TP N° 02
Essai De Compactage Proctor (normal et modifié)
Introduction
Les méthodes d’amélioration et de stabilisation des sols sont diverses et souvent pratiquées par l’un des
procédés suivants : le traitement chimique, l’injection ou le malaxage de (chaux, ciment…), le traitement
thermique, le traitement électrique, et le traitement mécanique dont figure la densification ou le compactage. Le
compactage figure parmi les plus anciennes méthodes d’amélioration et de stabilisation des sols dont la pratique
est généralement simple et maitrisée, ce qui le rend très fréquent et indispensable notamment dans les travaux de
routes et de barrages.
Définition, objectif et but du compactage
Le compactage est une méthode de stabilisation des sols qui agit en surface. Il a pour but d’améliorer la capacité
portante du sol par le resserrement des grains et la réduction du volume des vides existants. Le compactage
s’effectue sur chantier par les différents engins de compactage et en laboratoire principalement par les essais
Proctor normal ou modifié.
Définition et but de l’essai Proctor
L’essai Proctor est un essai de compactage en laboratoire. Il a pour objectif de déterminer la teneur en eau
optimale (quantité d’eau adéquate) permettant d’atteindre la densité sèche maximale du matériau compacté. Il
permet ainsi de définir les caractéristiques de compactage d'un matériau, à savoir : - La teneur en eau optimale
(wopt). - La densité sèche maximale (γdmax).
Le compactage sur chantier a donc tendance d’atteindre les caractéristiques de compactage d’un sol ou d’un
matériau donné, déterminées préalablement au laboratoire. Ce qui fait d’améliorer ses caractéristiques
mécaniques.
Eclaircissement : avant l’utilisation d’un matériau sur chantier (construction des chaussées) il faudra d’abord
déterminer ses caractéristiques mécaniques au laboratoire afin de voir s’il vérifie les seuils exigés par les
normes, lui permettant ainsi de résister correctement face aux efforts exercés sur chantier.
Dans le cas du compactage, il doit être soumis à des essais de compactage en laboratoire, pour déterminer la
densité sèche maximale qu’il peut atteindre et la quantité d’eau maximale (teneur en eau optimale) nécessaire
pour l’atteindre. Une fois que les caractéristiques du matériau sont déterminées au laboratoire et s’avèrent
satisfaisantes par rapport aux normes en vigueur, ce dernier est ensuite mis en application sur chantier. L’énergie
de compactage ainsi que la teneur en eau optimale de laboratoire sont alors reproduites respectivement par les
différents engins de compactage (rouleaux) et d’arrosage (camions citernes) sur chantier, qui font des vas et
viens sur les couches du matériau compacté.
Principe de l’essai
L’essai Proctor, consiste à prendre plusieurs échantillons du matériau à étudier (5 échantillons minimum).
Humidifier ces échantillons à des teneurs en eau différentes augmentées de 1 à 2,5% (selon la sensibilité à l’eau
du matériau). Compacter ensuite ces échantillons humides dans un moule normalisé, à l’aide d’une masse
normalisée, selon un processus bien défini. Les teneurs en eau et les masses volumiques sèches des éprouvettes
compactées sont déterminées et portées sur un graphique. La courbe obtenue, appelée courbe Proctor, présente
une valeur maximale de la masse volumique sèche du matériau correspondant à une valeur particulière de la
teneur en eau. Ces deux valeurs sont appelées caractéristiques optimales de compactage.
Remarque : Les deux essais Proctor normal et Proctor modifié sont identiques dans leur principe. Seules les
valeurs des paramètres qui définissent l'énergie de compactage appliquée qui les différencient.
Appareillage : Appareillage spécifique
- Un socle (une base) de compactage en béton - Moule Proctor et moule CBR - La dame dite «dame Proctor
normal» - La dame dite «dame Proctor modifié» - Dans le cas échéant, les machines à compacter mécanisées -
Un dispositif d'extraction des éprouvettes hors du moule.
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Figure 01 : Appareillage Proctor (moules, dames de compactage, appareillage de compactage automatique, extracteur d’éprouvettes).
Appareillage d’usage courant
- Tamis d'ouvertures de mailles carrées de dimensions nominales 5 mm et 20 mm - Balance de précision de
1/1000 - Une enceinte thermique ou une étuve pour déterminer la teneur en eau des matériaux - Récipients ou
sacs hermétiques permettant de conserver la teneur en eau des échantillons - Un pulvérisateur à eau - Un
malaxeurdésagrégateur - Une règle à araser (lame en acier) - Matériels et outillages divers.
Figure 02 : Accessoires pour la préparation du matériau. Mode
opératoire
Matériaux compactés
Le mode opératoire présenté dans ce manuel s'applique aux matériaux dont la dimension des plus gros éléments
(Dmax) ne dépasse pas 20 mm.
- Dans le cas d’un matériau possédant plus de 30% d’élément supérieurs à 20mm, l’essai Proctor n’est pas
appliqué. -Dans le cas d’un matériau possédant une proportion inférieure ou égale à 30%, des éléments
supérieurs à 20mm, l’essai Proctor est réalisé sur la fraction 0/20mm, tout en apportant des corrections sur les
caractéristiques Proctor déterminées, de la manière suivantes :
- La teneur en eau : w’ = w – Δw avec ( w': la teneur en eau OPN cherchée du matériau 0/D,
exprimée en % ; w : la teneur en eau OPN déterminée sur la fraction 0/20, exprimée en % ; m : la proportion de
la fraction 20/D dans le matériau, exprimée en %.
- La masse volumique sèche :
ρ'd : masse volumique sèche OPN (ou OPM) du matériau 0/D, exprimée en t/m3 ; ρd : masse
volumique sèche OPN (ou OPM) déterminée sur la fraction 0/20, exprimée t/m 3 ; ρs : masse
volumique des particules solides du sol étudié, exprimée en t/m 3 ; m : proportion de la
fraction 20/D dans le matériau, exprimée en %.
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Prise d'échantillon
La masse totale de matériau nécessaire à l'exécution d'un essai Proctor varie suivant la granularité du matériau à
étudier. Elle doit être suffisante pour préparer un nombre d’échantillons égal aux nombre de points présentés sur
la courbe Proctor (faire un prélèvement nouveau pour chaque point de la courbe). Il n’est donc pas autorisé de
réutiliser un matériau déjà compacté pour la préparation d’autres échantillons (pour la détermination d’autres
points de la courbe Proctor).
L’ensemble du matériau nécessaire à l’essai est séché à l'air ou dans une étuve réglée à 50 °C maximum jusqu'à
un état hydrique jugé suffisamment sec. Après séchage, le matériau est passé au tamis 20 mm, seul le tamisât est
conservé pour l'essai. Le matériau est homogénéisé et divisé par appréciation visuelle en cinq échantillons
égaux.
Les échantillons sont humidifiés à des teneurs en eau différentes tout en assurant un malaxage correct (briser les
mottes sans casser les grains). Après humidification, chaque échantillon est conservé en boîtes ou sacs
hermétiques durant un temps fonction de l'argilosité du matériau pour assurer la meilleure diffusion d'eau entre
les grains (L'humidification constitue la phase la plus délicate de l'essai).
- Cas d’un matériau sableux et graveleux : malaxage manuel ou à l'aide de malaxeur. Une durée de conservation
pour homogénéisation de 15 min en boîtes ou sacs hermétiques est suffisante ;
- Cas d’un matériau limoneux et sablo-limoneux : malaxage manuel ou à l'aide de malaxeur avec une
conservation en boîtes ou sacs étanches portée à 2h ou 3heures ;
- Cas d’un matériau argileux : il convient d'abord de les réduire en une mouture 0/2. Le matériau est humidifié à
l'aide d'un pulvérisateur, tout en maintenant le malaxage manuel ou plus avantageusement à l'aide du
malaxeurdésagrégateur. Après malaxage, le matériau est introduit dans des boîtes ou sacs hermétiques et
conservé entre 24h et 48heures selon son argilosité.
Les teneurs en eau à attribuer à chaque échantillon, sont estimées par l'opérateur, en se basant sur des tests
tactiles et visuels et sur son expérience professionnelle. Cependant, cette opération n’est surement pas facile,
notamment s’il s’agit d’un matériau nouveau (matériau inconnu à l’opérateur).
Cependant, en se basant sur la nature des matériaux, nous pouvons préconiser les teneurs en eau approximatives
suivantes :
- Matériau sableux : la teneur en eau optimale peut varier de 3 à 7% ;
- Matériau limoneux : la teneur en eau optimale peut varier de 6 à 10% ;
- Matériau partiellement argileux : la teneur en eau optimale peut varier de 8 à 16% ; - Matériau fortement
argileux : la teneur en eau optimale peut varier de 18 à 26%.
Exécution de l’essai
Avant de commencer l’essai, il faudra d’abord fixer le type d’essai à réaliser (Proctor normal ou modifier) et le
matériel approprié à sa réalisation (type de moule, type de dame de compactage, …).
- Choix du type du moule
Le type de moule à utiliser (moule Proctor ou moule CBR) est imposé par la granularité du matériau (diamètre
Dmax du plus gros grain) et l'utilisation envisagée des résultats de l'essai.
- Si Dmax < 5 mm (et seulement dans ce cas), le moule Proctor est autorisé, mais le moule CBR est conseillé ; - Si
5 < Dmax < 20 mm, utiliser le moule CBR ;
- Si (Dmax > 20 mm) < 30 %, l’essai se fait dans le moule CBR sur la fraction 0/20 mm, avec corrections
apportées aux caractéristiques du compactage ;
- Si (Dmax > 20 mm) > 30 %, l’essai Proctor ne peut être réalisé, sauf pour apprécier l’état hydrique du matériau.
Après le choix du type du moule (Proctor ou CBR) et du type d’essai (Proctor normal ou modifié), prendre le
premier échantillon humidifié et le diviser en 3 ou 5 couches (en fonction du type d’essai), mettre la première
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couche dans le moule et procéder au compactage. La répartition des coups se fera de telle sorte à balayer toute la
surface de l’échantillon (voir figure 03 et tableau 03).
Figure 03 : Répartitions des coups de compactage dans les moules Proctor et CBR.
Tableau 01 : Modalités d'exécution des essais Proctor normal et modifié (NF P 94-093).
Après compactage d’une couche, sa surface est scarifiée (grattée) pour permettre à la couche suivante de se
coller facilement sur la surface rugueuse. Après avoir compacter la dernière couche, et retirer la rehausse, le
matériau doit dépasser le bord du moule de 1 à 2 cm au maximum. Cet excédent est arasé soigneusement au
niveau du moule en opérant avec la règle à araser radialement du centre vers la périphérie du moule. Si des
grains sont arrachés en laissant des vides à la surface de l'éprouvette, combler ceux-ci avec des éléments plus
fins et lisser la surface de l’éprouvette.
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Démouler l’éprouvette, déterminer le poids humide et la mettre à l’étuve pour déterminer le poids sec. Ces
opérations sont répétées sur tous les échantillons compactés.
Expression des résultats
Pour chaque éprouvette compactée il convient de déterminer :
- La masse de l’éprouvette humide Mh (pesée humide) ;
- La masse de l’éprouvette sèche Ms (pesée sèche) ;
- La teneur en eau : ;
- La masse volumique sèche, en tenant compte du volume réel (v) du moule utilisé : .
Le volume du moule est généralement donné : 944 cm 3 (moule Proctor : petit moule) et 2124 cm 3 (moule CBR :
grand moule), toutefois, le volume diffère légèrement en fonction du nombre d’utilisations (procéder à la
vérification des dimensions du moule après plusieurs utilisations).
Les valeurs des masses volumiques et des teneurs en eau correspondantes sont portées sur un graphique
ρd = f (w %) comme le montre la figure 04.
Il convient de faire figurer également sur le graphique les courbes de saturation d'équation :
Établies pour : Sr = 100 et 80 % et pour : ρs = 2,70 t/m 3, si l’on ne dispose pas de la valeur mesurée de ρ s du
matériau considéré.
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Figure 04 : Exemple de courbe Proctor et courbes de saturation (NF P 94-093).
Indications importantes
- Le choix du moule (petit moule ou grand moule) dépend de la dimension des grains du matériau à compacter
et non pas du type d’essai Proctor normal ou modifié.
- La différence entre le Proctor normal et le Proctor modifié est l’énergie de compactage et non pas le type du
moule utilisé (petit moule ou grand moule). Le choix du type d’essai (intensité de compactage) dépend
essentiellement de la surcharge que va subir le matériau ou le sol sous l’ouvrage construit, durant sa mise en
service. - Pour avoir une courbe Proctor harmonieuse, l’expérience montre qu’il est bien de varier de 1.5% à
3% max les quantités d’eau (teneur en eau de malaxage) en passant d’un échantillon à un autre. Cependant,
pour économiser les pertes en matériau, il est préférable de commencer l’humidification par des teneurs en eau
légèrement élevées, est diminuer ensuite ou augmenter la quantité d’eau en fonction de l’état d’humidité
constaté après la préparation de chaque échantillon.
* Sols sableux : Teneur en eau de départ environ 5% à augmenter ou à diminuer de 1,5%.
* Sols limoneux : Teneur en eau de départ environ 12% à augmenter ou à diminuer de 2%. * Sols
Argileux : Teneur en eau de départ environ 18% à augmenter ou à diminuer de 2%.
- Les teneurs en eau à porter sur le graphe sont celles déterminées (calculées) sur l’éprouvette compactée et
séchée et non pas celles utilisées initialement pour l’humidification et le malaxage du matériau.
- Lorsque des matériaux friables tels que craies, marnes, schistes, grès et calcaires tendres,… etc sont
compactés, leur granulométrie est sensiblement modifiée, ce qui fait que leurs caractéristiques au compactage
perdent une partie de leur signification, ainsi l’essai nécessite une interprétation spécifique.
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- L’énergie de compactage peut parfois être différente de 25 et de 56 coups par couche, notamment dans le cas
des travaux de recherche visant à étudier l’influence de l’énergie de compactage sur le comportement d’un
matériau (voir figure 05).
γd
w
Figure 05 : Influence de l’énergie de compactage.
Méthodes analytiques
- Quelques méthodes analytiques sont proposées par certains auteurs (Fleureau et al 2002) pour l’estimation des
caractéristiques de compactage dans le cas de l’essai Proctor normal en fonction d’autres paramètres du
matériau étudié.
wOPN (%) = 1.99 + 0.46 wL – 0.0012 wL2
(Dans ces relations, prendre wL en %)
γdOPN (kN/m3) = 21 – 0.11 wL + 0.00024 wL2
Avec :
wL : Limite de liquidité ; wOPN : Teneur en eau optimale (Proctor normal) ; γdOPN : Poids volumique
sec maximal (Proctor normal).
Tableau 02 : Quelques exemples.
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Exemple d’application
Soit un matériau (X) compacté au laboratoire selon le processus du Proctor modifié, les résultats obtenus sont
présentés sur le tableau 03.
Tableau 03 : Présentation des résultats d’un essai Proctor
Teneur en eau Masses volumiques
Masse humide de Masse sèche de Teneurs en eau calculées
d’humidification sèches calculées
l’éprouvette l’éprouvette w = (Mh-Ms)*100/Ms ρd = Ms/V (V=2124cm3)
w (%) par rapport à la
Mh (g) Ms (g) (%) (g/cm3)
masse de l’échantillon
1,0 4276 4193 1,98 1,974
2,5 4514 4343 3,94 2,045
5,0 4886 4578 6,73 2,155
7,5 4953 4546 8,95 2,140
10,0 4798 4316 11,17 2,032
12,5 4725 4199 12,53 1,977
Masse volumique sèche (g/cm
2,20
ρ dmax
3)
2,15
2,10
2,05
2,00
1,95
1,90
0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15
wopt
Teneur en eau w (%)
Figure 06 : Courbes Proctor du matériau (X).
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Quelques interprétations et conclusions
À partir de la courbe Proctor sont déterminées les caractéristiques de compactage du matériau : w opt
= 7,8% et ρdmax = 2,165 g/cm3
- La forme de la courbe Proctor (sa courbure) peut nous renseigner sur la sensibilité du matériau à l’eau
(voir figure 07).
Masse2,volumique
20 sèche (g/cm
3) 2,15
2,10
2,05
2,00
1,95 Matériau non sensible à l'eau
Matériau sensible à l'eau
1,90
0 2 4 6 8 10 12 14
Teneur en eau w (%)
Figure 07 : Courbes Proctor montrant la sensibilité des matériaux à l’eau.
Les courbes Proctor très bombées représentent généralement les matériaux sensibles à l’eau (sols fins argileux).
Les courbes Proctor très aplaties représentent généralement les matériaux non sensibles à l’eau (sols grenus
sableux).
- À titre indicatif, les densités sèches (masses volumiques) généralement requises pour un matériau de
chaussée sont au voisinage de 2 g/cm3 ( > 1,8) , en fonction de l’importance du trafic et de la couche visée.
- S’il s’agit d’un talus, d’un ouvrage en terre comme une digue ou des couches de forme, on utilise le
Proctor normal, par contre pour la constitution des couches de fondations d’une chaussée, c’est le Proctor
modifié qui s’avère le plus adéquat.
- Pour un sol donné et pour un mode de compactage déterminé, il existe une seule teneur en eau
correspondant à la densité sèche maximale. S’il n’y a pas assez d’eau, la lubrification entre les grains n’est pas
assurée. S’il y a trop d’eau, les grains solides glissent les uns sur les autres et ne peuvent plus se placer afin
d’occuper une place minimale ; de plus, l’eau prend la place des vides et absorbe une partie de l’énergie de
compactage.
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