ABOUHANIFA
ABOUHANIFA
Saïd ABOUHANIFA
Centre Régional des Métiers de l’Éducation et de la formation
Settat (Maroc)
Résumé. Ayant contribué, en tant que formateur, à l’encadrement des sessions de formation organisées pour des
enseignants et les inspecteurs dans le domaine de la pédagogie de l‘intégration, nous avons constaté une certaine
réticence de la part de nos enseignants pour adhérer à l’enseignement des mathématiques par le biais d’une
approche socioconstructiviste. Leur propre apprentissage des mathématiques a surtout été centré sur des
explications et des démonstrations. De ce fait, ils tendent à reproduire ces comportements malgré les théories
socioconstructivistes qui leur ont été préalablement enseignées. La formation sur la pédagogie d’intégration des
acquis et le suivi sur le terrain, nous ont servi de cadre de référence pour repérer les changements attendus. Des
rencontres seront un atout majeur pour enrichir le répertoire des expériences des enseignants et seront des points
d’ancrage permettant de planifier et de piloter des situations qui favoriseront la construction des concepts
mathématiques et l’intégration des acquis chez les élèves.
Mots-clés. Pédagogie de l’intégration des acquis, socioconstructivisme, changement de pratique.
Introduction
Depuis 2000, tous les cycles de l'Enseignement Scolaire marocain ont enregistré de
nombreuses avancées sur le plan pédagogique. Les méthodes, programmes et curriculums ont
été révisés. De nouvelles orientations pédagogiques ont été adoptées, telles que l'approche par
compétences ou le renforcement de l'éducation aux valeurs civiques, conformément au
modèle pédagogique développé dans le Livre Blanc1 en 2002. L'organisation pédagogique des
cycles a été revue, avec le rattachement du secondaire collégial au cycle secondaire qualifiant.
Dans la formation professionnelle, l'année 2003 a été marquée par le lancement d'un grand
chantier de nouvelle ingénierie selon l'approche par compétences. Cette approche, qui vise à
remplacer la logique d'offre de formation qui prévalait jusque-là par une logique de réponse
aux besoins en compétences des entreprises, implique des changements majeurs dans la
manière de planifier la formation, de la gérer, de la dispenser et de l'évaluer. En 2007,
l'assouplissement des durées de formation a été adopté, permettant aux centres de formations
d'effectuer les formations des niveaux qualification et spécialisation sur la durée jugée
nécessaire à l'acquisition des compétences, et non sur deux années nécessairement.
Dans la pratique réelle, les méthodes d'enseignement sont loin d'être centrées sur l'élève. Elles
se fondent sur la transmission directe des savoirs et des savoir-faire de l'enseignant à
l'apprenant, sans donner de place aux démarches par découverte qui ont le potentiel de
construire les connaissances et de s'adapter à des situations nouvelles.
Le Ministère de l’éducation nationale a lancé des programmes de formation continue fondés
sur des approches pédagogiques innovantes comme l'approche par compétences, la pédagogie
différenciée, l'approche par problèmes et l'approche par projets (Circulaire N° 112 Ministère
de l’éducation nationale à la date du 10 septembre 2008 au sujet de l’expérimentation de la
pédagogie de l’intégration dans deux académies régionales : celle de Chaouia Ourdigha Settat
et celle de Maknès Tafilalet, 3 pages). Cette expérimentation était généralisée à toutes les
1 Le livre blanc des orientations officielles au Maroc pour la révision des programmes scolaires, édité en 2002.
formation sont avant tout la satisfaction des besoins de formation professionnels et/ou
personnels/institutionnels.
Le caractère obligatoire et la valeur de la formation continue pour améliorer les pratiques
seront ainsi bien compris par tout le personnel du Système d’Éducation et de Formation.
Pour mettre en valeur la réussite du développement de carrière de l’enseignant par la
formation, il faudra donner plus d’importance et de poids à la formation continue, et la lier à
la promotion et à l’évolution de carrière.
1. La formation des enseignants : vers une approche socioconstructiviste
Lors de la formation continue (volume horaire de 60 h pendant 5 jours de suite sur la
pédagogie d’intégration et 5 jours de suite sur la didactique de la discipline), les enseignants
sont constamment sensibilisés à l’importance de l’approche socioconstructiviste dans la
construction des séquences didactiques. Malgré cela, plusieurs enseignants manifestent des
difficultés pour tenir compte de ces éléments dans l’élaboration de leurs situations
d’enseignement-apprentissage. Dans sa pratique effective, l’enseignant se réfère au mode
transmissif des connaissances, plutôt que d’en favoriser la construction par l’apprenant lui-
même, comme le suggèrent pourtant les orientations pédagogiques du ministère de tutelle.
Le socioconstructivisme occupe une place importante en didactique des mathématiques dans
la formation des enseignants. Or, enseigner selon une telle démarche implique que
l’enseignant en devenir soit au fait des processus d’apprentissage des apprenants. Les travaux
de Piaget, entre autres, sont d’un grand apport pour aborder ces questions, en particulier
lorsqu’il argumente que l’apprenant apprend face à un déséquilibre où ses schèmes antérieurs
ne sont plus suffisants pour résoudre le problème auquel il est confronté (Jonnaert & Vander
Borght, 1999 ; Piaget, 1975). Cette observation implique qu’il faut renoncer à transmettre des
connaissances sur les concepts mais plutôt créer des situations qui permettent à l’élève de
prendre conscience de ses limites et qui l’amènent à développer d’autres connaissances en
respectant une certaine progression dans le niveau d’abstraction du concept présenté. Or, cette
approche de l’apprentissage est considérablement différente de ce qu’ont vécu nos
enseignants lors de leur scolarité. Nous observons que leur propre expérience de
l’enseignement des mathématiques l’emporte sur les connaissances pédagogiques qu’ils
acquièrent à propos de la didactique des mathématiques. Cette observation n’est pas
spécifique à notre situation et d’autres l’ont aussi relevée (Roy, 2007). Le défi pour nos
enseignants consiste à se détacher de leur vécu d’apprenant et des pratiques traditionnelles
pour intégrer et surtout mettre en œuvre de nouvelles pratiques qui se distancient de celles
qu’ils ont connues. Nous souscrivons à la définition de Langevin & Bruneau (2000) qui
conçoivent l’apprentissage comme une construction personnelle prenant appui sur les
connaissances antérieures de l’enseignant. Le principe de la cohérence pédagogique veut, dès
lors, que nous proposions à nos enseignants des situations où ils doivent intervenir selon une
approche socioconstructiviste pour ensuite utiliser ce vécu comme point d’ancrage. Cette
option nous apparaît intéressante, d’autant plus que Langevin & Bruneau nous rappellent que
l’enseignant doit mettre à jour les connaissances et les expériences antérieures des élèves, leur
permettant ainsi d’accéder au nouveau savoir et de le raccrocher à l’ancien. Toutefois,
comment proposer des expériences nouvelles aux enseignants pour faciliter le développement
de compétences liées à l’enseignement des mathématiques dans une perspective
socioconstructiviste ?
n’auraient pas de sens. Elle n’apporte pas de contenus-matières, mais elle se propose
d’organiser ceux qui ont été définis par une politique curriculaire, de les structurer de
façon fonctionnelle au regard du profil de sortie, et éventuellement de compléter ceux-ci.
En effet, elle souligne la nécessité de développer différents types de contenus, par souci de
cohérence avec le projet éducatif : à côté des savoirs et des savoir-faire, elle considère
comme important de développer des savoir-être, des « life skills », des capacités
transversales. De plus, elle considère que les apprentissages relatifs à ces contenus doivent
faire l’objet d’une attention particulière, en amont (exploration), lors de la construction des
nouveaux acquis (situations didactiques), sans oublier les activités de structuration
cognitive. Enfin, elle veille à proposer des pistes concrètes pour l’évaluation des acquis.
• En termes d’orientations pédagogiques, la pédagogie de l’intégration affirme la nécessité
de se préoccuper des processus et des démarches pédagogiques, des difficultés rencontrées
par les apprenants, et pas seulement des résultats obtenus. Dans cette vision, elle ne rejette
aucune méthode ou approche didactique : la méthode transmissive, la pédagogie par
objectifs, la pédagogie du projet, l’approche par problèmes dans une perspective
socioconstructiviste, et d’autres encore, sont appelées à jouer des rôles complémentaires, à
condition toutefois que celles-ci s’avèrent adaptées pour installer des ressources chez
l’apprenant. Elle distingue deux types d’apprentissage : (1) des apprentissages ponctuels,
ou de ressources, c’est-à-dire des apprentissages de savoirs, de savoir-faire et de savoir-
être ; (2) des apprentissages de l’intégration, qui se déroulent souvent pendant une période
réservée à cet effet (au Maroc, on adopte huit semaines pour l’installation des ressources et
deux semaines pour intégrer les acquis), et pendant les deux semaines d’intégration, d’une
part, l’apprenant apprend à mobiliser les ressources acquises dans des situations
complexes, et d’autre part est évalué à travers des situations complexes ; en cas de
difficulté, il a l’occasion de remédier à ces difficultés.
2.1 La pratique de la pédagogie de l’intégration
L’apprentissage selon la pédagogie de l’intégration se base sur les principes suivants :
• Réserver des moments pour un apprentissage structuré ;
• Prévoir des moments pour apprendre à faire le lien et à combiner des ressources ;
• L’apprentissage de l’intégration est un processus individuel ;
• L’enseignant doit faire évoluer ses pratiques en utilisant progressivement des situations
problèmes pour mettre des ressources à disposition des élèves ;
• Il est important de réserver des moments (2 semaines) pour apprendre aux élèves à
gérer des situations d’intégration en vue de :
• leur apprendre à intégrer les ressources ;
• et /ou évaluer le degré de développement de la compétence chez eux,
• On se doit aussi de réserver des moments pour remédier aux déficits récurrents relevés
dans leurs copies et pouvant entraver le développement de la compétence visée.
Cette pédagogie consiste donc à articuler des situations relatives à l’installation des ressources
et des situations relatives à l’intégration des acquis dont lesquelles l’apprenant doit être en
mesure de mobiliser ses acquis dans des situations complexe nouvelles.
2.2 Les ressources
Les ressources – au sens de Le Boterf (1995) – sont les savoirs, les savoir-faire, les habiletés,
les savoir-être que l’élève, mobilise pour résoudre une situation complexe. Sans ressources, il
n’est pas possible d’exercer une compétence. Le terme « ressource » englobe tout ce que
l’apprenant doit avoir en sa possession pour pouvoir exercer sa compétence, c’est-à-dire pour
pouvoir faire face à une situation complexe, et la mener à bien, en toute autonomie. Les
ressources sont de plusieurs ordres :
- les ressources cognitives (les connaissances, les concepts, les règles…) ;
- les ressources psychomotrices (la dextérité, l’agilité…) ;
- les ressources affectives (la maîtrise de soi, la prudence…).
Les compétences peuvent être disciplinaires ou interdisciplinaires : dans notre système
éducatif marocain, nous avons adopté le choix des compétences disciplinaires (qualifiées de
compétence-outils, que chaque élève doit maitriser pour qu’il soit en mesure de continuer sa
scolarité). Notre système éducatif actuel n’a pas la capacité de pouvoir traiter de manière
efficace des questions interdisciplinaires. En effet, il y a plusieurs obstacles théoriques et
méthodologiques qui entravent la mise en place de l’interdisciplinarité. Le terrain n’est donc
pas prêt à mettre en œuvre l’interdisciplinarité, ceci pour plusieurs raisons :
• les programmes d’études ne prévoient pas l’interdisciplinarité ;
• les enseignants ont été formés dans une discipline unique ;
• les horaires sont cloisonnés selon les différents cours ;
• cela demande un temps supplémentaire de préparation pour des activités interdisciplinaires ;
parce qu’il n’est pas évident que deux enseignants acceptent de collaborer, et de mener
ensemble une activité qui couvre deux cours différents ;
• les manuels scolaires ne prévoient pas d’activités interdisciplinaires.
On trouvera dans le tableau ci-dessous un exemple de ressources – savoirs, savoir-faire,
savoir-être, capacités… – qui doivent être installés chez l’apprenant pour qu’il puisse résoudre
ces situations d’intégration, c’est-à-dire qu’il ait toutes ses chances de devenir compétent.
Connaissances Savoir faire Savoir être
Théorème de Utiliser les propriétés d’une figure et les théorèmes de Sens de l’observation.
Pythagore et sa géométrie pour résoudre
réciproque Interpréter une représentation plane d’un objet de Curiosité pour la
l’espace. découverte des causes des
Théorème de Thalès Calculer une longueur, une aire, un volume.. phénomènes naturels.
et sa réciproque
Effectuer des conversions d’unités relatives aux Rigueur et précision.
Agrandissement et grandeurs étudiées. Goût du raisonnement
réduction Calculer la longueur d’un côté d’un triangle rectangle à fondé sur des arguments
partir de celles des deux autres. dont la validité est à
Aires et Volumes Utiliser le théorème de Thalès pour calculer les longueurs prouver.
Pyramide Calculer le volume d’un parallélépipède rectangle
Parallélépipède Calculer le volume d’un tronc de pyramide Curiosité, créativité.
rectangle Utiliser l’agrandissement et la réduction pour le calcul Esprit critique
Trigonométrie dans des volumes
le triangle rectangle Utiliser les rapports trigonométriques pour calculer les
mesures des longueurs et des angles.
Tableau 1. Exemple de ressources relatives à la 2ème compétence de la 3ème année secondaire collégiale
Ahmed est propriétaire d’un atelier de fabrication de parfum. Il demande à une société
spécialisée de lui fabriquer des flacons. Il a vu, dans une revue, un modèle qui lui a plu
(document 1). Pour l'emballage, il dispose de boîtes pour ranger les flacons et de cartons pour
les boîtes (document 2). Pour réaliser le travail, la société lui demande une proposition de
patron. Ahmed veut avoir des flacons qui peuvent contenir 100ml et savoir comment ranger les
boîtes pour que le carton en contienne le plus grand nombre. Il demande ton aide pour répondre
à ces questions.
Consigne. A partir des documents et de tes acquis, aide Ahmed à
1. Faire un patron du flacon de parfum, pour le remettre à la société.
2. Savoir si le modèle de la revue répond à ses besoins ou bien s'il doit changer ses
dimensions.
3. Déterminer le nombre maximal de boîtes qu’on peut ranger dans un carton.
Supports
Document 1. Dessin en perspective du flacon (en forme de tronc de pyramide) avec son
bouchon de forme pyramidale ; plan d’un flacon et son bouchon avec les différentes dimensions
(proposition de la société de fabrication de flacons). Les dimensions données sont les
dimensions intérieures.
Bouchon :
3 « L'apprentissage par problèmes » Une collaboration de l’Université Laval, Faculté des sciences de
l'éducation, MDEIE Site réalisé par le Centre de services et de ressources en technopédagogie de la FSÉ
http://www.pistes.org/sae
cible se compose des enseignants exerçant au collège et ayant suivi la formation continue sur
la didactique des mathématiques (30 H) et sur la pédagogie d’intégration (30 H). Les
professeurs interrogés sont identifiés par une codification ; Pi (ième enseignant), pour
préserver l’anonymat, 14 enseignants n’ont pas rendu le questionnaire.
Le processus d'inférence utilisé dans cette recherche est de type analogique ; l'analogie peut
être définie comme étant le rapport de similitude entre deux ensembles différents dont les
caractéristiques de l'un sont mieux connues, ce qui permet d'imaginer certaines
caractéristiques vraisemblables de l'autre ensemble, afin d'interpréter l'origine des
représentations manifestées dans les pratiques des enseignants et dans l’apprentissage des
apprenants. Dans certains cas, c'est plutôt la similitude entre nos observations et celles des
travaux de différents auteurs de référence, qui nous a permis de penser que l'interprétation de
leurs observations pourrait aussi s'appliquer à celles que nous avons fait.
Les enseignants doivent faire travailler leurs élèves sur cette zone proximale de
développement en tenant compte du fait qu’ils ont à :
• Anticiper les aides éventuelles pour ne pas faire allusion à la solution ; voire parfois
« masquer » la tâche – ou du moins les méthodes permettant de la résoudre ;
• Garder à l’esprit lors de l’observation du travail ou des échanges oraux qu’il est
possible (et même souhaitable) de repérer les compétences mises en œuvre, même si la
solution proposée n’est pas totalement exacte ou fait appel à des démarches
personnelles non encore expertes.
Après la recherche individuelle, une phase d’échanges sur la compréhension de l’énoncé
permettra à l’ensemble de la classe de bien appréhender la situation et d’élaborer des
stratégies. En cas de difficulté, une aide possible sera fournie, par exemple sous forme d’un
indice pour que l’élève « décode » la situation. La prise d’informations sur la compétence liée
aux quatre opérations et leur sens est réduite au minimum (pour les niveaux 1ers et 2 ème
année collégiale).
Certains enseignants ont trouvé des difficultés eux-mêmes à résoudre des situations proposées
dans le cahier de situations ; ceci a amené ces enseignants à collaborer avec leurs collègues ;
ils demandent plus d’aide et d’accompagnement de la part de l’inspecteur (pour valider la
planification des apprentissages, valider le dispositif de remédiation, ..).
Les apprenants : exploitation et récompense des apprentissages
Concernant les situations d’intégration qui permettent de faire travailler et de mobiliser les
ressources telles que le calcul littéral, la mise en équation, les fonctions et les systèmes
d’équations (niveau 3ème année du collège) on a observé que :
• dans la plupart des cas, les situations d’intégration proposées n’étaient pas abordées par
tous les élèves. Certains élèves ont besoin de jouer des rôles pour s’approprier le problème
par une démarche d’essais successifs, pour différencier un résultat de calcul littéral de celui
du calcul numérique. Certains élèves essaient à chaque fois de résoudre la situation
d’intégration sans utiliser ou réfléchir au mode de calcul littéral.
• Ce type de situation permet, dans le cadre de la compétence de perfectionnement, de
travailler sur la notion de variable, sur l’écriture d’une formule et sur la résolution d’une
équation par la méthode d’essais successifs, puis, dans le cadre du programme, de montrer
les limites de cette procédure et la nécessité d’utiliser d’autres outils.
• En fonction des variables numériques choisies, les tâches à effectuer peuvent changer
(nécessité ou non de recourir à d’autres stratégies que la remontée des calculs
numériques).
• La construction d’une expression littérale traduisant une chaîne d’opérations ne relève
pas de la compétence pour les niveaux 1ère et 2ème année, mais l’utilisation par un élève,
qui n’a pas su la trouver ou qui n’en a pas eu besoin, d’une formule proposée par d’autres,
montre la maîtrise du critère de l’interprétation correcte de la situation liée aux éléments de
calcul littéral.
• Il est légitime d’utiliser le « bon sens » et la vérification : mettre en place simplement des
processus de vérification (cf. les vérifications dans les équations, inéquations et en calcul
littéral de F. Chalancon, 1999) ; réinjecter la solution trouvée dans l’équation de départ ;
donner du sens à ce que l’on fait : bon nombre de fautes peuvent être remédiées
simplement en obligeant l’élève à expliquer ce qu’il a voulu dire et en lui demandant si ce
qu’il avait écrit a du sens. Il faut relier les ressources à un contexte et à une fonctionnalité :
dans le cas d’une situation d’intégration, vérifier que la solution trouvée est cohérente.
• Les élèves ont fait preuve d’une grande motivation dans la résolution des situations
d’intégration. Mais la plupart des élèves, après la correction de leur production, n’ont pas
montré la maîtrise attendue du critère de l’utilisation correcte de la situation. Cependant, au
vu de ces remarques, indicatrices privilégiées de l’exploitation de la situation d’intégration
par les apprenants, nous nous demandons si les méthodes pédagogiques préconisées
pendant l’installation des ressources ne devraient pas être directement reliées aux
problèmes de la non-maîtrise de ce critère. Il serait peut-être intéressant de présenter – en
amont sur le calcul littéral par exemple – une situation d’exploration ou une situation
didactique où, sans le recours à une mise en équation, l’exercice ne peut pas être résolu.
L’élève comprendrait, peut-être mieux, l’intérêt des techniques proprement dites du calcul
littéral et serait ainsi plus à même de les retenir. L’élève deviendrait ainsi acteur de son
apprentissage. C’est le principe des situations construites dans la théorie des situations
didactiques, situations qui peuvent aussi être expérimentées en formation (cf. Bloch 2009).
Prenant appui sur une situation de l’espace contextualisée, une situation d’intégration peut
avoir aussi un caractère interdisciplinaire (physique, technologie, SVT, …) et dans ce cas le
processus du transfert des apprentissages ouvre la perspective de renouveler les démarches de
l’apprentissage des mathématiques. Citons Luc Gaignard (IUFM de Créteil - 2006) :
Au lieu de s’intéresser au transfert des apprentissages comme si celui-ci était tout simplement
magique, on devrait peut-être davantage chercher à définir ce qu’on entend aujourd’hui par
transfert afin de proposer aux professionnels de l’éducation, exerçant sur le terrain au quotidien,
un dispositif pédagogique concret permettant aux sujets-apprenants d’apprendre à transférer.
Conclusion
Le système d’éducation marocain – pas plus que les autres – n’a la capacité d’introduire
toutes les innovations à la fois : la pédagogie de l’intégration proposait donc une stratégie qui
consistait à amorcer le changement en installant d’abord les situations d’intégration dans les
classes et les lieux de formation, ceci sous plusieurs hypothèses:
• il serait plus facile pour un enseignant d’introduire dans ses pratiques des situations
d’intégration que de modifier de manière durable ses pratiques quotidiennes
d’apprentissage de ressources ; c’est particulièrement vrai pour les enseignants qui ont
l’habitude de recourir aux pratiques transmissives ;
• le changement devrait être plus rapide : il suffirait de quelques mois pour apprendre à
pratiquer des situations d’intégration alors qu’il faut plusieurs années pour changer
durablement ses pratiques didactiques au quotidien ;
• la pratique des situations d’intégration devrait jouer un rôle structurant de l’ensemble
des apprentissages, surtout les apprentissages de ressources.
La distinction entre situations relatives aux ressources et situations d’intégration est davantage
une distinction conceptuelle qu’opérationnelle. Les rapprochements ne jouent toutefois pas
entre les situations pour l’apprentissage de l’intégration, dans lequel l’apprenant a le droit à
l’erreur, et les situations pour l’évaluation certificative. Même si c’est parfois difficile en
termes de dispositif concret, il faut toujours essayer de distinguer strictement d’une part ce qui
est processus d’apprentissage (apprentissages de ressources, apprentissage de l’intégration,
évaluation formative) et d’autre part ce qui relève de la certification. Il s’avère que cette
différence dans le fonctionnement n’est pas toujours suffisamment perçue par les enseignants.
Au collège, les enseignants de mathématiques ont en effet des difficultés pour élaborer et
conduire des situations d’enseignement-apprentissage dans une perspective socio-
constructiviste. Leurs pratiques effectives en regard du constructivisme sont quasi inexistantes
vu leur parcours professionnel et même scolaire, alors que toutes leurs interventions en tant
que professionnels dans leurs pratiques devront se focaliser autour de cette perspective. Cet
écart entre ce qu’ils ont vécu et ce qu’ils doivent faire engendre des difficultés pour
développer leurs compétences professionnelles. En conséquence, force est de constater que la
formation ainsi offerte n’a pas pu aider les enseignants à changer sur le fond leurs pratiques
effectives.
L’enseignement rénové des mathématiques devra fournir aux apprenants des situations
didactiques riches et signifiantes contenant un obstacle à dépasser. Dans cette optique, il est
envisagé de faire appel à trois types d’activités permettant aux élèves d’adapter, de modifier
ou d’enrichir leurs procédures et leurs connaissances. Il s’avère donc nécessaire de former les
enseignants sur des scénarios et des situations qui favorisent la construction des connaissances
chez les élèves, en se basant sur les trois principaux paramètres de l’apprentissage qui sont
l’acquisition, la rétention et enfin l’intégration et le transfert des apprentissages.
L’intégration et le transfert se trouvent subordonnés à l’existence de ces deux autres
paramètres de l’apprentissage. En effet, si les connaissances ne sont pas tout d’abord acquises
dans une situation problème et si leur accessibilité n’est pas assurée par des conditions
favorisant leur rappel, il ne peut y avoir d’intégration et de transfert de connaissances. Cela
peut sembler aller de soi, particulièrement dans le cas de l’acquisition, puisque l’existence
d’un apprentissage initial fait partie intégrante de la définition même de l’intégration. Ainsi,
l’intégration des acquis doit prendre en compte une étape essentielle d’intériorisation où
l’apprenant réorganise son univers intérieur pour que les objets d’apprentissage
(connaissances, habiletés et attitudes) aient un sens. Ce processus est essentiel pour qu’il y ait
un apprentissage significatif. Cet apprentissage peut ensuite être constaté par une étape
d’extériorisation, laquelle peut consister en l’application des nouveaux acquis à des problèmes
dans des contextes familiers pour développer certains automatismes, mais surtout ensuite dans
des contextes différents. De plus, il ne faut pas croire que ce processus d’acquisition des
connaissances est linéaire, il y a des autorégulations qui auront lieu lors de la résolution des
problèmes pour s’assurer que les acquis sont bien maîtrisés.
Enfin, l’élaboration et la mise en place d’un dispositif pédagogique articulant à la fois
apprentissage des ressources et développement des compétences outils chez l’apprenant, pour
que ce dernier puisse continuer sa scolarité dans les meilleures conditions, devront être
opérationnalisées le plus tôt possible. Si l’on se limite à l’application dans un contexte propre
à la discipline, les acquis risquent de ne pas être réutilisables dans d’autres contextes.
L’implantation de projets interdisciplinaires, dans les établissements scolaires et de formation,
suppose que les enseignants décident ensemble du choix de connaissances essentielles à
enseigner et des matières propices à l'intégration tout en respectant l'intégrité et les résultats
d'apprentissage de chaque matière.
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