Commentaire du texte : Lorfèvre Hereiti 1G2
DUMAS, Alexandre, Le comte de Monte Cristo, I, 21, 1844
« La liberté est un don du ciel, le plus précieux de tous, » Alexandre Dumas
Cette citation d’Alexandre Dumas, figure emblématique de la littérature française du
XIXe siècle, résonne avec force dans l’extrait de son roman d’aventure que nous allons
analyser, Le Comte de Monte-Cristo, publié en 1844 et s'inscrivant dans le courant
littéraire du romantisme.
Dans ce passage tiré du chapitre 21 de l’œuvre, nous suivons le personnage principal,
Edmond Dantès, qui, après avoir été injustement emprisonné, tente de s’échapper de
manière spectaculaire. Le texte met en scène l’ingéniosité et la détermination de
Dantès face à l’adversité, illustrant ainsi l’un des thèmes majeurs du roman, la quête de
liberté. Nous proposons de développer l’idée que Dumas utilise les éléments narratifs
et stylistiques pour intensifier le suspense et souligner la quête de liberté de Dantès.
Pour cela, nous examinerons tout d’abord les actions et les émotions de Dantès,
ensuite, nous analyserons les descriptions de l’environnement et enfin, nous étudierons
les figures de style qui renforcent la tension dramatique du passage.
Dans un premier temps, l’extrait met en scène les actions désespérées de Dantès pour
se libérer de son entrave. Dès les premières lignes, « Dantès étourdi, presque suffoqué,
eut cependant la présence d’esprit de retenir son haleine » (1.1,2), nous ressentons
l’urgence de la situation et la détermination du protagonistes. La rapidité des gestes de
Dantès est soulignée par des verbes d’action tels que « éventra », « sortit »,
« trancha »(1.3-6), qui rythment le texte et reflètent le déchaînement du personnage. La
mention du couteau, « son couteau tout ouvert » (1.3), ajoute un élément de suspense,
car il symbolise à la fois un outil de survie et une arme potentielle, accentuant ainsi
l’intensité de la scène. L’adjectif « suprême » (1.6) employé pour qualifier l’effort de
Dantès met en lumière sa difficulté et sa détermination à survivre. Face à la présence
des « deux ombres » sur le rocher, Dantès fait preuve de ruse et de discrétion pour éviter
d’être repéré. II « plongea donc de nouveau » (1.23) et utilise ses talents de nageur pour
se déplacer sous l’eau, une technique qu’il maîtrisait déjà avant son emprisonnement.
La phrase « cette manœuvre lui était jadis familière » rappelle au lecteur les qualités
physiques et l’ingéniosité de Dantès, des atouts précieux qui lui valent sa survie. Sa
renommée du « plus habile nageur de Marseille » (1.26) est introduite de part les paroles
de ses anciens admirateurs. Ce statut renforce l’image d’un homme talentueux et
respecté, injustement privé de sa liberté. La disparition du falot à la fin du passage
laisse le lecteur dans l’incertitude par rapport aux « ombres » (1.21) et au destin de
Dantès. Cette conclusion ouverte créait du suspense et donne envie au lecteur de
poursuivre sa lecture pour découvrir la suite de l’histoire.
En deuxième lieu, Dantès observe son environnement avec un regard attentif et inquiet.
La description du paysage est particulièrement détaillée et contribue à créer une
atmosphère sombre et menaçante. Dumas peint un tableau saisissant de la nature
hostile, « un ciel noir et tempétueux » (1.13), « la plaine sombre et mugissante » (15,16).
Ces éléments naturels sont décrits de manière menaçante et presque consciente. La
« mer, plus noire que le ciel » (1.17,18) renforce l’idée d’une nature complice du destin
funeste de Dantès. La tempête qui se prépare symbolise les obstacles à venir qui se
dressent sur son chemin vers la liberté, et les "deux ombres" sur la roche ajoute une
tension supplémentaire, celle d'une menace humaine concrète.
Enfin, les figures de style utilisées par Dumas amplifient le drame et la tension du
passage. Les métaphores et comparaisons sont nombreuses, comme le « géant de
granit » (1.18) qui « semblait un bras étendu pour ressaisir sa proie » (1.19) pour
personnifier le château d’If et illustrer la menace et le malaise toujours pesant qu’il
représente pour Dantès. La comparaison entre la mer et le ciel, tous deux « plus noirs »
(1.17) que le rocher, accentue la sensation d’encerclement et de danger. Les
allitérations en « s » et « m » dans « sombre et mugissante » (1.16) créent une sonorité
lugubre qui renforce l’atmosphère oppressante. L’antithèse « il la trancha précisément
au moment où il suffoquait » (1.6,7) opposant la précision de l’action (« trancha
précisément ») et la suffocation du personnage (« il suffoquait ») crée un contraste
saisissant qui attire l’attention du lecteur. Ce contraste met en valeur la coordination
entre l’action de Dantès et le danger imminent, ajoutant de l’intensité à la scène. Enfin
lorsque Dantès se libère du sac, « le tissu grossier » (1.9) est comparais à « son linceul »
(1.9), renforçant l’idée de la mort qui guette Dantès et donnant une vision plus pesante
du passage mais représentant toutefois la victoire de Dantès sur la mort et sa liberté
retrouvé.
En conclusion, Alexandre Dumas, à travers une narration dynamique, des descriptions
vives et des figures de style puissantes, parvient à plonger le lecteur au cœur de
l’évasion dramatique d’Edmond Dantès. La problématique de la quête de liberté est
parfaitement mise en scène, rendant palpable la détermination de Dantès et l’intensité
de son combat pour la survie. Ainsi, ce passage plonge le lecteur dans l’action et crée
une atmosphère captivante, laissant imaginer une suite pleine de rebondissements.