirer l ' œ i l . E x . Q u a n d je lui ai montré mon
rouleau de piastres, ça l ' a fait loucher.
Loucheux, euse, n . — L o u c h e u r .
Louise, n. f . — C E i l l e t parfait. A p p e l é aussi bouquet parfait.
Loups, n. m.
— L e s loups de l a B a i e S a i n t - P a u l . Sobriquet.
— Voir le loup, v o i r des choses extraordinaires, indescrip-
tibles, le diable.
— Ce n''est pas le loup, ce n'est rien de bien extraordinaire.
Lourne, n. f . — , H u a r d .
Loup-marin, n. m . — P h o q u e c o m m u n .
Loupe, n. f. — K y s t e , t u m e u r arrondie.
* Loyaliste, n. m . ( A n g l . )
Personne attachée a u g o u v e r n e m e n t de son p a y s . E x . L e s
loyalistes américains ont été bien accueillis par le gouver-
nement du C a n a d a .
Loyer (à), loc.
Locataire. E x . Je s u i s à loyer sur la rue C h a m p l a i n .
416 LE PARLER POPULAIRE
Mabre, n. m.
e
Marbre. A u X V I I siècle, on prononçait mabre.
Macadem, n. m.
Macadam, s y s t è m e d'empierrement des chemins, d'après le
nom de l'inventeur Mac A d a m .
Macadémiser, v . a. — Macadamiser.
Macardi, n. m. — M e r c r e d i .
Machabée, n. m.
Oiseau de mer très c o m m u n dans le bas du fleuve. Espèce
de couac.
Mâche, n. f. — Mâchenient, action de mâcher.
Mâche (en), loc.
E n appétit. E x . Je t'avouerai ingénument que je ne suis
pas en mâche, ce soir.
* Mâche-mâlo, n. m .
Corruption de l ' a n g l a i s marsh-mallow, guimauve.
Mâchée, n. f.
Morceau de g o m m e . V . Bourrelet.
Mâcher, v . a.
Meurtrir. E x . D e s fruits mâchés, la peau de la main
mâchée.
Mâcher, v . a.
— Dire crûment une chose. E x . Je ne lui mâcherai $asm&
mauière de v o i r .
— Réfléchir. E x . I l est quelquefois plus prudent de mâ-
cher ses mots a v a n t d e parler.
— Mâchouiller. E x . Mâcher de la g o m m e .
27
LE P A R L E R POPULAIRE
4i8
Mailler, v. n.
Se prendre dans les mailles d ' u n filet. E x . E e poisson
maille bien.
Mailloche, n . f.
Tête, crâne. E x . S i tu ne cesses de crier, mon gas, je vais
te c o g n e r la mailloche.
M a i n , n. f.
— O u v r i e r . E x . J'emploie cent mains dans ma manufac-
ture. (Angl.)
— Etre mal à main, n ' ê t r e pas o b l i g e a n t .
— Etre à main, dans le v o i s i n a g e .
— De main à main, sans passer par un intermédiaire.
— Avoir la main dure, ne p o u v o i r travailler sans tout briser.
— En un vire-main, en u n instant.
— Mains de beurre, mains qui ne savent rien retenir.
— Passer sa main, passer son tour d e j o u e r à un autre.
— Acheter argent à la main, acheter comptant.
— A main, commode.
— Avoir en mains, tenir en m a g a s i n .
— Se laver les mains d'une chose, comme Ponce-Pilate, décla-
rer q u ' o n n ' y a pas participé.
— Mettre les clefs à la main, l i v r e r à son propriétaire une
maison d e construction récente.
— Etre à sa main, être placé de m a n i è r e à agir librement,
aisément de sa main droite, si l ' o n est drêtier, de sa main
g a u c h e , si l'on est g a u c h e r .
— Tenir qicelqu'un dans sa main, avoir b e a u c o u p d'autorité
sur lui.
— Se payer de ses mains, par ses mains.
— Ecrire tme bonne main, avoir u n e bonne écriture.
— Mettre sa main au feu, être s û r d ' u n e affaire. E x . Si tu
joues à l a Bourse, t u v a s certainement perdre ton argent,
j ' e n mettrais ma main au feu.
— Avoir la main, avoir le droit d e distribuer les cartes.
— Acte fait par main de notaire, acte notarié.
— Par sous-main, en sous-main.
— Rester dans les mains, tomber en ruine, se démantibuler.
?
DES CANADIENS-1 KANÇAIS 421
Malcompris, n. m .
Malentendu. E x . I l doit y avoir du malcompris entre v o u s
deux.
Mâle (un), n. m . — U n homme. E x . Un beau mâle.
Malému, e, adj. — D ' u n e h u m e u r maussade.
Malendurant, adj.
H a r g n e u x , p r o m p t à se révolter, difficile à v i v r e . Ex. En
voilà un qui est malendurant, on n'est seulement pas^capa-
ble de lui parler.
Malengueulé, e, a d j .
— Mal e m b o u c h é , q u i parle pour dire des choses désobli-
geantes ou malhonnêtes.
— M o n o n g a h é l a . E x . L,a bataille de la Malengueulé.
Mâlenquerre, adj. — M â l e entier, cheval étalon.
Malentente, n. f . — M a l e n t e n d u .
Malentrain, loc. a d v .
Légèrement souffrant. E x . Je ne sais pas ce que j ' a i ce
matin, je s u i s malenirain.
MaWaicteur, n. m . — Malfaiteur.
Malgré que, loc. a d v .
Quoique. E x . J ' i r a i v o u s voir, malgré qu'il fasse mauvais.
Malgré que ne se dit que dans l'expression malgré qu'il en
ait, quoique ce soit de m a u v a i s g r é .
Malheur, n. m .
Faire un malheur, se proposer de commettre une action cri-
minelle, sans p o u v o i r préciser. E x . S i v o u s ne me lais-
sez pas tranquille, j e ferai un malheur.
Malhureux, euse, adj. — M a l h e u r e u x .
Malhureusement, a d v . — Malheureusement.
Malicerie, n. f. — M a l i c e . E x . F a i r e des maliceries.
Malin, adj.
Difficile à faire. E x . Sauter cette clôture-là, ce n'est pas
malin.
Maline, adj. f. — M a l i g n e .
Malle, n. f.
— Courrier. E x . A t t e n d s q u e j ' a i e dépouillé ma malle.
— Poste. E x . T u v a s aller à la malle chercher mes lettres.
424 LE PARLER POPULAIRE
Manchonnier, n. m .
F o u r r e u r . Manchonnier v i e n t d u fait que le fourreur fabri-
que des m a n c h o n s ; mais il fabrique aussi d'autres choses.
Manchotte, a d j .
N'être pas manchotte, ne p a s manquer d'esprit, au con-
traire.
Mandat-poste, n . m . — M a n d a t de poste.
Mande, n. f. — M e n t h e .
* Manéger, v . a. ( A n g l . )
Conduire; administrer. E x . Manège cette affaire du m i e u x
que tu p o u r r a s .
Mangeaille, n. f.
A c t i o n de m a n g e r . E x . A v e c ces enfants on n'entend par-
ler que de mangeaille.
Mangeard, n. m .
— Dépensier, p r o d i g u e .
— Fort m a n g e u r .
Mange=chrétîen, n. m .
Usurier. E x . C e s juifs-là sont tous des mange-chrétiens.
Manger, v. a.
— F a i r e tomber. E x . E a c h a l e u r v a manger le vent.
— Recevoir. E x . Manger des coups.
— Dépenser. E x . Manger son bien.
— Médire, c a l o m n i e r . E x . Manger le prochain, manger au.
prêtre, du j é s u i t e .
— S u r c h a r g e r de t a x e s . E x . Manger le peuple.
— Prendre. E x . Manger u n e dame. ( T e r m e de jeu.)
— Détruire. E x . U n fruit mangé des vers.
— Manger à même, p l o n g e r sa cuiller ou sa fourchette sans
se servir d ' a s s i e t t e .
— Manger le Bon-Dieu, être très d é v o t
— Manger de la misère, être p a u v r e .
— Manger des pissenlits par la racine, être mort.
— Manger de la vache e?iragée, rouler dans l a misère.
— Manger à tous les râteliers, d e tous côtés.
— Manger quelqu'un. E x . Je ne v o u s mangerai pas, c'est-
à-dire, j e ne s u i s p a s aussi m a u v a i s que v o u s pensez.
426 I.S P A R T I R POPULAIRE
Manigancer, v. a.
— Tramer dans l'ombre.
— Agir. Ex. T u maniganceras cette affaire comme je te
l'ai dit.
Manitou, n. m.
Divinité protectrice des Indiens, l'Etre suprême, le Grand
Esprit.
Manivelle, n. f.
Charriotmû au moyen d'une bielle sur les voies ferrées, à
l'usage des hommes de section (manœuvres). Hand-car
des Anglais.
Manivolle, n. f.
Poussière très ténue provenant de la mouture des grains.
Manne, n. f.
Mouche qui abonde à la surface des rivières et dont les pois-
sons font ample nourriture.
Manquable, adj.
Probable. E x . Manquable qu'il va venir comme il nous-
l'a promis.
Manquablement, adv.
Probablement. E x . Il viendra manquablement sur le soir,.
à la brimante.
Manque, m f.
Faute. Ex. Vous avez fait cela, c'est une manque sérieuse.
Manque (ben,) loc.
Beaucoup. E x . Y avait-il du inonde sur la terrasse hier
soir ? — Il y en avait ben manque.
Manqué, e, part. pass.
— Très fatigué, épuisé. E x . J'ai fait le tour du Cap-Rouge
à pied, aussi je suis manqué, ce soir.
— Sans valeur. N'achète pas ce cheval, il est manqué-
Expression acadieune.
* Manquer, v. a.
— Faire défaut. Ex. Vous n'étiez pas chez l'orateur, hier
soir, on vous a manqué. (Angl.)
— Etre dans la misère, manquer de tout. Ex. Depuis que
j'ai été placé, je ne crains plus de manquer.
428 LE PARLER POPULAIRE
Marge, «• f-
Spéculation r e n d u e p l u s facile par le paiement incomplet
des actions a c h e t é e s . E x . S p é c u l e r sur marge.
Marginer, v. n. — S p é c u l e r sur m a r g e .
Margot, n. m.
Baie j a u n â t r e q u e l ' o n cueille d a n s les savanes. A p p e l é e
mûre de savane d a n s le c o m t é d e K a m o u r a s k a .
Margouilles, n. f. p l .
Margouillis, i m p a s s e , position embarrassante. C e mot était
très usité à M o n t r é a l , il y a cinquante ans.
Margoulette, n. f.
Mâchoire, b o u c h e , b a s d u v i s a g e . E x . Je lui ai cassé la
margoulette.
L e mot est français et populaire en F r a n c e , et signifie l a
m ê m e chose q u ' e n C a n a d a .
Marguerite, n. f. — P â q u e r e t t e v i v a c e .
Marguerite jaune, n. f.
Renoncule acre. P e s t e de n o s campagnes.
Marguillage, n. m . — Q u i ressort d e la c h a r g e de marguil-
lier.
Marguillière, n. f.
F e m m e du m a r g u i l l i e r . E x . V o i c i madame la marguillière.
Maréal, Mariai. — M o n t r é a l .
Marier, v . a.
Se marier a v e c . E x . Je g a g e q u e Joseph v a marier la petite
Lafleur.
Marie Quat'Poches, n. f. — F e m m e m a l v ê t u e .
Marie Souillon, n. f. — F e m m e malpropre.
Marie Torchon, n. f. — F e m m e laide et malpropre.
Marieux, euse, a d j .
H o m m e qui a des dispositions pour le mariage. E x . C e
garçon-là n ' e s t p a s un g r a n d marieux.
Mariilier, n. ni. — M a r g u i l l i e r .
Marinades, n. f. p l .
Conserves a u v i n a i g r e , o i g n o n s , choux-fleurs, concombres.
Marine, n. f.
— Inflammation des tissus d e l a main. E x . Docteur, j ' a i
432 LE PARLER POPULAIRE
Matador, n. m . — H o m m e p r é t e n t i e u x et batailleur.
Matagon, n. m. — Quatre-temps, r o u g e t .
Mâtaine, u. f. — Mâtine, luronne.
Matamore, n. m. — B r a v e à trois poils.
Matapan, n. m.
H o m m e fort, gros et bouffi. E n N o r m a n d i e , on dit mas-
tapan,
* Match, (m. a.)
— L u t t e , joute. E x . U n e match de crosse, de h o c k e y .
— Mariage. E x . Pierre et Louise v o n t faire u n match à
mon goût.
— Concours. E x . U n match d ' a n i m a u x d a n s une exposition.
— A l l u m e t t e . E x . Donne-moi donc u n e match pour allu-
mer m a pipe.
* Matcher, ( A n g l . )
— T e n i r tête. E x . Celui-là, je t r o u v e r a i moyen de le mat-
cher.
— Assortir. E x . Matcher des couleurs, des c h e v a u x .
— Se marier. E x . Jean et Pauline s'aiment, matchons-hs
ensemble.
— A p p a r i e r . E x . Matcher des étoffes d e couleur.
— Se mesurer. E x . S i t u v e u x , n o u s allons nous matcher
ensemble.
Matelas, n. m . — Q u e n o u i l l e .
Mater (se), v. pron.
— Se cabrer. E x . M o u c h e v a l se mâte à tout propos.
— S'irriter. E x . N e v o u s mates pas, l ' a m i , nous allous nous
entendre.
Matéreaux, n. m. pl.
M a t é r i a u x . E x . A s - t u tous tes matéreaux de p ê c h e ?
Mathieusalé, n. propre.
Mathusalem, patriarche aïeul de N o é . E x . V i e u x comme
Mathieusalé, Maqueusalé.
M'a=t-i ? — Est-ce q u e j e vais ? E x . M'a-t-i m ' e n aller ?
Matière,- n . f.
Pus. E x . L e docteur A l o è s m ' a l a n c é u n abcès, il en est
sorti beaucoup de matière.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 435
Matièrer, v. n.
Qui donne du p u s . E x . J'ai u n e plaie qui matière toujours.
Matièreux, euse, a d j .
Qui fournit du p u s . E x . U n ulcère matièreux.
Matillon, n. m. — M a q u i l l o n .
Matin (à), loc.
Ce matin. E x . Comment êtes-vous, à matin ? Est-ce du
lait d'à malin ?
Matin ( d u ) .
— Ce matin. E x . J ' a i u n enfant né du matin.
— Un de ces quatre matins, u n de ces jours. E x . Nous
irons vous voir un de ces quatre matins.
Matin (petit).
Point du jour. E x . T u viendras me prendre a u petit malin.
Mâtin !
Interjection pour e x p r i m e r le dépit, l'étonnement. E x .
Mâtin, que c'est beau !
Matinée, n. f. — Corsage.
Matou de grève, n. m.
Rôdeur de nuit q u i cherche à dérober le poisson pris dans
les pêches.
Mâts=cordes (à). — V . A maille et à corde.
* Matte, n. m. ( A n g l . )
Paillasson, n a t t e placée à la porte des appartements pour
q u ' o n s'y essuie les pieds.
Maturité (à), n. f.
Echéance. E x . V o t r e billet viendra « maturité dans quinze
jours, voyez-y.
Maucœureux, euse, a d j .
V. Malaucœureux. Cotgrave dit que ce mot signifie lâche.
Maudissements, n. m . pl.
Jurons. E x . Ce sont des maudissements à n'en plus finir.
Maudit (du).
— Terrible. E x . J ' a i eu une p e u r du maudit.
— Diable. E x . I l y a du maudit là-dedans.
Maudisseux, n. m.
Qui maudit à t o u t propos.
436 LE PARLER POPULAIRE
Mauditement, adv. — T e r r i b l e m e n t .
Maussade, adj.
Déplaisant. E x . C e t h o m m e est bien maussade.
Mauvais, e, n. m. et f.
Méchant. E x . C'est un mauvais, une mauvaise.
Mauvaisement, adv. — M é c h a m m e n t .
Mauvaiseté, n. f. — M é c h a n c e t é , malice.
Mauve, n. f. — Mouette. ( T e r m e de v é n e r i e . )
Maxime, n. f. — V a c c i n e . E x . U n e bonne picote maxime.
Maximer, v . a.
Vacciner. E x . Je v a i s faire maximer tous mes enfants.
Mâzette !
Interjection pour m a r q u e r l ' e t o n n e m e n t , l'admiration. E x .
Mâzeiie ! ce n'est p a s le premier v e n u q u e cegas-lk \
* Mean, mine, (m. a.)
Bas, v i l , mesquin, avare, sans v a l e u r .
Mécanique, n. f. — M é c a n i c i e n .
Mécardi, u. m. — Mercredi.
Méchant, e, adj.
Mauvais, en mauvais ordre. E x . I^es chemins sont mé-
chants, le temps est méchant, le p a i n est méchant.
Mèche, n. f-
— Coup d e vin. E x . Rentrons prendre une mèche chez
Boissec.
— L o n g espace de temps. E x . I l en a pour une mèche
avant d ' a v o i r fini son livre.
Mécredi, mécrédi, n. m .
Mercredi. A u t r e f o i s mecredi se disait. V a u g e l a s préférait
mecredi à mercredi. T h o m a s Corneille était favorable aux
d e u x , mais il disait q u e mecredi é t a i t p l u s d o u x .
Médeciner, v. a. — F a i r e prendre des remèdes.
Médeciner (se), v. p r o n . — S e soigner soi-même.
Médi, n. m .
— Midi.
— Su /'médi, vers midi.
— Su Vcoup du médi, à l ' h e u r e du m i d i .
* Meeting, mîtîgne, ( m . a . ) — A s s e m b l é e , réunion.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 437
Mégard, n. m.
Mégarde. E x . J ' a i p u me tromper, mais c'était par mégard.
Méguiocre, a d j . — M é d i o c r e .
* Meilleur, adj.
Au meilleur de ma connaissance, si je me rappelle bien. (Angl.)
Meincredi, n. m. — Mercredi.
Meinnuit, n. m. — M i n u i t . E x . L a messe de meinnuit.
Mékerdi, n. m. — Mercredi.
Mêlâillage, n. m. — Action de mêler.
Mélâiller, v. a. — Mêler. E x . Mon fil est tout mélâillé.
Mélanges, n. m. pl. — Bonbons assortis.
Mêle (en), loc.
A u milieu. E x p r e s s i o n acadienne. E x . Il y avait dans le
chemin trois femmes ; celle qui était au milieu était
vieille. Elles sont vieilles en mêle, dit le conducteur, c' est-
à-dire celle du milieu est vieille. Expression très an-
cienne qui doit venir de in medio.
Mêlis-mêlo, n. m . — Confusion, désordre.
Membre, n. m.
— Patin. E x . U n membre de carriole, de traîneau.
— Député, r e p r é s e n t a n t du peuple. E x . N o u s avons un
bon membre à la C h a m b r e , mais il ne parle pas souvent.
Membrer, v. a.
Poser des patins à u n traîneau, à une carriole.
Même (de), loc. a d v .
— De semblable. E x . Nos enfants sont tous gros et gras,
mais le petit dernier bat tous les autres, on n ' e n voit pas
souvent de même.
— Ni bien ni mal. E x . Comment est ta femme ? — Elle est
de même.
— De cette façon. E x . Mens donc pas de même.
Même (du).
Ea même chose. E x . C'est toujours du même et du pareil.
E n Anjou ou dit du pareil au même.
Même chose (la).
T o u t de même. E x . J e ne suis pas invité à la conférence
du Père A n t o i n e , j ' i r a i la même chose.
438 LE PARLER POPULAIRE
Ménuït, n. m.
Minuit. Ex. T u viendras sur le coup de mêmtit.
Menuserie, n. f. — Menuiserie.
Menusier, n. m.—Menuisier.
Menutés n. f. pl. — Petites choses, bagatelles.
* Mépris de cour, (Angl.)
Injure au tribunal. E x . Condamné à huit jours de prison
pour mépris de cour.
Méquier, n. ni.
Métier. Ex. Travailler au méquier, avoir un bon méquier,
un corps de méquier.
Mer, n. f.
Fleuve Saint-Laurent, dans sa partie la plus large, là sur-
tout où l'eau est toujours salée et donne une assez juste
idée d'une mer.
Mercier, v. a.
Remercier. E x . Mercie-le de t'avoir donné de belles étrenues.
Mère, n. f. — Femme. Ex. Holà! la mère, veille au petit.
Mère moutonne, n. f. — Brebis.
Mère oie, n. f.—Oie.
Mère ourse, n. f. — Ourse.
Mère rangearde, n. f.
Petite fille qui fait la pluie et le beau temps chez ses parents.
Merise (petite), n. f.
Cerise du Canada.
Merisier blanc, n. m. — Bouleau élancé.
Merisier rouge, n. m. —Bouleau merisier.
* Mérite, n. m.
Plaider au mérite, entrer dans le vif de la plaidoirie, plaider
au fond. (Angl.)
Merle, n. m. — Grive erratique.
Merle chat, n. m. — Grive de la Californie.
* Merry Christmas, mère, (m. a.) — Joyeux Noël !
Mes, adj. — Mes E x . Mes hères, mes soeurs.
Mesquinage, n. m.
Mesquinerie. Mesquinage se disait jadis pour service, se
mettre en mesquinage.
440 LE PAKLER POLULAIRE
Mesquiner, v . u.
E t r e chiche. E x . C ' e s t un v i e u x b o n h o m m e q u i mesquine
sur tout.
Mesquineux, euse, n. et adj.
Ladre, sordide. E x . L e b o n h o m m e R i c h a r d est un vieux
mesquineux.
Messe, n. f.
Tourner en basse messe, arriver à p e u p r è s à rien. Allusion
au fait q u ' i l arrive quelquefois, à la c a m p a g n e , qu'une
grand' messe, p o u r des raisons e x c e p t i o n n e l l e s , se termine
en basse messe.
Messieurs, u- m. pl.
— Les Messieurs du Séminaire, les p r ê t r e s du Séminaire de
Q u é b e c . E x . C e t t e après-midi, à c i n q heures, il y aura
u n salut solennel à l a chapelle des Messieurs du Séminaire.
— Les Messieurs de Saint-Sulpice, l e s prêtres de l a Société
des Sulpiciens.
— L e fort des Messieurs ( M o n t r é a l ) .
— Extrait des Messieurs, o u v r a g e d e loi publié à Londres
en 1772, i n t i t u l é : An Abstract of those Parts of the Cus-
tom of the Viscounty and provotship of Paris, etc. Cette
compilation fut faite par F.-J. C u g n e t , D e s c h e n a u x , Pres-
sard, Jacrau, et plusieurs autres M e s s i e u r s .
Messire, n. m. — M o n s i e u r l ' a b b é .
* Mesure, n. f. — P r o j e t de loi. ( A n g l . )
Mesure que (à la), loc.
A mesure que, au fur et à m e s u r e .
Mesurement, n. m. — M e s u r a g e , action de mesurer.
Mesure, n. f, — Mesure.
Met, n. m .
Pétrin, h u c h e où l'on fait l a pâte. D a n s le patois de Berry,
ce mot signifie h u c h e a u pain. R a b e l a i s l ' a employé
dans son Gargantua :
« Et croissoit comme pâte dans le met. »
Mignonnette, n. f. — R é s é d a odorant
Mil, n. m . — F l é o l e , g r a m i n é e fourragère.
* Milage, u. m . ( A n g l . )
Allocation p o u r frais de v o y a g e . De l ' a n g l a i s mileage.
Mille gueux, n. m .
I n d i v i d u s u s p e c t . E x . M o n mille gueux, si je te poigne l
Milleur, adj. — M e i l l e u r .
Mimacament, n. m . — M é d i c a m e n t .
Mi-mal (à), l o c . — A d e m i - m a l .
Mimiographe, n. m .
Machine à i m p r i m e r le manuscrit en le reproduisant à plu-
sieurs c o p i e s .
Mi-mot (à), l o c — A demi-mot.
Mince, adj.
En avoir épais dans le plus mince, être peu intelligent.
* Mince=pie,paie, ( m . a.)
P â t é de fruits et d e v i a n d e s h a c h é s .
Mincir, u. a. — A m i n c i r .
Mincredi, n. m . — M e r c r e d i .
* Mind (never), mdinde, (m. a.) — N ' i m p o r t e , ça ne f a i t
rien.
Mine, n. m . — C h a t . E x . D o n n e à manger au petit mine.
Mine, n. f.
Avoir mal à la mine, avoir u n e triste apparence.
Miner, v. n.
— Paraître. E x . C e t t e femme mine mal.
— S'enfoncer. E x . U n terrain q u i mine.
Minette, n. f. — P e t i t e chatte. E x . Donne ta patte, minette.
Mingle, n. m.
Grand châssis e n b o i s p o u r faire sécher les rideaux.
* Mingler, v . a. ( A n g l . )
Calandrer, faire passer à l a m a c h i n e pour lisser et lustrer
les étoffes, g l a c e r les papiers. E x . Je ne porte pas d'au-
tres cols q u e d e s cols minglés.
* Minion, n. m . ( m . a.)
Mignonne, 7 p o i n t s . ( T e r m e d'imprimerie.)
Meinkerdi, n. m . — M e r c r e d i .
444 LE PARLER POPULAIRE
Minoter, v . n.
Prendre de meilleures proportions. E x . Ç a commence à
minoter.
Minou, n. m. — Chat. V . M i n e .
Minouche, n. f.
Caresse. E x . Fais crac, minouche. V . Crac.
Minoucher, v . a. — Caresser, chercher à amadouer.
Minoucherie, n. f. — Minauderie.
Minoucheux, euse, adj. — Minaudier.
Meinpriser, v . a. — Mépriser.
Mirobolant, adj.
Etonnant, p r o d i g i e u x . E x . U n e n o u v e l l e mirobolante.
Miret, n. m.
Passement, tissu plat et étroit de fil de soie dont on orne des
meubles, des habits.
Miroué, n. m. — Miroir.
Miséricorde.
Mot employé pour e x p r i m e r la douleur, l a contrariété. E x .
Il pleut à Dieu miséricorde. Miséricorde, que le temps est
mauvais !
* Missedile. ( A n g l . ) — M a l d o n e .
Mise, n. f.
F o u e t . E x . Cocher, donne de la mise, n o u s sommes pres-
sés.
Misérable, n. m.
Petit verre qui contient la 32° partie d ' u n litre.
Misère, n. m.
— Difficulté. E x . E n avons-nous eu de la misère pour finir
notre o u v r a g e ?
— Faire des misères à quelqu'un, le tourmenter.
— Misère d'un nom ! j u r o n e x p r i m a n t la douleur. E x . Je
me suis fait mal, misère d'un nom !
Misette, n. f. — Herbe des prairies, p â t u r a g e . Acadianisme.
* Mistake, misstêke, ( m . a . ) — E r r e u r , faute. V . Mistèque.
Mistanflûte !
E m p l o y é comme interjection, pour e x p r i m e r la surprise.
E n F r a n c e , l'expression à la mistanflûte s'applique à une
DES CANADIENS-FRANÇAIS 445
Mitasse, n. f.
Guêtre en p e a u ornée de rassade ou de poil d'orignal teint
en diverses couleurs.
Mité, adj.
Rongé par les m i t e s . E x . D e s fourrures mitées.
Miton, n. m.
— Onguent miton mitaine, q u i ne fait ni bien ni mal.
— Chaussure d ' h i v e r en laine o u en feutre pour protéger
contre le froid. S e met pardessus la chaussure ordinaire.
* Mob, (m. a.) — P o p u l a c e .
Mocassin, n. m .
Soulier de p e a u d e caribou, d ' o r i g n a l o u de chevreuil, la
meilleure c h a u s s u r e p o u r chausser la raquette.
Moche, n. f. — P e t i t pain de b e u r r e .
Modeuse, n. f. — M o d i s t e .
Modisse, n. f. — M o d i s t e .
Mogniac, n. m . — V . Moniac.
Mognon, n. m .
Moignon. C e q u i reste d ' u n m e m b r e a m p u t é .
Mohair, n. m . — P o i l de c h è v r e angora.
LE PARLJÎH POPULAIRE
446
Monté, adj.
U n peu étourdi par les v a p e u r s de l ' a l c o o l .
Montée, n. f.
— Canot de montée, canot e m p l o y é p a r les v o y a g e u r s , trap-
peurs, g e n s de chantiers pour remonter le cours des
rivières.
— Police montée, gendarmerie à c h e v a l .
Monter, v . a.
— Monter une scie, mystifier.
— Monter sur ses ergots, être fier.
— Monter à graine, vieillir sans se marier.
— Monter une gamme, gronder.
— Monter sa maison, la meubler.
— Monter sur ses grands chevaux, se fâcher, se montrer
sévère afin de faire reconnaître son autorité.
Monter (se), v . pron.
— Prendre feu. E x . N e te monte p a s contre moi, tu n'as
pas raison.
— Se monter le coup, s'illusionner.
— Monter. E x . A combien se monte m a note d ' h ô t e l ?
Montrance, n. f. — A p p a r e n c e .
Montrial, n. m . — M o n t r é a l .
Montréaliste, n. m. et f.
Montréalais ou Montréaliste, c i t o y e n d e Montréal. L,equel
v a u t m i e u x ? M . C h a u v e a u a écrit dans son Charles Gué-
rin : « O n devrait peut-être dire Montréalais ; mais Mon-
tréaliste est le terme usité dans l e p a y s . Québecquois a
été reçn de tout t e m p s et v a très bien a u x Iroquois et
avec Canadois que l ' o n t r o u v e dans les vieilles narrations. »
On ne dit plus maintenant que Montréalais.
Montrer, v. a. et n.
— Paraître. E x . C e t t e personne montre bien. ( A n g l . )
— Montrer l'école, enseigner. E x . J ' a i une fille qui montre
V école a u x Bois-Francs.
* Mop, n. f., (m. a.) — B a l a i à laver.
* Mopper, v . a. ( A n g l . )
Battre, frapper.
DKS CANADIENS-FRANÇAIS 449
Mortel, le, a d j .
— Passionné. E x . C e gas-lk est mortel p o u r prendre de la
boisson.
— T e r r i b l e . E x . Je lui ai d o n n é un mortel coup de poino-.
Mortelle, n. f.
Immortelle, fleur dont l ' i n v o l u c r e ne c h a n g e pas avec le
temps.
Morte-paye, n. f.
— Saison o ù l a p a y e se fait m a l .
— Personne q u i p a i e mal ses dettes.
* Mortgage, ( m . a . ) — H y p o t h è q u e .
Mortir, v. a. — A m o r t i r . E x . Mortir les coups.
Mortoise, n. f. — Mortaise. Mortoise se disait jadis.
Mortoiser, v . a. — Mortaiser.
Mortrir, v . a. — Meurtrir. E x . J'ai les doigts mortris.
Mortrissure, n. f.
Meurtrissure, c o n t u s i o n a v e c tache livide.
Morts, n- m . p l .
Chapelle des morts, chapelle où se fait la l e v é e du corps.
Morue, n. f-
— Habit à queue de morue, ou simplement queue de morue,
habit de c é r é m o n i e .
— Interjection p o u r marquer l a souffrance. E x . Crêmorue!
que je m e s u i s fait mal !
Morue (petite), n. f.
A p p e l é e loche d a n s le bas d u fleuve, petit poisson a u x T r o i s -
Rivières, tom-cod a u x E t a t s - U n i s .
Morvaillon, n . m . — P e t i t g a r ç o n m o r v e u x .
Morvasson, n . m .
Petit g a r ç o n i n c a p a b l e d e se défendre o u de faire acte de
valeur.
Morver, v. n.
Laisser é c h a p p e r s a m o r v e . E x . A v o i r u n nez qui morve
toujours.
Morveux, n . m . — J e u n e enfant.
Morviat, n. m . — H u m e u r v i s q u e u s e qui sort des narines.
Morvice ! — J u r o n a n n o n ç a n t u n commencement de colère.
452 LE PARLER POPULAIRE
Mot, u. ni.
— Avoir des mots avec quelqu'un, se disputer.
— Dire des gros mois, réprimander avec sévérité.
— Dire le fin mot, donner la raison.
— Prendre quelqu'un au mot, accepter ses dires on le marché
qu'il propose.
— Fourrer son mot, donner son avis.
Mote, n. m. — Mot. E x . Il a dit mole.
* Moteur. ( A n g l . ) — P r o p o s a n t .
Motivé, n. ni. — Motif. E x . L e motivé d ' u n jugement.
* Motorman, (m. a.)—Mécanicien.
Mottant, e, adj.
Prendre en motte, eu boule. E x . La neige est mottanle.
Motte, n. f.
Boule de neige. E x . Les enfants s ' a m u s e n t beaucoup
durant l'hiver eu s'jenvoyant des mottes.
Motter (se), v. p r o n . — S ' e n v o y e r des boules de neige.
Motto, n. m.
— Papillote, bonbon enveloppé d ' u n papier frisé.
— Devise.
Motton, n. m.
Toute substance susceptible de se prendre en boule, en motte,
gruau, farine, laine, neige.
Mottonné, n. m.
Moutonné, tissu de coton à surface frisée.
Mottonneux, euse, adj.
Moutonneux. Qui se p r e n d en boule.
Mou, n. m.
Poumon, par opposition au foie que l'on appelle dur.
Mouche, n. f.
— Prendre la mouche, se piquer pour rien.
— Mouche de la viande.
— Punaise.
— Bourdon.
Mouche à feu, u. f.
Luciole, ver luisant ailé et phosphorescent.
Mouche à miel, u. f . — B o u r d o n .
DES CANADIENS-FRANÇAIS
453
Mouche à patates, n. f. — Punaise à patates.
Mouche à vers, n. f.
— Espèce de mouche voisine de la mouche ordinaire.
— Personne qui parle très bas et d'une manière incompré-
hensible.
Mouche de mai, n. f. —Hanneton employé pour la pêche.
Moucher, v. a.
— Pêcher au moyen de mouches.
— Souffleter.
— Corriger, remettre à sa place.
— Moucher le sang, moucher du sang.
Moucher (se), v. pron.
— Ne pas se moucher avec des quartiers de terrine, avec des
pelures d'oignon, se tirer du grand.
— Ne pas se moucher du pied, ne pas se priver, se donner
des compliments.
— Donner le temps au curé de se moucher, demander du délai.
Mouchoué, n. m. — Mouchoir.
Mouchouet, n. m. — Mouchoir.
Mouchouette, n. m. — Mouchoir.
Moucle, n. f.
Moule, mollusque comestible à coquille de forme oblougue.
Moudre, v. a. —Moudre un air, jouer de l'orgue de Barbarie.
Moué, pron. pers. — Moi. E x . C'est pas moue qui ferai cela.
Mouelle, n. f.
Moelle. E x . La mouelle d'un os, de la mouelle de bœuf.
Mouette, n. f. — Goéland.
Mouillasser, v. imp. — Pleuvoir légèrement.
Mouiller, v. n. et a.
— Pleuvoir. E x . Il mouille à siaux depuis le matin.
— Inaugurer une bonne affaire, un achat. Ex. Tu as
acheté un beau castor, allons le mouiller tout de suite.
Mouiller (se), v. pron.
— Sonffrir d'une incontinence d'urine.
— Etre trempé par la pluie.
Moulange, n. f. — Meule de moulin.
M»ule-à=plomb, n. m. — Personne criblée de vérole.
454 LK P A R L E R POPULAIKK
Moulé, e, a d j .
Bien fait, bien arrangé. E x . T u m ' a s fait un bel habit,
c'est moulé.
Moulée, n. f.
— Son pour les porcs.
— Mouture.
Moulée de scie, n. f. — Sciure de bois.
Moulée de vers, n. f.
Bois pulvérisé p a r des vers rongeurs. L e s mères de famille
l'utilisent comme poudre asséchante et m ê m e curative dans
l'intertrigo.
Mouler, v. a.
Mouler son écriture, s'appliquer à bien écrire, calligraphier
avec succès.
Moulin, n. m.
Etre dans le moulin, faire partie d ' u n e combinaison, d'une
association plutôt é p h é m è r e .
Moulin à battre, n. m.
Batteuse, machine pour égrener les céréales, par l'effet"de
chocs r é p é t é s .
Moulin à beurre, n. m.
Baratte, vaisseau de bois d a n s lequel on bat la crème p o u r
en e x t r a i r e le beurre.
Moulin à coudre, n. m.
Machine à coudre, qui remplace le travail manuel de la cou-
ture.
Moulin à écarde, n. m.
Carderie, établissement où l'on carde la laine.
Moulin à paroles, n. m.
Grand parleur, grand discoureur.
Moulin à scie, n. m.
Scierie, usine, où plusieurs scies mécaniques débitent le
bois.
Moulin de Chine, n. m.
— Personne qui n'arrête pas d e parler, comme le moulin d e
Chine ou de Machine, qui marche toujours.
— Personne qui fait b e a u c o u p d ' o u v r a g e dans un temps
DES CANADIENS-FRANÇAIS 455
Moutonneux, adj.
Qui se c o u v r e de n u a g e s d'aspect floconneux. S e dit du
ciel seulement.
Mouvant, n. m. — Biens meubles.
Mouve, h. f. — M a u v e .
Mouvée, n. f.
T r o u p e a u . E x . U n e mouvêe de m a r s o u i n s .
* Mouver, v. a. ( A n g l . )
D é m é n a g e r . E x . A s - t u e n g a g é le c h a r r e t i e r pour mouver ?
* Mouver (se), v . pron. — S e hâter. ( A n g l . )
Mouvette, n. f.
Palette de bois pour brasser le sirop, le s a v o n .
Moyac, n. m. — Eider. V . M o g n i a c , m o n i a c .
Moyen, n. m .
— Ressources pécuniaires. E x . U n h o m m e de moyetis.
— Avoir les moyens de faire tine chose, être en état de la
faire.
— Il y a moyen, c'est possible.
Moyennement, adv.
Médiocrement. E x . I l est moyennement instruit.
Moyenner, v. n.
A r r i v e r à u n arrangement. E x . I l n ' y a pas m o y e n de
moyenner avec mon h o m m e .
Moyette, n. f. — Petite m e u l e d e g e r b e s .
Mucre, adj.
Humide. E x . I,e t e m p s est mucre. C e m o t doit v e n i r de
mucidus, comme a c r e d'acidus, c a r on disait en v i e u x
français ramucrir p o u r rendre m o i t e .
* Muffin, moffine, ( m . a.) — E s p è c e de b r i o c h e .
Mule, n. f. — M e u l e . E x . U n e mule d e foin.
Muleron, n. m . — M e u l o n .
Mulon, n . m. — M e u l o n , petite meule d e foin fané.
Mulotter, v. n. — A l l e r l e n t e m e n t au t r a v a i l .
Munier, n . m . — M e u n i e r .
Mûr, e, adj.
Usé j u s q u ' à l a corde, e n p a r l a n t d ' u n h a b i t .
Mûre, n. f. — R o n c e .
DES CANADIENS-FRANÇAIS
457
Muscade, n. f.
Un melon mitscade, u n m e l o n ressemblant à une
par sa f o r m e et sa c o u l e u r .
Muser, v. n. — S ' a t t a r d e r , perdre sou temps.
Musiau, n. m .
— M u s e a u . E x . P r e n d r e u n chien par le musiau.
— V i s a g e . E x . V i e n s ici q u e j e te frotte le musiau.
Musique, n. f.
— Entendre la musique, comprendre une affaire.
— Musique à bouche, h a r m o n i c a . V . Ruine-babines.
* Mutton chop, meut'n tshopc ( m . a . ) — Côtelette de mouton.
Nagane, n. f.
F i l e t dans l e q u e l l e s mères indiennes déposent leurs jeunes
enfants p o u r l e s transporter d ' u n lieu à u n autre.
Nage, n. f.
Nage. E x . Je suis tout en nage, se jeter à la nage.
Nager, v . n .
Ramer, p a g a y e r . E x . P r e n d s la rame et nage un peu.
Nager, v . n . — N a g e r
Nageur, n. m. — R a m e u r .
Nageur, n. e t a d j . — N a g e u r .
Naim, n. m . — C o r r u p t i o n d e haim, h a m e ç o n .
Naissance, n . f.
Essence. E x . P r e n d s d o n c u n p e u de naissance depimper-
mane p o u r t a colique, c ' e s t souverain.
Naître, v . a.
Insinuer, p r é t e x t e r . E x . I l a fait naître q u ' i l s'ennuyait
trop p o u r rester a u c o l l è g e .
45» LE PABLSR POPULAIRE
Navrer, v. n.
Avoir la respiration gênée p a r u n liquide qui provoque u n
commencement de suffocation. E x . T u vois bien que le
petit est navré, cogne-lui d a n s le dos pour le faire revenir.
Nayau, n. m. — N o y a u .
Nayer, v. a. — N o y e r . Rabelais a dit nayer.
Nayer (se), v . p r o n .
Se noyer. E x . P r e n d s g a r d e de te nayer, tu ne sais pas-
nager.
Nécessaire, u. m.—Nécessaire de voyage, réticule.
Nécessités, n. f. pl.
— Besoins n a t u r e l s .
— Latrines.
Nègre, n. m.
Un plan de nègre, u n plan q u i n ' a ni queue ni tête, irréali-
sable.
Neiche, n. f-
Neiche de fenêtre, allège, petit m u r d'appui sous la baie
d'une fenêtre.
Neige, n. f.
— Homme à la neige, charretier qui enlève la neige des rues,
des trottoirs e t des cours.
— Premières neiges, commencement de l'hiver.
— Battre les neiges, marcher â travers une forte couche de
neige.
— Les neiges, le t e m p s des neiges.
— La neige tombe à pelletées, avec une grande abondance.
Neigeasser, v. n.
Neiger m o d é r é m e n t .
Né-natif, a d j .
Originaire. E x . Je suis né-natif de la paroisse de S a i n t -
Denis de la Bouteillerie.
Nèr, n. m. — Nerf. E x . U n ?ièr d e bœuf.
Nerfé, a d j .
Avoir du nerf. E x . Cet h o m m e est résistable, il est s u r t o u t
bien nerfé.
* Net, n. f., ( m . a.) — Résille.
460 LE PARLER POPULAIRE
O : : O
O O
Oâ.
O i . E x . Moâ, toâ, soâ. L e s A c a d i e n s et les habitants de
la Baie S a i n t - P a u l prononcent ainsi.
Obéir, v . n.
Plier, céder. E x . U n plancher q u i obéit sous les pieds.
Obituaire, n. m .
A n n o n c e d'un d é c è s a v e c b i o g r a p h i e . Obituaire se dit du
466 LE P A R L E R POPULAIRE
c
Opinion (dans I')» l ° -
De l ' a v i s . E x . L,e discours de M . B o i s est absolument dans
l'opinion de la majorité des députés.
Opinion (être d'), loc.
D ' a v i s . E x . Je suis d'opinion q u ' i l v a u t m i e u x ne rien dire
dans le moment.
Opposer, v . a.
— Combattre, faire de l'opposition. E x . Pierre v a opposer
Paul a u x prochaines élections.
— E m p ê c h e r . E x . Je Vopposerai bien de faire la lutte
contre mon ami.
Opposition, n. f.
Concurrence. E x . I l y a quatre épiciers collés l ' u n sur
l'autre, Vopposition v a être rude.
Opulent, e, n. et adj.
Fat, orgueilleux, p r é t e n t i e u x . E x . N o u s avons un échevin
qui s'en fait accroire, c'est u n opulent.
Or, n. ru. — Or de poignée de porte, c u i v r e .
Orage, n. f.
Orage, n . m. E x . N o u s allons avoir u n e grosse orage, le
temps est noir, effrayant.
Orateur, n. m .
Président de nos C h a m b r e s basses et hautes.
L e Dict. de l ' A c . dit a u m o t Orateur : « E n A n g l e t e r r e ,
l'Orateur, le Président d e la C h a m b r e des Communes. »
N o u s ne devons donc avoir aucun scrupule à employer ce
terme que nos pères, a v e c beaucoup d e bon sens, ont adopté
pour traduire le m o t speaker, qui n ' a p a s l e m ê m e sens
que président, et d é s i g n e une fonction toute spéciale, celle
de parler a u chef de l ' E t a t pour l a C h a m b r e . Mirabeau
était d e u x fois Orateur lorsqu'il d i t à M . de D r e u x -
Brézé : « N o u s s o m m e s ici par l a v o l o n t é d u peuple, et
nous n ' e n sortirons que par la force des baïonnettes. »
Orde, n . f. — O r d r e . E x . U n cochon de la grande orde.
Ordilteux, n . m. et adj.
•— O r g e l e t .
— Orgueilleux.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 471
Ordinaire, n. f.
— Ordinaire, n. m. E x . J ' a i une cuisinière qui fait de la
bonne ordinaire.
— Habitude. E x . J ' a i ordinaire de faire cela.
Ordo, n. m.
Eiste des élèves des classes du Séminaire de Québec, dressée
par le professeur d'après le rang que chacun d'eux occupe
à la fin d'un semestre. E x . Etre le premier sur Vordo,
lire Vordo devant toute une classe.
* Ordonner, v. a.
— Donner l'ordre, commander. E x . J ' a i ordonné un habit
chez le tailleur. (Angl.)
— Faire l'atout. ( T . de jeu).
Ordre, n. m.
— Commande. E x . J e viens de donner mon ordre pour
mes épiceries. (Angl.)
— Poursuite. E x . J ' a i reçu un ordre de mon tailleur, à
qui je dois vingt piastres.
— Commandement. E x . J ' a i reçu ordre de me tenir prêt
à partir.
— Etat. E x . Mes effets sont en ordre, en bon ordre.
Ordre (être d'), loc.
Avoir de l'ordre. E x . Cette femme n'est pas A'ordre, sa
maison est très mal tenue.
Ordre=en=conseil, n. m.
Décret, arrêté. E x . J ' a i été nommé bibliothécaire par un
ordre-en-conseil du 29 septembre 1892.
Ordres du jour, n. m. pl.
Ordre du jour. E x . V a consulter les ordres du jour, afin
de voir si notre bill va être appelé.
Oreille, n. f.
— Versoir. E x . Une oreille de charrue.
— Avoir l'oreille de quelqu'un, être dans son intimité.
— En avoir par dessus les oreilles, être très ennuyé d'une
affaire.
— Entrer par une oreille et sortir par Vautre, ne pas demeu-
rer en la mémoire.
472 LE PARLER POPULAIRE
o o
p
. . . o
Pacager, v. a.
S'installer chez les autres. E x . Quand le petit Philippe
vient chez nous, il n e part plus, comme s'il venait y paca-
ger.
Pacan, n. m.
Paresseux, lourd, grossier. Ce mot semble dérivé de paga-
nus, villageois romain, d ' o ù a été tiré païen. l,es payant
s'étaient faits chrétiens p l u s lentement que les gens des
villes. De paganus vient peut-être aussi le m o t d o n t
se servent les troupiers français pour parler des bons gars.
On connaît la réponse de M. de Talleyrand à un militaire
à qui il avait d e m a n d é ce q u e voulait dire ce m o t de pékin.
« N o u s appelons pékin tous c e u x qui ne sont p a s militaires. »
« C'est comme nous, aurait dit Talleyrand, nous appelons
militaires t o u s c e u x qui n e sont pas civils. » On trouve
d a n s Godefroy le mot pacant, h o m m e du pays.
Pacaner, v. n.
Parler ou agir grossièrement, comme un pacan. E x . Voilà
u n individu qui pacane sans bon sens.
Pacotille, n. f.
— Ensemble de m e n u s objets que l'on peut emporter avec
soi.
476 LE PARLER POPULAIRE
* Pairer, v . u. ( A n g l . )
Expression pour désigner q u e d e u x d é p u t é s , de partis oppo-
sés, | s e sont entendus pour ne point v o t e r sur une question
ou durant un certain espace de temps.
Paître, v. n. — Envoyer paître, e n v o y e r promener.
Paix, u. f. — Ficher la paix, laisser en p a i x .
Patenter, v . a.
Hisser un objet au m o y e n d ' u n palan, palanguer. On dit
palanquer en A n j o u .
Palette, n. f.
— Tablette. E x . U n e palette de c h o c o l a t .
— Visière. E x . U n e palette de casque.
— Garde-vue. E x . L,e docteur m e recommande de me
servir d'une palette pour me p r o t é g e r les y e u x contre la
lumière.
— Cosse. E x . Des fèves e u palette.
— La palette d'un poêle, la partie saillante d u fourneau.
— La palette du genou, la rotule.
— La palette de Vépaule, l ' o m o p l a t e .
— Se faire prendre la palette, se faire tancer d'importance.
Pallot, te, adj. — Qui a une démarche pesante et très lente.
Pampadour, n. f.
Pompadour. E x . E l l e est fière c o m m e l a Pampadour.
Pamphlet, n. m.
Brochure. E x . M . le c u r é de S a i n t - S a m u e l v i e n t d'écrire
un pamphlet sur le modernisme.
Panage, n. m.
Panache. E x . U n panage de caribou, d'orignal.
Panagérique, n. m. — P a n é g y r i q u e .
Pancarte, n. f.
T a b l e a u des élèves d ' u n e classe, dressé d'après le succès
obtenu à un concours. E x . C e t t e semaine, j e suis le
premier de ma classe, et c'est moi q u i v a i s porter la pan-
carte chez M . le D i r e c t e u r .
Pandore, n. m. — Pandour, h o m m e brutal, pillard.
* Panel, (m. a.) — T a b l e a u d u j u r y .
Paniérée, n. f. — I^e c o n t e n u d ' u n panier. T,ittré citefiannerêe.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 479
Panneau, n. m.
— Partie mobile d'une table, abattant. Rallonge est le mot
pour la partie détachée qui s'ajoute au besoin.
— Bavaloise. V. ce mot.
Panse, n. f.
Avoir les yeux plus grands que la panse, prendre d'un plat
plus qu'on en peut manger.
Panser (se), v. pron. — Manger beaucoup.
Pantalons, n. m. pl.
— Pantalon, n. m. s. Ex. Tailleur, faites-moi des pantalons
pour samedi soir.
— Culottes qui descendent jusqu'au genou seulement.
Pantomine, n. f. — Pantomime.
Pantoute.
Pas du tout. Autrefois on disait pas en tout, d'où/«s en
toute, et pantoute.
* Pantry, panntrê, (m. a.) — Garde-manger, office, dépense.
* Paper (blotting), (m. a.)—V. Blotting.
Papier, n. m. — Papier sablé, papier de verre.
Pâques, n. f.
Faire des pâques de renard, faire ses pâques après le temps
défini par l'Eglise.
Pâques bis.
Le dimanche de la Passion, quinze jours avant Pâques.
Paquet, n. m.
— Plier son paquet, s'en aller, fuir.
— Faire son paquet, être moribond.
— Avoir son paquet, être ivre.
— Recevoir son paquet, être congédié.
— Porter des paquets, dénoncer les autres.
— Lâcher le paquet, abandonner.
— Soulever le paquet, apostropher vivement.
— Faire des paquets sur tout le monde, médire.
Paqueter, v. a.—Serrer, presser. V. D'jarnmer.
Par, prép.
Pour. Ex. Mes actions à la banque me rapportent cinq par
cent.
480 LE PARLER POPULAIRE
Paralétique, n. m . et f. — Paralytique.
Paramment, adv. — Apparemment.
Paraneige, n. m.
Construction en bois pour prévenir l'amoncellement de la
neige sur les voies ferrées.
Parapel, n. m.
Trottoir. Champlain emploie le mot parapel pour parapet,
muraille.
Parapuie, n. m. — Parapluie.
Parasol, n. m. — Champignon.
Parc, n. m.
. — Porcherie. E x . I,e parc {par) a u x cochons.
— Enclos où le gibier semble se donner rendez-vous.
Parcevance, n. f. •—Apercevance.
Parchaude, n. f. — Perchaude.
Parche, n. f. — Perche.
Parcher, v. n.
Sangler une charretée de foin avec une corde. E x . La
charrette est pleine de foin, parchons.
Parcourement, n. m.
T e r m e d'imprimeur pour exprimer le fait qu'il lui faut
déranger plusieurs lignes s'il se trouve eu face d'épreuves
remplies de corrections.
Par-dessus, n. m. pl.
Chaussures à semelles en caoutchouc, portées en hiver.
Pardonner, v. a.
Demander pardon. E x . Pardonnez, Monsieur, est-ce que
je vous ai fait mal ?
Pardre, v. a. — P e r d r e .
Pardrix, n. f. — P e r d r i x .
Pardu, e, n. m. et f.
— Perdu, égaré. E x . Je sais pas ce qu'il a, mais il crie
comme un pardu.
Paré, e, adj.
— Prêt. E x . Etes-vous prêt à partir ? — Oui, je suis paré.
— A l'abri d ' u n danger. E x . J'ai été bien malade, me
voilà paré m a i n t e n a n t .
3i
8
4 ,2. LE PARLER POLULAIRE
Parlette, n. f.
B a b i l l a g e . E x . C e t h o m m e a u n e grosse parlette. Cotgrave
cite parolette, petite parole.
Parlotte, n. f. — V . Parlette.
Parmettre, v . a. — Permettre.
Parmi, prép.
E m p l o y é q u e l q u e f o i s en sous-entendant son régime. E x .
Ces p o m m e s s o n t mauvaises, il y en a cependant de bon-
nes parmi.
Paroisse, n. f.
— E g l i s e de la paroisse de N . - D . de Québec. E x . Moi, j e
me suis m a r i é en 1824, à la paroisse.
— N'être pas de la paroisse, ê t r e étranger.
Paroissien, n. m .
I n d i v i d u q u e l c o n q u e . E x . E n voilà un drôle de paroissien !
Parole, n. f.
— Perdre la parole, ne pas v o u l o i r se résoudre quand on de-
mande q u e l q u e c h o s e .
— La parole n'en pue point, il faut moins s'attacher a u x
mots q u ' à c e q u ' i l s e x p r i m e n t .
— Parole écartée, insensée,
— Paroles en V air, paroles pour ne rien dire.
Paroles, n. f. p l .
— D é b a t , discussion. E x . A v o i r des paroles ensemble.
Parolette, n. f. — Parlette.
Paroli, n. m.
— Conversation. E x . C e t h o m m e a du paroli.
— F l o t de paroles. E x . Q u e l paroli est cela ! on ne peut
se c o m p r e n d r e .
Parpailler, v . a. — Eparpiller.
Parrainer, v. n. — E t r e parrain.
Par rapport que, loc. conj.
P a r la raison q u e . E x . M o n imprimeur n ' a v a n c e pas vite
en besogne, par rapport qu'il a trop d ' o u v r a g e sur le métier.
Par=sour, p r é p .
Par-dessous. E x . L e s rats passent par-sour le solage de la
maison.
4^4 LE PARLER POPULAIRE
Partisannerie, n. f.
E s p r i t de parti. E x . Moi, j e vote sans partisannerie.
* Partner, neur, ( m . a.) — Parteuah-e, associé.
Parvint, part. pass. — P a r v e n u .
Pas, n. m.
Faire le pas, entrer dans les ordres majeurs, en parlant d'un
séminariste.
Pas de rien.
Grosse affaire. . E x . C e que tu dis là, ce n'est pas de rien.
Pas fin (un).
U n homme p e u sensé. E x . V e u x - t u que je te le dise carré-
ment ? t u es un pas fin.
Pasfinerie, n. f.
Simplicité. E x . Cesse donc tes pasfineries, mauvais drôle.
Pas grand'chose (un), loc.
U n h o m m e d e p e u d e valeur.
Pas guère, loc. — G u è r e , peu.
Pas mal, loc.
— E u assez g r a n d e quantité. E x . Y a-t-il beaucoup de
cerises dans le jardin ? — Il y en a pas mal.
Pas que (pour), loc.
Pour q u e . , n e . , p a s . E x . Je t'ai raconté cela eu secret,
pour pas que ç a soit connu.
Pas rien.— R i e n .
* Pass, (m. a.)
Billet gratuit. E x . V o y a g e r avec une pass sur le chemin
de fer.
Pas un (comme), loc.
M i e u x que qui q u e ce soit. E x . Je suis capable de faire
cet o u v r a g e com?ne pas un.
Passable, adj.
Praticable. E x . L e s chemins sont bien passables cet automne.
Passablement, a d v .
E n nombre assez considérable. E x . Il y avait passablement
d'invités à la soirée des L a tour.
Passage, n. m.
— A d o p t i o n . E x . L e passage de la loi.
486 1,E PARLER POPULAIRE
Patate, n. f.
— Mauvaise montre. Ex. Combien demandes-tu pour ta
patate ?
— Pomme de terre. Cependant le mot patate semble admis.
C 'est l a morelle tubéreuse.
— Patate d'avance, qui, semée plus à bonne heure, mûrit
beaucoup plus tôt.
— Patate de quarante jours, patate qui prend quarante jours
pour sa production, depuis la semaille j u s q u ' à la récolte.
— Etre dans les patates, dans l'erreur, faute de compréhen-
sion.
Patati, patata !
Onomatopée employée p o u r rendre des b a v a r d a g e s , des bruits
qui s'entrecroisent. (I,ar.)
Pataud, n. m.
— Lourdaud.
— Il n'y a pas qu'un chien qui s* appelle Patatid, il y a plu-
sieurs manières de d é s i g n e r une c h o s e ou une personne.
Pâte, n. f.
— Trop de mains à la pâte, ça la gâte, les entremetteurs sont
souvent de trop.
— Une bonne pâte d'homme, un h o m m e d ' u n bon caractère.
* Patente, n. f. ( A n g l . )
— Brevet d'inventeur.
— Cuir à patente, cuir v e r n i .
— Bureau des patentes, des brevets.
Patenté, e, adj.
— Breveté. ( A n g l . )
— E u r è g l e . E x . Je t ' a s s u r e que tu as fait là une bêtise
patentée.
* Patenter, v . a. ( A n g l . )
Prendre uu brevet. E x . A s - t u fait patenter ta dernière
invention ? Adresse-toi au bureau d e s patentes.
Pâté, u. m .
— Enfant g r o s et gras.
— Caractères d'imprimerie mêlés.
— T a c h e d'encre sur u n e feuille écrite.
DBS CANADIRNS-FRANÇAIS 489
Patience, n. f.
— Jeu de patience, j e u du solitaire.
— Plante à racine antiscorbutique, très commune.
Patinade, n. f. — A c t i o n de patiner.
Patiner, v. a. — Manier malproprement.
Patiner (se), v . pron.
S e dépêcher, se hâter. E x . N o u s avons besoin de nous
patiner si n o u s v o u l o n s terminer notre o u v r a g e pour la fin
du mois.
Patinoir, n. m .
P a v i l l o n des patineurs, eu France. L e mot patinoir pour-
rait être accepté par tout le monde.
Pâtir, v. n.
Pâtisser. E x . J'ai une bonne cuisinière, elle sait pâtir.
Patirat, n. m .
Souffre-douleur. E x . C ' e s t un vrai patirat.
Patliache, n. m . — Patriarche.
Patoche, n. m .
— Grosse m a i n .
— P i e d d'enfant.
Patriotage, n. m . — F a u x patriotisme.
Patronage, n. m .
Pratique d ' u n chaland, clientèle. E x . J ' o u v r e un magasin,
v o u s me donnerez votre patronage.
Patronniser, v . a. — Patronner, recommander, appuyer.
Patte, n. f.
— Pied. E x . E e s pattes de la table. U n ragoût de pattes
de cochon.
— Main. E x . O t e tes pattes dessus ton visage.
— Aller à pattes, marcher à pied.
— Coup de patte, c o u p de l a n g u e .
— Patte de poêle, Irlandais.
— Patte d'oie, ride.
— Homme à pattes, h o m é o p a t h e .
— Marcher à qtiatrepattes, s'aplatir.
— Marcher sur une patte, à cloche-pied.
•— Pattes de mouche, écriture m a i g r e et peu lisible.
49° LE PARLER POPULAIRE
Patte, e, adj.
Pattu, qui a des plumes sur les pattes. E x . Un pigeon
patte.
Pattots, n. m. pl. — Petits pieds.
Pau mon, n. m. — Poumon.
Paumonique, n. et adj. — Pulmonique.
Pau p'tit.
Pauvre petit. E x . Pau p'tit enfant, que tu es à plaindre !
Paupiller, v. n.—Agiter les pupilles.
Pauve, n. et adj. — Pauvre.
Pauverté, n. f. — Pauvreté.
Pavé, n. m. — Gratter le Pavé, être dans la misère.
Paver, v. a.—Joncher. E x . I,es rues sont pavées de fleurs.
Pavillon, n. m. — Couche. Expression acadienue.
* Pawnbroker, pâti'-brôkeur, (m. a.) — Prêteur sur gages.
Payant, e, part. prés.
Qui donne de bons profits. E x . Une spéculation payante,
un commerce payant.
Paye, n. f.
— Jour où se payent les salaires. E x . C'est demain qu'on
fait la paye.
— Dur de paye, mauvais payeur.
— Une bonne paye, un homme qui paie bien.
— Une mauvaise paye, qui paye mal.
Payer, v. a.
— Rendre. E x . Je te paierai ta visite au premier jour.
(Angl.)
— Adresser. E x . Payer un compliment.
— Réjouir. E x . Il fait beau!—Oui, ça paye, un temps
comme ça.
— Rapporter du profit. E x . Voilà une spéculation qui va
payer.
— Payer pour, être puni. E x . T u veux absolument te
conduire mal, je t'avertis eh ami que tu paieras pour.
Payer (se), v. pron.
S'offrir. E x . Je viens dé faire un peu d'argent, je vais me
payer un chapeau neuf.
DBS CANADIENS-FRANÇAIS 491
Payeux, n. m .
P a y e u r . E x . C r é d i t est mort, les mauvais payeux l'ont tué.
* Pay-list, (m. a.) — Bordereau de salaire.
* Pay-master, pémasteur, (m. a.) — Payeur, agent comptable.
Pays, u. m.
— Les pays d'en haut, r é g i o n occidentale d u Canada, j u s -
q u ' a u lac H u r o n .
— Les vieux pays, l ' E u r o p e .
* Pea-nut, pi-note, (m. a.) — P i s t a c h e de terre.
* Pearl, peurle, (m. a.) — Perle, 5 points ( T . d ' i m p r . )
Peau, n. f.
— Une peau, u n h o m m e qui n ' a p l u s que la peau et les os.
— Faire peau neuve, c h a n g e r de conduite, d'opinions ou de
vêtements.
— Traîner sa peau, flâner.
— Etre dans la peau d'un autre, à sa place.
— Ne savoir que faire de sa peau, paresser.
— Avoir la peau dure, être insensible à tout.
— Etre plus attaché à sa peau qu 'à sa chemise, soigner ses
propres i n t é r ê t s plutôt q u e c e u x des autres.
— A fleur de peau, sur l'épiderme.
— Avoir de la peau de reste, être très maigre.
— Saliver sa peau, se tirer d'embarras.
— Traîner quelqu'un en peau de chien, l'amener à a g i r
malgré lui.
Pécane, n. f.
e
A m a n d e o b l o n g u e . A u X V I I siècle, nos ancêtres avaient
la pacane.
Pécaud, n. m.
— Cheval usé.
— Pingre.
Péco, n. m. — Petit: ours rusé, difficile à saisir.
Pêche, n. f.
Bordigue, enceinte de claies sur l e bord d u fleuve pour pren-
dre du poïsson. E x . U n e pêche à anguilles.
Pêcher, v. a.
— Pêcher dans le site, saisir à lâ défôSée.
492 LE PARLER POPULAIRE
Pendard, n. m .
H o m m e d a n g e r e u x , qui cependant n'a pas mérité la corde.
E x . Mon petit pendard, tu te feras pincer à quelque
détour.
Pend'oreilles, n. ni. pl. — P e n d a n t s d'oreilles.
Pendriloque, n. f. — Pendeloque.
Pendrioche, n. f.
— E t a t de ce q u i pend.
— L o q u e s q u i pendent d ' u n vêtement, d'un rideau usés.
— E c h a f a u d . E x . Je serais bien surpris si ce criminel v a
pouvoir se s a u v e r de la pendrioche.
Pénican, u. m. — P é l i c a n , ancien instrument de dentiste.
Penille, 11. f.
L i s i è r e s de l a i n e ou de coton qui entrent dans la confection
des c a t a l o g n e s .
Pénitentiaire, n. m . — P é n i t e n c i e r , maison pénitentiaire.
Penouil. — V . F o n d de Penouil.
Penoute. — N o m d o n n é à un p a y s a n naïf.
Penser, v . n. — V e n i r sur le point. E x . J'ai pensé mourir.
Pension, n. f. •— M a i s o n de pension privée.
Pensoire, n. f. — C o m p r é h e n s i o n , j u g e m e n t .
Pente, n. f.
Ornière particulière a u x c h e m i n s encombrés par la neige.
Pépelier, péplier, n. m . — Peuplier.
Pépère, n. m. — G r a n d ' p è r e .
Pepi. — V . P i p i .
Pépite, n. m. — P u p i t r e .
* Peppermint, mimite. (m. a.) — Tablette de menthe poivrée.
Pèque, n. f . — V i s i è r e de casquette.
* Percentage, n. m . ( A n g l . )
P o u r c e n t a g e , commission, remise, t a u x d'intérêt.
Percer (se), v . p r o n .
Creuser une fosse d a n s la vase, d'environ trois à quatre pieds
de profondeur, o ù le chasseur se blottit pour surprendre l e
gibier méfiant, c o m m e l ' o u t a r d e et l'oie s a u v a g e . ( D e
G a s p é , Anciens Caftadiens.)
Percet, n. m. — C a m a r i n e à fruits n o i r s . .
LE PARLER POPULAIRE
494
Perchaude, n. f.
Perche jaune, d ' o ù perchaude par corruption.
Perche, n. f.
— Personne fluette et très g r a n d e .
— Pieu q u i entre dans une clôture.
— Tendre la perche, v e n i r en aide.
— Aller à la perche, conduire un canot a v e c une p e r c h e .
— C'est bon que la perche en lève, c'est très bon, s u c c u l e n t .
Perche de ligne, n. f. — L,igne à pêcher.
Perdition, n. f.
Avoir des yeux à la perdition de son âme, avoir des y e u x
extraordinairement b e a u x .
Perdre, v . a. et n .
— Avoir une hémorrhagie, c h e z la f e m m e .
— Perdre une motion, la voir rejeter.
— Perdre son nom, périr, disparaître. E x . T u tiens à ta
pipe, serre-la, si tu ne v e u x pas q u ' e l l e perde son nom.
— Perdre la carte, la boule, perdre la t ê t e .
Perdre (se), v . pron.
Périr. E x . U n steamer v i e n t de sombrer, c i n q matelots se
sont perdus.
Perdrix blanche, n. f.
L a g o p è d e des saules et l a g o p è d e des r o c h e r s .
Perdrix de bois francs, n. f.
Gelinotte fraisée. A u s s i appelée perdrix de montagne.
Perdrix de savane, n. f. — T é t r a s du C a n a d a .
Père, n. m .
— H o m m e d ' u n â g e assez a v a n c é . E x . E c o u t e z , l e Père.
Dutil, v o u s a v e z bien s o i x a n t e ans, asteure ?
Pérentoine, n. tn.
Péritoine. E x . U n e enflammation d u pérentoine.
Perfection, n. f.
Ouvrage fait à la perfection, en perfection, s u i v a n t l ' A c a d é -
mie.
Péri, n. m . — P é r i l . E x . J'irai au péri d e ma v i e .
Péritieux, euse, adj. — P é r i l l e u x .
* Périwinklei pêriouinnkl, (m. a.) — Bigorneau.
DES CANADIKNS-FRANÇAIS
495
Perlasse, n. f. — Potasse p u r e .
Perlasserie, n. f. — Etablissement où l'on fabrique la perlasse,
perlât, n m. — P r é l a r t .
Perle, n. î-
— Enfiler des perles, flâner.
— La perle de la famille, celui ou celle qui semble avoir le
plus de qualités.
Perroquet de m e r , n. m.
M a c a r e u x arctique e t m a c a r e u x à gros bec.
Personne (grande), n. f. — P e r s o n n e d ' u n certain âge.
P e r s o n n e l l e , a d j . — I n t i m e . E x . C'est m o n ami personnel.
Persouhaiter, v. a.
Assurer. E x . Jevoiispersoukaite que c'est la pure vérité.
Perte, n. f- — H é m o r r h a g i e chez la femme.
Pesant, e, adj. et n. m .
— Lourd. E x . L e t e m p s est pesant, nous allons avoir de la
pluie.
— Malaise d u r a n t le sommeil, particulier a u x personnes qui
dorment c o n c h é e s sur le dos. Borel se sert du mot pesart.
— Acheter pesant, acheter b e a u c o u p .
Pesas, n. m. pl. — T i g e s sèches de pois.
Pesée, n. f. — M a c h i n e pour peser le foin, les a n i m a u x .
Peser, v. a.
— Hisser. E x . Pèse la voile, voilà le bon v e n t qui arrive.
— Peser son pesant d'or, avoir u n e grande valeur.
— Peser le poids, avoir de l'importance.
Pétaque, n. f. — P a t a t e .
Pétard, n. m.
Claquet, digitale pourprée, d o n t les enfants s'amusent à faire
claquer les fleurs.
Pétasser, v. n.
Fêler. E x . C e t t e assiette est pêtassêe à trois places.
Petau, n. m. — P i e d d'enfant.
Pet=en-gueule. — E x e r c i c e gymnastique.
Péter, v. n.
— Fêler, fendre. E x . N o u s avons un poêle q u i pète par-
tout.
496 LE PARLER POPULAIRE
Peupelier, n. m. — Peuplier.
Peuplier argenté, n . m . — P e u p l i e r blanc.
Peuplier de Lombardie, n. m. — Peuplier pyramidal.
Peuplier liard, n. m . — Peuplier à grandes dents.
Peur, n. f.
— Partir en peur, s'échapper. E x . Mon cheval est parti
en peur.
— Avoir peur à, redouter. Y ai peur à mon cheval, il est
vicieux.
— Donner la peur, effrayer. E x . L e tonnerre me donne
toujours la peur.
— Une peur bleue, une forte peur.
Peur, n. f. — Peur.
Peureux, euse, a d j . — Poltron.
Philippina.
Philippine. « V o u s cassez une amande, elle est double :
vous offrez une moitié à votre voisine de table. L e lende-
main, à la p r e m i è r e rencontre, elle ne manque pas]de vous
dire : Bonjour, Philippine. V o n s êtes pris, v o u s avez
perdu, vous d e v e z u n g a g e » — ( R o z a n . )
Phramacien, n. m . — Pharmacien.
Physonomie, n. £.
Physionomie. E x . E n voilà une qui a une helle physonomie
dans le v i s a g e .
Pi, adv. — Puis.
Piaillard, n. m. — Piailleur.
Piailler, n. m. — C r i e r continuellement.
Piailleur, euse, n. m , et f. — Q u i piaille.
Piam-piam, loc.
Doucement. D e l'italien piano. E x . A l l e r piam-piam.
* Piano cottage, (m. a . ) — Piano droit.
Pianoter, v . n.
Jouer d u piano sans soin et sans talent, plutôt pour s'amuser.
Pianoteux, euse, n. m . et f. — Q u i pianote.
Pian-pian, loc.
V . Piam-Piam. R e m y Belleau a dit : « M a i s i l me faut par-
ler pian-pian. »
32
498 LE PARLER POPULAIRE
Piasser, v . n.
Se dit d u cri des petits poulets et des m o i n e a u x .
Piastre, n. f.
— Avoir les yeux grands comme des piastres françaises, ne pas
vouloir dormir.
— Cherche ta piastre, ton êcu est perdu. V . Ecu
— Un baise-la-piastre, avare.
— Cheval de quatre piastres, de v a l e u r médiocre.
Piaule, n. f. — Bouffée de v e n t .
Piaume, n. m . — Pivoine.
Pic, n. m .
Outil d o n t se servent les déblayeurs de trottoirs quand ils
e n l è v e n t la glace, et aussi les ouvriers q u i font des tran-
chées dans le sol p o u r les fins de l'aqueduc, d u g a z , etc.
Pic (à), loc. adv.
—•• E s c a r p é . E x . U n e côte à pic.
— D ' a b o r d difficile. E x . U n e femme à pic.
* Pica, (m. a.)
— Cicéron, 12 points.
— Smallpica, philosophie, 11 points.
— Double small pica, petit paragon, 22 points
— Five Unes pica, double canon, 60 points.
— Eight Unes pica, triple canon, 96 points.
Picâillon, n. m.
A r g e n t . E x . Il en a, des picaillons.
Picâillon était u n e monnaie s a v o y a r d e valant u n demi-
liard.
Picasser, v . a.
Marqueter, tacheter. E x . Il est picassê comme u n œuf de
dinde.
Picasse, n. f . — V i e u x cheval usé.
Piccolo, n. m . — P e t i t e flûte.
Pichegrue, n. f.
Personne d ' h u m e u r acariâtre. E x . U n e vieille pichegrue.
Pichenoque, n. f.
Pichenette, chiquenaude. N o u s disons aussi pichenolle,
pichenelle et pichenotte.
DES CANADIENS-FRANÇAIS
499
— Sea pie. — V . C i p a i l l e .
P i è c e , n. f. — E t r e près de ses pièces, être très intéressé.
Pied, u ni.
— Etre bête comme ses pieds, p a t a u d .
— Avoir les pieds attachés, a v o i r p i e d s e t p o i n g s liés.
— Mettre les pieds dans les plats, a g i r i n c o n s i d é r é m e n t .
— Avoir bon pied bon œil, n e r e s s e n t i r l'effet d e l ' â g e n i
d a n s les p i e d s ni d a n s la v u e .
— Prendre tout aie pied de la lettre, j u g e r d u s e n s d ' a p r è s
une mesure uniforme.
— Avoir les quatre pieds blancs, n ' ê t r e p a s c o u p a b l e .
— OU gue tu mets les pieds ? D e q u o i t e m ê l e s - t u ?
— Ne pas se moucher du pied, t r a n c h e r d u g r a n d
— Prendre des pieds, s ' i m p o s e r c h e z l e s a u t r e s .
— Lever le pied, se s a u v e r a p r è s a v o i r fait u n m a u v a i s c o u p .
P i e d (à), l o c .
Etre à pied, se t r o u v e r d a n s u n e m a u v a i s e p o s i t i o n p a r la
faute d ' u n autre. E x . T u as e n g a g é c e d o m e s t i q u e , je
t ' a s s u r e q u e t u v a s ê t r e à pied.
Pied d'alouette, n. m. — Daupbinelle.
Pied-de-roi, n. m
Mesure de douze pouces à v i n g t - q u a t r e p o u c e s q u i se replie
s u r e l l e - m ê m e . Roi s e d i s a i t a u t r e f o i s p o u r s i g n i f i e r règle,
mesure.
P i e d - d e - v e a u , n. m. — C a l l a d ' E t h i o p i e .
P i e d - d e - v e n t , n. m.
N u a g e étroit et très allongé. Effet d u s o l e i l q u i s e p r o d u i t
par u u t e m p s n u a g e u x , lorsque l ' a s t r e est p e u élevé au-
dessus de l'horizon, ses r a y o n s p a r a i s s a n t alors s'y ratta-
cher. S i g n e de v e n t .
P i e r r e à c h a u x , n. f. — P i e r r e c a l c a i r e .
P i e r r e à f a u x , n . f. — P i e r r e p o u r a i g u i s e r l e s f a u x .
P i e r r e à f e u , n . f. — S i l e x .
Pierre à m o u l a n g e s , n . f. — P i e r r e m e u l i è r e .
Pierre à t o n n e r r e , n. f. — P y r i t e d e f e r .
Pierre b l e u e , n . f. — I n d i g o .
Pierre d ' é p o n g é , n . f. — P i e r r e - p o n c e .
DES CANADIENS-FRANÇAIS 501
Pierre de rang, n. f.
Pierre calcaire e x t r a i t e des carrières de B e a u p o r t , du Châ-
teau-Richer.
Pierre d e s a b l e , 11. f. — G r è s .
Pierroter, v . a. — Empierrer, macadamiser.
Piéter, v . a.
Bien habiller. E x . N o u s allons te piéter, m o n enfant, pour
aller à l ' é g l i s e .
Piéter ( s e ) , v. pron.
— S e tenir s u r ses gardes. E x . S i tu v e u x réussir, tu as
besoin de te piéter.
— S'habiller a v e c l u x e .
Piétonner, v . n. — Piétiner.
Pigatoire, n. m . — Purgatoire.
Pigeon, n. m. — J a l o u x .
Pigeon d e mer, n . m. — Guillemot noir.
* Pigeon-hole, pidjonnc-hôle, (m. a.)
Trou-madame, b a g a t e l l e .
Pigeonne, n. f.
— Maléfice, tour. E x . Je te dis que c'est u n e pigeonne que
ce v i e u x m e n d i a n t lui a donnée.
— Femelle du pigeon.
— Femme jalouse.
Piger, v . a.
Prendre une carte dans le j e u . E x . J'ai pigé l ' a s de pique.
Pignoche, n. f.
— Chiquenaude.
— Morceau de s u c r e d u pays a y a n t la forme d ' u n cornet.
P i g n o c h e v e u t dire cheville, en France.
Pignocher, v. a. — Donner une dégelée.
Pignonner, v . a. — Mettre le p i g n o n .
Pignouf, n. m . — R u s t r e , grossier, mal é l e v é , e t c .
Pigras, pigrat, n . m .
Dégât. E x . Q u i a renversé l e crachoir s u r notre beau
tapis ? — E n v o i l à un pigras ! Dans le P e r c h e , ce mot est
pris dans le sens de bourbier.
Pigrasser, v . n. — P a t a u g e r dans la boue.
502 LE PARLER POPULAIRE
Piguerie, n . f . — P o r c h e r i e .
Pilasse, n. f. — T r a c e s d ' u n pied humide o u b o u e u x .
Pilasser, v . a. — Piétiner s u r place.
Pile, n. f.
Pilier. EOx. L,es piles d u pont Dorchester.
Pileau, n . m. — T a s .
Piler, v . a. e t n .
— Ecraser a v e c le pied. E x . Piler s u r les pieds de son
voisin.
— Mettre e n pile. E x . Piler du bois, des madriers.
Pilot, n. ni.
— Pilote.
— C o n d u c t e u r . V . le mot suivant.
Pilot de bœuf, n . m.
Conducteur. E n Normandie, on se sert des mots cacheux et
cabreux p o u r exprimer la m ê m e idée.
Pilote, n. m.
— Pilote branche, pilote L,anianeur.
— Drap de pilote, gros drap pour la confection des pale-
tots.
Piloter, v . a.
— F o u l e r a v e c ses pieds. E x . I l a d û venir q u e l q u ' u n dans
la cour, l a n e i g e est toute pilotée.
— Conduire, servir de cicérone. E x . Pilotez-moi donc à tra-
vers la v i l l e , j e suis toujours écarté.
Pilune, u . f. — Pilule.
Pimbina, n . m . — V i o r n e obier.
* Pimpermanne, n. f. — Peppermint. ( A n g l ) .
* Pimpermenne, n. f. — Peppermint. ( A n g l ) .
* Pin, pinne, (ni. a.) — E p i n g l e .
Pin blanc, u . m . — Peuplier d u Canada.
Pin gris-cyprès, n. m. — P i n d e s rochers.
Pin jaune, n . m . — P i n d o u x .
Pin résineux, n . m. — P i n r o u g e .
Pince, n. f.
— ï ) o i g t s . E x . Je vais te serrer la pince.
— Pinces de canot, les d e u x e x t r é m i t é s d u canot.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 503
Pinceau, n. m.
Barbiche. E x . C h a m p l a i n , fondateur de Québec, portait le
pinceau, tout c o m m e beaucoup de Canadiens.
Pincée, n. f. — F e m m e maniérée. E x . Une pincée.
Pincer, v . a.
Se faire pincer, se faire prendre à la suite d ' u n e mauvaise
affaire.
Pincette, n. f.
Etre d'une humeur à prendre avec des pincettes, être de très
mauvaise h u m e u r .
Pincette (à la), loc.
S'embrasser à la pincette, en se pinçant légèrement les joues.
* Pinch, (m. a.)
Pincée, prise d e tabac. E x . Prends donc une petite pinch.
Pintocher, v. a . — B a m b o c h e r , boire des liqueurs spiritueuses.
Pintocheux, euse, n. m . et f. — Q u i pintoche.
Pinule, n. f. — P i l u l e .
Pioche, n. f.
— H o u e , béchoir.
— Tête de pioche, t ê t e dure, peu. intelligente.
Piocher, v . a.
— Piaffer. E x . M o n cheval pioche quand il v e u t s'en aller.
— Prendre des cartes au talon. E x . F a i s attention ! c'est
ton tour de jouer, pioche donc.
Piôles, n. f. pl.
H e u r e s favorables à l a pêche, l e matin, au lever du soleil, le
midi, et le soir a u soleil couchant. (De G a s p é , Mémoires).
Pioneer, v . n. — Dormir.
Piou=piou, n. m . — G r i v e de W i l s o n .
Pipée, n. f.
I<e contenu d ' u n e pipe. E x . Donne-moi donc une pipée de
tabac ?
Pipet, n. m. — Q u i f u m e sans cesse.
Pipi, n. m .
Urine, pisse. E x . F a i s pipi, mon enfant, p o u r faire plaisir
. à ta g r a n d ' m è r e .
Pipite, n. m. — P u p i t r e .
504 1 3 PARLER POPULAIRE
Pique, n. f.
— C h i c a n e , altercation, E x . Je v i e n s d ' a v o i r u n e pique
avec l u i .
— As de pique, personne q u i ne b o u g e p a s de l ' e n d r o i t où
elle s'est placée d ' e l l e - m ê m e .
Pique-bois, n. m . — P i v e r t .
Pique ou noque.
Jeu enfantin a u m o y e n d ' é p i n g l e s . Pique est la pointe, et
noque la tête. I / u n des joueurs c a c h e une é p i n g l e entre
le pouce et l'index, de façon à ce q u e la tête o u la pointe
soit à l ' e x t r é m i t é des p h a l a n g e s . V . N o q u e .
Piqué, n. m.
Garniture de lit confectionnée avec p l u s i e u r s doubles de coton
cousus et piqués, q u i servent à g a r a n t i r les matelas contre
les accidents nocturnes particuliers a u x enfants.
Piquée, n. f. — Entrure d u soc de la c h a r r u e dans le sol.
Pique=ni, n. m . — Pique-nique.
Pique=niquer, v. n . — A s s i s t e r à un p i q u e - n i q u e .
Piquer, v . a.
— Pousser des pointes a c é r é e s .
— Piquer au plus court, marcher s a n s prendre d e voies
détournées, en finir, passer à t r a v e r s .
— N'être pas piqué des vers, être s o i g n é .
Piquer (se), v. pron.
— S'irriter. E x . L,ui, il se pique p o u r r i e n .
— Se piquer le nez, s ' e n i v r e r .
Piquet, piquette, n. m,
— Pieu.
— Planter le piquette, s'arrêter, s'installer.
— Planter des piquets, dormir assis, p a r e x e m p l e p e n d a n t les
sermons à l ' é g l i s e .
— Ma foi de piquette, j u r o n c o m m u n .
Piqueur, n. m .
Bûcheron qui dégrossit les abatis dans u n chantier.
Pire, adj.
— Pis. E x . T a n t pire pour toi. N o t r e malade v a de pire
en pire.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 505
Plaint, n. m.
Plainte, gémissement occasionné par la souffrance. E x . Il
est mort sans faire entendre un plaint.
Plaisant, e, adj.
A g r é a b l e , qui plaît. E x . Cette personne est plaisante, elle
me v a .
Plaisir (au), loc.
A u revoir, c'est-à-dire, au plaisir de se revoir.
Plaît-il ?
Se dit pour faire répéter ce q u ' o n n ' a p a s bien entendu,
comme si l'on disait : V o u s plaît-il de répéter ce que
v o u s venez de dire ?
Plâmusse, n. m.
Verte semonce. Doit provenir de blamuse, ancien m o t fran-
çais cité par L,acurne de S a i n t e - P a l l a y e , signifiant coups
de la paume de la main.
Plan, n. m.
E x p é d i e n t . E x . C e g a r s est pleins d e plans pour se tirer
d'affaire.
— Plan de nègre, plan irréalisable.
— Plan sans queue ni tête, m ê m e s e n s .
— Plan-brouillon, plan minute.
Planche, n. f. et adj.
— Plan, à surface unie. E x . L-es c ô t e s sont terminées, nous
allons nous promener sur un terrain planche.
— T a b l e a u noir. E x . V a â la planche, et fais-nous le pro-
blême demandé.
— Planche de couchette, g o b e r g e , fonçaille.
— Avoir du pain sur la planche.
— Faire la planche, n a g e r sur le dos.
— Etre sur les planches, sur un lit d e mort.
— V o i t u r e faite d ' u n e p l a n c h e élastique suspendue sur qua-
tre roues.
Plancher, n. m .
— Plancher de haut, plafond.
— Plancher de bas, parquet.
— Plancher en pierre, d a l l a g e .
DES CANADIENS-FRANÇAIS 509
Plée, n. f. — Savane.
Plein, e, adj.
— Ivre. Ex. T u vois bien qu'il est plein.
— Couvert. Ex. J'ai les mains pleines d'encre.
— Grouillant de. Ex. Cet enfant a la tête pleine de pous.
— Plat. Ex. Tomber à //«'«ventre.
— Plein comme un œuf, ivre-mort.
— En plein midi, au milieu du jour.
— Etre plein de vie, se bien porter.
— En avoir plein le dos, être très ennuyé.
— En avoir plein son sac, être ivre.
Plein (à), loc.—Beaucoup. Ex. Aimes-tu les oranges?—A
plein.
Plein (tout), loc.
Beaucoup. E x . Avez-vous des pommes à vendre ?— Nous en
avons tout plein.
Plein bord (à), loc.
Jusqu'au bord. Ex. Verse de l'eau dans le pot à plein bord.
Pleine-tête (à), loc. — A tue-tête. Ex. Crier à pleine tête.
Pleumage, u. m. —Plumage.
Pleumas, n. m.
— Plumas. Ailes d'oie ou de dinde, dont on se sert pour
enlever la poussière. Vient de plumasseau ou de plumeau.
— Garçon qui courtise une fille.
Pleume, n. f. — Plume.
Pleumer, v. a.
— Plumer. E x . Pleumer une volaille, une oie, une dinde.
— Cueillir. E x . Pleumer de la gomme sur les arbres.
— Ecorcer, peler. Ex. Pleumer un arbre, un bouleau.
— Ecorcher. E x . Pleumer une anguille, un lièvre. Au
figuré, pleumer un client.
— Rôtir, chauffer trop fort. Ex. Veux-tu cesser de chauf-
fer le poêle, tu vas nous faire pleumer.
— Se faire pleumer le casque, se faire attraper dans une
affaire d'argent.
Pleumet, n. m.
— Plumet.
512 LE PARLER POPULAIRE
Poche, n. f-
Blouse. E x . U n e poche de billard.
. Etre à la poche, à la mendicité.
La poche sent toujours le hareng, on g a r d e toujours quel-
que chose de c e u x parmi lesquels on a v é c u .
— Payer de sa poche, à ses frais.
— Au plus fort la poche, c'est le plus fort q u i l'emportera.
— Marie Quat' Poches. V . Marie.
— Mettre son quat poches, son habit qui est censé avoir qua-
tre poches.
—- Aller à la poche, s'en aller vers l'infortune.
— Acheter chat en poche, sans connaître l'objet q u ' o n achète.
— Tirer quelque chose de sa poche, d e sa tête.
— Un cotdeau de poche, canif, petit c o u t e a u .
— Une poche molle, un h o m m e sans é n e r g i e .
— Un coup de poche, u n e action traîtresse.
— Tomber comme une poche, dormir comme tmepoche, tomber,
dormir lourdement.
Pocher, v. n.
Faire de f a u x plis, des poches. E x . Porter des habits qui
pochent.
Pochetée, n. f.
L e contenu d'une poche, d ' u n sac. E x . Une. pochetée de
farine, de patates.
Pocheton, n. m . — H o m m e mou, sans courage, sans valeur.
* Pocket=book, bouk, ( m . a . ) — P o r t e - f e u i l l e , carnet.
* Pocket-money, — né, (m. a.)
Argent de poche, pour les m e n u s plaisirs.
Pocque, n. f. — V . P o q u e .
Pocquer, v. a. — V . P o q u e r .
Poêle, n. f.
Tenir la queue de la poêle, être c h a r g é d u soin principal d'une
affaire.
Poêle, n. m.
— F o u r n e a u . E x . U n poêle de cuisine, u n poêle à g a z , Uû
poêle à charbon.
— Un poêle à deux ponts, à d e u x é t a g e s .
DES CANADIENS-FRANÇAIS 515
Poisson castor, n. m .
Poisson chien de la famille des A m i a d é e s , appelé encore
poisson de v a s e .
Poisson rouge, n. m . — D o r a d e , poisson de C h i n e .
Poivrer, v . a.
V e n d r e cher. E x . E e marchand du coin, chez qui j ' a c h è t e
rarement, ne m a n q u e pas de me poivrer quand j ' a i le
malheur de m e fourrer dans ses pattes.
— C o u v r i r de c o u p s .
Poivreux, euse, a d j . — Q u i aime à poivrer ses aliments.
* Poker, pô-keur, ( m . a . — T i s o n n i e r , fourgon, j e u .
* Pôle, pôle, (m. a.)
T i m o n , bâton, flèche, barre, baguette à rideaux.
Police, n. f.
— Policier. E x . R e g a r d e donc la belle police qui passe.
— Poste de police, des gardiens d e la p a i x .
— Police riveraine, gendarmerie militaire.
— Police montée, gendarmerie à c h e v a l .
* Policeman, (m. a . ) — S e r g e n t de ville, policier.
Polisson, n . m.
Bande d'étoffe, g a r n i e de baleines o u de ouate, dont se
servent les femmes pour faire bouffer leurs robes.
Politicien, n. m.
H o m m e politique. Politicien n e se prend pas en mauvaise
part.
Politiquer, v . n. — F a i r e de la politique.
Politiquerie, n. f.
Politique de bas é t a g e . E x . I l y a de ces hommes qui ne
sont bons qu' à faire de la politiquerie.
Politiqueur, n. m. — U n homme q u i fait de la politique.
Polka, n. f. — J e r s e y o u gilet de laine faisant justaucorps.
* Poil, (m. a.)
Bureau de votation. E x . Dans Québec, il y a a u moins
cinquante pèlls.
* Pôller, v . a. ( A n g l . ) ;
Enregistrer son v o t e . , E x . A l l e r pôller son vote pour un
candidat.
5i8 LË P A R L E R POI,Ul,AIRE
Pomme, n. f.
— Paume. Ex. ~L,&pomme de la main.
— Tête. Ex. Une pomme de choux.
Pomme d'Adam, n. f.
Saillie qui se trouve à la partie antérieure du cou de
l'homme, et qui est formée par le cartilage thyroïde.
Pomme d'amour, n. f.
Pomme d'api, petite pomme rouge et blanche, ferme et
sucrée.
Pomme de chou, n. f. — Chou pommé.
Pomme de terre, n. f.
Variété d'airelle ou atoca, pain de perdrix.
Pomme pourrie, n. f.—Engoulevent criard.
Pommé, e, adj.— Complet, parfait. Ex. Une bêtise pommée.
Pommettier blanc, n. m. — Aubépine ponctuée.
Pommettier rouge, n. m.—Aubépine écarlate.
Pomon, n. m. — Poumon. Ex. Une inflammation depomons.
Pomonique, n. m. et f. — Pulmonique.
Pomper, v. a.
Tirer les vers du nez. Ex. J'ai pu le pomper à mon goût,
j'en ai appris long.
En France, pomper, c'est manger des yeux.
Pompette, adj. —Un peu ivre.
Pompeur, n. m.
Qui essaie de faire parler. Autrefois, pompeur voulait dire
qui aime l'ostentation.
Pompon, n. m.
Houppe de couleur dont on orne la tête des chevaux en signe
de réjouissance.
Ponce, n. f.
Punch. Boisson faite de vin ou de liqueur forte, addition-
née de sucre et d'eau chaude. E x . Veux-tu prendre une
ponce chaude ?
Pond, part. pass.
Pondu. E x . Ma poule caille a pond ce matin pour la pre-
mière fois. C'est la poule qui cacasse qui a pond.
Poney, n. m. — Petit verre. Ex. Un poney de cognac.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 519
Ponger, v . a.
E p o n g e r . N o u s trouvons ponger, en F r a n c e , pour presser,
exprimer.
Pongeux, euse, a d j .
— S p o n g i e u x , euse, qui s'imbibe comme u n e éponge. E x .
U n sol pongeux.
— D e la nature de l ' é p o n g e . E x . U n tissu, une étoffe
pongeuse.
Ponneuse, adj. f.
Pondeuse. E x . M e s poules sont toutes des bonnes ponneuses.
Ponner, v . a.
Pondre. E x . M e s poules ponnent régulièrement depuis un
mois.
Pont de glace, u . m .
G l a c e épaisse q u i se forme à la surface des rivières et suffi-
samment forte p o u r permettre a u x v o i t u r e s de passer
d ' u n e rive à l ' a u t r e .
Pontage, n. m .
— P a v a g e en bois d ' u n chemin, d ' u n e étable.
— T a b l i e r d ' u n p o n t , d'un enfant.
Pontifier, v. n.
Poser, essayer d e faire croire q u ' o n dirige tout, quand en
réalité on ne fait rien, et q u ' o n laisse faire l a besogne par
les autres. E x . Maître F r a n ç o i s passe p o u r être le rédac-
teur du Vingtième Siècle, mais, en réalité, il ne fait q u ' y
pontifier.
* Pop, n. m., ( m . a.)
E a u gazeuse s u c r é e .
* Pop-corn, (m. a.) — Maïs g r i l l é .
Pope, n. f. — P u l p e .
Popote, n. f.
— M a u v a i s e cuisine.
— R i e n qui v a i l l e . E x . T o u t cela, c'est de la popote, ça ne
v a u t rien.
Populacerie, n. f. — D é m a g o g i e .
Populacier, adj.
Q u i berne le peuple pour se faire une popularité.
520 LE PARLER POPULAIRE
Poque, n. f.
— T r o u , enfoncement. E x . N o u s v e n o n s de j o u e r à la
toupie, nous en avons fait, des poques.
— Marque d ' u n coup. E x . Je viens de m e battre avec le
petit D a v i d , il m'a fait trois grosses poques dans la figure.
Dans l'ancien français, poque signifiait petite vérole. En
Saintonge, ce nom est donné au trou dans la terre où les
enfants jettent leurs billes dans le j e u de ce nom.
* Poque=chèvre. ( A n g l . )
Plane allemande. Corruption de l ' a n g l a i s spoke-shave.
Poquer, v . a.
Appliquer des coups, des poques. E x . Je l'ai poquê à la
figure, sur les jambes, dans le dos.
Porcage, n. m. — P a c a g e .
Porcager, v . a. — Pacager.
Porceline, n. f. — Porcelaine.
Porc=épi, n . m. — Porc-épic.
Porchelet, n. m . — Porcelet, j e u n e porc.
Porchette, n. m. — Porcelet.
Porcupie, n. m. — Porc-épic.
Poreau, n. m. — Poireau.
Porichinelle, n. m. — Polichinelle.
Porquière, n. f. — Matrice c h e z les v a c h e s .
* Porridge, redje, (m. a.) — Bouillie d ' a v o i n e .
Portage, n. m.
Endroit d ' u n e rivière où les rapides forcent les v o y a g e u r s à
transporter leur canot sur leurs é p a u l e s .
Portager, v . a. — Faire l e transport d u canot.
Portant, v . a. et adj.
— L'un portant Vautre, en moyenne. E x . J'ai vendu
quatre poules cinquante cents, l'une portant l'autre.
— Un homme portant, bien portant. E x . Comment êtes-
vous c e matin ? — Je suis toujours portant.
Porte, n. f.
— Porto. E x . N o u s a v i o n s autrefois, au Canada, un excel-
lent v i n de Porte.
— Aller aux portes, mendier.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 521
Pottine, n. f. — P o u d i n g .
Pou de poussière, n. m.
P e t i t insecte q u ' o n voit courir sur les l i v r e s , l e s meubles,
appelé atrope par les s a v a n t s .
Poudre, n. f.
— Poutre.
— N e i g e s o u l e v é e par le v e n t .
— Jeter de la poudre aux yeux, endormir l a méfiance.
— N'avoir pas inventé la poudre, être b ê t e .
Poudrer, v . n.
Effet de la n e i g e soulevée par le vent s o u s forme de poudre.
Poudrerie, n. f.
S e dit pour désigner la n e i g e soufflée p a r l e v e n t sous forme
de poussière en tourbillonnant. E n F r a n c e , poudrerie est
une fabrique de poudre. A l'île M i q u e l o n , on emploie le
mot poudrin dans le m ê m e sens q u e poudrerie en C a n a d a .
Poudreux, euse, adj.
— R e m p l i de neige. E x . I,e temps est poudreux.
— V o l a g e , l é g e r . E x . A v o i r les pieds poudreux.
Pouf, n. m.
— N' avoir pas inventé ce qui fait pouf, n ' ê t r e p a s futé.
— Pouffer de rire, pouffer.
Pouillasse, n. f. — Chose de n u l l e valeur.
Pouillasserie, n. f. — P i n g r e r i e .
Pouillerie, n. f. — Misère profonde.
Pouilleux, n. m . — Misérable q u i n ' a p a s le s o u .
Poulain, n. m .
— P h l e g m o n de l'aine.
— Etre à cheval sur le poulain, être h a u t m o n t é .
— Débarquer de dessus le poulain, tomber de h a u t pour arriver
bas.
Poule, n. f.
— Bleu comme la poule à Simon, perdu, r u i n é .
— Poule mouillée, lâche.
— Cela se fera quand les poules auront des dents, j a m a i s .
— Avoir le cœur où les poules ont l'œuf. V . C œ u r .
Poule d'eau, n. f. — F o u l q u e d ' A m é r i q u e .
DES CANADIENS-FRANÇAIS 525
Pratiquer, v. a.
• — S e former par l ' é t u d e . E x . Je pratique le piano depuis
d e u x ans, j e commence à j o u e r passablement.
— Pratiquer sa religion. E x . I l ne va plus à l'église, il a
cessé de pratiquer.
Prébytère, n. m . — Presbytère.
Précautieux, euse, a d j .
Q u i se précautionne avec soin.
Précaution, n. f.
Etre de précaution, se précautionner.
Précautionneux, euse, adj. — Q u i se précautionne.
Prêche, n. m.
— Prédication, sermon.
•— R é p r i m a n d e .
Prêchement, n. m .
R é u n i o n de personnes où il se fait beaucoup de discours.
Prêcheux, adj.
Prédicateur. E x . N o t r e curé est u n gros prêcheux.
Précipite, n. m. — Précipice.
* Préférentiel, le, a d j . (Angl.)
P r i v i l é g i é . E x . U n tarif préférentiel.
Prélat, n. m.
P r é l a r t ou prélat, grosse toile peinte dont on recouvre les
parquets.
Prélèvement, n. m .
E e v é e . E x . E e prélèvement d ' u n e t a x e , d ' u n impôt.
Prélever, v. a. — L e v e r .
Premier, n. m.
— Premier M i n i s t r e .
— Premier nom, p r é n o m .
Premier (en), loc.
T o u t d'abord. E x . J'ai appris en premier que cette nou-
velle était fausse.
Premièrement, a d v . — A v a n t .
Prémices, n. m . p l .
Habitation, l o g e m e n t . E x . I l faudra quitter les prémices
au premier j o u r d e mai.
5 28 LE P A R L E R P O P U L A I R E
Prendre, v . a.
— Ouvrir. E x . Je prendrai un m a g a s i n de fruits à l'au-
tomne.
— S'embarquer. E x . Dépêchons-nous, il faut prendre les
chars à huit heures précises.
— V e n i r . E x . L ' i d é e m''apris de v e n i r t e voir.
— Survenir. E x . L e mauvais temps n o u s a pris en route.
— Manger, boire. E x . Notre m a l a d e v a m i e u x de sa
gorge, il commence à prendre.
— Prendre racine. E x . L e s petits p o m m i e r s que nous avons
plantés sont tous pris.
— Epouser. E x . Q u a n d il a Pris cette fille-là, il ne savait
pas ce q u ' i l faisait.
— Causer du chagrin. E x . J'ai p e r d u tout mon argent au
jeu, ça m ' a pris.
— Prêter. E x . Un h o m m e qui prend le serment, un homme
pris à son serment.
— Cailler. E x . D u lait pris.
— Prendre quelque chose, prendre u n v e r r e de liqueurs fortes
ou de v i n .
— Prendre ses degrés, prendre ses g r a d e s .
— Prendre une marche, faire une p r o m e n a d e .
— Prendre l'épouvante, prendre peur.
— Prendre une brosse, s'enivrer.
— Prendre en considération, e x a m i n e r .
— Prendre des gants, des mitaines, y aller avec douceur.
— Prendre en feu, prendre feu.
— Prendre sur le fait, pincer.
— Prendre la part de quelqu 'un, son parti, sa défense.
— Prendre ses précautions, se précautionner.
— Prendre en mal, en m a u v a i s e p a r t .
— Prendre pour quelqu'un, son parti.
Prendre (se), v. pron.
— S'assurer la possession. E x . Je me suis pris une terre
dans le cinquième r a n g de Saint-Morissette.
— S e chicaner. E x . Je me suis pris a v e c le maître d'école,
et j e lui ai chanté pouilles.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 529
Preuve, n. f.
— Etre en preuve, p r o u v é .
— A preîive, comme p r e u v e .
— Preuve Ç7te, ce qui p r o u v e que.
Prévaloir,
Se faire prévaloir, se flatter. E x . S ' i l parle ainsi comme
ça, c ' e s t pour se faire prévaloir.
Prévenir, v. a.
Provenir. E x . S i ça v a mal, ça prévient de ce que tu ne
t'en m ê l e s pas.
Prévint, part.
P r é v e n u . E x . Je t ' e n avais pourtant prévint.
Prier, v . a. — Inviter. E x . Je suis prié des noces.
Prime, a d j .
— T r è s sensible. E x . Je suis ordinairement prime au froid.
— Intelligent. E x . C e garçon-là est assez prime, il com-
prend v i t e .
Primer, v . a.
— Obtenir u n prix. E x . T o u s m e s a n i m a u x ont été primés
à l ' e x p o s i t i o n de S h e r b r o o k e .
— Préparer. (Angl.)
— Imprimer. (Angl.)
* Primer, ( m . a.)
— Great primer, g r o s t e x t e , 18 points.
— Double great primer, petit canon, 36 points.
— Long primer, petit romain, 10 points.
Primitif, ve, adj.
A r r i é r é . E x . Cet être me paraît p a s mal primitif, il n'est
pas encore dégrossi.
Primo d'abord.
y
Premièrement. E x . Primo d abord, m a femme, nous irons
acheter des étrennes pour les enfants.
Prise, n . f. ,
Mauvaise odeur. E x . J'arrive d e la salle de dissection, j'en
ai p r i s u n e prise !
Priser, v . a.
Priser d u tabac. E x . Prisez-vous, la m è r e ?—Oui, mon enfant.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 531
P r o t e s t e r , v . a.
Protester une personne, p r o t e s t e r u n b i l l e t c o n s e n t i p a r cette
personne.
Protêt, n. m . — P r o t e s t a t i o n .
Prout, n. m . — B r u i t insolite.
Prouter, v. n. — E â c h e r u n vent avec bruit.
Provint, part. pass. — Provenu.
* P r o v i s i o n s , n . f. p l . ( A n g l . )
D i s p o s i t i o n s . ( T e r m e j u r i d i q u e ) . E x . L e s provisions d'une
loi.
P r u c e , n . f. — E p i n e t t e , d a n s le l a n g a g e a c a d i e n .
Pruche, n. f . — P r u c h e d u Canada.
Prunes (aux), loc.
A l ' é p o q u e où les p r u n e s mûrissent. Ex. Ce consomptif
v i v r a b i e n jusqu'aux prunes.
P'têtre, adv. — P e u t - ê t r e .
Pu, adv. — Plus.
P u b l i c , a d j . — Notaire public, n o t a i r e .
Publier, v . n.
Publier les bans. E x . P i e r r e e t M a r i e publieront, dimanche
prochain.
P u c e , n . f. — Secouer les puces à quelqu'un, le g o u r m a n d e r .
Puceux, euse, adj.
Qui a des puces. E x . J ' a i u n c h i e n puceux.
Puer, v. n.
Puer au nez, r é p u g n e r , ê t r e o d i e u x . E x . Cette personne
m e pue au nez ; c ' e s t u n t r a v a i l q u i m e pue au nez.
* Pufî, poffe, ( m . a.)
Réclame. E x . A q u o i b o n faire t a n t d e pufff
* P u f f e r , —feur, ( m . a.)
— Faiseur de réclames.
— Petit vaisseau toueur.
* P u g , pog, ( m . a . ) — R o q u e t , c a r l i n .
P u i s s a n c e , n . f.
La Puissance du Canada, l e D o m i n i o n , le C a n a d a c o n f é d é r é .
* P u l l m a n , ( m . a . ) — W a g o n d e l u x e . E x . V o y a g e r e n pull-
man.
LE PARLER POPULAIRE
534
Punaise, n. f-
Faire du sang de punaise, faire du m a u v a i s sang.
* Punch, (m. a.)
— Poinçon, emporte-pièce.
— Punch and Judy show, théâtre d e G u i g n o l .
— P o n c e . V . ce m o t .
* Puncher, v. a. ( A n g l . )
Poinçonner. E x . Puncher un b i l l e t de c h e m i n de fer.
Puret, n. m .
Bouton qui vient sur la peau. E n F r a n c e , on dit puron.
Purgade, n. f. — P u r g a t i o n . (De G a s p é , Mémoires, 406.)
Purger, v . a.
E x t r a i r e le suc, le j u s , l ' e a u d ' u n e chose en la pressant. Ex.
Purger une éponge, purger un c i t r o n .
Purification, n. f.— P u r g a t i o n .
Purésie, n. f. — Pleurésie.
Purisie, n. f. — Pleurésie. B r a n t ô m e a é c r i t purisy.
Purjuter, v . n.
Suinter, transsuder. E x . U n fruit qui purjutc.
Purjuteux, adj. — Q u i p u r j u t e .
Puron, n. m. — P e t i t abcès, p u s t u l e .
* Purser, peur-seur, (m. a . ) — A g e n t c o m p t a b l e .
Pusque, prép. — P u i s q u e .
Putôt, adv. — Plutôt, p l u s tôt.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 535
Q
o—
. _ _o
Quac, n. m. — H é r o n d e nuit. V . Couac.
Quai, m.
C o n s t r u c t i o n en bois de plus ou moins grande longueur,
s u i v a n t l a profondeur de l'eau, et contre laquelle accostent
l e s n a v i r e s , les goélettes, les bateaux, les chaloupes.
* Q u a l i f i c a t i o n , n. f. ( A n g l . )
C e n s é l e c t o r a l , cens d'éligibilité.
* Q u a l i f i e r , v . a. ( A n g l . )
P r o c u r e r à q u e l q u ' u n les moyens d'acquérir le cens d'éligi-
b i l i t é , e n lui fournissant des fonds.
* Q u a l i f i e r (se), v . pron. ( A n g l . )
S e p o u r v o i r des ressources propres à acquérir le cens élec-
toral.
Q u a n d c ' e s t que, locconj.
Q u a n d . E x . Quand c'est que v o u s serez prêts à partir ?
Q u a n d Q u e , loc.
Lorsque. E x . J ' i r a i chez vous, quand qu'on se comprendra
m i e u x .
Q u a n q u i è m e , n. m .
Quantième. E x . Q u e l est le quanquième, aujourd'hui ?
Q u a n t e s t de, loc.
Q u a n t à. E x . Quant est de moi, tu p e u x y compter
sûrement.
Q u a n t e t , loc.
j j j ! r n ê m e t e m p s . E x . Viendras-tu quant et m o i ? Montai-
g n e a é c r i t d a n s ses Essais : « Combien treuve je plus
n a t u r e l et p l u s v r a y s e m b l a b l e que deux hommes mentent,
q u e j e n e fois q v ' u n homme en douze heures passe quant
536 LE PARLER POPULAIRE
o . — o
O O
Rabâchage, n. m .
A c t i o n de rabâcher, discours, écrit où l'on rabâche.
Rabâcher, v . n. — R e d i r e fastidieusement la m ê m e chose.
Rabâcherie, n. f. — V . R a b â c h a g e .
Rabâcheur, euse, n. m . et f. — Celui, celle qui rabâche.
Rabâter, v . a.
— Corriger sévèrement. E x . T u v a s te faire rabâter de la
belle façon.
— Rabâcher. E x . Qu'est-ce que tu rabâtes l à ?
Rabâtée, n. f.
— Correction m a n u e l l e .
— Réprimande.
Râbe, n. m.
R â b l e , colonne v e r t é b r a l e chez les animaux, depuis le b a s
des épaules j u s q u ' à la queue.
Rabituer (se), v . p r o n . — S'habituer davantage.
Rabonner, v . a.
R é a b o n n e r q u e l q u ' u n à un journal.
Rabonner (se), v . p r o n .
S ' a b o n n e r de n o u v e a u à un journal.
2 LE PARLER POPULAIRE
54
Racroc, n. m.
— Détour, coude. E x . La rivière Saint-Charles fait un
grand racroc vers Eorette.
— Grand repas après les noces. E n Normandie on dit racrot,
recrot. Lalleman a écrit: «C'est la noce aujourd'hui,
c'est demain le rêcrot. »
— Chemin de traverse qui raccourcit les distances.
Raccueil, n. m.
Accueil, réception. E x . Notre curé a un bon raccueil, il est
plaisant.
Râche, n. f.
Impuretés qui se déposent au fond des plats provenant de
l'eau ou de toute boisson.
Rachétique, n. et adj. — Rachitique.
Râcheux, euse, adj. — Rude. E x . J ' a i les mains radieuses.
Rachever, v. a. — Achever. E x . C'est une beauté rachevée.
Râchu, e, adj.—Acariâtre. E x . Quelle humeur râchue ?
Racinages, n. m. pl.
Racine. E x . Ce charlatan guérit toute sorte de maladies
avec des racinages.
Racler, v. a.
— Râteler, ramasser avec le râteau.
— Maltraiter, rosser.
Raclée, n. f. — Coups multipliés donnés à quelqu'un.
Râcleur, euse, n. — Personne qui râtelle le foin.
Raclure, n. f.
— Ce qu'on ramasse avec le râteau.
— Mucosités intestinales rejetées à la suite de l'inflamma-
tion des glandes et de l'épithélium. E x . Des raclures de
boyaux.
Rac'modage, n. m. — Raccommodage.
Rac'modement, n. m. — Raccommodement.
Rac'moder, v. a. — Raccommoder.
Rac'modeux, euse, adj. —Qui rac'mode.
Racoin, n. n.
Recoin. E x . Dans cette maison, il y a un tas de coins et de
racoi?is, on s'y perd.
544 LE PARLER POPULAIRE
Racolîer, v. a . — R é u n i r , joindre.
Racoller ( s e ) , v. pron.
S'unir ensemble, se bien accorder.
Racoquiller, v. a.
Recoquiller, replier s u r soi-même. E x . Cet h o m m e a les
jambes racoquillêes.
Racoquiller (se), v. p r o n .
Se recoquiller. E x . Racoquille-toi u n p e u , n o u s pourrons
te transporter plus à l'aise.
Racotiller, v. a. — Recoquiller.
Racotiller ( s e ) , v. pron. — S e recoquiller.
Raculer, v. a. — Reculer.
Raculons (de), loc. adv.
A reculons. E x . M a r c h e r de raculons. V. Reculons.
Radotte, n. f.
Racine fusiforme et d o n t le goût est t r è s p i q u a n t . U n e de
ses nombreuses p r o p r i é t é s consiste à r a j e u n i r c e u x qui en
font usage. On l'appelle encore p o u r cette raison, herbe
qui rajeunit.
Radouer, v. a. — Radouber.
Rafale, a d j .
Descendu bas, ravalé. V . R a v a l é .
Rafaler, v . n. — V e n t e r p a r rafale.
Râfe, n. f. — Rafle.
Râfer, v. a. — Rafler.
Raffiler, v. a. — Affiler d e nouveau.
Raffiné, n. m .
Fromage raffiné, fromage p r é p a r é par les cultivateurs de
l ' I l e d'Orléans.
Raffiner, v . a.
Procurer des connaissances, essayer d ' i n s t r u i r e . E x . S'il y
a mo)ren, j e le raffinerai.
Raffiner ( s e ) , v. pron.
— Se raviser. E x . T â c h e de t e raffiner, la prochaine fois,
t u réussiras.
— A c q u é r i r de l'intelligence. E x . Celui-là n e se raffinera
jamais.
D13S CANADIENS-FRANÇAIS
545
Raffutage, n. m .
A c t i o n de raffuter, de raccommoder des vieilleries, des v i e u x
l i n g e s , des v i e u x meubles.
Raffuter, v. a. — R a c c o m m o d e r , mettre en état.
Rafistolage, n. m .
R a c c o m m o d a g e fait sans soin et avec précipitation.
Rafistoler, v . a.
R a c c o m m o d e r grossièrement. Corruption d u mot afistoler,
parer, e n d i m a n c h e r .
Rafistoler (se), v . pron.
— S e mettre e n meilleur état, s'habiller m i e u x que de cou-
tume.
— Refaire sa f o r t u n e .
Rafle, n. f.
T i r a g e au sort d ' u n objet quelconque au m o y e n de dés, ou
de n u m é r o s distribués d ' a v a n c e .
Rafler, v . a.
V e n d r e des billets n u m é r o t é s qui donnent droit de tirer au
sort un objet. E x . Je v a i s faire rafler ma montre.
* Raftman, n. m . , (m. a . )
H o m m e qui t r a v a i l l e sur les c a g e s de bois.
Rage, n. f.
— Un mal de dents de rage, u n e r a g e de dents.
— A c t i o n forte, violente. E x . U n e rage de vent, de pluie,
de tonnerre.
Ragoton, n. m .
— R o g a t o n , d é b r i s de mets, objet de rebut, bribe. E x .
Q u a n d j ' a r r i v e tard à table d'hôte, on ne me sert que
des ragotons.
— Personne infirme, m a l faite. E x . I,e bonhomme Petrus
n ' e s t p l u s q u ' u n ragoton.
Ragripper (se), v . p r o n .
— S'accrocher.
— S e refaire. E x . I l m ' a soutiré de l'argent, mais je me
ragripperai q u e l q u ' u n de ces j o u r s .
* Raid, n. m., ( m . a.) — I n c u r s i o n . E x . L e raid des Féniens
en 1866.
35
546 U î PARLER POPULAIRE
Raîde, adj.
— Difficile. E x . C ' e s t raide à croire, ce q u e tu dis l à .
— E x t r ê m e m e n t . E x . E n voici un q u i est raide p a u v r e .
— Raide comme balle, rapide.
En avoir tout son raide, avoir b e a u c o u p de difficultés.
Raidement, a d v . — B e a u c o u p .
Raie, n. f. — Sillon.
* Rail, rèle, n. f., ( m . a . )
— Rail, (raille). E x . M a r c h e r s u r les rails du c h e m i n de
fer.
— Raie, l i g n e tracée sur u n e surface. F a i r e des rails sur
du papier avec u n c r a y o n , faire d e s rails avec u n cou-
teau sur un meuble, faire des rails sur u n e g l a c e a v e c un
diamant.
* Railer, v . a. ( A n g l . )
R a y e r , marquer d ' u n e ou de plusieurs raies. E x . Railer
une v i t r e .
* Railroad, raude, ( m . a.)
— V o i e ferrée.
— G â t e a u roulé, dont l'intérieur c o n t i e n t des confitures.
Railure, n. f.
R a y u r e . N e fais pas d e railures sur t o n ardoise.
* Railway, oué, n. m . , (m. a.)
Chemin de fer, voie ferrée.
Rainse, n. f. — V . R i n c e .
Rainser, v. a. — V . R i n c e r .
Raisin de couleuvre, n. m . — M é n i s p e r m e d u C a n a d a .
Raisin d'ours, n. m. — Uva ursi, busserole.
Raisin sauvage, n. m .
V i g n e des r i v a g e s . L e s premiers missionnaires fabriquaient
leur v i n de messe a v e c ce raisin.
Raison, n. f.
— Comme de raison, certainement. E x . N ' e s t - c e p a s que
j ' a i bien a g i ? — Comme de raison.
— Se faire une raison, se calmer, se r é s i g n e r .
— En droit et en raison, r a i s o n n a b l e m e n t .
— Hors de raison, a v e c e x c è s .
DES CANADIENS-FRANÇAIS 547
Raisonner, v . n.
R é p l i q u e r sur tout, essayer d ' a v o i r le dernier mot.
Raisonneux, n. m .
R a i s o n n e u r , pris e n m a u v a i s e part, qui réplique sans cesse.
Raisons, n. f. pl.
Chercher des raisons, essayer d ' e n g e n d r e r chicane.
Raj'ter, v . a.
R a c h e t e r . E x . Je p e u x l'a/'ter et le raf ter trois fois.
Rajeun'zir, v . n . — R a j e u n i r . A c a d i a n i s m e .
Rajouter, v . a . — A j o u t e r .
Rajuster, v . a.
R e m a n i e r . E x . Rajuster le tarif des douanes.
Raj'ver, v . a. — A c h e v e r .
Râleux, n. m . — P a r e s s e u x .
Rallonge, n. f. — V . A l l o n g e .
Rallonger, v . a.
D e v e n i r p l u s l o n g . E x . E e s j o u r s rallongent.
Rallonger (se), v . p r o n .
R a l l o n g e r son c h e m i n . E x . N o u s allons nous rallonger, si
nous passons p a r ce c h e m i n .
Ramancher, v . a.
— Reboîter, replacer. E x . I l s'est fait ramancher le poi
gnet qu'il avait démanché.
— T e n i r un s i n g u l i e r l a n g a g e . E x . Qu'est-ce que tu
ramanches là ?
Ramancheur, n. m .
Rebouteur, dont l a spécialité est de mettre à leur place les
os l u x é s ou f r a c t u r é s .
Ramancheux, n. m . — R a m a n c h e u r .
Ramanchure, n. f.
A c t i o n de ramancher. E x . C ' e s t une mauvaise ramanchure,
j e crois q u e l e d o c t e u r s'est trompé, allons chercher un
ramancheur.
Ramârrer, v . a. — A m a r r e r de n o u v e a u .
Ramasse, n . f.
V o l é e de coups. E x . Je lui ai d o n n é une ramasse qui s'ap
pelle.
548 I.E P A R I E R POPULAIRE
Ramâsse=poussière, n. m.
Objet ou endroit où la poussière s'accumule facilement. E x .
Ce v i e u x fauteuil n 'est plus qu'un ramâsse-poussïère.
Ramasser, v. a.
— Battre.
— Serrer. E x . Ramasser le foin, les patates.
— Arrêter et mettre au clou. E x . E a police a ramassé deux
voleurs, la nuit dernière.
— Ramasser mer et monde, ramasser beaucoup, faire de beaux
profits.
Ramâsseries, n. f. pl.
Tas de choses réunies ensemble et qui deviennent encom-
brantes plutôt qu'utiles.
Ramâsseux, adj. — Ramasseur.
Rambourde, n. f. — Lambourde.
Rambris, n. m. —Eambris.
Rambrissage, n. m. — Eambrissage.
Rambrisser, v. a. — Eambrisser.
Ramenable, adj.
Que l'on peut ramener.
Ramender, v. n.
Devenir à meilleur marché. E x . C'est le temps d'acheter
du blé, il ramende.
Ramender (se), v. pron.
S'améliorer. E x . Cet enfant se ramende à vue d'ceil, nous
allons en faire quelque chose.
Ramender voulait dire autrefois raccommoder.
Ramener, v. a. —Remettre quelqu'un à sa place.
Rameuil, n. m. — Pis de la vache. Acadianisme.
Raminer, v. a.—Ruminer.
Ramoindrir, v . a.—Amoindrir.
Ramonage, n. m.
— Réprimande.
— Confession générale à un prêtre.
Ramoner, v. a.
— Corriger durement, réprimander.
— Se faire ramoner la conscience, se confesser.
DKS CANADIENS-FRANÇAIS
549
— Ramoner la cheminée, se purger.
Vient de ramon, sorte de balai.
Ramoneur, n. m. —Hirondelle de cheminée.
Ramuchage, n. m.—Action de raccommoder le linge.
Ratnuche, n. m.
Reprise d'un bas, raccommodage d'un vêtement fait à la
diable.
Ramucher, v. a.
Raccommoder le linge d'une façon très imparfaite.
Ramucheries, n. f. pl. — Ensemble d'objets mal réparés.
Ramucrir, v. a.—Ramollir par l'humidité.
Ramussier, n. m. — Rat-musqué.
Rance, n. f.
— Levier.
r
— Prendre en rance, lever un objet pesant au mo3 en d'une
pièce de bois ou d'un levier.
Rancer, v. a. — Prendre en rance.
* Ranch, n. m., (m. a.)
Ranche, établissement consacré à l'élève du bétail dans le
Nord-Ouest canadien.
Rancuneux, n. et adj.
Rancunier. 1/ Académie u' admet pas rancuneux. Girault
Duvivier dit que c'est un barbarisme. Nous lisons dans
le Courrier de Vaugelas : « Le suffixe eux est plus fré-
quent que le suffixe ier pour la raison qu'en latin us, d'où
vient eux, est surtout réservé à l'adjectif, tandis que arius,
d'où vient ier, est un suffixe particulièrement adopté pour
les noms.»
Rang, n. m.
Disposition des maisons, à la campagne, sur une même ligne.
Chaque paroisse comprend de un à dix et même douze
rangs. Ex. Pierre Latour demeure au quatrième rang.
Rangaillardir, v. a. — Ragaillardir.
Rangaillardir (se), v. pron.—Se ragaillardir.
Rangearde, adj. fém.
Petite mère rangearde, jeune fille qui fait la pluie et le beau
temps dans la maison.
550 LE PARLER POPULAIRE
Ranger, v . a.
— Se déplacer. E x . Range-toi à.'ici.
— Placer. E x . Range les assiettes dans l'armoire.
Rangrandir, v . a. — R a g r a n d i r .
Ranjeunir, v. a. et n. — Rajeunir.
Ranjuster, v . a . — Rajuster.
Ranlentir, v . a. — Ralentir.
Ranlonger, v . a. — R a l l o n g e r .
Rantnasser, v . a. — R a m a s s e r .
Ranmollir, v . a. — R a m o l l i r .
Ranmonner, v . a. — R a m o n e r .
Ranqueune, n. f. — R a n c u n e .
Ranqueuneux, n. et adj. — R a n c u n i e r .
Ransembler, v . a. — E n s e m b l e r .
Ranvaler, v . a. — R a v a l e r .
Rapace, n. f.
— B a r d a n e commune.
— I n d i v i d u avide d e g a i n . E x . C e monsieur B i g o t , c'était
une v r a i e rapace.
Rapâillage, n. m.
— Restes d ' u n repas.
— A c t i o n de grouper des g e n s s a n s c o n s i d é r a t i o n que l'on
recueille de droite et de g a u c h e p o u r travailler ensemble.
Rapâiller, v . a.
R é u n i r ensemble des choses ou des personnes d e peu de
valeur.
Rapâilleux, n. et adj. — Q u i rapâille.
Rapapilloter, v . a. — R é c o n c i l i e r .
Rapapilloter (se), v . p r o n .
Se réconcilier. D a n s l e Perche, c e m o t signifie, améliorer
ses affaires.
Rapareiller, v . a. — A p p a r e i l l e r , assortir, trouver l e pareil.
Rapasser, v . — Repasser. E x . I l ne fait q u e passer e t rapasser.
Râper, v. a.
— U s e r . E x . Des pantalons râpés.
— Erafler. E x . Je m e s u i s râpé u n e j a m b e e n sortant du
tramway.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 551
Rapièceter, v . a.
R a p i é c e r , m e t t r e des pièces. E x . Des culottes toutes rapiè-
ceties.
Rap'tisser, v . a.
— Rapetisser.
— Rabaisser. E x . T u tiens une conduite qui finira par te
rap Hisser a u x y e u x des g e n s .
* Rappel, n. m .
A b r o g a t i o n , r é v o c a t i o n . E x . L e rappel d'une loi. ( A n g l . )
Rappeler, v. a.
— A p p e l e r d ' u n e d é c i s i o n judiciaire à un tribunal supérieur.
E x . Je vais en rappeler du j u g e m e n t de l a cour de révi-
• sion.
— A b r o g e r . E x . Rappeler u n e loi.
— Révoquer. E x . L e s d é p u t é s travaillent à faire rappeler
ce bill.
Rappeler (se), v . p r o n .
Se rappeler de quelque chose, rappeler quelque chose. E x .
Je m e rappelle d e c e l a comme si c'était hier.
Rapport, n. m .
— C o m p t e - r e n d u , procès-verbal de délibérations. E x . M .
le secrétaire, v o u l e z - v o u s lire v o t r e rapport.
— A t t e r r i s s e m e n t . E x . Je v i e n s de trouver un beau gros
m o r c e a u de c h ê n e sur le bord d u rivage, c'est l e dernier
rapport qui m ' a v a l u cela.
— R e n v o i . E x . J ' a i des rapports de jambon qui me fati-
guent.
Rapport à, loc. p r é p .
— A c a u s e de. E x . P r e n e z v o t r e parapluie, rapport au mau-
vais temps.
— E n c o n s i d é r a t i o n d e , par é g a r d pour. E x . Je ne pourrai
p a s aller a u t h é â t r e ce soir, rapport à ma femme q u i n'est
pas bien.
Rapport avec (en), loc. prép.
R e l a t i v e m e n t à, p a r suite, à la suite de. E x . S i je pouvais
dire f r a n c h e m e n t m a façon d e penser en rapport avec c e
que l ' h o n o r a b l e d é p u t é v i e n t de d é c l a r e r . . .
552 LE PARLER POLULAIRE
Rebrasser, v. a.
Brasser de nouveau. E x . Rebrasse les cartes.
Rebuffer, v . a. — F a i r e essuyer une rebuffade.
Recauser, v . n.
Causer de nouveau. E x . N o u s eu recauserons.
Réchappe, n. f.
Possibilité d'échapper. E x . Notre voisin est très malade,
le docteur a dit q u ' i l n ' y avait pas de réchappe possible.
Réchapper (en).
Réchapper. E x . Penses-tu q u e notre m a l a d e v a en réchapper.
Rechausser (se), v . pron.
Remettre de nouveau ses chaussures.
* Recherche (en).
A la recherche. E x . Je suis en recherche d ' u n scieur de
bois. (Angl.)
Rechigner, v . n. — R e c h i g n e r à Poîivrage, d e v a n t l a besogne.
Rechigneux, euse, adj. — Q u i rechigne.
Rechuter, v. n. —. Redevenir malade.
Récidiver, v . n.
Retourner au plat. E x . C ' e s t excellent, n'est-ce pas, v e u x -
tu récidiver f
Réclaircir (se), v . p r o n . — S ' é c l a i r c i r .
Réclisse, n. f. — Réglisse.
Reclôre, v . a. — C l o r e de n o u v e a u .
Reçois-feu, n. m .
Casserole placée devant la porte d ' u n p o ê l e pour recevoir
les cendres et les tisons.
Récollet, n. m .
— Mangeur de cerises, oiseau h u p p é . C e nom v i e n t de ce
que la h u p p e de cet oiseau ressemble a u capuchon des
Récollets.
— T u y a u en tôle ou en g r è s q u e l ' o n place au s o m m e t des
cheminées pour activer la tire.
RecoIIouer, v . a. — Reclouer.
Recommande (de), loc.
S u r commande. E x . C e s chaussures ont été faites de re-
commande.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 557'
Recomptage, n. m.
Action de compter de nouveau devant un juge les votes don-
nés dans une élection politique.
Recompte, n. m.
Faire le recompte, compter de nouveau les votes donnés dans
une élection politique.
* Réconsidérer, v. a. — Considérer de nouveau. (Angl).
Reconsoler, v. a. — Consoler de nouveau.
Reconsoler (se), v. pron.—Se consoler de nouveau.
Reconter, v. a. —Conter de nouveau.
Recopié, e, adj.
Ressemblant. Ex. C est sa mère toute recopiée. En France
on dit recopi, du verbe recopir, recracher.
* Record, n. m. (Angl).
— Registre, archives, dossier.
— Demeurer'jie record, enregistrer aux archives, au dossier.
— Avocat de record, procureur en titre.
— Mettre de record, placer dans le registre.
* Recorder, deur, n. m., (m. a.)
Magistrat de la ville. Ex. Un délinquant qui comparaît
devant le Recorder.
Recorté, e, adj.
Propret, bien mis. Ex. Cette femme que tu vois là est
recortêe. Vient â'acort, acorte, il a l'humeur acorte.
Recoucher, v. a. — Coucher de nouveau.
Recoucher (se), v. pron, — Se coucher de nouveau.
Recoude, n. m. - Angle d'un tuyau de poêle.
Recoupure, n. f.
Débris, morceaux d'étoffe qui tombent quand on taille un
vêtement.
Recouru, part.
Achalandé, recherché. Ex. Je suis pas mal recouru de ce
temps-ci, les gens {savent que j'ai fait de l'argent et ils
veulent m'en emprunter.
Recousse, n. f.
Rescousse. Procurer forcément la liberté, en contravention
à la loi, à une personne appréhendée suivant la procédure-
558 LE PARLER POPULAIRE
Réduit, n. m.
Châssis à pièces mobiles dont se servent les menuisiers pour
prendre leurs m e s u r e s .
* Réel, rîle, (m. a.)
Moulinet, dévidoir, bobine, danse à d e u x .
Refaufiler, v. a. — Faufiler de nouveau.
Refaufiler (se), v . pron. — Se faufiler de nouveau.
Réfection, n. f. — M a n g e r à sa réfection, manger sa réfection.
Refente, n. f. — R e f e n d . E x . U n mur de refente.
Refoncer, v . a. — F o n c e r de nouveau.
Réforcer, v . a.
— S u p p l i e r . E x . I l m ' a tant rêforeê, que j ' a i fini par dire
oui.
— E x c i t e r à m a n g e r . E x . C'est inutile de me réforcer, j ' a i
pas faim.
Refoul, n. m . — R e f l u x des grandes marées. Acadianisme.
Refoulis, n. m.
M o u v e m e n t de recul sous l'effort d ' u n e grande pression.
Refoulure, n. f. — F o u l u r e , contusion.
Refreidir, v . a. — Refroidir.
Refreidir (se), v . p r o n . — S e refroidir.
Refreidissement, n. m . — Refroidissement.
Réfrigérateur, n. m . — Gardé-manger ou armoire à glace.
Refus, n. m.
N'être pas de refus, ne pouvoir être refusé. E x . Voulez-
v o u s accepter u n v e r r e de bonne Jamaïque ?— O u i , certaine-
ment, ce n'est pas de refus.
Regagner, v . a.
R e g a g n e r . E x . L a faim me regagne.
Regangner, v . a.
R e g a g n e r . E x . N o t r e malade en regangne.
Regard, n. m .
Au regard de, q u a n t à, relativement. E x . Au regard de ce
que v o u s m ' a v e z dit, j ' y songerai encore.
Regardable, adj.
Q u i peut être r e g a r d é . E x . V o i l à une personne q u i n'est
pas regardable, elle est laide à faire peur a u x chiens.
560 LE PARLER POPULAIRE
* Regarder, v . a.
Paraître. E x . Cela regarde mal, cet h o m m e regarde mal,
(Angl.)
Régencer, v . a. — Remettre q u e l q u ' u n à sa place.
Régenter, v . a. et n.
Faire l a leçon sévère. E x . Je m ' e n v a i s l e régenter, car il
est c o u p a b l e .
Regingler, v . a. — E n v o y e r a u l a r g e .
Reginguer, v. n.
Sauter. E x . Je v o u s l ' a i r e n v o y é reginguer en l'air.
Régistraïre, n. m.
Officier c h a r g é d'enregistrer les d o c u m e n t s officiels de la
L é g i s l a t u r e provinciale de Q u é b e c .
Régistrateur, n. m.
Officier qui est à la tête du bureau d ' e n r e g i s t r e m e n t des do-
c u m e n t s des cours de j u s t i c e .
Régitre, n. m . — Registre.
Règle, n . f.
F é r u l e . E x . J'ai m a n g é v i n g t c o u p s de règle pour avoir
badiné pendant la classe.
Règlement, n. m.
R è g l e m e n t , d'une manière r é g l é e .
Réglementaire, n. m .
C o l l é g i e n c h a r g é de sonner la cloche q u i annonce le lever
des é l è v e s , l'heure de l'étude, de l a classe, du coucher, etc.
Régler, v . a.
Aller régler, aller r é g l e r u n compte. E x . I l y a longtemps
que je traîne mon compte, il est bien juste q u e je vienne
régler.
Règne, n. m .
— Faire un bon règne, durer plus o u moins l o n g t e m p s . E x ,
U n h a b i t qui a fait un bon règne.
— Faire son règne, durer aussi l o n g t e m p s q u ' o n p e u t l'espé-
rer. E x . T u p e u x j e t e r ce chapeau, i l a fait son règne.
Régner, v . n.
— H a b i t e r . E x . I l y a d i x ans q u e j e règne dans cette
m a i s o n avec ma famille.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 561
Relancer, v . a.
Renvier, mettre au-dessus de l ' e n j e u ( T . de j e u . )
Relargue, n. f. — L a r g u e .
Relarguer, v . a. — L a r g u e r .
Relentir, v . a. — Ralentir.
Relève, n. f.
— Jour à la relève, en se remplaçant, l a partie finie.
— Travailler à la relève, en se r e m p l a ç a n t par g r o u p e ou
p a r série.
Relever, v . a.
Remplacer. E x . C e l u i - l à , il v a certainement relever le père.
Relever un acte.
Se faire délivrer u n e copie a u t h e n t i q u e d ' u n acte de nais-
sance, d ' u n contrat de mariage, d ' u n testament.
Reliable, a d j .
Q u i peut être relié. E x . V o i c i un tas d e l i v r e s q u i ne sont
pas reliables.
Relingue, n. f.
R a l i n g u e , cordage c o u s u autour d e s b o r d s d ' u n e voile, d'un
filet, pour les renforcer.
Reliquas, n. m.
S u i t e s . E x . L e s reliquas d ' u n e fièvre, être m a l a d e des reli-
quas de la r o u g e o l e .
Reluiser, v . n.
Reluire. E x . L e s y e u x lui reluisèrenl quand il aperçut ce
tas d'argent.
Reluqueux, euse, n . m . et f.
I n d i v i d u qui regarde a v e c curiosité.
Remâcher, v . a . — R é p é t e r à s a t i é t é .
Remailler, v . n.
Refaire les mailles d a n s les parties u s é e s d ' u n tissu tricoté.
Remaître, v . a.
Cousin remaître germain, remué de germain.
Rembarrer, v . a. — M e t t r e sous clef.
Rembellir, v . a. — D e v e n i r plus b e a u .
Rembotter, v . a. — B o t t e r de n o u v e a u .
Rembotter (se), v . p r . — R e m e t t r e ses bottes.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 563
Rembreunir, v . a. — R e m b r u n i r .
* Remercier, v . a.
Remercier pour, remercier de. E x . Je v o u s remercie pour
v o t r e joli c a d e a u . (Aagl.)
Remettre, v . a.
V o m i r , restituer. E x . Donne-moi pas ce remède-là, car j e
v a i s le remettre, c ' e s t sûr et certain.
Remettre ( s e ) , v . p r o n .
Se remettre de quelqu'un, se remettre q u e l q u ' u n . E x . Je
me remets parfaitement de c e t homme ; toi, t'en remets-tu ?
Reminer, v . a. — R u m i n e r , songer.
Rempiècetage, n. m .
R a p i è c e t a g e , a c t i o n d e rapièceter.
Rempièceter, v . a.
Rapièceter, r a c c o m m o d e r en mettant de petites pièces.
Rempiéter, v . a. — Refaire l e pied d ' u n bas.
Rempirer, v . n.
A l l e r d e mal e n p i s . E x . N o t r e malade, docteur, rempire
toujours.
Rempironner, v . n .
R e m p i r e r . E x . D i e u , que ç a v a mal, ça rempironne tou-
jours.
Rempleumer, v . a. — R e m p l u m e r .
Rempleumer (se), v . pron.
Refaire sa s a n t é , rétablir ses affaires.
Rempleyer, v . a.
R e m p l o y e r , e m p l o y e r de nouveau, remplir.
Remployer, v. a. — R e m p l i e r , faire u n rempli.
Remuable, a d j . — Q u i peut être r e m u é .
Remué de germain (cousin).
C o u s i n issu d e c o u s i n g e r m a i n .
Renâflement, n . m .
A c t i o n de renâcler, renifler b r u y a m m e n t .
Renâf 1er, v. n. — R e n â c l e r .
Renard, n. m .
—- U n h o m m e q u i fait ses p â q u e s après le temps consacré
par l ' E g l i s e .
564 LE PARLER POPULAIRE
Renterrer, v . a. — C o u v r i r de terre.
Rentourer, v . a. — E n t o u r e r .
Rentourner (se), v . pron. — S ' e n retourner.
Rentrait, n. m.
Retrait, pièce de b o i s qui ne touche au bord de l ' e a u que par
l'une de ses e x t r é m i t é s .
Rentrer, v. a.
Entrer. E x . Rentres-tu ? on ne l ' a pas v u depuis s i x mois.
Renvaler, v . a. — A v a l e r .
Renverdir, v . n. — R e v e r d i r .
Renvers, n. m . — E n v e r s .
Renverser, v . a. — Casser. E x . Renverser un j u g e m e n t .
Renvoi, n. m.
Pente. E x . U n c h e m i n plein de renvois.
Renvoi d'eau, n. m . — Larmier.
Renvoyer, v . a.
V o m i r . E x . C e t enfant renvoie t o u s ses aliments.
Réparage, n. m. — Réparation, raccommodage.
Réparer, v . a.
— Rapiécer. E x . Réparer un habit.
— Orner. E x . L a n o u v e l l e maison du maire répare tout le
village.
Réparer (se), v . pron.
S'éclaircir. E x . V o i l à l e temps q u i se répare.
Repasser, v . a.
Donner d u lustre. E x . A s - t u fait repasser ta peau de vache ?
Repatrier, v . a. — Rapatrier.
Repenti, n. m . — R e p e n t i r .
Repentu, part. pass. — Repenti.
Répétable, adj.
Qui peut être r é p é t é . E x . Ces histoires ne sont pas répé-
tables.
Replaider, v . a. — Plaider de n o u v e a u .
Repimper (se), v . p r o n . — S e parer avec plus de soin.
Repleiimer (se), v. pron. — Se remplumer.
Réplique, n. f.
Un homme sans réplique, qui a toutes les qualités désirables.
568 LE PARLER POPULAIRE
Replomber, v . a.
Plomber de n o u v e a u . E x . Replomber u n e dent.
Réponant, part. prés.
R é p o n d a n t . E x . Je suis réponant p o u r un tel q u i est à la
g ê n e dans le moment.
Répondre, v . n.
— Donner sa parole. E x . Je paierai m o n c o m p t e demain,
je v o u s en réponds.
— Offrir sa marchandise à un c h a l a n d . E x . C o m m i s , ré-
ponds donc à M a d a m e .
Réponé, part. pas.
R é p o n d u . E x . M a d a m e , v o u s a-t-on réponé? H é ! le com-
mis, là-bas, réponez à M a d a m e .
Réponses, n. f. pl.
Répons. E x . T u v a s servir la messe, mon enfant, sais-tu
tes réponses ?
Reposade, n. f.
S e d i t des c h e v a u x q u i montent u n e côte, en traînant un
lourd fardeau, et sont obligés d e s e reposer. (Taché,
For. et Voy.)
Repose, n. f. — Repos.
Reposer, v . a.
Poser de nouveau. E x . Je retourne c h e z B e a u d r y pour
faire reposer mon portrait.
Répousse, n. f . — B o u r r a s q u e .
Repoussis, n. m. pl.
Ecrues, bois récemment poussés d a n s des terres labourables.
Repoussoir, n. m. — T i g e q u i repousse s u r un arbre abattu.
Repousson, n. m . - — P o u s s e .
Reprenable, adj.
— Q u i p e u t être repris.
— Répréhensible,. b l â m a b l e .
Reprendre, v . a.
Reprendre du poil de la bête, retourner à ses habitudes.
Reprendre (se), v. p r o n .
Prendre sa revanche. E x . T u t ' e s fait battre, mon gail-
lard ; e h bien ! tu te reprendras p l u s tard.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 569
Reprêter, v . a. — P r ê t e r de n o u v e a u .
* Reprint, (m. a.) — Réimpression.
Reprisable, adj.
Q u i p e u t être r e p r i s é . E x . U n e étoffe qui n'est pas en-
sable, un b a s reprisable.
Reprocher, v. a.
S e dit de certains aliments qui causent des renvois. E x .
L ' o i g n o n m e reproche souvent. Je ne m a n g e pas d'ali-
m e n t s a p p r ê t é s à l ' a i l , parce que ça me reproche à chaque
fois.
République, n. f.
Vivre en rêpubliqïie, se dit des familles dont les membres
semblent v i v r e indépendants les uns des autres, vont et
v i e n n e n t , n e se réunissent q u ' à l'heure des repas, et se
parlent le m o i n s possible.
Requemandation, n. f. — Recommandation.
Requemander, v . a. — Recommander.
Requemencer, v . a. — Recommencer.
Requien=ben, l o c .
F e r m e t é , sang-froid. E x . J'ai pas mal de requien-ben, sans
cela, j e me s e r a i s f â c h é dur comme fer.
Requiendre, v . a. — Retenir.
Requinquer (se), v . pron.
R e v e n i r à la s a n t é , rétablir sa fortune.
Requis, a d j .
Chose de requise, r e c h e r c h é e .
Réquisition, n. f.
R e q u ê t e , d e m a n d e . E x . Je désire avoir une place à l a
C h a m b r e , ce serait m i e u x d ' a v o i r une réquisition.
Requitter, v . a. — Q u i t t e r de n o u v e a u .
Resaler, v . a . — S a l e r d e n o u v e a u .
Réserve, loc.
A l a r é s e r v e . E x . M o n chien, réserve le baptême, a beau-
coup d'intelligence.
Réserve, n . f.
E t e n d u e de t e r r e r é s e r v é e a u x sauvages. E x . L a réserve
des H u r o n s à l a Jeune-Lorette.
57° LE PARLER POPULAIRE
Réservé, part.
Billet de siège réservé, billet de location.
Résidence, n. f.
Domicile. E x . M-a résidence est au n u m é r o 29, rue C o u i l l a r d ,
à Québec.
* Résident, e, n . f. — Q u i habite, réside, résidant. (Angl. )
Résolu, e, a d j .
Gros et g r a s . E x . C e t enfant est résolu, il doit avoir bonne
santé.
Resonger, v . n. — S o n g e r de n o u v e a u .
Résolution, n. f.
Projet de loi soumis à la C h a m b r e . E x . L,a C h a m b r e a
déjà v o t é c i n q ou s i x résolutions.
Resortir, v . n. — Sortir de nouveau.
Resoudure, 11. f . — S o u d u r e .
Résous, part. p a s .
Décidé. E x . Je suis bien résous, cette fois, j ' i r a i j u s q u ' a u
bout.
Respec (sous vot'). — S a u f le respect q u e j e v o u s dois.
Respir, n. m.
Respiration. E x . Arrêtons-nous ici, cette course m e coupe
le respir. Marot a e m p l o y é respir pour signifier souffle.
Respirer, v. a.
Attendre, différer. E x . Pourquoi e x i g e r q u e je te paie tout
de suite? donne-moi toujours le t e m p s de respirer.
Responsabilité, n. f . — S o l v a b i l i t é .
Responsable, a d j . — S o l v a b l e .
Resse, n. f. — Reste.
Ressorer, v . a. — Essorer.
Ressort, n. m .
— Maléfice. E x . Jeter u n ressort.
— Casser le grand ressort, se d é c o u r a g e r .
Ressource, n. f. — Source.
Ressoudre, v . n .
— Se tirer d'embarras. E x . C e m a r c h a n d a u n e grosse
machine s u r les bras, mais i l en ressoudra.
— Rebondir. E x . T a pelotte ressoui-éllz bien ?
DES CANADIENS-FRANÇAIS 571
Rogne, n. f.
— Canaille, vaurien, trompeur.
— Une rogne à patente, u n voyou.
Rognon, n. m .
Rein. E x . Docteur, je crois que j ' a i une maladie de rognons.
Rognon de castor, n. m .
Matière onctueuse et odorante contenue dans de grosses
vésicules que les castors ont près de l'anus. Antispasmo-
dique de peu de valeur.
Rognon=de=coq, n. m . — Streptope rose.
Rognon de peau, n. m . — Oreillon d e peau, rognure de peau.
Rognonner, v. n. — M u r m u r e r entre les dents.
Rois (les), n. m. pl.
Le jour des Rois. E x . Nous irons nous promener a u x
Rois.
Rôlle, n . m.
— Un rôlle de tabac, tabac roulé en carotte.
— G â t e a u a u beurre, sans sucre.
* Rolly-polly, rôlê-pôlé, (m. a . ) — G â t e a u roulé, railroad.
Romaine, n. f . — B a l a n c e à ressort, dynamomètre.
Roman, n. m .
Mystère. E x . Il y a u n roman e n t r e e u x , vous savez cela ?
Romanesque, adj.
Romantique. E x . U n point de v u e romanesque.
Ronce, n. f. — Mûre s a u v a g e .
Rond, e, a d j .
— S u r le chemin de l'ivresse.. E x . Celui-là me paraît rond.
— Aquilin. E x . U n nez rond.
Rond de course, n. m . — Hippodrome.
Ronde, n. f.
Rouelle. E x . Dites a u boucher de prendre mon steak dans
la ronde.
Rond à patiner, n. m.
Patinoir. Autrefois, ce q u e nous appelons aujourd'hui pati-
noir, avait une forme arrondie.
Rond de chien ( e n ) .
— E n rond, comme le chien. E x . Secoucher en rond dechien.
5 8o LE PARLER POPULAIRE
Rousselure, n. f . — R o u s s e u r .
Roussi. — V . F e u des R o u s s i .
Roustaud, n. m . — R u s t a u d .
Rouster, v. — M a l m e n e r .
Route, n . f. — Cheval de route, de v o y a g e .
Router, v . n . — A l l e r son train.
Routeur, n. m. — C h e v a l de route.
Routi, n. m. — R.ôti.
Routir, v . a. — R ô t i r .
* Rover, rôveur, (m. a.)
Corsaire, au j e u de croquet. L e joueur qui a fini le pre-
mier, emploie ses c o u p s à aider son partenaire, en roquant
ou croquant ses adversaires, de façon à les retarder. C'est
ce qui s'appelle être corsaire ou rover.
Royalement, a d v .
T r è s , b e a u c o u p . E x . C e t être-là est royalement bête.
R'source, n. f. — S o u r c e , ressource. E x . De l'eau de r'source.
R'ssouvint, par. pass.
R e s s o u v e n u . E x . Je m'en suis r'souvint.
R'suer, v . a.
S u e r . E x . D u r a n t les chaleurs, j e ne cesse pas de r'suer.
R'suinter, v . n. — S u i n t e r .
R'sumeler, v . a . — S e m e l e r de n o u v e a u .
R'tige, n. f. — T i g e s . E x . Couper les r*tiges d ' u n e plaate.
R'tiger, v . n. — P o u s s e r des t i g e s .
Rubandelle, n. f.
Petite bande d ' u n tissu quelconque, de papier, sôus forme
de ruban. E x . Tailler des rubandelles de papier avec des
ciseaux.
Rude, a d j . — - F o r t , v i g o u r e u x . E x . C'est un rude individu.
Rudement, a d v .
T r è s . E x . C e t t e soupe a u x huîtres est rudement bonne.
Ruelle, n. f . — R o u e l l e .
Ruer, v . a.
— R e g i m b e r . E x . I l v a ruer, c'est sûr, si tu lui demandes
ce service.
— Ruer dans les timons, regimber.
LB PARLER POPULAIRE
584
Sable, n. m .
— L'homme au sable va passer, l'heure du sommeil arrive.
— Avoir du sable dans les yeux, s'endormir.
Sablier, n. m . — S a b l i è r e , ferme.
Sabot de la Vierge, n . m . — C y r i p è d e acaule.
Sabotage, n. m.
C a h o t a g e , oscillation produite par le mouvement d ' u n e voi-
ture mal suspendue.
Saboter, v . a.
Cahoter, se faire secouer dans une voiture mal suspendue,
ou d a n s des c h e m i n s raboteux.
Saboteux, euse, a d j .
C a h o t e u x . E x . I,es chemins d ' a u t o m n e sont très saboteux,
surtout après les gelées.
Sabrer, v . a. — B a t t r e .
Sac, n. m .
— E s t o m a c . E x . J'ai un bon dîner dans le sac.
— M u s e t t e , sac q u ' o n suspend à la tête du cheval pour lui
servir d e m a n g e o i r e .
— Avoir le sac plein, être ivre.
— Vider son sac, dire tout ce que l'on sait.
— Voir le fond du sac, v o i r ce qui en retourne.
— L'affaire est dans le sac, conclue.
— Avoir dans son sac, posséder.
— N'avoir rien dans le sac, être â jeun.
— En avoir plein son sac de quelqu'un, être d é g o û t é .
Sac à feu, n . m . — S a c contenant tabac, pipe, batte-feu.
586 LE PARLEE POPULAIRE
Sac à flaubage, n. m.
Sac à tout mettre. E x . O ù vas-tu, ce matin, avec ton sac à
flaubage f
Sac à papier ! — Juron familier.
Sac à punaises, n. m. — V . Punaise.
Sac à tabac, n. m. — B l a g u e .
Sac à vin, n. m. — I v r o g n e .
Saccacoumi, n. m.
Raisin d'ours, uva ursi, plante que fumaient autrefois nos
sauvages, faute de tabac. O n entend s o u v e n t dire sacca-
comi.
Saccage, n. m.
Grande quantité. E x . Y a-t-il encore b e a u c o u p de pom-
mes dans le verger ? — O u i , un saccage, il y en a pour les
fous et les sages.
* Sackcoat, côte, (m. a.) — Paletot s a c .
Sacrable, adj.
Détestable. E x . U n sacrable d'enfant, u n sacrable de fou,
une sacrable de bête.
Sacrant, adj.
F â c h e u x , e n n u y e u x . E x . E n c o r e u n e m a u v a i s e affaire,
c'est-y pas sacrant f
Sacre, n. n.
— Diable. E x . V e u x - t u ben aller au sacre.
— Avoir le sacre au corps, l e diable.
— Etre en sacre, en fureur.
— Un temps du sacre, très m a u v a i s .
— Lâcher des sacres, sacrer.
— Il y a du sacre là-dedans, du diable.
— Il y en avait un sacre, u n e grande quantité.
— C'est bon comme le sacre, très bon.
Sacrement, adv.
Très, beaucoup. E x . L e temps est sacrement beau, aujour-
d'hui.
Sacré, e, adj.
— F l a m b é , ruiné, perdu de réputation. E x . C ' e s t un
homme sacré.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 587
Sainte Accroupie, n. f.
F e m m e qui fréquente beaucoup les églises, ou qui a l'habi-
tude de s'asseoir sur ses talons.
Sainte Bénite !
Invocation t r è s usitée, comme nous disons : Mon Dieu !
Sainte Espérance, n. f.
Patronne des e m p l o y é s publics, la veille du j o u r où ils reçoi-
v e n t leur traitement mensuel.
Sainte Nitouche, n. f.
Personne qui affecte des airs d'innocence.
Sainte Touche, n. f.
Patronne bien-aimée des ouvriers et des employés publics, l e
j o u r de la paye, alors qu'ils touchent ou sont censés toucher
leur salaire.
Sainte vie.
E m p l o y é pour affirmer ses dires. E x . Jamais de sa sainte
vie, il n ' a dit la v é r i t é .
Saintuaire, n. m . — S a n c t u a i r e .
Saison, n. f.
— P i è c e de foin. E x . J'ai une saison à faucher, d'ici à la fin
de l a semaine.
— Une peau de saison, peau d'animal tué durant la saison d e
chasse.
Salaire, n. m.
— G a g e s . E x . L e salaire d'une servante.
— A p p o i n t e m e n t s , traitement. E x . L e salaire des employés
publics.
— S o l d e . E x . L e salaire des officiers.
— Honoraires. E x . L e salaire des juges.
— V a c a t i o n . E x . L e salaire des avocats.
— Pension. E x . L e salaire des fonctionnaires retirés.
— C o u r t a g e . E x . L e salaire des courtiers.
— L i s t e civile. E x . L e salaire du roi.
— F e u x . E x . L e salaire des acteurs.
Salange, n. m. — S e l marin.
Saler, v . a.
— Frapper la balle de manière à ce qu'elle r.e dépasse pas, à
590 LE PARI,BR POPULAIRE
* Sassepinte, n. f. ( A n g l . ) — Casserole.
Sâsser, v. a.
Cahoter, saboter. E x . As-tu jamais été en tombereau ? Si
tu v e u x te faire sâsser, vas-y.
Sâssure, n. f - — C e qui a été sassé, passé au sas. E x . Des
sâssures de charbon.
* Satchel, n. m., (m. a.)
Sac de cuir ou d'étoffe, valise, porte-manteau.
* Satine, n. f., (Angl.)
Satinette, étoffe de coton offrant l'aspect du satin.
Satinette, n. f. — Fiancée.
* Satisfaire, v. a.
Persuader, convaincre. E x . J e suis satisfait que le journal
de M. X . t'a rendu justice. (Angl.)
Satré, e, a d j . — S a c r é .
Sauce, n. f.
Temps d'arrêt. E x . S i tu veux m'en croire, nous arrête-
rons chez Lavallé, nous avons le temps de prendre une
petite sauce.
Saucée, n. f.
— L e fait de se faire mouiller par une forte averse.
— E e fait de plonger sa plume dans l'encre, ou son pain
dans la sauce.
* Saucepan, sâce-panne, (m. a.) — Casserole.
Saucer, v. a.
— Plonger. E x . Sauce ta plume dans l'encre.
— Tremper. E x . Saucer son pain dans un liquide avant
de le manger.
— Echanger une carte de son jeu avec la carte qui retourne,
au jeu de brisque.
Saucer (se), v. pron.
Se plonger. E x . Vas-tu te baigner? — Oui, je vais me
saucer bel et bien.
Saucette, n. f.
— Petite sauce, court temps d'arrêt.
— Trempette.
Saucier, n. m. — Saucière, pot à sauce.
38
594 LE PARLER POPULAIRE
Saucisse, n. f.
Ne pas attacher ses chiens avec de la saucisse, être économe de
son argent.
Sauditt —Juron équivalant à maudit.
Saufre, prép. — Sauf. E x . J e les ai tous pris, saufre deux.
Saule, n. m. — Saule blanc.
Sault, n. m.
Saut. E x . L,e sault Montmorency, la rue Sault-a.n-Matelot.
I,a lettre / est de trop.
Saut, n. m.
— Faire le saut, mourir.
— Faire le saut de la carpe, sauter très haut.
— Un saut de crapaud, fuir en sautant.
* Saut-morissette, n. m., (Angl.)
Corruption de l'anglais somerset, saut périlleux.
Sauter, v. a.
— Descendre. E x . Nous avons sauté les rapides de Eachine.
— Sauter à pieds-joints, sauter les jambes serrées l'une contre
l'autre.
Sautereau, n. m.
— Vison.
— Sauteux d'escalier. V . ce mot.
Sauterelle, n. f. — Criquet.
Sauteux d'escalier, n. m.
Nom injurieux donné par les habitants aux jeunes citadins
qui ne les insultaient que trop souvent dans les rues de
Québec. (De Gaspé, Mémoires.)
Sauvage, adj.
— Timide. E x . Mon enfant est sauvage, impossible de lui
arracher un mot devant le monde.
— Soulier sauvage, soulier non ressemelé.
— Botte sauvage, botte non ressemelée, avec jambes longues.
Sauvagine, n. f.
Venaison. E x . Donne-moi une tranche de sauvagine. (Cl.)
Sauver, v. a.
Epargner. E x . J ' a i sauvé cent piastres depuis deux mois.
Savane, n. f. — Mûre de savane. V . Mûre.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 595
Sciable, adj.
Qui peut être scié. E x . U n e b û c h e qui n'est pas sciable.
Sciant, e, adj.
E n n u y e u x , fatigant. E x . Il me faut aller au comité des
marchés tous les d e u x soirs, c'est scia?it.
Scie, n. f. — Personne e n n u y e u s e à l ' e x c è s .
Scie à raser, n. f . — S c i e à araser,
Scie-de-long, n. f.
Scie q u i sert à scier des billots en p l a n c h e s .
Scie ronde, n. f. — P e r s o n n e très e n n u y e u s e .
Scier, v . a.
— E n n u y e r . E x . E n v o i l à un qui me scie à cœur de jour.
— Railler. E x . Je v a i s le scier, tu v a s rire.
— Scier le dos, ennuyer b e a u c o u p .
Scieux, n. m. — S c i e u r .
* Scotch, (m. a.)
— W h i s k e y écossais.
— Hot scotch, un verre de w h i s k e y c h a u d .
— Scotch-reel, danse écossaise. V . Casserille.
* Scotch-cap, (m. a.) — Bonnet écossais.
* Scrap-book, (m. a.)
A l b u m à collection, à découpures de j o u r n a u x .
* Scrape, scrêpe, (m. a . ) — D i f f i c u l t é , guêpier, chicane.
* Scraper, scrêpeur, (m. a . ) — Grattoir.
* Scréper, v . a. ( A n g l . ) — Racler.
* Screw, scrou, (m. a.) — H é l i c e , v i s , é c r o u .
* Scrïp, (m. a.) — T i t r e s , valeurs, inscription.
Sé, adj. poss. p l .
— Ses. E x . Sé bottes, sé hardes, sé livres.
— S'est. E x . Il sé fait tort.
— Sept.
— S a i s . E x . Je le sé aussi bien q u e toi.
* Seal, die, ( m . a.)
Manteau en loup-marin, piqué et teint.
Sec, sèche, adj.
— Froid. Ex. E e temps est sec, ce matin.
— Etre à sec, n'avoir p l u s d'argent.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 597
Segrétaire, n. m . — Secrétaire.
Segrètement, a d v . — Secrètement.
Seigner, v . a. — S i g n e r .
Seigneurerie, n . f. — S e i g n e u r i e .
Seillon, n . m .
Sillon d ' u n c h a m p de b l é . Seillon et sillon sont rapportés
par C o t g r a v e .
Seine, n. f. — F i l e t pour retenir les c h e v e u x des femmes.
Seleratusse, n . m.
Poudre à p â t e à base de bicarbonate de soude. Corruption
de sal aeratus.
* Self made man, (m. a.)
Fils d e ses œ u v r e s , artisan de sa fortune.
Selon, c o n j .
C'est selon, c e l a dépend. E x . Peut-être q u e nous irons nous
promener, c'est selon. C'est selon comme tu en décideras.
Semaine, n. f.
La semaine des trois jeudis, trois jours après jamais, c'est-à-
dire j a m a i s .
Semaine (sur).
E n semaine, u n jour ouvrable. E x . Célébrer u n e messe sur
semaine.
Semblance, n . f.
— Ressemblance.
— Apparence.
Semblant, n. e t a d j .
— A mon semblant, à ce q u ' i l me paraît.
— Rien qu'un semblant, seulement pour dire.
Sembler, v . n .
— Ressembler. E x . Baptiste semble p l u s à son père qu'à
sa mère.
— Me semble, il me semble. E x . T u devrais v e n i r avec moi
à la p ê c h e , me semble.
Sémedi, n . m . — S a m e d i .
Semelle, n . f.
—• Semelle de bas, pied de bas.
— Semelle de botte, m a u v a i s bifteck, dur, trop c u i t .
DES CANADIENS-FRANÇAIS
599
Semences, n. f. pl.
Semailles. E x . Travailler a u x semences.
Sèment, à s'ment, adv.
Seulement. E x . Je ne l'ai sèment pas vu. Il ne m'a pas
s'ment regardé.
Semer, v. a. — Planter. E x . Semer des patates.
Séminariste (grand). — Ecclésiastique du grand séminaire.
Séminariste (petit). — Elève du petit séminaire.
Senellier, n. m.
A u b é p i n e ergot-de-coq. Appelé aussi culs-longs.
Sénificatif, ive, a d j . — Significatif.
Sénifier, v. a. — Signifier.
Senior, a d j . — P è r e . E x . Alexandre Taché, senior.
Senoreau, n. m. — Individu plus ou moins vil.
Sens, n. m.
— D'un sens, à u n certain point de vue. E x . Ceci peut
être vrai d'un sens, mais pas de l'autre.
— Avoir du bon sens, être raisonnable. E x . Ce que tu dis
là, c'a du bon sens, c'est plein de bon sens.
— Sans bon sens, beaucoup. E x . Boire sans bon sens.
Sensibilité* n. f.
Douleur. E x . J ' é p r o u v e beaucoup de sensibilités, depuis
que j ' a i reçu u n coup sur la jambe.
Sensible, n. et a d j .
— Côté sensible. E x . Si tu sais le prendre par son sensible,
tu réussiras avec lui.
— Point d o u l o u r e u x . E x . J ' a i des sensibles par tout le
corps.
— Qui supporte mal la douleur. E x . Cet enfant est sensible,
il pleure pour u n petit mal de rien.
Sensud'sous, loc.
S e n s dessus dessous. E x . N e mets pas tout sensud'sous.
Sentaine, n. f.
— Pli, endroit. E x . J ' a i perdu la sentaine de mon fil.
— Clef, explication. E x . Je n e sais plus où j ' e n suis, j ' a i
perdu la sentaine de cette affaire.
— Idée, mémoire. E x . Perdre la sentaine en vieillissant.
6oo LE PARLER POPULAIRE
Sent=bon, n. m. — Parfum.
* Sentence, n. f.
Recevoir sa sentence, entendre prononcer. (Angl.)
Senteux, euse, n. m. et f.
Fureteur, qui cherche â surprendre les secrets des autres.
Sentiment, n. m.
Odorat. E x . J'ai un gros rhume, j ' e n ai perdu le senti-
ment.
Sentir, v. a.
Endurer. E x . C'est un homme impossible, je ne puis plus
le sentir.
— Sentir mauvais, devenir grave.
— Ne pas sentir bon, même sens.
— Annoncer. Ex. Chez vous ont fait boucherie, ça sent les
noces. Les coqs chantent, ça sent le mauvais temps.
Sept, adj.
Sept ans et sept carêmes, longtemps. E x . Ça va être long,
j'en ai pour sept ans et sept carêmes. E n France, on dit
sept ans pour un carême ; en Anjou, sept ans et un carême.
Sépucre, n. m.—Sépulcre.
Sèque, adj. f.
Sèche. E x . De l'herbe sèque, de la terre sèque, de la morue
sèque. Baptiste Plourde demeure à la Pointe-Sèque.
Sercher, v. a. — Chercher.
Serein, n. m.
Sur le serein, sur le soir.
Sereine, n. f.
Sirène. Ex. Cette femme chante comme une sereine.
Sergent d'armes, n. m. — Massier.
Seringle, n. f. — Seringue.
Seringler, v. a. — Seringuer.
Sermenter, v. a. — Assermenter.
Seron, n. m . — U n homme peu intelligent.
Serper, v. a. — Couper avec une serpe.
-
Serre, n f.
Meuble pouvant servir à la fois de garde-robe et d'armoire à
linge.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 601
* Shoe-claque, chou, n. m. ( A n g l . )
C h a u s s u r e l é g è r e dont l a semelle est en caoutchouc, et dont
la forme est celle de l a claque. V . ce mot.
* Shop, chop, (m. a.)
— Boutique, atelier.
— Barber shop, boutique de barbier.
* Short, chort, ( m . a.)
Court d ' a r g e n t . E x . A u j o u r d ' h u i j e suis short, tu v i e n d r a s
me trouver demain.
* Short bread, chortbred, (m. a.) — B i s c u i t sec, très s u c r é .
* Shut up, chot opp, (m. a.) — T a i s e z - v o u s !
Si, adv.
— Si grand. E x . I l n ' a p a s si tort q u ' o n l e dit.
— Aussi. E x . Il ne fait pas si froid q u ' o n croit.
Si • • • comme, loc.
A u s s i que. E x . Il n ' e s t p a s si aimable comme son père.
Siau, n. m .
S e a u . E x . Il mouille à siaux depuis l e m a t i n .
* Side-board, saïde-bôrde, n. m . , (m. a . )
Garde-manger, armoire, buffet.
* Siding, saïding, n. f., ( m . a . ) — V o i e d ' é v i t e m e n t .
Siège, n. m.
— Mandat. E x . N o t r e membre a p e r d u , son siège à l a
Chambre. ( A n g l . )
— S i è g e de Québec. E x . L ' a n n é e d u siège. (1759).
Sièque, n. m .
Siècle. E x . V o i l à bientôt u n sïèque q u e j e t ' a i v u .
Si fait, loc.
O u i . E x . V o u s n ' a v e z pas m a n g é d e p u i s le m a t i n ? — S i
fait.
Siffle, n. m . — S i f f l e m e n t . E x . Je l ' a i fait v e n i r d ' u n s p .
Siffler, v. a.
— Boire. E x . Siffler u n verre de v i n .
— Souffler, au j e u de d a m e s .
— Dérober. E x . Il m ' a sifflé mon parapluie.
Sifflet, n. m .
Parole. E x . Je lui ai c o u p é le sifflet.
DKS CANADIENS-FRANÇAIS 605
Siffleux, euse, n. m. e t f .
— Personne s a n s parole, sans cœur.
— Pinson â g o r g e blanche.
S i l e m e n t , n. m .
R â l e , provenant des bronches. E x . J'ai des silements dans
la g o r g e .
Siler, v . n.
— Râler. E x . Ç a me sile dans l'estomac depuis mon rhume.
— T i n t e r . E x . L e s oreilles me silent.
— Siffler. E x . L a balle est venue siler à mes oreilles.
Silon, n. m. — Silon d'une batteuse, tambour batteur.
S i m p l e , n. m. et adj.
— E c h a n t i l l o n . ( A n g l . ) Sample.
— Simple comme bonjour, très simple, très facile â com-
prendre.
— Simple comme ses pieds, comme un bonnet de nuit, très
simple.
Sin, n. m . — S i g n e , tache naturelle sur la peau.
Sinature, n. f. — Signature.
Sinaux, n. m . pl. — S i g n a u x .
Sine, n. m. — S i g n e .
Siner, v . a . — S i g n e r . E x . Sais-tu siner ?
Singe botté, n. m . — Laid et méchant.
Singeard, e, a d j . — S i n g e u r , euse.
Singeresse, n. f. — F e m m e maniérée, mijaurée.
Singeux, a d j . — S i n g e u r .
* Sink, n. m., ( m . a.) — E v i e r . E x . Verse l ' e a u dans le sink.
Sirer, v . a.
R e c e v o i r des titres^honorifiques du roi d ' A n g l e t e r r e . E x .
L e maire de Q u é b e c a été siré à l'occasion du Tricente-
naire.
* Sirloin, seurloïn, n. f., (m. a . ) — S u r l o n g e .
Sirop, n. m .
— Sirop d'érable, sirop fabriqué avec la s è v e de l'érable.
— Sirop de mélasse, de canne à sucre.
Siroter, v. n.
— Pleurer à t o u t propos.
6o6 LE P A R L E R POPULAIRE
S'noreau.—-V. Senoreau.
* Snug, snog, (in. a. ) — Gentil, agréable, sûr en affaires.
Soc, n. m. — E c h i n é e . E x . U n de porc.
* Socket, n. m . , (m. a.) — E m b o î t u r e .
* Soda, n. m., (m. a.)
—- Eau de Seltz.
— Soda à pâte, carbonate de soude.
— Soda à laver, carbonate de potase.
— Soda-water, eau de soude.
Soé, n. f. — Soif.
Soie, n. f.
Personne intelligente et t r è s aimable. E x . Holà ! la soie !
viens ici q u e je te parle !
Soignable, adj.
Difficile à soigner. E x , Il y a des personnes qui ne sont
pas soignables.
Soigneux, euse, n. m. et f. — Charlatan, guérisseur.
Soin, n. m.
Ne pas y avoir de soin, ne pas être inquiet. E x . Y a pas de
soin, t u sais, tu p e u x te servir d e m o n nom a u p r è s du
ministre.
Soir, n. f.
— Hier soir, Mer a u soir.
— A soir, ce soir, à ce soir.
Solage, n. m.
Fondation. E x . Construire des solages, p a r l e temps qui
court, ça coûte cher.
Soldart, n . m. — Soldat. Soldor se disait jadis.
* Sole, sole, ( m . a.) — Double sole, d o u b l e semelle.
Soleil, n. m.
— H é l i a n t h e annuelle dont la g r a i n e fournit u n e huile
comestible.
— Entre les deux soleils, e n t r e le lever et le coucher d u soleil.
Solide, adj.
Massif. E x . T o u t e s mes argenteries sont en argent solide.
Solider, v . a.
Solidifier, consolider. E x . Ce mur a besoin d'être solide.
D£S CANADIENS-FRANÇAIS 609
Sorieux, adj.
Sérieux. E x . Est-ce bien sorieux, ce que tu dis-là ?
Sort, n. m.
— Sorcier, diable. E x . Il y a du sort là-dedans.
— Malheur, mauvaise chance. E x . Un homme qui jette
des sorts.
Sortable, adj.
Possibilité de sortir. E x . Il fait un temps de chien, ce n'est
pas sortable.
Sortant de, loc.
— Immédiatement après. E x . J e partirai sortant de souper.
— En sortant. E x . Nous partirons sortant de table.
Sorte, n. f.
Faire en sorte, tâcher. E x . Fais en sorte de l'amener avec
toi.
Sorteux, euse, adj.
Qui sort souvent. E x . Moi, j e ne suis pas sorteux, j'aime
la tranquillité.
Sortie, n. f.
Discours inconsidéré. E x . Ne fais plus de sorties comme
ça, tu te fais tort.
Sortir, v. n.
— Publier. E x . I / a m i Romain va sortir un journal, la
semaine qui vient.
— Aller en soirée. E x . J e ne sortirai pas, cet hiver, ça
m'ennuie.
— S'affubler, mettre. E x . J e vais sortir mon castor, voilà
le printemps.
— Laisser sortir. E x . Sortez-vous les livres de la biblio-
thèque du parlement?—Non, mais nous les laissons sortir.
— Venir de. E x . Veux-tu un verre de vin ? — Merci, j e sors
d'en prendre. Il sort de sortir.
— Faire sortir. E x . Sortons nos chevaux de l'écurie.
— Cancer, émaner. E x . Sortir une lettre.
— Sortir les pieds devant, être porté au tombeau.
— Il n'y a pas à sortir de là, il est certain.
Sottereau, n. m . — P e t i t sot.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 6ll
Soûl, a d j .
— Soûl mort-ivre, profondément ivre.
— Soûl comme dans les bonnes années, m ê m e sens.
— Manger à son chien de. soûl, manger beaucoup.
Soulade, n. f.
Action de se soûler. E x . Je te dis q u ' a u dîner d ' h i e r soir,
chez les L,atreille, c'a été une soulade en r è g l e .
Soulager, v . a.
Voler l'argent d'un autre. E x . P e n d a n t q u e je dormais, on
m'a soulagé des cinq piastres que j ' a v a i s dans mon porte-
monnaie.
Soûlerie, n. f. — V . Soulade.
Souleur, n. f.
Frayeur subite. Ce mot se disait autrefois pour solitude.
R. Belleau.
Soulever, v . a.
— Soulever le cassotte, réprimander.
— Soulever le train, m ê m e sens.
Soulier, n. m.
— Souliers de bœuf, bottes s a u v a g e s .
— Souliers mous, souliers fabriqués p a r les sauvages avec de
la peau de caribou ou d'orignal.
— Souliers à l'iroçuoise, bottes s a u v a g e s a y a n t la forme de
souliers mous.
Soûlon, n. m. — Soulard, i v r o g n e .
Soûlot, n. ni. — Soulard.
Soupanne, n. f. — B o u i l l i e de blé d'Inde.
Soupe, n. f.
— Soupe au lait, individu qui s'emporte facilement et se
calme aussi v i t e .
— Soupe à Vivrogne, soupe à l'oignon.
— Manger la soupe chaude, se faire v e r t e m e n t réprimander.
Soupirau, n. m. — Soupirail.
Souple, adj.
Moite, l é g è r e m e n t humide.. E x . L,e temps est souple.
Souplir, v . a . — A s s o u p l i r .
Soupoudrer, v . a . — S a u p o u d r e r .
DES CANADIENS-FRANÇAIS 613
Souquer, v . a . — V . C h o u l e r .
Souqu'ser, v . a . — V . C h o u l e r .
Sour, p r é p .
Sous. E x . Castor, marche sour la table.
Souraîn, n. m. — U n p e u sourd.
Souranner, v . a . — S u r a n n e r . E x . U n porc souranné.
Sourceux, a d j . — R e m p l i de sources. E x . Un terrain sourceux.
Sourd, n. et adj.
1
Une personne sourde d'une oreille et qui ri entend pas de V autre,
un sourd complet.
Sourd et muet, n. m . — S o u r d - m u e t .
Souricière, n . f.
Fente pratiquée sur l e devant du pantalon d'homme.
Souris=chaude, n. f.
C h a u v e souris. E a Fontaine a dit souris-chauve. A B a y e u x ,
on dit souris-gangue. E n A n j o u , souris-chaude, comme
en C a n a d a .
Sourlendemain, n. m . — S u r l e n d e m a i n .
Sourlinguer, v. a.
— F r a p p e r avec des cordes.
— Sourlinguer le cassotte, morigéner.
Sourouet, n . m. — S o r o u e t , sud-ouest.
Sous, prép.
— E n . E x . Je prendrai cette affaire sous considération.
(Augl.)
— Sauf. E x . Sous votre respect, Monsieur.
— D a n s . E x . Sous les circonstances, j e dois dire oui. ( A n g l . )
— E n v e r t u de. E x . Sous l'opération de cette loi. ( A n g l . )
— Sotis un jour d'avis, à un jour d ' a v i s . ( A n g l . ) .
Sous (par), loc. p r é p .
Sous. E x . Je l u i ai donné un coup de fouet par sous le
ventre.
Sous-main (en), loc. a d v .
Par d e s m o y e n s secrets, détournés.
Sous=veste, n. f. — V ê t e m e n t de dessous, espèce de veste.
Sous=vêtements, n. m . p l .
V ê t e m e n t s de dessous, froc, caleçon.
614 LE P A R L E R POPULAIRE
Soutenir, v . a.
Soutenir la vue de quelque chose, p o u v o i r regarder q u e l q u e
chose.
Soutiendre, v. a. — Soutenir.
S o u t i n t , part. pass.
S o u t e n u . E x . Cet orateur ne s'est p a s soutint j u s q u ' à l a
fin de son discours.
S o u v e n t , adv. — Ne pas venir souvent, tarder à venir.
Souventefois, loc. adv. — S o u v e n t . V i e i l l i , m a i s encore usité.
S o u v i n t , part. pass.
S o u v e n u . E x . Je m ' e n suis souvint, c o m m e si c'était d'hier.
S o u y e r , n. m . — S o u l i e r .
* Span, span, n. m. et f., (m. a.)
— Paire de c h e v a u x , travée, arche de pont.
— G r o u p e de d e u x personnes.
S p a s ? — N ' e s t - c e pas? E x . V o u s viendrez, spasf
* Spécification, n. f . , — D e v i s . ( A n g l )
Spéciau, adj.
T r a i n spécial. E x . Je vais prendre le spéciau qui part à
cinq heures tous les soirs pour R i m o u s k i .
* Spéculation, n. f. (m. a.)
E x a g é r a t i o n . (De G a s p é , Anciens Canadiens, p. 267.)
* Speech, n. m . , (m. a.)
D i s c o u r s quelconque, harangue, remontrance. E x . Notre
professeur nous a fait un grand speech ce matin eu classe.
* Speecher, v. a. ( A n g l . )
D i s c o u r i r , haranguer. E x . E e directeur nous a speechês, hier
soir, à propos de chatterie.
* Speecheur, n. m. ( A n g l . ) — Q u i fait un speech.
* Speed, n. f. (m. a.) — Fullspeed. V . Full.
* Spencer, spenceur, n. m . , (m. a.) — C o r s a g e sans j u p e .
* Spère (de). (Angl.)
D e reste, d e trop. E x . N ' a u r a i s - t u pas une couple d e
piastres de spire ?
* Spinner, neur, n. m., ( m . a . ) — O u v r i e r dans les filatures.
* Spoke-shave, spôke-chéve, n. m., ( m . a.)
P l a n e allemande, outil de menuisier.
DES CANADIENS-FRANÇAIS
* Stèke, n. m . — M o y e n , e x p é d i e n t . V . Estèke.
* Step, n. m . , ( m . a . ) — S a u t .
* Stew, stiou, n . f. (m. a.)
Ragoût, g i b e l o t t e , matelote, é t u v é e .
* Steward, n . m . , ( m . a.)
Maître d ' h ô t e l , c o m m i s a u x v i v r e s .
* Stewardess, u . f., (m. a . ) — F e m m e de chambre.
* Stick, n. m . , ( m , . ) a
— Canne, b â t o n .
— Composteur.
* Stiff, a d j . , ( m . a . ) — Raide, inflexible, opiniâtre.
* Stimer, v . a . ( A n g l . )
Passer à la v a p e u r . E x . N o u s a v o n s fait stimer n o t r e l i n g e .
* Stimuleux, a d j . m. — S t i m u l a n t .
* Stock, n. m . , ( m . a.)
— Faux col. E x . M o n v i e u x , v a à la g r a n d ' m e s s e , et
n 'oublie p a s d e mettre ton stock.
— A c t i o n d e bourse. E x . J e s p é c u l e sur les stocks de
bourse.
* Stocker, v . a . ( A n g l . )
Assortir. E x . N o u s v e n o n s d ' o u v r i r u n m a g a s i n , nous
sommes b i e n stockés.
* Stopper, v . a . ( A n g l . )
Arrêter. E x . Stoppe, l ' a m i , tu vois bien que ton c h e v a l est
tout d é t e l é .
* Stoppeur, n . m . ( A l i g l . )
Bouchon. E x . S i tu ne te fermes pas le bec, j e v a i s te
mettre u n b o n stoppeur.
* Store, n. m . , ( m . a.)
— Magasin, b o u t i q u e .
— Back-store, arrière-boutique.
* Strappe, n ^ | . ( A n g l . )
Lanière, n y r t i t o n n i è r e , tirant, cordon, attache, cuir à rasoir,
oreille d e s o u l i e r , sous-pieds, courroie de transmission.
E x . D e m o n temps, à l ' é c o l e , l e maître j o u a i t de la
strappe.
* Strapper, v . a . ( A n g l . ) — M e t t r e u n e strappe.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 617
Sucres, n. m. pl.
— Le temps des sucres, la saison propre à la fabrication du
sucre.
— Aller aux sucres, prendre part à un parti de tire.
— Travailler aux sucres, travailler à sa fabrication.
Sucrier, n. m. —Fabricant de sucre d'érable.
Suée, n. f.
Corvée. E x . Je viens de prendre une dure suée à travailler
au delà de mes forces. Dans le Perche, le mot sucée se dit
pour suée.
Suer, v. a.
Essuyer. E x . Quand j'étais jeune, tous mes frères et sœurs
ont sué la picote.
Suerie, n. f. — Bain chaud suivi de transpiration.
Suète, n. f.
Suède, petit bois entre les paroisses de Sainte-Foy et de
l'Ancienne Eorette, traversé par un chemin dit route de la
Suète, parce que la terre y est toujours humide.
Suggérer, v. a. — Proposer, conseiller. Ex. On m'a suggéré
de m'adresser au docteur D.
Suggestion, n. f.
Conseil, proposition. E x . C'est à ma suggestion qu'il a fait
cela.
Suggestion ne s'emploie qu'en mauvaise part, comme dans
l'exemple suivant : Ne vous laissez pas influencer par les
suggestions du démon.
Suif, n. m.
Suif de chandelle, graisse dont ou fait la chandelle.
Suiffé, e, a d j . — Soigné.
Suillîer, u. m.—Soulier.
Suir, v. a.
Suivre. E x . Nous l'avons fait suir par la police.
Suisse, n. m. — Tamias rayé.
Suisse barré, n. m.
Collégien dont la capote est en drap bleu avec nervures
blanches.
* Suit, sioute, n. m., (m. a.) — Habillement complet.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 619
Suivant, prép.
Selon. E x . C ' e s t suivant ce qu'il m e dira q u e j ' a g i r a i .
Suivez-moi, n. m .
I^ong ruban de soie ou de velours attaché a u cou avec de
l o n g s pendants en arrière, dans l a toilette féminine.
Sujet, n, m.
C a d a v r e . E x . A u r e z - v o u s bientôt d e s sujets pour disséquer ?
* Sulky, solkê, n. m., (m. a.)
V o i t u r e légère à d e u x roues, qui sert a u x courses de
chevaux.
Sumeler, v. a. — Ressemeler. Sumeler se disait jadis.
Sumelle, n. f.
Semelle. E x . Je ne reculerai pas d ' u n e sumelle, c'est-à-dire
j e demeurerai ferme. Sumelle est d a n s C o t g r a v e .
Sumences, n. f. p l . — S e m e n c e s , s e m a i l l e s .
Sumer, v . a . — S e m e r .
* Sundries, sonn'dréze, (m. a.)
Diverses choses, divers, faux frais.
* Sundry, sonn'dré, (m. a.) — D i v e r s .
Suparbe, adj.
S u p e r b e . E x . Cré-iu qu'il fait b e a u ! — O u i , un temps
suparbe.
Supartitieux, euse, a d j . — S u p e r s t i t i e u x , e u s e .
Supartition, n. f. — Superstition.
Supéna, n. m . — V . Subpœna.
Supertitieux, euse, a d j . — S u p e r s t i t i e u x .
Supertition, n. f . — S u p e r s t i t i o n .
Supeser, v. a . — S o u p e s e r .
Support, n. m. — Partisan.
Supporter, v . a.
— S u b v e n i r a u x dépenses.
— A p p u y e r l e son influence. E x . J e m e présente pour les
élections, v a s - t u m e supporter ?
Supposé, n. m. — Un supposé que, en s u p p o s a n t que.
Sur, p r é p .
— D a n s . E x . J'ai lu surle journal d u s o i r ; je demeure sur
la rue du R o i .
620 l,t PARLER POPULAIRE
Suspec, a d j .
S u s p e c t . E x . C ' e s t u n g a s qui est m a l suspec, il faudra l e
surveiller de près.
Sustance, n. f . — S u b s t a n c e .
Suvenir, v . a. — S u b v e n i r .
* Sweater, souiteur, n . m., (m. a.)
G i l e t en laine tricotée, porté p a r les petits garçons.
* Sweep, souipe, n . f., ( m . a.)
Faire une clean sweep, faire table rase.
* Sweepeur, n. m . ( A n g l . ) — B a l a y e u s e .
* Sweet=briar, n . m . , ( m . a . ) — E g l a n t i e r odorant.
* Sweet=heart, n . m . et f., (m. a . ) — A m o u r e u x , amoureuse.
* Swell, n . et a d j . , (m. a.)
F a s h i o n a b l e , é l é g a m m e n t m i s . E x . Comme t u es swell, ce
m a t i n , vas-tu a u x noces ?
* Switch, n. f., (m. a.) — A i g u i l l e s de chemin de fer.
* Switcher, v . a. ( A n g l . ) — A i g u i l l e r .
* Switchman, n . m . , (m. a . ) — A i g u i l l e u r .
Sycomore, n. m . — E r a b l e sycomore.
Système, n. m .
— C o n s t i t u t i o n . E x . U n e maladie comme celle-là pourrait
bien l u i affecter le système.
— I d é e . E x . Rafraîchir le système.
— Institution. E x . N o u s a v o n s dans la province le système
de j u r y .
622 LE PARLER POPULAIRE
Tabac du diable, n. m.
Jusqiiiame noire. Dans le c o m t é de K a m o u r a s k a , on dit d u
tabac-diable.
* Tabaconiste, n. m. ( A n g l . )
Marchand d e tabac. U n de nos plus d é t e s t a b l e s a n g l i c i s m e s .
Tabagan, n. f . — V . T o b o g a n .
Tabaquière, n. f. — T a b a t i è r e .
Tabaquiérée, n. f. — L e c o n t e n u d ' u n e t a b a t i è r e .
Tabatière, n. f.
— Petite boîte en métal o ù l ' o n met le t a b a c à fumer.
— Porter la tabatière, priser d u tabac.
Tabélier, n. m . — T a b l i e r .
Tabilier, n. m . — T a b l i e r .
Table, n. f.
— Oter la table, enlever les p l a t s .
— Défaire la table, m ê m e sens.
* Table du temps, n. f. ( A n g l . )
Indicateur, brochure ou feuille imprimée q u i sert de g u i d e sur
les chemins de fer. T r a d u c t i o n de l ' a n g l a i s time-table.
Table tournante, n. f.
Plaque tournante. T e r m e de chemin d e fer.
Table (petite), n. f.
— Console, table de salon.
— Guéridon, table ronde à pied central u n i q u e .
Tablée, n. f.
— E n s e m b l e de personnes q u i p r e n n e n t u n repas à l a m ê m e
table.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 623
Talet, n. rn.
Tolet, fiche en bois ou en fer, fixée d a n s le plat-bord, et qui
sert à recevoir l ' e r s e a u d ' u n aviron.
T'à l'heure, a d v . — T o u t à l'heure.
* Talk, tâke, n. f., (m. a.)
Conversation, causerie. E x . A v o i r u n e talk avec un ami.
Talle, n. f.
A m a s , certaine quantité. E x . U n e talle de bluets, de
fraises, de framboises.
Talon, n. m .
— Avoir l'estomac dans les talons, a v o i r g r a n d e faim.
— Montrer les talons, porter des bas p e r c é s a u x talons.
Talonnière, n. f. — T a l o n de bas.
Tamarac, n. m.
Mélèze d ' A m é r i q u e . N o u s l ' a p p e l o n s encore êpinette rouge.
Tambour, n. m .
— Petite construction en bois qui sert d ' a b r i avant d'entrer
dans les maisons.
— Mener tambour battant, nùche allumée, m e n e r r u d e m e n t .
— Tambour basque, t a m b o u r de basque.
Tambouret, n. m . — T a b o u r e t .
Tambourinage, n. m. — A c t i o n de battre.
Tambourine, n. f. — T a m b o u r de b a s q u e .
Tambouriner, v. a. — B a t t r e .
* Tam-O'Shanter, (m. a.) — C a l o t t e ronde, sorte de b é r e t .
Tamponne, n. f. — Grosse f e m m e .
* Tandem, n. m . , ( m . a.) — A t t e l a g e e n flèche.
Tandis, a d v . — Tandis ce temps-là, pendant c e temps-là.
* Tank, n. f., (m. a.)
Réservoir, espèce de c u v e carrée ou ronde pour g a r d e r d e
l'eau en réserve. E x . L,es tanks à l ' u s a g e des locomotives,
le l o n g des v o i e s ferrées.
Tannant, n . et a d j .
E n n u y e u x , importun. E x . U u h o m m e tannant, u n e affaire
tannante.
Tanne (à la), loc.
Sans relâche. E x . Je l ' a i averti à la tanne, rien n ' y fait.
DSS CANADIENS-FRANÇAIS 625
Taper, v . a.
— Taper dans le tas, p r e n d r e au hasard.
— Taper dans la main, a v o i r la m ê m e i d é e .
— Taper dans les yeux, plaire, éblouir.
— Taper là, l'affaire est r é g l é e .
— Taper de V œil, dormir.
— Taper sur le nez, confondre.
Tapin, n. m . — Coup de l a m a i n . (De G a s p é , Mémoires.)
Tapis, n. m .
— Tapis de piano, c o u v e r t u r e de p i a n o .
— Tapis de moquette, en moquette.
— Tapis de tapisserie. (Angl.) V i e n t de l'anglais tapestry.
Tapisserie, n. f.
Papier de couleur c o u v e r t de dessins v a r i é s , que l e tapisseur
pose sur les murs et l e s plafonds des p i è c e s d ' u n e maison.
Tapisseur, n. m . — T a p i s s i e r , qui pose l a tapisserie.
Tapocher, v. a. — T a p e r en b o u s c u l a n t .
Tapon, n. m .
Paquet. E x . U n tapon de laine, u n tapon d e g u e n i l l e s .
Taponer, v . a.
— Prendre dans ses m a i n s u n e chose p o u r la mettre en tapons.
E x . Taponer du mastic.
— Mettre en paquet d u l i n g e sans a u c u n soin. E x . Taponer
une robe, u n e chemise, p o u r la m e t t r e dans u n tiroir de
commode.
* Tap-room, —roume, ( m . a.)
Estaminet, buvette de b a s é t a g e .
Taque, n. f . — V . T a g u e .
Taquinard, n . m . — T a q u i n .
Taquineux, euse, n. m . e t f . — T a q u i n , q u i aime à taquiner.
Tarabusquer, v . a . — T a r a b u s t e r , f a t i g u e r , i m p o r t u n e r .
Tard, a d v .
— P a s tard, d e bonne h e u r e . E x . N o u s irons v e i l l e r chez
vous ce soir, mais attendez-nous pas tard.
— Sur le lard, dans l a soirée, un p e u tard. E x . T u viens
un p e u sur le tard, d i x minutes p l u s tôt, t u aurais rencon-
tré notre ami des E t a t s .
DES CANADIENS-FRANÇAIS 627
Tarder, v . n.
— Ne tarder que Vheure, être sur le point de. E x . Il n e
tarde que Vheure d'arriver.
•— Tarder Theure, m ê m e sens.
Tarèse, n. f. — V . T h é r è s e .
Targetter, v. a. — Pousser la targette d'une croisée.
Tarteau, n. m. — P e t i t e tarte a u x pommes.
Tartine, n. f.
A r t i c l e de j o u r n a l . E x . U n journaliste qui sert des tarti-
nes à ses l e c t e u r s ,
Taruelle, n. f. — T r u e l l e .
Tas, n. m .
T a l o n , a u j e u d e cartes. E x . P i g e dans le tas, ramasse le
tas et brasse les cartes.
Tasque, n. f. — T a x e .
Tasquer, v . a. — T a x e r .
Tasqueux, n. m . — T a x e u x .
Tassage, n. m. — A c t i o n de tasser. E x . L e tassage du foin
Tasse, n. f.
— La grande tasse, la mer.
— Boire à la grande tasse, se noyer.
Tassée, n. f.
C o n t e n u d ' u n e tasse. E x . U n e tassée d'eau, de lait. Tassée
est un v i e u x m o t .
Tasser, v . a.
S e r r e r d e près a u c o u r s d ' u n débat, d'une discussion.
Tasser (se), v . p r o n .
S e presser, se serrer les uns contre les autres. E x . Allons,
tassez-vous, les enfants, l'espace est étroit, il n ' y a pas
b e a u c o u p à'arce.
Tasserie, n. f.
C o m p a r t i m e n t dans u n e grange où l ' o n tasse le foin qui y a
é t é déposé.
Tâte=mînette, n. m .
H o m m e efféminé, qui fait des o u v r a g e s de femme.
Tatiller, v . a.
T a t i l l o n n e r , s ' o c c u p e r avec minutie des moindres détails.
628 LE PARLER POPULAIRE
Teindu, e, part.
T e i n t , e. E x . Je m e suis teindu les c h e v e u x .
Télégraphe, n. m .
Personne qui v o t e sous le nom d ' u n e autre, la personnifie.
Télégrapher, v . a. et n. — T é l é g r a p h i e r .
Télescope, n. m . — L , u n e t t e d'arpenteur.
Temps, n. m.
— O u v r a g e . E x . Je vous donnerai une piastre pour votre
temps.
— Salaire. E x . V o t r e temps commencera à courir depuis
ce matin.
— H e u r e s ou j o u r s de travail. E x . Qui est-ce qui va tenir
le temps des h o m m e s ?
— En temps que, dans le temps que.
— Faire tous les temps, tempêter.
— En un rien de temps, dans le temps de le dire.
— Avoir du bon temps, avoir des loisirs.
— Il y a de la pluie dans le temps, la pluie est menaçante.
— Le temps est écho, il y a beaucoup d'écho.
— La dureté des temps, affaires mauvaises.
— En temps, à l ' h e u r e . E x . L,e train est-il en temps ?
— Gros temps, tempête. ( C a s g r a i n , Jongleuse.)
— Tenir le temps, ne rien n é g l i g e r .
— Un coup de temps, une tempête subite et forte.
— Un bout de temps, un certain temps.
— De temps en temps, de distance en distance. E x . Com-
mis, avez-vous de l'indienne à fond bleu, avec des petits
picots noirs de temps en temps ?
— Un temps mort, lourd.
— Un temps bas, couvert.
— Le petit temps, la prime jeunesse.
— Il est grand temps, il est u r g e n t .
— Le temps d'aller, de se retourner.
— Jusqu'à temps que, j u s q u ' à ce que.
— A temps, un temps convenable.
— Un temps fut, autrefois.
— Il y a beau temps, il y a l o n g t e m p s .
630 LE PARI.BR POPULAIRE
Terre, n. f.
— P l a n c h e r , p a r q u e t . E x . Baise l a terre, m é c h a n t enfant.
— Terre neuve, terre non défrichée.
— Faire de la terre, défricher.
— Terre noire, terreau.
— En terre, s u r terre. E x . I l n ' y a pas d ' h o m m e plus
m a l h e u r e u x en terre que lui.
— Il fait noir comme terre, l'obscurité est très profonde, on
n ' y v o i t a b s o l u m e n t rien.
— Trouver terre, atteindre le fond de l'eau avec une rame.
Terrir, v . a. — A t t e r r i r . E x . D u fumier terri. V . Tairir.
Terroué, n. m.
T e r r e a u . E x . S i t u v e u x avoir de belles fleurs, ajoute du
lerrouê.
Teruelle, n. f. — T r u e l l e .
Tête, n. f.
•— Ne pas avoir de tête, manquer de tête, manquer d'intelli-
gence.
— Perdre la tête, n e savoir plus que faire.
— Se casser la tête, se fatiguer outre mesure.
— La tête me fend, j ' a i un gros mal de tête.
Tête de pioche, n. f.
P e r s o n n e entêtée, enfant têtu qui n ' é c o u t e personne.
Tête d'oreiller, n. f.
T a i e , sac de l i n g e qui enveloppe un oreiller.
Tête en fromage, n. f. — H a c h i s de porc frais, têtes et pattes.
Têtes d'anguilles, n. f. p l .
S o b r i q u e t d o n n é a u x habitants de la petite rivière Saint-
François.
Teurdre, v . a.
T o r d r e . E x . C e l a me teurd l'ambition ; cette colique me
teurd le v e n t r e .
Teurse, part. p a s s . f.
T o r s e . E x . C e t t e corde est trop teurse, déteurs-\k.
* Thanks=giving, n. m., (m. a.)
A c t i o n s d e g r â c e s . E x . L e 26 octobre sera, cette année, le
jour du thanks-giving.
632 LE PARLER POPULAIRE
Thé, n. m .
— Petit thé, t h é de G a u l t h i e r .
— Thé canadien, spirée à feuilles de s a u l e .
* Thébord, n. ni. ( A n g l . ) — P l a t e a u . D e l ' a n g l a i s tea-bord.
* Thépot, n. m. ( A n g l . ) — T h é i è r e . D e l ' a n g l a i s tea-pot.
Théquière, n. f. — T h é i è r e .
Thérèse, n. f.
Coiffure fourrée pour l ' h i v e r , à l ' u s a g e des femmes.
Thétière, n. f. — T h é i è r e .
* Thrash, n. m . , (m. a.)
— Moulin à battre.
— O u v r a g e m a l fait.
— Marchandises non v e n d a b l e s .
Ti.
Vous avez-ti été là-bas ? E s t - c e que v o u s a v e z été là-bas ?
Tiaude, n. f.
Mets composé d'un r a n g de morue fraîche, d ' u n r a n g de
tranches de lard, superposés alternativement, et q u ' o n
fait étuver. (De G a s p é , Anciens Canadiens.)
* Ticket, ti-ket, n. m. et f., ( m . a.)
— Etiquette. E x . U n e ticket sur u n e bouteille.
— Bulletin. E x . L,e ticket d ' u n candidat.
— Return ticket, billet d'aller et retour.
— Ticket-offi.cz, bureau d e billets.
* Tidy, taï-dê, n. m., (m. a.) — Dessus d e fauteuil.
* Tie, taï, n. m . et f., ( m . a.)
— E g a l i t é de v o i x , partie é g a l e . E x . E n 1878, u n candi-
dat b r i g u a d e u x fois les suffrages d e s électeurs, et chaque
fois il eut u n tie.
— T r a v e r s e en bois o ù l ' o n pose les rails. E x . Ç a me
fatigue b e a u c o u p d e s a u t e r d ' u n e tie à l ' a u t r e .
Tienbendu, p a r t . pass. — T e n u .
Tienbondu, p a r t . pass. — T e n u .
Tiendre, v . a. — T e n i r .
Tiendu, part. pass. — T e n u .
Tieue, n. f.
Queue. E x . Q u i a p u c o u p e r la tieue d e m o n chien ?
DES CANADIENS-FRANÇAIS
633
Tiger, v . a. — P o u s s e r des t i g e s .
* Tight, taï-te, ( m . a.)
S e r r é , g r i s , à moitié i v r e , raidi, tendu, justaucorps.
Tignasse, n. f.
— I^aine, filasse m ê l é e .
— C h e v e l u r e e n d é s o r d r e et e m m ê l é e .
Tigue, n. f. — D o l o i r e à l ' u s a g e des tonneliers.
Tille, n. f.
P e t i t e h a c h e dont se servent les couvreurs en bardeaux.
Timber, v . n . — T o m b e r . E x . P r e n d s garde de timber.
* Time=keeper, tdime-kipeur, n. m., (m. a.)
Surveillant, contrôleur.
* Time=table, tébl, n. m . , (m. a . )
I n d i c a t e u r , t a b l e a u des heures.
Timeur, n . f. — T u m e u r .
Tinette, n. f.
— C u v e t t e o ù l ' o n m e t le beurre, l e poisson en provision.
E x . U n e tinette d e sardines.
— Ne pas prendre goût de tinette, ne pas prendre de temps à
s e faire.
— La recette, c'est la tinette, secret d u succès dans l'art culi-
naire.
Tinettée, n. f. — P l e i n u n e tinette.
* Tinque, n. f. ( A n g l . ) — R é s e r v o i r . V . T a n k .
Tint, p a r t . pass.
T e n u . E x . J ' a i tint le cheval par la bride.
Tinton, n. m .
— T i n t e m e n t . E x . N o u s partirons pour la grand'messe au
dernier tinton.
— Tintouin.
Tipsy, sé, a d j . , ( m . a.) — G r i s , i v r e .
* Tip top, adj., ( m . a . ) — E x c e l l e n t , de premier ordre
* Tiquette, n. m . ( A n g l . ) — V . T i c k e t .
* Tiqueter, v . a. ( A n g l . ) — Etiqueter.
Tirage, n. m . — A c t i o n de traire la vache.
Tiraille, n . f.
T i r a n t , nerf dans la v i a n d e de boucherie.
LE P A R L E R POPULAIRE
634
Tirant, n. m.
— Aurore boréale.
— Trait, longe de cuir, avec laquelle les chevaux tirent.
Tire, n. f.
— Tirage. Ex. La tire de la cheminée,
— Trait, action de tirer. Ex. Il y a de la tire pour monter
la côte.
— Bonbon fait avec du sucre ou du sirop, avec consistance
plus ou moins molle. S'appelle rhumqirin aux îles de
Saint-Pierre et Miquelon. Maurice Caperon, dans Chasses
et Pêches aux îles Saint-Pierre et Miquelon, dit: «Vers le
milieu, l'isthme se rétrécit et s'amincit comme un bâton
de rhumquin. » En note : « Espèce de bonbon que les
ménagères Saint-Pierraises font avec de la mélasse. » La
mélasse étant proche parente du rhum, le mot rhumquin
s'explique facilement.
Tire=point, n. m.—Tiers-point, petite lime triangulaire.
Tire=pois, n. m.
Sarbacane, long tu3?au qui sert à lancer, en soufflant, des
pois ou autres petits projectiles.
Tirer, v. a.
— Se diriger. Ex. Tire sur la droite ! Tire à hue ! Tire à
dia!
— Traire. E x . Marie, va tirer la vache.
— Lancer, ruer. Ex. Ne tire pas de pierres comme ça.
— Faire. E x . Nous allons tirer une course tous les deux.
— Tirer dti grand, trancher du grand.
— Tirer aux cartes, tirer l'horoscope.
— Tirer la langue, être pauvre.
— Tirer le diable par la qzieue, vivre misérablement.
— Tirer une carotte, carotter, escroquer.
— Tirer la couverture de son côté, accaparer.
— Tirer quelque chose de sa poche, inventer.
— Tirer sur, avoir de la ressemblance. E x . Cette couleur
tire sur le bleu.
— Tirer au renard, jeu d'enfants.
— Tirer au bout, tirer à la fin.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 635
Toile, n. f.
Faire de la toile, perdre connaissance ou à p e u près.
636 LE PARLER POPULAIRE
Toilette, n. f.
— R e p l i s d u péritoine q u i tiennent l e s intestins en place.
— Avoir la toilette décrochée, souffrir de douleurs intes-
tinales.
— Papier de toilette, papier de latrines. (Angl.)
Toiletter, v . a.
Habiller q u e l q u ' u n a v e c u n grand l u x e , l'affubler de ses
plus b e a u x habits.
Toiletter (se), v . pron. — F a i r e sa toilette.
Toiletteux, euse, n. e t a d j .
— Qui se toilette b e a u c o u p .
— Vaniteux.
* Token, n. m., (m. a.) — Jeton.
Tôle, n. f.
S o u . I l e x i s t a i t autrefois, à Q u é b e c , des sous taillés dans
des feuilles de tôle. C ' e s t avec ces s o u s q u e les habitants
payaient les barrières. D ' o ù le mot tollgâte, E x . Peux-
tu m e prêter une piastre ? — Impossible, j e n'ai p l u s une
tôle.
Tôlée, n. f.
L e contenu d ' u n e lèchefrite en tôle, d e dimensions variables.
Tôler, v. a.
Tâler un poêle, l'entourer de tôle, afin d e p r é s e r v e r l'enca-
drement de l a chaleur trop v i v e .
Tôleur, n. m.
Tôlier, qui travaille la tôle, q u i tôle l e s p o ê l e s .
* Toll=gate, tôle-gaite, n. f., (m. a.) — B a r r i è r e de p é a g e .
Tombe, n. f. — P i è c e de bois d a n s un p i è g e à castor.
Tomber, v . n.
— A r r i v e r j u s t e . E x . T u ne p o u v a i s p a s m i e u x tomber,
j ' a i u n bon dîner à t'offrir.
— A r r i v e r . E x . A s - t u s u l a g r a n d e n o u v e l l e ? le Mercredi
des Cendres, cette a n n é e , tombe le d i m a n c h e .
— Tomber d'un mal, ê t r e frappé d ' é p i l e p s i e .
— Tomber dessus, bien t o m b e r .
— Tomber dessus quelqu 'un, l e maltraiter.
— Tomber dans l'œil, p l a i r e .
DES CANADIENS-FRANÇAIS 637
Tort, n. m .
— Etre dans son tort, avoir tort.
— Si? mettre dans son tort, m ê m e sens.
Tortiller, v . a.
— Tortiller du derrière, marcher en tournant à droite, à
gauche.
— Il n'y a pas à tortiller avec lui, il n ' y a pas de détours à
prendre avec celui-là.
Tortillon, n. m. — G â t e a u en forme de couronne.
Tortu=bossu, n. m.
— Tortillé irrégulièrement.
— H o m m e contrefait.
* Touch, teutsche, n. f., (m. a.)
— Q u a l i t é s é p r o u v é e s , trait, coup de pinceau.
— H a b i l e t é . E x . Je ferai faire cet ouvrage par Pierre, il a
la touch pour cela.
Touche, n . f.
— P e t i t e b a g u e t t e en bois p o u r permettre a u x enfants de
s u i v r e la l i g n e en lisant.
— Tirer une touche, fumer la pipe.
— La Sainte- Touche. — V . S a i n t e - T o u c h e .
Touche=à«tout, n. m .
P e r s o n n e qui m e t la m a i n partout en furetant.
Toucher, v . a.
— F a i r e avancer u n cheval attelé. E x . Touche u n peu,
cocher, j e suis pressé.
— Cela s'appelle touchez-y pas, inutile d'essayer d'obtenir une
chose.
— Touchez-là ! il n'en sera rien, pour dire q u ' o n ne v e u t
p a s faire une chose, parce q u ' o n a coutume de retoucher
d a n s l a main p o u r conclure u n marché ou en signe de
bienveillance. (Fur.)
Toucheux, n. m .
T o u c h e u r . C o n d u c t e u r des c h e v a u x ou des b œ u f s qui
labourent o u hersent.
Touée, n. f.
Prendre de la touée, prendre de la liberté, de la latitude.
640 LE P A R L E R POPULAIRE
Tour=de=cou, n. m .
E s p è c e de boa en fourrure, qui e n t o u r e l e c o u .
Tour de crasse, 11. m.
Canaillerie. E x . Jouer des tours de crasse.
Tour de Jarnac, n. m. — C o u p de J a r n a c .
Tour d'ongle, n. m . — T o u r n i o l e .
Tour de reins, n. ni.
D o u l e u r forte dans la région des r e i n s , o c c a s i o n n é e par un
m o u v e m e n t brusque et f a u x .
Tour de soleil, n. m . — T o u r n e s o l .
Tourbentine, n. f.
Térébenthine. Tourbentine se disait a u t r e f o i s .
Tourlour, n. m . — Individu à allure b i z a r r e .
Tourloute, n. f. — S o r t e de béret d ' e n f a n t .
Tourmaline, u. f. — T o q u e ronde et p l a t e .
Tourmentine, n. f. — T é r é b e n t h i n e .
Tournailler, v. n.
A l l e r dans un sens et dans u n autre. Tournaille signifiait
courbe, d'après C o t g r a v e .
Tournâilleux, euse, a d j .
Q u i tournaille, v a et vient à droite et à g a u c h e .
Tourne, n. f. — Retourne, a u x cartes.
Tourne-avis, n. m . — T o u r n e - v i s .
Tourne-clefs, n. m . — Guichetier.
Tourne-soleil, n. m. — T o u r n e s o l .
Tournée, n. f.
Q u ê t e , collecte. E x . E e s marguilliers v o n t faire une tournée
p o u r les pauvres de la paroisse.
— Promenade. E x . O ù est votre m a r i , m a d a m e ? — Il est
parti en tournée dans les paroisses v o i s i n e s .
Tourner, v . a.
— Retourner.
— Tourner et ratourner, user de n o m b r e u x d é t o u r s avant de
se décider.
— Tourner autour, hésiter, balancer.
— Tourner autour du pot, même sens.
Tournette, n. f. — D é v i d o i r .
4i
642 LE P A R L E R P O P U L A I R E
Tourniquet, n. m.
— Poteau vertical au sommet duquel sont fixées des cordes
qui retombent à hauteur d ' h o m m e , que les g y m n a s t e s
saisissent et au moyen desquelles ils tournent en sautant.
— Vire-vire, remous, tournant où l ' e a u tourne continuel-
lement.
Tournure, n. f.
— T o u r n i o l e , variété de panaris qui se d é v e l o p p e autour de
l'ongle.
— Présure, matière acide e x t r a i t e de la caillette des jeunes
ruminants pour faire cailler le lait.
Tours et ratours. — Détours, f a u x - f u y a n t s .
Tourquière, n. f. — V . T o u r t i è r e .
Tourte, n. f. — Pigeon v o y a g e u r .
Tourtière, n. f. — P â t é de v i a n d e de porc h a c h é e m e n u .
Toussâiller, v . n.
Tousser légèrement, q u a n d l e rhume est à p e u près g u é r i .
Tousseux, euse, n. et adj.
Tousseur, qui tousse, qui est e n r h u m é .
Tout, adj., adv. et pron.
— Tout plein, beaucoup.
, — Pas en tout, pantoute, p a s d u tout.
— Tout dreite, sans se détourner.
— Tout partout, partout.
— Tout à clair, distinctement.
— Tout à bon, tout de b o n .
— Tout probable, probable.
— Tout comme, équivalent, la même chose.
— Tout beau ! doucement !
— Tout de même, cependant, malgré t o u t .
— Tout entour, autour.
— Tout fin, tout à fait.
— A toutes heures, à toute heure.
— A tout le moins, au moins, tout au moins.
Toutou, n. m.
— C o c h o n de lait.
— Petit enfant.
DKS CANADIENS-FRANÇAIS 643
Traite, n . m. et f.
— C o n s o m m a t i o n . E x . Payes-tu la traite, a u j o u r d ' h u i ?
— E c h a n g e . E x . F a i r e la traite a v e c les s a u v a g e s .
— L a i t donné p a r u n e v a c h e le matin ou le soir. E x . M a
v a c h e m ' a d o n n é u n e bonne traite, ce matin.
E n A n j o u , on d i t traisse.
Traiter, v . a.
— P a y e r une consommation.
— F a i r e la traite.
Traiteur, n. m .
C e l u i qui é c h a n g e des marchandises avec les s a u v a g e s pour
des fourrures.
Traître, adj.
— Brutal.
— Prendre quelqu'un en traître, le frapper par derrière.
— Une chose qui n'est pas traître, q u i ne v a u t g u è r e . S e
dit aussi des personnes.
— Traître à son corps, d u r pour soi-même.
Traîtrement, a d v . — T r a î t r e u s e m e n t , brutalement.
Trâle, 11. f.
L o n g u e l i g n e à laquelle on attache un grand nombre de gros
h a m e ç o n s p l a c é s à u n pied d'intervalle.
Trâlée, n. f. — L o n g u e suite. E x . U n e trâlée d'enfants.
Trâler, v . a. — M e t t r e l a trâle à l ' e a u .
Trame, n . m . — T r a m p .
Tramontaine, n. f.
T r a m o n t a n e . E x . A s - t u perdu la tramontaine ? c'est-à-dire
divagues-tu ?
* Tramp, n. m., ( m . a . ) — V a g a b o n d , chemineau.
Tranche, n. f. — C o u t e a u pour couper l a viande.
Trangiverser, v . n . — T e r g i v e r s e r , hésiter, prendre des détours.
Tranquillement, a d v .
F a c i l e m e n t , sans effort. E x . I l m ' a j e t é par terre tranquille-
ment.
* Transactions, n. f.
M é m o i r e s . E x . L e s transactions de la Société R o y a l e du
Canada. (Angl.)
646 LE PARLER POPULAIRE
Transfert, n. m .
— Billet de correspondance sur les t r a m w a y s ,
— T r a m w a y . E x . N o u s allons prendre le transfert.
Transiger, v . a. — Transiger une affaire, transiger.
Transmettable, adj. — T r a n s m i s s i b l e .
Transportation, n. f — T r a n s p o r t .
Transquestion, n. f. — N o u v e l e x a m e n .
Transquestionner, v . a.
Poser d e nouvelles questions.
Transverser, v . a — T r a n s v a s e r , t r a n s v i d e r .
Trapper, v . a.
Chasser a v e c des trappes. E x . Trapper l'ours, le castor.
Trappeur, n. m .
Celui q u i fait la chasse a u m o y e n de trappes.
Trauler, v . a.
D é v i d e r la l i g n e de p ê c h e et l ' e n r o u l e r sur la traule.
T r a u l e r est u n v i e u x mot français, d ' o ù est sorti l'anglais
troll, tourner, rouler.
Travail, n. m . — Brancard, ménoires.
Travaillant, fl. m. et adj.
— Ouvrier. E x . U n bon travaillant,
— l a b o r i e u x . E x . U n ouvrier travaillant.
Travailler, v . a et n.
— Travailler des mâchoires, m a n g e r a v e c ardeur et précipi-
tation.
— Travailler pour la gloire, g r a t u i t e m e n t .
— Travailler pour le roi de Prusse, p o u r rien.
Travarse, n. f. — T r a v e r s e .
Travarser, v . a. — T r a v e r s e r .
Travaux, n. m . pl.
Récolte, moisson. E x . P r é p a r o n s - n o u s à travailler a u x tra-
vaux.
Travers, n. m . et adv.
— Partie d ' u n champ, d ' u n terrain. E x . L,a terre est bonne
dans l e travers que t u v o i s là-bas. :
— Par, sur. E x . I l m ' a donné u n c o u p de canne traversin
tête.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 647
Trimer, v . a. et n.
— Parer. E x . Cette j e u n e fille est b i e n trimêe.
— A r r a n g e r . E x . Cette affaire a été m a l trimêe.
— Rafraîchir. E x . Je me suis fait trimer les c h e v e u x .
— Travailler dur. E x . J'ai d û trimer toute la j o u r n é e .
Trimousser, v. a . — T r é m o u s s e r , secouer.
Tringue, n. f . — T r i n g l e .
Trion, n. m.
P i s de la vache. N ' e s t pas une corruption de trayon, car le
v i e u x français avait aussi trian, p o u r e x p r i m e r la m ê m e
chose.
Tripatouiller, v. a . — T r i p o t e r .
Tripâille, n. f. — L ' e n s e m b l e des tripes, des b o y a u x .
Tripe, n. f.
— Entrailles de l'homme.
— Renvoyer tripes et boyaux, vomir b e a u c o u p .
Tripe de roche, n. f. — Mousse comestible.
Tripied, n. m . — T r é p i e d .
Tripoter, v. n.
S ' o c c u p e r a de petits détails, â des t r a v a u x p e u importants.
Tripoteux, n. et adj.
— Qui tripote, qui mêle diverses choses d ' u n e façon peu ra-
goûtante.
— Qui se fait l ' é c h o de racontars plus o u moins absurdes.
Tri-tri, n. m. — T y r a n de la Caroline.
Troc à troc, loc.
T r o c pour troc, sans retour. E x . J'ai c h a n g é de c h a î n e de
montre avec mon cousin, mais j ' a i c h a n g é troc à troc.
Trognon, n. m.
— Petit trognon, jolie petite fille.
— Un trognon d'enfant, u n petit enfant.
Troisse, adj.
T r o i s . E x . T u as r e ç u quatre piastres, moi j ' e n ai eu
troisse.
* Trôlle, n. f. ( A n g l . ) — C u i l l e r .
* Trôller, v. a. ( A n g l . )
P ê c h e r avec une cuiller, à la cuiller.
DES CANADIENS-FRANÇAIS
Troufignon, n . n i . — C r o u p i o n de volaille.
Troupe, n. f.
Militaires. E x . L a troupe v a sortir dans les r u e s .
Trousse, n. f.
Aller en trousse, aller sur la eroupe d ' u n c h e v a l , derrière
l'éciiyer.
Troussepet, n. m. — T o u p e t .
Trouvable, adj. — Q u i peut être t r o u v é .
Trouvaille, n. f.
Etre amanchê comme une trouvaille, être h a b i l l é sans g o û t .
* Truck, treuke, n. m. ( m . a.) — C a m i o n , brouette, plate-
forme.
* True-bill, n. m., (m. a.) — V . B i l l .
Truie, n. f.
— Personne malpropre.
— Jouer à la truie, jouer à l a bille au pot.
Trussequin, n. m. — T r o u s s e q u i n .
* Trust (in), treuste, (m. a.) — F i d é i - c o m m i s .
Trut, n. m. — J e u de cartes.
Tu, pron. pers.
L a lettre u s'élide devant u n e v o y e l l e . E x . T'es, t'as, t'aras,
pour tu es, t u as, tu auras. — T'as ben fait de v e n i r . —
Z ' a r a s bientôt de mes n o u v e l l e s .
Tue-chrétien, n. m . — O u v r a g e t r è s dur.
Tue=monde, n. m.
Besogne tellement dure q u ' e l l e est de n a t u r e à ruiner l a
santé.
Tuer, v. a.
— Eteindre. E x . Tue la chandelle, tue l e f e u .
— Lasser. E x . C e t o u v r a g e m e tue le corps.
— Tuer le temps, s'occuper.
Tuladi, n. m .
T r u i t e des lacs, truite s a u m o n é e , appelée togue par les b û -
cherons et morue de rivière p a r les s a u v a g e s . C ' e s t le
Namaycush.
Tumber, v. n. — T o m b e r .
* Tumbler, tombleur, n. m., (m. a.) — G r a n d v e r r e à boire.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 653
Q- — O
O •O
Ucharistie, n. f. — Eucharistie.
* Ulster, olsteur, n. m., (m. a.)
Eong pardessus en forme de robe de chambre.
Un, adj. num,
—-Un chacun, chacun. Ex. Qu'ww chacun de vous réponde
quand j'appellerai son nom.
— Comme pas un, comme personne. Ex. Je t'aime comme
pas un.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 6
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Vacance, n. f- s.
Vacances, n. f. pl. Ex. Les écoliers vont avoir une vacance
au jour de l'an.
Vacances, n. f. pl.
Vacance, n. f. s. Ex. Les tribunaux ne siégeront pas durant
deux mois, c'est, pour eux, le temps des vacances.
Vache, n. f.
— Personne sans courage, lente au travail. Ex. Travaille
donc, vache que tu es !
— Le saut Montmorency, à six milles de Québec.
— Bette à vache, betterave champêtre.
— C'est trop fort pour ma vache, c'est trop fort pour moi qui
suis un peu lâche.
— Le diable est aux vaches. — V. Diable.
Vache à lait, n. f.
Personne à exploiter, dont on peut longtemps tirer du profit.
Vache enragée, n. f. — Mauvaise viande, coriace.
Vache espagnole, n. f.
Basque espagnol. Ex. T u parles français comme une vache
espagnole.
Vache marine, n. f. — Morse de l'Atlantique.
Vache morte, n. f.
Tirer quelqu 'un à soi comme une vache morte, tirer très fort
et sans précaution.
Vacher, v. n.
Paresser, flâner. Ex. Pierre n'est bon qu'à vacher.
Vacherie, n. f.
Seigneurie appartenant aux Jésuites, et qui comprend une
partie du faubourg de Saint-Roch de Québec, près de la
rivière Saint-Charles.
En Normandie, une vacherie est la réunion de vaches se
trouvant sur une ferme.
Vagnolle, n. f.
— Chose de nulle valeur. E x . Quel tabac fumes-tu ? —
C'est du canayen. — Oh ! de la vagnolle !
— Personne lâche. Ex. Cet ouvrier-là, c'est une vagnolle t
je le connais.
DES CANADIBNS-FRANÇAIS 657
Vannures, n. f. pl.
Débris d e capsules servant d'enveloppe au grain, et en géné-
ral tous les résidus d u v a n n a g e .
Vant, n. m .
Vantardise, jactance habituelle. E x . U n h o m m e plein de
vants.
Vanteur, adj. — V a n t a r d .
Vapeur, n. m.
Bateau à v a p e u r . E x . N o u s p r e n d r o n s le vapeur q u i p a r t à
cinq h e u r e s pour M o n t r é a l .
Vardaud, a d j . — V e r d â t r e .
Varder, v. n. — Courir çà et là sans b u t a r r ê t é , vagabonder.
Vardette, n. m.
L,anière de cuir dont on se sert pour corriger les élèves des
écoles.
Vardir, v . a. et n. — V e r d i r , devenir v e r t , r e n d r e v e r t .
Vardon, n. m. — Enfant r e m u a n t , agité à l'excès.
Vardure, n. f. — V e r d u r e .
Varette, n. m . — Varech.
Varge, n. f. — Verge.
Varger, n. m.
— Verger, n. m .
— Frapper avec une v e r g e ou tout a u t r e i n s t r u m e n t .
Vàrjeux, euse, a d j .
Savoureux, j u t e u x . E x . Cette poire est varjeuse. Nous
allons avoir u n varjeux de dîner.
Varglas, n. m . — V e r g l a s .
Varjeusement, adv. — E x t r ê m e m e n t .
Varjuter, v. n.
E t r e d é g o u t t a n t du j u s d ' u n fruit, d ' u n e liqueur quelconque.
E x . U n e poire qui varjute.
Varlopures, n. f. pl.
Rubans de bois enlevés p a r la varlope.
Varmifuge, n. m. — Vermifuge.
Varmine, n. f. — Vermine,
Varnir, v. a. — Vernir. •
"Varnis, n. m . — Vernis.
DES CANADIENS-FRANÇAIS 659
Varser, v . a. et n . — Verser.
Varte, a d j . f é m . — V e r t e .
Vartu, n. f . — V e r t u .
Varveau, u. m . • — V . V e r v e a u .
Vaurienner, v . n . — L i b e r t i n e r .
Vas et de viens (de), loc.
D e droite â g a u c h e , de tous les c ô t é s . E x . C o u r i r de vas et
de viens,
Vâser (se), v . pron. — S'enfoncer dans la vase.
Vauriennerie, n . f . — A c t i o n de vaurienner.
Vaurienneté, n . f. — Même sens.
Vauvert,
Aller au diable Vauvert, au diable au vert. V a u v e r t était
l'endroit o ù le roi Robert a v a i t fait bâtir u n palais ; mais
c o m m e il y avait beaucoup de carrières a u x alentours e t
que le vent, s ' y engouffrant, faisait u n g r a n d bruit, l e
p e u p l e s ' i m a g i n a que les diables y revenaient. S . L o u i s ,
p o u r les en chasser, donna le palais a u x C h a r t r e u x . (Mé-
n a g e , Dict.) D e p u i s lors, l e diable de V a u v e r t passa e n
proverbe. I c i , nous disons plutôt aller au diable au vert.
Vavite, s. f.
Diarrhée, cours de ventre. E x p r e s s i o n e m p l o y é e dans cer-
tains c o u v e n t s .
Végniel, le, a d j . — V é n i e l . E x . L e péché végniel.
Veillée, n. f.
S o i r é e . E x . L e s Boullé v o n t donner u n e g r a n d e veillée,
demain. E s - t u i n v i t é ?
Veiller, v . a.
— Passer l a soirée. E x . A l l e r veiller chez le voisin.
— Surveiller. E x . L e s p o u l e s sont constamment dans l e
jardin, il v a falloir les veiller.
Veilleux, euse, n . et a d j .
V e i l l e u r , q u i v i e n t passer la soirée. E x . N o u s aurons d e s
veilleux, ce soir.
Veilloche, n. f. — Petite meule de foin.
Veinard, adj. — C h a n c e u x .
V'Hme, n. f . — E t r e en v'lime, eu furie. V . E n v e l i m e .
66o 1E P A R L E R POPULAIRE
Ventre, n. m.
— Cours de ventre, diarrhée.
— Ventre de bœuf, vasière.
— Se faire un ventre, faire u n repas à tout manger.
— Un couteati qui coupe comme un mal de ventre, qui n e
coupe pas.
Ventrèche, n. f. — V e n t r e de poisson.
Venue, u. f.
Juridiction. E x . Dans le procès de Bigot, l'avocat va
demander au j u g e un c h a n g e m e n t de venue. (Augl.)
— Etre tout d'une venue, d ' a p p a r e n c e simple, sans aucune
élégance de forme.
Vêpes, n. f. pl. — V ê p r e s .
Vêpres, u. f. pl.
— Aller aux vêpres, à vêpres.
— Assister à vêpres, a u x vêpres.
Ver à choux, n. ni. — Enfant p â l e et malingre.
Véreux, a d j . — V é r e u x .
Verge, n. f.
Doigtier, ou d é sans fond, p o u r coudre.
Verge d'or, n. f.
Plante très c o m m u n e à fleurs j a u n e s , et d ' u n usage vulgaire
dans la dyspepsie. Solidago.
Verger, n. et v. a. — V . V a r g e r .
Vergette, n. f.
La grande vergette, nom d o n n é a u jésuite E a Brosse. Ver-
gette est u n e petite brosse p o u r épousseter les habits.
Vèrine, n. f. — Mauvais tabac, t r o p vert.
Verjeusement, a d v . — V . V a r j e u s e m e n t .
Verjeux, euse, a d j . — V . V a r j e u x .
Verjuter, v. n. — V. Varjuter.
Vermine, n. f.
— Individu q u i se faufile p a r t o u t .
— Souris, r a t s qui habitent nos maisons.
Vermée, u. f. — V . V e r m e t t e .
Vermette, n. f.
Pêcher à la vermette ou à la vermée, pêcher au moyeu de
(
Voilier, n. ni. — V . V o l i e r .
Voir, v . a.
— Il paraît. E x . Je vois bien qu'il a publié un livre, m a i s
cela ne v e u t pas dire q u ' i l l ' a v e n d u .
— I^ire. E x . A s - t u c o u t u m e de voir Y Evénement? il y a,
ce soir, un bel article signé « C h a m p i g n y ».
— Voyons voir, v o y o n s cela.
— Voir trente-six chandelles, être étourdi.
— N'y voir que du feu, n ' y rien comprendre.
— T'as qu 'à voir, v a s y v o i r .
— Aller voir les filles, les courtiser.
Voirai, fut. prés, de v o i r .
Verrai. E x . Je voirai bien à ton affaire.
Voirie (à la), loc.
— A la v u e . E x . S i nous nous mettons à la voirie, n o u s
allons nous faire poigner.
— A u rebut. E x . T u p e u x jeter ces choses à la voirie,
elles ne valent plus rien.
— H o r s de sa place, à la traîne. E x . A force de laisser ta
montre à la voirie, tu finiras par te la faire briser.
Voisinage, n. m .
Dans le voisinage de, environ. E x . Je dois au C r é d i t F o n -
cier dans le voisinage de cinq cents piastres.
Voiturée, n. f.
Une voiture remplie. E x . U n e voiturée d'enfants.
Voiturier, 11. f. — Charron.
Voler, v. a.
Rejaillir. : E x . Faire voler de l'eau a v e c u n bâton, en frap-
pant la surface d ' u n e rivière, d'un é t a n g .
Volet, n. m . — C o n t r e v e n t .
Voleux, n. m. — V o l e u r .
Volin, n. m . ; — R e v o l i n , répercussion d u vent, du c o u r a n t .
Volontaire, n. m.
Qui n ' a niifeu ni lieu. (De G a s p é , Mémoires.)
Volonté, n. i.
Faire ses cinq cents volontés, agir à sa g u i s e .
Voltaire, n. 111. — Pot de chambre.
i,K IWKI.KR Î'OI'UI.AIKK
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Yeux, n. m . p l .
L u n e t t e s . E x . Je vais m e t t r e m e s yeux afin d ' y voir clair.
V . CBil.
* Yoke, yôke, n . m . , ( m . a . ) — J o u g . T e r m e d e confection.
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