Émancipations créatrices
RIMBAUD, Les Cahiers de Douai
RIMBAUD
LES CAHIERS DE DOUAI
VINGT CITATIONS ESSENTIELLES
[Choisissez au moins dix citations : celles qui vous plaisent et que vous pourrez mémoriser. Veillez à ce qu’elles illustrent des enjeux
différents du recueil.]
1. Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l’herbe menue. (« Sensation »)
® Bonheur solitaire au contact de la nature.
® Fugue rêvée.
2. – Moi, je serais un homme, et toi, tu serais roi,
Tu me dirais : Je veux !… – Tu vois bien, c’est stupide.
[…] Non, ces saletés-là datent de nos papas !
Oh ! Le Peuple n’est plus une putain. (« Le Forgeron », v. 46-47 et 57-58)
® Poésie révolutionnaire qui conteste l’autorité du souverain.
® Écriture polémique qui cherche à choquer par des mots familiers ou grossiers (et donc révolution poétique : Rimbaud intègre le
langage familier dans l’écriture poétique).
3. C’est la Crapule,
Sire. Ça bave aux murs, ça monte, ça pullule. (« Le Forgeron », v. 110-111)
® Écriture politique. Sympathie pour les « misérables », défense du peuple.
® Déstructuration du vers (contre-rejet ; rejet) ; rime originale en -ule. Écriture novatrice.
4. Oh ! la route est amère
Depuis que l’autre Dieu nous attelle à sa croix ;
Chair, Marbre, Fleur, Vénus, c’est en toi que je crois ! (« Soleil et Chair »)
® Critique de la foi chrétienne. Émancipation par rapport à son éducation religieuse stricte.
® Appropriation des figures mythologiques (Vénus, déesse antique de l’amour).
5. Ô pâle Ophélia ! belle comme la neige !
Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté !
– C’est que les vents tombant des grands monts de Norwège
T’avaient parlé tout bas de l’âpre liberté. (« Ophélie »)
® Reprise et appropriation des figures littéraires : Ophélie, la fiancée d’Hamlet chez Shakespeare, se rapproche du poète (goût de
la liberté, contact immédiat avec la nature, prise de risque).
6. – Peuh ! Tartufe était nu du haut jusques en bas ! (« Le Châtiment de Tartufe »)
® Anticléricalisme, critique d’une religion hypocrite. Démystification des figures d’autorité.
® Audace dans l’écriture poétique qui intègre des interjections familières (peuh !). Goût de la provocation.
7. Comme d’un cercueil vert en fer blanc, une tête
De femme à cheveux bruns fortement pommadés
D’une vieille baignoire émerge, lente et bête,
Avec des déficits assez mal ravaudés
[…] Belle hideusement d’un ulcère à l’anus. (« Vénus anadyomène »)
® Réécriture parodique de la naissance de Vénus. Goût de la provocation. Renversement des motifs littéraires.
® Poésie de la laideur.
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RIMBAUD, Les Cahiers de Douai
8. Sur la place taillée en mesquines pelouses,
Square où tout est correct, les arbres et les fleurs,
Tous les bourgeois poussifs qu’étranglent les chaleurs
Portent, les jeudis soirs, leurs bêtises jalouses. (« A la musique »)
® Critique de la bourgeoisie provinciale. Émancipation par rapport au milieu d’origine.
9. – Moi, je suis, débraillé comme un étudiant
Sous les marronniers verts les alertes fillettes […]
– Je reconstruis les corps, brûlé de belles fièvres.
Elles me trouvent drôle et se parlent tout bas…
– Et je sens les baisers qui me viennent aux lèvres… (« A la musique »)
® Opposition entre le poète et les bourgeois. Éveil sensuel. Écriture du fantasme.
10. A genoux, cinq petits – misère !
Regardent le boulanger faire
Le lourd pain blond… (« Les Effarés »)
® Sympathie pour les « misérables » (les petits). Valorisation du peuple (le boulanger).
11. On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans.
Et qu’on a des tilleuls verts sur la promenade. (« Roman »)
® Écriture adolescente qui revendique une part de jeu et de provocation. Contact avec la nature.
12. Tandis qu’une folie épouvantable, broie
Et fait de cent milliers d’hommes un tas fumant ;
– Pauvres morts ! dans l’été, dans l’herbe, dans ta joie,
Nature ! ô toi qui fis ces hommes saintement !… – (« Le Mal »)
® Poésie politique. Dénonciation de la guerre. Opposition guerre / nature.
13. – Il est un dieu qui rit aux nappes damassées […]
Et se réveille, quand des mères, ramassées
Dans l’angoisse, et pleurant sous leur vieux bonnet noir,
Lui donnent un gros sou lié dans leur mouchoir ! (« Le Mal »)
® Critique d’une religion indifférente, vénale. Opposition Dieu / les mères endeuillées.
14. L’Homme pâle, le long des pelouses fleuries,
Chemine, en habits noirs et le cigare aux dents […]
Car l’Empereur est soûl de ses vingt ans d’orgie !
Il s’était dit : « Je vais souffler la Liberté
Bien délicatement, ainsi qu’une bougie ! »
La Liberté revit ! Il se sent éreinté ! (« Rages de Césars »)
® Satire politique. Critique de Napoléon III. Rabaissement des figures d’autorité.
® Influence de Victor Hugo (critique de Napoléon III dans Les Châtiments).
15. L’hiver, nous irons dans un petit wagon rose
Avec des coussins bleus.
Nous serons bien. Un nid de baisers fous repose
Dans chaque coin moelleux. (« Rêvé pour l’hiver »)
® Sonnet libertin : rimes croisées ; changement de vers dans les quatrains.
® Rêverie amoureuse.
16. Depuis huit jours, j’avais déchiré mes bottines
Aux cailloux des chemins. J’entrais à Charleroi.
— Au Cabaret-Vert : je demandai des tartines
De beurre et du jambon qui fût à moitié froid. (« Au Cabaret vert »)
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RIMBAUD, Les Cahiers de Douai
® Poésie autobiographique. Réalisme. Thème de la fugue. Goût de la liberté.
17. Au milieu, l’Empereur, dans une apothéose
Bleue et jaune, s’en va, raide, sur son dada
Flamboyant ; très heureux, – car il voit tout en rose,
Féroce comme Zeus et doux comme un papa. (« L’Éclatante victoire de Sarrebrück »)
® Ridiculisation de Napoléon III. Satire politique. Goût de la provocation (rime dada / papa). Humour.
18. C’est un large buffet sculpté ; le chêne sombre,
Très vieux, a pris cet air si bon des vieilles gens […]
– C’est là qu’on trouverait les médaillons, les mèches
De cheveux blancs ou blonds, les portraits, les fleurs sèches
Dont le parfum se mêle à des parfums de fruits. (« Le Buffet »)
® Poésie des descriptive. Influence de Baudelaire (« Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées » dans Les Fleurs du mal).
19. Mon unique culotte avait un large trou.
– Petit-Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course
Des rimes. (« Ma Bohème »)
® Poésie de la fugue. Réalisme (précarité du marcheur). Appropriation de motifs littéraires. Naissance d’une identité poétique.
20. Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur ! (« Ma Bohème »)
® Poète nouvel Orphée. Émergence d’une identité poétique. Images fortes (les élastiques lyres, les souliers blessés). Rimes
audacieuses (fantastique / élastique).
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