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Analyse Linéaire Dormeur Du Val

analyse linéaire dormeur du Val des cahiers de douai de Arthur Rimbaut parrut en 1870

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Le Dormeur du Val : analyse linéaire

« L’Homme aux semelles de vent », comme le surnommait Paul Verlaine, rédige les 22
poèmes qui constitueront Les Cahiers de Douai, au cours de son errance, en 1870. « Le
dormeur du val » est sans doute, l’un des sonnets les plus célèbres de Rimbaud. Il esquisse un
paysage calme, paisible, coloré et joyeux. Mais le dernier vers introduit brusquement la
tragédie dans ce tableau champêtre. Le jeune homme qui semblait dormir dans ce décor
tranquille est un jeune soldat tué au combat. Le sonnet témoigne alors de l’atrocité de la
guerre.
La lecture du poème nous invite à nous demander en quoi l’hymne à la nature se transforme-
t-il en dénonciation de la guerre ?

I. Un cadre idyllique

C'est un trou de verdure où chante une rivière


Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent, où le soleil, de la montagne fière,
Luit ; c'est un petit val qui mousse de rayons.

• Le premier quatrain fixe un cadre spatial évoquant une nature paisible et lumineuse ; le
décor champêtre semble idyllique. Il est encadré par 2 présentatifs « c’est un trou de verdure /
c’est une petit val » suivis de 2 propositions subordonnées relatives qui vont permettre
d’introduire la description d’un paysage enchanteur. La nature est omniprésente comme en
témoignent les termes se rapportant à ce champ lexical : « verdure », « rivière », « herbes », «
soleil », « montagne ». De plus, ce lieu idyllique est caractérisé par la conjugaison
harmonieuse des différents éléments : l’eau grâce à la rivière, la terre grâce aux herbes, le feu
grâce au soleil.

 Un lieu intimiste : Les vers 1 et 4 peignent le val comme un lieu protégé et naturel
puisqu’il est fait mention d’un « trou de verdure », situé à l’écart du monde et abrité des
regards. L’adjectif « petit » (v. 4) ainsi que les tons chaleureux concourent à créer une
certaine intimité. Le vert apaisant de la nature allié aux couleurs chaudes du soleil donnent à
l’ensemble du tableau un aspect chaleureux et attirant. Seul, le nom « trou » peut laisser
percevoir une dissonance et la chute du poème
• Le vocabulaire employé est du ressort du merveilleux : le val, personnifié, est doté
d’attributs humains : la rivière « chante » et la montagne est « fière ».
Une lumière irradiante coiffe ce paisible tableau placé sous le signe de la douceur : le « soleil
» « luit » (v. 4) et le val mousse de « rayons » (v. 4). L’eau, alliée à la lumière, donne à
l’ensemble du paysage un aspect merveilleux et quasiment irréel suggéré par les rejets «
D’argent » et « luit » (v. 2-3 et 3-4).
 Une atmosphère joyeuse : Nous pouvons, en outre, être sensibles à l’atmosphère
joyeuse qui émane de ce paysage. Il est vrai que le verbe « chanter », l’adverbe :
« follement » (v 2) et la métaphore du vers 4 : « mousse de rayons » participent de son côté
festif. Une synesthésie met, d’ailleurs, en éveil les sens : l’ouïe et la vue avec les verbes de
perception : « chanter » (v 1) et « luit » (v 4) ainsi que le nom « rayons »
La couleur verte prédomine grâce aux expressions « trou de verdure », « herbes », « petit val
».
Une sensation de bonheur et de quiétude se dégage donc de ce premier quatrain bucolique

II. Le repos d’un soldat :

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue


Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort : il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

 Le groupe nominal “Un soldat jeune” permet d’introduire le personnage. On note


l’utilisation de l’indéfini “un” qui permet d’universaliser le propos : il pourrait s’agir de
n’importe quel soldat. L’adjectif épithète “jeune” permet à Rimbaud de rappeler qu’un
grand nombre des appelés à la guerre sont très jeunes. Mais l’adjectif postposé est étrange
et crée une dissonance.
 La description du soldat se concentre sur sa position ainsi que sa tête : « bouche », « tête »,
« nuque ». Le deuxième hémistiche : « dans le frais cresson bleu » donne à voir un
paysage bucolique et agréable. Mais une 2ème lecture, peut tenir compte du sens concret
que peut avoir le verbe « baigner » ici : si sa nuque baigne dans le cresson, c’est qu’il est
tombé dedans.
 La position du soldat est porteuse d’ambiguïté. Elle fait d’abord penser au sommeil avec
un champ lexical du sommeil dans l’ensemble de la strophe : “bouche ouverte” ; “Dort” ;
“étendu” ; “lit”. Le verbe “dort” est d’ailleurs repris par 3 fois (v. 7 ; 9 ; 13), comme pour
insister sur l’immobilité du corps. Comme dans la première strophe, les le rejet et
l’enjambement mettent des termes en valeur : “Dort” au vers 7 et “Pâle” au vers 8.
L’adjectif “pâle” accentue l’ambiguïté. Le soldat est-il seulement endormi, ou est-il
également malade ? ou pire ? Ainsi, la “bouche ouverte” peut être lue comme un signe de
sommeil profond, ou alors comme une attitude de mort.
 Il faut évidemment ici observer le caractère très pictural du vers, marqué par le jeu des
couleurs et des formes. On a d’une part trois éléments qui évoquent différentes
teintes : « pâle », en parlant du visage, c’est-à-dire blanc, « vert », et « lumière », qui
évoque, à travers sa pluie (« la lumière pleut ») des rayons peut-être dorés. On peut
remarquer l’opposition entre les lignes horizontales (« son lit »), et verticales (les
rayons de lumière qui pleuvent).
III. « Un dormeur » étrange :

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme


Sourirait un enfant malade, il fait un somme.
Nature, berce-le chaudement : il a froid !

 Le 1er tercet donne une vision plus globale du soldat avec l’apparition des pieds. Sa
position reste toutefois étonnante. La répétition « il dort » (v. 9), mise en valeur à
l’hémistiche, confirme désormais le caractère étrange du sommeil du dormeur, impression
renforcée par le fait qu’il repose les pieds dans les glaïeuls. Ces fleurs, souvent posées sur
les tombes, symbolisent la mort et évoquent les enterrements et le deuil.
 Le pléonasme (« il dort », « il fait un somme » des vers 9 et 10) tente d’instaurer un climat
rassurant et paisible, mais les adjectifs « malade » (v. 10) et « froid » (v. 11) créent une
rupture alarmante. Le tercet distille à chaque vers des indices tantôt positifs, tantôt négatifs
qui brouillent l’interprétation que peut en faire le lecteur : le dormeur sourit, mais ce
sourire est inquiétant puisque la comparaison rapproche le dormeur d’un « enfant malade
», comparaison immédiatement atténuée par le conditionnel du verbe « sourirait » et la
répétition de « sourire » au participe présent (« souriant, v. 9).
 Le tercet se clôt sur une invocation à la Nature. Comme toujours chez Rimbaud, la Nature
est protectrice et s’oppose à la violence et à la guerre. La personnification de la Nature
souligne sa bienveillance tandis que son rôle maternel est mis en évidence par le verbe «
bercer » au vers 11. A noter que l’adjectif « frais » du 2ème quatrain est devenu « froid »
suivi de l’exclamation ce qui constitue une gradation qui contraste avec l’adverbe
« chaudement ».

IV. Une chute cruelle :

Les parfums ne font pas frissonner sa narine


Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

 Le 1er vers du tercet nous montre un soldat immobile et impassible. Alors que le cadre
naturel ne cesse de solliciter les sens du dormeur, celui-ci n’y est pas sensible. Son odorat ne
réagit pas aux sollicitations olfactives (v. 12). Il ne ressent également nullement la chaleur
alors qu’il est exposé en plein soleil (v. 13). Ses sens paraissent inertes, laissant présager la
mort du soldat.
 Le 2ème vers avec un rythme régulier (césure à l’hémistiche) et la répétition du verbe
« dort » crée une harmonie et une impression de sérénité qui se poursuit avec l’adjectif
« tranquille ».
 Cependant cet adjectif, placé en rejet, provoque un déséquilibre et annonce la chute qui va
être annoncée de manière implicite et très factuelle avec le groupe nominal « deux trous
rouges » qui évoque à la fois l’impact des balles et la présence du sang.

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