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Le Problème Sur Tabac A Madagascar: Melozdogyne

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Cah. ORSTOM, sb. Bol., no 11 - avril 1970.

LE PROBLÈME MELOZDOGYNE SUR TABAC


A MADAGASCAR

PAR

G. DE GUIRAN *

RÉSUMÉ

Au cours d’une mission effectuée par l’auteur en 1963 à Madagascar, le problème


Meloidogyne sur tabac a été plus particulièrement abordé.
Ce problème se présente différemment dans les différentes régions de la Grande Ile.
Sur les Hauts Plateaux, où se pratique une culture artisanale sur des surfaces réduites,
les terrains de culture sont très infestés, principalement par M. javanica.
Sur la côte ouest, région de culture industrielle, ce sont surtout les pépinières qui sont
atteintes. Les plants de pépinière parasités transportent l’infection dans les terres de décrue
((< baibohos O) où ils sont repiqués. Dans les parties basses des baibohos, où le sol est lourd,
l’infection reste très limitée. Mais, dans les parties hautes (bourrelets) où le sol est sableux,
cette infection se développe rapidement, occasionnant parfois de graves dégâts. L’inondation
annuelle suffit généralement à éliminer l’infection. M. incognita a surtout été trouvé sur la
côte ouest.
Différents moyens de lutte sont envisagés, consistant en traitements chimiques ou en
rotations culturales pour lesquelles plusieurs planles ont été testées vis-à-vis des souches de
Meloidogyne prélevées dans les différentes régions de l’île.
Sur les Hauts Plateaux, outre les traitements appliqués aux pépinières, les terrains
de culture devraient être, soit traités à l’E.D.B. ou au D.D. à l’aide d’un pal injecteur, soit
soumis à des rotations culturales pour lesquelles différentes plantes sont proposées, en parti-
culier l’arachide et Eragrostis curvula souche Ermolo.
Sur la côte ouest, les pépinières devraient être systématiquement traitées par le bromure
de méthyle. Les bourrelets des baibohos où l’infestation persisterait d’une année sur l’autre,
pourraient être soumis à une rotation culturale employant par exemple Cenchrus ciliaris.
L’essai de variétés résistantes mises au point dans d’autres pays est également conseillé.

SUMMARY

During a three months stay in Madagascar in 1963, the author studied the Meloidogyne
problem on tobacco.
This problem presents itself differently in the different parts of the island.

* Laboratoire de Nématologie, Centre O.R.S.T.O.M. d’hdiopodoumé, B.P. 20, Abidjan (Côte d’ivoire).
188 G. DE GUIRAN

In the Highlands, where tobacco is grown by peasant farmers tending individually


small plots, fields were found to be heavily infested, mainly bly M. javanica.
On the West Coast, where tobacco cultivution is practised on un industrial scale, espe-
cially seedbeds are infested, but spread of infection may occur when alfected seedlings are
transplanted later in the fields. These fields are established in low-lying nreas (baibohos),
which are naturally flooded in the rainy season, but fa11 dry progressively as the dry season
advances. In the heavy soils of the lower parts of these arens the degree of infection remains
low, but in the higher parts (bourrelets) with lighter, sandy soils infection may build up
rapidly, sometimes causing heavy losses. The annual inundation of the terrain will normally
suffice to eliminate infection. In this aren mostly M. incognita is found.
Control methods are suggested, either by chemical means or by trop rotations including
various crops tested against different Meloidogyne isolates sampled in different parts of the
island.
In the Highlands, in addition to seedbed treatment, nematodes in tobacco fields should be
controlled either by injecting E.D.B. or D.B. fumigant in the soi1 or by adopting trop
rotations including different crops, especially groundnuls and love gruss (Eragrostis cur-
vula, Ermelo strcxin).
On the West Coast, seedbeds should be treated systemcrtically with methyl bromide.
In the higher parts of the baiboho, where nematode infection is liable to persist from one
year to the other, trop rotation should be used including for example Cenchrus ciliaris as
an alternative trop. Variefies of <</luecured jj tobacro found resistant in other countries
should be tried ouf.

INTRODUCTION

Les nématodes parasites du tabac ont étb l’un des principaux problirmcs abordés
au cours d’une mission d’étude sur les nématodes phytoparasites cffcctuéc par l’auteur
à Madagascar en 1963.
En l’absence de nématologistes, des spécialistes d’autres disciplines intéressant la
défense des cultures avaient signalé l’existence de nématodes parasitant le tabac dans
la Grande Ile et, instruits par l’exemple d’autres pays producteurs, pressenti l’acuité
du problème (B~~RIQUET, 1946, 1954 ; BR~NIERE, 1958).
Au cours de la première mission nématologique effectuée à Madagascar, T,uc: (1958)
avait décelé la présence de ces mêmes parasites dans le sol de nombreux champs de tabac
et montré la nécessité d’étudier plus à fond la question, ce qui n’avait pu, l’époque étant
défavorable, être fait sur le moment.
Les nématodes constituent en effet le problème phytosanitaire la plus grave des
planteurs de tabac dans les régions de grosses productions des zones tempérées chaudes
et tropicales. Les Etats-Unis, la Rhodésie, l’Afrique du Sud consacrent de trh impor-
tantes sommes et un nombreux personnel à la recherche et B la lutte contre ces parasites
et les résultats obtenus dans l’augmentation et l’amélioration de la production ont prouvé
la rentabilité de ces dépenses.
Les principaux nématodes parasites du tabac appartiennent aux trois genres sui-
vants, par importance décroissante : Meloidogyne, Pratylenchus, Tylenchorhynchus.
Les espèces du genre Meloidogyne sont de loin les plus répandues et les plus graves.
Les producteurs sont depuis longtemps, hélas, familiarisés avec les boursouflures carac-
téristiques provoquées sur les racines par ces parasites. Dans les régions subtropicales,
les Meloidogyne sont pratiquement présents dans toutes les terres cultivées OLI culti-
LE PROBLÈME Meloidogyne SUR TABAC À MADAGASCAR 189

vables : la liste des plantes attaquées par ces parasites comprend en effet i ce jour, plus
de 2 000 espèces et de nouveaux hôtes sont sans cesse découverts. Lc très grand pouvoir
reproducteur de ces nématodcs fait que leurs populations augmentent rapidement
lorsqu’une plante très sensible, comme le tabac, est cultivée continucllemcnt sur un sol
où ils sont présent,s à l’origine, et qu’ils finissent par supplanter les autres espèces de
nématodes.
De sorte que dans les pays, tel Madagascar, où les moyens de lutte contre les néma-
todes ne sont pas encore employés d’une façon systématique et rationnelle, le problème
des nématodes parasites du tabac se ramène, en fait, A celui posé par les différentes
espèces de Meloidogyne.
Dans d’autres régions, par contre, les nématodes du genre Prafylenchus posent un
problème qui, pour être moins grave, n’en est pas pour autant négligeable. Ces nématodes
creusent dans le parenchyme cortical des cavités où ils vivent et se reproduisent, mais
peuvent également, une fois la racine détruite, migrer à tous les stades de leur cycle
vers des racines saines. Les lésions ainsi provoquées se développent sur le système radi-
culaire et il apparaît une affection connue SOLS le nom de ((Brown Root Rot )).Lesdégâts
causés par les Prafylenchus sont augmentés du fait que ces parasites favorisent l’appari-
tion de maladies dues à d’autres agents pathogènes : Black Shank (Phyfophfhora para-
sifica var. nicofianae), Black Root Rot (Thielaviopsis basicola), etc.
Les Tylenchorhynchus sont des nématodes ectoparasites dont certaines espèces
causent au tabac un affaiblissement du système radiculaire et un rabougrissement de la
partie aérienne.
Il existe également une maladie du tabac due au (( nématode des tiges )) (Difylenchus
dipsaci), mais cette affection est limitée aux régions tempérées froides.
Le présent article traitera donc essentiellement du problème posé par Meloidogyne
sur le tabac à Madagascar. On aura intérêt, avant d’en poursuivre la lecture, à consulter
la mise au point rédigée par DE GUIRAN et NETSCHER (1970) où l’on trouvera, sur la
biologie de ces parasites, les généralités qui éclaireront les données particulières A ce
problème tel qu’il se pose dans la Grande Ile.

1. - MRLOIDOGYNE SUR TABAC

Symptômes. Dégâts. Importance économique.

Le symptôme primaire de l’infection du tabac par Meloidogyne est la présence de


galles sur les racines. Le nombre et la taille de ces galles dépend du taux d’infestation
et de 1’Age de la plante. En début de cycle, ou si l’infestation est faible, on trouve surtout
de petites galles ou de légères boursouflures sur les jeunes racines. Sur des plants plus
âgés poussant sur un sol très infesté, le système radiculaire entier est généralement atteint.
Dans les cas extrêmes, le chevelu disparaît et les racines principales sont remplacées par
quelques moignons boursouflés.
Les galles ouvertes à l’aide d’un fin canif, laissent apparaître de petites perles blan-
châtres de la grosseur d’une demi tête d’épingle qui sont les femelles du parasite.
Les ceufs sont souvent visibles sous forme de masses gélatineuses brun clair accolées
à la surface des racines.
Les symptômes observés sur la partie aérienne, et partant les dégâts occasionnés
au tabac, sont donc ceux qui découlent d’un affaiblissement du système radiculaire.
190 G. DE GUIRAN

L’alimentation en eau et la nutrition minérale sont gravement perturbées. Lors des


périodes de sécheresse, la plante entière accuse des symptômes de flétrissement qui sont
particulièrement marqués durant les heures chaudes de la journée et disparaissentgene-
ralement pendant la nuit pour réapparaître le lendemain.
Lors d’attaques graves, les symptômes de flétrissement peuvent même apparaître
alors que la plante a suffisamment d’eau à sa disposition.
Les plants de tabac atteints ont une allure générale chétive. Les feuilles perdent
leur couleur vert-franc pour prendre une teinte générale chlorotique. Souvent même les
feuilles de la partie inférieure jaunissent puis se dessèchent à leur extrémité et sur leur
pourtour, ce symptôme pouvant couvrir le tiers et parfois même la moitié de la surface
de la feuille.
Pour éviter ces inconvénients, les feuilles sont récoltées vertes et donnent alors un
produit de piètre qualité.
Ceci concerne les dégâts aux champs. Mais un autre aspect particulièrement impor-
tant concerne les infestations en pépinières. Elles sont d’autant plus dangereuses qu’elles
passent souvent inaperçues : au moment de la transplantation, très peu de femelles ont
en effet complété leur cycle et les galles que portent les racines sont de petite taille. Mais
cette légère infestation suffit déja pour ralentir la venue des pieds en pépinière. D’autre
part, l’on transporte ainsi en plein champ une source d’infestation et, compte tenu du
grand pouvoir de reproduction des Meloidogyne (une femelle pond couramment de 500
à 1 000 œufs), l’infection ne tarde pas à se répandre à tout le système radiculaire au fur
et à mesure de son extension. Les pieds de tabac ont alors du mal à reprendre après leur
transplantation et les symptômes décrits plus haut ne tardent pas à apparaître sur la
partie aérienne de la plante.
L’intensité de ces symptômes et les pertes de rendement qui en découlent sont géné-
ralement fonction du temps depuis lequel le tabac est cultivé sur le terrain considéré.
De graves dégâts n’apparaissent que lorsque le parasite s’est suffisamment multiplié
et que la population a atteint un certain niveau dans le sol, ce qui ne se produit, en géné-
ral, qu’après quelques années de culture. Dans les terrains très anciennement cultivés en
tabac la population atteint généralement un niveau d’équilibre qu’elle ne peut dépasser
faute de nourriture suffisante. Certaines années, cependant, cet équilibre peut être rompu
sous l’effet de causes diverses (forte multiplication l’année précédente suivie d’une bonne
conservation dans le sol entre les deux campagnes) et les jeunes plants de tabac trouvent
dans le sol une population telle que leur croissance est stoppée et que la production est
pratiquement nulle.
En dehors de ces cas extrêmes, les pertes dues aux Meloidogyne dans la culture du
tabac ont été chiffrées dans certains pays.
DAULTON (1963) signale en Rhodésie du Sud des pertes allant de 200 à 350 kg/ha,
et pouvant dans certains cas atteindre 1 100 kg/ha.
Un an plus tard, le même auteur donnant les résultats d’expériences de traitements
combinés par rotations culturales et injections de produits nématicides indique, pour le
traitement le plus favorable, un rendement de 2 129 kg/ha, alors que celui du témoin
n’est que de 493 kg/ha, ce qui implique des pertes encore plus élevées que celles signalées
plus haut.
Le total des pertes causées au tabac par Meloidogyne javanica en Rhodésie du Sud
est estimé annuellement à 9 à 12 000 tonnes sur une production totale de 118 000 tonnes,
soit une perte de 9 %, ceci bien que des traitements nématicides soient appliqués à 56 y0
des surfaces plantées en tabac, et que 88 y0 des planteurs traitent leurs pépinières contre
les nématodes (DAULTON, 1964).
LE PROBLÈME Meloidogyne SUR TABAC A MADAGASCAR 191

Aux Etats-Unis, c’est à 20 millions de dollars que l’on estimait en 1956, pour le
seul état de la Caroline du Nord, les pertes dues aux nématodes du genre Meloidogyne,
en ne considérant que les baisses de rendement et de qualité et sans compter les frais
occasionnés par les traitements et procédés culturaux appliqués contre ces parasites
ni le manque à gagner consécutif aux rotations anti-nématodes (LUCAS, 1957).
En Géorgie, on estime les pertes à 8 à 12 y0 de la récolte annuelle (JENKINS et al.,
1963).

II. - LE PROBLÈME MELOIDOGYNE SUR TABAC A MADAGASCAR

A. - La culture du tabac dans la Grande Ile.


Deux systèmes de cultures du tabac étaient pratiqués à Madagascar en 1963 et se
répartissaient grossièrement en deux zones climatiques distinctes : la culture artisanale
rencontrée en grande majorité sur les Hauts Plateaux et la culture industrielle qui occupe
certaines terres de l’Ouest subcontinental.
Sur les Hauts Plateaux, le tabac est le plus souvent produit par de petits cultivateurs
qui exploitent eux-mêmes, avec des moyens fort modestes, un champ de dimensions
réduites. Le système de partage des terres fait que ces cultivateurs possèdent leur champ
et ne peuvent exploiter que celui-là. Le tabac constitue de plus pour eux la seule source
d’argent liquide, les autres cultures étant des cultures vivrières destinées à la consom-
mation familiale. La conséquence en est que le tabac est cultivé de façon continue sur
le même sol avec toutes les suites fâcheuses que cela comporte du point de vue de l’in-
fection par Meloidogyne.
Il s’agit généralement d’une culture pluviale : les semis ont lieu pendant la fin de
la saison sèche (août-septembre) et le repiquage au moment des premières pluies. La
récolte s’étage sur les derniers mois de la saison des pluies. C’est là un calendrier global
qui peut comporter localement des modifications en fonction du climat de chaque région,
lui-même généralement fonction de l’altitude.
Les cultures industrielles de l’Ouest subcontinental sont, par contre, pratiquées
uniquement en saison sèche sur terres de décrue. De vastes dépressions, appelées (tBai-
bohos )), inondées en saison des pluies sont labourées et plantées en tabac au fur et à
mesure de leur assèchement. Le tabac est ici produit par de grosses sociétés disposant de
grandes surfaces de plantation et, en général, de larges possibilités d’investissement en
matériel et en produits.
Dans certaines zones des Hauts Plateaux (Ambalavao), on trouve également, en
plus de la culture pluviale, une culture de saison sèche sur terres de décrue, mais il s’agit
toujours de culture artisanale.
Deux facteurs s’interpénètrent donc dans la production du tabac à Madagascar :
facteur climatique et facteur socio-économique. Ces deux facteurs seront également
d’une importance capitale en ce qui concerne le problème Meloidogyne. Le facteur
climatique influe sur les données de ce problème et sur la gravité avec laquelle il se pose
dans les différentes régions ; le facteur socio-économique, lui, dictera le choix à effectuer
parmi les moyens qui se présentent pour tenter d’y apporter une solution.

B. Les infestations dans les différentes régions.


Il faut tout d’abord souligner ici la difhculté de se faire une idée exacte, au cours d’un
bref passage, de la gravité des attaques de Meloidogyne sur tabac à Madagascar.
192 G. DE GUIRAN

Cultivé en saison des pluies sur les Hauls Plateaux, le tabac l’est en saison sèche
sur la côte ouest. De plus, sur les Hauts Plateaux, le cycle s’intercale a des époques
différentes selon les régions. L’idéal serait de pouvoir rester un an sur place alin de pou-
voir effectuer des observations aux différentes époques du cycle dans chacune des régions
climatiques distinctes. Il est de plus délicat d’arracher dans un champ de tabac en cours
de production un nombre important de pieds. Force est donc de se contenter d’obser-
vations éparses et peu nombreuses ou d’analyses de sol qui, dans le cas de Meloidogyne,
ne donnent pas de renseignements quantitatifs précis, et de tenir compte des observations
des producteurs ou des spécialistes d’autres disciplines.
Il a néanmoins été possible de se rendre compte des différents facteurs qui inlluent
sur le problème Meloidogyne et de ceux qui gouvernent les possibilités d’appliquer les
divers moyens de lutte disponibles.
Sur les Hauts Plateaux, trois régions de culture du tabac ont été visitées : Ambato-
lampy, Itasy, Ambalavao ; chacune de ces régions se distinguant par un certain nombre
de caractères qui se reflètent dans les infections par Meloidogyne.
Dans l’Ouest subcontinental, qui sera désigné par la suite sous le terme de GCôte
Ouest b),seule la région de Mampikony a PLI être visitée. Il est neanmoins probable que,
au niveau de gravité près, le problème se pose dans les mêmes termes dans Ic reste de
cette zone et que les conclusions tirées des observations effectuées à Mampikony, surtout
en ce qui concerne les moyens de lutte, sont cxtrapolables à l’ensemble de la Côte
ouest.
1. - HAUTS PLATEAUX.
Les conditions sont ici, dans l’ensemble, favorables aux attaques de Meloidogyne.
On a vu plus haut que, dans la majorité des cas, le tabac revient chaque année sur le
même terrain. L’infestation initiale tend alors à croître et la vigueur végétative du tabac
à diminuer. Au bout d’un certain temps un équilibre est atteint entre le parasite et l’hôte,
équilibre parfois rompu par de brusques poussées parasitaires.
Un autre facteur contribue au développement de l’infection et ti son maintien une
fois qu’elle est établie. Le tabac est en effet cultivé ici en saison des pluies. Les tufs émis
en fin de cycle demeurent dans le sol en saison seche et, leur éclosion étant en grande partie
inhibée, constituent une réserve d’infection pour la campagne suivante.
Si, dans certaines régions, il n’existe pas à proprement parler de saison sèche, et
qu’une végétation spontanée occupe le sol en intercampagne, il faut s’attendre h ce que,
parmi cette dernière, existent une ou plusieurs plantes-hôtes de Meloidogyne qui main-
tiennent l’infestation.
a) Région d’Ambatolampy.
Les variétés cultivées dans cette région de haute altitude (environ 1800 mètres)
et donc de climat assez froid, sont surtout des tabacs Gcorsés )), riches en nicotine
(Hofakondry, Rambotana) destinés à produire des tabacs à chiquer dont les populations
locales font une grande consommation. Mais ces variétés tendaient à être remplacées
par des tabacs plus légers (Burley, Spaka) pour la production de tabacs B fumer.
Paradoxalement le froid est, dans cette région, un facteur d’aggravation des attaques
de Meloidogyne. Il contribue en effet à allonger le cycle végétatif du tabac qui reste en
terre jusqu’à six mois. Ceci prolonge donc la période de multiplication du parasite que
les basses températures ne suffisent pas à ralentir de façon notable. On assiste alors a des
attaques très marquées en fin de cycle et la région d’Ambatolampy est une de celles où
le tabac est le plus attaqué par Meloidogyne à Madagascar.
LE PROBLÈME Meloidogyne SIJR TABAC À MADAGASCAR 193

Pour maintenir la production, les cultivateurs buttent les pieds avec LU~ mélange de
terre et de fumier. Les racines émises dans cette butte rencontrent un milieu peu favo-
rable au nématode et l’infection ne s’y développe que modérément. A l’arrachage, le
système radiculaire apparaît alors constitué à la partie supérieure d’un chevelu assez
abondant et généralement exempt de galles et à la partie inférieure de plusieurs racines
portant des galles en chapelet d’un n deux centimètres de diamètre.
Les tabacs corsés supportent cet apport supplémentaire d’engrais organique ct
l’augmentation de teneur en nicotine qui en résulte, mais la même pratique sur les
tabacs à fumer risque de donner un produit de mauvaise qualité.
Les tabacs corsés présentent d’ailleurs une sensibilité moindre aux attaques dc
Meloidogyne que les tabacs légers. C’est ainsi qu’à Ankeniheny, des pieds de la variété
Paraguay présentaient un système radiculaire très atteint tandis que les racines de pieds
voisins des variétés Rambotana et Hofakondry portaient beaucoup moins de galles.
Le remplacement des tabacs corsés par des tabacs à fumer risquerait donc de
poser de façon plus aiguë le problème des attaques de Meloidogyne dans la région
d’Ambatolampy.
Des racines de tabac prélevées dans cette région, seul Meloidogyne javanica a été
retiré.

b) Région du lac Itasy.


Plusieurs facteurs contribuent ici à rendre le problème moins grave que dans la
région d’Ambatolampy.
L’altitude moins élevée (environ 1000 m), fait que la température moyenne est
plus haute et le cycle du tabac plus court. Ce dernier ne reste en terre que quatre h cinq
mois. La période de multiplication du parasite est donc moins longue.
Les sols, d’origine volcanique, sont plus riches. Le tabac a donc une vigueur végéta-
tive plus grande qui lui permet de mieux résister aux attaques de Meloidogyne.
Enfin, la principale variété cultivée dans cette région était le Maryland, tout au
moins dans le canton d’Ampefy, seul visité. Or cette variété semble présenter localement
un certain degré de résistance à Meloidogyne par rapport aux autres variétés : dans un
essai de comportement variétal de la station de SEITA à Ampefy, les parcelles dc
Maryland étaient beaucoup moins attaquées que les parcelles plantées avec d’autres
variétés récemment introduites (Paraguay, Rio Grande, Spaka). Cette (t résistance R
plus grande du Maryland peut s’expliquer par le fait que les semences sont généralement
récoltées sur les pieds les plus vigoureux, donc ceux qui, a priori, souffrent le moins
d’attaques de Meloidogyne. Une certaine sélection a donc dû s’opérer h la longue dans
le sens d’une moindre sensibilité à Meloidogyne.
Il n’est donc pas étonnant que les champs de tabac que nous avons visités dans
1’Itasy ne soient en général que moyennement infestés par Meloidogyne. Néanmoins, le
problème est loin d’être absent puisque, ainsi que Luc (1958) l’avait observé, et ainsi
que nos observations l’ont confirmé, tous les champs de la région sont infestés. Le pro-
blème risquait d’ailleurs de s’aggraver avec le remplacement progressif du Maryland
qui était projeté.
Dans un échantillon prélevé à la station du SEITA, il a été déterminé une femelle
de Meloidogyne incognita. Dans tous les autres échantillons, seul Meloidogyne javanica
a été rencontré. On peut donc estimer que Meloidogyne javanica est l’espèce très largcrneut
prédominante dans la région du lac Itasy.
194 G. DE GLJIRAN

c) Région d’ilmbalavao.
Deux cycles de culture du tabac existent dans cette région située à la limite sud des
Hauts Plateaux : l’un en saison des pluies au flanc des collines ou (t tanetys )), l’autre cn
saison sèche sur terres de décrue ou (<baibohos )). A l’époque dc notre visite, les tabacs
cultivés sur tanetys étaient en fin de cycle tandis que ceux cultivés sur baibohos venaient
d’être repiqués. Nos observations ont donc surtout porté sur les cultures de tanctys.
Les cultures de tabacs corsés (tabacs à chiquer) tendaient à l’époque à être concen-
trées autour d’Ambalavao. On a vu que ces tabacs présentaient, à Ambatolampy un
certain degré de résistance envers Meloidogyne javanica par rapport aux tabacs à fumer
(Paraguay, Burley). On pouvait donc s’attendre à ce que le problème Meloidogyne sur
tabac ne se pose pas de façon très grave dans cette région.
Les observations n’ont pas permis d’établir un diagnostic aussi optimiste. Si certains
champs étaient indemnes, de nombreux autres par contre, se sont révélés gravement
attaqués.
On a pu compter, dans le sol avoisinant les racines d’un pied de tabac (t Rambotana ))
gravement atteint, 145 000 larves de Meloidogyne par litre de sol. Cette souche, étudiée
en laboratoire à Abidjan, s’est montrée particulièrement virulente : sur 100 infections
monolarves, 50 se sont révélées positives alors que les chiffres habituellement obtenus
avec la même technique sont de 5 y0 environ (C. NETSCHER, Comm. pers.).
Aux dires des spécialistes du tabac de la région d’ambalavao, les attaques de
Meloidogyne étaient de développement récent dans cette région.
Les échantillons prélevés à Ambalavao ne contenaient que Meloidogyne javanica,
mais le développement d’attaques graves sur des variétés habituellement peu sensibles,
suggère qu’une race physiologique particulièrement virulente de cette espèce était ici
dans une phase de multiplication.
Les tabacs cultivés sur baiboho dans la région d’Ambalavao étaient trop jeunes pour
être valablement examinés. Les quelques pieds dont nous avons pu observer le système
radiculaire ne présentaient pas de galles dues à Meloidogyne, mais leur nombre était
trop restreint pour que l’on puisse en tirer une conclusion.
Par contre, un échantillon de terre prélevé sur baiboho contenait 3 650 Pratylenchus
au litre de sol.
Certains Pratylenchus induisent, on l’a vu, sur le tabac une (( Pourriture brune des
Racines )) (Brown root rot), dont les dégâts sont estimés au dixième de ceux occasionnés
par Meloidogyne. Mais ils sont surtout craints dans certains pays producteurs de tabac
parce qu’ils favorisent l’introduction de maladies bactériennes et cryptogamiques trans-
mises par le sol : Wilt fusarien dû à Fusarium oxysporum var. nicotianae, Wilt bactérien
dû à Pseudomonas solanacearum, pourriture noire des racines due à Thielaviopsis
basicola.
L’espèce rencontrée ici a été déterminée comme Pratylenchus zeae Graham, 1951.
Dans une pépinière ont été également rencontrés quelques individus de Pratylenchus
brachyurus (Godfrey, 1929), Filipjev & Schuurmans Stekhoven, 1941.
Ces deux espèces sont précisément celles qui ont été dénoncées par GRAHAM (1951)
comme responsables de la pourriture brune des racines de tabac dans l’est des Etats-Unis.

d) Le problème des pépinières.


Sur les Hauts Plateaux, les pépinières de tabac destinées aux cultures pluviales sont
semées en fin de saison sèche ou en début de saison des pluies. Il n’a donc pas été possible
d’en faire un examen détaillé.
LE PROBLÈME Meloidogyne SUR TABAC A MADAGASCAR 195

Néanmoins, dans 1’Itasy et à Ambalavao, quelques planches portant des plants


résiduels ont pu être examinées. Les infestations se sont révélées assez irrégulières,
certaines planches étant dépourvues de Meloidogyne, tandis que sur d’autres les plants
examinés portaient des galles sur lesquelles les masses d’œufs étaient visibles.
La terre de planches ne portant plus de plants de tabac a été analysée à l’élutriateur ;
dans quelques cas cette terre contenait des larves de Meloidogyne dans des proportions
allant de quelques individus à 450 par litre de sol.
Dans la région d’Ambalavao, des pépinières destinées aux cultures de décrue ont
été examinées. En plantations artisanales elles se sont révélées indemnes. Par contre,
dans les plantations semi-industrielles de la société + Ny Ambaniandro )), des planches
semées avec la variété Souffl contenaient des larves de Meloidogyne et quelques Praty-
lenchus brachyrus.
Ces infestations, irrégulières dans l’ensemble, peuvent trouver leur explication
dans le fait que, sur les Hauts Plateaux, les pépinières sont généralement installées
chaque année sur terrain neuf, soit en bordure des champs, soit à proximité d’un poinl;
d’eau.
L’infestation au départ dépend alors essentiellement des plantes, cultivées ou spon-
tanées, qui poussaient précédemment sur le terrain.
Une abondante matière organique est généralement incorporée aux pépinières.
Ceci rend le milieu moins favorable aux nématodes et peut faire croire que l’infection
est supprimée. En fait, les symptômes ne sont que masqués : leur apparition est retardée,
leur fréquence et leur intensité diminuées, mais ce moyen ne suffit pas à éliminer complè-
tement le parasite.
Or, le problème de l’infestation des pépinières est un problème qualitatif et non pas
quantitatif. Même une légère infestation suffit à disséminer le parasite dans les champs
qui pourraient en être indemnes au départ ou qui en auraient été débarrassés par désin-
fection chimique ou rotation culturale.

En résumé, le parasitisme de Meloidogyne envers les tabacs cultivés sur les Hauts
Plateaux pose un problème grave en raison de l’infestation quasi générale des terrains
de culture. Cette infestation n’est pas égale sur tous les champs et dans chacune des
régions visitées sa gravité dépend d’un certain nombre de facteurs. Mais il semble que le
problème ne soit nulle part absent.
Il est impossible de chiffrer les pertes de récolte dues à Meloidogyne sur des obser-
vations aussi fragmentaires. Leur évaluation nécessiterait la mise en place d’un essai
de traitements nématicides à dose massive sur un terrain infesté et la comparaison de la
récolte obtenue avec celle de parcelles non traitées. Mais il est certain qu’une amélioration
sensible de production, en qualité et en quantité, suivrait la mise en pratique de méthodes
de lutte dont les modalités d’application seront examinées plus loin.

2. - CÔTE OUEST.
On est ici dans une zone de culture industrielle pratiquée en saison sèche sur terres
de décrue (baibohos).
La variété Maryland était précédemment presque exclusivement cultivée. Au
moment de cette enquête, on assistait à une tentative de reconversion en tabac (( flue
cured H (tabacs dits (( de Virginie )) : variétés White Gold et Hicks principalement).
Le tabac était à l’époque en cours de repiquage. La plupart des bourrelets étaient
déjà plantés mais, dans leur partie basse, les baibohos venaient d’être labourés et n’étaient
pas encore cultivés, sauf dans de rares exceptions. Les observations ont donc surtout
196 G. DE GUIRAN

porté sur les pépinières et sur les bourrelets déjh mis en culture. Toutefois dans cc dernier
cas, seuls quelques coups de sonde étaient possibles.

a) Infestations en pépinières.
Les pépinières de tabac, de vastes dimensions, sont ici installées chaque année
sur les mêmes terrains.
Dans quatre des cinq plantations visitées, elles étaient infestées par Meloidogyne
et dans certains cas de façon très grave. Les variétés les plus atteintes étaient les tabacs
dits Qde Virginie 1)et en particulier la variété Hicks dont des planches entières ont été
trouvées très fortement attaquées par Meloidogyne dans deux plantations. La variété
White Gold est également très attaquée en pépinière. Quant au Maryland, il n’est pas
exempt d’infection puisque des plants portant des galles ont été relevés dans les pépi-
nières de deux plantations.
11est d’autre part certain que l’infection se maintient sur ces pépinières d’une année
à l’autre. Si des plants de tabacs résiduels sont laissés sur les planches après le repiquage,
ils favorisent la multiplication de Meloidogyne. D’autre part, parmi les plantes spontanées
couvrant le sol des pépinières après que les derniers plants aient été enlevés, on a pu
constater une prédominance de Portulaca oleracea, plante-hôte de Meloidogyne, qui
contribue à maintenir le parasite dans le sol.

b) Infestations aux champs.


Les terrains de culture ou (( baibohos )) sont inondés en saison des pluies. Ceci est
très important en ce qui concerne le problème Meloidogyne.
L’éclosion des œufs de Meloidogyne est inhibée dans un sol sec et peut reprendre,
dans une certaine mesure, après réhumidification. La sécheresse du sol tend donc à
conserver l’infestation. Dans un sol saturé d’eau, l’éclosion est également inhibée par le
manque d’oxygène. Si ces conditions asphyxiques se prolongent, les embryons sont tués.
Ce phénomène est sans doute responsable de la très importante baisse d’infestation
presque constamment constatée après l’inondation d’un terrain.
On peut donc escompter que le tabac ne subira pas de graves dommages dans ces
terres de décrue. Mais la réinfestation est assurée chaque année dans de nombreux cas
par les plants issus de pépinières infestées.
Lorsque ces plants sont repiqués dans les parties basses des dépressions, l’infection
ne se développe que lentement. Ces zones sont en effet constituées le plus souvent d’un
sol lourd où prédominent les éléments fins qui en font un milieu peu favorable à la multi-
plication des nématodes. Aux dires des planteurs, ces zones sont en général peu atteintes.
Les quelques observations effectuées dans ces parties basses ont confirmé cette impression.
Par contre les bourrelets sont en général constitués par un sol beaucoup plus sableux
où les nématodes se multiplient beaucoup plus facilement. 1,orsque des pieds de tabac
issus de pépinières infestées sont repiqués sur ces parties sableuses, l’infection se déve-
loppe beaucoup plus rapidement et s’étend à tout le système radiculaire au fur et à
mesure de son extension. Les dégâts peuvent alors être très importants.
Sur tous les bourrelets examinés, les plants prélevés portaient des galles dues à
Meloidogyne. Ces galles étaient encore peu développées car les plants de tabac étaient
jeunes, mais de nombreux cas ont été signalés où toute production était supprimée
dans certaines zones sableuses.
Du point de vue des déterminations spécifiques, alors que sur les Hauts Plateaux
on ne rencontre pour ainsi dire que Meloidogyne javanica, l’espèce la plus souvent
LE PROBLÈME Meloidogyne SUR TABAC A MADAGASCAR 197

déterminée dans la région de Mampikony a été M. incognita. M. javanica est également


présent mais moins fréquemment. Enfin, dans un prélèvement, M. arenaria a été
déterminé.
En vue de régénérer les sols, certains producteurs plantent une année sur quatre,
un engrais vert : l’hntaque (Lablab niger Medick. = Dolichos lablab L.). Cette plante
est sensible à M. javanica et à M. incognita: des pieds d’hntaque prélevés dans une
plantation portaient des galles et les infections expérimentales réalisées à Abidjan avec
les souches de M. javanica et M. incognita en provenance de Madagascar se sont toutes
révélées positives. L’usage de cet engrais vert risque donc de maintenir, voire même
d’accroître, les infestations dans les zones où les inondations de saison des pluies ne sont
pas suffisantes pour débarrasser le sol du parasite.
Le problème majeur des cultures de décrue est donc l’infestation des pépinières.
Leur désinfection, et par conséquent le repiquage de plants sains, permettrait d’éviter la
dissémination de Meloidogyne dans les baibohos. Il est probable cependant que certaines
zones, en particulier les terrains sableux, demeurent infestés. Un programme de désin-
fection pourrait donc être envisagé sur ces terrains.

C. - Moyens de lutte.

Plusieurs méthodes s’offrent aux producteurs de tabac pour combattre Meloidogyne.


Elles diffèrent selon qu’il s’agit de terrains de culture ou de pépinières.

1. - GÉNÉRALITIk SUR LES MOYENS DE LUTTE.

a) Traitements aux champs.


Lorsque les terrains de culture sont très infestés au départ, leur désinfection est
une nécessité absolue. Aucune méthode rentable ne permet de les débarrasser entièrement
du parasite. On cherchera cependant à avoir dans le sol, au moment du repiquage, une
population de Meloidogyne la plus basse possible. Le développement atteint par le
parasite pendant la période de production sera alors suffisamment faible pour ne pas
compromettre la récolte.
Les deux méthodes actuellement les plus efficaces pour arriver à ce résultat sont :
la désinfection chimique des sols et les rotations culturales.

Traitements chimiques.
La principale qualité recherchée dans un produit nématicide est une bonne diffusion
dans le sol. On utilise donc le plus souvent des fumigants qui s’évaporent et saturent
tous les interstices. On doit éviter cependant que cette. évaporation ne soit trop rapide
et que le produit ne s’élimine avant d’avoir agi complètement sur les nématodes.
Les produits nématicides actuellement les plus utilisés en grande culture sont des
dérivés halogénés de carbures d’hydrogènes. Tous ne sont cependant pas utilisables sur
le tabac. C’est ainsi que le D.B.C.P. (vendu sous le nom de Nemagon, Nematox, Nema-
paz, etc.) dont l’agent actif est le 1,2-dibromo-3-chloropropane, et qui est très utilisé
sur certaines cultures en raison de sa faible toxicité envers la plupart des plantes cultivées,
est par contre toxique pour les plantes de la famille des Solanacées et particulièrement
pour le tabac. Sa grande rémanente dans le sol empêche de plus de l’employer même en

13
198 G. DE GUIRAN

laissant un laps de temps suffkant entre le traitement et le repiquage, comme cela est
pratiqué avec les autres nématicides de ce groupe qui sont tous phytotoxiques.
Les deux produits les plus employés jusqu’à ces derniers temps sur le tabac ont été
1’E.D.B. (dibromure d’éthylène) et le D.D. (mélange de dichloropropane et de dichloro-
propène). Ces produits doivent être injectés dans le sol à l’aide d’appareils qui diffèrent
selon les surfaces à traiter.
On a également utilisé sur le tabac un mélange de D.D. et de E.D.B. Il a surtout
pour but de lutter plus effkacement contre les nématodes autres que Meloidogyne
(Pratylenchus brachyurus, Scutellonema brachyurum) (Daulton, 1963). Mais le problème
le plus urgent à résoudre à Madagascar étant le problème Meloidogyne, et le D.D., et
l’E.D.B. étant aussi actifs l’un que l’autre envers ce parasite, l’emploi dc l’un ou l’autre
de ces produits en formulation simple semble suffkant.
Enfin, depuis quelques années ont vu le jour des produits organophosphorés ou de
la famille des thiocarbamates, qui ont une action systématique et semblent doués d’une
bonne efficacité. Leur emploi est cependant subordonné à des essais préalables.

Rotations culturales.
Les nématodes du genre Meloidogyne sont des parasites obligatoires. En l’absence
d’une plante-hôte, les larves libres se trouvant dans le sol finissent par mourir d’inanition.
En cultivant sur un sol infesté, pendant un temps sufflsant, une plante non hôte du
parasite, on arrivera à faire baisser sa population en dessous du niveau de pathogénie
pour le tabac. C’est sur ce principe qu’est basée la méthode de lutte par rotation culturale.
Les plantes à utiliser dans ce but devront, outre leur résistance à Meloidogyne,
avoir un enracinement suffisamment puissant et couvrir au maximum le sol pour
empêcher la croissance d’autres plantes parmi lesquelles risquent de se trouver des
plantes-hôtes de Meloidogyne. Elles devront également laisser le sol dans un état favo-
rable à la culture du tabac. Enfin, dans la mesure du possible, elles devront avoir un
intérêt économique. Les plantes réunissant toutes ces conditions sont malheureusement
rares.
Le temps durant lequel la plante résistante devra être maintenue sur le sol avant de
cultiver à nouveau du tabac dépendra du taux d’infestation du sol au départ. Si le sol
est très infesté, il sera nécessaire de cultiver une plante résistante pendant trois ou quatre
ans. On peut ensuite envisager une rotation plus courte, mais le type de rotation à utiliser
doit être adapté aux conditions locales.
Un facteur complique sérieusement la technique de lutte par rotations culturales :
l’adaptation des Meloidogyne aux plantes résistantes. Il arrive parfois, en effet, qu’une
femelle de Meloidogyne arrive à compléter son cycle sur une plante résistante et à pondre
un certain nombre d’œufs. Les larves issues de ces œufs sont alors capables de se multi-
plier sur la plante en question. Il s’est constitué une race biologique, appelée GRace B V,
agressive envers la plante réputée résistante.
Un type de rotation culturale ne peut donc pas être établi une fois pour toutes pour
lutter contre Meloidogyne. La résistance des plantes utilisées en rotation doit être
contrôlée par des examens périodiques du système radiculaire et des expériences d’inocu-
lations artificielles en laboratoire. Au besoin, les types de successions culturales devront
être changés pour éviter l’apparition et la multiplication de (( races B 9. C’est ce que les
Anglo-Saxons expriment par le conseil suivant : d Rotate the rotation 1).
LE PROBLÈME Meloidogyne SUR TABAC À MADAGASCAR 199

Pratiques culturales.
Il est évident que tout ce qui contribuera à donner de la vigueur au tabac lui per-
mettra de résister davantage aux attaques de Meloidogyne. Les plants de pépinières,
sains et vigoureux, devront être plantés à temps. Toutes les pratiques culturales recom-
mandées pour le tabac devront être appliquées avec soin. Enfin, dès que la récolte est
terminée, les pieds devront être arrachés et leurs racines exposées à la lumière directe du
soleil. Les œufs se trouvant à la surface des racines ou à l’intérieur des tissus, ne résistent
pas à ce traitement. Ce moyen n’est évidemment pas assez efficace pour rendre inutile
les traitements chimiques ou les rotations culturales, mais on évitera ainsi de laisser le
parasite continuer à se multiplier sur la plante et une part non négligeable de l’infestation
sera éliminée. TODD et BENNETT (1957) estiment que par ce moyen, la population dans
le sol est réduite de 90%, ce qui paraît très optimiste, mais il est certain que les traite-
ments nématicides appliqués ensuite seront plus efficaces.

b) Désinfection des pépinières.


Une fois les terrains de culture débarrassés dans toute la mesure du possible de
Meloidogyne, il est essentiel de veiller à ce qu’ils ne soient pas réinfestés. La désinfection
des pépinières est donc une nécessité absolue si l’on veut éviter cette réinfestation. De
plus la levée des semis est retardée et parfois supprimée dans une notable proportion si
la pépinière est très infestée par Meloidogyne. Traitements aux champs et traitements en
pépinières sont donc deux moyens de lutte complémentaires qui ne doivent pas aller
l’un sans l’autre.
Les surfaces à traiter étant ici considérablement réduites, le critère de rentabilité
n’a plus la même importance et l’on pourra mettre en œuvre des moyens matériels ou
utiliser des doses de produits dont l’emploi dans les terrains de culture serait prohibitif.
Les sols des pépinières devant être d’autre part débarrassés des champignons,
bactéries et mauvaises herbes, on cherchera à combiner tous ces traitements en un seul.
Pour ce faire, on peut employer des moyens physiques ou chimiques.

Moyens physiques.
La chaleur est le moyen physique le plus efficace pour traiter le sol des pépinières.
Toutefois le mode d’application est ici très important.
C’est ainsi que la méthode artisanale consistant à chauffer en l’arrosant le terreau
sur une plaque de tôle, au-dessous de laquelle est entretenu un feu de bois, est un moyen
insuffisant. On arrive ainsi à diminuer notablement l’infestation, mais il s’agit en pépi-
nière de l’éliminer complètement, la désinfection des pépinières posant nous l’avons dit,
un problème qualitatif et non quantitatif.
En fait, la seule méthode efficace de traitement des pépinières par la chaleur consiste
à injecter dans le sol de la vapeur sous pression. D’après DAULTON (1957), la pression doit
être au minimum de 6 à 7 kg/cm 2. Il faut que, dans les 30 premiers centimètres du sol, la
température atteigne 80 OC pendant 30 minutes.
Ceci nécessite un appareillage compliqué qui peut à la rigueur être utilisé cn culture
industrielle mais certainement pas en culture artisanale.
Nous ne parlerons pas des moyens de désinfection par l’électricité qui posent des
problèmes pratiques encore plus difficilement solubles et dont l’efficacité n’est pas
nettement prouvée.
200 G. DE GUIRAN

Moyens chimique.~.
Le produit chimique le plus cfflcace pour la désinfection totale des pkpinières est
actuellement le bromure de méthyle. Il permet de débarrasser Ic sol des nématodes,
insectes, bactéries, champignons et mauvaises herbes.
Son emploi hors des stations de désinfection spécialement amknagées était autrefois
extrêmement délicat du fait des transvasements dangereux B cause de sa forte toxicité
pour l’homme.
Cet inconvénient est maintenant levé par le conditionnement du bromure de méthyle
en (t bombes )) d’une livre, permettant de traiter 10 m” de semis sous bâche de poly-
éthylène sans aucun transvasement. Le même dispositif permet de percer la bombe et
de laisser échapper le gaz sous la bkhe sans qu’il se répande à l’extérieur.
Notons que le bromure de méthyle était déjà utilisé en 1963 par 56 Y0 des planteurs
de tabac en Rhodésie du Sud pour la désinfection des pépinières et que ce pourcentage
croît chaque année.
Une autre série de produits est réputée avoir une action à la fois fongicide, bactéri-
cide, herbicide et nématicidc ; ce sont ceux libérant dans lc sol l’isothiocyanate de
méthyle.
Parmi ces produits, lc plus utilisé est sans doute lc méthyle-dithiocarbamate de
soude (Vapam). Son action nématicide en climat chaud ne semble pas être très complète
(RITTER $ SCOTTO LA MASSESE, 1963) et son action herbicide laisserait à désirer sur les
Hauts Plateaux de Madagascar. Il a été toutefois utilisé avec succès en Côte d’ivoire
sur pépiniéres de tabac mais des contrôles de population devraien 1 être effectués de façon
précise en climat tropical pour juger de son effkacité nématicide.
En l’absence de moyens permettant d’agir à la fois sur les champignons, bactéries,
mauvaises herbes et nématodes, un traitement uniquement nématicide doit être appliqué
en plus des autres traitements. Le D.D. et 1’E.D.R. peuvent être alors utilisés A forte
dose.

2. - TRAVAUX PRÉLIMINAIRES DE LAIK)RATOIHE.

Ces travaux ont eu essentiellement pour but de servir de base A la mise en pratique
des procédés de lutte par rotation culturale.
Dans ce but, un certain nombre de souches de Meloidogyne a été rapporté des dif-
férentes régions de culture du tabac visitées dans l’île. Sur chacune de ces souches avait
été effectuée une détermination spécifique en prélevant vingt femelles sur Ics racines du
pied de tabac échantillonné. Il existe un risque que des femelles appartenant A une autre
espèce aient échappé aux déterminations dans un échantillon. Les recoupements permis
par l’examen de plusieurs échantillons prélevés dans une même zone ont réduit ce risque
au minimum. Pour l’éliminer complètement lors des travaux de laboratoire et pour que
ces travaux concernent le peuplement global d’un endroit donné, les souches ont été
multipliées en mélangeant plusieurs échantillons prélevés dans des champs voisins.
Les inoculations successives, tout d’abord sur la tomate pour la multiplication des
souches, puis sur les plantes à tester, ont été faites avec des larves obtenues en faisant
éclore ensemble le plus grand nombre de masses d’trufs possible, ceci pour éviter de
sélectionner, en ne faisant éclore qu’un petit nombre de masses d’wufs, une espèce ou
un biotype de Meloidogyne qui ne représenterait pas l’ensemble du peuplement.
LE PROBLÈME Meloidogyne SUR TABAC À MADAGASCAR 201

Les souches suivantes ont été testées :


- Une souche provenant de la région du lac Itasy, appelée souche (chmpefy )).
Les femelles déterminées g partir de ces Cchantillons appartenaient à Meloidogyne
javanica sauf une déterminée comme M. incognita.
- Deux souches provenanl de la région d’nmbalavao, toutes deux déterminées
comme M. javanica, et appelées respectivement (<Ambalavao 1 )) et ((hmbalavao 2 D.
- Une souche provenant de la région d’hmbatolampy (M. javanica).
- Deux souches provenant de la région de Mampikony, toutes deux déterminées
comme 111. incognita et appelées (t Mampikony 1 )) et (( Mampikony 2 )).
Les plantes suivantes, susceptibles de rentrer en rotation avec le tabac, ont été
testées sur ces souches (liste dressée d’après les indications de J. BOSSER, botaniste
O.R.S.T.O.M. et P. BAUDIN, phytopathologiste I.R.A.M.) :
-- Lablab niger Medick = Do1icho.s lablab. L. (Antaque).
- Arachide (var. Mwitunde).
- Brachyaria ruziziensis Germain.
- Cenchrus ciliaris L.
- Crotalaria fulva Roxb.
- Crotalaria grahamiana Wight.
- Eragrostis chloromelas Stend.
- Glycine javanica L.
- Melinis minutiflora P.B.
- Stylosanthes gracilis H.B. & K.
Les tests ont été effectués en pots. L’inoculum était au minimum de 2 000 larves
par pot. Dans certains cas les tests ont été répétés avec un inoculum plus important.
Au bout de deux mois, les pots ont été déterrés. Les racines ont été tout d’abord soumises
à un examen macroscopique ; puis une partie en a été colorée au bleu coton-lactophenol
en vue de leur examen microscopique, le reste étant mis B l’extracteur à brouillard
(asperseur de Seinhorst) pour comptage des larves sortant des racines. Une extraction
à l’élutriateur de Scinhorst a également été faite sur la terre de chacun des pots pour
comptage des larves se trouvant dans le sol avoisinant les racines.
Les résultats de ces tests sont résumés dans le tableau figurant p. 203 et 204.
Deux espèces se dégagent tout d’abord : Lablab niger (Antaque) et Melinis minuti-
flora. Toutes deux se sont montrées sensibles à toutes les souches testées, les racines
portaient en abondance des femelles adultes, et des masses d’oeufs. Ces deux plantes
doivent être proscrites a priori de toute rotation culturale sur les terres à tabac.
Brachyaria ruziziensis et Eragrostis chloromelas peuvent être considérées comme
étant à la limite de sensibilité : dans la plupart des tests, les racines de ces plantes conte-
naient des femelles immatures parfois en assez grand nombre et dans deux cas, des
femelles adultes et des oeufs. La terre des pots contenait en outre fréquemment des
larves en quantité non négligeable. Il semble donc préférable d’éviter ces espèces en
rotation avec le tabac. Elles risquent de favoriser sinon la multiplication, du moins le
maintien des populations de Meloidogyne dans le sol et donc d’aller à l’encontre du but
recherché.
Un groupe particulier est représenté par les crotalaires auxquelles on peut également
adjoindre Stylosanthes gracilis.
202 G. DE GUIRAN

On sait que dans de nombreux cas, les racines de crotalaires sont envahies par les
larves de Meloidogyne, mais que ces dernières ne peuvent arriver à maturité et meurent
peu après leur pénétration (DE GUIRAN, 1960). Ces plantes pourraient alors servir de
(( plantes pièges )), mais cet effet n’a pas encore été étudié quantitativement.
Au cours des tests réalisés ici, on a pu constater que Crotalaria fulva et C. grahamiana
étaient toutes deux résistantes aux souches de Meloidogyne rapportées de Madagascar.
Toutefois, alors que des femelles immatures ont été trouvées dans tous les cas, sauf un,
sur C. grahamiana, elles n’ont été trouvées que dans un seul cas sur C. fdua. Le degré
de résistance de C. grahamiana est donc moindre, mais il ne semble pas à craindre que les
larves ayant pénétré dans les racines de cette espèce puissent terminer leur dévelop-
pement et se reproduire. Dans les deux cas, en effet, en fin de test, les racines et le sol
avoisinant ne contenaient que quelques larves.
L’effet (( piège w de ces deux espèces de crotalaires a été vérifié par des inoculations
massives de larves de Meloidogyne. II a été constaté que leurs racines étaient en effet
envahies par de nombreuses larves qui dégénèrent peu après leur pénétration. Chez
C. grahamiana quelques larves continuent leur développement jusqu’a un stade plus
avancé, mais il n’a pas été observé de femelles adultes ni d’œufs.
Ces deux crotalaires, en particulier C. fulva, peuvent donc être utilisées en rotation
avec le tabac. Toutefois, il serait plus prudent de contrôler périodiquement la résistance
de C. grahamiana pour voir si une (<race B )) ne s’est pas développée sur cette espèce.
Enfin, trois plantes se sont montrées hautement résistantes : l’arachide, Cenchrus
ciliaris et Glycine javanica. La première et la troisième ont donné des résultats entiè-
rement négatifs avec toutes les souches testées. Les racines de C. ciliaris contenaient
de très rares femelles immatures dans un seul test. Cette plante est d’ailleurs maintenant
conseillée en Afrique du Sud et de l’Est pour les rotations culturales contre Meloidogyne
(Anonyme, 1963).

Cas de Eragrostis curvula.


La variété d’Eragrostis curvula utilisée à Madagascar dans des essais de rotations
contre Meloidogyne a également été testée ; malheureusement la levée extrêmement
difficile des graines disponibles n’a permis de la tester qu’avec la souche (t Ampefy H
provenant précisément de l’endroit où sont effectués les essais. Ce test s’est révélé positif.
11est donc probable que la variété utilisée n’était pas la variété Ermelo, seule résistante
à Meloidogyne jauanica. Des graines de la variété Ermelo (obligeamment fournies par
R. A. C. DAULTON et P. VAN DER LINDE) testées avec la souche GAmpefy )) et la souche
((Ambalavao 2 )), se sont révélées résistantes.

3. - MODE D'APPLICATION DES METHODES DE LUTTE A MADAGASCAR.

Une série de mesures peut donc être maintenant conseillée en vue de lutter contre
Meloidogyne dans les cultures de tabac à Madagascar.
Elles sont fondées, d’une part sur les tests réalisés au laboratoire, d’autre part sur
les résultats acquis dans d’autres pays producteurs, particulièrement en Afrique du Sud
et en Rhodésie où les conditions sont les plus proches de celles réalisées à Madagascar.
Ces mesures diffèrent selon qu’on aura à les appliquer sur les cultures artisanales des
Hauts Plateaux ou sur les cultures industrielles de la Côte Ouest.
LE PROBLÈME Meloidogyne SUR TABAC À MADAGASCAR 203

Examen des racines Larves recueillies


Plantes Souches
testées de Meloidogyne
dans les dans
Macroscopique Microscopique racines le sol

Ampefy Nombreuses galles ? $?adultes et ccuîs xxx xxx


Ambal. 1 n » xx xx
Lablab niger Ambal. 2 1, 11 xxxx xxxx
(Antaque) Ambatol. n 1) xxxx xxx
Mampik. 1 1, » xxxx xxxx
Mampik. 2 ,a n xxxx xxx

Ampefy Négatif X X
Ambal. 1 » 0 0
Ambal. 2 » X X
Arachide 11
Ambatol. X X
Mampik. 1 1, X X
Mampik. 2 » X X

Ampefy Quelques 9 9 immatures X xx


petites galles
Ambal. 1 11 » X X
Brachyaria 3
Ambal. 2 Négatif X X
ruziziensis N »
Ambatol. X xx
Mampik. 1 » Négatif X xx
Mampik. 2 >l p p adultes et oeufs xx xx

Ampefy Quelques très Très rares P 9 X 0


petites galles immatures
Ambal. 1 Négatif Négatif 0 0
Cenchrus b’ u
Ambal. 2 X X
ciliaris ” » xx
Ambatol. X
Mampik. 1 » ,j 0 0
Mampik. 2 D » X xx

Ampefy Négatif X X
Ambal. 1 » 0 0
Crotalaria Ambal. 2 « 0 X
fulua Ambatol. 1 0 immature X 0
Mampik. 1 Négatif x i 0
Mampik. 2 » 0 X

x x Larves peu abondantes.

x Traces.
204 G. DE GUIRAN

Examen des racines I,ervcs recucil1ie.s


Plantes Souches
testées de Meloidogyne
dans les dans
Macroscopique ~lirroscopique racines le sol

Ampefy Négatif P p immatures 0 ; x


Ambal. 1 » n 0 1 0
Crotalaria Ambal. 2 » D 0 x
grahamiana Ambatol. » n x 0
Mampik. 1 » Négatif 0 0
Mampik. 2 1) 9 P immatures 0 X

Ampefy Très légères galles Nombreuses o i> xx


immatures
Ambal. 1 Négatif Négatif 0 0
Eragrostis .%mbal. 2 Quelques p 9 adultes et oeufs X
chloromeIas petites galles ~ x
Ambatol. Négatif Négatif
Mampik. 1 /llil//ll////lii //l///////////// ill;l::liiii:li,~,,,,
Mampik. 2 Négatif Négatif X x x

Ampefy Négal if X X
Ambal. 1 » 0 0
Glycine Ambal. 2 1) X X
javanica Ambatol. 1) X 0
Mampik. 1 * 0 0
Mampik. 2 N x 0

Ampefy Nombreuses galles 9 ? adultes el oeufs xxxx xxxx


Ambal. 1 » » xx XX
Metinis Ambal. 2 » II xxx xxx
miruztiflora Ambatol. n 1, xxxx xxxx
Mampik. 1 II n xxx xxx
Mampik. 2 n » xxxx xxxx

Ampefy Négatif p p immatures X X


Ambal. 1 » Négatif 0 0
Stylosanthes Ambal. 2 n /t 0 0
graciZis Ambatol. » Y p immatures 0 0
Mampik. 1 3 Négatif 0 X
Mampik. 2 D » X X

x x x x Larves très abondantes.


x x x Larves moyennement abondantes.
x x Larves peu abondantes.
x Traces.
LE PROBLÈME Meloidogyne SUR TABAC À MADAGASCAR 205

a) Hauts Pluteauz.
Désinfection des terrains de culture.
Les terrains de culture étant très souvent gravement infestés sur les Hauts Plateaux,
la production ne pourra y être rétablie qu’après une désinfection du sol. Cette désinfec-
tion peut se faire par des moyens chimiques ou des rotations culturales.
Moyens chimiques.
Deux produits sont utilisables sur le tabac : le D.D. et 1’E.D.B. (cf. plus haut :
généralités sur les moyens de lutte). Ces produits seront appliqués à l’aide d’un pal
injecteur.
Si l’infestation est si forte qu’elle supprime pratiquement toute production, on devra
appliquer le traitement à toute la surface du terrain. Mais les larves ne migrant que
lentement dans le sol, on peut le plus souvent se contenter de traiter les endroits où
seront repiqués les pieds de tabac.
Pour le traitement à l’E.D.B., on utilisera une dose de 30 kg/ha de matière active,
s’il s’agit d’un traitement sur toute la surface du terrain, à raison de 9 injections au m2.
Si l’on traite seulement aux endroits de repiquage, on injectera 1,s g de matière active
à chacun de ces endroits.
Le traitement au D.D. se fera de la même manière à raison de 200 kg/ha (traitement
sur toute la surface) ou de 8 cc de produit pur par endroit de repiquage.
Quel que soit le produit, le traitement devra être appliqué sur un sol suffisamment
meuble et d’une humidité moyenne. Une humidité trop faible favorise une évaporation
trop rapide du produit et une humidité trop forte empêche sa diffusion dans le sol. Il
est donc préférable de traiter après les premières pluies. Si le sol est trop sec, le produit
devra être injecté à 35 cm de profondeur ; si l’humidité est convenable, une profondeur
de 20 cm est suffisante. Dans tous les cas, on devra laisser s’écouler une période de trois
semaines entre le traitement et le repiquage.
Les doses sont données ici à titre indicatif. Il serait bon, toutefois, que des essais
soient mis en place pour déterminer si, dans les conditions locales d’utilisation, des doses
différentes ne seraient pas plus efficaces.
Ces essais permettraient également de juger de la rentabilité de ces traitements.
Malgré leur prix de revient élevé, ils devraient se révéler rentables dans les cas de forte
infestation.

Rotations culturales.
Lorsque, pour des raisons techniques, économiques ou autres, les traitements chi-
miques ne pourront être appliqués, on aura recours aux rotations culturales.
Lorsqu’on désirera désinfecter un champ gravement infesté par ce seul moyen, il
sera nécessaire d’y installer une plante résistante et de l’y maintenir pendant quatre ans.
C’est seulement au bout de ce laps de temps que la population dans le sol sera suffisam-
ment basse pour qu’une nouvelle culture de tabac puisse être faite sans dommage. Il
est préférable dans ce cas d’utiliser une graminée ou une légumineuse pérenne qui couvre
suffisamment le sol pour éviter son érosion ainsi que la levée de plantes spontanées. Si
la variété de tabac cultivée supporte une teneur élevée du sol en azote, on pourra employer
une légumineuse. Crotalaria grahamiana est susceptible de pousser dans toutes les régions
des Hauts Plateaux. Dans la région d’hmbatolampy, on pourra également planter
Glycine javanica qui est susceptible de bien venir sur les sols désaturés et acides de
1’Ankaratra. Dans la région du lac Itasy, pourra être cultivé Stylosanthes gracilis qui
206 G. DE GUIRAN

possède l’avantage de pouvoir être consommé par le bétail en pâturage ou en fourrage.


Si la variété de tabac ne supporte pas une teneur élevée du sol en azote, les gra-
minées devront être préférées aux légumineuses. On pourra employer Eragrosfis curvula
a condition que la variété utilisée soit bien la variété Ermelo, seule résistante. Dans le
doute, et lorsque les conditions locales le permettront, on préférera employer Cenchrus
ciliaris, ces deux espèces pouvant également être utilisées comme pâturage.
Sur les Hauts Plateaux, ou les cultivateurs possèdent leurs champs et où le tabac
constitue dans bien des cas leur seule source d’argent liquide, il sera parfois difficile
d’occuper pendant aussi longtemps un terrain voué à cette culture avec une plante sans
intérêt économique. Aussi semblerait-il préférable d’appliquer un traitement nématicide
chaque fois que cela sera possible. Un traitement limité aux endroits de repiquage ne
grèverait pas trop le budget du paysan malgache. Ce traitement pourrait alors être
combiné avec une rotation culturale comportant l’arachide lorsqu’elle est cultivable
(la variété Mwitunde testée en laboratoire est cultivable dans la région du lac Itasy),
et la patate douce qui est résistante à Meloidogyne javanica. Crotalaria fulva, espéce
annuelle subspontanée, pourrait également être incluse dans une rotation ainsi que les
espèces de graminées et de légumineuses citées plus haut.
La longueur de la rotation, le type de succession culturale, les doses de nématicides
à mettre en œuvre, avant la culture du tabac, devraient alors faire l’objet de divers essais
agronomiques.
Désinfection des semis.
Cette désinfection est le corollaire indispensable des mesures destinées à assainir
les terrains de cultures.
On devra chercher à employer au maximum le bromure de méthyle dans son nouveau
conditionnement en (( bombes )) d’une livre permettant de traiter, sous bâche de poly-
éthylène, 10 m2 de semis (par exemple, le Dowfume M C 2 de Dow Chemical). Si ce produit
n’est pas disponible, on traitera alors les pépinières, en plus des méthodes de désinfection
habituelle par la chaleur, avec I¶E.D.B. à raison de 18 à 24 g de matières actives au m2,
selon la méthode d’application. On peut également utiliser le D.D. en injectant 8 cc de
produit pur à 20 cm de profondeur tous les 35 cm, trois semaines avant le semis.
Des essais avec le Vapam devront être entrepris pour vérifier son action sur les
divers agents pathogènes et sur les mauvaises herbes.
La dénématisation des semis de tabac, combinée ou non avec d’autres traitements,
devrait devenir une pratique courante sur les Hauts Plateaux.

b) Cultures de décrue de la Côte Ouest.


Le problème essentiel est ici la désinfection des semis. Leur contamination par
Meloidogyne est en effet responsable de la dissémination du parasite dans les terrains de
culture (que l’inondation devrait suffire à assainir en grande partie chaque année),
et de la plus grande part des dommages qu’il cause au tabac.
La grande concentration des semis qui couvrent d’importantes surfaces, les dispo-
nibilités budgétaires plus importantes, la présence d’une main-d’œuvre qualifiée et
encadrée permettent ici d’envisager les moyens les plus modernes et les plus efficaces.

Traitements des pépinières.


Ce traitement devra se faire au bromure de méthyle de préférence à toute autre
méthode.
LE PROBLÈME Meloidogyne SUR TABAC À MADAGASCAR 207

Utiliser le bromure de méthyle en bombe et suivre les recommandations suivantes :


- Labourer l’aire à traiter à 30 cm et briser les grosses mottes ;
- Si le sol est très sec, l’arroser quelques jours avant ;
- Traiter par bandes de 10 m2 recouvertes d’une bâche de polyéthylène exempte
de perforation et soutenue par tout objet dépourvu d’aspérité ;
- Enterrer le bord de la bâche sur tout son pourtour en faisant passer dessous le
tuyau relié à l’appareil perforateur L’extrémité libre de ce tuyau devra reposer sous la
bâche dans un récipient plat placé à la partie la plus haute de la surface à traiter ;
- Appliquer le traitement en dehors des heures chaudes de la journée ;
- Laisser la bâche en place 48 heures. Passé ce délai, les semis peuvent en principe,
être effectués aussitôt. Pour plus de sécurité on pourra retourner le sol et le laisser s’aérer
24 heures. On peut rabattre la bâche sur un de ses côtés pour traiter la bande voisine.
Les consignes de sécurité indiquées par le fabricant devront être suivies scrupuleusement.
Le bromure de méthyle en bombe contient d’ailleurs généralement une très faible
proportion de chloropicrine qui sert d’agent avertisseur au cas où une fuite de gaz se
produirait et, certaines précautions étant prises, ce produit peut être utilisé sans danger.
Si le bromure de méthyle en bombe n’est pas disponible, on devra traiter les semis
au D.D. ou à 1’E.D.B. aux doses indiquées plus haut.
Le Vapam pourrait également être utilisé, mais des essais devraient d’abord être
effectués pour contrôler son efficacité sur les nématodes.

Terrains de culture.
Malgré le traitement systématique des pépinières, la désinfection de ces terrains sera
peut-être nécessaire sur les bourrelets ou dans les zones sableuses, lorsque l’inondation
n’a pas été suffisante pour éliminer les nématodes.
Dans le cas d’une culture de tabac (<flue cured )) (Virginie), les terres doivent être
le moins riche possible en azote. 11 faudra alors envisager une rotation culturale avec
Cenchrus ciliaris qui doit pousser facilement sur les bourrelets. Sa venue sera plus
difficile dans les bas-fonds où le sol est plus lourd, mais ces zones sont le plus souvent
exemptes d’infection et le seront de plus en plus si les plants de repiquage sont sains.
On aurait également intérêt à se procurer des semences de variétés de tabac (( flue
cured R résistantes aux Meloidogyne récemment mises au point aux Etats-Unis et en
Afrique du Sud, et à les essayer sur les terres de décrue de l’ouest malgache.
Lablad niger (antaque), plante sensible à Meloidogyne javanica et à M. incognita
devra être proscrite de ces rotations.
On pourra également envisager des traitements nématicides dans les zones très
infestées. Le D.D. ou 1’E.D.B. seront utilisés aux doses indiquées plus haut. Si de très
grandes surfaces doivent être traitées, ces produits peuvent être injectés à l’aide d’ap-
pareils tractés, mais ces appareils sont délicats à mettre au point et se détériorent très
vite en raison de la nature corrosive des produits nématicides. Une main-d’œuvre abon-
dante et peu onéreuse supplée avantageusement à ces appareils.
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