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Depigmentation

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Université de Bouaké

(Côte d’Ivoire)
UFR Communication, Milieu & Société
Département d’Anthropologie & de Sociologie

Année Académique 2007-2008

THESE UNIQUE POUR LE DOCTORAT DES UNIVERSITES

Mention : Ethnologie
Option : Anthropologie de la santé

Présentée par :
KOUAKOU Corinne Yelakan épse. OULAI

LA PROPENSION A LA DEPIGMENTTION
FEMININE A ABIDJAN (CÔTE D’IVOIRE) :
Le cas des femmes de Yopougon
(Approche Anthropologique du corps)

Thèse dirigée par :


M. KOUAKOU N’Guessan François, Professeur Titulaire (Université de Bouaké)

Soutenue le 09 Juin 2009

Jury :
M. KOMENAN Aka Landry, Professeur (Président)
M. KOUAKOU N’Guessan François, Professeur (Directeur)
M. ABE N’Doumy, Maître-Assistant (Rapporteur)
M. ESSANE Séraphin, Professeur (Membre)
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 2
Université de Bouaké
(Côte d’Ivoire)
UFR Communication, Milieu & Société
Département d’Anthropologie & de Sociologie

Année Académique 2007-2008

THESE UNIQUE POUR LE DOCTORAT DES UNIVERSITES

Mention : Ethnologie
Option : Anthropologie de la santé

Présentée par :
KOUAKOU Corinne Yelakan épse. OULAI

LA PROPENSION A LA DEPIGMENTTION
FEMININE A ABIDJAN (CÔTE D’IVOIRE) :
Le cas des femmes de Yopougon
(Approche Anthropologique du corps)

Thèse dirigée par :


M. KOUAKOU N’Guessan François, Professeur Titulaire (Université de Bouaké)

Soutenue le 09 Juin 2009

Jury :
M. KOMENAN Aka Landry, Professeur (Président)
M. KOUAKOU N’Guessan François, Professeur (Directeur)
M. ABE N’Doumy, Maître-Assistant (Rapporteur)
M. ESSANE Séraphin, Professeur (Membre)

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 3
La Propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon

RESUME :
Dans la concurrence effrénée de la beauté en milieu féminin abidjanais, il est
remarqué que la beauté du corps fait l’objet de beaucoup plus de préoccupations. A
cet effet, l’on constate l’usage de nombreux produits pour modifier le teint et obtenir
qu’il passe, de son état initial, à un état de réflectance plus clair.
Ce constat a été fait aussi bien chez la directrice d’administration privée ou
publique que chez la vendeuse d’oranges ou la secrétaire comptable. Par ailleurs,
l’offre de produits destinés à l’éclaircissement de la peau ne manque pas sur les
marchés. Des produits de tous genres et de toutes origines sont vendus en toute
liberté et même à la criée dans la rue à cet effet.
L’observation montre d’une part de nombreuses anomalies sur le corps de bon
nombre de femmes et jeunes filles pratiquant ‘’l’art’’ de la dépigmentation
constante : boutons, pustules, eczémas, peaux froissées, ‘’zébrées’’, brûlées… Et
d’autre part les effets d’accompagnement de cet art ; habillement, bijouterie,
maquillage, vêtements, coiffure constituent tout un ensemble pour l’esthétique
féminin.
C’est for de ce constat que l’idée nous est venue de conduire une recherche
en direction de ces préoccupations féminines, de comprendre les motivations des
femmes, les résultats de leur lustrage cutané et les conséquences de ces opérations
sur leur santé et les autres effets collatéraux aux plans économique, social, culturel
et médical. Pourquoi la dépigmentation ? Comment la pratique-t-on ? Avec quoi et
quelles en sont les conséquences ?

MOTS CLES

Dépigmentation volontaire, Peau claire, Teint, Corps, Cutané, Cosmétique,


Yopougon, Abidjan, Côte d’Ivoire

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 4
The propensity for the women depigmentation in Abidjan (Cote d’Ivoire) :
The case of the women of Yopougon

ABSTRACT
The beauty of the body is one of the main concerns of women in Abidjan ; the
quest for beauty can be compared ti a wild competition that none of them would
lose. For this purpose, they use numerous cosmetics to turn their complexions from
their initial states to a clearer appearance.
This report is noticeable concerning the women who are managers in private
or public working domains as well as sales woman of oranges, accountants or
secretaries. Besides, the offer of cosmetics fashioned to clarify the skin does not
suffer lack on markets. All kinds of cosmetics that clarify the complexion from all
origins are sold quite freely and even through auction sale in the streets.
While observing this phenomenon, we note numerous abnormalities on the
body of a lot of women and girls practicing ‘’the art’’ of the constant depigmentation
such as buttons, pustules, eczemas, creased ‘’streaked’’, burned skins… Whereas the
accompaniment materials of this practice such as, clothing, jewelers, make up,
hairstyle, constitute a whole set for the aesthetics feminine.
The importance of this issue convinced us to lead a search in the domain of
these feminine concerns to understand the women motivations, the benefits of their
cutaneous lustring and the consequences of these operations on health and the
other side effects regarding the economic, social, cultural and medical concerns. Why
depigmentation? How do women practice it? What are the consequences ?

Keywords :

Voluntary depigmentation, Fair skin, Complexion, Body, Cutaneous, Cosmetic,


Yopougon, Abidjan, Cote d’Ivoire

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 5
DEDICACE

Le fruit de ce travail est le produit d’un acte de foi ; c’est pour


cette raison que je ne peux que le dédier à la gloire de Dieu et dire merci
à mon Seigneur et Sauveur Jésus Christ.

Que mon époux, Jean-Claude OULAI, qui ne faisait que me booster


et, qui en dépit de sa thèse, prenait le temps de saisir, de lire et de
corriger la mienne, reçoive en ces lignes ma tendre et affectueuse
reconnaissance. A mes enfants, Serge-Kendra Jaël, Noémi Alexia-Méderic
et Joshua Marc-Owen qui ont été et sont encore pour moi une véritable
source de bénédiction, de motivation et de combat au quotidien dans la
jungle de la vie.

Puissent mes parents et beaux-parents trouver tous ici, l’expression


de ma sincère et filiale gratitude pour leurs soutiens spirituel, moral,
matériel et financier sans lesquels je n’aurais probablement pas pu
commencer et achever ce travail.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 6
REMERCIEMENTS

Au terme de cette recherche, je voudrais exprimer toute ma


gratitude aux personnes et institutions dont l’aide m’a permis de
l’achever.

Je remercie tout d’abord

Le Professeur KOUAKOU N’Guessan François, Président Honoraire


de l’Université de Bouaké (Côte d’Ivoire) et Directeur de cette thèse pour
son soutien actif et constant, ses conseils, ses recommandations et son
expérience.

Qu’il me soit permis d’exprimer ma gratitude au Professeur


KOMENAN Aka Landry Président de l’Université de Bouaké ainsi qu’à tous
ses collaborateurs.

Que trouvent aussi ici, l’expression de ma respectueuse et


profonde gratitude :
Les professeurs ESSANE Séraphin de l’Institut des Sciences
Anthropologiques de Développement de l’Université de Cocody et Francis
AKINDES, Chef du Département d’Anthropologie et de Sociologie de
l’Université de Bouaké ainsi que mes aînés du Centre de Recherche pour
le Développement (Université de Bouaké), les Dr N’GORAN et DOUDOU

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 7
pour leurs recommandations et soutiens de dernière heure qui m’ont
fortifiés.

Je dis merci à tous les camarades des Universités de Bouaké et de


Bordeaux dont l’aide et le soutien ont été précieux dans la poursuite des
efforts engagés pour ce travail académique, mais très spécialement à
Marie Lorillard et Alice Degorce du Laboratoire Atotem à Bordeaux II et
Isabelle Genty, secrétaire du Département d’Anthropologie de Bordeaux
II.

Aux structures académiques et médicales de Bordeaux et surtout


d’Abidjan (Centres Hospitaliers Universitaires et autres formations
médicales) et à leurs personnels, j’exprime ma vive reconnaissance.

Aux femmes et jeunes filles pratiquant « l’art » dépigmentaire,


principalement à celle de la commune de Yopougon qui ont accepté de
se prêter à mes questions, je dis grand merci pour cet exercice qui en a
importuné plus d’une.

A la famille Bixby et tous les bien-aimés de l’église baptiste de


Pessac Compostelle, à nos couples d’amis Jess & Mounir Benaaros ; Nath
& Julien Verleur ; Angélique & Nicolas Pinaud ; Muriel & Didier Ranouil
pour leurs soutiens spirituel, moral, matériel, affectif et financier durant
toutes ces années.

Aux membres du présent jury je dis merci d’avoir acceptés de


prendre part à l’examen critique de cette thèse.

Aux uns et aux autres, je renouvelle mes remerciements.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 8
LISTE DES SIGLES ET ABREVIATIONS UTILISES
BIMA : Bataillon d’Infanterie et de Marine
BOAD : Banque Ouest Africaine de Développement
CHU : Centre Hospitalier Universitaire
DJ : Disc Jockey
FMI : Fonds Monétaire International
GFCI : Groupement Foncier de Côte d’Ivoire
IPH : Indice de Pauvreté Humaine
INFS : Institut National de Formation Sociale
INS : Institut National de Statistiques
MASA : Marché des Arts et des Spectacles Africains
OMS : Organisation Mondiale de la Santé
ONG : Organisation Non Gouvernementale
PNUD : Programme des Nation Unies pour le Développement
RAN : Régie Abidjan Niger
RTI : Radiodiffusion Télévision Ivoirienne
SICOGI :Société Ivoirienne de Construction et de Gestion Immobilière
SIDECI : Société de Développement Immobilier en Côte d’Ivoire
SIHCI : Société Immobilière de l’Habitat en Côte d’Ivoire
SOGEFIHA : Société de Gestion Financière de l’Habitat
SOPIM : Société de Promotion Immobilière
SUCCI : Société d’Urbanisme, de Construction en Côte d’Ivoire
UEMOA : Union Economique Monétaire Ouest Africaine
UFR : Unité de Formation et de Recherche
UNICEF : Fonds des Nations Unies pour l’Enfance

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 9
SOMMAIRE

INTRODUCTION GENERALE 13

Première partie : La présentation de la zone d’étude 58

Introduction de la première partie 60

Chapitre Premier : La Côte d’Ivoire : les clivages des valeurs d’une


société en transition 62

Chapitre II : La ville d’Abidjan : Une capitale cosmopolite 79

Chapitre III : La commune de Yopougon : champ particulier de l’étude 104

Conclusion de la première partie 121

Deuxième partie : La dépigmentation de la peau en milieu féminin :


un phénomène social à Abidjan 123

Introduction de la deuxième partie 125

Chapitre IV : Les logiques féminines qui soutendent la dépigmentation 126

Chapitre V : La présentation et la typologie des produits 150

Chapitre VI : Les incidences commerciales et économiques de


la dépigmentation 186

Conclusion de la deuxième partie 206

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 10
Troisième partie : Les conséquences médico-sanitaires, les perspectives
de lutte et les contributions de l’anthropologies 208

Introduction de la troisième partie 210

Chapitre VII : Les conséquences médicales


de la dépigmentation de la peau 211

Chapitre VIII : Les perspectives de lutte contre la dépigmentation 234

Chapitre IX : De l’idéal corporel à l’anthropologie du corps 251

Conclusion de la troisième partie 269

CONCLUSION GENERALE 271

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 11
INTRODUCTION GENERALE

1. LA PRESENTATION DU SUJET ET DE SON OBJET

2. LA JUSTIFICATION DU CHOIX DU SUJET

3. LA CLARIFICATION DES CONCEPTS DU SUJET

4. LA REVUE CRITIQUE DE LA LITTERATURE

5. LA QUESTION DE RECHERCHE

6. LES TERMES DE LA PROBLEMATIQUE

7. LA THESE DE L’ETUDE

8. LES HYPOTHESES DE TRAVAIL

9. LES OBJECTIFS VISES

10. LA METHODOLOGIE

11. LE PLAN DE REDACTION

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 12
INTRODUCTION GENERALE

L’existence de l’homme est d’abord corporelle. En effet, il produit


et traduit du sens1». Les manipulations dont il est l’objet à travers les
siècles, constituent un vaste champ d’étude pour les sciences sociales et
humaines.
La question de la dépigmentation de la peau pourrait se situer à la
croisée des chemins de la recherche entre les sciences biomédicales et
naturelles, les sciences de la culture (les arts, l’esthétique et la
littérature), les sciences sociales (la sociologie, l’anthropologie, la
psychologie sociale…), les sciences économiques.
En décidant de retenir un thème dans ce domaine de réflexion, il
faillait choisir un sujet, en préciser le contenu, poser la question de
recherche puis définir les termes d’une problématique relative au sujet
retenu, ensuite préciser les objectifs visés par la recherche entreprise et
enfin indiquer les composantes de la méthodologie de ce sujet, comptant
pour le doctorat en anthropologie sociale et culturelle.

1
David Le Breton : Corps et Sociétés : essai de sociologie et d’anthropologie du corps
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 13
1. LA PRESENTATION DU SUJET ET DE SON OBJET

La peau noire qui fut au cœur de la diabolisation du peuple africain


est encore aujourd’hui sous les feux de la rampe. La dépigmentation de
la peau appelée également blanchiment ou éclaircissement de la peau,
est un nouveau phénomène de société en Afrique noire. En Côte
d’Ivoire, ce phénomène gagne du terrain, même si son ampleur reste
relativement en deçà des pratiques dépigmentaires d’autres pays de la
sous-région (Sénégal, Togo, Mali) et en Afrique centrale (RDC, Congo et
Cameroun). C’est à travers ses conséquences physiques et médicales
que cette pratique s’est faite connaître. Cependant en dépit de ses
incidences sur la santé de l’individu, ce fait persiste notamment à
Abidjan capitale économique de la Côte d’Ivoire. Il est nettement
perceptible et retient l’attention de l’observateur à travers les indicateurs
esthétiques (les cosmétiques), médiatiques (magazines, artistes
chanteurs et acteurs, les affiches publicitaires) en un mot à travers la
culture urbaine abidjanaise.
Phénomène de mode ? Besoin esthétique ? Complexe d’infériorité ?
Quête d’une nouvelle identité ou de réalisation sociale ?
Ces questions restent à élucider à travers la formulation de ce sujet
de doctorat libellé comme suit:

« La propension à la dépigmentation féminine en Côte d’Ivoire :


le cas des femmes de Yopougon (approche anthropologique du
corps°) ».

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 14
Inscrivant cette démarche dans le cadre d’une réflexion élargie en
sciences sociales et humaines, il nous a semblé nécessaire de l’inclure
dans une perspective globale de l’anthropologie du corps ; d’où le
contenu de cette parenthèse jointe à la formulation principale :
(Approche anthropologique du corps).
L’objet de ce sujet est l’homme (au sens général). Mais à travers
l’homme, il vise plus spécifiquement la femme, car c’est sur la femme
noire qu’ont surtout porté nos observations dans l’expression, le
développement et l’analyse du phénomène dépigmentaire. La femme
étant au centre des manipulations esthétiques relatives à la
dépigmentation, pose directement la question de l’anthropologie du
corps comme objet de transformation, de mutation affectant la
configuration de la peau.

2. LA JUSTIFICATION DU CHOIX DU SUJET

C’est à la suite d’un certain nombre d’observations que nous nous


sommes intéressée à la dépigmentation de la peau des femmes
ivoiriennes.
Tout d’abord dans la ville d’Abidjan, des femmes au teint particulier
ont attiré notre attention :
- Visage orangé ou rose parsemé de tâches noires ;
- Bras clairs avec les coudes et les jointures des doigts noirs ;
- Pieds clairs et les orteils noirs…

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 15
Nous avons observé de tel teint sur des femmes illettrées comme
instruites, sur de simples inconnues comme sur des femmes publiques
(chanteuse, actrice).

D’autres faits plus personnels ont attisé notre curiosité par rapport
à cette pratique. En effet, nous fûmes l’objet de remarques à la fois
positive et négative sur notre teint noir du genre : « vous avez un beau
teint noir gardez le » ou encore « jolie femme africaine ne fait pas
produit comme les autres.» A l’opposé, une de nos amies étudiante en
DEA (Diplôme d’Etudes Approfondies) en anthropologie nous a tenu les
propos suivants : « Ton teint est trop noir il faut l’arranger un peu. »
Comment expliquer que d’un côté ce teint noir soit complimenté et
de l’autre on le dit trop noir comme pour souligner un aspect négatif ?
Pourquoi arranger ce teint qui ne nous a été d’aucun frein dans notre vie
ou dans nos rapports avec la gente masculine ? Comment l’arranger ?

C’est à la suite de ces faits lointains et proches mais en même


temps contradictoires, que nous avons décidé pour notre thèse de
Doctorat de travailler sur cette ‘’nouvelle’’ manipulation du corps.

Ce sujet renferme des termes à définir. L’étude étant située dans


un contexte urbain, il importe selon nous de procéder à la définition ou
perception de cette pratique par la population urbaine qui en est au
cœur.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 16
3. LA CLARIFICATION DES CONCEPTS DU SUJET

Tel que formulé, ce sujet comporte quatre concepts qui méritent


quelques éclaircissements. Il s’agit de :

- propension ;
- dépigmentation ;
- femmes ;
- approche anthropologique du corps.

● La propension
La propension2, vient du latin propensio, de propendere qui
signifie pencher. C’est une tendance, un penchant, une inclinaison.
Ce mot a été choisi pour souligner l’attrait des femmes abidjanaises
pour la pratique. La propension à la dépigmentation est donc une
inclination, un penchant à se blanchir la peau ; à la limite, la
propension exprime une volonté à pratiquer cet art de la
dépigmentation Au niveau de la sphère féminine abidjanaise, la
tendance à la dépigmentation est si prononcée que les femmes de
teint noir sont quasiment « en voie de disparition ».

● La dépigmentation
La dépigmentation de la peau qui résulterait d’un traitement
médical ou d’une maladie n’est pas l’objet de notre étude. Celle qui
l’est, consiste à supprimer le pigment d’un tissu notamment de la

2
Le Petit Robert ; Dictionnaire de la langue française ; p 2093.
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 17
peau,3 par l’usage de produits médicamenteux ou de produits
cosmétiques (en usage abusif) ou de tout autre produit décapant.
Cette définition est plutôt celle de la sphère scientifique médicale.
Or, la société abidjanaise à sa propre définition, appellation ou
nomination des choses ou des faits ; exprimée dans un langage
particulier, inventé et compris par le citadin. Aussi à Abidjan la
pratique se traduit par :

« tchatcho » ; « mettre produit » ; « se frotter » ; « nettoyer le


teint » ; « avoir un teint propre ou brillant »

« Tchatcho » est une expression faisant référence au


chanteur Koffi Olomidé d’origine Congolaise (RDC). Ce chanteur qui
s’éclaircit la peau, ponctue ces chansons de cette expression. Dans
ce pays les hommes tout comme les femmes pratiquent la
dépigmentation. Ainsi à Abidjan ce mot fait directement allusion au
blanchiment de peau. Mais à la vérité c’est une expression
malienne d’origine Bambara qui signifie « bigarré ».

« Mettre produit » : c’est l’acte d’ajouter une substance qui


résulte d’un processus naturel ou d’une opération humaine
(scientifique notamment)4.

« Se frotter » : se verbe pronominal signifie : exercer au


contact de quelque chose, une pression accompagnée d’un
mouvement.5
3
Le Petit Robert, Dictionnaire de la langue française, p693.
4
Le Petit Robert : Dictionnaire de la langue française : p 1134.
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 18
« Nettoyer le teint ou avoir un teint brillant » : rendre net, en
débarrassant de tout ce qui ternit, salit.6

Tous ces termes sont liés les uns aux autres montrant le fait dans
son application mais également dans sa compréhension ; Ce que nous
traiterons plus explicitement dans le corps du travail.

● Femmes de Yopougon
L’expression femmes d’Abidjan n’est pas un concept
spécifique. Toutefois, elle implique une catégorie sociale
particulière, celle des femmes dans l’agglomération urbaine
abidjanaise. Non sans être les seules à s’adonner à cette pratique
de changement de peau, les femmes (par rapport aux hommes) en
sont plus actives.
Le milieu abidjanais multiculturel et médiatique soumis aux
techniques commerciales (spots et encarts publicitaires) amplifie le
prototype de la fille au teint clair, séduisante et archétype de la
beauté féminine. La femme d’Abidjan devient une référence, un
modèle factice d’émancipation à copier dans ses attitudes et
comportements, y compris ses pratiques dépigmentaires, par les
femmes des autres villes ivoiriennes.

● Approche anthropologique du corps


L’anthropologie du cops se définit comme la science qui
étudie les différentes conceptions et utilisations du corps humain et
de ses organes selon les cultures. Il s’agit ici du corps de la femme
5
Idem; p2080 ;
6
Idem ; p1725
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 19
notamment la femme ivoirienne, soumis par elles- mêmes à des
manipulations. Ainsi à travers les aspects biologiques, sociaux,
culturels, économiques et sanitaires de la dépigmentation,
l’approche anthropologique du corps, vise à saisir les perceptions,
le sens, les objectifs alloués à cette pratique corporelle féminine.

La clarification des concepts clés et du sujet établis, comment ce


phénomène a déjà été abordé d’un point de vue scientifique et sous quel
angle ? Qu’en est-il ressorti et quelle est à notre tour notre approche du
problème ?

4. LA REVUE CRITIQUE DE LA LITTERATURE

C’est dans un registre très vaste, qu’il faut identifier les critiques
sur les pratiques et analyses du phénomène dépigmentaire :
- recherches académiques (thèses et mémoires);
- actes de rencontres scientifiques (séminaires, colloques,
ateliers…) ;
- articles de magazines féminins, de journaux, de revues
d’esthétique et de cosmétique ;
- supports cinématographiques (films et encarts publicitaires,
affiches, réclames…) ;
- messages télévisuels, radiophoniques.

L’examen détaillé de cette production littéraire et scientifique


permet de retenir cinq grandes tendances critiques :

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 20
- la tendance médico-sanitaire ;
- la tendance esthétique et sociale ;
- la tendance économico-commerciale
- la tendance culturelle et féministe ;
- la tendance psycho-anthropologique.

4.1. La tendance médico-sanitaire


Elle est marquée par des données dermatologiques,
cosmétologiques et les incidences sur la santé ou sur le corps de
l’application des produits éclaircissants.

4.2. La tendance esthétique et sociale


Sous le motif de se faire belles, donc de plaire plus à leur
entourage et particulièrement aux hommes, les femmes recourent à la
dépigmentation de la peau.
Il apparaît donc que c’est pour le milieu social,
l’environnement (ami(es), famille, fiancé…) que l’on s’efforce à la
transmutation de la peau : paraître belle, attirer l’attention des autres,
retenir leur regard pour en tirer les dividendes diverses : sympathie,
admiration, amitié, faveurs, argent…

4.3. La tendance économique et commerciale


Elle aborde la question de la vente des produits (de la
provenance des produits, de leurs typologie jusqu’au lieu de
commercialisation), du profit financier qu’il génère, mais également de la
charge financière que représente la pratique à travers l’achat des
produits éclaircissants.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 21
4.4. La tendance culturelle et féministe
La médiatisation par le biais de la publicité s’est emparée du
corps de la femme. Le cops féminin est devenu un support anonyme
pour « lancer » des produits cosmétiques, et surtout les vendre. Paul
Schilder7 et Jean Baudrillard8 stigmatisent cette tendance du marketing
qui devient une tendance culturelle en voie de mondialisation, grâce à la
télévision et aux affiches publicitaires. La dépigmentation a ouvert une
brèche supplémentaire pour vendre et faire acheter toutes sortes de
produits de transmutation cutanée, dont l’usage est assimilé à la
condition d’accès à la beauté féminine.

La culture commerciale a un principal support gynécomorphe. Tout


passe par la construction de l’image du corps féminin. L’essor des
mannequins, des Tops model est sans doute dû à ce type de culture
incarnée par le corps féminin devenu produit, signe et symbole ainsi que
modèle pour à la fois informer, attirer et manipuler le consommateur.
Là où intervient le plus en plus d’amalgame, se situe au niveau de
l’association femme et teint clair. Les supports gynécomorphes sont
choisis parmi les filles et femmes de « teint clair ». Ce choix préférentiel
met en évidence le teint comme implicitement synonyme de la beauté
féminine. La belle fille serait-elle seulement la fille au teint clair ?
Les matraquages médiatiques de la publicité incontrôlée et même
mensongère n’amplifient-ils pas cette tendance ?
Sur dix (10) encarts publicitaires présentant plusieurs produits de
consommations hétérogènes, lessives, savons de bain, voitures,

7
Paul Schilder : L’image du corps, Gallimard, 1968 ;
8
Jean Baudrillard : La société de consommation

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 22
téléphones portable, électroménagers, ordinateurs, les filles-étalons
choisies 9/10 sont de teint clair.
Leur tenue vestimentaire laisse à dessein apparaître certaines
parties du corps, poitrine (décolletée) jambes, bras, dos… pour qu’on
distingue bien le teint (clair) de ces parties dévêtues. Tout est présenté
comme si la belle fille correspond à la fille au teint clair et c’est
seulement ce type de fille qui est apte à présenter les marchandises et à
faire de la publicité commerciale. A contrario, les filles noires refusées
pour ces besognes seraient inaptes ou pas indiquées pour le faire. Leur
teint serait un handicap sûr pour ce genre de travail où sont
recherchées, élégance, beauté… qui ne conviennent qu’aux filles de cette
teinte (claire) exclusivement. Cela et discriminatoire et dangereux, car
cette sélection crée sûrement un complexe d’infériorité aux autres
postulantes n’ayant pas ce type de teint. Cela étant, elles pourraient
tenter de se blanchir la peau pour être éligible à la présentation des
produits commerciaux.

Les tendances féministes venues d’ailleurs se sont emparées de


certaines données esthétiques et particularistes pour asseoir une
idéologie de la femme comme symbole de la moitié de l’humanité devant
nécessairement partager partout et systématiquement le gâteau du
genre humain à part égale.

En valorisant les particularités de coquetteries, de beauté et


d’élégance féminine, ces féministes les justifient comme compléments
naturels et culturels de la vie sociale bisexuée, requérant désormais un
traitement de rigoureuse justice bilatérale. Il s’agirait sans doute « d’une

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 23
discrimination positive » en faveur du « sexe faible » renforcée par une
idéologie revendicatrice de plusieurs siècles de marginalisation.
La dépigmentation féminine s’inscrit-elle dans cette logique ? Les
femmes africaines sont-elles déjà à ce niveau ?

4.5. La tendance psycho-anthropologique


Le lavage de cerveau continuel du petit écran, relayé par les
magazines féminins, les femmes-supports, les miss, les Top-models, …
font rêver même les petites filles qui pensent déjà, dès leur enfance, à
devenir « stars », mannequins, vedettes de cinéma donc célèbres. Il y a
un phénomène narcissique qui finit par se développer chez la fille que
l’analyse critique de la littérature sur la dépigmentation féminine à
Abidjan ne saurait occulter. Le jeu des regards place le corps féminin au
carrefour de toutes les convoitises et fantasmes.

En réalité c’est l’ensemble des parties du corps féminin qui est


sollicité dans cette aventure esthético-audio-visuelle et commerciale :
- la peau à éclaircir ;
- les sourcils à épiler et leur courbure à souligner au crayon de
beauté ;
- les lèvres, les paupières et les joues à colorier ;
- les cheveux à défriser (lisser) et aussi à décolorer ;
- les fards, parfums, fonds de teint, autres crèmes et perruques…
participent à cette complicité de la transmutation biologique et
formelle de la femme.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 24
Ainsi l’anthropologie physique à travers ses versions raciales
(leucodermes, melano-dermes et xantodermes) se trouve contrariée.
C’est cette contrariété aussi qui sera analysée dans cette
recherche.

En fait de critique, la nature des supports de présentation varie


selon le type de medium. Si dans la première série (thèses de doctorat,
mémoires, rencontres scientifiques) les critiques sont plus objectives
parce que fondées sur des faits d’expérimentation et une méthodologie
scientifique précise, la seconde série de supports (articles de magazines,
de journaux...) est élaborée moins rigoureusement. C’est for de cela,
que nous avons décidé d’appuyer cet éventail de tendances par deux
travaux scientifiques que nous critiquerons afin d’asseoir et de préciser
notre processus de travail.

La thèse en pharmacie de Patricia Lydie Zélé9 comprend trois


volets. Le premier volet, traite de la peau en tant que support, matière
sur laquelle s’effectue de la dépigmentation. Cet aspect purement
descriptif, se traduit par la présentation de la structure de la peau, de
ses attributs dans l’organisme humain et des facteurs influençant son
fonctionnement. Le deuxième volet, est celui des méthodes
d’éclaircissement divisées en deux (2) groupes. D’un côté, sont
présentées les méthodes traditionnelles à savoir la pharmacopée
(dépigmentation par les plantes), l’opothérapie, (repose sur l’utilisation
de substances multiples telles la fient de crocodile, l’urine et le sang
humain…) les traditions orales, et de l’autre la méthode moderne de type
9
Patricia Lydie Zélé : La dépigmentation chez les femmes africaines : aspect médical et psychologique ; thèse de
Doctorat en pharmacie, Université Bordeaux II, 1991, 55 P.
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 25
chimique avec l’utilisation de produits cosmétiques à base de sels, de
mercure, d’hydroquinone, de corticoïdes. Le troisième volet est celui des
conséquences dermatologiques et psychologiques de la pratique.

Patricia Lydie zélé, fait état de données fort utiles dans la


connaissance histologique de la peau. Elle fournit des informations sur
les méthodes traditionnelles de la dépigmentation, montrant que le
phénomène existait sous d’autres aspects dans la société traditionnelle.
Cependant, des analyses permettant de comprendre la pratique au sein
de cette société, sont absentes. Le troisième volet dans lequel elle traite
des conséquences dermatologiques et psychologiques du phénomène
reste insuffisant en notre sens. Les conséquences psychologiques entre
autre, comportent des lacunes. En effet, elle présente l’esclavage et la
colonisation comme source de dévaluation, de dénigrement de l’homme
noir et d’idéalisation de l’homme blanc. A cela, elle ajoute l’échec
politique et économique des pays africains après les indépendances (qui
sont restés sous domination occidentale) et qui ont conduit leurs
populations à la pauvreté à cause de leur mauvaise gestion. Enfin,
l’image des noirs notamment des femmes noire à travers les médias
(valorisations des femmes claires ou de celles se rapprochant des canons
de beauté occidentaux) a accentué le sentiment d’infériorité ou de
frustration de l’africain qui se sent mal dans sa peau. Ainsi les noirs,
hommes ou femmes, vont se servir de la dépigmentation comme moyen
de parvenir à une meilleure acceptation de soi en se rapprochant de
l’homme blanc par la couleur de la peau ; le blanc étant synonyme de
bien, de beau, de réussite etc. Ces faits décrits par le Docteur Zélé, ne
sont pas des conséquences de la dépigmentation mais des causes

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 26
probables du phénomène ; Ou mieux, la dépigmentation découlerait de
ces faits; ce qui n’apparaît pas très clairement dans son travail.

Par ailleurs, cette thèse traite de la pratique dépigmentaire de


façon générale, en prenant les femmes africaines comme une seule
entité. Or, chaque femme africaine a un pays d’origine, et des réalités à
la fois individuelle et culturelle (rattaché à son pays d’origine). Une étude
dans un pays africain en particulier aurait permis de disposer de données
concrètes étayant sa théorie (la dépigmentation est le fait de la
colonisation et des crises politiques et économiques ayant entrainé la
pauvreté des populations africaines.)

Selon nous, la thèse de Zélé Lydie est peu élaborée. L’étude de ce


phénomène en lui-même et par rapport à la discipline scientifique à
laquelle elle appartient est peu perceptible, par absence de faits,
permettant d’étoffer ses propos.

Dans son Mémoire, Antoine10 Petit traite de la Dépigmentation


Volontaire (DV) pour son diplôme en psychiatrie transculturelle. Sa
démarche consiste à interroger au service dermatologique des femmes
originaires de différents pays d’Afrique (41 femmes), venues en
consultation. La première partie constitue un rappel d’anatomie et de
physiologie cutanée pour mesurer l’ampleur des problèmes liés à la DV
La seconde partie traite des motivations individuelles, des diverses
formes de résistances à aborder la DV dans les propos des patients, la
littérature scientifique, les médias et les institutions. La conclusion de
10
Antoine Petit : La dépigmentation volontaire : réalité, interprétation, résistance ; mémoire pour le diplôme
d’université de psychiatre transculturelle ; université Paris XIII, 119 P.
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 27
son exposé, vise à tenir compte des résistances dans les réponses
individuelles et collectives pour une meilleure prise en charge ou
approche thérapeutique de la DV.

Son approche vise en fait une meilleure prise en charge des femmes
victimes des complications de la dépigmentation. Ainsi, cette étude
postule que la DV est freinée par des réticences : réticences de ceux qui
la pratiquent mais aussi, réticences des observateurs eux-mêmes
(médecins, anthropologues ou autres personnes en position de réfléchir
ou d’agir sur le phénomène). Elle postule également que la source
majeure de ces réticences, est l’assimilation du désir d’éclaircir la peau,
au souhait d’accéder à une identité culturelle ethnique blanche ou
métissée, que cette interprétation soit présente ou non à l’esprit du
pratiquant ou de l’observateur et quelque soit la valeur que chacun lui
concède intellectuellement. Ces réticences selon Antoine Petit
s’apparentent à des mécanismes de défenses psychiques à savoir :

- Le refoulement (quand l’idée de DV ne pénètre pas jusqu’à la


conscience.) ;
- La négation voire le déni (quand on n’admet pas l’importance ou la
réalité de la DV) ;
- La dénégation (quand cette négation dissimule male la présence de
l’idée contraire) ;
- La rationalisation (quand le désir de s’éclaircir est camouflé par
l’invocation de motifs pseudo-rationnels) ;
- L’isolation (qui consiste à isoler la DV en tant que fait, de toute
interprétation et de toute charge affective) ;

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 28
C’est un mémoire riche en données sur la dépigmentation volontaire
des femmes africaines au niveau dermatologique, anthropologique,
littéraire, cosmétologique…). Cependant, cette richesse plonge le travail
dans la généralité (c’est une étude menée sur des femmes de divers es
origines africaines) Par ailleurs, l’auteur pose le changement d’identité
comme le facteur de réticence par excellence à aborder la DV sans que
nulle part dans son étude cela n’apparaisse dans les propos des
enquêtées. Pourquoi donner la parole aux femmes dépigmentées, pour
ensuite poser et imposer la théorie du changement d’identité ? Cela est-il
le cas partout où sévit la dépigmentation. Il est clair que la relation ou le
dialogue patient/médecin compte pour beaucoup dans la collecte des
informations permettant une bonne approche d’un problème. Cependant,
cette perception peut elle être la même partout et chez tous ? L’échec de
la mauvaise prise en charge des femmes souffrant des effets de la
dépigmentation va au delà de la relation patient-médecin et même de la
perception de la dépigmentation. Il y a tout un ensemble de facteurs
internes et externes à l’individu dont il faut tenir compte pour une
meilleure politique de lutte.

Eu égard à toutes ces critiques, notre travail sur la dépigmentation


s’effectuera tout d’abord sur une population précise dans un pays
d’Afrique noire bien particulier. Bien que quelque part nous avons à cœur
de lutter contre l’éclaircissement de la peau, notre objectif est d’abord sa
compréhension, basée sur les propos des enquêtées le tout dans un
contexte physique, humain, culturel, politique économique à ne pas
négliger.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 29
Au vu de ces précisions, comment synthétiser les préoccupations
des « dépigmenteuses » ? Autrement dit, quelle est la question de
recherche ?

5. LA QUESTION DE RECHERCHE

Cette question a été formulée assez simplement : Pourquoi les


femmes se dépigmentent- elles ?
Cette question principale du pourquoi, va appeler une série de
questions secondaires qui vont constituer la trame de la problématique
du sujet et ouvrir la recherche à des reprises pertinentes pour la
construction et la défense de la thèse.

6. LES TERMES DE LA PROBLEMATIQUE

La réflexion sur la dépigmentation de la peau par les femmes n’est-


elle pas d’abord une question d’apparence, c’est-à-dire de sens ? On
serait tenté de répondre par l’affirmative car les expressions peau claire,
tient clair, ou teint noir… relèvent de la couleur, identifiable de près ou
de loin par le voisinage. «Elle est de teint clair…l’autre est de teint
noir,… » entend-on dire. Cette approche externe et chromatique ne
donne qu’une dimension bien partielle et insuffisante de la question.

Le passage du teint noir au teint clair qui est au cœur de la


problématique de la dépigmentation de l’épiderme est une forme de

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 30
refus d’identité tendant à remettre en cause l’ordre naturel de la création
pour rechercher un teint relevant de l’ordre culturel de l’art.

La décoloration de la peau obtenue par application de procédés


chimiques ou autres est une opération volontariste tendant à forcer la
nature et substituer aux données génétiques originelles, des résultats
biologiques travestis par la culture du milieu social. En l’espèce, il s’agit
de la complicité indirecte des firmes pharmaceutiques, des commerçants
et des agences publicitaires d’une part, des candidates et clientes
consommatrices de produits « éclaircissants » d’autre part.

La recherche en matière de dépigmentation féminine conduit


inévitablement à certaines interrogations commençant par un pourquoi ?
Pourquoi se dépigmente-t-on la peau ? Et pourquoi la proportion
des femmes est-elle plus importante en effectif dans ce processus de
métamorphose morphologique que celle des hommes ?

Les réponses à ces questions sont nombreuses. Elles relèvent


autant de réponses de type esthétique que socio-anthropologiques,
culturel et économique.

De la pré-enquête de cette étude, il ressort des réponses de type


« je mets des produits pour être belle, comme mes camarades ». Une
autre variante de réponse est celle-ci : « les hommes aiment ça ; ils
aiment les filles au teint clair ». Une analyse détaillée de ces réponses
nous indique trois aspects solidaires du contenu de ces propos :

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 31
1er contenu : La beauté
« Je mets des produits pour être belle ». Un produit cosmétique
changeant la couleur de la peau, du noir au bronzé et du bronzé au clair,
suffit-il à conférer la beauté à une fille ? N’y a t-il pas un amalgame qui
est fait entre le teint clair et la beauté ?

2ème contenu : Le mimétisme


« […] pour être belle comme mes camarades ». La comparaison ici
indique l’effet d’imitation donc de groupe, ou de contagion. Il s’agit donc
d’une concurrence, d’un concours pour la beauté féminine. Cependant, la
participation à ce concours des risques, pour la santé, pour cette beauté
tant recherchée. Ainsi, vu les conséquences physiques de ce
phénomène, vu ses effets inesthétiques comment expliquer que
certaines femmes soient tentées d’imiter un tel comportement ? Qu’est
ce qui peut les pousser à faire fi de ces inconvénients pour grossir le
rang des dépigmentées ?

3ème contenu : Pour plaire


« Les hommes aiment çà ». Cette réponse se rapporte à la
préférence des hommes, au goût et au choix d’éventuels partenaires
masculins. Il s’agit donc pour les femmes d’anticiper sur un choix
possible d’un partenaire masculin. Il faut donc se préparer afin de ne pas
être disqualifiée par un teint non-conforme à l’attente de candidats
potentiels.
Le choix ou le goût des hommes en matières de femmes, se
limite t-il au teint ?

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 32
Les hommes ont-ils tous une préférence pour la femme claire ? Si
tel est le cas, sont telles toutes l’objet d’une demande en mariage ?
La femme qu’on remarque parmi tant d’autres, qui est plus
perceptible (de par son teint) que les autres, est-elle automatiquement
et véritablement la plus convoitée ?
A l’intérieur de ces réponses figurent des préoccupations féminines
d’ordre esthétique, affectif ou matrimonial. L’importance du mariage, de
l’esthétique en Afrique, peut aider à comprendre la détermination des
femmes à s’éclaircir la peau.

Cependant face aux analyses et aux interrogations ci-dessus,


montrant les faiblesses de ces assertions, ne faut-il pas approfondir la
recherche sur les raisons véritables de la dépigmentation ?
Ces raisons évoquées que l’on retrouve à travers la recherche
documentaire sur la dépigmentation ne recouvrent elles pas les réels
mobiles de la pratique ?
Au delà de ces justificatifs passe-partout, qu’est-ce qui peut
expliquer la tendance des femmes ivoiriennes ou abidjanaises à se
dépigmenter ?
Quels sont les facteurs qui soutiennent la pratique ainsi que les
enjeux qu’ils représentent pour la gente féminine ?

En dehors de la question pourquoi et de l’éventail des réponses


qu’elle requiert pour justifier le recourt à la dépigmentation, il y a
également la question comment ? Comment parvient-on au teint clair,
objet de convoitises multiples, d’efforts suivis et assidus ? Comment
s’éclaircie-t-on la peau ?

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 33
Ces deux principales questions pourquoi ? Et comment ?,
n’occultent pas les autres interrogations que l’analyse socio-
anthropologique de l’étude devra élucider ; à savoir :
Quels sont les contrecoups de cet art corporel ?

Comment parvenir à le freiner ou à l’enrayer ?

Au travers de cette problématique, quelle est la thèse, les


hypothèses et les objectifs que vise cette étude ?

7. LA THESE DE L’ETUDE

La propension à la dépigmentation chez les femmes


abidjanaises est à la fois l’expression d’un contexte et d’un
complexe, conduisant à une recherche d’identité socioculturelle
aux multiples ramifications.
Cette thèse s’énonce comme une position théorique de base vers
laquelle doivent converger la réflexion théorique et les faits de terrain
pour en démontrer la pertinence et le bien fondé scientifique. En outre,
elle s’appuie sur des hypothèses, envisagées comme axes d’investigation
et de vérification du raisonnement impliquant cette thèse.

8. LES HYPOTHESES DE TRAVAIL

Ces hypothèses sont au nombre de quatre :

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 34
La première hypothèse : La recherche d’identité.
Décider de se dépigmenter la peau ou l’éclaircir implique un refus de
soi, tel qu’on est, pour devenir différent, tel qu’on souhaite être :
changement de la personne et de la personnalité.

« Je suis trop noire et ça ne me convient pas, il faut que je sois un


peu plus claire. Je suis trop fan du teint de la tantie qui habite au bout
de la rue là ».
Ce bout de phrase de Mlle Virginie Irié-Lou, 20 ans, étudiante montre
que l’opération constitue entre autres la recherche d’une identité
nouvelle. Le passage d’un état de couleur sombre à celui d’un autre
« plus claire », tend vers le changement de personnage et peut-être
aussi de personnalité avec ce que cela comporte comme attitudes et
comportement nouveaux.

La deuxième hypothèse : Le principe d’interdépendance des


genres
« […] les hommes aiment de plus ne plus les femmes au teint clair. »
« En tout cas moi je préfère les femmes claires et bien en forme ».
Ces autres propos tenu par Massita, 28 ans, vendeuse de pagne, une
repentie de la dépigmentation et par un jeune homme, Bohoussou, 26
ans, apprenti-menuisier, expliquent que le teint clair devient une
référence. Eu égard à ces faits, la question du genre émerge
nécessairement. Il est insinué des relations hommes/ femmes (relations
amoureuses surtout matrimoniales) à partir de cet indicateur physique
extérieur qu’est le teint clair. Il y a de ce fait une corrélation quasi
directe entre la dépigmentation et la question de genre dans la mesure

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 35
où elle implique ces deux catégories sociales ; le désir (réel ou supposé)
de l’un, conduit à l’action de l’autre.

La troisième hypothèse : Les ramifications plurielles du


phénomène
Le processus dépigmentaire ne se limite pas seulement aux contours
du blanchiment de la peau, il y a beaucoup plus. Au-delà du fait
dépigmentaire, il faut comprendre (inclure) tout le processus
ornementique et vestimentaire qui va avec. Finalement, la
dépigmentation n’est qu’un maillon d’une chaîne qui participe de la mise
en « valeur » de la femme. Autrement dit à sa transformation.

« Mais tout ça va ensemble ! Ton teint est propre, tes habits sont
clean avec des petits bijoux sympa qui vont avec, tu es devant ou
bien ? » Nous laisse entendre Linda Kouamé, l’une de nos enquêtées.
Propos sommes toutes révélateur.

La quatrième hypothèse : Le contexte politique et


économique de la Côte
d’Ivoire
Les crises que traverse la Côte d’Ivoire vont constituer un
environnement favorable à l’expansion de la dépigmentation. En effet,
face à la situation économique et sociale des femmes devenue précaire,
La dépigmentation représente pour ces dernières un moyen de survie ou
de subsistance ; Il s’agit d’être vu (notamment par un homme) afin
d’attirer la chance vers soi et par la même occasion espérer un
changement de vie ou une amélioration.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 36
9. LES OBJECTIFS VISES

La propension à la dépigmentation féminine en Côte d’Ivoire


s’inscrit dans une dynamique socioculturelle dont les dimensions socio-
économiques et commerciales sont amplifiées par des besoins
psychosociologiques tels le besoin de paraître et de se marier. Ces
différents objectifs doivent être spécifiés afin de mieux orienter la
recherche et en établir la typologie. Il faut à cet effet différencier
l’objectif général (principal) des objectifs spécifiques et secondaires.

9.1. L’objectif général


L’objectif général de cette étude est la compréhension et
l’explication d’un phénomène social qui persiste et progresse au sein de
la gente féminine ivoirienne.
Cet objectif général de connaissance est sous-tendu par des
objectifs additionnels. Retenons-en deux : un de type esthétique et
médico-sanitaire et l’autre de type socioculturel et identitaire.

9.2. Les objectifs secondaires spécifiques


L’objectif de l’identification épistémologique de la pratique
dépigmentaire, est nécessaire dans ce travail académique mais
insuffisant comme contribution scientifique pour la thèse. C’est pour
cela, qu’il convient d’élucider par des objectifs spécifiques, sa portée
dans l’ordre de la recherche anthropologique.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 37
9.2.1. La question esthétique et sanitaire
Les effets pervers de la dépigmentation, sont analysés
à partir de leur récurrence et de leur gravité comme un phénomène de
santé. L’objectif à atteindre ici, est de proposer des indicateurs et canaux
de sensibilisation à grande échelle, pour contribuer à éradiquer par des
explications démonstratives, ce mal naissant et grandissant.

9.2.2. La question identitaire et culturelle


Un des objectifs de cette étude, reste sa contribution à
la restauration de l’identité collective des femmes noires. Cette recherche
d’identité, se justifie largement par les autres efforts menés pour asseoir
la personnalité africaine, en réduisant les formes variés du complexe
d’infériorité, de l’aliénation culturelle et du reniement de soi, à travers
des pratiques réductrices de l’affirmation de l’homme noir et de ses
caractéristiques anthropologiques physiques, sociales et culturelles.
Or, la dépigmentation cherche à construire un type nouveau
d’africains, noir-blanc ou blanc-noir, que les supports médiatiques
publicitaires, commerciaux et cinématographiques, aident à promouvoir
au détriment des civilisations nègres.
Ces objectifs seront atteints à travers une démarche scientifique
conséquente, passant par une méthodologie appropriée.

10. LA METHODOLOGIE

Dans l’optique de notre sujet, la méthodologie retenue comporte


les étapes suivantes :

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 38
- Champ d’investigation ;
- Echantillonnage ;
- Techniques de collecte des données ;
- Méthodes d’analyses ;
- Analyse des données
- Difficultés de l’étude

10.1. Le champ d’investigation


Si le champ social et sociologique est étendu à tout le district
d’Abidjan, le champ géographique est confiné à la commune de
Yopougon. Le choix de cette commune tient à la configuration de sa
population, de ses quartiers et de sa richesse culturelle. Yopougon est
très représentative de la population ivoirienne. En effet à l’intérieur de
cette commune sont présents les grands groupes ethniques du pays
ainsi que les différentes couches sociales qui la composent en fonction
des quartiers. En plus d’être une cité dortoir, Yopougon est également
« la cité de la joie ». Cette commune est jalonnée de maquis (sorte de
bar dancing), avec sa célèbre Rue Princesse (lieu par excellence des
maquis et bars climatisés), de salle de fêtes, où se retrouvent la
population abidjanaise de toute origine et de tout niveau social. Par
ailleurs, elle est une véritable puissance économique. Elle contient un
nombre impressionnant de marchés, salons de coiffures, hôtels etc qui
génèrent d’importantes devises à l’administration communale. Ce cadre
hétéroclite, singulier, riche de ses diversités, nous a donc paru très
indiqué pour conduire notre étude.
Nous allons travailler avec une population dont les critères de choix
sont définis dans l’échantillonnage.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 39
10.2. L’échantillonnage
Pour l’élaboration de l’échantillon, il importe de dire qu’il a
été conçu essentiellement sur une base qualitative. La raison de cette
option tient au fait qu’il n’y a pas de données quantitatives de base
disponibles pour opérer un choix raisonné ou par quotas. Nous avons
donc procédé de façon aléatoire (par tirage au sort).
Toutefois, les variables significatives n’ont pas été occultées. Cela a
été pris en compte au niveau des recueils d’informations à travers les
sous-quartiers de la commune de Yopougon.

Trois sous-quartiers ont donc été tirés au sort au sein des trois
types de quartiers qui composent la commune (haut standing, moyen
standing et bas standing). Il s’agit donc par ordre du quartier
millionnaire, de haut standing ; du Camp militaire, de niveau moyen et
de Yao séhi, de basse classe.

La configuration de ces sous-quartiers, en fonction de la ‘’qualité’’


de la population résidente, ségréguée en sous-quartier de haut cadres,
des cadres moyens, d’employés, d’ouvriers, de manœuvres et assimilés,
a facilité l’usage de cette technique pour pondérer l’échantillon et assurer
sa représentativité qualitative. C’est donc en fonction du choix aléatoire
des sous-quartiers et du référentiel « standing » que ces 3 ensembles
résidentiels ont été retenus sur les nombreux que compte la commune
de Yopougon (Cf. tableau II, page 93).

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 40
Tableau I
Echantillonnage

Sous-quartier Nbre de Nbre de


ménages femmes
tirés au sort interrogées
1 Millionnaire 50 5
2 Camp Militaire 100 10
3 Yao Sehi 150 15
Total 300 30

Source : Enquête de terrain 2005

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 41
Ne pouvant interroger les femmes des 300 ménages retenus par le
tirage au sort dans les 3 secteurs résidentiels, nous n’en avons considéré
pour la collecte directe des informations, que 10% de femmes issues de
ces ménages, soit 30 femmes.

300 ménages x 10
= 30
100

Ce nombre de femmes paraît insuffisant au regard des normes de


représentativité quantitative et statistique. Mais notre objectif ne vise
pas une représentativité quantitative mais qualitative, c’est-à-dire, le
contenu des informations reçues. C’est pour cette raison que l’enquête
s’est voulue extensive en retenant 3 sous-quartiers et en combinant le
maximum de paramètres possible.

Ensuite trois catégories de femmes ont été choisies : les


adolescentes (précisément de 15 à 20 ans) ; les adultes divisées en deux
groupes (celles de 21 à 35 ans et de 35 ans et plus) pour confronter les
réponses en fonction de leur niveau de vie, leur situation matrimoniale,
leur profession…

Pour cette étude, plusieurs techniques ont été retenues pour


recueillir les informations pertinentes.

10.3. Les techniques de collecte d’informations


Pour cette rubrique, nous avons retenu trois niveaux
complémentaires d’investigation que sont l’entretien directif, l’entretien

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 42
semi-directif et le focus group. Mais nous avons aussi eu recours à
l’observation et à la recherche documentaire.

10.3.1. Les entretiens directifs


Nous avons opté pour cette méthode parce qu’elle est
constituée de questions ouvertes et/ou fermées. Les premières ayant
une portée qualitative (grâce à l’éventail des réponses attendues) et les
secondes une portée quantitative grâce à leur précision et au décompte
des réponses par catégorie.

10.3.2. Les entretiens semi directifs


Ils ont porté sur des questions ouvertes auprès des
agents de santé, des esthéticiennes ou coiffeuses, des marchandes de
produits cosmétiques, les pharmaciens etc... Leur avantage est de
maximiser la densité et la richesse du contenu des réponses des
interlocuteurs (masculins et surtout féminins). La relative liberté
d’expression des interviewés sur le sujet de la dépigmentation de la peau
permet de collecter plus d’informations que le chercheur ne l’imagine en
début de séance de collecte.

10.3.3. Le focus group


L’intérêt du focus group est de laisser parler les
membres du groupe sur le sujet proposé. Ce sujet devient un
dénominateur commun des échanges et des informations. Il a permis de
percevoir les niveaux de connaissance et de maîtrise sur la
dépigmentation. Son autre avantage est de repérer les influences
internes au groupe, influences que les uns exercent sur les autres.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 43
10.3.4. L’observation
L’observation immédiate a d’abord permis une simple
prise de contact avec le sujet de recherche. Par la suite, un regard
critique sur les femmes et sur la société ivoirienne nous ont été d’une
grande utilité dans les analyses effectuées sur le phénomène.

10.3.5. La recherche documentaire


C’est à travers les mass-média (magazines féminins,
affiches publicitaires, internet…), les structures académiques
(bibliothèques universitaire de Bordeaux II et de Bouaké) et les Centres
Hospitaliers Universitaires (CHU) de Yopougon, Treichville, Cocody que
nous avons récoltés les matériaux sur l’éclaircissement de la peau des
femmes ivoiriennes.

10.4. Les groupes cibles


Le phénomène de la dépigmentation couvre plusieurs entités
sociales : les femmes, les commerçants, les officines pharmaceutiques,
l’administration, la société civile, le corps médical et les cabinets
d’esthétique et de cosmétique, les médias et la gente masculine.

Les femmes
Ce groupe cible est au cœur même du sujet. Il n’est pas
homogène. Plusieurs critères ont été retenus pour le choix de la collecte
des informations. Ces critères sont l’âge, le niveau d’instruction, le
quartier de résidence, le statut matrimonial et la catégorie
socioprofessionnelle.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 44
Les commerçants
L’histoire de la dépigmentation est aussi une histoire commerciale
donc économique. La vente des produits éclaircissants et les autres
produits cosmétiques et assimilés sont l’objet d’un fructueux commerce
entre l’Europe, l’Asie du sud-est, les Etats-Unis et l’Afrique. Les
grossistes, demi-grossistes et autres détaillants sont bien indiqués pour
fournir des informations sur cette filière de commerce.

Les officines pharmaceutiques


Il faut rappeler qu’une grande partie des produits dépigmentants
sont médicamenteux. En tant que tels, ils sont vendus en pharmacie. On
comprend donc pourquoi les officines de pharmacie et leurs personnels
sont concernés par cette enquête.

L’administration
Trois sous-groupes de l’administration sont concernés par l’étude :
Nous avons l’administration sanitaire avec les réglementations interdisant
la vente de certains produits sans avis médical ; l’administration
policière, chargée de la répression des fraudes ; l’administration
douanière est également concernée relativement à son travail aux
frontières quant à l’irrégularité des entrées de ces produits ; le corps
médical est aussi à interroger suite aux dérives de la consommation
anarchique et non appropriée des produits médicamenteux par les
candidates à la dépigmentation. Il était indispensable de les identifier et
de recueillir leurs avis sur la question.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 45
Les cabinets d’esthétique et de cosmétique
Plus connus sous le nom de salons de coiffure, ils sont des
partenaires de choix des femmes. Ces officines de la beauté utilisent une
multitude de produits dont l’origine, la nature et les effets méritent d’être
connus et analysés relativement à l’intérêt de cette recherche.

Les responsables des média


Du fait de l’implication des medias dans la promotion des produits
éclaircissants à partir des encarts, spots publicitaires et des réclames,
des panneaux de promotion commerciale sur les artères de grande
circulation, la contribution des responsables des divers medias était à
requérir pour savoir, comprendre et expliquer leur rôle et participation
dans la propension à la dépigmentation constatée dans les milieux
sociaux féminins abidjanais.

La gente masculine
Les hommes qui savent pourquoi les femmes veulent se faire belles
ont leur vision et leurs idées et opinions sur la dépigmentation et des
soins esthétiques et cosmétiques. Certains se blanchissent aussi la peau.

10.5. Les approches d’analyse


En fonction de leurs pertinences et aussi de leur
complémentarité, plusieurs approches ont été sollicitées. Il s’agit entre
autres, des approches historique, structuro- fonctionnaliste, comparative
et critique, l’approche de genre et l’approche systémique. L’approche
qualitative a également été mise en évidence pour servir de support
principal de référence théorique et analytique.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 46
10.5.1. L’approche historique
L’histoire consiste a évoqué des faits passés en relation avec
un thème précis et qui concourt à compréhension de celui-ci dans le
présent. D’ailleurs, selon Roger Bastide, la causalité historique se
présente comme un facteur de compréhension des phénomènes sociaux
à travers l’espace et le temps. En relation avec notre étude, l’histoire
nous a conduit à remonter dans le temps. Pour tout d’abord, apprécier
l’évolution de la femme africaine par rapport à son corps, mais
également celui du blanchiment de la peau (les origines de son
implantation et de sa pratique en Côte d’Ivoire)

10.5.2. L’approche structuro-fonctionnaliste


La portée de cette approche est d’apprécier les
structures sociales des groupes urbains abidjanais ; structures répétables
à travers divers variables (l’âge, le niveau d’instruction, le statut
matrimonial, le sexe…) mais également d’examiner les interrelations
fonctionnelles et explicatives du phénomène de la dépigmentation. Celui-
ci à partir de la méthode structuro-fonctionnaliste, permet d’approcher
sa récurrence sous un angle méthodique précis.

10.5.3. L’approche du genre


Le genre est une catégorie grammaticale fondée sur la
distinction naturelle des sexes. C’est aussi un concept social qui concerne
les hommes et les femmes et les relations entre eux. Ce concept va
peser dans les décisions politiques et les projets de développement dans
la lutte contre les inégalités entre hommes et femmes. Dans l’approche

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 47
genre, l’analyse devient un instrument de dissection des besoins des
catégories (masculins et féminins) dans le processus de la vie collective.

Concernant notre étude, la dimension de genre nous a permis de


porter un regard sur les rapports entre les hommes et les femmes
ivoiriennes. Ce type d’analyse nous a servi à mettre en lumière les points
de disjonctions entre hommes et femmes sur le blanchiment de la peau,
de souligner les besoins spécifiques des uns et des autres, de relever la
nécessaire complémentarité de leur contributions respectives dans la
lutte contre ce phénomène dévastateur.

10.5.4. L’approche systémique


Il ressort de l’examen du phénomène dépigmentaire, de
nombreuses connexions ; esthétique, économique, commerciale,
scientifique, culturelle, sociale et même politique. Le phénomène
dépigmentaire est donc à saisir et à comprendre en tenant compte de
toutes ses connexions. C’est en cela que la dimension systémique en
tant qu’approche globalisante prend tout son intérêt pour cette étude.
Elle permet de tenir compte de chaque aspect du fait dépigmentaire et
de son interdépendance aux autres dimensions dans sa manifestation et
ses conséquences.

10.5.5. Les approches comparative et critique


Chaque approche ayant ses vertus heuristiques et ses
limites, il était indiqué d’impliquer dans cette recherche les approches
comparative et critique pour aider à approfondir les axes de réflexion et

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 48
les stratégies d’étude des données relatives aux pratiques
dépigmentaires.

L’approche comparative préposée au rapprochement des faits, des


idées et des habitudes et réactions, a été utilisée dans son principe pour
mieux saisir les motivations des femmes abidjanaises et comparer les
procédés et modes opératoires en matière de blanchiment de la peau.
Utilise-t-on les mêmes produits à cette fin ? Si oui, pourquoi ? Comment
circule l’information ? Si non pourquoi ? Quels sont les produits qui
varient d’un groupe de femmes à l’autre, quelles sont les raisons de
cette variation, sont-ce les prix ? Les temps de réactions des produits sur
la peau ? La facilité de leur obtention sur le marché ?

L’approche comparative est instructive de l’ampleur du


phénomène, de sa complexité et de ses ramifications spatiales et
économiques. Principalement, en ce qui concerne les mélanges de
produits locaux et importés, cette approche permet d’apprécier
l’ingéniosité cosmétique des produits et sous produits « mixtes » pour
produire de nouveaux traitements.

En ce qui concerne les approches critiques, elles réfèrent à la


dialectique entre « femme noire » et « femme blanche ». Tient-on
compte des effets pervers (pathologiques) avérés de l’application
abusive des produits chimiques et décapants ? Devient-on vraiment plus
belle en se dépigmentant la peau ? Y-a-t-il un taux de mariage plus élevé
parmi les femmes « blanchies », comparativement aux femmes restées à
l’ « état naturel » plus foncées ?

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 49
10.5.6. L’approche qualitative
L’analyse qualitative est ce qui a prévalu tout au long
de cette étude. En effet, elle est « traversée de toute part par le sens :
11
importation de sens, recherche de sens, production de sens ; » Par le
biais de ses cinq approches (la biographie, la phénoménologie, la théorie
enracinée, l’ethnographie et l’étude de cas) mettant en évidence la
description, l’interprétation, l’explication et la compréhension, c’est au
final le sens que revêt un phénomène donné qui est recherché. En effet,
la recherche de significations qui la caractérise, est menée sur la base
d’une approche analytique comportant quatre centres d’intérêts qui
sont :

Un intérêt phénoménologique
La philosophie qui a développé ce concept, lui donne quatre sens
différents :
Pour Fichte la phénoménologie est la doctrine du savoir absolu, la
savoir pour le savoir.
Pour Hegel, la phénoménologie est perçue comme une approche
de la pensée permettant d’explorer les phénomènes. Il s’agit de la
détermination d’un moment qui marque l’apparition du savoir.
Pour Husserl, la phénoménologie est à l’origine de l’expérience
« en tant qu’intuition sensible des phénomènes ». Aussi pourrait-elle se
définir comme « la science des phénomènes » c’est-à-dire la science des
« vécus ».

11
Pierre Paillé et Alex Mucchieli : L’analyse qualitative en sciences humaines et sociales, Armand Colin,
deuxième édition, p49.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 50
Enfin pour Heidegger, la phénoménologie est la science de
l’appréhension de l’Etre dans son existence ontologique.
Ces quatre approches et leur nuance scientifique et philosophique,
ne sauraient prolonger notre propos de peur de nous déporter sur un
terrain moins connu.
Aussi, pour situer avec précision, l’objet du recours à la
phénoménologie au regard du sujet de cette thèse, il est bon de revenir
à Husserl pour préciser que c’est sa perspective qui retient notre
attention : la phénoménologie comme étude des phénomènes. En effet,
la dépigmentation de la peau est devenue en Afrique, aux Etats – Unis
d’Amérique et dans la plupart des pays où vit la diaspora africaine, un
véritable phénomène social. Sans doute, que l’histoire du maître-blanc et
de l’esclave – noir, est pour quelque chose dans ce phénomène social
d’absorption symbolique des couleurs et d’assujettissement. En tout cas,
la traite négrière, la colonisation et leur prolongement
« phénoménologiques » au sens des expériences vécues, laissent à
penser la dépigmentation dans ce contexte socio-historique. Cette
hypothèse peut être confortée par l’extension du phénomène
dépigmentaire, quand on voit qu’il ne concerne pas seulement les
femmes mais que des hommes y ont recours.
Est-ce pour plaire au sexe opposé ?
Est-ce pour être blancs ?
Est-ce pour effacer la couleur « fantasmatique » de l’infériorité
raciale supposée ?
Est-ce par complexe d’infériorité ?

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 51
Ces questions se posent et renforcent la pertinence du recours à la
phénoménologie, comme voie méthodologique possible à la recherche
d’explications de l’acte dépigmentaire.
L’usage de la perspective phénoménologique est de mettre
l’accent sur l’intentionnalité ; intention bien arrêtée de changer de
peau afin de recueillir les effets induits de cette manœuvre esthétique.

Un intérêt interprétatif
Il relève d’une préoccupation de connaissances et de sens de
l’acte dépigmentaire. En effet, les significations des signes, motifs et
symboles contenus dans cette pratique éclaircissante, ne sont pas
d’emblée données à la connaissance. Elles ont besoin d’un décodage qui
les rend intelligible. La dépigmentation apparemment moins ésotérique,
ne voile pas moins son jeu de sens. Interprétation plastique ?
Interprétation esthétique ? Interprétation psychosociologique ?
Interprétation culturelle ? Que comprendre exactement dans cette
pratique des femmes ?

Un intérêt compréhensif
C’est bien à ce niveau que l’approche analytique qualitative
recouvre tout son sens. Si l’observation courante, l’inventaire des
produits cosmétiques dépigmentants et les procédés éclaircissants
fournis des données fort appréciables sur la pratique, la compréhension
de celle-ci n’est pas aussi aisée qu’il y parait. Dans cette perspective
méthodologique individualisante, on pourrait penser qu’il y’a autant
d’efforts de compréhension à faire qu’il y’a de femmes à la peau
dépigmentée. La compréhension de l’acte dépigmentaire vise tout un

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 52
processus allant du début de la manipulation (les raisons), du choix des
produits utilisés, au mode opératoire jusqu’aux résultats (attitudes,
comportements, autosatisfaction, insatisfaction, regrets, etc.).

Un intérêt explicatif
Il est la résultante des intérêts antérieurement signalés dans
l’approche de l’analyse qualitative. Ces étapes ne sont pas successives,
ni alternatives mais intégratives et surtout contributives à l’explication du
phénomène dépigmentaire des femmes. Puisque l’explication repose sur
des faits, des données, on ne peut fournir des explications fiables que
sur la base de la compréhension des faits et sur celle des motivations
des acteurs-auteurs de ces faits.
Il y a donc une interrelation qui préside à l’approche qualitative.

10.6. L’analyse des données


Les différentes données ont été traitées à la fois
manuellement et informatiquement. Il y avait en outre l’exploitation des
données écrites (documents écrits : thèses, mémoires, magazines,
journaux) ; des documents picturaux (images, photographies, affiches) ;
des documents oraux (interviews et entretiens) ; des documents filmés
(encarts publicitaires, films…). Ces différents documents ont apporté
chacun des contributions scientifiques de grand intérêt pour cette
recherche.

10.7. Les difficultés et les limites de l’étude


Zempléni écrit dans l’un de ses articles que « la société
Senoufo décourage les partisans de l’ethnographie itinérante, tant la

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 53
méfiance envers les étrangers et le poids du secret y sont forts »
(Zempléni, 1996 : 33). Toute chose que nous pouvons aussi attribuer
aux femmes de Yopougon. For de cela, nous pouvons dire que cette
caractéristique a été renforcée au cours de cette recherche par la
spécificité de notre objet d’étude. Etant donné que nous travaillons sur
une question relativement délicate à aborder. Nous avons donc opté
pour une immersion prolongée dans chaque concession où nous
passions. Nous aurions pu chercher à investir le territoire de manière
plus vaste, en passant dans plusieurs sous quartiers afin d’obtenir des
informations sur la dépigmentation. Nous avons choisi d’éviter cette
approche qui nous semblait plutôt formelle, préférant bâtir des relations
plus intimes avec nos interlocuteurs-informateurs toutes choses qui
s’éprouvent et perdurent dans le temps.

Au total, nos séjours ont duré onze (11) mois et ont été effectués
en plusieurs périodes distinctes. Tout ce temps passé en compagnie de
ces hommes, de ces femmes et de leurs enfants ont constitué pour nous
une expérience riche sur le plan informatif, mais également au niveau
humain. Au début de nos séjours, bien que native d’Abidjan, nous étions
une « benguiste» (personne vivant en occident), celui qu’on regarde
avec suspicion. Il nous était quasiment impossible de rencontrer les
femmes ou les filles, bien que nous partagions leur quotidien. Le temps
et les séjours répétés à Yopougon ont peu à peu brisé la suspicion et la
méfiance qui nous entourait. Notre statut a évolué pourrions-nous dire.
Quoique demeurant la « benguiste », nous sommes devenue une fille,
une nièce, une amie qu’on nomme par son prénom. La familiarité qui
nous lie à nos interlocuteurs a parfois des conséquences néfastes sur le

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 54
plan heuristique. Outre le fait qu’elle empêche l’émergence d’un regard
critique sur la société ou la question étudiée, elle complexifie la situation
d’enquête.

Enfin, notre pratique de terrain est liée à la situation de crise qui


prévaut en Côte d’Ivoire. En septembre 2002, alors que nous venions de
nous inscrire en thèse, la crise militaro-civile s’est déclenchée, plongeant
les zones Centre, Nord et Ouest dans l’autarcie. Pendant plus d’une
année notre terrain d’étude initial (Bouaké) est devenu très difficile
d’accès. Nous avons donc dû réorienter nos recherches vers des
populations vivant hors de la zone, précisément à Abidjan. Eu égard à
cette situation douloureuse et politiquement instable, il nous a été
difficile de maintenir un processus d’enquête tel qu’il avait commencé il y
a quelques années. Avec l’évolution des conditions de vie au sein des
ménages, nous passions beaucoup plus de temps qu’auparavant avec
nos interlocuteurs à discuter de politique et des problèmes économiques
du pays.

Au-delà de cette manière de repenser le terrain au jour le jour, on


réalise assez vite que plusieurs paramètres rendent la situation
d’enquête plus complexe au sein d’un pays en guerre. D’abord, le
rapport au temps se modifie. Alors que l’anthropologie se construit dans
la durée, une situation de crise est perpétuellement ramenée à l’urgence
et à l’immédiateté des événements. Nous savons également qu’en temps
normal, bien que le chercheur cherche souvent à se démarquer au mieux
de l’agent de développement, il est parfois « encliqueté » par ses
interlocuteurs qui estiment qu’il peut servir leurs intérêts (Olivier de

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 55
Sardan, 1995 : 101-102). Qu’il le veuille ou pas, le chercheur, de par sa
simple présence, est impliqué dans un champ de luttes dont il devine les
enjeux sans pouvoir les maîtriser. Ces bouleversements nous ont amené
à reconstruire le sujet de notre thèse. Avec la situation dramatique que
vivait la Côte d’Ivoire, elle prenait plus une dimension sociale et
économique que nous ne pouvions occulter.

Du reste, nous n’avons pas la prétention d’avoir épuisé ce sujet. Il


est certain que les observations, critiques et recommandations de nos
maîtres nous aideront à pallier nos lacunes et à explorer de nouvelles
pistes dans le cadre de recherches futures.

11. LE PLAN DE REDACTION

Ce large aperçu introductif général qui campe les principales


articulations théoriques, méthodologiques et pratiques de cette thèse
permet au lecteur d’en apprécier la portée scientifique à partir des
efforts déployés et des stratégies mises en scène.

Cette introduction débouche sur trois (3) grandes parties dont la


première, intitulée la présentation du cadre général et du champ
particulier de l’étude, situe le lecteur dans l’environne ment,
historique, géographique, démographique, culturels de la Côte d’Ivoire,
d’Abidjan et de la commune de Yopougon en évoquant les particularités
de ces cadres dans lesquels s’inscrit le phénomène social de la
dépigmentation de la peau chez les femmes.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 56
La deuxième partie : la dépigmentation de la peau en milieu
féminin : un phénomène social à Abidjan, vise à donner les raisons
du phénomène dépimentaire, la présentation et la typologie des
différents produits dépigmentant et autres adjuvants ainsi que leurs
méthodes et techniques d’application.

La troisième et dernière partie, intitulée Les conséquences de la


dépigmentation et les perspectives anthropologiques met en
exergue les effets pervers de l’aventure dépigmentaire, de son cadre
esthétique à ses incidences médicales et sociales tout en proposant des
moyens de lutte.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 57
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 58
Chapitre Premier : La Côte d’Ivoire entre tradition et modernité : Les
clivages des valeurs d’une société en transition
Introduction
1. L’aperçu géographique
2. L’historique
3. La Côte d’Ivoire : données politiques, économiques et
sociales
Conclusion du chapitre 1

Chapitre 2: La ville d’Abidjan: une capitale cosmopolite


Introduction
1. L’historique de la ville d’Abidjan
2. L’aspect géopolitique
3. Les dimensions administrative, économique et
commerciale
4. L’explosion urbaine et les contrastes sociaux
5. La typologie des espaces et leurs caractéristiques
socioculturelles
Conclusion du chapitre 2

Chapitre 3: La commune de Yopougon : champ particulier de l’étude :


Introduction
1. L’historique de Yopougon
2. La situation géographique
3. L’aspect social
4. La rue princesse de Yopougon : un cas d’espèce
Conclusion du chapitre 3

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 59
INTRODUCTION DE LA PREMIERE PARTIE

Cette première partie présente le champ général de l’étude qui est


la Côte d’Ivoire dans un premier temps ; puis vient le champ particulier
avec la ville d’Abidjan et singulièrement la commune de Yopougon où se
sont déroulées les enquêtes de terrain.

Au-delà des aspects géographique et historique de cette


présentation, ce sont surtout les dimensions humaines, sociales,
culturelles et économiques qui focalisent l’attention. Celles-ci sont
considérées comme la toile de fond de nombreux changements sociaux
où s’inscrivent les activités esthétiques et leurs corollaires de modes.
Ainsi, cette première partie, organisée en trois grandes séquences
va porter sur trois chapitres :
- d’abord le premier chapitre intitulé : La Côte d’Ivoire entre
tradition et modernité : les clivages des valeurs d’une société en
transition ;
- puis le second chapitre intitulé : La ville d’Abidjan, une capitale
cosmopolite ;
- et enfin le troisième chapitre intitulé : Le champ particulier
d’étude, la commune de Yopougon.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 60
Ces trois chapitres, tendent à saisir les particularités humaines et
environnementales qui les caractérisent, en allant du général (la Côte
d’Ivoire) au particulier (la ville d’Abidjan et la commune de Yopougon
indexées) pour mieux comprendre le phénomène social de la
dépigmentation de la peau dans ses différentes implications.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 61
CHAPITRE PREMIER :
LA COTE D’IVOIRE ENTRE TRADITION ET MODERNITE :
LES CLIVAGES DES VALEURS D’UNE SOCIETE EN TRANSITION

INTRODUCTION

En Côte d’Ivoire, se perçoit le phénomène de la dépigmentation.


En effet, cette pratique observée dans la plupart des pays africains, se
déroule dans des espaces géographiques distincts les uns des autres
dans leur culture, leur orientation politique ou économique ;tant de
points ou de facteurs qui spécifient la pratique d’un pays à un autre.
Fort de ces paramètres et inscrite dans la spécialité
anthropologique, cette recherche ne peut occulter la présentation du
cadre général de l’étude en l’occurrence la Côte d’ivoire, à travers des
données qui témoignent de la singularité du fait dépigmentaire à l’œuvre
dans de ce pays.

1. L’APERCU GEOGRAPHIQUE

Située entre les 2°30 et 8°30 de longitude Ouest et 4°30 et 10°30


de latitude Nord, la Côte d’Ivoire s’étend sur une superficie de 322.462

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 62
Km² et représente 1% de la surface totale du continent africain. Son
relief est généralement plat. Quelques massifs montagneux à l’Ouest : le
Mont Nimba culminant à 1752 m entre la Guinée, le Libéria et la Côte
d’Ivoire et le Mont Tonkpi (1189m) forment des sommets d’exception.

Son hydrographie remarquable est caractérisée par quatre grands


fleuves : le Cavally, le Sassandra, le Bandama et la Comoé (d’Ouest à
l’Est) lui assurent un arrosage conséquent ainsi que leurs affluents et
sous affluents. Une chaîne de plans d’eau lagunaire dans le Sud,
complète cette carte qui se termine sur le front maritime par l’Océan
Atlantique dans le Golfe de Guinée.

Cette dimension géographique a son intérêt dans cette étude car


elle circonscrit un espace utile. Or l’espace lui-même se définit « de plus
en plus comme l’étendue terrestre utilisée et aménagée par les sociétés,
on ne peut pas éliminer de l’analyse géographique, celle « d’étendue
terrestre » elle-même sans laquelle aucune organisation économique ou
sociale ne saurait exister. Cette étendue terrestre faite de montagnes et
de plaines, de vallées et de rivières, de prairies et de savanes ne peut
être gommée de la carte ! Elle constitue - à tout le moins – la trame
matérielle sur laquelle se superposent les espaces de vie produits par les
sociétés »12.
Cette présentation explique par ailleurs l’importante immigration en
Côte d’Ivoire, immigration favorisée par les conditions géoclimatiques
relativement généreuses pour les cultures de rentes (café, cacao) et qui

12
Filleron J. Ch 1995 : « Essai de géographie systématique : les paysages du Nord-Ouest de la Côte d’Ivoire ».
Thèse de doctorat d’Etat de l’Université de Toulouse – Le Mirail 2t ; ouvrage cité par Hauhouot Asseypot
Antoine dans Développement, Aménagement, Régionalisation en Côte d’Ivoire – EDUCI, Abidjan 2002, p. 43.
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 63
facilite le travail de nombreuses populations étrangères de la sous-région
ouest-africaine.

2. L’APERCU HISTORIQUE

Le tableau historique de la Côte d’Ivoire va s’inspirer largement du


Vade Mecum des opérateurs économiques de l’Afrique de l’Ouest13. Le
premier contact de la Côte d’Ivoire avec le monde occidental eut lieu au
15e siècle avec les Portugais. Les noms de San Pedro, Sassandra (San
Andrea), Fresco, Sueiro Da Costa l’attestent. Deux siècles plus tard, le
trafic négrier met les Hollandais en scelle et en 1637 un établissement
français du nom de la « Compagnie de Saint Malo » s’installe. En 1700,
la représentation officielle de la France est assurée à Assinie sur le front
maritime Sud-est. Elle est symbolisée par une concession foncière et
pendant près d’un siècle ce sera le commerce triangulaire Amérique,
Europe, Afrique.

Le 4 juillet 1843 un traité est signé entre le Commandant du


Vaisseau La Malouine et les Rois Agni ; le Sud ivoirien est placé sous
protectorat français14. La conquête de l’intérieur du pays se fera à partir
de cette base du littoral. La colonie de la Côte d’Ivoire est née le 5
janvier 1889 et par décret du 10 mars 1893 un nom et une individualité
territoriale lui sont donnés et Binger en devint le premier Gouverneur.

13
Panafricane de Consultation VADE MECUM of West africa company managers (Regroupement des
Opérateurs des 16 Etats de la CEDEAO – Abidjan - 1995
14
Ce sont les régions de Grand-Bassam – Dabou – de Grand-Lahou – de Béréby – de Fresco – de Kotrohon – de
Trépiont – de Sassandra – de Drewin – de Victory et du Cavally qui son concernées.
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 64
L’extension qui va jusqu’au Sud du Sahel avec l’évolution de la
situation politique métropolitaine ; la loi Cadre de 1956, donne le pouvoir
exécutif aux assemblées territoriales. Le 4 décembre 1958, celle de la
Côte d’Ivoire s’érige en Assemblée Constituante et proclame la
République de Côte d’Ivoire. Le 7 Août 1960 c’est l’Indépendance qui est
proclamée pour un Etat souverain15

3. LA CÔTE D’IVOIRE : DONNEES POLITIQUES ECONOMIQUES


ET SOCIALES

3.1. La présentation politique : de la stabilité aux crises


politico-militaires
Dès l’indépendance, les institutions de l’Etat ivoirien sont
définies et organisées par la constitution. Celle-ci prévoit la séparation
des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Ainsi de 1960 à 1990, la
Côte d’Ivoire était sous le règne du parti unique, avec pour président
Félix Houphouet Boigny. En 1990 sous la pression populaire, il instaure le
multipartisme avec pour Premier Ministre, Alassane Dramane Ouattara.

A sa mort le 7 Décembre 1993 et après les élections


présidentielles de 1995, Henri Konan Bédié lui succéda. Il mit en exergue
le concept d’ivoirité, définit comme l’affirmation de la souveraineté et de
l’autorité du peuple ivoirien, face aux menaces d’assujettissement,
notamment dans le domaine de l’immigration ou des pouvoirs

15
Côte d’Ivoire sur wikipédia (fr.wikipedia.org/wiki/Côte-d’Ivoire)
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 65
économiques et politiques. Par la suite, le concept aura la réputation
d’être destiné à exclure l’opposant Alassane Dramane Ouattara.

Un climat délétère (emprisonnement de plusieurs leaders de partis,


politiques, problèmes de gouvernance, tension sociale…), conduit en
1999 au renversement de Henri Konan Bédié, par des soldats
mécontents. Ceux-ci, placent à leur tête le général Guéi qui devient de
façon transitoire, chef de l’Etat de Côte d’Ivoire. Sous sa gouvernance
éphémère, on assiste à des troubles militaires, civile et même politique.
La société civile, organise des élections en 2000, dont le général Guéï se
proclame vainqueur. Ce scrutin sera contesté sous fonds de nombreux
affrontements civils.

La victoire de Laurent Gbagbo, candidat à cette élection est


reconnue. Cependant, le 19 Septembre 2002, des soldats rebelles venus
du Burkina Faso, tentent de renverser le pouvoir. Ils échouent dans leur
tentative mais s’emparent des villes de Bouaké et de Korhogo. Ces
rebelles vont former les forces Nouvelles, un parti politique qui occupe la
moitié nord du pays. La Côte d’Ivoire est donc scindée en deux.

Après plusieurs pourparlers, on arrive à un cessez-le-feu, à des


accords. Les points centraux sont la nomination de Guillaume Soro
(Secrétaire Général des Forces Nouvelles) comme premier ministre avec
la formation d’un nouveau gouvernement constitué des membres de
tous les partis politiques du pays. Des actions sont en cours pour une
véritable sortie de crise, qui se soldera par des élections présidentielles,
qu’on espère très prochaine.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 66
Cette crise politique qui traverse la Côte d’Ivoire va influencer tout
le cadre de vie de cette population.16

3.2. Une économie essoufflée par des stimuli externes et


internes.
Jusqu’à la fin des années 70, la Côte d’Ivoire, a connu une
situation économique enviable. Le taux de croissance de sa production
intérieure brute, est de 10,2% entre 1960 et 1965 et de 7,2% entre
1965 et 1975. Cette performance particulière, s’explique en partie par la
stabilité politique qui la caractérise, contrairement à bon nombre d’Etats
africains. C’est la période « du miracle ivoirien ». Toutefois, l’économie
présente des symptômes révélateurs d’une faiblesse structurelle. Elle est
caractéristique d’une forte dépendance de l’Etat vis-à-vis de l’extérieur et
du secteur agricole.

La chute des cours des produits agricoles de base (café, cacao),


principaux produits d’exportations qui dominent l’économie du pays,
entraîne une récession économique à la fin des années 1970. Cette crise,
perdure encore au cours des années 90, induisant des conséquences
sociales néfastes.

En janvier 1994, la dévaluation du Francs cfa, ramène un taux de


croissance de plus de 6% pendant deux années consécutives, grâce
notamment au PAS, mis en place par le FMI et la Banque mondiale. Ils
conduisent à des mesures drastiques de restriction budgétaire et de
redressement économique par le gouvernement, sans grand succès.

16
idem
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 67
Les arriérés de paiement des dettes contractées auprès des
institutions, ainsi que les problèmes de gouvernance liés à l’exécution de
projets financiers par l’Union Européenne, conduisent à la fin des années
90, à une rupture du partenariat avec lesdites institutions. L’impact
économique de cette situation, s’est aggravé par le coup d’état militaire
de 1999 et l’instabilité politique qui en résulte17.

L’économie de la Côte d’Ivoire est donc en mal bien que l’Etat


arrive encore à assurer certaines charges, notamment le paiement des
salaires. Face à un contexte mondial en crise et à des tensions politiques
internes, qui ont contribué à détruire l’image de ce pays, il devient
difficile pour ce pays africain de relever son économie, bien que celle-ci
dispose de nombreuses potentialités. Cette défaillance de son économie,
a de réelles incidences sur l’emploi, le coût de la vie, bref sur la
population.

3.3. La population ivoirienne : des valeurs héritées de son


histoire
La population ivoirienne est composée d’autochtones et
d’allogènes.

3.3.1. La population autochtone


La population ivoirienne est d’abord multiethnique.
L’administrateur colonial signale une soixantaine d’ethnies, qui sert
toujours de référence. Cependant, les linguistes dans leur approche
scientifique, se sont rendus compte qu’en considérant les familles

17
Idem
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 68
linguistiques ces langues pouvaient être rangées en quatre grandes
familles linguistiques : les Gur, les Mandés; les Akan et les Krou.18

Les Gur
Ceux-ci, situés au Nord et au Nord-est de la Côte d’Ivoire,
comprennent :
-les Senoufo et les parlers connexes et
-les koulongo auxquels l’on rattache les Lobi, les Lobori et les
Birifor

Les Mandé
Ils sont moins regroupés que les autres peuples de la Côte d’Ivoire.
Ils occupent les zones du Nord, du Nord-ouest et une petite portion du
Nord-est, sur l’axe Bondoukou-Dabakala. Les Mandé sont regroupés en
trois sous-groupes : Les Mandé du nord, les Mandé du sud et les autres
mandé. En fait, les Mandé de Côte d’Ivoire appartiennent à un ensemble
beaucoup plus vaste, connu sous l’appellation de Manding, où se
différencie des noms comme Malinké, Bambara, Dioula.
En Côte d’ivoire, le Dioula sans doute la première langue populaire
ne serait qu’une expression linguistique vulgaire des commerçants,
compte tenu de sa large diffusion dans le commerce et sur tous les
marchés des villes et des campagnes. C’est à travers cette langue que
s’opère la très large majorité des transactions commerciales des secteurs
formel et informel. Langue du commerce, véhicule de conversion à
l’islam, des relations sociales, le Dioula est un précieux outil de
communication de masse en Côte d’Ivoire.

18
Idem
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 69
Les Akan
C’est au Centre et à l’Est que l’on trouve les populations de l’aire
Akan. Ils sont aussi connus sous la dénomination Kwa. Il y a deux
groupes Akan :
Les Akan du front lagunaire installés autour de la lagune Ebrié,
Ouladine, Aby, Tano, Ehy, M’Pouto, Aghien et Grand-Lahou.
Les Akan de l’intérieur parlent les langues suivantes : l’Abbey,
l’Akyé, l’Agni, le Baoulé, l’Adjoukrou, l’Alladjan…

Les Krou
Le peuple Krou est réparti dans le Sud et le Sud-ouest du pays. Il
est composé de deux entités sociales :
Les krou de l’Ouest ;
Les Krou de l’Est.

Figurent majoritairement dans les Krou de l’ouest, les Guéré et les


Wobé avec des sous unités comme le Tao, le Poémé et le Sénien
(variétés dialectiques). On y trouve d’autres parlers comme l’Ahizi, le
Niamboa, le Nédéou…
Dans le groupe de l’Est, le plus homogène, figurent les Bété, les
Godié, les Dida et autres sous-groupes tels les Néyo, les Kouya les
Kwadja.

Le découpage de l’Afrique après l’ère coloniale, montre aujourd’hui


le caractère arbitraire et factice des frontières nationales. Les divisions
des entités ethniques et culturelles de part et d’autres des souverains, se

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 70
présentent à la fois comme un atout de l’unité africaine et comme un
problème de défense de légitimités artificielles.
Les questions d’identité et de nationalité qui transparaissent à
travers les langues et les aires culturelles, semblent trouver leur palliatif
dans les langues étrangères dites nationales. C’est le cas du français en
Côte d’Ivoire. Mais combien sont-ils à parler le français même édulcoré ?
Ces difficultés de communications, les populations les ont résolues
en forgeant des langues de synthèse (Dioula, Français Baoulé ou le
Nouchi,) appuyées au besoin par un langage (mimique) très expressif.

3.3.2. Les allogènes


La population ivoirienne, connaît une croissance rapide.
En 2005, elle est estimée à 19.800.000 habitants. Cette croissance
rapide, est imputable à l’immigration continue des populations
étrangères. Le recensement général effectué en 1998, fait état de 26%
d’étrangers, soit plus du quart de la population. Les immigrés en quête
de mieux être, ont été attirés par le développement économique rapide
et la stabilité sociale et politique que connaissait le pays avant le début
des crises socio-politiques et militaires. Ils proviennent majoritairement
des pays de la CEDEAO. Malgré la crise de 2002, on compte encore en
2008, de nombreux étrangers : burkinabés, ghanéens, libériens,
sénégalais…
A côté de ceux-ci s’ajoutent les libano-syriens, les asiatiques, les
européens avec en tête les français.

Les activités commerciales et l’immigration ont accéléré le fait


communicationnel dans toute la Côte d’Ivoire et dans toutes ses parties

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 71
(urbaine et rurale). A travers ce fait communicationnel, il y a des
échanges culturels qui s’effectuent sous les formes les plus variées et les
plus osées : mode vestimentaire, usage de cosmétiques,
d’ornementiques et travestis de toutes sortes, souvent considérés
comme signe de modernité et adoptés comme tels. Les concurrences
livrées sur ce terrain à la tradition sont souvent maladroites, parfois
dangereuses et en tout cas superficielles. Les institutions traditionnelles
et celles de l’état moderne se chevauchent, s’entremêlent et finissent par
créer tant en milieu rural qu’en milieu urbain, des personnalités
ivoiriennes et africaines nouvelles.

Cette population ivoirienne dans son évolution a subit de


nombreuses transformations, influences, qui la caractérisent. Quelles
sont donc les particularités de cette société ivoirienne ?

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 72
Carte I
Répartition de la population ivoirienne

Source : Wikipédia

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 73
*Les caractéristiques de la société ivoirienne
La population ivoirienne a subi trois influences
majeures:

- Celle de la colonisation ;
- celle de l’indépendance ou du « miracle ivoirien » ;
- Celle des crises économiques et politiques

Les influences de la colonisation


La société ivoirienne, à l’instar des autres sociétés du continent
africain colonisées et ayant subi pendant des décennies, l’influence et la
domination des occidentaux, garde encore les stigmates de ses ex
colonisateurs. Il ne peut en être autrement quand on sait que l’action
coloniale française, entre autres, visait deux principaux objectifs :
d’abord l’enrichissement de la métropole, puis l’assimilation des
populations soumises en vue d’en faire des sujets français. L’homme
blanc était regardé comme un surhomme, un être supérieur, puissant et
riche. Son mode de vie, sa langue, son parler et son style vestimentaire,
étaient des prototypes de la civilisation, les références de la civilisation
idéale. Savoir lire, écrire et parler français, constituaient les rudiments
d’entrée, indispensables à l’insertion dans ce monde civilisé. Par
conséquent, l’école était quasi obligatoire. Les écoliers avaient
interdiction de parler leur langue maternelle sous peine de subir des
sanctions humiliantes. Dans cet état d’esprit, il n’était pas étonnant que
les cadres coloniaux (commis, interprètes…) fussent perçus comme des
personnes émancipées et affranchies des conditions quasi-serviles de
leurs frères.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 74
Avalisant ce qui précède, de nombreuses couches sociales sont
encore aujourd’hui, par le parlé, le vêtis et le mangé, considérées
comme des êtres supérieurs. L’expression ivoirienne « faire comme
blanc » (faute de pouvoir être blanc ou blanche), s’adresse à toutes ces
personnes qui adoptent le style du colonisateur.

Partant de ce qui précède, ce relent de complexe racial et culturel


peut-il se retrouver aujourd’hui dans le phénomène de la dépigmentation
de la peau chez les femmes, objet de cette étude ?

Les influences de l’indépendance ou du « miracle ivoirien »


Il faut dire que pendant cette période ou du moins pendant celle
« du miracle ivoirien », la population ivoirienne connue de profondes
mutations à travers le relèvement du niveau de vie des habitants, la
réalisation d’infrastructures sanitaires, éducatives et sociales. Cette
période de stabilité politique et sociale, d’opulence va favoriser
l’immigration des populations étrangères. Avec la colonisation, le contact
avec d’autres populations et la modernité (urbanisation, développement
technologique, introduction de l’économie, de l’argent et d’autres
innovations et créations), les mouvements d’emprunt s’accélèrent. Les
mutations que cela créent, circonscrivent de nouvelles entités culturelles,
enrichies de contacts multiformes. Les composantes matérielles et
mentales de la modernité, infiltrent de nouvelles valeurs de référence, en
provoquant des regards nouveaux sur les traditions, les peuples eux-
mêmes et leurs modes de vie. Les traditions endogènes, sont affectées
par les innovations extérieures. La dynamique des emprunts à travers les

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 75
langues, les arts et les activités de production et de reproduction, crée
un nouveau monde.

Les influences des crises économiques et politiques


Les crises économiques et politiques de la Côte d’Ivoire, vont
ostensiblement modifier le paysage de la société ivoirienne. En effet, ces
crises et leurs conséquences (chômages, inflations, pauvreté) vont
reconstituer ou faire reconsidérer le paysage social et les rapports
sociaux. Le pays d’une manière générale est en souffrance et Abidjan, en
est le reflet. Aussi est-il aisé de comprendre dans un climat de
dégénérescence, que l’argent devienne la grande référence. Le secteur
informel, déborde d’initiatives plus ou moins saines, pour survivre. Dans
cette mouvance, les filles et les femmes procèdent elles aussi, à la
débrouillardise. A leur niveau, la prostitution voilée ou affichée, semble
une voie de survie. C’est dans cette optique, que s’inscrit la
dépigmentation. L’investissement qui y est consenti, en dépit de la
cherté de la vie, l’est sous réserve d’en tirer profit ; profit qui ne
s’imagine pas sans le facteur argent. A cet acte corporel, s’ajoute
l’adoption d’un mode vestimentaire, la fréquentation d’autres lieux de
divertissement ainsi que d’un langage urbanisé, qui constituent des
attitudes dérivées du pouvoir de l’argent. Par ailleurs, la monétarisation
affecte de plus en plus les institutions et les lieux de sociabilité. Elle
continue de plus en plus à saper les fondements éthiques, et les valeurs
de respect et de bonne conduite. En effet, les effets déstructurant de
l’argent se perçoivent au niveau familial où se ne sont plus les parents
qui entretiennent la famille mais les enfants. Les rapports aînés /cadets ;
parents/ enfants ; hommes/ femmes, se détériorent sous son influence.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 76
La poursuite de l’argent notamment en ville, favorise également le
passage d’un mode de vie communautaire, solidaire, à un autre
sociétaire, plus égoïste et individualiste. Ainsi, l’argent apparait comme
un prédateur du lien social comme le souligne Georg Simmel par les
formes de dislocation sociale que sa recherche engage.
Dans la perspective du cadre général de la présentation de la Côte
d’Ivoire, le changement social apparaît comme un ensemble de
transformations qui touchent une collectivité. Ces transformations à la
fois économiques, politiques et culturels, affectent et de façon quasi
irréversible, le fonctionnement globale de la société.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 77
CONCLUSION PARTIELLE

Entre les valeurs séculaires des traditions et les innovations de la


modernité introduites depuis la colonisation, la Côte d’Ivoire subit de
fortes pressions de changement. A cela il faut ajouter son instabilité
politique et ses difficultés économiques et financières qui ont accentué
ou accéléré le processus de transformations déjà en marche.
Les changements sociaux qui en résultent, vont provoquer des
attitudes et comportements variés dont certains excessifs vont animer
les villes, dont Abidjan représente le prototype urbain en Côte d’Ivoire.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 78
CHAPITRE DEUXIEME :
LA VILLE D’ABIDJAN : UNE CAPITALE COSMOPOLITE

INTRODUCTION

Un fait social ou un phénomène donné se déroule dans un cadre


précis dont il est indissociable. La dépigmentation féminine, sujet de
notre réflexion, se déroule dans un contexte urbain qu’il importe de
présenter, afin de montrer la richesse de ce cadre, ses éventuelles
influences sur la population et ses implications sur le phénomène étudié.
C’est dans cette optique qu’intervient la présentation de la ville
d’Abidjan.

1. L’HISTORIQUE DE LA VILLE D’ABIDJAN

Abidjan est à l’origine, un petit village de pêcheurs où vit le peuple


Tchaman (Ebrié). Selon la tradition orale Ebrié, le nom Abidjan
« abijean » serait né d’un quiproquo. La légende raconte qu’un vieil
homme revenant de son champ, les bras chargés de branchages,
rencontra sur son chemin un explorateur européen en perdition qui lui
demanda le nom du village le plus proche. Le vieil homme ne parlant pas

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 79
la langue de l’homme blanc, cru comprendre que celui-ci demandait ce
qu’il faisait en ces lieux. Il s’enfuit en criant : « n’tchan m’bidjan » « je
viens de couper des feuilles ». L’homme blanc cru avoir la réponse à sa
question et consigna sur son bloc note Abidjan.19

2. L’ASPECT GEOPOLITIQUE

L’agglomération d’Abidjan, est située au Sud de la Côte d’Ivoire, au


bord du Golf de Guinée et est comprise entre les latitudes 5 .00’ et 5°.30’
Nord et les longitudes 3 .50’ et 4°.10’ Ouest. Elle s’étend sur une
superficie de 57735 ha. Elle représente à vol d’oiseau une étendue d’une
douzaine de kilomètres du Nord au Sud et d’une dizaine d’Est en Ouest.
Abidjan est entouré au Nord par les villes de Tiassalé, Agboville, Adzopé
et Alépé, au Sud par le Golfe de Guinée, à l’Ouest par les villes
Jacqueville, Grand-Lahou et Dabou et à l’Est, par Grand-Bassam.

Par un décret du 10 Aout 1936, Abidjan prit la place de la troisième


capitale de la Côte d’Ivoire après Grand-Bassam et Bingerville. En effet,
L’évolution spatiale de la capitale de la Côte d’Ivoire a connu bien des
péripéties. Afin de répondre aux nouveaux besoins de la révolution
industrielle, l’Amiral français Boüet naviguait régulièrement sur les côtes
ouest africaines. Il signa plusieurs contrats de monopole commercial
avec les chefs des différentes tribus ivoiriennes. Petit à petit, les français
s’installèrent sur toute la côte jusqu’à ce qu’ils soient chassés par les
britanniques. Aussi lors du Congrès de Berlin en 1885, les zones

19
Source: Wikipédia
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 80
d’influences respectives des français et des anglais furent fixées. Louis
Gustave Binger fut nommé comme représentant de la France auprès des
tribus ivoiriennes. Le 10 Mars 1893, le décret portant création de la
colonie de Côte d’Ivoire fut signé et Grand-Bassam en devint la première
capitale. Quelques années plus tard en 1899, une épidémie de fièvre
jaune va rendre la capitale inhospitalière. Ainsi après Grand-Bassam,
Bingerville de 1900 à 1934 prit la relève.
Par la suite, une raison économique sera à l’origine du deuxième
transfert de capitale. En effet, les cultures du café, cacao, palmier à huile
et de l’hévéa nécessitait des voies d’évacuation vers la haute volta, le
soudan français et même l’Europe où ils étaient commercialisés. La
solution à ce problème se trouva dans l’installation d’Abidjan 20 comme
capitale de la colonie de Côte d’Ivoire de par son accessibilité par la voie
maritime et la construction du canal de Vridi en 1950. En 1960, la Côte
d’Ivoire devint indépendante sous la présidence de Félix Houphouët
Boigny. Ce dernier fit de Yamoussoukro son village natal, la capitale
politique officielle de la Côte d’Ivoire par la loi n° 83-242 du 21 Mars
1983 rendu applicable par le décret n° 97-177 du 19 Mars 1997, le but
étant de transférer l’administration d’Abidjan à Yamoussoukro. Mais
qu’en est-il dans la réalité ?

20
Voir carte n°2, page 85
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 81
TABLEAU II
LA SUCCESSION DES CAPITALES POLITIQUES DE LA C.I.

Ordre Villes Année de Observation


décret
1 Grand-Bassam Vers 1893 A la suite d’une épidémie de
fièvre jaune, la capitale est
transférée à Bingerville
2 Bingerville De 1900 à 1933 Avec l’ouverture du canal de
vridi, la capitale est
transférée de Bingerville à
Abidjan
3 Abidjan De 1933 à 1983 Avec la macrocéphalie
d’Abidjan, une loi du
parlement ivoirien décide du
transfert de la capitale
d’Abidjan à Yamoussoukro
4 Yamoussoukro Depuis 1983 Malgré la promulgation
officielle, tout se passe
comme si Abidjan est la
capitale de la Côte d’Ivoire.
Mais le transfert est rentré
dans sa phase active sous
l’égide du Président Gbagbo

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 82
*Officiellement
Officiellement, Abidjan n’est pas la capitale politique et
administrative de la Côte d’Ivoire. Cette réponse, tient au fait que le
parlement a voté une loi transférant la capitale de la République de Côte
d’Ivoire d’Abidjan à Yamoussoukro. Cette décision devant être suivie du
transfert effectif des activités politico-administratives de la première à la
seconde. Ainsi depuis 1883, le troisième transfert de la « tête » politique
du pays est consommé au plan légal. Sur les tablettes officielles, dans les
ouvrages de géographie et les documents administratifs, Abidjan n’est
plus la capitale de la Côte d’Ivoire. C’est la ville de Yamoussoukro qui
porte ce titre.
Cependant, Abidjan est-elle dessaisie de son statut, en vertu des
inscriptions légales officielles ?

*Officieusement
Abidjan, malgré la loi de transfert, demeure officieusement la
capitale administrative, économique et culturelle de la Côte d’Ivoire. La
phase transitoire du transfert réel qui dure depuis près de vingt (20) ans,
continue de reconnaître de fait, des prérogatives à l’ancienne capitale.
Ainsi, elle assume encore aujourd’hui des fonctions que le parlement ne
lui reconnaît plus.
Une observation même rapide de la ville d’Abidjan, permet de lui
reconnaître ses fonctions. Pour preuve :
Le siège du gouvernement (la primature) qui y est établi, continue
d’abriter les séances des conseils des ministres. Le Parlement est
également à Abidjan et les sessions parlementaires s’y tiennent toujours.
A ces institutions républicaines, ajoutons Le Conseil Economique et

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 83
social, la Cour Suprême, le Conseil Constitutionnel, la Grande
Chancellerie, qui tous assure leur rôle dans ladite capitale.

*Les dispositions nouvelles


Toutefois, il faut souligner que depuis la seconde république en
2000, le nouveau pouvoir a décidé d’actualiser la position de la ville de
Yamoussoukro comme capitale de la République de Côte d’Ivoire. Cette
volonté politique est concrétisée par la tenue de plusieurs réunions
politiques du conseil des Ministres. Mieux encore, il y est entrepris la
construction du Palais des Députés, du Parlement et du Palais de le
Présidence de la République. En attendant la fin des travaux, Abidjan
continue de faire de l’usurpation malgré elle. Elle demeure dans les faits,
une capitale à part entière.
Ces précisions établies, examinons de plus près cette capitale au
cœur de laquelle se déroule l’éclaircissement des femmes ivoiriennes.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 84
Carte II
Quelques villes de Côte d’Ivoire

Source : Wikipedia

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 85
3. LES DIMENSIONS ADMINISTRATIVE, ECONOMIQUE ET
COMMERCIALE

3.1. La dimension administrative


Toute l’administration publique et gouvernementale du pays
est centralisée à Abidjan. Le siège du gouvernement qui y est établit,
continue à abriter les séances hebdomadaires des conseils de
gouvernement et des ministres, les visites officielles des chefs d’Etats et
de Gouvernements. Dans cette logique, on y trouve les cabinets
ministériels et leurs services techniques. Le siège du Parlement est
encore à Abidjan où se tiennent les sessions parlementaires. On y trouve
Le Conseil Economique et Social, la Cour Suprême, le Conseil
Constitutionnel, La Grande Chancellerie, la Primature. Toutes les
ambassades et les Chancelleries y sont présentes ainsi que des antennes
des institutions internationales telles que le PAM, le PNUD, le FNUAP,
L’OMS, l’UNICEF…

3.2. La dimension économique et commerciale


Abidjan porte le nom de « la Manhattan africaine » du fait
des gratte-ciel qui composent la commune administrative ou le quartier
des affaires qu’est le Plateau. Elle est un véritable centre d’affaires non
seulement pour les ivoiriens mais pour toute l’Afrique de l’ouest et au-
delà. A ce titre, elle concentre 60% de la production nationale du pays et
draine la majorité des activités de la Côte d’Ivoire. L’économie ivoirienne
est l’une des plus importantes de l’Afrique de l’ouest et plus globalement
de l’Afrique subsaharienne. Ce pays constitue un maillon clé de l’Union
Monétaire et Economique Ouest Africaine (UEMOA) dont il représente

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 86
36% de la masse monétaire et contribue pour près de 40% au PIB.
Cette ville abrite plusieurs représentations d’institutions financières telles
que la Banque Mondiale, le FMI, la BOAD, la commission bancaire de
l’UEMOA, la Bourse Régionale des Valeurs…Comme dans la plus part des
pays en voie de développement une grande partie de l’économie se situe
dans le secteur informel avec de nombreux petits métiers et également
la commercialisation ou le trafic de produits contrefaits ou de
contrebande.
La puissance économique et commerciale d’Abidjan repose sur sa
voierie (5600 km bitumée en 1995) reliant les communes du district
entre elles, mais également Abidjan aux quatre coins du pays jusqu’aux
états frontaliers. A cela s’ajoute la construction du chemin de fer (la
RAN), pour non seulement évacuer les matières premières agricoles vers
les pays enclavés mais aussi favoriser la circulation des biens et des
personnes.
Le débouché maritime sur le golf de Guinée et le front atlantique
que constitue la localité d’Abidjan a conduit à la création d’un port, le
plus grand de la sous région et le deuxième d’Afrique en matière de
transbordement et du terminal à conteneurs. Grâce au canal de Vridi, de
15 mètres de profondeur, les bateaux à grand tirant d’eau peuvent
accoster. En dépit de la guerre le port d’Abidjan équipé de 41 postes, de
portiques et traitant près de 90% des exportations et importations du
pays, à continuer de fonctionner, tout comme celui de San-Pedro, et a
rapporté à la Côte d’Ivoire l’essentiel de ses devises.
Abidjan dispose en outre, d’un aéroport international pouvant
accueillir de gros porteurs. Il est desservi par de grandes compagnies
aériennes en direction des capitales du monde entier. Depuis sa

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 87
rénovation, l’aéroport International Félix Houphouët Boigny peut recevoir
plus de deux millions de passagers par an.

Tous ces réseaux d’infrastructures vont contribuer à faire d’Abidjan


un important nœud de communications et d’affaires. En résumé « la
perle des lagunes » est un pôle très attractif de par les différentes
activités et structures dont elle bénéficie. Un tel cadre ne peut qu’attirer
des individus aux origines diverses.

4. L’EXPLOSION URBAINE ET LES CONTRASTES SOCIAUX

Abidjan voit sa population doublée tous les sept ans depuis 1941.
Cette population qui était en 1998 de 2.877.948 habitants a atteint en
2006, 3.796.677 habitants. Du fait des déplacés de guerre,
l’agglomération compte 5.060.858 habitants. Elle est ainsi la ville la plus
peuplée de l’Afrique de l’ouest.

La population Abidjanaise est plurielle, multiethnique, multiraciale,


nationale et internationale. En effet, suite à l’échec scolaire, à la
pénibilité des travaux agricoles et à l’effondrement des cours des
matières premières, on assiste à un exode massif des populations des
campagnes vers Abidjan qui représente un lieu dont les opportunités
d’un devenir meilleur sont bien plus grandes, relativement aux
nombreuses activités que la ville suscite. De ce fait, un tiers des ruraux
participent à l’accroissement de la ville. En outre, les politiques agricoles,
d’hospitalité et d’ouverture du premier président de Côte d’Ivoire, Félix

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 88
Houphouët Boigny, ont favorisé l’immigration des populations
étrangères. En effet, la Côte d’Ivoire accueille 5 millions d’étrangers soit
le tiers de sa population. On retrouve de ce fait les burkinabés qui dans
un premier temps ont servi de main d’œuvre agricole ainsi que les
guinéens, les maliens etc. Les libanais (occupent le secteur du
commerce), les angolais, les nigérians, les centrafricains, congolais,
(pour ne citer que ceux là) victimes des guerres civiles ont trouvé en
Côte d’Ivoire une terre d’accueil. Les populations françaises en dépit de
la guerre et des exactions que certains d’entre eux ont subies sont
toujours présentes.
Cette surpopulation notamment depuis la situation de guerre, n’est
pas en adéquation avec les infrastructures et équipements de la ville.
Aussi, naissent-ils dans ces conditions de nombreuses poches d’habitats
précaires ; les bidonvilles (Gobélé, Sicobois, Boribana etc). Ceux-ci
occupent des surfaces considérables et les formes de concentration et de
taudification sont courantes. Tous les plans d’urbanisme sont déjoués à
l’intérieur de ces « quartiers ». Dans un tel environnement, les
contrastes sociaux sont évidents entre les riches et les pauvres, les
lettrés et les analphabètes, les travailleurs et les chômeurs, entre les
citadins de provenance rurale et ceux d’origine urbaine liés à cette
surpopulation. L’insécurité, le chômage, la pauvreté, la prostitution, le
banditisme se sont accrus et les comportements ou les relations entre les
individus se sont nettement modifiées ou détériorées. Ce contraste entre
les habitants est aussi à l’origine de produits de fabrications de seconde
zone au niveau cosmétique, vestimentaire, artistique, aussi dangereux
que moins chers, néfastes à l’économie du pays mais profitables à une
certaine catégorie de la population. A côté de l’industrie officielle,

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 89
industrie et commerce de débrouillardise se multiplient comme moyens
de subsistance et de survie mais également comme réponses aux
sollicitations variées des consommateurs sans ressources suffisantes.
C’est dans une capitale cosmopolite mais également distincte de par le
style de vie qu’évolue la dépigmentation cutanée des femmes.

Toute cette population est répartie dans dix communes21 séparée


par la lagune ébrié. Ainsi à Abidjan Nord se trouvent les communes
d’Abobo, Adjamé, Yopougon, Plateau, Attécoubé et Cocody. A Abidjan
Sud nous trouvons les communes de Koumassi, Marcory, Port-Boüet,
Treichville et l’île Boulay ;

5. LA TYPOLOGIE DES ESPACES ET LEURS CARACTERISTIQUES


SOCIO-CULTURELLES

L’espace urbain abidjanais, est hiérarchisé et spécifié en fonction


des communes et des quartiers à l’intérieur de ces communes. Cette
hiérarchisation et cette spécificité sont soit chronologiques (l’histoire de
la constitution des espaces habités), soit fonction des catégories
socioprofessionnelles des résidents (cadres supérieurs ou populations
migrantes pauvres), soit géographiques (en rapport avec l’orientation de
la commune dans le mouvement migratoire).
Au regard de cette typologie et des paramètres connexes, on peut
distinguer quatre groupes de communes :

21
Voir carte n°2, page 85
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 90
1- Les communes de l’indépendance ;
2- Les communes du « miracle ivoirien » ;
3- Les communes-dortoirs ;
4- Les communes marginales.

5.1. Les communes de l’indépendance.


Par commune de l’indépendance, il faut entendre des espaces
essentiels de la ville, construits au moment de l’indépendance, pendant
les années 1960 et qui hébergeaient les abidjanais. Ce sont Adjamé,
Treichville, koumassi et Port-Bouët.

5.1.1. La commune d’Adjamé


Située au nord d’Abidjan, Adjamé est la principale porte
d’entrée dans la capitale économique. Les migrants des axes nord-est,
Centre, Nord, Ouest et Sud-ouest, Sud-est, accèdent à la grande ville par
cette commune et sa grande gare routière. Avec ses premiers habitants
de l’ethnie Ebrié natifs de la commune, Adjamé a commencé sa
densification avec les constructions du Port d’Abidjan en 1950. Les
différentes vagues de migrations achèvent de la peupler et de la
surpeupler.
Celle-ci est devenue le symbole du dynamisme économique de la
ville africaine. Un monde des affaires, grouillant de vie. Adjamé est
considérée comme une « ville carrefour ». En effet, « Adjamé est un
carrefour et non un centre fermé. On peut s’y perdre, se
retrouver, tout y acheter, aller y prendre un car pour
Yamoussoukro ou le Mali. ; acheter de l’aspirine (capsule par
capsule) ou des remontants sexuels traditionnels ou asiatiques.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 91
On peut encore négocier gentiment avec les commerçants
libanais pour un bout de lin ou une imitation type tergal. »22
A Adjamé, on peut aussi trouver des clous, les pièces détachées de
voitures (la casse), du vernis, des serrures, des ampoules, des bouts de
ficelles, des portables et chargeurs de portables, des antennes de
télévision… du monde, du bruit, des affaires, des histoires.
Ce descriptif montre un aspect important d’un quartier où toutes
les rues sont des rues commerçantes, où tout est vendu, acheté,
revendu au détail, en gros ou demi-gros.

5.1.2. La commune de Treichville


Cette commune est célèbre par sa dénomination et son
symbolisme. Ce quartier qui porte le nom de l’administrateur français
Treich-laplène, est considéré comme le cœur de la culture urbaine de
Côte d’Ivoire. Il matérialise tous les changements sociaux et marque la
rupture entre la campagne et ses modes de vie à Abidjan. Sa position
sur l’île de petit Bassam en fait aujourd’hui un quartier de centre ville.
Depuis 1930, Treichville a rassemblé des colonies importantes de
sénégalais, Dahoméens (béninois), des Ghanéens, des Nigérians, des
Soudanais, des Nigériens. L’espace habité, porte encore les
concentrations ethniques de cette population ethnoculturelle. On y parle
de quartiers ou sous quartiers apolloniens, sénégalais, béninois…Vieille
ville, Treichville l’est véritablement, car c’est elle qui a su rassembler les
premiers auxiliaires de l’administration coloniale dans des vestiges
résidentiels comme Aras, Cité du port, cité policière…

Rapport de stagiaires sur la pauvreté urbaine. ; Abidjan, le montage du puzzle : brève visite de tous les quartiers.
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 92
5.1.3. La commune de koumassi
Sortie du marais à la même époque que le port
d’Abidjan, la commune de koumassi appelée autrefois nouveau Koumassi
par opposition à l’ancien (enclavée entre le village de Biétry et la Zone 4
ou Zone industrielle), est située à l’ouest de l’Aéroport International Félix
Houphouët Boigny.
Dès sa création, sa vocation de cité-dortoir pour les travailleurs,
s’est rapidement densifiée, pour accueillir toutes sortes de populations
de l’ouest africain.

5.2. Les communes du « miracle ivoirien »


Durant cette période faste, la Côte d’Ivoire a vu la réalisation
de nombreuses infrastructures et équipements. La ville d’Abidjan a à cet
effet, bénéficié de nombreux programmes de constructions et de
structuration de son réseau d’habitat. Ainsi dans cette mouvance
favorable, sont nées les communes du Plateau, de Cocody, de la Riviéra
et des Deux-Plateaux.

5.2.1. La commune du Plateau


Bien qu’ancienne, cette commune a connu un essor
véritable avec le « boom économique », qui a permis d’en faire le
principal centre :
1- des affaires (siège de nombreuses banques, assurances,
organismes économiques et financiers) ;
2- de l’administration (Ministères, Ambassades, chancelleries
étrangères) ;

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 93
3- de la politique nationale (Palais Présidentiel, palais de
l’Assemblée nationale…)
4- de grands magasins et de bazars ;
5- des institutions internationales.

Son histoire date d’avant 1950, avec la construction de la voie


ferrée (Régie Abidjan Niger ou R.A.N). Le plateau naguère ville ou
quartier des blancs (celle de l’administration coloniale), a gardé son
allure de ville « blanche » française avec les noms de rues aux
consonances françaises (Boulevard Angoulvant, Avenue Chardy, Rue
Lecoeur…), ses immeubles reliques de style colonial (la primature,
patrimoine immobilier de la R.A.N, de la gendarmerie Nationale, du
Camp Galliéni…).
Plateau est la capitale de la mode, de l’esthétique et du goût extra-
africain. C’est la vitrine de la culture occidentale et de ses supports
matériels.

5.2.2. La commune de Cocody


Prévue pour être un quartier résidentiel, la commune
de Cocody, bénéficie d’un plan d’urbanisme aéré, d’un morcellement
foncier à lots spacieux pour un habitat de grand standing. C’est le cas
des sous quartiers la Cannebière, la Corniche, Riviera, Cocody les Deux
Plateaux, Val doyen. Les exigences architecturales, vont suivre cette
logique de commune chic, riche et réservée. C’est le secteur du grand
Cocody, avec ses constructions de prestige et de luxe.
De 1966 à 1976, on assiste à l’agrandissement de la classe
moyenne, d’où l’extension du périmètre de Cocody vers les II Plateaux

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 94
première à septième tranche. C’est le même mouvement avec les
quartiers Riviera I, II, III. C’est l’Etat lui-même qui assure la promotion
de cet habitat, à l’aide des sociétés immobilières telles que la SICOGI, la
SOGEFIHA, la SOPIM et la SIDECI.
De 1980 à 1998, le développement spatial, structurel et
urbanistique de Cocody va donner naissance aux quartiers Angré,
Aghien, Dokui, Djibi, Attoban, Akouédo, Palmeraie, Allabra, Bonoumin….
Les promoteurs sont soit des sociétés immobilières, soit des particuliers.
Il faut tout de même constaté dans cet univers structuré, des
poches vides rapidement peuplées par un habitat pauvre. L’occupation
anarchique de ce foncier, correspond effectivement à des bas fonds,
placés sur des lits de rivières, interdits aux constructions d’habitations.
Ces aires abandonnées, sont occupées illégalement par les personnels
domestiques des propriétaires/locataires des villas. L’objectif de
l’opération, est de disposer d’un terrain même illégalement, afin de bâtir
une maison avec des matériaux de récupérations (bidons, cartons,
planches…) et s’affranchir relativement ainsi des contraintes mensuelles
de loyers ‘’chers’’ (relativement à revenu déjà maigre), de transports et
aussi d’être proches des patrons ou de leurs villas dont on assure la
garde et/ou l’entretien.

5.3. Les communes dortoirs


Les communes de Yopougon, Marcory, Port-Bouët peuvent
être considérées comme des communes dortoirs, bien que cette fonction
urbaine se soit diluée sous la pression de complexes activités de la ville.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 95
5.3.1. La commune de Yopougon
Cette commune que nous verrons plus en détails dans
les pages qui suivent, se situent à l’entrée Nord d’Abidjan. Elle a été
quadrillée pour accueillir le trop plein du noyau d’Abidjan. Sous l’effet
des besoins urbains, cette commune va se développer en populations
comme en surface, pour devenir la commune la plus grande d’Abidjan.

5.3.2. La commune de Marcory


Située entre Koumassi et Treichville, la commune de
Marcory porte le nom de Comptoir Lorrain Marcory. Le responsable
Achalme, a acheté cet espace foncier et s’est installé sur un vaste
domaine qui a servi à bâtir un habitat de cadres moyens et subalternes,
dans les années 1964. Le prolongement de ce quartier vers Koumassi,
connaît une animation particulière la nuit, avec ses hôtels, maquis, bars
dancing et autres lieux de ‘’joie’’.

5.3.3. La commune de Port Bouët


Cette commune qui porte le nom d’un autre
administrateur colonial français, (Bouët Willaumez), est au Sud-est de la
capitale. Naguère village de pêcheurs locaux et étrangers, Port-Bouët
porte encore les stigmates de ses origines, avec les « villages de
pêcheurs de poissons» togolais, béninois, maliens, ghanéens dans les
sous quartiers d’Adjouffou et de Gonzagueville. La partie centrale,
occupée par des promotions immobilières (SOGEFIHA), a été le label de
la modernisation de ce quartier, à partir de 1965. Avant cette date, Port-
Bouët n’était qu’un gros bidonville plongé dans le sable de la bordure
maritime ; ses maisons coiffées de feuilles de cocotiers et ses murs en

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 96
bois. Aujourd’hui, cités universitaires, cités pétrolières, zone industrielle
de Vridi, Camp du 43 ème Bima, Aéroport international Félix Houphouët
Boigny, lui donnent les apparences d’une grande cité balnéaire, même si
des points d’ombre de ses modestes origines, sont encore perceptibles
dans son habitat.

5.4. Les communes marginales


Son habitat fort modeste, laisserait plus facilement cette
commune se classer parmi les cités dortoirs, du fait de sa fonction de
seconde porte d’entrée à Abidjan. Abobo, est aussi un grand marché de
produits vivriers pour contribuer à nourrir les millions d’habitants de la
capitale abidjanaise.
En fait de quartiers marginaux, il faudrait inclure la cité d’Anyama,
prolongeant Abobo et la cité de Bingerville situé à 15Km à l’est d’Abidjan.
En effet, de ces deux cités hors agglomération abidjanaise, vont et
viennent de nombreux travailleurs que les communes du grand Abidjan
ne peuvent héberger, faute de logement disponible.

En résumé, ces différents quartiers du fait de l’exploitation de la


ville, cumulent plusieurs fonctions, hébergement, production industrielle,
commerce, culture, dans une pluralité structurelle et fonctionnelle
exceptionnelle. Chaque quartier présente des particularités, qui ajoutent
au phénomène urbain. En effet, chaque commune subit l’influence de
l’autre, de par la mobilité ou la dynamique de ses habitants. On va et on
vient d’une commune à l’autre pour y vivre, travailler, faire des achats ou
encore rendre visite à un membre de sa famille. Tous ces mouvements ;
ne sont pas sans incidences sur l’adoption ou la prolifération de la

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 97
dépigmentation. C’est donc à travers ces interactions, ces influences
réciproques, qu’il convient d’examiner le phénomène de la
dépigmentation féminine, dans la ville d’Abidjan.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 98
Carte III
Abidjan et ses dix communes

Source : Wikipedia

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 99
6. LA CULTURE ABIDJANAISE

Abidjan est d’abord un lieu culturel. La stabilité politique qui a


caractérisé la Côte d’Ivoire pendant des années a fait d’Abidjan un haut
lieu de la culture dans la sous-région ouest africaine. En effet, elle abrite
un certain nombre de festival :

 Au niveau du cinéma
- Le festival du cinéma clap-Ivoire ;
- Le festival du film espagnol (FESNACI) ;
- Le festival du court métrage depuis 1998 ;
- Le festival du cinéma israélien.

 Au niveau de la musique
- Faya flow;
- Les top d’or;
- Festival international de jazz d’Abidjan ;
- Festival international des musiques noires.

 Au niveau de la mode
- Les féeries, Miss Côte d’Ivoire ; Miss Awoulaba
- Yéhé espace de célébration de la mode africaine ;
- Festival international de la lingerie et de la beauté
d’Abidjan.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 100
En dépit de la crise politique et économique que traverse la Côte
d’Ivoire, Abidjan continue d’être une plate forme incontournable dans la
promotion de l’art africain.

Outre les manifestations artistiques qui s’y déroulent, Abidjan se


caractérise également par un langage. Ce langage, est le « nouchi » (ou
Français Populaire d’Abidjan23), l’argot des jeunes de la rue, des enfants
déscolarisés. Il est composé de termes linguistique issu du français, de
l’anglais ou autres langues internationales, mais également des langues
locales (Baoulé, Dioula, Bété…). Il servait de lien de connexion, de
fraternité entre ces jeunes, soulignant l’appartenance à un «même
monde », à leur situation, leur statut de marginaux… « le nouchi » a
depuis, dépassé le cadre des enfants de la rue permettant aux jeunes
ivoiriens et abidjanais de tous milieux de communiquer entre eux sans
être compris des adultes. Aujourd’hui ce langage est pratiquement
accessible et compris par toute la population abidjanaise. Mieux, il
s’exprime et s’entend au delà des frontières de la Côte d’Ivoire à travers
les artistes ou groupe comme Magic Système, Doug Saga, Alpha Blondy
et bien d’autres.

La ville d’Abidjan est aussi caractérisée par les « maquis» et les


bars dancing climatisés qui diffusent de la musique, proposent surtout à
boire et aussi à manger. Ces lieux foisonnent dans la capitale et sont
fréquentés par toute la population, des jeunes aux personnes plus
âgées; ce en fonction du style ou du standing de l’endroit et de sa
renommée, (allant du plus simple, fait de bois et de chaises au plus

23
Appellation de l’Institut de Linguistique Appliquée d’Abidjan
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 101
distingué où vous avez de véritables salons VIP). Yopougon fait figure de
leader et de pionnier en la matière. Sa principale attraction est la « rue
princesse » qui abrite un nombre de maquis et de bars climatisés
impressionnant dans un même périmètre.

La tenue vestimentaire est aussi singulière, associant le vêtement


africain et occidental. En effet, l’habit africain est confectionné à partir
du pagne africain (chemise pour les hommes et « maxi » ou longue jupe
pour les femmes plus un « corsage ou camisole »). La mode occidentale
est constituée de jeans, (taille basse ou normale), de pantalons (pour les
filles et les garçons), de robes, de jupes ; bref de tout ce que les
occidentaux portent jusqu’aux chaussures (talons aiguilles, basket,
bottes…). Tandis que l’habit africain couvre l’Homme, celui occidental
tend à le dévêtir ou à mettre en relief le physique. C’est le cas des jupes
mini, des pantalons tailles basses, des hauts décolletés mettant
pratiquement à nu la poitrine de la femme, et des tenues près du corps
pour les hommes afin de dessiner leur carrure. Ce style est accompagné
d’une tendance « le farottage » ou « le boucan » inventé par feu Douk
Saga et qui consiste à porter des habits de marque notifiant la puissance
financière de l’individu (homme ou femme). Le piercing ainsi que le
tatouage qu’il faut mettre en évidence par des tenues appropriées sont
également à la mode. A cela s’ajoute la pratique dépigmentaire
spécifiquement féminine. Les produits cosmétiques décapants ont
inondés les marchés abidjanais. Les femmes au teint noir sont
aujourd’hui « en voie de disparition ».

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 102
CONCLUSION PARTIELLE

Le statut ambigu que continue de jouer la ville d’Abidjan, capitale


politique et/ou économique ne fait que conforter sa vocation de ville
cosmopolite depuis 1950. Sa population multiraciale, explique son
caractère cosmopolite. Ce cosmopolitisme renforce sa position de ville
pluriculturelle où les civilisations africaines et non africaines créent une
dynamique que les activités urbaines amplifient de jour en jour. Les
mouvements de migrations ajoutés aux moyens de communication et de
transport en font une véritable plaque tournante, capitale de la mode, de
l’esthétique et de l’art musical. Abidjan connaît toutes les excentricités
édictées par les libertés individuelles et l’anonymat urbain. C’est dans ce
contexte et cet environnement ouvert que notre observation porte son
attention sur le phénomène de la dépigmentation de la peau chez les
femmes ; phénomène social entre autres dans cette dynamique société
africaine.
Voici en quelques lignes présentée la culture abidjanaise qui
s’étend à tous les quartiers du district et notamment Yopougon, lieu
spécifique de notre étude.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 103
CHAPITRE TROISIEME :
LA COMMUNE DE YOPOUGON :
CHAMP PARTICULIER DE L’ETUDE :

INTRODUCTION

L’espace urbain abidjanais est hiérarchisé et spécifié en fonction


des communes et des quartiers à l’intérieur de ces communes. Afin de
disposer d’un champ de recherche et d’observation plus restreint, il est
apparu utile, à l’intérieur du Grand Abidjan et de ses principales
communes, de limiter le terrain à la commune de Yopougon. Elle, qui
constitue le cadre spécifique de notre étude dispose de nombreuses
spécificités qu’il convient de présenter.

1. L’HISTORIQUE DE YOPOUGON

Reconnue par tous comme étant la plus grande commune de Côte


d’Ivoire, Yopougon n’a pas toujours été telle que nous la connaissons
aujourd’hui.
La commune de Yopougon est née de la volonté des Ebrié
‘’Bidjan’’, qui l’ont baptisé Yopougon, c'est-à-dire « champs de Yopou ».

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 104
En effet, Yopou qui était un patriarche qui vivant seul dans les environs
de l’actuel usine Uniwax, offrit une partie de ses champs à ces Ebrié.
Ainsi, en souvenir de son hospitalité, les ‘’Bidjan’’ prennent le nom de
« Yopou gonnin », ce qui signifie en langue Ebrié : les habitants des
champs de Yopou.

La commune de Yopougon ne prendra les allures de quartier


moderne qu’à partir de 1970. Avec l’avènement des sociétés
immobilières, des quartiers tels que Sicogi, Sogefiha, Selmer… seront
construits. A cette époque, le processus de modernisation de Yopougon
est mis en place. Après la construction des premières maisons en 1972,
place à la réalisation de la voie express ‘’Est-Ouest’’ sept années plus
tard, soit en 1979, et son érection en collectivité territoriale en 1980 par
la loi N° 78-07 du 09 janvier 1978 portant création des communes de
plein exercice en Côte d’Ivoire et organisée par la loi N° 80-61182 du 17
octobre 1980.
A cet effet, elle a connu la succession des maires suivants :
- Gadié Pierre (1980-1985) ;
- Doukouré Moustapha (1985-1990) ;
- Bédji Joseph (1990-1995) ;
- Doukouré Moustapha (1995-2000) ;
- Gbamnan Djidan (Depuis mars 2001).

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 105
2. LA SITUATION GEOGRAPHIQUE

Yopougon (dit aussi Yop City ou Poy en verlan) est une immense
commune ou quartier « populaire », à l’ouest d’Abidjan et se situe dans
Abidjan Nord. Cette commune taxée d’être la plus grande commune de
Côte d’Ivoire, s’étend sur une superficie de 14800 ha. Elle est limitée au
Nord par la commune d’Attécoubé, au Sud par la lagune Ebrié, à l’Est par
le Plateau et à l’Ouest par la ville de Dabou (voir carte n°3, page 99).

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 106
Carte IV
La commune de Yopougon dans le district d’Abidjan

Source : Wikipedia

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Le cas des femmes de Yopougon Page 107
3. L’ASPECT SOCIAL
3.1. Les données démographiques
Yopougon est la commune la plus peuplée du district
d’Abidjan. Selon le dernier recensement de 1998, la dite commune
comptait une population de 688.235 habitants. Elle avoisine aujourd’hui
1.000.000 d’habitants sans oublier ceux qui se sont greffés après la
guerre. Situé en périphérie d’Abidjan et étant sa porte d’entrée nord,
(desservie par l’autoroute du Nord Abidjan-Yamoussoukro), Yopougon
est Appelée « cité dortoir », du fait quelle constitue le premier point
d’accueil des ruraux qui immigrent vers la capitale. Ainsi, dans cette cité
dortoir, les populations ont conservé certaines valeurs traditionnelles
telles que la solidarité.

Cependant, vivant dans un contexte urbain privilégiant ou


valorisant l’individualisme, la réussite sociale, ces populations vont se
transformer. Ainsi va naître en eux le besoin de se démarquer les uns
des autres, dans le souci de réussir ; ce qui va conduire à emprunter
toutes sortes de voies, partant du travail honnête, aux activités
prohibées telles que la prostitution, le banditisme et autres.

3.2. Les infrastructures


A l’entrée nord d’Abidjan, Yopougon a été quadrillé par les
sociétés immobilières (offices HLM) SICOGI, SOPIM, GFCI et SOGEFIHA
pour abriter le trop plein du noyau d’Abidjan. La commune était en
majorité composée d’habitations groupées (Cours communes, immeubles
collectifs). Cependant, disposant encore d’une grande surface habitable,
Yopougon a poursuivi son extension avec de nouveaux quartiers

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 108
construits par des promotions immobilières et des particuliers. Ainsi la
commune compte de façon non exhaustive, 8 quartiers principaux
subdivisés en 32 sous quartiers (voir tableau n°3, page suivante).

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 109
TABLEAU III
YOPOUGON, SES QUARTIERS ET SOUS-QUARTIERS

LES PRINCIPAUX QUARTIERS DE YOPOUGON


Yopougon Banco Nord Banco Yopougon Zone Hôpital Niangon Niangon
Attié II Sud Kouté Industrielle Nord Sud

LES SOUS QUARTIERS DE YOPOUGON


-La Gare -Gfci -Toit -Camp -Mamie -Port Bouët -Niangon
-Banco II -Sopim Rouge Militaire Adjoua II Sud à
-Selmer -Nouveau -Sideci -Gesco -Niangon Gauche
ère
-Centre Urbain quartier Nord 1 -Niangon
-Siporex -Residentiel Tranche Sud à
-Sogephia (Millionnaire) -Maroc Droite
-Wassakara -Anananerai -Niangon
-Fanny Sud
-St Hubert Sicogi
-Cité
Verte
-Lièvre
Rouge
Académie
de la mer

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 110
A ces formes légitimes d’habitation non exhaustives, se sont
greffés les bidonvilles tels que Yao séhi, Mon mari m’a laissé…

Yopougon dispose de plusieurs centres de santé publique et


parapublique, d’un CHU (Centre Hospitalier Universitaire), de plusieurs
PMI (Protection Maternelle et Infantile) et pharmacies disséminées dans
la commune.

Elle offre à sa population divers établissements publics et privés. A


ceux-ci s’ajoutent des institutions spécialisées telle que l’Ecole des
Sourds, l’Institut des Aveugles, l’Institution de formation et d’éducation
féminine et trois centres sociaux qui ont pour but d’assister les
personnes vulnérables, désœuvrées et en détresse. On y retrouve
également l’Institut Pasteur, et une station de recherche de l’IRD ex
ORSTOM.

Sur le plan institutionnel, « Poy » compte un palais de justice, un


escadron de gendarmerie, un groupement de sapeurs pompiers
militaires, abrite la base de la Brigade Anti Emeute (BAE). Trois
commissariats (16ème à Sicogi ; 19ème au Toit rouge, du 17ème
arrondissement à Niangon) et un district de police quadrillent la ville.

En dépit de toutes ces institutions, on retient que les effectifs de


police ont du mal à faire face à l’insécurité grandissante dans cette vaste
commune. En outre, malgré ces structures d’éducation, 78,7% des
habitants ont un niveau scolaire équivalent au moins à celui du primaire.
De plus, la situation des femmes est particulièrement préoccupante. Pour

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 111
cela il suffit d’observer, la nuit tombée, la transformation de la jeunesse
féminine de cette cité qui offre son corps de façon déguisée ou ouverte.
Cette pratique des femmes de Yopougon est connue de tout le district
Abidjanais, d’où leur mauvaise réputation.

3.3. L’aspect économique et culturel.


Une zone industrielle a été créée en 1972 dans cette
commune, pour rapprocher les lieux de production de ceux du repos. Elle
est située entre Andokoi et Gesco. On a également une zone artisanale
dans le secteur de Niangon, précisément. En plus de cette zone
spécifique, l’artisanat est visible tout au long du quartier de par ses
nombreux articles de menuiserie qui sont exposés. Yopougon est
fortement caractérisée par le commerce. Elle compte plus d’une
quinzaine de marchés non structurés et éparpillés, de nombreux salons
de coiffure, une multitude de maquis (150024), de restaurants, d’hôtels
(plus de 100).

Sur le plan culturel, Yopougon est une véritable porte de spectacles


dans la mesure où elle abrite de grands concerts grâce à son stade
municipal et ses salles de fêtes.

Le Mont Zatro et le Baron, sont deux structures réceptifs


socioculturels, des lieux d’échanges et de divertissements. Plus focalisés
sur la musique et la danse, ces deux salles de spectacles sont une copie
de la Rue princesse en petit format. Toutefois, l’ambiance qui y prévaut
surtout les week-ends, est semblable à ce qu’on voit et entend à la Rue.

24
Un dernier recensement datant de fin 2006 indique qu’il existe près de 1500 maquis dans la commune
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 112
En dehors des week-ends et des cérémonies de dédicaces d’albums
musicaux, le mont zatro et le Baron servent aussi de grands lieux de
rassemblements. Les jeunesses des partis politiques, notamment ceux
du parti au pouvoir (le FPI°), et les groupements associatifs y tiennent
leurs meetings, conférences et assemblées générales.
La Foire Industrielle, Commerciale et Gastronomique (FICGAYO)
que la commune organise tous les ans au mois de mars, est la plus
grande du pays, regroupant plus de 1000 entreprises et recevant plus de
1500 visiteurs par jours. Cette cité est l’espace privilégié des fêtes de
générations des Ebrié et on y organise également une course de
masques, le « Guiébia » qui est une forte attraction touristique.
Yopougon est un véritable lieu de rencontre de la population abidjanaise.
Certaines sources de devises de la commune que sont les marchés, les
maquis et hôtels, sont très fréquentés par tout le district.
Le marché de Kouté sûrement le plus populaire d’Abidjan et qui se
caractérise par la vente de friperies (habits occidentaux de seconde main
ou de fin de série obtenus à moindre coût) est connu de tous. Les
vêtements à faible prix, commercialisés le mardi et le vendredi
précisément, permettent aux hommes comme aux femmes d’être à la
pointe de la mode, vu qu’on y trouve de tout. Par ailleurs dans ce
marché, on y vend tout ce qui touche à l’esthétique de la femme à savoir
les pommades éclaircissantes, celles qui font grossir les fesses, celles qui
raffermissent le ventre ou encore des pommades pour une rapide
croissance capillaire. Il faut souligner que ces produits dont on ignore ou
méconnaît les composantes et les effets sont prisés par la gente
féminine.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 113
Les maquis25 constituent un autre point à Yopougon où fusionnent
les abidjanais. En effet, ces lieux de distraction, de breuvage et de
restauration ont envahi la commune si bien que des maisons à partir
d’une certaine heure sont aménagées en maquis. L’essentiel ou les plus
prestigieux de ces lieux sont concentrés sur la « rue princesse.»

3.4. La rue princesse de Yopougon : un cas d’espèce


On ne peut parler de divertissements et de loisirs à Abidjan,
sans citer la « Rue Princesse de Yopougon ». Qu’est ce que la rue
princesse de Yopougon ? L’abidjanais vous répondrait de la manière
suivante (en mettant l’index droit sous l’œil droit) : « va voir
seulement ».
La Rue Princesse, est donc à voir. Le spectacle débute aux
environs de 17 heures jusqu’à l’aube. C’est à cette heure et seulement à
ce moment, que vous commencerez à comprendre ce que représente la
Rue.

4.DE LA NUIT AU JOUR : LES MUTATIONS DE LA RUE


PRINCESSE

Les mutations que subit cette fameuse rue entre le jour et le nuit,
feraient penser à un meuble convertible, canapé le jour et lit la nuit, par
son mécanisme articulatoire de pli et de repli. Tout se passe comme une
métamorphose. Cette rue toute ordinaire le jour, est différente la nuit.
En effet, dès 6 heures (le matin), les services municipaux de nettoyage,

25
Voir planche n°1, page 119
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 114
font le ménage. Ils dégagent la rue de ces immondices et autres déchets
produits pendant les heures d’orgies. Alors, la Rue Princesse, devient
une rue commerçante et passante ordinaire et innocente sur ces 1.100
Km de long entre les Pharmacies Keneya et Bel Air. Partir de 17 heures
jusqu’à l’aube, la rue princesse, règne et gouverne tous ceux qui la
fréquentent. On y rencontre toutes les couches sociales, toutes les
nationalités, toutes les races et tous les âges, notamment la jeunesse
ivoirienne de la diaspora venue en vacances pour se distraire. La nuit, la
Rue est carnavalesque.

4.1. De la musique à la danse


C’est un premier élément attractif. La musique, libérée à fond
à chaque mètre par les bars-dancings et même les habitations
particulières qui exploitent cette aubaine ou se transforment en maquis.
Ainsi, on y danse à la fois sur plusieurs rythmes ; puisque chaque maquis
veut diffuser le maximum de décibels par rapport aux autres. Toutes les
musiques et tous les rythmes sans limites, sont diffusés à tue-tête et les
formes d’improvisations sont permises. En effet, pendant un laps de
temps, les DJ se transforment en une sorte de griots, vantant « les
mérites » d’un client (tenue vestimentaire, puissance financière…). On
assiste à un échange de bons procédés. Les DJ sont récompensés par
quelques billets de francs CFA et le client voit sa renommée croitre.

4.2. De la foule à la clientèle.


Elle est très compacte et offre un curieux spectacle de
noctambules venus à un rendez-vous apparemment concerté. Les
expressions de liberté dans les tenues vestimentaires, le langage, les

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 115
attitudes, sont à la limite de la décence et de l’indécence. L’étonnement
et les questions donnent lieu à cette réponse : « Rue Princesse c’est
comme ça. » Pas de tartufferie pour qui est à la Rue. On y va et on voit
ou on n’y va pas et on n’est pas choqué par le spectacle.

4.3. De l’alcool à la drogue et aux autres stupéfiants


On aurait pu appeler cette rue, rue des alcools et stupéfiants.
Cette dénomination serait bien justifiée. En effet, dans cette rue, l’alcool
coule à flot. Toutes sortes de boissons alcoolisées ou non, sont
abondamment consommées ; Les boissons dites « fortes » (très
alcoolisées), sont considérées comme des « conditionneurs ». Elles sont
ingurgitées pour dissiper la gêne, la timidité et toute sorte d’attitude –
frein, au défoulement maximum que chaque fidèle ou client de
circonstance présent à la Rue, pourrait avoir.
Pour les habitués, si l’alcool ne suffit pas pour briser le seuil des
comportements osés et hardis, on a recours à l’additif, c’est-à-dire à la
drogue (comprimés d’amphétamine ou autre), pour être en état de
profiter pleinement de sa soirée.

4.4. De la gastronomie
La Rue Princesse, est une rue de « gros mangeurs ». En
effet, les victuailles qu’on y sert chaque nuit sont en quantité
impressionnantes.
On a d’abord les grillades de volailles (poulets et pintades) et de
poissons. A cela il faut ajouter la « viande de brousse », composée de
quartiers d’agoutis, de biches, d’hérisson, de singes …La viande de
bœuf, mouton et porc n’est jamais absente des plats.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 116
Les fritures de bananes plantains (alloco), d’ignames, de patates
douces, accompagnent la plupart de ces mets carnés, tout comme
l’attiéké (semoule de manioc), dont la consommation est très populaire.
« Bien manger, boire, danser et se défouler », pourrait être la
devise de la Rue Princesse.

4.5. Du sexe à la prostitution


La marchandisation, est une chose courante à la Rue. Des
filles relativement jeunes aux dames plus mûres, se trouvent partout en
offre libre dans cette rue. Leurs généreux attributs féminins, sont
quasiment exposés aux demandeurs. Même les non demandeurs sont
sollicités. C’est à peine si l’on n’est pas contraint au service sexuel, avec
les formes d’insistances des prostitués à demi - vêtues, esquivant sous
vos yeux, des mouvements obscènes et vous expliquant les facilités de
paiement, pour être le partenaire d’un soir.

4.6. De la violence
La violence, n’est pas une denrée rare à la Rue. Pour cette
raison, ce lieu reste sous haute surveillance chaque soir par le
Commissariat de police et les patrouilles mobiles des forces de défense
et de sécurité.

4.7. De la mode à ses excès


Dans une telle ambiance de l’anonymat urbain, chaque acteur
de la Rue pour se faire remarquer, doit choisir son type vestimentaire ou
son travesti. Les filles excellent en la matière : mini - jupes, corsage
largement décolleté, poitrine à moitié nue, lunettes fumées, coiffure,

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 117
voyante ou multicolore, maquillage accentué… Pour mieux captiver
l’attention des hommes convoités, les femmes ajoutent un « atout »
supplémentaire à leurs tenues. La dépigmentation, la métamorphose du
corps, sont un recours très en vue.
L’observation et la réflexion sur les activités et les caractéristiques
de la rue princesse dans la commune de Yopougon, donnent la pleine
mesure du phénomène dépigmentaire à Abidjan.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 118
PLANCHE I:
La Rue Princesse : aperçu d’un maquis

Source : Wikipedia

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Le cas des femmes de Yopougon Page 119
CONCLUSION PARTIELLE

Après l’aperçu de la Côte d’Ivoire, et l’examen de la ville d’Abidjan,


il était utile de camper les observations de terrain sur la dépigmentation
féminine de la peau, dans un champ plus restreint à savoir la commune
de Yopougon.
Les paramètres de cette commune (architectural, culturel,
économique, sociologique) dans leurs différentes combinaisons
(croisements) et incidences nous ont permis de disposer d’informations
utiles à nos analyses sur les contextes multiformes de la dépigmentation
de la peau.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 120
CONCLUSION DE LA PREMIERE PARTIE

La première partie de cette recherche, en situant son cadre général


(la Côte d’Ivoire) et son champ particulier (la ville d’Abidjan et
singulièrement la commune de Yopougon) visait deux objectifs majeurs :
● Présenter l’environnement historique et géographique, ses
caractéristiques humaines, ses atouts et limites économiques ; ses
influences culturelles et ses fondements sociaux et politiques.
● Montrer ensuite les référents multiples qui inspirent, le recours à
la pratique dépigmentaire de la peau chez la femme abidjanaise pour en
autoriser la compréhension sur le plan anthropologique et sociologique.

Ce cadre dans ses dimensions macroscopiques et microscopiques


précises « in situ » tient à ouvrir et élargir la réflexion théorique sur une
dimension de la question du genre, impliquée dans son mode
d’expression esthétique, cosmétique et aussi vestimentaire.

Il s’agit ici de la femme (jeune fille ou femme adulte) dont l’esprit


gagné par la culture urbaine participe activement aux changements
socioculturels en utilisant son corps comme substrat d’opération, d’action
et de métamorphose.
Avant d’y arriver, il était indispensable que les contextes matériel
(physique), culturel, social et économique soient précisés afin de bien

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 121
saisir les ressorts essentiels de ce phénomène qu’est la dépigmentation
cutanée en milieu féminin abidjanais. C’est ce contexte qu’a offert cette
première partie à travers les trois chapitres la constituant.

Que laisse entrevoir les manifestations de ce phénomène


dépigmentaire dans ses modes d’expressions ? Que recouvre-t-elle au
niveau individuel et collectif ? Quelle est la typologique des produits
utilisés ? Comment procèdent les femmes dans l’application des produits
dépigmentaires ? Et enfin, quelles sont les incidences économiques et
commerciales du processus de la dépigmentation ?

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 122
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 123
Chapitre 4 : La dépigmentation et les représentations féminines

Introduction
1. L’implantation de la dépigmentation en Côte d’Ivoire
2. Les raisons du recours à la dépigmentation
3. Les motivations ou les enjeux de l’art dépigmentaire
Conclusion du chapitre 4

Chapitre 5: La présentation et la typologie des produits dépigmentants

Introduction
1. Les produits éclaircissants
2. Les modes d’identification et de reconnaissance des produits
éclaircissants
3. La pratique et les techniques de l‘art dépigmentaire
4. La dépigmentation de la peau, la cosmétique et l’ornementique :
un triangle a grand spectre
Conclusion du chapitre 5

Chapitre 6 : Les incidences commerciales et économiques de la


dépigmentation

Introduction
1. L’importation des produits éclaircissants
2. Les lieux de commercialisation
3. L’impact financier des produits éclaircissants
Conclusion du chapitre 6

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 124
INTRODUCTION DE LA DEUXIEME PARTIE

La présentation du cadre général et particulier de cette recherche


sur la dépigmentation tend entre autres, à mettre en évidence des
repères sociaux, économiques et culturels, afin de mieux montrer le
processus de dépigmentation comme inscrit dans une dynamique
d’ensemble de transformations des mentalités et des styles de vie.
Dans cette deuxième partie de notre travail, nous abordons la
question de la dépigmentation proprement dite. Ce deuxième volet sera
subdivisé en deux points : pourquoi les femmes se dépigmentent et
comment elles se dépigmentent ? Ces deux grands points comportant
plusieurs sous points qui nous permettront de saisir les justificatifs, les
perceptions, les enjeux et ramifications du phénomène.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 125
CHAPITRE 4 :
LA DEPIGMENTATION ET LES REPRESENTATIONS FEMININES

INTRODUCTION

La dépigmentation dans quelque lieu où elle est pratiquée, suscite


de nombreux commentaires. Les scientifiques, l’opinion publique et
même les dépigmentées ont tous leur points de vue sur la question.
A Abidjan et précisément à Yopougon cadre de notre étude, le
phénomène suscite bien de l’intérêt tant il fait des émules au sein de la
gente féminine abidjanaise.
Pourquoi cette attirance des femmes pour la pratique ?
Comment les concernées justifient-elles cet acte ? Que retenir de
ces justifications ?

1. L’IMPLANTATION DE LA DEPIGMENTATION EN COTE


D’IVOIRE

La dépigmentation de la peau daterait de la seconde guerre


mondiale. Les militaires afro-américains basés en Asie du sud ont
découvert que les femmes de la région utilisaient des produits pour avoir

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 126
un teint laiteux et plus net. Alors de retour du front, ils rapportent dans
leurs affaires des crèmes miracles à leurs épouses, sœurs, mères, en
quête elles aussi de nouveautés cosmétiques pour régler les problèmes
de résidus cicatriciels, d’acnés ou de tâches.

Il est difficile de dater avec précision la pratique dépigmentaire en


Côte d’Ivoire. Cependant, nous pouvons parler de ces débuts, c’est-à-
dire des tous premiers blanchiments de la peau observés.
En effet, l’éclaircissement de la peau était en Côte d’Ivoire une
pratique des communautés étrangères africaines, notamment des
populations féminines ghanéennes. Cette communauté a été le
précurseur dans la fabrication et la vente ‘’des produits cosmétiques’’ fait
maison (crème à défriser, colorants pour cheveux dont la mauvaise
qualité était connue et leur consommation que par les populations de
très faible niveau de vie). En plus de cette activité, les femmes
ghanéennes étaient connues pour l’exercice de la prostitution.

Lorsque le phénomène à ‘’contaminer’’ la gente féminine ivoirienne,


il n’était perceptible que sur l’élite féminine abidjanaise, telles les
femmes des hauts dignitaires politiques, les femmes nanties… La
pratique se faisait par injection de cortisone ou par l’application de
produits dont l’achat exigeait une relative aisance financière. Par la suite,
les produits éclaircissants, et leur prix sont devenus plus accessibles,
banalisant le phénomène, et le rendant accessible à toutes les femmes
désireuses de s’éclaircir la peau.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 127
La question fondamentale de terrain sur la dépigmentation de la
peau en milieu féminin à Abidjan et singulièrement dans la commune de
Yopougon a été celle-ci : Pourquoi vous dépigmentez-vous la
peau ?
Cette question essentielle va permettre de mettre en évidence tout
au long de notre travail les motivations et les enjeux qui sous-tendent la
pratique.

2. LES RAISONS DU RECOURS A LA DEPIGMENTATION

Cette question ouverte impliquait plusieurs réponses possibles non


exclusives les unes par rapport aux autres. Les raisons de recourir à la
dépigmentation cutanée ont été nombreuses et riches en informations :

Sylvie Diomandé 20 ans, serveuse, sans enfant:« Ce sont mes


copines qui m’ont montré les pommades éclaircissantes. Ma meilleure
amie le faisait et c’était joli. Bon, j’ai voulu essayer et depuis je continue
Depuis que je suis claire, j’ai du succès auprès des hommes. Mon teint
est plus propre. A Abidjan la concurrence est rude. Il faut se battre pour
avoir quelqu’un.»

Noémie Allui 25 ans, mariée sans enfant, chanteuse : « c’est une


esthéticienne qui m’a concocté une pommade et mon teint noir est ciré ;
ça m’a mis en valeur, ça a amélioré mon teint ».

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 128
Blandine Allou 30 ans, sans emploi, 1 enfant, fiancé : « Je mets
les produits éclaircissants pour nettoyer mon teint, pour le faire
ressortir»

Linda Kouamé 17 ans, élève en terminal A:« Je voyais que le teint


de ma mère et de mes sœurs commençait à changer. J’ai demandé à ma
grande sœur et elle m’a montré comment faire. Quand je m’habille, je
suis plus joli […] Mais tout ça va ensemble ! Ton teint est propre, tes
habits sont clean avec des petits bijoux sympa qui vont avec, tu es
devant ou bien ? »

Solange Malan, 45 ans mariée, trois enfants, propriétaire d’un


salon de beauté :« C’est dans les magasins de cosmétiques où je paie les
produits pour mon salon, qu’on m’a proposé des pommades. La
vendeuse m’a dit que s’est bien et que ça marche en ce moment. Bon,
pour attirer la clientèle, comme je suis la propriétaire j‘ai essayé et les
gens m’ont dit que ça m’allait bien. Voilà comment j’ai commencé. A
Abidjan, les jeunes filles sont dangereuses, il faut tout faire pour garder
son mari. »

Agnès Bouabré, étudiante en maîtrise de droit, 30 ans, fiancée, un


enfant : « Mon mari aime les femmes claires. Donc je fais tout pour le
rester. Parlons sérieusement les hommes sont attirés par ce type de
femme. »

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 129
Georgette Séri 19 ans, élève en première D: « Si tu ne fait pas ça,
qui va te regarder. Tout le monde est dans le système. Tu vois que ça
marche pour certaines et tu vas rester là ? »

Micheline Doh 16 ans, élève en seconde : « c’est au marché, une


vendeuse m’a dit d’essayer une pommade pour enlever les tâches sur
mon visage et depuis tout mon corps est pareil et je continue. »

Cette série de réponses sur les raisons de recourir à la


dépigmentation cutanée, comporte au plan de l’analyse de contenus, de
nombreux éléments qu’on peut ainsi synthétiser :

1) Devenir belle
2) Améliorer son teint
3) Etre plus propre
4) Se faire admirer
5) Répondre à l’attente des hommes
6) S’intégrer à la vie citadine
7) Sortir de l’anonymat
8) Imiter les autres

En regroupant quelques thèmes identifiés, on peut effectuer certaines


observations pertinentes sur les propos des personnes interrogées.

2.1. La dépigmentation, le nettoyage corporel et la beauté


La dépigmentation serait-elle une cure corporelle, une action
de nettoyage du corps ? Se dépigmenter la peau pour « être plus

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 130
propre ; plus belle » le suppose. Si le teint dépigmenté paraît « beau »
et « propre » c’est dans tous les cas pour un temps ou du moins en
apparence. Les effets secondaires visibles (notamment une forte odeur
de transpiration sur Linda ou encore les différentes teintes observées sur
les mains et le visage de Sylvie) qui apparaissent au fil du temps
prouvent le contraire. En quoi est ce que le fait de s’éclaircir la peau est
un signe de beauté ou de propreté ? Y a-t-il des liens démonstratifs
entre la couleur de la peau, la propreté et la beauté ?

Une femme peut être noire, belle et propre tout comme elle peut
être claire, sale et laide. Le fait de vouloir s’embellir n’est pas en soi un
acte répréhensible. De tout temps, les femmes ont toujours porté une
attention particulière aux soins du corps. Pour cela en Afrique et
notamment en Côte d’Ivoire, les femmes s’enduisaient le corps de beurre
de Karité ou d’huile de palme par exemple, en guise de crème pour le
corps. Ces huiles ou ces plantes sont encore de nos jours utilisées en
cosmétique relativement à leurs propriétés raffermissantes et
nourrissantes pour la peau. En plus de ces produits naturels, des
marques de crèmes occidentales non dépigmentantes sont tout aussi
appropriées pour l’entretien du corps. Il s’agit entre autre marque de
Cocoa Butter, Mixa, Klorane, Nivea… A l’opposé, les produits
dépigmentants qui ont pour fonction d’enlever le pigment de la peau
sont plus destructifs que nourrissants. Au finale, la peau est
complètement défraîchit. Ces enquêtées sont donc loin de la vérité
quand elles perçoivent l’acte dépigmentaire comme une pratique
esthétique. Se sentir belle après le blanchiment de la peau nous parait
être plus psychologique que physiologique.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 131
« Etre plus joli ou plus belle »constitue un projet. Ces propos en
appellent à une nouvelle existence. La première est évaluée incomplète,
insuffisante ou insatisfaisante voire pénalisante. On est en présence d’un
dépassement du passé. La femme dépigmentée veut être plus belle (que
les autres filles) grâce à son nouveau teint (clair). Cette rivalité abstraite
qu’elle veut surmonter, ce combat fictif qu’elle veut gagner, est celui
qu’elle a elle-même crée. Son opposition au teint noir ou insuffisamment
clair, est son adversité. Cette adversité lui colle à la peau (au sens
propre). Sa victoire (celle de la culture sur la nature) fait appel à de
nombreuses ressources dont les produits éclaircissants.

Le teint clair évoqué comme un critère de beauté, nous conduit à


évoquer une autre dimension de la dépigmentation liée à la question
plus générale des canons de beauté en Côte d’Ivoire.

Le concept de beauté, se rapporte à ce qui a trait au beau, au


gracieux, au joli. Ce concept est lié au sentiment esthétique et qui ne
saurait lui-même s’exprimer sans un contexte de référence
socioculturelle. L’idée de la beauté est donc une idée culturelle avec ce
que cela comporte de valeurs morales, d’idées reçues, de projection
mentales et idéelles, spécifiques à des groupes sociaux donnés en milieu
traditionnel africain. Le beau, a ses répliques symboliques. Dans le
domaine de la statuaire par exemple, cette appréciation du beau, est
largement dominé par les références qui sous-tendent l’objet d’art dans
ses représentations des symboles esthétiques, admis par les milieux qui
produisent les objets.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 132
Ce qui est vrai dans l’art, l’est aussi dans d’autres secteurs
d’appréciation de la beauté. En la matière, les canons de beauté se
rangent derrière certains critères codifiés et transmis par les traditions
populaires et consignés comme valeur esthétique de référence.
Aujourd’hui grâce aux mass-média et aux critères exogènes
occidentaux, l’idée du beau impose d’autres critères ; d’où la discordance
avec les critères africains. Cela laisse l’esthétique perplexe dans ses
approches théoriques et pragmatiques pour la femme africaine. Cette
discordance entre canons de beauté moderne et canons de beauté
africains a par exemple en Côte d’ivoire, généré chaque année, deux
types de concours féminins.

*Le comité de Miss Côte d’Ivoire


Les critères de sélection du COMICI (Comité de Miss Côte d’Ivoire),
sont ainsi définis :
-avoir entre 18 et 30 ans ;
-taille : 1,70 m au moins ;
-poids : oscillant entre 50 entre 70 kg ;
-niveau scolaire : avoir au moins le niveau de la première, ou du
secondaire ;
-statut matrimonial : être célibataire sans enfant ;
-être physiquement bien proportionné et de bonne moralité.

*Le comité Awoulaba


Ses critères sont les suivants :
-âge : entre 20et 40 ans
-taille : entre 1, 50 m et 1, 70 ;

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 133
-poids : oscillant entre 50 et 80 kg ;
Statut matrimonial : indifférencié
-observations générales : être de bonne moralité.

Ces deux types de critères, correspondent pour l’un, aux normes


occidentales de beauté et pour l’autre, aux normes africaines d’où le
terme « awoulaba » ; terme akan désignant la femme africaine avec ses
particularités, notamment ses rondeurs.

A ceux-ci, la dépigmentation, ajoute le teint clair comme un critère


de beauté. Cela tiendrait à la rareté du teint clair pour les femmes
noires. En dehors des femmes peules, les autres femmes africaines sont
de teint noir. La ville a surement accentué ce critère endogène de beauté
féminine, entériné par les femmes et consacré et accentué par leurs
compagnies. Avec les aspirations du teint clair en milieu urbain, cette
couleur réunit beaucoup de suffrages et pousse les aspirantes à
redoubler d’efforts dans la pratique soutenue de l’éclaircissement de
l’épiderme.

2.2. La dépigmentation et la séduction


L’acte dépigmentaire semble correspondre à un appel
extérieur, à une réaction externe, celle des hommes. Les femmes
s’éclaircissent la peau pour répondre à l’attente des hommes, d’un point
de vue physique tout au moins. Elles s’acharnent donc à être claires pour
leur plaire. Or, le clair ou la couleur claire est luminescente. En
« portant » cette lumière, on est vu, identifié et repéré dans un
ensemble plus sombre. A l’inverse, c’est le même phénomène

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 134
d’identification facile, si l’on met du noir dans un ensemble blanc. Ainsi,
dans une colorie de femmes noires, une femme de teint clair se
remarque plus facilement, notamment par la gente masculine. Il s’agit
donc pour de nombreuses jeunes filles et femmes d’obtenir un teint clair,
pour parvenir à cette différenciation ; différenciation devant servir de
condition d’accès à d’autres prétentions discrètes, personnelles et
secrètes. Mais peut on aller jusqu’à dire que les hommes ont une
préférence pour les femmes claires ? Il est vrai que dans le jeu de la
séduction homme / femme l’aspect extérieur, compte pour beaucoup.
C’est d’abord ces aspects (physique, coiffure, allure, vêtement…) qui
attirent le regard, qui font la différence, qui focalisent l’attention.
Cependant, certains hommes interrogés sur la question nous ont donnés
les réponses suivantes :

Franck Oulaï, 29 ans, économiste, marié, un enfant « Pour moi


c’est d’abord les femmes grandes, élancées qui m’attirent, claire ou noire
ça m’importe peu » ;

Georges Bohoussou, 40 ans, chauffeur : « moi, j’aime bien les


femmes claires et puis les femmes qui sont bien en chair » ;

Alain Manglé, 31 ans, fiancé : « une femme bien dessinée et


intelligente, voilà ce que j’aime ».

Ces réponses révèlent des critères divers, variant d’une personne à


une autre. Certains hommes comme nous l’a signifié Monsieur
Bohoussou aiment les femmes claires seulement faut-il savoir s’il les

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 135
préfère claires naturellement ou après dépigmentation avec tout ce que
cela comporte. Il est clair qu’ici, les femmes se servent des hommes
comme prétexte pour s’adonner au décapage de la peau ; d’autant plus
qu’il y a des femmes noires qui sont aussi et encore l’objet de convoitise
de la part des hommes.
Ce qu’il faut retenir, c’est cette réelle préoccupation pour ces
femmes dépigmentées d’attirer, d’avoir ou de garder un homme auprès
d’elles. En effet, point de mire de la jeune fille ou de la femme, le
mariage reste une véritable hantise pour beaucoup d’abidjanaises. Etre
mariée, c’est être plus respectée et plus considérée par l’entourage. Ce
changement de statut de célibataire à marié est une réelle promotion. Le
regard des hommes, est donc à interpréter comme un éventuel signe
d’amorce de relation affective dont le couronnement est le mariage.

Comme le dit Georgette Séry, 19 ans, élève en première: « si tu ne


fait pas ça, si tu ne t’arranges pas qui va te regarder ? »

Sylvie Diomandé l’a bien souligné plus haut:« A Abidjan la


concurrence est rude, il faut se battre pour avoir quelqu’un ».

Jean Kouakou 28 ans, étudiant en Maîtrise de criminologie:« Il y a


trop de jolies filles maintenant à Abidjan. Les femmes sont versées et
pour nous les hommes c’est devenu dur d’être fidèle. Elles mêmes, te
draguent, alors tu vois un peu».

Il y a donc une réelle volonté pour les femmes de connaître le


bonheur matrimonial. D’après les propos ci-dessus, s’il faut se

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 136
dépigmenter la peau pour être plus belle, éligible afin d’aboutir au
mariage alors l’entreprise en vaut la peine. A défaut, une relation
amoureuse serait un moindre mal.
Seulement la question qui se pose est de savoir si l’acte
dépigmentaire est un bon procédé pour arriver à cette fin ? La beauté
est-elle la donnée majeure à considérer pour l’union entre l’homme et le
femme ? En outre de quelle union s’agit-il ? Est-ce une union d’amour ou
d’intérêts ?

A ce propos, Kouamé Rachelle, 17 ans serveuse dans un bar après


avoir arrêté ses études répond : « Qui ne voudrait pas épouser un
homme qui a l’argent. La vie est difficile maintenant dès ! Si l’homme ne
peut pas s’occuper de moi, pour que je sois à l’aise, c’est pas la peine ».

Il y a ici allusion à un certain confort qu’on espère. L’argent, la


voiture, la maison sont les biens de ce confort qui mettent à l’abri des
besoins et des difficultés et qui fait passer d’un niveau de vie (bas) à un
autre (élevé).Dans cette logique, l’on peut dire que s’éclaircir la peau
pour les femmes à Abidjan, obéit à un certain complexe d’infériorité par
rapport au niveau de vie ou à la classe sociale. La dépigmentation est un
moyen d’affranchissement de sa condition et une voie de recherche
d’une beauté physique pouvant aboutir à une resocialisation dans le
milieu urbain, dont une des variantes souhaitées est le mariage. Se
rendre clair (pas nécessairement belle) et se faire désirer pour échapper
à sa condition sociale pour une autre plus avantageuse ; voici une des
voies de ‘’salut’’ justifiant cette pratique.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 137
2.3 La dépigmentation et l’imitation

Imiter signifie faire ou s’efforcer de faire la même chose qu’autrui.


C’est chercher à reproduire ce qu’on voit. Ainsi, certaines femmes
s’adonnent à la dépigmentation pour reproduire ou obtenir le teint
admiré chez l’autre. Il s’agit par le biais de la dépigmentation, de
ressembler physiquement (par le teint) au modèle. Or, s’éclaircir la peau
(par des procédés biochimiques ou médicamenteux) produit de multiples
désagréments physiques, nettement perceptibles.
Par conséquent, pourquoi vouloir obtenir un tel teint au vu des
dégâts que la peau subit ? On est tenté de se demander pourquoi les
femmes font fi de cette donne ? Est ce juste par souci de devenir clair
que les femmes se dépigmentent ? Qu’est ce qui au delà des
conséquences, motivent cette imitation?
Voici selon nous les questions qu’il faut se poser dans la mesure où
imiter la pratique, au vu des retombées corporelles, est plutôt dissuasif.

En résumé, les principales raisons avancées par les dépigmentés et


soumises à analyse, manquent de crédibilité. La réalité montre qu’au
final, se dépigmenter n’a pas un caractère esthétique. Cette pratique
enlaidit au lieu d’embellir. Par ailleurs, il apparait que être clair ne suffit
pas pour tisser une relation amoureuse encore moins pour être l’objet
d’une demande en mariage (au vu des critères divers et complexes qui
rentrent en ligne de compte dans le choix d’une épouse.) Enfin, ce n’est
pas uniquement par convoitise du teint clair que les femmes se
dépigmentent, c’est pour des raisons bien plus profondes selon nous, à
la fois extrinsèques et intrinsèques.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 138
Au vu de ce qui précèdent, qu’est ce qui motivent ou incitent
réellement les femmes abidjanaises à se dépigmenter ?

3. LES MOTIVATIONS OU LES ENJEUX DE L’ART


DEPIGMENTAIRE

L’analyse des raisons exposées ci-dessus, a montré que les


femmes usent de justificatifs ou de prétextes de divers ordres, pour
s’adonner à l’éclaircissement de la peau. L’exploitation de ces propos
nous incite donc à aller plus en profondeur pour rechercher les véritables
sources incitatives à la dépigmentation. Parmi ces sources, nous pouvons
selon nous citer :
- L’intégration à la vie citadine ;
- le complexe d’infériorité ;
- la réussite ou la reconnaissance sociale ;
- l’affirmation de la femme.

3.1 L’ intégration à la vie citadine


Ici, on note le poids de la culture urbaine. Le regard, est
aujourd’hui la figure hégémonique de la socialité urbaine. Notre monde
valorise beaucoup le visuel avec les affiches publicitaires, l’aménagement
des espaces verts…Dans ce haut lieu par excellence de la socialisation (la
ville), chaque homme s’inscrit face à l’autre dans une posture
d’observation. L’expression de Berkeley26: « Etre, c’est être perçu (vu)
ou percevoir (voir) » prend tout son sens dans la vie citadine. Le nouvel

26
Berkeley in « Le corps à cœur » de Pascal Ide, page 25.
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 139
art de vivre dans la ville accorde beaucoup d’importance à l’apparence et
aux artifices. La dépigmentation vient soutenir cette manière de vivre.
Elle favorise l’éminence de la vue. Se voir, se regarder, s’admirer et
s’auto-satisfaire, tourne généralement au narcissisme des dépigmentées.

La femme de façon générale, est accrochée au miroir, instrument


des résultats de sa coquetterie. Celles qui se dépigmentent la peau
l’utilisent doublement. Il s’agit de vérifier le succès de l’opération,
également de sa présentation physique (femme maquillée et habillée) et
s’assumer ou se convaincre qu’on est claire, belle et vraiment coquette.
Cette quête d’auto conviction est d’autant plus suivie que l’entourage
social (amis, parents ou même fiancé) par flatterie ou galanterie, se
croient obliger de dire et de répéter que la mutation cutanée engagée,
est une réussite.
Baudrillard, parle de deux formes de narcissisme : le narcissisme
primaire, et le narcissisme secondaire. Le premier est celui du Moi-miroir.
Il s’agit de se regarder, de se voir et d’admirer sa propre image et son
corps. Le miroir et ses reflets, vont contribuer à s’auto construire pour se
promouvoir et se faire admirer. Avec la dépigmentation, il s’agit de
refaire son visage, refaire un « revêtement de sa charpente physique ».
La seconde forme, est celle de l’intégration du moi par le regard de
l’autre27. Cette pratique semble incontournable, semble aller de soi dans
le processus dépigmentaire. Cependant, il y a quelque part dans cette
intégration au mode de vie urbain, dans cette imitation, une renonciation
à soi, une dépersonnalisation et l’engagement dans une aliénation
culturelle. Comment espérer sortir de l’anonymat en se prolongeant dans

27
J Baudrillard : La société de consommation, ses mythes, ses structures ; Denoël, Paris, p 12.
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 140
un autre anonymat, celui du changement de peau, d’imitation de tenue,
de comportement, peut-être du parler, de la démarche et des
fréquentations ?

La vie urbaine basée sur la vue, le regard conduit indubitablement


vers un monde d’apparence. En effet,la ville d’Abidjan est porteuse de
rêves pour ses citadins et beaucoup d’autres personnes qui comptent
venir y séjourner. Ce rêve est porté et amplifié par les mirages de la
civilisation occidentale, symbolisée par son architecture, ses commerces,
sa culture plurielle, ses actions apparentes et son art de vivre. L’individu
néo citadin ou ancien urbanisé, partage activement ou passivement ces
apparences. C’est cette culture des apparences, qui incite le campagnard
à l’exode rural et le citadin à refuser le retour au village. Dans ce milieu
de rêverie ou l’illusion l’emporte pour beaucoup sur la réalité, il y a des
points de repère. Le domaine culturel est l’un de ces domaines où le
pouvoir attractif de la ville, exerce ses pouvoirs de séduction. Les
toilettes, la mode, le beau flatteur sont des points d’ancrage du mythe
urbain. L’art dépigmentaire situe la dépigmentée dans cette sphère
d’externalité, de superficialité.
En effet, les femmes dépigmentées ne paraissent que claires.
L’éclaircissement de la peau qui ne peut être complet, ou permanent
inscrit ces femmes dans le factice. L’opération dépigmentaliste est une
opération transformationnelle ; gagner en apparence en changeant la
couleur initiale de la peau. Plusieurs facteurs ont contribué à faire de
l’apparence corporelle une préoccupation de plus en plus présente en ce
siècle. Il y a tout d’abord l’urbanisation qui a entraîné une modification
non négligeable de la façon de se percevoir et de percevoir les autres.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 141
Dans les grandes villes, les hommes et les femmes se sont retrouvés en
face « d’étrangers » dont ils ne savent rien ; Ils ne disposent de toute
information sur ceux-ci que par leur apparence extérieure. Dés lors,
l’apparence d’autrui et même sa propre apparence est investie d’un
pouvoir d’informations sur soi et sur l’autre. Dans la vie urbaine, la
« création » ou « la composition » de l’apparence, va prendre une
importance considérable. De l’apparence au culte de l’apparence, il n’y a
qu’un pas. Certaines expressions abidjanaises comme « qui va se
négliger » « farotter, faire le boucan », « il faut choquer pour plaire »
ou encore « le gars ou la go choco » qui signifie chic, beau ou belle,
bien habillé(e), ont amplifié le primat accordé à l’apparence. Aujourd’hui
dans la capitale abidjanaise l’externalité compte pour beaucoup dans
l’appréciation et l’appréhension d’un individu. Tout est mis en œuvre
pour attirer l’attention sur soi.
A cet effet, on note une explosion de tout ce qui touche à cette
valorisation de l’apparence (les magasins vestimentaires, de cosmétiques
et d’ornementiques en dépit de la crise économique que vit la Côte
d’Ivoire se compte par milliers.) Des magazines se sont spécialisés dans
cette mise en avant de l’apparence et du corps. Il s’agit en l’occurrence
du magazine « Life » qui accordent un certains nombre de pages aux
noctambules abidjanais notamment à leur apparence.
Mais au-delà de la peau, il s’agit de l’individu (femme) qui change
d’aspect et devient sous cette couverture vivante une autre personne ou
un autre personnage.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 142
La dépigmentation est un art de reconstitution, de changement
morphologique et mieux encore, de changement de personnalité. Mais
pourquoi changer de personne et de personnalité ?

Cette question est fondamentale. On change de personnalité pour


échapper à un destin ou pour répondre à un besoin pouvant modifier ce
destin. Cette raison consciente ou inconsciente est une réponse implicite
de la portée du fait dépigmentaire. Le masque de la dépersonnalisation
peut-il permettre une promotion sociale de mieux-être, d’intégration
sociale ou de meilleure socialisation urbaine ?
A travers cette question, naît la question identitaire : se
dépigmenter la peau, est-ce vraiment changer d’identité ?
La façade et l’apparence qui ne sont que pure forme, peuvent-elles
affecter réellement le fond, c’est-à-dire la valeur intrinsèque de l’individu
extérieurement « transformé » ?

N’y a t-il pas de confusion entre l’apparence et la réalité ?

La dépigmentation serait-elle l’instance d’un jeu théâtral sur la


scène sociale pour répondre à des objectifs visés ?
L’éclaircissement du teint a-t-il des corrélations psycho-
somatiques ?
En d’autres termes, la dépigmentation permet-elle d’accéder à ses
rêves, de passer du rêve à la réalité ?

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 143
3.2. Le complexe d’infériorité
Le complexe d’infériorité en matière de couleur de peau pour
la femme, est manifeste. Suite aux entretiens avec ces dernières, il en
est ressorti que le teint noir initial est comme à parfaire. Elles
parlent « d’améliorer le teint » « de le mettre en valeur ».
Que signifient ces euphémismes si ce n’est utiliser des produits
pour modifier la contexture de l’épiderme et transformer la peau de la
femme ?
Sans dire explicitement que l’on désire être claire, chaque femme
aspire à plus de beauté, plus d’attrait, plus d’élégance. Or l’élément
externe de référence est la peau, le corps, le physique.
Les euphémismes contenus dans le discours des femmes,
trahissent un complexe d’infériorité. En effet, l’idée du complexe par
rapport à la peau noire ou par rapport aux femmes claires est implicite
mais bien présent à travers ces verbes « nettoyer, cirer … ». Ils
impliquent l’idée de rendre plus propre, d’ôter ce qui sali, de rendre plus
brillant. La peau noire serait donc sale, terne ?

La réalité est que s’éclaircir la peau est plus une manœuvre réelle
de décapage de la peau qu’un acte de lustration ; auquel cas une simple
pommade cosmétique non dépigmentante devrait suffire. Vouloir être
plus claire, c’est refuser d’être noire, de s’accepter tel quel. Penser être
plus belle avec un teint clair, c’est se reconnaître ou se croire laide avec
la peau noire. L’idée de la peau noire comme une peau sale véhiculée
par le colonisateur, guide subtilement le recours à la dépigmentation. Il
ne s’agit plus ici d’un complexe d’infériorité de l’Homme noir face à

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 144
l’Homme blanc, mais plutôt d’un complexe de la femme africaine de teint
noir par rapport à celle de teint clair, jugée plus belle, plus chanceuse.

3.3. La réussite ou la reconnaissance sociale


Que ce soit un changement physique (obtenir un teint clair
ou plus clair) ou social (contracter une relation amoureuse pour se faire
entretenir ou se faire épouser, obtenir un travail, changer de niveau de
vie), ces femmes espèrent tirer profit de l’éclaircissement de la peau.
Cette part de rêve, est accentuée par la ville d’Abidjan. En effet, la
culture urbaine est tissée de coquetteries, de modes, d’innovations, de
transformations dont le caractère impressionniste vise à attirer, séduire,
épater. Ces aspects spécifiques à la ville, participe au désir de réalisation
de soi. La ville d’Abidjan comme toutes les grandes villes ou capitales,
est perçue comme un haut lieu de fortune, de promotion, de liberté, de
chance. Elle peut constituer une rampe d’accès à la promotion sociale.
Aussi, une certaine rivalité (ouverte ou insidieuses, consciente ou
inconsciente) soutient-elle les aspirations de chacun(e). Dans cette
optique, la dépigmentation se présente comme un acte de stratégie
sociale et économique, où tous les artifices des sciences (chimiques et
biochimiques) sont sollicités pour obtenir les résultats escomptés.
Cependant, la question que l’on peut se poser est de savoir si les
projections ou les rêves des dépigmentées ont été atteints ?

Pour toutes les femmes, le changement le plus certain et le plus


rapide qui s’est opéré se situe au niveau de la peau. Elles sont passées
d’un teint A (noir ou clair) à un teint B (clair ou plus clair) avec tout ce
que cela comporte. Mais aucune n’a connu un changement radical de

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 145
style ou de niveau de vie. Devenir claire (mais pas systématiquement
belle) permet d’être vu, d’être plus lumineuse, de se faire remarquer
parmi d’autres femmes. L’obtention d’un teint clair, constitue un moyen
d’accroitre ses chances d’un avenir meilleur. Or plusieurs facteurs
interviennent dans la réussite d’une personne. Finalement, la réalité est
toute autre. Le teint clair est loin de suffire pour atteindre ses rêves.

3.4. L’affirmation de la femme ivoirienne


Ce qu’il faut retenir, c’est que la femme ivoirienne selon
nous, est en quête d’une certaine stabilité, d’un certain épanouissement,
d’une certaine place ou d’une certaine affirmation de soi dans la société
ivoirienne, qu’elle n’a pas. Les raisons évoquées pour se dépigmenter, ne
constituent que le voile qui couvre le réel problème de ces femmes.
Depuis quelques années, la Côte d’Ivoire connaît des tensions politiques,
qui ont modifié ses données économiques et sociales. La stabilité
politique de ce pays qui s’est étiolé, a entraîné des fermetures
d’entreprises ivoiriennes et étrangères, des détournements de fonds et
même un conflit armé, enlisant la population dans la pauvreté. Le fossé
entre les riches et les pauvres s’est encore élargi, de même que celui
entre les hommes et les femmes dans la dite société. Face à la priorité
du gouvernement qui est d’assurer la sécurité de l’Etat ivoirien dans sa
globalité et des citoyens dans leur individualité, les besoins de ceux-ci en
l’occurrence des femmes ont été délaissées ou négligées. Il faut dire que
malgré les différents ministres qui se sont succédé à la tête du Ministère
de la femme, la situation de la femme ne s’est point améliorée au fil des
années. Les crises économiques, politiques et mêmes sociales de ce pays
n’ont fait que détériorer cette situation déjà peu enviable. Les femmes

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 146
en Côte d’Ivoire comme le dit une expression ivoirienne « se
cherchent ». Tout ce qui devait assurer leur bien être sociale (études,
mariage, travail) est menacé. Tout leur univers est bouleversé et
personne ne semble s’y préoccuper vraiment ou sérieusement. Les
jeunes filles connaissent beaucoup de difficultés dans le cursus scolaire.
Si ce n’est les grossesses ou les mariage précoces qui mettent fin à la
poursuite de leurs études, ce sont les moyens ou les soutiens financiers
qui font défaut. A cela il faut ajouter, l’attitude des enseignants qui pour
des motifs bassement sexuels, exercent des pressions sur ces dernières.
La stabilité du mariage ou le mariage en tant qu’institution est en péril.
Les rapports entre hommes et femmes s’ils ne sont pas intéressés sont
ponctués d’infidélité ou de partenaires multiples. A cela, il faut ajouter,
ces nouvelles tendances venues d’ailleurs à savoir le lesbianisme et la
pédérastie. Le monde du travail reste encore difficile d’accès ou mal
représenté par la gente féminine. Loin de nous l’idée de nier une
quelconque responsabilité des femmes dans cette crise sociale.
Cependant, nos enquêtes de terrain ont permis de noter un réel malaise
concernant la place de la femme dans la société ivoirienne. A travers la
dépigmentation, elles pensent avoir trouvé le ou un moyen de s’affirmer,
de se frayer un chemin. Mais elles perdent plus en s’éclaircissant qu’elles
ne gagnent. Ce phénomène a intensifié leur exploitation, leur
incompréhension et les critiques à leur encontre. La lutte contre la
dépigmentation doit selon nous, prendre en compte cette donne.
Intervenir dans ces domaines ou attirer l’opinion publique ivoirienne sur
tous ces faits pourraient ouvrir la voie à des ébauches de solutions que
nous proposons dans le dernier volet de notre étude.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 147
Les raisons et les motivations profondes de l’usage des produits
divers à des fins de blanchiment de la peau sont nombreuses. Certes, si
les raisons esthétiques sont mises en avant et suivis dans leurs
prolongements matrimoniaux souhaités, il apparaît à la lumière d’une
observation de la société ivoirienne que, la dépigmentation vise aussi un
changement de la situation sociale, morale de la femme mais aussi de la
société ivoirienne.
Par quel processus les femmes parviennent-elles à leurs fins ? Telle
est la principale question aux multiples ramifications que nous traiterons
dans le chapitre suivant.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 148
CONCLUSION PARTIELLE

Les raisons et motivations profondes de l’usage des produits à des


fins éclaircissantes sont nombreuses. Si les résultats esthétiques sont mis
en avant, suivis dans leurs prolongements matrimoniaux souhaités, il
demeure que la dépigmentation vise un changement, changement
d’identité, changement de condition sociale que doit conférer le teint
clair.
Dans un contexte urbain qui met en évidence la femme de teint
clair, se faire désirer, attirer l’attention, nettoyer ou cirer son teint bref
se dépigmenter, devient un moyen pour ses femmes « moins
chanceuses » de parvenir à leurs fins. La femme abidjanaise dans la
conquête de ce nouveau corps, poursuit en réalité une entreprise de
liberté et d’assomption de soi dans une confusion psychologique et
morale que l’analyse nous révèle progressivement. Avec la
dépigmentation, nous voilà dans un processus de transformation avec en
prime de sérieux risques de maladies.
Quels produits faut-il utiliser s’il faut se résoudre à se
dépigmenter ? Où les trouver ? Comment les choisir ?

Ces questions seront traitées dans le chapitre suivant.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 149
CHAPITRE 5 :
LA PRESENTATION ET LA TYPOLOGIE
DES PRODUITS DEPIGMENTANTS

INTRODUCTION

La dépigmentation en milieu féminin est une pratique qui s’inscrit


dans la lignée de la manipulation du corps. Pour porter un message
esthétique, social et/ou commercial, le corps sert de substrat en
supportant l’application de divers produits dépigmentants et cosmétiques
de tous genres dont il importe de faire la présentation, d’en dresser la
typologie et d’élargir le cadre explicatif de la dépigmentation cutanée
féminine dans la cosmétique et l’ornementique, de donner les modes
d’identification et d’acquisition de ces produits et enfin d’aborder les
techniques d’application.

1. LES PRODUITS ECLAIRCISSANTS

Les produits éclaircissants sont un ensemble biochimiques,


médicamenteux ou non médicamenteux utilisés par des hommes et
surtout par des femmes pour s’éclaircir la peau.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 150
Avec l’aide des techniciens de la santé et surtout les dermatologues
on peut les classer en deux principales catégories :
- les produits éclaircissants médicamenteux
- les produits éclaircissants non médicamenteux.

1.1. Les produits éclaircissants médicamenteux28


Ce sont d’abord des produits à usage médical. Dans cette
gamme, sont logés les corticoïdes et les dérivés mercuriels (oxyde de
mercure). En effet, les corticoïdes constituent une arme thérapeutique
majeure en dermatologie, notamment dans le traitement des dermatoses
(maladies de la peau). Leur usage curatif a été détourné et les
dermocorticoïdes sont utilisés pour s’éclaircir la peau. Il s’agit entre autre
produits de :

- Topsyne gel
- Dyprosone
- Topifram
- Top gel
- Halof
- Epitopic
- Betneval
- Dermovate
- Diprosalic .29

28
Voir Planche n°2, page 152
29
Avec les techniques commerciales des formes pharmaceutiques, ces noms peuvent varier tout comme les
conditionnements des produits (formes de présentation).
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 151
PLANCHE II :
Produits à base de Corticoïdes

Source : Amina

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 152
A cause de leurs compositions médicamenteuses, l’ensemble de
ces produits ne devrait être commercialisé que par les officines
pharmaceutiques et sur présentation d’une ordonnance médicale, ce qui
n’est pas le cas. Aussi trouve-t-on en vente libre dans les rues et sur les
marchés la quasi-totalité de ces produits, que les femmes utilisent pour
leur pratique dépigmentaire.

La disponibilité desdits médicaments s’explique soit par leur


exfiltration des pharmacies grâce à la complicité d’agents commerciaux
des firmes pharmaceutiques (laboratoires), soit par les pharmacies, soit
par des réseaux clandestins internes ou externes à la Côte d’Ivoire. La
fraude qui sévit en ces milieux, est alimentée par la corruption qui aux
frontières terrestre, aérienne, maritime, fluviale et lagunaire, met en mal
les services douaniers et de contrôle du territoire.
Qu’en est-il des produits éclaircissants non médicamenteux ?

1.2. Les produits éclaircissants non médicamenteux


Il s’agit avant tout de produits relevant de la cosmétique,
c’est-à-dire des préparations destinées aux soins du corps. Du fait de
leur action éclaircissante, ils contiennent des substances destinées à cet
effet. Les plus connus et utilisés sont l’hydroquinone, les dérivés
mercuriels. Les plus récents sont l’acide de fruits (A.H.A), l’acide kojique,
azélaïque. Il y a également ceux contenus dans les compositions
personnelles à savoir l’eau de javel, la soude, la potasse et autres qu’il
convient d’examiner de plus près.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 153
1.2.1. L’hydroquinone
C’est un composé chimique phénolique, utilisé en
particulier dans l’industrie du caoutchouc et comme révélateur
photographique. Ce dérivé de glucide est également un agent
réducteur, freinant la synthèse de la mélanine, par inhibition de la
formation de l’enzyme tyrosinase. En cosmétique, cette substance doit
être utilisée à 2% pour éclaircir la peau. Cependant, c’est également à
partir de cette concentration (parfois au-delà) qu’apparaissent les effets
indésirables. Sa grande nocivité (effets cancérigènes et autres graves
complications) est à l’origine de son interdiction dans les cosmétiques
par l’Union Européenne depuis février 2001. Malgré cette interdiction, les
produits de cette série sont toujours vendus et connus sous la
dénomination commerciale de :
- Clear essence,
- Clarissime…30
- Ottentika ;
- Ambi ;
- Venus de Milo ;
- Topi clear ;
- Cleartone ;
- Drula ;
- Tura ;
- Shirley ;
- Uililo ;
- Ultraclear ;
- Crusader.

30
Voir Planches n°3 et 4, page 155 et 156
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 154
PLANCHE III :
Produits à base d’Hydroquinone 1

Source : Amina

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 155
PLANCHE IV :
Produits à base d’Hydroquinone 2

Source : Amina

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 156
Les produits de substitution à l’hydroquinone sont :
L’arbutine, l’acide kojique, l’acide azélaïque. Ils fonctionnent
sur le même principe actif que l’hydroquinone c’est-à-dire par inhibition
de la mélanine. Ils sont introduits en remplacement de l’hydroquinone.
Ainsi certains produits qui comportent la notion sans hydroquinone
contiennent souvent ces produits là.

1.2.2. Les dérivés mercuriels


Ils sont également très corrosifs et malheureusement
utilisés en cosmétique. Tout comme l’hydroquinone, ils ont été interdits
dans l’application des cosmétiques. Les produits les contenant étaient :
Any, Mékako, Asepso, Jaribo dont certains sont toujours en vente malgré
l’interdiction.

1.2.3. L’acide de fruits (A.H.A)31


Ce sont des acides naturels de fruits qui peuvent être
extraits de fruits ou d’autres substances naturelles. Dans l’industrie
cosmétique, ils sont synthétisés A.H.A : Alpha-hydroxy-Acides. En tant
qu’acide faible, ils servent à stabiliser le PH (l’acidité) du produit. Ils ont
également une fonction exfoliante à savoir détacher les cellules mortes
de la peau. Ainsi, la peau devient lisse et le teint lumineux. Utilisés seul,
les AHA n’ont pas une activité significative sur l’hyperpigmentation.
Généralement ces acides sont combinés à de l’hydroquinone en faible
quantité plus de l’arbutine ou autre actifs dépigmentants.

31
Voir Planche n°5 page 158
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 157
PLANCHE V :
Produits éclaircissants aux A.H.A

Source : Amina

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 158
1.2.4. Les produits caustiques
Le principe de ces substances est de détruire entièrement ou en
partie l’épiderme qui renferme à l’état physiologique le pigment
mélanique. Tout ce qui chimiquement brûle (acide, soude …) peut
convenir à cette opération. Il s’agit donc d’une forme de décapage dont
l’action ponctuelle doit être prolongée par des techniques d’entretien
visant à diminuer la colonisation des mélanocytes de l’épiderme en cours
de régénération. Il s’agit des produits d’entretiens, de désinfectant (eau
de javel …), qui sont utilisés dans des préparations personnelles des
femmes sans dénomination précises.

Il faut souligner qu’en dehors des dépigmentant médicamenteux,


les produits éclaircissants cosmétiques sont constitués en gamme,
contenant des sous produits. Il s’agit de la crème, de l’huile, du sérum,
du savon et de la lotion. Ces déclinaisons en gamme, peuvent
s’interpréter comme d’habiles exploitations commerciales permettant
d’assouvir l’insatisfaction ou l’ambivalence des clientes ou prospects.
Elles ont également chacune leur degré de pénétration du tissu cutané et
participent tous à une plus grande réussite du processus
d’éclaircissement.
Sans prétendre disposer d’une liste exhaustive de ces produits
nous pouvons tout de même en proposer un échantillon dans le tableau
ci-dessous :

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 159
TABLEAU IV
ECHANTILLON DE QUELQUES PRODUITS

Type de produits Actifs dépigmentants Nom du produit


Topsyne gel
Top gel
Halog
Eclaircissants Corticoïde Betneval
médicamenteux Topifram
Epitopic
Ultralan
Topicorte
Clear essence
clarissime
Cleartone
Eclaircissants non Hydroquinone Topiclear
médicamenteux Vénus de Milo
Drula
Dora and Nora
Merico
Jaribo
Dérivés Mercuriels Mekako
Bianco Forte
Optimal
A.H.A Diva
Produits Caustiques Lumière

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 160
Cette liste de produits ne donne qu’un aperçu de ces deux grands
groupes de produits éclaircissants. Il faut aussi rappeler que les
laboratoires de recherche qui poursuivent entre autres, leurs objectifs
commerciaux, continuent de créer pour l’industrie cosmétique, d’autres
produits.

Ces produits se trouvent en vente libre dans les magasins de


cosmétique, les grandes surfaces, les salons de beauté, les parfumeries,
salons de coiffure… et aussi au marché et dans les rues.32

Certains noms de produits éclaircissants, sont évocateurs de


blancheur, de clarté (Body white, clear, Bio clair, Candès, X white…)
comme pour prétendre à un tel résultat. Il y a aussi ceux composés de
formules « mystérieuses » (H 20j, QEI+, HT 26…). Quoi qu’il en soit,
ce sont autant de produits auxquels les femmes ont recours pour
arriver à leur fin et dont seul l’efficacité compte.

Ces produits connus des utilisatrices fidèles, sont pour la plupart


importés même si en la matière, la Côte d’Ivoire fabrique de plus en
plus de produits éclaircissants. Comment procèdent-elles pour les
acquérir ? Par quelles voies ou de quelles manières les reconnaissent-
elles ? Comment les utilisent-elles ?

32
Un commerce rampant et interdit se fait dans les bureaux des services administratifs publics et privés par des
fonctionnaires et agents desdits services et parfois par des personnes étrangères au service.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 161
2. LES MODES D’IDENTIFICATION ET DE RECONNAISSANCE
DES PRODUITS ECLAIRCISSANTS

Les investigations sur le terrain indiquent deux modes principaux


d’identification :

- un mode médiatique, celui des mass-média et de toutes les


formes d’informations et de communications ;
- un mode transversal et horizontal, celui des réseaux de parenté,
d’amitié ou de relations vendeur / acheteur.

2.1. Le mode médiatique d’identification


La télévision, les magazines, les affiches publicitaires de même
qu’internet, sont des sources informatives sur les produits éclaircissants,
renseignant les habituées ou les néophytes sur la pratique. Le service
publicitaire de la télévision ivoirienne par exemple diffuse des spots
publicitaires sur des produits éclaircissants. Des affiches de produits
dépigmentant sont visibles à travers les communes du district d’Abidjan.
A travers les magazines féminins tels que « Amina », les femmes sont
continuellement conditionnées par les images des produits éclaircissants
mais surtout par les supports photographiques. Il s’agit de femmes
généralement de teint clair, allant jusqu’aux femmes métissées utilisées
pour servir d’attrait et d’effet visuel au produit. En outre, les discours
élaborés pour la vente de ces produits sont tout aussi saisissants.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 162
On peut lire concernant certaines gammes :

Clairissime33 : « Fruit de la recherche et de l’innovation


cosmétique, Clairissime trois lignes de soins pour préserver l’éclat de
votre peau au fil des jours » ;

Château Rouge34: « Aujourd’hui, vous n’avez plus à choisir entre


la santé de votre peau et l’envie d’un teint plus clair, unifié, sans tâches.
C’est la garantie offerte par les pharmaciens du laboratoire Château
Rouge. »

Les produits Dermabella35 sont qualifiés de soins éclaircissants


haute performance : « Résultats de la rencontre entre la nature et la
science, les produits Dermabella éclaircissent, hydratent et subliment la
peau et lui redonnent beauté et vitalité. La double efficacité des produits
Dermabella, réside en une action aussi bien ciblée sur une zone à
éclaircir que sur toute la surface cutanée pour une beauté absolue, jour
après jour. Avec Dermabella, les objectifs les plus ambitieux de
l’éclaircissement sont atteints. Testées sous contrôle dermatologique, les
formules Dermabella sont d’une totale innocuité et préservent l’intégrité
cutanée ».

Tous ces produits éclaircissants ont pour objectifs : d’unifier et de


clarifier le teint, de réparer les peaux abîmées, d’hydrater et de raffermir
la peau, etc.…

33
Amina n°435, juillet 2006, p25.
34
Idem, p27.
35
Idem, p45.
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 163
Selon nous, tous ces propos doivent être pris avec des pincettes.
Ils sont surtout élaborés dans un but marketing qui est de séduire et
d’attirer la clientèle par un discours bien rôdé. En effet, à travers ces
messages finement rédigés, par l’usage de mots habilement choisis, le
but de ces marques de cosmétiques éclaircissants, est de parvenir à
manipuler non seulement les mots mais l’esprit du lecteur ou du
consommateur dans le sens voulu à savoir l’achat. Les manipulations de
la parole sont aujourd’hui devenues courantes dans les sociétés
modernes. Très courante dans le domaine de la publicité, Philipe Breton
souligne que la manipulation «[…] implique une torsion des faits,
leur réarrangement, dans le but d’obtenir par exemple un
consentement qui n’est pas acquis d’avance, au prix d’une
violence sur la situation »36.On distingue deux techniques de
manipulation à savoir » l’amalgame » et « le cadrage manipulateur ». Le
cadrage manipulateur », « consista à utiliser des éléments connus
et acceptés par l’interlocuteur et à les réordonner d’une façon
telle qu’il ne peut guère s’opposer à leur acceptation. Elle
connaît trois grandes variantes possibles : soit il consiste à
transformer d’une façon ou d’une autre le vrai en faux et
réciproquement, soit il consiste à orienter les faits de telle façon
que la réalité s’en trouve sciemment déformée, soit il consiste à
masquer une partie des faits de telle façon que soient cachées
37
les conséquences de l’acceptation d’un cadrage donné. » Cette
technique semble correspondre aux propos ci-dessus. En effet, le faux
est transformé en vrai.

36
Philippe Breton.- La parole manipulée -. Paris, La Découverte/Poche, 2000, p ; 102
37
Idem
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 164
Pourquoi une belle peau serait-elle une peau plus claire ? Comment
peut-on à la fois éclaircir la peau, détruire la mélanine qui participe à sa
coloration et à sa protection et prétendre l’embellir ?

Ces produits s’apparentent à des potions magiques permettant de


sublimer la peau, le corps de la femme, et la mettre à l’abri d’éventuels
problèmes cutanés ou de toute autre agression. Malheureusement ces
arguments sont repris par les vendeurs, réaffirmé aux clientes et repris
par ces dernières à leur entourage féminin sans autres formes
d’interrogations. L’ignorance et/ou l’insouciance dans le domaine
cosmétique, le manque d’information sur les produits éclaircissants,
n’incitent pas à plus de curiosité.

Il est difficile d’incriminer les mass-média tant la vente des produits


éclaircissant est « juteuse ». Il l’est encore moins pour les acheteuses de
ces produits tant l’influence où le pouvoir de la publicité à la fois visuelle,
auditive est puissant et continuel. Cependant, nous pensons que pour le
bien des populations, une réglementation à ce niveau s’impose. La
notion « dangereux pour la santé » peut tout de même apparaître sur les
étiquettes ou affiches publicitaires comme cela se fait avec la cigarette et
l’alcool. Ainsi chacun peut prendre ses responsabilités face au choix qu’il
aura fait ou à faire.

2.2. Le mode transversal et horizontal d’identification


Il correspond à celui des réseaux familiaux et d’amitié. C’est
le cas de Sylvie Diomandé, (Linda Kouamé). Il s’agit également de la
relation vendeur et acheteur (Madame Malan ou Micheline Doh), ou

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 165
encore des prestataires de soins et des bénéficiaires (cas de Noémie et
de son esthéticienne). Bref, ce sont les réseaux les plus utilisés.
L’initiation à la dépigmentation se fait parfois au sein de la cellule
familiale ou auprès des amies. Par ces filières, il se transmet des
informations sur les possibilités « d’améliorer son teint» ; « être comme
toi » (être claire et belle) si non plus (être plus claire et plus belle). Aussi
de bouche à oreille (BAO), sur recommandation ou présentation du
produit dans un magazine, de son emballage, ou même du pot,
l’éventuelle substance susceptible de convenir à l’intéressée est
identifiée.

Il faut noter que quelque soit le mode d’identification du produit ce


sont surtout les « performances » qui sont recherchées par les
utilisatrices. Les effets secondaires sont occultés et/ou méconnus alors
qu’ils sont bien réels. Par ailleurs, chaque individu, chaque corps connaît
un seuil de tolérance et de résistance qui lui est propre. De ce fait, un
produit peut convenir à une femme et pas à une autre.
Indépendamment du mode de reconnaissance des produits
éclaircissants, leur acquisition semble chose aisée, vu leur présence
massive sur les marchés ivoiriens, abidjanais.

3. LES PRATIQUES ET TECHNIQUES DE L’ART DEPIGMENTAIRE

Ce point implique le ou les produits utilisés pour se dépigmenter,


mais également le temps de pratique, la méthode utilisée ainsi que le
but ou le teint recherché.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 166
Il ressort de l’enquête effectuée dans la commune de Yopougon
que la dépigmentation s’opère de trois façons. Il y a l’utilisation :

- Des produits dépigmentants d’origine Médicamenteuse


uniquement ;
- Des produits éclaircissants non médicamenteux ;
- Les compositions mixtes et personnelles.

Au niveau de la première technique, l’explication tient au fait que


ces produits sont utilisés pour leur action rapide (d’une à deux semaines)
dans la métamorphose de l’épiderme. Cependant, compte tenu de leurs
effets pathogènes fortement nuisibles pour l’organisme, certaines
femmes préfèrent les mélanger à de simples produits cosmétiques non
agressifs pour la peau. C’est le cas de Allou Blandine 30 ans qui nous
avoua avoir utilisé pendant un certain temps les éclaircissants
médicamenteux uniquement. Aujourd’hui après avoir obtenu le teint
désiré, elle procède par la technique mixte (association de betnéval et
d’une crème cosmétique non éclaircissante), afin de conserver ce teint.
Ces combinaisons, visent deux effets concurrents : une action
éclaircissante et un impact moins corrosif.

Concernant la deuxième technique, l’exemple de Noémie nous a


permis de comprendre que l’utilisation des cosmétiques éclaircissants,
vise également une action progressive dans le processus de
dépigmentation. Dans son cas, Noémie nous parle de « cirer son teint ».
Pour cette raison, elle utilise sa pommade qu’a petite dose. Ce

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 167
cheminement est parfois ponctué par des arrêts, pour éviter d’être
dévoilé ou d’avoir un teint trop clair.
A côté de ces techniques, il y a une troisième série de compositions
internes ou « indigènes », au sens domestique, propres aux postulantes.
Ce sont des recettes mixtes (se rapporter aux propos d’Allou Blandine)
ou personnelles qui nous ont été communiquées. C’est le cas de Madame
Malan : « une amie esthéticienne m’a montré comment faire un savon
éclaircissant. Ce savon me dépanne quand ma pommade manque sur le
marché. »
Ces techniques peuvent être résumées comme suit :
- De l’eau de javel (pour décaper la peau) ;
- Du sucre (comme exfoliant) ;
- Du lait non sucré (sensé réduire le Ph de l’acide) ;
- Du miel (pour rendre la peau lisse) ;
- Du savon de Marseille ou savon ‘’noir’’.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 168
TABLEAU V
PRATIQUES ET TECHNIQUES
DE L’ART DEPIGMENTAIRE

Techniques Effets
éclaircissantes

Produits Tube de : Mélange très corrosif,


médicamenteux -Top Gel dépigmentation rapide
-Dermovate
-Betmeval
Cosmétiques Crème, lotion savon : Produit corrosif sur le
éclaircissantes -Clear essence moyen terme,
HT 26 dépigmentation + ou -
Candès lente
Compositions -Lait cocoa Butter+une Mélange très corrosif,
personnelles huile éclaircissante dépigmentation rapide
-Eau de javel+miel+
savon ‘’noir’’

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 169
Ce qu’il faut retenir, c’est que pour être clair, « être belle » avoir
une peau lisse et « cirée » les femmes passent soit par des formes
lentes, soit par des formes violentes de la dépigmentation ; ce en
fonction des options arrêtées (devenir clair ou devenir très clair). Elles
cherchent à tirer bénéfice de cette opération avec ses coûts financiers,
ses risques sanitaires et ses impondérables sociaux, culturels et
psychologiques.

La dépigmentation de la peau, s’imbrique dans un tout. Les


arguments des dépigmentées « se faire belle ; attirer l’attention », bref,
être vu nécessite toute une présentation physique. Pour ce faire, l’apport
des produits cosmétiques autre que dépigmentant ainsi que des parures
féminines s’avèrent nécessaires.

Quels sont donc les cosmétiques et accessoires utilisés? Quelle


place occupent ces additifs dans l’art dépigmentaire ?

4. LA DEPIGMENTATION DE LA PEAU, LA COSMETIQUE ET


L’ORNEMENTIQUE : UN TRIANGLE ESTHETIQUE A GRAND
SPECTRE

La recherche du teint clair, est un véritable parcours du


combattant. Aussi, isoler l’objectif du teint clair de son environnement
socio-esthétique, est-ce indiquer ? Il semble que non parce que la
beauté recherchée au travers de la dépigmentation, n’est pas que celui
du teint ou du corps. Cette beauté se construit, se crée et s’apprécie par

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 170
le biais du maquillage, de la coiffure, du vêtement, bref de tous ces
artifices qui embellissent la femme. Aussi, allons-nous porter une
attention particulière à la cosmétique et à l’ornementique qui complètent
et prolongent l’art dépigmentaire.

4.1. La cosmétique : annexe et adjuvant de la


dépigmentation
Un produit cosmétique est « une substance ou préparation
destinée à être mise en contact avec les diverses parties superficielles du
corps humain (épiderme, système pileux et capillaire, ongles, lèvres et
organes génitaux externes) ou avec les dents et les muqueuses
buccales, en vue exclusivement ou principalement de les nettoyer,
parfumer, d’en modifier l’aspect et/ou de corriger les odeurs corporelles
et/ou de les protéger ou de les maintenir en bon état » 38

Il faut considérer trois types de produits cosmétiques :

- Les produits d’hygiène du corps, qui sont composés de


savons, de shampoing pour les cheveux et la pâte dentifrice pour
les soins ou l’entretien bucco dentaire ;

- Les soins du corps, qui sont composés de crèmes de beautés


ou de pommades, de lotions pour le nettoyage du visage, les
masques de beauté (fait maison ou relevant de la cosmétique).
Depuis quelques temps sont apparus à Abidjan des crèmes qui
soi-disant sont à même d’augmenter le potentiel fessier des

38
Sécurité produit consommation : sites et documents francophones ; www.chu-rouen.fr
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 171
femmes « bobaraba », les seins « miss lolo » ou encore de
réduire le volume du ventre « ventre plat », notamment après un
ou plusieurs accouchements. Les vendeurs prétendent, n’avoir
jusqu’à ce jour aucun incident relatif à l’utilisation de ces produits.
Cependant, l’une de nos enquêtées, Mlle Blandine nous a raconté
que des filles de son quartier ont subi les contre coups de ces
produits. L’une a vu son ventre augmenter de volume sans cesse
et l’autre qui par mégarde à toucher ses lèvres avec sa main
maculé du « bobaraba », a vu ses lèvres grossir ;

- Les produits d’embellissement, sont constitués des produits


de maquillage : fond de teint pour atténuer le brillant du visage ;
les fards à paupières pour lui donner de la couleur ou l’égayer, le
rouge à lèvre pour à la fois hydrater, protéger les lèvres mais
aussi les embellir. La tendance à ce niveau est au gloss qui par sa
brillance rend les lèvres pulpeuses et attirantes. On a également
les vernis à ongles qui permettent des soigner les ongles et de
leur donner de la couleur grâce aux diverses teintes de vernis
existants. A ce niveau également, la mode est aux ongles
synthétique qui se collent sur ceux existants et à la « french
manucure » qui consiste à poser un vernis blanc (d’où le nom) sur
le bout des ongles, les rendant plus visibles, plus naturels et
surtout esthétique. On a aussi le port des faux cils afin d’offrir à la
femme un regard plus étoffé, plus captivant, plus séducteur. Les
produits capillaires comportent les crèmes pour faciliter leur
démêlage, (pots de défrisage) rendant pour un temps les cheveux
crépus des femmes africaines aussi lissent que ceux des femmes

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 172
européennes. On à également les mèches et tissages qui
aujourd’hui constituent un marché florissant en Côte d’Ivoire. De
toutes les qualités (synthétiques et naturels)39 et de toutes les
couleurs, ils permettent aux femmes ivoiriennes de changer «de
tête» autant que possible.

Il est à noter que dans ce domaine, des produits capillaires sur le


marché de Kouté à Yopougon sont vendus par des hommes portant de
dread locks. Ces produits à base de cannabis sont selon ces derniers très
efficaces pour la croissance capillaire, eu égard à leur composition. Ces
produits sont tout de même achetés en dépit des incidences
(dépendance, maux de têtes) selon certaines enquêtées.

Les produits de bien être comme les parfums ou déodorants, sont


de plus en plus entrés dans les mœurs des abidjanaises. Ils se
composent de déodorants, de parfums, d’antiperspirants, de roll-on…
allant de celui à bon marché aux produits de luxe vendus dans les
parfumeries abidjanaises.
Il faut souligner que tous ces éléments de la cosmétique
comportent diverses qualités et le rapport qualité prix est certain.

39
Voir Planche n°6 page 174
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 173
PLANCHE VI :
Exemples de coiffures avec mèches ou perruques

Source : Amina

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 174
Les produits au-delà de leur fonction, d’hydratation, d’entretien,
d’hygiène, d’embellissement, font de plus en plus appel au sens visuel.
Attirer le regard, être vu, semble être le second leitmotiv des
cosmétiques.
Il faut également signaler, que quelques 9000 produits chimiques
sont régulièrement utilisés dans l’industrie cosmétique.
Une étude de l’EWG40 (Environmental Working Group) conclut
qu’un tiers de tous les produits examinés des marques l’Oréal, Elisabeth
Arden, Nivea, Dove, Maybelline contiennent des ingrédients liés au
cancer, tandis que 70 % peuvent être souillés par des impuretés nocives.
Les chercheurs sont surtout préoccupés par le principe « renforceur de
pénétration » qui permet l’absorption des ingrédients profondément dans
la peau. L’addiction des femmes africaines et singulièrement ivoiriennes
pour ces produits est de plus en plus grandissante. Cette accoutumance
est renforcée parce qu’on appelle l’ethno cosmétique.

*L’ethno cosmétique et le marketing ethnique


En effet, le marketing cosmétique « consiste à segmenter le
marché, en s’appuyant sur l’homogénéité d’une souche ethnique, de
consommer et de leur proposer des produits adaptés à leur
caractéristiques physique et culturelle (B. Lova et Obadot sur
wikipédia)». Le marché ethno cosmétique prend sa source aux Etats-
Unis de par la diversité ethnique de la population (hispanique, afro
américaine, indienne…). Celui destiné aux noires et aux métisses connait
un véritable essor notamment en Europe (France, Grande Bretagne). Le
climat de ces pays mettait à rude épreuve le corps et la chevelure des
40
Article extrait du dossier « Chemical World », traduit par Catherine Dos Santos, publié dans le journal The
Guardian en Mai 2004.
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 175
femmes africaines et métisses. En effet, ils devenaient secs et cassants,
perdant en force et en vitalité. L’ethno cosmétique, en visant à apporter
des soins mieux adaptés à la texture corporelle et capillaire d’une
population, n’a rien de répréhensible. Cependant, selon les études
menées par ak-a Institut spécialisé sur la population afro française, on
estime qu’une femme noire utilise neuf (9) fois plus de produits
capillaires, sept (7) fois plus de maquillage et cinq (5) fois plus de
produits de soins qu’une femme blanche dans les mêmes conditions41.
Dès cet instant, la clientèle africaine devient une manne financière très
intéressante. L’ethno cosmétique va dépasser les frontières de l’Europe
avec notamment les produits éclaircissants considérés comme un besoin
ou une demande des populations africaines. L’aspect destructeur,
nuisible de ces produits est passé sous silence. Ce sont plutôt des propos
rassurants, des slogans élogieux qui sont avancés. L’ethno cosmétique
apparait de plus en plus comme une stratégie marketing visant à
favoriser la vente de produits rapportant des dividendes substantiels à
l’entreprise et assurant par la même occasion son développement ou sa
survie. C’est le cas de la multinationale l’Oréal qui en rachetant Softheen
et Carson a crée sa filière ethnique softheen-Carson qui s’occupe des
soins pour peaux noires et métissées.

Pour certains, le marketing ethnique porte en lui les germes du


communautarisme. Pour d’autres, comme Juergen Schwoerer Directeur
de Sociovision, « le propre du marketing est la recherche de critères de
différenciation et la segmentation »42. Selon nous, il y a une corrélation
entre ces deux affirmations. Elles sont liées. En effet, le terme ethnique
41
http:/www.ak-a.fr
42
« Le marketing ethnique » sur www.businesspme.com
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 176
fait référence à une race, à un type d’être humain et déjà crée une
scission. Des soins spécifiques à la peau noire ou métissée sont
appréciables. Mais avait-on pour cela besoin de les présenter sous un
vocable précis ?
Par ailleurs, le principe du marketing, est la vente d’un produit.
Pour ce faire, il importe de cibler sa clientèle pour mieux s’y adapter et
répondre à ses besoins. Cette technique est donc primordiale pour la
fidélisation de la clientèle et la rentabilisation du produit. Ainsi, c’est à
dessein que l’ethno cosmétique est crée. Il s’agit d’isoler une
communauté pour mieux en tirer profit.

Quoiqu’il en soit, les soins de beauté de la cosmétique ou de


l’ethno cosmétique sont au cœur de la vie des abidjanaises. Toute cette
panoplie de produits de soins, n’est pas sans conséquence sur
l’organisme conséquences généralement méconnues par les populations.

Tous ces produits et leur usage respectif dans un but esthétique,


sont agencés avec l’ornementique qui en est un indispensable
complément.

4.2. Les parures comme complément esthétique


Si le corps est de nos jours très choyé, il est aussi orné : « La
parure est un art visuel qu’on peut définir comme une décoration
corporelle. Elle est soit un marquage permanent (tatouage, scarification,
déformation corporelle, piercing) ou ornementique provisoire (peintures,
bijoux, vêtements, coiffure)43».Quoi qu’il en soit, l’univers féminin est

43
Dictionnaire de l’ethnologie et de l’anthropologie, 1992, p560.
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 177
indissociable de cet embellissement du corps. En effet, dès son plus
jeune âge, la femme est éduquée dans cette sphère et cette logique
d’embellissement. Examinons de plus près l’ornementique de la femme
abidjanaise.

4.2.1. L’habillement
L’habillement a ses exigences qui sont nombreuses et
complexes. Noémie s’exprime à ce sujet en ces termes : « Moi je suis
très mode. J’ai une belle forme et les habits européens ; jeans, moulant
ou normal, ou tout autre chose me vont bien alors je préfère ce style.
Les habits africains j’en porte rarement. C’est surtout les boubous ou les
pagnes que je mets mais chez moi. »

Blandine, elle rétorque : « Je mets les vêtements africains comme ceux à


la mode. Les deux me vont bien et quand j’ai l’occasion, dans nos
associations ou au village, ou quand le pagne me plait je n’hésite pas.
Seulement quand je sors avec mon copain, ces sont les habits chic, à la
mode, européens que je porte. Tu ne peux pas aller en boîte de nuit ou
dans les maquis en pagne. Ça ne va pas. »

Madame Malan : « compte tenu de ma forme, je porte les habits


africains, pagnes, boubous. Aujourd’hui de très beaux modèles sont
faits. »

Linda Kouamé : « Mais tout ça va ensemble ! Ton teint est propre, tes
habits sont clean avec des petits bijoux sympa qui vont avec, tu es
devant ou bien ? »

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 178
Sylvie : « A Abidjan, c’est dure de ne pas être à la mode quand tu vois
comment les filles s’habillent. Maintenant les jeunes portent beaucoup
les habits qu’on porte en France, en Amérique …. Donc moi je suis ça.
C’est joli ».

L’habillement féminin est à Abidjan très impressionnant. Comme


nous l‘avons précisé dans les pages précédentes, il y a une alliance du
vêtement occidental et africain. Les moyens financiers, le goût
vestimentaire, la forme physique, le poids de la culture urbaine, sont
autant d’élément qui influent sur l’adoption d’un style. Mais il faut dire
que la mode vestimentaire occidentale est de plus en plus suivie,
adoptée par les ivoiriens (femmes et hommes). Cependant, ces
vêtements occidentaux sont très critiqués (débats télévisés et certaines
compositions musicales) dans la mesure où ceux-ci (certains) mettent à
nu le corps de la femme. Du sous vêtement (le string) au jean taille
basse laissant entrevoir les fesses des femmes, au tee-shirt très
échancré, les femmes abidjanaises sont de plus en plus dévêtues. Ici
encore, le regard est mis à contribution. Les défilés et expositions de
couture, de mode et les foires de l’élégance vestimentaires, organisés à
Abidjan, participent à l’explosion de cette tendance ; la mode africaine
suivant de près celle européenne. Par ailleurs, certaines femmes
publiques participent à explosion de ces vêtements. Le corps de la
femme qui en Afrique est sacré, se trouve dévoilé, dénaturé, désacralisé
par cette exposition du corps. La dépigmentation trouve ici, une alliance
heureuse pour son expression et son développement.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 179
4.2.2. La coiffure44
La chevelure est un des symboles fort de la féminité. En
Afrique, les petites filles apprennent très tôt la patience nécessaire pour
endurer de longues séances de tresses et de nattes. La coiffure qui
surplombe l’ensemble de la tenue féminine, prolonge l’élégance dans un
classement difficile à établir dans le système de la parure ou de
l’ornementique féminin.

En Côte d’Ivoire, le commerce de tout ce qui a trait à la


chevelure féminine est très florissant. Outre le lissage des cheveux
africains crépus par le défrisage, les nattes, les tresses, les tissages, les
perruques, diversifient la chevelure des femmes abidjanaises. Ces
coiffures sont de plus en plus colorées (mèches blondes, bleues, acajou,
violets), voyantes, sophistiquées, avec des dénominations qui sont
fonction des évènements, aussi bien politique (coiffure Marcoussis),
cinématographique (série télévisée) qu’artistique (coupé décalé, Joëlle C,
etc.). A cet effet, la croissance des salons de coiffure sur le sol abidjanais
est impressionnante. Leur fréquentation quotidienne témoigne de
l’intérêt que les femmes portent aux soins de leurs cheveux et à la
coiffure qu’elles arborent chaque jour. Ce qui est sûr, c’est que la
coiffure, au-delà de tous ses modèles et ses supports (perruques,
tresses, cheveux naturels teints, frisés ou défrisés, lisses ou crépus) joue
un rôle sensationnel dans le jeu de l’élégance et de l’esthétique.

44
Voir Planche n°7 page 181
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 180
PLANCHE VII :
Quelques exemples de coiffure à l’occidental

Source : Amina

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 181
Des plus simples aux plus extravagantes, le bijou n’est pas en reste
dans cette politique d’affirmation de la femme abidjanaise.

4.2.3. Les bijoux.


L’ornementique corporelle chez la femme est un
complément qui englobe les bijoux (précieux, véritables ou d’imitation)
d’une façon globale. Ils partent des boucles d’oreilles aux chaînes en
passant par les médaillons, les bagues, les bracelets, les gourmettes, et
les montres.

Les femmes s’ornent de bijoux à la fois coûteux (fait d’or, de


pierres précieuses ou d’autres métaux précieux) et/ou vils (bijoux
fantaisistes fait de matériaux rapidement dégradables). Ici également,
les bijoux sont calqués sur la mode occidentale. Cependant, les bijoux
ivoiriens, fait d’or baoulé, ornés de perle sont de plus en plus portés. Il
faut ajouter à ces accessoires, le port des lunettes de soleil, proéminent,
de grandes marques (Dolce & Gabanna, Hugo Boss, Dior…). Ces
lunettes, originaux ou contrefaits, sont plus utilisés pour la frime que
pour se protéger la vue des rayons du soleil.

4.2.4. La sous culture de l’esthétique


Il n’y a pas d’esthétique en soi. Il n’y a d’esthétique que
par rapport à des conditions particulières et des cadres spécifiques qui la
créent, la développent et la changent. Le quartier de Yopougon qui
contient une importante démographie, des catégories sociales diverses
(riches, moyennes, pauvres et très pauvres), n’est pas à l’abri des
tourbillons culturels. Ainsi, lors de nos enquêtes, il a été constaté une

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 182
esthétique du pauvre, une beauté du riche, une dépigmentation de la
femme marginale, une ornementique et une cosmétique des bidonvilles.
Tout se passe comme si l’accès à certains artifices, est un passage obligé
pour tous les citadins. Dans les bidonvilles, on se maquille, se
dépigmente la peau, on se parfume, on se pare de boucle d’oreilles, des
chaînes de circonstances. La sous culture des apparences, intègre la
culture générale que la ville secrète et diffuse vers ceux à qui les moyens
financiers font défaut. L’ingéniosité de ceux-ci, est de trouver des
alternatives d’imitations et de façades, pour intégrer le jeu des
apparences à un niveau qui est le leur.
L’enjeu du social, est de dépasser la dimension utilitaire de l’action
collective, même dans l’apparence et le factice. « Le bouquet » des
chaînes de télévision, l’antenne parabolique contrefaite donnant l’accès
piraté à plusieurs chaînes de télévisions internationales dans les
bidonvilles, expliquent la lutte pour la survie de ces populations. La
solidarité dans ces quartiers, dépasse le cadre de la survie pour atteindre
celui du partage et des signes extérieurs et matériels de l’intégration
urbaine. C’est ainsi qu’on se réunit le soir chez ceux qui ont une
télévision, pour regarder les émissions télévisées. On se partagera le
fond de teint pour améliorer les traits du visage, on procèdera à la
coiffure de la voisine sans contrepartie financière.
En résumé quelque soit le lieu de résidence ou la catégorie sociale,
aucun citadin ne veut être en reste de tout ce qui anime ou participe à la
vie urbaine. A ce propos il y a une expression abidjanaise qui dit : « qui
va se négliger ?» sous entendu, personne ne veut se laisser faire ou être
en marge de la culture citadine. Ainsi avec beaucoup ou peu de moyens

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 183
financiers, on s’arrange à ressembler à l’image du citadin projeté par la
culture urbaine.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 184
CONCLUSION PARTIELLE

Les produits dépigmentants se présentent sous trois formes


(produits médicamenteux, cosmétiques éclaircissants et compositions
mixtes ou personnelles) qui constituent également les trois modes (les
plus fréquents) d’obtention du teint clair. Si ces trois formes sont
globalement agressives pour le corps, il faut dire néanmoins que la
deuxième l’est relativement moins que les deux autres, au regard de
leurs constituants.
Notons que la pratique dépigmentaire, est imbriquée dans un
ensemble. En effet, la cosmétique et l’ornementique, sans être agressifs,
suppléent ou prolongent cette cure dermique. Ils sont non seulement
indispensables à l’entreprise de beauté du corps féminin, mais surtout
rehaussent ou couronnent cet acte corporel.
Mais à quel prix (financier et sanitaire) tout cela est-il fait ?
Que représente au niveau économique, commercial et financier,
cet investissement corporel ?

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 185
CHAPITRE 6:
LES INCIDENCES COMMERCIALES
ET ECONOMIQUES DE LA DEPIGMENTATION

INTRODUCTION

Les motivations économiques qui ont fortement influencé


l’entreprise coloniale en Afrique continuent d’exercer leurs influences sur
les Etats modernes. L’économisme se lit à travers toutes les structures et
les institutions de la vie sociale.

Les relations internes (nationales) et externes (sous-régionales et


internationales) restent profondément imprégnées par cette réalité des
échanges intéressés de nature économique. En effet, l’économie et son
mode d’expression monétarisé, touchent dans leur déploiement les
aspects culturels, philosophiques religieux et même esthétiques. La
marchandisation de tout et de rien y a cours. C’est dans ce cadre que les
produits éclaircissants se vendent.
La vente des produits éclaircissants nous a conduit à analyser trois
points :
- La provenance des produits éclaircissants ;
- Les lieux de commercialisation ;

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 186
- La manne financière qui ressort de cette
commercialisation.

1. L’IMPORTATION DES PRODUITS ECLAIRCISSANTS

L’importation des produits éclaircissants en Côte d’Ivoire ne fait


l’objet, d’aucune réglementation, d’aucun contrôle véritable. La fraude, la
corruption s’ajoutant au manque de contrôle, expliquent la multitude des
produits sur les marchés. Ceux-ci sont importés des pays africains
anglophones notamment le Ghana et le Nigeria, des pays asiatiques et
européens (Chine, Thaïlande, Taiwan, France, Suisse, Espagne,
Allemagne…). Ils sont non seulement composés des gammes originales
mais aussi de celles contrefaites. Mais est-il nécessaire de parler de
qualité, au regard de la nocivité de ces produits? En plus, ils sont
souvent loin de respecter les réglementations en vigueur dans le
domaine cosmétique concernant le taux autorisé des actifs dépigmentant
ou du type d’actif en lui même. Des produits cosmétiques à base
d’hydroquinone, de mercure sont toujours en vente en Côte d’Ivoire
alors que la réglementation européenne en matière de cosmétique,
l’interdit. De même, on assiste à la vente sur les marchés abidjanais de
produits de fabrication locale ou africaine, contenant des produits
désinfectants et d’entretien. A titre d’exemple, on peut lire sur le site des
produits éclaircissants Clairissime :

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 187
« Les produits à base d’hydroquinone, sont exclusivement destinés
à l’exportation hors Europe, en raison des nouvelles normes en
vigueur. »
On a également sur le site des cosmétiques Dermabella :

« […] Nos chercheurs ont mis au point des actifs hydro mimétiques
(ayant la même efficacité que l’hydroquinone sans les inconvénients)
pour lutter contre l’hyper pigmentation, problème majeur des peaux
noires. »

Ces énoncés suscitent un certains nombre d’interrogations :

Comment comprendre que ces firmes informées de la nocivité de


l’hydroquinone continue de produire des cosmétiques qui en
contiennent ?

Pour aller plus loin, les autorités de ces pays sont-elles ignorantes
de ces activités ? Si non, pourquoi sont-elles passives face à leur
commercialisation ?

Comment peut-on permettre que ces produits soient exportés et


notamment vers l’Afrique ?

Enfin comment peut-on percevoir la peau noire comme un


problème d’hyperpigmentation ?

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 188
La réponse à ces questions est selon nous uniquement d’ordre
matériel ou pécuniaire. Tout repose sur le facteur argent. Chaque acteur
de ce commerce en tire profit. Il s’agit en premier lieu, des entreprises
cosmétiques, ensuite de l’Etat par les impôts qui sont payés, sans oublier
les agents (corrompus des pays exportateurs et destinataires.)
Les arguments avancés, ne sont émis que pour cacher le but
exclusivement matériel ou financier de la vente des cosmétiques
éclaircissants. A ce propos, « l’hyperpigmentation » à laquelle fait
allusion la gamme Dermabella n’est qu’en fait la couleur foncé de la peau
noire. Elle marque une teinte qui, spécifie les populations africaines. Il y
a des personnes africaines très foncées de peau (noires) et d’autres plus
claires ; comme il y a des européens plus blancs que d’autres sans que
cela soit un problème. Il y a certes, toujours des individus mécontents de
leur aspect physique et en particulier de leur peau pour ce qui nous
concerne. Mais la dépigmentation est-elle la solution? Les produits
éclaircissants, qui empêchent la peau d’assurer et d’assumer ses
fonctions livrant l’individu, le corps à toutes sortes d’affections, sont-ils
appropriés comme éventuelles solutions ?

2. LES LIEUX DE COMMERCIALISATION

Ces produits se trouvent vendus dans les pharmacies, les salons de


coiffure, les cabinets d’esthétique, les magasins de cosmétique et les
marchés abidjanais. Ainsi, Blandine s’approvisionne sur le marché, de
même que Sylvie et Georgette. Par contre Noémie bénéficie de l’aide de
son esthéticienne et Madame Malan, elle, s’oriente vers les magasins de

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 189
cosmétique. Le choix du marché pour les premières s’explique par le fait,
qu’on trouve de tout sur le marché et à moindre prix. Blandine ajoute :
« Moi je n’ai pas grand chose. C’est mon fiancé qui me donne l’argent
alors le marché est mieux. En plus, je peux demander au vendeur de
diminuer le prix. » C’est le même argument qui nous a été donné par
Georgette et Sylvie. Le marché est plus accessible à leur bourse.

Pour Madame Malan : « Comme je m’approvisionne dans les


magasins de cosmétique, je préfère continuer avec eux. Ils m’ont
toujours fournit de bons produits et comme je suis une bonne cliente, ils
me font de bons prix. »

Concernant Noémie, elle déclare : « Je préfère dans ce domaine


me confier à l’esthéticienne qui s’y connaît mieux que moi. Comme moi
je veux juste un teint propre, elle sait ce que je dois utiliser. Sur les
marchés il y a beaucoup de mauvais produits. L’esthéticienne ne peut
pas me donner n’importe quoi, vu ce que je paie.»

Il faut souligner que les prix des produits éclaircissants varient


selon les lieux de commercialisation45. Au marché, ils sont moins chers
que partout ailleurs notamment grâce au marchandage. Ainsi, certaines
femmes dans le processus dépigmentaire mobilisent plus de moyens
financiers que d’autres en fonction du lieu d’approvisionnement.
Examinons de plus près ces lieux de commercialisation.

45
Voir tableau n° 6 page 191
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 190
TABLEAU VI :
PRIX/LIEUX DE VENTE DES PRODUITS DE BEAUTE
PRIX PHARMACIES
TYPE MARQUE PRIX MARCHES ET/OU SALONS DE
BEAUTE
ECLAIRCISSANTS Topsyne Gel 1100F cfa (30g) 1235F cfa (30g)
MEDICAMENTEUX Topifram 1100F cfa (15g) 1280F cfa (15g)
Epitopic 950F cfa (15g) 825F cfa (15g)
Betneval - 1185F cfa (30g)
Halog 350F cfa (15g) 1140F cfa (30g)
1200F cfa (30g)
Diprosone - 950F cfa (15g)
Topicorte - 965F cfa (15g)
Top-Gel 350F cfa (10g)
800F cfa (30g)
Dermovate 1400F cfa (25g) 1100F cfa (10g)
ECLAIRCISSANTS Ottentika 2500F cfa (100ml) 2815F cfa (100ml)
NON Clear-tone 400F cfa (50g) -
MEDICAMENTEUX Venus de Milo 600F cfa (50g) -
Shirley 400F cfa (50g) -
Drula - 2355F cfa (30ml)
Jaribo 1500F cfa (100ml) -
Beldam 3500F cfa (500ml) 3500F cfa (500ml)
Jana 3500F cfa (450ml) 3500F cfa (500ml)
Ultraclear 4500F cfa (500ml) 3700F cfa (500ml)
NON Vichy 2500F cfa (200ml) 3900F cfa (200ml)
ECLAIRCISSANTS Mixa 1250F cfa (250ml) 1310F cfa (250ml)
Nivea 1200F cfa (250ml) 1165F cfa (250ml)
Fleur de Lys 1000F cfa (250ml) 1060F cfa (250ml)
Pharmapur 1200F cfa (270ml) 1200F cfa (270ml)
Cocoa Butter 1500F cfa (400ml) 1860F cfa (400ml)

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 191
2.1. Les officines pharmaceutiques
Il faut tout de même indiquer que la vente des produits
éclaircissants dans les officines pharmaceutiques, reste un fait assez
paradoxal pour nous. La pharmacie n’est pas une « boutique » banale et
le pharmacien n’est pas un épicier de produits de soins. Les exigences de
l’ordre des pharmaciens veillent sur la régularité de leurs activités. Par
ailleurs, ils sont moralement, scientifiquement et déontologiquement
tenus de respecter des règles de bonne conduite professionnelle. Entre
le client d’une officine, malade ou parent de malade, le pharmacien ou le
préparateur en pharmacie et les laboratoires cosmétiques, ces règles
sont à observer, et les responsabilités à établir et à partager. Le corps
humain destiné à recevoir les médicaments, est une « machine »
délicate. Tous les spécialistes de la santé le savent, certaines
incompatibilités médicamenteuses, risquent d’aggraver l’état d’un malade
si les précautions d’administration des médicaments sont négligées. Au
lieu de le soigner, on peut lui infliger une autre maladie au pire, le tuer.
C’est pour cette raison, que le médecin délivre une ordonnance pour
l’achat des médicaments qui ne peuvent se prendre sans un minimum de
précautions. C’est pour la même raison que le pharmacien, doit veiller à
ne vendre certains médicaments que sur demande express du spécialiste
de santé. Cependant, il arrive trop souvent en Afrique qu’on passe outre
cette convention tacite pour exiger subtilement du pharmacien qu’il livre
des produits à la vente réglementée sans ordonnance médicale. Prières,
pleurs, insistance, intimidations, copinages, fratries et corruption
accompagnent parfois les requêtes de certains clients insouciants. En
outre le besoin de faire rentrer des devises dans les caisses de la
pharmacie, a conduit à insérer dans ces lieux de vente des médicaments,

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 192
des produits éclaircissants nocifs pour l’organisme de l’Homme. En plus
de cette situation, des produits non autorisés à la vente circulent
librement chez des individus, des groupes de commerçants ambulants,
sur les marchés et dans les rues. La permissivité et la complicité des
officines de pharmacies sont graves de conséquence car les malheurs et
les ennuis de santé des femmes proviennent de ces distorsions aux
règles de commercialisation des produits à vente réglementée. Ce sont
ces produits identifiés au chapitre 5 (produits à base de corticoïdes) qui
sont achetés et mélangés dans des recompositions personnelles et
appliqués sur la peau pour son éclaircissement. Ils sont souvent
directement administrés selon des recettes d’amis, de parents ou de
réseaux sociaux divers.
Pire encore sont les transactions liées à ces produits, dont certains
largement périmés se trouvent encore en vente libre sur les marchés, à
la disposition de clients éventuels. Une cliente qui n’en reconnaît que les
signes iconographiques (photographie de l’image, couleur de la bande
notice, forme de la bouteille de conditionnement) se laisse facilement
abuser. Ne sachant ni lire ni écrire, elle ne se préoccupe pas de la date
de péremption du produit acheté. Outre le danger réel du produit par
rapport à son usage inapproprié, elle ajoute au premier danger un
second qui est l’état des principes actifs transformés du contenu. On
peut s’imaginer les conséquences pathologiques d’une telle opération à
but esthétique

Le schéma de la page 195 tente de traduire les anomalies des


circuits de commercialisation qui sont tissées autour des laboratoires de
fabrication des médicaments, leurs correspondants, les officines, les

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 193
clients de première et de deuxième main. Ce commerce est lucratif car il
est affranchi de taxes et d’impôts dans la mesure où ses espaces
d’opérations sont clandestins et difficilement repérables par les services
du fisc et autres agents d’impôts.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 194
SCHEMA I
Circuits de détournement des PVC46

LABORATOIRES PHARMACEUTIQUES

CLIENTELE
SPECIALISEE
1er niveau de Vente en gros et ½ gros
Soustraction de produits PVC

OFFICINES PHARMACEUTIQUES

2ème niveau de soustraction Clientèle publique


de PVC

Produits périmés, destinés Clientèle libre et


ème
à la destruction, 3 niveau clandestine
de soustraction de PVC

46
Produits à Vente Contrôlée
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 195
Ce schéma présente trois niveaux où s’opèrent les fraudes, les
détournements ou ventes illicites des Produits à Vente Contrôlé (P.V.C).

Le premier niveau, est celui où se situe le laboratoire


pharmaceutique (SANDOZ, UPSAZ, CANONE, PFIZER, AVENTIS…),
ses clients grossistes et demi-grossistes. Entre la réception de la
marchandise du laboratoire à ses clients de premier ordre, il peut
s’opérer des soustractions de produits pour le commerce parallèle.

Le deuxième niveau, se situe à l’officine pharmaceutique ou


derrière le comptoir de vente. Là-bas, se trouvent des vendeurs
indélicats qui « s’arrangent » avec une clientèle complice pour
livrer illégalement des produits (PVC).

Le troisième niveau encore plus critique, est celui des produits


classés « périmés », destinés à la destruction. Ils sont détournés
de leur destination hors circuit, pour être recyclés dans la vente à
des particuliers qui les vendent à vil prix sur les marchés et dans
les rues.

Ces trois niveaux de fraude, occasionnent deux anomalies graves,


au niveau économique et au niveau de la santé publique.
Au niveau économique, le vol perpétré engendre pour le
laboratoire et l’officine pharmaceutique, un manque à gagner financier.
La répercussion de ces vols sur les chiffres d’affaires négligeables en
temps de vaches grasses, est appréciable en temps de vaches maigres
comme c’est le cas en ce moment.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 196
Au niveau de la santé publique, les médicaments administrés sous
vente contrôlée, pris en administration libre, provoquent d’autres
pathologies (lésions, affections de tous genres). Ceux qui sont périmés,
payés et ingurgités ou appliqués sur la peau, peuvent conduire à de très
graves problèmes de santé.
L’examen des circuits commerciaux légaux (voire pharmaceutique)
et de voies frauduleuses, montre l’activisme des acteurs dans ce secteur
formel qu’on veut rendre informel. Il montre également l’importance des
masses monétaires qui circulent dans ces réseaux.

2.2. Les marchés


La vente des produits éclaircissants sur les marchés, n’obéit à
aucune règlementation ou déontologie comme en pharmacie.
L’acquisition des produits dépigmentants est de ce fait, plus aisée.
Cependant, la vente dans ces espaces, posent le problème de la
conservation. Si ces produits ne sont pas périmés, ils sont à la merci des
intempéries. La pluie et le soleil les martèlent et peuvent modifier leurs
actions. Par ailleurs, les vendeurs souvent illettrés, ne sont pas à même
de conseiller les utilisatrices sur les éventuels effets indésirables ; il faut
encore que ces dernières en face la demande.

2.3. Les salons de coiffures, les cabinets d’esthétiques et


les magasins cosmétiques.
La vente de produits éclaircissants dans ces espaces destinés
à l’embellissement de la femme, ne répond qu’à un intérêt financier. Ces
produits tout comme en pharmacie sont peut être mieux présentés et
protégés, mais il n’en demeure pas moins qu’ils représentent un danger

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 197
pour l’organisme. Les vendeurs ou vendeuses, ne se bornent qu’à
présenter « les qualités » ou « l’efficacité » de ces produits. On passe
sous silence les inconvénients, encore faut il en être informé.
Au delà de l’aspect commercial, tous ces lieux de vente
créent des liens entre les individus. Les échanges économiques, sont
marqués par des interactions, des interrelations qui revisitent le
partenariat vendeur/ acheteur.

2.4. Les relations clients et marchands


Les relations entre vendeurs et acheteurs, jouent
énormément en Afrique sur la fluctuation des prix. Le phénomène du
marchandage est pratiqué sur tous les marchés et lieux de vente. Il
consiste pour un prix annoncé ou même affiché, de demander sa revue à
la baisse.
Le marchandage est un processus de propositions et de contre –
propositions appuyées de part et d’autre, d’arguments et de contre-
arguments qui s’alternent jusqu’à un accord ou un échec.
La qualité des relations sociales peut donc influencer les prix à la
baisse et cela profite à l’acheteur. Il ressort de l’histoire du
marchandage, que le vendeur ne perd jamais totalement. S’il perd sur un
client X, il le récupère sur un autre Y et en définitive, équilibre son
opération de vente.
A titre d’exemple, examinons cette étude de cas relative à un
marchandage au marché de Yopougon-Sicogi, à propos de l’achat d’un
produit éclaircissant du nom de Beldam.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 198
2.4.1. Etude de cas : Marchandage d’un produit
dépigmentant
La scène se passe dans le secteur des produits
cosmétiques et assimilés au marché de Yopougon-Sicogi. L’étalage
concerné, est tenue par une femme Dioula, koyaka de Séguéla du nom
de Korotoumou.
La cliente du nom de Tra-Lou Henriette est Gouro, originaire de
Bouaflé. Cette mère d’environ quarante ans, cherche un produit
éclaircissant pour l’une de ses filles. L’objet concerné par la vente est un
produit non médicamenteux éclaircissant (BELDAM). Le prix indiqué est
de 3500 F CFA pour un flacon de 500 ml. Dame Henriette Tra-Lou trouve
se prix élevé pour sa bourse. Elle prend le flacon, l’identifie bien (parce
que ne sachant pas lire). Elle se rassure que c’est bien la pommade que
sa fille utilise pour ses soins éclaircissants.

Elle engage alors, un dialogue de marchandage :

« Madame dit Tra- lou, ton prix est cher, faut diminuer un peu ».

« Madame reprend la vendeuse, c’est le prix, c’est comme ça qu’on


vend partout »

« Diminue un peu seulement, je vais prendre pour ma fille »

« A combien, tu veux payer ça ? »

« Enlève 500 F pardon et je prend »

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 199
« Eh madame, c’est trop ! Si je fais ça je gagne rien. Faut mettre
un peu dessus ».

Après avoir repris le flacon, tourné et retourné dans tous les sens,
dame Tra-Lou arrête le marchandage, demande le nom de la vendeuse,
son quartier de résidence et son ethnie :

« Je suis koyaka, mon nom est Korotoumou et j’habite à Adjamé


mairie » reprend la vendeuse.
« Koyaka, eh ! » reprend étonnée et heureuse de l’information.
« comment ? C’est femme koyaka qui ma fatigue comme ça ?
oh ! » s’exclame dame Tra-lou la cliente.

Celle-ci venait de découvrir que sa vendeuse Koyaka et elle-même,


sont des alliées. Au plan ethno- culturel, Koyaka et Gouro sont frères et
sœurs. Une alliance séculaire les lie depuis très longtemps. Au terme de
cette alliance interethnique, on ne se refuse rien, on ne se querelle pas,
on ne s’irrite pas l’un contre l’autre. Cette alliance trouve là une occasion
exceptionnelle de son application et de son actualisation

Après cette découverte, l’acheteuse relance le débat : « Petite


sœur koyaka, ta grande sœur Gouro te demande de diminuer la
pommade là. Donne-moi ça à 3000 F. Ce n’est pas pour moi- même,
c’est pour ta fille. Tu sais que mon enfant (ma fille) est aussi ton enfant.
Mon mari est mort il y’a trois ans. Je suis seule à m’occuper de six
enfants. Aie pitié de moi ma sœur. Tiens les 3000 F et laisse-moi la
pommade. »

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 200
2.4.2. L’analyse du contenu du marchandage.
Le flacon Beldam est à 3500f. Ce prix est indiqué
à tous les clients sans distinction. Cependant, « le procès » de
marchandage, peut en faire baisser le prix initial. En effet, le
marchandage consiste à chercher les arguments qui fassent fléchir la
vendeuse afin que le prix initial soit rabaissé. Dame Tra-Lou, trouve la
porte d’entrée dans l’intimité de korotoumou, la koyaka de Séguéla.
Gouro et koyaka sont des alliés. C’est-à-dire des groupes ethniques liés
par des relations particulières psychoaffectives, qui transcendent leurs
personnes, leurs familles, leurs parents et ancêtres. Cette force de
l’alliance ne peut laisser korotoumou indifférente. Devant l’insistance
d’une alliée, donc d’une sœur par le jeu sacré du Senimgouya (alliance
en pays malinké koyaka) ; veuve de surcroît, korotoumou peut-elle
rester insensible et se fermer :

- à la requête de sa sœur Tra-Lou, Gouro ;


- à l’alliance et à sa force trans-temporelle ;
- à sa valeur culturelle ;
- à son influence sur la paix ;
- à la bénédiction qu’elle renferme et dispense à tous ceux et celles
qui l’observent au nom des ancêtres.
Voilà autant de raisons objectives, subjectives et psycho-
sociologiques qui ont fait fléchir la vendeuse korotoumou.

En résumé, consentir 500 F CFA pour un produit, est une réduction


importante et exceptionnelle. Habituellement, la remise n’excède pas
100 à 200 F. Il faudrait des raisons particulières pour consentir à une

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 201
telle réduction. Ici, cette baisse drastique tient à une raison et à une
seule : l’alliance à plaisanterie. Ainsi va le marché, avec le
marchandage, l’influence de la culture interethnique à travers le fait
social de l’alliance à plaisanterie, ses effets et ses conséquences.
Le mythe de l’alliance à plaisanterie, fonctionne dans ses
articulations comme un système de « control social ». Il crée un cadre
institutionnel et conventionnel transcendant. A travers le marchandage,
les réalités du mythe de l’alliance Gouro-Koyaka, actualise la qualité des
relations sociales auparavant hétérogènes et impersonnelles, en une
relation homogène et fraternelle. Les deux femmes se reconnaissent
sœurs par l’alliance. Si elles sont sœurs, elles se reconnaissent une
origine ascendante identique, celle des ancêtres fondateurs de leurs
ethnies, qui ont mis en place cette alliance dont on ignore l’histoire
précise.
Ce qui importe, c’est la conclusion heureuse qui réconcilie les
marchandes et tous les acteurs de l’acte commercial : la vendeuse,
l’acheteuse, la bénéficiaire du produit, le groupe ethnique en cause.

Pour revenir à la dépigmentation, il apparait que les femmes


dépigmentées en dépit de l’inflation, des difficultés économiques,
arrivent toujours à s’approvisionner. Pour cela, elles peuvent compter
soit sur l’alliance à plaisanterie, soit sur la fidélité qui les lie à un
commerçant, soit en concoctant des compositions personnelles.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 202
3. L’IMPACT FINANCIER DES PRODUITS ECLAIRCISSANTS

Le marché des cosmétiques et de l’esthétique est particulièrement


florissant en Côte d’Ivoire. Les douanes déclarent avoir encaissé près de
25 milliards de francs CFA au titre des taxes et importations diverses sur
ces produits pour l’année 2004-200547. Dans un pays en crise
économique, l’argent n’est sûrement pas à négliger. Dans ce contexte de
pauvreté généralisé, les lois et règles sont « violées ». Corruption,
détournements de deniers publics, marchés parallèles bref,
débrouillardise en tout genre se multiplient. L’entrée de ressources
financières suite à la commercialisation des produits éclaircissants est
bénéfique non seulement à l’Etat ivoirien, mais aussi à tous ceux qui
vivent de la vente de ces produits. La pauvreté, le besoin d’argent en
Côte d’Ivoire sont tels que les problèmes de santé engendrés par ces
produits, sont passés sous silence. C’est sans doute l’une des raisons
pour laquelle le phénomène persiste et croit dans ce pays.

L’expression « en ville rien n’est cadeau », convient ici, comme


ailleurs (dans les transactions commerciales). La dépigmentation de la
peau coûte chère même si le tube de Top gel de 15 g ne coûte que 500
F cfa (moins d’un euro). Or, il faut convenir que pour le mois, il faut en
utiliser plusieurs. Le contexte de pauvreté et de cherté du coût de la vie,
ne freine en rien l’achat des produits éclaircissants. En effet, vu comme
un investissement à long terme, et participant à l’entretien du corps ou
de la beauté, ces produits sont considérer comme partie intégrante de la
féminité. Notons plutôt que l’usage du marchandage (excepté en

47
Direction des statistiques douanières
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 203
pharmacie) ainsi que des compositions éclaircissantes personnelles
deviennent plus fréquente. Dans les deux cas, l’objectif est de réduire les
dépenses occasionnées par l’achat de produits éclaircissants.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 204
CONCLUSION PARTIELLE

Dans un pays pauvre où tout le monde s’active à la survie,


l’imagination est mise au service de stratégies de gains facile. Les
produits éclaircissants de la peau, contribuent à en grossir le volume.
Des officines pharmaceutiques en passant par les marchés des quartiers
comme des bidonvilles, l’on vend des produits dépigmentants. Puisqu’on
fait de leur usage un besoin constant et quasi- permanent, on se les
procure coûte que coûte.
Souvent pour y arriver, des irrégularités, des fraudes sont
commises, à partir de la corruption, des vols, des trafics illicites. Les
services de l’Etat et les services privés sont touchés, voire complices des
stratégies de contournements, de banditisme grossier ou de haut niveau.
La commercialisation par d’autres artifices culturelles (marchandages,
recours sentimentalistes, psycho-affectifs), sont aussi évoqués pour
fléchir les prix et bénéficier d’avantages tarifaires.
Au delà des produits, de leurs prix, il y a un impact sanitaire certain
de la dépigmentation de la peau que nous ne manquerons pas d’aborder
dans les pages qui suivent.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 205
CONCLUSION DE LA DEUXIEME PARTIE

Le phénomène de la dépigmentation de la peau à Abidjan est


devenu un phénomène social. Bourdieu parlerait d’ « habitus de classe ».
Il faudrait plutôt parler d’habitus de genre féminin, même si des hommes
s’en mêlent de plus en plus. Le modèle esthétique du corps conduit en
ville (Abidjan) à percevoir le corps désormais comme un produit
socioculturel. Il nous renvoie désormais une certaine image, à embellir et
à transformer. C’est l’entreprise de cet embellissement et de cette
transformation qui occupe la femme abidjanaise qui tente une nouvelle
expérience de son corps, porteur de promesses, à la fois libératrices et
asservissantes.

Les suppléments cosmétiques moins offensifs en poudres, crèmes,


huiles et pommades viennent en renfort pour tenter de parfaire parfois
ce que soude caustique, corticoïde et hydroquinone n’ont pas réussi à
obtenir. Ce combat contre la peau, le corps et la personne a ses
dangers. En attendant qu’ils se signalent pour engager le combat de la
santé contre celui de l’esthétique, il faut profiter des résultats (maigres
ou conséquents) obtenus et évalués par la victoire de la dépigmentation.
Les femmes claires, vedettes ou simples anonymes, servent de supports
médiatiques dans le commerce et la vente afin de susciter l’attention de
la clientèle et l’amener à acheter plus. L’image de la « belle fille » doit

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 206
être une clé qui ouvre la porte de la volonté d’acheter et le bouton du
porte-monnaie pour des achats utiles ou futiles pouvant aider à la
promotion économique.

Passé l’euphorie des opportunités diverses de la société de


consommation, la femme au teint clair peut ressentir les effets
désastreux de sa dépigmentation qui va la ramener à une dure réalité
médico-sanitaire pour une autre expérience plus douloureuse et plus
difficile.
Quel est l’impact de ces produits éclaircissants sur la santé?
Quelles sont les pathologies auxquelles les dépigmentées s’exposent et
quelles sont leurs thérapies? C’est dans la dernière partie de notre étude
que nous traiterons de ces aspects de la dépigmentation.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 207
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 208
Chapitre 7: Les conséquences médicales de la
dépigmentation de la peau

Introduction
1. La configuration de la peau
2. L’aperçu des pathologies liées a la dépigmentation cutanée
Conclusion du chapitre 7

Chapitre 8: Les perspectives de lutte contre la dépigmentation féminine

Introduction
1. Les obstacles à la lutte
2. L’approche préventive par groupe- cible
3. L’approche curative
4. L’étude de cas de madame Kouamé N’zi N’guessan (chu de
Yopougon : service de dermatologie
Conclusion du chapitre 8

Chapitre 9: De l’idéal corporel a l’anthropologie du corps

Introduction
1. De l’idéal corporel a l’exploitation du corps
2. L’anthropologie dans une perspective critique
De la connaissance de l’homme
3. L’anthropologie du corps dans sa fonction cognitive et
reconstructive du corps féminin
Conclusion du chapitre 9

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 209
INTRODUCTION DE LA TROISIEME PARTIE

La dernière partie de cette recherche s’orientera dans trois


directions essentielles :
- La première portera sur les conséquences médicales et sociales de
la dépigmentation, les risques encourus par les candidates, les
praticiennes de l’art dépigmentaire rebondissant sur la société
ivoirienne ;
- La seconde, ouvre la voie à des actions à la fois préventives et
curatives, dans la lutte contre ce fléau ;
- La troisième enfin, sera un élargissement de la réflexion sur le
thème du corps en l’occurrence de celui de la femme. Elle engagera
plusieurs sous disciplines anthropologiques à savoir l’anthropologie du
corps, biophysique, sociale et culturelle, dans une perspective de révision
de ce corps mais également pour prolonger le débat scientifique
pluridisciplinaire que suscite ce sujet.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 210
CHAPITRE 7:
LES CONSEQUENCES MEDICALES DE
LA DEPIGMENTATION DE LA PEAU

INTRODUCTION

Bien que la Côte d’Ivoire ne soit pas encore à la tête du peloton


africain en matière de dépigmentation de la peau en milieu féminin, son
rythme de progression mérite d’être freiné. Faute de quoi les pathologies
engendrées par cette pratique risquent de déboucher sur un autre
problème de santé publique. La dépigmentation de la peau ne s’arrête
pas seulement aux lésions de l’épiderme et à quelques boutons
disgracieux. Il y a plus et il y a pire pour la peau et l’organisme humain.
Pour mieux apprécier l’impact de cette pratique sur l’organisme, il
importe avant tout de présenter le support c’est-à-dire la peau sur
laquelle sont appliqués les produits dépigmentants.

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Le cas des femmes de Yopougon Page 211
1. LA CONFIGURATION ET LE FONCTIONNEMENT DE LA PEAU
1.1. La structure de la peau48
La peau est constituée de trois couches. De l’extérieur vers
l’intérieur, on trouve:
L’épiderme : Cette couche de moins d’un centimètre d’épaisseur
est constituée de kératinocytes qui produisent de la kératine (même
constituant des cheveux et des ongles). On y trouve également les
mélanocytes. Ces dernières produisent la mélanine, composée de
plusieurs pigments. C’est la quantité de pigments contenus dans les
cellules, qui détermine la couleur de la peau d’un individu. Une personne
noire à environ 8 à 10 fois plus de pigments qu’un blanc. Les noires sont
donc plus foncées du fait de l’importance des pigments mélaniques qui
composent leur peau. Les cellules de Langerhans tiennent le rôle de
protection du corps contre les agressions bactériennes. Sous l’épiderme,
se situe le matelas de soutien de la peau : le derme ;

Le derme : Toutes ces cellules baignent dans un liquide constitué


en majorité d’eau : la lymphe constituée de vaisseaux sanguins assurant
l’alimentation des cellules en nourriture. Cette partie contient les
fibroblastes (fibres collagènes, d’élastine et les hydrocapteurs),
permettant le maintien de la structure de la peau ainsi que des capteurs
de sensation (corpuscules) chaleur, froid, toucher. Dans la couche la plus
profonde de la peau, suite au derme, se situe l’hypoderme ;

L’hypoderme : Il est parfois appelé graisse sous cutanée ou


pannicule adipeux. C’est un tissu conjonctif spécialisé constitué de

48
Voir schéma n°2 page 214
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 212
cellules chargées de graisse. Il représente une réserve nutritive pour
l’organisme, assure une protection mécanique contre les chocs et
participe à la régulation thermique. Par sa répartition variable sur les
différentes régions du corps, il contribue à modeler une silhouette
différenciée selon le sexe et joue un rôle prépondérant dans la sexualité
et la vie sociale.

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Le cas des femmes de Yopougon Page 213
SCHEMA II :
Coupe longitudinale de la peau

Source : Wikipedia

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Le cas des femmes de Yopougon Page 214
A ces trois couches fondamentales s’ajoutent des annexes
cutanées, formées par la différenciation de l’épiderme : ce sont les
follicules pileux d’où naissent les poils, les glandes sébacées, les glandes
sudorales et les ongles.

1.2. La pigmentation cutanée


La pigmentation ou couleur de la peau d’où découle la
dépigmentation qui est au cœur de notre étude, est un procédé
physiologique, qui s’opèrent de la manière suivante:
Les mélanocytes situés dans la couche basale de l’épiderme,
sont des cellules fabriquant la mélanine, le pigment de notre couleur
protégeant l’épiderme contre les effets mutagènes des rayons Ultra-
Violet. Ces pigments sont enfermés dans des « sacs » les
mélanosomes, puis envoyés en surface. Les mélanocytes, possèdent
des prolongements dendriques leur permettant d’entrer en contact avec
plusieurs kératinocytes. Les kératinocytes sont les cellules productrices
de la kératine, molécule impliquée dans la formation de l’épiderme. La
kératine constitue une couche protectrice d’épaisseur variable. Elle est
fine au niveau du nez, des paupières, des oreilles. Les kératinocytes,
constituent 80% de cellules de l’épiderme. Ces mélanosomes sont
transportés du corps cellulaire où ils sont produits, jusqu’à l’extrémité
des dendrites où ils s’accumulent puis transférés aux kératinocytes
adjacentes, où la mélanine va se disperser. Plus les mélanosomes sont
nombreux et corpulents, plus la peau est foncée.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 215
1.3. Le rôle de la peau
La peau, a à la fois une fonction de protection, de
régénération et d’épuration du corps. Les pigments mélaniques jouent
un rôle photo protecteur important. Ils filtrent le rayonnement du soleil
(principalement de l’ultra violet) et protègent de leurs effets
cancérigènes. Ce pouvoir protecteur est fondamental. Il s’applique à tous
les effets nocifs des UV, notamment le risque de brûlure aiguë (« coup
de soleil »), et les risques liés à l’exposition chronique que sont les
cancers cutanés et le vieillissement inesthétique (rides et tâches). Le
degré de protection conféré par la mélanine est schématiquement noté
sur une échelle de 0 à 6, appelée « phototype », où 0 représente
l’albinisme complet, 1 la peau rousse, 2 la peau claire, 3 la peau blanche
« intermédiaire », 4 la peau blanche « mate », 5 la peau pigmentés
indienne, moyen-orientale ou asiatique et 6 la peau dite noire. Ainsi, plus
l’épiderme est foncé, plus la peau est protégée. Avoir une peau noire est
donc un atout d’autant plus que l’homme est de plus en plus exposé aux
effets de la destruction de la couche d’ozone et du réchauffement
climatique de la planète. Ils neutralisent les radicaux libres, facteurs du
vieillissement cellulaire. Sans en empêcher le processus, ils permettent le
renouvellement des cellules qui participent au bon fonctionnement de la
peau. Les glandes sudoripares grâce à des canaux s’ouvrent vers
l’extérieur et permettent par le biais de la production de sueur d’éliminer
les déchets, de réguler la température du corps, de protéger l’organisme
contre la chaleur. L’action des produits dépigmentant joue négativement
sur ces constituants de la peau ainsi que sur leur fonctionnement. Ces
effets néfastes pour la peau et le corps humain sont exposées ci-après.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 216
2. L’APERÇU DES PATHOLOGIES LIEES A LA DEPIGMENTATION
CUTANEE

Ces pathologies, sont le fait des agents dépigmentants sur la peau


et le corps humain. Les dermocorticoïdes par exemple, doivent être
utilisés sous prescription médicale, pour des applications limitées, à
faible dose et sur des zones précises. Une application à longue durée
entraîne des effets secondaires. L’hydroquinone est gravement toxique
pour la peau et le mercure pour le corps. L’arbutine qui participe à
l’inhibition de l’activité de la tyrosinase, et l’acide kojique qui intervient
au niveau des intermédiaires dans la synthèse de la mélanine,
connaissent des problèmes de stabilité et de sécurité non encore
maîtrisé. Les AHA et l’acide azélaique (qui stimule l’élimination de la
mélanine à travers les kératinocytes) doivent être utilisés à faible
concentration ou encore sous surveillance médicale.

Tous ces points démontrent un réel danger des ces actifs


dépigmentants sur l’organisme humain mais également la
méconnaissance au niveau scientifique de l’étendue de ces incidences.

2.1. Les maladies dermatologiques


L’atrophie cutanée ; Les dyschromies cutanées ; Les
vergetures ; Les acnés et les boutons ; La photo sensibilité ; le cancer de
la peau sont en général, les affections cutanées auxquelles s’exposent ou
sont sujettes les adeptes de l’éclaircissement de la peau.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 217
2.1.1. L’atrophie cutanée
Elle entraîne une réduction de l’épaisseur de la peau.
Le tissu adipeux fond sous l’effet des produits agresseurs (hydroquinone,
mercure, acide caustique, corticoïdes etc.). Cette minceur laisse
apparaître les vaisseaux sanguins plus ou moins bleutés. La peau ainsi
abîmée se fragilise et se déchire au moindre choc extérieur. La lenteur
de la cicatrisation consécutive à une blessure dans ce cas devient
symptomatique du danger dépigmentaire. La peau ainsi dénaturée paraît
prématurément vieille avec l’apparition des rides et des plis sur le corps.
Dans ces conditions, il devient très difficile de traiter cette peau en cas
d’intervention chirurgicale. Comment effectuer des points de suture avec
une chance de succès et de survie du patient sur une peau quasiment
morte ?

2.1.2. La photo sensibilité


La peau, au fur et à mesure de la pratique
dépigmentaire s’amincit. Sa barrière protectrice s’amenuise pour
finalement disparaître. Celle-ci devient très sensible à la lumière, surtout
aux rayons du soleil. Les risques de brûlure deviennent permanents :
boursouflures et bourrelets apparaissent sur cette peau maltraitée. C’est
à ce niveau que le choix opéré pour la dépigmentation reste
incompatible avec certaines activités ménagères (activités culinaires,
défrisage capillaire…) où la proximité de la femme près des sources de
chaleur est préjudiciable à sa peau fatiguée par de longues applications.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 218
2.1.3. Les dyschromies cutanées
Les longues applications des crèmes éclaircissantes
laissent apparaître des colorations multiples sur le corps. On assiste à
une bi ou tri colorations de la peau, relevant le caractère somme toute
inesthétique de la pratique. Les produits dépigmentant (sauf injection de
quinacore ou de cortisone) ne parviennent pas à une dépigmentation
totale et uniforme de la peau. Par ailleurs, les jointures des doigts, des
orteils, ou encore des coudes, sont comme rebelles aux produits. Ces
effets sont plus perceptibles chez des femmes très noires de peau à
l’origine. Les paupières protégées sans doute par instinct de
conservation, ne sont pas touchées par les produits utilisés. Cette
omission involontaire laissant des cernes et les paupières noires
trahissent souvent le secret de l’opération imparfaite de la pratique. Les
ronds autour des paupières donnent l’apparence de lunettes au visage.
La région de la tempe signale aussi les ratés de la dépigmentation. Cette
résistance conduit souvent à la polychromie cutanée, ajoutant au
caractère artificiel de la dépigmentation, des échecs supplémentaires.

2.1.4. Les vergetures49


Elles sont dues à la destruction des fibres élastiques
de la peau qui se relâchent. Elles apparaissent sur le corps sous forme
de stries verticales ou horizontales. Le dos, la poitrine, les bras, les
fesses en portent la marque non recherchée et plus gênante que
souhaitée.

49
Voir Planche n°8, pages 220
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 219
PLANCHE VIII :
Exemple de complications liées à la dépigmentation :
Les vergetures

Source : APA news

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Le cas des femmes de Yopougon Page 220
2.1.5. Les acnés et mycoses50
Ce sont une autre forme de pathologie cutanée. Les
défenses de la peau affaiblies, il va se produire de façon fréquente de
petites infections ou allergies (furoncles, acnés, mycoses…). Les acnés
par exemple vont semer sur le corps notamment le visage, des points
noirs, encore inesthétique et parfois irréversibles. Ils sont dissimulés par
l’application de poudre après avoir été combattus par d’autres produits
sous forme d’automédication ; ce qui peut provoquer la survenue
d’autres boutons en réaction aux produits appliqués ou absorbés. Ainsi
naît le cercle infernal des pathologies acnéiques.

Les glandes sudoripares sont perturbées dans leur fonction de


production et d’épuration. Elles n’autorisent plus la sécrétion normale de
la sueur. Ce dysfonctionnement inflige aux femmes une sudation
abondante, gênante et malodorante.

Après les affections cutanées s’inscrivent les affections


physiologiques dont il importe d’examiner certaines pour comprendre la
gravité de l’exercice esthétique par la dépigmentation cutanée.

50
Voir Planche n°9, page 222
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 221
PLANCHE IX :
Exemple de complications liées à la dépigmentation :
Les mycoses

Source : APA news

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Le cas des femmes de Yopougon Page 222
II.2. Les affections physiologiques
2.2.1. Les cancers cutanés
La destruction de la mélanine, cette protection
naturelle contre les rayons ultraviolets du soleil, peut être fatale. Privée
ainsi de la vitamine D, la peau est vulnérable à toutes les agressions
solaires. Voila qui ouvre la voie au cancer de la peau, voire du sang. Ils
sont dans ce cas provoqués par l’insuffisance de la production des
glandes surrénales situées en haut des reins chargés de produire des
corticoïdes en vue de la régularisation du métabolisme des électrolytes
telles le sodium, le potassium et de l’eau et maintenir une santé
optimum de l’individu. Leur réduction qualitative et quantitative pose
problème, la prise de produits médicamenteux perturbe leur
fonctionnement normal.

2.2.2. Les autres pathologies


L’usage prolongé des produits (corticoïdes, mercure,
hydroquinone) finissent par passer dans le sang et bloquent les globules
blancs ; cela conduit à la baisse des capacités défensives de l’organisme.
Cet affaiblissement des défenses de l’organisme expose la femme à de
nombreuses maladies opportunistes. Ainsi, maladies bactériennes et
virales trouvent chez un tel sujet une porte facile pour accéder à son
corps. Les pathologies sont nombreuses et émargent au registre des
produits médicamenteux utilisés pour s’éclaircir la peau. La liste est
longue pour des pathologies toutes graves. Il s’agit entre autres
pathologies de :
- l’insuffisance rénale ;
- la cécité (le glaucome) ;

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 223
- le diabète ;
- l’hypertension artérielle ;
- les ulcères ;
- les complications neurologiques
- et même la perturbation du cycle menstruel de la femme, peut
survenir après notamment la dépigmentation par injection.

Les pratiquantes savent-elles que leur ‘’art’’ esthétique peut les


conduire à ces maladies ? Ignorer que l’art esthétique auquel on
s’adonne peut provoquer de telles maladies est un handicap lourd de
conséquence pour ces femmes. Mais comment expliquer cette
ignorance ?

La quête de la beauté qui conduit à la dépigmentation est


entreprise par des jeunes filles et des femmes généralement en « bonne
santé ». La survenance d’une maladie consécutive à l’usage intensif et
prolongé des produits médicamenteux ou de composition nocive est plus
ou moins sue par les pratiquantes.

« Moi tout ce que je sais c’est que les produits peuvent créer des
problèmes de peau. Mais je n’ai jamais rien eu.» nous dit Blandine

Quant à Georgette : « j’utilisais un produit, je ne sais plus lequel


qui me rendais faible. Quand je mettais ce produit, je maigrissais je ne
me sentais pas bien, alors j’ai arrêté. »

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 224
« Comment une simple pommade qu’on met sur le corps peut-elle
provoquer un cancer de sang ? » s’est interrogée madame Malan.

La culture pathologique africaine cherche presque toujours à


attribuer les causes des maladies à des êtres supra-matériels (génies,
sorciers, ou parents doués de puissances occultes) qui infligent le
mauvais sort traduit en maladies corporelles ou mentales. Les règles de
la causalité ne sont jamais considérées comme physiques, biologiques ni
chimiques. Les corrélations entre virus, microbes, bactéries et maladies
sont considérées comme des explications spéculatives.

Ici, le postulat pasteurien cherchant le mal dans une cause


objective identifiable et dont la suppression consume la maladie est
inacceptable. Le paradigme de la médecine traditionnelle est que
l’origine du mal est ontologique et que les attributs spirituels et
immatériels de l’homme sont à l’origine de son mal quand ils sont
atteints ou affectés par une action volontariste maléfique.51

Comprenant et percevant ainsi la maladie, il devient difficile de


conduire une action de prévention sans des précautions préalables
sérieuses à cette entreprise de prévention et d’éducation sanitaire par
l’information.
Le tableau ci-dessous montre les différentes conceptions du fait
pathologique des médecines traditionnelles et modernes.

51
Au plan de la personnalité africaine, l’homme est composé d’un corps et de plusieurs attributs immatériels
(âme, esprit, double, force vitale, ombre…). Lorsque un de ses attributs est touché, alors cela affecte le corps
biologique (éruptions cutanées dysfonctionnement organique proviendra de cette explication relevant d’une
logique endogène culturelle).
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 225
TABLEAU VII
SCHEMA PATHOLOGIQUE TRADITIONNEL ET MODERNE

MALADIES
Types de Origines Thérapies
Médecine
Médecine ● Sorcellerie - Sacrifices
traditionnelle ● Malédiction - Rites purifications
● Envoûtement - Désenvoûtement
● Fautes individuelles - Conjuration
et/ou collectives

Médecine ● Virus -Eradication des


Moderne ● Bactéries causes de la maladie
● Microbes

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 226
Ce tableau montre qu’entre les deux types de médecine, il y a des
itinéraires thérapeutiques différenciés. D’un côté, une relation directe de
cause à effet (médecine moderne) et de l’autre, une relation médiatisée
par l’action des pouvoirs spirituels. L’approche comparative suivante
explicite encore mieux cette observation.

2.3. Les causes explicatives des pathologies : approche


comparative
Avant d’envisager une éducation sanitaire efficace, il importe
de comprendre la perception du fait pathologique dans la mentalité des
femmes malades. D’une façon plus générale, il importe de connaître les
formes de représentation de la maladie dans le milieu traditionnel, en
comparaison à sa conception dans le milieu moderne.
Pour ce faire, nos recherches se sont orientées vers ces deux types
de médecines (traditionnelle et moderne) où s’inscrivent les pathologies
particulières de type dermatologique.

2.3.1: En milieu traditionnel


Il importe de rappeler que plus de 90% des femmes
préoccupées par l’art dépigmentaire sont à peine lettrées. De ce fait, leur
connaissance scientifique de la maladie reste faible. Par ailleurs, les
lettrées sont aussi imprégnées par les conceptions traditionnelles de la
santé et de la maladie malgré leurs capacités d’appréciation des
phénomènes de santé.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 227
En milieu traditionnel, l’on considère que l’être humain est
constitué :
- D’un substrat matériel : le corps, matière putrescible, tangible et
physique ;
- De plusieurs attributs immatériels variables en fonction des
groupes ethnoculturels (âme, force vitale, ombre, double, esprit…).

Cette conception ontologique montre bien que le corps ne


représente numériquement qu’une unité et les autres êtres intangibles
qui soutiennent et qui font l’homme sont plus nombreux. Ce sont eux qui
font la personne et la personnalité de cet être humain.

Par ailleurs, les attributs matériels comme le vêtement, les


cheveux, les ongles et tout ce qui constitue l’homme font partie
intégrante de cet homme. Il en est de même de son nom, de ses
prénoms, de ses surnoms, sobriquets, noms initiatiques qui font partie
de l’individu.

Pour atteindre l’homme, il suffit dans ce cas, d’atteindre l’un de ses


attributs matériels ou immatériels. Ainsi, prendre une chemise d’un
individu, c’est posséder l’individu tout entier, car ce qui lui appartient le
représente et c’est lui-même. Dans cette logique de la partie pour le
tout, l’homme devient vulnérable et accessible pour le bien et pour le
mal.

Lorsqu’un génie, un parent malveillant, un sorcier être à grande


capacité de nuisance, veut attenter à votre vie, vous envoûte ou vous

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 228
rend malade, il lui suffit d’invoquer votre nom, de connaître votre nom
initiatique, votre sobriquet ou de disposer d’un objet qui vous appartient
pour réussir son forfait.

La maladie est un procédé d’affaiblissement d’un de vos attributs


matériels et immatériels. Cette opération aboutit au corps physique qui
finit par supporter les vestiges matériels de l’effet maléfique (sort,
ensorcellement, malédiction qui est proférée contre votre vie). Si le mal
est découvert à temps, on procède aux soins appropriés et aux sacrifices
rituels pour obtenir guérison. Si ce n’est pas le cas, l’évolution du mal
peut aller jusqu’à son terme final : la mort.

Les éruptions cutanées, les maux de tête, les douleurs musculaires,


les vomissements… et tout autre mal peut être le signe d’un
envoûtement ou d’un maléfice dont l’origine provient de ces sources
mystiques et destructrices.

Il faut en déduire qu’il y’a dans cette conception traditionnelle de la


santé et de la maladie, deux mondes : celui de la lumière (monde
normal) et celui des ténèbres ; c’est dans le second qu’agissent les
médisants et les malfaisants (sorciers, génies malfaiteurs et esprits
destructeurs). Ce monde de la nuit est organisé en puissantes confréries
qui sont à l’origine du malheur des autres. Ainsi, chaque lignage prend-il
ses précautions afin d’assurer la protection des siens par des contre
attaques et des systèmes spirituels de défenses et d’auto-défense
(confréries de masques, association de protection et de luttes contre la
sorcellerie et ses formes dérivées).

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 229
Les maladies de la peau (comme les autres) ne dérogent pas à
cette règle et s’inscrivent dans la conception générale de l’homme, de sa
santé et de sa maladie. C’est pour cette raison qu’il est difficile
d’expliquer qu’une dermatose résulte seulement de l’application même
prolongée d’une pommade à base de cortisone ou de produits
mercuriels. Cela sera léger comme explication. La cause efficiente sera
recherchée chez le devin capable de détecter l’origine du mal (homme-
femme-génie-esprit-sorcier) et ses vrais commanditaires. Une fois
informé et rassuré de la nature du mal et de son origine, on cherche les
voies et moyens de la guérison. Celle-ci passe par des sacrifices indiqués
par l’oracle du devin. C’est cet itinéraire, ses actes et ses croyances qui
constituent l’univers des pathologies et c’est à l’intérieur de cet univers
que se gère le couple santé-maladie.

1 2 3 4
Maladies Devin Origines Thérapies
Acnés, dermatoses Médiateur sorts poulet
(Hommes, Esprits) boissons

2.3.1. En milieu moderne


La médecine moderne a dépassé cette conception de la
santé et de la maladie. Grâce aux progrès scientifiques et
technologiques, des bonds qualitatifs énormes ont été faits sur la
connaissance des origines des maladies, des agents pathogènes. La
biologie et la microbiologie ont permis de comprendre l’action des micro-
organismes dans le corps. Ainsi l’on sait comment évoluent ces micro-
organismes dans le corps humain, les substances qu’elles secrètent, la

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 230
nature de ces substances et leurs conséquences destructrices dans le
corps.

Grâce au microscope, il est possible d’effectuer des analyses fiables


sur tous les micro-organismes nuisibles (microbes, bactéries, virus…).
Par ailleurs, la connaissance du corps physique et ses organes
fonctionnant dans des systèmes anatomiques harmonisés s’impose. Les
différentes spécialistes de la santé savent, grâce à la fécondité de la
recherche médicale, les formes de nuisance de chaque maladie. On sait
comment l’arrêter et même la tuer en l’éradiquant de l’organisme.

La démystification de la maladie permet de réduire les points


d’ombre et d’affranchir l’homme des préjugés et supputations
mystérieuses, mystiques et approximatives. L a maladie, grâce à la
science médicale, passe du monde des ténèbres à celui de la lumière de
la connaissance et de la rigueur expérimentale. Le scientisme, le
cartésianisme ont propulsé une logique scientifique qui fonde la foi en la
capacité de la science médicale à guérir sans incriminer quelqu’un ou
quelque chose et sans sacrifice animalier.

La chaîne logique des pathologies peut être brisée et certains


dégâts dans l’organisme réparés en vue de la guérison. C’est ainsi que la
médecine curative procède par l’observation-l’analyse-le diagnostic-la
thérapie.

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Le cas des femmes de Yopougon Page 231
1 2 3 4
Observation Analyse Diagnostic Thérapie
de la maladie

L’approche comparative laisse voir deux types de médecines


rattachés à deux types de culture et de civilisation. Le premier type
(traditionnel) tourne vers le passé ; le second (moderne) tourne vers
l’avenir. Sans juger leurs contextes et leurs modes d’opération, il faut
retenir que leurs objectifs essentiels sont convergents. Il s’agit d’obtenir
la guérison de l’homme malade.
A partir de ces objectifs partagés, l’on envisage une collaboration
car la phytothérapie allégée de ses enveloppes spiritualistes, présente
des principes actifs à travers la pharmacopée qui pourrait être d’une
grande utilité pour la santé des être vivants.

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Le cas des femmes de Yopougon Page 232
CONCLUSION PARTIELLE

La dépigmentation apparaît dans ses premières approches comme


un simple jeu d’embellissement du corps dans la dynamique de l’art et
de l’élégance. En fait de jeu, si s’en est un, c’est un jeu très dangereux
puisqu’il aboutit à terme à des maladies ; un jeu où l’on gagne peu et
l’on perd beaucoup, car il s’agit du jeu de la vie. L’usage des produits
nocifs pour la santé infiltre la peau et provoque un dérèglement du
système immunitaire qui fragilise l’ensemble du corps. Les nombreuses
maladies dermatologiques, physiologiques et hormonales qui
accompagnent la pratique dépigmentaire font de cette pratique, un art
dangereux hypothéquant souvent des vies humaines. Quand on voit
l’engouement prononcé des jeunes (femmes et filles) à se dépigmenter
la peau, on comprend que l’on court au devant d’un vrai fléau social,
qu’il convient de juguler et en limiter les dégâts.

Outre le paludisme et le VIH/SIDA qui ont de tristes records


mortifères et morbides en Côte d’Ivoire, il serait grave de leur adjoindre
un autre fléau qui serait la dépigmentation de la peau avec des produits
prohibés. Le corps de la femme doit donc être protégé par des mesures
concertées et appropriées au niveau de l’Etat et de tous les partenaires
face à cette « épidémie volontaire naissante » et dont la ville d’Abidjan
est le foyer de propagation.

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Le cas des femmes de Yopougon Page 233
CHAPITRE 8:
LES PERSPECTIVES DE LUTTE CONTRE
LA DEPIGMENTATION FEMININE

INTRODUCTION

La lutte contre l’éclaircissement de la peau passe par de véritables


actions d’informations, d’éducation et de communication sur le
phénomène, donc par des actions préventives tout d’abord et curatives
par la suite. En Côte d’Ivoire, force est de constater que le phénomène
ne décroit pas. Il persiste et même s’amplifie. Quels peuvent en être les
raisons pour des résultats probants?

1. LES OBSTACLES A LA LUTTE

En Côte d’Ivoire, si actes de luttes il y a ou il y a eu, les effets ne


sont pas perceptibles. Le phénomène est loin de perdre en puissance. Ce
constat selon nous provient de deux sources majeures :

- Les autorités politiques et administratives ivoiriennes ;


- La population.

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Le cas des femmes de Yopougon Page 234
1.1. Les autorités politiques et administratives
Tout programme de lutte doit être tout au moins soutenu par
Les pouvoirs politiques et administratifs. En Côte d’Ivoire, aucune loi ni
résolution n’a été prise (comme au Burkina Faso) contre la vente ou la
publicité faite aux produits éclaircissants. Au vu de cette attitude, il
semblerait que l’aspect pécuniaire de la pratique dépigmentaire est ce
qui retient l’attention de l’Etat.
Mais faut-il sacrifier la santé des populations sur l’autel des
intérêts ?

1.2. La population
Elle ne semble manifester aucune inquiétude ou prise de
conscience, face à ce drame sanitaire qui se déroule sous leurs yeux,
dans leur propre maison. Les femmes en général, sont loin de s’y
désintéresser. Au contraire, on constate à leur niveau un engouement
pour la pratique.

Tous ces faits, toutes ces attitudes, ne contribuent pas à réveiller


les consciences pour la mise en route d’actions préventives, encore
moins curatives. Quelque chose doit être fait au risque de voir les
femmes être confrontées à des problèmes sanitaires graves dans
l’avenir ; ce qui aurait pu être évité.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 235
2. L’APPROCHE PREVENTIVE PAR GROUPE CIBLE
2.1. Les autorités politiques
Les campagnes de sensibilisation contre le blanchiment de la
peau chez les femmes, nécessitent en amont, l’accord et l’implication des
autorités politiques. Aucune action ne peut débuter, progresser, encore
moins avoir de l’impact sans l’accord et l’appui des autorités du pays. La
situation de dégénérescence politique et économique que connaît la Côte
d’Ivoire depuis quelques années a conduit ses dirigeants à avoir d’autres
priorités. Faire entrer des devises pour assurer la sécurité de l’Etat ainsi
que la survie des populations était sa principale priorité. Il faut en dépit
de la paix précaire de ce pays recentrer l’action de l’Etat sur sa
population, nomment féminine au regard de ce fléau qui prend de
l’ampleur.

2.2. Le corps médical


Dans son ensemble, ce corps doit veiller à l’administration
des produits pharmaceutiques à usage cosmétique. En effet, ceux-ci ne
doivent être prescrits que sous avis médical. Par ailleurs, la partition de
certains spécialistes (dermatologue, cancérologues, chirurgiens-
esthétique et même gynécologue…) est nécessaire. Les informations
qu’ils détiennent sur la question dépigmentaire en particulier sur ses
conséquences, apporteront du crédit et du réalisme à la campagne
préventive.

2.3. Les institutions policière et douanière


La dimension éthique ne peut être absente de ce dispositif
préventif. En effet, policiers, gendarmes, douaniers etc… doivent veiller à

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Le cas des femmes de Yopougon Page 236
l’irrégularité des entrées et de la vente des produits éclaircissants. Les
cas de fraude doivent être sévèrement punis par des amendes élevées et
mêmes des emprisonnements. En effet, il faut combattre l’importation
des produits cosmétiques prohibés ou ceux qui ne respectent pas le taux
autorisé d’actifs éclaircissants. Ces produits interdits de vente,
‘’atterrissent’’ sur les marchés africains où l’on sait que les autorités sont
très peu regardantes sur ces choses parce que corrompues. Les autorités
douanières doivent être formées, informées sur ces produits, pour une
meilleure mobilisation de ses agents.

2.4. Les commerçants


L’histoire de la dépigmentation est aussi une histoire
commerciale. La vente des produits éclaircissants est l’objet d’un
fructueux commerce. Mettre fin à cette vente ne sera pas facile à
accepter compte tenu de la perte financière que cela va occasionner.
Relativement à cela, il importe de sensibiliser les commerçants sur le
bien fondé de cet arrêt.

2.5. Les cabinets d’esthétiques et de cosmétiques


Les commerçants et vendeurs de ces centres de beauté
doivent également être approchés dans ce projet d’éveil des
consciences. Par ailleurs, ces tenanciers agissent également comme des
prescripteurs, des référents. Leurs conseils permettront de réorienter les
comportements féminins en matière de soins du corps.

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Le cas des femmes de Yopougon Page 237
2.6. Les hommes
Ils sont des partenaires incontournables dans la vie de la
femme comme dans la lutte contre la dépigmentation. Par nos enquêtes
de terrains, les femmes justifient la pratique par l’’attrait des hommes
pour les femmes claires. Bien que cette justification manque
d’arguments, il n’en demeure pas moins que l’homme en tant que mari,
père, frère… porte un jugement sur l’aspect physique de la femme. Par
leur jugement assez négatif sur la pratique, il importe selon nous de les
inclure dans cette approche préventive afin d’intervenir dans le
changement de comportement des femmes.

2.7. Les média


La lutte contre la dépigmentation doit voir la participation des
médias. A cet effet, des affiches publicitaires doivent être collées dans
toute la ville d’Abidjan, des spots télévisés, des annonces scripturaires
dans les magazines, des spots radiophoniques et à l’aide de mégaphone
doivent informer la population sur la tenue de ces séances
d’informations. En somme un véritable matraquage médiatique est
nécessaire et l’appui des média doit être indéniable. Les thèmes abordés
doivent être la peau support de la pratique (notamment la peau noire)
dans sa structure et son rôle, ainsi que les principes éclaircissants et
leurs effets sur le corps. La RTI qui procède déjà à la traduction des
informations en langues du pays, doit servir de relais dans ce processus
d’informations sur la dépigmentation pour les populations analphabètes
en ville, comme dans les campagnes où le phénomène est perceptible.

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Le cas des femmes de Yopougon Page 238
Il importe également que les autorités de régulation de l’espace
audiovisuelle se penchent sur la question. On épilogue beaucoup sur les
causes et les conséquences de la pratique dépigmentaire, mais force est
de constater que la puissance de la publicité participe au développement
de la pratique.

2.8. Les spécialistes en Sciences Humaines et Sociales


Nous avons noté que les connaissances vagues ou nulles sur
les incidences mortifères de la dépigmentation par la population
féminine, n’a en rien freiné ou arrêté la progression de la pratique. C’est
à ce niveau que l’appui des spécialistes des sciences sociales
(anthropologues, sociologues et psychologues) serait appréciable. La
présentation du phénomène dans le contexte politique et économique
actuel de la Côte d’Ivoire, dans le contexte urbain, permettra d’aborder
le fait en profondeur. En mettant en lumière, les rêves et objectifs des
pratiquantes, les motivations profondes et réelles qui sous-tendent un tel
comportement ainsi que l’impact à la fois individuel et collectif de la
dépigmentation. Ces spécialistes de l’Homme et de la société, ouvriront
la voie à des actions concrètes, de la part de l’Etat (Ministère de la Santé
et de l’hygiène publique, ministère de la femme, de l’enfant, de la famille
et de la protection sociale, le ministère de l’économie et des finances, le
ministère de l’emploi et de la fonction publique, le conseil économique et
social…), des associations féminines, ou des ONG (Organisation Non
Gouvernementales) pour combattre cette pratiques.

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2.9. Le ministère de l’environnement
Depuis la destruction à petit feu de la couche d’Ozone, on
assiste à une recrudescence des cancers de la peau. Il faut donc plus
que jamais prendre soin de cette peau.
Soulignons que la nocivité de ces produits touche à la protection de
la planète, du fait de tous ces emballages non recyclables déversés dans
la nature tout comme les produits écoulés dans les fosses sceptiques et
les différentes sources ou réserves d’eau. En effet, l’hydroquinone par
exemple est dangereuse pour les eaux car elle est peu biodégradable et
en partie toxique pour les poissons. Il contient du benzène, hydrocarbure
liquide incolore, insoluble dans l’eau, inflammable et toxique, dissolvant
les corps gras.

3. L’APPROCHE CURATIVE

Cette approche peut également se faire avec l’appui de plusieurs


instances de la société.

3.1. Les média


Des journées de soins ou de consultations gratuites peuvent
être organisées. Pour crédibiliser ces journées et inciter le plus de
femmes possibles à consulter dans le but de disposer de soins
appropriés aux infections contractées suite à l’éclaircissement de la peau,
un soutien médiatique (par la radio, télévision, magazines …) est
indéniable. Des spots ou annonces publicitaires à cet effet, doivent être
imaginées et diffusées fréquemment.

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3.2. Le corps médical
A ce niveau, l’aide de médecins spécialistes est
incontournable. Ces derniers sont à même de déterminer les affections
physiologiques dont souffrent les dépigmentées, d’évaluer leur intensité
pour ensuite proposer le traitement adéquat. A ces médecins modernes
peuvent être associés les tradipraticiens qui bénéficient d’une
connaissance phytosanitaire toute aussi efficace. La phytothérapie qui a
fait et qui continue de faire ses preuves depuis des siècles dans les
champs médicaux traditionnels, peut permettre de mettre la nature (les
plantes), au service des dérivés de la culture, à travers l’usage abusif de
produits nocifs pour la peau. Par ailleurs, les médicaments utilisés par la
médecine moderne notamment en pharmacie, ne sont-ils pas issus des
plantes avant leur synthétisation par les laboratoires ?
Les conséquences médico-sanitaires de l’éclaircissement de la
peau, ouvrent une page de l’anthropologie médicale en direction de la
collaboration scientifique entre connaissances traditionnelles et capacités
modernes médicales.
Le recours à la bithérapie s’impose dans la mesure où la finalité de
ces deux médecines est de parvenir à guérir les pathologies humaines,
malgré les divergences de perceptions, de méthodes et de traitement.
Les programmes mis sur pied en Afrique de l’Ouest dans les Unités de
Formation et de Recherche(UFR) de sciences naturelles et Sciences
Médicales, de Pharmacie et de Sciences Sociales et humaines, sont un
signe certain de cette volonté politique et académique d’améliorer la
santé humaine, par le parcours de tous les moyens et de toutes les
ressources.

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Le cas des femmes de Yopougon Page 241
L’on combat une mauvaise habitude par une autre, jugée bonne. A
cet effet, des conseils avisés des dermatologues, sur les produits
cosmétiques non dépigmentants ou naturels à utiliser pour l’entretien de
la peau s’avèreront utile pour un changement de comportement.
L’aspect psychologique de l’individu n’est pas à négliger dans cette
pratique qui touche tout un tas de construction mental.

3.3. L’entourage proche et/ou lointain


L’appui affectif des cercles familiaux, amicaux religieux, bref
de tous ces strates où l’individu se sent aimé, entouré, encouragé
importe dans la guérison de l’individu.

3.4. Les hommes


Leur contribution à ce niveau est aussi importante. Il ne s’agit
pas de les amener à changer leur goût en matière de femme, mais les
amener à encourager les femmes à conserver un teint naturel (clair ou
noir).

3.5. Les femmes (dépigmentées ou non)


Le désir et la volonté de guérir ne peut et ne doit venir que
des concernées elles mêmes. Tout le travail qui a été fait en amont par
les média, les autorités politiques, le corps médical, les institutions
policières et douanières, la société civile… a besoin d’être activé par les
femmes afin de porter des fruits. Sans leur prise de conscience de la
gravité de la pratique et de la nécessité d‘y mettre fin (mettant de côté
toute appréhension de jugement, tout sentiment de honte) les actions
aussi bien préventives que curatives seront vaines. S’apprécier malgré

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 242
ses défauts physiques et amener les autres à nous apprécier, constitue
une puissante barrière (à certains stimuli) et un facteur de motivation
dans le processus de rétablissement.

4. L’ETUDE DE CAS DE MADAME KOUAME N’ZI N’GUESSAN


(C.H.U de YOPOUGON : Service de dermatologie)

Cette étude de cas par son importance dans cette partie


contributive de la médecine traditionnelle comporte sept rubriques. Ces
diverses rubriques permettent de situer le contexte environnemental
(humain, matériel et naturel) de la patiente pour mieux saisir les
phénomènes de référence de cette médecine traditionnelle et son mode
opératoire.
Ces rubriques sont :
- L’identification, relative à la présentation sommaire de Dame
Kouamé N’Zi N’Guessan, ses origines et ses milieux de vie (y
compris son statut matrimonial) ;
- La vie urbaine de Kouamé N’Zi N’Guessan situe les réseaux de
fréquentation de la patiente à Abidjan (sa profession – sa pratique
urbaine et sa vie familiale) ;
- L’épisode de la dépigmentation indique l’accès à cette pratique,
les produits utilisés et les motivations et résultats obtenus ;
- Les relations sociales interurbaines (entre Abidjan et Dimbokro) ;
- La maladie de la peau et son évolution (des premiers symptômes
à la maladie, l’itinéraire thérapeutique et les diverses réactions) ;

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 243
- L’exemple du langage expressif des pagnes (usage des pagnes et
de leur port comme moyen de communication, formes allusives,
allégoriques, medium d’invective de l’entourage) ;
- Les thérapies à leurs stades d’identification, et d’actions
curatives : divination, rites sacrificiels, hôpital, hospitalisation au
C.H.U de Yopougon.

4.1. L’identification :
Dame Kouamé N’Zi est couverte d’ulcères. Elle est très
malade et hospitalisée depuis deux semaines. Son cas est sérieux, même
si elle estime que sa santé s’est améliorée. Dame Kouamé est âgée de
36 ans. Elle est originaire de Dimbokro, mais réside à Abidjan-Yopougon
depuis 15 ans.
D’ethnie Baoulé-Agba, Kouamé N’Zi est la troisième fille de sa mère
qui a donné naissance à huit enfants (quatre garçons et quatre filles).
Elle est issue d’une famille polygamique de quinze enfants puisque son
père Kouassi Kouamé a épousé trois femmes (dont une de son village,
Bengassou ; une Senoufo de Korhogo et une Malinké d’Odienné).

Dame Kouamé N’Zi N’Guessan est elle-même mariée et mère de


deux enfants de sexe féminin. Elle est « lettrée » puisqu’elle a fréquenté
l’école de son quartier Koffikro à Dimbokro jusqu’à la classe de cours
moyen 2ème année. Animiste active, elle reste fidèle aux adorations des
« Amoins » de son père et aux usages rituels Baoulé-Agba52.

52
Les AMOINS sont les fétiches ou supports religieux des communautés Baoulé.
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 244
4.2. La vie urbaine
Arrivée il y a 15 ans à Abidjan avec une de ses tantes
paternelles, Kouamé N’Zi a successivement vécu à Treichville, à
Koumassi et à Adjamé où elle s’occupait du petit commerce de vente de
fruits. C’est en 2001 qu’elle rencontre un jeune homme de Dimbokro,
mécanicien en zone industrielle à Yopougon. Elle décide de faire ménage
avec lui et arrive dans cette commune. Nouvelle vie, nouvelles
fréquentations, nouvelles amitiés.

4.3. L’épisode de dépigmentation :


La dépigmentation est survenue à la suite d’une invitation d’une
amie de marché où elle exerçait son commerce de fruits, à améliorer la
qualité de sa peau. Elle lui en a indiqué les moyens et les motivations
avouées et insinuées. Dame Kouamé a accepté et s’est mise à cette
école53. Avec des compositions spéciales et des applications quotidiennes
régulières, elle obtient rapidement en un mois des résultats perceptibles.
Dans sa nouvelle peau, Dame Kouamé se trouve rajeunie et plus belle,
confesse-t-elle. Ce succès circonstanciel lui permet de bénéficier des
largesses d’un ami, à elle, présenté par celle qui l’a aidée à gagner une
nouvelle beauté.

Les nouvelles amitiés bien compensées par un concourt financier


régulier, Dame Kouamé devient plus mobile entre Abidjan et Dimbokro
(à 200 kilomètre environ d’Abidjan) où résident ses parents. Elle va les

53
Les mélanges de produits peu onéreux mais efficaces sont :
- l’eau de javel 30 gouttes ;
- 1 cuillerée de poudre (détergent) OMO, le tout dans un seau d’eau de 10 litres environ et se laver avec
cette préparation bien mélangée en utilisant du savon Asepso ou du « savon noir » (savon de fabrication
locale avec de la potasse traditionnelle).
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 245
voir avec des dons en espèces et en nature… aux uns et autres, souvent
en compagnie de son nouveau mari. Cette attitude remarquée de son
premier concubin lui coûte une séparation. Qu’importe puisque la relève
est déjà assurée.

4.4. La maladie de la peau et son évolution :


C’est deux années après cette vie tumultueuse de beauté de
voyages et de divertissements continus que Dame Kouamé aperçoit
progressivement l’éruption de boutons sur son visage puis ses membres
supérieurs, puis inférieurs…

En réaction, elle fait appel à ses amies, ses voisines. Une


automédication est envisagée, mais sans effet. Elle se rend au village.
Les boutons mal soignés deviennent des plaies et gagnent du terrain. Au
village, on procède à une consultation spirituelle. Un devin de Koffikro lui
révèle qu’elle est l’objet d’attaques de la part d’une des épouses de son
père : elle est identifiée ; c’est la dame Senoufo… oui c’est elle affirme
Dame Kouamé N’Zi ; Natogoma (est son nom) ; elle n’a qu’un seul
enfant. Elle est jalouse de nous (ma mère et mes frères) on le sait
répète-t-elle. Natogoma aurait jeté un mauvais sort à Dame Kouamé N’Zi
N’Guessan par jalousie et c’est ce qui explique les nombreuses pustules
sur le corps de sa victime. Cette explication est survie de compléments
additionnels apparaissant comme une digression mais qui, par leur
qualité démonstrative ont été retenus. Il s’agit du langage des pagnes.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 246
4.5. Le langage des pagnes : une sémiologie pathogène
Le récit de Dame Kouamé est celui-ci « comme j’avais un peu
de moyens, j’ai acheté des pagnes à ma mère et à mes sœurs ; des
pagnes Wax54 comme « Mon pied, ton pied », « Mon mari est capable »,
« Yeux voient bouche parle pas », « l’œil de ma rivale »… »

Le port du pagne en milieu féminin en Côte d’Ivoire est, en dehors


de la coquetterie et de l’élégance, un medium d’expression et de
communication indirecte. Les noms qu’on attribue à chaque pagne sont
un message intentionnel dans certains cas. Dans une famille
polygamique où les invectives la jalousie, les provocations sont
quotidiennes, le pagne est porté pour « traduire » ce qu’on ne peut pas
directement dire.
La mère de dame Kouamé N’zi portait tour à tour ces pagnes :
- « l’œil de ma rivale » pour dire à sa co-épouse qu’elle voit
et suit toutes ses intriques à côté de leur commun mari55 ;
- « Yeux voient, bouche parle pas » pour traduire aussi la
vigilance de la femme qui perçoit tout ce qu’entreprend la
rivale contre elle, elle le sait, mais n’en parle pas, par retenue
et par bonne éducation.
Le langage des pagnes comme recours sémiologique dans le
dialogue crée une tension. Cela est attesté ici. L’atmosphère de discorde,
de mésentente, de récrimination et d’accusations réciproques est
traduite en langage symbolique à travers le port des pagnes. Ce langage

54
Le pagne WAX est de qualité supérieure. Il comporte plusieurs variétés (Wax hollandais, anglais et ivoirien).
Le plus prisé est le Wax Hollandais.
55
Les motifs de ce pagne « Œil de ma rivale » sont des dessins semblables à des yeux. Ce pagne est donc un
support de vigilance dans l’observation et aussi de méfiance et de défiance dans le cercle domestique
polygamique : provocation.
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 247
d’allusions, de provocations peut expliquer des actions punitives à
travers des envoûtements, des jets de mauvais sorts conduisant à
l’immobilisation des rivales et à la maladie de leurs enfants, pourvoyeurs
de leurs richesses. C’est le cas ici. Dame Kouamé N’zi N’Guessan a été,
dit-on, envoûtée par la rivale de sa mère Natogoma.

L’épisode des pagnes et leurs dénominations tire son intérêt de


leur message comme moyen de règlement de compte mais aussi comme
langage et révélateur d’un état d’esprit ou la maladie tire ses origines
indirectes. Tensions, rivalités, incorrections, défis, malédictions, mauvais
sorts et enfin maladies.

4.6. Les thérapies


Après cette parenthèse instructive de l’explication causale de
la maladie dans ses ramifications sociales (intra familiales), il nous a été
donné d’apprécier les différentes thérapies utilisées contre ses boutons
rebelles, sur tout le corps de Dame Kouamé N’ZI.

4.6.1. La divination
En pays Baoulé tout acte important ou tout
évènement sérieux est précédé de la consultation des divinités, ancêtres
et génies. Dame Kouamé N’Zi N’Guessan étant malade, il fallait recourir
au devin. Cela a été fait. Mais en dehors de l’inculpation passive de
Natogoma (rivale de sa mère), le KOMIAN56 révèle que le génie du fleuve
N’Zi est offensé. Il serait lui aussi à l’origine de la maladie de l’infortunée

56
Devin chargé en pays baoulé de dire l’inconnu et de rendre un oracle et instruire les profanes de la
communauté.
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 248
Kouamé N’Zi N’Guessan57. Il faut donc réparer le mal par des rites
appropriés.

4.6.2. Les sacrifices


Les sacrifices indiqués sont un poulet blanc, un
mouton et une bouteille de Gin. Depuis que Dame Kouamé N’Guessan
s’est mariée, elle n’est pas allée remercier le génie du fleuve auquel elle
avait donné sa parole de venir le remercier si elle trouve un mari. Elle a
trouvé un mari et elle ne s’est pas exécutée. Cet oubli prolongé
expliquerait la réaction du génie et ce manquement serait la seconde
cause de son état morbide. Les sacrifices rituels traditionnels sont faits
par le sacrificateur du fleuve.

Cependant devant la persistance du mal le nouveau « mari » de


Dame Kouamé N’Zi est obligé de le faire hospitaliser au service
dermatologique du C.H.U de Yopougon dans le quartier où ils résident.
C’est dans cette formation hospitalière qu’au cours de cette étude, elle a
été rencontrée et a accepté de nous raconter « sa vie » et l’historique de
sa situation avec toutes ces nuances et détails.

Cette étude de cas symptomatique de la perception de la maladie


de la relation communautaire et des thérapies montre encore les
ambiguïtés, les contradictions de la question sanitaire dans ses
articulations culturelles, sociales, psychologiques et médicales.

57
Le N’Zi est un fleuve. La ville de Dimbokro est au bord du N’Zi. C’est le génie qui habite ce fleuve qui a
donné son nom à la malade. Son génie tutélaire étant offensé, elle doit pour sa guérison obtenir réparation.
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 249
CONCLUSION PARTIELLE

La dépigmentation de la peau en milieu féminin devient un


phénomène social piégé par la vie urbaine dans le déploiement de ses
activités sociales, culturelles et économiques. A court ou long terme,
cette pratique, représente un réel danger pour la femme, notamment
pour son corps. Dans le cortège des maladies qui ravagent la population
africaine (le VIH/SIDA, le paludisme…), l’éclaircissement de la peau
occupe une place de « choix ». Ses conséquences pathologiques,
démontrent sa réelle nocivité. Par conséquent, il serait incompréhensible
de ne mener aucune action dans le sens de son éradication.
Dans les tentatives de luttes et de guérison des dépigmentées, la
contribution de la population dans son entièreté est souhaitée, tant le
phénomène comporte de nombreuses ramifications. L’étude de cas de
dame N’zi en est un exemple.
A partir de cet exemple sur la dépigmentation de la peau en milieu
féminin abidjanais, quelles observations faut-il faire au plan de la
recherche anthropologique sur le corps de la femme exploité et
manipulé ? Comme sujet, le corps de la femme est soigné et mieux
considéré comme support positif même si la dépigmentation persiste à la
réifier. Le statut réel de ce corps féminin n’est-il pas à rechercher dans
une approche anthropologique plus riche et plus conséquente en
réponse à la définition même de la science anthropologique, comprise
comme étude de l’homme ?

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Le cas des femmes de Yopougon Page 250
CHAPITRE 9:
DE L’IDEAL CORPOREL A L’ANTHROPOLOGIE DU CORPS

INTRODUCTION

Si la société est composée d’individus vivant à travers des


institutions et organisations qui secrètent leurs cultures et civilisations,
l’individu est représenté par son corps, principe de son individualisme. Le
corps se pose en s’imposant à l’individu. Cet individu, s’il n’est saisissable
qu’à travers son corps, sa personne et sa personnalité se connait et se
reconnait à travers le corps, porteur de ses aptitudes, de ses qualités et
de ses défauts. Le corps est en définitive un des principaux supports de
notre socialité. Ainsi, compte tenu de sa permanence et de sa présence
dans tous les actes de la vie individuelle et collective, il est objet de
réflexions croisées par :

- La médecine (biologie, anatomie, hématologie) ;


- La psychologie (aptitudes et comportements) ;
- La philosophie (approche existentielle et idéologique) ;
- L’économie (dans les processus de production et d’échanges) ;
- La politique (mode d’exercice et de gestion du pouvoir) ;
- La sociologie (étude des rapports inter et extra sociaux) ;

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Le cas des femmes de Yopougon Page 251
- L’anthropologie (étude de l’homme en tant qu’espèce biologique
spéciale) ;
- L’esthétique, la morale…

Notre champ d’intérêt dans cette thèse achève son itinéraire


réflexif à travers ce dernier chapitre sur l’idéal corporel et l’anthropologie
du corps.
Qu’est ce que l’idéal corporel et quel est son rapport avec le sujet
de cette thèse ? Quelle contribution apporte l’anthropologie du corps
dans la réflexion théorique qui élargit les perspectives de ce sujet ?

1. DE L’IDEAL CORPOREL A L’EXPLOITATION DU CORPS


1.1. La définition de l’idéal corporel
L’idéal corporel peut se définir comme la perception d’un
corps parfait, achevé dans sa forme et ses harmonies et correspondant
au modèle achevé du beau corps répondant à toutes les aspirations et
désir de l’homme. C’est la perfection biophysique du corps humain, c'est-
à-dire de l’espèce humaine ; l’incarnation idéale de l’homme, unité de
mesure ou d’appréciation exclusive de la beauté.
L’idéal corporel n’est-elle pas une utopie ? Existe-t-il un corps
parfaitement beau et sans aucun défaut ? Dans l’espèce humaine cette
réalité est-elle possible ? L’idéal corporel n’est-il pas un mythe ? Si c’est
un mythe, qu’attend-t-on d’un mythe ? Et qu’est-ce qu’un mythe dans le
contexte de l’idéal corporel ?

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 252
1.2. Du mythe à l’idéal corporel
Dans le mot mythe, il y a l’idée de récit et de parole. Le
mythe peut se définir comme un langage (le langage du beau et de la
beauté du corps). Le mythe se rapporte à tout élément qui se réfère aux
origines dans l’ordre du temps, de l’être, de la vérité et du sens.
 Du point de vue du temps, le mythe est le temps primordial ; ici il
peut s’agir du temps de la création du corps et de sa qualification
esthétique.
 Du point de vue de l’être, le mythe se réfère à des êtres
surnaturels hors du commun ; l’idéal corporel s’incarnerait dans
le corps de la femme surnaturelle et la ferait exister.
 Du point de vue de la vérité, le mythe révélé devient une vérité
absolue ; idéal corporel incarné dans l’image de la beauté féminine
frappe le sens et l’image perçue est considérée comme vraie au-
delà de sa nature mythique.
 Du point de vue du sens, le mythe est l’archétype qui signifie le
modèle fini, en terme de temps (hier, aujourd’hui et demain),
d’être (existence) et de vérité (certitude) ; l’idéal corporel
transcende le temps, existe, est vrai et perceptible.

Le mythe de l’idéal corporel est un langage dont les éléments


(c'est-à-dire les mythèmes) sont dans la beauté féminine, la forme, le
teint de la peau, la chevelure, le buste, le visage, les membres, le
sourire…

Le mythe de Mamie Watta, très populaire dans le golfe de guinée,


est celui d’une sirène des eaux, mi-femme mi-poisson résidant dans

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 253
l’océan Atlantique. Cette femme de beauté exceptionnelle, serait
extrêmement généreuse. Elle enrichit scandaleusement ses victimes
masculines et se montre intraitable par ses crises de jalousie. La sirène
des eaux, figure de l’éternelle jeunesse et de la beauté féminine parfaite
reste un mythe bien vivace chez les aventuriers de gains faciles dont les
chercheurs attendent toujours des témoignages concrets et vivants.

Si l’idéal corporel est un mythe, n’y a-t-il pas de personnages


étalons qui conduisent et entretiennent ce mythe ? De façon un peu plus
réaliste, l’histoire de la société fait état de ces personnages ; les stars de
cinéma, les mannequins top-modèles, les vedettes de la chanson, les
champions sportifs et bien d’autres individus exceptionnels entrent dans
cette catégorie et leurs images conduisent à la recherche de l’idéal
corporel. Les mass medias qui exploitent abusivement ces figures
idéales saturent la conscience et le subconscient des téléspectateurs,
auditeurs et lecteurs, respectivement de la télévision, de la radio et des
magazines et journaux, de figures surfaites où trône et domine l’idéal
corporel.

L’idéal corporel est finalement une beauté narcissique. Le corps est


objectivé et par les techniques de dépigmentation de la peau, ce corps
est ‘‘travaillé’’ pour correspondre entièrement où partiellement à ce qu’on
attend de lui ; le reflet d’un beau idéal, c'est-à-dire ‘‘hymne esthétique’’.
Les investissements que la femme abidjanaise consent pour son corps en
argent, en temps, en patience, doivent être rentables. Cette rentabilité
commence par la réappropriation de ce corps. De son teint noir, il doit

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Le cas des femmes de Yopougon Page 254
devenir clair ; le teint clair est le premier échelon du retour sur
investissement.

1.3. L’idéal corporel et l’exploitation du corps féminin


En cherchant l’idéal corporel dans la pratique dépigmentaire,
la femme fait subir à son corps des changements progressifs. A travers
la poursuite de l’idéal corporel, la beauté féminine met en évidence le
changement social que subit la société Ivoirienne toute entière depuis
plus de cent ans. Le mouvement s’accélère avec la mondialisation, les
standardisations de la production industrielle, les télécommunications et
la télématique…L’urbanisation accélérée, les échanges culturels
internationaux et tous les mouvements migratoires internes et externes à
la Côte d’Ivoire conduisent à de profondes mutations.

En effet, la dépigmentation a accentué une modification de l’image


de la femme déjà en cours. Abidjan comme toutes les capitales ou les
grandes villes, constitue une société de consommation. Le corps, en
particulier celui de la femme, est utilisé à cette fin. La femme a cessé
d’être une personne, pour n’être qu’une forme, une image voire un
objet. C’est de cet objet, de cette marchandise dont se servent les
publicités et les techniques de marketing pour séduire la clientèle, dans
le processus du commerce. Pour vendre vite, beaucoup et amasser de
l’argent, la femme est « convoquée » pour jouer un rôle : assiéger
l’inconscient jusqu’à ce qu’il cède aux charmes du produit commercial et
que l’homme débourse de l’argent tant pour l’utile que pour le futile, le
nécessaire aussi bien que le superflu. La société de consommation utilise
la femme et son image dans une sorte d’asservissement et de réification

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 255
qui frise l’immoralité. Tout est vendable par la médiatisation de l’image
féminine. La femme à demi vêtue présentant par exemple un
réfrigérateur de nouvelle génération ; la femme au sourire arrangé pour
traduire la performance d’une voiture, d’un téléphone mobile… Comme
nous l’avons démontré dans les pages précédentes, l’industrie
cosmétique n’a jamais connu pareille explosion. Le corps de la femme
n’a jamais été aussi mis à contribution. Dans ce business du corps,
certains personnages clés de la société (star de cinéma, vedette de la
musique, mannequin) ou de simple inconnu de teint clair vont être mis
en avant, devenant implicitement (mais consciemment et savamment
orchestré) un modèle, un référant de beauté et de réussite sociale.
Dans cette optique, la femme va se réapproprier son corps. Elle va se
nourrir de ces apparences, ces archétypes de beauté pour s’ouvrir les
portes du succès, de l’héritage urbain. Le corps ainsi objectivé, va par les
techniques d’éclaircissement être « travaillé ». On va y investir, le
façonner pour le conformer entièrement ou partiellement au modèle ou
‘’canon’’ citadin de beauté et de réussite. Le corps exploité par les
femmes elles-mêmes, mis en avant, offert au regard, va déformer
l’image de la femme dans la société abidjanaise qui est avant tout une
société africaine. La femme ivoirienne se désacralise par la
dépigmentation et ses adjuvants ornementiques et surtout
vestimentaires. Dans la société traditionnelle africaine, le corps de la
femme est respecté, parce que porteur de vie. En mettant à nu sa
féminité, par un certain type de vêtements et d’attitudes, la femme se
démystifie, se dévalorise. Les hommes qui constituent un des objectifs à
atteindre par la séduction, sont aujourd’hui assez critiques sur
l’apparence physique de la femme ivoirienne et singulièrement

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 256
abidjanaise. Cette femme érotique, sexy, sensuelle est à la fois attirante
et repoussante, désirée et décriée. Il y a une appréciation réelle de
certains hommes pour les femmes claires. Tout comme une aversion de
certains hommes pour les femmes décolorées, du fait qu’elles se
dénaturent et sont malodorantes. En usant ou abusant d’artifices
capillaires, cosmétiques, ornementiques, les intentions et la moralité des
femmes sont remises en question. L’usage du factice, de l’artificiel a
pour but d’embellir le corps mais aussi de contrefaire la réalité. Il y a ici,
un jeu d’apparence, d’illusion et de réalité, du vrai et du faux. Dans la
mesure où les femmes se dénudent, se dévoilent, elles offrent non
seulement leur corps au regard, mais incitent et excitent aussi au plaisir
sexuel. Les relations avec de telles femmes sont circonstancielles, de
courte durée, contrairement à celle avec qui un homme désir s’unir. Il
est inconcevable pour un homme que tous profitent ou voient les
charmes de son épouse. Si c’est le cas, une telle femme n’est pas que
sienne. Elle est à tous, ce que sont les femmes prostituées moyennant
argent ou autre paiement en nature. C’est ainsi que de par leur
comportement, les hommes traitent les femmes ivoiriennes de « mange
mille58 » (d’intéressées), de femmes qu’on possède par le ventre (avec
un bon repas)…

La situation politique et économique de la Côte d’Ivoire qui s’est


dégradée depuis plusieurs années maintenant, n’a pas joué en faveur
des femmes qui n’avaient déjà pas un sort reluisant. La pauvreté, le
chômage se fait nettement sentir à Abidjan, lieu de rêve, de réussite, de
réalisation pour tous ceux qui y vivent. Cette situation a accentué les

58
Référence faite aux billets de mille francs
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 257
problèmes sociaux. Il fallait donc mettre en place des moyens de survie
d’où l’investissement des femmes dans leur corps. Les comportements
sexuels et amoureux face à ces nouvelles donnes vont ostensiblement se
modifier. Les femmes sont sujettes de plus en plus à diverses pressions :
Les Abus sexuels, le droit de cuissage, les propositions indécentes, les
harcèlements sexuels, les trafiques d’influences profitant de leurs
difficultés à subvenir à leurs besoins sont devenus des actes courants
nonobstant le fait que les femmes elles-mêmes se disposent à cela. Ce
souci de l’apparence et tout ce qui s’en suit, gagne également la gente
masculine. Si elle ne se traduit pas par la dépigmentation, elle intervient
au niveau du style vestimentaire et sexuel de ces derniers. Les hommes
en se parant d’habits ou d’ornement de plus ou moins grand prix (objets
d’origine ou contrefaits), se présentent sous un aspect autre que celui
qui les caractérise dans la réalité. Ils se comportent ainsi pour non
seulement draguer, mais se faire draguer, ou plus c’est-à-dire se faire
entretenir par des femmes nanties, d’âges mûres et pour la plupart
mariées. Ainsi le phénomène de gigolo se développe dans la cité
abidjanaise. Aujourd’hui on croit très peu à des relations amoureuses
désintéressées, sincères.

Cependant, au delà de tous ces actes de modification apparente du


corps, les incidences de ce phénomène social sont bien plus profondes et
bouleversantes qu’elles n’y paraissent. La société ivoirienne en mutation
est une société où l’individualisme se fraie de larges espaces dans cet
environnement de liberté. Son mode d’expression qui est l’initiative
personnelle, s’oppose au mode de décision collectif de l’organisation
traditionnel. Le bouleversement des cadres sociaux et culturels est tel

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Le cas des femmes de Yopougon Page 258
que la où les anciens décidaient et géraient au nom des cadets sociaux,
désormais ce sont ces derniers qui veulent tout régenter au détriment
des premiers. Là où les hommes prenaient seuls les décisions, les
femmes aussi s’investissent maintenant des rapports concurrentiels. Les
initiatives féminines ou mutations sociales telle que la dépigmentation,
s’inscrivent dans cette mouvance libératrice de la promotion de la
femme, mais aussi des changements profonds de l’ensemble de la
société dans les esprits et les mentalités. L’individualisme, ouvre la voie à
la construction de nouveaux chantiers y compris ceux de la vie. Ainsi, les
individus peuvent devenir des entrepreneurs de leur propre vie. On a
recours à ses propres ressources, pour soi-même, avec les avantages et
inconvénients de toutes ces actions. Toujours est-il que les échecs sont
plus difficiles à gérer dans ce cadre urbain en mutation, où la solidarité
s’étiole chaque jour davantage. Il y a à la fois un profond désir pour tout
un chacun de se positionner dans cette société mais aussi un véritable
bouleversement des mœurs, des valeurs morales, garants de l’intégrité
des personnes et de la société.

L’ensemble des réflexions théoriques et pratiques sur l’idéal


corporel ne peut déboucher que sur une réflexion élargie dans le cadre
de la spécialité de cette thèse de doctorat en anthropologie, à savoir
l’anthropologie du corps sa critique face à ce sujet de recherche.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 259
2. L’ANTHROPOLOGIE DANS UNE PERSPECTIVE CRITIQUE DE
LA CONNAISSANCE DE L’HOMME

Le cheminement réflexif de la dépigmentation de la peau à la


discipline anthropologique permet d’élargir le contexte de cette
recherche à ses véritables racines scientifiques, qu’est l’étude de
l’homme.

L’anthropologie comme discours et science de l’être humain dans le


règne animal porte plus loin les contingences biologiques, temporelles,
spatiales et matérielles. Elle permet de comprendre l’environnement
global du processus d’humanisation à travers les particularités de son
évolution.

Confrontée aujourd’hui dans les changements modernistes


(scientifique et technologique) l’anthropologie garde sa mission de
fonder l’entreprise de la connaissance de l’homme, sur des valeurs
fondamentales qui la distinguent des biens et des choses. En cela,
l’anthropologie physique, sociale, culturelle, politique, économique et
religieuse tente de donner à l’existence de l’homme, à travers ces
orientations spécifiques, un sens explicatif de la vocation de l’être
humain en tant que créature d’exception.

Ses différentes branches montrent assez bien la hauteur qu’elle


prend par rapport aux particularités de l’éthologie, de l’économie, du
droit ou de l’industrie par exemple. Si l’anthropologie biophysique
s’intéresse à l’homme du point de vue de sa constitution matérielle et

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 260
génétique, elle s’évertue à situer son objet dans une classification macro
biologique. Aussi au plan racial l’anthropologie biophysique distingue-t-
elle les trois grandes classes raciales, leucodermes (blancs)
xanthodermes (jaunes) et mélano-dermes (noirs)

La dépigmentation de la peau sans être réellement une question


sociale frôlerait une dimension de la question raciale ; la couleur de la
peau artificiellement blanche pour rester blanc et renoncer aussi à la
couleur noire naturelle d’origine, est à la porte d’un racisme.

De la question raciale à la question raciste il n’y a qu’un pas ;


l’homme blanc s’étant considéré comme biologiquement et
intellectuellement supérieur aux autres, aurait-il réussi à perpétuer le
complexe d’infériorité aux noirs ? La longue histoire des colonisations,
esclavages et exportations racistes dans le monde est suffisamment
riche en drames pour qu’on y revienne. Cependant, la dépigmentation de
la peau comme phénomène social ne peut ignorer ce triste épisode
historique. L’anthropologie biophysique doit l’évoquer. Quant à
l’anthropologue sociale et culturelle examinant les règles de vie sociale,
sur la base des institutions sociales, de leurs structures et
fonctionnements, elle implique l’homme dans ses œuvres et dans la
dynamique de son évolution. Les organisations parentales, associatives,
et amicales urbaines qui inspirent les initiatives de décoloration de la
peau, de maquillage excessif et de conduites répréhensibles, elles,
concurrent à donner à l’étude de l’homme des bases constantes de
référence au-delà des facteurs historiques et culturels des milieux de vie.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 261
Les pratiques esthétiques dont la dépigmentation de la peau, les
scarifications, les maquillages et travesties pour les rites funéraires,
mariage, les carnavals, les cérémonies religieuses… font partie des
modèles de vie dont l’étude anthropologique tire le meilleur parti de sa
quête permanente de connaissance de l’homme.

Sur l’histoire de la dépigmentation de la peau chez la femme


Abidjanaise, l’anthropologie du corps, jette un regard. Quel est ce regard
sur la femme (au sens général) désarticulée entre sa peau, ses os, son
corps et elle-même ?

3. L’ANTHROPOLOGIE DU CORPS DANS SA FONCTION


COGNITIVE ET RECONSTRUCTIVE DU CORPS FEMININ

En partant des modèles du corps présentés par Baudrillard (voire


schéma page 260-261), on se rend compte de la désarticulation de ce
corps à la fois par les spécialistes des études de l’homme que par les
communautés elles-mêmes.
Dans ‘‘l’échange symbolique et la mort’’ cet auteur écrit que pour la
médecine, le corps de référence, c’est le cadavre. Autrement dit, le
cadavre est la limite idéale du corps dans son rapport au système des
sciences médicales. Pour la religion, la référence idéale du corps est
l’animal (instincts et appétits de la ‘‘chaire’’). Le corps comme charnier,
et le ressuscité au delà de la mort comme métamorphose charnelle.
Pour le système de l’économie politique, l’idéal type du corps est le
robot. Le robot est le modèle accompli de la ‘‘ libération’’ fonctionnelle du

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 262
corps comme force de travail, il est l’extrapolation de la productivité
rationnelle absolue, asexuée…). Pour le système de l’économie
marchande, la référence modèle du corps est le mannequin. Le
mannequin représente aussi un corps totalement fonctionnalisé sous la
loi de la valeur, mais cette fois comme lieu de production de la valeur /
du signe.

Cette présentation de tronçonnage du corps entre la médecine, la


religion, l’économie politique et la sémiologie montre les usages
circonstanciels de ce corps. Où se trouve la personne quand son corps
est réduit à l’état de chose médicale, de symbole spirituel, de machine,
de signe et même de support artistique? La désarticulation de la
personne par le dépeçage du corps pose la question à l’anthropologie du
corps sur la portée de ce corps et les traitements ou usages dont il est
l’objet.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 263
SCHEMA III
INSPIRE DE LA TYPOLOGIE DE J. BAUDRILLARD59

LE CORPS HUMAIN DE REFERENCE

1- Pour la Médecine → le cadavre


2- Pour la religion → la chaire
3- Pour l’économie politique → le robot
4- Pour l’économie marchande → le mannequin
On pourrait ajouter à ce tableau, une éloquente référence du corps
humain au plan esthétique qui serait :
5- Pour l’esthétique → l’objet d’art

59
Baudrillard J. l’échange symbolique de la mort Op. Cit.
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 264
Médecine
Corps : Cadavre

Religion
Corps : chair

Economie politique
Corps = robot

Economie marchande
Corps = mannequin

Esthétique
Corps = objet d’art

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Le cas des femmes de Yopougon Page 265
Le corps féminin dans le réseau esthétique de la beauté du teint
clair, devient un carrefour de communications. Il revêt les attributs de la
communication, elle-même comme représentation-expression et
interactivité.

● Comme représentation le corps féminin dépigmenté souligne la


multipolarité de la concurrence. Ce corps est à la fois objet et sujet de
communication. Radiodiffusion, télévision et presse entrent en jeu pour
amplifier les données d’une représentation médiatique surtout
publicitaire. Cette représentation s’enrichit dans un décor, et avec des
acteurs périphériques c’est le cas des concours Miss Côte d’Ivoire et
Awoulaba, par exemple.

● Comme expression le corps féminin dans l’entourage esthétique


de l’idéal de beauté veut opérer un décalage entre la femme et le
contenu du message à véhiculer surtout dans le vedettariat sous toutes
ses formes (chansons, sport, mode, cinéma…). Le sujet exprimé se
confond avec l’art. Le sujet et l’objet, l’actrice et son autel de
communication se confondent. La présentatrice vedette de la savonnette
LUX se confond dans le produit à vendre, l’affiche publicitaire et elle-
même ; son teint son savon et son charme sont vendus ensemble dans
un même emballage.

● Comme interactivité, le beau corps féminin est blanchi à dessein


pour les besoins de la cause (amitié, mariage, publicité, commerce…)
C’est ici que la beauté corporelle joue ses effets dans ‘‘l’agir
communicationnel’’ dont parle Habermas.

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Le cas des femmes de Yopougon Page 266
L’art de la dépigmentation de la peau, les moyens de
communication qui investissent cette peau ou ce corps, ont conduit la
réflexion dans une direction élargie de l’approche de l’anthropologie du
corps comme moyen scientifique de connaissance des usages sociaux de
ce corps féminin. Au delà du savoir, cette discipline permet une certaine
réconciliation du corps de la femme atomisée: soins de la peau, des
différentes parties du corps, la manière de se vêtir, de s’embellir par la
cosmétique et l’ornementique, dans la mesure où ces composantes du
corps féminin sont indissociables les uns des autres. L’anthropologie du
corps réinvestit la pratique dépigmentaire chez les femmes et restaure à
partir de là l’étude de la femme dans sa plénitude, en la recouvrant d’un
sens humain plus large et plus objectif.

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Le cas des femmes de Yopougon Page 267
CONCLUSION PARTIELLE

L’idéal corporel fait partie des mythes entretenus par le mythe


féminin et amplifié par la société à travers des attitudes et
comportements face à la beauté féminine. Des traditions (contes et
légendes) à la modernité, l’idéal corporel subsiste et s’enrichit de
maquillages idéologiques propres aux groupes socioculturels.

Les mass-média qui exploitent à des fins commerciales (publicité)


cet idéal corporel de beauté prolongent ses effets périphériques à la
mode, à la cosmétique et à l’esthétique dont se nourrissent les industries
de luxe et aussi de la luxure.

Devant ce phénomène social grandissant en Afrique,


l’anthropologie du corps, doit conduire ces actions de réflexion au niveau
du corps (féminin) et envahir la pensée anthropologique de l’étude de
l’homme à partir du corps et de ses manipulations sociales, économiques
et culturelles.

La laideur qui est la forme antithétique de l’idéal corporel peut être


un référent-témoin pour mieux saisir par comparaison, les effets
multiformes du corps et apporter à cette recherche le complément au
projet de recréation de l’unicité du corps, dans la tourmente de sa
manipulation et dissection pour l’économisme.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 268
CONCLUSION DE LA TROISIEME PARTIE

Le corps de la femme est dans la société abidjanaise en transition,


objet de nombreuses manipulations au niveau commercial, esthétique,
sexuel.

Les conséquences à la fois pathologiques et sociales de cette


dépigmentation montrent les dangers de cette pratique sociale et le
caractère impératif de s’y intéresser véritablement par des actions
concrètes, au risque de voir la population féminine ivoirienne, sans être
alarmiste, s’éteindre à petit feu.

Ce dernier volet de notre étude a porté sur les conséquences,


modifications non seulement autour de la pratique dépigmentaire, mais
aussi sur la femme et partant sur la société ivoirienne. Changer de
couleur de peau (se bronzer, ou s’éclaircir la peau) sur cette machine
humaine complexe qu’est le corps humain, n’est pas sans conséquence.
Les produits utilisés, causent des dégâts profonds et souvent
irréversibles.

Que devient la femme dans ce contexte macro-économique,


national et international ?

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 269
Quelles observations faut-il faire au plan de la recherche
scientifique et partant anthropologique à partir de cet exemple sur la
dépigmentation de la peau en milieu féminin abidjanais ?

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CONCLUSION GENERALE

Le corps a toujours joué un rôle important dans la vie de l’individu


comme dans celle de sa société, tel que le souligne Durkheim « pour
distinguer un individu d’un autre, il faut un facteur d’individuation, c’est
le corps qui joue ce rôle »60 .
D’un autre côté Paul Valéry disait ceci : « Ce qu’il y a de plus
profond chez l’Homme, c’est la peau ». (L’idée fixe, 1933).

C’est à travers la dépigmentation de la peau des femmes


abidjanaises qu’il nous a été donné de conduire cette réflexion sur la
question. En situant d’abord le cadre géographique, historique, humain
et culturel de la Côte d’Ivoire et de la ville d’Abidjan et ses communes, il
était indispensable de définir les milieux dévolution des populations et
des groupes sociaux et des individus concernés par l’objet de cette
recherche sur le corps. Cet objet permanent de recherche et de
préoccupations de l’homme, subit toutes sortes d’expérimentations, de
manipulations et de projections de l’intelligence humaine.

Les tatouages, maquillages, scarifications, épreuves physiques sont


autant d’actes de marques, de signes et de symboles infligés au substrat
corporel qui est la chair de l’homme. L’idéal corporel qui fascine les

60
Durkheim (E) : Les règles de la méthode sociologique , PUF, Paris 1983.
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 271
générations à travers l’espace et le temps prouve que cet anthropo-
centrisme du corps traverse toutes les sociétés humaines.

La société africaine qui est en mutations rapides, est exposée aux


changements internes (traditions, adultérées) et externes
(occidentalisation-hybride) n’échappe pas aux frustrations de ces
changements.

● Acculturation et enculturation
En Côte d’Ivoire et singulièrement à Abidjan, capitale économique
de la Côte d’Ivoire le phénomène d’acculturation et d’enculturation est
très perceptible, surtout dans les milieux féminins. Malgré la densification
de la population (exode rural), des conditions de vie urbaine de plus en
plus difficiles à cause de la paupérisation grandissante d’année en année
depuis 1980, les maladies infectieuses et opportunistes, le chômage, la
ville d’Abidjan survit dans un régime économique et social ou les
apparences alimentent une politique de façade. Alors que la Banque
mondiale consignait dans un de ses rapports de l’an 2000 sur la Côte
d’Ivoire que le seuil de pauvreté relative passant de 11% en 1985 à 31%
en 1993 et à 36,8% en 1995… pour le gouvernement, le nombre de
pauvres dans le pays ne représente qu’une infime minorité. Aujourd’hui
(en 2009°), on reconnaît que ce seuil est de 48%.

La vérité est que les conditions de vie sont difficiles parce que
largement dégradées par une économie fragilisée, un marché de l’emploi
exsangue et une santé publique malade (VIH / SIDA et paludisme =

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 272
deux principales vedettes de la mort en Côte d’Ivoire). La guerre civile
survenue depuis septembre 2002 a aggravé les termes de ces difficultés.

La ville d’Abidjan est donc une mégapole de plus de 4 millions


d’habitants ou près de 2/3 de ceux-ci se ‘‘débrouillent’’ pour vivre et
survivre.

● La dépigmentation de la peau et ses conséquences


En milieu féminin, cette débrouillardise prend des noms divers et
des formes variées : petits commerces dans le secteur informel,
prestations de services plus ou moins réguliers ; activités-refuges ou
écrans pour des besognes peu recommandables…

La dépigmentation de la peau par des femmes de plus en plus


nombreuses, est à inscrire dans le cadre de vie et cette ville des
apparences. Elle sert aussi d’exutoire pour accéder à un statut
esthétique plus élevé « être plus belle » et plus désirable afin de se
marier ou tout au moins, espérer vivre dans un concubinage plus ou
moins sécurisant et protecteur.

Au-delà de la beauté corporelle et de son idéal mythique, le


phénomène social draine de nombreuses conséquences ?

La dépigmentation de la peau est une opération de blanchissement


de l’épiderme avec un ensemble de produits médicamenteux et non
médicamenteux à base de corticoïdes, de mercure et d’hydroquinone,
dégradant dangereusement la texture de la peau. Ils produisent des

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 273
lésions plus ou moins graves, dont certaines provoquent atrophie et
polychromies cutanées, vergetures, acnés et mycoses. Pire encore, ces
lésions peuvent soutenir des cancers et autres pathologies telles que les
insuffisances rénales, la cécité, le diabète….

En passe de devenir une préoccupation de santé publique pour la


Côte d’Ivoire, la dépigmentation de la peau nécessite des mesures
urgentes et des réponses d’information, de sensibilisation. Les soins
préventifs et curatifs qui doivent accompagner ces mesures pourraient
être suivis par des mesures plus efficaces de répressions auprès des
structures et professionnelles laxistes qui vendent des produits
dangereux hors licences et autorisations légales régulières.

●L’action des mass média


L’action de mass média et leurs organes annexes de presse en
utilisant l’image de la femme comme support de publicité de femmes au
teint clair dans 95% des images, contribuent à amplifier le phénomène
dépigmentaire.

Le phénomène « teint clair » donne un idéal corporel fascinant


surtout quand les vedettes de la chanson, du cinéma, du sport, de la
mode et du vêtement (mannequin), sont présentées comme des
prototypes de réussite sociale.

Le mythe de la beauté qui s’empare des jeunes représentants près


de 60% de la population abidjanaise doivent s’emparer de modèles
réussis. La tentation n’est pas loin de s’engorger dans des voies déjà

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 274
d’emprunter les voies empruntées par ces prétendus modèles, avec les
dangers qui jonchent le parcours (dépigmentation, maladies, mort).

Au regard de la démarche scientifique


Cette démarche annoncée dans la partie introductive de cette
recherche, s’articule en trois séquences :
- la propension à la dépigmentation de la peau dans le milieu
féminin abidjanais ;
- la dépigmentation exprime un complexe d’infériorité en même
temps qu’elle correspond à une quête d’identité et d’affirmation
de soi
- ce processus implique une multitude de ramifications
pluridisciplinaires dont l’anthropologue cordonne le sens et la
portée

Cette thèse, à travers ses neuf chapitres a été ‘‘éclairée’’ par des
arguments sociaux, psychologiques, sociologiques, médicaux et
anthropologiques

Le contexte urbain abidjanais et singulièrement le champ


communal de Yopougon a servi de référent spatial pour illustrer par des
études de cas appropriés les données de terrain.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 275
Les quatre hypothèses de recherche, ont été vérifiées :
 L’environnement économique politique et social de la Côte
d’Ivoire détérioré et singulièrement de la ville d’Abidjan,
constitue un cadre idéal à l’éclosion et l’épanouissement du
phénomène ;
 la quête d’identité en ville par une relative autonomie
libératrice des liens prégnants des poids tutélaires des
parents ;
 l’interdépendance et la pluralité des genres : la
‘‘dépigmenteuse’’ se blanchit la peau pour le regard de
l’homme qui lui cherche une femme pas forcément claire
pour compagne ou épouse ;
 Plusieurs secteurs participent au prolongement de la
dépigmentation, tout en usant et abusant de la femme, de
son image et de son ‘‘teint clair’’ comme objet de promotion
commerciale, et de rente….

Les différentes hypothèses ont permis de répondre aux positions


internes de la propension de cette dépigmentation de la peau

 Au plan méthodologique
Les approches historique, comparative, systémique,
structuro-fonctionnaliste, de genre et qualitative ont été utilisées. Leur
usage discret et suivi s’est fait dans le descriptif et l’analyse. De la
pression coloniale à l’indépendance et à la période actuelle, il s’est opéré
un ensemble de mutations dans tous les secteurs de la vie nationale.
L’explosion démographique et urbaine a autorisé une approche

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 276
comparative relativement aisée entre les impacts traditionnels et
modernes sur les populations. L’analyse systémique s’est articulée entre
les éléments de la beauté comme objectif esthétique les produits utilisés,
les personnes de références (acteurs à différents niveaux) dans les
communautés, (pharmaciens, esthéticiens, spécialiste de santé, réseaux
sociaux…). En ce qui concerne la méthode structuro fonctionnaliste, il
faut rappeler que le fonctionnalisme qui s’est développé en partie par
réaction contre l’évolutionnisme, le diffusionnisme et le culturalisme
privilégie la perspective empirique de la recherche : l’observation directe
de terrain et l’étude des faits et leurs corrélations. Quant à l’approche
qualitative, elle s’est nourrit des propos des différents acteurs, sans
oublier le récit de vie.

La dépigmentation comme phénomène social s’inscrit dans les


réseaux de relations sociales (amis, parents, camarades, voisins,
associations) et s’entreprend en fonction des produits dépigmentaires,
(médicamenteux ou non) de la durée d’application, des moyens
financiers disponibles, des supports vestimentaire et ornements, qui en
parachèvent l’assortiment esthétique. Or dans le fait social de la
dépigmentation féminine en expansion à Abidjan, interfèrent plusieurs
fonctions et plusieurs configurations significatives. Le structuro -
fonctionnalisme postulant trois dimensions (utilité, causalité et finalité)
confronte ses principes à la réalité étudiée.

L’utilité de la dépigmentation affichée pour avoir le teint clair et


intégrer les cercles esthétiques, et aspirer à l’idéal corporel pour une

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 277
promotion sociale, synthétise ces trois dimensions démontrées dans
cette recherche.

 La portée qualitative de l’exploitation des résultats a été,


une option délibérée. Aussi l’échantillon constitué dans la commune de
Yopougon, n’a été exploité qu’au strict plan du contenu des informations
au détriment des proportions et données statistiques de la quantification
desdits résultats. L’analyse de contenu a été privilégiée.

 L’aperçu théorique. En engagent l’esquisse de


l’anthropologie du corps, il nous a semblé utile d’opérer cet
élargissement pour montrer l’unité du corps, de la personne et de la
personnalité de la femme abidjanaise en dépit du morcellement
circonstanciel de l’étude et du sujet choisi.

Nous comprenons au terme de cette étude que la dépigmentation


volontaire ou artificielle se pratique dans un pur souci d’esthétisme, par
suivisme et/ou par méconnaissance. Que faut-il faire ? Accuser,
calomnier ou informer et aider ?

Une peau noire qu’elle soit claire ou ébène est admirable.


L’entretenir, l’embellir, la protéger ou l’hydrater devrait suffire à la
sublimer. ; sublimer ne voulant pas dire forcément l’éclaircir. L’atout des
africaines noires, c’est justement la diversité des peaux noires. Le refus
de s’accepter tel qu’on est laisse la porte ouverte à tous les excès. Les
femmes qui s’éclaircissent la peau ont finalement une faible estime
d’elles-mêmes. Elles ont une image négative de leur corps, et sont prêtes

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 278
à tout pour corriger ce qu’elles estiment être une erreur de la nature.
Pour corroborer cette approche, voici une citation de Fanon, p. 94 :

« La honte. La honte et le mépris de moi-même. La nausée.


Quand on m’aime, on me dit que c’est malgré ma couleur. Quand on me
déteste, on ajoute que ce n’est pas à cause de ma couleur. Ici ou là, je
suis prisonnier de cercle infernal ».

Il y a aussi cette vieille comptine française des années 60 :


« Une négresse, qui buvait du lait
Ah, se dit-elle, si je le pouvais
Je tremp’rais ma tête
Dans ce bol de lait
Je serais plus blanche
Que tous les français ».

Certains estimerons que la dépigmentation reste un problème


marginal au regard des problèmes que connaît l’Afrique (guerre, famine,
SIDA,…) D’ailleurs, à ce propos, un collecteur d’impôts de la mairie de
Yopougon nous expliquait qu’il était préférable que les gens continuent à
faire vivre leurs familles avec la vente des produits cosmétiques et des
médicaments sur les marchés plutôt que de vendre la drogue. C’est une
conception discutable tant sur le plan éthique que scientifique. On a
tendance à minimiser ou occulter la pratique dépigmentaire pour un soi-
disant respect des choix individuels. Cependant, pour notre part, ce
phénomène est tout aussi dévastateur pour le genre humain que le sont
certaines maladies. La lutte contre cette pratique passe nécessairement

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 279
par une réelle politique d’information sur les dangers de celle-ci. Cela
reviendrait à s’opposer aux libertés individuelles et mercantiles qui
gouvernent le monde. Notre démarche est peut être utopique ou
jonchée de difficultés mais au regard de la réalité du terrain et de la
compréhension que nous avons désormais du désir d’éclaircissement,
cela s’impose.

Cette recherche comptant pour la thèse de doctorat a permis une


confrontation de faits, d’idées, de principes et de pratiques
méthodologiques. Elle ouvre une porte de discussion pour les travaux
ultérieurs dans ce domaine et qui se poursuivront avec les aides,
soutiens et critiques attendus du présent travail.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


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Le cas des femmes de Yopougon Page 298
Notre Santé N° 23 Janv. Fév. 1990

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 299
IX. CONFERENCES, COLLOQUES ET CAUSERIES-DEBATS

Association nationale des étudiants masculins de Côte d’Ivoire –


Conférence annuelle

Forum des jeunes : Jeunes et VIH/SIDA – Palais de la Culture


Abidjan – Treichville, Juillet 2004

Hayad A. La cosmétique pour peau noire, mythes ou


Réalités, Quel avenir ? 06/12/1989

Islam et Jeunes : Assemblée générale ; session de Grand-Bassam


Août 2003

Jeunesse Etudiante Catholique (J.E.C) Jeune et foi chrétienne Rencontre du Grand


Séminaire d’Anyama Juillet 2005

Salon international du cosmétique et de la parfumerie d’Abidjan : Paradis cosmétique,


1989

Yao Yao L. L’intégration de la médecine traditionnelle et


pharmacopée au système général de santé en
Afrique : le cas de la Côte d’Ivoire,
(Colloque international – OMS – Assimenat –
Abidjan, Juin 1995)

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 300
X. EMISSIONS DE LA RADIODIFFUSION
TELEVISION IVOIRIENNE (R.T.I)

● Ministère de la Communication
Les grandes questions : l’utilisation abusive des produits
cosmétiques (15/05/1990)

● Ministère de la Communication (émission radiodiffusée)


Masculin – Féminin : les Africaines et les cosmétiques

● Ministère de la Communication : Femme d’aujourd’hui


Les dangers de la dépigmentation de la peau, 02/10/1989

● Ministère de la Communication
Planète jeune pour ou contre la dépigmentation de la peau, Décembre 2005 – Abidjan

● Ministère de la Communication
Questions d’actualité (émission radio.)
Les dangers de la dépigmentation de la peau
Abidjan, octobre 2005

● Ministère de la Communication : Sit Com : « Ma famille »


(Producteur : Akissi Delta)
RTI – 1ère chaîne 2005 (Feuilleton hebdomadaire sur les intrigues familiales urbaines)

● Ministère de la Communication :
« Dimanche Passion » (producteur Barthélemy Inabo –
Emission satyrique hebdomadaire) RTI, 1ère chaîne

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 301
● Ministère de la Communication :
Sit Com « Qui fait ça ? « (Producteur Martin Guédégba – émission
Humoristique et satyrique sur les fresques sociétales)

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 302
TABLE DES MATIERES

Résumé 04
Abstract 05
Dédicace 06
Remerciements 07
Liste des sigles et abréviations utilisés 09
Sommaire 10
INTRODUCTION GENERALE 13
1. La présentation du sujet et de son objet 14
2. La justification du choix du sujet 15
3. La clarification des concepts du sujet 17
4. La revue critique de la littérature 20
4.1. La tendance médico-sanitaire 21
4.2. La tendance esthétique et sociale 21
4.3. La tendance économique et commerciale 21
4.4. La tendance culturelle et féministe 22
4.5. La tendance psycho-anthropologique 24
5. La question de recherche 30
6. Les termes de la problématique 30
7. La thèse de l’étude 34
8. Les hypothèses de travail 34
9. Les objectifs visés 37
9.1. L’objectif général 37
9.2. Les objectifs secondaires 37
9.2.1. La question esthétique et sanitaire 38
9.2.2. La question identitaire et culturelle 38
10. La méthodologie 38
10.1. Le champ d’investigation 39
10.2. L’échantillonnage 40
10.3. Les techniques de collecte des informations 42
10.3.1. Les entretiens directifs 43
10.3.2. Les entretiens semi directifs 43
10.3.3. Le focus group 43
10.3.4. L’observation 44
10.3.2. La recherche documentaire 44
10.4. Les groupes cibles 44
10.5. Les approches d’analyse 46
10.5.1. L’approche historique 47
10.5.2. L’approche structuro-fonctionnaliste 47
10.5.3. L’approche du genre 47
10.5.4. L’approche systémique 48
10.5.5. L’approche comparative et critique 48

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 303
10.5.6. L’approche qualitative 50
10.6. L’analyse des données 53
10.7. Les difficultés et les limites de l’étude 53
11. Le plan de rédaction 56

Première partie : La présentation de la zone d’étude 58


Introduction de la première partie 60
Chapitre premier : La Côte d’Ivoire : les clivages des valeurs d’une
société en transition 62
Introduction 62
1. L’aperçu géographique 62
2. L’aperçu historique 64
3. La Côte d’Ivoire : données politique, économique
et sociales 65
3.1. La présentation politique : de la stabilité aux
crises politico-militaires 65
3.2. Une économie essoufflée par des stimuli externes
et internes 67
3.3. La population ivoirienne : des valeurs héritées de
son histoire 68
3.3.1. La population autochtone 68
3.3.2. Les populations allogènes 71
Conclusion partielle 78
Chapitre 2 : La ville d’Abidjan : Une capitale cosmopolite 79
Introduction 79
1. L’historique de la ville d’Abidjan 79
2. L’aspect géopolitique 80
3. Les dimensions administrative, économique et commerciale 86
3.1. La dimension administrative 86
3.2. La dimension économique et commerciale 86
4. L’explosion urbaine et les contrastes sociaux 88
5. La typologie des espaces et leurs caractéristiques 90
5.1. Les communes de l’indépendance 91
5.1.1. La commune d’Adjamé 91
5.1.2. La commune de Treichville 92
5.1.3. La commune de Koumassi 93
5.2. Les communes du « miracle ivoirien » 93
5.2.1. La commune du Plateau 93
5.2.2. La commune de Cocody 94
5.3. Les communes dortoirs 95
5.3.1. La commune de Yopougon 96
5.3.2. La commune de Marcory 96
5.3.3. La commune de Port-Bouët 96
5.4. Les communes marginales 97

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 304
6. La culture abidjanaise 100
Conclusion partielle 103
Chapitre III : La commune de Yopougon : champ particulier de l’étude 104
Introduction 104
1. L’historique de Yopougon 104
2. La situation géographique 106
3. L’aspect social 108
3.1. Les données démographiques 108
3.2. Les infrastructures 108
3.3. L’aspect économique et culturel 112
3.4. La rue princesse de Yopougon : un cas d’espèce 114
4. De la nuit au jour : les mutations de la rue princesse 114
4.1. De la musique à la danse 115
4.2. De la foule à la clientèle 115
4.3. De l’alcool à la drogue et aux autres stupéfiants 116
4.4. De la gastronomie 116
4.5. Du sexe à la prostitution 117
4.6. De la violence 117
4.7. De la mode à ses excès 117
Conclusion partielle 120
Conclusion de la première partie 121
Deuxième partie : La dépigmentation de la peau en milieu féminin :
un phénomène social à Abidjan 123
Introduction de la deuxième partie 125
Introduction 126
Chapitre 4 : Les logiques féminines qui soutendent la dépigmentation 126
1. L’implantation de la dépigmentation en Côte d’Ivoire 126
2. Les raisons du recours à la dépigmentation 128
2.1. La dépigmentation et le nettoyage corporel 130
2.2. La dépigmentation et la séduction 134
2.3. La dépigmentation et l’intégration à la vie citadine 138
3. Les motivations ou les enjeux de l’art dépigmentaire 139
3.1. L’intégration à la vie citadine 139
3.2. Le complexe d’infériorité 144
3.3. La réussite ou la reconnaissance sociale 145
3.4. L’affirmation de la femme ivoirienne 146
Conclusion partielle 149
Chapitre 5 : La présentation et la typologie des produits 150
Introduction 150
1. Les produits éclaircissants 150
1.1. Les produits éclaircissants médicamenteux 151
1.2. Les produits éclaircissants non médicamenteux 153
1.2.1. L’hydroquinone 154

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 305
1.2.2. Les dérivés mercuriels 157
I.2.3. L’acide des fruits (AHA) 157
I.2.4. Les produits caustiques 159
2. Les modes d’identification et de reconnaissance des produits 162
2.1. Le mode médiatique d’identification 162
2.2. Le mode transversal et horizontal d’identification 165
3. Les pratiques et techniques de l’art dépigmentaire 166
4. La dépigmentation de la peau, la cosmétique et l’ornementique :
un triangle esthétique à grand spectre 170
4.1. La cosmétique : annexe et adjuvant de la dépig. 171
4.2. Les parures comme complément esthétique 177
4.2.1. L’habillement 178
4.2.2. La coiffure 180
4.2.3. Les bijoux 182
4.2.4. La sous culture de l’esthétique 182
Conclusion partielle 185
Chapitre 6 : Les incidences commerciales et économiques de
la dépigmentation 186
Introduction 186
1. L’importation des produits éclaircissants 187
2. Les lieux de commercialisation 189
2.1. Les officines pharmaceutiques 192
2.2. Les marchés 197
2.3. Les salons de coiffures, les cabinets et les magasins 197
2.4. Les relations clients et marchands 198
2.4.1. Etude de cas : marchandage d’un produit
dépigmentant 199
2.4.2. L’analyse du contenu du marchandage 201
3. L’impact financier des produits éclaircissants 203
Conclusion partielle 205
Conclusion de la deuxième partie 206
Troisième partie : Les conséquences médico-sanitaires, les perspectives
de lutte et les contribution de l’anthropologiques 208
Introduction de la troisième partie 210
Chapitre 7 : Les conséquences médicales et
sociales de la dépigmentation de la peau 211
Introduction 211
1. La configuration et le fonctionnement de la peau 212
1.1. La structure de la peau 212
1.2. La pigmentation cutanée 214
1.3. Le rôle de la peau 216
2. L’aperçu des pathologies liées à la dépigmentation cutanée 217
2.1. Les maladies dermatologiques 217
2.1.1. L’atrophie cutanée 218
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 306
2.1.2. La photo sensibilité 218
2.1.3. Les dyschromies cutanées 219
2.1.4. Les vergetures 219
2.1.5. Les acnés et mycoses 221
2.2. Les affections physiologiques 223
2.2.1. Les cancers cutanés 223
2.2.2. Les autres pathologies 223
2.3. Les causes explicatives des pathologies :
Approche comparative 227
2.3.1. En milieu traditionnel 227
2.3.2. En milieu moderne 230
Conclusion partielle 233
Chapitre 7 : Les perspectives de lutte contre la dépigmentation 234
Introduction 234
1 : Les obstacles à la lutte 234
1.1. Les autorités politiques et administratives 235
1.2. La population 235
2 : L’approche préventive par groupes cible 236
2.1. Les Autorités politiques 236
2.2. Le corps médical 236
2.3. Les institutions policière et douanière 236
2.4. Les commerçants 237
2.5. Les cabinets d’esthétique et de cosmétique 237
2.6. Les hommes 238
2.7. Les média 238
2.8. Les spécialistes en sciences humaines et sociales 239
2.9. Le ministère de l’environnement 240
3 : L’approche curative 240
3.1. Les média 240
3.2. Le corps médical 241
3.3. L’entourage proche et/ou lointain 242
3.4. Les hommes 242
3.5. Les femmes (dépigmentées et/ou non) 242
4 : L’étude de cas de Madame Kouamé N’zi N’guessan
(CHU de Yopougon : service de Dermatologie) 243
4.1. L’identification 244
4.2. La vie urbaine 245
4.3. L’épisode de dépigmentation 245
4.4. La maladie de la peau et son évolution 246
4.5. Le langage des pagnes : une sémiologie pathogène 247
4.6. Les thérapies 248
4.6.1. La divination 248
4.6.2. Les sacrifices 249
Conclusion partielle 250

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 307
Chapitre 9 : De l’idéal corporel à l’anthropologie du corps 251
Introduction 251
I1: De l’idéal corporel à l’exploitation du corps 252
1.1. La définition de l’idéal corporel 252
1.2. Du mythe à l’idéal corporel 253
1.3. L’idéal corporel et l’exploitation du corps féminin 255
2 : L’anthropologie dans une perspective critique
de la connaissance de l’homme 260
3 : L’anthropologie du corps dans sa fonction cognitive
et reconstructive du corps féminin 262
Conclusion partielle 268
Conclusion de la troisième partie 269
CONCLUSION GENERALE 271
Bibliographie 281
Table des matières 303
Table des illustrations 309
Annexes 311
Annexe 1 : Articles de presse 312
Annexe 2 : Quelques pages publicitaires 339
Annexe 3 : Questionnaire 360
Annexe 4 : Guide d’entretien 375
Annexe 5 : Quelques entretiens 381

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Le cas des femmes de Yopougon Page 308
TABLE DES ILLUSTRATIONS

LISTE DES CARTES

Carte n° 1 : Répartition de la population ivoirienne 73


Carte n° 2 : Quelques villes de Côte d’Ivoire 85
Carte n° 3 : Abidjan et ses dix communes 99
Carte n° 4 : la commune de Yopougon dans le district d’Abidjan 107

LISTE DES TABLEAUX

Tableau n° 1 : Echantillonnage 41
Tableau n° 2 : La succession des capitales politique de la CI 82
Tableau n° 3 : Yopougon, ses quartiers et sous quartiers 110
Tableau n° 4 : Echantillon de quelques produits 160
Tableau n° 5 : Pratique et techniques de l’art dépigmentaire 169
Tableau n° 6 : Prix/lieux de vente des produits de beauté 191
Tableau n° 7 : Schéma pathologique traditionnel et moderne 226

LISTE DES PLANCHES

Planche n° 1 : La rue Princesse : aperçu d’un maquis 119


Planche n° 2 : Les produits à base de corticoïdes 152
Planche n° 3 : Les produits à base d’hydroquinone 1 155
Planche n° 4 : Les produits à base d’hydroquinones 2 156
Planche n° 5 : Les produits éclaircissants aux AHA 158
Planche n° 6 : Exemple de coiffures avec mèches ou perruques 174
Planche n° 7 : Exemple de coiffure à l’occidentale 181
Planche n° 8 : Exemple de complications liées à la dépigmentation :
Les vergetures 220
Planche n° 9 : Exemple de complications liées à la dépigmentation :
Les mycoses 222

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 309
LISTE DES SCHEMAS
Schéma n° 1 : Circuits de détournement des PVC 195
Schéma n° 2 : Coupe longitudinale de la peau 214
Schéma n° 3 inspiré de la typologie de J. Baudrillard 264/265

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 310
ANNEXES

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Le cas des femmes de Yopougon Page 311
ANNEXE I :

ARTICLES DE PRESSE

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 312
« Femme nue, femme noire Vêtue de ta couleur qui est vie, De ta forme
qui est beauté J'ai grandi à ton ombre ; Et voilà qu'au cœur de l'Eté et
de Midi, Je te découvre, Terre promise, du haut d'un haut col calciné Et
ta beauté me foudroie en plein coeur, comme l'éclair d'un aigle Femme
nue, femme noire Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans
l'éternel Avant que le destin jaloux Ne te réduise en cendres pour
nourrir les racines de la vie ».
Léopold Sédar Senghor

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Au commencement, il y avait
en Afrique Noire, des femmes
au teint couleur de café grillé,
des femmes couleur banane
d'or, des femmes couleur terre
des rizières. Aujourd'hui,
lorsqu'on se promène dans la
plupart des villes africaines,
on remarque que les femmes
au teint noir sont en voie de
disparition. La majeure partie
de nos sœurs pratiquant la
© culturefemme.com dépigmentation de la peau
communément appelée
"tchatcho" au Mali ; « bojou »
au Bénin, « xeesal » au
Sénégal et « kobwakana » ou « kopakola » dans les deux Congo.
Il n'est donc pas étonnant de rencontrer des femmes à deux ou trois
couleurs de peau. Les plus malchanceuses se retrouvent avec un visage
brûlé au second degré, des tâches et points noirs sur le corps, des
vergetures sur les seins, poitrine et cuisses...
Les motivations sociologiques profondes qui sous-tendent un tel
phénomène, les multiples conséquences socioculturelles, économiques
et surtout cliniques sont autant de prétextes qui ralentissent souvent la
lutte contre la pratique de dépigmentation.
L'ampleur de ce nouveau phénomène de société nous a poussés à nous
intéresser à la question.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 313
Un phénomène
né dans les
années 60
Le phénomène de
dépigmentation de
la peau est apparu
en Afrique à la fin
des années 60.
L'éclaircissement
de la peau par
différents
procédés est
pratiqué dans
plusieurs régions
d'Afrique, mais les
principaux pays
touchés par ce
phénomène sont le
Togo, le Sénégal,
le Mali, le Congo
(où beaucoup
d'hommes
s'éclaircissent la
peau également) et
l'Afrique du Sud.
Il semblerait que près de 90% des femmes qui utilisent des produits
éclaircissants le font pour un ordre esthétique. Plusieurs personnes
invoquent le fait que si les femmes s'éclaircissent la peau c'est pour
l'unique raison que les femmes sont persuadées que les hommes
préfèrent les femmes claires, un peu comme on avait l'habitude
d'entendre que les hommes préfèrent les blondes.
C'est à se demander si cette pratique est saine…

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 314
La cause un traumatisme
post-colonial?
Pour Ferdinand Ezembe,
psychologue à Paris
spécialisé dans la
psychologie des
communautés africaines : «
Cette attitude des noires par
rapport à la couleur de leur
peau, procède d'un profond
traumatisme post-colonial.
Le blanc, symbolisé par sa
carnation, reste
inconsciemment un modèle
supérieur. Pas étonnant dans
Un colon ces conditions qu'un teint
clair s'inscrive effectivement
comme un puissant critère de
valeur dans la majeure partie
des sociétés africaines. D'ailleurs, ce sont les pays aux passés
coloniaux les plus brutaux qui affichent le plus une attirance pour les
peaux claires. Dans les deux actuels Congo, même les hommes s'y
mettent et travaillent, comme leurs compagnes, à parfaire leur teint. Il
faut même rajouter à cela, l'influence majeure du christianisme en
Afrique. La représentation exclusivement blanche des grandes figures
de la bible a forcément affecté les peuples noirs dans leur inconscient.
Cette idée est renforcée par l'allégorie des couleurs dans l'univers
chrétien, basée sur des oppositions entre le clair et l'obscur, les
ténèbres et les cieux, où le noir s'oppose toujours à la pureté du blanc.
Ce phénomène est si profond qu'il va même plus loin que le simple
blanchiment de la peau. On remarque beaucoup de femmes Africaines
qui se défrisent les cheveux, qui portent des perruques pour avoir les
cheveux lisses comme les occidentaux. Le complexe est là. C'est un peu
facile de dire qu'un noir qui se teint les cheveux en blond n'ait agi que
par une simple mode. Ce qu'il y a, c'est que les africains n'assument
pas des attitudes qui sont souvent inconscientes. Toutes les sociétés
noires subissent le joug d'un culte de la blancheur. Les Africains ne se
sont pas affranchis d'un poids colonial qui pèse de tout son poids sur
leur propre identité ».

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 315
Pourquoi ce
choix ?
Le choix de
recourir à la
dépigmentation
par les femmes
africaines n'est pas
un choix libre. Car
ces femmes
subissent une forte
influence. Si ce ne
sont pas les amies,
c'est le conjoint
qui les poussent à
acheter le premier
tube. L'étude
réalisée par
l'Institut d'hygiène
sociale (IHS) de la
Médina au
Sénégal remarque
en effet que les
femmes qui
s'adonnent à la dépigmentation sont encouragées dans 74 % des cas par
leurs amies qui « avaient une opinion favorable » au moment où 30%
des conjoints ne manquent pas de se faire remarquer dans les rangs des
personnes qui poussent à la pratique du « xessal ».

Toujours concernant les motivations, la présidente de l'Association


internationale d'information sur la dépigmentation (Aiida), le Dr
Fatimata Ly souligne que « la principale motivation des femmes est
d'ordre purement esthétique avec 89 % des cas ».
Elle ajoute que « certaines femmes (qui représentent 11 % des cas)
avaient recours à cette pratique dans un but thérapeutique ». 41 % des
femmes étaient souvent guidées par « un suivi de la mode ainsi que
(par) l'imitation des relations ».
Un événement social comme le baptême ou le mariage « est souvent un
facteur déclenchant (dans) 18 % des cas ».
Dr Ly renseigne aussi que "certaines femmes semblent également
utiliser ces produits pour soigner des dermatoses comme l'acné".

Cependant, la présidente d'AIIDA prévient que « les arguments souvent


brandis comme l'acculturation ne sauraient être considérés comme des
explications plausibles » du « xessal ». Les femmes interrogées
déclaraient s'adonner à la pratique de l'éclaircissement « Léral » et non
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 316
au blanchissement, le « xessal ». Le dermatologue, Assane Kane
remarque un clivage chez les femmes lors de certaines cérémonies
familiales, en citant l'exemple des baptêmes lors desquels « les femmes
qui sont claires s'assoient ensemble et mettent les femmes de teint noir
de côté ».

La responsabilité des hommes

Au Bénin, (surtout à Cotonou), ce


sont les hommes qui tacitement ou
directement encouragent le «
bojou ». Certains le financent
même, car ils veulent des femmes
claires. C'est le cas d'un époux qui
a commencé par faire la fugue.
L'épouse qui cherche à savoir ce
qui attire son homme à l'extérieur
en dépit des soins qu'elle lui
apporte, s'est retrouvée en face de
la réponse suivante : « Vas faire «
bojou » toi aussi, si tu veux que je
reste à la maison ».
C'est un constat. La
L’artiste Beyonce Knowles, responsabilité des hommes vis-
idéal masculin noir par à-vis de cette pratique est
excellence. évidente. Cette beauté fatale tant
© http://www.kbxx.com appréciée par les hommes est la
raison d'être.
Ceci étant, les hommes ont la
lourde responsabilité d'éradiquer le mal par une réorientation ou
redéfinition de leurs critères objectifs ou subjectifs de beauté.
Mais le veulent-ils réellement ?
Les femmes accepteront-elles un jour que le noir soit la couleur de tous
les jours ?

Selon les races, l'épaisseur de l'épiderme, la structure du derme et sa


vascularisation, la distribution de la pigmentation, la richesse et la
qualité des annexes (glandes sudorales, sébacées et phanères), la
densité des poils et l'équilibres écologiques de surface varient
considérablement. D'où l'importance des paramètres sociaux,
environnementaux et dermatologiques dans la couleur de chaque
individu.
Si la peau humaine possède ces qualités universellement reconnues, l'on
se pose la question de savoir pourquoi de nos jours, des individus
désirent-ils à la modifier au risque de rompre cet équilibre naturel si
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 317
indispensable ?

Les procédés

Selon Madame Banga,


Esthéticienne Cosméticienne
au centre de formation en
Esthétique Elysée Marbeuf de
Yaoundé au Cameroun,
plusieurs procédés sont utilisés
pour s'éclaircir la peau : du
bricolage aux méthodes les
plus raffinées. Généralement,
les femmes et de plus en plus Publicité MEKAKO. Marque très
les hommes, se rabattent sur en vogue en Afrique. Gamme de
les produits bon marché produits éclaircissant crèmes, lait,
compte tenu du faible revenu sérums.
des habitants. © mekako.it
Ces produits qui n'ont pas la
même composition et les
mêmes effets que les produits
originaux imités occupent une place non négligeable dans les activités
économiques.
Les utilisatrices se procurent ces produits sur les marchés où ils
circulent sans aucun contrôle et sont proposés par des revendeurs
dépourvus de toute compétence officinale.
Les cosmétiques utilisés contiennent des corticoïdes (anti-
inflammatoire), hydroquinone (antiseptique) détournés des circuits
pharmaceutiques officiels, des crèmes éclaircissantes importées par
divers réseaux parallèles, à la composition rarement précisée, et des
préparations artisanales confectionnées sur place par mélanges
comprenant plusieurs ingrédients (eau de javel, sels de mercure, etc.).
Les utilisatrices recourent souvent à plusieurs produits et en changent
dans le temps.

En réalité, ce sont des produits à la qualité douteuse. Ils proviennent


généralement d'Asie du Sud-Est, du Nigeria, d'Afrique du Sud et
d'Europe. Leur composition chimique, aux dires des esthéticiennes ne
respecte pas les normes.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 318
L'hydroquinone - substance
qui colorie la peau - est
supérieure au seuil tolérable de
2 %.
Le quinacore, un produit
destiné à soigner les
rhumatismes est aussi utilisé.
La particularité de ce produit,
est l'effet secondaire produit. Il
blanchit la peau du patient.
Des femmes se font aussi
injecter du quinacore, pour
obtenir une peau claire
harmonisée.
Pas assez claire? Peinture de Pourtant, estiment les
Marie-Guillemine Benoist en spécialistes, toutes ces
1800 pratiques sont très dangereuses
© insecula.com pour la santé. L'injection de
quinacore blanchit la peau
certes, mais de sources
médicales, il affaiblit le
système immunitaire, au point de le rendre vulnérable aux agressions
externes. Même les plus bénignes.

L'utilisation régulière des corticoïdes favorise les mycoses (maladies de


la peau dues aux champignons). « A la longue, la peau devient
hypersensible, elle dégage une odeur de poisson frais ».
Pire nous confie une esthéticienne, la destruction de la mélanine, cette
protection naturelle contre les rayons X du soleil peut être fatale. Privée
ainsi de vitamine D, la peau est vulnérable à toutes les agressions
solaires.
Voilà qui, selon Madame Banga ouvre la voie au cancer de la peau,
voire aux leucémies (les cancers de sang).
La cicatrisation des blessures devient compliquée, ce qui peut être
fatale après une opération chirurgicale.

Dépigmentation des stars congolaises

Avec l'avènement du mouvement de la SAPE (Société Anonyme des


Personnes Elégantes), la dépigmentation des stars congolaises a encore
connu une forte propension. Mais depuis un certain temps, avec la prise
de conscience des conséquences néfastes que cette dépigmentation
engendre ; cette beauté que nous pouvons qualifier d'accessoire est de
plus en plus rejetée par les jeunes actuels.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 319
Complexe d'infériorité ?

Toute personne de race noire qui se


dépigmente la peau est un grand
complexé, qui a complètement honte
d'être né noir quand bien même
personne au monde ne choisit son lieu
de naissance, ses parents biologiques,
sa couleur de peau et surtout son
sexe. Il serait vraiment temps que les
africains et particulièrement nos
sœurs africaines se reprennent et
soient fières de leur peau afin de
mieux revendiquer leur identité
culturelle. Koffi Olomide
Tout est devenu matière à imitation
sans souci de sélection préalable.
Nous devons apprendre à ne puiser chez l'autre que ce qui nous paraît
utile à notre développement.

Si cela n’est pas, nous nous acheminons vers une auto-extermination de


la race noire. A une crise d'identité et à la déperdition des mœurs.
Aujourd'hui, l' africain n'a plus de repères pour s'orienter. Tous nos
actes et pensées sont singés, mimés sur l'Occident et l'Amérique.

Il est clair que l'intérêt d'être noir sur la terre des hommes existe, il
appartient à chacun d'engager une recherche personnelle afin de se
découvrir c'est-à-dire de savoir pourquoi il est noir.
Pour tout dire, la dépigmentation de la peau soit-elle à outrance ou pas
est une véritable aliénation culturelle qui mérite d'être combattue avec
beaucoup d'énergie par le biais de l'éducation et la religion.

Toujours est-il qu'il appartient aux parents, aux enseignants et aux


hommes de Dieu d'apprendre aux jeunes noirs à s'aimer tels qu'ils sont,
de façon à éviter cette gratuite crise d'identité. Il convient en tout cas de
ne pas se laisser influencer par un complexe ou un sentiment
d'infériorité qui n'a aucune raison d'être. Il est tout à fait déplacé
d'associer de quelque manière que ce soit la notion du laid ou du beau
avec le noir ou le blanc.

Dr TUMBA Tutu-De-Mukose

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 320
Découverte - Afrique Centrale - Gabon - Femmes

La dépigmentation : une affaire d’Etat aussi !


Entretien avec Sophie Coniquet , dermatologue

Sophie Coniquet est la première dermatologue autochtone à exercer au


Gabon. Afrik l’a rencontrée et a fait avec elle un rapide état des lieux du
fléau qu’est la dépigmentation à visée cosmétique dans son pays. Un
fléau que les autorités devraient prendre plus au sérieux.

jeudi 5 février 2004, par Falila


Gbadamassi

Le Gabon dispose de onze dermatologues : dix à Libreville et un à Port


Gentil, la deuxième grande ville du Gabon. Parmi eux : Sophie Coniquet
qui sera, pendant quatre ans, la seule gabonaise, outre les expatriés, à
exercer dans le pays. Après huit ans de médecine au Gabon, puis quatre
ans de spécialisation en France et une année d’expérience
professionnelle, à l’Hôpital Saint Louis de Paris, le médecin revient chez
elle en 1993. Sophie Coniquet est la dynamique mère de trois enfants.
Elle exerce au Centre hospitalier de Libreville et dans un cabinet de la
place.

Afrik : L’utilisation des produits dépigmentants à visée cosmétique


est-elle une pratique courante chez les Gabonaises ?
Sophie Coniquet :C’est le cas chez beaucoup de femmes de la province
du Haut Ogooué, une région limitrophe du Congo. La pratique s’est
certainement répandue à partir de là et s’est généralisée dans tout le pays.
Le brassage des populations a aussi favorisé la diffusion de cette
mauvaise habitude. Il n’y a pas que le Gabon qui soit concerné, la
dépigmentation est un fléau que connaît toute l’Afrique.

Afrik : Avec quoi se dépigmentent-elles ?


La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 321
Sophie Coniquet : Les produits utilisés sont à base de corticoïdes, de
dérivés mercuriels (à base de mercure, ndlr) et d’hydroquinone. Il faut
savoir que seul un dermatologue est habilité à ordonner la préparation
d’un produit dans lequel le taux d’hydroquinone excède 2%. Un critère
auquel répondent la plupart des crèmes que les femmes se procurent sur
le marché et qui sont disponibles dans toutes les grandes métropoles
africaines. Les crèmes à base de corticoïdes ont un niveau d’activité
important (classe I) et leur composition n’est pas très claire. Ces produits
portent les noms de Sivoclair, savon Tura, Movate crème...

Afrik : Les femmes n’avouent jamais d’emblée qu’elles se


dépigmentent. Comment les reconnaissez-vous ?
Sophie Coniquet : Dans la plupart des cas, elles présentent des
dermatoses infectieuses comme le pityriasis versicolor (date, ndlr)...Elles
sont sujettes à des gales profuses qui occasionnent beaucoup de
démangeaisons. Ces patientes ont également de nombreuses infections
bactériennes et virales. Les crèmes corticoïdes entraînent un
amincissement de la peau qui occasionne des problèmes de cicatrisation.
Le réseau vasculaire devient de plus en plus apparent. On constate
également une hyperpilosité, on retrouve ainsi des duvets à des endroits
inhabituels du corps. De larges vergetures sont aussi visibles. Les
produits à base de corticoïde provoquent en général des lésions
acnéiques de type rétentionnel (points noirs et points blancs) partout sur
la peau du sujet. Les produits à base d’hydroquinone, quant à eux, sont à
l’origine de troubles pigmentaires. Il y a persistance de la couleur foncée
au niveau des jointures et apparition de lésions. Plus grave encore, ces
produits peuvent provoquer le diabète.

Afrik : Pensez-vous que les Etats, plus particulièrement l’Etat


gabonais, ont un rôle à jouer dans la lutte contre ce phénomène ?
Sophie Coniquet :Absolument ! Ils devraient intervenir au niveau des
administrations douanières afin de limiter l’entrée de ces produits au
Gabon. L’Etat devrait également mener une action auprès des
commerçantes qui vendent ces crèmes afin qu’elles ne soient plus
autorisées à le faire.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 322
Sénégal : Alerte aux crèmes dangereuses
Crèmes dangereuses

De Kinshasa à Dakar en passant par Yaoundé, les femmes africaines se


décapent au prétexte que le teint clair plaît aux hommes. Les graves
maladies dermatologiques constatées font réagir les médecins sénégalais.

mercredi 6 septembre 2000, par


Falila Gbadamassi

Les spécialistes sénégalais de la peau ont appelé le gouvernement à interdire


l’importation des produits éclaircissants. Pour ces dermatologues, dont le Docteur
Mame Thierno Dieng de l’Hôpital le Dantec à Dakar (Sénégal), cette mesure serait un
début à la lutte contre les troubles dermatologiques, a savoir la sévérité des acnés, les
dyschromies, dont sont victimes les femmes africaines qui s’éclaircissent la peau.

Ces femmes utilisent, pour ce faire, des crèmes et des laits corporels aux noms
évocateurs de Peau claire, Cleartone, ou se font des injections de Kenakort. Ces
produits sont composés d’hydroquinone (antiseptique), de corticoïdes (anti-
inflammatoires) et de sels de mercure. Ces substances médicamenteuses ne sont
pourtant pas destinées à une utilisation quotidienne. Leurs effets vont de l’élimination
progressive de la mélanine à l’affaiblissement du système immunitaire.

Les plaies de la coquette

Ces femmes souffrent, quotidiennement, de cicatrisation difficile, de barbes naissantes


rebelles, de dartre. Et voient leur peau décliner en plusieurs teintes au gré des
agressions solaires. La peau, devenue trop fragile, se couvre de taches noires.

Selon le Dr Dieng, " 50% des consultations dermatologiques féminines " sont liées au
" Xeesal ", terme sénégalais pour traduire la dépigmentation. Il estime dès lors
qu’interdire l’importation de ces produits, en provenance de Grande Bretagne, des
Etats Unis, du Nigeria et du Pakistan, pour les plus nocifs, estomperait le phénomène.
Notons qu’une mesure de ce type a été prise en 1995 en Gambie. L’Afrique du Sud, en
1992, interdisait l’usage de ces produits. Les résultats restent cependant mitigés car des
filières parallèles d’approvisionnement se développent.

Cette mode qui date plus ou moins des années soixante-dix, initialement citadine s’est
répandue dans les campagnes. Ce qui soulève un autre problème. En effet l’utilisation
de ces produits suppose un budget mensuel moyen de 400FF. Ce qui n’est pas à la
portée de toutes. Les plus démunies jouent donc aux apprenties sorcières en élaborant

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 323
des mixtures à base d’eau de javel, de liquide vaisselle, de savons acides pour le moins
" décapantes ".

La raison principale de cette dépigmentation vient de l’idée que les hommes


sembleraient préférer les peaux claires. Dans des contextes où la situation économique
des femmes est précaire, attirer un homme qui prendra soin de vous devient
indispensable.

Pourtant, les deux sexes sont parfois égaux devant cette mode : en République
démocratique du Congo (RDC) ou au Congo, le Tshoko (Ndlr : le fait d’avoir une peau
claire en lingala), concerne aussi la gent masculine.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 324
Découverte - Afrique Centrale - R.D.C. - Beauté -
Femmes

Peau claire à tout prix


Les Congolaises s’éclaircissent le teint

Pour plaire aux hommes, rien n’est assez dangereux pour les
Congolaises. Afin de répondre aux critères de beauté en vogue et puisque
les mâles préfèreraient les peaux claires, 90% des femmes des milieux
urbains utilisent des produits cosmétiques à base de corticoïdes et
d’hydroquinone, au mépris du danger pour leur santé.

jeudi 11 mars 2004

Par Kambale Juakali

La radio et la télévision seraient-elles à la base de l’utilisation abusive, par les femmes


congolaises, des produits cosmétiques qui dépigmentent la peau ? Le président de la
Haute Autorité des Médias, Modeste Mutinga, en est certain. Mardi dernier, sur la base
de plaintes des auditeurs et des téléspectateurs, il a interpellé les fabricants des
produits incriminés, les agents de l’Office Congolais de contrôle chargé d’en surveiller
la conformité avec les normes congolaises, ainsi que les chaînes de radio et de
télévision qui en font une large publicité.

« Tirant profit de l’avantage qu’offre le support audiovisuel sur une population en


majorité analphabète ou semi-lettrée, les entreprises fabriquant les produits de beauté
se sont ruées sur la radio et la télévision pour vanter les mérites, vrais ou supposés, des
crèmes, lotions, et autres laits éclaircissants sans tenir compte de leurs effets nocifs sur
la santé des consommateurs et sans prévenir ces derniers du danger qu’ils encourent »,
explique-t-il. Le danger tiendrait donc à l’ignorance des utilisatrices.

Les fabricants plaident non coupables

Les produits incriminés se vendent partout dans le commerce général et en dehors des
pharmacies. Fabriqués localement à Kinshasa par des commerçants indo-pakistanais,

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 325
ils ont la particularité d’être meilleur marché que les produits pharmaceutiques pour le
traitement de la peau. Les représentants des fabricants ont plaidé non coupables,
prenant à témoin l’Office Congolais de Contrôle, qui surveille de près la qualité de
leurs produits. Moi Bongoma, qui travaille dans le service marketing de l’une de ces
entreprises, estime que la production est fonction de la demande des consommateurs.
« Nous sommes fabricants et il y a un marché favorable, analyse-t-il. Quant à
l’accusation qui nous est faite de vendre des produits nocifs, nous répondons que nous
subissons le contrôle de l’OCC qui fixe le taux d’hydroquinone à ne pas dépasser. »

Il n’y a pas que les médias et les fabricants des produits qui soient en cause. Les
services publics ont également une grande part de responsabilité dans la mesure où ce
sont eux qui fixent les normes techniques aux fabricants et contrôlent la qualité des
produits. Pour Antho Kabamba, chimiste et directrice à l’Office Congolais de
Contrôle, le pays ne possède pas de normes propres. Ce qui fragilise le pouvoir de
contrôle de l’OCC. Mme Kabamba propose même « l’interdiction pure et simple de la
fabrication de tous les produits cosmétiques à base de corticoïdes et d’hydroquinone ».

Fléau continental

Quant au Dr Lola Kisanga, professeur à l’université de Kisangani, il a démontré la


nocivité de tous ces produits qui dépigmentent la peau des femmes noires au mépris
des conséquences sur leur santé. « Les femmes qui utilisent ces produits développent
des lésions locales sur la face, les bras ou les jambes et d’une manière générales sur les
parties découvertes. La cortisone qui est contenue dans les produits fait partir la
couche cornée de l’épiderme, entame le derme et parfois même l’hypoderme qui est la
troisième couche de notre peau. Vous n’imaginez pas la gravité des dégâts sur la
santé : le cancer et même la mort. Les radios et les télévisions, par des spots
publicitaires ou des allusions indirectes aux produits dépigmentant font la part trop
belle aux services de marketing des entreprises. »

Le fléau n’est pas que congolais. C’est apparemment toute l’Afrique noire féminine
qui a mal à l’épiderme. D’où cette course effrénée des jeunes femmes congolaises vers
une peau plus claire. Les femmes métisses auraient, semble-t-il, plus de chance
d’accrocher les hommes que celles à peau d’ébène. Selon une étude faite par l’ONG
« Femme et Famille », environ 90% de femmes, en milieu urbain, utilisent des
produits pharmaceutiques pour rendre leur peau plus claire. Mme Catherine Mayele,
journaliste, avoue avoir certaines fois recouru aux produits pharmaceutiques pour se
faire éclaircir la peau, mais elle a dû vite arrêter, dit-elle, quand elle a remarqué « que
la peau se dégradait dangereusement ».

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 326
En demi-teinte : le marché français de l’ethno-
cosmétique
L’ethno-cosmétique

Ethno-cosmétique : un néologisme un peu barbare pour qualifier les


produits spécifiques aux femmes noires ou métisses. Si aux Etats-Unis ce
secteur a pris ses droits il y a bien longtemps, son succès apparaît encore
mitigé en France. Aux côtés de nombreuses marques de bazar, quelques
grands noms se partagent cette niche de marché qui tend - tout de même
- à se développer.

samedi 13 mai 2000

Rue de Clignancourt à Paris, dans une boutique afro tenue par des Indiens. Pour être
évasive, l’étiquette n’en est pas moins prometteuse : " Evite l’apparition de pellicules,
de boutons, de crevasses, régénère, stimule la circulation du sang "... et bien d’autres
choses encore. Cette crème à tout faire à la " formule améliorée ", au nom inconnu de
Dermaclear of Belgium, ne surprend personne. Tout comme ces dix ampoules " à
l’extrait pur de placenta " qui, pour la modique somme de 35 francs français,
prétendent apporter souplesse et brillance à la chevelure. La photo engageante du
mannequin noir figurant sur l’emballage semble confirmer. On ne saura rien d’autre, ni
du placenta, ni de l’origine du produit. Sauf que, selon le vendeur, ces produits
spécifiques aux peaux noires s’adaptent aussi bien aux peaux blanches...business is
business !

De Barbès à Strasbourg-Saint-Denis - deux quartiers à forte population immigrée -, la


capitale française abrite de nombreux petits commerces où se bousculent des produits
cosmétiques destinés aux peaux noires. Entre ignames et boubous, on trouve de tout.
Lait éclaircissant, défrisant sans soude, fluide magique réparateur de teint, rayons
entiers de longues perruques raides. Le tout un peu poussiéreux, un peu emballé à la
va-vite. Ces articles, d’un rapport quantité-prix à toute épreuve portent des noms
largement anglo-saxons. Une fois sur deux, ils se dispensent de notice française ou
d’indications sur la composition exacte du produit. Or beaucoup d’entre eux sont
réputés dangereux, comme les crèmes à base d’hydroquinone, dont l’usage doit se
faire sous contrôle médical, ou comme les fers à défriser pour enfants.

Un marché ghetto

Une fois passé l’exotisme des lieux , un léger malaise s’installe. La foule de marques
telles que Miss USA, Kerdony, Darling ou Goldy’s, introuvables dans les instituts de
beauté classiques, donne à ce marché des allures de ghetto. Pis encore, lorsque des
marques célèbres apparaissent dans l’étal. Exemple : un pot de 500 g de crème
La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :
Le cas des femmes de Yopougon Page 327
défrisante pour 26 francs seulement sous l’étendard...Revlon. " Ces articles se
baladent, des Etats-Unis à l’Afrique puis en Europe. Ils ne respectent ni les lois
d’entrée, ni les conditions d’hygiène ", s’insurgeait M. de Nedde, directeur commercial
Europe de L’Oréal, au cours d’une journée de prévention sur l’ethno-cosmétique, en
avril dernier à Drancy près de Paris.

" Ces magasins sont une honte pour nous, les femmes noires. Leurs produits sont
nocifs, la plupart sont des contrefaçons, renchérit cette animatrice de la marque
américaine Naomi Sins dans un grand magasin parisien. Leurs distributeurs peu
scrupuleux profitent d’une clientèle africaine qui a peu de moyens et qui n’est pas
éduquée. "

Ils ont la dent dure, ceux qui figurent sur l’autre marché, celui des marques plus
onéreuses, et dont les produits accèdent aux grands magasins aussi spécialisés
qu’aseptisés tels que Patchouli ou Sephora en France. On y trouve Fashion Fair, créée
en 1936, Naomi Sins, du premier mannequin noir américain en 1986 et plus
récemment la ligne du top-model Iman. Les produits sont testés aux Etats-Unis, puis
testés à nouveau en France en laboratoire. Enfin, le maquillage spécifique aux peaux
noires reste le parent pauvre de l’ethno-cosmétique. " En Europe, nous apparaissons
encore comme des laissés-pour-compte, explique le médecin d’origine ivoirienne
Khadi Sy Bizet. C’est un paradoxe car nous sommes de grandes consommatrices de
maquillage. "

Une clientèle à ne pas négliger, en effet, puisqu’on estime la population d’origine


africaine en France à neuf millions de personnes. D’autant que le métissage croissant
des sociétés occidentales, ainsi qu’un plus grand pouvoir d’achat des femmes noires
installées depuis plusieurs générations pourraient bien changer encore la donne dans
les années à venir. L’argument commence à être entendu par les marques les plus
prestigieuses : la firme Gianni Versace serait en passe de sortir sa ligne spécifique,
promue par son égérie Naomi Campbell...

- Mars 2000

Souffrir pour être « beau ».


- 25 décembre 2001 - par FATOUMATA TRAORÉ

De Dakar à Kinshasa en passant par Paris, les adeptes de la dépigmentation


utilisent des crèmes « éclaircissantes ». Certaines ne sont pas sans danger.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 328
Béatrice, 23 ans, étudiante d'origine burkinabè, est plutôt une jolie fille. Simple et
élégante, elle attire naturellement le regard des hommes. Elle est même prête à bien
des sacrifices pour séduire. Tout particulièrement pour son fiancé qui préfère les «
femmes claires ». Régulièrement, la jeune femme se rend donc dans une boutique afro
du boulevard de Strasbourg, à Paris, pour acheter des produits dépigmentants. La
première fois, la vendeuse au teint clair lui a proposé plusieurs crèmes et laits aux
noms évocateurs : Peau Claire,
Clarissime, Uniclair.

Mais Béatrice sait - par ses amies - qu'il


y a mieux. Sans qu'elle insiste, le patron de la boutique lui sort rapidement de dessous
la caisse trois produits. Tous contiennent de l'hydroquinone. C'est une substance très
efficace qui agit par un effet de gommage, c'est-à-dire que la crème contient, outre le
produit actif, des particules dures qui décapent la peau et entraînent avec elles les
cellules mortes, accentuant ainsi la bonne pénétration. L'hydroquinone agit alors en
profondeur en diminuant la production de mélanine, l'agent responsable de la
pigmentation de la peau.
Comme Béatrice, les adeptes de la dépigmentation, lorsqu'elles acceptent de
s'expliquer sur leur choix, avouent vouloir avant tout chercher « à plaire aux hommes
». Selon une enquête de la BBC, la radio internationale basée à Londres, elles
représentent 50 % de la population féminine du Mali. Mais la pratique est répandue
partout en Afrique de l'Ouest et centrale. En République démocratique du Congo et au
Congo- Brazzaville, les hommes s'y mettent aussi de plus en plus, « pour avoir une
peau papaye qui plaît aux femmes ! » Simple question de sex-appeal ? Selon
Ferdinand Ezembe, psychologue installé à Paris, le phénomène est plus complexe. Il
résulterait d'« un traumatisme postcolonial » qui marque encore les sociétés africaines,
explique-t-il sur le site Internet Afrik.com. Les Africains ne se sont pas encore défaits
de réflexes sociaux, acquis pendant la colonisation, qui les portent à croire qu'avoir la
peau blanche permet d'occuper une position élevée dans l'échelle sociale. C'est encore
le cas, par exemple, au Brésil où plus on a la peau claire, plus on a de chances
d'occuper une position sociale élevée. À cela s'ajoute l'influence de la télévision et de
la publicité. Les mannequins choisis par les firmes de cosmétiques pour Noirs ont bien
souvent la peau claire et les cheveux lisses. Isabelle, une jeune Rwandaise installée à
Paris, confirme : « Je m'éclaircis la peau non seulement pour être belle, mais aussi
pour être comme la société veut que je sois. » Ce qui n'est pas si simple.
En effet, depuis le 1er janvier 2001, un décret européen interdit de vendre sans
ordonnance des crèmes à l'hydroquinone, car ce sont des médicaments, non des
produits de beauté. Ils sont prescrits par les dermatologues pour l'élimination des
taches brunes, dues au vieillissement de la peau. On doit alors les appliquer localement
pendant trois semaines maximum. Une application sur tout le visage et le corps

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 329
pendant plusieurs années peut conduire à stopper la production de mélanine. En
conséquence, la peau, privée de son pigment protecteur naturel, s'affaiblit et se
cicatrise plus difficilement en cas de blessure. Il y a plus grave. Selon le docteur Bruno
Halioua, dermatologue spécialiste des peaux noires, « une application répétée et à long
terme de ces crèmes peut accroître les risques de cancer de la peau. Le même problème
existe avec les crèmes à base de corticoïdes. Elles peuvent causer des vergetures et des
taches brunes indélébiles sur les épaules, le cou ou le thorax. »
Une enquête réalisée au Togo, en 1995, auprès de cinq cents utilisatrices de crèmes
montre que les deux tiers d'entre elles rencontraient divers problèmes cutanés, dont la
fréquence augmente avec la durée d'usage, notamment au-delà de deux ans. Ils vont de
l'acné à l'apparition de vergetures en passant par la pousse de barbes rebelles.
Certaines utilisatrices sont devenues presque aveugles et d'autres n'ont plus pu
supporter le soleil.
Les produits dépigmentants doivent donc être utilisés avec la plus grande prudence. Or
nombre de leurs adeptes ne savent rien des précautions à prendre pour un usage en
relative sécurité. Les étiquettes collées sur les flacons donnent très peu d'informations.
Les vendeuses de cosmétiques sont incapables d'expliquer les risques liés à un
mauvais emploi. D'où l'interdiction imposée aux commerçants. Même si la mesure est
peu respectée. On en trouve sur Internet, et certaines boutiques continuent de les
vendre en cachette. On peut même s'en procurer « à la sauvette », dans la rue. « Des
femmes m'en proposent régulièrement dans le quartier de Château-Rouge, où j'habite,
à Paris. Elles les cachent dans des sacs », explique Aminata, une jeune Malienne qui
utilise ces produits.
Cependant, les laboratoires cosmétiques doivent désormais se conformer à la
réglementation. La plupart de leurs crèmes ou laits éclaircissants portent la mention «
garantie sans hydroquinone » et contiennent des acides de fruit ou des extraits de
plantes. Mais ces substances sont chères et doivent être concentrées pour être
efficaces. Comme la demande reste forte, l'hydroquinone est toujours utilisée. « Nous
continuons à fabriquer des produits hydroquinoniques. Ils sont exportés en Côte
d'Ivoire et au Congo », déclare, sous couvert d'anonymat, le président-directeur
général d'un laboratoire basé en région parisienne.
Pourtant, en Afrique, l'usage de l'hydroquinone a été interdit dans douze pays, dont
l'Afrique du Sud, le Kenya et le Cameroun. Mais là encore, des réseaux clandestins se
sont développés. Au Sénégal, des dermatologues ont demandé, et obtenu, l'interdiction
des produits les plus nocifs. Mais le marché parallèle reste actif. « On n'y peut rien, les
épouses des présidents, des ministres et les ministres eux-mêmes se dépigmentent »,
commente, rigolard, Idrissa, vendeur au marché Sandaga.
Peut-être, car en raison du coût élevé des produits, la pratique devient de plus en plus
un marqueur social, c'est-à-dire un facteur de distinction entre ceux qui ont les moyens
d'utiliser les produits et ceux qui ne le peuvent pas. Ce que souligne Ramatoulaye, une
Malienne qui connaît de nombreux adeptes de la dépigmentation : « Une fois qu'on a

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 330
commencé à s'éclaircir, on est obligé de poursuivre, sinon la peau redevient noire et
des boutons apparaissent. Il faut aussi d'autres produits pour soigner la peau. Seuls les
riches peuvent se les acheter. » La jeune femme y consacre, en moyenne, 40 000 F
CFA par mois. Comment faire quand on n'a pas les moyens ?
Dans les campagnes, les femmes trouvent des solutions originales, qui n'en sont pas
moins dangereuses. Au Mali et au Sénégal, elles utilisent une méthode traditionnelle à
base d'une herbe aux vertus dépigmentantes qu'elles mélangent à de l'eau de Javel. Par
ailleurs, certaines n'hésitent pas à s'enduire de formol et à se couvrir de toiles pendant
plusieurs heures. Ce procédé, même s'il permet d'éliminer la mélanine très rapidement,
est très dangereux et peut même être mortel. D'autres se décapent au savon acide, au
liquide vaisselle ou au shampoing, voire avec un mélange de ces produits. Un choix
que désapprouve le docteur Halioua : « La peau noire est une très belle peau : elle
vieillit moins et elle est très résistante. Il faut en prendre le plus grand soin, telle qu'elle
est. »

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 331
LA DEPIGMENTATION AR TIFICIELLE
PREOCCUPE LES DERMAT OLOGUES
AFRICAIN S
01-05-2007

La dépigmentation artificielle -DA chez les spécialistes de la


santé- est en train de devenir un problème de santé « préoccupant » en Afrique, a confié à
APA la présidente de l’Association internationale d’information sur la dépigmentation
artificielle (AIIDS) et médecin chef du service dermatologique du Service d’hygiène social de
Dakar, le Dr. Fatoumata Ly.

La spécialiste souligne que « l’augmentation importante de la prévalence de la DA pratiquée


en général à base de produits dermocorticoïdes est pratiquement partout la même sur le
continent ».

Selon ses estimations, l’achat de produits dermocorticoïdes « s’évalue à 5 milliards de francs


CFA par an pour la seule région de Dakar ».

Selon le Dr. Fatoumata Ly, « 52% des femmes de 15 à 50 ans consultées dans un service de
dermatologie d’un centre de santé à Dakar présentent au moins une complication
dermatologique de la DA".

Certaines, a-t-elle ajouté, vont jusqu’à avoir 4 complications dermatologiques. La prévalence


de la DA est de 67% dans certains quartiers de Dakar.

« De plus, la hausse de la prévalence du cancer de la peau, du diabète et de


l’hypertension artérielle chez les femmes africaines est en grande partie imputable à la
pratique de la DA, appelée "xessal" au Sénégal, "bodju" au Bénin, "tcha-tcha" au Mali
», indique le médecin.

« D’ailleurs les premiers cas de cancers cutanés survenant des dermatoses compliquant de la
DA sont rapportés au Sénégal », a-t-elle affirmé.

Les conséquences des produits eclaircissant sur la peau - Prêtes à tout pour un teint
clair...

Face à une telle situation, le Dr Ly a estimé qu’il est « plus que jamais nécessaire » de lancer

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Le cas des femmes de Yopougon Page 332
une « campagne hardie » contre la dépigmentation artificielle en Afrique.

D’autant que la situation des femmes pratiquant la dépigmentation est devenue


alarmante en Afrique du Sud, au Mali, Burkina Faso et ailleurs en Afrique.

« Après les Congrès des dermatologues en Afrique du Sud et au Burkina Faso en février
dernier, nous nous sommes dit qu’il faut sensibiliser les Etats africains et l’Organisation
mondiale de la santé (OMS) pour faire face à une coquetterie qui prend beaucoup de vies,
coûte cher à nos pays alors qu’elle peut être évitée", selon elle.

La situation devient d’autant plus difficile au Sénégal du fait qu’il n’y a pas assez de
spécialistes, a-telle regretté.

Les dermatologues ne seraient actuellement que 30 dans les services universitaires,


hospitaliers et privés sénégalais.

La pathologie dermatologique est la 2è cause de mortalité après le paludisme au Sénégal


où les femmes pratiquant la DA utilisent des produits contenant de l’hydroquinone à
forte concentration, variant entre 8 et 22% (la dose à usage médicale est de 2%), de la
vaseline salicylée à 30 voire 50%, mais aussi des préparations artisanales appelées « 24h
», « 72 h », entre autres.

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Le cas des femmes de Yopougon Page 333
Les produits dépigmentants : Genèse d’un cynisme
jeudi 3 août 2006.

La dépigmentation est, selon certaines personnes, la manifestation d’un complexe


d’infériorité. Pour l’auteur de ces lignes, ce complexe "n’est pas tombé ex nihilo".
C’est, dit-il, le fruit d’un cynisme orchestré et entretenu par les Occidentaux.

C’est après avoir lu "les mercredis de Zoodnoma Kafando" du 19 juillet 2006 portant
sur les dépigmentants que nous avons décidé de nous servir de notre plume pour
donner notre point de vue sur la question.

Zoodnoma écrit : "A bien y regarder, l’usage des produits dépigmentants par les
femmes et les hommes révèle un complexe d’infériorité face au Blanc, dont la
couleur de la peau est devenue la coloration de référence". Juste. Pour corroborer
l’assertion du journaliste, nous disons que ce complexe d’infériorité n’est pas
tombé ex nihilo et ne date pas d’aujourd’hui. Cela est la résultante d’un long
cynisme orchestré et entretenu par les Blancs.

Tout est parti avec la conception brumeuse à la limite assassine qu’est "la mission
civilisatrice de l’homme blanc", échafaudée par l’Occident pour mettre l’Afrique et
les noirs sous coupe réglée.

Pour bien mener leur sale besogne, les partisans de la conquête coloniale ont
travaillé en étroite collaboration avec les missionnaires.

Il faut noter que l’intérieur des églises laissait voir des images déroutantes, et pour
causes : les démons, diables, tout ce qui est négatif était de coloration noire tandis
que Jésus et ses Apôtres éteints peints en blanc. Nous ignorons les raisons du choix
de cette couleur noire mais une chose est sûre nous avons là le point de départ
d’un processus de dénigrement d’une race. Ces images gravées à l’intérieur des
églises seront le cheval de Troie d’une politique de déshumanisation des noirs.

Ces derniers verront de toutes les couleurs. Ils seront traités de "gens sans âme" de
"fourbes et couards", de "sous-hommes", qu’il fallait "civiliser". Les noirs étaient
aussi affublés d’"Ourang-outangs", de "macaques" et de "simples d’esprit".

La couleur noire était à leurs yeux le symbole du deuil, de la barbarie, de


l’imperfection, de la damnation... Cette attitude du blanc avait choqué bon
nombre de noirs à tel point que certains étaient arrivés à ériger leur église pour
donner la réplique. Le plus célèbre de ces révoltés fut le congolais Simon Kibangou
qui créa le "Kibanguisme". A l’intérieur de ses temples, Jésus était noir et les
démons peints en blanc.

Il eut beaucoup d’adeptes et avait commencé à ratisser large au sein des


populations noires. Pour les blancs, ce révolutionnaire méritait une correction
grandeur nature. En deux temps, trois mouvements, Simon Kibangou et ses
partisans furent traités avec la dernière cruauté.

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Le malheureux messie passera une trentaine d’années dans l’enfer du violon. Il y
mourut piteusement. Sous la colonisation, les blancs avaient habilement inculqué
aux noirs leur infériorité. Leurs cultures étaient royalement ridiculisées et
reléguées à de "simples produits de sous-hommes".

La contre-attaque

En un moment donné, le travail de dénigrement enclenché par les Européens


avaient eu ou presque l’effet escompté. Bon nombre de noirs avaient commencé à
avoir honte de leur couleur et de leurs cultures.

Voyant que la colonisation était sur le point de réussir un "génocide culturel" les
premières élites noires vont sonner le Cor de la résistance.

Aimé Césaire dans son "discours sur le colonialisme" lança le cri d’alarme : "Je parle
à des millions d’hommes à qui on a inculqué savamment le complexe d’infériorité,
la peur, l’agenouillement, le désespoir...".

Pour montrer aux blancs que tout peuple a une culture, Aimé Césaire, Gontra
Damas, Senghor, vont créer la négritude qui, selon le poète sénégalais était
nécessaire : "Nous étions alors plongés, avec quelques autres étudiants noirs, dans
une sorte de désespoir panique. L’horizon était bouché...

Nous n’avions, estimaient-ils, rien inventé, rien créé, ni sculpté, ni peint, ni


chanté... La négritude était donc une réponse à une situation d’oppression, de
violence culturelle, économique et politique". Pour le philosophe français, Jean
Paul Sartre, la négritude "est la négation de la négation du noir".

Pour parer au plus pressé, les chantres de la négritude et les poètes américains de
la Negro-Renaissance vont se liguer pour faire comprendre à leurs congenèses
d’être fiers de leur couleur qui, selon eux est synonyme de "vie". La couleur noire
sera donc chanté, magnifiée...

Le découragement

Les poètes avaient joué leur partition. Au fil du temps leurs conseils sont restés
lettre morte. Le travail de dénigrement avait déjà porté ses fruits. A force de les
rabaisser, de les harceler, nombre de noirs ont fini par craquer. Ils ont honte
d’eux-mêmes, perturbés, écartelés. Ils sont à la croisée des chemins. Le complexe
d’infériorité s’est installé.

Il en découle une aliénation : "Etant mal dans sa tête, il en vient à être mal dans sa
peau. Du coup s’éclaircir la peau pour ressembler au maître d’hier, devenu un
supérieur aujourd’hui".

Les noirs singeront blancs dans l’espoir de leur ressembler. Ainsi vint la
dépigmentation. Cette nouvelle tournure des événements sera décriée par le
psychiatre martiniquais, Frans Fanon, dans son best-celler "Peaux noires masques

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Le cas des femmes de Yopougon Page 335
blancs". Mais a-t-il été coûté ? Non, le résultat n’a pas été à la hauteur des
attentes.

Aujourd’hui, la situation va de mal en pis. Les jeunes filles partent à l’assaut des
crèmes éclaircissantes pour plaire aux hommes et les "phagocyter". Ces derniers se
complaisent dans ça. J’en veux pour preuve cette phrase devenue proverbiale :
"Même si la femme teint clair n’est pas belle, ses cuisses ressemblent à des
tomates" lancée par les hommes pour justifier leur ruée vers les femmes teint clair.

Ainsi donc tout est consommé. Les héritiers de Martin Luther King de Frans Fanon,
de Rosa Park ont passé outre les conseils de leurs aînés et ont choisi une voie
dangereuse.

La dépigmentation est de nos jours un phénomène irréversible. Ce n’est point ni la


censure du CSC ni les cris d’alarme des gardiens du temple des traitions qui
changeront quelque chose, surtout avec l’explosion extraordinaire des NTIC.

Issa Semdé Secteur n° 19

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Les "négresses blanches"’ du campus de l’université
Cheikh Anta Diop

Amina, la vingtaine, tressée à la mode "dialgati", est une étudiante dont le teint pose problème à ses
interlocuteurs. Il est vrai que l’apparence de la jeune fille intrigue. Et pour cause : sa noirceur d’ébène
est fortement tempérée par des espaces clairs sur tout le visage, lui donnant une allure terne de
..."négresse blanche". De plus prés, le malaise augmente, car on s’aperçoit que la jeune fille a une
énorme tache brune sur une partie des lèvres et son cou présente de petits boutons qui suppurent et lui
causent de temps en temps des démangeaisons. Après plusieurs traitements infructueux, elle a, sur les
conseils d’une amie, consulté un dermatologue. Ce dernier lui a immédiatement demandé d’arrêter les
produits dépigmentants. Ce que Amina a décidé de faire, mais en attendant de pouvoir retrouver son
teint naturel, elle est obligée de se couvrir le visage d’un foulard pour cacher son teint "désuni".

Le cas d’Amina l’étudiante n’est pas isolé. A en croire le Docteur Khalil Ndiaye, dermatologue au Centre
des œuvres universitaires de Dakar (COUD), elles sont nombreuses les pensionnaires du campus à être
victimes des effets du "xeesal". Résultat des courses : elles poussent souvent la porte du spécialiste pour
venir se plaindre de "petits boutons" sur le visage, sur le dos ou encore de "grosses vergetures" à
l’avant-bras, sans parler des "taches brunes ou noires, des lunettes autour des yeux". La dépigmentation
artificielle ou "xeesal" en wolof, une pratique consistant à se débarrasser du pigment, une substance qui
colorie la peau des noirs pour avoir un teint clair, est passée par là, transformant le campus en un lieu où
on croise à longueur de journée des femmes défigurées par les produits chimiques.

Ainsi, la dépigmentation de la peau a pignon sur rue à la cité des jeunes filles de l’université Cheikh Anta
Diop de Dakar (UCAD), Aline Sitoé Diatta communément appelée cité Claudel où une petite promenade
vous permet de croiser des étudiantes à l’allure de "négresses blanches". La pratique n’est pas
seulement une affaire des étudiantes en premier cycle. Leurs aînées des deuxième et troisième cycles s’y
adonnent, ainsi que toutes les classes d’étudiantes, les nanties comme les moins nanties. De par leur
statut d’intellectuelles, elles ne sont pas sans savoir les méfaits du "xeesal", compte non tenu de la
charge culturelle (mimétisme du blanc) qu’elle charrie. Toutefois, les étudiants adeptes de la
dépigmentation de la peau n’en n’ont cure, à l’image de Thiabel, une "aînée" comme on appelle les
étudiantes de deuxième et troisième cycles. Désireuse de mordre dans la vie à pleines dents, elle justifie
son "xeesal" par des raisons esthétiques : "je veux être plus belle. Les hommes préfèrent les femmes
claires. Les conséquences ne m’effrayent pas. Il faut simplement savoir comment s’y prendre. Quand
l’épiderme est fatigué, il faut s’arrêter un certain temps avant de reprendre. Avec cette méthode ton
xeesal devient impeccable et tu as moins de problèmes."

Comme en écho, Mégui, une autre pensionnaire de l’UCAD, renchérit : "les études ne sont pas une fin en
soi. Il y a un temps pour toute chose. Ce n’est pas possible de se pencher sur les cours 24 heures sur 24.
Prendre soin de son corps est une partie des études. Ce n’est pas à l’université que nous avons
commencé cette pratique, donc je ne vois pas pourquoi nous allons arrêter maintenant". Pour sa part,
Mama Diarra, estime qu’"avec le soleil qui rythme notre quotidien, c’est très difficile de maintenir son
teint sans utiliser des produits dépigmentants". Et Ndèye Ndioro d’enfoncer le clou : "avant d’être
étudiante, nous sommes des personnes. Pourquoi vouloir changer comme si une étudiante est différente
des autres filles ? Nous avons besoin de prendre soin de nous, sans complexe de supériorité vis-à-vis de
celles qui ne sont pas étudiantes". "Notre corps nous appartient. Ce n’est pas parce que nous sommes
étudiantes que nous devons nous imposer des interdits. Nous avons le droit autant que les autres de
faire de notre corps ce que nous voulons. Cela ne nous dérange pas qu’on nous indexe", martèle Khady
avant d’ajouter : "il faut être folle pour se laisser aller. La concurrence est rude. Le rang est très serré
pour trouver un mari maintenant, surtout quand nous sommes instruites. Les hommes ont peur de nous.
Mieux vaut jouer le jeu, si tu veux t’en sortir." Pour Mossane, "ceux qui pensent que le khessal est un
complexe d’infériorité des étudiantes vis-à-vis des occidentaux, leur font un mauvais procès. Vouloir être
séduisante n’appartient à personne. Les télénovelas n’y sont pour rien. Le xeesal n’est pas un effet de
mode comme on veut le faire croire, ça fait partie de notre propre vision de nous-mêmes".

A cotés de ces adeptes du xeesal tous azimuts, il y a celles qui cherchent des excuses pour changer de
peau. C’est le cas de l’étudiante Mame Sène qui explique que son but est d’enlever les "taches brunes"
qui lui "gâchent la vie". L’hydroquinone éclaircit la peau. Le xeesal n’est mauvais que quand on en abuse,
sinon il te donne un teint clair et éclatant". Pour Haby, adepte du "léral" (léger xeesal), la faute est du
coté des hommes qui ne regardent que les femmes de teint clair. "Le maquillage, explique-t-elle, sied
plus aux filles claires qu’aux noires. Lorsque nous sortons en groupe, les étudiantes qui se sont
dépigmentées la peau sont plus en vue. Le « léral » ne fait de mal à personne." "léral" ou "xeesal",
certaines étudiantes ne se gênent pas pour changer de look, encouragées qu’elles sont par les prix des

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produits dépigmentants qui vont de 500 FCFA à 40.000 FCFA. Tout dépend du teint qu’on veut obtenir,
explique Fatou Kiné, selon qui : si tu veux, par exemple t’éclaircir la peau, tu peux faire ton propre
mélange dans le plus grand secret et à moindre coût".

Selon certaines confidences, l’eau de Javel, le diluant cellulosique, le gel Magnon, le savon artisanal qui
vient du Ghana, du Nigeria ou de la Côte d’Ivoire et l’acide seraient utilisés pour concocter un mélange
détonnant apte à vous donner le teint désiré.Pourtant de telles mixtures sont, comme certains produits
dépigmentants bon marché, très toxiques. Mais Fatou Kiné, obnubilée par son désir de paraître belle,
s’en tamponne l’œil : "ous sommes conscientes que les différents produits que nous utilisons sont le plus
souvent toxiques parce que destinés à d’autres usages. Mais nous n’avons pas le choix, c’est moins cher
et c’est plus efficace". Ainsi, malgré les conséquences de ces produits sur la santé et l’insatisfaction -- ce
n’est pas toujours qu’on obtient le teint voulu-- au plan esthétique, les étudiantes adeptes du xeesal
pensent rarement s’arrêter un jour. Celles qui comptent le faire un jour, précisent que si elles s’arrêtent
c’est pour "reposer" leur épiderme avant de reprendre de plus belle.

A côté de ces dernières, il y a des pensionnaires de l’UCAD comme Gnagna, qui ne changeraient pour
rien leur teint noir d’ébène. Rejetant les arguments de ses condisciples, elle martèle : "nous ne devons
pas être complexés de notre couleur. Il faut être fier de son identité et rester tel que nous sommes, car
black is beautiful". Pour sa voisine de chambre, Oulèye, la pratique est trop ancrée à l’université et ce
n’est pas demain la veille qu’on va l’en extirper. "Des étudiantes qui ne s’éclaircissaient pas la peau à
leur venue à Claudel, s’y mettent quelquefois", dénonce-t-elle, avant d’ajouter : "c’est déplorable que
des étudiantes, qui doivent sensibiliser les autres, soient les principales concernées par cette pratique".
Au bord de l’indignation, Aissata, une autre "ennemie" du xeesal, lâche : "souvent, je me demande
l’utilité de notre venue à l’université, ce temple de savoir qui a pour devise « lux mea lex » (la lumière
est ma loi). Les étudiantes ne comprennent pas qu’une fois que tu t’adonnes à cette pratique, quoique tu
fasses tu ne retrouveras jamais ton vrai teint. Le xeesal n’a pas d’avenir. Quand tu arrêtes, il te lâche."

Fatoumata Sonko

(Source : APS 30 juillet 2003)

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ANNEXE II :

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ANNEXE III
QUESTIONNAIRE

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I. IDENTIFICATION DES ENQUETEES

1. Age :

1. 15 – 24 ans …

2. 25 – 34 ans …

3. 35 – 44 ans …

4. 45 – 54 ans …

5. Plus de 55 ans …

2. Situation matrimoniale :

1. Célibataire …

2. Mariée …

3. Divorcée …

4. Veuve …

3. Niveau d’instruction :

1. Analphabète …

2. Etudes primaires …

3. Etudes secondaires …

4. Etudes supérieures …

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4. Catégorie socio-professionnelle

1. Sans profession …

2. Elève ou étudiante …

3. Artisans …

4. Employée ou ouvrière …

5. Cadre …

6. Autres (à préciser) …

5. Revenu mensuel

1. Sans revenu …

2. Moins de 50 000 F cfa …

3. 50 000 à 100 000 F cfa …

4. 100 000 à 200 000 F cfa …

5. Plus de 200 000 F cfa …

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II. IDENTIFICATION DES PRODUITS DE BEAUTE

II.1. Connaissance des produits de beauté

1. Connaissez-vous les produits de beauté éclaircissants ?

1. Oui …

2. Non …

2. Si oui, citez nous- en

………………………………………………………………………………..

3. Comment les avez-vous connus ?

1. Par la publicité …

2. Par une amie …

3. Par un parent …

4. par mon mari ou un amant …

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Quelle importance leur accordez-vous ?

5. Beaucoup …

6. Assez …

7. Peu …

8. Aucune …

II.2. Usage des produits de beauté

1. Quel type de produit de corps utilisez-vous actuellement ?

a. Produit local artisanal …

b. Produit local industriel …

c. Produit importé …

d. Mélange de produits divers …

2. Quel est le nom de ce ou ces produits ?

……………………………………………………………………………………

3. Sous quelle forme se présente-t-il ?

1. Crème …

2. Lait …

3. Pommade …

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4. Gel …

5. Savon …

6. Autres (préciser) …

4. Depuis quand l’utilisez-vous ?

1. Moins de 3 mois …

2. 3 à 6 mois …

3. 6 à 12 mois …

4. Plus d’un an …

5. Avant cette période, aviez-vous utilisé un autre produit ?

1. Oui …

2. Non …

6. Si oui, lequel ?

………………………………………………………………………….

7. Combien de fois l’utilisez-vous quotidiennement ?

1. Une fois …

2. Deux fois …

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3. Plus de deux fois …

8. Quelles sont les parties du corps sur lesquelles vous insistez ?

Classez par ordre d’importance à l’aide des chiffres. (1 ; 2 ;

3 ; 4)

1. Le visage et le cou …

2. Le tronc …

3. Les membres supérieurs …

4. Les membres inférieurs …

9. Combien de temps ce produit met-il pour agir ?

1. Moins d’un mois …

2. 1 à 3 mois …

3. 3 à 6 mois …

4. Plus de 6 mois …

II.3. Propriété et raisons de l’utilisation des produits de

beauté

1. Savez-vous de quoi se compose le produit que vous

utilisez ?

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1. Oui …

2. Non …

2. Quelles sont les vertus du produit que vous utilisez

actuellement ? (Classez par ordre d’importance à l’aide

des chiffres 1 ; 2 ; 3 ; 4 ; 5)

i. Donne une sensation de bien-être …

ii. Elimine les boutons et/ou les taches …

iii. Rend la peau claire et lisse …

iv. Rend la peau douce et souple …

v. Autres (à préciser)…………………………..

3. Quelles sont les raisons qui vous poussent à utiliser les

produits éclaircissants ? (Classez par ordre

d’importance à l’aide des chiffres 1 ; 2 ; 3 ; 4 ; 5)

1. Se faire belle …

2. Mieux s’affirmer et se distinguer …

3. Plaire aux hommes …

4. Ressembler aux femmes blanches …

5. Autres (à préciser)………………………………

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………………………………………………….……..

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III. IMPACT PSYCHO-SOCIAL DES PRODUITS DE BEAUTE

1. Que pensez-vous du teint clair ?

1. Trait de beauté …

2. Phénomène de mode …

3. Aucune valeur …

2. Trouvez-vous une différence entre une femme bien

‘’éclaircie’’ et une femme claire ‘’naturel’’ ?

1. Oui …

2. Non …

3. Ne sais pas …

3. Pensez-vous qu’une femme claire ou ‘’éclaircie’’ a plus de

chance qu’une femme de teint noir ?

1. Beaucoup …

2. Peu …

3. Chance égale …

4. Aucune …

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4. Pensez-vous que les hommes ont plus d’attirance pour la

femme claire ?

1. Oui …

2. Non …

3. Ne sais pas …

5. Comment est-elle perçue par son entourage ? (famille,

voisins, camarades, collègues…)

1. Appréciée, admirée …

2. Sujette à la risée …

3. Vivement contestée …

4. Acceptable …

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IV. IMPACT ECONOMIQUE DES PRODUITS DE BEAUTE

1. Avez-vous une idée des prix des produits éclaircissants ?

1. Oui …

2. Non …

2. Si oui comment les trouvez-vous par rapport aux autres

produits de beauté ?

1. Plus coûteux …

2. Moins coûteux …

3. Sensiblement égaux …

3. Où achetez-vous habituellement vos produits de corps ?

1. Pharmacies …

2. Parfumeries …

3. Grandes surfaces …

4. Marchés …

5. Marchands ambulants …

6.

4. Combien de boîtes, flacons ou tubes achetez-vous par mois ?

1. Une boîte …

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2. Deux à trois boîtes …

3. Plus de trois boîtes …

5. Dans quelles fourchette de prix se situent vos produits ?

1. Moins de 500F cfa …

2. 500 à 1000F cfa …

3. 1000 à 5000F cfa …

4. Plus de 5000F cfa …

6. Comment trouvez-vous le coût de votre produit ?

1. Moins cher …

2. Cher …

3. Abordable …

4. Très cher …

7. Comment payez-vous ?

1. A crédit …

2. Au comptant …

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V. IMPACT SANITAIRE DES PRODUITS DE BEAUTE

1. Pensez-vous que tous les produits de beauté éclaircissants

sont adaptés à la peau noire ?

1. Oui …

2. Non …

3. Ne sais pas …

2. Que pensez-vous des produits éclaircissant ?

1. Dangereux …

2. Inoffensifs …

3. Autres (à préciser)……………

……………………………………….……

3. Connaissez-vous des femmes pour qui le produit n’a pas

marché ou avez-vous personnellement vécu une telle

situation ?

1. Oui …

2. Non …

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4. Si oui quels en ont été les signes ?

1. Boutons sur le corps …

2. Brûlures de la peau …

3. Taches sur le corps …

4. Dartre (eczéma…) …

5. A qui vous adressez-vous quand ces complications

surviennent ?

1. Automédication (conseils de proches) …

2. Tradi praticiens …

3. Médecin-dermatologues …

4. Pharmaciens …

5. Esthéticiennes …

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ANNEXE IV

GUIDE D’ENTRETIEN

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Le cas des femmes de Yopougon Page 375
GUIDE D’ENTRETIEN I
FEMMES MARIEES OU VIVANTS EN COUPLE

1. Que faites-vous dans la vie ?


2. Quel est votre style vestimentaire ?
3. Que pensez-vous du fait de « mettre produit » comme on dit ?
4. Votre fille le fait-elle ? Qu’en pensez-vous ?
5. Le faites-vous ? Pourquoi ?
6. Si oui qu’est-ce que cela a changé dans votre vie de tous les
jours ? Si non croyez-vous que vous êtes désavantagée ?
7. Vous a-t-on reproché un jour le fait que vous éclaircissiez ou pas la
peau ?
8. Qui vous paie les produits ? Pourquoi ?
9. Qu’en pense votre mari / compagnons ?
10. Comment êtes-vous arrivé à cela ?
11. vous l’achetez toujours ? Où et pourquoi ?
12. Qu’est-ce que vous utilisez comme produits ?
13. Savez-vous que c’est dangereux pour votre santé ?
14. Avez-vous eu déjà des problèmes de peau ou de santé depuis que
vous le faites ?
15. Avez-vous pensé à arrêter ou à le faire un jour ? Pourquoi ?

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 376
GUIDE D’ENTRETIEN II
JEUNES FILLES

1. Que faites-vous dans la vie ?


2. Avez-vous des enfants ? Une fille ?
3. Quel est votre style vestimentaire ?
4. Que pensez-vous du fait de « mettre produit » comme on dit ?
5. Et si votre fille souhaite le faire que diriez-vous ? Pourquoi ?
6. Le faites-vous ? Pourquoi ?
7. Si oui qu’est-ce que cela a changé dans votre vie de tous les
jours ? Si non croyez-vous que vous êtes désavantagée ?
8. Vous a-t-on reproché un jour le fait que vous éclaircissiez ou pas la
peau ?
9. Qui vous paie les produits ? Pourquoi ?
10. Qu’en pense votre copain ?
11. Comment êtes-vous arrivé à cela ?
12. vous l’achetez toujours ? Où et pourquoi ?
13. Qu’est-ce que vous utilisez comme produit ? Pourquoi ?
14. Savez-vous que c’est dangereux pour votre santé ?
15. Avez-vous déjà eu des problèmes de peau ou de santé depuis que
vous le faite ?
16. Avez-vous pensé à arrêter ou à le faire un jour ? Pourquoi ?

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 377
GUIDE D’ENTRETIEN III
HOMMES MARIES OU VIVANTS EN COUPLE

1. Que faites-vous dans la vie ?


2. Quel est votre type de femme ? Pourquoi ?
3. Quel est le style vestimentaire de votre femme ?
4. Que pensez-vous des femmes / filles qui s’éclaircissent la peau ?
5. Et si votre fille souhaite le faire qu’en penseriez-vous ? Pourquoi ?
6. Votre femme / compagne le fait-elle ? Si oui / non pourquoi ? Et
depuis quand ?
7. Qui lui paie les produits ? Pourquoi ?
8. Le fait qu’elle s’éclaircisse la peau ou pas a-t-il une incidence sur
votre vie de couple ? Comment et pourquoi ?
9. Savez-vous que c’est dangereux pour la santé ?
10. Vous a-t-on reproché le fait que votre femme / compagne
s’éclaircisse la peau ou garde son teint naturel ?

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 378
GUIDE D’ENTRETIEN IV
JEUNES HOMMES

1. Que faites-vous dans la vie ?


2. Avez-vous des enfants ? Une fille ?
3. Quel est votre type de femme ? Pourquoi ?
4. Quel est le style vestimentaire de votre copine ?
5. Que pensez-vous des femmes / filles qui s’éclaircissent la peau ?
6. Et si votre fille souhaite le faire qu’en penseriez-vous ? Pourquoi ?
7. Votre copine le fait-elle ? Si oui / non pourquoi ? Et depuis quand ?
8. Qui lui paie les produits ? Pourquoi ?
9. Le fait qu’elle s’éclaircisse la peau ou pas a-t-il une incidence sur
votre relation ? Comment et pourquoi ?
10. Savez-vous que c’est dangereux pour la santé ?
11. Vous a-t-on reproché le fait que votre copine s’éclaircisse la peau
ou garde son teint naturel ?

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 379
GUIDE D’ENTRETIEN V
VENDEUSES DE PRODUITS

1. Depuis quand vendez-vous les produits éclaircissants ?


2. Que pensez-vous du fait de s’éclaircir la peau ?
3. Etes-vous utilisatrice des produits que vous vendez ? Pourquoi ?
4. Où est-ce que vous vous approvisionnez ? Est-ce que c’est facile à
avoir les produits ?
5. En général qui sont tes clients ? Y a-t-il aussi des hommes ?
6. Est-ce que c’est toujours les mêmes ? Et prennent-ils toujours les
mêmes produits ? Pourquoi ?
7. Comment tes clients payent leurs produits ? Cash ou à crédit ?
Pourquoi ?
8. Depuis que vous vendez les produits là est-ce que la police, la
mairie ou les agents du ministère de la santé sont venus vous
causer des problèmes ?
9. Dites moi ça marche bien ? C’est toujours les mêmes produits ou
bien il y a des nouveautés chaque fois ?
10. Mais est-ce que vous savez que c’est dangereux pour la santé ?
11. Connaissez-vous des personnes, même vos clientes qui ont eu des
problèmes de peau ou de santé depuis qu’elles font ça ? Qu’est-ce
que vous en pensez ?

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 380
ANNEXE V

QUELQUES ENTRETIENS

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


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ENTRETIEN I
FEMMES MARIEES OU VIVANTS EN COUPLE

Entretien avec Mme Solange Malan, 45 ans mariée, 3 enfants, résidant à


Yopougon quartier Millionnaire ; (Décembre 2006)

1. Que faites- vous dans la vie ?


J’ai un salon de beauté que je gère.

2. Quel est votre style vestimentaire ? Pourquoi ?


Compte tenu de ma forme, je ne porte que les habits africains,
pagnes, boubous, maxi etc. Aujourd’hui, de très beaux modèles sont
faits.

3. Que pensez-vous du fait de mettre produits ?


Je ne met pas produits, je m’entretien. On met produit quand on
passe du teint noir au teint clair or moi je ne suis pas vraiment noir, je
suis bronzée de naissance. Je ne fais qu’entretenir mon teint, ma peau,
mon corps en un mot. Pour reste propre et belle pour mon marie. A
Abidjan, les jeunes filles sont dangereuses, il faut tout faire pour garder
son mari. Et comme disent les jeunes, qui va se négliger ? (Rire)

4. Vous a-t-on reproché le fait que vous vous éclaircissiez la peau ?


De un, je ne m’éclaircir pas. De deux ceux qui me connaissent
savent que j’ai toujours été claire et de trois l’avis le plus important c’est
celui de mon chéri alors si lui il ne dit rien, quoiqu’il n’y a rien à dire, le
reste je m’en fous. (Rire)

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Le cas des femmes de Yopougon Page 382
5. Qui vous paie les produits ?
C’est vrai que j’ai une activité et que de surcroît je suis dans le
domaine de la beauté mais c’est mon époux, en bon mari qui me donne
l’argent pour mes besoins. Après moi aussi je m’achète ce dont j’ai
envie.

6. Qu’en pense votre mari ?


Qu’il pense quoi de quoi ? Ça femme prend soin d’elle c’est tout.
Vous-même vous avez vu un peu depuis que vous êtes là, les filles sont
trop nerveuses à Abidjan et comme on dit ici, celui qui dort c’est pour lui
qui s’en va. (Rire). Mon chéri est content de me voir toujours propre et
au point.

7. Comment vous êtes arrivée à cela ?


C’est dans les magasins de cosmétiques où je paie les produits
pour mon salon qu’on m’a proposé des pommades. La vendeuse m’a dit
que c’est bien et que ça marche en ce moment. Bon attirer la clientèle,
comme je suis la patronne, j’ai essayé et les gens m’ont dit que ça
m’allait bien. Voilà comment j’ai commencé.

8. Vos produits, vous achetez toujours ou bien vous faites vous-


même vos mélanges ?
Ah oui, vous me voyez entrain de concocter des mélanges bizarres
là ? Non ! J’achète mes produits d’entretien dans le magasin où je
m’approvisionne pour mon salon. Et y a d’autres que je prends aussi à la
pharmacie. C’est Makari et Carotein que j’utilise, ça c’est fait en Suisse
c’est pas les pommade ouiya ouiya là ! (Rire). Comme je

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Le cas des femmes de Yopougon Page 383
m’approvisionne dans les magasins de cosmétique pour mon salon, je
préfère continuer avec eux. Ils m’ont toujours fournit de bons produits
et comme je suis une bonne cliente, ils me font de bons prix.

9. Savez-vous que c’est dangereux pour votre santé ?


Dangereux ? Si c’est dangereux on ne les vendrait pas en
pharmacie et autres boutiques de cosmétiques. Et puis comment une
simple pommade peut donner des maladies aussi grave comme vous le
dite ? Ça peut être dangereux pour celles qui prennent n’importe quoi
pour se le mettre sur le corps. Et puis de toutes façons moi j’ai toujours
été claire. Si au moins j’étais noire avant et que je deviens claire, ça c’est
peut être dangereux. Sinon, il paraît qu’il y a de filles qui ont la peau
comme brûlée à cause des mauvais produits. Il y en a ce sont des
médicament pour soigner certaines maladies et quand on met il ne faut
pas être exposé aux rayons de soleil donc c’est normal que ça brûle la
peau, c’est pas des produits de beauté ça.

10. Avez-vous pensé à arrêter ?


Attendez, vous-même qui êtes femme là, est-ce qu’il se passe un
jour où vous ne vous pommadez pas ? C’est l’entretien du corps, y a pas
de mal. Donc je ne vois pourquoi arrêter de m’entretenir.

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Le cas des femmes de Yopougon Page 384
ENTRETIEN II
JEUNES FILLES

Entretien avec Mlle Linda Kouamé, 17 ans, sans enfant, vivant chez ses
parents à Yopougon-GFCI. (Septembre 2007)

1. Que faites-vous dans vie ?


Je suis élève en Terminale A au Lycée William Ponty à Yopougon
ici.

2. Avez-vous des enfants ?


Quoi ? Enfants ? Non, je suis encore chez mes parents ici et puis
j’ai mes études, mon Bac à préparer. Non non, j’ai pas d’enfant pour
l’instant, sinon je souhaite en avoir mais dans le foyer. C’est quand
j’aurai la bague au doigt que je vais faire mon premier enfant, qui je le
souhaite sera une mignonne petite fille (Rire).

3. Quel est votre style vestimentaire ?


En tout cas, moi je m’habille suivant l’ère du temps hein ! Mais
surtout les tenues occidentales quoi. A mon âge, je ne me vois pas en
pagnes, boubous et autres maxi des mamans là. J’aime les jeans, les
jupes et jupettes, les petits hauts sympa, chaussures plates genre
mocassins ou todds, bon et puis pour certaines circonstances, les
tailleurs bien fait. Voilà, un peu quoi. Maintenant, une belle paire de
lunettes de soleil, tu es devant (Rire).

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Le cas des femmes de Yopougon Page 385
4. Que pensez-vous du fait de mettre produits ?
Penser comment ? Mettre produit, mettre produit, les gens dès que
ton teint est ciré net, ils parlent de produits. Moi, je pense qu’une femme
doit prendre soin de son corps donc c’est normal qu’elle ait ses produits
d’entretien. Moi, j’entretien mon teint avec Clarissime et c’est très bon.

5. Pourquoi le faites-vous ?
Quand je m’habille, je suis plus joli, tout ressort bien. Mais, tout ça
va ensemble ! Ton teint est propre, tes habits sont clean avec les petits
bijoux sympas qui vont avec, tu es dans la capitale (Rire) ; mais en fait,
t’es propre parmi tes amies quoi, on sent que tu prends soin de toi.

6. Vous a-t-on reproché le fait que vous vous éclaircissiez la peau ?


Mon père n’aime pas ça mais comme ma maman et mes grandes
sœurs me soutiennent là. Sinon, lui c’était chaud dêh et même encore.
La condition qu’il a posée c’est que je reste bronzée comme je suis, si
jamais je deviens jaune comme il dit, je quitte sa maison et ma mère
avec parce que pour lui, les études d’abord et puis à 17 ans on ne se
maquille pas en tout cas pas sous son toit (Rire).

7. Qui vous paie les produits ?


C’est ma maman et souvent mes sœurs.

8. Qu’en pense votre copain ?


J’ai pas de copain en ce moment, c’est à cause de tout ça là qu’il
faut être au top, la compétition est serrée (Rire). Non, mais sérieux, mon
père, c’est un chien méchant (Rire). Il me demande mon bac d’abord.

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Le cas des femmes de Yopougon Page 386
9. Comment vous êtes arrivé à cela ?
Je voyais que le teint de ma mère et de mes sœurs commençait à
changer. J’ai demandé à ma mère et elle m’a montré comment faire.

10. Vos produits vous les achetez toujours ? Où et pourquoi ?


Ah oui, mais essentiellement à la pharmacie. J’ai eu des taches
jaunes sur le corps quand je me pommadais avec Body White que
j’achetais sur les marchés là. J’ai mis du Sivoderm sur ces taches et elles
sont parties Donc depuis, je suis les conseils de ma grande sœur.

11. Savez-vous que c’est dangereux pour votre santé.


Ah, j’ai vu ça, c’est pour ça qu’il ne faut pas prendre n’importe
quoi. A la pharmacie au moins tu es sûr du truc mais au marché là, avec
le soleil, la pluie, la poussière on ne sait jamais.

12. Avez-vous pensé à arrêter un jour ?


Je pense que oui parce que mon père n’est pas du tout content et
en plus si mon examen ne marche pas je suis cuite. Il va dire que j’ai
passé mon temps à me faire belle. Et avec ce qui s’est passé avec Body
White là, j’ai eu peur sans oublier que j’ai des copines qui prennent les
produits fait maison là qui ont plein de problèmes de peau en ce
moment. Petit à petit, je vais retourner à mon lait pour le corps. C’est
Mixa que mon père m’achetait avant. Mais depuis, il ne m’achète plus
rien et ne me donne plus d’argent de poche parce qu’il dit que je devenu
une grande fille puisque j’ai les moyens de mettre des pommades de
grandes dames.

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ENTRETIEN III
HOMMES MARIES OU VIVANTS EN COUPLE

Entretien avec M. Franck-Désiré Oulaï, 29 ans, marié et père d’un enfant,


résidant à Yopougon-Selmer. (Septembre 2007)

1. Que faites-vous dans la vie ?


Je suis DAAF dans une société de transit de la place. J’ai une
formation d’économiste parce que à la base j’ai une maîtrise en
économie.

2. Quel est votre type de femme ? Pourquoi ?


Pour moi c’est d’abord les femmes grandes, élancées qui
m’attirent, claire ou noire ça m’importe peu. Mais mon type de femme,
c’est ma femme (Rire). Une femme en forme c’est-à-dire la femme
africaine quoi. Un bon petit derrière, pas grosse et pas maigre non plus,
avec un teint bien clean et sans maquillage extravagant.

3. Que pensez-vous des femmes/filles qui s’éclaircissent la peau ?


Enfin, je ne sais vraiment pas quoi dire. Chacun fait ce qu’il veut de
son corps. On est tous responsables de soi. Mais il faut faire attention
aux dérives. Parce que maintenant à Abidjan ici femme noire, c’est un
bien économique comme on dit dans mon jargon ; tellement c’est rare.
Je dis n’importe, sur dix femmes, huit sont claires, naturelles ou
artificielles. Il faut reconnaître que depuis quelques années la chose a
pris de l’ampleur surtout depuis le déclenchement de la crise. Bon, on
peut s’entretenir le corps sans verser dans l’excès. Ça devient grave

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Le cas des femmes de Yopougon Page 388
quand du jour au lendemain des personnes que tu as connu très sombre
sont plus claires qu’une métisse (Rire). Sinon, c’est normal qu’une
femme s’entretienne. Mais bon, après c’est chacun qui voit. Sinon moi,
personnellement, j’ai horreur des femmes artificielles à tout point de vu.
En plus aujourd’hui, c’est de notoriété à Abidjan ici, ces femmes là, on
ne sait plus si elles sont sincères dans leur sentiments tellement tout est
faux sur elles ; faux teint, faux cils, faux cheveux et peut-être même
faux prénoms (Rire).

4. Votre femme le fait-elle ? Pourquoi ?


Ah non, ma femme a le bon teint noir de la femme Agni (Rire).
Mais, simplement parce que si je voulais une femme claire ou blanche
j’aurais directement épousé une femme comme ça. On ne m’a pas forcé
a épouser une femme que je ne voulais pas. C’est mon choix. Comme je
vous le disais tout à l’heure, j’ai épousé mon genre de femme, voilà.
Maintenant, si mon genre dois évoluer, ce n’est plus mon genre. Pour
moi passer du noir d’ébène au clair métisse ce n’est plus là même
femme pour moi.

5. Qui lui paie les produits ?


Tous les mois comme un mari responsable (rire), je lui donne son
argent de poche et l’argent pour la famille. Après c’est elle-même qui
achète ses produits d’entretien, pommades, parfum, crème pour les
cheveux etc…D’ailleurs elle n’utilise que les produits de la gamme Nivea.
Ça, je connais parce que depuis tout petit, c’est la gamme de produits de
ma mère et elle a toujours le même teint, donc c’est bon.

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Le cas des femmes de Yopougon Page 389
6. En quoi est-ce que le fait qu’elle garde son teint normal a changé
votre vie de couple ?
Mais écoutez, simplement que je désire toujours ma femme, c’est
toujours la même femme que j’ai épousée par amour. Même s’il y a des
incompréhensions, comme dans tous les couples, ça n’a rien à avoir avec
cette question là. Elle sait que les femmes claires encore moins les
claires artificielles ne m’intéresse pas. Donc, quoique notre voisinage soit
plein de filles claires, elle est sereine et moi aussi d’ailleurs (Rire).Elle
aurait pu outrepasser mes consignes et faire comme bon nombre de ses
copines et voisines qui sont passée du sombre au clair. Par contre on a
un couple d’amis qui s’est mis à mal à cause de ça, la femme ne voulait
rien savoir quand son mari lui a défendu de s’éclaircir la peau. Il a fallu
plusieurs et de longues médiations pour que les choses rentrent dans
l’ordre. C’est clair que ça fait des dégâts à plusieurs niveaux.

7. Savez-vous que c’est dangereux pour la santé ?


Bien sûr ! Attendez, dans le quartier ici, j’en connais des filles
léopard ou panthère, je ne sais plus comment on les surnomme. Le
visage rouge ou jaune et les pieds noirs. J’ai la grande fille de mon voisin
qui ne sort presque plus dans la journée tellement son corps est gâté.
Des dartres sur le cou et c’est comme si elle avait été brûlée. Ce n’est
pas pour rien que Dieu nous a donné le teint que nous avons. J’ai même
une cousine qui elle, était plus noir que moi, aujourd’hui c’est presque
une métisse mais le truc c’est qu’elle transpire de tout temps. Pourtant,
c’est une fille brillante, elle a une maîtrise en Droit et fait même un stage
dans un grand cabinet de la place. Mais je crois qu’elle a été victime de
l’influence de sa grande sœur qui est très à fond dans le truc.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 390
8. Vous a-t-on reproché le fait que votre femme ait gardé son teint
naturel ?
Me reprocher ? Ah non ! Et pourquoi ? C’est ma femme. Sinon, elle
me dit souvent que ses sœurs et ses amies lui disent que même si elle
ne fait pas produit, elle peut quand même prendre des petits trucs pour
entretenir son teint. Vous savez très souvent cette pratique là est le fait
de mimétisme et d’influence subtile ou directe. Alors si la personne en
face n’est pas caractérielle, elle tombe dedans.

9. Quel est le style vestimentaire de votre femme ?


Oh moi, je ne suis pas compliqué mais il faut dire que je suis un
bon africain mais je reste ouvert. Donc ma femme met les maxi,
camisoles en pagne, les tailleurs et aussi les petits hauts chics que ma
belle-sœur lui ramène d’Europe.

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Le cas des femmes de Yopougon Page 391
ENTRETIEN IV
JEUNES HOMMES

Entretien avec Alain Manglé, 38 ans, fiancé sans enfant, résidant à


Yopougon-Sicogi. (Septembre 2004)

1. Que faites-vous dans la vie ?


Je suis employé dans une banque de la place.

2. Quel est votre type de femme et pourquoi ?


Une femme bien dessinée et intelligente avec un bon et vrai teint
un peu clair, voilà ce que j’aime. Ça, ça peut me tuer quoi !

3. Que pensez-vous des filles qui s’éclaircissent la peau ?


C’est à la mode en ce moment, donc tout le monde se met dedans.
Et puis, une femme, ça doit être clean donc je comprend qu’elles veuille
s’entretenir le teint. Bon, après il ne faut pas aussi verser dans l’excès,
du genre passer du teint noir genre Sénégalaise au teint clair de la
femme Bété.

4. Votre copine le fait-elle, pourquoi et depuis quand ?


Bon déjà ma copine est un peu claire de nature donc pour
maintenir ça elle a ses pommades et autres crèmes qu’elle utilise. Depuis
qu’on est ensemble, elle utilise ses produits. Ça va faire presque deux
ans.

La propension à la dépigmentation féminine à Abidjan (Côte d’Ivoire) :


Le cas des femmes de Yopougon Page 392
5. Qui lui paie les produits ?
Mais c’est elle puisque moi je ne connais même pas les noms des
pommades encore moins les coins où on les vend. Sinon quand elle me
demande souvent les sous pour ses produits d’entretien, je lui donne.

6. En quoi le fait qu’elle s’éclaircisse la peau ou qu’elle soit claire à


changé votre vie de couple ?
Bon, déjà elle ne s’éclaircit pas puisqu’elle était déjà un peu claire,
elle ne fait que l’entretenir. Maintenant si ça a changé quelque chose, je
ne sais pas.

7. Savez-vous que c’est dangereux pour la santé ?


Ecoutez, si c’était aussi dangereux que ça on n’allait pas vendre les
produits jusque dans les pharmacies. C’est peut-être dangereux pour les
filles qui par manque de moyens font n’importe quoi pour devenir claire
ou se maintenir. Les mixtures bizarres genre eau de javel.

8. Vous a-t-on reproché le fait que votre copine s’éclaircisse la peau ?


Ça, ça ne regarde pas quelqu’un. C’est ma copine et je l’aime telle
qu’elle est.

9. Quel est le style vestimentaire de votre copine ?


Pfft, elle s’habille suivant l’ère du temps hein et surtout en tant que
jeune. C’est le style occidental ; jeans, pantalons, jupes sympa, petits
hauts chics voilà grosso modo.

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