REPUBLIQUE DU CAMEROUN REPUBLIC OF CAMEROON
PAIX-TRAVAIL-PATRIE PEACE-WORK-FATHERLAND
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MINISTERE DE LA DECENTRALISATION ET DU MINISTRY OF DECENTRALIZATION AND
DEVELOPPEMENT LOCAL LOCAL DEVELOPMENT
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SEMINAIRE DE RENFORCEMENT DES CAPACITES
DES ACTEURS DE LA DECENTRALISATION
THEME : L’ORGANISATION ET LE FONCTIONNEMENT DE
LA COMMUNE
Communication
de Monsieur NNOKE NGWESE Anthony,
Conseiller Technique N°1
TABLE DES MATIERES
INTRODUCTION ............................................................................................................................................ 2
I. L’APPAREIL COMMUNAL : SON ORGANISATION ET SON FONCTIONNEMENT ..................................... 3
a. Les acteurs internes ...................................................................................................................... 3
a.1. L’organe délibérant…………………………………………………………………………………………………………………..4
a.1.1. L’organisation du conseil municipal ..................................................................................... 4
a.1.1.1. La composition du conseil municipal.................................................................................. 4
a.1.1.2. Les attributions du conseil municipal ................................................................................. 5
a.1.1.3. Le fonctionnement du conseil municipal ........................................................................... 7
a.1.1.4. La cessation de fonctions d’un conseiller ou d’un conseil ................................................. 8
a.1.1.5. La mise en place d’une délégation spéciale ....................................................................... 9
a.2. L’organe exécutif…………………………………………………………………………………………………………………….10
a.2.1. La composition de l’exécutif communal ...................................................................... 10
a.2.2. La composition de l’exécutif de communauté ............................................................. 11
a.2.3. L’entrée en fonction et le régime des incompatibilités des exécutifs ............................ 11
a.2.4. Les attributions du Maire de Ville et du Maire............................................................. 12
a.3. Les acteurs administratifs de la commune………………………………………………………………………………15
a.3.1. Le Secrétaire Général de Mairie. ........................................................................................ 15
a.3.2. Le Receveur Municipal........................................................................................................ 15
a.3.4. Le Contrôleur Financier ...................................................................................................... 16
a.3.5. La Commission Communale de Passation des Marchés Publics. ...................................... 16
a.3.6. L’ensemble du personnel de la commune. ........................................................................ 16
b. Les acteurs externes. ............................................................................................................................ 16
c. Les interactions entre les différents acteurs ....................................................................................... 17
II. L’IMPACT DU NON-RESPECT DES REGLES DANS L’ORGANISATION ET LE FONCTIONNEMENT DE LA
COMMUNE ................................................................................................................................................. 19
a. Les causes et les conséquences des dysfonctionnements observés dans l’appareil communal ....... 19
a.1. Le non-respect du principe de la libre administration des CTD………………………………………………..19
a.2. Le non-respect du principe de la légalité…………………………………………………………………………………21
a.3. Le non-respect du principe de la primauté de l’Etat………………………………………………………………..21
a.4. Le non-respect du principe de la participation citoyenne………………………………………………………..22
a.5. Le non-respect du principe de la saine collaboration………………………………………………………………22
a.6. Le non-respect des autres principes………………………………………………………………………………………..25
b. Quelques pistes de remédiation .......................................................................................................... 25
CONCLUSION .............................................................................................................................................. 26
1
INTRODUCTION
La loi n°2019/024 du 24 décembre 2019 portant Code Général des Collectivités
Territoriales Décentralisées définit la commune, en son article 147, comme «la
Collectivité Territoriale de base ». A ce titre, et conformément à l’article 8 de la même
loi, la commune est une personne morale de droit public jouissant de l'autonomie
administrative et financière pour la gestion des intérêts locaux. Elle règle, par voie de
délibérations, toutes les affaires relevant de sa compétence.
Cette compétence, suivant l’article 147 de la même loi, porte sur ou se rapporte
à « une mission générale de développement local et d'amélioration du cadre et des
conditions de vie de ses habitants ». Il en découle que la mission principale de la
commune consiste à apporter aux populations à la base le bien-être ou le mieux-être
dont elles ont besoin, en leur fournissant des solutions appropriées aux problèmes
auxquels elles font face dans leur existence quotidienne. Cette conception de la loi est
en accord avec l’article 55 (2) de la Constitution qui dispose que « les conseils des
collectivités territoriales décentralisées ont pour mission de promouvoir le
développement économique, social, sanitaire, éducatif, culturel et sportif de ces
collectivités ».
La fonction première d’une commune consiste dès lors en la fourniture des
services sociaux de base aux populations, dans le but d’améliorer leurs conditions et
leur cadre de vie.
Pour que cette fourniture des services sociaux de base soit la plus efficiente et la
plus optimale possible, il doit être mis en place, au sein de la commune, une
organisation et un fonctionnement appropriés.
Par organisation, il faut comprendre la manière dont l’ensemble des acteurs d’un
organisme animé, d’un système dynamique, sont structurés et agencés, en vue d’en
assurer le fonctionnement normal. Par fonctionnement, il faut comprendre la manière
dont cet organisme animé, ce système dynamique, composé de différents éléments ou
acteurs en interaction, s’organise et opère, sur la base d’un certain nombre de règles et
de principes préétablis, pour répondre à une fonction donnée.
La mission ou la fonction de promotion du développement local et d’amélioration
des conditions de vie des populations qui incombe à la commune concerne toutes ses
déclinaisons. En effet, suivant le Code Général des Collectivités Territoriales
Décentralisées, l’on distingue, en dehors des communes, des agglomérations urbaines
bénéficiant d’un régime particulier. Il s’agit des communautés urbaines et des
communes d’arrondissement.
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Toutes ces entités décentralisées sont assises sur des territoires et sont
composées de populations qui, de manière démocratique, élisent les organes dirigeants,
à savoir d’une part le Conseil, l’organe délibérant élu au suffrage universel direct, et
d’autre part, le Maire et ses adjoints qui constituent l’organe exécutif, élu au suffrage
universel indirect.
Une bonne organisation de la commune doit pouvoir lui garantir un
fonctionnement optimal, condition sine qua non du bon exercice de la fonction qui est
la sienne, à savoir celle de fournir aux populations les services qu’elles sont en droit d’en
attendre, en termes, entre autres, d’éducation, de santé, d’enlèvement des ordures
ménagères, de protection civile, d’état civil, d’équipements sociaux, de police
municipale ou de police des constructions.
Cette fonction, clé de voûte de la mission de toute commune, et raison-d’être de
celle-ci, ne peut être assurée avec l’efficacité requise, de même que l’efficience
indispensable, que si la commune fonctionne sur des fondements sains, c’est-à-dire
dans le respect des règles de son organisation, ainsi que des principes préalablement
établis et codifiés dans les instruments de droit.
Parler de l’organisation et du fonctionnement de la commune revient dès lors à
décliner les éléments de ce système, un système dynamique à souhait, c’est-à-dire les
acteurs, ainsi que les principes qui sous-tendent chacune de leurs interactions.
Toutefois, l’intérêt de la présente communication porte, à n’en point douter, sur
la déclinaison des situations de dysfonctionnements ou de mal fonctionnement,
observables au sein de la commune camerounaise, leurs causes et leurs conséquences,
ainsi que sur la formulation des pistes de solutions devant permettre à la commune de
disposer d’un fonctionnement normal, d’un fonctionnement optimal.
I. L’APPAREIL COMMUNAL : SON ORGANISATION ET SON FONCTIONNEMENT
L’appareil communal est constitué d’un ensemble d’acteurs qui se situent à
plusieurs strates et interviennent à plusieurs niveaux de son organisation et de son
fonctionnement.
Dans le cadre de la présente communication, nous distinguerons les acteurs
endogènes et les acteurs exogènes.
a. Les acteurs internes
On peut les ranger dans deux catégories : les acteurs élus et les acteurs
administratifs.
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Dans la catégorie des acteurs élus, nous présenterons tour à tour, le Conseil,
organe délibérant, investi de la mission d’orienter l’action de la commune, par le moyen
des délibérations ; et l’exécutif, le Maire et ses adjoints, élus par le conseil, en son sein.
A cet égard, nous insisterons davantage sur leur organisation, leurs attributions
et leur fonctionnement.
a.1. L’organe délibérant
L’organe délibérant de la commune et de la commune d’arrondissement est
appelé le Conseil Municipal, tandis que celui de la communauté urbaine est dénommé le
Conseil de communauté (article 243 du Code Général des CTD). Ces organes délibérants
se constituent suivant des règles spécifiques. Ils bénéficient d’attributions propres et
peuvent voir leur fonctionnement interrompu pour diverses raisons.
a.1.1. L’organisation du conseil municipal
Nous passerons en revue sa composition et ses attributions, ainsi que la cessation
de ses fonctions dans les cas autre que l’expiration du mandat et la mise en place d’une
délégation spéciale.
a.1.1.1. La composition du conseil municipal
Suivant l’article 165 du Code Général des Collectivités Territoriales
Décentralisées, « le conseil municipal est composé de conseillers municipaux élus suivant
des modalités fixées par la loi », notamment la loi n°2012/001 du 19 avril 2012 portant
code électoral, modifiée et complétée par la loi n°2019/005 du 25 avril 2019. Leur
nombre est déterminé par l’article 166 du Code Général des Collectivités Territoriales
Décentralisées. Il est fonction du nombre d’habitants par collectivité, tiré des chiffres du
recensement officiel de la population précédant immédiatement les élections
municipales, dans les proportions fixées ainsi qu’il suit :
‒ moins de cinquante mille (50 000) habitants : vingt-cinq (25) conseillers ;
‒ de cinquante mille (50 000) à cent mille (100 000) habitants : trente-un (31)
conseillers ;
‒ de cent mille un (100 001) à deux cent mille (200 000) habitants : trente-cinq (35)
conseillers;
‒ de deux cent mille un (200 001) à trois cent mille (300 000) habitants : quarante-un
(41) conseillers ;
‒ plus de trois cent mille (300 000) habitants: soixante et un (61) conseillers.
L’organe délibérant doit en outre tenir compte, dans sa composition, de certains
critères posés par la loi, notamment les critères de la composition sociologique de la
commune, ainsi que de la représentation des populations autochtones, des minorités et
du genre.
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Pour les agglomérations urbaines jouissant d’un régime spécial, notamment les
communautés urbaines, le conseil de communauté comprend, outre les Maires des
communes d’arrondissement, dix (10) conseillers de chacune desdites communes, élus
au sein des conseils municipaux concernés à l'occasion de la première session du conseil
suivant immédiatement la proclamation des résultats des élections municipales. Ces
membres du conseil de la communauté urbaine prennent l’appellation de conseillers de
la communauté urbaine (article 244 du Code Général).
a.1.1.2. Les attributions du conseil municipal
S’agissant des attributions du Conseil municipal, il importe de relever qu’en tant
qu’organe délibérant, le conseil municipal est l’organe plénier de la collectivité
territoriale. Suivant l’article 167 du Code Général des Collectivités Territoriales
Décentralisées, le conseil règle, par voie de délibérations, les affaires de la commune et
donne son avis toutes les fois qu’il est requis par les lois et règlements ou à la demande
du représentant de l’Etat. En outre, il peut formuler des vœux par résolutions sur toutes
les questions ayant un intérêt local, notamment sur celles concernant le développement
économique et social de la commune.
Le conseil municipal est tenu informé de l’état d’avancement des travaux et
projets financés par la commune ou réalisés avec sa participation. Il est obligatoirement
consulté pour la réalisation, sur le territoire de la commune, de tout projet
d’aménagement ou d’équipement de l’Etat, de la région, de toute autre collectivité ou
tous organismes publics ou privés.
Dans le passé, avec la loi n°2004/018 du 22 juillet 2004 fixant les règles
applicables aux communes, le conseil municipal n’avait pas de compétences propres. Le
Code Général a apporté, en son article 168, une innovation majeure en leur consacrant
des compétences spécifiques. A ce titre, le conseil délibère de droit sur les matières ci-
après :
- les documents de planification urbaine ;
- les plans et programmes communaux de développement économique, social
et culturel ;
- les budgets et le compte administratif ;
- la création et la gestion des équipements collectifs d’intérêt communal dans
les domaines concernant l’enseignement préscolaire et fondamental,
l’éducation non formelle et l’apprentissage, la formation professionnelle, la
santé, l’hygiène publique et l’assainissement, les infrastructures routières et
de communication classées dans le domaine communal, le transport public et
les plans de circulation, l’eau et l’énergie, les foires et les marchés, la
jeunesse, le sport, les arts et la culture, les activités d’exploitation artisanale
des ressources minières de la commune ;
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- la gestion du domaine d’intérêt communal, notamment la lutte contre les
pollutions et les nuisances, l’organisation des activités agricoles et de santé
animale, la gestion foncière, l’acquisition et l’aliénation des biens et du
patrimoine, la gestion des ressources forestières, fauniques et halieutiques ;
- la création et le mode de gestion des services publics communaux ;
- l’organisation des interventions dans le domaine économique ;
- l’organisation des activités artisanales et touristiques ;
- l’organisation des activités de promotion et de protection sociales ;
- la fixation des taux des taxes communales, dans le respect des fourchettes
arrêtées par la loi ;
- l’acceptation et le refus des dons, subventions et legs ;
- les baux et autres conventions ;
- les emprunts et les garanties d’emprunt ou avals ;
- l’octroi de subventions ;
- les prises de participation ;
- les projets de jumelage et les actions de coopération avec d’autres
collectivités territoriales nationales ou étrangères ;
- les modalités de gestion du personnel ;
- le règlement intérieur prévoyant, entre autres, les modalités de
fonctionnement des commissions municipales ;
- la réglementation en matière de police municipale ;
- les projets d’investissement humain ;
- la création, la désaffection ou l’agrandissement des cimetières ;
- le régime et les modalités d’accès et d’utilisation des points d’eau de toute
nature ;
- la création, la délimitation et la matérialisation des chemins de bétail à
l’intérieur de la commune, à l’exception des voies de grande circulation qui
relèvent de la compétence de l’Etat ;
- la dénomination des places, rues, complexes et jardins municipaux.
L’énumération ainsi faite, découle de l’article 168 du Code Général des CTD.
L’article 169 du même Code indique, en sus, que le conseil peut déléguer l’exercice
d’une autre partie de ses attributions au Maire, à l’exception de celles sus énumérées.
En cas de délégation, la délibération doit déterminer la durée et l’étendue de la
délégation pour laquelle le délégataire est tenu de rendre compte au conseil.
Le conseil de communauté, pour sa part, « délibère sur toutes les questions
relevant de sa compétence », selon l’article 244 (2) du Code Général des CTD. Il dispose
des mêmes attributions que le conseil municipal. L’article 242 du Code Général des CTD
prévoit d’ailleurs que «la communauté urbaine fonctionne suivant les règles applicables
à la commune, telles que prévues par la loi ».
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a.1.1.3. Le fonctionnement du conseil municipal
S’agissant du fonctionnement du conseil, il convient d’indiquer qu’il siège quatre
fois par an, en session ordinaire, sur convocation du Maire, avec possibilité de
convocation de sessions extraordinaires. Ces sessions se tiennent à l’Hôtel de ville pour
une durée qui ne saurait dépasser sept (07) jours.
Au regard des besoins des communes, les Maires devraient recourir assez
régulièrement aux sessions extraordinaires du conseil pour débattre et régler les
problèmes de la Commune. Par ailleurs, l’insuffisance de ressources budgétaires ne
devrait, en aucun cas, constituer un motif valable de non convocation et de non tenue
des sessions du conseil municipal.
La convocation des conseillers municipaux doit leur être adressée quinze (15)
jours francs, avant la date de la session. Ce délai peut être ramené à trois (03) jours en
cas d’urgence, ou à deux (02) jours en cas de nécessité.
Le conseil ne peut siéger que lorsque les deux tiers des membres sont présents.
Les séances du conseil sont publiques, sauf cas de délibération sur des matières
limitativement énumérées, qui peuvent faire l’objet de débats à huis clos. Ces matières
concernent :
‒ le secours scolaire ;
‒ l’assistance médicale gratuite ;
‒ l’assistance aux vieillards, aux familles, aux indigents et aux personnes
sinistrées.
Le conseil crée en son sein des commissions pour débattre des questions
spécifiques relevant de sa compétence. Le nombre des commissions, quatre au moins,
est fonction de la taille de la commune.
Sur la base de ces dispositions, le conseiller municipal devient un acteur
important de l’organisation et du fonctionnement de la commune. Il doit prendre la
pleine mesure de son rôle et, au-delà de la perception des jetons de présence aux
travaux, contribuer, par ses idées et ses prises de position, à orienter positivement
l’action communale. Il doit également présenter les préoccupations et défendre, comme
il se doit, les intérêts de sa communauté et de son terroir au sein du conseil.
En définitive, Il importe de relever que la loi du 24 décembre 2019 a clairement
précisé, en les renforçant de manière substantielle, les pouvoirs du conseil municipal et,
partant, des conseillers municipaux qui ne devraient plus faire office de faire-valoir, de
caisse de résonnance des options du Maire. D’ailleurs, la mise en œuvre de l’instruction
du MINDDEVEL d’œuvrer au renforcement des capacités de cet acteur clé de la
commune devra permettre au conseiller municipal d’être plus outillé et de jouer
pleinement le rôle qui est le sien, celui d’orientation et de contrôle de l’action de
l’ensemble de l’exécutif, et singulièrement du Maire.
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a.1.1.4. La cessation de fonctions d’un conseiller ou d’un conseil
Il peut être mis fin, temporairement ou définitivement, aux fonctions d’un
conseiller municipal, d’un conseiller de communauté, d’un conseil municipal ou d’un
conseil de communauté, pour diverses raisons qui tiennent à la fois à la suspension, à la
dissolution ou à la démission, avec pour conséquence la substitution par des organes
non élus.
En effet, suivant les dispositions de l’article 186 du Code Général des Collectivités
Territoriales Décentralisées, le conseil municipal peut être suspendu, pour une durée
maximale de deux (02) mois, par arrêté motivé du Ministre chargé des collectivités
territoriales décentralisées, en cas :
‒ d’accomplissement d’actes contraires à la Constitution ;
‒ d'atteinte à la sécurité de l'Etat ou à l'ordre public ;
‒ de mise en péril de l'intégrité du territoire national ;
‒ d'impossibilité durable de fonctionner normalement.
En outre, l’article 191 du Code Général des CTD ajoute qu’« en temps de guerre,
le conseil municipal d'une commune peut être suspendu par décret du Président de la
République, jusqu'à la cessation des hostilités».
En cas de non rétablissement des conditions ayant conduit à sa suspension, le
conseil s’expose à la dissolution. Cette dissolution est prononcée par décret du
Président de la République dans l'un des cas prévus à l'article 186 du Code Général des
CTD. De même, en application de l’article 187 du Code Général des Collectivités
Territoriales Décentralisées, la dissolution peut également intervenir en cas de
persistance de la crise ou d'impossibilité de rétablir la situation qui prévalait
antérieurement, à l'expiration du délai prévu à l'article 186 du Code Général des CTD.
Cette dissolution appelle la mise en place de mesures de sauvegarde, au même titre que
la démission du Conseil.
La cessation de fonctions au sein de l’organe délibérant d’une commune peut
également intervenir en cas de démission individuelle ou collective des conseillers
municipaux ou des conseillers de la communauté. En effet, suivant les articles 188 et
189 du Code Général des CTD, tout membre du conseil municipal peut être déclaré
démissionnaire par décision du Ministre chargé des collectivités territoriales
décentralisées, après avis du conseil municipal dans les cas suivants :
absence sans motif légitime à trois sessions successives, alors qu’il a été dûment
convoqué ;
refus, sans excuse valable, de remplir les fonctions qui lui sont dévolues par les
lois et règlements, résultant notamment d'une déclaration écrite adressée à qui
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de droit ou rendue publique par son auteur, soit de l'abstention persistante après
mise en demeure du Ministre chargé des collectivités territoriales.
La démission d’office d’un conseiller n’est possible que si celui-ci a été invité, par
le Maire, à fournir des explications, pour le premier cas. La décision du Ministre qui en
résulte est susceptible de recours devant la juridiction compétente et le conseiller
municipal démissionné ne peut poser sa candidature à l'élection partielle ou générale au
conseil municipal qui suit immédiatement la date de sa démission d'office.
Ces dispositions législatives seront de plus en plus mobilisées par le Ministre en
charge des CTD dans le double souci d’instaurer une discipline certaine au sein des
conseils municipaux et d’assurer une présence effective des uns et des autres aux
travaux des conseils.
En marge de la démission d’office, l’article 190 du Code Général des Collectivités
Territoriales Décentralisées offre la possibilité à chaque conseiller municipal de
démissionner volontairement par lettre recommandée adressée au Maire, avec copie au
représentant de l'Etat. La démission est définitive à compter de la date de l'accusé de
réception par le maire ou, en l'absence d'un tel accusé de réception, dans un délai
maximal d'un mois à compter de la date du nouvel envoi de la démission, constatée par
lettre recommandée.
Enfin, l’ensemble des membres du conseil peuvent démissionner collectivement,
conformément aux articles 192 et 195, suivant la procédure fixée par l’article 190 du
Code Général des CTD. La conséquence d’une telle démarche collective est la mise en
place d’une délégation spéciale, chargée de se substituer au conseil.
a.1.1.5. La mise en place d’une délégation spéciale
Il est prévu la mise en place, pour des raisons fixées par la loi, de délégations
spéciales au sein des communes, habilitées à prendre les mêmes décisions que le
conseil municipal. La mise en place de la délégation spéciale, organe permettant
d’assurer la continuité du service public communal, se fait dans les cas suivants,
limitativement énumérés par les articles 192 et 194 du Code Général des Collectivités
Territoriales Décentralisées, à savoir :
‒ la dissolution d’un conseil municipal ;
‒ la démission de tous les membres en exercice du conseil municipal ;
‒ l’impossibilité matérielle d’organiser l’élection d’un conseil municipal ;
‒ l’impossibilité de constituer un conseil municipal ;
‒ la mobilisation, lorsque les élections au conseil municipal sont ajournées.
La délégation spéciale est mise en place dans un délai de huit (08) jours, par
décret du Président de la République qui en précise la composition. Suivant l’article 192
du Code Général des CTD, le nombre des membres qui composent la délégation spéciale
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est fixé à trois (03) dans les communes où la population ne dépasse pas cinquante mille
(50 000) habitants. Ce nombre peut être porté à sept (07) dans les communes disposant
d'une population numériquement supérieure. La délégation spéciale est placée sous la
coordination d’un Président assisté d’un Vice-Président, jouant respectivement le rôle
de Maire et d’Adjoint au Maire.
Les pouvoirs de la délégation spéciale prennent automatiquement fin dès la
reconstitution du conseil municipal ou dès qu’il est procédé à la réélection du conseil
municipal dans les six (06) mois à compter de la date de la dissolution ou de la dernière
démission. Ce délai est renouvelable dans des conditions fixées aux articles 195 et 196
du Code Général des Collectivités Territoriales Décentralisées.
Pour le cas spécifique de la communauté urbaine, l’article 245 dispose que « la
représentation d'un conseil municipal au sein du conseil de communauté en cas de
dissolution, de démission de tous ses membres ou de suspension, est assurée par cinq
(05) membres de la délégation spéciale prévue aux articles 192 à 195 ».
Il convient d’indiquer que la délégation spéciale joue à la fois le double rôle
d’organe délibérant et d’exécutif.
a.2. L’organe exécutif
Conformément à l’article 197 du Code Général des CTD, «le Maire et ses adjoints
constituent l'exécutif communal». Ici, l’exécutif est collégial, contrairement à l’exécutif
régional.
a.2.1. La composition de l’exécutif communal
Le Maire est le chef de l'exécutif communal. Il est assisté d'adjoints dans l'ordre
de leur élection. La détermination du nombre d'adjoints se fait de la manière suivante,
sur la base du nombre de conseillers municipaux :
‒ commune disposant de vingt-cinq (25) à trente et un (31) conseillers : deux (02)
adjoints ;
‒ commune disposant de trente-cinq (35) à quarante et un (41) conseillers : quatre
(04) adjoints ;
‒ commune disposant de soixante et un (61) conseillers : six (06) adjoints.
A ces adjoints que la loi a mis en place, il est possible, sur le fondement de
l’article 198 du Code Général des CTD, d’instituer par délibération motivée du conseil
municipal soumise à l'approbation préalable du représentant de l'Etat, un poste
d’adjoint spécial, chargé de la gestion d’une zone donnée de la Commune. L’institution
de ce poste ne peut se justifier que par l’existence d’un obstacle quelconque ou
l'éloignement rendant difficiles, dangereuses ou momentanément impossibles les
communications entre le chef-lieu et la portion concernée de la commune.
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L'adjoint spécial est élu parmi les conseillers résidant dans ladite portion de la
commune. Il est chargé de remplir les fonctions d'officier d'état civil et de veiller à
l'exécution des lois et règlements de police dans cette portion de la Commune. Ces
fonctions prennent fin dès le rétablissement de la situation ayant présidé à sa mise en
place et est constatée par délibération du conseil municipal.
a.2.2. La composition de l’exécutif de communauté
L’exécutif de la communauté urbaine est constitué du Maire de la Ville et des
Adjoints au Maire de la Ville (article 243 (2)). Le Maire de la Ville, chef de l’exécutif, est
assisté d’Adjoints dont le nombre est déterminé ainsi qu’il suit :
‒ communauté urbaine disposant de deux (02) à trois (03) communes
d’arrondissement : deux (02) adjoints ;
‒ communauté urbaine disposant de quatre (04) à cinq (05) communes
d’arrondissement : trois (03) adjoints ;
‒ communauté urbaine disposant de six (06) à sept (07) communes
d’arrondissement : quatre (04) adjoints ;
‒ communauté urbaine disposant de plus de sept (07) communes
d’arrondissement : cinq (05) adjoints.
Le Maire de la Ville doit être Conseiller Municipal d'une commune
d'arrondissement de la communauté urbaine. Il doit également être une personnalité
autochtone de la région de rattachement de la communauté urbaine. Suivant l’article
246 du Code Général, le Maire de Ville et ses Adjoints sont élus par un collège constitué
de l’ensemble des conseillers municipaux des communes d'arrondissement de la Ville.
La répartition des postes d'adjoints au Maire de la Ville doit, autant que possible,
refléter la configuration du conseil de communauté.
a.2.3. L’entrée en fonction et le régime des incompatibilités des exécutifs
La composition de l’organe exécutif des communes et des communautés
urbaines est constatée par arrêté du Ministre chargé des collectivités territoriales
décentralisées. Avant leur entrée en fonction, le Maire, le Maire de la Ville et leurs
Adjoints prêtent serment devant le tribunal d'instance compétent, suivant une formule
consacrée à l’article 201 du Code. La durée de leur mandat correspond à celle de
l’organe délibérant au sein duquel ils sont élus. Leur élection peut faire l'objet d'un
recours en annulation, suivant les règles prévues par la législation en vigueur pour
l'annulation de l'élection des conseillers municipaux, et les effets d’une telle annulation
sont réglés par l’article 203 du Code.
L’accès à la fonction de Maire est encadré par un régime d’incompatibilité avec
les fonctions suivantes :
‒ membre du gouvernement et assimilé ;
‒ député et sénateur ;
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‒ autorité administrative ;
‒ ambassadeur ou responsable dans une mission diplomatique ;
‒ président des cours et des tribunaux ;
‒ directeur général ou directeur d'établissement public ou de société à
participation publique ;
‒ secrétaire général de ministère et assimilé ;
‒ directeur de l'administration centrale ;
‒ président de conseil régional ;
‒ membre des forces du maintien de l'ordre ;
‒ agent et employé de la commune concernée ;
‒ agent des administrations financières ayant à connaître des finances ou de la
comptabilité de la commune concernée.
En marge de ce régime général d’incompatibilité, le Maire de la Ville et ses
Adjoints ne peuvent, ni cumuler leurs fonctions avec celles de Maire ou d’Adjoint au
Maire d’une commune d’arrondissement, ni émaner du même conseil municipal
d’arrondissement.
a.2.4. Les attributions du Maire de Ville et du Maire
L’article 246 (3) de la loi n°2019/024 du 24 décembre 2019 portant Code Général
des Collectivités Territoriales Décentralisées affirme que le Maire de la Ville « exerce la
plénitude des fonctions municipales dans le cadre des compétences dévolues à la
communauté urbaine ». Cette disposition induit clairement que le Maire de la Ville a, au
sein de la communauté urbaine, les mêmes compétences que le Maire au sein de la
commune.
Nonobstant cette affirmation, le Code Général des Collectivités Territoriales
Décentralisées fixe, en son article 248, quelques attributions du Maire de Ville. En effet,
outre la compétence relative à la convocation et la présidence des sessions du conseil
de communauté, le Maire de la Ville est chargé :
de la préparation et de l'exécution des délibérations du conseil de communauté ;
de la préparation et de l'exécution du budget de la communauté ;
de l'organisation et de la gestion des services de la communauté ;
de la gestion des ressources et du patrimoine de la communauté ;
de la direction des travaux communautaires ;
de la représentation de l'agglomération dans les cérémonies protocolaires.
Pour ce qui est des attributions du Maire, l’article 206 du Code précise qu’il
représente la commune dans les actes de la vie civile et en justice. A ce titre, il est
chargé, sous le contrôle du conseil municipal :
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‒ de conserver, d'entretenir et d'administrer les propriétés et les biens de la
commune et d'accomplir tous actes conservatoires de ces droits ;
‒ de gérer les revenus, de surveiller les services communaux et la comptabilité
communale ;
‒ de délivrer les permis de bâtir et de démolir, ainsi que les autorisations
d'occupation des sols ;
‒ de préparer et de proposer le budget, d'ordonnancer les dépenses et de prescrire
l'exécution des recettes ;
‒ de diriger les travaux communaux ;
‒ de veiller à l'exécution des programmes de développement financés par la
commune ou réalisés avec sa participation ;
‒ de pourvoir aux mesures relatives à la voirie municipale ;
‒ de souscrire les marchés, de passer les baux et les adjudications des travaux
communaux, conformément à la réglementation en vigueur ;
‒ de passer, selon les mêmes règles, les actes de vente, d'échange, de partage,
d'acceptation de dons ou legs, d'acquisition, de transaction, lorsque ces actes ont
été autorisés par le conseil municipal ;
‒ de prendre, à défaut des propriétaires ou des détenteurs du droit de chasse
préalablement mis en demeure, toutes mesures nécessaires à la destruction
d'animaux déclarés nuisibles, conformément à la législation et à la
réglementation en vigueur, et éventuellement, de requérir les habitants avec
armes et chiens propres à la chasse de ces animaux, de surveiller et d'assurer
l'exécution de ces mesures et d'en dresser procès-verbal ;
‒ de veiller à la protection de l’environnement, de prendre, en conséquence, les
mesures propres à empêcher ou à supprimer la pollution et les nuisances, à
assurer la protection des espaces verts et à contribuer à l'embellissement de la
commune ;
‒ de nommer aux emplois communaux et, d'une manière générale, d'exécuter les
délibérations du conseil municipal.
Le chef de l’exécutif municipal est l'ordonnateur du budget de la commune. Il
peut déléguer, sous son contrôle, une partie de ses attributions à ses Adjoints, et à
défaut, à des conseillers municipaux. En sa qualité de magistrat municipal et sous
l’autorité du représentant de l’Etat, il est chargé des tâches suivantes :
‒ le recrutement, la suspension et le licenciement du personnel régi par la
législation du travail et les conventions collectives ;
‒ l’affectation et la gestion du personnel placé sous son autorité ;
‒ la publication et l’exécution des lois, règlements et mesures de portée générale ;
‒ l’exécution des mesures de sûreté générale ;
‒ la police municipale et l’exécution des actes de l'Etat y relatifs.
13
En matière de police municipale en revanche, le Maire ne reçoit aucune
injonction du conseil municipal qui peut seulement émettre, en cette matière, des vœux
et des avis.
Le Maire et ses adjoints sont, d’office, des officiers d'état civil.
En somme, le Maire est l’acteur principal, voire central de l’organisation et du
fonctionnement de toute commune. Il est assisté d’adjoints, élus eux aussi au sein du
conseil municipal, suivant les règles définies par les textes en vigueur. Les Adjoints
reçoivent du Maire des délégations nécessaires pour le bon fonctionnement de la
commune et la permanence du service public communal.
Par ailleurs, il convient d’indiquer que les dispositions du CGCTD ont su clarifier
les concepts d’intérêt communal et d’intérêt communautaire, source de conflits,
antérieurement, entre les Magistrats Municipaux des communes d’Arrondissement et
ceux des agglomérations.
Conformément aux dispositions de la loi, le Maire exerce ses attributions et ses
fonctions sous le contrôle du Conseil Municipal.
Bien plus, et au-delà des textes, il est attendu du Maire des compétences
particulières, au regard de la fonction qui est la sienne, et au regard des attentes des
populations dont il assure l’encadrement.
Le Maire est un élu local, disposant d’un mandat qui fait l’objet d’évaluation à
échéance établie. Il doit donc pouvoir justifier, pendant son mandat, des états de
service permettant le renouvellement de celui-ci. Le Maire représente l’Etat dans la
commune, en matière d’état civil, ainsi que d’exécution des lois et règlements de la
République et de police administrative. A ce titre, il doit être à la fois républicain et
légaliste. Cette double posture exige du Maire une attitude convenable, aussi bien en
public et qu’en privé. Elle exige également de lui des aptitudes avérées en matière de
management des ressources et d’animation des équipes. En effet, au lendemain de son
élection, le Maire doit pouvoir se dévêtir de ses oripeaux politiques pour se vêtir du
manteau de bâtisseur, d’un bâtisseur infatigable doté d’une vision et d’une ambition
pour sa collectivité. A cet égard, il doit, en bon manager, pouvoir faire faire des bonnes
choses par des bonnes personnes aux bons moments. Il s’agit en effet de savoir
déléguer les compétences, assortis des moyens correspondants. Les Maires ne
devraient pas être les premiers à solliciter à cor et à cri le transfert, en leur faveur, des
compétences et des ressources correspondantes lorsqu’ils sont, eux-mêmes, incapables
de déléguer, à leurs adjoints et à leurs collaborateurs, la moindre compétence ou la
moindre signature, assorties des ressources budgétaires correspondantes.
14
Le Maire doit enfin faire montre d’aptitude et d’attitude requise en matière de
gestion des situations de crise.
Il doit, en tout temps, et autant que cela dépend de lui, entretenir une bonne
collaboration avec l’autorité administrative, et avec l’ensemble des responsables des
services déconcentrés de l’Etat.
a.3. Les acteurs administratifs de la commune
A côté des organes délibérants et exécutifs de la commune ou de la communauté
urbaine, qui sont des acteurs élus, se trouvent des acteurs nommés, à savoir
l’administration de la commune dont l’action, décisive et déterminante, concourt au
bon fonctionnement de la commune et à l’atteinte des objectifs qui sont les siens.
Ces acteurs sont les suivants :
a.3.1. Le Secrétaire Général de Mairie.
Il coordonne les services de l’administration de la commune.
L’article 213 du Code Général des Collectivités Territoriales Décentralisées
dispose que l’exécutif communal est assisté d’un Secrétaire Général de Mairie. Cadre
disposant d’une bonne expérience en matière de management du développement local,
il anime les services de l’administration municipale. Il assure, sous l’autorité du Maire
dont il est le principal collaborateur, l’instruction des affaires et l’exécution des
décisions prises par celui-ci. Il reçoit à cet effet les délégations de signature nécessaires.
Il est nommé par le Ministre chargé des collectivités territoriales décentralisées, sur
proposition du Maire et assiste aux réunions de l’exécutif communal dont il assure le
secrétariat.
a.3.2. Le Receveur Municipal.
C’est le comptable public de la commune, chargé de l’ensemble des opérations
de recettes et des dépenses de la commune. Les dispositions des articles 437 à 460
indiquent clairement les attributions qui sont les siennes.
A ce titre, il est chargé des opérations de recouvrement des recettes et de
paiement des dépenses locales. Il assure la garde et le maniement des fonds et valeurs
de la collectivité. A la fin de chaque journée, il dresse à l’intention du Maire, l’état de sa
trésorerie. A la fin de l’exercice, il dresse le compte de gestion de la collectivité, assorti
des pièces justificatives. Il lui est interdit, de même qu’à son conjoint et à ses ayants-
droits, de fournir des biens et des prestations à la collectivité territoriale dans laquelle il
exerce ou à laquelle il appartient (Art. 440 du Code). Cette mesure s’applique également
aux Maires, à leurs adjoints et aux conseillers municipaux, de même qu’à leurs conjoints
et à leurs ayants-droits.
15
Les Receveurs Municipaux auprès des Communautés Urbaines sont choisis au
sein du personnel des services civils et financiers de l’Etat et nommé par arrêté conjoint
du Ministre chargé des CTD et du Ministre chargé des Finances.
Les autres Receveurs Municipaux sont choisis au sein du personnel des CTD ou, le
cas échéant, au sein du personnel des services civils et financiers de l’Etat, et nommés
par arrêté du Ministre chargé des CTD.
Le Receveur Municipal exerce, dans les communes qui n’en disposent pas, les
fonctions de contrôleur financier.
a.3.4. Le Contrôleur Financier
Il est chargé des contrôles des opérations budgétaires. A ce titre, il donne son avis
sur le caractère sincère et soutenable des plans d’engagement des dépenses et ne peut,
en aucun cas, subordonner l’apposition du visa à l’appréciation de l’opportunité des
décisions prises par l’ordonnateur. En tout état de cause, il est tenu, dans un délai de
soixante-douze (72) heures dès réception du dossier, de motiver tout rejet, le cas
échéant.
a.3.5. La Commission Communale de Passation des Marchés Publics.
Il est responsable, en amont, des procédures de contractualisation de la
commande publique communale. Ces procédures doivent respectées les principes
édictés en la matière, à savoir le principe de transparence dans les procédures de
passation des marchés, le principe d’égalité de traitement des soumissionnaires, le
principe d’équité dans l’adjudication de la commande publique.
a.3.6. L’ensemble du personnel de la commune.
Outre les principaux responsables cités plus haut, l’animation administrative et
technique de la Commune est assurée, au quotidien, par une batterie de responsables
et personnel, tous rangs et tous grades confondus, répartis dans l’ensemble des services
administratifs et techniques de la commune conformément à un organigramme type,
objet d’un arrêté du Ministre en charge des collectivités territoriales décentralisées
publié en 2009.
Il importe, pour les Maires, d’œuvrer à la mise en place harmonieuse des services
de la commune, en respectant scrupuleusement les règles y afférentes, notamment
celles d’adéquation des profils avec les postes à pourvoir.
b. Les acteurs externes.
Ils sont tout aussi nombreux et sont de plusieurs ordres, avec pour rôle
d’accompagner les communes dans l’exercice de leurs missions de fourniture des
équipements et des services sociaux de base aux populations.
Au nombre de ces acteurs, nous pouvons citer :
- La population de la commune.
16
- L’autorité de tutelle, à savoir le Président de la République, à travers le
Ministre en charge des collectivités territoriales décentralisées, de même que
le Préfet, représentant de l’Etat dans la commune.
- Les organes de suivi de la décentralisation : le CND, le CISL, le CONAFIL, la
CICOD.
- Les structures d’accompagnement : les SDE, le FEICOM, le BUNEC, la NASLA, le
PNDP, le PNFMV…
- Les acteurs de la société civile, notamment les ONG et les OSC.
- Les comités de quartier ou de village.
- Les partenaires techniques et financiers.
- Les acteurs de l’intercommunalité et de la coopération décentralisée.
Il s’agit là d’autant d’acteurs qui indiquent, à suffisance, que la gestion de la cité
et de la collectivité est une gestion concertée et que la décentralisation, en tant que
politique publique majeure à la transversalité avérée appelle, pour sa mise en œuvre
réussie, une réelle synergie d’actions entre l’ensemble de ces acteurs, endogènes et
exogènes, synergie d’actions dont l’opérationnalité conséquente et le fonctionnement
optimal sont tributaires de la bonne interaction entre ces acteurs.
S’agissant singulièrement de la population, elle joue un rôle multiple, mais un
rôle déterminant et prépondérant dans l’organisation et le fonctionnement de toute
commune. Sur le plan démocratique, c’est la population, généralement considérée
souveraine, qui élit le conseil qui, à son tour, élit l’exécutif.
Bien plus, la population participe, de manière étroite, à la définition des
orientations de développement de la commune et prend part, de droit, aux travaux du
conseil.
La loi N° 2019/024 du 24 décembre 2019 portant code général des collectivités
territoriales décentralisées a élargi le champ des compétences de la population à travers
la création des comités de village et de quartier qui, désormais, sont habilités à orienter
les politiques de développement de la commune, dans le cadre de l’approche
participative et de la gestion concertée qui sous-tendent le processus de
décentralisation et, à travers la communication, à la même population, des informations
utiles et pertinentes relevant de la commune.
A la vérité, le vrai patron de la commune c’est la population qui, à travers les
élections, peut accorder, renouveler ou retirer sa confiance aux organes de la
commune.
c. Les interactions entre les différents acteurs
17
Dans le fonctionnement de la commune, les interactions ou les rapports entre les
différents acteurs sont régis par des règles et des principes forts, édictés par des
dispositions pertinentes des lois et règlements de la République, notamment la loi N°
96/06 du 18 janvier 1996 portant révision de la constitution de 1972, ainsi que la loi N°
2019/024 du 24 décembre 2019 portant code général des collectivités territoriales
décentralisées. Il s’agit, notamment : du principe de la libre administration de la
commune, du principe de la légalité de l’action communale, du principe de la
participation citoyenne à l’action communale, du principe de la séparation des fonctions
d’ordonnateur de celles de comptable, du principe de la saine collaboration entre les
acteurs concernés, du principe du respect de la hiérarchie, du principe de l’exemplarité,
du principe ou de l’obligation de servir et de se consacrer à ses fonctions.
Le principe de la libre administration de la commune est un principe consacré par
la constitution. En effet, l’Article 55(2) de la Constitution dispose que « les Collectivités
territoriales décentralisées sont des personnes morales de droit public. Elles jouissent
de l’autonomie administrative et financière pour les questions d’intérêts régionaux ou
locaux. Elles s’administrent librement par des conseils élus et dans les conditions fixées
par la loi ».
Ce principe est fondamental aussi bien pour le fonctionnement de la commune
que pour ses interactions avec des tiers, notamment l’Etat, ses services déconcentrés et
son représentant qui assure la tutelle sur les CTD ; ainsi que la Région, ou les autres
communes dans le cadre de l’intercommunalité.
A cet égard, nous soumettons ci-après, quelques extraits de la loi portant code
général des collectivités territoriales décentralisées :
« Les collectivités territoriales sont d’égale dignité. Aucune collectivité territoriale
ne peut établir ou exercer de tutelle sur une autre. » Art. 2 (3)
« Les collectivités territoriales s’administrent librement par des organes élus,
dans les conditions fixées par la loi. » Art. 6 (1)
« Les collectivités territoriales élaborent et votent librement leur budget » Art. 11 (1)
« Les collectivités territoriales recrutent et gèrent librement le personnel
nécessaire à l’accomplissement de leurs missions, conformément à la législation et à la
réglementation en vigueur » Art. 22 (1)
Le principe de la légalité de l’action communale est consacré par l’article 39 du
Code Général des CTD qui, en son alinéa 1, dispose que « les collectivités territoriales
exercent leurs missions dans le respect de la Constitution, des lois et règlements en
vigueur. »
18
D’où la justesse et la pertinence de la consécration de la tutelle de l’Etat, chargée
surtout de veiller au respect du principe de la légalité de l’action communale.
Les articles 40 et 41 encadrent la participation citoyenne à l’action communale.
Le principe de la séparation des fonctions d’ordonnateur de celles de comptable,
principe fort de la comptabilité publique, fait l’objet de l’article 433 du Code Général des
CTD qui, en son alinéa 2, dispose clairement que « les fonctions d’ordonnateurs et celles
de comptables publics sont et demeurent séparées et incompatibles, tant en ce qui
concerne l’exécution des recettes que l’exécution des dépenses ».
Les autres principes, évoqués plus haut, trouvent leur fondement juridique aussi
bien dans le code que dans d’autres textes législatifs ou règlementaires, soit de portée
générale, soit de portée spécifique.
Seul un respect scrupuleux de l’ensemble de ces principes, et de bien d’autres
principes encore qui sous-tendent le fonctionnement de l’administration publique, les
uns aussi pertinents que les autres, permettra à l’organisation de la Commune d’être la
plus harmonieuse possible et à son fonctionnement d’être le plus optimal possible avec,
en prime, l’accomplissement, par elle, de sa mission de promotion du développement
local. A l’évidence, tout écart à cet égard est source de dysfonctionnements donnant
lieu à des résultats et des rendements mitigés.
II. L’IMPACT DU NON-RESPECT DES REGLES DANS L’ORGANISATION ET LE
FONCTIONNEMENT DE LA COMMUNE
Ici, nous passerons en revue, tour à tour, les causes des dysfonctionnements
observés dans l’appareil communal, leurs conséquences sur l’organisation et le
fonctionnement de la commune, ainsi que sur son rendement. Dans la suite, nous
formulerons quelques propositions de remédiation.
a. Les causes et les conséquences des dysfonctionnements observés dans
l’appareil communal
L’une des principales causes des dysfonctionnements observés dans l’appareil
communal porte sur les écarts pris envers les principes et les règles établis, soit en toute
connaissance et conscience, soit par ignorance.
a.1. Le non-respect du principe de la libre administration des CTD
La libre administration des collectivités territoriales décentralisées est
consubstantielle à la décentralisation.
19
La violation de ce principe, notamment par l’administration publique, le
représentant de l’Etat ou les responsables des services déconcentrés de l’Etat, entraîne
des dysfonctionnements réels dans l’appareil communal.
En effet, toute ingérence de l’Etat ou de ses démembrements dans l’organisation
et le fonctionnement d’une commune, en plus d’être considérée comme un recul
déplorable par rapport aux avancées enregistrées en matière de décentralisation, porte
atteinte à la bonne organisation et au bon fonctionnement de la commune.
Il en est ainsi notamment de la tutelle, dont les attributions, suffisamment
allégées, se réduisent à l’appui conseil et au contrôle de légalité, c’est-à-dire un contrôle
a posteriori. Les cas de contrôle a priori sont clairement définis et portent sur des
matières limitativement citées (Voir les Articles 73 à 86 du Code Général des CTD).
Il importe de relever que la tutelle généralement exercée au-delà des textes a
souvent été source de dysfonctionnements dans la commune. Ces dysfonctionnements
ont trait aux rapports généralement tendus entre l’autorité de tutelle et l’autorité
municipale, entraînant, entre autres, la non approbation des délibérations, avec un effet
négatif sur le fonctionnement de la commune.
Ces dysfonctionnements ont également trait à la mainmise de la tutelle sur le
fonctionnement de la commune, notamment dans les matières liées au recrutement, au
déploiement et à la gestion du personnel communal, ainsi qu’à la gestion financière,
budgétaire et même matérielle et logistique de la commune. C’est le cas du personnel,
du matériel roulant ou des équipements logistiques de la commune qui se retrouvent,
assez souvent, à des endroits autres que les services de la commune, ou alors des
ressources financières de la commune qui, « sur les très hautes instructions écrites ou
non écrites de la tutelle », paient des dépenses non inscrites dans le budget de la
commune.
Ces dysfonctionnements ont également trait à la présidence de fait, par l’autorité
de tutelle, des sessions du Conseil municipal, avec pour conséquence l’inhibition des
Conseillers Municipaux.
En effet, même les dispositions protocolaires ne devraient laisser voir, percevoir
ou entrevoir une quelconque illusion de l’autorité de tutelle dans une position de
présidence d’une session du Conseil.
Ces dysfonctionnements ont enfin trait à la constitution, au sein de la commune,
de clans aux cloisonnements étanches, favorables à l’une ou l’autre autorité (le Maire et
l’autorité de tutelle), avec des conséquences graves sur la cohésion et la cohérence de
l’action communale.
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a.2. Le non-respect du principe de la légalité
Le respect de la légalité est consubstantiel à l’Etat de droit. Il s’agit d’un principe
qui s’exerce dans le prolongement d’un autre principe, consacré à la fois par la
constitution et le code général des collectivités territoriales décentralisées, celui de la
primauté de l’Etat.
« Les collectivités territoriales exercent leurs activités dans le respect de l’unité
nationale, de l’intégrité du territoire et de la primauté de l’Etat » (La Constitution du 18
janvier 1996, Article 2(2)).
L’organisation et le fonctionnement de la commune, dans tous ses
compartiments (délibérants, exécutifs, administratifs, comptables, budgétaires,
techniques…) sont régis par un ensemble de textes qui méritent d’être connus et
appliqués. La méconnaissance et/ou la non-application de ces textes entraînent,
naturellement, des dysfonctionnements dans l’organisation des services de la
commune. Lorsque les écarts y relatifs portent sur des aspects comptables et
budgétaires, ils peuvent avoir des conséquences sur les plans pénal et pécuniaire.
Le dépôt des comptes administratif et de gestion constitue, par exemple, une
exigence légale dont le respect ne devrait souffrir d’aucun atermoiement.
Il en est ainsi également du recrutement du personnel et de la gestion de leur
carrière. La violation des textes à cet égard donne lieu à des effectifs pléthoriques, sans
emprise aucune avec l’organisation, les missions et la fonction de la commune.
Bien plus, le non-respect de la légalité fait observé que des actes des Magistrats
Municipaux sont de plus en plus contestés et attaqués auprès des tribunaux
administratifs par des citoyens, des prestataires ou un personnel de plus en plus avisés
et exigeants, avec à la clé des condamnations judiciaires qui n’honorent pas la
commune.
a.3. Le non-respect du principe de la primauté de l’Etat
Le principe de la primauté de l’Etat mérite une considération particulière dans un
Etat unitaire décentralisé. Dans un tel contexte, consacré par notre loi fondamentale,
l’Etat définit les normes et les standards qui, sous réserve de quelques spécificités
propres aux CTD, sont appliqués, de manière uniforme, sur l’ensemble du territoire.
Bien plus, et sous réserve encore des potentiels spécifiques reconnus à chaque CTD,
l’Etat veille au développement équilibré et harmonieux de l’ensemble du territoire
national.
Le non-respect du principe de la primauté de l’Etat, par quelque CTD que ce soit,
entraîne dès lors la nullité de ses actes.
21
a.4. Le non-respect du principe de la participation citoyenne
Le principe de la participation citoyenne à l’action communale, déjà consacrée
par la dynamique de la décentralisation, a été renforcé par les dispositions de la loi du
24 décembre 2019.
Au-delà des comités de quartier et de village, généralement appelés les comités
citoyens, au-delà de l’élaboration et de la mise à jour, dans une approche participative,
des Plans Communaux de Développement, le Conseil Municipal constitue l’expression la
plus manifeste de la participation citoyenne, en ceci qu’il est, en principe, l’expression
de la sensibilité de l’ensemble des composantes sociologiques de la commune. La
définition des priorités et l’inscription des projets aux différents budgets de la commune
doit être l’émanation des membres du Conseil qui, en principe, ont une bonne
connaissance des terroirs et du territoire de la commune et représentent l’ensemble de
ses composantes dont ils sont chargés de défendre les intérêts.
Dans un contexte de centralisme de l’Etat, les Magistrats Municipaux se sont
régulièrement plaints de l’inscription aux budgets de l’Etat, sans concertation avec la
base, des projets en faveur de leurs communes respectives, projets dont les sites étaient
soit inexistants, soit inappropriés, accusant de ce fait la forte influence des élites à
Yaoundé.
A l’inverse, dans un contexte de non-respect, en amont, du principe de la
participation citoyenne à l’action communale, les populations à la base se plaignent
d’un autre centralisme, celui des membres de l’Exécutif communal qui, à partir du
centre, c’est-à-dire du chef-lieu de la commune, inondent les budgets communaux des
projets issus de leurs seuls terroirs, au détriment de l’ensemble du territoire communal.
La participation citoyenne constitue dès lors un principe fondamental du bon
fonctionnement de la commune, principe dont la violation entraîne, entre autres, la
conduite des projets sur des sites non appropriés, le développement déséquilibré et
inharmonieux du territoire de la commune, l’aliénation de l’exécutif des populations et
la fracture dans le tissu social tant du conseil que de la collectivité.
C’est convaincu de la plus-value qu’apporte le respect du principe de la
participation citoyenne à l’action communale et au bon fonctionnement de la commune
que le législateur de 2019 a bien voulu le consacrer dans la loi portant code général des
collectivités territoriales décentralisées.
a.5. Le non-respect du principe de la saine collaboration
Les écarts pris à l’endroit du principe de la saine collaboration, à tous les niveaux
de l’organisation et du fonctionnement de la commune, ont eux aussi des conséquences
inouïes sur le rendement de celle-ci. Cette saine collaboration concerne l’ensemble des
acteurs de la commune, qu’ils soient endogènes ou exogènes. Malheureusement, le
respect de ce principe est mis à mal, dans plusieurs communes, par des considérations
22
d’ordre partisan ou clanique ; de même que par des considérations sous-tendues par
des intérêts égoïstes.
La violation de ce principe prend encore plus de relief lorsque la commune a un
conseil multi-partisan. En raison de ces colorations politiques, il y nait, assez souvent,
des querelles intestines qui portent un coup sérieux sur l’organisation et le
fonctionnement de la commune. Parfois, même quand le conseil est monocolore, avec
les membres issus d’une même formation politique, l’on a observé des cas de violation
du principe de saine collaboration, avec une partie du conseil qui, pour des raisons
diverses, se désolidarise de l’ensemble du conseil, réussissant parfois l’exploit de
bloquer les travaux du conseil et de porter atteinte à la réalisation de son plan de
développement.
Par ailleurs, au sein des services de la commune, une mauvaise collaboration
entre les responsables élus et les responsables nommés, voire entre les responsables
nommés et les personnels, généralement affidés au Maire dont ils sont les proches, et
entre les personnels eux-mêmes, entraîne un mauvais fonctionnement de la commune
avec des conséquences sur son organisation, son rayonnement et son rendement.
En outre, une mauvaise collaboration entre les responsables de la commune et
ceux des services déconcentrés de l’Etat produit un impact des plus négatifs, surtout sur
l’exercice des compétences transférées, de même que sur la réalisation des études et le
suivi des travaux d’exécution des projets communaux.
Cette collaboration doit être de mise entre le Maire et les Adjoints au Maire,
entre le Maire et le Secrétaire Général, entre le Maire et le Président de la commission
communale de passation des marchés, et entre le Maire et le Receveur Municipal.
Entre le Maire et les Adjoints, la mauvaise collaboration nait des considérations
politiques, voire des ambitions politiques de l’un à se maintenir au pouvoir, parfois sans
états de service réels, et des autres à conquérir ce que le premier appelle son pouvoir, à
travers parfois des peaux de banane de tous ordres.
Entre le Maire et le Secrétaire Général, la question porte davantage sur le respect
de la légalité, le Secrétaire Général étant, au dernier niveau, le filtre à cet égard. Bien
plus, et au-delà de sa mission de veille sur le respect de la légalité dans le processus de
signature et de publication des actes par le Maire, ainsi que celle de la coordination et
de l’animation des services de la commune, services dont certains responsables
rechignent à se soumettre à son autorité et cherchent, assez souvent, à échapper à son
contrôle, le Secrétaire Général, surtout lorsqu’il est de la localité, a parfois des rapports
tendus avec le Maire soit en raison de ses ambitions politiques personnelles, réelles ou
23
virtuelles, soit en raison de son soutien, affiché ou supposé, aux adversaires politiques
du Maire.
Lorsque le Rubicon est ainsi franchi, il est évident que l’organisation et le
fonctionnement de la commune en prendront un coup sérieux, les deux, le Maire et le
Secrétaire Général, étant les principaux acteurs de la commune et les éléments majeurs
de son animation, dont la collaboration contribue, dans une large mesure, à son
rendement.
Entre le Maire et le Receveur Municipal, les conflits portent sur un autre plan : le
nerf de la guerre. Ces conflits se manifestent, assez souvent, par le souci du Maire,
lorsqu’il veut exceller dans l’opacité et le manque de transparence, de contourner les
procédures, à travers des recettes parallèles, d’imposer au Receveur Municipal des
procédures non orthodoxes, voire de procéder au déblocage des fonds sans base
juridique régulière et sans la présentation des liasses réglementaires y afférentes.
Entre les deux, d’autres conflits existent, du fait notamment du souci du
Receveur Municipal de se soustraire au contrôle du Maire qui, de son avis, n’est pas son
patron.
En termes de conséquences, ces conflits entre le Maire et le Receveur Municipal
sont, assez généralement, sources de dysfonctionnements dont : le non-paiement à
temps des salaires du personnel, de même que des prestations des partenaires ; le
détournement des ressources destinées au financement du développement de la
commune ; pour ne citer que ces deux cas.
Il va sans dire qu’entre le Secrétaire Général et le Receveur Municipal, il se trouve
aussi et assez souvent des conflits qui portent sur la préséance et l’autorité investie du
pouvoir de nomination. En effet, jusqu’à la loi de 2019, les sources de nomination des
deux personnalités, sous réserves de quelques nuances, étaient distinctes.
Bien plus, dans certaines communes, il a été signalé le souci pour certains
Secrétaires Généraux d’avoir, eux aussi, un droit de regard sur la recette communale. La
fin de non-recevoir généralement réservée à leur quête ou requête produit, souvent, un
impact négatif sur les rapports entre les deux personnalités et sur le fonctionnement de
la commune. On assiste ainsi, dans ces communes, à la création illégale, par le
Secrétaire Général, de recettes parallèles qui, ajoutées le cas échéant à celles, toutes
aussi illégales, du Maire, des Adjoints au Maire, et même de certains conseillers
municipaux et personnel communal, hypothèquent sérieusement le fonctionnement de
la Recette Municipale officielle et obèrent les rendements de la commune en termes de
recouvrement, de computation, d’agrégation, de comptabilisation et de sécurisation des
recettes, ainsi que de financement des projets communaux.
24
Il en ressort, en filigrane, la violation flagrante du principe de séparation des
fonctions d’ordonnateur de celles de comptable.
Les conflits entre le Maire et le Président de la Commission communale de
passation des marchés constituent l’autre cause de dysfonctionnements au sein de la
commune, avec des conséquences sur les prestations communales.
Ces conflits ont pour source le non-respect des principes qui gouvernent la
contractualisation de la commande publique : principe de transparence dans les
procédures de passation des marchés publics, principe d’égal traitement des
soumissionnaires, principe d’équité dans le choix des adjudicataires.
Les conséquences du non-respect de ces principes prennent du relief lorsque, de
part et d’autre, existent des velléités répréhensibles et « non coordonnées » d’appui à
des soumissionnaires particuliers, sur le fondement des arrangements occultes.
a.6. Le non-respect des autres principes
Le non-respect des autres principes, et non des moindres, concourt à des
dysfonctionnements dans les communes. Il en est ainsi de nombreux principes qui
fondent l’administration publique camerounaise.
Le principe du respect de la hiérarchie. Il est aberrant qu’un Maire exige, en ce
qui le concerne, le respect de ce principe de la part de ses principaux collaborateurs, et
accepte ou tolère, à leur endroit, des écarts à cet égard de la part d’un certain personnel
affidé à sa personne. EX. Le cas d’un Maire qui exige du Secrétaire Général et de
l’ensemble des responsables et du personnel de la commune d’appeler l’épouse du
Maire, c’est-à-dire son épouse, agent à la Commune, la mère.
Le principe de la ponctualité et de l’assiduité au travail. Le principe de la gratuité
du service public. L’obligation de résider sur le territoire de la commune. L’obligation de
servir et de se consacrer au service. Le principe de l’exemplarité dans l’exercice des
fonctions…
Il s’agit là d’autant de principes dont le non-respect d’un ou de plusieurs entraîne
des dysfonctionnements préjudiciables à l’organisation et au bon fonctionnement de la
commune, de même qu’à son rendement et à son image de marque.
Outre la méconnaissance des textes, ces violations des principes et des règles
sont également sous-tendues par un souci avéré de tordre le cou au droit pour des
raisons d’intérêts particuliers ou partisans, voire par des égos surdimensionnés.
b. Quelques pistes de remédiation
Elles sont nombreuses et se rapportent à chacun des cas évoqués et examinés.
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La première piste consiste à ramener l’ensemble des acteurs de l’organisation et
du fonctionnement de la commune à des sentiments sains. Il s’agit en effet, pour
chacun d’entre eux, d’adopter un esprit de travail en équipe, convaincu que les résultats
obtenus concourent au rayonnement de la municipalité, au développement de la
collectivité et à l’épanouissement de l’ensemble de ses habitants. A cet égard, quelques
coups de rabot et de marteau sur les égos des uns et des autres seraient les bienvenus.
La vulgarisation du droit, mais surtout de l’ensemble des principes qu’il véhicule,
doit constituer une piste majeure de remédiation à emprunter. En effet, en ce début de
mandat, il est important, voire déterminant, pour l’ensemble des responsables et du
personnel des municipalités de s’imprégner de l’esprit et de la lettre des textes de droit
qui régissent la décentralisation, ainsi que l’organisation et le fonctionnement des CTD
et, de faire leurs, au quotidien, dans la théorie et dans la pratique, l’ensemble des
principes majeurs consacrés par ces textes.
Les missions d’inspection et de contrôle dans les communes contribueraient à
vulgariser le droit en leur sein et, surtout, à faire adopter de bons réflexes. Ces missions
ne devraient pas être que des missions de contrôle, avec une fonction coercitive avérée,
mais aussi des missions d’inspection, avec une approche pédagogique pertinente et
permanente.
Les exercices de benchmarking et de partage de bonnes pratiques, organisés par
la commune elle-même au profit de son personnel, seraient fort utiles dans le sens du
respect des principes et des règles d’organisation et de fonctionnement harmonieux de
la commune et, in fine, de production des rendements probants.
La multiplicité des acteurs de la gestion communale, tirés d’horizons divers,
appellent une coordination appropriée de leurs actions, sous le contrôle du lead
institutionnel désigné par les textes en vigueur, en vue d’éviter toute sorte de
cacophonie préjudiciable à l’action communale.
CONCLUSION
En guise de conclusion, il est à retenir que seuls une organisation cohérente et un
fonctionnement harmonieux de la Commune lui permettront d’assurer la fonction qui
est la sienne, celle de la fourniture optimale des services et des équipements sociaux de
base aux populations.
Malheureusement, dans plusieurs communes, cette organisation et ce
fonctionnement, bien que consacrés par les textes et les principes qu’ils charrient, sont
loin d’être harmonieux, pour des raisons qui tiennent davantage de l’écart pris par les
uns et les autres, vis-à-vis de ces principes et de ces règles.
Il importe dès lors, en ce début de mandat, d’œuvrer à la vulgarisation de ces
principes et règles dans le but de créer un aggiornamento au sein de l’ensemble des
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acteurs de la Commune, aggiornamento utile) à la bonne organisation et au bon
fonctionnement de nos collectivités territoriales décentralisées, nécessaire à
l’approfondissement de la décentralisation, et indispensable à la promotion du
développement local. /-
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