K. Constant, P.
Domingues,
G. Duchêne, A. Guillin,
S. Kablan, P. Lenain
et J. Lochard
économie internationale Karine Constant, Patrick Domingues,
Gérard Duchêne, Amélie Guillin,
Sandrine Kablan, Patrick Lenain et Julie Lochard
Cours et applications
Résolument pédagogique, ce manuel expose les principaux concepts de l’économie internationale.
Il fournit les données récentes sur la plupart des sujets liés à la mondialisation et traite les
questions suivantes :
économie
l’évolution historique des échanges internationaux ;
les déterminants du commerce ;
les firmes dans un monde globalisé ;
les effets de la mondialisation sur l’emploi, les inégalités et l’environnement ;
les causes du retour actuel du protectionnisme et ses enjeux ;
internationale
économie internationale
l’avenir incertain des négociations multilatérales et la fragilité de l’intégration européenne.
Le livre comprend de nombreux exemples, des focus sous la forme d’encadrés, et des graphiques.
Chaque chapitre s’achève sur une liste des points à retenir, des QCM corrigés et des applications.
Les corrigés des applications sont disponibles sur le site [Link].
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Étudiants à l’université au niveau Licence et Master en sciences économiques, gestion et
sciences politiques
Étudiants en écoles de commerce
Cadres en formation continue
Cadres dans les services de relations extérieures
illustration de couverture : © Scanrail/AdobeStock Cours et applications
Auteurs
L’ouvrage a été réalisé par l’équipe des enseignants chercheurs du laboratoire Erudite et du
Master Économie Internationale de l’UPEC (Université Paris-Est-Créteil). Il rassemble les
contributions de Karine Constant, Patrick Domingues, Amélie Guillin, Sandrine Kablan, Julie Lochard,
ainsi que de Patrick Lenain, économiste. Il a été coordonné par Gérard Duchêne, professeur émérite
à l’UPEC.
ISBN : 978-2-311-40556-9
9 782311 405569
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Économie
internationale
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Karine Constant, Patrick Domingues,
Gérard Duchêne, Amélie Guillin,
Sandrine Kablan, Patrick Lenain et Julie Lochard
Économie
internationale
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ISBN 978-2-311-40556-9
La loi du 11 mars 1957 n’autorisant aux termes des alinéas 2 et 3 de l’article 41, d’une part, que les « copies ou reproductions
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dehors de l’usage privé du copiste, toute reproduction totale ou partielle de cet ouvrage est interdite.
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Sommaire
CHAPITRE 1 Mondialisations et échanges internationaux... 1
CHAPITRE 2 La mesure des échanges
et des déséquilibres extérieurs............................................... 43
CHAPITRE 3 Les échanges internationaux :
déterminants et gains........................................................................... 81
CHAPITRE 4 La présence internationale des entreprises......... 131
CHAPITRE 5 Les impacts sociétaux de la mondialisation........ 175
CHAPITRE 6 Les politiques commerciales....................................................... 215
CHAPITRE 7 Les négociations commerciales
et l’intégration européenne........................................................ 255
INDEX................................................................................................................................................................. 297
TABLE DES MATIÈRES................................................................................................................................... 305
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[Link] 6 22/05/18 16:07
Table des figures
Figure 1.1 : Somme des exportations et importations mondiales
en pourcentage du PIB mondial, de 1500 à nos jours.................................... 2
Figure 1.2 : Taux d’ouverture en Europe, de 1830 à 1913................................... 7
Figure 1.3 : Coûts de transport et de communication,
de 1920 à 1990................................................................................................................................ 10
Figure 1.4 : Croissance du volume des exportations
et de la production mondiale de marchandises,
de 2004 à 2012................................................................................................................................ 12
Figure 1.5 : Part des importations et des exportations mondiales
de marchandises par niveau de développement, de 1980 à 2011.......... 13
Figure 1.6 : Part des exportations régionales de marchandises
dans les exportations totales de marchandises, en 2014............................... 15
Figure 1.7 : Évolution de la composition des échanges
de marchandises depuis 1900............................................................................................. 17
Figure 1.8 : Valeur des exportations mondiales de marchandises
et de services commerciaux, de 1980 à 2011......................................................... 20
Figure 1.9 : Croissance des exportations mondiales de services
commerciaux par grand secteur, de 1995 à 2014................................................ 21
Figure 1.10 : Nombre de migrants internationaux par zone
de destination principale, de 2000 à 2015................................................................ 24
Figure 1.11 : Nombre de migrants internationaux par zone
d’origine principale, de 2000 à 2015............................................................................. 24
Figure 1.12 : Flux d’investissements directs à l’étranger par région,
de 2012 à 2015................................................................................................................................ 29
Figure 1.13 : Flux d’investissements directs à l’étranger, en 2015................ 29
Figure 1.14 : Chaîne de valeur mondiale........................................................................... 31
Figure 1.15 : Parts en pourcentage des principaux pays
dans le commerce mondial mesurées en données brutes
et en valeur ajoutée, en 2011 .............................................................................................. 36
Figure 1.16 : Part des exportations produites localement,
en pourcentage des exportations brutes, en 2011.............................................. 37
VII
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Économie internationale
Figure 2.1 : Déséquilibres de balances courantes dans le monde
2000‑2015.......................................................................................................................................... 52
Figure 2.2 : Taux de change bilatéral nominal et indice des prix relatifs
et taux de change bilatéral réel France-Allemagne (1964-2017)........... 63
Figure 2.3 : Taux de change effectifs réel et nominal France
1964-2017.......................................................................................................................................... 64
Figure 2.4 : La courbe en J............................................................................................................. 65
Figure 2.5 : Relation entre le prix du Big Mac et le PIB par tête,
juillet 2017 ........................................................................................................................................ 68
Figure 2.6 : Taux de variation mensuelle du taux de change et du taux
d’inflation relatif France-Allemagne 1961-2017................................................. 73
Figure 2.7 : Les régimes de change......................................................................................... 76
Figure 3.1 : Frontière des possibilités de production du pays
domestique dans le modèle de Ricardo..................................................................... 86
Figure 3.2 : Prix relatif mondial d’équilibre..................................................................... 89
Figure 3.3 : Frontière des possibilités de production du pays
domestique dans le modèle HOS................................................................................... 95
Figure 3.4 : Représentation des coûts de production en présence
de coûts fixes.................................................................................................................................... 107
Figure 3.5 : Les importations de la France....................................................................... 119
Figure 3.6 : Le commerce entre l’Union européenne, la Chine
et les États‑Unis.............................................................................................................................. 119
Figure 3.7 : Illustration de l’effet frontière........................................................................ 122
Figure 4.1 : Profits des entreprises domestiques et des firmes
exportatrices dans le modèle de Melitz...................................................................... 137
Figure 4.2 : Effets d’une baisse des coûts de commerce dans le modèle
de Melitz.............................................................................................................................................. 143
Figure 4.3 : Taux moyen de détention par les non-résidents
des sociétés françaises du CAC 40................................................................................. 149
Figure 4.4 : Cas d’un IDE horizontal.................................................................................... 152
Figure 4.5 : Profits des entreprises exportatrices
et des multinationales............................................................................................................... 154
Figure 4.6 : Cas d’un IDE vertical........................................................................................... 155
Figure 4.7 : Organisation des chaînes de valeur ajoutée.
La courbe du sourire. Répartition de la valeur tout au long
des chaînes de valeur mondiales...................................................................................... 161
VIII
[Link] 8 23/05/18 08:12
Table des figures
Figure 4.8 : Structure du tableau international des entrées-sorties.............. 163
Figure 4.9 : Contenu en importations des exportations....................................... 165
Figure 4.10 : Excédents commerciaux bruts et en terme
de valeur ajoutée............................................................................................................................ 166
Figure 4.11 : Les multinationales françaises
dans l’économie mondiale.................................................................................................... 169
Figure 5.1 : Gains de productivité et mondialisation.............................................. 178
Figure 5.2 : Parts des emplois dans le secteur manufacturier
dans les pays de l’OCDE........................................................................................................ 182
Figure 5.3 : Commerce extérieur et salaires relatifs des employés
hautement qualifiés (HQ) et faiblement qualifiés (FQ).............................. 185
Figure 5.4 : Évolution des inégalités de revenus.......................................................... 186
Figure 5.5 : Parts des différents types d’emplois selon le niveau
des compétences. Variation entre 2002 et 2015 en pourcentage........... 187
Figure 5.6 : Pourcentage des exportations mondiales de biens....................... 192
Figure 6.1 : Protection tarifaire appliquée par groupes de pays...................... 223
Figure 6.2 : Mesures non tarifaires (moyenne sur 26 pays)................................ 225
Figure 6.3 : Les effets d’un droit de douane pour un petit pays...................... 229
Figure 6.4 : Les effets d’un droit de douane pour un grand pays................... 231
Figure 6.5 : Les effets d’une subvention à la production...................................... 233
Figure 6.6 : Les effets d’une subvention à l’exportation........................................ 234
Figure 7.1 : Les cycles de négociation du GATT et le nombre
de pays participants..................................................................................................................... 257
Figure 7.2 : Structure de l’OMC.............................................................................................. 261
Figure 7.3 : L’évolution du nombre d’ACR dans le monde
entre 1948 et 2017....................................................................................................................... 268
Figure 7.4 : Répartition des ACR par pays....................................................................... 269
Figure 7.5 : Solde de la balance courante dans quelques pays
de la zone euro................................................................................................................................ 292
IX
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Chapitre 1 • Mondialisations et échanges internationaux
CHAPITRE 1
Mondialisations
et échanges
internationaux
OBJECTIFS PÉDAGOGIQUES
• Replacer les différentes phases de la mondialisation dans une perspective
historique
• Décrire la phase actuelle de la mondialisation : quels sont les acteurs
du commerce, quels produits sont échangés ?
• Estimer l’importance actuelle de la circulation du facteur travail avec
les migrations, et du facteur capital avec les firmes multinationales
• Expliquer ce que sont les chaînes de valeur mondiales et comment celles-ci
transforment les échanges internationaux
Le terme mondialisation (ou globalisation, transcrit directement à partir du
terme anglais) évoque l’idée que les hommes dépendent dans tous les
domaines de façon croissante de ce qui se passe dans l’ensemble du monde.
On observe en effet une interaction grandissante entre les habitants de diffé-
rents pays, régions ou continents dans des domaines économiques, technolo-
giques, environnementaux, culturels et autres. Mais c’est le domaine
économique – et plus particulièrement les échanges internationaux – qui joue
dans ce processus un rôle moteur dont il est essentiel de comprendre les méca-
nismes. Quatre thèmes peuvent être abordés à ce sujet. Dans une perspective
historique, la mondialisation actuelle est-elle le résultat d’un mouvement his-
torique commencé depuis très longtemps ? N’y a-t-il pas alternance de phases
de mondialisation et de démondialisation ? La première section de ce chapitre
répond à ces questions. Actuellement, le commerce international a pris une
ampleur considérable. Quels sont les acteurs des échanges et ceux-ci contri-
buent-ils à réduire les inégalités de développement entre les nations ? C’est ce
qui fera l’objet de la deuxième section. Le commerce international ne se limite
pas aux biens et aux services : les « facteurs de production », principalement
le travail et le capital, longtemps considérés comme immobiles, sont devenus
des éléments clés du processus de mondialisation. La troisième section ana-
lyse les migrations de populations et les mouvements internationaux de capi-
[Link] 1 22/05/18 16:07
Économie internationale
taux. Enfin, une quatrième et dernière section aborde une transformation
récente du commerce international : les « chaînes de valeur mondiales », qui
accompagnent le développement des entreprises multinationales. La mondia-
lisation est de plus en plus une circulation de composants, de pièces détachées
et de services divers entre de nombreuses filiales d’une même entreprise,
localisées dans plusieurs pays.
1. Une perspective historique des mondialisations
Selon les économistes qui s’intéressent à la mondialisation, il faudrait aborder
ce sujet en parlant des mondialisations – et non de la mondialisation. Le plus
souvent, en effet, ils identifient plusieurs phases dans le processus de mondia-
lisation au cours de l’histoire récente de l’humanité. Selon l’approche retenue,
ce sont deux ou trois périodes qui sont identifiées comme étant constitutives
de ce processus.
Afin de tenir compte à la fois des travaux des historiens de l’économie et
de ceux des spécialistes de l’économie internationale, on présentera trois
phases de mondialisation, telles qu’elles sont exposées par Ortiz-Ospina et
Roser (2018) : une phase préliminaire de la mondialisation durant les xve
et xvie siècles ; puis une phase qui s’étend de 1850 à 1914 et que divers travaux
dénomment « la première mondialisation » ; et enfin une phase contem-
poraine, qui débuta vers 1960 et s’intensifia dans les années 1980 (voir
figure 1.1) qu’il est convenu d’appeler la « seconde mondialisation ». Les
Figure 1.1 : Somme des exportations et importations mondiales
70 % en pourcentage du PIB mondial, de 1500 à nos jours
Phase préliminaire de la mondialisation
60 %
50 %
Seconde mondialisation
40 %
30 %
Première mondialisation
20 %
10 %
0%
1500 1600 1700 1800 1900 2000
Données issues de Klasing et al. (2014)
Données issues de «Penn World Tables», version 8.1
Limite supérieure : données issues de Estavadeordal et al. (2003)
Limite inférieure : données issues de Estavadeordal et al. (2003)
Source : Ortiz-Ospina et Roser (2018).
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Chapitre 1 • Mondialisations et échanges internationaux
périodes intermédiaires pourraient être considérées comme des phases de
recul de la mondialisation (ou de « démondialisation »).
1.1. La phase préliminaire de la mondialisation :
les grandes découvertes
Selon certains historiens, il est possible de parler de mondialisation dès la
préhistoire, lorsque les humains ont entrepris leurs premières migrations à
grande échelle. On pourrait aussi inclure, comme étape de la mondialisation,
les relations commerciales et culturelles du monde antique (par exemple,
celles qui existaient dans le bassin méditerranéen et au Proche-Orient aux
premiers siècles de notre ère). Sans nul doute, ces différentes périodes histo-
riques constituent les prémices de la mondialisation actuelle. Pour autant, à
cette époque, il semble encore peu évident que la mondialisation économique,
au sens où les économistes l’entendent actuellement, soit réellement à l’œuvre.
La principale raison est que plusieurs aspects saillants de la mondialisation
économique sont manquants.
En effet, d’après les économistes Baldwin et Martin (1999), la mondiali-
sation économique est définie par trois facteurs clés :
• le développement du commerce international ;
• l’augmentation des flux de capitaux et des migrations ;
• l’industrialisation – en particulier la divergence (convergence) des niveaux
de développement entre pays ou continents.
Ainsi, les bouleversements de la préhistoire et les évolutions du monde
antique ne peuvent être retenus comme point de départ de la mondialisation
économique. Bolt et van Zanden (2013) montrent que le capitalisme ne
débutera que bien plus tard ; il en va de même pour la période d’expansion et
de croissance économiques. La constitution d’une véritable sphère financière
est elle aussi bien plus récente. Les premières expériences des marchands-
banquiers, recourant par exemple à des lettres de change dans le cadre des
activités de commerce, remontent au plus tôt au xiie siècle ; ces activités
n’étaient alors que très marginales. On peut citer, à titre d’exemple, le crédit
commercial pratiqué alors dans les foires de Champagne.
S’il n’est pas aisé de déterminer une date précise à l’origine de la mondia-
lisation, l’histoire des faits économiques fait apparaître qu’une certaine mon-
dialisation des économies fut concomitante à la période des « grandes
découvertes ».
Cette première séquence de mondialisation n’est habituellement pas rete-
nue par les économistes travaillant sur des questions de commerce internatio-
nal. Toutefois, la période qui accompagne, à partir de 1492, la formation des
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Économie internationale
premiers empires coloniaux présente indubitablement certaines des caracté-
ristiques d’une mondialisation économique.
Quelques dates
1475 : Les navigateurs portugais franchissent pour la première fois l’équateur.
1488 : Bartolomeu Dias atteint le cap de Bonne-Espérance.
1492 : Christophe Colomb découvre l’Amérique.
1498 : Vasco de Gama ouvre la route des Indes.
1519 : Magellan fait le premier tour du monde.
En effet, la grande majorité des aspects actuellement retenus pour étudier
la mondialisation économique était déjà présente durant cette période. On
constate une expansion du commerce international entre l’Afrique, l’Amé-
rique et l’Europe, ainsi que le commerce des épices et du thé avec l’Asie. Dans
ce cadre, bien qu’il soit trop tôt pour parler de firmes multinationales, des
ébauches de compagnies internationales apparaissent. En effet, les échanges
commerciaux entre les métropoles et leurs colonies étaient généralement
organisés sous forme de monopoles concédés à des compagnies coloniales,
telles que la Compagnie britannique des Indes orientales (British East India
Company). À l’âge mercantiliste, ce sont ces compagnies qui représentaient le
capitalisme de l’époque. De même, cette période est marquée par l’émergence
de grandes économies qui traceront les principales routes commerciales entre
différents continents : le Portugal, l’Espagne, l’Angleterre, les Provinces-Unies
et la France. Ces pays verront leur niveau de vie croître sous l’effet des échanges
commerciaux ainsi que les premières conséquences négatives inhérentes à ces
échanges (par exemple l’inflation et les désordres monétaires). Enfin, c’est
aussi après cette époque qu’apparaîtront les premières véritables banques.
EXEMPLE Adam Smith (1776) consacre plusieurs pages de La Richesse des
nations (livre IV, chap. 3) aux banques et, en particulier, au cas exemplaire de
la Wisselbank, banque fondée à Amsterdam en 1609, qui est dotée du mono-
pole du change. Un de ses objectifs principaux était de remédier au désordre
monétaire lié à l’arrivée, sur le territoire des Provinces-Unies (actuels Pays-
Bas), de dizaines de monnaies de dénominations et de teneurs différentes du
fait d’un commerce mondial grandissant.
Enfin, c’est aussi à la suite de cette première période de développement du
commerce mondial que fut fondée la Banque d’Angleterre (1694) qui fut un
acteur majeur dans le processus de mondialisation de ce pays au fil des siècles
qui suivirent sa création.
[Link] 4 22/05/18 16:07
Chapitre 1 • Mondialisations et échanges internationaux
On parlera donc, à propos de cette période, d’une phase préliminaire de
la mondialisation. À cette époque, du fait qu’il était encore trop difficile ou
trop coûteux de transporter la plupart des marchandises et matières premières
sur de grandes distances, seules les marchandises ayant le ratio prix/poids le
plus élevé étaient échangées (par exemple, les épices, les métaux précieux, le
thé et le café). Ainsi, ces premiers pas de la mondialisation reposaient sur un
volume total d’échanges relativement faible et sur une nomenclature de biens
très réduite.
1.2. La première mondialisation
Baldwin et Martin (1999), et d’autres spécialistes de l’économie internatio-
nale, identifient la période allant de 1850 à 1914 comme la première vague de
mondialisation économique proprement dite. Durant cette période, le com-
merce mondial a considérablement augmenté sous l’effet des améliorations
techniques, qui ont fait chuter les prix des produits manufacturés, mais aussi
du développement des moyens de transport, qui ont fait baisser le coût des
échanges de marchandises. Ainsi, cette première période de mondialisation
peut être considérée comme une des conséquences des changements interve-
nus durant la révolution industrielle.
Les premiers signes de cette révolution remontent à la seconde moitié du
xviiie siècle en Angleterre et résultent de nombreuses transformations
mineures sur une période de plus de 100 ans, marquée par des changements
techniques, organisationnels, sociaux et institutionnels. Trois secteurs vont
profondément marquer cette période : le textile, la métallurgie et (donc) les
transports.
Le textile : les spectaculaires innovations, à la fois dans le filage et le tis-
sage, vont permettre une augmentation de la production textile durant la
période qui s’étend de 1730 à 1780. Cette production jouera un double rôle
dans le développement des échanges commerciaux. D’un côté, pour soutenir
la production anglaise, on assiste à une hausse des importations de matières
premières comme la laine et le coton (venant des États-Unis ou de l’Inde).
D’un autre côté, cette augmentation de la production entraîne – grâce à des
rendements accrus – une baisse des prix du textile, laquelle a généré une
hausse des exportations anglaises.
La métallurgie : ces échanges, ainsi que d’autres, ont été facilités par les
innovations issues des métiers du fer – innovations qui ont à leur tour impacté
le secteur des transports. Entre 1770 et 1840, la métallurgie connaît des pro-
grès significatifs qui ont considérablement amélioré la transformation du fer.
Cette diminution du coût de production du fer permettra ainsi de rendre
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Économie internationale
rentable toute une série d’innovations dans le secteur des transports mari-
times et ferroviaires, telles que la machine à vapeur ou les rails.
Les transports : plus généralement, les innovations dans le secteur des
transports joueront un rôle décisif en diminuant significativement le coût
des transports, en particulier au cours de la période 1870-1913. Le bateau à
vapeur – qui remplaça les bateaux à voiles –, la construction des premières
lignes de chemins de fer, puis des premiers réseaux ferroviaires, plus tard la
construction du canal de Suez (1869) – permettant de relier l’Europe et l’Asie
sans avoir à contourner l’Afrique – vont ainsi permettre de réduire les coûts
de transport. L’historien de l’économie Maddison (1989) montre que, de
1870 à 1914, le prix réel du fret entre les États-Unis et la Grande-Bretagne
diminua de 40 %. Ainsi, il sera désormais possible d’acheminer sur de grandes
distances une variété plus grande de produits issus de la révolution indus-
trielle.
Le décollage économique de l’Europe et de l’Amérique
En parallèle de ces bouleversements techniques, la société anglaise est mar-
quée par un basculement de sa structure économique : l’Angleterre, jusque-là
fortement rurale, devient un pays industriel. Sa structure commerciale reflé-
tera par la suite cette évolution : elle devient rapidement un acteur majeur tant
pour l’importation de produits agricoles que pour l’exportation de biens
industriels. Cette transformation de l’économie anglaise est bien documentée
par Crafts (1989). À la suite de l’Angleterre, suivront la Belgique, la France, la
Suisse, la Prusse, les États-Unis, l’Empire austro-hongrois, l’Italie, le Canada…
Dans tous ces pays, la révolution industrielle sera le point de départ de leur
entrée dans cette première étape de la mondialisation et de ce que Rostow
(1960) a appelé leur décollage économique.
Un des points marquants de cette première vague de mondialisation est
que l’augmentation des échanges commerciaux se fait principalement entre
pays développés, et notamment entre pays européens, comme le montrent les
taux d’ouverture1 représentés sur la figure 1.2. Fait encore plus notable, et c’est
l’une des grandes différences avec la seconde vague de mondialisation, cette
première vague se fait dans un contexte marqué par un fort protectionnisme,
malgré les quelques « îlots de libre-échange » (Bairoch, 1999) constitués par
de rares traités de commerce, tel le traité franco-anglais de 1860 (appelé aussi
traité Cobden-Chevalier). Ainsi, tandis que les États-Unis avaient gardé des
taux de prélèvement douaniers allant de 25 % à 60 % sur les biens manufactu-
rés pendant la période 1866-1883, l’Europe opère de 1879 à 1892 un retour
1. Le taux d’ouverture est un indicateur calculé comme la somme des exportations et impor-
tations rapportée au PIB, exprimé en pourcentage (voir encadré 1.1).
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Chapitre 1 • Mondialisations et échanges internationaux
aux mesures protectionnistes. Par ailleurs, cette première mondialisation se
distingue également de la seconde vague par une absence de réciprocité et de
coordination des politiques commerciales.
EXEMPLE Cet aspect est parfaitement illustré par le principe de « préfé-
rence impériale » instauré par l’Angleterre à l’égard de ses colonies, afin que
celles-ci favorisent les produits venant de la métropole au détriment de ceux
d’autres pays. Sur ce sujet, voir l’article de Faubert (2011).
Figure 1.2 : Taux d’ouverture en Europe, de 1830 à 1913
40
35
30
25
20
15
10
0
1830 1840 1850 1860 1870 1880 1890 1900 1913
Europe (Total) Europe (Total) sans le commerce intra-européen
Source : Broadberry et O’Rourke (2010).
Encadré 1.1 : Le taux d’ouverture
Le taux d’ouverture est un indicateur qui permet de mesurer et de comparer
le degré d’intégration internationale des économies. Il est calculé de la façon
suivante :
(X + M)/PIB
avec :
X : les exportations ;
M : les importations ;
PIB : le produit intérieur brut.
Cet indicateur est largement utilisé car les données existent depuis plusieurs
années et pour de nombreux pays. Ainsi, y recourt-on pour analyser l’évo-
lution de l’ouverture commerciale d’un pays au cours du temps.
Cet indicateur tend à exagérer le degré d’ouverture des « pays ateliers » qui
réexportent des biens manufacturés après de simples opérations d’assem-
blage (par exemple la Malaisie, dont le taux d’ouverture est supérieur à
[Link] 7 22/05/18 16:07
Économie internationale
100 %). Depuis quelques années, on s’efforce de mesurer le commerce « en
valeur ajoutée » de façon à éviter ce problème (voir section 4).
Le taux d’ouverture dépend aussi des caractéristiques structurelles des éco-
nomies : il est inversement proportionnel à la taille des pays (mesurée par
le PIB) : un « petit pays » (Irlande, 140 %) commercera plus qu’un grand
(États-Unis, 19 %) et apparaîtra ainsi « plus ouvert », sans que cela reflète
un réel isolationnisme du grand pays. Ainsi, les comparaisons internatio-
nales sur une année donnée ne sont pas forcément pertinentes ; il est, en
effet, plus intéressant de regarder l’évolution du taux d’ouverture que le
niveau absolu de cet indicateur pour un pays.
Enfin, le taux d’ouverture est aussi influencé par les chocs politiques ou
économiques (parfois exogènes au pays). À titre d’exemple, la crise pétro-
lière des années 1970 est un choc exogène qui a influencé négativement le
taux d’ouverture de plusieurs économies.
Enfin, tout ce processus qui mena à l’accroissement du commerce a été
favorisé par l’essor des flux financiers internationaux bénéficiant de la stabilité
des taux de change instaurée par le système de l’étalon-or. Taylor et Alan
(1996) constatent que, entre 1870 et 1913, les flux de capitaux atteignaient
des niveaux élevés dans la plupart des pays d’Europe ou à peuplement euro-
péen et que, entre 1825 et 1913, la croissance des investissements internatio-
naux dépassait même celle du commerce. Toutefois, cette intégration
financière se limitait aux pays développés. Les destinataires des flux de capi-
taux présentent des caractéristiques communes : des pays riches en ressources
naturelles, disposant d’une main-d’œuvre formée, bénéficiant de coûts de
transport réduits et d’un cadre institutionnel favorable au recouvrement des
créances. Ainsi que le montrent Bordo et al. (1998), un quart des flux se diri-
geaient alors vers les États-Unis.
1.3. La seconde mondialisation
La première phase de la mondialisation prend fin avec la Première Guerre
mondiale, qui entraîne un fort ralentissement du commerce international. À la
suite de ce conflit mondial, la crise de 1929 et la « Grande Dépression » qui
suivit amplifièrent le recul des échanges commerciaux. En effet, afin de se
prémunir contre les conséquences de la crise économique, les pays tentèrent
de se protéger en mettant en place des politiques protectionnistes. Pour un
pays quelconque, cette stratégie rationnelle prend la forme d’une augmenta-
tion des droits de douane ou de l’adoption de quotas, afin de limiter les
importations et de stimuler la reprise économique en interne. Toutefois, de
telles politiques protectionnistes entraînent des représailles de la part des
[Link] 8 22/05/18 16:07
Chapitre 1 • Mondialisations et échanges internationaux
partenaires commerciaux de ce pays qui, en réponse, appliquent eux aussi des
droits de douane plus élevés.
Ainsi, cette course aux mesures protectionnistes, allant de représailles en
contre-représailles, aboutit à une forte chute des échanges commerciaux au
niveau mondial. On constate, sur la figure 1.1, qu’à la veille de la Seconde
Guerre mondiale le commerce multilatéral qui avait émergé durant la pre-
mière vague de mondialisation s’est effondré pour ne laisser qu’un système de
commerce bilatéral et de quotas. Enfin, c’est avec la Seconde Guerre mon-
diale que cette période s’acheva. On notera une quasi-stagnation des échanges
commerciaux entre 1930 et 1950. On peut donc parler, à propos des aspects
économiques de la période de 1914 à 1950, d’une réelle démondialisation.
De plus, bien que l’on mentionne 1950 comme le début de la seconde vague
de mondialisation, ce n’est qu’à partir de 1970 que l’on retrouvera la même
intensité des échanges commerciaux que celle atteinte en 1914.
Similarités et différences entre première et seconde mondialisations
On observe de fortes similarités entre cette seconde phase de mondialisation
et la première. La principale est que ces deux vagues de mondialisation vont
être favorisées par des innovations qui entraînent une baisse drastique des
coûts de transport et de communication. Si, durant la première phase (fin
du xixe siècle et début du xxe), les principales innovations étaient le chemin
de fer et le bateau à vapeur, l’expansion mondiale du commerce après la
Seconde Guerre mondiale a été largement possible en raison d’une accéléra-
tion de la réduction des coûts de transaction découlant de progrès technolo-
giques tels que le développement de l’aviation civile commerciale,
l’amélioration de la productivité dans la marine marchande et la démocratisa-
tion du téléphone comme principal mode de communication, puis plus tard
d’Internet (voir figure 1.3). Un autre point commun notable entre les deux
phases de mondialisation est que les flux de capitaux se dirigent vers les pays
offrant un cadre institutionnel et monétaire stable, riches en ressources natu-
relles et disposant d’une main-d’œuvre formée.
Des différences notables existent cependant entre les deux vagues de mon-
dialisation. En effet, on peut noter que la première vague fut caractérisée par
des échanges internationaux de type « interindustriel » ; en d’autres termes,
les pays exportaient des biens très différents de ce qu’ils importaient. En
revanche, durant la mondialisation de la fin du xxe siècle, c’est le commerce
« intra-industriel » qui a considérablement augmenté. Autrement dit, durant
la seconde mondialisation, les pays échangent des biens et des services très
comparables, mais dont le prix et la qualité peuvent différer.
[Link] 9 22/05/18 16:07
Économie internationale
Figure 1.3 : Coûts de transport et de communication, de 1920 à 1990
100
90
80
70
60
50
40
30
20
10
0
1920 1930 1940 1950 1960 1970 1980 1990
Fret océanique Fret aérien Téléphone (transatlantique)
Source : Baldwin et Martin (1999).
EXEMPLES Au xixe siècle, des biens manufacturés ou des machines étaient
exportés d’Angleterre en échange de thé et d’épices importés d’Inde ou de
Chine. À la fin du xxe siècle, la France importe des voitures en provenance
d’Allemagne, mais exporte aussi des voitures à destination de l’Allemagne.
De plus, la seconde vague de mondialisation porte sur des volumes échan-
gés considérablement plus élevés du fait de la part croissante des pays émer-
gents dans le commerce mondial au cours de cette période. En effet, bien que
durant la première mondialisation une part du commerce se fît entre la métro-
pole et les colonies, cette mondialisation était avant tout principalement
caractérisée par un commerce entre pays déjà industrialisés. Ce commerce a
ensuite décliné au profit d’une part croissante du commerce entre pays à dif-
férents stades de développement. Cette mutation a accompagné l’industriali-
sation des colonies devenues indépendantes.
EXEMPLE Selon Faubert (2011), 6 % des exportations mondiales de biens
manufacturés étaient réalisées par les pays en développement en 1914,
contre 40 % en 2009.
Plus encore que l’accroissement du commerce entre pays de niveaux
de développement différents, c’est l’émergence du commerce entre pays en
développement, qui a plus que triplé entre 1980 et 2011, qui est la caracté-
ristique radicalement nouvelle de la seconde mondialisation.
EXEMPLE La Chine a joué un rôle décisif dans cette dynamique. Les statis-
tiques du PNUD (2013) montrent qu’entre 1992 et 2011 le commerce entre
la Chine et l’Afrique subsaharienne est passé de 1 milliard de dollars à plus
de 140 milliards de dollars.
10
[Link] 10 22/05/18 16:07
Chapitre 1 • Mondialisations et échanges internationaux
La nature des biens échangés diffère également d’une vague de mondiali-
sation à l’autre, les biens échangés étant davantage diversifiés aujourd’hui.
Alors qu’en 1914 le commerce de biens primaires (matières premières
minérales ou agricoles) constituait l’essentiel des échanges internationaux, il
n’en représente que moins du tiers de nos jours.
Enfin, la première mondialisation eut lieu dans un contexte d’absence de
coordination des politiques commerciales entre les différents pays, alors
que la seconde mondialisation repose pour sa part sur la mise en place
d’organisations internationales œuvrant pour une meilleure coordination
des politiques commerciales1. Ainsi, cette seconde vague repose sur une
volonté politique de coordination et d’ouverture commerciale progressive.
On peut considérer que la création de ces organisations internationales est
aussi le fruit des enseignements de la fin de la première vague de mondialisation,
l’objectif étant de ne pas reproduire le schéma de la période 1913-1950, qui
avait vu le commerce mondial s’effondrer, faute de coordination. Cette volonté
politique fut symbolisée dans un premier temps par la création du GATT
(General Agreement on Tariffs and Trade, Accord général sur les droits de
douane et le commerce) qui entra en vigueur le 1er janvier 1948. Dans le cadre
du GATT, les négociations tarifaires, entre 1947 et 1990, éliminèrent
pratiquement tous les tarifs sur les produits manufacturés dans les pays
avancés. Puis, à la suite du GATT, l’OMC (Organisation mondiale du
commerce), créée en 1994, qui intègre aussi les pays émergents, s’engagea
dans la réduction des barrières tarifaires et non tarifaires dans les secteurs des
services et de l’agriculture.
2. Un aperçu du commerce mondial actuel
La seconde vague de mondialisation a connu une accélération depuis les
années 1980. Durant les 30 dernières années, les flux commerciaux interna-
tionaux ont enregistré une augmentation spectaculaire. À titre d’exemple,
selon l’OMC, la valeur des exportations mondiales de marchandises est passée
de 2 030 milliards de dollars en 1980 à 19 002 milliards de dollars en 2014,
soit en moyenne un taux de croissance annuel de 6,8 %. Plus précisément, les
flux commerciaux ont augmenté progressivement et à un rythme croissant
jusqu’à la fin des années 2000. De nombreux facteurs ont contribué à cette
expansion, dont le principal est une forte diminution des obstacles au com-
merce : coûts de transport, droits de douane, mesures non tarifaires, ainsi que
coûts des transactions (tels que coûts d’exécution des contrats et formalités
administratives).
1. Ces aspects font l’objet d’une description plus détaillée au chapitre 7.
11
[Link] 11 22/05/18 16:07
Économie internationale
Toutefois, plusieurs crises ont eu un impact sur le commerce mondial,
notamment la crise financière asiatique de 1997, l’éclatement de la bulle inter-
net en 2001 et la crise financière de 2008. Ces événements ont impacté néga-
tivement le commerce des marchandises en 1998, 2001 et 2009. Mais, à
l’exception de 2009, il n’y a pas eu de diminution du commerce mondial
durant cette période. Comme le montre la figure 1.4, le volume des exporta-
tions mondiales a chuté de 12 % en 2009, tandis que le produit intérieur brut
(PIB) mondial a reculé de 2 %, avant de reprendre énergiquement en 2010
(augmentant de 14 % en volume). Depuis lors, la croissance du commerce a
été bien plus faible. Parallèlement, sur cette même période, le commerce inter-
national des services commerciaux a été moins instable que le commerce des
marchandises, montrant ainsi une plus grande solidité face aux difficultés
macroéconomiques mondiales.
L’autre enseignement que l’on peut tirer de la figure 1.4 est que le com-
merce mondial a, en moyenne, augmenté beaucoup plus rapidement que
la production mondiale. Historiquement, il est intéressant de noter qu’entre
1980 et 1985 ce n’était pas le cas ; durant cette période, le PIB mondial a aug-
menté à un rythme d’environ 3,2 % par an en moyenne contre 2,9 % pour les
exportations de marchandises (en volume). C’est après 1985 que la croissance
du commerce a été plus forte que la croissance de la production mondiale
(mesurée par le PIB). Entre 1985 et 2011, le commerce a augmenté de 5,6 %
par an en moyenne, alors que le PIB mondial n’a augmenté que de 3,1 % en
Figure 1.4 : Croissance du volume des exportations
et de la production mondiale de marchandises, de 2004 à 2012
(variation annuelle en pourcentage)
15
10
2009
0
2004 2005 2006 2007 2008 2010 2011 2012 2013 2014
–5
– 10
– 15
Exportations mondiales de marchandises
Production mondiale de marchandises
PIB mondial
Source : OMC.
12
[Link] 12 22/05/18 16:07
Chapitre 1 • Mondialisations et échanges internationaux
Figure 1.5 : Part des importations et des exportations mondiales
de marchandises par niveau de développement, de 1980 à 2011
Part des importations mondiales
de marchandises : économies
en développement et émergentes
Part des importations mondiales de
marchandises : économies développées
(y compris les échanges intra-UE)
Part des exportations mondiales
de marchandises : économies
en développement et émergentes
Part des exportations mondiales de
marchandises : économies développées
(y compris les échanges intra-UE)
0 % 10 % 20 % 30 % 40 % 50 % 60 % 70 % 80 %
2011 1980
Source : OMC.
moyenne durant cette même période. De nombreux facteurs ont contribué à
cette évolution au cours des trois dernières décennies, comme la fin de la
guerre froide, le développement d’Internet, le processus de rattrapage écono-
mique de la Chine et de l’Inde, dans lequel le commerce a joué un rôle impor-
tant, et enfin la fragmentation des processus de production entre les pays.
2.1. Les principaux acteurs du commerce international
Le changement le plus important dans la structure des échanges au cours des
30 dernières années est l’augmentation de la part des économies en dévelop-
pement – dont certaines vont, au passage, devenir des économies émer-
gentes1 – dans le commerce mondial.
Comme le montrent les données de l’OMC, compilées sur la figure 1.5, en
1980, les économies en développement représentaient 34 % des exportations
mondiales et 29 % des importations, alors qu’en 2011 ces économies repré-
sentaient 47 % des exportations et 42 % des importations mondiales. À titre
illustratif de cette évolution, en 2004, la Chine dépassait le Japon pour deve-
nir le premier exportateur asiatique ; en 2007, elle dépassait les États-Unis ;
enfin, en 2009, elle dépassait l’Allemagne pour devenir le premier exporta-
1. Sont dits « émergents » les pays qui ont un niveau de développement intermédiaire entre
les pays développés et les pays pauvres, mais une croissance rapide et des structures écono-
miques et institutions se rapprochant rapidement de celles des pays développés, dans un
contexte d’ouverture commerciale et financière au reste du monde. On cite souvent les BRICS
(Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) comme exemples de pays émergents.
13
[Link] 13 22/05/18 16:07
Économie internationale
teur mondial. Durant cette même période, l’Union européenne (les quinze
pays membres avant l’élargissement), les États-Unis et le Japon ont tous connu
une diminution de leur part dans le commerce mondial. À titre d’exemple, la
part de l’Union européenne dans les exportations mondiales est passée de
37 % à 30 % – ces chiffres tiennent compte du commerce (intra-UE15) –,
la même tendance s’observant du côté des importations qui ont chuté de 41 %
à 30 %. Toutefois, les économies développées demeurent dominantes dans
le commerce mondial.
Commerce international et niveaux de développement
Parmi les changements notables survenus ces dernières années, il faut aussi
signaler l’évolution du commerce selon le niveau de développement des pays.
On distingue à cet égard deux grands groupes de pays : d’un côté, les pays
développés ; de l’autre côté, les pays en développement ou émergents. Cette
distinction permet de définir trois types de commerce :
• le commerce entre pays développés, appelé commerce Nord-Nord ;
• le commerce entre pays en développement ou émergents, identifié comme
le commerce Sud-Sud ;
• le commerce entre pays développés et pays en développement ou émer-
gents, nommé commerce Nord-Sud.
EXEMPLE Selon l’OMC, en 1990, la part du commerce Nord-Nord, dans le
commerce mondial, était de 56 %. Depuis, elle a chuté constamment jusqu’à
atteindre 36 % en 2011. À l’inverse, la part du commerce Sud-Sud n’a cessé
de progresser, passant de 8 % en 1990 à 24 % en 2011. Enfin, durant cette
période, la part du commerce Nord-Sud a légèrement augmenté, de 33 % à
38 %.
Enfin, il est important de noter que, malgré ces évolutions, le commerce
international est très inégalement réparti. Comme l’illustre la figure 1.6, la
majeure partie des échanges a lieu au sein de trois régions : l’Europe, l’Amé-
rique du Nord (États-Unis, Canada) et une partie de l’Asie ( Japon, Chine et
Sud-Est asiatique). Ces trois zones géographiques sont à l’origine de près de
87 % des exportations mondiales. De plus, ces trois pôles commercent majo-
ritairement à l’intérieur de leur propre zone géographique. À titre
d’exemple, en 2014, près de 70 % des exportations des pays européens sont
destinées à d’autres pays européens (on parle de commerce intra-européen).
De même, 50 % des exportations des pays d’Amérique du Nord s’effectuent à
l’intérieur de cette zone géographique. En Asie et Océanie, c’est surtout grâce
à une division régionale du travail, notamment autour de la Chine, que les
échanges asiatiques ont progressé pour représenter plus de la moitié du com-
merce total du continent. En comparaison, l’Afrique et le Moyen-Orient
gardent des échanges intrarégionaux très limités (moins de 10 % du commerce
14
[Link] 14 22/05/18 16:07
Chapitre 1 • Mondialisations et échanges internationaux
total du Moyen-Orient se fait au sein de cette zone géographique), malgré une
lente amélioration de cet indicateur depuis 1990.
Figure 1.6 : Part des exportations régionales de marchandises
dans les exportations totales de marchandises, en 2014
(en pourcentage pour chaque région)
70
60
50
40
30
20
10
0
Amérique Amérique du Europe CEI Afrique Moyen-Orient Asie
du Nord Sud et centrale
Source : OMC.
Causes de la polarisation des échanges
L’une des principales explications de cette polarisation des échanges commer-
ciaux au sein de chaque zone géographique est la multiplication des accords
régionaux d’intégration (voir chapitre 7). Ces accords favorisent par nature
le commerce entre les pays signataires en donnant un statut préférentiel (droits
de douane réduits) aux échanges « intra-accords ». En Europe, cette polari-
sation résulte de la création, en 1957, de la Communauté économique euro-
péenne par le traité de Rome puis, en 1993, de l’Union européenne. L’un
des objectifs poursuivis par les différents traités et accords est de supprimer
toutes les barrières aux échanges de marchandises, de services, de per-
sonnes et de capitaux entre pays membres. Ce même type d’accord existe
dans les autres grandes régions d’échanges. En Amérique du Nord, c’est avec
la signature de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA)1, en
1994, que l’intégration régionale s’est organisée entre le Canada, les États-
Unis et le Mexique. En Amérique du Sud, c’est la mise en place du
MERCOSUR,2 le marché commun du Sud, qui a notablement favorisé l’inté-
gration commerciale au cours des années 1990. En Asie, c’est l’Association
1. North American Free Trade Agreement (NAFTA).
2. De l’espagnol Mercado Común del Sur – il fut créé le 26 mars 1991 par le traité d’Asunción.
15
[Link] 15 22/05/18 16:07
Économie internationale
des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN)1 qui joue ce rôle, puis plus tard
les rencontres de l’ASEAN plus trois (APT) intégreront la Chine, le Japon et
la Corée du Sud aux négociations.
Toutefois, les accords régionaux d’intégration ne sont pas le seul facteur de
la polarisation des échanges. En effet, le commerce entre pays de ces grandes
régions était déjà développé avant la création de ces accords. À titre d’exemple,
en Europe, la majorité des échanges se faisait déjà entre pays européens au
xixe siècle. Ainsi, d’autres explications sont à rechercher, d’abord dans le
poids économique (mesuré par le PIB), ensuite dans la proximité géogra-
phique. Le PIB et le PIB par habitant, qui représentent à la fois un potentiel
d’offre (plus un pays produit, plus celui-ci peut exporter) et un potentiel de
demande (plus un pays est riche, plus il peut importer de biens et de services
produits à l’étranger), expliquent à eux seuls une grande partie du volume de
commerce entre deux pays. La proximité géographique, mesurée par la dis-
tance, est un autre déterminant important des échanges. Ces deux
variables – poids des pays et distance qui les sépare – sont à la base d’une
théorie du commerce international, « l’approche gravitationnelle » (voir
chapitre 3, section 3). D’une part, la distance représente la valeur des coûts de
transport et de communication. Ainsi, même si les coûts de transports et de
communication ont énormément chuté, les économistes constatent toujours
que, plus la distance entre deux pays est grande, moins ces pays échangent
entre eux. D’autre part, la distance géographique est liée aux différences cultu-
relles entre les populations. Il est certes plus facile de commercer avec un
partenaire qui parle la même langue ou qui a des traditions proches, plutôt
qu’avec un partenaire qui ne partage ni les premières ni la seconde.
2.2. La composition des échanges de biens et de services
Au-delà de l’évolution des échanges présentée sur la figure 1.4, la composition
de ces échanges a aussi évolué au cours des différentes vagues de mondialisa-
tion. Comme le montre la figure 1.7, les évolutions les plus notables sont celles
relatives à la part des produits manufacturés et à celle des produits agri-
coles dans le commerce mondial des marchandises.
En 1900, portés par la révolution industrielle, les produits manufacturés
représentaient déjà 40 % du commerce. Puis, au cours du xxe siècle, en paral-
lèle des progrès et innovations, cette part n’a cessé de progresser (mis à part
les deux périodes de grande crise en 1970-1980 et en 2000-2010) pour
atteindre 75 % en 2000 (à noter qu’en 2011 elle n’est plus que de 65 %). L’une
des explications de cette évolution est que, à la différence de la première mon-
1. Fondée en 1967 à Bangkok (Thaïlande) par cinq États : les Philippines, l’Indonésie, la
Malaisie, Singapour et la Thaïlande.
16
[Link] 16 22/05/18 16:07
Chapitre 1 • Mondialisations et échanges internationaux
Figure 1.7 : Évolution de la composition des échanges de marchandises
depuis 1900 (en pourcentage du total)
80
70
60
50
40
30
20
10
0
1900 1925 1938 1955 1963 1970 1980 1990 2000 2011
Produits manufacturés Combustibles et produits miniers
Produits agricoles Autres marchandises
Source : OMC.
dialisation au cours de laquelle les pays riches exportaient des produits manu-
facturés et importaient des produits agricoles, la seconde mondialisation voit
les pays riches exporter et importer des produits manufacturés similaires.
C’est ce que l’on appelle le commerce « intra-industriel » ou encore « intra-
branche » (voir encadré 1.2). De plus, durant ces dernières décennies, les
pays en développement ou émergents ont eux aussi exporté de plus en plus de
biens manufacturés et de moins en moins de produits agricoles. On notera
aussi que l’évolution de la part des produits manufacturés est à mettre en lien
avec l’évolution des prix des produits primaires. Lorsque ceux-ci augmen-
tent, ils amplifient la part des combustibles et des produits miniers aux dépens
principalement des produits manufacturés. Ce fut particulièrement le cas dans
les années 1970, à la suite des chocs pétroliers. Toutefois, l’évolution de la part
des produits manufacturés ne fut pas homogène, et ce, notamment durant les
dernières décennies. En effet, entre 1990 et 2011, seuls les produits chimiques
ainsi que le matériel de bureau et de télécommunication ont vu leur part du
commerce mondial augmenter. Tandis que, sur cette même période, les pro-
duits fabriqués par l’industrie automobile ou par celle des textiles ont vu leur
part diminuer.
17
[Link] 17 22/05/18 16:07
Économie internationale
Encadré 1.2 : Le commerce intrabranche1
On définit le commerce intrabranche comme l’échange simultané de pro-
duits similaires entre pays (par exemple exportations et importations
mutuelles par deux pays d’automobiles ou d’avions).
Cette définition implique de déterminer la période temporelle de référence
au cours de laquelle on considère qu’il y a simultanéité des échanges (un
trimestre, une année…). De même, elle implique une définition de la simi-
larité des produits et, donc, pose la question de la classification des produits
retenus pour identifier cette similarité.
L’existence du commerce intrabranche remet en cause un certain nombre
d’analyses théoriques traditionnelles (fondées sur le commerce inter-
branche). Ces diverses analyses sont présentées plus en détail au chapitre 3.
On estime que le commerce intrabranche représente aujourd’hui 40 % du
commerce mondial. Il est beaucoup plus élevé en Europe : près de 70 %
pour le commerce au sein de l’Union européenne à douze (UE12).
Il existe différents types de commerce intrabranche :
1) Le commerce de produits différenciés : c’est un flux d’échange de pro-
duits appartenant au même secteur mais se différenciant par certaines carac-
téristiques liées à la variété ou à la qualité. Ainsi, il existe deux types de
différenciations :
a) La différenciation horizontale correspond à l’échange de produits
similaires mais de variétés différentes (par exemple, les exportations et
les importations de voitures de même catégorie et de même ordre de
prix, mais de marque différente).
b) La différenciation verticale correspond à l’échange de produits dif-
férenciés par leur qualité, c’est-à-dire leur gamme (par exemple, des
exportations de vêtements de luxe et des importations de vêtements de
basse qualité). C’est essentiellement le commerce en différenciation
verticale qui explique l’augmentation du commerce intrabranche dans
les échanges internationaux.
2) Le commerce de produits décomposés : ce type d’échange – qui
consiste en l’échange du même produit mais à différents stades de produc-
tion – est d’autant plus important que le produit final est décomposable en
des centaines ou milliers de parties (par exemple, les avions, les voitures, les
ordinateurs…) et que les sites de production de ces parties peuvent se trou-
ver dans des pays différents. Les firmes multinationales utilisent souvent ce
mode de production fragmenté grâce à leur réseau de filiales ou de sous-
traitants (voir section 4 pour plus de détails).
Remarque : lorsque les échanges de biens intermédiaires se font entre filiales
d’un même groupe multinational, on parle de commerce intrafirme.
1. Les fondements théoriques et les conséquences de la distinction entre commerce
intra et interbranche sont développés au chapitre 3.
18
[Link] 18 22/05/18 16:07
Chapitre 1 • Mondialisations et échanges internationaux
Quant aux produits agricoles, leur part dans le commerce mondial de mar-
chandises a fortement diminué au cours de cette même période. Alors qu’en
1900 les produits agricoles représentaient 57 % du commerce mondial de
marchandises, à la fin du xxe siècle, ils ne représentent plus que 9 %, tout
comme en 2011 (voir figure 1.7). Comme on l’a vu, cette diminution s’ex-
plique en partie par l’évolution de la structure des exportations des pays en
développement et émergents, laquelle s’est de plus en plus tournée vers les
produits manufacturés durant la seconde moitié du xxe siècle. Actuellement,
l’un des cas les plus emblématiques est celui de la Chine, dont les biens manu-
facturés représentent 95 % des exportations. Toutefois, la diminution de la
part des produits agricoles peut être trompeuse, car elle ne prend pas en
compte l’effet du prix (par exemple, l’évolution du taux de change). Ainsi, en
prenant en compte cet effet, il convient de noter qu’entre 1980 et 2011 les
exportations de produits agricoles ont été multipliées par 2,61.
Enfin, la part des combustibles et des produits miniers dans le commerce
mondial montre que celle-ci évolue avant tout en fonction des prix du pétrole ;
il semble difficile d’en tirer une tendance claire sur les dernières décennies.
Les échanges de services
En plus des échanges de marchandises, le commerce mondial concerne aussi
les échanges de services commerciaux. Par nature, les services s’échangent
moins facilement que les biens au niveau mondial, et une grande part des
services actuellement produits restent (et resteront) non échangeables au
niveau international pour la simple raison qu’ils ne peuvent être consommés
qu’à l’endroit où ils sont produits. Toutefois, il existe différents types
d’échanges de services commerciaux :
• Le cas le plus simple correspond à une exportation au sens traditionnel
du terme : c’est le cas d’un prestataire résidant dans un pays et qui offre un
service à un consommateur résidant dans un autre pays. Le service franchit
donc la frontière (par exemple, un agent financier à Londres exécute une
transaction financière pour un client à Paris).
• Le cas de la consommation du service à l’étranger. Dans ce cas, c’est le
consommateur qui franchit la frontière, et non le service (par exemple, un
touriste qui va à l’hôtel à l’étranger).
• Le cas du service fourni à la société mère par une filiale implantée à
l’étranger. Bien que ce cas corresponde au mode de fourniture de services
le plus important, il pose de nombreux problèmes statistiques. En effet,
l’activité des filiales n’est généralement pas comptabilisée dans les expor-
1. Si l’on prend en compte l’effet prix, les exportations de produits manufacturés ont été
multipliées par presque 6 depuis 1980 et les exportations de combustibles par 2.
19
[Link] 19 22/05/18 16:07
Économie internationale
tations mais dans la production du pays étranger, ce qui sous-estime la part
des services commerciaux dans les échanges internationaux.
• Le cas d’une personne physique qui franchit la frontière pour propo-
ser ses services (par exemple, un ouvrier détaché à l’étranger pour y réa-
liser des missions).
Ainsi, comme le montre la figure 1.8, la part des services dans le commerce
mondial correspond à un peu moins de 20 % des échanges internationaux et
à 4 170 milliards de dollars.
Figure 1.8 : Valeur des exportations mondiales
de marchandises et de services commerciaux, de 1980 à 2011
(en milliers de milliards de dollars)
20
18
16
14
12
10
8
6
4
2
0
1980 1985 1990 1995 2000 2005 2011
Marchandises (balance des paiements) Services commerciaux
Source : OMC.
Du fait de la tertiarisation de nos économies (qui sont essentiellement des
économies de services), on pourrait penser que le commerce des services
commerciaux augmente plus vite que le commerce de marchandises. Or, ce
n’est pas nécessairement le cas. Entre 1980 et 1990, le commerce des services
a en effet augmenté plus vite que le commerce des marchandises, mais cette
évolution s’est ralentie dans les années 2000 au point que son taux de crois-
sance moyen est devenu inférieur à celui du commerce des marchandises. De
nouvelles données sur le commerce en valeur ajoutée (voir section 4 et cha-
pitre 4) viennent cependant nuancer ce diagnostic.
Comme pour les échanges de biens manufacturés, l’évolution des services
commerciaux est loin d’être homogène. Si, en moyenne au cours des deux
dernières décennies, le commerce mondial des services commerciaux a aug-
menté de 8 % par an, certaines catégories de services, telles que les services
20
[Link] 20 22/05/18 16:07
Chapitre 1 • Mondialisations et échanges internationaux
Figure 1.9 : Croissance des exportations mondiales
de services commerciaux par grand secteur, de 1995 à 2014
(variation annuelle moyenne en pourcentage)
20
Services d’informatique et d’information
Services financiers
Autres services aux entreprises
Redevances et droits de licence
Services de communication
Services d’assurance 10
Voyage
Transport
Services personnels, culturels et relatifs aux loisirs
Travaux
0
Source : estimations OMC-CNUCED-ITC.
informatiques et d’information et les services financiers, ont enregistré une
croissance nettement supérieure à la moyenne (jusqu’à 18 % de croissance
annuelle moyenne). De même, parmi les secteurs de services, ce sont les tech-
nologies de l’information qui ont le mieux résisté à la crise économique mon-
diale.
3. Les échanges de facteurs de production
Les biens et les services qui font l’objet du commerce international sont des
produits de l’activité économique. Pourtant, une entreprise qui souhaite
étendre les ventes de son produit à l’étranger a le choix entre deux stratégies :
• soit la production domestique et l’exportation directe du produit ;
• soit la production sur place en établissant dans le pays visé une filiale
produisant ce même produit.
Dans ce second cas, l’exportation du produit disparaît, mais c’est un « fac-
teur de production », le capital, qui est « exporté ». De même, un habitant
d’un pays peut choisir de s’expatrier vers un autre pays. Dans ce cas, c’est le
facteur de production travail qui est exporté. Longtemps, les économistes ont
considéré que seuls les produits étaient mobiles entre les nations et que les
facteurs de production étaient immobiles. La seconde mondialisation a ren-
versé cette perspective en soulignant le rôle de la mobilité de deux facteurs
21
[Link] 21 22/05/18 16:07
Économie internationale
de production : le travail grâce aux migrations et le capital grâce aux firmes
multinationales.
Les migrations internationales sont un élément clé du processus de
mondialisation, avec des aspects spécifiques pour la première et la seconde
phase. Si les migrations sont un phénomène très ancien, certainement aussi
ancien que l’humanité elle-même, il est essentiel d’analyser comment elles
reflètent les deux mondialisations et quels sont leurs effets sur le commerce
international. Les migrations de la première mondialisation sont essentielle-
ment des migrations d’Européens vers les Amériques ou l’Australie alors que
celles de la seconde mondialisation ont pour origine les pays en développe-
ment et pour destination les pays développés. L’analyse des causes de cette
évolution fait l’objet de la section 3.1.
Les firmes multinationales sont aussi un aspect important de la seconde
mondialisation et seront examinées dans la section 3.2.
DÉFINITION Une firme est multinationale quand elle possède au moins une
filiale à l’étranger.
Historiquement, selon Wilkins (1986), c’est vers la fin du xixe siècle,
durant les dernières décennies de la première vague de mondialisation, que
naissent les firmes multinationales, au sens de la définition précédente. Celles-
ci vont se développer jusqu’à la fin de cette première mondialisation ; ainsi, en
1914, il est possible de dénombrer au moins 41 entreprises américaines pos-
sédant au moins une filiale implantée à l’étranger. De même, en Europe, avant
la Première Guerre mondiale, environ 40 entreprises européennes détiennent
des filiales à l’étranger. Avec la fin de la première mondialisation et les troubles
socio-économiques et géopolitiques qui s’ensuivirent, le développement des
firmes multinationales fut freiné, jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
À cette époque, les firmes multinationales étaient encore très peu nombreuses
et leur influence sur le commerce mondial très limité.
C’est durant la seconde vague de mondialisation que les multinationales
vont réellement se développer et jouer un rôle de plus en plus important dans
la mondialisation des échanges commerciaux. Notamment, celles-ci auront
un rôle majeur, au travers des investissements directs à l’étranger, impli-
quant généralement un transfert de technologie mais aussi de capital
humain. Cette influence croissante des firmes multinationales est un des
aspects (parmi d’autres précédemment mentionnés) différenciant la seconde
mondialisation de la première.
3.1. Les migrations internationales
On constate qu’au cours de la première mondialisation les flux migratoires les
plus importants ont surtout consisté en des déplacements de populations
22
[Link] 22 22/05/18 16:07
Chapitre 1 • Mondialisations et échanges internationaux
entre l’Europe et l’Amérique, principalement pour des raisons économiques.
Dans un premier temps, les États-Unis furent la principale destination, puis ce
furent l’Amérique du Sud, notamment l’Argentine et le Brésil, et enfin le
Canada. C’est ainsi qu’entre 1820 et 1914, 60 millions d’Européens se sont
embarqués pour les Amériques.
Avec la fin de la première mondialisation, on constate une chute des migra-
tions internationales durant la première partie du xxe siècle, et ce, jusqu’à la
fin de la Seconde Guerre mondiale. Enfin, concomitamment à l’accélération
de la seconde vague de mondialisation, les flux migratoires ont beaucoup
augmenté depuis une vingtaine d’années. Durant cette période, les raisons des
migrations sont devenues de plus en plus complexes et diversifiées ; celles-ci
diffèrent suivant que l’émigration est voulue ou subie, qu’elle concerne des
individus peu ou très qualifiés, des hommes ou des femmes.
DÉFINITION Un migrant international est « une personne qui vit de façon
temporaire ou permanente dans un pays autre que son pays de naissance et
qui a acquis d’importants liens sociaux avec ce pays » (Unesco).
Ainsi défini, le nombre de migrants internationaux atteint 244 millions de
personnes en 2015 (contre 173 millions en 2000), selon les Nations Unies
(« International migration report », 2015). Toutefois, en dépit de cet accrois-
sement rapide (il s’agit d’un accroissement de plus de 40 % depuis 2000), les
migrants internationaux ne représentent environ que 3,3 % de la population
mondiale. De plus, du fait que la population mondiale a elle aussi considéra-
blement augmenté durant ces dernières décennies, ce pourcentage reste glo-
balement stable depuis 1960. À cette date, 3,1 % de la population étaient
considérés comme des migrants internationaux. Enfin, l’âge médian des
migrants internationaux était de 39 ans en 2015 (contre 38 ans en 2000) et un
peu moins de la moitié d’entre deux sont des femmes (48 % en 2015).
Ce chiffre global masque une forte polarisation. En effet, en 2015, 67 % de
l’ensemble des migrants internationaux vivent dans seulement vingt pays. La
plus grande communauté de migrants internationaux, près de 47 millions de
personnes, se trouve aux États-Unis, ce qui représente 19 % du nombre total
de migrants dans le monde. Cette même année, l’Allemagne et la Fédération
de Russie accueillent chacune 12 millions de migrants, suivies de l’Arabie
saoudite (10 millions), du Royaume-Uni (9 millions) et des Émirats arabes
unis (8 millions). La France comme le Canada accueillent 8 millions de
migrants chacun (ces deux pays se partageant la septième place mondiale en
termes de migrants accueillis sur leur territoire).
Plus généralement, en 2015, comme le montre la figure 1.10, près des deux
tiers de tous les migrants internationaux vivent en Europe (76 millions) ou
en Asie (75 millions). L’Amérique du Nord, quant à elle, accueille le troi-
23
[Link] 23 22/05/18 16:07
Économie internationale
Figure 1.10 : Nombre de migrants internationaux par zone
de destination principale, de 2000 à 2015 (en millions)
2000 2015
76 75
56 54
49
40
21
15
7 9 8
5
Europe Asie Amérique Afrique Amérique Océanie
du Nord latine et Caraïbes
Source : Nations Unies, 2015.
sième plus grand nombre de migrants internationaux (54 millions), suivie par
l’Afrique (21 millions), l’Amérique latine et les Caraïbes (9 millions) et
l’Océanie (8 millions).
De plus, comme le montre la figure 1.11, en 2015, sur les 244 millions de
migrants internationaux dans le monde, 104 millions sont nés en Asie ; 62 mil-
lions proviennent d’un des pays d’Europe ; 37 millions ont pour continent
d’origine l’Amérique latine et les Caraïbes ; 34 millions viennent d’Afrique.
Plus généralement, la majorité des migrants internationaux provient de pays
à revenu intermédiaire (157 millions). Plus particulièrement, en 2015, la plus
Figure 1.11 : Nombre de migrants internationaux par zone
d’origine principale, de 2000 à 2015 (en millions)
120
100
2000 2015
80
60
40
20
0
Asie Europe Amérique Afrique Amérique Océanie
latine et Caraïbes du Nord
Source : Nations Unies, 2015.
24
[Link] 24 22/05/18 16:07
Chapitre 1 • Mondialisations et échanges internationaux
grande « diaspora » mondiale est originaire de l’Inde (16 millions de
migrants), suivie du Mexique (12 millions).
Impact des migrations sur le commerce international
Au même titre que les firmes multinationales, les migrants internationaux ont
un impact indéniable sur les évolutions du commerce international. Notam-
ment, l’existence de réseaux de migrants peut encourager le commerce entre
pays d’origine et pays d’accueil. L’influence des migrations sur le commerce
international passe principalement par trois canaux de causalité.
D’abord, ces réseaux peuvent aider à surmonter les obstacles information-
nels au commerce international liés par exemple à la langue, à la culture ou aux
institutions et, de ce fait, faciliter l’établissement de relations commer-
ciales. Ensuite, les migrants internationaux peuvent stimuler le commerce s’ils
créent une demande pour les biens produits dans leur pays d’origine (c’est
le cas des migrants qui consomment le même type de biens dans leur pays
d’accueil que dans leur pays de départ). Enfin, les migrants envoient à leur
famille restée dans leur pays d’origine une partie des gains réalisés dans
leur pays de résidence. Cela contribue au développement des pays d’origine
et crée une demande locale qui peut s’orienter en partie vers des importations.
Cependant, l’effet sur le développement des pays d’origine des migrants doit
être nuancé par le fait que l’émigration de ces pays est composée de personnes
relativement qualifiées dont les compétences peuvent manquer aux pays de
départ. Bénassy-Quéré et al. (2013) montrent qu’une économie à bas niveau
de capital humain peut être prise dans un cercle vicieux de sous-développe-
ment car le faible niveau de rémunération motive l’émigration du capital
humain, pourtant indispensable au développement du pays de départ. C’est
ce qu’on appelle le phénomène du brain drain ou « fuite des cerveaux ».
3.2. Les firmes multinationales1
L’accélération des échanges internationaux durant la seconde vague de mon-
dialisation s’est effectuée conjointement à un accroissement phénoménal du
nombre de firmes multinationales.
DÉFINITION Une firme est dite multinationale lorsqu’elle possède au moins
une unité de production (filiale) à l’étranger. Plus précisément, une firme
multinationale est une entreprise qui a réalisé des investissements directs à
l’étranger : une entreprise (la maison mère) prend une participation dans
(ou possède entièrement) le capital d’une entreprise étrangère (la filiale), ce
qui lui permet d’avoir un contrôle partiel ou total sur les décisions de cette
dernière. Comme l’indique le Fonds monétaire international (FMI), un inves-
1. Le chapitre 4 approfondit les déterminants de la multinationalisation des firmes.
25
[Link] 25 22/05/18 16:07
Économie internationale
tissement direct à l’étranger (IDE) est « un engagement de capitaux effec-
tué en vue d’acquérir un intérêt durable, voire une prise de contrôle, dans
une entreprise exerçant ses activités à l’étranger ».
Il y a donc volonté de contrôle de la filiale, qui fera ensuite partie de la
même structure organisationnelle que la société mère. Pour obtenir ce
contrôle, la maison mère n’a pas besoin de détenir 50 % du capital de la filiale.
En effet, les recherches économiques dans ce domaine ainsi que les conven-
tions internationales s’accordent sur le seuil de 10 %. En conséquence,
lorsqu’une entreprise possède au moins 10 % du capital d’une autre entre-
prise, cette dernière sera considérée, de fait, comme la filiale de la première1.
Ainsi, l’investissement direct à l’étranger, pour lequel il y a une logique de
production, se distingue clairement de l’investissement de portefeuille, qui
correspond pour sa part à l’achat de titres, d’actions, dans le but d’obtenir des
gains à court ou à long terme, et ce, sans volonté d’être partie prenante dans
les décisions de production.
En 2007, la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le dévelop-
pement (CNUCED, 2007) a donné dans son rapport annuel une estimation
du nombre de firmes multinationales dans le monde. Elle en recense plus de
78 000 (alors qu’il n’y en avait que 7 000 en 1970) et le nombre total de filiales,
que possèdent ces firmes à l’étranger, s’élève à 780 000. Ces firmes multina-
tionales proviennent principalement des pays développés et sont présentes
dans des secteurs tels que le pétrole, l’automobile, l’électronique, l’agroalimen-
taire…
En parallèle de l’augmentation du nombre de firmes multinationales, leurs
activités se sont elles aussi accrues durant la seconde vague de mondialisation.
Notamment grâce à la possibilité de décomposer la fabrication d’un produit
final en plusieurs étapes réalisables par différentes filiales. Plus précisément,
plus un produit est complexe, plus celui-ci pourra se décomposer en une mul-
titude de composants qui pourront être fabriqués de façon autonome (à titre
d’exemple, une voiture comprend en moyenne 5 000 pièces), et ce, éventuel-
lement dans des pays différents. Ces composants sont ensuite progressive-
ment assemblés lors de l’élaboration du produit final dans le cadre d’une
opération d’assemblage. Les économistes appellent cette opération la « divi-
sion internationale des processus productifs » (DIPP) – ou internationa-
lisation des chaînes de valeur. La section 4 de ce chapitre aborde cette
problématique de façon plus détaillée. Un exemple peut éclairer la notion de
chaîne de valeur mondiale.
1. Si plusieurs entreprises détiennent des participations dans le capital d’une même entre-
prise à l’étranger, cette dernière sera comptabilisée comme la filiale de l’entreprise qui détient
la plus forte participation dans son capital.
26
[Link] 26 22/05/18 16:07
Chapitre 1 • Mondialisations et échanges internationaux
EXEMPLE Selon Reich (1993), le secteur automobile fournit un exemple très
typique de processus productif. Lorsque General Motors fabriquait la « Pon-
tiac Le Mans », le dessin de la carrosserie ainsi que les études de conception
étaient réalisés en Allemagne ; les composants de pointe (par exemple le
moteur) provenaient du Japon ; les petits composants arrivaient de Taïwan et
Singapour ; le travail courant et les opérations de montage se faisaient en
Corée du Sud ; le marketing et la publicité étaient réalisés en Grande-Bre-
tagne ; le traitement des données était effectué en Irlande et à la Barbade…
Cette division internationale des processus productifs a donné lieu à un
accroissement du commerce international, via notamment l’exportation des
pièces détachées ou des produits semi-finis fabriqués dans les différentes
filiales d’une entreprise multinationale, ainsi que via les réexportations de
produits finis après montage. Ce phénomène a pris une ampleur telle que, de
nos jours, d’après les estimations de l’OCDE (2002), le tiers du commerce
international des pays développés consiste en une circulation de composants
entre filiales d’une même entreprise implantées dans différents pays, ce que
les économistes appellent les échanges intragroupes. Ce type d’échanges est
particulièrement développé dans le secteur de la haute technologie et les sec-
teurs manufacturiers (par exemple, automobile, informatique, téléphonie…).
Des données plus précises sont données dans la section 4.
Les investissements directs à l’étranger
Lorsque l’on souhaite mesurer le rôle et l’extension du poids des firmes multi
nationales, il faut avant tout analyser l’évolution des flux d’investissements
directs à l’étranger (IDE), dont les deux formes sont :
• la construction d’un site de production ex nihilo (on parle alors d’investis-
sement greenfield) ;
• le rachat d’un site de production existant (on parle alors d’une fusion et
acquisition internationale ou investissement brownfield) (voir encadré 1.3
pour une présentation plus large des différentes formes d’internationalisa-
tion de la production).
Ces investissements ont augmenté plus rapidement que les exportations,
depuis les années 1970. Plus précisément, en quatre décennies (de 1970 à
2010), ils ont été multipliés par 120 alors que les échanges ont été multipliés
par 20 ; si bien que la mondialisation fut davantage le fruit de l’accroissement
des IDE que celui de l’ouverture commerciale des pays (Crozet et Koenig,
2005).
27
[Link] 27 22/05/18 16:07
Économie internationale
Encadré 1.3 : Les différentes formes d’internationalisation
de la production
Pour développer son implantation à l’international, une entreprise peut
réaliser des IDE (premier et deuxième points) ou adopter d’autres formes
d’internationalisation (troisième, quatrième et cinquième points).
• La création d’une filiale entièrement nouvelle (possédée à 100 % par la
maison mère) reposant sur l’installation de nouveaux moyens de produc-
tion (y compris le recrutement d’employés) : ce type d’IDE est connu
sous le nom de greenfield investment, ou investissement greenfield.
• L’acquisition d’une firme locale (étrangère) déjà existante via un transfert
de propriété des titres de la filiale acquise à la maison mère : ce type d’IDE
est connu sous le nom de brownfield investment.
• La mise en commun de moyens humains, techniques et financiers dans le
cadre d’une filiale commune : ce type d’IDE est connu sous le nom de
joint-venture.
• La mise en place d’une licence donnant le droit de fabriquer un produit
à une entreprise étrangère (c’est-à-dire, le droit d’utiliser la technologie et
la marque) en contrepartie d’un paiement prenant la forme d’un pourcen-
tage du chiffre d’affaires ou des bénéfices.
• La sous-traitance.
Selon le rapport annuel de la CNUCED (2016), en 2015, les flux mon-
diaux d’IDE ont augmenté de 38 % pour atteindre 1 760 milliards de dollars
(plus haut niveau depuis la crise économique et financière mondiale). Cette
hausse est principalement le résultat de reconfigurations d’entreprises via des
fusions-acquisitions internationales, qui se sont chiffrées à 721 milliards de
dollars en 2015 (contre 432 milliards de dollars en 2014). Ce phénomène a
d’ailleurs été particulièrement important dans le secteur manufacturier. Tou-
tefois, si l’on exclut ces grandes reconfigurations, l’augmentation des IDE n’est
que de 15 %. En effet, dans le secteur primaire, les IDE ont été affectés néga-
tivement par la faiblesse des prix des produits de base et, en particulier, dans
les industries extractives de ressources naturelles.
Comme l’indiquent les figures 1.12 et 1.13, en 2015, les pays d’Asie en
développement sont restés la première région de destination des IDE ; ceux-ci
atteignent un record de 541 milliards de dollars, soit une augmentation de
16 % par rapport à 2014. Les principales explications de cette hausse des IDE
sont le dynamisme des flux entrants vers le secteur des services en Chine, les
restructurations d’entreprises (principalement à Hong Kong) et le dyna-
misme économique de l’Inde. L’Inde est d’ailleurs devenue le quatrième pays
bénéficiaire d’IDE dans le groupe des pays d’Asie en développement et le
dixième pays bénéficiaire dans le monde. En revanche, les effets négatifs à la
28
[Link] 28 22/05/18 16:07
Chapitre 1 • Mondialisations et échanges internationaux
fois de la baisse des prix des produits de base et des tensions géopolitiques ont
influencé négativement les flux entrants en Asie occidentale (même si les bons
résultats de la Turquie ont en partie compensé cette chute).
Figure 1.12 : Flux d’investissements directs à l’étranger par région,
de 2012 à 2015 (en milliards de dollars)
600
500
400
300
200
100
0
Asie en Europe Amérique Amérique Afrique Pays en
développement du Nord latine et Caraïbes transition
2012 2013 2014 2015
Source : CNUCED 2016.
Parallèlement à cette évolution, on constate que, après trois années assez
faibles, les IDE à destination de l’Europe et de l’Amérique du Nord ont connu
une forte hausse. En 2015, les États-Unis restent le principal pays à accueillir
des IDE avec 380 milliards de dollars. En Europe, les entrées d’IDE se sont
Figure 1.13 : Flux d’investissements directs à l’étranger, en 2015
(en milliards de dollars)
380
175
136
101
73
69
65
65
49
44
43
40
32
31
30
25
22
20
20
17
Hong Kong (Chine)
Chine
Irlande
Pays-Bas
Suisse
Singapour
Brésil
Canada
Inde
France
Royaume-Uni
Allemagne
Belgique
Mexique
Luxembourg
Australie
Italie
États-Unis
Chili
Turquie
Source : CNUCED 2016.
29
[Link] 29 22/05/18 16:07
Économie internationale
élevées à 504 milliards de dollars. Par rapport à 2014, on note une hausse des
investissements particulièrement importante en Irlande, en Suisse, aux Pays-
Bas et en Allemagne. La France occupe, quant à elle, la onzième place mon-
diale (elle était à la vingtième place en 2014). Plus généralement, les flux à
destination des pays développés ont presque doublé pour atteindre 962 mil-
liards de dollars (c’est le montant le plus élevé depuis 2007). Enfin, toujours
selon la CNUCED, la part de l’ensemble des pays développés dans les entrées
mondiales d’IDE s’est accrue de 41 % en 2014 à 55 % en 2015. D’ailleurs,
douze des vingt premiers pays à recevoir des IDE sont des pays en développe-
ment.
Les IDE à destination de l’Amérique latine et des Caraïbes ont stagné en
2015, pour atteindre 168 milliards de dollars (contre 170 milliards de dollars
en 2014). Cette situation est en particulier le résultat d’un recul des IDE en
Amérique du Sud ; ceux-ci ont chuté de 6 % du fait d’un ralentissement de la
demande intérieure et de la baisse des prix des produits de base. D’ailleurs, le
Brésil, qui est le principal pays bénéficiaire d’IDE de la région, a subi une
diminution de 12 % des IDE entrants sur son territoire.
En revanche, les flux à destination de l’Afrique ont quant à eux chuté.
Plus précisément, en 2015, les IDE en Afrique ont diminué de 7 % par rapport
à 2014, pour atteindre 54 milliards de dollars contre 58 milliards de dollars en
2014. Cette baisse s’explique par la diminution des investissements en Afrique
subsaharienne, elle-même causée par la baisse des prix des produits de base et
des ressources naturelles.
De même, les flux d’IDE en direction des pays en transition ont chuté de
38 %, passant de 56 milliards de dollars en 2014 à 35 milliards en 2015. Cette
baisse a été particulièrement forte pour les pays de la Communauté d’États
indépendants (CEI) qui ont été affectés par la faiblesse des prix des produits
de base, le ralentissement de la demande intérieure et les tensions macroéco-
nomiques et géopolitiques dans cette région.
4. Chaînes de valeur dans la mondialisation
Comme son nom l’indique, le commerce international a pour objet les
échanges de biens entre les pays (les nations). Les pays exportent ce qu’ils font
le mieux et importent ce qu’ils n’ont pas ; on échange donc des différences.
Une telle vision a pu correspondre à la réalité jusqu’à une période récente.
Pourtant, depuis quelques décennies, le commerce correspond à une autre
logique : ce sont les entreprises qui organisent leur activité en créant en leur
sein (ou sous leur égide) une circulation transfrontalière de biens et de
services intermédiaires. Si bien qu’une partie de plus en plus grande des
exportations et des importations n’est en fait que de la circulation d’éléments
30
[Link] 30 22/05/18 16:07
Chapitre 1 • Mondialisations et échanges internationaux
d’un processus de production complexe interne à des entreprises. À chaque
étape de ce processus et chez chacun de ses participants, il se crée de la valeur
qui s’accumule tout au long d’une chaîne dont l’extrémité est la demande
finale des consommateurs du monde entier. La figure 1.14, tirée d’un docu-
ment de l’OCDE (2015), montre la provenance de quelques éléments servant
à produire des iPhone 4 d’Apple – un modèle ancien mais qui apparaît déjà
comme made in the world. Encore la décomposition présentée dans ce schéma
n’inclut-elle que les composants intervenant dans la fabrication de l’objet ; il
faudrait ajouter tout ce qui est lié aux logiciels, à la recherche et développe-
ment, au marketing, à la commercialisation et la publicité, aux services juri-
diques et financiers : aucun de ces éléments n’échappe à la possibilité d’une
délocalisation ; finalement, seule une petite partie de la valeur d’un iPhone 4
est produite aux États-Unis. Tout cet ensemble constitue ce qu’il est convenu
d’appeler une chaîne de valeur (ajoutée) mondiale (CVM). Selon Baldwin
(2012), les chaînes de valeur mondiale se sont répandues à partir de la fin du
xxe siècle et deviennent au début du xxie une forme prédominante d’organi-
sation de la production et du commerce international. L’auteur n’en conclut
pas pour autant qu’il s’agit d’une troisième phase de la mondialisation, mais
plutôt d’un approfondissement de la seconde phase.
Figure 1.14 : Chaîne de valeur mondiale
Processeur d’applications Mémoire
(Corée) - Flash (Corée)
Radio fréquence Connectivité
- Bande de base, émetteur- - Wi-Fi/BT, GPS (États-Unis)
récepteur (Allemagne)
- Mémoire (États-Unis) Gestion d’énergie
- Composant principal
(Allemagne)
Écran/appareil photo
- Écran (Corée ou Japon)
Interface et capteurs
- Écran tactile (États-Unis
- Commande de l’écran
ou Taipei chinois)
tactile (États-Unis)
- Boussole (Japon)
Batterie - Accéléromètre, gyroscope
(Corée) (France)
Source : Économies interconnectées. Comment tirer parti des chaînes de valeur mondiales, Paris,
OCDE, 2015.
4.1. Les caractéristiques des CVM
DÉFINITION Une chaîne de valeur mondiale désigne l’ensemble des activi-
tés menées dans le monde entier par les entreprises afin de mettre un produit
sur le marché, depuis sa conception jusqu’à son utilisation finale.
31
[Link] 31 22/05/18 16:07
Économie internationale
Ces activités vont de la conception du produit au service après-vente déli-
vré au client final, en passant par la fabrication, le marketing, la logistique et
la distribution. Les CVM sont les vecteurs de la mondialisation de la produc-
tion. Les produits sont ainsi décomposés.
Les CVM représentent tout d’abord un fractionnement extrême, un écla-
tement des activités de production (au sens large) et leur dispersion entre de
nombreux pays. Le résultat de ce fractionnement international est une démul-
tiplication des stades de production, et donc un gonflement de la masse des
produits intermédiaires : la moitié des importations mondiales de produits
manufacturés sont actuellement constituées de biens intermédiaires (matières
premières à divers stades de transformation, pièces détachées, composants,
produits semi-finis) ; plus de 70 % des importations mondiales de services
concernent des services intermédiaires, tels que les services aux entreprises.
Du même coup, ce qui est exporté contient de plus en plus de valeur ajoutée
importée de l’étranger.
Une autre caractéristique des CVM est la spécialisation des entreprises et
des pays dans des tâches ou des fonctions spécifiques. Dans les CVM, les
entreprises supervisent et coordonnent les activités spécialisées au sein de
réseaux d’acheteurs et de fournisseurs mondiaux, et les entreprises multina-
tionales jouent un rôle central dans cette coordination.
Certes, la délocalisation de la production est un phénomène relativement
ancien ; ce qui fait la nouveauté de ce phénomène dans les CVM est son
ampleur croissante, qui est elle-même le résultat de la réduction considérable
du coût des transactions : télécommunications à faible coût, matériels et
logiciels de gestion puissants réduisent drastiquement les coûts de coordina-
tion au sein des entreprises et entre elles, même quand elles sont très éloi-
gnées.
EXEMPLE Les containers, la standardisation, l’automatisation et l’intermo-
dalité croissantes du transport des marchandises ont amélioré la logistique
et facilité la circulation des biens au sein des CVM, même si les distances
parcourues (qui d’ailleurs augmentent) restent un obstacle au commerce.
Le niveau de fractionnement des processus productifs résulte alors d’un
arbitrage entre le coût de fabrication en interne et le coût de transaction.
La libéralisation des échanges et des investissements, en particulier entre
pays développés et émergents, a joué un rôle important dans la recherche par
les grandes entreprises de réduction de coûts de production grâce à l’externa-
lisation et à la relocalisation de certaines activités. Les producteurs spécialisés
qui se sont développés dans les pays émergents grâce à leur insertion dans des
CVM ont aussi permis aux entreprises multinationales de réaliser des écono-
mies d’échelle et des économies de gamme. En retour, le poids démogra-
32
[Link] 32 22/05/18 16:07
Chapitre 1 • Mondialisations et échanges internationaux
phique et la croissance rapide des pays émergents ont motivé l’intérêt des
multinationales pour ces nouveaux marchés. Au total, c’est toute une dyna-
mique de développement qui repose sur les chaînes de valeur mondiales.
4.2. La place des pays dans les CVM
L’encadré 1.1 définit l’indicateur d’ouverture commerciale calculé comme la
somme des exportations et des importations rapportée au PIB : v = (X + M)/Y.
Les pays peuvent avoir des taux d’ouverture au commerce international diffé-
rents selon leur taille : les petits pays sont en général plus ouverts que les
grands. Cette mesure de l’ouverture commerciale ne tient cependant pas
compte du fait qu’avec les CVM et l’éclatement des activités de production
entre pays, le phénomène des réexportations et des réimportations se déve-
loppe considérablement : les exportations d’un pays contiennent des intrants
importés préalablement de l’étranger, et les intrants intermédiaires produits
dans le pays sont présents dans les exportations de pays tiers. Il est donc néces-
saire de tenir compte de ces dépendances pour mesurer l’insertion d’un pays
dans les CVM.
Cette participation est en effet différenciée. Pour la mesurer, on construit
un « indice de participation aux CVM », composé de deux parties qui
reflètent les deux modes d’insertion d’un pays : soit comme utilisateur d’in-
trants étrangers présents dans les exportations domestiques, soit comme four-
nisseur d’intrants intermédiaires présents dans les exportations des pays tiers.
Dans le premier cas, on a à faire à une participation en amont ; dans le second
cas, à une participation en aval. Ces deux indicateurs sont rapportés aux
exportations totales du pays considéré et mesurent le degré d’intégration dans
les CVM. Miroudot et De Backer (2013) ont procédé au calcul de ces indices
dans le cadre des travaux sur la nouvelle comptabilisation du commerce inter-
national « en valeur ajoutée » (voir section 4.3 et chapitre 4, section 3). Leur
travail permet de construire une classification des pays selon leur type d’inser-
tion dans les CVM.
Les petites économies ouvertes (Luxembourg, Slovaquie, Belgique, Singa-
pour, etc.) ont le taux de participation total le plus élevé (60 à 70 %) grâce à
leur participation amont (40 à 50 %). Les très grands ensembles, tels que les
États-Unis ou l’Union européenne, ont au contraire un indice de participation
relativement faible (30 à 40 %) avec une participation amont autour de 10 %
compensée par une participation aval forte, en particulier pour les États-Unis
grâce à la part d’intrants intermédiaires américains dans les exportations des
autres économies. L’éloignement des marchés est un autre obstacle à la parti-
cipation aux CVM, ainsi qu’en témoigne l’exemple de la Nouvelle-Zélande.
L’effet de taille joue aussi pour les économies émergentes : les grands pays
émergents (Brésil, Inde) ont un indice de participation plus faible que les
33
[Link] 33 22/05/18 16:07
Économie internationale
petits (Singapour, Malaisie). La Chine et les pays dynamiques d’Asie ont une
forte participation amont, mais une participation aval encore faible. On peut
aussi noter que la Russie, l’Arabie saoudite et la Norvège ont des taux de par-
ticipation amont faibles mais des taux de participation aval très élevés, du fait
de leurs exportations de pétrole qui apparaissent comme intrants dans les
exportations de tous les pays tiers.
Les CVM comprennent différents types d’entreprises : des firmes multi-
nationales, leurs filiales à l’étranger, des sous-traitants indépendants, y com-
pris des PME dans plusieurs pays.
EXEMPLE Dans certains cas de produits non technologiques (grands
réseaux de vente, industrie du luxe, produits de marque), les entreprises chefs
de file des CVM se concentrent presque exclusivement sur le marketing et la
communication. La CVM prend alors la forme d’un vaste réseau de fournis-
seurs et de distributeurs indépendants. D’autres CVM, dans les secteurs plus
technologiques qui reposent sur la recherche et le développement (électro-
nique, automobile, aéronautique, pharmacie), sont plutôt organisées autour
des producteurs. Ce sont alors des entreprises multinationales de l’industrie
manufacturière comme Airbus, Samsung ou Apple qui contrôlent la concep-
tion des produits et l’assemblage, en externalisant les activités non straté-
giques vers des filiales ou des sous-traitants dispersés dans le monde. Le
savoir-faire technologique (la recherche et le développement de nouveaux
produits, certains procédés de fabrication) constitue une compétence stra-
tégique des entreprises chefs de file.
Grâce au fractionnement des activités de production en segments de plus
en plus petits, il est désormais possible pour de petites entreprises, y compris
dans des pays émergents ou en développement, de s’intégrer dans une CVM
en occupant une niche particulière. Fabriquer un composant ou offrir un ser-
vice spécialisé permet ainsi à des PME d’avoir accès aux marchés internatio-
naux en contribuant aux exportations d’une multinationale sans avoir à
réaliser l’intégralité d’un produit complexe. Il reste néanmoins que ces PME
doivent être aptes à répondre à des normes de qualité rigoureuses, et donc
disposer de compétences managériales et technologiques, ce qui implique des
investissements importants en R&D et en formation du personnel.
4.3. Nouveaux indicateurs de commerce international
Les échanges au sein des chaînes de valeur mondiales portent dans une large
mesure sur des biens et des services intermédiaires, qui représentent désor-
mais la plus grande partie du commerce international de biens et de services.
Dans la plupart des pays, environ un tiers des importations de biens intermé-
diaires se retrouvent transformés en exportations. Les petits pays vont même
atteindre une proportion plus importante. En revanche, aux États-Unis et au
Japon, elle atteint en moyenne 17 % et 22 % pour l’ensemble de l’industrie
34
[Link] 34 22/05/18 16:07
Chapitre 1 • Mondialisations et échanges internationaux
manufacturière. Au Japon, près de 40 % des importations intermédiaires
totales de matériel de transport se retrouvent dans des exportations. En Hon-
grie, ce sont les deux tiers des importations qui sont destinés aux exportations
après transformation (et même 90 % pour les importations de biens électro-
niques). En Chine, en Corée du Sud et au Mexique, les trois quarts des impor-
tations intermédiaires de produits électroniques sont incorporées dans les
exportations.
Il est clair que, pour les produits décomposés, les exportations et les impor-
tations de biens et de services comptabilisées classiquement dans les balances
de paiement sont d’une certaine façon artificiellement gonflées par des
doubles ou triples comptes : le même composant intégré en début de chaîne
de valeur va voir sa valeur comptabilisée autant de fois qu’il y a d’étapes de
transformation du produit final réalisées dans des pays différents. Afin de
donner une vision plus réaliste des relations commerciales entre pays, il faut
donc apurer les flux d’exportations et d’importations des doubles comptes
et passer ainsi d’une mesure brute à une mesure des échanges en valeur ajou-
tée, cette dernière représentant l’apport réel de chaque participant. L’enca-
dré 1.4 explique le principe de mesure du commerce « en valeur ajoutée ».
Encadré 1.4 : Une nouvelle mesure du commerce international
Cet encadré a pour but de montrer le principe intuitif de la comptabilité du
commerce en valeur ajoutée (voir chapitre 4, section 3 pour une présenta-
tion plus détaillée de la méthodologie appliquée par l’OCDE). Dans le
schéma ci-dessous, la France exporte vers l’Allemagne une valeur de 50 de
pneus produits sans recours à des intrants étrangers pour équiper des voi-
tures, elles-mêmes produites en Allemagne sans recours à d’autres intrants
étrangers. Ces voitures sont ensuite exportées vers le consommateur final
en Hollande pour une valeur de 200.
Mesure en données brutes :
50 (pneus)
France Allemagne
200 (voitures)
Hollande
Mesure en valeur ajoutée :
France Allemagne
50 (pneus) 150 (voitures hors pneus)
Hollande
Avec la mesure en données brutes (c’est-à-dire selon la méthode utilisée
dans la balance des paiements), on observe des exportations de 50 de la
35
[Link] 35 22/05/18 16:07
Économie internationale
France vers l’Allemagne et de 200 de l’Allemagne vers la Hollande, soit un
volume total d’exportations de 250 qui inclut un double compte des pneus.
Par contre, avec la mesure en valeur ajoutée, on observe des exportations de
50 de la France vers la Hollande et de 150 de l’Allemagne vers la Hollande.
Le commerce en valeur ajoutée reflète ainsi la contribution de chaque éco-
nomie à la valeur finale du bien.
La mesure du commerce en valeur ajoutée ne modifie pas les soldes exté-
rieurs globaux des pays (ici + 50 pour la France, + 150 pour l’Allemagne et
– 200 pour la Hollande). Par contre, elle modifie les soldes bilatéraux : la
France a un excédent de + 50 avec l’Allemagne et un solde nul avec la Hol-
lande selon les données brutes, alors qu’elle affiche un solde nul avec l’Alle-
magne et de + 50 avec la Hollande selon la mesure en valeur ajoutée.
La figure 1.15 représente la structure du commerce mondial par pays, cal-
culée de deux façons : classiquement, par la part de chaque pays dans les
exportations mondiales brutes ; selon la nouvelle méthodologie d’élimination
des doubles comptes, d’après les travaux menés par l’OCDE sur le commerce
en valeur ajoutée.
Figure 1.15 : Parts en pourcentage des principaux pays dans le commerce
mondial mesurées en données brutes et en valeur ajoutée, en 2011
12
10
8
Exportations brutes
En valeur ajoutée
6
0
États-Unis
Chine
Allemagne
Japon
Royaume-Uni
France
Russie
Italie
Canada
Corée
Inde
Arabie
Espagne
Pays-Bas
Source : OCDE, base TiVA, décembre 2016.
On voit par exemple que le commerce des États-Unis représente 9,9 % des
exportations brutes mondiales, moins que la Chine qui fait 10,2 %, mais
atteint 11,1 % selon les mesures en valeur ajoutée, alors que la Chine ne fait
36
[Link] 36 22/05/18 16:07
Chapitre 1 • Mondialisations et échanges internationaux
que 9,2 %. La même inversion s’observe dans le couple Japon-Corée : l’écart
entre les deux pays passe de 1,4 point de pourcentage à 2,7 points. Cela ouvre
des perspectives nouvelles sur l’évaluation du commerce international, et les
différences s’accroissent encore quand on passe du niveau global à la réparti-
tion sectorielle du commerce : l’écart entre les exportations brutes et celles en
valeur ajoutée peut devenir considérable, par exemple dans le cas de l’électro-
nique ou des matériels de transport, où les chaînes de valeur sont très fraction-
nées et dispersées.
L’indicateur retenu pour représenter la mesure du commerce en valeur
ajoutée est le contenu domestique des exportations. On peut ainsi établir un
ratio de ce contenu local par rapport aux exportations brutes, comme sur la
figure 1.16.
Figure 1.16 : Part des exportations produites localement, en pourcentage
des exportations brutes, en 2011
100 %
90 %
80 %
70 %
60 %
50 %
40 %
30 %
20 %
États-Unis
Inde
France
Arabie
Corée
Singapour
Irlande
Taïwan
Tchéquie
Slovaquie
Hongrie
Indonésie
Russie
Australie
Argentine
Japon
Nouvelle-Zélande
Norvège
Hong Kong
Luxembourg
Chili
Royaume-Uni
Canada
Maroc
Allemagne
Turquie
Espagne
Suède
Pays-Bas
Mexique
Chine
Pologne
Tunisie
Danemark
Belgique
Finlande
Estonie
Vietnam
Thaïlande
Bulgarie
Malaisie
Brésil
Suisse
Philippines
Roumanie
Italie
Source : OCDE, base TiVA, décembre 2016.
Les pays monoproducteurs et exportateurs de ressources naturelles (Ara-
bie saoudite, Russie, etc.) et les très grands pays ( Japon, États-Unis) ont une
part de valeur ajoutée locale dans les exportations particulièrement haute.
À l’inverse, les pays qui ont un faible ratio de part locale (inférieur à 60 %) sont
soit de très petits pays, soit des pays très intégrés dans les CVM. On remarque
ainsi les pays d’Europe centrale et orientale – fortement intégrés dans les
chaînes de valeur de l’industrie manufacturière allemande – et les petits pays
d’Asie du Sud-Est – intégrés dans les CVM chinoise ou japonaise.
37
[Link] 37 22/05/18 16:07
Économie internationale
Le statut des services
Un autre secteur particulier qui fait l’objet d’une réévaluation est celui des
services1. Les nouvelles données sur le commerce en valeur ajoutée sou-
lignent son importance. Classiquement, les services représentent environ les
deux tiers du PIB de la plupart des pays industrialisés et moins du quart du
total des exportations brutes (16 % en France). Du point de vue de l’analyse
économique, les services étaient considérés comme des « non-échan-
geables » (voir chapitre 2, section 3) : comme, selon la définition tradition-
nelle, les services sont consommés en même temps qu’ils sont produits, et ne
sont de ce fait pas transportables, ils ne pouvaient jouer qu’un rôle mineur
dans le commerce international (spécifiquement celui dévolu à l’assurance et
au fret).
Mais si l’on se tourne vers les mesures en valeur ajoutée, le tableau change :
la contribution des services aux exportations est d’environ 60 % en France
et au Royaume-Uni ; autour de 50 % en Allemagne, en Italie et aux États-Unis ;
elle atteint 85 % au Luxembourg et à Hong Kong. À l’autre bout de l’échelle,
où la part des services dans les exportations totales est relativement faible, on
trouve deux types de pays : d’une part, les exportateurs de ressources natu-
relles (Brésil, Canada, Russie) ; d’autre part, les pays à forte spécialisation
manufacturière (Mexique, Chine, Corée). Il convient néanmoins de noter
que, même dans ces cas, la part des services dans les exportations est supé-
rieure à celle qui résulte des données brutes (elle est par exemple de 30 % en
Chine).
Comment s’explique cette réestimation du poids des services ? C’est que
ceux-ci, qu’ils soient d’origine nationale ou étrangère, contribuent pour plus
d’un tiers aux chaînes de valeur de tous les produits manufacturés et, parmi
eux, à ceux qui sont exportés. Ainsi, en France, plus de la moitié de la valeur
ajoutée locale produite dans le secteur des matériels de transport est attri-
buable au secteur des services.
1. Parmi les cinq principaux secteurs exportateurs de la France figurent quatre secteurs
manufacturiers et un secteur de service intitulé « Autres activités commerciales ». Ce secteur
inclut les activités suivantes : location de machines et d’équipements sans opérateur et de biens
personnels et domestiques ; activités informatiques et activités rattachées ; recherche-dévelop-
pement ; autres activités de services aux entreprises (activités juridiques, comptables et d’au-
dit ; conseil fiscal ; activités d’études de marché et de sondage ; conseil pour les affaires et le
management ; activités d’architecture, d’ingénierie et autres activités techniques ; publicité ;
activités de services aux entreprises non classées ailleurs).
38
[Link] 38 22/05/18 16:07
Chapitre 1 • Mondialisations et échanges internationaux
À retenir
• Les améliorations techniques dans les secteurs des transports et de la com-
munication ont été le principal moteur du développement des échanges et
de la mondialisation au cours des deux derniers siècles.
• Les décisions politiques ont également joué un rôle prépondérant soit en
favorisant le processus de mondialisation, soit en l’inversant. La mondialisa-
tion n’est ni un processus irréversible, ni un processus linéaire.
• Au cours des dernières décennies, la croissance du commerce international
de marchandises et de services commerciaux a considérablement augmenté,
dépassant la croissance de la production mondiale.
• Durant cette période, la part des économies en développement – et parti-
culièrement celle des pays émergents d’Asie – a progressé. De plus, cette
période est marquée par une plus grande régionalisation des échanges du
fait des accords d’intégration régionale.
• Au cours de la seconde mondialisation, les firmes multinationales ont joué
un rôle de plus en plus important dans le processus qui a mené à l’augmen-
tation des échanges internationaux.
• L’influence des multinationales s’est matérialisée par l’accroissement des flux
d’investissements directs à l’étranger et a contribué à renforcer l’interdépen-
dance économique entre les pays.
• Les chaînes de valeur mondiales désignent l’ensemble des activités fraction-
nées et dispersées dans le monde entier par les firmes multinationales, afin
de mettre un produit sur le marché – depuis sa conception jusqu’à son uti-
lisation finale.
• Du fait du développement des chaînes de valeur, les biens ou services inter-
médiaires représentent actuellement la plus grande partie du commerce
international. Les chiffres du commerce doivent être corrigés pour tenir
compte de cette démultiplication des transactions, ce qui donne lieu au
calcul du « commerce en valeur ajoutée ».
39
[Link] 39 22/05/18 16:07
Économie internationale
Applications
Vrai Faux
1. La mondialisation est un processus ininterrompu depuis
l’époque des grandes découvertes.
2. Ce n’est qu’à partir de 1970 que l’on retrouve la même
intensité des échanges commerciaux que celle atteinte
en 1914.
3. Le taux d’ouverture des pays varie dans le même sens que
leur PIB.
4. De 1985 à nos jours, le commerce international a augmenté
plus rapidement que le PIB mondial.
5. On appelle échanges intrabranches la circulation de
composants entre filiales d’une même entreprise implantées
dans différents pays.
6. Le nombre de migrants internationaux atteint 244 millions
de personnes en 2015, soit 3,3 % de la population mondiale.
7. La moitié des importations mondiales de produits
manufacturés et plus de 70 % des importations mondiales de
services sont actuellement constituées de biens ou de services
intermédiaires.
1. Faux ; 2. Vrai ; 3. Faux ; 4. Vrai ; 5. Faux ; 6. Vrai ; 7. Vrai.
QUESTION DE RÉFLEXION
Comment les chaînes de valeur ont-elles contribué à redéfinir le commerce
international dans le monde ?
Pour aller plus loin
Bairoch P., Mythes et paradoxes de l’histoire économique, Paris, La Découverte, 1999.
Baldwin R.E., « Global Supply Chains : why they emerged, why they matter and where
they are going », CEPR Discussion Papers, 9103, 2012.
Baldwin R.E. et Martin P., « Two waves of globalisation: Superficial similarities,
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Bolt J. et van Zanden J., « The first update of the Maddison project: Re-estimating growth
before 1820 », Maddison Project Working Paper, WP-4, 2013.
Bordo M.D., Eichengreen B. et Kim J., « Was there really an earlier period of financial
integration comparable to today? », NBER Working Paper, 6738, 1998.
Bénassy-Quéré A., Chavagneux C., Laurent E., Plihon D., Rainelli M. et Warnier J.P.,
« Les grandes questions économiques et sociales », in Les Enjeux de la mondialisation,
III, Paris, La Découverte, 2013.
40
[Link] 40 22/05/18 16:07
Chapitre 1 • Mondialisations et échanges internationaux
Broadberry S. et O’Rourke K.H., « 1870 to present », in The Cambridge Economic History
of Modern Europe, II, Cambridge, Cambridge University Press, 2010.
CNUCED, World Investment Report, 2007.
CNUCED, World Investment Report, 2016.
Crafts N., « British industrialisation in an international context », Journal of Interdisciplinary
History, 19, 1989, p. 415-428.
Crozet M. et Koenig P., « Mondialisation et commerce international – État des lieux du
commerce international », Cahiers français, 325, 2005.
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Quarterly Journal of Economics, 118(2), 2003, p. 359-407.
Faubert V., « Quels enseignements tirer de la première mondialisation (1870-1914) ? »,
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Feenstra R.C., Inklaar R. et Timmer M.P., « The next generation of the Penn World
Table », American Economic Review, 105(10), p. 3150-3182.
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Economic History, 1986.
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K. Constant, P. Domingues,
G. Duchêne, A. Guillin,
S. Kablan, P. Lenain
et J. Lochard
économie internationale Karine Constant, Patrick Domingues,
Gérard Duchêne, Amélie Guillin,
Sandrine Kablan, Patrick Lenain et Julie Lochard
Cours et applications
Résolument pédagogique, ce manuel expose les principaux concepts de l’économie internationale.
Il fournit les données récentes sur la plupart des sujets liés à la mondialisation et traite les
questions suivantes :
économie
l’évolution historique des échanges internationaux ;
les déterminants du commerce ;
les firmes dans un monde globalisé ;
les effets de la mondialisation sur l’emploi, les inégalités et l’environnement ;
les causes du retour actuel du protectionnisme et ses enjeux ;
internationale
économie internationale
l’avenir incertain des négociations multilatérales et la fragilité de l’intégration européenne.
Le livre comprend de nombreux exemples, des focus sous la forme d’encadrés, et des graphiques.
Chaque chapitre s’achève sur une liste des points à retenir, des QCM corrigés et des applications.
Les corrigés des applications sont disponibles sur le site [Link].
Public
Étudiants à l’université au niveau Licence et Master en sciences économiques, gestion et
sciences politiques
Étudiants en écoles de commerce
Cadres en formation continue
Cadres dans les services de relations extérieures
illustration de couverture : © Scanrail/AdobeStock Cours et applications
Auteurs
L’ouvrage a été réalisé par l’équipe des enseignants chercheurs du laboratoire Erudite et du
Master Économie Internationale de l’UPEC (Université Paris-Est-Créteil). Il rassemble les
contributions de Karine Constant, Patrick Domingues, Amélie Guillin, Sandrine Kablan, Julie Lochard,
ainsi que de Patrick Lenain, économiste. Il a été coordonné par Gérard Duchêne, professeur émérite
à l’UPEC.
ISBN : 978-2-311-40556-9
9 782311 405569
9782311405569_CV.indd Toutes les pages 30/05/2018 17:00