SILVERIO Ludivine
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Commentaire de texte
Un personnage différent qui ose et attire l’attention par sa plume audacieuse et
singulière. Au XVIIème siècle, ce poète s’oppose au blason, renonce à la beauté idéale
féminine et contredit la littérature élogieuse et prestigieuse. En effet, il s’agit bien
de Paul Scarron, l’auteur de Recueil de quelques vers burlesques, de 1654. Il ne
semble pas adhérer au mouvement de son époque et décide, dans son poème, de
parodier la préciosité, qui est une sous branche du baroque. « Vous faites voir des
os » ce titre, est le premier détail de sa parodie, en mettant en avant la laideur. Dans
ce sonnet, Paul Scarron dévoile les défauts d’Hélène, son physique peu attirant, avec
cruauté. Ainsi, en quoi ce poème est-il satirique ? Pour y réfléchir au mieux, il
conviendra de se pencher sur les caractéristiques du sonnet amoureux et du blason,
puis, il sera bon d’analyser le détournement parodique de ces modèles.
Ce poème, est un détournement parodique du sonnet amoureux et du blason.
Tout d’abord, on retrouve l’image d’une femme affreuse. Ce poème est
principalement une description péjorative de la bouche d’Hélène. La comparaison
« des fragments noirs comme de l’ébène » (v.3) donne un sentiment de dégout et
répugne les lecteurs. Les deux premiers quatrains servent, exclusivement, à décrire
cette bouche et ces dents, ce qui accentue la négligence d’Hélène. De plus, un jeu de
couleur entre le blanc attendu et le noir « l’ébène » (l 3) malheureusement constaté,
amplifie la laideur. Le rouge symbolise le sang « sanglants » (l 8) ce qui renvoie à la
maladie et le manque d’hygiène. D’ailleurs, le champ lexical de la maladie est présent :
« cariés » (v.4) « tremblants » (l 4) « toux » (l 7) « sanglants » (l 8). La métaphore
hyperbolique « peut les mettre à vos pieds, déchaussés et sanglants » décrit de façon
comique cette bouche ignoble. Ainsi, nous pouvons constater que Scarron dépeint
l’image d’une femme hideuse à travers, essentiellement, la description de sa bouche.
Ensuite, Paul Scarron met en avant la stupidité d’Hélène. Contrairement à la
poésie amoureuse, il fait le blâme d’Hélène, à travers la polysémie du mot « vilaine
bête » (l 13) qui exprime à la fois l’abêtissement de celle-ci mais aussi sa méchanceté.
A travers, la polyptote du mot rire, « riez » (l 1, l 12, l 13), « rieuse » (l 9), « rire » (l
14) on perçoit une moquerie ; en effet, à cette époque, la femme rieuse est vulgaire
et manque, cruellement, d’élégance. L’ensemble de ces éléments indiquent qu’Hélène
n’est pas seulement affreuse, mais bel et bien stupide et méchante.
Enfin, il parodie le poème amoureux. Contrairement à l’image de Marot ou de
Ronsard (poètes de la Pléiade), Scarron ne reflète pas l’amour. Il n’essaie pas
d’honorer la femme mais, plutôt, de l’humilier et de la rendre profondément
répugnante, en détaillant sa bouche très laide. Effectivement, il fait un contre
blason. Habituellement le poète se porte comme conseiller de sa muse, mais ici
Scarron fait des injonctions (« Ne vous mêlez » (l 9), « Fréquentez » (l 10), « faites »
(l 11) ) qui sonnent, comme des ordres ou des conseils malveillants et fourbes. Il
donne l’impression, par l’ antithèse « rieuse / pleureuse » que la jeunesse d’Hélène est
rompue, et l’associe, désormais, à une vielle femme. Le dernier vers « Pourvu que vous
creviez de rire, il me suffit » marque la pointe du poème satirique, avec l’emploi du
verbe « pourvu », on sous-entend la malédiction. « Crever » est un verbe familier et
donne un sens violent et vulgaire. Ce vers, est le point culminant de la cruauté de
l’auteur.
Finalement, Scarron est très cruel, moqueur, méchant, insolant et adopte une
attitude cynique. Son contre blason dévoile la laideur, puis, la stupidité de la femme
et s’oppose, radicalement, au poème amoureux, par le biais de la satire. Le lecteur, se
questionne sur la motivation du poète vis-à-vis de ses écrits accablants qui
renversent la préciosité.