F.
MOUHOUB
15/10/23
DIAGONALISATION D’UN ENDOMORPHISME-D’UNE MATRICE
Dans cette partie on s’intéresse à la recherche d’une base de 𝐸 dans laquelle
l’endomorphisme 𝑓 est représenté par une matrice diagonale
Proposition : Si 𝜆1 , 𝜆2 , … , 𝜆𝑝 sont des valeurs propres distinctes de 𝑓 alors les
Sous-espaces propres correspondants 𝐸𝜆1 , 𝐸𝜆2 , … , 𝐸𝜆𝑝 sont deux à
Deux d’intersection nulle
Preuve : évident puisqu’un vecteur propre de 𝑓 est associé à une seule valeur propre
Proposition : soient 𝜆1 , 𝜆2 , … , 𝜆𝑝 des valeurs propres deux à deux distinctes
de 𝑓 et 𝑣1 , 𝑣2 , … , 𝑣𝑝 les vecteurs propres associés, alors le système
{𝑣1 , 𝑣2 , … , 𝑣𝑝 } est libre dans 𝐸
Preuve :
On procède par récurrence sur 𝑝 ∈ ℕ∗
Si 𝑝 = 1, {𝑣1 } est libre puisque 𝑣1 est un vecteur propre donc non nul
Supposons que le système {𝑣1 , 𝑣2 , … , 𝑣𝑝 } est libre et montrons que le système
{𝑣1 , 𝑣2 , … , 𝑣𝑝 , 𝑣𝑝+1 } est libre. (On supposera 𝑣𝑝+1 un vecteur propre associé à une
valeur propre 𝜆𝑝+1 distincte des autres 𝜆𝑖 )
Il s’agit de montrer que si 𝛼1 𝑣1 + 𝛼2 𝑣2 + ⋯ + 𝛼𝑝 𝑣𝑝 + 𝛼𝑝+1 𝑣𝑝+1 = 0𝐸 alors
𝛼1 = 𝛼2 = ⋯ = 𝛼𝑝 = 𝛼𝑝+1 = 0
On a : 𝛼1 𝑣1 + 𝛼2 𝑣2 + ⋯ + 𝛼𝑝 𝑣𝑝 + 𝛼𝑝+1 𝑣𝑝+1 = 0𝐸 (1)
⇒ 𝑓(𝛼1 𝑣1 + 𝛼2 𝑣2 + ⋯ + 𝛼𝑝 𝑣𝑝 + 𝛼𝑝+1 𝑣𝑝+1 ) = 𝑓 (0𝐸 ) = 0𝐸 Car 𝑓 application
⇒ 𝛼1 𝑓(𝑣1 ) + 𝛼2 𝑓(𝑣2 ) + ⋯ + 𝛼𝑝 𝑓(𝑣𝑝 ) + 𝛼𝑝+1 𝑓(𝑣𝑝+1 ) = 0𝐸 Car 𝑓 est linéaire
⇒ 𝛼1 𝜆1 𝑣1 + 𝛼2 𝜆2 𝑣2 + ⋯ + 𝛼𝑝 𝜆𝑃 𝑣𝑝 + 𝛼𝑝+1 𝜆𝑝+1 𝑣𝑝+1 = 0𝐸 (2)
En calculant ((2) − 𝜆𝑝+1 (1))on obtient alors :
𝛼1 (𝜆1 − 𝜆𝑝+1 )𝑣1 + 𝛼2 (𝜆2 − 𝜆𝑝+1 )𝑣2 + ⋯ + 𝛼𝑃 (𝜆𝑃 − 𝜆𝑝+1 )𝑣𝑝 = 0𝐸
D’après l’hypothèse de récurrence ceci implique :
𝛼1 (𝜆1 − 𝜆𝑝+1 ) = 𝛼2 (𝜆2 − 𝜆𝑝+1 ) = ⋯ = 𝛼𝑃 (𝜆𝑃 − 𝜆𝑝+1 ) = 0
Les 𝜆𝑖 étant deux à deux distinctes on retrouve donc 𝛼1 = 𝛼2 = ⋯ = 𝛼𝑝 = 0
En remplaçant dans (1) on obtient 𝛼𝑝+1 𝑣𝑝+1 = 0𝐸
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Ce qui donne 𝛼𝑝+1 = 0 car 𝑣𝑝+1 ≠ 0𝐸 ∎
Conclusion : Si 𝐸 est de dimension 𝑛 alors 𝑓 a au plus 𝑛 valeurs propres distinctes
En effet s’il existe 𝑝 valeurs propres distinctes, alors on peut trouver un système libre
formé de 𝑝 vecteurs mais dans un espace de dimension 𝑛 un système libre a au plus
𝑛 éléments ce qui se traduit par 𝑝 ≤ 𝑛
Définition : L’endomorphisme 𝑓 est diagonalisable s’il existe une base de 𝐸 dans
Laquelle la matrice de 𝑓 est diagonale, c‘est-à-dire de la forme
𝜆1 ⋯ 0
𝐷=(⋮ ⋱ ⋮ ) = 𝑑𝑖𝑎𝑔(𝜆1 , … , 𝜆𝑛 )
0 ⋯ 𝜆𝑛
De manière précise, si l’endomorphisme 𝑓 est représenté par une matrice 𝐴
dans une base 𝜉 = {𝑒1 , … , 𝑒𝑛 } de 𝐸 et si nous trouvons une autre base
𝐵 = {𝑣1 , … , 𝑣𝑛 } de 𝐸 où l’endomorphisme 𝑓 est représenté par une matrice
diagonale 𝐷, nous dirons que nous avons diagonalisé l’endomorphisme 𝑓 ou
La matrice 𝐴.
Par définition même de la matrice 𝐷, on a 𝑓 (𝑣𝑖 ) = 𝜆𝑖 𝑣𝑖 𝑝𝑜𝑢𝑟 𝑖 = ̅̅̅̅̅
1, 𝑛
Les 𝜆𝑖 sont donc des valeurs propres de 𝑓 et les 𝑣𝑖 sont les vecteurs propres
associés.
Définition : On dit qu’une matrice 𝐴 ∈ 𝑀𝑛 (𝐾) est diagonalisable si elle est
Semblable à une matrice diagonale. C’est-à-dire s’il existe une matrice 𝑃
Inversible telle que 𝑃−1 . 𝐴. 𝑃 est diagonale
Théorème : Pour qu’un endomorphisme 𝑓 de 𝐸 soit diagonalisable il faut et il suffit
Qu’il existe une base de 𝐸 formée de vecteurs propres de 𝑓
Preuve : Application directe de la définition d’un endomorphisme diagonalisable
Théorème :(Condition suffisante de diagonalisation)
Si 𝑓 possède 𝑛 valeurs propres distinctes dans 𝐾 alors 𝑓 est diagonalisable
Preuve : Si 𝑓 possède 𝑛 valeurs propres distinctes dans 𝐾 alors l’espace 𝐸 possède un
système formé de 𝑛 vecteurs propres linéairement indépendants.
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Ce système est une base de 𝐸 formé de vecteurs propres de 𝑓 et donc
l’endomorphisme 𝑓 est diagonalisable ∎
La réciproque est fausse en général, il suffit de prendre l’exemple de
l’endomorphisme diagonalisable 𝑖𝑑ℝ3 identité de ℝ3 , il admet comme valeur propre
la valeur 𝜆 = 1 d’ordre 3
Théorème : (Condition nécessaire et suffisante de diagonalisation)
𝑓 est un endomorphisme diagonalisable si et seulement si le polynôme
Caractéristique est scindé dans 𝐾 et la dimension de chaque sous-espace
Propre de 𝑓 est égale à l’ordre de multiplicité de la valeur propre correspondante.
Remarque : Si 𝐴 est la matrice de 𝑓 dans une base de 𝐸, le théorème du rang nous
permet d’écrire l’équivalence suivante :
𝐴 est diagonalisable si et seulement si 𝑟𝑔(𝐴 − 𝜆𝑖 𝐼𝑛 ) = 𝑛 − 𝑟𝜆𝑖 où 𝑟𝜆𝑖 est l’ordre de la
valeur propre 𝜆𝑖
Lorsque 𝑓 est diagonalisable on a 𝑑𝑖𝑚𝐸 = ∑ 𝑑𝑖𝑚 𝐸𝑖 (𝑓).
A retenir
Si 𝑓 ∈ 𝐸𝑛𝑑(𝐸) et 𝐴 ∈ 𝑀𝑛 (𝐾) la matrice de 𝑓 dans une base 𝐵 de 𝐸
Pour diagonaliser 𝑓 (ou 𝐴) :
1) On calcule le polynôme caractéristique 𝑃𝑓 = 𝑃𝐴 et on le factorise dans 𝐾[𝑋].
Les racines sont les valeurs propres de 𝑓 (ou 𝐴)
2)
Si 𝑃𝑓 n’est pas scindé dans 𝐾 alors 𝑓 n’est pas diagonalisable dans 𝐾
Si 𝑃𝑓 est scindé dans 𝐾 alors on détermine les sous-espaces propres 𝐸𝜆𝑖 (𝑓)
associés aux valeurs propres 𝜆𝑖 en résolvant les systèmes homogènes
(𝐴 − 𝜆𝑖 𝐼𝑛 )𝑣 = 0 et 𝑑𝑖𝑚𝐸𝜆𝑖 (𝑓) = 𝑛 − 𝑟𝑔(𝐴 − 𝜆𝑖 𝐼𝑛 )
Deux cas peuvent se présenter :
- Les valeurs propres sont simples et 𝑑𝑖𝑚𝐸𝜆𝑖 (𝑓) = 1, dans ce cas 𝑓 est
diagonalisable et une base de diagonalisation est la réunion des bases des
𝐸𝜆𝑖 (𝑓)
- Les valeurs propres non toutes simples et dans ce cas pour toutes valeurs
propres 𝜆𝑖 d’ordre 𝑚𝑖 si 𝑑𝑖𝑚𝐸𝜆𝑖 (𝑓) ≠ 𝑚𝑖 pour au moins un 𝑖 l’endomorphisme
𝑓 n’est pas diagonalisable. Et si pour tout 𝑖 ; 𝑑𝑖𝑚𝐸𝜆𝑖 (𝑓) = 𝑚𝑖
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l’endomorphisme 𝑓 est diagonalisable et une base de diagonalisation est
l’union de toutes les bases des 𝐸𝜆𝑖 (𝑓)
Exemples :
1/ Les matrices suivantes sont-elles diagonalisables ?
7 −12 −2 −2 8 6
1 2
𝐴=( );𝐵 =( 3 −4 0 ) ; 𝐶 = (−4 10 6 ) et
−1 3
−2 0 −2 4 −8 −4
1 −3 0 3
𝐷 = (−2 −6 0 13)
0 −3 1 3
−1 −4 0 8
Réponse :
Le polynôme caractéristique de A est 𝑃𝐴 (𝑋 ) = 𝑋 2 − 4𝑋 + 5
La matrice 𝐴 est diagonalisable dans ℂ mais pas dans ℝ car les valeurs propres sont
𝜆1 = 2 − 𝑖 𝑒𝑡 𝜆2 = 2 + 𝑖 sont complexes non réelles
Le polynôme caractéristique de B est 𝑃𝐵 (𝑋 ) = −𝑋(𝑋 + 1)(𝑋 − 2) les valeurs
propres de 𝐵 sont distinctes alors 𝐵 est diagonalisable
Le polynôme caractéristique de C est 𝑃𝐶 (𝑋 ) = −𝑋(𝑋 − 2)2 . La matrice C est
diagonalisable car 𝑟𝑔(𝐶 − 2𝐼) = 1
Le polynôme caractéristique de D est 𝑃𝐷 (𝑋 ) = 𝑋 4 − 4𝑋 3 + 6𝑋 2 − 4𝑋 + 1 =
(𝑋 − 1)4
La matrice D est non diagonalisable car sinon 𝑟𝑔(𝐷 − 𝐼) = 0 ce qui n’est pas
possible car 𝐷 − 𝐼 ≠ 0
2/ Diagonaliser l’endomorphisme 𝑓 de ℝ2 défini par 𝑓 (𝑥, 𝑦) = (2𝑥 + 3𝑦, 4𝑥 + 𝑦)
Réponse :
2 3
𝑓 est représenté, dans la base canonique ξ de ℝ2 , par la matrice 𝐴 = ( )
4 1
Son polynôme caractéristique est 𝑃𝐴 (𝑋 ) = 𝑋 2 − 3𝑋 − 10 = (𝑋 − 5)(𝑋 + 2)
Les valeurs propres de 𝑓 (ou de 𝐴 )sont 𝜆1 = 5 𝑒𝑡 𝜆2 = −2 qui sont distinctes dans ℝ
donc 𝑓 (ou 𝐴) est diagonalisable
Recherche des vecteurs propres
Posons 𝑣1 un vecteur propre associé à 𝜆1 = 5, on a
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−3𝑥 + 3𝑦 = 0
𝐴𝑣1 = 𝜆1 𝑣1 ⇔ (𝐴 − 𝜆1 𝐼)𝑣1 = 0 ⇔ { ⇔ 𝑥 = 𝑦 Nous choisissons
4𝑥 − 4𝑦 = 0
𝑣1 = (1,1)
Posons 𝑣2 un vecteur propre associé à 𝜆2 = −2, on a
−4
𝐴𝑣2 = 𝜆2 𝑣2 ⇔ (𝐴 − 𝜆2 𝐼)𝑣2 = 0 ⇔ 4𝑥 + 3𝑦 = 0 ⇔ 𝑦 = 𝑥 Nous choisissons
3
𝑣2 = (3, −4)
Il y a donc une base 𝐵 = {𝑣1 , 𝑣2 } de ℝ2 formée de vecteurs propres de 𝑓
5 0
La matrice 𝐴 est diagonalisable et semblable à la matrice diagonale 𝐷 = ( )
0 −2
(sur la diagonale de 𝐷 on retrouve les valeurs propres de 𝑓(ou de 𝐴)
La base 𝐵 = {𝑣1 , 𝑣2 } permet de diagonaliser 𝑓(ou de 𝐴), c’est une base de
diagonalisation.
1 3
La matrice de passage de ξ à 𝐵 est 𝑃 = ( ) et on a 𝐷 = 𝑃−1 . 𝐴. 𝑃
1 −4
Remarque : L’ordre où l’on dispose les valeurs propres dans la matrice 𝐷 n’a pas
d’importance, mais ce choix impose le même ordre pour les vecteurs propres dans la
matrice de passage.
−2 0 3 1
C’est-à-dire que 𝐴 est semblable à 𝐷 = ( ) Si 𝑃 = ( )
0 5 −4 1