PHY731 Mecanique Quantique Avancee
PHY731 Mecanique Quantique Avancee
par
David SÉNÉCHAL
Ph.D., Professeur Titulaire
∂
k
h |ψ〉 = H|ψ〉
iħ
∂t k
m
l
n
a(k)|0〉 = 0
UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE
Faculté des sciences
Département de physique
(mars 2020)
2
Ce manuel électronique fut utilisé dans le cadre du cours PHY731 (Mécanique quantique, ni-
veau maîtrise) à l’Université de Sherbrooke, de 1993 à 2002. Il fait partie d’une collection de
manuels électroniques diffusés par des professeurs du département de physique de l’Univer-
sité de Sherbrooke. Il a été revisité pour une diffusion sous licence libre en collaboration avec
la fabriqueREL en mars 2020. Il est diffusé sous licence Creative Commons dans sa version
BY-NC, sauf indications contraires.
L’auteur, David Sénéchal, est professeur titulaire à l’Université de Sherbrooke. Son domaine de
recherche est la modélisation numérique des matériaux quantiques. C’est dans un esprit de
partage et de collaboration qu’il a décidé de partager cette ressource éducative libre. La liste
de ses publications est disponible sur Google Scholar.
2 Théorie de la symétrie 33
A Opérations de symétrie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
1 Symétries et transformations unitaires. . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
2 Translations et représentation en impulsion . . . . . . . . . . . . . . . 35
3 Évolution temporelle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
4 Parité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
5 Systèmes composites . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
B Théorie du moment cinétique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
1 Générateurs et moment cinétique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
2 États propres du moment cinétique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
3 Matrices de rotation. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
4 Composition du moment cinétique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
C Théorie des groupes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
1 Définitions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
2 Exemples . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
3 Représentations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
4 Algèbres de Lie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
5 Les groupes SU (2) et S O (3) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
D Lois de conservation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49
1 Théorème de Noether . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49
2 Écoulements de symétrie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
3
4 TABLE DES MATIÈRES
4 Deuxième Quantification 81
A Espace de Fock . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 81
1 États symétrisés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 81
2 Opérateurs de création et d’annihilation . . . . . . . . . . . . . . . . . 83
3 États antisymétrisés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 84
4 Relations d’anticommutation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
5 Densité et nombre de particules . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 86
6 États de base différents . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87
B Hamiltonien à un corps. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 88
1 Opérateurs à un corps . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 89
2 États propres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 91
3 Gaz de bosons et de fermions libres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 93
C Interaction à deux corps . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 94
1 Opérateurs à deux corps . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 94
2 Formulation lagrangienne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 96
D Approximation de Hartree-Fock . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97
1 Méthode du champ auto cohérent . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 98
2 Théorème de Wick . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 99
3 Équations de Hartree-Fock . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 100
E Annexe : Permutations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 103
3 Super-échange. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 119
C Ondes de spin . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 121
1 Cas ferromagnétique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 121
2 Cas antiferromagnétique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 124
6 Bosons 135
A Oscillateurs couplés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 135
1 Oscillateurs réels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 135
2 Dégénérescence des fréquences . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 137
3 Chaîne linéaire d’oscillateurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 138
4 Translations et impulsion cristalline . . . . . . . . . . . . . . . . . . 140
B Champ scalaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 142
1 Limite continue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 142
2 Relation de dispersion et énergie du vide . . . . . . . . . . . . . . . . . 145
3 Terme de masse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 147
4 Cas tridimensionnel. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 148
5 Fonctions propres générales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 148
C Photons . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 150
1 Rappels d’électromagnétisme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 151
2 Fonctions propres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 151
3 Polarisations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 153
D Théorème de Noether . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 154
1 Transformations continues . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 154
2 Transformations infinitésimales et théorème de Noether. . . . . . . . . . . 156
3 Tenseur d’énergie-impulsion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 158
4 Champ scalaire complexe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 159
7
TABLE DES MATIÈRES
8
PRÉFACE
La nombre d’ouvrages portant sur la mécanique quantique est très grand. Il est cependant difficile
d’en trouver un qui réponde à tous les besoins d’un cours de deuxième cycle, dans le cadre d’un
programme ayant un penchant pour la physique de la matière condensée. C’est la raison d’être de
ce manuel. Son ambition n’est pas de concurrencer les vastes ouvrages généraux sur la mécanique
quantique, mais d’effectuer les rappels nécessaires des notions de bases et de les compléter en met-
tant l’accent sur la deuxième quantification et les systèmes comportant un très grand nombre de
degrés de liberté.
Les trois premiers chapitres constituent un rappel des principes de base et de quelques applications
standards de la mécanique quantique. Le chapitre 2, sur la théorie de la symétrie, comporte des élé-
ments plus avancés, comme des notions de théorie des groupes. Au chapitre 4, on explique de ma-
nière formelle le formalisme de la deuxième quantification, ainsi que l’approximation de Hartree-
Fock. Au chapitre 5, on applique ce formalisme à des systèmes d’électrons en interaction dans un
réseau cristallin, après une rappel des concepts préliminaires (réseaux, théorème de Bloch, fonc-
tions de Wannier). On y introduit le modèle de Hubbard et la théorie des ondes de spin. Au cha-
pitre 6, on étudie des systèmes d’oscillateurs harmoniques couplés, ce qui mène naturellement à la
théorie du champ et à la quantification du champ électromagnétique. On applique ensuite les no-
tions de symétrie à des théories du champ. Ce chapitre constitue une autre avenue, plus naturelle,
à la deuxième quantification des bosons. Au chapitre 7, on étudie l’interaction de la lumière avec
la matière, dans le formalisme de la deuxième quantification (émission, absorption et diffusion de
photons). Au chapitre 8, on introduit la théorie relativiste de l’électron (équation de Dirac) en par-
tant de principes de symétrie (groupe de Lorentz). Enfin, au chapitre 9, on introduit la quantification
par intégrale de chemins, ainsi que sa généralisation à des systèmes de bosons et de fermions. On
discute aussi de la relation formelle entre la mécanique statistique et la mécanique quantique en
temps imaginaire, en particulier pour des systèmes ayant un grand nombre de degrés de liberté.
À la fin de chaque chapitre on trouve un petit nombre d’exercices, de difficultés inégales. Je remercie
les étudiants qui ont lu avec attention ces notes de cours dans les années passées et qui ont daigné
me signaler des corrections à effectuer. Je livre ce modeste cahier à leurs successeurs, en espérant
qu’ils y trouveront matière à réflexion.
9
TABLE DES MATIÈRES
10
CHAPITRE 1
La configuration d’un système physique à un moment donné est en principe spécifiée par n pa-
ramètres réels qu’on peut noter qi (i = 1, 2, . . . , n) et qu’on appelle coordonnées généralisées. Ces
coordonnées décrivent l’espace des configurations. La trajectoire du système est alors spécifiée par
la dépendance temporelle qi (t ) des coordonnées. Cette trajectoire est déterminée par le principe
de la moindre action, qui stipule que le système évolue selon le trajet qui rend l’action stationnaire.
L’action S est définie habituellement comme l’intégrale, sur le trajet, de la différence entre l’énergie
cinétique et l’énergie potentielle :
∫
S= dt L (q̇i , qi ) L (q̇i , qi ) = T (q̇i , qi ) − V (q̇i , qi ) (1.1)
La fonction L porte le nom de lagrangien et dépend des qi et de leurs dérivées par rapport au temps.
La condition que l’action soit stationnaire par rapport à une variation arbitraire δqi (t ) de la trajec-
toire mène aux équations de Lagrange :
d ∂L ∂L
− =0 (1.2)
dt ∂ q̇i ∂ qi
Cet ensemble d’équations est du deuxième ordre dans le temps, ce qui nécessite pour sa résolution
complète la spécification de 2n paramètres : les conditions initiales qi (0) et q̇i (0).
Dans la mécanique dite de Hamilton, l’état d’un système physique ayant n degrés de liberté est
spécifié par n coordonnées généralisées qi (i = 1, . . . , n ) et n moments conjugués (ou impulsions
généralisées) pi . Ces derniers sont définis en fonction du lagrangien comme suit :
∂L
pi ≡ (1.3)
∂ q̇i
11
Chapitre 1. Principes fondamentaux et Révision
Les équations de Hamilton sont du premier ordre, ce qui signifie que l’évolution future du système
est complètement spécifiée par l’état du système à un moment donné : la spécification des 2n quan-
tités (pi , qi ) au temps t = t 0 suffit à déterminer les fonctions du temps pi (t ) et qi (t ).
L’espace mathématique décrit par les 2n quantités pi et qi porte le nom d’espace des phases. Étant
données deux fonctions F et G sur cet espace, on définit le crochet de Poisson [F,G ] comme
∑ ∂F ∂G ∂G ∂F
[F,G ] ≡ − (1.6)
i
∂ qi ∂ pi ∂ qi ∂ pi
On vérifie que
[F,G ] = −[G , F ] (antisymétrie)
[F, a G + b H ] = a [F,G ] + b [F, H ] (linéarité)
(1.7)
[F G , H ] = [F, H ]G + F [G , H ] (différentiation d’un produit)
[F, [G , H ]] + [G , [H , F ]] + [H , [F,G ]] = 0 (identité de Jacobi)
Les équations de Hamilton deviennent alors
ṗi = [pi , H ] q̇i = [qi , H ] (1.8)
À l’aide des équations de Hamilton, on montre que la dérivée totale par rapport au temps d’une
fonction F (pi , qi , t ) est
∂F
F˙ = [F, H ] + (1.9)
∂t
où le premier terme provient du déplacement dans l’espace des phases du point (pi , qi ) où est éva-
luée la fonction F et le deuxième terme provient de la dépendance explicite de F sur le temps.
En supposant que la fonction F ne dépende pas explicitement du temps, elle sera conservée, c’est-
a-dire constante lors de l’évolution temporelle du système, si son crochet de Poisson avec H s’an-
nule : [F, H ] = 0. Ceci est évidemment vrai de H lui-même, d’où la conservation de l’énergie si H ne
dépend pas du temps. Si H ne dépend pas explicitement d’une coordonnée particulière q j , alors le
moment conjugué p j sera aussi conservé, comme il est évident d’après les équations de Hamilton.
La description donnée ci-dessus est faite en fonction de variables dites canoniques, à savoir les pi
et qi . On peut toutefois décrire l’espace des phases à l’aide d’autres variables, canoniques ou non.
L’important est la définition d’un crochet de Poisson [F,G ] satisfaisant aux propriétés (1.7) et d’un
hamiltonien H . Cependant, si les variables sont canoniques, l’expression explicite du crochet de
Poisson prend la forme simple (1.6) et on a
[qi , p j ] = δi j [pi , p j ] = [qi , q j ] = 0 (1.10)
12
B. Quantification canonique
L’oscillateur harmonique en une dimension est décrit par une coordonnée x et son lagrangien est
1 1
L = m ẋ 2 − m ω2 x 2 (1.11)
2 2
où m est la masse et ω la fréquence (pulsation). L’impulsion correspondante est p = m ẋ . Le hamil-
tonien est donc
p2 1
H= + m ω2 x 2 (1.12)
2m 2
Les équations de Hamilton sont
ṗ = −m ω2 x ẋ = p /m (1.13)
Une autre façon de décrire l’oscillateur harmonique, utilisant cette fois les avantages du formalisme
de Hamilton, procède par l’introduction d’une variable complexe a :
mω
s
a≡ (x + i p /mω) (1.15)
2
On vérifie aisément que
H = ωa ∗ a et [a , a ∗ ] = −i (1.16)
Ce qui implique les équations du mouvement suivantes :
B Quantification canonique
Rappelons ici les idées fondamentales de la mécanique quantique telles que décrites par le forma-
lisme dit canonique :
13
Chapitre 1. Principes fondamentaux et Révision
L’état d’un système est décrit non pas par un point dans l’espace des phases, mais plutôt par un
vecteur ψ appartenant à un espace de Hilbert S appelé espace des états. Rappelons la définition d’un
espace de Hilbert S :
1. S est un espace vectoriel.
2. S est muni d’un produit hermitien (ψ, φ) (ou produit bilinéaire) définissant une norme défi-
nie positive : ||ψ||2 ≡ (ψ, ψ) ≥ 0.
3. S est complet, c’est-à-dire que chaque suite de Cauchy converge vers une limite appartenant
à S . Rappelons qu’une suite {ψn } est une suite de Cauchy si limi , j →∞ ||ψi − ψ j || = 0.
Rappelons aussi les propriétés du produit hermitien :
(ψ, φ1 + φ2 ) = (ψ, φ1 ) + (ψ, φ2 )
(ψ, c φ) = c (ψ, φ) (1.18)
∗
(ψ, φ) = (φ, ψ)
Lorsqu’un système physique est formé de l’union de deux systèmes – par exemple, un noyau plus
un électron – alors l’espace des états du système total est le produit tensoriel des espaces décrivant
les deux sous-systèmes : S = S1 ⊗ S2 .
On utilisera couramment la notation de Dirac, dans laquelle on utilise le symbole | · · ·〉 pour enca-
drer un élément de S (e.g. |ψ〉, |φ〉) et le symbole 〈 | pour encadrer un élément de l’espace dual S ∗ .
Rappelons que le dual S ∗ de S est l’espace des formes linéaires agissant sur S . Une forme linéaire est
une application linéaire de S vers C. Étant donnée l’existence du produit hermitien (ψ, φ) dans S ,
on peut associer à chaque élément |ψ〉 de S une forme linéaire dénotée 〈ψ| dont l’action est définie
par la relation
〈ψ|φ〉 ≡ (ψ, φ) (1.19)
Nous utiliserons désormais la notation 〈ψ|φ〉 pour désigner le produit hermitien.
L’espace de Hilbert est généralement décrit à l’aide de bases orthonormées complètes. Une telle base
est un ensemble {|n 〉} de vecteurs tel que
∑
〈n |m〉 = δmn |n 〉〈n| = 1 (1.20)
n
Rappelons que l’opérateur |n〉〈n | est un opérateur de projection : agissant sur un état |ψ〉, il le pro-
jette sur l’état |n〉 et n’en conserve que la composante dans cette direction. L’équation de droite
ci-haut signifie qu’aucun vecteur de S n’est orthogonal à tous les vecteurs de base et constitue la
définition d’un ensemble complet de vecteurs. Cette équation porte le nom de relation de complé-
tude ou de fermeture. Tout état |ψ〉 peut être exprimé en fonction d’une base orthonormée complète
de la manière suivante : ∑
|ψ〉 = |n 〉〈n|ψ〉 (1.21)
n
L’exemple classique d’espace de Hilbert est l’ensemble L 2 des fonctions complexes quadratique-
ment intégrables ψ(x ) définies sur R, avec le produit hermitien
∫
(ψ, φ) ≡ dx ψ∗ (x )φ(x ) (1.22)
R
14
B. Quantification canonique
Par quadratiquement intégrables, on veut dire que la norme (ψ, ψ) est finie. Il s’agit de l’espace des
états d’une particule sans spin se déplaçant dans une dimension d’espace. La généralisation à trois
dimensions est bien sûr immédiate, alors que la généralisation à un nombre fini de particules se fait
simplement par produit tensoriel.
Il est bon ici de faire quelques rappels sur les opérateurs hermitiens. Rappelons que l’adjoint A †
d’un opérateur linéaire A est défini par la relation 〈A † ψ|ψ′ 〉 = 〈ψ|Aψ′ 〉, pour tous les états |ψ〉, |ψ′ 〉.
A † est aussi appelé le conjugué hermitien de A. Il est évident que (AB )† = B † A † et que (c A)† = c ∗ A † ,
c étant un nombre complexe quelconque. Un opérateur A est dit hermitien si A † = A. On montre
facilement que les valeurs propres d’un opérateur hermitien sont réelles et que les vecteurs propres
associés à des valeurs propres différentes sont orthogonaux. Dans un espace de dimension finie, un
opérateur hermitien A est toujours diagonalisable, c’est-à-dire qu’il est possible de former une base
orthonormée complète {|n〉} avec ses vecteurs propres. Dans cette base, l’opérateur A s’exprime
ainsi : ∑
A= a n |n 〉〈n | (1.23)
n
où a n est la valeur propre associée au vecteur propre |n 〉 : A|n 〉 = a n |n 〉. Dans un espace de dimen-
sion infinie, cette propriété n’est pas valable pour tous les opérateurs hermitiens et nous réserve-
rons le nom d’observables aux opérateurs hermitiens dont les vecteurs propres forment une base,
c’est-à-dire un ensemble orthonormé complet.
Rappelons aussi que si deux observables A et B commutent, c.-à-d. si [A, B ] = 0, alors il est possible
de construire un ensemble de vecteurs propres communs aux deux opérateurs et formant une base.
En général un opérateur possède plusieurs vecteurs propres associés à une même valeur propre et
donc la valeur propre ne suffit pas à spécifier un état quantique bien déterminé. Pour cette rai-
son on considère des ensembles complets d’observables qui commutent (E.C.O.C.). Les opérateurs
A, B , C , etc. d’un E.C.O.C. possèdent des vecteurs propres communs, c’est-à-dire qu’ils peuvent
être diagonalisés simultanément. Ils forment un ensemble complet, c’est-à-dire que le multiplet
de valeurs propres (a i , b j , ck , . . . ) suffit à spécifier un vecteur propre unique. Un exemple d’E.C.O.C.
pour l’atome d’hydrogène non relativiste est formé par le hamiltonien H , le carré L2 du moment
cinétique orbital, le carré S2 du spin et les composantes L z et Sz du moment cinétique orbital et du
spin.
Un autre postulat de la mécanique quantique est qu’une quantité physique (position, impulsion,
énergie, moment cinétique, etc.) est représentée par une observable A agissant dans l’espace des
états. Les valeurs possibles que cette quantité physique peut admettre sont les valeurs propres de A.
Un état physique |ψ〉 peut toujours être décomposé selon la base des vecteurs propres {|n 〉} d’une
observable A et la probabilité que la quantité A ait une valeur a n est proportionnelle à la norme
de la projection de |ψ〉 sur le sous-espace vectoriel associé à la valeur propre a n . Si un seul vecteur
15
Chapitre 1. Principes fondamentaux et Révision
Le passage d’une description classique (dans le formalisme de Hamilton) à une description quan-
tique se fait de la manière suivante : les quantités définies sur l’espace des phases deviennent des
opérateurs agissant dans l’espace des états et le crochet de Poisson [F,G ] de deux quantités est rem-
placé par le commutateur des deux opérateurs, fois une constante :
1 1
[F,G ] −→(F G − G F ) = [F,G ] (1.27)
iħ
h iħ
h
Le facteur de i a pour but de s’assurer que le membre de droite est hermitien si F et G le sont et le
h est une constante ayant les dimensions de l’action dont le rôle est de préserver les unités
facteur ħ
du crochet de Poisson. 2 Notons que cette correspondance satisfait à toutes les propriétés (1.7). Aux
variables canoniques pi , q j de la mécanique correspondent donc des opérateurs Pi et Q j obéissant
aux relations de commutations suivantes :
[Qi , Pj ] = i ħ
h δi j (1.28)
Les valeurs de deux variables conjuguées Q et P obéissant à [Q , P ] = i ħ
h ne peuvent être bien dé-
terminées simultanément. On démontre la relation d’incertitude suivante, dans un état arbitraire :
1
∆Q ∆P ≥ hħ (1.29)
2
1. On peut arguer que l’interprétation de |〈n|ψ〉|2 comme probabilité est compatible avec l’effondrement de la fonc-
tion d’onde, en vertu de considérations générales sur l’interaction d’un système microscopique avec un système macro-
scopique faisant office d’appareil de mesure (voir GOTTFRIED, p. 185 et suivantes). Cet argument fait appel à la notion de
décohérence.
2. La constante de Planck réduite ħh est égale à 1, 054.10−34 J.s, ou encore 6, 58.10−16 eV.s.
16
B. Quantification canonique
La quantification canonique d’un système physique ayant un hamiltonien H nous conduit naturel-
lement à l’équation suivante pour l’évolution temporelle d’une quantité physique représentée par
un opérateur A :
i ∂A
Ȧ = [H , A] + (1.30)
h
ħ ∂t
Ceci découle de (1.9) et de (1.27). Nous supposerons habituellement que l’opérateur A ne dépend
pas explicitement du temps, de sorte que ∂ A/∂ t = 0. L’équation ci-haut porte le nom d’équation du
mouvement de Heisenberg. Cette évolution temporelle des opérateurs suppose que les états de S
n’évoluent pas dans le temps : toute la dynamique est reportée sur les opérateurs. Cette conception
de la dynamique est appelée point de vue de Heisenberg et sera celle employée dans ce cours la
plupart du temps.
Une conception physiquement équivalente, le point de vue de Schrödinger, suppose que les opéra-
teurs sont constants, mais que les états varient dans le temps. Les deux points de vue sont reliés par
une transformation unitaire (voir chapitre 2). Dans le point de vue de Schrödinger, l’état |ψ〉S , af-
fublé d’un indice pour bien indiquer le point de vue, obéit à une équation différentielle du premier
ordre : l’équation de Schrödinger :
d
iħ
h |ψ(t )〉S = H |ψ(t )〉S (1.31)
dt
Si |ψ〉S est un état propre du hamiltonien avec valeur propre (énergie) E , alors son évolution tem-
porelle est obtenue par un simple facteur de phase :
Une base particulièrement usitée dans la description des états est celle des états propres |r〉 de l’opé-
rateur de position R d’une particule (nous adoptons une notation tridimensionnelle). Le problème
est que ces états ne sont pas normalisables, car ils ne sont pas réalisables en pratique : ils demandent
une précision infinie dans la position de la particule, alors que la position peut prendre un conti-
nuum de valeurs. C’est le problème associé à un spectre continu de valeurs propres. On adopte
plutôt la normalisation suivante :
∫
〈r|r′ 〉 = δ(r − r′ ) et d3 r |r〉〈r| = 1 (1.33)
La décomposition d’un état |ψ〉 selon cette base se fait à l’aide de la fonction d’onde ψ(r) :
∫
|ψ〉 = d3 r ψ(r)|r〉 ψ(r) ≡ 〈r|ψ〉 (1.34)
17
Chapitre 1. Principes fondamentaux et Révision
h
ħ
∇ψψ∗ − ψ∇ψ∗
J= (1.39)
2i m
Dans cette section nous allons discuter de problèmes élémentaires de mécanique quantique im-
pliquant tous la propagation d’une particule en une dimension, à travers des puits et barrières de
potentiels. Dans ce type de situation, l’énergie potentielle est une constante sauf en un nombre
fini de points (les interfaces). Le rôle des conditions aux limites et de continuité est alors essen-
tiel. Remarquons que le développement des techniques de nanofabrication a permis de réaliser en
pratique des systèmes qui n’étaient auparavant que des curiosités à caractère pédagogique.
18
C. Puits et barrières de potentiel en une dimension
Considérons le potentiel unidimensionnel illustré sur la figure 1.1. Supposons qu’une particule
d’énergie E se dirige vers la droite et rencontre cette série de puits et de barrières. La question est
de calculer la probabilité que la particule réussisse à traverser ce potentiel (le coefficient de trans-
mission T ).
V
h3
E
FIGURE 1.1
Série de barrières et puits de potentiel en une dimen- h1
sion. h4
x1 x2 x3 x4 x
h2
Dans la région qui suit la coordonnée xn , le potentiel est constant et égal à hn . La forme la plus
générale de la fonction d’onde associée à une état propre d’énergie E dans cette région est
2m(E − hn )
p
i kn x −i kn x
ψn (x ) = u n e + vn e kn = (1.40)
h
ħ
Si E < hn , alors kn est imaginaire et la fonction d’onde est alors une combinaison d’exponentielles
croissante et décroissante. Dans le cas contraire (E > hn ) il s’agit simplement d’une superposition
d’ondes progressives se dirigeant dans les deux sens.
À chaque interface (située à xn ) la fonction d’onde doit satisfaire à deux conditions de continuité :
ψ et ∂ ψ/∂ x doivent être continus, afin que le courant de probabilité
dψ∗
∗ dψ
J = (ħ
h /2i m ) ψ − ψ (1.41)
dx dx
soit continu et qu’aucune probabilité ne soit ‘perdue’ aux interfaces. Sous forme matricielle, la
condition de continuité à l’interface xn prend la forme suivante :
ei kn−1 xn e−i kn−1 xn u n −1 ei k n x n e−i kn xn un
i kn−1 xn −i kn −1 xn
= i kn xn −i kn xn
(1.42)
kn −1 e −kn−1 e vn−1 kn e −kn e vn
Ici nous avons imposé la condition qu’aucune onde ne vient de la droite (vN = 0) et que l’onde
incidente est normalisée de la façon habituelle (u 0 = 1). On définit la matrice de transfert T comme
19
Chapitre 1. Principes fondamentaux et Révision
L’amplitude de l’onde transmise est alors u N = 1/T11 , alors que l’amplitude de l’onde réfléchie est
v0 = T21 u N = (T21 /T11 ).
kN
T + R = 1 ou |T11 |2 − |T21 |2 = (1.47)
k0
D’après l’expression donnée ci-haut pour M n et Nn , on calcule que la matrice de transfert qui ef-
fectue le passage d’une interface est
1 e−i kn−1 xn 0 kn + kn−1 −kn + kn−1 ei k n x n 0
M n−1 Nn = (1.48)
2kn−1 0 ei kn −1 xn −kn + kn−1 kn + kn−1 0 e−i kn xn
Le déterminant de ce produit est det(M n−1 Nn ) = kn /kn−1 . Il s’ensuit que le déterminant de la matrice
de transfert complète (associée à N interfaces) est det T = kN /k0 , ce qui est égal à 1 si les le potentiel
retombe à son niveau initial après la barrière.
si kn et kn−1 sont tous les deux réels (ou tous les deux imaginaires). On vérifie que le produit
de deux matrices de ce type donne encore une matrice de ce type : il y a propriété de groupe
(cf. Sect. (2.C)). Donc, la matrice de transfert, qui est un produit de matrices de ce type, possède
aussi cette propriété : T22 = T11∗ et T12 = T21∗ . Même si cet argument n’est valable que si E est plus
grand que la plus haute des barrières, cette propriété est néanmoins vraie dans tous les cas où
E > hN . On voit qu’elle est parfaitement compatible avec la conservation de la probabilité, puisque
det T = |T11 |2 − |T21 |2 = (kN /k0 ), ce qui coïncide avec la relation T + R = 1. D’autre part, si E < hN ,
on montre plutôt que la matrice de transfert a la propriété suivante : T21 = T11∗ et T22 = T12∗ , de sorte
que le coefficient de réflexion est égal à 1 dans ce cas.
20
C. Puits et barrières de potentiel en une dimension
D’autre part, la translation produit une autre matrice de transfert T ′ telle que C0′ = T ′ CN′ . Il s’ensuit
que la matrice translatée T ′ est
′ e−i k a 0 ei k a 0
T = T (1.51)
0 ei k a 0 e−i k a
Cette formule permet de traiter facilement des situations où deux barrières identiques (ou plus)
apparaissent dans un même complexe.
(k 2 + β 2 )2 −1
T = 1+ cosh(2β a ) − 1 (1.53)
8β 2 k 2
Dans ce cas, T est toujours strictement plus petit que 1. Dans la limite β a ≫ 1 – ce qui signifie que
l’atténuation de la fonction d’onde à travers la barrière est énorme – le coefficient de transmission
se comporte comme ∼ e−2β a .
Même si le coefficient de transmission T est toujours inférieur à 1 dans le cas d’une barrière simple,
il est possible de l’augmenter en ajoutant une autre barrière identique à la première, une distance l
plus loin. Ceci peut paraître surprenant, mais est possible si la longueur d’onde de de Broglie de la
particule incidente coïndice à peu près avec la distance entre les barrières : il s’agit d’un phénomène
de résonance. En fait, il faut que l’énergie E coïncide avec l’énergie d’un état quasi-lié qui existe
dans le puits situé entre les deux barrières.
Calculons la matrice de transfert TD.B. pour la double barrière en fonction de la matrice de transfert
T pour la barrière simple. Il s’agit de translater une copie de T par une distance l . On obtient
T11 T21∗ e−i k l 0 T11 T21∗ ei k l 0
TD.B. = (1.54)
T21 T11∗ 0 ei k l T21 T11∗ 0 e−i k l
21
Chapitre 1. Principes fondamentaux et Révision
où TB et RB sont les coefficients de transmission et de réflexion pour une barrière simple. Le coef-
ficient de transmission global est finalement
−1
−2 4RB 2
TD.B. = |(TD.B. )11 | = 1+ cos (θ + k l ) (1.57)
TB2
D Oscillateur harmonique
Le système le plus simple et le plus important dans toute la physique théorique est sans doute l’os-
cillateur harmonique. Le hamiltonien d’un oscillateur simple est
P2 1
H= + mω2 X 2 (1.58)
2m 2
où m est la masse de l’oscillateur et ω sa fréquence. Rappelons ici comment on détermine le spectre
du hamiltonien à l’aide des opérateurs d’échelle (voir la section 1.A.3) : on définit l’opérateur
mω
s
a≡ (X + i P /m ω) (1.59)
h
2ħ
En tenant compte de la relation [X , P ] = i ħ
h , on vérifie aisément que
1
H= hħ ω(a † a + a a † ) et [a , a † ] = 1 (1.60)
2
La relation de commutation nous permet d’écrire
1
H =ħ
h ω(N + ) N ≡ a †a (1.61)
2
22
D. Oscillateur harmonique
Les opérateurs a et a † , qui ne sont pas hermitiens, ont la propriété de diminuer et d’augmenter
respectivement la valeur propre de N , donc aussi de H . Pour cette raison, a et a † sont appelés
opérateurs d’échelle. Soyons explicites : soit |n〉 un vecteur propre de N avec valeur propre n . Alors
a † |n〉 est encore un vecteur propre de N , cette fois avec valeur propre n + 1, car
N a † |n 〉 = a † a a † |n〉
= a † (1 + a † a )|n 〉
= (1 + n)a † |n〉
∝ |n + 1〉 (1.62)
N a |n 〉 = a † a a |n 〉
= (−1 + a a † )a |n 〉
= (−1 + n )a |n 〉
∝ |n − 1〉 (1.63)
[N , a † ] = a † [N , a ] = −a (1.64)
En général, si le commutateur de deux opérateurs A et B est [A, B ] = β B , cela signifie que l’opérateur
B , agissant sur un état propre de A avec valeur propre α, produit un autre état propre de A avec
valeur propre α + β .
Il s’ensuit que p p
a † |n 〉 = n + 1|n + 1〉 a |n 〉 = n |n − 1〉 (n ̸= 0) (1.66)
On déduit de cette dernière relation que n doit être un entier positif ou nul. En effet, l’ensemble des
valeurs propres de N forme une suite de valeurs espacées de 1 :
et à chacune de ces valeurs propres ne correspond qu’un seul état propre (aucune dégénérescence).
Si n n’était pas un entier, il s’ensuivrait une suite infinie d’états de norme négative avec n < 0, ce qui
est impossible : on a supposé dès le départ que le produit bilinéaire est défini positif sur l’espace
des états. Si n est entier, cette suite se termine avec n = 0 en raison de la relation a |0〉 = 0. L’état
|0〉 est donc l’état fondamental du hamiltonien : H |0〉 = 12 ħ h ω|0〉. Les états excités s’obtiennent alors
simplement en appliquant a † à répétition :
1 1
H |n 〉 = (n + )ħ
h ω|n 〉 |n 〉 = p (a † )n |0〉 (1.68)
2 n!
Remarques :
23
Chapitre 1. Principes fondamentaux et Révision
F Un opérateur de la forme a † a , où a est un opérateur quelconque, n’a que des valeurs propres
positives ou nulles. En effet, il suffit de montrer que la valeur moyenne de a † a dans n’importe
quel état |ψ〉 est non négative :
Cette dernière quantité étant la norme d’un vecteur d’état, est positive, ou nulle si a |ψ〉 = 0.
F Comme [H , a ] = −ħ
h ωa , l’évolution temporelle de a est donnée par
i
ȧ = [H , a ] = −i ωa =⇒ a (t ) = a (0) e−i ωt (1.70)
h
ħ
Ce qui coïncide avec la version classique du problème.
F La fonction d’onde de l’état |n〉 se trouve aisément en appliquant l’opérateur différentiel
s
mω 1 d
†
a ≡ − h
ħ +x (1.71)
h
2ħ m ω dx
sur la fonction d’onde de l’état fondamental ψ0 (x ) = 〈x |0〉. Cette dernière satisfait à l’équation
1 d
h
ħ + x ψ0 (x ) = 0 (1.72)
m ω dx
Ce qui implique
1
ψ0 (x ) ∝ exp − m ωx 2 /ħ
h (1.73)
2
Les états propres |n 〉 du hamiltonien ne sont pas très utiles pour faire le lien avec la théorie classique
de l’oscillateur harmonique. À cette fin on introduit une famille d’états appelés états cohérents, ca-
ractérisée par un paramètre complexe z :
2 /2 †
|z 〉 ≡ e−|z | ez a |0〉 (1.74)
La constante e−|z | /2 assure la normalisation 〈z |z 〉 = 1, comme nous le vérifierons plus bas. L’état
2
|z 〉 est une superposition de tous les états propres |n 〉, comme on peut le constater en développant
l’exponentielle en série et en substituant la définition de |n〉 :
∞
2 /2
∑ zn
|z 〉 = e−|z | p |n 〉 (1.75)
n=0 n !
L’essentiel des propriétés des états cohérents peut être démontré à l’aide de la relation suivante :
† †
[a , ez a ] = z ez a (1.76)
Pour démontrer cette relation, on doit d’abord montrer que [a , (a † )n ] = n (a † )n−1 , ce qui se fait aisé-
ment par récurrence, c’est-à-dire en supposant que la relation est vraie pour n − 1 :
[a , (a † )n ] = a a † (a † )n−1 − a † (a † )n−1 a
24
D. Oscillateur harmonique
= a † [a , (a † )n−1 ] + (a † )n −1
= a † (n − 1)(a † )n−2 + (a † )n−1
= n (a † )n−1 (1.77)
Il faut aussi constater que le résultat est vrai pour n = 1, ce qui est ici évident. Ensuite, on procède
à un développement de Taylor :
∞ n ∞ ∞ n
†
∑ z ∑ zn ∑ z †
[a , ez a ] = [a , (a † )n ] = (a † )n−1 = z (a † )n = z ez a (1.78)
n=0
n! n=1
(n − 1)! n=0
n!
Dans la dernière équation nous avons fait la substitution n → n + 1. La relation (1.76) est donc
démontrée.
Cette relation nous permet d’affirmer que |z 〉 est un état propre de a avec valeur propre z :
2 /2 †
a |z 〉 = e−|z | a ez a |0〉
2 /2 †
= e−|z | [a , ez a ]|0〉 (a |0〉 = 0)
−|z |2 /2 za†
=ze e |0〉
= z |z 〉 (1.79)
Il s’ensuit que a m |z 〉 = z m |z 〉 ou, plus généralement, f (a )|z 〉 = f (z )|z 〉, où f est une fonction ana-
lytique quelconque. Ceci nous permet de confirmer la normalisation de |z 〉 :
2 /2 ∗
〈z |z 〉 = e−|z | 〈0| ez a |z 〉
2 /2
= e|z | 〈0|z 〉
†
= 〈0| ez a |0〉
z2
= 〈0| |0〉 + z |1〉 + p |2〉 + · · · = 1 (1.80)
2
1 1
〈w |z 〉 = exp − |z |2 + |w |2 − 2w ∗ z /2 = exp − |z − w |2 exp (w ∗ z − w z ∗ )
(1.81)
2 2
où (w ∗ z − w z ∗ ) est purement imaginaire. Le recouvrement des états cohérents diminue donc rapi-
dement avec la distance |z − w |.
D (z ) ≡ exp(−z ∗ a + z a † ) (1.82)
25
Chapitre 1. Principes fondamentaux et Révision
Ceci nous permet d’écrire la définition d’un état cohérent normalisé comme |z 〉 = D (z )|0〉.
Étudions maintenant les valeurs moyennes et les fluctuations de X et de P dans l’état cohérent |z 〉.
Rappelons que
√ ħ h †
√ħ hmω
X= (a + a ) P= (a − a † )/i (1.88)
2mω 2
Comme 〈z |a |z 〉 = z , 〈z |a † |z 〉 = z ∗ , 〈z |a † a |z 〉 = |z |2 et 〈z |a a † |z 〉 = |z |2 + 1, on en déduit que
h
2ħ 1
h 〈z |X 2 |z 〉 = ( Re z )2 +
√ 2ħ
〈z |X |z 〉 = Re z mω 4
mω (1.89)
1
〈z |P 2 |z 〉 = 2ħ
h m ω ( Im z )2 +
p
〈z |P |z 〉 = 2ħh m ω Im z 4
h
ħ
(∆X )2 ≡ 〈z |X 2 |z 〉 − (〈z |X |z 〉)2 =
2mω (1.90)
hmω
ħ
(∆P )2 =
2
On note que la relation d’incertitude est tout juste satisfaite :
1
(∆X )(∆P ) = hħ (dans |z 〉) (1.91)
2
Pour fins de comparaison, notons que dans l’état propre |n 〉 la relation d’incertitude devient
1
(∆X )(∆P ) = (2n + 1) hħ (dans |n 〉) (1.92)
2
26
D. Oscillateur harmonique
Donc les états cohérents minimisent l’incertitude quantique. Dans ce sens, ce sont les états qui se
rapprochent le plus des trajectoires classiques et on les nomme aussi états quasi classiques.
Pour s’en convaincre un peu plus, calculons leur évolution temporelle du point de vue de Schrö-
dinger : étant donné que
1
|n (t )〉 = |n 〉 exp −i (n + )ωt (1.93)
2
on déduit de (1.75) que
∞
−|z |2 /2 −i ωt /2
∑ zn
|z (t )〉 = e e p e−i nωt |n 〉
n=0 n ! (1.94)
= e−i ωt /2 | e−i ωt z (0)〉
Le paramètre z effectue donc un mouvement circulaire dans le plan complexe, avec une fréquence
ω et une amplitude |z | constante. Comme 〈X 〉 ∝ Re z et 〈P 〉 ∝ Im z , on voit que ces oscillations
correspondent bel et bien aux oscillations classiques, sauf que les valeurs de X et P ne sont pas
précisément déterminées.
Le fait que le module |z | ne change pas avec le temps provient de ce que |z |2 est égal à la valeur
moyenne de N = a † a :
〈z |N |z 〉 = 〈z |a † a |z 〉 = |z |2 (1.95)
Puisque N commute avec le hamiltonien, il s’ensuit que 〈N 〉 est constant. On associe donc 〈N 〉
à l’amplitude de l’oscillation de z . La limite classique est obtenue quand la valeur moyenne |〈X 〉|
est grande (la plupart du temps) en comparaison de l’incertitude ∆X . Dans cette limite la valeur
moyenne de N est donc ≫ 1.
27
Chapitre 1. Principes fondamentaux et Révision
Problèmes
1 1
e−A B eA = B + [B , A] + [[B , A], A] + [[[B , A], A], A] + · · · (1.96)
2! 3!
28
D. Oscillateur harmonique
sinh(c )
e−A B eA = B cosh(c ) + [B , A] (1.98)
c
d 1
(A + t B )n = − n (n − 1)c (A + t B )n−2 + n (A + t B )n −1 B (1.102)
dt 2
C Montrez que
dn A+t B
e = eA+t B (B − c /2)n (1.103)
dt n
29
Chapitre 1. Principes fondamentaux et Révision
est
P (0)
X (t ) = X (0) cos ωt + sin ωt (1.104)
mω
Pour ce faire, utilisez la définition de l’évolution temporelle dans la représentation de Heisenberg
où T symbolise le produit chronologique, qui place les facteurs qui suivent dans l’ordre des
temps les plus récents aux plus anciens, de gauche à droite. Ainsi, T X (t )X (0) = θ (t )X (t )X (0) +
θ (−t )X (0)X (t ), où θ (t ) est la fonction de Heaviside. Calculez G (t ).
D (z )D (w ) = D (z + w ) e(w
∗ z −w z ∗ )/2
(1.110)
30
D. Oscillateur harmonique
i
T (b ) = exp − b P (1.111)
h
ħ
où P est l’opérateur d’impulsion ?
E En supposant que z est réel positif à t = 0 – ce qui équivaut à un choix particulier de l’origine
des temps – montrez que la fonction d’onde ψz (x , t ) dans le schéma de Schrödinger est
m ω 1/4 2
mω
s s
−i ωt /2 mω |z |
ψz (x , t ) = e exp − x − |z | cos ωt
exp −2i |z | sin ωt x− cos ωt
πħ
h h
2ħ h
2ħ 2
(1.112)
Indice : utilisez l’opérateur unitaire D (z ) et son évolution temporelle, ainsi que la relation de
Campbell-Baker-Hausdorff.
A Justifiez cette définition en montrant que l’évolution temporelle de la phase est Θ(t ) = Θ(0) +
ωt , où ω est la fréquence de l’oscillateur ; utilisez pour cela les équations du mouvement pour a
et N . Du même coup, montrez que Θ et N sont des opérateurs conjugués, au même titre que la
position et le nombre d’onde.
B Les états cohérents de l’oscillateur harmonique ne sont pas des états propres de l’opérateur
N = a † a : ils ne contiennent pas un nombre déterminé de quantas. Montrez cependant que l’état
∫ 2π
dθ e−i nθ |z 〉 (z = r ei θ ) (1.114)
0
est un état propre de N avec valeur propre n . Peut-on dire que l’état cohérent est un état propre
de la phase Θ ?
31
Chapitre 1. Principes fondamentaux et Révision
Ec
E = nħ
h ωc + py + const. (1.116)
B
où py est la composante en y de l’impulsion de cet état et n est un entier non négatif.
32
CHAPITRE 2
THÉORIE DE LA SYMÉTRIE
Les symétries jouent un rôle extrêmement important en physique théorique. Non seulement facilitent-
elles beaucoup la solution de nombreux problèmes, mais elles sont aussi à la base des théories des
interactions fondamentales. Ce chapitre constitue une introduction aux concepts de base de la
théorie des groupes et à ses applications à la mécanique quantique.
A Opérations de symétrie
Par opération de symétrie, on entend toute transformation d’une quantité qui ne change pas cer-
taines de ses propriétés. Par exemple, la rotation simultanée d’un ensemble de particules autour
d’un axe n’affecte pas leur énergie d’interaction, tout comme la translation en bloc des mêmes
particules. En mécanique classique, une opération de symétrie se traduit par une application de
l’espace des configurations sur lui-même. Par exemple, une translation de la coordonnée x peut
s’écrire x → x + a , où a est une constante. En mécanique quantique, la même transformation peut
être appliquée aux opérateurs observables : X → X + a .
En général, une observable A peut subir une opération de symétrie A → f (A). Pour mériter ce nom,
la transformation ne doit pas changer les propriétés de l’observable A, en particulier son spectre
de valeurs propres. Pour cette raison, la transformation doit pouvoir être exprimée comme une
transformation de similitude :
f (A) = Uf−1 AUf (2.1)
où U est un opérateur (linéaire pour le moment). En effet, l’équation caractéristique déterminant
les valeurs propres de A est alors formellement la même pour f (A) :
Étant donné un état |ψ〉, une telle transformation modifie bien sûr la valeur moyenne 〈ψ|A|ψ〉. On
peut alors imaginer que l’opération de symétrie puisse être représentée de deux façons : soit par
une transformation des observables, soit par une transformation des états, pourvu que l’effet soit
33
Chapitre 2. Théorie de la symétrie
le même sur les valeurs moyennes. L’opération de symétrie est alors représentée par l’opérateur Uf
introduit plus haut : |ψ〉 → Uf |ψ〉. Cet opérateur doit être tel que
Comme cette relation est vraie pour tous les états, on peut écrire
c’est-à-dire que l’opérateur Uf doit être unitaire. Rappelons qu’un opérateur U est dit unitaire
si son adjoint est égal à son inverse : U −1 = U † . En d’autres termes, un opérateur unitaire laisse
invariants les produits bilinéaires :
D’un autre côté, un opérateur qui laisse invariant le produit bilinéaire de toutes les paires de vec-
teurs possibles est forcément unitaire. Notons que le produit de deux opérateurs unitaires est aussi
unitaire.
Notons que si A est hermitien, alors l’exponentielle U = ei A est un opérateur unitaire, car
Le théorème de Wigner stipule que les seules transformations pouvant représenter les opérations
de symétrie sont unitaires ou antiunitaires. Signalons qu’une transformation antiunitaire n’est pas
pleinement linéaire, mais que le produit de deux opérations antiunitaires est unitaire. En physique,
la seule symétrie représentée par un opérateur antiunitaire est l’inversion du temps.
Les transformations de symétrie forment généralement des ensembles : ensemble des translations,
des rotations, etc. Ces ensembles forment ce qu’on appelle des groupes, étant donné que la succes-
sion de deux opérations de symétries est en elle-même une opération de symétrie. Nous ferons un
survol rapide de la théorie des groupes plus bas.
Transformations d’espace
Beaucoup d’opérations de symétrie sont effectuées sur les coordonnées (translations, rotations,
inversions). Soit U l’opérateur effectuant une telle transformation dans l’espace des états et U la
transformation correspondante de la position r. Par exemple, lors d’une translation d’un vecteur a,
on a U (r) = r + a. D’après ce qui a été dit plus haut, on a
U (R) = U † RU (2.7)
34
A. Opérations de symétrie
L’effet d’une telle transformation sur les états propres de la position est
où U (r) est la nouvelle position, obtenue après transformation. Sur un état |ψ〉, cette transformation
a l’effet suivant : |ψ〉 → U |ψ〉. L’effet sur la fonction d’onde ψ(r) est alors
Comme premier exemple d’opération de symétrie, étudions les translations. On définit une trans-
lation par la transformation x → x + a sur la coordonnée x . Restreignons-nous pour le moment au
cas unidimensionnel ; nous verrons plus bas comment généraliser nos résultats. Sur l’opérateur de
position X cette opération doit être effectuée par un opérateur unitaire T (a ) :
T (a )† X T (a ) = X + a (2.10)
T (a )|x 〉 = |x + a 〉 et T (a )† |x 〉 = |x − a 〉 (2.12)
En effet, T (a ) agit comme un opérateur d’échelle sur la position x , c’est-à-dire que T (a )|x 〉 est un
vecteur propre de X avec valeur propre x + a :
Étant donné que T (a ) est unitaire, il préserve la norme et on en déduit que T (a )|x 〉 = |x + a 〉 (un
choix de phase a été fait ici). L’effet de la translation sur la fonction d’onde ψ(x ) est différent :
Une translation sur une distance a , suivie d’une translation sur une distance b , est bien entendu
équivalente à une translation sur une distance a + b . On a donc la relation
T (b )T (a ) = T (a + b ) (2.15)
Étudions maintenant le cas d’une translation infinitésimale, c’est-à-dire une opération très proche
de l’identité. On peut écrire l’opérateur correspondant comme T (δa ) ∼ 1 − i δa K , où δa est infi-
nitésimal (nous n’allons conserver que les termes au premier ordre en δa ) et K est un opérateur
35
Chapitre 2. Théorie de la symétrie
qu’on appelle le générateur des translations. T (δa ) étant unitaire, il s’ensuit que le générateur doit
être hermitien. La relation de commutation [X , T (a )] = a T (a ) devient, au premier ordre en δa :
[X , K ] = i . Donc nous devons identifier K à l’opérateur d’impulsion ; plus précisément : K = P /ħ h.
D’autre part, une translation finie sur une distance a peut toujours être considérée comme une
succession de N translations infinitésimales δa , telles que a = N δa :
Nous avons donc la représentation suivante pour l’opérateur de translation en fonction de l’opéra-
teur d’impulsion :
i
T (a ) = exp − a P (2.17)
h
ħ
T † (a )f (X )T (a ) = f (X + a ) (2.18)
Si le hamiltonien H ne dépend pas de la coordonnée x , alors il est invariant par rapport aux trans-
lations, c’est-à-dire qu’il commute avec l’opérateur d’impulsion P . Il est alors possible de choisir
des états propres de H qui soient aussi états propres de P : H |p 〉 = E (p )|p 〉. La fonction d’onde
ψp (x ) = 〈x |p 〉 d’un état propre |p 〉 de l’impulsion se calcule facilement, en effectuant une transla-
tion :
ψp (x − a ) = 〈x |T (a )|p 〉 = e−i p a /ħh 〈x |p 〉 = e−i p a /ħh ψp (x ) (2.19)
Ceci étant valide pour toute valeur de x ou de a , on peut fixer x = 0 et ensuite changer a en −x pour
obtenir
ψp (x ) = C ei p x /ħh (2.20)
La normalisation pose ici le même problème que pour la représentation en coordonnées. Nous
adopterons la normalisation C = 1 dans ce cours, ce qui a les conséquences suivantes :
∫ ∫
dx ei (p
′ −p )x /ħ
〈p |p ′ 〉 = dx 〈p |x 〉〈x |p ′ 〉 = h
(2.21)
En sachant que ∫
dx ei k x = 2πδ(k ) (2.22)
On en déduit que ∫
′ ′ dp
〈p |p 〉 = 2πħ
h δ(p − p ) et |p 〉〈p | = 1 (2.23)
h
2πħ
h et la fonction delta en im-
Dans cette convention, la différentielle dp est toujours divisée par 2πħ
pulsion est toujours multipliée par 2πħh.
36
A. Opérations de symétrie
Finalement, indiquons comment ces résultats sont modifiés en dimension 3. L’opérateur de trans-
lation par un vecteur a est
T (a) = exp −i a · P/ħ
h (2.26)
Les opérateurs associés à des translations différentes commutent : [T (a), T (a′ )] = 0. La fonction
d’onde d’un état propre de l’impulsion est ψp (r) = exp i p · r (p est le vecteur d’onde) et la repré-
sentation en vecteur d’onde s’écrit
d3 p
∫
|ψ〉 = ( d3 p ) ψ̃(p)|p〉 ψ̃(p) ≡ 〈p|ψ〉 , ( d3 p ) ≡ (2.27)
(2π)3
Comme on étudie les translations dans l’espace, on peut aussi étudier les translations dans le
temps : t → t + a . Cependant, le temps t n’est pas une variable dynamique en mécanique quan-
tique : il n’y a pas d’‘opérateur du temps’. On peut toutefois définir un opérateur unitaire U (t ),
appelé opérateur d’évolution, qui effectue l’évolution temporelle du système sur un temps t . Par
analogie avec les translations spatiales, l’état |ψ(t )〉S est alors obtenu de l’état |ψ(0)〉S par la relation
|ψ(t )〉S = U (t )|ψ(0)〉S . Ceci s’applique évidemment dans le point de vue de Schrödinger. Dans le
point de vue de Heisenberg, ce sont les opérateurs qui dépendent du temps ; pour une observable
A, on écrirait alors
A(t ) = U (t )† A(0)U (t ) (2.28)
Les points de vue de Heisenberg et de Schrödinger sont donc reliés par une transformation unitaire :
−i H t
U (t ) = exp (2.30)
h
ħ
où H est le hamiltonien du système. Il suffit de remarquer que la condition initiale est satisfaite
puisque U (0) = 1 et que l’équation (1.30) est reproduite :
i δt
h )U (t )† A(0)U (t )(1 − i H δt /ħ
A(t + δt ) ≈ (1 + i H δt /ħ h ) ≈ A(t ) + [H , A(t )] + O (δt 2 ) (2.31)
h
ħ
et donc
dA i
= [H , A] (2.32)
dt h
ħ
37
Chapitre 2. Théorie de la symétrie
L’expression que nous avons donnée ici pour U (t ), ainsi que la démonstration qui s’ensuit, n’est
valable que si le hamiltonien H ne dépend pas explicitement du temps. Dans le cas contraire, les
hamiltoniens appartenant à des instants différents ne commutent pas en général et la forme de
l’opérateur d’évolution est différente. Cet opérateur dépend alors du temps initial t i et du temps
final t f et non seulement de la différence t f − t i : on le note U (t f , t i ). Il possède bien sûr la propriété
de composition
U (t f , t i ) = U (t f , τ)U (τ, t i ) (2.33)
On peut l’écrire explicitement en découpant l’intervalle t f − t i en tranches de temps infinitésimales
δt = (t f − t i )/N et en supposant que le hamiltonien est constant à l’intérieur de chaque tranche de
temps, ce qui devient exact dans la limite N → ∞ :
N −1 ∫ tf
i i
∏
U (t f , t i ) = lim 1 − H (t i + n δt )δt = T exp − dt H (t ) (2.34)
N →∞
n=0
h
ħ h
ħ t
i
Dans la première équation, il est implicite que les facteurs sont placés dans l’ordre des temps crois-
sants de droite à gauche. Dans la deuxième équation, le symbole T signifie un produit chronolo-
gique dont la signification exacte est en fait donnée par la première équation.
2.A.4 Parité
Les opérations de symétries que nous avons étudiées jusqu’ici dépendent de paramètres continus,
comme le vecteur de translation a ou le temps t . Il existe des opérations de symétrie discrètes, qui
sont en nombre fini. L’exemple le plus simple est la parité, c’est-à-dire l’opération qui inverse le
signe de l’une des coordonnées, disons x . Cette opération est représentée par un opérateur unitaire
Π. On a donc Π† X Π = −X . Comme on retombe sur X en appliquant cette opération deux fois de
suite, on conclut que Π2 = 1, ou encore Π† = Π :
ΠX Π = −X Π2 = 1 (2.35)
Il est important que l’opération de parité ne puisse être assimilée à une rotation, c’est-à-dire ne
puisse être obtenue par une suite continue de transformations infinitésimales à partir de l’identité.
On peut cependant en modifier la définition par une rotation. Par exemple, en dimension 3, on
peut définir la parité soit comme (x , y , z ) → (−x , y , z ), soit comme (x , y , z ) → −(x , y , z ). Ces deux
opérations diffèrent par une rotation de π par rapport à l’axe des x . On peut donc redéfinir Π de
façon à ce que ΠRΠ = −R. Cependant, en dimension 2, la transformation (x , y ) → −(x , y ) n’est
qu’une simple rotation, alors que (x , y ) → (−x , y ) et (x , y ) → (x , −y ) sont des opérations de parité.
38
B. Théorie du moment cinétique
Considérons un ensemble de N particules, chacune avec son propre espace des états Si . L’espace
des états de l’ensemble est le produit tensoriel
S = S1 ⊗ S2 ⊗ · · · ⊗ SN . (2.36)
Sur chaque espace Si on définit comme ci-haut un opérateur de translation Ti (a) = exp −a·Pi /ħh . Sur
l’espace produit S , l’opérateur de translation est simplement le produit tensoriel des opérateurs de
translation associés à chacune des particules :
i
T (a) = T1 (a) ⊗ T2 (a) ⊗ · · · ⊗ TN (a) = exp − a · (P1 + · · · + PN ) (2.37)
h
ħ
Il est bon ici de rappeler la définition du produit tensoriel d’opérateurs. Si A et B sont des opérateurs
agissant dans S1 et S2 respectivement, on peut étendre les définitions de A et B à l’espace produit
S = S1 ⊗ S2 ainsi :
A(|ψ1 〉|ψ2 〉) = (A|ψ1 〉)|ψ2 〉 B (|ψ1 〉|ψ2 〉) = |ψ1 〉(B |ψ2 〉) (2.38)
et par linéarité sur les états de S qui sont des combinaisons linéaires de produits tensoriels d’états.
C’est ainsi que l’action de Ti est définie sur S . Ce que l’éq. (2.37) signifie, c’est que l’opérateur de
symétrie agissant sur le produit tensoriel S est le produit tensoriel des opérateurs de symétrie asso-
ciés aux différentes particules et que son générateur est la somme des générateurs individuels : un
résultat tout à fait naturel. Même si ce résultat n’est exprimé ici que pour les translations, il est par-
faitement général, car les générateurs associés à des particules différentes commutent entre eux,
comme toute paire d’opérateurs définis sur des espaces différents.
De même que l’opérateur d’impulsion P est le générateur des translations, l’opérateur du moment
cinétique J est le générateur des rotations dans l’espace. On peut même considérer cet énoncé
comme une définition du moment cinétique. Cependant, dans le but de faire le lien avec la défi-
nition habituelle du moment cinétique en mécanique, démontrons ce fait dans le cas du moment
cinétique dit orbital.
r → r + δθ n ∧ r ou ri → ri + δθ ϵi j k n j rk (2.39)
où n est la direction de l’axe de rotation et δθ est l’angle infinitésimal de rotation. L’opérateur uni-
taire R(n, δθ ) qui représente cette rotation dans l’espace des états doit satisfaire à
39
Chapitre 2. Théorie de la symétrie
au premier ordre en δθ (R est maintenant l’opérateur de position). Cela peut aussi s’écrire
Montrons que
R(n, δθ ) ≈ 1 − i δθ n · L/ħ
h (2.42)
où L = R∧P est le moment cinétique orbital. Il suffit de vérifier la commutation ci-haut, en réalisant
que le membre de droite est δθ ϵi j k n j Rk au premier ordre :
[R, Ri ] = −(i δθ /ħ
h )ϵ j k l n j [Rk Pl , Ri ] = −δθ ϵ j k i n j Rk = −δθ ϵ j k i n j Rk (2.43)
puisque
[Rk Pl , Ri ] = Rk [Pl , Ri ] = −i ħ
h δi l R k (2.44)
Pour décrire une rotation finie d’angle θ , il suffit d’appliquer la rotation R(n, θ /N ) N fois et de faire
tendre N → ∞ : N
iθ
R(n, θ ) = lim R(n, θ /N ) = lim 1 −
N
n·L (2.45)
N →∞ N →∞ hN
ħ
En utilisant la définition de l’exponentielle, on conclut que
i
R(n, θ ) = exp − θ n · L (2.46)
h
ħ
On constate que cet opérateur de rotation est bel et bien unitaire, puisque L est un opérateur her-
mitien.
À l’aide de la définition du moment cinétique orbital, on calcule aisément les relations de commu-
tations suivantes :
[L a , Pb ] = i ħ
h ϵa b c Pc
[L a , R b ] = i ħ
h ϵa b c R c (2.47)
[L a , L b ] = i ħ
h ϵa b c L c
Des opérateurs tels que R, P et L qui ont de telles relations de commutations avec L sont dits opé-
rateurs vectoriels.
L’opérateur du moment cinétique peut aussi être attribué en tout ou en partie au moment cinétique
intrinsèque (spin). Dans ce cas il n’a pas la représentation ci-haut en fonction de R et P. L’important
est alors la relation entre le moment cinétique et les rotations : le moment cinétique généralisé J est
défini de telle façon que l’opérateur
i
R(n, θ ) ≡ exp − θ n · J (2.48)
h
ħ
effectue une rotation du système d’un angle θ par rapport à l’axe n. Cette propriété est intimement
reliée aux relations de commutations suivantes :
[Ja , Jb ] = i ħ
h ϵa b c J c (2.49)
40
B. Théorie du moment cinétique
Ces relations de commutation peuvent aussi constituer une définition du moment cinétique : elles
déterminent les commutateurs de différentes rotations infinitésimales et, puisque toute rotation
finie peut être considérée comme une succession de rotations infinitésimales, elles fixent aussi les
relations de commutation entre diverses rotations finies. On peut donc affirmer, quoique la preuve
n’en soit pas donnée en détail ici, que les relations (2.49) et (2.48) sont équivalentes.
Ce qui nous intéresse maintenant est l’action des composantes de J sur l’espace des états. À cette
fin, on définit le carré du moment cinétique : J 2 = Ja Ja . Cet opérateur commute avec toutes les
composantes de J :
[J 2 , Ja ] = 0 (2.50)
On peut donc trouver un ensemble de vecteurs propres communs à J 2 et à l’une des composantes
h est la valeur propre de J3 : J3 |m 〉 = m ħ
de J, disons J3 . On note ces vecteurs propres |m〉, où m ħ h |m〉
(le nombre m est alors sans unités, puisque ħ h a les unités du moment cinétique ou de l’action).
J± ≡ J1 ± i J2 =⇒ [J3 , J± ] = ±ħ
h J± , [J+ , J− ] = 2ħ
h J3 (2.51)
J3 J± |m 〉 = J± J3 |m 〉 ± ħ
h J± |m 〉 = (m ± 1)ħ
h J± |m 〉 (2.52)
On voit que J± |m〉 est proportionnel à |m ± 1〉. Comme [J 2 , J± ] = 0, la valeur propre de J 2 n’est pas
affectée par l’action de J± . On peut exprimer J 2 comme
1
J 2 = J32 + (J+ J− + J− J+ ) = J32 + ħ
h J3 + J− J+ (2.53)
2
Supposons maintenant que l’espace des états admet une valeur maximum de m, qu’on dénote j .
Il s’ensuit que J+ | j 〉 = 0 et que
J 2| j 〉 = ħ
h 2 ( j 2 + j )| j 〉 (2.54)
h 2 j ( j + 1) de J 2 détermine donc la valeur maximum j que peut prendre J3 . Il est
La valeur propre ħ
ensuite simple de déterminer la constante de proportionnalité dans l’action de J− :
On constate que la norme de J− |m〉 est négative si m est suffisamment négatif (m < − j ). Ceci est
évidemment impossible et ne peut être évité que si J− |m〉 = 0 pour une certaine valeur de m , égale
41
Chapitre 2. Théorie de la symétrie
L’espace des états le plus simple sur lequel le moment cinétique puisse agir est celui d’une particule
de spin 12 , engendré par deux états | 12 〉 et | − 12 〉, tels que J− | 12 〉 = ħ
h | − 12 〉 et J− | − 12 〉 = 0. Les matrices
représentant J3 et J± sont donc
1 1 0 0 0 0 1
J3 = ħh J− = ħ h J+ = ħ
h (2.59)
2 0 −1 1 0 0 0
ce qui mène à
1 0 1 1 0 −i
J1 = ħh J2 = ħh (2.60)
2 1 0 2 i 0
On écrit donc Ja = 12 h
ħ σa , où les σa sont les matrices de Pauli :
0 1 0 −i 1 0
σ1 = σ2 = σ3 = (2.61)
1 0 i 0 0 −1
σa σb = δa b + i ϵa b c σc (2.62)
Trouvons maintenant une expression explicite pour la matrice de rotation R(n, θ ) pour une parti-
cule de spin j . Il est plus simple de commencer avec le cas j = 12 :
1
R(n, θ ) = exp − i θ n · σ (2.63)
2
Soit U la matrice unitaire 2 × 2 qui diagonalise n · σ :
U n · σU † = σ3 (2.64)
42
B. Théorie du moment cinétique
1 1
= cos θ − i n · σ sin θ (2.65)
2 2
Dans le cas d’un spin arbitraire, la question est un peu moins simple. Les éléments de matrice des
opérateurs de rotation dans la base des vecteurs propres de Jz sont appelées fonctions de Wigner :
(j)
Dm ′ m (n, θ ) = 〈 j , m ′ | exp −i θ J · n/ħ
h|j,m〉 (2.66)
Avant d’en donner la forme explicite, rappelons comment une rotation quelconque peut être spé-
cifiée par les trois angles d’Euler. Soit (x , y , z ) les coordonnées cartésiennes fixes dans l’espace et
(x ′ , y ′ , z ′ ) les coordonnées cartésiennes fixes par rapport à un corps rigide imaginaire auquel on
fait subir diverses rotations. Pour spécifier complètement une rotation arbitraire, on la décompose
ainsi : on effectue une rotation d’angle α par rapport à z. Ceci a pour effet de modifier les axes x′
et y′ . On procède ensuite à une rotation d’angle β par rapport à y′ (qui ne coïncide plus avec y).
Enfin, on procède à une rotation d’angle γ par rapport à z′ , qui ne coïncide plus avec z. La rotation
complète peut donc s’écrire
R(α, β , γ) = R(z′ , γ)R(y′ , β )R(z, α) (2.67)
Notre but est d’exprimer cet opérateur en fonction de rotations effectuées par rapport aux axes fixes
dans l’espace : y et z. Pour cela, il suffit de se convaincre des relations suivantes par un petit exercice
de visualisation 3D :
R(y′ , β ) = R(z, α)R(y, β )R−1 (z, α)
(2.68)
R(z′ , γ) = R(y′ , β )R(z, γ)R−1 (y′ , β )
À l’aide de ces relations, on démontre aisément que
(2.71)
où la somme sur k est effectuée sur toutes les valeurs entières de k telles que les factorielles du
dénominateur ont des arguments non négatifs.
43
Chapitre 2. Théorie de la symétrie
L’une des questions importantes de la théorie du moment cinétique est la composition des mo-
ments, c’est-à-dire la construction des états propres du moment cinétique total de plusieurs parti-
cules à partir des états propres du moment cinétique de chacune des particules. Nous n’explique-
rons pas ici les détails de cette démarche ; nous nous contenterons d’énoncer les résultats.
S j1 ⊗ S j2 = S j1 + j2 ⊕ S j1 + j2 −1 ⊕ · · · ⊕ S| j2 − j1 | (2.72)
Les coefficients qui expriment les vecteurs propres de J2 et de Jz (notés | j , m〉) en fonction des états
|m1 , m2 〉 sont tabulés et portent le nom de coefficients de Clebsch-Gordan. La somme (2.72) porte le
nom de série de Clebsch-Gordan.
2.C.1 Définitions
Les opérations de symétrie décrites en début de chapitre sont telles que la succession de deux opé-
rations de symétrie prise comme un tout est encore une opération de symétrie. Cette propriété est
à la base d’une structure mathématique appelée groupe. Cette section se veut un survol rapide des
concepts les plus simples de la théorie des groupes telle qu’utilisée en physique théorique.
Un groupe est un ensemble d’éléments sur lequel une loi de composition (c’est-à-dire un produit)
a été définie, satisfaisant aux conditions suivantes :
1. Si a et b appartiennent au groupe G , alors le produit a b appartient aussi à G .
2. Il existe un élément neutre (ou identité), noté e , tel que e a = a e = a pour tout élément a de
G.
3. Chaque élément a de G possède un inverse a −1 tel que a −1 a = a a −1 = e .
4. Le produit est associatif : (a b )c = a (b c )
Un groupe est dit abélien ou commutatif si le produit est commutatif : a b = b a . Dans le cas
contraire, on le dit non commutatif. Un groupe est dit fini s’il contient un nombre fini d’éléments.
L’ordre d’un groupe fini est simplement le nombre d’éléments du groupe. Un groupe est discret si
ses éléments forment une suite discrète, en correspondance avec les entiers, mais pas nécessaire-
ment finie. Il est continu dans le cas contraire. Un groupe continu est un groupe de Lie s’il possède en
même temps la structure d’une variété différentiable, c’est-à-dire, si on peut localement le mettre
en correspondance avec Rd pour le paramétrer ; d est alors la dimension du groupe de Lie.
44
C. Théorie des groupes
Un sous-groupe est un groupe qui est sous-ensemble d’un autre groupe, avec la même règle de
multiplication.
2.C.2 Exemples
1. L’ensemble Z des nombres entiers est un groupe par rapport à l’addition. Ce groupe est in-
fini, discret et abélien. L’ensemble R des nombres réels est aussi un groupe par rapport à
l’addition, mais un groupe continu. Cependant, R n’est pas un groupe par rapport à la mul-
tiplication, car l’élément 0 n’a pas d’inverse.
2. L’ensemble des permutations de n objets est un groupe dénoté Sn , le groupe symétrique ou
groupe des permutations. La multiplication est ici la composition des permutations (voir l’ap-
pendice 4.E pour un rappel sur les permutations). Il s’agit d’un groupe non abélien et fini,
comportant n ! éléments.
3. L’ensemble des translations de l’espace à trois dimensions est un groupe où le produit est
la composition des translations. Ce groupe est abélien, infini et continu (il est en correspon-
dance avec R3 , chaque translation étant caractérisée par un vecteur réel).
4. L’ensemble des matrices de rotations dans l’espace à trois dimensions forme un groupe noté
S O (3) (pour Special Orthogonal). Ce groupe est non abélien et continu. En général S O (n)
est le groupe des matrices orthogonales O d’ordre n avec déterminant unité (det O = 1).
Le produit de groupe est bien sûr la multiplication des matrices. Bien entendu, S O (n ) est un
sous-groupe de S O (n +1). Si on relaxe la contrainte det O = 1, on obtient le groupe orthogonal
O (n ) qui, en plus des éléments de S O (n ), contient aussi les réflexions par rapport à un plan
quelconque.
5. L’ensemble des matrices non singulières d’ordre n forme le groupe G L (n ) (pour General Li-
near). Le groupe S O (n) est un sous-groupe de G L (n ).
6. L’ensemble des matrices unitaires d’ordre n forme le groupe U (n ). Si on ajoute la condition
que le déterminant soit unité, condition compatible avec la multiplication des matrices, on
obtient le groupe SU (n ).
7. L’ensemble des rotations et des réflexions qui préservent l’aspect d’une structure cristalline
forment le groupe cristallographique de cette structure. Le groupe cristallographique com-
porte un nombre fini d’éléments et est un sous-groupe de O (3). On dénombre 32 groupes
cristallographiques différents. Si on autorise, en plus des rotations et des réflexions, des
translations par un vecteur du réseau cristallin, on peut construire des groupes plus grands,
appelés groupes d’espace. Il existe 230 groupes d’espace différents.
2.C.3 Représentations
Un groupe est une structure abstraite, qui peut être représentée par des objets plus concrets, en
l’occurrence des matrices. Une représentation de dimension n d’un groupe G (plus précisément,
une représentation vectorielle) est un ensemble de matrices d’ordre n qui sont en correspondance
avec les éléments du groupe (isomorphisme). Si on désigne par a un élément de G et par R (a ) la
matrice correspondante, on doit avoir
R (a b ) = R (a )R (b ) R (a −1 ) = R (a )−1 (2.73)
45
Chapitre 2. Théorie de la symétrie
On distingue parfois la représentation dite fondamentale, qui sert à définir certains groupes. Par
exemple, l’ensemble des matrices orthogonales qui définit le groupe S O (3) constitue la représenta-
tion fondamentale de ce groupe. S O (3) compte cependant une infinité d’autres représentations.
L’espace vectoriel de dimension n sur lequel les matrices d’une représentation agissent est appelé
le module de la représentation. Malheureusement, un abus de langage courant donne aussi à cet es-
pace le nom de représentation ; le contexte aide généralement à distinguer les deux concepts. C’est
sur cet espace que résident les objets qui sont transformés par la représentation du groupe. Le mo-
dule de la représentation fondamentale de S O (3) est simplement l’espace cartésien de dimension
3. En mécanique quantique, les modules sont des sous-espaces de l’espace des états. Par exemple,
l’ensemble des états à moment cinétique orbital l dans un atome (oublions le spin pour le moment)
forme le module associé à la représentation de dimension 2l + 1 de S O (3).
Une représentation est dite réductible si le module V correspondant peut être divisé en une somme
directe (V = V1 ⊕ V2 ) telle que V1 et V2 ne sont pas mélangés par l’action du groupe. Cela signifie
qu’il est possible de choisir une base dans V telle que toutes les matrices de la représentation sont
diagonales par blocs, c.-à-d. qu’un élément de V1 (ou de V2 ) demeure dans V1 (resp. V2 ) quand un
élément du groupe agit sur lui par l’intermédiaire de la représentation. Dans le cas contraire, la
représentation est irréductible. Ce sont ces dernières qui sont intéressantes, puisque les représen-
tations réductibles peuvent être obtenues par somme directe de représentations irréductibles.
Un des résultats importants de la théorie des groupes est le lemme de Schur, qui stipule que si une
matrice H commute avec tous les éléments d’une représentation irréductible, alors H est propor-
tionnel à l’identité. Si H commute avec tous les éléments d’une représentation réductible, alors H
est diagonal, et égal à un multiple de l’identité dans chaque sous-module irréductible, la constante
de proportionnalité étant a priori différente dans chaque sous-module. En mécanique quantique,
si, en raison d’une symétrie, le hamiltonien H commute avec tous les éléments d’un groupe de
transformation, alors H est une constante dans chaque module irréductible du groupe, c’est-à-dire
que tous les états appartenant à un même module irréductible ont la même énergie. C’est ici le
principal avantage de la théorie des groupes en mécanique quantique : la classification des niveaux
d’énergie. On voit comment la présence de symétries dans un système quantique est reliée à une
dégénérescence des niveaux d’énergie : les n états indépendants d’une représentation (module) ir-
réductible de dimension n d’un groupe de symétrie du hamiltonien ont tous la même énergie, par
le lemme de Schur.
Si un groupe est abélien, chaque élément du groupe commute avec tous les autres et le lemme
de Schur s’applique à tous les éléments ! On conclut que la seule représentation irréductible d’un
groupe abélien est de dimension 1. Ceci est effectivement ce que nous avons trouvé dans le cas du
groupe de translation, la représentation de T (a ) étant donnée par la phase e−i k a . Il s’agit bien d’une
représentation puisque la propriété de groupe T (a )T (b ) = T (a + b ) y est fidèlement reproduite :
e−i k a e−i k b = e−i k (a +b ) .
Une représentation est dite unitaire si toutes ses matrices sont unitaires. En mécanique quantique
on s’intéresse uniquement aux représentations de ce type. Deux représentations sont dites équiva-
lentes si elles sont reliées par une transformation de similitude, provenant par exemple d’un simple
changement de base sur le module. En clair, si A est un élément d’une représentation, alors la re-
présentation formée des éléments S AS −1 est équivalente à la première, pourvu que la matrice S soit
46
C. Théorie des groupes
Pour être plus précis, les représentations qui sont pertinentes à la mécanique quantique ne sont
pas les représentations vectorielles proprement dites, mais les représentations dites projectives, qui
sont caractérisées par la relation
D (a )D (b ) = ε(a , b )D (a b ) (2.74)
où ε(a , b ) est une phase qui dépend des deux éléments a et b Ceci provient du fait que la pro-
priété de groupe doit être satisfaite non pas par des matrices agissant sur des vecteurs, mais sur des
états physiques, qui sont des vecteurs modulo une phase arbitraire. L’espace des états est en réa-
lité un espace projectif, c.-à-d. un espace vectoriel sur lequel deux vecteurs qui ne diffèrent que par
une constante multiplicative sont identifiés. La propriété de groupe s’énonce alors comme suit : les
états D (a )D (b )|ψ〉 et D (a b )|ψ〉 doivent être équivalents, ce qui mène à la relation (2.74). Wigner
a démontré qu’on pouvait toujours ramener une représentation projective à une représentation
vectorielle, parfois multivoque. C’est ce qui se produit dans le cas du groupe S O (3) (voir plus bas).
Les générateurs d’un groupe, par exemple les composantes du moment cinétique pour le groupe de
rotation, sont des opérateurs qui agissent sur le module. En général, ces opérateurs ne commutent
pas entre eux. Par exemple, les composantes du moment cinétique obéissent aux relations de com-
mutation (2.49). La forme de ces relations de commutation est intimement liée à la structure du
groupe de rotation. En principe, cette relation nous permet de calculer des produits d’opérateurs
de rotation à partir de l’éq.(2.48). Il est alors clair que si on arrive à trouver un ensemble de ma-
trices d’ordre n qui satisfont à la relation de commutation ci-haut, il sera possible de trouver une
représentation d’ordre n du groupe de rotation, simplement en calculant des exponentielles.
En général, l’ensemble des générateurs d’un groupe de Lie, avec leurs relations de commutation,
forme ce qu’on appelle une algèbre de Lie. La dimension d’une algèbre de Lie est le nombre de gé-
nérateurs, c’est-à-dire la dimension du groupe de Lie associé. Une représentation d’ordre n d’une
algèbre de Lie est, naturellement, un ensemble de matrices d’ordre n qui ont les mêmes relations
de commutation entre elles que les générateurs. Le lemme de Schur s’applique aussi à l’algèbre de
Lie : si une matrice H commute avec tous les éléments d’une représentation irréductible de l’al-
gèbre de Lie – en fait, avec tous les générateurs dans cette représentation – alors cette matrice est
proportionnelle à l’identité.
Concentrons-nous maintenant sur le cas particulier des groupes S O (3) et SU (2) pour illustrer un
peu plus explicitement les concepts introduits plus haut.
47
Chapitre 2. Théorie de la symétrie
Le groupe SU (2) est formé de l’ensemble des matrices unitaires d’ordre 2 avec déterminant unité.
Ces matrices ont donc la forme suivante :
a b
U= |a |2 + |b |2 = 1 (2.75)
−b ∗ a ∗
Les matrices de rotations (2.65) calculées pour le spin 12 forment en fait la représentation fonda-
mentale de SU (2). Il est en effet très simple de démontrer que les matrices (2.65) sont unitaires et
ont un déterminant unité, pour toutes les valeurs de n et de θ . Il en ressort que les générateurs de
SU (2) sont proportionnels aux matrices de Pauli et qu’ils ont les mêmes relations de commutation
que les composantes du moment cinétique : SU (2) et S O (3) ont la même algèbre de Lie. On peut
aussi le voir de la façon suivante : si U est une matrice unitaire d’ordre 2 très proche de l’identité, on
peut l’écrire comme U ∼ 1 − i K , où K est une matrice hermitienne. Puisque det(1 − i K ) ∼ 1 − i tr K ,
la contrainte detU = 1 devient alors tr K = 0. Donc K est une matrice hermitienne d’ordre 2 sans
trace et doit de ce fait être une combinaison linéaire des trois matrices de Pauli.
Dans la section 2.B.2 nous avons, sans le dire, construit les représentations irréductibles de l’algèbre
de Lie de SU (2) et S O (3). En effet, les 2 j + 1 états permettent de construire une représentation des
générateurs J3 et J± et cette représentation est irréductible par construction : tous les états peuvent
être obtenus par action successive de J− sur un seul état ; il n’y a donc pas d’état qui ne puisse être
relié à un autre par l’action de J± .
Considérons maintenant une courbe fermée dans S O (3), c’est-à-dire une succession de rotations
pouvant représenter physiquement le mouvement d’un corps rigide qui revient à la fin à son orien-
tation de départ. Le fait que S O (3) soit doublement connexe signifie qu’il existe deux catégories de
courbes fermées qui ne peuvent être déformées continument l’une dans l’autre. Elles sont illustrées
à la figure 2.1. L’une de ces courbes fermées correspond à un mouvement rotatoire de 2π autour
d’un axe et ne peut être déformée continument vers un mouvement rotatoire fermé composé de
petites rotations (c.-à-d. proche du centre de la sphère S O (3)).
48
D. Lois de conservation
A
FIGURE 2.1
Deux courbes fermées dans S O (3) qui ne sont pas homotopes.
D Lois de conservation
Le théorème de Noether stipule que si le lagrangien d’un système classique est invariant par rap-
port à une certaine transformation continue, alors il existe une quantité conservée associée à cette
transformation. Plus précisément, à chaque paramètre du groupe de transformation correspond
une quantité conservée. Par exemple, la quantité conservée associée à l’invariance par rapport aux
translations est l’impulsion ; celle associée à l’invariance par rapport aux rotations est le moment ci-
nétique. En d’autres termes, l’invariance du lagrangien par rapport à un groupe de transformations
a comme conséquence la conservation des générateurs du groupe.
∂L ∂L
δL = ε F (q ) +
˙ F (q )
∂ q̇ ∂q
∂L d ∂L
=ε F (q ) +
˙ F (q )
∂ q̇ dt ∂ q̇
d ∂L
=ε F (q ) (2.76)
dt ∂ q̇
Dans la deuxième équation nous avons utilisé l’équation du mouvement d’Euler-Lagrange. Étant
donné que δL = 0, il s’ensuit que la quantité
∂L
Q≡ F (q ) = p F (q ) (2.77)
∂ q̇
49
Chapitre 2. Théorie de la symétrie
est conservée.
p · (n ∧ r) = n · (r ∧ p) (2.78)
∂Q ∂Q
δq = ε δp = −ε (2.79)
∂p ∂q
Ces équations sont l’équivalent des équations du mouvement de Hamilton pour des opérations de
symétrie autres que l’évolution temporelle. Il s’ensuit que la variation d’une fonction quelconque
G (p , q ) par rapport à une transformation infinitésimale est
δG = ε[G ,Q ] (2.80)
Si le hamiltonien H est invariant par rapport à la transformation, son crochet de Poisson avec Q
s’annule : [H ,Q ] = 0. Donc la fonction Q (p , q ) est aussi invariante par rapport à l’évolution tempo-
relle. On voit que cette fonction doit coïncider avec celle obtenue par le théorème de Noether ; c’est
aussi évident par la variation δq de la coordonnée.
La transposition de ces énoncés en mécanique quantique est directe, en vertu des règles de la quan-
tification canonique. La variation d’un opérateur G lors d’une transformation infinitésimale est
h δG = ε[G ,Q ], où maintenant le crochet de Poisson est remplacé par un commutateur. Le géné-
iħ
rateur de la symétrie est naturellement conservé, puisqu’il commute avec le hamiltonien. Le théo-
rème de Noether, même s’il est démontré dans le cadre de la mécanique classique, a donc des in-
cidences en mécanique quantique, car les quantités conservées sont les mêmes. Nous verrons plus
tard comment le théorème de Noether s’applique aux systèmes ayant un très grand nombre de de-
grés de liberté.
Un système à N degrés de liberté est qualifié d’intégrable s’il possède N quantités Fi (dont le ha-
miltonien) qui commutent mutuellement : [Fi , Fj ] = 0. On dit que le système possède N constantes
du mouvement en involution. Par exemple, l’atome d’hydrogène non relativiste possède trois
constantes du mouvement en involution : l’énergie, le carré du moment cinétique et la compo-
sante en z du moment cinétique. Tous les systèmes ne sont pas intégrables. Par exemple, on voit
50
D. Lois de conservation
difficilement comment un système chaotique pourrait l’être. Un système intégrable peut être décrit
en mécanique quantique par un E.C.O.C. comportant N opérateurs et les états sont spécifiés par N
bons nombres quantiques. Dans un système non intégrable, il y aura moins de nombres quantiques,
mais la dégénérescence sera réduite d’autant.
51
Chapitre 2. Théorie de la symétrie
Problèmes
A Trouvez une expression pour G (v, t ) en fonction de R, P, v et t . Indice : commencez par le cas
t = 0. Notez aussi que v joue ici le rôle d’un paramètre dans la transformation et non celui d’une
variable dynamique.
B On définit le générateur Kt de cette transformation par
[a , a † ] = [b , b † ] = 1 [a , b ] = [a , b † ] = 0 (2.84)
A Montrez que ces trois opérateurs satisfont aux règles de commutations du moment cinétique
(d’où la notation utilisée).
B Montrez que l’opérateur du carré du moment cinétique est alors
1 1
J2=ħ
h 2 N ( N + 1) (N ≡ Na + Nb ) (2.86)
2 2
52
D. Lois de conservation
La somme sur k est effectuée sur toutes les valeurs entières de k telles que les factorielles du dé-
nominateur ont des arguments non négatifs.
Indices : (1) Exprimez les états | j , m 〉 à l’aide de la formulation de Schwinger (cf. problème précé-
dent). (2) Remplacez d (a † )n d −1 par (d a † d −1 )n . (3) Utilisez les résultats de problème 1.3(b) pour
calculer d a † d −1 . (4) La formule du binôme sera utile :
∑ n!
(x + y )n = x n−k y k (2.91)
k
k !(n − k )!
[Ja , A b ] = i ħ
h ϵa b c A c (2.92)
53
Chapitre 2. Théorie de la symétrie
Considérons un système invariant par rapport aux rotations (du moins, en première approxima-
tion) dont les états propres sont indexés par j , m (relatifs au moment cinétique) et un nombre
quantique supplémentaire k (e.g. le nombre quantique principal) ; on note ces états |k , j , m〉.
A Écrivez les relations de commutation entre, d’une part, les composantes Jz , J± et, d’autre part,
A z , A±.
B Démontrez les règles de sélection suivantes :
〈k , j , m |A z |k ′ , j ′ , m ′ 〉 = 0 sauf si m = m ′
(2.93)
〈k , j , m|A ± |k ′ , j ′ , m ′ 〉 = 0 sauf si m = m ′ ± 1
C Démontrez que, dans un sous-espace où k et j sont fixes, les opérateurs J et A sont propor-
tionnels, c.-à-d.
〈k , j , m|A|k , j , m ′ 〉 = α(k , j )〈k , j , m |J|k , j , m ′ 〉 (2.94)
où la constante α(k , j ) ne dépend pas de m. Démontrez que
〈J · A〉
α(k , j ) = (2.95)
h2
j ( j + 1)ħ
54
D. Lois de conservation
µ(t ) = µ(0) cos2 ωt + (µ(0) ∧ n) sin 2ωt + n(n · µ(0)) − (n ∧ µ(0)) ∧ n sin2 ωt
(2.98)
55
Chapitre 2. Théorie de la symétrie
tiques (voir figure). Les rotations qui laissent invariante la configuration spatiale de l’objet sont
y
2
m `
3 1
(2.102)
A Vérifiez que cet ensemble d’opérations constitue un groupe, en fait un sous-groupe de S O (3).
Pour ce faire, construisez la table de multiplication, en indiquant bien lequel des axes correspond
au facteur de gauche dans le produit, et vérifiez que cette table est fermée.
B Écrivez explicitement l’effet de ces six transformations sur les coordonnées. Par exemple, K :
(x , y , z ) → (x ′ , y ′ , z ′ ) = (−x , y , −z ).
C On définit l’effet d’une transformation R sur une fonction φ(x) comme suit : φ ′ = R φ telle que
φ ′ (x′ ) = φ(x). Autrement dit, la fonction transformée au point transformé coïncide avec l’ancienne
fonction à l’ancien point. Montrez que les six fonctions suivantes
φ1 (x) = 2x y
φ2 (x) = x 2 − y 2
φ3 (x) = 2y z
φ4 (x) = −2z x
φ5 (x) = x 2 + y 2 + z 2
φ6 (x) = 2z 2 − x 2 − y 2
forment la base d’une représentation vectorielle de D3 et que cette représentation est la somme
directe de 4 représentations irréductibles formées respectivement par les fonctions (φ1 , φ2 ),
(φ3 , φ4 ), φ5 et φ6 .
56
D. Lois de conservation
D Considérez maintenant un niveau d’énergie l = 2 dans un atome. Les fonctions d’ondes for-
mant la représentation l = 2 du groupe S O (3) sont les harmoniques sphériques Ym ,2 :
1 √ 15
Y±2,2 = (x ± i y )2
r 2 32π
1 √ 15
Y±1,2 = ∓ (x ± i y )z
r 2 8π
1√ 5
Y0,2 = (3z 2 − r 2 ) (2.103)
r 2 16π
Les cinq états décrits par ces fonctions d’onde sont dégénérés si l’atome est isolé. Si cet atome
est placé dans un cristal de groupe D3 , alors au hamiltonien de cet atome on devra ajouter une
perturbation décrivant le champ électrique cristallin, invariante par rapport à D3 , mais non par
rapport à tout le groupe S O (3). En combien de sous-niveaux un niveau l = 2 sera-t-il scindé par
le champ cristallin ? Quelles seront les fonctions propres associées, par rapport aux harmoniques
sphériques ?
57
Chapitre 2. Théorie de la symétrie
58
CHAPITRE 3
Très peu de systèmes possèdent des hamiltoniens qui peuvent être diagonalisés exactement. La
plupart du temps nous devons employer des méthodes d’approximation ou des méthodes numé-
riques. La méthode particulière que nous étudierons dans ce chapitre suppose que le hamiltonien
H d’un système peut être décomposé en une partie H0 (le hamiltonien non perturbé) dont nous
connaissons les vecteurs propres, plus un terme H1 (la perturbation) qui est supposé petit par rap-
port à H0 . Pour exploiter plus clairement la petitesse de la perturbation, on l’écrit souvent sous la
forme λV , où λ est un paramètre petit qui dépend du problème, alors que V est un opérateur de
‘grandeur’ normale.
A Perturbations stationnaires
Dans cette section nous étudions le cas particulier où le hamiltonien ne dépend pas explicitement
du temps et où son spectre est discret.
H0 |n 〉 = ϵn |n 〉 H |N 〉 = En |N 〉 (3.2)
Les niveaux En , comme les états correspondants, sont des fonctions de λ. Si λ = 0 les deux en-
sembles d’états et de niveaux doivent coïncider. On supposera que En (λ) admet un développement
en série de puissances de λ : 1
1. Ce n’est pas a priori évident : en principe il peut exister des corrections non perturbatives qui, même si elles s’an-
nulent avec λ, ne peuvent être développées en série de λ autour du point λ = 0.
59
Chapitre 3. Théorie des perturbations
λ〈m |V |N 〉
(En − ϵm )〈m |N 〉 = λ〈m|V |N 〉 → 〈m |N 〉 = (3.6)
E n − ϵm
L’arbitraire dans le vecteur |N 〉 nous permet de le choisir tel que 〈n |N 〉 = 1. |N 〉 n’est alors pas
normalisé : 〈N |N 〉 > 1. D’autre part, on peut décomposer |N 〉 selon la base des |m 〉 :
∑
|N 〉 = 〈n |N 〉|n〉 + 〈m |N 〉|m 〉 (3.7)
m ̸=n
En = ϵn + λ〈n |V |N 〉 (3.8)
∑ 〈m |V |N 〉
|N 〉 = |n 〉 + λ |m 〉 (3.9)
m ̸=n
E n − ϵm
Jusqu’ici aucune approximation n’a été faite. Si λ est petit, on peut supposer que En = ϵm et |N 〉 =
|n 〉 en première approximation, en ensuite substituer ces valeurs dans les membres de droite des
équations (3.8) et (3.9) pour avoir une meilleure approximation et recommencer le processus avec
une nouvelle substitution, et ainsi de suite. Ce procédé produit une série en puissances de λ. Si on
ne fait que substituer |N 〉 en laissant En tel quel, on obtient la série de Brillouin-Wigner :
∑ 〈m|V |n〉
|N 〉 = |n 〉 + λ |m〉
m ̸=n
E n − ϵm
∑ 〈r |V |m 〉〈m|V |n 〉
+ λ2 |r 〉
r,m ̸=n
(En − ϵr )(En − ϵm )
∑ 〈s |V |r 〉〈r |V |m〉〈m |V |n 〉
+ λ3 |s 〉 + ··· (3.10)
r,m ,s ̸=n
(En − ϵs )(En − ϵr )(En − ϵm )
La substitution de cette série dans (3.8) donne une série analogue pour En , qui est en fait une équa-
tion implicite pour En ordre par ordre :
∑ |〈m |V |n 〉|2
En = ϵn + λ〈n|V |n 〉 + λ2
m ̸=n
E n − ϵm
∑ 〈n|V |r 〉〈r |V |m 〉〈m|V |n〉
+ λ3
r,m ̸=n
(En − ϵr )(En − ϵm )
60
A. Perturbations stationnaires
Il faut garder en tête que (3.10) n’est pas tel quel une authentique série en puissances de λ, puisque
En est aussi une série en λ qu’il faut substituer dans (3.10) pour obtenir enfin une véritable série
en puissances de λ : la série de Rayleigh-Schrödinger. Cependant, s’il est possible de résoudre (3.11)
explicitement pour En à une ordre donné, la solution approchée est meilleure que celle obtenue par
la série de Rayleigh-Schrödinger au même ordre. Voyons ce que la série de Rayleigh-Schrödinger
donne aux premier et deuxième ordres.
Au premier ordre en λ, la série (3.11) donne le résultat bien connu pour le déplacement des niveaux
d’énergie :
En = ϵn + λ〈n|V |n〉 (3.12)
∑ 〈m |V |n 〉
|N 〉 = |n 〉 + λ |m 〉 (3.13)
m ̸=n
ϵn − ϵm
Au 2e ordre en λ, l’expression de En à l’ordre 0 en λ doit être substituée dans (3.11). On obtient alors
(cf. éq.(3.3))
∑ |〈m |V |n 〉|2
En(2) = (3.14)
m ̸=n
ϵn − ϵm
Notons que la correction apportée au niveau fondamental au 2e ordre sera toujours négative,
puisque ϵ0 −ϵm < 0. On peut donc toujours abaisser l’énergie du fondamental par une perturbation
qui n’a pas de valeur moyenne dans cet état.
Pour calculer |N 〉 au deuxième ordre on doit substituer dans le 3e terme de (3.10) l’expression à
l’ordre zéro de En et dans le 2e terme l’expression à l’ordre un de En . On doit aussi procéder au
développement suivant :
1 1 1 〈n |V |n 〉
≈ ≈ −λ (3.15)
En − ϵm ϵn − ϵm + λ〈n |V |n 〉 ϵn − ϵm (ϵn − ϵm )2
On obtient finalement
∑ 〈r |V |m 〉〈m|V |n 〉 ∑ 〈m |V |n 〉
|N (2) 〉 = |r 〉 − 〈n |V |n 〉 |m 〉 (3.16)
m ,r ̸=n
(ϵn − ϵm )(ϵn − ϵr ) m ̸=n
(ϵn − ϵm )2
Rappelons que la condition 〈n |N 〉 = 1 signifie que |N 〉 n’est pas normalisé ordre par ordre. Pour
obtenir un état normalisé |N̄ 〉 il faut diviser par Z = 〈N |N 〉1/2 . Cette constante est aussi une série
61
Chapitre 3. Théorie des perturbations
∂ En
〈N |N 〉−1 = (3.18)
∂ ϵn
1 ∑ |〈m |V |n 〉|2
− λ2 |n 〉 (3.19)
2 m ̸=n (ϵn − ϵm )2
Considérons un atome à un électron qu’on plonge dans un champ électrique E = E z. Sous l’in-
fluence de ce champ, l’atome développe un moment dipolaire d qui est en général proportionnel
au champ appliqué : d = αE, où la constante α, qui a les unités d’un volume (L 3 ) dans le système
gaussien, est appelée polarisabilité de l’atome. Cette constante est directement reliée à la constante
diélectrique du gaz formé des atomes en question. La question est ici de calculer α à l’aide de la
théorie des perturbations.
Les états non perturbés de ce système seront notés |n , l , m〉, où n est le nombre quantique princi-
pal, l le nombre quantique orbital et m le nombre quantique magnétique. L’énergie de cet état ne
dépend pas de m , en raison de l’invariance sous rotation. Dans l’atome d’hydrogène, l’énergie ne
dépend pas non plus de l . 2 Aux fins d’illustration, considérons cependant un atome plus général
dans lequel un électron se déplace dans le potentiel du noyau et le potentiel moyen créé par les
autres électrons (approximation de Hartree) et calculons la contribution de cet électron à la polari-
sabilité α.
H = H0 + e E · R (3.20)
62
B. Perturbations dépendant du temps
〈n ′ , l ′ , m ′ |Z |n , l , m 〉 = 0 sauf si m = m ′ et l = l ′ ± 1 (3.22)
Ces règles de sélection se démontrent en calculant les éléments de matrice des (anti-) commuta-
teurs suivants :
[Z , L z ] = 0
ΠZ + Z Π = 0 (3.23)
2 2 2 2 2
[L , [L , R]] = 2ħ
h (RL + L R)
Par exemple,
〈n ′ , l ′ , m ′ |[Z , L z ]|n , l , m 〉 = (m ′ − m )ħ
h 〈n ′ , l ′ , m ′ |Z |n , l , m 〉 = 0 (3.24)
donc m = m ′ si 〈n ′ , l ′ , m ′ |Z |n, l , m 〉 est non nul. La deuxième des relations (3.23) mène à la condi-
tion que l + l ′ soit impair, car la parité de l’état |n , l , m〉 est (−1)l . La troisième des relations (3.23)
mène à la condition l = l ′ ± 1 ou l = l ′ = 0. Ces trois conditions ensemble donnent m = m ′ et
l = l ′ ± 1.
Il suffit ensuite de calculer la valeur moyenne 〈Ω|d|Ω〉. Comme d est un opérateur vectoriel polaire,
le terme non perturbé s’annule et il reste
∑ |〈n ′ , 1, 0|Z |0, 0, 0〉|2
〈d〉 = −2e 2 E (3.26)
n′
ϵ0,0 − ϵn ′ ,1
ou
∑ |〈n ′ , 1, 0|Z |0, 0, 0〉|2
α = 2e 2 (3.27)
n′
ϵn ′ ,1 − ϵ0,0
Le calcul des éléments de matrices est, quant à lui, généralement compliqué et la somme encore
plus : il faut alors procéder cas par cas.
Dans cette section nous nous intéressons à des perturbations qui peuvent dépendre du temps, alors
que le hamiltonien non perturbé H0 ne dépend pas du temps :
H = H0 + V (t ) (3.28)
Nous considérerons aussi des hamiltoniens dont le spectre n’est pas nécessairement discret, mais
continu ou quasi-continu. Ce qui importe ici n’est pas de trouver les nouveaux états propres de H ,
puisque ceux-ci ne seraient pas très utiles : H dépend du temps et ces états ne sont pas stationnaires.
On veut plutôt trouver la dépendance temporelle des états, dans le but de calculer des probabilités
de transitions entre les états propres de H0 en fonction du temps.
63
Chapitre 3. Théorie des perturbations
Nous avons mentionné la possibilité de décrire l’évolution temporelle selon deux points de vues :
celui de Schrödinger, dans lequel les états dépendent du temps et non les opérateurs, et celui de
Heisenberg, où le contraire se produit. Un troisième point de vue serait ici utile, le point de vue de
Dirac ou d’interaction, dans lequel les états dépendent faiblement du temps, leur dépendance étant
régie par la perturbation. Dans ce point de vue, un état |ψ(t )〉I et un opérateur A I (t ) ont l’expression
suivante en fonction des quantités correspondantes dans le point de vue de Schrödinger :
Autrement dit, la dépendance temporelle des états est gouvernée par la perturbation V , alors que
la dépendance temporelle des opérateurs est gouvernée par H0 . Dans la limite où la perturbation
s’annule, ce point de vue coïncide avec celui de Heisenberg.
ou encore
h ∂t |ψ〉I = VI |ψ〉I
iħ (3.31)
où maintenant la perturbation VI est exprimée dans le point de vue d’interaction. On constate que
si V est petit, la dépendance temporelle de |ψ〉I est faible. L’équation (3.31) peut s’intégrer formel-
lement comme suit : ∫ t
1
|ψ(t )〉I = |ψ(0)〉I + dt 1 VI (t 1 )|ψ(t 1 )〉I (3.32)
iħ
h 0
Encore une fois, il s’agit d’une équation implicite pour |ψ(t )〉I qu’on peut résoudre de manière per-
turbative en substituant cette expression pour |ψ(t )〉I dans cette même équation et en itérant. On
obtient alors la série de Dyson :
∫ t
1
|ψ(t )〉I = |ψ(0)〉I + dt 1 VI (t 1 )|ψ(0)〉I
iħh 0
∫ t ∫ t1
1
+ dt 1 dt 2 VI (t 1 )VI (t 2 )|ψ(0)〉I +
(i ħ
h )2 0 0
∫ t ∫ t1 ∫ t2
1
+ dt 1 dt 2 dt 3 VI (t 1 )VI (t 2 )VI (t 3 )|ψ(0)〉I + · · · (3.33)
(i ħ
h )3 0 0 0
L’avantage du point de vue d’interaction est qu’il permet cette solution itérative de la dépendance
temporelle, parce que celle-ci est contrôlée seulement par la perturbation VI .
Supposons maintenant qu’une mesure est effectuée à t = 0 et que le système se trouve alors dans
l’état |ψ(0)〉 = |m 〉, l’un des états propres de H0 . Au temps t > 0 le système a une certaine probabilité
64
B. Perturbations dépendant du temps
de se trouver dans un autre état propre |n 〉 de H0 (n ̸= m ). Cette probabilité est le module carré
d’une amplitude de transition
〈n |ψ(t )〉I = ei En t /ħh 〈n|ψ(t )〉S (3.34)
Remarquons que la notation |n〉 désigne un état propre de H0 à t = 0, sans égard à son évolution
temporelle. D’autre part, la distinction entre |ψ(t )〉S et |ψ(t )〉I n’est pas importante en ce qui regarde
le calcul de la probabilité de transition, car la différence entre les deux ne tient qu’à une phase. Au
premier ordre en V , l’amplitude de transition est
∫ t
1
〈n |ψ(t )〉I = dt 1 〈n |VI (t 1 )|m 〉 (3.35)
iħ
h 0
Cependant, la perturbation V nous est a priori connue dans le point de vue de Schrödinger :
〈n |VI (t )|m 〉 = 〈n| ei H0 t /ħh VS e−i H0 t /ħh |m 〉 = ei (En −Em )t /ħh 〈n|VS (t )|m〉 (3.36)
Supposons maintenant que la perturbation est nulle pour t < 0, qu’elle est introduite de manière
abrupte à t = 0 et constante par après :
¨
0 (t < 0)
V (t ) = VS (t ) = (3.37)
V (t > 0)
1 1 − ei ωnm t
〈n |ψ(t )〉I = 〈n |V |m〉 ωnm ≡ (En − Em )/ħ
h (3.38)
h
ħ ωnm
2 t=4
sin(ωt/2)
f (ω) =
ω/2
FIGURE 3.1
Fonction f (ω) pour trois valeurs de t .
t=2
t=1
−5 −2.5 0 2.5 5
ω
65
Chapitre 3. Théorie des perturbations
qui donne la dépendance temporelle de la probabilité de transition. Cette fonction réside princi-
palement dans un pic central de largeur π/t et de hauteur t 2 . Plus t augmente, plus cette fonction
ressemble à une fonction delta. En fait, on montre que
1 sin ωt /2 2
lim = 2πδ(ω) (3.41)
t →∞ t ω/2
Ceci résulte en partie de l’intégrale suivante :
∫∞ 2
sin z
dz =π (3.42)
−∞
z
Donc, quand t est petit, la probabilité Pmn (t ) commence par croître comme t 2 , jusqu’à ce que la
fréquence ωmn de la transition quitte le pic central de la fonction f (ω), quand t ∼ 1/ωmn . Ensuite
la probabilité décroît. Donc, plus le temps augmente, plus l’intervalle d’énergie où les transitions
sont probables diminue. Si cet intervalle typique est ∆E = ħ h ∆ω, on a la relation
∆t ∆E ∼ ħ
h (3.43)
Supposons maintenant que le spectre de H0 est quasi-continu et qu’on puisse donc le décrire à
l’aide d’une densité d’états ρ(E ), telle que ρ(E ) dE soit le nombre d’états compris dans un intervalle
d’énergie dE . La probabilité totale pour que le système effectue une transition de l’état |m 〉 vers un
état situé dans un intervalle d’énergie de largeur ∆E centré autour de En est
∫ En +∆E /2
1 h 2
sin(E − Em )t /2ħ
Pmn (t ) = 2 dE ρ(E )|〈n |V |m 〉|2 (3.44)
h E −∆E /2
ħ (E − Em )/2ħh
n
Quand ∆E est suffisamment petit, on est en droit de supposer que l’élément de matrice 〈n |V |m 〉 et
la densité ρ(E ) peuvent être évalués à E = En et on écrit alors
∫ En +∆E /2
1 h 2
sin(E − Em )t /2ħ
2
Pmn (t ) = 2 ρ(En )|〈n |V |m 〉| dE (3.45)
h
ħ E −∆E /2
(E − Em )/2ħh
n
Si t est suffisamment grand (t ∆E > ħh ) la plus grande partie de l’intégrant (c’est-à-dire le pic central)
est incluse dans l’intervalle d’intégration et on peut remplacer les bornes d’intégration par ±∞.
Étant donné l’intégrale (3.42) on peut écrire
2πt
Pmn (t ) = ρ(En )|〈n |V |m 〉|2 ≡ Γmn t (3.46)
h
ħ
où on a défini le taux de transition Γmn , la probabilité de transition par unité de temps :
2π
Γmn = ρ(En )|〈n |V |m 〉|2 (3.47)
h
ħ
66
B. Perturbations dépendant du temps
1. Pour que l’approximation faite lors de l’intégration soit correcte, il faut que t > ħ
h /∆E . La
résolution en énergie de l’appareil de mesure détermine le temps minimum d’applicabilité.
2. L’espacement typique des niveaux δE dans le spectre quasi continu doit être beaucoup plus
h /δE .
petit que le pic central, pour que l’intégrale ait un sens : t ≪ ħ
3. Il s’agit d’un résultat obtenu au premier ordre dans la théorie des perturbations. Il faut donc
que |〈n|V |m〉|2 soit petit, ou encore que Pmn (t ) ≪ 1.
Une façon plus formelle d’obtenir la règle d’or consiste à écrire, dans la limite t grand,
2
sin(En − Em )t /2ħ
h
h t δ(En − Em )
→ 2πħ (3.48)
(En − Em )/2ħh
Le taux de transition est alors simplement
2π
Γmn = |〈n |V |m〉|2 δ(En − Em ) (3.49)
h
ħ
La densité d’états ρ est simplement remplacée par la fonction delta. Cependant, cette relation n’est
applicable en pratique que si on somme le taux de transition sur un ensemble d’états finaux proches
les uns des autres. C’est cependant sous cette forme qu’on retiendra la règle d’or, en raison de sa
plus grande versatilité.
Remarquons que la conservation de l’énergie s’exprime d’une façon particulière dans la règle d’or
(3.49), par une fonction delta. Les autres lois de conservation présentes dans le système (impulsion,
moment cinétique, parité, etc.) se manifestent dans l’élément de matrice 〈n |V |m 〉, par des règles de
sélection. Ainsi, une transition peut être compatible avec la conservation de l’énergie, mais interdite
par les règles de sélection et vice-versa.
Dans la démonstration de la règle d’or, nous avons supposé que la perturbation V (t ) était nulle pour
t < 0 et constante pour t > 0. L’interaction apparaît donc de manière abrupte dans le système. En
réalité, une interaction contrôlée par l’expérimentateur n’apparaît pas de façon abrupte, mais est
mise en place sur une certaine échelle de temps. Pour démontrer la validité de la règle d’or même
dans ces cas, nous allons la redémontrer, mais cette fois en supposant que la perturbation V (t ) a la
forme suivante : V (t ) = eηt V , où V est un opérateur constant et η un nombre infinitésimal positif.
L’interaction est alors introduite de façon adiabatique, c’est-à-dire arbitrairement lentement.
Si on définit la fréquence de transition ωmn = (Em − En )/ħ h , l’amplitude de transition au temps t est
alors ∫ t
1
〈n |ψ(t )〉I = 〈n |V |m 〉 dt 1 exp −i (ωmn t 1 + i ηt 1 )
iħ
h t0 (3.50)
1 exp −i (ωmn t + i ηt )
= 〈n |V |m 〉
h
ħ ωmn + i η
Nous avons supposé que t 0 → −∞. La probabilité de transition est
1 1
Pmn (t ) = |〈n|V |m〉|2 e2ηt (3.51)
h
ħ 2
ω2mn + η2
67
Chapitre 3. Théorie des perturbations
2 η
Γmn = |〈n |V |m 〉|2 e2ηt (3.52)
h
ħ 2
ω2mn + η2
Maintenant, prenons la limite η → 0. Encore une fois, nous avons une représentation de la fonction
delta :
η
lim = πδ(z ) (3.53)
η→0 z 2 + η2
2π
Γmn = |〈n |V |m〉|2 δ(Em − En ) (3.54)
h
ħ
(notons que δ(ω) = ħ h δ(E ), si E = ħ
h ω). Ce résultat pour le taux de transition coïncide avec celui
obtenu pour une perturbation abrupte. On constate donc que la façon dont la perturbation est in-
troduite n’affecte pas Γmn .
Considérons un noyau dans un état nucléaire initial instable |i 〉 qui, sous l’influence d’une inter-
action, se désintègre progressivement vers un état nucléaire plus stable | f 〉 tout en émettant une
particule de masse m (neutron, particule α, etc.). L’état final complet doit donc être écrit | f , k〉, où k
est le vecteur d’onde de la particule émise. Supposons que l’élément de matrice 〈f , k|V |i 〉 qui per-
met cette transition nous soit connu. 3 Si Ei et E f < Ei sont les niveaux d’énergie du noyau pour les
états initial et final, la conservation de l’énergie s’écrit donc
ħ 2 k2
h
Ei = E f + (3.55)
2m
Nous voulons connaître le nombre de désintégrations par unité de temps pour lesquelles la radia-
tion est émise dans un angle solide dΩ. Pour cela il faut connaître le nombre d’états quantiques (le
nombre de vecteurs d’onde possibles) compris dans cet angle solide. Rappelons qu’en dimension 1
le nombre de modes d’oscillations compris dans un intervalle dk x de nombre d’onde est L dk x /2π,
où L est la longueur du système. En dimension 3, on écrit de même
L3 3 L3 2
nombre d’états = d k= k dk dΩ (3.56)
(2π)3 (2π)3
2π L 3 m k
dΓ = dΩ|〈f , k|V |i 〉|2 δ(E (k) + E f − Ei ) dE (3.57)
h (2π)3 ħ
ħ h2
3. L’interaction V se trouve à changer le nombre de particules dans le système. Nous verrons au prochain chapitre
comment décrire de telles interactions.
68
B. Perturbations dépendant du temps
On somme ensuite sur les différents états finaux pour lesquels le vecteur d’onde k est compris dans
un angle solide dΩ ; ceci revient à intégrer sur les énergies dans l’équation précédente : 4
dΓ mk
= L 3 |〈f , k|V |i 〉|2 (3.58)
dΩ h3
(2π)2 ħ
On peut aussi calculer le taux de désintégration total, en sommant sur tous les états finaux possibles :
∫
dΓ
Γ = dΩ (3.59)
dΩ
Supposons qu’on mesure l’état d’un noyau au temps t = 0 pour le trouver dans l’état |i 〉. La proba-
bilité pour que le noyau soit encore dans son état initial après un temps t est donc P (t ) = 1 − Γ t .
Cependant, ce résultat n’est valide, rappelons-le, que si Γ t ≪ 1, c’est-à-dire pour des temps suffi-
samment courts. Pour des temps plus longs, il faut composer les probabilités, en supposant bien
sûr qu’aucun processus ne repeuple l’état |i 〉. On divise donc le temps t en N intervalles t /N . La
probabilité P (t ) que le noyau soit encore dans l’état |i 〉 après N périodes de t /N est le produit des
probabilités que cet état survive à chacune des périodes :
Pour un ensemble de noyaux, ceci signifie que la population de l’état |i 〉 diminue exponentielle-
ment, avec une constante de temps τ = 1/Γ qu’on appelle la vie moyenne de l’état.
Par exemple, l’isotope radioactif 14 C se désintègre par conversion d’un neutron en un proton et
un électron. Sa demi-vie est de 5568 ans. S’il n’existait pas de processus de repopulation de l’état
initial, cet isotope ne serait plus observable ! En réalité le processus de transition inverse par lequel
un électron est absorbé par un noyau d’azote (14 N ) existe, mais seuls les rayons cosmiques peuvent
produire des électrons suffisamment énergétiques pour cette réaction. Cette réaction n’a donc lieu
que dans la haute atmosphère. L’isotope 14 C est ensuite diffusé dans toute l’atmosphère. Le taux
de réaction inverse dépend bien sûr du flux des électrons à la bonne énergie, et c’est la valeur de ce
taux relative à Γ qui détermine l’abondance du 14 C à l’air libre. La méthode de datation bien connue
repose sur le principe que seuls les êtres vivants peuvent absorber l’isotope 14 C puisqu’il n’existe
que dans l’atmosphère. Il y a donc chez les êtres vivants une certaine proportion de 14 C et cette
proportion diminue lentement dès que ces êtres n’absorbent plus l’air ambiant, c’est-à-dire après
la mort.
Au lieu de considérer une perturbation essentiellement constante, étudions ici le cas d’une pertur-
bation harmonique dans le temps :
69
Chapitre 3. Théorie des perturbations
La probabilité est alors la somme de deux termes indépendants, plus deux termes d’interférence :
1 1 1 1
§
2 2ηt
Pmn (t ) = 2 |〈n|V |m〉| e +
h 4
ħ (ωmn − ω) + η
2 2 (ωmn + ω)2 + η2
e−2i ωt
ª
+ 2 Re (3.63)
(ωmn − ω − i η)(ωmn + ω + i η)
On constate facilement que la moyenne temporelle de cette expression fait disparaître le terme
d’interférence. Dans la limite η → 0 il ne reste donc que les deux premiers termes, qui ont chacun
la même forme que précédemment. On peut donc écrire directement
2π 1
Γmn = |〈n |V |m 〉|2 {δ(ωmn − ω) + δ(ωmn + ω)} (3.64)
h2 4
ħ
Les deux termes représentent deux processus différents. On suppose par convention que ω > 0
(fréquence positive). Le premier terme s’applique si ωmn > 0, c’est-à-dire si Em > En . Dans ce cas
il s’agit d’un processus d’émission par lequel le système émet un quanta d’énergie. Le deuxième
terme s’applique si ωmn < 0, c’est-à-dire si Em < En . Il s’agit d’un processus d’absorption par lequel
le système reçoit un quantum d’énergie.
Il arrive que l’élément de matrice 〈n|V |m〉 s’annule. Dans ce cas il faut avoir recours au terme en
V 2 de la série de Dyson. En supposant une perturbation constante introduite de façon adiabatique,
l’amplitude de transition est alors
∫ t ∫ t1
1
〈n|ψ(t )〉I = dt 1 dt 2 〈n |VI (t 1 )VI (t 2 )|m 〉
(i ħ
h )2 −∞ −∞
∫ t ∫ t1
1 ∑
=− 2 dt 1 dt 2 〈n |VI (t 1 )|k 〉 〈k |VI (t 2 )|m 〉
h k −∞
ħ −∞
∫ t ∫ t1
1 ∑
=− 2 dt 1 dt 2 e−i (ωk n +i η)t 1 e−i (ωmk +i η)t 2 〈n |V |k 〉〈k |V |m〉
h k −∞
ħ −∞
1 −i ωmn t e2ηt ∑ 〈n |V |k 〉〈k |V |m 〉
= 2e (3.65)
h
ħ ωmn + 2i η k ωmk + i η
La probabilité de transition est obtenue en calculant le module carré de cette expression et le taux
de transition Γ en prenant la dérivée par rapport au temps ; on obtient
2
2π ∑ 〈n |V |k 〉〈k |V |m 〉
Γmn = 〈n |V |m 〉 + δ(En − Em ) (3.66)
h
ħ k
h (ωmk + i η)
ħ
70
C. Diffusion
où nous avons ajouté la contribution du premier ordre, dans le cas où elle n’est pas nulle. Le facteur
i η est très important, même si la limite η → 0 est prise à la fin. En effet, si le spectre est continu ou
quasi-continu, la somme devient une intégrale et ce facteur nous donne une prescription d’inté-
gration dans le plan complexe proche de la singularité ωmk = 0.
C Diffusion
Dans cette section nous allons étudier le problème de la diffusion d’une particule par un potentiel.
La particule incidente est un état propre de l’impulsion (une onde plane) avec vecteur d’onde k =
k z. Nous déterminerons alors la probabilité pour cette particule de se retrouver dans un état de
vecteur d’onde q quand un potentiel V (r) est introduit. Cette probabilité est directement reliée à la
section efficace de diffusion.
71
Chapitre 3. Théorie des perturbations
Écrivons encore une fois l’équation (3.71), mais cette fois en projetant sur les états propres de la
position, c’est-à-dire en travaillant avec les fonctions d’ondes :
∫
1
〈r|ψ〉 = 〈r|φ〉 + d3 r ′ 〈r| |r′ 〉〈r′ |V |ψ〉 (3.73)
E − H0 ± i ϵ
(nous avons inséré une relation de complétude). L’élément de matrice de (E − H0 ± i ϵ)−1 dans la
base des positions est sa fonction de Green :
1
G± (r − r′ ) ≡ 〈r| |r′ 〉
E − H0 ± i ϵ
∫
1
= ( d3 p ) 〈r|p〉 2
〈p|r′ 〉
E −ħ
h p 2 /2m ±iϵ
∫
2m 1
( d3 p ) ei p·(r−r )
′
=
h
ħ 2 k2 −p2 ±iϵ
∞ 1 ∫ 2π
p 2 dp ei p R cos θ
∫ ∫
2m
= d(cos θ ) dϕ (3.74)
ħ2
h 0
(2π)3 −1 0
k2 −p2 ±iϵ
L’intégrale se fait par la méthode des résidus. Par exemple, dans le cas du signe supérieur, on ferme
le contour vers le haut pour le premier terme de la fraction et vers le bas pour le deuxième terme.
On trouve finalement ′
2m 1 e±i k |r−r | h 2k 2
ħ
G± (r − r′ ) = − 2 E= (3.76)
h 4π |r − r′ |
ħ 2m
D’autre part, si la perturbation V n’est qu’un simple potentiel indépendant du spin, on a 〈r′ |V |ψ〉 =
V (r′ )ψ(r′ ). L’équation (3.73) peut donc s’écrire comme suit :
′
1 e±i k |r−r |
∫
2m 3 ′
ψ(r) = φ(r) − d r V (r′ )ψ(r′ ) (3.77)
ħ2
h 4π |r − r′ |
L’interprétation de cette formule est claire : chaque point r′ émet une onde radiale dont l’amplitude
est proportionnelle au potentiel et à la fonction d’onde exacte. La superposition de toutes ces ondes
donne la partie diffusée de la fonction d’onde. Le choix du signe devient évident : le signe + repré-
sente une onde sortante et le signe − une onde rentrante. Les conditions aux limites correspondant
à la diffusion d’une onde plane par le potentiel mènent au signe positif.
Supposons maintenant que le potentiel V (r′ ) est assez bien localisé, c’est-à-dire qu’il diminue rapi-
dement lorsqu’on s’éloigne de l’origine. La contribution principale à la diffusion provient alors des
points r′ tels que |r′ | ≪ |r|, r étant un point d’observation suffisamment éloigné. On procède alors
aux approximations suivantes :
1 1
|r − r′ | ≈ r − n · r′ et ≈ (3.78)
′
|r − r | r
72
C. Diffusion
2m ei k r
∫
1 −i q·r′
ψ(r) = φ(r) − 2 d3 r ′ e V (r′ )ψ(r′ ) (3.79)
h
ħ r 4π
où q est le vecteur de grandeur k dirigé vers le point d’observation r. Comme l’onde incidente est
plane et de vecteur d’onde k, on écrit finalement
ei k r
∫
m ′
i k·r
ψ(r) = e − f (q) où f (q) = 2
d3 r ′ e−i q·r V (r′ )ψ(r′ ) (3.80)
r h
2πħ
Il s’agit d’une équation intégrale pour la fonction d’onde ψ. Le premier terme est la fonction d’onde
incidente et le deuxième la fonction d’onde diffusée.
FIGURE 3.2 k0
Schéma du processus de diffusion : l’onde plane inci-
dente de vecteur d’onde k, l’onde diffusée de vecteur
d’onde q et le potentiel diffuseur.
k θ
V
Approximation de Born
L’équation (3.80) peut être résolue en première approximation en substituant ψ → φ dans le
deuxième terme. Il s’agit de l’approximation de Born, qui est d’autant plus valable que la diffusion
est faible (c’est-à-dire si la différence entre φ et ψ petite). On écrit alors
∫
m ′ ′ m
f (q) = 2
d3 r ′ e−i q·r V (r′ ) ei k·r = V˜ (q − k) (3.81)
2πħh h2
2πħ
où V˜ est la transformée de Fourier du potentiel. C’est cette transformée, évaluée au transfert d’im-
pulsion q − k, qui détermine donc l’amplitude de diffusion.
On définit la section différentielle de diffusion dσ/ dΩ comme le courant de particules diffusé par
angle solide, divisé par le courant incident. En d’autres termes, dσ est le nombre de particules diffu-
sées à travers l’angle solide dΩ par unité de temps, par rapport au nombre de particules incidentes
par unité de surface et unité de temps.
On sait que le courant incident associé à la fonction d’onde φ(x ) = exp i k · r a la forme suivante :
h
ħ hk
ħ
Jin. = Im (φ∇φ ∗ ) = (3.82)
m m
Le courant diffusé dans la direction radiale est, lui, donné par
h
ħ ∂ ∗ h
ħ
n · Jdiff. = Im (ψ ψ )= k | f (q)|2 (3.83)
m ∂r mr 2
73
Chapitre 3. Théorie des perturbations
Pour obtenir le courant diffusé par unité d’angle solide on doit simplement multiplier par r 2 . La
section différentielle est donc
dσ
= | f (q)|2 (3.84)
dΩ
dσ m 2
= 2
|V˜ (q − k)|2 (3.85)
dΩ h
2πħ
La section efficace est alors l’intégrale sur les angles de la section différentielle et donne le nombre
de particules diffusées par unité de temps, divisé par le nombre de particules incidentes par unité
de temps et de surface : ∫
dσ
σ = dΩ (3.86)
dΩ
La section efficace a les dimensions d’une surface et dépend en général de l’énergie des particules
incidentes.
On peut aussi discuter du problème de diffusion sans faire référence à la théorie formelle présentée
ci-haut, mais en utilisant la théorie des perturbations dépendant du temps. Dans ce cas, l’état initial
est une onde plane |k〉 et l’état final une autre onde plane |q〉. Le premier ordre de la théorie des
perturbations (la règle d’or) est équivalent à l’approximation de Born citée plus haut. L’amplitude
de transition entre l’onde incidente |k〉 et l’onde diffusée |q〉 est donnée par
2π
Γ (k → q) = |〈q|V |k〉|2 δ(E (k) − E (q)) (3.87)
h
ħ
L’élément de matrice est proportionnel à la transformée de Fourier du potentiel :
∫
1 1
〈q|V |k〉 = d3 r ei r·(k−q) V (r) = V˜ (q − k) (3.88)
L 3 L3
(nous avons placé le système dans une boîte de longueur L , de sorte que les états |k〉 et |q〉 sont
normalisés). Sommons maintenant cette amplitude sur les états diffusés contenus dans l’élément
de volume d3 q . Le nombre d’états contenus dans cet élément de volume est
3 3
L L
d3 q = q 2 dq dΩ (3.89)
2π 2π
74
C. Diffusion
En multipliant (3.87) par ce résultat et en intégrant sur E , il reste le nombre de transitions par unité
de temps et d’angle solide, pour une seule particule incidente :
dΓ mk
= 3 |V˜ (q − k)|2 L −3 (3.91)
dΩ hħ (2π)2
Pour obtenir la section différentielle, il faut diviser ce taux non pas par le nombre de particules
dans la boîte (ici 1), mais par leur densité de courant ħh k /m L 3 (il s’agit de la vitesse des particules
incidentes fois leur nombre par unité de volume, ici 1/L 3 ). On retrouve alors l’expression (3.85) :
dσ m 2
= 2
|V˜ (q − k)|2 (3.92)
dΩ h
2πħ
Comme exemple, considérons la diffusion de particules chargées (des électrons) sur une charge fixe
(un noyau lourd). Le potentiel diffuseur est
Malheureusement, cette dernière intégrale est mal définie. Ce problème est lié au fait que le poten-
tiel de Coulomb a un rayon d’action infini et que sa section efficace est, strictement parlant, infinie.
Pour remédier à cette situation, modifions le potentiel de Coulomb pour lui donner un rayon d’ac-
tion fini comme le potentiel de Yukawa :
Ze2 e−µr
→Ze2 (3.95)
r r
Ici µ−1 est une longueur caractéristique. Sa transformée de Fourier est alors
∫∞
4πZ e 2 4πZ e 2
V˜ (q) = dr e−µr sin q r = (3.96)
q 0
q 2 + µ2
75
Chapitre 3. Théorie des perturbations
dσ Z 2 e 4 1
= (3.99)
dΩ 16E sin θ /2
2 4
Il s’agit de la section différentielle de Rutherford. La diffusion est maximale quand l’angle est faible.
De plus, on constate que la section efficace σ est infinie, ce qui est encore dû au rayon d’action infini
du potentiel de Coulomb : même si la charge est arbitrairement éloignée du centre diffuseur, elle
est encore suffisamment déviée pour contribuer à σ. Cela se voit par la prédominance dans d σ/ dΩ
des faibles angles de diffusion. En réalité, le potentiel de Coulomb est écranté par d’autres charges
et son rayon d’action est fini, ce qui justifie physiquement le passage par le potentiel de Yukawa.
76
C. Diffusion
Problèmes
P2 1 mω 3/2
H= + m ω2 X 2 + σħ
hω X3 (3.100)
2m 2 h
ħ
La forme du terme anharmonique a été choisie de façon à ce que σ soit un nombre sans unités.
La masse m est ici la masse réduite des deux atomes, et X = r − r0 .
A Obtenez une expression explicite pour les niveaux d’énergie En et les états stationnaires |ψn 〉
de ce système, à l’ordre σ2 pour En et l’ordre σ pour |ψn 〉. Obtenez aussi une équation implicite
h ω − 12 ) à partir de la série de Brillouin-Wigner à l’ordre σ2 .
simple pour δ0 = (E0 /ħ
B Si la molécule est polaire (les deux atomes sont alors différents) elle aura un moment dipolaire
électrique d proportionnel à X : d = αX . Écrivez le hamiltonien décrivant l’interaction de la molé-
cule avec une onde électromagnétique incidente de fréquence Ω et d’amplitude E à polarisation
linéaire (on peut supposer que le dipôle s’aligne avec le champ électrique).
C Supposons que σ est assez petit pour qu’on puisse le négliger en première approximation. Les
états vibrationnels de la molécule sont alors ceux de l’oscillateur harmonique, notés |n 〉. Donnez
une expression pour le taux de transition Γmn de l’état |m〉 vers l’état |n 〉 dû à l’onde électroma-
gnétique, au premier ordre dans la théorie des perturbations. Quelles sont les seules transitions
permises ?
D Refaites le même calcul, pour le taux Γmn : |ψm 〉 → |ψn 〉, en utilisant l’expression approxima-
tive obtenue pour |ψn 〉. Y a-t-il d’autres transitions permises au premier ordre en E ?
77
Chapitre 3. Théorie des perturbations
1 2
H= J (3.101)
2I
où J est l’opérateur du moment cinétique de la molécule par rapport au centre de masse de la mo-
lécule, dans un repère fixe dans l’espace. Un champ électrique est appliqué parallèlement à l’axe
z et la perturbation induite est V = −E d cos θ , où θ est l’angle polaire entre l’axe de la molécule
et l’axe z .
A Quelles sont les fonctions propres décrivant les états de rotation de la molécule, en fonction
des coordonnées angulaires θ et ϕ de l’axe de la molécule ?
B Calculez la polarisabilité α de cette molécule dans son état fondamental. On néglige bien sûr
la contribution électronique à cette polarisabilité et on suppose que la température est suffisam-
ment basse pour ne tenir compte que du fondamental. Effectuez le calcul au premier ordre non
trivial en théorie des perturbations. Résultat :
4I d 2
α= (3.102)
h2
3ħ
78
C. Diffusion
r2
V (r ) = V0 exp − (3.105)
R2
79
Chapitre 3. Théorie des perturbations
C Calculez la section efficace à l’aide de la règle d’or ; moyennez sur les spins initiaux et sommez
sur les spins finaux (section paramagnétique non polarisée). Exprimez le résultat en fonction de
g , F (q) et le rayon classique de l’électron r0 .
80
CHAPITRE 4
DEUXIÈME QUANTIFICATION
Les premiers cours de mécanique quantique se concentrent sur des systèmes qui n’ont qu’un petit
nombre de degrés de liberté, dans le but évident de simplifier l’exposé. Cette approche permet de
couvrir des systèmes importants (par exemple des atomes isolés dans des champs extérieurs) mais
ne permet pas de couvrir la plupart des systèmes physiques importants, dans lesquels le nombre de
degrés de liberté est quasi infini : solides, champ électromagnétique, etc. Ce chapitre est consacré
au développement d’un langage utile à la description des systèmes ayant un nombre très grand de
degrés de liberté.
Pour ce faire, nous partirons d’un espace des états à une particule et construirons un espace des
états où le nombre de particules peut prendre plusieurs valeurs. Sur cet espace nous pourrons
construire un hamiltonien incorporant les interactions entre les particules. Ce formalisme pourra
être appliqué à la fois aux bosons et aux fermions, et permettra d’écrire de manière simple un hamil-
tonien représentant l’interaction d’un grand nombre (1023 ) de particules identiques en incorporant
de manière automatique les propriétés d’identité des particules.
A Espace de Fock
Dans toute cette section nous emploierons la notation unidimensionnelle (pas de signes vectoriels)
dans le but d’alléger la notation ; des vecteurs seront cependant implicites.
Considérons un type de particules identiques (des bosons) pour lequel V1 est l’espace des états à
une particule. Sur cet état on peut utiliser la base des positions {|x 〉}. Tout état |ψ〉 dans V1 peut
alors être décomposé comme suit :
∫
|ψ〉 = dx ψ(x )|x 〉 (4.1)
〈x |x ′ 〉 = δ(x − x ′ ) (4.2)
81
Chapitre 4. Deuxième Quantification
Appelons Vn l’espace des états à n particules. Si les n particules n’étaient pas identiques, cet espace
serait simplement le produit tensoriel de V1 n fois : V¯n = V1 ⊗ V1 ⊗ · · · ⊗ V1 . Cependant, les particules
étant des bosons, seul les états symétriques par rapport aux permutations des particules doivent
être conservés. Ces états forment un sous-espace vectoriel Vn de V¯n .
Prenons le cas n = 2. Une base pour V¯2 est donnée par le produit tensoriel des états propres des
positions des deux particules : |x 〉|y 〉. Une base pour V2 est obtenue en sélectionnant la moitié de
ces vecteurs de base : ceux qui sont symétriques lors de l’échange x ↔ y :
1
|x , y 〉 ≡ p |x 〉|y 〉 + |y 〉|x 〉 (4.3)
2
Constatons que ces états ont la normalisation suivante :
La relation de complétude dans V2 (et non pas dans V¯2 ) prend alors la forme suivante :
∫
1
dx dy |x , y 〉〈x , y | = 1 (4.5)
2
Cette relation se vérifie par application sur |x ′ , y ′ 〉. On peut alors définir la fonction d’onde à deux
particules φ(x , y ) associée à un état arbitraire |φ〉 de V2 :
∫
1
φ(x , y ) = 〈x , y |φ〉 → |φ〉 = dx dy φ(x , y )|x , y 〉 (4.6)
2
La généralisation à Vn est la suivante : les états de base sont définis par une somme sur les permu-
tations possibles de n particules :
1 ∑
|x1 , x2 , . . . , xn 〉 = p |xp (1) 〉|xp (2) 〉 · · · |xp (n) 〉 (4.7)
n ! p ∈S
n
et l’espace Vn engendré par les vecteurs (4.7) est manifestement symétrique par rapport à une per-
mutation des particules.
1 ∑
= 〈xp q −1 (1) |y1 〉 · · · 〈xp q −1 (n) |yn 〉
n ! p ,q ∈ S
n
∑
= 〈xp (1) |y1 〉 · · · 〈xp (n) |yn 〉
p ∈ Sn
∑
= δ(xp (1) − y1 ) · · · δ(xp (n) − yn ) (4.9)
p ∈ Sn
82
A. Espace de Fock
Dans la deuxième équation nous avons changé l’ordre des facteurs dans chaque terme, de sorte que
|y1 〉 arrive en premier, |y2 〉 en deuxième, etc. Ceci est équivalent à changer l’indice i apparaissant
dans 〈xp (i ) |yq (i ) 〉 en q −1 (i ). Dans la troisième équation nous avons changé la variable de somme
p en p q , ce qui ∑ fait disparaître q de l’expression sommée et nous permet d’en calculer la somme
trivialement : q 1 = n !. Le résultat de ce calcul peut s’exprimer sous la forme équivalente suivante :
∑
〈x1 , x2 , . . . , xn |y1 , y2 , . . . , yn 〉 = δ(x1 − yp (1) ) · · · δ(xn − yp (n) ) (4.10)
p ∈ Sn
V = V0 ⊕ V1 ⊕ V2 ⊕ V3 ⊕ · · · (4.14)
Cet espace porte le nom générique d’espace de Fock. Notons qu’il ne s’agit pas d’un produit tenso-
riel, mais d’une somme directe ! Le seul état de V0 est le vide |0〉, qui par définition ne contient aucune
particule. La normalisation des vecteurs de base définit en quelque sorte le produit bilinéaire sur
l’espace Vn . Pour compléter cette définition sur V , il faut spécifier que les espaces correspondant à
des nombres différents de particules sont orthogonaux : Vn ⊥Vm si n ̸= m .
Pour naviguer dans V il nous faut définir l’opérateur de création ψ† (x ), qui nous fait passer de Vn à
Vn+1 :
ψ† (x )|x1 , . . . , xn 〉 = |x , x1 , . . . , xn 〉 (4.15)
Il ne s’agit que d’une définition : cet opérateur est défini par son action sur les états de base. L’adjoint
de ψ† (x ) a alors l’action suivante :
∑
ψ(x )|x1 , . . . , xn 〉 = δ(x − xi )|x1 , . . . xÒi , . . . , xn 〉 (4.16)
i
où xÒi signifie que cette position est omise. Pour démontrer cela, il suffit de vérifier que cette expres-
sion pour ψ est compatible avec la définition de l’adjoint, pour tous les vecteurs de base possibles.
Le calcul explicite se fait comme suit :
83
Chapitre 4. Deuxième Quantification
( )
n
∑ ∑
= δ(y1 − xq (1) ) · · · δ(yn −1 − xq (n) ) δ(x − xi ) [q (i ) absent]
i =1 q ∈ Sn−1
∑ n
= δ(x − xi )〈y1 , . . . , yn−1 |x1 , . . . , xÒi , . . . , xn 〉 (4.17)
i =1
Dans la troisième équation nous avons réarrangé la somme en regroupant les termes qui ont δ(x −
xi ) en commun ; il y a (n − 1)! termes de ce type pour chaque valeur de i . La dernière équation
étant valable pour n’importe lequel état de base 〈y1 , . . . , yn −1 |, on en conclut que la relation (4.16)
est correcte.
Jusqu’ici nous n’avons considéré que des systèmes de bosons. À la différence des bosons, l’état d’un
ensemble de fermions doit être antisymétrique lors de l’échange de deux fermions ou en général lors
d’une permutation impaire de n fermions. Nous procéderons comme pour les bosons, mais avec
moins de détails. La différence est que seuls les états antisymétriques de V¯n feront partie de Vn .
1 ∑ (4.24)
= ϵp p ϵq |xq (1) 〉|xq (2) 〉 · · · |xq (n) 〉
n! q ∈ S
n
= ϵp |x1 , x2 , . . . , xn 〉
84
A. Espace de Fock
1 ∑
= ϵp q −1 〈xp q −1 (1) |y1 〉 · · · 〈xp q −1 (n ) |yn 〉
n ! p ,q ∈ S
n
∑
= ϵp 〈xp (1) |y1 〉 · · · 〈xp (n) |yn 〉
p ∈ Sn
∑
= ϵp δ(xp (1) − y1 ) · · · δ(xp (n ) − yn ) (4.25)
p ∈ Sn
Dans la deuxième équation nous avons réarrangé l’ordre des facteurs dans chaque terme de sorte
que les yi apparaissent en ordre croissant ; ceci revient à changer i en q −1 (i ). Nous avons aussi utilisé
la propriété ϵq = ϵq −1 et ϵp ϵq −1 = ϵp q −1 .
Comme pour les bosons on définit des opérateurs de création et d’annihilation qui nous font passer
de Vn à Vn ±1 . On définit toujours
ψ† (x )|x1 , . . . , xn 〉 = |x , x1 , . . . , xn 〉 (4.26)
Dans la troisième équation nous avons utilisé le fait que ϵp = ϵq (−1)n−i si p (n ) = i et si q est la
restriction de p aux particules restantes.
La conséquence de l’action de ψ(x ) est que les relations de commutations sont remplacées par des
relations d’anticommutation :
85
Chapitre 4. Deuxième Quantification
{A, B } ≡ AB + B A (4.30)
Dans ce qui suit, nous allons traiter des bosons et des fermions simultanément. Dans ce but nous
utiliserons la notation suivante :
¨ ¨
1 (bosons) 1 (bosons)
η= ηp = (4.31)
−1 (fermions) ϵp (fermions)
On vérifie les commutations suivantes, valables pour les bosons comme pour les fermions :
Ces relations démontrent que ρ(x ) représente la densité des particules au point x . Pour préciser ce
point, considérons NV , l’intégrale de ρ dans un volume V :
∫ ∫
NV = dx ρ(x ) = dx ψ† (x )ψ(x ) (4.34)
(une relation similaire existe pour ψ† ). On constate alors que ψ(y ) et ψ† (y ) sont des opérateurs
d’échelle pour NV : ils en diminuent ou augmentent la valeur par 1, ce qui confirme que NV repré-
sente le nombre de particules dans V et que ρ(x ) a bien l’interprétation voulue.
h
ħ
ψ† ∇ψ − ∇ψ† ψ
J= (4.36)
2m i
Le flux de la valeur moyenne de cet opérateur à travers une surface quelconque est le nombre moyen
de particules traversant cette surface par unité de temps. Remarquons la parfaite analogie avec la
densité de probabilité et le courant de probabilité en mécanique quantique à une particule.
86
A. Espace de Fock
La base définie en (4.7) est celle des états propres de la position. Cependant, toute autre base peut
faire l’affaire. En particulier, on peut définir les états suivants à l’aide de la base des états propres de
l’impulsion {|k 〉} (ou du vecteur d’onde) :
1 ∑
|k1 , k2 , . . . , kn 〉 = p ηp |kp (1) 〉|kp (2) 〉 · · · |kp (n ) 〉 (4.37)
n ! p ∈S
n
et la relation de complétude
∫ n
1 ∏
1= ( dki ) |k1 , k2 , . . . , kn 〉 〈k1 , k2 , . . . , kn | (4.39)
n! i =1
En général, si on désire utiliser les avantages d’une base arbitraire (discrète) {|r 〉}, on définit les états
comme ci-haut, avec la correspondance
∫
∑
δ(x − y ) → δr s dx → (4.44)
r
La transformation unitaire qui nous fait passer des états |k 〉 aux états |r 〉 est la même qui nous fait
passer de ψ† (k ) à l’opérateur de création ψ†r associé à |r 〉.
87
Chapitre 4. Deuxième Quantification
Notons cependant que dans le cas d’un spectre discret, les états |r 〉 ne sont pas normalisés (bosons) :
on a ∑
〈r1 , r2 , . . . , rn |s1 , s2 , . . . , sn 〉 = ηp δr1 ,sp (1) . . . δrn ,sp (n) (4.45)
p
Pour que les deux états ne soient pas orthogonaux, ils doivent contenir la même liste d’indices mo-
dulo l’ordre dans lequel les indices apparaissent. On peut ∑kdénoter un état par un ensemble de k
indices ri et le nombre ni de fois que cet indice apparait ( i ni = n ). Autrement dit, l’ensemble des
(ri , ni ) représente l’état
|φ〉 = | r1 , . . . , r1 , . . . , rk , . . . , rk 〉 (4.46)
n1 nk
Dans le cas de fermions, la fonction d’onde associée à un état antisymétrique a la forme suivante :
1 ∑
〈x1 , x2 , . . . , xn |r1 , r2 , . . . , rn 〉 = ϵp ϵq 〈xp (1) | · · · 〈xp (n ) ||rq (1) 〉 · · · |rq (n) 〉
n ! p ,q ∈S
n
1 ∑
= ϵp ϵq 〈xp q −1 (1) | · · · 〈xp q −1 (n ) ||r1 〉 · · · |rn 〉
n ! p ,q ∈S
n
∑
= ϵp 〈xp (1) | · · · 〈xp (n ) ||r1 〉 · · · |rn 〉
p ∈Sn
∑
= ϵp ψr1 (xp (1) ) · · · ψrn (xp (n) ) (4.48)
p ∈Sn
B Hamiltonien à un corps
Dans cette section nous allons exprimer, en fonction des opérateurs de création et d’annihilation,
un hamiltonien ne comportant que des termes à un corps, c’est-à-dire ne comportant pas d’interac-
tion entre les particules. Les termes à un corps sont l’énergie cinétique de chaque particule et l’éner-
gie potentielle externe que ressent chaque particule séparément. Nous discuterons aussi de la so-
lution générale à ce type de hamiltonien, c’est-à-dire de la forme des états propres.
88
B. Hamiltonien à un corps
Soit O un opérateur agissant dans l’espace des états à une particule V1 . Par exemple, O peut être
l’énergie cinétique P 2 /2m de la particule, ou un potentiel extérieur V (x ) auquel chaque particule
est soumise. L’action de O sur l’espace à une particule V1 est bien définie. On s’intéresse ici à un
hamiltonien H1 qui est la somme de cet opérateur à un corps sur toutes les particules du système :
n
∑
H1 = Oi (4.51)
i =1
où la somme est faite sur les n particules figurant dans l’espace Vn . Oi est une copie de O agissant
sur la i e copie de V1 figurant dans Vn :
1 ∑
O1 |x1 , . . . , xn 〉 = p ηp O |xp (1) 〉|xp (2) 〉 · · · |xp (n) 〉
n! p
1 ∑ (4.52)
O2 |x1 , . . . , xn 〉 = p ηp |xp (1) 〉O |xp (2) 〉 · · · |xp (n) 〉
n! p
etc. . .
C’est à cette i e copie de V1 qu’on fait référence en parlant de la i e particule, car bien sûr les particules
elles-mêmes sont indiscernables et on ne peut les numéroter.
où 〈y |O |x 〉 est l’élément de matrice de O entre deux états de base à une particule. En fonction de
cet élément de matrice, l’action de O sur une particule peut s’écrire ainsi :
∫
O |x 〉 = dy 〈y |O |x 〉|y 〉 (4.54)
Pour démontrer la formule (4.53), étudions l’effet de H1 sur un état de base à n particules, en utili-
sant la relation ci-dessus :
∫
1 ∑
H1 |x1 , . . . , xn 〉 = p ηp dy 〈y |O |xp (i ) 〉 |xp (1) 〉 · · · |y 〉 · · · |xp (n) 〉 (4.55)
n! i ,p
i
où y apparaît à la position i . Pour une valeur fixe de p (i ), la somme sur p fait passer |y 〉 partout
dans le produit tensoriel et on peut écrire
∫
∑
i +1
H1 |x1 , . . . , xn 〉 = η dy 〈y |O |xi 〉 |y , x1 , . . . xÒi , . . . , xn 〉
i
∫
∑
= dx dy 〈y |O |x 〉 ηi +1 δ(x − xi )|y , x1 , . . . xÒi , . . . , xn 〉
i
∫
= dx dy 〈y |O |x 〉 ψ† (y )ψ(x )|x1 , . . . , xn 〉 (4.56)
La formule (4.53) est donc vérifiée pour un état de base arbitraire |x1 , . . . , xn 〉 et donc pour tous les
états.
89
Chapitre 4. Deuxième Quantification
Énergie cinétique
Comme premier exemple, considérons l’énergie cinétique O = P 2 /2m . L’élément de matrice est
h 2p 2
∫
ħ
〈y |O |x 〉 = ( dp ) 〈y |p 〉〈p |x 〉
2m
∫
1
= h 2 p 2 ei p (y −x )
( dp ) ħ
2m
h2 2
∫
ħ
=− ∂ ( dp ) ei p (y −x )
2m x
ħ2 2
h
=− ∂ δ(y − x ) (4.57)
2m x
L’opérateur H1 correspondant est alors
ħ2
∫
h
H1 = − dx dy ∂ x2 δ(x − y )ψ† (y )ψ(x )
2m
ħ2
∫
h
=− dx dy δ(x − y )ψ† (y )∂ x2 ψ(x )
2m
ħ2
∫
h
=− dx ψ† (x )∂ x2 ψ(x ) (4.58)
2m
Énergie potentielle
Comme deuxième exemple, considérons un potentiel O = V (x ) commun à toutes les particules.
L’élément de matrice est simplement 〈y |V |x 〉 = V (x )〈y |x 〉, et
∫
H1 = dx V (x )ψ† (x )ψ(x ) (4.59)
Ainsi donc on pourrait écrire un hamiltonien comprenant l’énergie cinétique de chaque particule
et un potentiel commun V (x ) de la façon suivante :
h2 2
∫
† ħ
H1 = dx ψ (x ) − ∂ + V (x ) ψ(x ) (4.60)
2m x
Cet hamiltonien ne comporte aucune interaction entre les particules. En notation tridimension-
nelle, on écrirait plutôt
h2 2
∫
3 † ħ
H1 = d r ψ (r) − ∇ + V (r) ψ(r) (4.61)
2m
h 2k 2 †
∫ ∫
ħ
H1 = ( dk ) ψ (k )ψ(k ) + ( dk )( dq ) V˜ (k − q )ψ† (k )ψ(q ) (4.62)
2m
90
B. Hamiltonien à un corps
Dans cette sous-section nous allons donner la forme générale des états propres d’un hamiltonien
à un corps comme (4.61). Écrivons le hamiltonien comme
h2 2
∫
ħ
H = d3 r ψ† Dψ D =− ∇ + V (r) (4.64)
2m
D est un opérateur différentiel hermitien. Cet opérateur différentiel possède en principe un en-
semble de fonctions propres orthogonales ϕr :
∫
Dϕr (r) = E r ϕr (r) d3 r ϕr∗ (r)ϕs (r) = δr s (4.65)
Ces fonctions propres peuvent servir de base dans l’espace des fonctions ; ceci implique que l’opé-
rateur ψ(r) peut être développé selon cet ensemble de fonctions propres :
∫
∑
ψ(r) = c r ϕr (r) c r = d3 r ϕr∗ (r)ψ(r) (4.66)
r
Ici les ϕr sont de simples fonctions complexes, alors que les coefficients c r sont des opérateurs,
obéissant à la relation de commutation
[c r , c s† ] = δr s [c r , c s ] = 0 (bosons)
(4.67)
{c r , c s† } = δr s {c r , c s } = 0 (fermions)
91
Chapitre 4. Deuxième Quantification
Bosons
Dans le cas des bosons, le hamiltonien (4.61) décrit donc une somme d’oscillateurs harmoniques
découplés. Nous connaissons les états propres d’un tel système :
1
|n1 , . . . , nk 〉 = p (c1† )n1 · · · (ck† )nk |0〉 (4.69)
n1 ! . . . nk !
où |0〉 est l’état fondamental de tous les oscillateurs, annihilé par tous les c r . Évidemment, le dé-
veloppement (4.66) nous permet d’affirmer que ψ(r)|0〉 = 0 pour toute valeur de r et donc que |0〉
coïncide avec le vide défini plus haut.
Le vide n’est cependant pas l’état fondamental, car ce dernier dépend du nombre de particules dans
le système. Comme l’opérateur N du nombre de particules, donné par
∫
∑
N = d3 r ψ† (r)ψ(r) = c r† c r , (4.70)
r
commute avec le hamiltonien, les états propres de H ont un nombre déterminé de particules et il
existe un état fondamental pour chaque valeur de N . Dans le cas de bosons, l’état fondamental à N
particules est obtenu en plaçant les N particules dans l’état de plus basse énergie :
1 N
|Ω〉 = p c1† |0〉 (4.71)
N!
où on a supposé que les états à une particule sont numérotés dans l’ordre croissant des énergies :
E1 < E2 < E3 < · · · .
Fermions
Dans le cas des fermions, le hamiltonien (4.61) est une somme d’oscillateurs fermioniques décou-
plés. Un oscillateur fermionique est défini par le hamiltonien et les relations d’anticommutation
suivants :
H = E c †c {c , c † } = 1 , {c , c } = 0 (4.72)
Comme pour l’oscillateur harmonique, l’opérateur N = c † c représente un nombre entier, qui est
augmenté par l’action de c † et diminué par celle de c , en raison des relations de commutations
suivantes, qu’il est facile de démontrer :
[N , c ] = −c [N , c † ] = c † (4.73)
À la différence d’un oscillateur harmonique, on a les relations c 2 = 0 et (c † )2 = 0, qui font qu’il n’y a
que deux états indépendants dans l’espace de Hilbert : |0〉 (tel que c |0〉 = 0) et |1〉 = c † |0〉. Ces états
ont respectivement les valeurs propres N = 0 et N = 1.
Les états propres d’une somme d’oscillateurs fermioniques découplés sont spécifiés en identifiant
quels sont les oscillateurs occupés, c’est-à-dire ceux qui sont dans l’état |1〉. Le fait qu’on ne puisse
pas placer plus d’une particule dans un oscillateur (ou niveau à une particule) donné est le principe
d’exclusion de Pauli. Le vide |0〉 est bien sûr annihilé par tous les opérateurs c r : c r |0〉 = 0. L’état
92
B. Hamiltonien à un corps
fondamental à N particules est obtenu en occupant les N oscillateurs ayant les énergies les plus
basses : ¨N «
∏
†
|Ω〉 = c r |0〉 (4.74)
r =1
où on a encore une fois supposé que les oscillateurs étaient numérotés dans l’ordre d’énergie crois-
sante. L’énergie de Fermi E F est par définition l’énergie associée au N m e niveau d’énergie à une
particule ; E F = EN . Tous les niveaux sont alors remplis jusqu’au niveau de Fermi. L’ensemble des
niveaux inférieurs à E F est appelé mer de Fermi. Les états excités sont obtenus en dépeuplant un ou
plusieurs niveaux dans la mer de Fermi et en peuplant des niveaux au-dessus de la mer de Fermi.
Considérons ici le plus simple de tous les hamiltoniens décrivant des particules identiques : le gaz
de particules libres. Les particules sont non seulement indépendantes, c’est-à-dire qu’elles n’inter-
agissent pas entre elles (le potentiel U (r, r′ ) est nul), mais elles sont aussi libres, car elles ne subissent
pas l’influence d’un potentiel externe V (r).
Plaçons ce système dans une boîte imaginaire de volume V afin de manipuler des états normalisés.
Les états propres de l’éq. (4.65) sont alors des ondes planes :
1 ħ 2 k2
h
ϕr (r) −→ p ei k·r E r −→ (4.75)
V 2m
Les opérateurs c r définis plus haut sont en fait la transformée de Fourier de ψ(r) :
∫
1
c r −→ ψk = p d3 r e−i k·r ψ(r) (4.76)
V
d3 k
∫
1 ∑
(· · · ) −→ (· · · ) (4.80)
V k (2π)3
93
Chapitre 4. Deuxième Quantification
On trouve donc
N 1 4 3 (2m E F )3/2
= πk = (4.81)
V (2π)3 3 F ħ3
6π3 h
Une valeur fixe de E F correspond donc à une densité N /V donnée.
Dans cette section nous allons exprimer, en fonction des opérateurs de création et d’annihilation,
un hamiltonien ne comportant que des termes à deux corps, décrivant une interaction entre des
particules identiques.
Dans le but d’incorporer dans un hamiltonien des interactions entre particules identiques, il faut
tenir compte d’opérateurs à deux corps, qui agissent dans l’espace à deux particules V2 . Soit O un
tel opérateur ; son action peut être exprimée en fonction de ses éléments de matrice :
∫
′ 1
O |x , x 〉 = dy dy ′ 〈y , y ′ |O |x , x ′ 〉|y , y ′ 〉 (4.82)
2
où on a inséré une relation de complétude sur les états à deux particules. Typiquement, O est un
potentiel d’interaction U (x , y ), de sorte que O |x 〉|y 〉 = U (x , y )|x 〉|y 〉 (dans cette sous-section, nous
utilisons une notation unidimensionnelle pour alléger les expressions).
Un hamiltonien à deux corps est la somme sur toutes les paires de particules d’un opérateur à deux
corps : ∑
H2 = Oi j (4.83)
i<j
où Oi j est une copie de O agissant dans le produit tensoriel des copies de V1 associées aux positions
i et j . Le but de cette sous-section est de démontrer l’expression suivante de H2 en fonction des
opérateurs de création et d’annihilation :
dx dx ′ dy dy ′
∫
H2 = 〈y , y ′ |O |x , x ′ 〉ψ† (y )ψ† (y ′ )ψ(x ′ )ψ(x ) (4.84)
2 2
La preuve se fait un peu de la même manière que pour l’expression (4.53), sauf qu’elle est un peu
plus compliquée. On applique H2 sur un état de base à n particules :
1 ∑
H2 |x1 , . . . , xn 〉 = p ηp Oi j |xp (1) 〉 · · · |xp (n) 〉 (4.85)
n ! p ,i < j
L’opérateur Oi j agit sur les états aux positions i et j . On montre facilement que
94
C. Interaction à deux corps
dy dy ′
∫
1 ∑
H2 |x1 , . . . , xn 〉 = p ηp 〈y , y ′ |O |xp (i ) , xp ( j ) 〉×
n ! p ,i < j 2
(4.87)
|xp (1) 〉 · · · |y 〉 · · · |y ′ 〉 · · · |xp (n ) 〉
i j
où y et y ′ apparaissent aux positions i et j respectivement. La somme ci-haut est effectuée sur les
n (n − 1)/2 paires de particules et les n ! permutations des n particules. Il est possible de réarranger
les termes de cette somme afin de mettre en évidence les éléments de matrice qui contiennent la
paire (xi , x j ) :
dy dy ′
∫
∑
H2 |x1 , . . . , xn 〉 = 〈y , y ′ |O |xi , x j 〉|x1 , · · · , y , · · · , y ′ , · · · , xn 〉 (4.88)
i<j
2
dy dy ′
∫
∑
i + j +1
H2 |x1 , . . . , xn 〉 = η dx dx ′ 〈y , y ′ |O |x , x ′ 〉δ(x − xi )δ(x ′ − x j )
i<j
2
× |y , y ′ , x1 , · · · xÒi , · · · c
x j , · · · , xn 〉 (4.89)
Au lieu de sommer uniquement sur les paires distinctes (i < j ), on somme ensuite sur i et j in-
distinctement, mais on compense en divisant par deux et en tenant compte du signe généré par la
transposition de i et j :
dy dy ′ dx dx ′
∫
∑
i + j +1
H2 |x1 , . . . , xn 〉 = η ϵi j 〈y , y ′ |O |x , x ′ 〉δ(x − xi )δ(x ′ − x j )
i,j
2 2
× |y , y ′ , x1 , · · · xÒi , · · · c
x j , · · · , xn 〉 (4.90)
Or, la dernière expression est précisément ce qu’on obtient par applications successives de deux
opérateurs d’annihilation et de deux opérateurs de création :
dx dx ′ dy dy ′
∫
H2 |x1 , . . . , xn 〉 = 〈y , y ′ |O |x , x ′ 〉ψ† (y )ψ† (y ′ )ψ(x ′ )ψ(x )|x1 , · · · , xn 〉 (4.92)
2 2
L’ordre des opérateurs est très important, surtout en ce qui concerne les fermions. Ceci étant valable
pour tous les états de base et pour tout n , on peut écrire H2 comme en (4.84). Il est conseillé au
lecteur de refaire la démonstration ci-haut en détail dans le cas particulier de trois particules (n = 3),
pour en suivre toutes les étapes plus clairement.
95
Chapitre 4. Deuxième Quantification
h2 2 dx dx ′
∫ ∫
ħ
†
H = dx ψ (x ) − ∇ + V (x ) ψ(x ) + U (x − x ′ )ψ† (x )ψ† (x ′ )ψ(x ′ )ψ(x ) (4.94)
2m 2
ħ2 2
∫ ∫ 3 3 ′
h d rd r
H= 3
d r ψ (r) − †
∇ + V (r) ψ(r) + U (r − r′ )ψ† (r)ψ† (r′ )ψ(r′ )ψ(r) (4.95)
2m 2
[ψσ (r), ψ†σ′ (r′ )] = δσσ′ δ(r − r′ ) [ψσ (r), ψσ′ (r′ )] = 0 (bosons)
(4.96)
{ψσ (r), ψ†σ′ (r′ )} = δσσ′ δ(r − r′ ) {ψσ (r), ψσ′ (r )} = 0
′
(fermions)
Les intégrations sur r ou r′ doivent alors être accompagnées de sommes sur σ et σ′ . Le hamiltonien
général d’une particule avec spin s’écrit alors ainsi :
ħ2 2
∫ ∫ 3 3 ′
∑ h ∑ d rd r
H= d r 3
−ψ†σ (r)
∇ + V (r) ψσ (r) + U (r − r′ )ψ†σ (r)ψ†σ′ (r′ )ψσ′ (r′ )ψσ (r)
σ
2m σ,σ′
2
(4.97)
Il est sous-entendu ici que le potentiel d’interaction U entre les électrons ne dépend pas du spin,
quoique le contraire soit en général possible.
En mécanique classique, on peut remplacer les opérateurs ψ et ψ† par des champs qu’on désigne
par les mêmes symboles : ψ et ψ∗ . Le hamiltonien (4.95) provient alors du lagrangien suivant :
ħ2 2
∫ ∫ 3 3 ′
∗ h d rd r
L= 3
d rψ h ψ̇ +
iħ ∇ ψ − V (r)ψ − U (r − r′ )ψ∗ (r)ψ∗ (r′ )ψ(r′ )ψ(r) (4.98)
2m 2
96
D. Approximation de Hartree-Fock
On vérifie que le facteur de i dans la dérivée temporelle assure la réalité du lagrangien. Le moment
conjugué à ψ(r) est i ħ
h ψ∗ (r), ce qui mène, après quantification, à la relation de commutation cano-
nique
h ψ† (r′ )] = i ħ
[ψ(r), i ħ h δ(r − r′ ) (4.99)
qui coïncide avec (4.18), ce qui confirme que le lagrangien a la forme adéquate pour les bosons.
L’écriture d’un lagrangien classique menant aux relations d’anticommutation est plus subtile. De
telles relations ne peuvent pas découler d’une action dont les variables sont des nombres (réels
ou complexes). En fait, on définit pour la cause des variables anticommutatives (ou variables de
Grassmann) dont la dynamique mène à des relations d’anticommutation. Ce sujet est discuté à la
section 9.C.
Si on oublie pour le moment les interactions à deux corps et qu’on tire les équations du mouvement
de ce lagrangien (en variant le champ ψ∗ ) on trouve l’équation de Schrödinger de la mécanique
quantique à une particule :
h2 2
ħ
iħh ψ̇ = − ∇ ψ + V (r)ψ (4.100)
2m
Il peut sembler curieux de trouver cette équation dans un contexte classique. C’est pour cette raison
que la procédure décrite dans cette section a reçu le nom de deuxième quantification : on y procède
à la quantification d’un champ (le champ de Schrödinger) dont la valeur classique est égale à la
fonction d’onde à une particule. Il est cependant malsain de considérer cette procédure comme un
deuxième processus de quantification. En fait, la mécanique quantique ‘ordinaire’ à un corps n’est
pas une limite classique de la deuxième quantification, mais une restriction de l’espace des états à
l’espace à une particule V1 .
D Approximation de Hartree-Fock
h2 2
∫ ∫
ħ 1
3 †
H = d r ψ (r) − ∇ + V (r) ψ(r) + d3 r d3 r ′ ψ† (r)ψ† (r′ )U (|r − r′ |)ψ(r′ )ψ(r)
2m x 2 (4.101)
= H1 + H2
En principe H1 est soluble. Son état fondamental |Ω〉 est la mer de Fermi des états à une particule
avec énergies E ≤ E F . En d’autres termes, |Ω〉 est le déterminant de Slater formé des N états ayant les
plus basses énergies (N est le nombre de particules). En revanche, l’état fondamental de H = H1 +H2
nous est inconnu et il n’y a aucune raison de croire qu’il soit une antisymétrisation d’états à une
particule, c’est-à-dire un déterminant de Slater. En général le véritable état fondamental sera une
combinaison linéaire de déterminants de Slater (ces derniers, rappelons-le, forment une base). Pour
l’étudier, nous en sommes réduits à des méthodes approximatives, comme la théorie des perturba-
tions. C’est cependant une méthode variationnelle qui nous intéresse ici.
97
Chapitre 4. Deuxième Quantification
La première méthode non perturbative utilisée dans le problème à N électrons fut celle de Har-
tree. Elle repose sur une base purement intuitive et suppose que l’état fondamental est un produit
tensoriel simple d’états et que chaque électron se meut dans le potentiel moyen créé par tous les
électrons. En clair, l’état fondamental est écrit comme
|ΦH 〉 = |ϕ1 〉|ϕ2 〉 · · · |ϕN 〉 (4.102)
où les états à une particule |ϕn 〉 sont orthonormaux. Cet état n’est pas antisymétrisé : c’est ce qui
distingue l’approximation de Hartree de celle, plus réaliste, de Hartree-Fock. Sa fonction d’onde est
simplement
ΨH (r1 , . . . , rN ) = ϕ1 (r1 ) · · · ϕN (rN ) (4.103)
La densité d’électrons au point r′ dans cet état est
∑
ρ(r′ ) = |ϕn (r′ )|2 (4.104)
n
En retour, ce potentiel moyen contribue à déterminer les fonctions d’ondes ϕn (r) par l’équation de
Schrödinger :
h2 2
ħ
− ∇ x ϕn (r) + V (r) + Ū (r) ϕn (r) = εn ϕn (r) (4.106)
2m
Nous avons donc ici un problème auto cohérent (self-consistent) : Nous devons connaître les ϕn
pour calculer Ū et vice-versa. Ce genre de problème se résout par itération : on commence par
(0)
Ū (0) = 0 et on trouve une première approximation ϕn aux fonctions d’ondes. Ensuite on calcule
Ū (1) à l’aide de ces fonctions d’onde et on résout de nouveau l’équation de Schrödinger pour trou-
(1)
ver une deuxième approximation ϕn qui à son tour nous permet de calculer Ū (2) et ainsi de suite.
Ces calculs sont évidemment faits sur ordinateur et le processus s’arrête quand il converge à la pré-
cision requise. La méthode de Hartree a été l’une des premières applications des ordinateurs à la
physique 2 .
Le principal défaut de la méthode de Hartree est qu’elle ne tient pas compte du principe de Pauli. La
méthode de Hartree-Fock est un raffinement appréciable de la méthode de Hartree, dans laquelle on
cherche un état fondamental approché ayant la forme d’un déterminant de Slater et se rapprochant
le plus possible du véritable état fondamental, au sens variationnel : on minimise la valeur moyenne
du hamiltonien dans cet état fondamental approché.
Plus précisément, on cherche un ensemble de fonctions propres orthonormales ϕn (r) telles que la
fonction d’onde du fondamental approché |Φ0 〉 soit
2. Hartree utilisait, dans les années 1930, des ordinateurs mécaniques, tel celui mis au point par V. Bush
98
D. Approximation de Hartree-Fock
Les N fonctions ϕn sont orthonormales et peuvent être complétées pour n > N dans le but d’obte-
nir une base orthonormale complète en fonction desquelles le champ ψ se décompose ainsi :
∑
ψ(r) = a n ϕn (r) (4.108)
n
†
On a alors la relation d’anticommutation {a n , a m } = δmn . Le vide |0〉 est toujours défini par la rela-
tion ψ(r)|0〉 = 0 et l’état fondamental approché peut s’écrire
Le problème précis qui se pose maintenant est de minimiser l’énergie 〈Φ0 |H |Φ0 〉 par rapport à une
variation des fonctions propres ϕn (1 ≤ n ≤ N ). Notons que les opérateurs a n se trouvent à varier
en même temps que les ϕn , puisque la relation (4.108) ne varie pas.
Avant de pouvoir minimiser l’énergie 〈Φ0 |H |Φ0 〉, il faut pouvoir l’évaluer. Cette expression peut se
ramener à une combinaison linéaire d’expressions de ce genre :
Premièrement, il est évident que 〈cn† cm 〉 s’annule si n > N ou m > N . Au contraire, si m , n < N on
peut écrire
cm |Φ0 〉 = (−1)m +1 c1† . . . cˆm
†
. . . cN† |0〉
(4.111)
〈Φ0 |cn† = (−1)n +1 〈0|cN . . . cˆn . . . c1
où l’accent ( ˆ ) signifie que le facteur correspondant est omis. Il s’ensuit que
¨
† δmn (n ≤ N )
〈cn cm 〉 = (4.112)
0 (n > N )
Deuxièmement, calculons 〈ci† c j† ck cl 〉. Encore une fois, cette quantité s’annule si l’un des indices
i , j , k , l est plus grand que N . On constate que
où ⎧
⎪
⎨ 1 (k < l )
ϵk l = −1 (k > l ) (4.114)
0 (k = l )
⎪
⎩
99
Chapitre 4. Deuxième Quantification
Le premier des deux termes de la deuxième équation est appelé terme direct et le second terme
d’échange.
〈ci† c j 〉 = i j (4.117)
〈ci† c j† ck cl 〉 = i j k l − i j k l (4.118)
(on a remplacé les indices symboliques par des nombres pour alléger la notation). Le trait reliant
un opérateur de création à un opérateur d’annihilation symbolise une contraction, c’est-à-dire un
facteur 〈ci† c j 〉. La moyenne d’un produit de n opérateurs de création avec n opérateurs d’annihi-
lation est égale à la somme de toutes les contractions possibles, chacune prise avec le signe de la
permutation nécessaire pour amener tous les opérateurs immédiatement à côté de leur partenaire
en contraction. Ce résultat est une forme du théorème de Wick, à la base de la théorie des perturba-
tions en théorie des champs (diagrammes de Feynman). 3
En utilisant le résultat (4.116), la valeur moyenne du hamiltonien dans l’état Hartree-Fock est
N
ħ2 2
∫
∑ h
〈Φ0 |H |Φ0 〉 = d r 3
ϕn∗ − ∇ + V (r) ϕn
n
2m x
N ∫
1∑
+ d3 r d3 r ′ U (r − r′ ) |ϕn (r)|2 |ϕm (r′ )|2 − ϕn∗ (r)ϕm
∗
(r′ )ϕn (r′ )ϕm (r) (4.120)
2 m ,n
3. Notons que ce théorème, tel qu’exprimé ici, n’est pas valable pour des bosons, en raison de la possibilité d’une
occupation macroscopique de l’état fondamental. Cependant, il est valable si on exclut cette possibilité, par exemple
à température finie. Dans ce cas, les signes des différents termes sont tous positifs, car des relations de commutation
remplacent alors les relations d’anticommutation entre les opérateurs de création et d’annihilation.
100
D. Approximation de Hartree-Fock
Notre tâche est de minimiser cette valeur moyenne en utilisant le calcul des variations sur les fonc-
tions ϕn . Cependant, nos fonctions doivent être orthonormales et cette contrainte peut être incor-
porée dans la valeur moyenne à l’aide de multiplicateurs de Lagrange en ajoutant le terme suivant :
N
∑
∫
3 ∗
γmn d r ϕm (r)ϕn (r) − δmn (4.121)
m ,n
N
ħ2 2
∫
h ∑
− ∇ x ϕn (r) + V (r)ϕn (r) + d3 r ′ U (r − r′ )|ϕm (r′ )|2 ϕn (r)
2m m
N
∑
∫ N
∑
3 ′ ′ ∗
− d r U (r − r )ϕm (r′ )ϕn (r′ )ϕm (r) + γnm ϕm (r) = 0 (4.122)
m m
Bien sûr, la variation des multiplicateurs γmn ne fait que reproduire les contraintes d’orthonor-
malité.
Nous avons donc obtenu un ensemble de N équations intégro-différentielles non linéaires cou-
plées. Il va sans dire qu’il est hors de question de les résoudre de manière analytique ! Signalons
toutefois la simplification suivante : il est possible d’effectuer une transformation unitaire des fonc-
tions propres ϕn sans affecter le déterminant de Slater, c’est-à-dire sans affecter l’état de Hartree-
Fock. La solution des équations ci-haut n’est donc pas unique. Nous pouvons restreindre le choix
des solutions en demandant que la matrice γmn des multiplicateurs soit diagonale : γmn = εn δmn .
Dans ce cas, les équations de Hartree-Fock peuvent s’écrire comme suit :
ħ2 2
∫
h
− ∇ ϕn (r) + VH (r)ϕn (r) − d3 r ′ VE (r, r′ )ϕn (r′ ) = εn ϕn (r) (4.123)
2m x
Les équations de Hartree-Fock se résolvent de manière itérative, comme les équations de Hartree.
La différence est la présence du potentiel non local d’échange VE .
Les quantités εn jouent donc le rôle d’énergies à une particule, ce qui nous permettrait d’écrire un
hamiltonien deuxième quantifié (version Hartree-Fock) comme
∑
HH F = εn cn† cn (4.125)
n
Cependant, nous devons garder à l’esprit que la solution variationnelle qui provient des équations
(4.123) n’est valide que pour une valeur précise de N . Si on augmente la valeur de N , les équations
de Hartree-Fock sont modifiées et toutes les fonctions propres changent en général. En termes plus
101
Chapitre 4. Deuxième Quantification
TABLE 4.1
Niveaux d’énergie du fondamental de l’ion H− et de l’atome d’Hélium obtenus par diverses méthodes (tiré
de BALLENTINE).
intuitifs, le fait de rajouter une particule modifie le potentiel dans lequel toutes les autres particules
se meuvent. L’énergie EH F (N ) de l’état variationnel dépend donc de N . Cependant, l’approxima-
tion de Hartree-Fock ne serait pas très utile si ce changement était énorme. Le théorème de Koopman
stipule que l’énergie Hartree-Fock EH F (N ) du système à N particules, moins l’énergie Hartree-Fock
EH F (N − 1) du système à N − 1 particules, mais calculée à l’aide des mêmes fonctions ϕn que pour
le système à N particules, est précisément égale à l’énergie de la N e particule :
EH F (N ) − EH F (N − 1) = εN (4.126)
Ceci signifie que si la variation des fonctions ϕn est d’ordre δ lorsqu’on enlève une particule, alors
l’énergie gagnée en enlevant une particule est donnée, à l’ordre δ2 , par εN , le niveau d’énergie le
plus élevé parmi les niveaux occupés. On suppose donc que les niveaux d’énergie et les fonctions
propres de Hartree-Fock sont une approximation raisonnable même si plusieurs particules sont
enlevées du système, pourvu que ce nombre soit petit par rapport à N . Ceci nous permet d’utiliser
les fonctions propres obtenues pour un système à N particules pour décrire un système de M par-
ticules (1−M /N petit) mais dans lequel certaines particules sont excitées à des niveaux supérieurs.
102
E. Annexe : Permutations
E Annexe : Permutations
Une permutation est une opération qui change l’ordre d’un ensemble ordonné d’objets. On peut
noter une permutation de n objets par le résultat qu’elle produit sur l’ensemble (123 . . . n). Ainsi,
(213 . . . n) est le résultat de la permutation des deux premiers objets. Une permutation est ap-
pelée transposition lorsqu’elle n’affecte que deux des n objets, en les échangeant, comme dans
l’exemple précédent. Une permutation est dite cyclique lorsque tous les objets sont déplacés du
même nombre de positions, par exemple (234 . . . n 1).
on constate que la multiplication des permutations n’est pas commutative. L’ensemble des permu-
tations de n objets forme un groupe. En effet, chaque permutation a son inverse, avec lequel son
produit donne la permutation unité (123 . . . n ). Ce groupe est noté Sn et comporte n! éléments.
Une permutation est dite paire ou impaire selon que le nombre de transpositions requises pour la
décomposer est pair ou impair. La signature ϵp d’une permutation est égale à 1 si la permutation est
paire et −1 si elle est impaire. Évidemment, il y a plusieurs façons de décomposer une permutation
en produit de transpositions, mais la signature d’une permutation ne change pas d’une décompo-
sition à l’autre. La signature du produit p q de deux permutations est le produit des signatures :
ϵ p q = ϵp ϵq (4.129)
En d’autres termes, le produit de deux permutations de même parité est pair, alors que le produit
de deux permutations de parités opposées est impair. Cela signifie entre autres que l’ensemble des
permutations paires forme aussi un groupe, qui est un sous-groupe de Sn avec n !/2 éléments.
Si fp est une quantité quelconque qui dépend d’une permutation p , on aura la relation
∑ ∑ ∑
fq p = fp q = fp (4.130)
p p p
Ceci provient du fait que q p est tour à tour égal à tous les éléments de Sn quand p passe par tous
les éléments de Sn successivement.
103
Chapitre 4. Deuxième Quantification
Problèmes
h2
∫ ∫ 3 3 ′
ħ d rd r
H =− 3 † 2
d r ψ (r)∇ ψ(r) + U (r − r′ )ψ† (r)ψ† (r′ )ψ(r′ )ψ(r) (4.131)
2m 2
A Montrez que l’opérateur N du nombre total de particules commute avec H et que, par consé-
quent, le nombre de particules demeure inchangé dans ce système.
B Exprimez cet hamiltonien en fonction des opérateurs de création et d’annihilation ψ†k et ψk
relatifs à la base des états propres du vecteur d’onde et en fonction de la transformée de Fourier
Ũ du potentiel d’interaction.
C Expliquez comment calculer, au premier ordre dans la théorie des perturbations, la probabilité
par unité de temps pour que deux particules, d’impulsions q et p, diffusent l’une sur l’autre et se
retrouvent dans des états d’impulsions q′ et p′ . Calculez l’élément de matrice impliqué.
où la valeur moyenne est prise dans l’état fondamental. Pour un gaz d’électrons libres, démontrez
que
3 sin z − z cos z
Gσ (r, r′ ) = n (4.133)
2 z3
où n est la densité totale des électrons, z = pF |r−r′ | et pF est le nombre d’onde de Fermi (le niveau
de Fermi est E F = ħh 2 pF2 /2m ). Montrez que pour des petites distances, on a
1 1 2
′ ′ 2
Gσ (r, r ) = n 1 − pF (r − r ) (4.134)
2 10
g σσ′ (r, r′ ) = 〈ψ†σ (r)ψ†σ′ (r′ )ψσ′ (r′ )ψσ (r)〉 (4.135)
104
E. Annexe : Permutations
où V est le volume de la boîte dans laquelle le système a été mis et n est la densité totale des
bosons. Supposons que l’on ait affaire à un faisceau de bosons avec une distribution d’occupation
gaussienne
n (k) ∝ exp −α(k − k0 )2 /2 (4.139)
(ici α est une constante et k0 est le vecteur d’onde moyen du faisceau). Montrez que
C’est-à-dire que la probabilité de trouver deux bosons au même endroit est deux fois celle de les
trouver éloignés l’un de l’autre.
105
Chapitre 4. Deuxième Quantification
A Justifiez, par des arguments de symétrie, l’utilisation d’ondes planes ϕn (r) → exp i k · r comme
fonctions d’ondes à une particule.
B Montrez que les niveaux d’énergie à une particule dans l’approximation de Hartree-Fock ont
la forme suivante :
h 2 k2 2e 2
ħ
ϵ(k) = − k F F (x ) (4.141)
2m π
où k F est le niveau de Fermi, x = k /k F et F (x ) est une fonction de x :
1 1− x2 1+ x
F (x ) = + ln (4.142)
2 4x 1− x
B Même question, cette fois pour des fermions identiques (sans spin). En plus de Ū , l’expres-
sion demandée implique une double intégrale sur les vecteurs d’onde dans la sphère de Fermi,
intégrale qu’il est bien sûr impossible de calculer sans connaître la forme précise de U .
106
E. Annexe : Permutations
107
Chapitre 4. Deuxième Quantification
108
CHAPITRE 5
5.A.1 Réseaux
Dans cette sous-section nous expliquons comment procéder à l’analyse de Fourier dans un réseau
cristallin. Rappelons qu’un réseau Γ est l’ensemble des points obtenus par combinaisons linéaires
entières d’une base {ei }, (i = 1, 2, 3) :
Γ = {n = ni ei |ni ∈ Z} (5.1)
Le réseau réciproque ou dual, noté Γ ∗ , est l’ensemble des points k tels que n · k ∈ 2πZ. On démontre
immédiatement que cette condition définit bien un réseau, c’est-à-dire que k1 , k2 ∈ Γ ∗ → k1 +k2 ∈ Γ ∗ .
On choisit sur Γ ∗ une base {e∗i } telle que e∗i · e j = 2πδi j . Il est évident que le réseau réciproque du
réseau réciproque est le réseau original lui-même : Γ ∗∗ = Γ .
Un ensemble de points de l’espace forme une maille élémentaire s’il est possible d’obtenir n’im-
porte quel point de l’espace en ajoutant un vecteur du réseau à un point de la maille élémentaire
et s’il est impossible de trouver deux points de la maille élémentaire qui diffèrent par un vecteur du
réseau. En d’autres termes, pour tout r, il existe un point unique r0 de la maille élémentaire et un
vecteur unique n ∈ Γ tels que r = r0 +n. Il y a bien sûr une infinité de mailles élémentaires possibles.
Par exemple, on peut prendre le parallélépipède dont les arêtes sont les trois vecteurs de base ei . Il
est alors évident que le volume de la maille élémentaire est
VΓ = e1 · (e2 ∧ e3 ) (5.2)
Les vecteurs de base du réseau réciproque peuvent être choisis comme suit :
2π 2π 2π
e∗1 = e2 ∧ e3 e∗2 = e3 ∧ e1 e∗3 = e1 ∧ e2 (5.3)
VΓ VΓ VΓ
Comme maille élémentaire du réseau réciproque on choisit la zone de Brillouin, centrée autour du
vecteur k = 0. Son volume est évidemment donné par
(2π)3
VΓ ∗ = (5.4)
VΓ
109
Chapitre 5. Applications à la physique du solide
Nous nous intéresserons dans cette section à des fonctions périodiques sur le réseau, c’est-à-dire à
des fonctions du type u (r) telles que u (r+n) = u (r) si n ∈ Γ . Une telle fonction peut être décomposée
en série de Fourier comme suit :
∑
u (r) = u k ei k·r
k∈Γ ∗
∫ (5.5)
1
uk = d3 r u(r) e−i k·r
VΓ M.E.
L’indice M.E. signifie que l’intégrale est prise sur la maille élémentaire. La seconde de ces équations
a été obtenue en vertu de l’identité suivante :
∫
d3 r ei k·r = VΓ δk,0 (k ∈ Γ ∗ ) (5.6)
M.E.
Il suffit d’intégrer sur r dans une maille élémentaire pour la démontrer explicitement. La version
réciproque de cette relation est
∑ ∑
VΓ ei p·n = (2π)3 δ(p + k) (5.10)
n∈Γ k∈Γ ∗
En principe, nous devrions utiliser les fonctions delta suivantes, appropriées aux réseaux :
∑
δΓ (r) ≡ δ(r + n)
n∈Γ
∑ (5.11)
δΓ ∗ (p) ≡ δ(p + k)
k∈Γ ∗
Bien sûr, quand l’intégrale qui contient, par exemple, δΓ ∗ (p), est limitée à la zone de Brillouin, un
seul terme du membre de droite de l’équation ci-haut y contribue.
En résumé, l’information contenue dans une fonction f (k) définie sur la zone de Brillouin peut tout
aussi bien être contenue dans une fonction f˜n du site du réseau direct. De même, l’information
contenue dans une fonction périodique f (r) (c’est-à-dire définie dans la maille élémentaire) peut
aussi être incorporée dans une fonction f˜k définie sur le réseau réciproque Γ ∗ .
110
A. Fonctions de Bloch et de Wannier
Considérons ici un gaz d’électrons dont nous négligerons les corrélations, placé dans un réseau
cristallin. 1 Pour étudier ce système sans interactions il faut résoudre l’équation de Schrödinger pour
les fonctions propres :
h2 2
−ħ
Hϕ= ∇ ϕ + V (r)ϕ = E ϕ (5.12)
2m
où le potentiel V (r) est créé par les ions du réseau et donc possède la périodicité du réseau : V (r +
n) = V (r) si n ∈ Γ . On peut également tenir compte des interactions de façon minimale, en utilisant
l’approximation de Hartree-Fock. On doit alors résoudre de manière itérative l’équation (4.123).
Comme le potentiel d’interaction ne dépend que de la différence des coordonnées des électrons, il
est lui aussi invariant par rapport aux translations de toutes les coordonnées des électrons par un
vecteur du réseau.
Le hamiltonien est ici invariant par une translation Tn d’un vecteur du réseau. L’action de cet opé-
rateur sur la fonction d’onde est Tn ϕ(r) = ϕ(r − n). Le fait que [H , Tn ] = 0 signifie qu’une fonction
propre de H peut aussi être choisie fonction propre de Tn , c.-à-d. ϕ(r − n) ∝ ϕ(r). La solution de
cette équation est
ϕp (r) = ei p·r u (p, r) (5.13)
où u (p, r) est périodique en r et où p est un élément de la zone de Brillouin. La valeur propre de Tn
dans cet état est alors e−i p·n . Il est important de comprendre que p n’est défini que modulo un vec-
teur du réseau réciproque Γ ∗ ; c’est pour cela qu’on restreint le domaine de p à la zone de Brillouin.
L’équation de Schrödinger peut alors être écrite en fonction de u :
h2 2
−ħ
∇ u + 2i p · ∇u − p2 u + V (r)u = E (p)u (5.14)
2m
Cette équation est soluble en principe et nous fournit des niveaux d’énergie En (p) qui sont fonctions
de l’impulsion : ce sont les bandes d’énergies. L’indice n est maintenant un indice de bande et non
un simple indice de niveau. Les solutions à cette équation sont notées ϕn (p, r) = ei p·r u n (p, r) et
appelées fonctions de Bloch. Elles forment une base orthogonale :
∫
∗
d3 r ϕm 3
,q (r)ϕn,p (r) = (2π) δmn δΓ ∗ (p − q) (5.15)
∫
∑
ψ(r) = ( d3 p ) cn (p)ϕn,p (r) (5.16)
n Z.B.
1. ‘Négliger les corrélations’ signifie qu’on considère les électrons comme indépendants, soit complètement, soit dans
l’esprit de l’approximation de Hartree-Fock.
111
Chapitre 5. Applications à la physique du solide
En reprenant les arguments généraux de la sous-section (4.B.2) et en les adaptant au cas particulier
qui nous occupe, on voit que le hamiltonien (5.12) peut s’écrire de la manière suivante :
∫
∑
H= ( d3 p ) En (p)cn† (p)cn (p) (5.19)
n Z.B.
où V = N VΓ est le volume total du système. Si n e est le nombre d’électrons par maille élémentaire,
on peut donc écrire
∫ ∫
∑
3 ne ∑
(d p) = ou d3 p = n e VΓ ∗ (5.21)
n E (p)<E
VΓ n E (p)<E
n F n F
Si on ne compte dans n e que les électrons de valence (ceux qui vivent dans la bande occupée la
plus haute) et si on tient compte du spin qui introduit une dégénérescence double des bandes, on
obtient la relation ∫
2 d3 p = n e VΓ ∗ (5.22)
En (p)<E F
2. Nous ne décrirons pas en détail toutes les possibilités de bandes partiellement remplies, de gap indirect, etc. Ces
sujets appartiennent au cours de physique du solide.
112
A. Fonctions de Bloch et de Wannier
Cela veut dire que pour n e = 1, la bande est demi-remplie, alors qu’elle est complètement rem-
plie pour n e = 2. Il s’agit de la façon la plus élémentaire d’expliquer la différence entre un isolant
(nombre pair d’électrons par maille) et un conducteur (nombre impair d’électrons par maille). Cette
distinction simple entre conducteurs et isolants ne se base que sur le hamiltonien à un corps et ou-
blie l’influence très importante des corrections à l’approximation de Hartree-Fock.
Considérons, pour simplifier les choses, un système à une bande. On définit la fonction de Wannier
w (r − n) somme suit :
∫
( d3 p ) e−i p·n ϕp (r)
p
w (r − n) = VΓ (5.23)
∫Z.B.
( d3 p ) ei p·(r−n) u (p, r)
p
= VΓ (5.24)
Z.B.
Vu que u (p, r) est périodique, la dépendance fonctionnelle de w est bien en r − n. D’autre part, il
s’ensuit de (5.10) que p ∑ i p·n
ϕp (r) = VΓ e w (r − n) (5.25)
n∈Γ
Même si on ne dispose avec w que d’une seule fonction, définie sur tout l’espace, on peut tout de
même en faire une collection de fonctions de base en déplaçant son argument par un vecteur de
réseau. Ces fonctions sont orthonormales :
∫ ∫ ∫
d3 r ei (p·n−q·n ) ϕp∗ (r)ϕq (r)
′
d3 r w ∗ (r − n)w (r − n′ ) = VΓ ( d3 p )( d3 q ) (5.26)
Z.B.
∫
( d3 p ) ei p·(n−n ) = δn,n′
′
= VΓ (5.27)
Z.B.
Liaisons faibles
À la différence de la fonction de Bloch, qui est délocalisée, la fonction de Wannier est localisée au-
tour de chaque site du réseau. Comme exemple, considérons un système à une dimension dans
lequel la fonction périodique u dépend faiblement de p : u (p, r) ∼ u (r) – il s’agit du cas de particules
quasi libres, dit des liaisons faibles. Le volume VΓ devient ici la distance L entre deux sites du réseau
et la fonction de Wannier est alors
∫ π/L
p dp i p x sin πx /L u(x )
w (x ) = L e u (x ) = p (5.28)
−π/L
2π πx /L L
Le facteur 1/x localise cette fonction autour de x = 0. Il s’agit ici d’un cas extrême, celui où les
fonctions de Wannier sont les moins pertinentes.
Liaisons fortes
Dans la limite des liaisons fortes extrêmes – l’opposée du cas précédent – chaque électron de la
bande est confiné à son ion (au site n) et la fonction d’onde d’un état propre à une particule est
une orbitale atomique φ(r − n) centrée autour de cet ion. Les ions étant identiques, les différents
113
Chapitre 5. Applications à la physique du solide
états propres centrés sur des ions différents sont tous dégénérés et la bande d’énergie est infiniment
étroite. Dans le but de respecter la forme des fonctions de Bloch, on peut prendre des combinaisons
linéaires de ces états dégénérés : ∑
ϕk = ei k·n φ(r − n) (5.29)
n∈Γ
∑
ψ(r) = cn w (r − n) (5.30)
n∈Γ
En substituant plutôt la relation (5.25) dans le développement (5.16), on trouve une expression de
cn en fonction de c (p) :
∫
( d3 p ) ei p·n c (p)
p
cn = VΓ (5.33)
Z.B.
∑
H= t n,n′ cn† cn′ (5.34)
n,n′
114
B. Modèle d’électrons localisés
ħ 2 p2
h
E (p) = E0 + (5.36)
2m
L’intégrale de saut est alors donnée par
ħ2
∫
h
( d3 p ) p2 ei p·(n−n )
′
t n,n′ = E0 δn,n′ + VΓ (5.37)
2m Z.B.
ħ 2 π2
⎧
h
⎨ E0 +
⎪
(n = n ′ )
t n,n ′ = 6m L 2 (5.38)
′ h2
ħ
⎩ (−1)n−n
⎪
(n ̸= n ′ )
m (n − n ′ )2 L 2
(ici n et n ′ sont des entiers qui numérotent les sites du réseau unidimensionnel : n = n L x). Le coef-
ficient t n,n multiplie l’opérateur N du nombre total de particules, une quantité conservée, et de ce
fait n’est pas très intéressant. 3 Pour n ̸= n ′ , on remarque que le saut diminue avec le carré de la dis-
tance. On peut à l’inverse se demander quelles relations de dispersion E (p) découlent de différentes
intégrales de saut. Cette question est assez simple pour être étudiée en exercice.
En général, les fonctions de Bloch sont utiles quand les interactions sont négligeables ou quand le
nombre d’intégrales de saut est trop grand, c’est-à-dire quand elles ne diminuent pas assez rapide-
ment avec la distance. On préfère cependant les fonctions des Wannier lorsque l’interaction est de
courte portée et que les sauts se limitent aux sites voisins les plus immédiats, ce qui correspond à
des bandes d’énergies étroites.
Ajoutons maintenant à notre hamiltonien (5.19) un terme d’interaction, décrit dans la base de Wan-
nier :
1∑
H2 = 〈i , j |U |k , l 〉ci† c j† cl ck (5.39)
4 i jkl
Dans cette expression, les indices i , . . . , k désignent des sites du réseau et constituent une abrévia-
tion pour ni , . . . , nk . L’élément de matrice de l’interaction est
∫
1
〈i , j |U |k , l 〉 = d3 r1 d3 r2 d3 r3 d3 r4 〈i , j |r1 , r2 〉〈r1 , r2 |U |r3 , r4 〉〈r3 , r4 |k , l 〉 (5.40)
4
mais
〈r1 , r2 |U |r3 , r4 〉 = U (r1 − r2 ) δ(r1 − r3 )δ(r2 − r4 ) − δ(r1 − r4 )δ(r2 − r3 ) (5.41)
115
Chapitre 5. Applications à la physique du solide
avec une expression similaire (sans la conjugaison complexe) pour 〈r3 , r4 |k , l 〉. L’élément de matrice
de l’interaction est donc
∫
¦ ©
〈i , j |U |k , l 〉 = d3 r d3 r ′ w ∗ (r − ni )w ∗ (r′ − n j )w (r − nk )w (r′ − nl ) − (i ↔ j ) U (r − r′ ) (5.43)
Jusqu’ici nous avons négligé les degrés de liberté de spin, absents de l’interaction (5.39). Cet ou-
bli a comme conséquence qu’une interaction de très courte portée, par exemple le cas limite
U (r) = U0 δ(r), n’a pas d’effet : H2 s’annule. En d’autres termes, le principe de Pauli mène déjà à
une répulsion effective des fermions à courte portée et toute autre interaction de ce type est super-
flue. Cependant, le spin est bel et bien présent ; les opérateurs doivent être affublés d’un indice de
spin : ci → ci ,σi et l’interaction prend la forme suivante :
1 ∑
H2 = 〈i σi , j σ j |U |k σk , l σl 〉ci†σi c j†σ j cl σl ck σk (5.44)
4 i jkl
σi σ j σk σl
Dans la limite des liaisons fortes, les fonctions de Wannier sont très localisées et l’élément de ma-
trice ci-haut n’est appréciable que si les quatre sites i , j , k , l coïncident. En posant
∫
U0 = d3 r d3 r ′ U (r − r′ )|w (r)|2 |w (r′ )|2 (5.46)
∑ ∑
H= t i j ci†,σ c j ,σ + U ni ,↑ ni ,↓
i ̸= j ,σ i (5.48)
= H1 + H0
116
B. Modèle d’électrons localisés
Dans ce modèle, les électrons sentent une énergie de répulsion U (ou d’attraction, selon le signe)
au même site. Dans le cas de liaisons fortes, l’amplitude de saut t i j est considérablement plus petite
que la répulsion U . Nous pouvons alors considérer H1 comme une perturbation ajoutée à H0 . Les
états propres de H0 sont infiniment dégénérés, puisque les différents sites sont découplés dans cet
hamiltonien. Ils sont spécifiés par les nombres d’occupation (0 ou 1) de chaque spin à chaque site.
Tous les états sans occupation double (un électron par site ou moins) auront une énergie E0 = 0.
Il est donc important d’étudier les corrections apportées par diverses perturbations ; c’est l’impor-
tance relative de ces perturbations qui déterminera le comportement du système.
ce qui confirme l’interprétation de t i j comme étant l’amplitude pour un électron de sauter du site
j au site i .
Dans la limite des liaisons fortes, les fonctions de Wannier sont très localisées et le cas i = j = k = l
domine dans (5.44). Il en résulte le modèle de Hubbard (5.48). Si l’intégrale de saut est relativement
petite (t i j ≪ U ), il est pertinent de se demander si d’autres termes de la somme (5.44), tout en étant
petits par rapport à U , ne peuvent pas être appréciables. Nous nous concentrerons sur le cas d’un
électron par site (bande demi-remplie). Nous allons montrer comment les états excités d’énergie
basse relativement à U peuvent être décrits par l’hamiltonien de Heisenberg :
∑
H=J Si · S j (5.50)
〈i j 〉
où J est une constante (négative dans le cas présent) et la notation 〈i j 〉 signifie qu’on somme sur
les paires de sites qui sont des voisins immédiats (chaque lien n’est compté qu’un seule fois).
117
Chapitre 5. Applications à la physique du solide
La contribution la plus importante à (5.44) après le terme dominant est obtenue quand on considère
deux sites voisins, c’est-à-dire les termes suivants : 4
(a ) i=j k =l
(b ) i =k j =l (5.51)
(c ) i =l j =k
Cette contribution ne nous intéresse pas, car son action est triviale dans le sous-espace des états
d’énergie E0 = 0 du hamiltonien H0 qui ne comportent pas plus d’un électron par site.
où ∫
Gi k = d3 r d3 r ′ U (r − r′ )|w (r − ni )|2 |w (r′ − nk )|2
∫ (5.54)
3 3 ′ ′ ∗ ∗ ′ ′
Ji k = d r d r U (r − r )w (r − ni )w (r − nk )w (r − nk )w (r − ni )
Le cas (c) mène au même résultat que le cas (b). Dans le cas d’une bande demi-remplie, le terme en
ni ,σ n j ,σ′ n’est pas pertinent, puisqu’il est constant dans le sous-espace fondamental.
Concentrons-nous donc sur le terme dit d’échange direct, proportionnel à l’intégrale d’échange Ji j :
1∑∑
H2 = − Ji j ci†,σ ci ,σ′ c j†,σ′ c j ,σ (5.55)
2 〈i j 〉 σ,σ′
Appelons Vα le sous-espace des états engendré par les états, notés |α〉, correspondant à une occupa-
tion simple de chaque site. Dans le cas où il y a autant d’électrons que de sites ces états sont les états
fondamentaux dégénérés de H0 et ont une énergie non perturbée nulle. Dans le sous-espace Vα il
est possible d’exprimer cet hamiltonien en fonction des opérateurs de spin, en procédant comme
suit. Premièrement, pour un site donné, on a les représentations matricielles suivantes :
† 1 0 1
c↑ c↑ = = (1 + σ3 )
0 0 2
0 0 1
c↓† c↓ = = (1 − σ3 )
0 1 2
0 1 1
c↑† c↓ = = (σ1 + i σ2 )
0 0 2
4. À demi remplissage, on montre que les termes du type 〈i i |U |i j 〉 ont un effet équivalent à modifier l’énergie ciné-
tique du modèle (H1 ).
118
B. Modèle d’électrons localisés
0 0 1
c↓† c↑ = = (σ1 − i σ2 ) (5.56)
1 0 2
Considérons maintenant une paire 〈i j 〉 donnée. Les quatre états de spin à considérer sont | ↑↑〉, | ↑↓〉,
| ↓↑〉 et | ↓↓〉. On obtient
∑ 1¦
ci†,σ ci ,σ′ c j†,σ′ c j ,σ = (1 + σ3,i )(1 + σ3, j ) + (1 − σ3,i )(1 − σ3, j )
σ,σ′
4
©
+ (σ1,i + i σ2,i )(σ1, j − i σ2, j ) + (σ1,i − i σ2,i )(σ1, j + i σ2, j )
1
= (1 + σi · σ j ) (5.57)
2
En fonction des opérateurs de spin Si ≡ 12 σi , le terme d’échange direct devient égal au hamiltonien
de Heisenberg ferromagnétique (5.50), où nous avons défini J = − Ji j et supposé que l’intégrale
d’échange Ji j est la même pour toutes les paires de plus proches voisins, c’est-à-dire dans toutes
les directions. 5 Si on néglige complètement le terme cinétique (t → 0) le terme d’échange devient
le seul hamiltonien pertinent pour décrire les états excités de basse énergie par rapport à U . Il est
qualifié de ferromagnétique parce que le signe négatif précédant la somme incite les spins à être
parallèles dans l’état fondamental.
5.B.3 Super-échange
Dans la sous-section précédente nous avons montré comment l’effet de l’interaction entre les élec-
trons dans des états de Wannier voisins, à demi-remplissage, peut être représenté par le hamil-
tonien de Heisenberg dans le sous-espace de plus basse énergie de H0 . Nous allons maintenant
montrer que l’effet du terme cinétique H1 du hamiltonien (5.48) est similaire. Remarquons d’abord
que H1 décrit un processus de premier ordre par lequel un électron peut sauter au site voisin, ce qui
nous fait quitter le sous-espace Vα puisque l’état final comprend deux électrons sur le même site.
Cependant, le même H1 au deuxième ordre de la théorie des perturbations nous permet d’échan-
ger les électrons de deux sites voisins, par une succession de deux sauts. Nous allons montrer que
ce processus mène à une description des états de basse énergie à l’aide du modèle de Heisenberg
antiferromagnétique où la constante J est maintenant positive et donnée par
4t 2
J= (5.58)
U
Pour démontrer cela, distinguons trois catégories d’états propres du hamiltonien non perturbé H0
décrit en (5.48) : premièrement, les états |α〉 décrits plus haut. Deuxièmement, les états notés |β 〉 cor-
respondant à une seule occupation double parmi tous les sites et ayant une énergie U . Finalement,
les états notés |γ〉 représentant tous les autres états, d’énergies 2U et plus. Soit Vβ le sous-espace
généré par les états de type |β 〉 ; on définit de même Vγ . L’action de H1 sur un état de type |α〉 donne
une superposition d’états de type |β 〉 : H1 |α〉 ∈ Vβ . Lorsque la perturbation H1 est mise en place, les
états propres dans Vα évoluent vers de nouveaux états propres formant un nouveau sous-espace
5. En réalité, l’anisotropie spatiale, c’est-à-dire l’existence de couplages J x , J y et Jz différents selon les directions, est
très fréquente.
119
Chapitre 5. Applications à la physique du solide
d’états de basse énergie qu’on notera V0 . L’état perturbé |ψα 〉 provenant d’un état |α〉 est donné par
l’expression suivante au premier ordre en théorie des perturbations :
∑ 〈m |H |α〉
1
|ψα 〉 = |α〉 + |m 〉
Em >0
E −
α Em
1 ∑
= |α〉 − 〈β |H1 |α〉|β 〉
U β
1 ∑
= |α〉 − |m 〉〈m|H1 |α〉
U m
1
= |α〉 − H1 |α〉 (5.59)
U
Dans la deuxième équation, nous avons utilisé le fait que seuls les états |β 〉 ont un élément de ma-
trice non nul avec |α〉. Dans la troisième nous avons utilisé le même fait pour étendre la sommation
à tous les états, obtenant ainsi une relation de complétude.
Nous pouvons maintenant écrire le hamiltonien H0 + H1 dans la base des états perturbés de basses
énergies formant V0 en calculant les éléments de matrice suivants :
1 ′ 1
′
〈ψα′ |(H0 + H1 )|ψα 〉 = 〈α | − 〈α |H1 (H0 + H1 ) |α〉 − H1 |α〉
U U
(5.60)
1 ′ 2 2
= − 〈α |H1 |α〉 + O (1/U )
U
Ceci signifie que, sur l’espace Vα , le hamiltonien −H12 /U est celui qui s’approche le plus du véritable
hamiltonien H1 +H0 agissant sur V0 . Autrement dit, au premier ordre en 1/U , H0 +H1 est équivalent
à −H12 /U par transformation unitaire dans V0 . D’après l’expression pour H1 avec sauts aux premiers
voisins ∑
ci†,σ c j ,σ + c j†,σ ci ,σ
H1 = −t (5.61)
〈i j 〉,σ
On écrit donc ∑ ∑
H12 = t 2 ci†,σ c j ,σ + c j†,σ ci ,σ ck†,σ′ cl ,σ′ + cl†,σ′ ck ,σ′
(5.62)
〈i j 〉,σ 〈k l 〉,σ′
Pour que H12 |α〉 ait une composante non nulle dans Vα , il faut que 〈i j 〉 = 〈k l 〉. Par conséquent nous
avons effectivement, sur Vα ,
∑ ¦ ©
H12 = t 2 ci†,σ c j ,σ ci†,σ′ c j ,σ′ + ci†,σ c j ,σ c j†,σ′ ci ,σ′ + c j†,σ ci ,σ ci†,σ′ c j ,σ′ + c j†,σ ci ,σ c j†,σ′ ci ,σ′ (5.63)
〈i j 〉,σσ′
Les premier et quatrième termes ont une action nulle dans Vα : ils annihilent deux particules au
même site. Le deuxième terme est
ci†,σ c j ,σ c j†,σ′ ci ,σ′ = −ci†,σ ci ,σ′ c j†,σ′ c j ,σ + δσσ′ ci†,σ ci ,σ′ (5.64)
et le troisième est obtenu par la substitution (i ↔ j ). Le premier terme ci-haut est égal à − 12 (1 +
σi · σ j ) alors que le second ne fait que contribuer au potentiel chimique. On peut donc finalement
écrire le hamiltonien effectif sur Vα :
4t 2 ∑
Heff. = Si · S j (5.65)
U 〈i j 〉
120
C. Ondes de spin
En général, les termes d’échange et de super-échange sont en compétition, le plus fort décidant si
le hamiltonien de basse énergie sera ferromagnétique ou antiferromagnétique.
C Ondes de spin
où S ± = S x ± i S y . Nous avons montré dans la section précédente comment ce modèle peut décrire
les excitations de basse énergie dans un système d’électrons fortement corrélés dans lequel chaque
site est occupé par un électron. Dans ce cas la représentation de spin 12 est utilisée. Cependant ce
modèle s’applique aussi à des systèmes ayant un spin plus grand à chaque site et sert de base à
la théorie du magnétisme. Dans ce qui suit, nous supposerons que les opérateurs de spin appar-
tiennent à une représentation générale de spin s . Notons que cet hamiltonien conserve le spin total
∑
Stot. = Si (5.67)
i
ce qui est caractéristique d’un système sans interactions spin-orbite. Le hamiltonien conserve aussi
l’impulsion, modulo bien sûr un vecteur du réseau réciproque.
Notons qu’une base de l’espace des états de ce modèle est obtenue en spécifiant la valeur de Siz à
chaque site. Dans un système à une dimension ou chaîne de spins, cela revient à utiliser comme
états de base les chaînes de projections
Étudions d’abord le cas ferromagnétique ( J < 0). L’état fondamental de H est alors obtenu quand
tous les spins sont parallèles. Cet état est plusieurs fois dégénéré. En particulier, l’état de base |siz =
s 〉 est un état fondamental d’énergie E0 = N J s 2 et de projection Stot.z
= N s , où N est le nombre
de sites. Comme Stot. commute avec H et comme cet état appartient à la représentation de spin
maximal (Stot. = N s ), il y a 2N s + 1 états de même énergie E0 . Tous ces états ont une impulsion
nulle.
121
Chapitre 5. Applications à la physique du solide
H |i 〉 = J (2s (s − 1) − 2s 2 )|i 〉 + s |i + 1〉 + s |i − 1〉
(5.69)
= J s (|i − 1〉 − 2|i 〉 + |i + 1〉)
où a 0 est le pas de réseau, c’est-à-dire la taille de la maille élémentaire. On vérifie sans peine que
E (k ) = 2| J |s [1 − cos(k a 0 )] (5.72)
Aux faibles impulsions la relation de dispersion est quadratique : E (k ) ≈ s | J |a 02 k 2 . Ces états sont
appelés ondes de spin.
Une onde de spin est un exemple de mode collectif, c’est-à-dire un état qui décrit non pas le mou-
vement d’un électron en particulier, mais le mouvement collectif de l’ensemble des électrons (ici,
de leurs spins). L’onde de spin a les caractéristiques d’une particule, mais cette particule est radi-
calement différente de la particule sous-jacente sur laquelle elle est construite (l’électron). En fait,
nous allons constater que cette particule est un boson, comme tous les modes collectifs.
Un fait important est qu’il n’y a pas de bande interdite (gap) entre l’état fondamental et le premier
état excité. Il s’agit ici d’une manifestation particulière du théorème de Goldstone, qui stipule que si
le fondamental d’un système n’est pas invariant par une symétrie continue (ici, la symétrie de rota-
tion dans l’espace des spins), alors les états excités ont une relation de dispersion E (k) qui touche
à l’état fondamental à une valeur précise de k (ici, k = 0). Le mode collectif associé est appelé mode
de Goldstone.
Transformation de Holstein-Primakov
Même si nous avons montré qu’une onde de spin est un état propre du hamiltonien, cela ne veut pas
nécessairement dire que deux ondes de spin ensemble forment un état propre. Pour mieux étudier
ces états et pour préciser ce qu’on entend par ‘deux ondes de spins’, il est nécessaire de procéder à la
122
C. Ondes de spin
L’expression du hamiltonien H en fonction des oscillateurs est compliquée en raison des racines
carrées. Si on développe ces racines carrées en série, on obtient une décomposition H = H0 + H1 où
H0 est purement quadratique dans les a i alors que H1 contient des termes de degré supérieur à 2
représentant des interactions entre les oscillateurs. Ce développement est d’autant plus sûr que le
spin s est grand. Le fait de ne retenir que H0 constitue donc une approximation dite de spin grand.
Le hamiltonien ‘libre’ H0 est, modulo une constante,
∑ ∑
H0 = s | J |Z a i† a i − s | J | (a i† a j + a †j a i ) (5.74)
i 〈i j 〉
où Z est le nombre de coordination (le nombre de premiers voisins). Cet hamiltonien peut être
diagonalisé par transformation de Fourier sur réseau. On définit
p ∑ −i k·n
a (k) = VΓ e an
n∈Γ
∫ (5.75)
3 i k·n
p
an = VΓ (d k) e a (k)
Z.B.
Nous avons modifié un peu notre notation pour la rendre plus explicite vis-à-vis du réseau : les
indices de site sont maintenant des vecteurs du réseau Γ . Nous avons la relation de commutation
où les Z vecteurs e relient un site à ses premiers voisins. Pour un réseau cubique avec vecteurs de
base ei , Z = 6 et les six vecteurs en question sont ±ei . Si on définit
1 ∑ i e·k 1 ∑
γ(k) = e = cos(e · k) (5.78)
Z e Z e
123
Chapitre 5. Applications à la physique du solide
ce qui est une généralisation du résultat obtenu précédemment pour la chaîne. Par exemple, sur un
réseau cubique avec pas de réseau a 0 , on trouve
Le formalisme d’Holstein-Primakov nous permet donc de définir des états à plusieurs ondes de
spin. Cependant, même si ceux-ci sont des états propres de H0 , ils ne sont pas des états propres
de H : seuls les états à une onde de spin le sont. Les interactions contenues dans H1 ont un effet
attracteur sur les ondes de spins et il peut se former des états liés ressemblant à une superposition de
deux ondes de spins et dont l’énergie est inférieure à la somme des énergies des ondes de spins. Ces
états sont présents pour s petit (interactions fortes), mais disparaissent quand s est suffisamment
grand.
Dans le cas antiferromagnétique ( J > 0) la situation est plus compliquée. En fait, l’état fondamental
du hamiltonien de Heisenberg nous est inconnu, sauf dans le cas de la chaîne de spin 12 [H. Bethe,
1931]. En effet, considérons la modification suivante au hamiltonien (J > 0) :
∑¦ 1
Siz S jz + γ(Si+S j− + Si−S j+ )
©
H=J (5.85)
〈i j 〉
2
Nous avons ajouté un paramètre d’anisotropie γ dans l’espace des spins. Dans la limite γ → 0 on
trouve le hamiltonien d’Ising, dont l’état fondamental antiferromagnétique est l’état de Néel, dans
lequel les spins alternent d’un site à l’autre : pour une chaîne, on aurait Siz = (−s )i . Cependant, cet
124
C. Ondes de spin
état cesse d’être un état propre de H quand γ ̸= 0, car les termes Si+S j− et Si−S j+ modifient l’état de
Néel.
Même si une solution exacte a été trouvée pour l’état fondamental et les premiers états excités de
la chaîne de Heisenberg à spin 12 , nous ne l’étudierons pas, en raison bien sûr de sa complexité,
mais aussi parce que nous voulons donner un traitement qui, quoiqu’approximatif, s’applique à
toutes les valeurs du spin et aux dimensions supérieures. Même si l’état de Néel n’est pas l’état
fondamental exact de H , on estime qu’il s’en approche suffisamment pour servir de point de dé-
part à une approximation de Holstein-Primakov. L’état de Néel se trouve à partager le réseau Γ en
deux sous-réseaux : Γ = Γ1 +Γ2 . Les deux sous-réseaux sont identiques, mais intercalés 6 . Sur chacun
des sous-réseaux, les spins sont parallèles dans l’état de Néel. Le hamiltonien de Heisenberg peut
s’écrire ∑ ∑
H=J Sn · Sn+e (5.86)
n∈Γ1 e
On introduit maintenant deux ensembles d’oscillateurs : a n et bn . Les a n sont définis comme dans
le cas ferromagnétique, en fonction des spins du réseau Γ1 . Par contre, les bn sont définis ainsi
q q
z † + † † − †
Sm = −s + bm bm Sm = bm 2s − bm bm Sm = 2s − bm bm bm (5.87)
Encore une fois les relations de commutation du moment cinétique sont reproduites par la com-
mutation [bn , bm
†
] = δn,m , sauf que cette fois c’est l’état de spin −s qui sert de vide. L’état de Néel est
donc caractérisé par la condition a n |0〉 = bn |0〉 = 0.
Le hamiltonien exprimé en fonction des oscillateurs comporte encore des termes quadratiques for-
mant une partie libre H0 , plus une partie d’interaction H1 contenant des termes de degrés supé-
rieurs. À une constante près, on a
∑ ∑ ∑∑
† †
a n† bn+e
†
H0 = s J Z anan + bn bn + s J + a n bn+e (5.88)
n∈Γ1 n∈Γ2 n∈Γ1 e
125
Chapitre 5. Applications à la physique du solide
AF
FIGURE 5.1
Relations de dispersion des ondes de spin en dimension 1, dans
ω
F
les cas ferromagnétique (F) et antiferromagnétique (AF).
−π k π
Nous souhaitons ramener cet hamiltonien à une forme qui ne contient que des opérateurs de
nombre (a † a , etc.) pour pouvoir identifier les quanta des ondes de spin. Ceci ne peut se faire avec
les oscillateurs a (k) et b (k), mais est possible à l’aide de nouveaux oscillateurs obtenus par une
transformation de Bogolioubov :
α(k) a (k)
= M (k) †
β † (k) b (k)
où M (k) est une matrice 2 par 2 dépendant de k. Pour simplifier la notation, considérons une trans-
formation
d1 c1
=M (5.91)
d2 c2
où les ci obéissent aux relations de commutation
Ceci s’applique effectivement au cas qui nous occupe. Si on désire que les d i satisfassent aux
mêmes relations, c’est-à-dire qu’ils soient des oscillateurs, la matrice M doit respecter la contrainte
M σ3 M † = σ3 . En effet,
(cette solution n’est pas unique, car d 1 et d 2 peuvent être multipliés par un facteur de phase). On
cherche donc un ‘angle’ θk tel que H soit simple en fonction des α(k) et des β (k). En définissant
les doublets c (k) = (a (k), b † (k)) et d (k) = (α(k), β † (k)) on peut écrire le hamiltonien sous la forme
suivante : ∫ ∫
H =sJZ ( d3 k ) c † (k)L (k)c (k) = s J Z ( d3 k ) d † (k)D (k)d (k) (5.95)
Z.B. Z.B.
126
C. Ondes de spin
(ici M † = M ). Il nous reste à trouver θ (k) de sorte que D (k) soit diagonal. Notons tout d’abord que
les matrices M (θ ) possèdent une règle de multiplication simple, en vertu des formules d’addition
des fonctions hyperboliques :
M (θ1 )M (θ2 ) = M (θ1 + θ2 ) (5.97)
D’autre part, la matrice L (k) peut s’écrire ainsi :
Æ
L (k) = 1 − γ2 (k)M (ηk ) (5.98)
où
γ(k) 1
sinh ηk = p , cosh ηk = p , tanh ηk = γ(k) (5.99)
1 − γ2 (k) 1 − γ2 (k)
En isolant D (k), on trouve donc
Æ
D (k) = M −1 (θk )L (k)M −1 (θk ) = 1 − γ2 (k)M (−2θk + ηk ) (5.100)
Cette matrice est diagonale si l’argument de M est nul, c’est-à-dire si ηk = 2θk . On trouve donc la
condition
1
θk = tanh−1 γ(k) (5.101)
2
(notons que −1 ≥ γ(k) ≤ 1 d’après sa définition, de sorte qu’une solution θk existe toujours). Le
hamiltonien libre prend la forme suivante :
∫
Æ ¦ ©
H0 = s J Z ( d3 k ) 1 − γ2 (k) α† (k)α(k) + β (k)β † (k) + const. (5.102)
Z.B.
ce qui est bien la forme attendue du hamiltonien d’un ensemble d’oscillateurs harmoniques dé-
couplés. L’état fondamental |Ω〉 est défini par les relations
Les opérateurs α† (k) et β † (k) créent des excitations à partir du ‘nouveau vide’ |Ω〉. Ces excitations
ont la relation de dispersion suivante :
Æ
E (k) = s J Z 1 − γ2 (k) (5.105)
E (k ) = 2s J sin(k a 0 ) (5.106)
Aux petits vecteurs d’onde 7 cette relation de dispersion est linéaire, à la différence du cas ferroma-
gnétique. En particulier, en trois dimensions sur un réseau cubique avec pas de réseau a 0 , on trouve
Æ 1
1 − γ2 (k) ≈ p a 0 |k| (3D ) (5.107)
3
7. Notons ici que le vecteur d’onde k = 0 appartient au réseau réciproque du sous-réseau Γ1 . La zone de Brillouin
associée à Γ (le réseau complet) est deux fois plus grande que celle associée à Γ1 . En fait, le vecteur k = 0, reporté dans la
zone de Brillouin de Γ , correspond à un vecteur d’onde kAF = (π, π, π)/a 0 (sur un réseau cubique), appelé vecteur d’onde
antiferromagnétique.
127
Chapitre 5. Applications à la physique du solide
Les ondes de spin antiferromagnétiques viennent donc en deux polarisations (α et β ) ayant des
z
énergies identiques. On calcule sans peine que le spin total Stot. est donné par
∫
¦ ©
z
Stot. = ( d3 k ) β † (k)β (k) − α† (k)α(k) (5.109)
Z.B.
Le ondes de spin de polarisation β (α) ont donc une valeur positive (négative) de S z alors que S z = 0
dans le vide |Ω〉. On constate que les ondes de spin ont un spin égal à un, quelle que soit la valeur
de s .
continuum
FIGURE 5.2 ω
Relations de dispersion des états excités de la chaîne de spin 12 .
−π k π
Solution exacte en d = 1
La théorie des ondes de spins expliquée ci-haut ne fonctionne pas en dimension 1 et le désaccord
est flagrant avec les petites valeurs du spin (s = 12 , 1). L’état fondamental de la chaîne de spin 12 a été
obtenu par H. Bethe en 1931, à l’aide d’une technique qui est depuis connue sous le nom d’ansatz
de Bethe. Cet état fondamental ne présente pas d’ordre à longue portée et donc le point de départ de
la méthode de Holstein-Primakoff est complètement injustifié dans ce cas. Les états excités ont été
obtenus plus tard et c’est assez récemment qu’une vision plus claire du spectre a émergé [Fadeev
et Takhtajan, 1981]. Ces états excités, dans une chaîne qui comprend un nombre pair de sites, sont
formés d’un nombre pair de spinons. Ces spinons ont la relation de dispersion suivante :
1
ϵ(k ) = π sin k 0 ≤ k ≤ π et J =1 (5.110)
2
Chacun de ces spinons porte un spin 12 , mais comme les états physiques comportent un nombre
pair de spinons, leur spin est entier. Ils forment de plus un continuum d’états, pour une valeur
donnée de k (cf. figure).
Gap de Haldane
Pour sa part, la chaîne de spin s = 1 ne s’est pas prêtée jusqu’ici à une solution exacte. On sait cepen-
dant, grâce à divers moyens (correspondance avec la théorie des champs et méthodes numériques)
que l’état fondamental est désordonné et qu’il existe une bande interdite (ou gap) entre le fonda-
mental et le premier état excité. D’après les plus récentes simulations numériques, ce gap est égal
à ∆ = 0, 41049(2)J . C’est Haldane qui a conjecturé (1983) que les chaînes antiferromagnétiques de
spin entier ont un tel gap, alors que les chaînes de spin demi-entier n’en ont pas.
128
C. Ondes de spin
Problèmes
où U est une constante et a est le pas de réseau. On s’intéresse aux bandes d’énergie d’une par-
ticule de masse m se déplaçant dans un tel potentiel.
A Montrez que les bandes d’énergie sont spécifiées par
ħ 2p 2
h
E (k ) = (5.112)
2m
où p est un nombre d’onde déterminé en fonction de k par l’équation transcendantale suivante :
sin(p a ) mU a
cos(k a ) − cos(p a ) = γ γ= (5.113)
pa ħ2
h
Pour chaque valeur de k a dans l’intervalle [−π, π], cette équation implicite possède une infinité de
solutions pour p qui déterminent les différentes bandes d’énergie. Indice : trouvez la fonction de
Bloch ϕk (x ) en résolvant l’équation de Schrödinger. La solution se trouve morceau par morceau
(c’est-à-dire de 0 à a , ensuite de a à 2a , etc.) en demandant (i) la périodicité ϕ(x + a ) = ei k a ϕ(x )
(ii) la continuité de ϕ et (iii) la discontinuité de dϕ/ dx à x = n a , par la bonne quantité.
B Supposez que γ ≪ 1 (liaisons faibles). Montrez que le ‘gap’ entre la première et la deuxième
bande est donné par ∆ ≈ 2ħ h 2 γ/(ma 2 ). Indice : partez de (5.113) et posez p = k + δ/a où δ est
petit. Développez ensuite au premier ordre non trivial en δ, à la valeur de k où se situe le gap.
Demandez-vous quelles seraient les bandes et les valeurs de p si U était nul.
C Supposez, au contraire, que γ ≫ 1 (liaisons fortes). La première bande est alors très étroite.
Obtenez la dispersion E (k ) de la première bande dans cette limite et calculez sa largeur. Indice :
si γ ≫ 1, alors il est clair par l’équation (5.113) que p a est proche de ±π. posez alors p a = π − θ en
supposant θ petit et résolvez au premier ordre en θ .
129
Chapitre 5. Applications à la physique du solide
la première somme est prise sur les paires de sites qui sont voisins immédiats. On notera le pas
de réseau a . La notation choisie (H0 et V ) suggère qu’on supposera que U ≪ t (couplage faible).
nn,σ = bn,σ
†
bn,σ est l’opérateur du nombre d’électrons de spin σ au site n.
130
C. Ondes de spin
H = ω′ b † b + c [b , b † ] = 1 (5.117)
H = ωa † a + i ħ
h ωγ(a 2 − a †2 ) (|γ| < 2) (5.118)
y
où Sn = (Snx ,Sn ,Snz ) est l’opérateur de spin associé au site n. Le couplage Ising est anisotrope,
et suppose l’existence d’un axe privilégié dans le système physique qui inspire ce modèle. Si le
champ magnétique est appliqué dans une direction perpendiculaire à cet axe, on peut ramener
le hamiltonien à la forme suivante (modulo une constante multiplicative) :
∑§ ª
H =− λσ1 (n )σ1 (n + 1) + σ3 (n ) (5.120)
n
131
Chapitre 5. Applications à la physique du solide
où σi (n) est la i e matrice de Pauli agissant sur l’espace des spins de l’électron du site n. On suppo-
sera que l’indice n va de −N à N , pour un total de 2N +1 sites. Dans ce problème nous allons trou-
ver les états propres de cet hamiltonien à l’aide d’une transformation de Wigner-Jordan, c’est-à-
dire en démontrant l’équivalence de cet hamiltonien avec celui d’un ensemble de fermions ayant
une relation de dispersion simple.
A On définit l’opérateur cn suivant :
( !)
n−1
∑ 1
cn = exp i π σ+ ( j )σ− ( j ) σ− (n) σ± ≡ (σ1 ± i σ2 ) (5.121)
j =−N
2
En utilisant les propriétés de matrices de Pauli, montrez que cet opérateur peut aussi être écrit
comme ( )
n−1
∏
cn = (−σ3 ( j )) σ− (n ) (5.122)
j =−N
où
2π 4π 2πN
k = 0, ± ,± ,...,± (5.126)
2N + 1 2N + 1 2N + 1
Montrez que les opérateurs a k satisfont aux mêmes relations d’anticommutation que les cn , et
que le hamiltonien peut s’exprimer comme
∑§ ª
† † † †
H= − 2(1 + λ cos k )(a k a k + a −k a −k ) + 2i λ sin k (a k a −k + a k a −k ) (5.127)
k >0
132
C. Ondes de spin
où u k et vk sont des constantes réelles choisies de telle façon que le hamiltonien ait la forme
∑
H= Ek bk† bk + constante (5.129)
k
Montrez que p
Ek = 2 1 + 2λ cos k + λ2 (5.130)
et illustrez cette dépendance en k .
133
Chapitre 5. Applications à la physique du solide
134
CHAPITRE 6
BOSONS
La deuxième quantification, telle qu’exposée au chapitre 4, est une entreprise très formelle qui peut
sembler peu naturelle. Dans cette approche, les particules en question (bosons ou fermions) ont
une existence préalable et le formalisme se construit sur leurs propriétés. Cependant, dans plu-
sieurs systèmes d’intérêt, ces particules identiques (en général des bosons apparaissant comme
des modes collectifs) ne sont pas explicitement décrites par les variables dynamiques de départ.
L’exemple le plus intuitif est celui des phonons, que nous étudierons ici dans son avatar le plus
simple : la chaîne d’oscillateurs couplés. Ce chapitre a pour but de décrire la théorie générale des
oscillateurs harmoniques couplés, et d’effectuer la limite continue vers une théorie du champ. Ceci
nous permet de quantifier le champ électromagnétique et d’introduire la notion de photon. C’est
dans ce chapitre que la notion de quanta devrait trouver tout son sens.
A Oscillateurs couplés
Dans ce chapitre, nous allons nous intéresser à des systèmes physiques importants dont le lagran-
gien a la forme suivante :
1∑ 2 1∑
L= q̇ − qi Vi j q j (6.1)
2 i i 2 i,j
Les N variables qi sont les coordonnées généralisées et V est une matrice symétrique. Cette matrice
peut être diagonalisée par une matrice orthogonale : V = R D R t , où R t R = 1 et où les éléments de
la matrice diagonale D sont notés ω2k (k = 1, . . . , N ). On suppose bien entendu que la matrice V est
définie positive, de sorte que les quantités ωk sont réelles.
1∑ 2
θ̇n − ω2n θn2
L= (6.3)
2 n
135
Chapitre 6. Bosons
Il s’agit maintenant d’une somme de lagrangiens découplés, chacun décrivant un oscillateur har-
monique de masse unité et de fréquence ωn . Le moment conjugué πn associé à θn est alors θ̇n et le
hamiltonien correspondant s’écrit
1∑ 2
πn + ω2n θn2
H= (6.4)
2 n
[Θm , Πn ] = i ħ
h δmn (6.5)
Les états propres du hamiltonien sont construits à l’aide des opérateurs d’échelle
ωk ωk
s s
†
ak = (Θk + i Πk /ωk ) ak = (Θk − i Πk /ωk ) (6.6)
h
2ħ h
2ħ
qui obéissent aux relations de commutations suivantes :
[a k , a q ] = 0 [a k , a q† ] = δk q (6.7)
∑ √ hħ
a k (0) e−i ωk t + a k† (0) ei ωk t
Q j (t ) = Rjk (6.10)
k
2ωk
Comme l’impulsion conjuguée à la variable classique q j n’est autre que p j = q̇ j , l’opérateur Pj s’ex-
prime ainsi :
∑ √ħh ωk
−a k (0) e−i ωk t + a k† (0) ei ωk t
Pj (t ) = i Rjk (6.11)
k
2
Si Sk désigne l’espace des états de l’oscillateur harmonique indépendant associé à a k , l’espace des
états de notre système est simplement le produit tensoriel suivant :
S = S1 ⊗ S2 ⊗ · · · ⊗ SN (6.12)
136
A. Oscillateurs couplés
(pour simplifier la notation, on écrit l’état fondamental comme |0〉 au lieu de |0, 0, . . . , 0〉). L’énergie
associée à cet état est ∑ 1
E= (nk + )ħ
h ωk (6.14)
k
2
Il arrive fréquemment que le spectre des fréquences d’un système soit dégénéré, c’est-à-dire que
certaines valeurs propres ω2k de D soient multiples. Dans ce cas les opérateurs a k ne sont pas fixés
de manière unique.
S’il y a dégénérescence, il est possible de trouver une matrice unitaire W non triviale telle que
D = W D W † . En effet, soit W (λ) une matrice unitaire quelconque agissant dans le sous-espace
propre associé à λ, de dimension d λ . Comme la restriction de D à ce sous-espace est un multiple de
l’identité, l’action de D commute avec celle de W (λ) . En choisissant une telle matrice pour chaque
valeur propre, on peut construire la matrice
W (λ)
⨁
W = (6.16)
λ
qui est bien telle que D = W D W † . Bien sûr, si d λ = 1, la matrice W (λ) n’est qu’une phase.
Ceci signifie que la matrice R n’est pas unique, car la matrice U = RW diagonaliserait V tout aussi
bien. On peut alors définir de nouveaux opérateurs d’échelle :
∑ ∑
ã k = Wq∗k a q ã k† = Wq k a q† (6.17)
q q
Ces opérateurs satisfont toujours aux relations de commutation habituelles des oscillateurs :
∑
[ã k , ã q† ] = Wr∗k Ws q [a r , a s† ]
r,s
∑
= Wr∗k Ws q δr s
r,s
∑
= Wr∗k Wr q
r
= (W † W )k q
= δk q (6.18)
alors que [ã k , ã q ] = 0. La substitution de ces nouveaux oscillateurs dans le développement (6.10)
donne
∑√ ħ h
U j k ã k (0) e−i ωk t + U j∗k ã k† (0) ei ωk t
Q j (t ) = (6.19)
k
2ωk
137
Chapitre 6. Bosons
Signalons ici que la matrice R est réelle, puisque orthogonale. La différence entre U ∗ et U provient
seulement de W .
En bref, il est souvent possible de diagonaliser V par une matrice U qui n’est pas orthogonale,
mais plutôt unitaire. Ceci est une signe de dégénérescence des valeurs propres. Les développements
(6.10) et (6.11) prennent alors la forme plus générale qui suit :
∑√ h ħ
Qj = U j k a k + U j∗k a k†
k
2ωk
(6.20)
∑√ħ h ωk
Pj = i −U j k a k + U j∗k a k†
k
2
en fonction d’opérateurs d’échelle différents (nous laisserons tomber les tildes (˜) dorénavant). Ces
opérateurs d’échelle peuvent s’obtenir explicitement en inversant les relations (6.20) :
1 ∑
U j∗k ωk Q j + i Pj
ak = p
h ωk
2ħ j
(6.21)
1 ∑
a k†
=p U j k ωk Q j − i Pj
h ωk
2ħ j
Comme exemple de système du type (6.1) considérons un anneau de N oscillateurs couplés aux
plus proches voisins. Physiquement, on suppose qu’on a affaire à une chaîne d’ions en interaction.
La coordonnée u r représente la déviation de l’ion no r de sa position d’équilibre. On adopte la géo-
métrie annulaire pour simplifier les conditions aux limites : u r +N = u r . En supposant que chaque
ion est relié à son voisin par une potentiel quadratique de même force pour tous les ions, on écrit
le lagrangien suivant :
1 ∑
L= m u̇ r2 − mΩ2 (u r − u r +1 )2 (6.22)
2 r
p
En définissant les variables qr = m u r on écrit plutôt
1 ∑ 2
L= q̇r − Ω2 (qr − qr +1 )2 (6.23)
2 r
Résoudre le problème revient à diagonaliser la matrice V . Le fait que cette matrice soit invariante
par rapport aux translations d’indices (r, s ) → (r + 1, s + 1) nous indique qu’une transformée de
138
A. Oscillateurs couplés
FIGURE 6.1
Chaîne linéaire d’oscillateurs. Chaque cercle représente un atome déplacé de sa position d’équilibre par
une coordonnée u r .
Fourier discrète peut effectuer cette diagonalisation : autrement dit, la matrice de transformation
U doit être
1 2πZ
Uk r = p ei k r k∈ (6.25)
N N
Les indices r ou k prennent N valeurs consécutives (r ∈ Z et k ∈ 2πZ/N ). Par exemple, r va de 1 à
N et k de 0 à 2π exclusivement. On vérifie aisément que la matrice U est unitaire, car
1 ∑ i k (r −s )
e = δr s (6.26)
N k
On constate la dégénérescence d’ordre 2 pour chaque valeur propre : k est jumelé à −k . Comme
indiqué plus haut, cette dégénérescence est intimement liée au fait qu’on puisse diagonaliser V à
l’aide d’une matrice unitaire et non simplement orthogonale.
Le développement (6.29) n’est pas strictement valide ici : le terme k = 0 est mal défini, car la fré-
quence ω0 s’annule. Un tel mode d’oscillation porte le nom de mode nul ou de mode de Goldstone.
139
Chapitre 6. Bosons
Ce mode correspond aux déplacements en bloc de la chaîne, pour lesquels il n’existe pas de force de
rappel. Il faut donc séparer Q r en une coordonnée moyenne Q0 , plus une partie qui oscille autour
de la position moyenne et qui est donnée par la série (6.29) sans le terme k = 0.
Cet hamiltonien est invariant par rapport aux translations uniformes des coordonnées : Qn →
Qn + b . Cette opération est effectuée par un opérateur T (b ) généré par l’impulsion totale Ptot. de
la chaîne :
i ∑
T (b ) = exp − b Ptot. où Ptot. = Pn (6.32)
h
ħ n
Le fait que H ne dépende que des différences des coordonnées signifie que [H , Ptot. ] = 0 et donc
que Ptot. est une quantité conservée : c’est l’impulsion de la chaîne en entier, qui est conjuguée à la
coordonnée moyenne Q0 définie plus haut.
Notons que l’opération T change l’impulsion Pn , ce que ne fait pas une translation ordinaire. Donc
T n’est pas à proprement parler une translation du système, mais plutôt une permutation cyclique
de ses composantes. Cependant, en raison de sa ressemblance avec une translation, on lui laisse ce
nom. On définit alors une impulsion cristalline Pcr. telle que
Il ne faut cependant pas confondre la quantité physique Pcr. avec l’impulsion totale Ptot. du cristal.
Cependant, nous l’appellerons tout de même ‘impulsion’.
L’action de T est discrète et donc ses valeurs propres ne forment pas un spectre continu. On vérifie
facilement que
1 ∑
T †ak T = p e−i r k ωk T †Q r T + i T † Pr T
h ωk r
2N ħ
1 ∑
=p e−i r k (ωk Q r −1 + i Pr −1 )
h ωk
2N ħ r
1 ∑
=p e−i k e−i r k (ωk Q r + i Pr )
h ωk
2N ħ r
−i k
=e ak (6.35)
140
A. Oscillateurs couplés
Nous avons utilisé le fait que T † |0〉 = |0〉 (l’état fondamental est invariant par rapport aux permuta-
tions cycliques des atomes : c’est un état d’impulsion cristalline nulle). L’état a k† |0〉 est donc un état
propre de l’opérateur de translation T par une distance a 0 , avec valeur propre e−i k . On voit que
l’impulsion cristalline correspondant à cette valeur propre, selon la définition (6.34), est
ħk
h
p= a 0 : pas de réseau (6.38)
a0
FIGURE 6.2
Relation de dispersion des phonons de la chaîne linéaire, en
ω
fonction de p /Λ.
−π k π
Ceci justifie l’interprétation de l’état a k† |0〉 comme représentant une particule : il a une énergie et
une impulsion bien déterminées. L’état a q† a k† |0〉 représente alors deux particules d’impulsions ħ
h k /c
h q /c respectivement, qui se croisent sans interagir : l’énergie de l’état à deux particules est la
et ħ
somme des deux états à une particule, ce qui signifie que ces particules sont libres. On définit de
même des états à n particules. L’état fondamental |0〉 ne contenant aucune particule, on l’appelle
le vide. Les opérateurs a k† reçoivent alors le nom d’opérateurs de création et a k celui d’opérateurs
d’annihilation ou de destruction.
Ces particules sont des bosons puisque l’état à deux particules est indépendant de l’ordre avec lequel
les deux particules sont créées :
a q† a k† |0〉 = a k† a q† |0〉 (6.40)
Ceci découle bien sûr de la première des relations (6.7). Physiquement, ces particules représentent
les quanta d’oscillation de la chaîne d’ions et sont connues sous le nom de phonons.
141
Chapitre 6. Bosons
B Champ scalaire
∑
∫ L /2
δmn = 1 → dx δ(x − x ′ ) = 1 (6.42)
n −L /2
Le lagrangien est alors une fonctionnelle du champ φ, c’est-à-dire qu’il dépend non plus d’un
nombre fini de variables, mais d’une fonction φ(x ) et de sa dérivée par rapport au temps φ̇(x ).
On utilise souvent des crochets pour signifier une dépendance fonctionnelle, comme ceci : L [φ, φ̇].
Dans la plupart des situations physiques, le lagrangien est une fonctionnelle locale, c’est-à-dire qu’il
s’exprime comme l’intégrale d’une densité lagrangienne L , qui dépend de φ, de φ̇ et d’un certain
nombre de leurs dérivées :
∫
L [φ, φ̇] = dx L (φ, φ̇, ∂ x φ, ∂ x φ̇, . . . ) (6.45)
1 1
L = φ̇ 2 − v 2 (∂ x φ)2 (6.46)
2 2
Notons que même si le lagrangien L dépend d’une infinité de variables (c’est une fonctionnelle), la
densité lagrangienne ne dépend que d’un nombre fini de variables (deux seulement dans le cas qui
nous occupe : φ̇ et ∂ x φ). Par contre, ces variables dépendent de x et du temps.
142
B. Champ scalaire
Dérivée fonctionnelle
Lors d’une variation infinitésimale δφ de la fonction φ, la fonctionnelle L [φ, φ̇] est modifiée. Au
premier ordre en δφ, on écrit cette variation sous la forme suivante :
δL δL
∫
δL = dx δφ(x ) + δφ̇(x ) (6.47)
δφ(x ) δφ̇(x )
δL δL
et (6.48)
δφ(x ) δφ̇(x )
En pratique, le calcul des dérivées fonctionnelles procède souvent par intégration par parties. Par
exemple, en supposant que la densité lagrangienne ne dépende que de φ, φ̇ et ∂ x φ, on effectue le
calcul suivant :
∂L ∂L ∂L
∫
δL = dx δφ + δφ̇ + δ(∂ x φ)
∂φ ∂ φ̇ ∂ ∂x φ
(6.49)
∂L ∂L ∂L
∫
= dx − ∂x δφ + δφ̇
∂φ ∂ ∂x φ ∂ φ̇
où on a intégré le dernier terme par parties, en supposant que les termes de bord sont nuls (parce
que la variation s’annule aux extrémités, ou parce que le système est défini sur un espace fermé, tel
un cercle). Donc
δL ∂L ∂L δL ∂L
= − ∂x et = (6.50)
δφ(x ) ∂ φ ∂ ∂x φ δφ̇(x ) ∂ φ̇
δL δL
∑
δL = a 0 δφ(a 0 n ) + δφ̇(a 0 n )
n
δφ(a 0 n ) δφ̇(a 0 n )
(6.51)
δL δL
p ∑
= a0 dqn + dq̇n
n
δφ(a 0 n) δφ̇(a 0 n )
On établit donc la correspondance suivante entre les dérivées fonctionnelles et les dérivées de L
par rapport aux variables discrètes :
∂L p δL ∂L p δL
⇐⇒ a 0 pn = ⇐⇒ a 0 (6.52)
∂ qn δφ ∂ q̇n δφ̇
143
Chapitre 6. Bosons
δL ∂L
Π(x ) ≡ = (x ) . (6.55)
δφ̇(x ) ∂ φ̇
H = Πφ̇ − L (6.57)
Dans le cas particulier du système qui nous occupe, le moment conjugué au champ φ(x ) est Π(x ) =
φ̇ et le hamiltonien correspondant est alors
∫
1
dx Π(x )2 + v 2 (∂ x φ)2
H= (6.58)
2
Note
Une autre façon de calculer des dérivées fonctionnelles est de garder à l’esprit qu’une intégrale
équivaut à une sommation et que la variable x équivaut à un indice de sommation. On peut alors
utiliser la règle d’enchaînement, ainsi que certaines règles simples de différentiation. Par exemple,
l’identité ∫
φ(x ) = dy φ(y )δ(y − x ) (6.59)
mène à la règle
δ∂ x φ(x )
= −∂ y δ(y − x ) = ∂ x δ(y − x ) (6.62)
δφ(y )
144
B. Champ scalaire
δF δφ(y ) δ∂ y φ(y )
∫
= dy φ(y ) + (∂ y φ(y ))
δφ(x ) δφ(x ) δφ(x )
∫
= dy φ(y )δ(x − y ) + ∂ y φ(y )∂ y δ(x − y )
∫
= dy φ(y ) − ∂ y2 φ(y ) δ(x − y )
Trouvons les états propres et les valeurs propres du hamiltonien (6.58). Nous pourrions simplement
prendre la limite continue des résultats obtenus pour la chaîne discrète d’oscillateurs. Nous allons
cependant répéter le processus suivi alors, mais dans le ‘langage’ continu.
et pareillement pour Π̃(p ). On remarque que φ † (p ) = φ(−p ). Ici nous avons supposé que la longueur
L tend vers l’infini, de sorte que le nombre d’onde p admet un continuum de valeurs : nous utilisons
la transformée de Fourier plutôt que la série de Fourier. Le hamiltonien peut maintenant s’écrire
∫
1
dx ( dp )( dq ) Π̃(p )Π̃(q ) − v 2 p q φ̃(p )φ̃(q ) ei x (p +q )
H=
2
∫ (6.66)
1 † 2 2 †
= ( dp ) Π̃ (p )Π̃(p ) + v p φ̃ (p )φ̃(p )
2
Sous cette forme le hamiltonien représente une collection continue d’oscillateurs harmoniques dé-
couplés, de masses unité et de fréquences |p |v .
h 2πδ(p + p ′ )
= iħ
ou encore
[φ̃(p ), Π̃† (p ′ )] = i ħ
h 2πδ(p − p ′ ) (6.69)
145
Chapitre 6. Bosons
[a (p ), a † (q )] = 2πδ(p − q ) (6.72)
Cette énergie est formellement infinie. Cependant, il faut se rappeler que dans le processus de limite
continue, p est intégré de −π/a 0 à π/a 0 et δ(p = 0) correspond à L /2π (L = N a 0 ). L’énergie du vide
est alors ∫Λ
Lħ
h Lħh v Λ2
E0 ≈ dp p v = (6.75)
2π 0 4π
Cette expression est bien évidemment une approximation à la véritable énergie du fondamental,
qui devrait être calculée en sommant sur des impulsions discrètes la relation de dispersion (6.39).
Les opérateurs a † (p ) et a (p ) ont encore la même fonction : celle de créer et d’annihiler respective-
ment des particules d’impulsion ħ h p . Cela se voit en notant les commutations suivantes :
[H , a (p )] = −v ħ
h |p |a (p ) [H , a † (p )] = v ħ
h |p |a † (p ) (6.76)
E (p ) = ħ
h v |p | (6.77)
Cette relation de dispersion correspond à des particules sans masse (comparer avec celle des pho-
tons : la vitesse v devient alors la vitesse de la lumière). Ces particules se propagent à une vitesse v ,
qui est à la fois la vitesse de phase et la vitesse de groupe des paquets d’ondes correspondants.
L’état fondamental |0〉 (le vide) est bien sûr spécifié par la condition a (p )|0〉 = 0 pour toute valeur
de p . D’après (6.75) on voit que le vide est caractérisé par une densité d’énergie qui tend vers l’infini
quand Λ → ∞. Il s’agit d’une divergence ultraviolette sans conséquence, puisque le point zéro de
146
B. Champ scalaire
l’énergie peut être redéfini sans problème : c’est la différence entre l’énergie du vide et l’énergie des
états excités qui compte. 1
Les états comprenant une seule particule sont de la forme a † (p )|0〉. En raison du spectre continu de
p , ces états ne sont pas normalisables dans la limite de volume infini :
h ωk → ħ
ħ h Ωa 0 |p | = ħ
h v |p | (6.79)
Cette relation est également valide quand a 0 ≪ 1/p , c’est-à-dire quand la distance associée à p est
grande par rapport à a 0 .
Le lagrangien du champ scalaire (6.46) est naturellement associé aux phonons acoustiques en une
dimension. On peut cependant le modifier facilement afin que les particules correspondantes aient
une masse. Il suffit pour cela d’y ajouter le terme suivant :
1
L → L − (m v 2 /ħ
h )2 φ 2 (6.80)
2
ce qui revient à modifier le hamiltonien ainsi :
∫ ∫
1 2 2 2 1
H →H + dx (m v /ħh) φ = H + ( dp ) (m v 2 /ħ
h )2 φ̃ † (p )φ̃(p ) (6.81)
2 2
Quand v est égal à la vitesse de la lumière, il s’agit de la relation de dispersion d’une particule rela-
tiviste de masse m . Dans la limite où ħ
h p est petit par rapport à m v , on peut écrire
ħ 2p 2
h
E (p ) ≈ m v 2 + + ··· (6.84)
2m
On constate que m est la masse effective des particules, alors que m v 2 est la largeur de la bande
interdite (gap) entre E0 et l’énergie du premier état excité a † (p = 0)|0〉.
147
Chapitre 6. Bosons
Dans le but de simplifier les choses, nous n’avons travaillé jusqu’ici qu’en dimension 1. Le lagran-
gien du champ scalaire en dimension 3 s’écrit simplement
∫
1
d3 r φ̇ 2 − v 2 ∇φ · ∇φ − (m v 2 /ħ
h )2 φ 2
L= (6.85)
2
Les états propres du hamiltonien (6.58) peuvent être identifiés malgré la complexité apparente du
système physique associé parce que le lagrangien (6.46) est quadratique en φ et en φ̇. Les équations
du mouvement sont alors linéaires en φ et la dynamique classique de ces systèmes est également
simple. Inspirons-nous de la section 6.A et écrivons ainsi le lagrangien quadratique le plus général :
∫
1
L= d3 r (φ̇ 2 + φDφ) (6.89)
2
où D est un opérateur différentiel agissant sur φ. Par exemple, Dans le cas étudié précédemment
du champ scalaire massif, on a
D = ∇2 − µ 2 µ ≡ m v 2 /ħ
h (6.90)
Ceci se vérifie en intégrant φ∇2 φ par parties, ce qui produit −∇φ · ∇φ.
d ∂L ∂L
− = φ̈ − Dφ = 0 (6.91)
dt ∂ φ̇ ∂φ
Dans le cas du champ scalaire massif, cette équation est l’équation de Klein-Gordon :
φ̈ − ∇2 φ + µ2 φ = 0 (6.92)
148
B. Champ scalaire
Ce n’est pas tant l’équation du mouvement qui nous intéresse que les états propres du hamiltonien.
Pour cela nous introduisons une base de fonctions u n (r) qui diagonalisent l’opérateur D, c’est-à-
dire des fonctions propres de D :
Du n (r) = −ω2n u n (r) (6.93)
Ici l’indice n est supposé discret, alors qu’il peut aussi être continu. On a aussi supposé que la va-
leur propre de D est réelle négative. Dans le cas contraire, la ‘fréquence’ ωn est alors imaginaire.
On suppose que l’opérateur D est hermitien. Il est alors possible de choisir une base de fonctions
propres orthonormales réelles : ∫
d3 r u n (r)u m (r) = δmn (6.94)
Toute configuration du champ φ peut être exprimée en fonction de la base de fonctions propres de
D: ∑
φ(r) = cn u n (r)
n
∫ (6.96)
cn = d3 r u n (r)φ(r)
Cette relation constitue en fait un changement de variables : on peut maintenant étudier la dyna-
mique du système à l’aide des coordonnées généralisées cn au lieu du champ φ(r) lui-même. Le
lagrangien peut s’exprimer en fonction des coefficients cn :
∫
1∑
L= d3 r {c˙n c˙m u n (r)u m (r) + cn cm u n (r)Du m (r)}
2 m,n
1 ∑
= c˙n c˙m δmn − ω2m cn cm δmn (6.97)
2 m,n
1∑ 2
c˙n − ω2n cn2
=
2 n
On obtient simplement un ensemble d’oscillateurs découplés. L’analyse de la section 6.A peut être
reprise ici, avec la correspondance suivante :
∫
∑
r →r θn → cn Ur n → u n (r) → d3 r (6.98)
r
149
Chapitre 6. Bosons
Les états propres de H sont de la forme habituelle. Le problème de la résolution du hamiltonien est
donc réduit à celui des fonctions propres de l’opérateur différentiel D.
Notons encore une fois ici qu’il peut arriver que le système comporte une symétrie qui cause une
dégénérescence des valeurs propres ω2n . Cette dégénérescence nous permet en principe de diago-
naliser le hamiltonien à l’aide de fonctions propres complexes (u n∗ ̸= u n ). Dans ce cas, la discussion
de la section 6.A.2 s’applique et les résultats ci-haut doivent être légèrement modifiés : on écrit les
relations d’orthogonalité et de fermeture
∫
d3 r u n∗ (r)u m (r) = δmn
∑ (6.101)
u n∗ (r)u n (r′ ) = δ(r − r′ )
n
∑√ h ħ
φ(r) = a n u n (r) + a n† u n∗ (r) (6.102)
n
2ωn
Notons finalement que dans le cas du champ scalaire massif, les fonctions propres sont simplement
les exponentielles complexes :
On a alors le développement
∫
√ h
ħ ¦ ©
φ(r) = 3
(d k) a (k) ei k·r + a † (k) e−i k·r (6.104)
2ω(k)
C Photons
150
C. Photons
Même si les champs électriques E et B sont les quantités sur lesquelles l’accent est mis en électroma-
gnétisme classique, la mécanique quantique accorde plus d’importance aux quantités qui figurent
en tant que variables dynamiques dans le lagrangien et le hamiltonien, à savoir les potentiels élec-
tromagnétiques Φ et A, reliés aux champs par
1∂A
E = −∇Φ − B=∇∧A (6.105)
c ∂t
Les champs E et B ne déterminent pas de manière unique les potentiels. Il est possible d’effectuer
des transformations de jauge sur les potentiels sans que les champs soient affectés :
1∂ξ
A′ = A − ∇ξ Φ′ = Φ + (6.106)
c ∂t
Ici ξ est une fonction arbitraire de r et t .
∇ · E = 4πρ ∇·B=0
1 ∂ E 4π 1∂B
∇∧B− = J ∇∧E+ =0 (6.107)
c ∂t c c ∂t
Ici ρ est la densité de charge électrique et J la densité de courant électrique. Les deux équations de
la ligne du bas découlent de (6.105), alors que les deux de la ligne du haut découlent du lagrangien
suivant : ∫ ∫
1 1
3 2 2 3
L= d r (E − B ) + d r J · A − ρΦ (6.108)
8π c
Dans ce qui suit nous supposerons que ρ = 0 et J = 0 : nous nous intéresserons à la quantification des
ondes électromagnétiques se propageant dans le vide. Nous travaillerons dans la jauge de Coulomb,
c’est-à-dire que nous utiliserons l’arbitraire dans les potentiels pour imposer la condition
∇·A=0 (6.109)
Cette condition, conjuguée à la loi de Gauss, mène à l’expression suivante pour le potentiel élec-
trique :
ρ(r′ , t )
∫
Φ(r, t ) = d3 r ′ (6.110)
|r − r′ |
Cette relation signifie que Φ est entièrement déterminé par ρ et n’a pas de dynamique propre. Dans
le vide on peut donc poser Φ = 0.
Dans la jauge de Coulomb, le lagrangien du champ dans le vide prend la forme suivante :
∫
1 ∑ 1
3
L= d r Ȧ i Ȧ i − ∇A i · ∇A i (∇ · A = 0) (6.111)
8π i c2
151
Chapitre 6. Bosons
La relation d’orthogonalité des fonctions propres a maintenant une composante spatiale et une
composante fonctionnelle :
∫ ∫
d3 r u n∗ u m = δmn → d3 r ê∗ (i , k) · ê( j , q) e−i k·r ei q·r = δi j (2π)3 δ(k − q) (6.115)
L’analyse de la dynamique a essentiellement déjà été faite : à chaque vecteur d’onde k et à chaque
polarisation (i = 1, 2) on associe un opérateur d’annihilation a (i , k) qui satisfait aux relations de
commutation
[a (i , k), a † ( j , q)] = δi j (2π)3 δ(k − q) [a (i , k), a ( j , q)] = 0 (6.116)
et en fonction duquel on peut exprimer le potentiel vecteur, selon la formule (6.20) ou (6.102) :
2 ∫
∑ h¦
√ 2πħ ©
A=c 3
(d k) a (i , k)ê(i , k) ei k·r + a † (i , k)ê∗ (i , k) e−i k·r (6.117)
i
ω(k)
Il est souvent utile de supposer que l’espace est enfermé dans une boîte de volume V avec condi-
tions aux limites périodiques. Dans ce cas, les vecteurs d’ondes k forment un ensemble discret et
les fonctions propres peuvent être normalisées :
1
u n (r) → ê(i , k) p ei k·r (6.118)
V
Le développement en modes de A devient alors
c ∑ √ 2πħ h¦ ©
A(r) = p a i ,k êi ,k ei k·r + a i†,k ê∗i ,k e−i k·r (6.119)
V i ,k ωk
Le problème est donc résolu : les états propres du hamiltonien du champ électromagnétique dans le
vide sont générés à partir du vide |0〉 à l’aide des opérateurs d’échelle. Les particules ainsi créées sont
les photons. L’état a † (i , k)|0〉 représente donc un photon d’impulsion ħh k et de polarisation données.
La commutativité des opérateurs de création assure que les photons sont bel et bien des bosons.
152
C. Photons
Parité du photon
Le potentiel vecteur, tout comme le champ électrique, est un vecteur polaire, qui change de signe
lorsqu’on effectue une inversion de l’espace. L’effet de l’opérateur de parité Π est donc
On dit que le photon, en tant que particule, a une parité -1. Lorsqu’un photon est émis ou absorbé
par un atome ou tout autre système matériel, la parité de l’état final de ce dernier doit donc être
opposée à celle de l’état initial, si bien sûr le hamiltonien total est invariant par inversion de l’espace.
6.C.3 Polarisations
Nous avons choisi des fonctions propres qui ont une impulsion bien déterminée : ce sont des fonc-
tions propres de l’opérateur de translation. Nous aurions pu utiliser des fonctions propres réelles
(c’est-à-dire exprimer les exponentielles complexes à l’aide de sinus et de cosinus) mais les quanta
associés correspondraient alors à des ondes stationnaires et non à des ondes progressives.
La même liberté existe aussi dans le choix des vecteurs de polarisation ê(i , k). Soit z la direction de
propagation du mode : k = k z et soit x et y les deux autres vecteurs unité de la triade orthonormale.
On peut alors choisir
ê(1, k) = x ê(2, k) = y (6.123)
Un tel choix revient à décrire l’onde comme une superposition de polarisations linéaires. La relation
d’orthogonalité
ê∗ (i , k) · ê( j , k) = δi j (6.124)
est évidemment satisfaite.
Il est cependant plus naturel d’utiliser une décomposition en fonctions de polarisations circulaires,
en choisissant p p
ê(+, k) = (x + i y)/ 2 ê(−, k) = (x − i y)/ 2 (6.125)
(on utilise les indices ± au lieu de 1,2). On vérifie que les relations d’orthogonalité sont encore sa-
tisfaites. Cette fois-ci, l’état a † (±, k)|0〉 a un moment cinétique bien déterminé selon z. En effet, la
rotation R (z, θ ) appliquée sur a † (i , k z)|0〉 n’agit en fait que sur les vecteurs ê, produisant un facteur
de phase :
R † (z, θ )a (±, k z)R (z, θ ) = ei ±θ a (±, k z) (6.126)
On en déduit que
R (z, θ )a † (±, k z)|0〉 = R (z, θ )a † (±, k z)R (z, −θ )R (z, θ )|0〉
(6.127)
= ei ∓θ a † (±, k z)|0〉
D’après cette expression, les photons appartiennent à un multiplet de spin 1, auquel l’état m = 0 a
été soustrait. En fait, l’état m = 0, s’il existait, serait associé à un vecteur de polarisation invariant
par rapport à R (z, θ ), et donc parallèle à z. Or, une telle polarisation longitudinale est interdite par
153
Chapitre 6. Bosons
la contrainte ∇ · A = 0. Notons qu’on ne peut parler de rotations par rapport à d’autres axes que z
sans tomber dans certaines complications, car l’exposant k·r est alors affecté par la transformation
et la considération de plus d’une onde plane est alors nécessaire.
Il s’agit ici d’une propriété générale des particules de masse nulle et de spin s : seuls les états m =
±s existent. On les appelle états d’hélicité, car leur moment cinétique est aligné sur la direction du
mouvement. Ainsi, l’hypothétique graviton qui devrait jouer pour le champ gravitationnel le même
rôle que le photon pour le champ électromagnétique est une particule de spin 2, car il provient
de la quantification du tenseur métrique, qui est de rang 2, en comparaison du quadri potentiel
électromagnétique, qui est de rang 1 (vecteur). Cependant, le graviton ne peut exister qu’en deux
polarisations, comme le photon, correspondant aux projections de spin ±2.
D Théorème de Noether
Nous avons démontré le théorème de Noether dans le cas d’un système ayant un nombre fini de de-
grés de liberté et possédant une symétrie continue. Nous allons maintenant voir quelle forme prend
ce théorème dans le cas d’un système possédant un continuum de degrés de liberté. En particulier,
nous étudierons le cas d’un champ scalaire complexe.
Dans ce qui suit ηµν désigne le tenseur métrique de l’espace-temps (ici écrit en dimension 3 + 1) :
La notation relativiste sera employée, ce qui cependant ne restreint en aucun cas l’analyse qui suit
aux théories avec invariance de Lorentz.
En toute généralité, considérons un champ ou une collection de champ qu’on désignera par Φ.
L’action dépendra en général de Φ et de ses dérivées premières :
∫
S= dx L (Φ, ∂µ Φ) (6.129)
On s’intéresse ici à l’effet sur l’action d’une transformation de symétrie affectant à la fois les coor-
données et le champ :
x → x′
(6.130)
Φ(x ) → Φ′ (x ′ )
Dans ces transformations la nouvelle position (x ′ ) est fonction de l’ancienne (x ) et le nouveau
champ Φ′ à x ′ est exprimé en fonction de l’ancien champ Φ à x :
Φ′ (x ′ ) = F (Φ(x )) (6.131)
154
D. Théorème de Noether
FIGURE 6.3
Transformation continue affectant à la fois la position x et le
Φ0
champ Φ : on illustre ici l’effet d’une rotation sur un champ
r0
vectoriel. Cette transformation ‘active’ peut aussi être consi- Φ
dérée du point de vue ‘passif’, dans lequel c’est l’observateur
qui adopte un nouveau système de coordonnées. Ceci explique r
pourquoi le nouveau champ Φ′ (x ′ ) est exprimé en fonction de
Φ(x ) évalué à l’ancienne coordonnée.
Ainsi le champ Φ, considéré comme une application de l’espace-temps vers un certain espace in-
terne T (Φ : Rd → T ), est affecté par la transformation (6.130) de deux façons : par le changement
Φ′ = F (Φ) et par le changement d’argument x → x ′ .
La variation de l’action par la transformation (6.130) est obtenue en substituant à Φ(x ) le nouveau
champ Φ′ évalué à la même position x . Autrement dit, la nouvelle action est
∫
S′ = dx L (Φ′ (x ), ∂µ Φ′ (x ))
∫
= dx ′ L (Φ′ (x ′ ), ∂µ′ Φ′ (x ′ ))
∫
= dx ′ L (F (Φ(x )), ∂µ′ F (Φ(x )))
∂ x′
∫
= dx L (F (Φ(x )), (∂ x ν /∂ x ′µ )∂ν F (Φ(x ))) (6.132)
∂x
Considérons quelques exemples, en commençant par les translations d’espace et de temps, définies
par
x′ = x +a
(6.133)
Φ′ (x + a ) = Φ(x )
Dans ce cas ∂ x ν /∂ x ′µ = δµν et F est l’identité. Il s’ensuit que S ′ = S : l’action est invariante par
translations, à moins bien sûr qu’elle ne dépende explicitement de la position.
x ′ = λx
(6.134)
Φ′ (λx ) = λ−∆ Φ(x )
Considérons le cas particulier d’un champ scalaire sans masse ϕ dans une dimension d’espace-
temps d : ∫
S [ϕ] = dx ∂µ ϕ∂ µ ϕ (6.136)
155
Chapitre 6. Bosons
On vérifie que cette action est invariante d’échelle, pourvu qu’on prenne
1
∆= d −1 (6.137)
2
Une puissance ϕ n peut être ajoutée au lagrangien tout en préservant l’invariance d’échelle si ∆n =
d , ou n = 2d /(d − 2). Les seules possibilités pour n pair sont un terme en ϕ 6 en d = 3 et un terme
en ϕ 4 en d = 4.
Enfin, plusieurs transformations peuvent être définies qui n’affectent que les champs, sans affecter
les coordonnées : ce sont les transformations dites internes. L’exemple le plus simple est celui d’une
transformation de phase sur un champ complexe Φ : F (Φ) = e−i ω Φ.
Φ′ (x ′ ) = (1 − i ωa Ga )Φ(x ′ ) (6.139)
On peut relier cette définition à l’éq. (6.138) en notant que, au premier ordre en ωa ,
δF
Φ′ (x ′ ) = Φ(x ) + ωa (x )
δωa
(6.140)
δx µ δF ′
= Φ(x ′ ) − ωa ∂µ Φ(x ′ ) + ωa (x )
δωa δωa
δx µ δF
i Ga Φ = ∂µ Φ − (6.141)
δωa δωa
Dans le cas d’une translation infinitésimale par un quadrivecteur ωµ (l’indice a devient ici un in-
µ
dice d’espace-temps) on a δx µ /δων = δν et δF /δων = 0. Donc le générateur des translations est
simplement
Pν = −i ∂ν (6.142)
De même, on vérifie facilement que le générateur d’une transformation de phase est l’unité.
Passons maintenant au théorème de Noether. Ce théorème, dans sa version continue, stipule qu’à
chaque paramètre d’une transformation continue qui laisse l’action inchangée on peut associer un
156
D. Théorème de Noether
quadricourant qui est conservé (c.-à-d. qui obéit à l’équation de continuité) lorsque les équations
du mouvement sont satisfaites. Étant donné une telle symétrie de l’action, il y a invariance par la
transformation (6.138) seulement si la transformation est rigide, c.-à-d. si les paramètres ωa sont
indépendants de la position. Une façon particulièrement élégante de démontrer le théorème de
Noether consiste à supposer que la transformation (6.138) n’est pas rigide, avec ωa dépendant de
la position.
À partir de la dernière des éq. (6.132) on peut écrire l’effet de la transformation infinitésimale (6.138).
Au premier ordre, la matrice jacobienne est
∂ x ′ν δx ν
ν
= δ µ + ∂ µ ωa (6.143)
∂ xµ δωa
Le déterminant de cette matrice peut être calculé au premier ordre à l’aide de la formule
On obtient
∂ x′ δx µ
≈ 1 + ∂µ ωa (6.145)
∂x δωa
Au premier ordre, la matrice jacobienne inverse s’obtient en inversant le signe de la transformation :
∂ xν δx ν
ν
= δµ − ∂µ ωa (6.146)
∂ x ′µ δωa
Après ces étapes préliminaires, l’action transformée S ′ peut être écrite comme
δx µ
∫
′
S = dx 1 + ∂µ ωa
δωa
δF ν
ν
× L Φ + ωa , δµ − ∂µ (ωa (δx /δωa )) (∂ν Φ + ∂ν [ωa (δF /δωa )]) (6.147)
δωa
La variation δS = S ′ − S contient des termes sans dérivées de ωa . La somme de ces termes est nulle
si l’action est invariante par rapport aux transformations rigides, ce que nous allons supposer. Alors
δS ne contient que des termes proportionnels aux premières dérivées de ωa , obtenus en dévelop-
pant le lagrangien en série de Taylor. On écrit
∫
δS = − dx jaµ ∂µ ωa (6.148)
où
∂L δx ν ∂ L δF
jaµ = ∂ν Φ − δνµ L − (6.149)
∂ ∂µ Φ δωa ∂ ∂µ Φ δωa
µ
La quantité ja est le courant associé à la transformation infinitésimale (6.138). Une intégration par
partie donne ∫
δS = dx ∂µ jaµ ωa (6.150)
157
Chapitre 6. Bosons
Or, on sait que si les équations du mouvement sont satisfaites, alors l’action est stationnaire par rap-
port à toute variation des champs : c’est le principe de la moindre action. Autrement dit, δS devrait
s’annuler pour n’importe laquelle fonction ωa (x ). Ceci mène forcément à la loi de conservation
∂µ jaµ = 0 (6.151)
Ceci constitue le théorème de Noether pour les champs : à chaque symétrie continue de l’action
on associe une densité ρa et une densité de courant Ja qui satisfont à l’équation de continuité,
représentant une quantité conservée. L’intégrale de la densité sur tout l’espace est une quantité
constante : ∫
Qa = d3 r ρa (r) (6.152)
où d s est l’élément de surface orienté à l’infini. On conclut que Q̇a = 0 si J s’annule suffisamment
rapidement à l’infini.
Comme premier exemple, considérons la densité et le courant associés à une translation infinitési-
µ µ
male. Étant donné que δx µ /δων = δν et δF /δων = 0 dans ce cas, l’analogue de ja est le tenseur
suivant :
∂L
T µ ν = −δνµ L + ∂ν Φ (6.154)
∂ ∂µ Φ
L’équation de continuité associée est ∂µ T µ ν = 0 et la quantité conservée est notée
∫
Pν = d3 r T 0 ν (6.155)
Nous avons vu que les générateurs des translations dans le temps et l’espace sont respectivement le
hamiltonien et l’impulsion totale. On en conclut que Pν représente l’énergie (ν = 0) et l’impulsion
(ν = 1, 2, 3) du champ. Explicitement, l’énergie est
∂L
∫ § ª
3
P0 = d r Φ̇ − L (6.156)
∂ Φ̇
ce qui est bien la définition usuelle du hamiltonien. Le vecteur d’impulsion est, lui,
∂L
∫
P = − d3 r ∇Φ (6.157)
∂ Φ̇
Le signe − provient de ce que la quadri-impulsion avec indices covariants est Pµ = (E , −P).
Considérons comme exemple un champ scalaire simple, invariant par rapport aux translations. Sa
densité lagrangienne est
1 1 1
L = (∂t φ)2 − v 2 (∇φ)2 − µ2 φ 2 (6.158)
2 2 2
158
D. Théorème de Noether
Ceci confirme que cette quantité est l’impulsion associée au champ, ce qui est intuitivement clair.
Notre deuxième exemple est celui d’un champ scalaire complexe, dont le lagrangien peut être écrit
ainsi :
∂ φ∗ ∂ φ
L= − v 2 ∇φ ∗ · ∇φ − µ2 φ ∗ φ (6.161)
∂t ∂t
Un tel champ peut être considéré comme une combinaison de deux champs scalaires réels décou-
p
plés : φ = (φ1 +i φ2 )/ 2. Chacun des deux champs φ1 et φ2 possède un lagrangien de la forme (6.85)
et peut être développé en opérateurs de création et d’annihilation selon l’éq. (6.104). Soit a 1 (k) et
a 2 (k) les opérateurs d’annihilation associés à φ1 et φ2 . On définit les opérateurs
1
a (k) = p (a 1 (k) + i a 2 (k))
2
(6.162)
1
d (k) = p (a 1 (k) − i a 2 (k))
2
On vérifie que ces opérateurs satisfont aux relations de commutation habituelles des opérateurs de
création et d’annihilation :
(les autres commutateurs sont nuls). Le champ complexe φ admet alors le développement suivant :
∫
√ h
ħ ¦ ©
φ(r) = 3
(d p) a (p) ei p·r + d † (p) e−i p·r (6.164)
2ω(p)
Le hamiltonien peut être exprimé ainsi en fonction de a (p) et d (p) :
∫
¦ ©
H = ( d3 p ) ħ
h ω(p) a † (p)a (p) + d † (p)d (p) (6.165)
Le lagrangien ci-haut est invariant par rapport aux changements de phase φ → e−i ω φ. Les change-
ments fonctionnels de φ et φ ∗ sont
δφ δφ ∗
= −i φ = i φ∗ (6.166)
δω δω
Il s’ensuit que la densité conservée est ρ = i (φ̇ ∗ φ − φ̇φ ∗ ) et que la charge conservée est
∫
Q =i d3 r (φ̇ ∗ φ − φ̇φ ∗ ) (6.167)
159
symétrie transformation finie transfo. infinitésimale générateur courant conservé
δx µ ∂L
translations x ′µ = x µ + a µ = δνµ Pν = −i ∂ν T µ ν = −δνµ L + ∂ν Φ
δa ν
Chapitre 6. Bosons
∂ ∂µ Φ
δF
F (Φ) = Φ =0
δa ν
δx µ 1
rotations x ′µ = R µ ν x ν = g ρµ x ν − g νµ x ρ Jµν = −i (xµ ∂ν − xν ∂µ ) + Sµν
δϵρν 2
δF
F (Φ) = R Φ = −i S µν
δϵµν
160
FIGURE 6.4
δx µ ∂L
dilatations x ′µ = λx µ = xµ −i x µ ∂µ − i ∆Φ T µν x ν + ∆Φ
δϵ ∂ ∂µ Φ
δF
F (Φ) = λ−∆ Φ = −∆Φ
δϵ
δx µ ∂L
phase x ′µ = x µ =0 identité jµ = iΦ
δω ∂ ∂µ Φ
En utilisant ce développement en modes, on montre facilement que la charge conservée est, mo-
dulo une constante additive et une constante multiplicative,
∫
¦ ©
Q = ( d3 p ) a † (p)a (p) − d † (p)d (p) (6.168)
Cela démontre que les quanta de type a possèdent une charge positive unité, alors que les quanta
de type d ont une charge opposée. Sauf sur ce point, les deux types de quanta sont identiques.
Les quanta d sont en fait les antiparticules des quanta a . La charge conservée que nous venons
de construire est en fait la charge électrique ; nous verrons plus tard comment la conservation de
la charge électrique est liée à l’invariance de phase et comment seuls les quanta d’un champ com-
plexe peuvent interagir avec le champ électromagnétique. En pratique, un champ scalaire complexe
représentant des bosons est utile dans la description de la supraconductivité (modèle de Landau-
Ginzburg) et dans le modèle standard des interactions électrofaibles (champ de Higgs).
161
Chapitre 6. Bosons
Problèmes
où Pi et Qi sont les impulsions des deux atomes associés à la i e position du réseau, alors que X i et
Yi sont les coordonnées correspondant respectivement à Pi et Qi . On a les relations de commu-
tation habituelles.
Effectuez la diagonalisation de cet hamiltonien à l’aide de transformées de Fourier discrètes (c.-
à-d. définissez les opérateurs de création et d’annihilations appropriés) et illustrez la relation de
dispersion en fonction de l’impulsion. Expliquez ce qui se produit quand ω = Ω, en comparant
avec la chaîne d’oscillateurs ordinaire.
Le deuxième terme ci-haut est interprété comme le moment cinétique orbital Lo r b du champ, en
raison de la présence de l’opérateur différentiel r ∧ ∇, alors que le premier représente le moment
cinétique intrinsèque Ls p i n .
B En fonction des opérateurs de création et d’annihilation associés aux polarisations circulaires
a (±, k) et a † (±, k), démontrez la représentation suivante pour l’opérateur de moment cinétique
intrinsèque : ∫
Ls p i n = ( d3 k ) k̂ a † (+, k)a (+, k) − a † (−, k)a (−, k)
(6.172)
162
D. Théorème de Noether
En fonction de fi ,k , donnez une expression pour la valeur moyenne du champ électrique 〈E〉 et la
valeur moyenne du moment cinétique intrinsèque (donné à l’éq. (6.172) ci-dessus) 〈Ls p i n 〉 dans
cet état cohérent.
On peut supposer que cette perturbation est absente avant un certain instant, avant quoi le sys-
tème est dans son état fondamental.
Calculez le taux de production de quanta de vecteur d’onde k à partir du vide, dû à la force exté-
rieure f (r). Il est utile de placer le système dans une boîte de volume V et de définir le coefficient
de Fourier ∫
1
fk = p d3 r f (r) e−i k·r (6.175)
V
163
Chapitre 6. Bosons
identique aux autres, mais provient d’un isotope différent). On définira la petite quantité
1 1
γ= − (6.176)
M m
On suppose que γ est petit et le terme cubique est considéré comme une perturbation.
A Démontrez que la perturbation (appelons-la V ), s’exprime comme suit en fonction des opé-
rateurs de création et d’annihilation de phonons :
3/2 ∑
iγ h
ħ ′p ¦ ©
V = p ωp ωq ωp +q a p a q a −p −q + 3a p† +q a p a q − c .h . (6.178)
Ω3 N 2 p ,q
∑′
où la notation signifie que le mode de fréquence nulle est exclu de la somme.
B En principe, cette perturbation V permet des transitions au cours desquelles un phonon se
scinde en deux phonons. Connaissant la relation de dispersion des phonons, ce processus est-il
possible ici ? (c.-à-d. conserve-t-il l’énergie ? )
C Considérez le processus par lequel deux phonons de nombres d’onde p et q ont une colli-
sion élastique et en ressortent avec des nombres d’onde p ′ et q ′ . Ce processus est-il permis par
la perturbation V au premier ordre ? Au deuxième ordre ? Si oui, par quel terme et quel état inter-
médiaire précisément ?
164
D. Théorème de Noether
t = t 0 + g (X n − X n +1 ) (6.180)
où t 0 et g sont des constantes réelles. t 0 est l’intégrale de saut quand la distance inter site est a ,
le pas de réseau, et intervient dans le hamiltonien non perturbé, alors que g intervient dans le
hamiltonien d’interaction électron-phonon.
A En vous servant des développements appropriés, montrez que le hamiltonien d’interaction
électron-phonon HI peut s’écrire ainsi :
∫
√ 2ħh 1 †
†
( dk )( dk ′ ) p sin(k ′ a ) − sin(k a ) a k −k ′ + a −k
HI = i g a +k ′ c k c k ′ (6.181)
N M Z.B. ωk −k ′
où :
ck annihile un électron de vecteur d’onde k et d’énergie ϵk .
165
Chapitre 6. Bosons
A Montrez que le nombre total d’électrons est conservé par cet hamiltonien, mais pas le nombre
de phonons.
B Considérez un état à un fermion |k〉 = ck† |0〉, d’énergie non perturbée E = ϵk . La perturbation
V modifie cette énergie. Quelle est la correction à E au premier ordre de la théorie des perturba-
tions ? Donnez une expression de la correction à E au deuxième ordre de la théorie des perturba-
tions.
C Expliquez comment calculer la section différentielle de diffusion électron-électron causée par
l’interaction électron-phonon. Ne faites pas le calcul, mais indiquez seulement les éléments sui-
vants : (1) Montrez que l’amplitude de diffusion s’annule au premier ordre. (2) Indiquez quels
états intermédiaires contribuent à l’amplitude au deuxième ordre.
Ici ea est la composante du vecteur ê selon l’axe des xa (a = 1, 2, 3). Cette relation est utile dans la
partie suivante.
B Démontrez que les champs électrique et magnétique satisfont aux relations de commutation
suivantes aux temps égaux :
∂
[Ea (r), Bb (r′ )] = −4πc i ħ
h ϵa b c δ(r − r′ ) (6.186)
∂ xc
166
D. Théorème de Noether
où A(r, t ) est l’opérateur de potentiel vecteur (dépendant du temps dans le point de vue de Heisen-
berg) et H0 est le hamiltonien du champ électromagnétique libre, c’est-à-dire en l’absence de
courant. On supposera ici que le courant est nul pour t < 0 et que le champ électromagnétique
est dans son état fondamental (le vide |0〉) à t = 0.
A Obtenez l’équation du mouvement suivante pour l’opérateur d’annihilation a (i , k) (associé à
la fréquence ω(k)) dans le point de vue de Heisenberg :
C En retournant dans le point de vue de Schrödinger, montrez que l’état du champ pour t > 0
est un état cohérent (pour ce faire appliquez la dernière équation à l’état |0〉 et changez de point
de vue).
167
Chapitre 6. Bosons
Considérons deux plaques carrées parallèles d’un conducteur parfait, de côté L , séparées par une
distance a . Choisissons l’axe des z perpendiculaire aux plaques. La composante k z du vecteur
d’onde k des modes du champ ne peut prendre alors qu’un ensemble discret de valeurs. Dans ce
qui suit, on négligera complètement les effets de bord, c.-à-d. on supposera que L ≫ a .
A En tenant compte des conditions aux limites sur les plaques, montrez que l’énergie du vide
dans le volume situé entre les plaques est formellement donnée par
∫ 2 ∞ √
1 2 d k ∥
∑ n 2 π2
E0 = ħ hc L |k∥ | + 2 k∥ +
2
(6.191)
2 (2π)2 n=1
a2
Ici k∥ est la composante du vecteur d’onde parallèle aux plaques. (n’oubliez pas de compter les
polarisations permises du champ, en particulier dans le cas k z = 0 où les conditions aux limites
du champ électrique sont importantes). L’expression précédente est infinie, en raison de la limite
supérieure de la somme et de l’intégrale. Ce qui nous intéresse est cependant la différence entre
cette énergie et l’énergie du vide sans les plaques. Pour calculer cette dernière, on remplace la
somme sur n par une intégrale, puisque les restrictions sur k z sont levées.
B Montrez que le déplacement d’énergie E par unité de surface, c’est-à-dire la différence entre
la densité d’énergie avec et sans les plaques, est donné par
∫∞ ¨ ∞ p ∫∞ «
hc
ħ 1 ∑ p
E= dk k k+ k 2 + n 2 π2 /a 2 − dn k 2 + n 2 π2 /a 2 (6.192)
2π 0 2 n =1 0
Encore une fois, le calcul de cette quantité est impossible tel quel, en raison des bornes d’intégra-
tion supérieures, quoique la quantité soit en principe finie. Pour régler ce problème, on introduit
une fonction de coupure f (k ) telle que f (k ) = 1 pour k suffisamment petit, et f (k ) = 0 pour k
suffisamment grand, avec une transition continue et différentiable entre ces deux extrêmes. Cette
transition s’effectue naturellement pour des nombres d’ondes typiques des longueurs atomiques,
en deçà desquelles les conditions aux limites macroscopiques ne sont plus valables. On introduit
donc dans les intégrales et les sommes un facteur f (|k|).
C Montrez que ∫∞
ħ c π2 1
h
E= F (0) + F (1) + F (2) + · · · − dn F (n ) (6.193)
4a 3 2 0
où on a défini ∞
∫
p πp
F (n ) = du u + n2 f u + n2 (6.194)
0
a
π2 ħ
hc
E =− (6.195)
720a 3
168
D. Théorème de Noether
La pression d’attraction sur les plaques qui résulte de cette densité superficielle d’énergie est donc
π2 ħ
hc
P =− (6.196)
240a 4
Cet effet est petit, mais a été observé expérimentalement (M.J. Sparnaay, Physica 24 (1958) 751). Il
a aussi été observé précisément entre une sphère et un plan conducteurs (S.K. Lamoreaux, Phys.
Rev. Lett. 78 (1997) 5).
a. Si vous ignorez ce qu’est la formule d’Euler-MacLaurin, renseignez-vous !
169
Chapitre 6. Bosons
170
CHAPITRE 7
INTERACTIONS LUMIÈRE-MATIÈRE
Dans ce chapitre on étudie les processus d’émission, d’absorption et de diffusion de la lumière par
un système matériel. Les deux composantes du système (matière et champ électromagnétique) sont
décrites par la mécanique quantique. On parle donc de création de photons (émission), d’annihi-
lation de photons (absorption) ou des deux (diffusion).
Remarquons qu’une description imparfaite de ces processus peut être obtenue en ne quantifiant
que l’une des deux composantes du système, l’autre étant décrite par une configuration classique,
sans être considérée comme une variable dynamique. Par exemple, on peut étudier l’effet d’un
champ électrique oscillant sur un atome quantifié, en utilisant la méthode de la sous-section 3.B.5.
En contrepartie, on peut aussi étudier l’émission de photons (quantifiés) par une source matérielle
non quantifiée (cf. Ex. 6.10). Dans les deux cas, la méthode est justifiée si les objets classiques sont
suffisamment complexes (c’est-à-dire macroscopiques) pour permettre ce genre de description.
Pour comprendre le processus microscopique d’interaction lumière-matière, il faut cependant une
description quantique des deux composantes du système, ce qui est expliqué dans ce chapitre.
A Hamiltonien d’interaction
Le but de cette section est de justifier le hamiltonien (7.22) décrivant l’interaction lumière-matière.
On commence par établir l’équivalence du couplage minimal et de la force de Lorentz classique.
On discute ensuite de l’invariance de jauge et de la manière générale d’introduire le champ élec-
tromagnétique dans un système matériel. Enfin, on introduit la notion de courant paramagnétique,
essentielle à la description de l’interaction entre le champ électromagnétique quantifié et la matière
qui n’est pas deuxième-quantifiée.
171
Chapitre 7. Interactions lumière-matière
Le but de cette section est de démontrer que le lagrangien qui conduit à cette formule a la forme
suivante :
1 e
L = m v2 + A · v − e φ (7.2)
2 c
où A est le potentiel vecteur et φ est le potentiel électrique.
∂L e
p= = mv + A (7.3)
∂v c
Notons que ce moment conjugué n’est plus égal à la quantité de mouvement m v. L’équation de
Lagrange est alors
e ∂ A i ∂ A i dx j
m ṗi = m v̇i + +
c ∂t ∂ x j dt
(7.4)
∂L ∂ φ e ∂ Aj
= = −e + vj
∂ xi ∂ xi c ∂ xi
(la convention de sommation sur les indices répétés est utilisée). Cette équation peut aussi s’écrire
1 ∂ Ai e
m v̇i = e −∂i φ − + v j ∂i A j − v j ∂ j A i
c ∂t c
e
= e E i + ϵ i j k ϵk l m v j ∂ l A m (7.5)
c
e
= e Ei + (v ∧ B)i
c
où nous avons utilisé l’expression (6.105) des champs en fonction des potentiels. Nous retrouvons
donc la force de Lorentz, ce qui prouve la légitimité du lagrangien (7.2).
H =p·v−L
1
= m v2 + e φ (7.6)
2
1
= (p − e A/c )2 + e φ
2m
En mécanique quantique, il faut remplacer p par l’opérateur correspondant P et remplacer l’argu-
ment r de A par l’opérateur de position R :
1 e 2
H= P − A(R) + e φ(R) (7.7)
2m c
En développant le carré, on doit tenir compte du fait que P ne commute pas avec R :
P2 e e 2 A2 (R)
H= − (P · A(R) + A(R) · P) + + e φ(R) (7.8)
2m 2m c 2m c 2
172
A. Hamiltonien d’interaction
Remarquons que le couplage d’une particule au champ électromagnétique peut se faire en suivant
la prescription suivante :
e
p → p − A et H → H − e φ (7.9)
c
Dans l’équation de Schrödinger (représentation en coordonnées) cela revient à faire les substitu-
tions suivantes :
ie
∇→D ≡∇− A
cħ
h
(7.10)
∂ ∂ ie
→ Dt ≡ + φ
∂t ∂t h
ħ
Les opérateurs D et Dt sont appelés dérivées covariantes. En fonction de ces opérateurs différentiels,
l’équation de Schrödinger prend la forme suivante :
ħ2 2
h
h Dt ψ = −
iħ D ψ (7.11)
2m
La prescription qui consiste à remplacer les dérivées ordinaires par des dérivées covariantes porte
le nom de couplage minimal. Elle garantit l’invariance de l’équation de Schrödinger par rapport aux
transformations de jauge. En effet, ces dernières ont l’effet suivant sur les potentiels :
1∂ξ
A → A − ∇ξ φ→φ+ (7.12)
c ∂t
Pour que n’importe laquelle équation différentielle pour une quantité ψ (telle la fonction d’onde)
soit invariante de jauge, il suffit que le couplage minimal soit utilisé et que la fonction ψ se trans-
forme ainsi :
ψ → e−i e ξ/ħh c ψ (7.13)
Comme ξ dépend de la position et du temps en général, il s’agit d’un changement de phase local, par
opposition à global. La propriété principale des dérivées covariantes est la covariance sous trans-
formation de jauge, c’est-à-dire que, lors d’une transformation de jauge, les dérivées covariantes
sont modifiées par un simple facteur de phase local :
Il est alors manifeste que l’équation de Schrödinger est invariante par transformation de jauge.
Le couplage minimal prend une apparence plus naturelle dans la notation relativiste des quadrivec-
teurs. Le quadrivecteur du potentiel est alors A µ = (φ, −A) et le quadrigradient est ∂µ = ((1/c )∂t , ∇).
Une transformation de jauge s’écrit alors comme
173
Chapitre 7. Interactions lumière-matière
On sait qu’en mécanique quantique la fonction d’onde peut être multipliée par une phase globale
sans en modifier le sens physique. On apprend ici que la fonction d’onde d’une particule chargée
peut être multipliée par une phase locale sans non plus modifier son sens physique, pourvu que
cette multiplication s’accompagne d’un changement des potentiels électromagnétiques, tel qu’en
l’éq. (7.12). Le fait de pouvoir transformer une invariance globale en invariance locale grâce à la
présence de potentiels scalaire et vecteur est à la base des théories de jauge qui décrivent les inter-
actions forte (QCD), faible et électromagnétique.
Le couplage minimal est considéré comme la règle à observer pour obtenir la forme de l’interaction
d’un système avec le champ électromagnétique, ce qui souligne l’importance fondamentale de l’in-
variance de jauge en électrodynamique. Cependant, pour qu’un système puisse être ainsi couplé au
champ électromagnétique, il doit posséder une charge électrique, c’est-à-dire qu’il doit posséder
une symétrie par rapport aux transformations de phase globales. Par exemple, le champ scalaire
réel ne peut être couplé au champ électromagnétique, alors que le champ scalaire complexe, lui,
peut y être couplé, comme dans le lagrangien suivant :
∫
L = d3 r |Dt ϕ|2 − v 2 |Dϕ|2 − µ2 |ϕ|2
(7.17)
Un exemple plus important est celui du champ de Schrödinger, c’est-à-dire de la matière deuxième-
quantifiée, dont les interactions avec le champ électromagnétique sont représentées par le lagran-
gien suivant :
h2 ∗ 2
∫
3 ∗ ħ
L = d r iħ h ψ Dt ψ + ψD ψ (7.18)
2m
Dans cette dernière expression, ψ ne représente plus la fonction d’onde d’une particule, mais l’opé-
rateur d’annihilation associé à un type de particule chargée. Ce n’est plus seulement l’équation de
Schrödinger à une particule qui est invariante de jauge, c’est le lagrangien de la deuxième quantifi-
cation. En principe, on peut ici utiliser la jauge de Coulomb et exprimer A en fonction des opérateurs
de création et d’annihilation de photons. Nous aurions alors à notre disposition une expression
pour le hamiltonien d’interaction entre le champ électromagnétique et la matière en fonction des
opérateurs de création et d’annihilation de photons et de particules matérielles.
Au lieu de traiter la matière dans le formalisme de la deuxième quantification, nous allons réserver
ce traitement aux seuls photons dans ce qui suit. La partie matérielle du système sera décrite dans
le formalisme habituel. Revenons à l’expression (7.8) pour le hamiltonien d’une particule chargée
dans un champ électromagnétique et écrivons-en la version quantique pour un ensemble de par-
ticules de même type ayant des impulsions Pi et des positions Ri :
P2i e 2 A(Ri )2
∑ e
H= − (Pi · A(Ri ) + A(Ri ) · Pi ) + + e φ(Ri ) (7.19)
i
2m 2m c 2m c 2
Dans cette expression, les potentiels A et φ dépendent des opérateurs position Ri de chaque parti-
cule, de sorte qu’ils ne commutent pas avec les impulsions Pi . Il serait alors peu pratique de rempla-
cer les potentiels par leur version quantique. Pour remédier à cette difficulté on définit l’opérateur
174
A. Hamiltonien d’interaction
du courant paramagnétique
1 ∑
J(r) ≡ {Pi δ(r − Ri ) + δ(r − Ri )Pi } (7.20)
2m i
et l’opérateur de densité
∑
ρ(r) ≡ δ(r − Ri ) (7.21)
i
Comme auparavant, nous travaillerons dans la jauge de Coulomb. Dans cette jauge le potentiel
scalaire φ est une fonction (et non une variable dynamique) fixée par la distribution de charge du
système. Dans ce qui suit, nous supposerons que φ est le potentiel électrique produit par le noyau
d’un atome ou encore le potentiel central effectif dans un atome à plusieurs électrons. De toute
façon, nous l’inclurons dans le hamiltonien non perturbé, en supposant que les solutions de ce
dernier nous sont connues. L’interaction avec le champ électromagnétique quantifié se limite donc
aux deux termes H1 et H2 . En général, le premier est plus important que le second, en raison de la
vitesse de la lumière au carré apparaissant dans H2 . Des précisions sur la différence entre H1 et H2
apparaîtront plus tard.
Nous avons placé le système dans une boîte de volume V , dans le but de faciliter le calcul de quan-
tités telles que les taux de désintégration et les sections efficaces (cf. éq. 6.119). En substituant ce
développement dans le hamiltonien H1 , on trouve 1
e ∑ √ 2πħ h¦ ©
H1 = p a i ,k êi ,k · J−k + a i†,k ê∗i ,k · Jk (7.25)
V i ,k ωk
1. Il n’est pas utile pour le moment d’exprimer H2 en fonction des opérateurs de création et d’annihilation.
175
Chapitre 7. Interactions lumière-matière
On suppose que la matière qui nous intéresse est composée d’électrons de charge −e (e > 0), ce
qui explique le changement de signe dans H1 . Nous avons introduit la transformée de Fourier du
courant paramagnétique : ∫
Jk = d3 r J(r) e−i k·r (7.26)
B Émission et absorption
Étudions le processus par lequel un atome émet ou absorbe un photon. Utilisons pour cela la règle
d’or de Fermi au premier ordre dans la théorie des perturbations, avec le hamiltonien d’interaction
(7.25). Supposons que l’état initial comporte ni ,k photons dans le mode de propagation (i , k) et que
l’atome soit dans un état du spectre discret qu’on désignera par l’indice n. On note cet état initial
du système total |n ; ni ,k 〉. Après le processus, on supposera que l’atome est dans un état noté |m〉 et
que le nombre de photons dans le même mode de propagation est ni k ± 1. L’état final se note donc
|m ; ni ,k ±1〉. Bien sûr, le signe (+) correspond à l’émission d’un photon et le signe (−) à l’absorption.
2π 2
Γ= 〈m ; ni ,k ± 1|H1 |n; ni ,k 〉 δ(Em − En ± ħ
h ω) (7.27)
h
ħ
où En et Em sont les énergies des deux états atomiques et ω = c |k| est la fréquence du photon émis
ou absorbé.
Remarquons que les états de rayonnement peuvent aussi contenir un nombre indéterminé de pho-
tons dans d’autres modes, mais que nous nous intéressons à un processus dans lequel un seul pho-
ton est émis ou absorbé, de sorte que ces autres photons sont des spectateurs passifs qui n’ont pas
d’influence sur l’amplitude du processus.
Le hamiltonien H1 est une somme sur tous les modes, mais un seul de ces termes contribue à l’am-
plitude : celui associé au mode (i , k). Ce terme est le produit d’un opérateur agissant sur les photons
(a i ,k dans le cas de l’absorption) et d’un opérateur agissant sur l’atome (êi ,k · J−k dans le même cas).
L’élément de matrice de la partie électromagnétique est facile à évaluer :
absorption :
(2πe )2
Γabs. = ni ,k |〈m|J−k · êi ,k |n 〉|2 δ(Em − En − ħ
h ωk ) (7.29)
V ωk
émission :
(2πe )2
Γém. = (ni ,k + 1)|〈m |Jk · ê∗i ,k |n〉|2 δ(Em − En + ħ
h ωk ) (7.30)
V ωk
176
B. Émission et absorption
Le plus remarquable dans ces formules sont les facteurs de ni ,k et de ni ,k + 1 qui proviennent de
ce que le photon est un boson et qui sont responsables de l’émission et l’absorption induites de
rayonnement : plus le nombre de photons dans l’état initial est grand, plus le processus d’émission
ou d’absorption est probable. C’est le principe à la base du fonctionnement des lasers. À noter ce-
pendant que l’amplitude de la lumière incidente doit être grande dans un mode donné, c’est-à-dire
que la lumière incidente doit être cohérente pour que cet effet ait lieu. Il est aussi remarquable que
l’émission d’un photon puisse avoir lieu en l’absence de photon initial (ni ,k = 0), c’est-à-dire en
l’absence apparente de stimulation externe. Pour cette raison ce processus porte le nom d’émission
spontanée. Il correspond au rayonnement classique d’une charge accélérée.
ω dω dΩ
∫ ∫ 2 ∫ 2
∑
3 k dk dΩ
→ V (d k) = V =V (7.31)
k
(2π) 3 (2πc )3
Cette intégrale sur les fréquences se fait à l’aide de la fonction delta en énergie. On trouve alors le
taux de désintégration par unité d’angle solide, pour une polarisation donnée :
dΓ e 2ω
= |〈m |Jk · ê∗i ,k |n 〉|2 (7.32)
dΩ 2πħ hc 3
Il s’agit ici du nombre de photons émis par unité de temps, par unité d’angle solide. On s’inté-
resse généralement à la puissance rayonnée par unité d’angle solide, qui s’obtient en multipliant
par l’énergie ħh ω du photon :
dP e 2 ω2
= |〈m|Jk · ê∗i ,k |n 〉|2 (7.33)
dΩ 2πc 3
dP e 2 ω2 ka k b
a b∗
= 〈m | Jk |n〉〈n | Jk |m 〉 δa b −
dΩ non pol. 2πc 3 k2
(7.35)
e ω
2 2
= 〈m |J⊥k |n 〉 · 〈m |J⊥k |n 〉∗
2πc 3
où J⊥k est la projection de Jk sur le plan perpendiculaire à k (la partie transverse du courant).
177
Chapitre 7. Interactions lumière-matière
L’élément de matrice 〈m|J(r)|n 〉 devient rapidement négligeable lorsque |r| est supérieur à un rayon
atomique (les fonctions d’ondes atomiques décroissent exponentiellement). Les seules valeurs de
r qui contribuent effectivement à l’intégrale sont telles que k · r ≪ 1, puisque la longueur d’onde du
photon émis (∼ 10−7 m) est beaucoup plus grande que la taille de l’atome (∼ 10−10 m). 2
Nous allons utiliser l’approximation dipolaire, dans laquelle on néglige complètement le produit
k · r : on remplace effectivement Jk par J0 . Mais
∫
1 ∑
J0 = d3 r (Pi δ(r − Ri ) + δ(r − Ri )Pi )
2m i
(7.37)
1 ∑ P
= Pi =
m i m
où P est la somme des impulsions de tous les électrons de l’atome. Il s’agit dès lors de calculer
l’élément de matrice 〈m|P|n〉. Utilisons maintenant le fait que
m
Pi = [Ri , H0 ] (7.38)
iħ
h
où H0 est le hamiltonien non perturbé de l’atome (seule l’énergie cinétique contribue à ce commu-
tateur). Remarquons que le membre de droite de cette relation n’est rien d’autre que la vitesse Ṙi
de l’électron, en vertu de l’équation
∑ du mouvement de Heisenberg. Si on désigne par R la somme
des positions des électrons (R = i Ri ), on peut écrire
P 1
= [R, H0 ] (7.39)
m iħh
et l’élément de matrice recherché est
1
〈m|J0 |n 〉 = 〈m |[R, H0 ]|n〉
iħ
h
En − Em
= 〈m |R|n〉 (7.40)
iħ
h
ω
= 〈m |R|n 〉
i
Si on définit l’opérateur du dipôle électrique des électrons d ≡ −e R, la puissance rayonnée devient
dP ω4
= |〈m|d · ê∗i ,k |n 〉|2 (7.41)
dΩ 2πc 3
2. Ceci est dû au fait que l’énergie au repos m c 2 de l’électron est grande par rapport à son énergie cinétique (le rapport
v /c d’un électron atomique est de l’ordre de la constante de structure fine α ∼ 1/137 et est une caractéristique de la force
de l’interaction électromagnétique). Pour une énergie donnée, l’impulsion caractéristique d’un électron atomique est
grande (et la distance caractéristique petite) en comparaison de celle d’un photon de même énergie.
178
B. Émission et absorption
La somme sur les polarisations des photons peut s’effectuer comme indiqué plus haut, avec le ré-
sultat
dP e 2 ω4
= 〈m |R⊥ |n〉 · 〈m |R⊥ |n 〉∗ (7.42)
dΩ non pol. 2πc 3
Des considérations de symétrie font que toutes les transitions ne sont pas possibles au premier
ordre dans la théorie des perturbations : il existe des règles de sélection qui régissent les éléments
de matrice. Concentrons-nous sur le cas d’un atome émettant un photon, dans l’approximation
dipolaire. Nous avons déjà rencontré la règle de sélection suivante :
〈l ′ , m ′ |R|l , m 〉 = 0 si |l − l ′ | ̸= 1 (7.43)
où l et m sont les nombres quantiques orbital et magnétique (les autres nombres quantiques ne
sont pas indiqués). Cette règle de sélection sur l se démontre en considérant l’identité suivante :
D’autres règles de sélection proviennent du caractère vectoriel de R, qui se manifeste par les rela-
tions de commutation suivantes avec le moment cinétique :
[L a , R b ] = i ħ
h ϵa b c R c (7.45)
En particulier, on trouve
[L z , Z ] = 0 [L z , X ± i Y ] = ±ħ
h (X ± i Y ) (7.46)
〈l ′ , m ′ |Z |l , m 〉 = 0 sauf si m = m ′ et |l − l ′ | = 1
(7.47)
〈l ′ , m ′ |(X ± i Y )|l , m 〉 = 0 sauf si m ′ = m ± 1 et |l − l ′ | = 1
Comme
1 1
R = Z z + (X + i Y )(x − i y) + (X − i Y )(x + i y) (7.48)
2 2
On conclut que
〈l ′ , m |R|l , m 〉 ∝ z 〈l ′ , m ± 1|R|l , m 〉 ∝ x ∓ i y (7.49)
dP e 2 ω4 ′
= |〈l , m |Z |l , m〉|2 sin2 θ (7.50)
dΩ non pol. 2πc 3
179
Chapitre 7. Interactions lumière-matière
dP e 2 ω4 ′ 1
= |〈l , m ± 1| (X ± i Y )|l , m 〉|2 (1 + cos2 θ ) (7.51)
dΩ non pol. 2πc 3 2
Si on observe une transition sans connaître la projection de spin de l’état initial et que le hamiltonien
est invariant par rotation (par exemple, en l’absence de champ magnétique ou électrique externe à
l’atome) alors il faut sommer sur les états initiaux de même énergie, ce qui mène forcément à une
puissance rayonnée non polarisée indépendante de la direction.
Considérons maintenant un photon émis par l’atome dans la direction z. Ce photon résulte obli-
gatoirement d’une transition m → m ′ = m ± 1. En fonction des vecteurs de polarisation circulaire
p
ê± = (x ± i y)/ 2, on trouve
On s’intéresse ici à l’absorption partielle d’un faisceau de lumière par un atome passant d’un niveau
d’énergie à un autre, mais en restant dans le spectre discret. Pour un mode de propagation donné,
ce taux est donné par la formule
(2πe )2
Γ= ni ,k |〈m|J−k · êi ,k |n 〉|2 δ(Em − En − ħ
h ωk ) (7.53)
V ωk
On définit aussi une section d’absorption, donnée par le taux d’absorption pour une transition don-
née, divisé par le flux de photons incidents. Ce flux est simplement obtenu en multipliant la densité
de photons ni ,k /V par leur vitesse c . On obtient
n→m (2πe )2
σabs. = |〈m |J−k · êi ,k |n〉|2 δ(Em − En − ħ
h ωk ) (7.54)
c ωk
Pour obtenir la section d’absorption totale de la lumière incidente sur un système préparé dans
l’état |n〉, il faudrait sommer sur tous les états |m 〉 possibles et intégrer sur les fréquences. Bien
sûr, seuls les états ayant une énergie Em ∼ En + ħh ω donneraient une contribution appréciable. En
supposant que la lumière incidente est polarisée selon x et en appliquant l’approximation dipolaire,
le résultat est
4π2 e 2 ∑
∫
dω σtot. = ωmn |〈m |X |n 〉|2
cħh m
2 2∑
(7.55)
2π e
= fmn
mc m
180
B. Émission et absorption
2m
fmn ≡ ωmn |〈m|X |n 〉|2 (7.56)
h
ħ
Les coefficients fmn jouissent de deux propriétés importantes : Ils sont positifs si |n〉 est l’état fon-
damental et ils satisfont à une règle de somme (dite de Reiche-Thomas-Kuhn) :
∑
fmn = Z (nombre atomique) (7.57)
m
h 2 /m )Z
[X , [X , H0 ]] = −(ħ (7.58)
comme suit :
2π2 Z e 2
∫
dω σtot. = (7.60)
mc
Ce résultat est remarquable en ce qu’il est indépendant des détails des états atomiques : il ne dépend
que des constantes fondamentales de l’électron et de l’atome considéré. En fait, le même résultat
peut être obtenu dans la théorie classique du rayonnement 3
Si l’énergie des photons est suffisamment grande, l’électron qui en absorbe peut être arraché à
l’atome (effet photoélectrique). Il faut dans ce cas distinguer trois régimes d’énergie :
1. Si l’énergie cinétique de l’électron expulsé est comparable à son énergie potentielle par rap-
port à l’ion, alors il faut tenir compte de cette attraction en travaillant avec le spectre continu
associé au potentiel ionique, par la méthode des déphasages, par exemple.
2. Si l’énergie cinétique de l’électron est grande par rapport à l’énergie potentielle, mais encore
petite par rapport à l’énergie au repos m e c 2 , on peut supposer que l’état final de l’électron
est une onde plane et procéder à un calcul non relativiste simple.
3. Voir JACKSON, 2e éd., p. 805.
181
Chapitre 7. Interactions lumière-matière
3. Si l’énergie de l’électron est comparable à son énergie de repos, un traitement relativiste est
nécessaire.
On peut tout de suite prédire que l’importance de l’effet photoélectrique diminue avec l’énergie,
car l’absorption d’un photon par un électron libre est impossible pour des raisons cinématiques :
ce processus ne pourrait conserver à la fois la quantité de mouvement et l’impulsion ; la présence
de l’ion est nécessaire à cet effet. Comme l’électron se compare de plus en plus à une particule libre
quand son énergie augmente en comparaison de son énergie de liaison dans l’atome, on comprend
pourquoi la section efficace de l’effet photoélectrique devrait diminuer avec l’énergie.
1 ħ2
h
ψ0 (r) = q e−r /a 0 r = |r|, a 0 = (7.61)
πa 03 me 2
Le deuxième terme ne contribue pas à l’amplitude, car une intégration par parties produit un fac-
teur de k · êi ,k , qui s’annule. Le premier terme devient ensuite
h
ħ
p p · êi ,k ψ̃0 (p − k) (7.62)
m V
où ψ̃0 est la transformée de Fourier de la fonction d’onde de l’état fondamental. On calcule que
p 3/2
8 πa 0
ψ̃0 (q) = (7.63)
[1 + (q a 0 )2 ]2
64πa 03
2
(2πe )2
h
ħ 2
Γk→p = ni ,k |p · êi ,k | δ(Ep − ħ
h ωk ) (7.64)
V ωk m 2V [1 + (q a 0 )2 ]4
Pour calculer la section différentielle, on doit sommer sur les états électroniques situés dans un
intervalle dΩ dEp , en utilisant la méthode habituelle :
∫ ∫
∑
3 mV
→ V (d p) = dΩ dE |p| (7.65)
p h2
(2π)3 ħ
182
B. Émission et absorption
Cela mène au résultat suivant, après division par le flux incident de photons, égal à c ni ,k /V :
Si le faisceau de photons incidents n’est pas polarisé, il faut calculer la moyenne sur les polarisa-
tions initiales, ce qui se fait exactement de la même façon que la somme sur les polarisations finales
dans le cas de l’émission, sauf qu’on divise par deux. L’expression |p · êi ,k |2 est alors remplacée par
1 1 2
2 (p⊥ ) = 2 p sin θ , où θ est l’angle entre le faisceau incident et la direction de p. Donc
2 2
dσ 16e 2 (p a 0 )3
= sin2 θ (7.67)
dΩ non pol. m c ωk [1 + (q a 0 )2 ]4
Rappelons que cette expression n’est valable que dans le régime E0 ≪ ħh ω ≪ m c 2 . En fonction des
nombres d’onde k du photon et p de l’électron, la conservation de l’énergie s’écrit
ħ 2p 2
1/2
h K 2K
hc k =
ħ ou k λc = et p λc = (7.68)
2m mc 2 mc 2
où λc ≡ ħ
h /m c est la longueur d’onde de Compton de l’électron. On constate que, dans le régime
non relativiste,
1/2
k K
= ≪1 (7.69)
p 2m c 2
Par conséquent, on peut négliger k devant p et (k − p)2 ≈ p 2 . D’autre part, comme λc = αa 0 , on a
1/2
ħω
1/2
2a 0 h
h ω)1/2 (2m/ħ
p a 0 = (ħ h 2 )1/2 a 0 = (ħ
h ω)1/2 = ≫1 (7.70)
e2 E0
(E0 = e 2 /2a 0 est l’énergie d’ionisation de l’atome d’hydrogène). Donc la section différentielle ci-
haut se réduit à
dσ 16e 2
= (p a 0 )−5 sin2 θ
dΩ non pol. m c ωk
(7.71)
h ω −7/2
2 ħ
= 32αa 0 sin2 θ
E0
h ω.
On constate que la section efficace diminue rapidement en fonction de l’énergie ħ
183
Chapitre 7. Interactions lumière-matière
C Diffusion de la lumière
7.C.1 Généralités
Lors des processus de diffusion de la lumière par un atome, le nombre de photons demeure
constant. Il est bien évident que le hamiltonien d’interaction H1 ne peut pas contribuer au premier
ordre dans la théorie des perturbations ; un calcul au deuxième ordre sera nécessaire. Cependant,
le hamiltonien H2 contribuera au premier ordre. Il faut en général tenir compte des deux termes de
Hint. .
On doit aussi considérer plusieurs régimes d’énergie dans lesquels se déroulent des processus ayant
des noms et des implications différentes :
1. Pour des fréquences plus petites que la séparation des niveaux d’énergie (ħ h ω < Em − En )
l’atome ne peut pas être excité. L’atome ressemble alors à un électron lié harmoniquement
au noyau et on a affaire à la diffusion Rayleigh.
h ω > Em − En , le photon peut diffuser en laissant l’atome dans un état différent. L’énergie
2. Si ħ
du photon est alors modifiée. Il s’agit de la diffusion Raman.
3. Si Em − En ≪ ħ h ω ≪ m c 2 , l’électron paraît libre aux yeux du photon, quoique profitant de
l’inertie de l’atome. C’est le régime de la diffusion Thomson. La fréquence du photon ne
change pas de façon appréciable. C’est en particulier le cas d’un photon qui ne change pas
l’état de l’atome en diffusant (Em = En ).
h ω > m c 2 , le processus porte le nom de diffusion Compton. Il s’agit d’un régime relativiste
4. Si ħ
et la fréquence du photon change de façon appréciable.
Supposons que l’état initial comporte ni ,k photons dans le mode (i , k) et aucun dans le mode (i ′ , k′ ),
alors que l’état final en comporte un dans ce dernier mode et ni ,k −1 dans le premier. On s’intéresse
à l’élément de matrice de H2 au premier ordre :
e2
∫
d3 r 〈m|ρ(r)|n 〉〈ni ,k − 1, 1i ′ ,k′ |A(r)2 |ni ,k , 0i ′ ,k′ 〉 (7.72)
2m c 2
Le développement en modes de A(r)2 est
2πc 2 ħ
h ∑ 1 ¦ ′
©
A(r)2 = a j ,q ê j ,q ei q·r + c.h. · a j ′ ,q′ ê j ′ ,q′ ei q ·r + c.h.
(7.73)
V ωq ωq′
p
j ,q; j ′ ,q′
Dans l’approximation dipolaire pour des états atomiques, on peut remplacer ρk′ −k par ρq=0 . Cette
dernière quantité n’est rien d’autre que l’opérateur du nombre de particules, qui commute na-
turellement avec le hamiltonien. Son élément de matrice dans le nuage électronique est donc
〈m|ρ0 |n 〉 = Z 〈m |n〉, où Z est le nombre d’électrons.
184
C. Diffusion de la lumière
Si on suppose que seul H2 contribue de manière appréciable au processus, 4 la règle d’or donne
alors le taux de transition suivant :
2
he 2
2π 2πħ ni ,k 1 2
n→m
|êi ,k · ê∗i ′ ,k′ |2 h ω′ − ħ
Γi ,k→i ′ ,k′ = 〈m |ρk′ −k |n〉 δ Em − En + ħ hω (7.75)
h
ħ m ωω′ V2
On procède ensuite à la somme habituelle sur les vecteurs d’ondes et à la division par le flux de
photons incidents pour trouver la section différentielle suivante :
dσ ω′ 2
= r02 |êi ,k · ê∗i ′ ,k′ |2 〈m|ρk′ −k |n 〉 (7.76)
dΩ ω
Examinons d’abord le cas de la diffusion de la lumière sur des électrons libres. Les états électro-
niques sont alors des ondes planes et on doit calculer l’élément de matrice suivant, car l’approxi-
mation dipolaire n’est pas valable :
∫
1
d3 r d3 r ′ ei r·(k−k ) ei p·r 〈p′ |ρ(r)|r′ 〉
′ ′ ′
〈p |ρk′ −k |p〉 = p
V
∫
1 (7.77)
d3 r ei r·(k−k +p−p )
′ ′
=
V
= δp+k−p′ −k′
p + k = p′ + k ′ (7.79)
ħ 2 p2
h h 2 p′2
ħ
hω +
ħ h ω′ +
=ħ (7.80)
2m 2m
Maintenant, supposons que la lumière soit diffusée par un atome à Z électrons sans que les de-
grés de liberté internes de l’atome soient excités (diffusion élastique). On peut alors considérer que
le photon est diffusé par le nuage électronique en son entier, ce dernier agissant de manière co-
hérente, sans que sa structure interne n’intervienne. L’amplitude de diffusion coïncide alors avec
celle calculée plus haut, sauf qu’elle est sommée sur tous les électrons, résultant en un facteur Z
supplémentaire. On néglige la contribution du noyau à l’amplitude de diffusion, étant donné que
la masse de ce dernier est énorme en comparaison de celle de l’électron et que son rayon classique
est d’autant plus minuscule. Cependant, le nuage électronique profite alors de l’inertie du noyau
4. On montre que pour la diffusion Thomson la contribution au deuxième ordre de H1 est plus petite par un facteur
de v /c , où v est la vitesse typique des électrons.
185
Chapitre 7. Interactions lumière-matière
dσ
= Z 2 r02 |êi ,k · ê∗i ′ ,k′ |2 (7.82)
dΩ
L’important ici est le facteur de Z 2 , qui provient d’une superposition cohérente des amplitudes de
diffusion. Si la somme des effets des différents électrons était incohérente, ce sont les sections effi-
caces qui seraient additionnées et non les amplitudes, ce qui ne donnerait qu’un facteur Z et non
Z 2.
Ceci explique que les nuages soient visibles, alors que la vapeur d’eau ne l’est pas. En effet, les
nuages sont composés de gouttelettes microscopiques, comportant un grand nombre de molécules
rassemblées dans un espace plus petit que la longueur d’onde de la lumière incidente. Toutes ces
molécules agissent alors de manière cohérente. La vapeur d’eau, elle, est à l’état gazeux et le nombre
de molécules dans l’espace d’une longueur d’onde est beaucoup plus petit. Beaucoup moins d’élec-
trons peuvent alors participer à la diffusion cohérente, faisant de la vapeur d’eau un milieu quasi
transparent. Bien sûr, la diffusion Thomson ne s’applique pas à des petites fréquences comme celles
invoquées ici, mais l’argument de cohérence est le même pour la diffusion Rayleigh (voir plus bas).
Effectuons maintenant la somme sur les polarisations finales et la moyenne sur les polarisations
initiales :
1∑ 1∑
|êi ,k · ê∗j ,k′ |2 = ei ,k,a ei∗,k,b e j∗,k′ ,a e j ,k′ ,b
2 i,j 2 i,j
ka′ k b′
1 ka k b
= δa b − δa b −
2 k2 k ′2
1
= 1 + (k̂ · k̂′ )2
2
1
= 1 + cos2 θ
(7.83)
2
où θ est l’angle de diffusion. La section différentielle non polarisée est donc
dσ 1
= Z 2 r02 (1 + cos2 θ ) (7.84)
dΩ non pol. 2
8π 2 2
σThom. = Z r0 (7.85)
3
186
C. Diffusion de la lumière
Lors des processus de diffusion Raman, les degrés de liberté internes de l’atome sont excités, de
sorte que l’atome est dans un état différent après la collision. Il faut tenir compte des contributions
de H2 au premier ordre et de H1 au deuxième ordre. Nous avons déjà calculé la contribution de H2
dans l’approximation dipolaire :
2e 2 πħ
h p Z
〈f |H2 |i 〉 = p ni ,k ê · ê′∗ 〈m |n 〉 (7.86)
m ωω′ V
On désigne par ê et ê′ les polarisations initiale et finale. Calculons maintenant celle de H1 .
Dans le cas qui nous occupe, il y a deux états intermédiaires possibles pour le champ électroma-
gnétique (voir figure) : le premier ne comporte aucun photon, alors que le deuxième en comporte
deux, les mêmes que dans les états final et initial. Il y a bien sûr une multitude d’états intermédiaires
possibles pour l’atome.
k k0 k k0
n l m n l m
FIGURE 7.1
Les deux états intermédiaires possibles dans la diffusion Raman, en langage diagrammatique.
La contribution du premier état intermédiaire est la suivante (on somme ici sur les états atomiques) :
∑ 〈m |J ′ · ê′∗ |l 〉〈l |J · ê|n〉 2πħ
he 2 p
k −k
p ni ,k (7.88)
l
E n − E l + h
ħ ω + i η V ωω ′
1 El − Em
〈m |Jk · ê|l 〉 → 〈m|P · ê|l 〉 = 〈m|R · ê|l 〉 (7.90)
m iħ
h
187
Chapitre 7. Interactions lumière-matière
La section différentielle se calcule de la manière habituelle, en insérant dans la règle d’or et en som-
mant sur les impulsions comprises dans un élément dω dΩ. On obtient
2
dσ e 4 ωω′3 ∑ 〈m|R · ê′∗ |l 〉〈l |R · ê|n 〉 〈m |R · ê|l 〉〈l |R · ê′∗ |n 〉
§ ª
= + (7.96)
dΩ ħ 2c 4
h l
ωnl + ω + i η ωnl − ω′ + i η
où ωl n ≡ (El − En )/ħ
h.
Examinons d’abord la limite des faibles fréquences. Dans ce cas l’atome doit rester dans le même
état, disons, l’état fondamental : |n〉 = |m〉 = |0〉. La fréquence du photon est alors inchangée : ω = ω′ .
En négligeant ħ h ω au dénominateur, on obtient
2
dσ e ω 4 ∑ 〈0|R · ê′∗ |l 〉〈l |R · ê|0〉 + 〈0|R · ê|l 〉〈l |R · ê′∗ |0〉
§ ª
= (7.97)
dΩ c l
E0 − El + i η
188
C. Diffusion de la lumière
Section efficace
Calculons maintenant la section de diffusion totale non polarisée. Considérons d’abord l’expres-
sion suivante :
∑ 〈0|R |l 〉〈l |R |0〉
a b
(7.98)
l
E 0 − E l + i η
En raison de l’isotropie de l’atome, ce tenseur doit être strictement proportionnel à δa b . En fonction
des coefficients fmn définis en (7.56), on peut écrire
∑ 〈0|R |l 〉〈l |R |0〉 1 ∑ f
a b l0
=− δa b (7.99)
l
E0 − El + i η 2m l
ω2l 0
La somme sur les polarisations finales et la moyenne sur les polarisations initiales donne
1∑ 1
|êi · ê∗j |2 = (1 + cos2 θ ) (7.101)
2 i,j 2
où θ est l’angle entre k et k′ . L’intégrale sur tous les angles solides donne
∫
1 8π
dΩ (1 + cos2 θ ) = (7.102)
2 3
Le préfacteur qui multiplie l’expression entre crochets n’est autre que la section de diffusion Thom-
son (7.82). Si on compare cette expression à l’expression correspondante obtenue par un calcul
classique (modèle de Drude), on constate qu’il s’agit d’une somme sur différents oscillateurs, de
fréquences ωl 0 et d’abondances relatives fl 0 . La positivité de fl 0 et la règle de somme l fl 0 = Z
∑
189
Chapitre 7. Interactions lumière-matière
7.C.4 Résonances
Les expressions ci-haut pour les amplitudes de transition au deuxième ordre sont adéquates pourvu
qu’elles soient petites, car ce sont des résultats perturbatifs. Elles deviennent évidemment invalides
lorsque En − El + ħh ω = 0 pour un certain état |l 〉, c’est-à-dire quand le photon a une énergie tout
juste suffisante pour effectuer la transition |n〉 → |l 〉. Dans ce cas, on dit qu’il y a résonance.
En réalité, le dénominateur ne s’annule pas vraiment, car tout état excité est instable, avec un taux
de désintégration Γl et une demi-vie τ = 1/Γl . La dépendance temporelle de l’état est alors
|l 〉 → |l 〉 exp −i (El /ħ
h − i Γl /2)t (7.104)
Pour tenir compte du fait que |l 〉 n’est pas exactement un état stationnaire, on peut remplacer El
par El − i 12 ħ
h Γl dans les dénominateurs. Le terme i η n’est alors plus requis, puisque généré naturel-
lement.
Tout proche d’une résonance, on peut ne conserver que le terme résonant dans l’amplitude de dif-
fusion Raman (les autres termes sont souvent négligeables en comparaison) et on obtient la section
résonante suivante :
dσ e 4 ωω′3 |〈m |R · ê′∗ |l 〉|2 |〈l |R · ê|n 〉|2
= (7.105)
dΩ rés. h 2c 4
ħ (ω − ωl n )2 + 14 Γl2
En fonction de ω, la section a un comportement de type Lorentzien (ou Breit-Wigner). Le taux de
désintégration Γl est la largeur de la raie à mi-hauteur. En variant ω, on pourrait observer les réso-
nances en succession, jusqu’à ce que Γl devienne trop grand et que le pic se perde dans l’amplitude
générale.
Il est remarquable que la section différentielle résonante peut être écrite comme le produit de la
section d’absorption de |n 〉 vers |l 〉 par le taux de désintégration de l’état |l 〉 vers l’état |m〉 :
l →m
dσ n→l dΓ 1
= σabs. (7.106)
dΩ rés. dΩ ém. Γl
La question se pose alors à savoir si on peut considérer la diffusion Raman résonante comme la
succession de deux processus indépendants : une absorption suivie d’une émission dans un état
différent. Cette interprétation est légitime si la demi-vie de l’état excité est beaucoup plus grande
que le temps d’irradiation, c’est-à-dire si Γ ≪ ∆ω, où ∆ω est l’incertitude sur la fréquence du pho-
ton incident. Si cette condition n’est pas remplie, on ne peut pas considérer que l’état excité ait une
vie propre, indépendante de l’excitation lumineuse. En d’autres mots, d’autres états sont excités
et participent à l’amplitude, qui doit alors est considérée comme résultant d’un processus simple,
c’est-à-dire cohérent.
190
C. Diffusion de la lumière
Problèmes
191
Chapitre 7. Interactions lumière-matière
dσ 1 |p′ | e 2
= |V˜ (q)|2 q2 sin2 γ (7.108)
h 3 ω|p| c 3
dΩ dΩ′ dω (2π)4 ħ
2e 2 Ω2
Γn = n (7.110)
3m c 3
192
C. Diffusion de la lumière
P2 1
H= + m ω0 X2 (7.111)
2m 2
et la particule en oscillation possède une charge e , en couplage minimal avec le champ électroma-
gnétique. Les états propres de l’oscillateur spatial sont caractérisés par trois entiers non négatifs
(n x , n y , n z ) et l’énergie associée est E = ħ
h ω0 (n x + n y + n z ). On s’intéresse ici à la diffusion d’un
photon de fréquence ω par ce système.
A On désire appliquer l’approximation dipolaire à ce problème. En fonction des paramètres du
hamiltonien (m, ω0 , c , etc.), quel est le petit paramètre qui rend cette approximation valable ?
Indice : trouver une expression pour la longueur caractéristique ℓ0 de l’oscillateur.
B Supposons que l’oscillateur soit dans son état fondamental avant et après le processus de
diffusion (diffusion Rayleigh). Calculez la section différentielle de diffusion non polarisée. Indice :
les relations de la section 7.C.3 sont applicables. Vous devez identifier les états intermédiaires
possibles et calculer tous les éléments de matrice requis.
C Considérons maintenant la diffusion Raman : l’état initial de l’oscillateur est son état fonda-
mental, mais pas l’état final. Identifiez précisément les états finals possibles et les états intermé-
diaires intervenant dans la relation (7.96).
i 1
〈m|Jk · ê∗i ,k |n 〉 = 〈m |L|n〉 · (ê∗i ,k ∧ k) − ωnm 〈m |Qa b |n〉k b ei∗,k,a (7.112)
2m 6
où L est le moment cinétique orbital total de l’atome et Qa b est le tenseur quadripolaire total de
l’atome, défini comme ∑
Qa b = 3Ri ,a Ri ,b − R2 δa b (7.113)
i
193
Chapitre 7. Interactions lumière-matière
1∑
L= (Ri ∧ Pi − Pi ∧ Ri ) (7.115)
2 i
B Montrez que l’élément de matrice dipolaire magnétique typique est α fois plus petit que l’élé-
ment de matrice dipolaire électrique (α est la constante de structure fine), alors que pour le terme
h 2 /m e 2 est le rayon de Bohr. Si une transition
quadripolaire ce rapport typique est k a 0 , où a 0 = ħ
dipolaire électrique est interdite par conservation de la parité, qu’en sera-t-il des transitions di-
polaire magnétique et quadripolaire ?
1∑ 1 ∑ ∑
H= M i u̇2m,i + Φi a , j b (m − n)u mi a u n j b (7.116)
2 m,i 2 m,i ,a n, j ,b
où les indices a , b désignent les composantes des vecteurs, M i est la masse de la i e espèce d’ion
dans chaque maille et Φi a , j b (m−n) est le potentiel inter ionique, fonction de la différence des sites,
des types d’ions et des composantes spatiales des déplacements. Cet hamiltonien se diagonalise
exactement comme tous les autres hamiltoniens quadratiques que nous avons rencontrés, sauf
que le nombre d’indices est plus grand ! On peut finalement écrire le déplacement en fonction
d’opérateurs de création et d’annihilation comme suit :
∫
1 p ∑ √ h
ħ ¦ ©
um,i =p VΓ 3
(d k) bs (k)ϵis (k) ei k·m + c.h. (7.117)
Mi s Z.B.
2ωs (k)
A En supposant qu’un ion de type i porte une charge effective qi , écrivez le hamiltonien d’in-
teraction phonon-photon en fonction des opérateurs de création et d’annihilation (bs (k) pour les
phonons et a j (q) pour les photons) en faisant l’approximation que le potentiel vecteur est évalué
194
C. Diffusion de la lumière
à la position d’équilibre de chaque ion et non à sa position instantanée. À quels types de pro-
cessus cet hamiltonien d’interaction mène-t-il ? Est-ce possible de diagonaliser cet hamiltonien
(dans l’approximation citée) et, si oui, comment procéderiez-vous ?
B Supposons qu’on essaie de raffiner cet hamiltonien d’interaction en évaluant le potentiel vec-
teur à la position instantanée de chaque ion, mais en ne conservant que la correction au premier
ordre en um,i . Quels nouveaux types de processus phonon-photon seraient alors possibles ? Jus-
tifiez.
195
Chapitre 7. Interactions lumière-matière
196
CHAPITRE 8
L’étude des phénomènes impliquant des électrons ayant une énergie comparable ou supérieure à
leur énergie de masse m c 2 nécessite une théorie de deuxième quantification compatible avec l’in-
variance relativiste. Qu’entend-on par invariance relativiste ? Dans le contexte de la première quan-
tification, ceci signifie que l’équation d’onde devrait avoir la même forme dans tous les référentiels
inertiels, ce qui n’est manifestement pas le cas de l’équation de Schrödinger. Comme l’équation
d’onde joue le rôle de l’équation du mouvement classique en deuxième quantification, la condi-
tion d’invariance relativiste signifie que l’action S – dont les équations du mouvement sont tirées –
devrait être la même dans tous les référentiels inertiels.
La stratégie qui sera adoptée dans ce chapitre est la suivante. Après quelques rappels sur la no-
tation covariante et les transformations de Lorentz, on discutera de la façon dont un champ peut
se transformer lorsqu’on passe d’un référentiel à un autre. Ceci permettra de classifier les champs
selon leurs règles de transformation, c.-à-d. selon les représentations du groupe de Lorentz. En-
suite, se concentrant sur une représentation particulière (la représentation de Dirac) on construira
une action invariante pour des particules relativistes libres. L’interprétation physique en fonction
d’électrons et de positrons sera ensuite expliquée.
A Groupe de Lorentz
8.A.1 Rappels
La convention de sommation est appliquée sur les paires d’indices covariant et contravariant iden-
tiques.
Lors du passage d’un référentiel inertiel à un autre avec une vitesse relative v, le changement de
coordonnées associé est obtenu par une transformation de Lorentz :
x ′µ = Λµ ν x ν (8.2)
197
Chapitre 8. Théorie relativiste de l’électron
g µν x ′µ x ′ν = g µν x µ x ν =⇒ Λµ α g µν Λν β = g αβ (8.3)
où g est la matrice formée par les composantes du tenseur métrique. L’ensemble des matrices sa-
tisfaisant à cette condition forme un groupe qu’on appelle le groupe de Lorentz.
Notons que l’opérateur de gradient ∂µ = ∂ /∂ x µ se transforme ainsi lors d’un changement de réfé-
rentiel :
∂ xν
∂µ′ = ∂ν = (Λ−1 )ν µ ∂ν (8.5)
∂ x ′µ
Une quantité A µ se comportant comme ∂µ lors d’une transformation de Lorentz est qualifiée de
quadrivecteur covariant, alors qu’une quantité B µ se comportant comme x µ est qualifiée de qua-
drivecteur contravariant. Naturellement, La contraction d’un indice contravariant avec un indice
covariant produit une quantité invariante :
A ′µ B ′µ = (Λ−1 )α µ Λµ β A α B β = δα β A α B β = A µ B µ (8.6)
Un indice contravariant peut devenir covariant à l’aide du tenseur métrique g µν et, inversement, un
indice covariant peut devenir contravariant à l’aide du tenseur métrique inverse g µν = diag[1, −1, −1, −1] :
A µ = g µν A ν A µ = g µν A ν (g µα g αν = δµ ν ) (8.7)
D’après la condition (8.4), le déterminant det est égal à ±1. Une transformation telle que det = −1
implique une inversion du temps ou une transformation de parité et ne peut être obtenue par une
déformation continue de la transformation identité. De même, une transformation telle que Λ0 0 < 0
implique une inversion du temps et ne peut non plus être obtenue de façon continue à partir de
l’identité. Donc le groupe de Lorentz n’est pas connexe, mais comporte plusieurs composantes. La
composante reliée à l’identité renferme les transformations dites orthochrones (Λ0 0 > 0) et propres
(det = 1). C’est à ce sous-groupe que nous nous intéresserons.
x ′0 = x 0 cosh η − x 1 sinh η x ′2 = x2
(8.8)
x ′1 = x 1 cosh η − x 0 sinh η x ′3 = x3
198
A. Groupe de Lorentz
Bien entendu, on connait la représentation la plus simple : celle d’un champ scalaire φ qui n’est
pas affecté par la transformation de Lorentz :
φ(x ′ ) = φ(x ) (8.12)
La ‘matrice’ L Λ est alors de dimension un et égale à l’unité. Le lagrangien invariant pour le champ
scalaire s’écrit ainsi : 1
∂φ 2
1 1
2
µ
L = ∂µ φ∂ φ = − ∇φ (8.13)
2 2 ∂t
(la vitesse de la lumière est ici égale à un). Ce sont cependant les représentations non triviales, dé-
crivant des particules avec spin, qui nous intéressent : comme le groupe des rotations est un sous-
groupe du groupe de Lorentz, une particule de spin 12 comme l’électron nécessite une représenta-
tion L Λ non triviale.
Transformations infinitésimales
Nous allons maintenant procéder à une analyse du groupe de Lorentz analogue à celle que nous
avons faite du groupe de rotation Considérons les transformations infinitésimales Λµ ν = δµ ν + ϵ µ ν ,
où ϵ µ ν est une quantité infinitésimale dont nous négligerons les puissances supérieures à 1. La
condition (8.4) appliquée aux transformations infinitésimales devient ϵαβ + ϵβ α = 0. En d’autres
termes les ϵαβ forment une matrice infinitésimale antisymétrique comportant de ce fait six para-
mètres indépendants. Le groupe de Lorentz est donc paramétré par six variables, dont trois pour
décrire les rotations et trois pour les transformations de Lorentz proprement dites (trois directions
pour la vitesse relative).
199
Chapitre 8. Théorie relativiste de l’électron
1
L Λ ≈ 1 − i ϵρνS ρν (8.15)
2
où S ρν est le générateur de la transformation des champs. Si on appelle L ρν le générateur total
associé à ces transformations, la définition (6.141) mène à l’expression suivante :
1 1 1
i ϵρν L ρν Φ = ϵρν (x ν ∂ ρ − x ρ ∂ ν )Φ + i ϵρνS ρν Φ (8.16)
2 2 2
L ρν = i (x ρ ∂ ν − x ν ∂ ρ ) + S ρν
(8.17)
= M ρν + S ρν
Le premier terme (M ρν ) est la partie orbitale du générateur, alors que le deuxième terme est la
partie intrinsèque, ou spin. Cette terminologie est tout à fait analogue à celle employée dans le cas
du moment cinétique, tout simplement parce que le moment cinétique est un sous-ensemble des
générateurs du groupe de Lorentz. En fait, les générateurs L 12 , L 23 et L 31 ne sont autres que les
générateurs du moment cinétique en dimension 3.
Les générateurs de spins S ρν commutent avec la partie orbitale. L’algèbre du groupe de Lorentz
est obtenue en calculant les relations de commutation des générateurs L µν . En oubliant pour le
moment la partie intrinsèque, c.-à-d. en supposant L µν = M µν , on trouve
[L µν , L ρσ ] = i (g νρ L µσ − g µρ L νσ − g νσ L µρ + g µσ L νρ ) (8.18)
Cette algèbre est adéquate pour toutes les dimensions spatiales d dans lesquelles on choisit de dé-
finir une métrique g µν = diag[1, −1, · · · , −1]. La même algèbre doit être obtenue pour la partie in-
trinsèque Sµν séparément, sinon ces opérateurs ne pourraient représenter le groupe de Lorentz.
Le problème est en fait de déterminer quelles sont les matrices Sµν possibles qui obéissent à ces
relations de commutation.
Pour identifier les représentations du groupe de Lorentz possibles en dimension 3+1, on définit les
combinaisons linéaires suivantes :
1
Ji = ϵ i j k L j k K i = L 0i (8.19)
2
(les indices latins vont de 1 à 3) ou encore
⎛ ⎞
0 K1 K2 K3
⎜−K 1 0 J3 − J2 ⎟
⎜ ⎟
L µν = ⎜ ⎟ (8.20)
⎝−K 2 − J3 0 J1 ⎠
−K 3 J2 − J1 0
[K i , K j ] = −i ϵi j k Jk (8.21)
200
A. Groupe de Lorentz
[Ji , J j ] = i ϵi j k Jk (8.22)
[Ji , K j ] = i ϵi j k K k (8.23)
On reconnait dans la deuxième équation les relations de commutation des composantes du mo-
ment cinétique. Les générateurs correspondants du groupe de Lorentz sont associés aux rotations
dans l’espace, sans changement de référentiel. Pour découpler les relations ci-haut, on définit les
générateurs Ni = 12 (Ji + i K i ) et N̄i = 12 (Ji − i K i ), en fonction desquels l’algèbre du groupe de Lorentz
devient simplement
[Ni , N j ] = i ϵi j k Nk (8.24)
[N̄i , N̄ j ] = i ϵi j k N̄k (8.25)
[Ni , N̄ j ] = 0 (8.26)
Nous reconnaissons l’algèbre du groupe s u(2) s’appliquant aux générateurs Ni et N̄i séparément.
Conformément à ce que nous savons sur le moment cinétique, les opérateurs N 2 = Ni Ni et N +2 =
N̄i N̄i commutent avec les générateurs des transformations de Lorentz. La valeur de ces opérateurs
nous permet d’identifier les représentations irréductibles du groupe de Lorentz. Pour chaque copie
de s u(2) une représentation irréductible est spécifiée par un entier ou demi-entier j . Nous pouvons
donc identifier une représentation irréductible du groupe de Lorentz par un doublet ( j1 , j2 ).
1
ωk = ϵ k r s ϵr s ηk = ϵ0k (8.28)
2
on peut écrire L Λ comme
LΛ = 1 − i ω · J + η · K
(8.29)
= 1 − i (ω − i η) · N + (ω + i η) · N̄
où N est le vecteur dont les composantes sont Nk (idem pour N̄). les trois composantes de ω sont les
angles de rotation et les trois composantes de η sont reliées à la vitesse de transformation v. Comme
N commute avec N̄, on peut facilement passer aux transformations finies en prenant l’exponentielle
séparément pour les deux termes de l’accolade :
L Λ = exp −i (ω − i η) · N exp −i (ω + i η) · N̄ (8.30)
Le point important ici est que les générateurs N et N̄ n’ont pas besoin d’appartenir à la même re-
présentation de s u(2). On peut donc considérer des champs qui ont une expression non triviale de
N, tandis que N̄ est nul, ou vice-versa. On constate que le paramètre η est la rapidité associée au
changement de repère, puisqu’il est manifestement additif lorsqu’on multiplie deux matrices L Λ1
et L Λ2 .
La représentation la plus simple est la représentation triviale (0, 0), dont le module est de dimension
1, auquel appartient le champ scalaire φ. Les représentations non triviales les plus simples sont ( 12 , 0)
201
Chapitre 8. Théorie relativiste de l’électron
et (0, 12 ), chacune de dimension 2. Ces représentations sont utiles dans la description des neutrinos.
Plus spécifiquement, un neutrino sera décrit par un champ de fermions à deux composantes ψL =
(ψ1 , ψ2 ). Lors d’une transformation de Lorentz le champ de neutrino se transformera comme suit :
ψL (x ) → ψ′L (x ′ ) = L L ψL (x ) (8.31)
1
L L = exp −i σ · (ω − i η) (8.32)
2
Les matrices de rotations, résultant de l’exponentiation de Ji , sont obtenues en posant η = 0 : on
reconnait leur forme habituelle. Les matrices de changement de repère, résultant de l’exponentia-
tion de K i , sont obtenues en posant ω = 0. 2 Pour un champ ψD appartenant à la représentation
(0, 12 ), la matrice de transformation est plutôt
1
L D = exp −i σ · (ω + i η) (8.33)
2
Les représentations ( 12 , 0) et (0, 12 ) sont irréductibles au sens du groupe de Lorentz local (la partie
connexe). Cependant, elles ne le sont pas pour le groupe de Lorentz global, dans lequel on a inclus
les transformations de parité et d’inversion du temps. La parité change la direction de la vitesse
et donc transforme L L en L D . Autrement dit, l’opération de parité échange les deux représenta-
tions. Une représentation irréductible au sens global peut être obtenue en prenant la somme di-
recte ( 12 , 0) ⊕ (0, 12 ) : il s’agit de la représentation de Dirac, que nous allons maintenant étudier, mais
d’un point de vue un peu plus général.
B Équation de Dirac
γµ γν + γν γµ = 2g µν (8.34)
1 1
S µν = i (γµ γν − γν γµ ) = i [γµ , γν ] (8.35)
4 4
2. Ces dernières ne sont pas unitaires, car les représentations unitaires du groupe de Lorentz sont toutes de dimension
infinie. Ceci est relié au fait que le groupe de Lorentz est topologiquement non compact, contrairement au groupe des
rotations.
202
B. Équation de Dirac
satisfait à l’algèbre de Lorentz (8.18). La relation (8.34) porte le nom d’algèbre de Clifford et les ma-
trices γµ sont les matrices de Dirac. La démonstration se fait comme suit. Premièrement, on utilise
la relation (8.34) pour écrire
1
S µν = i (γµ γν − g µν ) (8.36)
2
Comme le deuxième terme commute avec tout, on trouve
1 µ ν ρ σ
[S µν ,S ρσ ] = − γ γ γ γ − γρ γσ γµ γν
(8.37)
4
On se sert ensuite de la relation (8.34) pour faire passer γρ et γσ à gauche complètement dans le
premier terme, ce qui compense le deuxième terme mais génère un ensemble de termes supplé-
mentaires :
1
[S µν ,S ρσ ] = − γµ γσ g νρ − γν γσ g µρ + γρ γµ g νσ − γρ γν g µσ
(8.38)
4
En utilisant encore une fois l’expression (8.36), on aboutit aux relations (8.18).
En dimension 3 + 1, la plus petite représentation possible de l’algèbre de Clifford est d’ordre 4. Plu-
sieurs représentations équivalentes sont possibles (elles diffèrent par des transformations de simi-
litude). Écrivons tout d’abord la représentation chirale :
0 0 I i 0 −σi
γ = γ = (8.39)
I 0 σi 0
Enfin, dans la représentation de Majorana, toutes les matrices sont purement imaginaires :
0 0 σ2 2 0 −σ2
γ = γ =
σ2 0 σ2 0
(8.41)
1 i σ3 0 3 −i σ1 0
γ = γ =
0 i σ3 0 −i σ1
Dans la représentation chirale, on calcule directement que les générateurs J et K ont la forme sui-
vante :
1 σ 0 1 σ 0
J= K=− i (8.42)
2 0 σ 2 0 −σ
On voit que N et N̄ agissent dans des espaces différents, comme on s’y attendait. Notons que J, N et
N̄ sont hermitiens alors que K est antihermitien.
203
Chapitre 8. Théorie relativiste de l’électron
ce qui est caractéristique d’une représentation de spin 12 , pour chacun des deux spineurs qui com-
posent ψ. On en conclut qu’un champ de Dirac représente une particule de spin 12 .
Étudions maintenant comment construire des quantités invariantes à l’aide du champ de Dirac,
dans le but d’écrire une action invariante.
Notons d’abord la propriété suivante des représentations (8.39), (8.40) et (8.41) des matrices de Di-
rac :
γ0 γi γ0 = −γi ou γ0 γµ γ0 = γµ
†
(8.46)
Autrement dit, γ0 est hermitien et γi (i = 1, 2, 3) est antihermitien. Cette propriété est en fait valable
dans toutes les représentations. Ceci nous permet de définir le spineur conjugué ψ̄ ≡ ψ† γ0 dont la
variation sous transformation de Lorentz est justement
1
δψ̄ = i ϵαβ ψ̄S αβ (8.47)
2
Il s’ensuit que la quantité ψ̄ψ est invariante. En effet, sa variation est
On démontre également que la quantité ψ̄γµ ψ est un quadrivecteur. En effet, sa variation est
[[γα , γβ ], γµ ] = 2[γα γβ , γµ ]
= 2γα [γβ , γµ ] + 2[γα , γµ ]γβ
(8.50)
= 4(γα γβ γµ + γα γµ γβ − γα g µβ − γβ g αµ )
= 4(γα g β µ − γβ g αµ )
et donc
1
δ(ψ̄γµ ψ) = − ϵαβ ψ̄(γα g β µ − γβ g αµ )ψ
2 (8.51)
= ϵ µ α ψ̄γα ψ
204
B. Équation de Dirac
Ces résultats nous permettent de construire une action invariante pouvant déterminer la dyna-
mique du champ ψ. Nous disposons des quantités quadratiques invariantes suivantes :
Notons que la dérivée ∂µ n’a aucune incidence sur les propriétés de transformation de ψ ou ψ̄,
mais permet de former un invariant en vertu de la contraction des indices. Avant de construire
un lagrangien, nous devons d’abord décider si le champ ψ sera un boson ou un fermion. Dans le
premier cas, le terme cinétique du lagrangien devrait être 12 ∂µ ψ̄∂ µ ψ. Malheureusement, ce terme
n’est pas défini positif et ne peut être utilisé. Si, au contraire, le champ ψ est un fermion, alors
le potentiel V (ψ) figurant dans la densité lagrangienne n’a plus besoin d’être défini positif, mais le
terme cinétique ci-haut n’est plus approprié : comme dans le cas du champ de Schrödinger, le terme
cinétique doit être linéaire dans la dérivée par rapport au temps. On utilise alors le terme i ψ̄γµ ∂µ ψ
(le facteur de i est ajouté pour rendre le résultat réel). Étant donné que ψ est un fermion, on peut
aussi considérer l’invariant ψ̄ψ (si ψ était un boson, un tel terme ne serait pas défini positif). Nous
écrirons donc la densité lagrangienne suivante :
L’équation classique du mouvement qui provient de cette densité lagrangienne s’obtient en variant
ψ̄ et est connue sous le nom d’équation de Dirac :
i γµ ∂µ ψ − m ψ = 0 (8.54)
−i ∂µ ψ̄γµ − m ψ̄ = 0 (8.55)
Le moment conjugué à ψa est donc i ψ∗a , ce qui nous permet d’écrire le hamiltonien :
∫
H= d3 r ψ† (−i γ0 γi ∂i + mγ0 )ψ (8.57)
205
Chapitre 8. Théorie relativiste de l’électron
Notre tâche est maintenant de diagonaliser cet hamiltonien. Commençons par l’exprimer en fonc-
tion des transformées de Fourier
∫
ψ(r) = ( d3 k ) ei k·r ψ̃(k) (8.59)
et le hamiltonien ∫
H= ( d3 k ) ψ̃† (k)(γ0 γi ki + mγ0 )ψ̃(k) (8.61)
Nous devons trouver les vecteurs propres et valeurs propres de la matrice figurant dans cette ex-
pression. La symétrie de cette matrice et la nullité de sa trace fontp que ses valeurs propres sont
doublement dégénérées : deux fois ωk et deux fois −ωk , où ωk = k2 + m 2 . Les vecteurs propres
sont les suivants : ⎧ ⎛ ⎞
p 1
m + ωk
⎪
⎪
⎪
1 ⎜ 0 ⎟
⎪
⎪ ⎜ ⎟
u (k) =
⎪
⎨ 1
⎪
2ωk ⎝ σ · k
⎪ p ⎜ ⎟
1 ⎠
ωk p
⎪ m + ωk 0
⎪
⎪
⎪
⎪ 0
⎩ u 2 (k) = idem avec
⎪
⎪
⎪
1
(8.63)
⎧ ⎛ ⎞
⎪ −σ · k 1
⎪ p
1 ⎜ m − ωk 0 ⎟
⎪
⎪ ⎜ ⎟
⎪
⎪ v1 (k) = p
⎪
⎪ ⎜ ⎟
⎨ 2ωk ⎝ p 1 ⎠
−ωk m − ωk
⎪
⎪ 0
⎪
⎪
⎪ 0
⎩ v2 (k) = idem avec
⎪
⎪
⎪
1
La matrice étant hermitienne, ses vecteurs propres peuvent être choisis orthonormés, comme ci-
haut. Nous pouvons donc décomposer le mode ψ̃(k) ainsi :
206
B. Équation de Dirac
Cet hamiltonien n’est pas défini positif si la condition a 3 |0〉 = a 4 |0〉 = 0 est imposée. Pour résoudre
ce semblant de paradoxe, on a inventé la mer de Dirac, un état dans lequel tous les niveaux d’énergie
négatifs (il y en a en principe une infinité, à moins d’introduire des coupures ultraviolette et infra-
rouge) sont occupés. Il est préférable de procéder à une transformation particule-trou, par laquelle
on définit
b1 (k) = a 3† (−k) b2 (k) = a 4† (−k) (8.67)
L’action de b1† (k) sur la mer de Dirac est donc de détruire la particule d’impulsion −k qui y était
présente et donc de créer une antiparticule (ou trou) d’impulsion k. On impose donc les conditions
b1 |0〉 = b2 |0〉 = 0 et a 1 |0〉 = a 2 |0〉 = 0 sur le vide. Modulo une constante additive sans importance, le
hamiltonien peut être reformulé comme suit :
∫
¦ ©
H = ( d3 k ) ωk a 1† (k)a 1 (k) + a 2† (k)a 2 (k) + b1† (k)b1 (k) + b2† (k)b2 (k) (8.68)
Le théorème de Noether nous permet d’identifier deux quantités conservées dans le cadre de l’ac-
tion de Dirac. La première est l’impulsion. On montre facilement que
∫
¦ ©
P = ( d3 k ) k a 1† (k)a 1 (k) + a 2† (k)a 2 (k) + a 3† (k)a 3 (k) + a 4† (k)a 4 (k)
∫ (8.69)
¦ ©
= ( d k ) k a 1† (k)a 1 (k) + a 2† (k)a 2 (k) + b1† (k)b1 (k) + b2† (k)b2 (k)
3
Dans la deuxième équation, le changement de variables k → −k a été effectué pour les deux derniers
termes. La forme précise de la transformation (8.67) (avec le signe −) a été choisie de sorte que tous
les termes aient le même signe dans cette expression.
Une autre quantité conservée, la charge électrique, existe en vertu de l’invariance par rapport aux
transformations de phase ψ → ei θ ψ. Le quadricourant associé est j µ = ψ̄γµ ψ. On montre facile-
ment que ce courant est conservé à l’aide de l’équation de Dirac, sans nécessairement passer par
toute la machinerie du théorème de Noether :
mais l’équation de Dirac est γµ ∂µ ψ = −i m ψ et sa version conjuguée est ∂µ ψ̄γµ = i m ψ̄. On trouve
donc l’équation de continuité ∂µ j µ = 0, ce qui démontre que j 0 = ψ̄γ0 ψ = ψ† ψ est la densité d’une
quantité conservée Q :
∫
Q= d3 r ψ† ψ
∫ (8.71)
¦ ©
= 3
(d k) a 1† (k)a 1 (k) + a 2† (k)a 2 (k) − b1† (k)b1 (k) − b2† (k)b2 (k)
L’interprétation physique de ces résultats est la suivante. L’opérateur a 1† (k) crée un électron de spin
en haut et d’impulsion k. a 2† (k), lui, crée un électron de spin en bas. Les opérateurs b1† (k) et b2† (k)
207
Chapitre 8. Théorie relativiste de l’électron
créent respectivement des positrons de spins en haut et en bas. Les positrons ont une charge élec-
trique opposée à celle des électrons : on dit que ce sont les antiparticules des électrons. Leur exis-
tence a été prédite par Dirac sur la base de l’invariance relativiste avant leur découverte expérimen-
tale, ce qui valut à Dirac un prix Nobel.
La symétrie de phase de l’action de Dirac nous permet de coupler le champ ψ au champ électroma-
gnétique par couplage minimal. Le lagrangien décrivant l’électron relativiste en interaction avec le
champ électromagnétique est donc
Dans cette sous-section nous allons prendre la limite non relativiste de l’équation de Dirac en pré-
sence d’un champ électromagnétique. Écrivons le spineur ψ comme ψ = (ϕ, χ), où ϕ et χ sont eux-
mêmes des spineurs à deux composantes. En présence d’un champ électromagnétique, l’équation
de Dirac devient
(i ∂µ − q A µ )γµ − m ψ = 0
(8.73)
Si on définit la quantité de mouvement π = p − q A, celle-ci devient
i ∂0 ϕ − q φϕ − π · σχ − mϕ = 0
(8.74)
−i ∂0 χ + q φχ + π · σϕ − mχ = 0
Nous avons vu que les valeurs propres du hamiltonien de Dirac libre existent en paires opposées : il
y a donc des solutions à énergie positive (électrons) et des solutions à énergie négative (positrons).
Concentrons-nous sur les solutions à énergie positive avec énergie cinétique et potentielle faibles
par rapport à l’énergie de repos m (approximation non relativiste). En première approximation,
l’énergie des solutions est ω = m et la dépendance en temps est donnée par ψ(t ) = ψ(0) exp −i m t .
Il est alors sage de définir les champs lents Φ et X :
Notons que X ≪ Φ dans une solution d’énergie positive non relativiste. L’équation de Dirac devient
alors
i Φ̇ = π · σX + q φΦ
(8.76)
i Ẋ = π · σΦ + q φX − 2m X
Dans cette approximation non relativiste à faible champ, q φ ≪ 2m et Ẋ ≪ m X (le champ X varie
lentement). On peut donc poser X ≈ (π · σ/2m )Φ et on obtient
(π · σ)2
i Φ̇ = +qφ Φ (8.77)
2m
208
B. Équation de Dirac
Maintenant,
(π · σ)2 = σi σ j πi π j
= (δi j + i ϵi j k σk )πi π j
= π2 − q ϵi j k σk (∂ˆi A j + A i ∂ˆj )
(8.78)
= π2 − q ϵi j k σk (∂ˆi A j − A j ∂ˆi )
= π2 − q ϵi j k σk (∂i A j )
= π2 − q Bk σk
Notez que, dans la troisième et la quatrième de ces équations, la dérivée ∂ˆi est un opérateur (d’où
le signe ˆ) alors que dans la cinquième elle n’agit que sur A j . Comme π2 = (P − q A)2 , on retrouve
l’équation de Pauli :
1 q
i Φ̇ = (P − q A)2 Φ − B · σΦ + q φΦ (8.79)
2m 2m
Cette équation est en fait l’équation de Schrödinger, dans laquelle le couplage minimal a été aug-
menté d’un couplage de type Zeeman −µ · B où le moment magnétique de l’électron est (après
h et de q = −e )
restauration de c et ħ
eħ
h e
µ=− σ = −g S (8.80)
2m c 2m c
(notez que e est ici une constante positive). L’équation de Dirac prédit donc que le facteur g de
l’électron est égal à 2. D’après les dernières mesures de précision, ce facteur est en fait égal à
où a est l’anomalie du facteur magnétique (les chiffres entre parenthèses représentent l’erreur sur
le nombre correspondant de chiffres dans l’expression). Cette anomalie est explicable par des effets
quantiques (self-énergie et polarisation du vide par paires électron-positron virtuelles). J. Schwin-
ger (1948) a calculé que a = α/2π = 0.001 62 . . . (α = e 2 /ħ
h c est la constante de structure fine). L’es-
timation théorique de T. Kinoshita (1988), basée sur un calcul au quatrième ordre en théorie des
perturbations, est
a = C1 (α/π) + C2 (α/π)2 + C3 (α/π)3 + C4 (α/π)4 + δa (8.82)
où les coefficients Ci sont le résultat d’intégrales cinématiques (diagrammes de Feynman) et le δa
(∼ 4, 46 × 10−12 ) provient d’autres effets (boucles de muons, de taus, effets hadroniques et électro-
faibles). La valeur numérique basée sur la valeur de α obtenue par l’effet Hall quantique est
209
Chapitre 8. Théorie relativiste de l’électron
Problèmes
γ0 = σ3 γ1 = i σ1 (8.85)
Votre tâche dans ce problème consiste à trouver les modes propres de l’équation de Dirac en 1
dimension, c’est-à-dire à trouver l’équivalent des éq. (8.63) et (8.68), en expliquant bien chaque
étape de votre calcul. Votre point de départ peut être l’éq. (8.57).
210
CHAPITRE 9
MÉTHODES FONCTIONNELLES
A Intégrales de Chemins
La description d’un système quantique peut se faire de deux façons, souvent complémentaires. La
première est la quantification canonique, qui a été utilisée jusqu’ici dans ce cours. Selon cette mé-
thode, les quantités classiques sont remplacées par des opérateurs linéaires qui agissent dans un
espace de Hilbert dans lequel résident les états physiques du système considéré. Cette méthode a
été la première utilisée : son développement coïncide avec la mise au point de la mécanique quan-
tique vers 1925-26. Son principal avantage est sa facilité d’emploi. Elle a cependant le désavantage
d’être peu intuitive. L’autre méthode, que nous expliquerons brièvement dans ce chapitre, a été
développée vers 1948 par R.P. Feynman et porte le nom d’intégration fonctionnelle. En particulier,
lorsqu’on l’applique à un système composé d’une particule ou d’un nombre fini de particules, le
nom d’intégrales de chemins est approprié. Cette méthode possède les avantages suivants :
1. Elle est plus intuitive, car la notion de trajectoire reprend quelques uns de ses droits.
2. Elle permet certaines manipulations formelles, en particulier des changements de variables,
avec une plus grande facilité que la quantification canonique, car elle se fonde sur l’espace
des configurations et non sur l’espace des phases.
3. Elle offre une analogie fructueuse avec la mécanique statistique. En retour, elle permet à la
mécanique statistique de jouir des avantages des méthodes opératorielles (matrice de trans-
fert).
En pratique ces avantages deviennent apparents lorsqu’on considère des systèmes ayant un nombre
infini de degrés de liberté (théorie des champs). L’intégration fonctionnelle est peu usitée dans le
cas de systèmes simples, comme celui d’une particule dans un potentiel, sauf pour fins pédago-
giques. Nous commencerons néanmoins par ce cas.
211
Chapitre 9. Méthodes fonctionnelles
Ici nous allons ‘démontrer’ la méthode d’intégration fonctionnelle à partir de la quantification ca-
nonique, dans le cas d’un système à un degré de liberté : celui d’une particule de masse m se dé-
plaçant dans un potentiel V (x ). Le hamiltonien de ce système est indépendant du temps :
P2
H = + V (X ) , [X , P ] = i (9.1)
2m
Rappelons que les opérateurs sont ici représentés par une lettre majuscule, alors que les quantités
classiques correspondantes (ou les valeurs propres) le sont par une lettre minuscule. L’opérateur
d’évolution temporelle est donné par
U (t ) = e−i H t (9.2)
h = 1).
(pour simplifier les expressions, nous avons posé ħ
Ce qui nous intéresse ici est le propagateur, c’est-à-dire l’élément de matrice de l’opérateur d’évo-
lution dans la base des positions :
Étant donné une particule observée au point xi et au temps t i , le propagateur U (x f , t f |xi , t i ) donne
l’amplitude de probabilité pour que la particule soit observée au point x f , au temps t f . Commen-
çons par calculer le propagateur pour un temps infinitésimal ε = t f − t i . Les calculs seront faits au
premier ordre en ε. Premièrement, en utilisant la relation de Campbell-Baker-Hausdorff, on trouve
¦ p2
∫
©
= ( dp ) exp −i ε − p (x f − xi ) + εV (xi ) (9.5)
2m
1 (x f − xi )2
s
m
= exp i ε m − V (xi )
2πi ε 2 ε2
La quantité entre accolades n’est rien d’autre que l’action infinitésimale S (xi , x f ; ε) associée au pas-
sage du système de la position xi à la position x f dans un temps ε. Au premier ordre, on peut donc
écrire s
m
〈x f |U (ε)|xi 〉 = exp i S (xi , x f ; ε) + O (ε2 ) (9.6)
2πi ε
À partir de cette expression, le propagateur sur un temps fini peut être obtenu en divisant l’intervalle
t = t f − t i en N intervalles infinitésimaux t /N (N → ∞) et en insérant des relations de complétude
212
A. Intégrales de Chemins
FIGURE 9.1
L’insertion de relations de complétude entre les états
xf
initial et final génère toutes les trajectoires possibles, ···
sur lesquelles on intègre pour obtenir l’amplitude de xi
transition, ou propagateur.
ti t1 t2 t3 ··· tf
L’erreur commise en utilisant la formule (9.6) à chaque instant est de l’ordre 1/N 2 et l’erreur totale
de l’ordre de 1/N . Donc, dans la limite N → ∞ on peut écrire
∫ N −1
m N N /2 ∏
§ ª
〈x f |U (t )|xi 〉 = lim dx j exp i S [x ] (9.8)
N →∞ 2πi t
j =1
∫ (x f ,t f )
〈x f |U (t )|xi 〉 = [ dx ] exp i S [x ] (9.10)
(xi ,t i )
L’interprétation de (9.10) est la suivante. Chaque trajectoire possible allant de xi à x f dans un temps
t contribue à l’amplitude 〈x f |U (t )|xi 〉 avec un poids égal à l’exponentielle complexe de son action.
La plupart des trajectoires sont très irrégulières et contribuent peu au propagateur, car leur énergie
cinétique est élevée et varie grandement, ce qui provoque, d’une trajectoire à l’autre, de fortes oscil-
lations de l’exponentielle complexe : leurs contributions s’annulent mutuellement. Les trajectoires
qui contribuent le plus au propagateur sont celles pour lesquelles l’exponentielle varie le moins
possible, c’est-à-dire les trajectoires qui se situent près de la trajectoire classique, dont l’action est
stationnaire (au sens variationnel). Pour rendre ce commentaire plus précis, rétablissons les fac-
teurs de ħh qui ont été supprimés jusqu’ici : vu que ħ h a les dimensions de l’action, il suffit de rempla-
cer l’action S par S /ħ
h , de sorte que l’argument de l’exponentielle soit sans dimension. En gros, on
213
Chapitre 9. Méthodes fonctionnelles
peut dire que les trajectoires qui contribuent de manière appréciable à l’amplitude sont celles dont
l’action ne diffère de l’action classique S [x c ] que par un terme d’ordre ∼ ħ
h . La limite classique est
obtenue quand l’action de la trajectoire classique est beaucoup plus grande que ħ h : S [x c ] ≫ ħ
h . C’est
le principe de correspondance. Dans le cas contraire les fluctuations d’ordre ħ h autour de l’action
classique proviennent d’un ensemble de trajectoires très différentes de la trajectoire classique et un
calcul quantique complet est nécessaire, c’est-à-dire un calcul exact de (9.10).
Le propagateur peut être utilisé pour exprimer l’amplitude de probabilité qu’un état |ψi 〉 évolue
dans un temps t vers un autre état |ψ f 〉. En effet,
∫
〈ψ f |U (t f − t i )|ψi 〉 = dxi dx f ψ∗f (x f )ψi (xi )〈x f |U (t f − t i )|xi 〉 (9.12)
Signalons enfin que, dans la base des fonctions propres du hamiltonien, le propagateur a une forme
particulièrement simple :
Connaissant le propagateur exactement, on peut donc en extraire les niveaux d’énergie En et les
fonctions propres ϕn du hamiltonien, à une phase arbitraire près.
Entre deux points (xi , t i ) et (x f , t f ) il existe toujours une trajectoire classique x c (t ). On peut donc
décomposer une trajectoire arbitraire x (t ) ainsi : x (t ) = x c (t ) + y (t ), où y (t i ) = y (t f ) = 0. On peut
considérer le passage de x (t ) à y (t ) comme un changement de variables fonctionnel, mais un chan-
gement très simple, puisqu’en chaque instant la nouvelle variable ne diffère de l’ancienne que par
une constante x c (t ). Le jacobien de ce changement de variable est donc unité, c’est-à-dire que
[ dx ] = [ dy ]. De plus, on a le développement de Taylor suivant :
δS δ2 S
∫ ∫
1
S [x ] = S [x c ] + dt y (t ) + dt dt ′ y (t )y (t ′ ) + · · · (9.14)
δx (t ) 2 δx (t )δx (t ′ )
où toutes les variations sont calculées à la trajectoire classique x c . Par définition de x c , le deuxième
terme est donc nul. Au deuxième ordre, on peut donc écrire
∫0 ¨ ∫ t «
i S [x c ] i f
′ δ2 S ′
U (x f , t f |xi , t i ) = e [ dy ] exp dt dt y (t )y (t ) (9.15)
0
2 t δx (t )δx (t ′ ) c
i
Dans le cas d’une action quadratique en x (t ), comme celle d’une particule libre ou d’un oscilla-
teur harmonique, cette approximation au deuxième ordre est exacte. Écrivons l’action quadratique
générale ∫
S [x (t )] = dt (a ẋ 2 + b x ẋ + c x 2 + d ẋ + e x + f ) (9.16)
214
A. Intégrales de Chemins
où f (T ) est une fonction de l’intervalle de temps écoulé seulement, puisque le lagrangien, en fonc-
tion de y , ne dépend pas explicitement du temps t . Toute la dépendance dans les conditions initiale
et finale se retrouve dans S [x c ].
l’intégrale est gaussienne. Par exemple, après avoir intégré sur x1 on obtient
s ∫
m dx2 dxN −1 im ¦ ©
U= ··· exp (x2 − x0 )2 /2 + (x3 − x2 )2 + · · · + (xN − xN −1 )2 (9.19)
4πi ϵ A A 2ϵ
m (x f − xi )2
s
m
U= exp i (9.21)
2πi T 2T
Calculons maintenant le propagateur pour un oscillateur harmonique, dont l’action est quadra-
tique avec a = 12 m et c = − 12 mω2 . Utilisons pour cela la formule (9.17) : nous devons calculer S [x c ]
et calculer la dépendance en ω de f (T ) (nous connaissons la forme de f (T ) pour ω = 0). Nous
savons que la trajectoire classique a la forme suivante :
215
Chapitre 9. Méthodes fonctionnelles
1 ∑
(n π/T )2 − ω2 a n2
S [y ] = m T (9.26)
4 n
où J (T ) est le Jacobien du changement de variable, qui dépend de T mais pas de ω. L’intégrale sur
les a n est gaussienne et se fait facilement. On trouve
−1/2
∏ n 2 π2
2
f (T ) ∝ −ω
n
T2
−1/2
ω2 T 2
∏
∝ 1− (9.28)
n
n 2 π2
√ ωT
∝
sin ωT
où à chaque étape la constante de proportionnalité ne dépend pas de ω. Nous avons utilisé l’identité
suivante : 1
∞
z2
∏ sin z
1− = (9.29)
n=1
n π
2 2 z
Quand ω = 0 on doit retrouver le cas d’une particule libre, dont on connait le propagateur. On en
conclut que
mω
s
U= exp i S [x c ] (9.30)
2πi sin ωT
216
A. Intégrales de Chemins
À partir de cette expression du propagateur, on peut retrouver les niveaux d’énergie et les fonctions
d’onde de l’oscillateur harmonique en comparant avec l’expression (9.13). Pour ce faire, définissons
la variable z = e−i ωT , en fonction de laquelle nous pouvons exprimer le propagateur ainsi :
m ωz n mω
s o
U= exp − (xi2 + x f2 )(1 + z 2 ) − z xi x f (9.31)
1−z2 1−z2
Il est clair que cette expression admet un développement en série de puissances entières de z , mul-
p
tiplié par z , ce qui démontre, en comparant avec l’expression (9.13), que les niveaux d’énergie de
l’oscillateur sont En = (n + 12 )ω. Les premiers termes de ce développement sont
m ω 1/2 −m ωx 2 /2 −m ωx f2 /2
s
1
§
U= z e i e 1 + 2m ωxi x f z + m ω(2mωxi2 − 1)(2m ωx f2 − 1)z 2
π 2
1
+ mωxi (2mωxi − 3)x f (2m ωx f2 − 3)z 3
2
3
1
+ (4m ω xi − 12m ωxi2 + 3)(4m 2 ω2 x f4 − 12mωx f2 + 3)z 4
2 2 4
24
1
ª
2 2 4 2 2 2 4 2 5
+ m ωxi (4m ω xi − 20mωxi + 15)x f (4m ω x f − 20m ωx f + 15)z + · · · (9.32)
60
On constate que chaque terme du développement se factorise en une fonction de xi fois une fonc-
tion de x f . Celles-ci sont les fonctions d’onde normalisées de l’oscillateur harmonique.
L’action d’une particule non relativiste de charge e dans un champ électromagnétique décrit par
les potentiels électromagnétiques φ et A est
∫
1 e
S = dt ( m ṙ2 − e φ(r) + A · ṙ) (9.33)
2 c
Cette action est invariante par rapport aux transformations de jauge (7.12). Plus précisément, elle
ne change que par une constante :
e
S →S − (ξ(t f ) − ξ(t i )) (9.34)
c
Dans le cas d’un champ magnétique indépendant du temps, l’action ci-haut se réduit à
∫ ∫
1 2 e
S = m dt ṙ + dr · A (9.35)
2 c
217
Chapitre 9. Méthodes fonctionnelles
écran
C1
solénoide
FIGURE 9.2
Schéma du dispositif d’Aharonov-Bohm. S ΦB P
C2
Dans le formalisme des intégrales de chemins, l’amplitude de probabilité pour que la particule parte
de la source S et aboutisse à un point donné P de l’écran est une somme sur toutes les trajectoires
possibles. Or, dans ce problème, toutes les trajectoires possibles ne peuvent pas être incluses dans
la même intégrale de chemins, puisqu’elles ne peuvent pas toutes être obtenues les unes des autres
par des déformations infinitésimales. En d’autres termes, l’ensemble des trajectoires allant de S à
P peuvent être regroupées en classes topologiques, chaque classe étant caractérisée par un nombre
d’enroulement n qui compte le nombre de tours (positif, négatif ou nul) que fait la trajectoire autour
du solénoïde, par rapport à une trajectoire de référence (par exemple celle illustrée sur la figure).
Deux trajectoires ayant des nombres d’enroulement différents ne peuvent être déformées de ma-
nière continue l’une vers l’autre. Soit C [n ] l’ensemble des chemins ayant un nombre d’enroulement
n . Sur chaque classe C [n ] on peut définir une intégrale de chemins donnant une contribution Un
au propagateur. Le propagateur complet est la somme des propagateurs des différentes classes de
trajectoires : ∑
U= Un (9.36)
n
Ce résultat est tout à fait analogue à celui d’une intégrale ordinaire sur un domaine de l’axe réel
constitué de plusieurs domaines connexes séparés : on doit sommer les intégrales prises séparé-
ment sur chacun des domaines connexes.
La partie magnétique de l’action ne dépend pas de la trajectoire particulière empruntée par la parti-
cule, mais uniquement de la classe topologique d’enroulement. En effet, prenons deux trajectoires
C et C ′ appartenant à la même classe. La différence entre les parties magnétiques des actions de
ces deux trajectoires est égale au flux magnétique traversant la courbe fermée C − C ′ formée par
l’adjonction de ces deux trajectoires, prises en sens inverse l’une de l’autre :
∫ ∫ ∮
e e e
dr · A − dr · A = dr · A
c C c C′ c C −C ′
∫
e (9.37)
= ds · ∇ ∧ A
c C −C ′
e
= ΦB [C − C ′ ]
c
Or ce flux est nul puisque la courbe C −C ′ n’entoure par le solénoïde. Par contre, si les deux courbes
C et C ′ appartiennent respectivement aux classes C [n] et C [m ], la différence de leurs actions ma-
gnétiques sera égale à (n − m )e ΦB /c , où ΦB est le flux magnétique passant dans le solénoïde.
218
B. Mécanique statistique et champs
(0)
Si Un est la contribution de la classe C [n ] au propagateur obtenu sans tenir compte de la partie
magnétique, on peut donc écrire, modulo une phase globale,
∑ ∑
U= Un(0) ei n e ΦB /ħh c = |Un(0) | ei (θn +n e ΦB /ħh c ) (9.38)
n n
(0) (0)
où nous avons introduit la phase θn de Un . Il est sous-entendu que Un et θn dépendent de la
coordonnée r sur l’écran où l’électron est observé. La probabilité que l’électron y soit observé est
justement proportionnelle au module carré de U :
∑ ∑
|U |2 = |Un(0) |2 + 2 |Un(0)Um(0) | cos θn − θm + (n − m)e ΦB /c ħ
h (9.39)
n n<m
Comme les phases θn dépendent de r différemment selon n , des franges d’interférences sont ob-
servées. On passe d’une frange d’interférence à la suivante quand la différence θn − θm passe de 0
à 2π. Le fait d’introduire un champ magnétique (et donc un flux ΦB ) déplace les franges puisque le
terme e ΦB /c ħh modifie la position du minimum d’intensité. Lorsque le flux magnétique atteint la
valeur
2πħhc hc
Φ0 = = (9.40)
e e
appelé quantum de flux, le patron d’interférence retrouve son aspect initial. L’effet Aharonov-Bohm
se présente donc comme un déplacement du patron d’interférence lorsqu’un champ magnétique
est appliqué, ce déplacement devenant nul à chaque fois qu’un nombre entier de quanta de flux est
atteint 2 .
9.B.1 Rappels
La mécanique statistique s’intéresse aux propriétés moyennes d’un système prises sur un ensemble
d’états. Pour des systèmes en contact thermique avec leur environnement, cet ensemble est ap-
pelé ensemble canonique et est caractérisé par la distribution de Boltzmann : la probabilité de trou-
ver dans l’ensemble un état propre du hamiltonien avec énergie E est proportionnelle à e−β E , où
β = 1/k B T est l’inverse de la température absolue. La mécanique statistique repose sur la prémisse
que la moyenne prise sur l’ensemble canonique est équivalente à une moyenne spatiale sur un
échantillon réel (on considère alors que l’échantillon macroscopique est formé de sous-systèmes
mésoscopiques identiques, chacun étant décrit par l’ensemble canonique) ou à une moyenne tem-
porelle (principe ergodique). La moyenne statistique d’une observable A est prise en calculant la
moyenne arithmétique des valeurs moyennes de A (au sens quantique du mot) dans les différents
états propres :
1∑ ∑
〈A〉 = 〈n |A|n 〉 e−β En Z= e−β En (9.41)
Z n n
2. Notons que cet effet, même s’il fait appel au potentiel vecteur, est invariant de jauge, puisque seul le flux magnétique
entre en ligne de compte et que cette quantité est bien sûr invariante de jauge.
219
Chapitre 9. Méthodes fonctionnelles
1
〈A〉 = tr (ρA) Z = tr ρ (9.43)
Z
La substitution β → i t nous fait passer de l’opérateur densité à l’opérateur d’évolution et par consé-
quent la représentation du propagateur par une intégrale fonctionnelle peut s’adapter facilement
à une représentation similaire pour le noyau de l’opérateur de densité :
(nous considérons pour commencer un système à un degré de liberté). L’intégrale de chemins (9.10)
est adaptée à ce noyau en procédant à la substitution t → −i τ, où τ est une variable réelle allant de
0 à β . Cette substitution porte le nom de rotation de Wick. L’action (9.11) devient alors
dx 2
∫
1
S =i dτ m + V (x ) = i SE (9.45)
2 dτ
où cette fois les conditions aux limites ne sont plus indiquées sur l’intégrale : toutes les trajectoires
telles que x (0) = x (β ) contribuent. Ici le ‘temps’ τ est bien sûr fictif et n’est qu’une variable auxi-
3. Cette terminologie provient du fait que l’espace-temps, après la rotation de Wick, possède une métrique eucli-
dienne et non plus pseudo-euclidienne.
220
B. Mécanique statistique et champs
liaire introduite pour exploiter l’analogie avec l’intégrale de chemins. La valeur moyenne d’une ob-
servable A est, quant à elle,
∫
1
〈A〉 = dx 〈x |ρA|x 〉
Z
∫
1
= dx dy 〈x |ρ|y 〉〈y |A|x 〉
Z
∫ ∫ (y ,β )
1
= dx dy [ dx ] 〈y |A|x 〉 exp −SE [x ] (9.49)
Z (x ,0)
∫ ∫ (y ,β )
1
= dx dy [ dx ] A(x )δ(x − y ) exp −SE [x ]
Z (x ,0)
∫
1
= [ dx ] A(x (0)) exp −SE [x ]
Z
Nous avons supposé que A est une fonction de X seulement, de sorte que 〈y |A|x 〉 = A(x )δ(x − y ).
Cependant, dans le cas où A = P 2 , on a 〈y |P 2 |x 〉 = −∂ x2 δ(x − y ) ; après intégration par partie, on
aurait
δ2
∫
2 1
〈P 〉 = [ dx ] exp −SE [x ] (9.50)
Z δx (0)2
Notons que l’observable A est évaluée à τ = 0.
Il est rare que l’on s’intéresse à la mécanique statistique des systèmes à un degré de liberté ! Le for-
malisme de l’intégration fonctionnelle s’étend naturellement aux systèmes ayant un nombre infini
de degrés de liberté, tel le champ scalaire φ(r, t ), que ce soit dans sa version dynamique (calcul
de l’évolution temporelle) ou dans sa version statistique (calcul de Z ). La fonction de partition est
toujours ∫
Z= [ dφ] exp −SE [φ] (9.51)
mais cette fois la mesure d’intégration fonctionnelle [ dφ] est définie par un processus de discréti-
sation plus complexe, à la fois sur le temps (t ou τ) et sur l’espace. Par exemple, on peut définir un
réseau cubique Γ = {n = a ni êi , ni ∈ Z} où les êi sont les vecteurs unité dans les trois directions de
l’espace et a est le pas de réseau. On définit alors
N
∏∏
[ dφ] = lim dφ(n, j /N ) (9.52)
a →0
N →∞ n∈Γ j =0
Nous avons laissé tomber le préfacteur, car il ne contribue qu’un facteur multiplicatif à Z ; celui-ci
est peut-être infini dans la limite continue, mais il ne contribue pas aux valeurs moyennes.
Signalons que dans le cas d’un champ scalaire en dimension 3, l’action euclidienne est
1 ∂φ 2 1
∫
3 2
SE = d r dτ + (∇φ) + V (φ) (9.53)
2 ∂τ 2
221
Chapitre 9. Méthodes fonctionnelles
où V (φ) est le potentiel du champ (une fonction de φ mais pas de ses dérivées).
D’un strict point de vue mathématique, la version euclidienne de l’intégrale fonctionnelle est de
beaucoup préférable, car il n’est pas nécessaire d’ajouter au temps une partie imaginaire infinitési-
male pour que les intégrales soient bien définies. Il est clair que l’action euclidienne est beaucoup
plus grande pour les trajectoires ‘rugueuses’ qui s’éloignent trop de la trajectoire classique et la
contribution de ces dernières aux moyennes statistiques est supprimée par un facteur exponen-
tiel important. Notons que nous ne pouvons appliquer l’intégration fonctionnelle aussi facilement
aux champs de fermions, car, rappelons-le, un champ fermionique n’a d’interprétation classique
qu’en fonction de variables de Grassmann. Il est cependant possible (et même très utile) de définir
des intégrales fonctionnelles sur des trajectoires Grassmann (voir plus loin).
Le type de moyenne statistique le plus souvent considéré pour des systèmes infinis est la corrélation
qui existe entre deux opérateurs pris à des endroits différents, par exemple
∫
′ 1
〈φ(r, 0)φ(r , 0)〉 = [ dφ] φ(r, 0)φ(r′ , 0) exp −SE [φ] (9.54)
Z
Cette quantité est appelée fonction de corrélation ou, plus particulièrement dans ce cas, fonction à
deux points, car deux points (r et r′ ) y sont considérés. C’est évidemment le terme (∇φ)2 dans SE [φ]
qui couple les champs pris à des points différents et qui fait que ces champs sont corrélés. Notons
que nos deux champs sont pris à l’instant τ = 0, conformément à l’interprétation statistique que
nous avons démontrée. Il est néanmoins possible d’étudier des corrélations entre champs pris à des
temps réels t différents (corrélations dynamiques) ce qui implique alors des valeurs imaginaires de
τ. C’est ainsi qu’on peut définir les fonctions de Green si utilisées dans la théorie à N corps et dans
la théorie des champs.
Il est remarquable que la mécanique statistique d’un système quantique en dimension d soit tout à
fait semblable à la mécanique statistique d’un système classique en dimension d +1 dont l’étendue
dans la (d +1)e dimension est β . Le hamiltonien de ce système classique est proportionnel à l’action
euclidienne SE du système quantique. Sa température inverse βcl. n’est bien sûr pas égale à β , mais
est plutôt reliée à une constante de couplage dans le hamiltonien SE .
Par exemple, considérons le modèle σ non linéaire, dont l’action est la suivante :
d
∫ ¨ «
v d 1 2
∑
2
S [ϕ] = d r dt (∂t ϕ) − (∂i ϕ) (ϕ 2 = 1) (9.55)
2g v2 i =1
Dans ce modèle, ϕ est un vecteur unitaire et g joue le rôle d’une constante de couplage. La
contrainte ϕ 2 = 1 fait que ce modèle est non trivial, sinon il ne s’agirait que d’un triplet de champ
scalaires libres. Les équations du mouvement résultant de ce modèle ont comme solutions des
ondes qui obéissent à la relation de dispersion ω = v |k| ; la vitesse v est donc la vitesse des excita-
tions dans ce modèle, au moins du point de vue classique. Ce modèle décrit bien les antiferroai-
mants dans le régime des grandes longueurs d’onde. L’action euclidienne de ce modèle est
∫ ∫β ¨ d
«
v 1 ∑
SE [ϕ] = dd r dτ (∂ ϕ)2 + (∂i ϕ)2 (9.56)
2g v 2 τ
0 i =1
222
C. Intégration fonctionnelle pour les fermions
La fonction de partition ∫
Z= [ dϕ][δ(ϕ 2 − 1)] exp −SE [ϕ] (9.57)
est celle du modèle quantique, mais peut être interprétée comme celle du modèle σ non linéaire
classique en dimension d + 1 où l’étendue de la dimension supplémentaire, décrite par τ, est β
et le hamiltonien (énergie de la configuration) est donné par H [ϕ] = g SE [ϕ]. La température dans
le modèle classique est alors Tcl. = g . Notons que la fonction delta dans la mesure d’intégration
fonctionnelle impose la contrainte ϕ 2 = 1 sur les configurations.
Rappelons que la longueur de corrélation ξ est définie comme la longueur au sein de laquelle les
champs sont corrélés dans un modèle statistique :
|r|
〈ϕ(r)ϕ(0)〉 ∼ exp − (9.58)
ξ
d
¨ «
βv
∫
∑
SE [ϕ] → dd r (∂i ϕ)2 (9.59)
2g i =1
La fonction de partition redevient celle d’un système classique en dimension d , avec température
1/β . En d’autres termes, si la température est suffisamment élevée il n’est plus nécessaire de s’oc-
cuper de la nature quantique du problème : les fluctuations thermiques sont plus considérables que
les fluctuations quantiques. Cela est également vrai si le système classique analogue en dimension
d + 1 se trouve à proximité d’un point critique à température non nulle près duquel ξ → ∞.
Dans cette section nous verrons comment le formalisme de l’intégration fonctionnelle peut être
étendu aux fermions. Cette extension requiert l’introduction d’entités mathématiques appelées va-
riables de Grassmann (ou variables Grassmanniennes) qui partagent avec les opérateurs de champs
de fermion la caractéristique d’être anticommutatifs.
223
Chapitre 9. Méthodes fonctionnelles
Pour un champ de fermion ψi , une telle base est impossible à trouver parmi les états physiques en
raison de la relation ψ̂2i = 0. En effet, un état propre |ψ〉 de l’opérateur ψ̂i serait tel que ψ̂i |ψ〉 =
ψi |ψ〉 et par conséquent ψ̂2i |ψ〉 = ψ2i |ψ〉, ce qui ne peut s’annuler si la valeur propre ψi est réelle
et non nulle. Cependant, on peut élargir l’espace des états dans le but d’introduire de tels états
propres ; il ne s’agit pas d’une nécessité nouvelle, car nous avons fait de même pour le système à
un degré de liberté : l’espace des états engendré par la base des positions {|x 〉} est beaucoup plus
grand que l’espace des états physiques, puisqu’il contient des états non normés. Cette fois-ci, cet
élargissement de l’espace des états doit se faire en remplaçant l’espace vectoriel sur C que constitue
l’espace des états par un espace vectoriel sur une algèbre de Grassmann.
Avant de procéder, il faut tout d’abord définir ces concepts et donner un sens à l’action classique
en fonction de variables Grassmanniennes.
Rappelons qu’une algèbre est un espace vectoriel muni d’un produit. Une algèbre de Grassmann
est alors un espace vectoriel (à ne pas confondre avec l’espace des états élargi mentionné ci-haut)
engendré par un ensemble de n générateurs θi sur lesquels on a défini un produit antisymétrique :
θi θ j + θ j θi = 0 (9.60)
Un élément quelconque de l’algèbre de Grassmann est donc un polynôme de degré 1 en ces géné-
rateurs, c’est-à-dire une expression de la forme suivante :
n ∑
n
(k )
∑
f (θi ) = Ci 1 ,...,i k θi 1 θi 2 . . . θi k (9.61)
k =0 i 1 ,...,i k
(k )
où les coefficients complexes Ci 1 ,...,i k sont définis seulement si tous leurs indices sont différents ; un
ordre standard est défini sur les indices de ces coefficients. La dimension de l’algèbre de Grassmann
en tant qu’espace vectoriel est égale au nombre de monômes distincts qui peuvent être construits,
en l’occurrence 2n .
Par exemple, les éléments d’une algèbre de Grassmann avec un et deux générateurs sont respecti-
vement
(n = 1) f (θ ) = c0 + c1 θ
(9.62)
(n = 2) f (θ1 , θ2 ) = c0 + c1 θ1 + c2 θ2 + c12 θ1 θ2
Tout autre terme qu’on pourrait ajouter à ces expressions est soit redondant, soit nul.
224
C. Intégration fonctionnelle pour les fermions
Les générateurs d’une algèbre de Grassmann sont souvent appelés variables Grassmanniennes et les
éléments de l’algèbre sont souvent appelés fonctions Grassmanniennes, car ce sont des polynômes
des générateurs.
On définit une extension de la notion de conjugué complexe aux variables Grassmanniennes, avec
la propriété
(θi θ j )∗ = θ j∗ θi∗ (9.63)
Une variables Grassmannienne est réelle si θi∗ = θi .
En se guidant sur cette terminologie, on définit une opération de différentiation sur les fonctions de
variables Grassmanniennes de la façon évidente, c’est-à-dire en traitant les générateurs θi comme
des variables normales, sauf pour leurs propriétés d’anticommutation. Nous devons donc adop-
ter une convention quant à l’ordre des facteurs dans une expression différentiable : la variable de
différentiation doit être amenée à la gauche de chaque monôme avant de prendre la dérivée :
∑ ∂f
df = dθi (9.64)
i
∂ θi
Par exemple, dans le cas de la fonction f (θ1 , θ2 ) définie ci-dessus, nous avons
∂f
= c2 − c12 θ1 (9.65)
∂ θ2
Étant donné que les fonctions de variables Grassmanniennes sont au plus linéaires dans chaque
variable, l’opérateur différentiel ∂ /∂ θi est nilpotent. En fait, ces opérateurs, avec les générateurs
θi , forment ensemble ce qu’on appelle une algèbre de Clifford :
θi θ j + θ j θi = 0
∂ ∂ ∂ ∂
+ =0
∂ θi ∂ θ j ∂ θ j ∂ θi (9.66)
∂ ∂
θi + θi = δi j
∂ θj ∂ θj
On définit aussi l’intégration sur les variables Grassmanniennes, comme étant identique à la diffé-
rentiation :
∂
∫
dθi f (θ1 , . . . , θn ) = f (θ1 , . . . , θn ) (9.67)
∂ θi
Cette définition peut paraître insolite, mais il faut garder à l’esprit qu’il s’agit d’une intégrale dé-
finie ; donc le résultat de cette intégration ne doit plus dépendre de la variable d’intégration et sa
dérivée par rapport à celle-ci doit s’annuler. D’un autre côté, l’intégrale d’une dérivée s’annule s’il
n’y a pas de termes de frontière. Donc, une définition naturelle de l’intégration sur les variables
Grassmanniennes devrait satisfaire aux propriétés suivantes :
∂ ∂
∫ ∫
dθi f (θ ) = dθi f (θ ) = 0 (9.68)
∂ θi ∂ θi
Ces propriétés sont en fait satisfaites par la définition (9.67) en raison de la nilpotence de la déri-
vée. Une conséquence de cette définition est que l’intégrale multiple sur toutes les variables d’une
225
Chapitre 9. Méthodes fonctionnelles
∂ θ′
dθ1 . . . dθn = dθ1′ . . . dθn′ (9.70)
∂θ
Ceci est le résultat contraire à la loi de transformation des intégrales ordinaires, dans laquelle le
Jacobien intervient avec la puissance inverse. Ce résultat provient directement de l’identification
de l’intégration avec la différentiation.
Chacun des facteurs commute avec les autres et donc nous pouvons les ordonner en ordre de i
croissant. Lorsque nous développons le produit, les termes qui survivent à l’intégration sont ceux
qui contiennent chaque variable une fois exactement et qui donc contiennent n /2 éléments de ma-
trice A i j . Le résultat de l’intégration est donc
∑
I= ϵ(p )A 1p (2) A p (3)p (4) . . . A p (n−1)p (n) := Pf(A) (9.73)
p ∈Sn−1
p (3) < p (4) , p (5) < p (6) , . . . and p (3) < p (5) < p (7) < . . . (9.74)
La notation Pf(A)signifie Pfaffien de la matrice A, défini pour des matrices antisymétriques d’ordre
pair. On montre sans trop de difficultés que
226
C. Intégration fonctionnelle pour les fermions
se calcule de la même façon que dans le cas de variables réelles. On procède à un changement de
variables : θ ′ = θ − A −1 b ; le jacobien étant unité, le résultat est
1
I (b ) = I (0) exp b t A −1 b (9.77)
2
Considérons maintenant l’intégrale
∫
I2 = dθ̄ dθ exp −θ̄ M θ (9.78)
Les variables θi et θ̄i peuvent être considérées comme conjuguées, quoique ce ne soit pas essentiel.
Encore une fois, après avoir développé l’exponentielle en série, on trouve
∫
∏
I2 = dθ̄ dθ 1 − θ̄i M i j θ j
ij
(9.80)
∑
= ϵ(p ) M 1p (1) M 2p (2) . . . M np (n)
p ∈Sn
= det M
En somme nous obtenons des résultats similaires à ceux obtenus pour les intégrales gaussiennes
ordinaires, sauf que les déterminants apparaissent avec une puissance opposée.
Nous avons mentionné dans un chapitre précédent que la version classique d’un opérateur fer-
mionique pouvait exister sous la forme d’un nombre Grassmannien. Ici nous allons préciser cette
affirmation.
{ψi , ψ j } = (T −1 )i j (9.81)
où T est une matrice symétrique non singulière. Les relations d’anticommutation habituelles sont
un cas particulier où les ψi (i = 1, . . . , n) sont des opérateurs d’annihilation, les ψi (i = n + 1, . . . , 2n)
sont des opérateurs de création et où la matrice T d’ordre 2n est
0 I
T= (9.82)
I 0
La matrice T peut cependant être différente dans d’autres systèmes, en particulier si les opérateurs
ont une normalisation différente ou si les opérateurs de création et d’annihilation ont été mélangés
(transformation de Bogolioubov).
227
Chapitre 9. Méthodes fonctionnelles
La dynamique de ces opérateurs, c.-à-d. leur évolution dans le temps, est fixée par les équations
de Heisenberg ψ̇ j = i [H , ψ j ]. Nous allons maintenant écrire un lagrangien, fonction de variables
Grassmanniennes θi , qui mène exactement aux mêmes hamiltoniens et aux mêmes équations :
i
L = θi Ti j θ̇ j − V (θ ) (9.83)
2
(la convention de sommation s’applique). Ici les opérateurs ψi sont devenus des variables Grass-
manniennes θi . La dérivée temporelle est encore un nombre Grassmannien : θi θ̇ j + θ̇ j θi = 0. Il est
important ici aussi que la matrice T soit symétrique, car la partie antisymétrique de T se couple à
θi θ̇ j − θ j θ̇i = θi θ̇ j + θ̇i θ j , qui est une dérivée totale. Le terme cinétique du lagrangien (9.83) est réel,
comme on le vérifie aisément en calculant son conjugué complexe. Il est important de comprendre
que le lagrangien introduit ici est aussi un nombre Grassmannien ! Ce lagrangien n’est utile que
pour les équations de Lagrange qui en découlent :
d ∂L ∂L
− =0 (9.84)
dt ∂ θ̇ j ∂ θ j
où
∂L 1 ∂L 1 ∂V
= − i Ti j θi = i Tj i θ̇i + (9.85)
∂ θ̇ j 2 ∂ θj 2 ∂ θj
L’équation du mouvement est donc
∂V
θ̇i = −i (T −1 )i j (9.86)
∂ θj
Or, quand on remplace les variables classiques θi par les opérateurs ψi , cette équation coïncide
avec l’équation de Heisenberg ψ̇ j = i [H , ψ j ] si le hamiltonien H est égal au potentiel V (ψ) et si les
relations d’anticommutation utilisées dans l’équation de Heisenberg sont bien les relations (9.81).
Il s’agit ici de prouver la relation
∂V
−i (T −1 )i j = i [V (ψ), ψi ] (9.87)
∂ ψj
Celle-ci se démontre de manière explicite, en considérant la forme la plus générale de V composée
seulement de monômes de degrés pairs :
(n)
∑ ∑
V (ψ) = Ci 1 ,...,i n ψi 1 · · · ψi n (9.88)
n pair i 1 ,·,i n
Nous avons donc défini un formalisme lagrangien pour les variables Grassmanniennes, compatible
avec les équations du mouvement quantiques. Signalons qu’on peut procéder de même avec un en-
semble de variables de Grassmann complexes {θi , θ̄i }. Ici θ̄i est défini comme le conjugué complexe
de θi , et sa version quantique est le conjugué hermitien ψ†i . Le lagrangien général est alors
L = i θ̄i Ti j θ̇ j − V (θ ) (9.89)
où la matrice T est maintenant hermitienne : T † = T . Le hamiltonien est encore une fois le po-
tentiel V , alors que les relations d’anticommutation appropriées pour les opérateurs quantiques
correspondants sont
228
C. Intégration fonctionnelle pour les fermions
Nous sommes maintenant prêts à formuler l’intégration fonctionnelle pour les fermions. Considé-
rons encore une fois notre ensemble de 2n opérateurs ψi et ψ†i obéissant aux relations (9.90). Dé-
finissons maintenant un ensemble d’états cohérents caractérisés par un ensemble de n nombres
Grassmanniens complexes ξi , collectivement dénotés ξ :
|ξ〉 ≡ exp(ψ† T ξ)|0〉 (9.91)
Ces états appartiennent à un espace vectoriel étendu, défini non plus sur C mais sur une algèbre de
Grassmann à 2n générateurs. Ils satisfont aux propriétés suivantes :
Étant donné un état quelconque |Ψ〉 de l’espace de Hilbert, on définit sa fonction d’onde Ψ(ξ) =
〈ξ|Ψ〉. L’évolution temporelle de cette fonction d’onde est alors
Ψ(ξ, t ) = 〈ξ| e−i H t |Ψ〉
∫
′† T ξ′
= (det T )−1 d ξ̄′ d ξ′ 〈ξ| e−i H t |ξ′ 〉 e−ξ 〈ξ′ |Ψ〉
(9.93)
∫
= d ξ̄′ d ξ′ U (t , ξ, ξ′ )Ψ(ξ′ , 0)
En supposant que les opérateurs conjugués ψ†i sont à la gauche des ψi dans le hamiltonien V , alors
on peut appliquer la première des propriétés (9.92) et obtenir
229
Chapitre 9. Méthodes fonctionnelles
où bien sûr S (ξ̄, ξ; ε) est l’action infinitésimale pour une trajectoire dans l’espace de configuration
Grassmannien allant de ξ à ξ′ en un temps ε. Nous avons utilisé le fait que i ψ̄i Ti j ψ̇ j = −i ψ̄˙ i Ti j ψ j .
À partir de cette expression du propagateur infinitésimal, le propagateur sur des temps finis s’ob-
tient exactement de la même façon que pour les intégrales de chemin ordinaires. Dans la limite où
la taille ε des tranches de temps tend vers zéro, la mesure d’intégration s’écrit
∏
(det T )−1 d ξ̄i (t n )d ξi (t n ) → [ dξ̄ dξ] (9.98)
i ,n
La généralisation à un champ continu ψ(r) est immédiate. L’amplitude de transition entre les confi-
gurations classiques ψi (r, t i ) et ψ f (r, t f ) s’écrit alors
∫
〈ψ f (r, t f )|ψi (r, t i )〉 = [ dψ̄ dψ] ei S [ψ̄,ψ] (9.99)
230
C. Intégration fonctionnelle pour les fermions
Problèmes
dω f˜ (ω)
∫
x (t ) = x0 (t ) − e−i ωt (9.100)
2π ω2 − ω20 + i ϵ
où x0 (t ) est une solution des équations du mouvement en l’absence de force extérieure et f˜ est
la transformée de Fourier de f (t ). Quelles sont l’utilité et la signification physique de la quantité
infinitésimale ϵ ?
B Soit U (y , T ; x , −T ) le propagateur du système d’un temps −T au temps T , et U0 le même pro-
pagateur en l’absence de force extérieure. Montrez que, dans la limite T → ∞, on peut écrire
dω | f˜ (ω)|2
∫
im
U = U0 exp − (9.101)
h
2ħ 2π ω2 − ω20 + i ϵ
Quelle est la probabilité pour qu’il y ait transition de l’état fondamental vers un état excité quel-
conque sous l’influence de cette force ?
C Montrez qu’on peut écrire l’exposant de l’expression précédente sous la forme suivante :
∫ ∞
im
− dt dt ′ f (t )D (t − t ′ )f (t ′ ) (9.102)
h
2ħ −∞
1
θ (t ) e−i ω0 t + θ (−t ) ei ω0 t
D (t ) = (9.103)
2i ω0
231
Chapitre 9. Méthodes fonctionnelles
Indice : déroulez le cercle sur la droite infinie. À un angle donné correspondent une infinité de
coordonnées ϕ qui diffèrent par un multiple entier de 2π. Les trajectoires qui vont de ϕi à ϕ f
peuvent avoir des nombres d’enroulements différents, ce qui équivaut, sur la droite, à considérer
une infinité de coordonnées finales possibles ϕ f + 2πn .
B Comment ce résultat est-il modifié si un flux magnétique ΦB passe au travers du cercle, sans
que la particule ne sente directement le champ magnétique B ?
232