Cours Psycho-Med-L2 Version1
Cours Psycho-Med-L2 Version1
Objectifs
1. Définir la psychologie médicale
2. Énumérer les différentes branches de la psychologie
3. Décrire l’objet ou champ d’application de la psychologie médicale
4. Décrire les différentes méthodes de la psychologie médicale.
1. Définitions
La psychologie est une science dont le but est de décrire et d’expliquer sur un mode vérifiable
les conduites des êtres vivants. Elle vise l’être vivant en tant qu’unité élémentaire, alors que
la sociologie a les mêmes buts mais visant les groupes sociaux.
Les conduites, objet d’étude de la Psychologie, sont définies par la combinaison de pensées,
émotions et actes et la finalité de leur organisation. Elles concernent en particulier deux
domaines : les comportements psychomoteurs et les fonctions psychologiques (perception,
apprentissage, mémoire, pensée, langage, motivations, émotions).
La psychologie médicale est une science et pratique ayant comme objet l’approche des
aspects psychologiques personnels et interpersonnels, en relation avec la maladie.
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Il s’agit de considérer dans la relation médicale, le rôle de tout ce qui est de l’ordre de la
psyché, c’est-à-dire le fonctionnement mental du malade et du médecin ou de tous ceux qui
occupent une fonction soignante.
Elle souligne la nécessité d’envisager l’organisme malade dans sa totalité, de ne pas négliger
un aspect, le psychologique, au profit de l’autre, le somatique.
La psychologie médicale est une science de base de la médecine.
L’introduction de la psychologie médicale dans le cursus des études médicales est
relativement récente : au début des années 1960.
2. Objet de la psychologie médicale
La psychologie médicale a pour objet :
- le malade et sa maladie d’une part,
- la fonction soignante d’autre part.
La psychologie médicale concerne de nombreux champs de la médecine.
1. les facteurs de causalité ou de prédisposition de la maladie, en particulier des maladies
psychosomatiques, de la pathologie dite « fonctionnelle »
2. les réactions et l’adaptation du malade à la maladie et aux thérapeutiques
3. les demandes d’ordre relationnel et affectif concomitantes des symptômes médicaux,
visant le médecin mais aussi l’environnement du patient
4. les multiples aspects relationnels : la relation médecin-malade, les relations du malade et
du médecin avec la famille, du médecin et du malade avec la société.
5. La pratique du médecin, notamment les aspects subjectifs de celle-ci (façons d’examiner,
informer, de prescrire, soigner, d’accompagner) ; la personnalité du médecin est un élément
central de sa pratique.
6. une approche médicale globale de l’individu malade intégrant les composantes
biologiques, psychologiques, psychosociales et historiques, par opposition à une médecine
technique d’un organe.
7. le pouvoir médical, excessivement sollicité par la société pour résoudre des problèmes
sortant de son champ de pratique.
3. Classification de la psychologie
Les différentes branches de la psychologie se distinguent soit par la méthode utilisée, soit par
l’activité humaine considérée, soit par grand domaine d’investigation.
1. La psychologie clinique
2. La psychologie pathologique
3. La psychologie expérimentale
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4. Psychologie de l’enfant
5. La psychologie différentielle
6. La psychologie sociale
7. La psychologie appliquée
- Psychologie du travail
- Psychologie médicale
- Psychologie du sport
4. Méthodes de la psychologie médicale
La Psychologie Médicale s’appuie sur différentes méthodes ; la ou les méthodes choisies
devant être le plus scientifique possible pour l’approche des données psychologiques.
4.1. Méthodes expérimentales
Elles sont basées sur la formulation d’une hypothèse, puis vérification de cette hypothèse à
l’aide d’un protocole expérimental permettant l’observation et la reproduction des faits.
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Si l’entretien est le prototype de ce mode d’approche, ses modalités vont considérablement
varier selon les références théoriques.
Parmi ces méthodes cliniques, la psychanalyse est la mieux définie.
4.3. Les méthodes centrées sur l’ensemble
- L’éthologie : c’est l’étude des comportements spontanés des animaux. Elle consiste à
observer ceux-ci dans leur milieu naturel, à noter et à décrire leur comportement.
- Le modèle cybernétique du comportement : il s’appuie en particulier sur la découverte
des systèmes de comportement à but corrigé, c’est-à-dire dont le déroulement tient
compte de la modification de l’environnement provoquée par l’effet du système lui-
même et utilise des mécanismes de rétroaction.
- La théorie de la communication s’appuie sur le modèle de la communication dérivé de
l’informatique. (cf cours spécifique).
- L’approche familiale : la famille peut être considérée comme un système clos, soumis
tout comme l’appareil psychique de chaque individu, à une double pression venue de
l’intérieur de chacun de ses membres, et de l’extérieur.
4.4. Les méthodes de la psychologie génétique
On entend par perspective génétique en psychologie les études qui centrent leurs
approches sur le développement de l’individu et la formation de ses fonctions
psychologiques, de ses moyens de communications et de son système relationnel, ainsi
que sur leur évolution dans le temps.
Bibliographie
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LES BASES NEUROPHYSIOLOGIQUES DE LA PSYCHOLOGIE : ÉMOTIONS,
SENTIMENTS, APPRENTISSAGE, MEMOIRE
Objectifs
- Définir les termes suivants: une émotion, l’empathie, un sentiment, la mémoire,
l’apprentissage, une motivation
- Citer cinq types d’émotions.
- Rôles et fonctions des émotions
- Décrire les mécanismes mis en jeu dans le processus émotionnel, le sentiment, la
mémoire et l’apprentissage
- Citer et décrire les différents types de mémoire et les conditions pour un
apprentissage efficace
Introduction
L’émotion, le sentiment, l’apprentissage et la mémoire sont des concepts très fréquents et
importants et qui ont fait l’objet de multiples études en neuropsychologie.
1. Eléments de définitions
- Emotion : Le mot émotion vient du latin ‘’emovere’’ : movere en mouvement précédé de
e- hors de, vers l’extérieur, une émotion c’est donc ce qui nous met en mouvement, nous
secoue et nous fait bouger. Formarier et Jovic (2009) définissent l’émotion comme une :
«Réaction affective brusque et momentanée, agréable ou pénible, souvent accompagnée
de manifestations physiques ou de troubles psychologiques».
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- « L’empathie est la capacité à reconnaître, percevoir et ressentir l’émotion d’autrui tout en
adoptant la perspective d’autrui »
- Sentiment : Le sentiment est la composante de l'émotion qui implique les fonctions
cognitives de l'organisme, la manière d'apprécier. Le sentiment est à l'origine d'une
connaissance immédiate ou d'une simple impression. Il renvoie à la perception de l'état
physiologique du moment. Le sens psychologique de sentiment qui comprend un état
affectif est à distinguer du sens propre de la sensibilité. Les sentiments sont des états
affectifs complexes, stables, durables. La sympathie, l’amour, le ressentiment, la jalousie,
l’orgueil, la honte sont des sentiments.
- Apprentissage : L’apprentissage est un ensemble de mécanismes menant à l'acquisition
de savoir-faire, de savoirs ou de connaissances. L'acteur de l'apprentissage est appelé
apprenant.
- Motivation : La motivation est, dans un organisme vivant, la composante ou le processus
qui règle son engagement pour une activité précise. Elle en détermine le déclenchement
dans une certaine direction avec l'intensité souhaitée et en assure la prolongation jusqu'à
l'aboutissement ou l'interruption. La motivation prend de nos jours une place de premier
plan dans les organisations. Elle est déterminante pour l'apprentissage (y compris chez les
nourrissons) et génère la productivité dans de nombreuses activités personnelles ou
professionnelles.
- Mémoire : La mémoire est un processus biologique qui permet de stocker et de restituer
des informations. La mémoire s'appuie sur des réseaux de neurones du cerveau.
2. Bases neuro-anatomiques et physiologiques
Prérequis : neuro-anatomie et neurophysiologie (TP : Cerveau ; système nerveux
central et périphérique, système endocrinien, neurotransmetteurs,……).
Le comportement est le résultat d’activités chimiques et nerveuses complexes dans le
cerveau. En effet bien des recherches mettant en rapport les faits psychologiques avec les
processus biologiques s’intéressent surtout aux domaines de la motivation, de la perception,
de l’émotion, de la mémoire et de l’apprentissage.
Notre aptitude à utiliser le langage et notre faculté de penser, de raisonner et de mémoriser
les objets et les événements, dépendent de la structure enchevêtrée du cerveau. En effet, les
processus électriques ou chimiques du fonctionnement du cerveau constituent le fondement
des processus de la pensée les plus complexes.
De nombreuses structures du cerveau participent à la physiologie des émotions : système
nerveux central (cerveau, moelle épinière), système nerveux périphérique (système nerveux
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autonome, système somatique). Les informations du monde extérieur s’inscrivent dans le
cerveau par l’intermédiaire des organes des sens et du monde intérieur (du corps) et par
l’intermédiaire des systèmes végétatifs et humoraux.
Le système limbique est considéré comme le cerveau de l'émotion, et de l'affectif.
Une structure en particulier semble jouer un rôle déterminant en ce qui concerne les
émotions, il s'agit du corps amygdaloïde et de la partie antérieure du gyrus du cingulum.
Par exemple le système limbique intervient en ce qui concerne le souvenir des odeurs en
faisant intercéder le rhinencéphale, autrement dit l'encéphale olfactif primitif, que nous avons
en commun avec de nombreux animaux. Ceci explique la raison pour laquelle, certaines
odeurs jouent un rôle peut-être comme phénomène de protection à travers une mémoire des
expériences émotionnelles vécues. Il existe des relations étroites entre le système
limbique, et les autres zones du cerveau. De nombreuses connexions permettent de relier le
système limbique au cortex, et aux régions situées en dessous de ce dernier, permettant ainsi
d'intégrer des stimulations provenant de l'environnement et d'y réagir.
L’émotion se manifeste par des changements physiologiques, corporels et des
manifestations du système nerveux autonome (neurovégétatif), selon deux systèmes
antagonistes qui sont le système orthosympathique (activateur) et le système
parasympathique (inhibiteur). Le système endocrinien prend part également à la
manifestation corporelle qui a lieu lors de la survenue de l’émotion. Le début du XXème
siècle a été le théâtre d’un affrontement entre les théories de William James (1884) et Walter
Cannon (1929). Le premier stipule qu’on est triste parce qu’on pleure, l’expérience
émotionnelle est basée sur les modifications corporelles (je vois un ours, je tremble, j’ai
peur). Pour le second, le cerveau est central et, le point de départ des émotions provient d’une
interprétation cognitive, on pleure parce qu’on est triste (je vois un ours, j’ai peur, je
tremble).
Aujourd’hui, ce débat reste d’actualité et a donné naissance à une autre théorie, la théorie de
la double voie de Le Doux.
Cette théorie voit cohabiter deux voies qui s'expriment en parallèle:
- une voie dite rapide, inconsciente : la voie basse (stimulus externe -> Thalamus -
> Amygdale -> Réponse émotionnelle automatique),
- une voie dite lente, consciente et cognitive : la voie haute (stimulus externe ->
Cortex sensoriel et préfrontal -> Réponse émotionnelle modulée, régulée).
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Que ce soit pour les émotions, le sentiment, la mémoire ou l’apprentissage, le cerveau occupe
une place centrale. IL permet la mise en œuvre des fonctions cognitives, qui désigne tout ce
qui se rapporte à la connaissance.
La conception ancienne dit que la mémoire dépend de l’enregistrement des souvenirs sous
formes d’engrammes, les images enregistrées sont ainsi conservées comme les empreintes
dans une cire molle. Cette conception purement statique est complètement abandonnée.
Les connaissances sur les bases neurophysiologiques de la mémoire sont limitées. On sait
que :
• La mémoire sensorimotrice dépend de l’intégrité de zones localisées du cortex,
zones spécialisées des analyseurs dont la destruction entraine l’impossibilité de
l’apprentissage correspondant et l’amnésie des apprentissages déjà effectués.
• Selon LASHLEY, la perte de l’apprentissage était proportionnelle à la quantité de
cortex excisée mais indépendante du siège de cette ablation.
Actuellement on pense qu’il existe des zones limitées du cerveau dans l’apprentissage
sensorimoteur. Il est possible de considérer que celui-ci dépend à la fois de la masse
corticale et de zones spécifiques du cortex.
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Scherer tente de compléter, tout en les liant, les perspectives de Darwin et d’Ekman. Selon
lui, les émotions sont des processus dynamiques dépendants de cinq systèmes : cognitif,
physiologique, moteur, motivationnel et moniteur (contrôle).
Les émotions se manifestent par une expression sur notre visage et sont en cela publiques
(visibles de tous). Au contraire, les ressentis ou sentiment (le sentiment caché derrière
l’émotion) sont privés, ils nous appartiennent et ne sont pas directement visibles, au contraire
des émotions.
Les cris et les pleurs du bébé sont les premières expressions émotionnelles de l’enfant. La
colère, est causée la plupart du temps par une frustration suite à l’échec de la satisfaction d’un
besoin (ou désir) ou un défaut de maîtrise en lien avec les capacités de l’enfant, ou encore
l’attente de quelque chose qui n’est pas obtenu. Dans nos sociétés, la colère est considérée
comme une expression émotionnelle à contrôler.
Les peurs sont présentes chez tous les êtres humains (rôle adaptif de survie). Elles peuvent se
diviser en deux catégories : les peurs primaires (peur du vide, réflexe de Moro, angoisse du
huitième mois, …) qui sont innées et les peurs secondaires (fantômes, mort, contamination,
…).
La tristesse, survient souvent en réponse à un échec ou une perte face à une attente ou un
maintien d’un état désiré (proche mécanismes colère).
4. Différents types de mémoire en psychologie
En psychologie on distingue 3 mémoires :
- La mémoire sensori-motrice
- La mémoire sociale
- La mémoire autistique
4.1. La mémoire sensori-motrice
C’est la mémoire biologique, c’est celle des sensations des mouvements. Chaque sens à sa
mémoire mais les principales sont : visuelle, auditive et tactile. La mémoire sensori- motrice
est commune à l’homme et à l’animal.
4.2. La mémoire sociale
La mémoire sociale est propre à l’homme vivant en société. La conduite du récit est une
mémoire logique, impliquant un ordre rationnel, c'est-à-dire des représentations collectives,
universelles, impersonnelles et stables. Elle est inséparable de la reconnaissance ou de la
connaissance du passé comme tel. La mémoire sociale comme celle sensori-motrice dépend
du cerveau, mais moins étroitement.
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4.3. La mémoire autistique
Elle se manifeste dans le sommeil et dans la maladie mentale sous forme de rêve ou de
délire. L’homme revit des scènes du passé mais ce passé n’est pas reconnu comme tel : il est
pris pour le présent. La mémoire autistique traduit l’anéantissement physiologique ou
pathologique, transitoire ou définitif de la superstructure sociale et rationnelle.
La fonction mnésique est faite de l’union hiérarchique de ces 3 mémoires.
5. Intérêts des émotions, sentiments, apprentissage et de la mémoire
Ces bases neurophysiologiques permettent d’expliquer certaines maladies et certaines notions
comme l’empathie, et les conditions pour un bon apprentissage.
Ainsi, si nous prenons l'exemple de l'hypothalamus qui correspond au chef d'orchestre du
cerveau, n'importe quelle réaction émotionnelle, suivant les individus, peut se transformer en
tension émotionnelle plus ou moins intense susceptible ou pas, d'entraîner des pathologies
parfois graves comme :
- L'hypertension artérielle.
- L'irritation du côlon, entrant éventuellement dans le cadre d'une fibromyalgie par
exemple.
Plus globalement ces réactions sont pour certains des maladies psychosomatiques.
D'autres pathologies du système limbique sont expliquées par des lésions spécifiques du
corps amygdaloïde qui entraînent des changements dans : l'affect, la cognition de individu,
une intensification de l'agressivité, des modifications de la libido, des perturbations de la
docilité et une agitation extrême parfois.
Le cortex préfrontal est en relation directe avec le système limbique. Sa destruction aboutirait
à un désintéressement, une indifférence affective, une désinhibition sociale, de l'agressivité,
une irritabilité, des modifications de la personnalité, une incapacité à exprimer des émotions.
La régulation émotionnelle, qui commence dès trois mois, vient compléter la capacité
empathique de l’enfant. Elle va permettre à l’enfant de répondre aux sollicitations de son
environnement, avec une expression de ses émotions suffisamment flexible et socialement
appropriée. C’est-à-dire, acquérir une capacité à une certaine souplesse émotionnelle, de
gestion et d’adaptation sociale en lien avec son environnement. Plus les enfants seront
capables de réguler efficacement leurs émotions et plus ils seront capable d’empathie envers
autrui. Ce qui permet d’expliquer certains troubles mentaux et troubles de comportement en
cas dysrégulation émotionnelle.
Les conditions de l’apprentissage
- l’attitude : l’intention d’apprendre et de se souvenir favorise la rétention
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- la tonalité émotionnelle du matériel à mémoriser : elle joue un rôle important. On
a observé une meilleure rétention des souvenirs colorés affectivement par rapport aux
souvenirs neutres.
- La motivation : elle s’inscrit dans la fonction du comportement, grâce à la
motivation, les besoins se transforment en but, plans et projets : le sujet motivé
recherche activement des formes d’interactions pour atteindre ses objectifs.
- L’organisation du matériel : Plus le matériel de présentation est bien organisé, plus
la rétention est grande. Exemple : un cour bien présenté, bien écrit est facilement
retenu et lentement oublié par rapport à un cour mal présenté désordonné. C’est le cas
des méthodes mnémotechniques utilisées par certains d’entre vous pour
l’apprentissage.
Les facteurs qui interfèrent avec la mémoration, c’est à dire qui favorisent l’oubli, sont de
deux natures : l’existence d’autre activités et les facteurs affectifs. Les émotions, les
sentiments et la mémoire vont pleinement intervenir dans la relation médecin malades
notamment dans l’empathie, le transfert et le contre-transfert.
Conclusion
Les émotions, la mémoire, l’apprentissage sont des éléments essentiels du développement de
l’enfant et de l’adulte. Liens indéfectibles entre le corps et l’esprit, ils colorent et contrôlent
les relations que nous entretenons avec notre environnement, et participent et animent
grandement les rapports sociaux, les interactions avec autrui, avec nos enfants, avec nos amis,
nos compagnons ou compagnes, elles sont présentes à chaque moment de nos vies.
Références
- Vocabulaire de la psychanalyse
- Saber HAMROUNI. Psychophysiologie
- Swann pichon. Neuroimagerie et neurosciences des émotions
- Sander David. Psychologie de l’émotion
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LES BASES NEUROPHYSIOLOGIQUES DE LA PSYCHOLOGIE : BESOINS,
INSTINCTS, PULSIONS
Objectifs
- Définir les notions suivantes : besoins, instinct, pulsions, homéostasie, but,
assouvissement ou satiété ;
- Connaître les bases neurophysiologiques et anatomiques des besoins, instinct et
pulsion
- Décrire les différents types de besoins selon Maslow
- Citer cinq (05) caractéristiques essentielles de l’instinct
1. Introduction-Définition
On appelle besoins : « Des manifestations naturelles de sensibilité interne éveillant une
tendance à accomplir un acte ou à rechercher une catégorie d’objets » (Piéron). Le
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terme est ambigu, car il peut signifier aussi bien un déficit biologique (l’homme a besoin
d’aliment) d’où une grande prudence dans l’usage du terme.
Le terme « pulsion » qui a été souvent employé pour désigner la force hypothétique qui
« pousse » l’individu à accomplir une action. En ce sens, il est très proche de l’instinct au
sens classique, se réfère actuellement en psychophysiologie à « l’intensité du comportement
motivé » et correspond du point de vue physiologique au degré d’activation des mécanismes
nerveux excitatoires en jeu dans le comportement motivé.
Intérêt de cette définition : intensité mesurable. Exemple du rat même qui acceptera une
intensité maximale de décharge douloureuse pour rejoindre la femelle à travers une grille
électrifiée qui le sépare de la femelle.
Le terme de but désigne dans le cas le plus simple l’objet spécifique que l’individu cherche
ou évite sélectivement au cours du comportement motivé la nourriture dans le premier cas,
un choc électrique douloureux dans le 2eme cas).
On appelle assouvissement (ou satiété) la réduction du comportement motivé après l’atteinte
d’un but. Subjectivement, la satiété peut s’exprimer par la satisfaction, le plaisir, ou la perte
d’intérêt et l’indifférence.
Le comportement motivé est donc constitué par trois(3) éléments :
- Le déclenchement de la pulsion
- L’activité dirigée vers un but
- La satiété
L’Instinct : c’est un comportement hérité, propre à une espèce animale, variant peu d’un
individu à l’autre, se déroulant selon une séquence temporelle peu susceptible de
bouleversements et paraissant répondre à une finalité.
2. Les bases neurophysiologiques des besoins, instinct, pulsions
2.1. La conception nerveuse centrale multifonctionnelle
Lashley a démontré que la motivation était le résultat de l’effet conjugué de nombreuses
influences nerveuses et humorales sur certains mécanismes nerveux centraux d’où le nom
de conception nerveuse centrale multifactorielle.
Le comportement instinctif dépend de modifications internes et simultanément de stimuli
externes, qui déclenchent le comportement en libérant les mécanismes nerveux centraux.
Le mécanisme intégrateur responsable de déclenchement de l’exécution et de
l’assouvissement du comportement motivé se trouve dans le diencéphale. Pour chaque
pulsion, existerait deux centres, l’un facilitateur, l’autre inhibiteur, responsables l’un du
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déclenchement du comportement et l’autre de l’assouvissement. Ce mécanisme est contrôlé
par les influences suivantes :
- les influences sensorielles
Spécifiques (perception de la femelle → stimule centre sexuel, ou non spécifique.
Les influences sensorielles sont additives, elles peuvent être apprises ou non apprises (un
stimulus sensoriel inefficace peut devenir par l’apprentissage stimulant ou inhibiteur).
- les influences humorales, métaboliques ou endocriniennes : elles supposent
l’existence de récepteurs au niveau diencéphalique (cas de la soif).
Les autres parties du système nerveux central plus spécialement le cortex et le rhinencéphale,
reliés à l’hypothalamus, ont un rôle non seulement dans le déclenchement de la pulsion et
dans l’assouvissement, mais également dans l’organisation du comportement déclenché.
L’ensemble réalise un mécanisme complexe, d’autant que le comportement lui-même
déclenché par la pulsion réagit sur les centres diencéphaliques soit par les voies sensorielles,
soit par les modifications du milieu intérieur que ce comportement provoque (lorsque nous
mangeons, l’ingestion des produits alimentaires tend à exciter le centre inhibiteur de la satiété
par les modifications chimiques du milieu intérieur).
Cortex et thalamus
Organisation sériée des structures
Déclenchement des
s structures de
comportement
Hypothalamus
Inhibition
Facteurs physiques et Stimulus sensoriels
chimiques internes non appris et appris
hormones,sg ,temp,p Excitation
o
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Régulation de l’équilibre int Voie commune finale Feed back à partir
du cpt
Du comportement consommation
Pour beaucoup d’auteurs, en ce qui concerne les pulsions, il n’existe pas de déficit
biologique démontrable par les techniques actuelles.
2.2. Conditions psychophysiologiques des comportements motivés ou notion
d’homéostasie
Nous considérons ici, les conditions psychophysiologiques des comportements
motivés notamment la notion d’homéostasie du Médecin et physiologiste Français
Claude Bernard, 1866. L’homéostasie correspond à la capacité d’un système à
maintenir l’équilibre de son milieu intérieur, quelques soit les contraintes extérieures.
N.B Canon a utilisé le mot homéostasie pour désigner cette tendance générale au
rétablissement de l’équilibre toutes les fois que celui-ci est détruit.
Selon Richter, le comportement dirigé vers un but est une fonction d’autorégulation
tendant à corriger les déviations du milieu intérieur en collaboration avec les
mécanismes physiologiques. Ainsi l’animal pourra lutter contre l’abaissement de la
température du corps aussi bien pour la construction d’un nid que par la modification
de son métabolisme.
Si l’hémostasie joue un rôle important dans le déterminisme de la pulsion, elle ne
peut être considérée comme une explication suffisante.
3. Les différents types de besoin ; pyramide des besoins de Maslow
Les pulsions primaires (souvent appelés besoins primaires) correspondent
directement aux conditions physiologiques de l’organisme.
Les motivations ou besoins secondaires (Hull) se développent par apprentissage.
Parmi les besoins primaires, on cite : la faim, la soif, le sommeil.
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Selon Maslow, les motivations d’une personne résultent de l’insatisfaction de certains
de ses besoins. Les travaux de Maslow (1954) permettent de classer les besoins
humains par ordre d’importance en 5 niveaux. Ce classement correspond à l’ordre
dans lequel ils apparaissent à l’individu. La satisfaction des besoins d’un niveau
engendre les besoins du niveau suivant.
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délinquance et les agressions, sécurité morale et psychologique, sécurité et stabilité
familiale ou, du moins affective, sécurité médicale/sociale et de santé,….
3.3. Les besoins d’appartenance
Les besoins d’appartenance correspondant à aux besoins d’amour et de relation des
personnes : besoin d’aimer et d’être aimé (affection), avoir des relations intimes avec
un conjoint (former un couple), avoir des amis, faire partie intégrante d’un groupe
cohésif, se sentir accepté, ne pas se sentir seul ou rejeté,…
3.4. Les besoins d’estime
Les besoins d’estime correspondent aux besoins de considération, de réputation et de
reconnaissance, de gloire….. de ce qu’on est par les autres ou par un groupe
d’appartenance. La mesure de l’estime peut aussi être liée aux gratifications accordées
à la personne. C’est aussi le besoin de respect de soi-même et de confiance en soi.
3.5. Les besoins d’auto-accomplissement
Le besoin d’auto-accomplissement correspond au besoin de se réaliser, d’exploiter et
de mettre en valeur son potentiel personnel dans tous les domaines de la vie.
Ce besoin peut prendre des formes différentes selon les individus.
Pour certains ce sera le besoin d’étudier, d’en apprendre toujours plus, de développer
ses compétences et ses connaissances personnelles; pour d’autres ce sera le besoin de
créer, d’inventer, de faire ; pour d’autres ce sera la création d’une vie intérieur...
C’est aussi le sentiment qu’à une personne de faire quelque chose de sa vie.
La pyramide de Maslow est l’une des théories de motivation les plus enseignées,
notamment en management. Cependant, la classification des besoins de manière
hiérarchique, qui impose de satisfaire un besoin avant d’atteindre le suivant n’est
aujourd’hui plus considérée comme valable, un individu pouvant, suivant son
caractère, être plus sensible à un besoin particulier, indépendamment de la satisfaction
ou non des besoins inférieurs.
4. L’instinct
Le terme instinct vient du latin INSTINCTUS qui veut dire piqûre d’aiguillon
intérieur. C’est « un ensemble complexe de réactions extérieures, déterminées,
héréditaires, communes à tous les individus d’une même espèce, et adaptées à un but
dont l’être qui agit n’a généralement pas la conscience ».
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Pour FREUD, l’instinct est la force dont nous supposons l’existence derrière les
tensions inhérentes aux besoins de l’organisme c’est-à-dire les pulsions…
« Les théories psychanalytiques opposent la pulsion qui est concrète à l’instinct,
concept théorique ».
Mais il apparait préférable de se limiter chez l’homme à l’emploi du terme pulsion (on
parle de pulsion sexuelle et non d’instinct sexuel). Pour l’instinct, son mécanisme
neurophysiologique se rapporte à la conception nerveuse centrale multifactorielle.
Chez l’homme, les comportements instinctuels préformés, déclenchés par les pulsions,
deviennent exceptionnels, voire absents. La pulsion atteint son but par des
comportements très différents selon les individus.
D’autres parts, dans beaucoup de cas, les moyens utilisés pour obtenir un but peuvent
devenir des buts en eux –mêmes.
Exemple : l’argent, un moyen pour satisfaire les pulsions primaires (achat de
nourriture).
L’instinct est:
- inné: il vient avec la naissance, il ne s’apprend pas ;
- uniforme et spécifique : il est le même pour chaque animal et propre à chaque
espèce ;
- aveugle et irréfléchi: l’animal ne semble pas connaître le but de son activité et
continue cette dernière même si elle est devenue caduque. Dans ce cas, on parle de
la folie des instincts. Ex: la poule continue à couver même si on a déplacé ses
œufs ;
- invariable: l’instinct reste toujours le même à travers les âges. Toutefois, il peut y
avoir certains petits changements selon les milieux ;
- utile : il est au service des besoins vitaux, soit pour l’individu, soit pour la race.
Chez l’enfant, le comportement peut encore être dicté par l’instinct mais au fur et à
mesure qu’il grandit, l’instinct est modifié par l’intelligence, l’expérience et la
volonté. Donc à l’état pur, l’instinct n’existe pas chez l’homme. Exemples d’instincts
chez l’homme: instinct de succion, instinct sexuel.
Conclusion
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Les notions de pulsion, instinct et besoins sont très importantes et expliquent la
plupart des comportements humains et en psychopathologie.
Références
- Maquin Camille. Neurophysiologie des émotions
- Vocabulaire de la psychanalyse
- Saber HAMROUNI. Psychophysiologie
- Swann pichon. Neuroimagerie et neurosciences des émotions
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DEVELOPPEMENT DE LA PERSONNALITE : INITIATIONS AUX THEORIES DU
DEVELOPPEMENT DE L’ENFANT
Objectifs
- Décrire les différentes étapes du développement de l’enfant selon la théorie
psychanalytique
- Décrire les différentes étapes du développement de l’enfant selon les autres théories
1. Introduction/Définition
Le développement de l’enfant, qui a pour finalité la constitution de la personnalité, peut
être appréhendé par différentes théories de référence. Chaque théorie privilégie une
perspective particulière du développement et débouche sur un corpus de connaissances,
ayant pour objet le champ de la normalité ou celui des manifestations.
2. Les différentes théories
2.1. Théories psychanalytiques
SIGMUND FREUD (1856-1939) est le fondateur de la psychanalyse qui était au départ
une méthode d’investigation des troubles mentaux, notamment l’hystérie. Mais rapidement
l’approche psychanalytique a dépassé le domaine pathologique pour avoir comme objet le
fonctionnement psychique dans sa totalité. FREUD lui-même définit la psychanalyse comme
étant à la fois un procédé d’investigation des processus mentaux, une méthode thérapeutique
et une théorie du fonctionnement psychique
2.1.1. Genèse de la personnalité
La personnalité est une construction, fruit d’une interaction constante entre l’individu et
son environnement. La personnalité est appréhendée à travers l’itinéraire de vie de l’individu
depuis le projet d’enfant en passant par la naissance, les étapes de l’enfance, de
l’adolescence, de l’adulte et du vieillard.
2.1.2. La préhistoire du développement de la personnalité : le projet d’enfant
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L’enfant qui naît a déjà une histoire; il est en effet :
- l’héritier du désir d’enfant de chacun des parents
- son rang dans la fratrie, son sexe, le choix de ses prénoms sont autant d’indices
importants
- il est pour ses parents l’objet d’un défi et le support de projets (se réaliser à travers lui,
l’élever mieux que les grands-parents n’ont su le faire avec les parents…)
- il représente la concrétisation des vœux œdipiens de l’enfance et peut par conséquent
être à l’origine de la reviviscence d’une culpabilité œdipienne refoulée
2.1.3. La naissance
L’accouchement oblige à une confrontation entre l’enfant imaginaire et l’enfant réel. Cette
confrontation peut selon les cas favoriser l’investissement de l’enfant ou être la source d’une
désillusion de la part des parents, plus ou moins préjudiciable pour l’enfant. Par ailleurs toute
naissance préfigure les processus d’individuation et d’autonomisation progressive de l’enfant.
Le petit de l’homme se trouve, à la naissance, dans une situation de dépendance forcée par
rapport à son entourage. Son incapacité d’une réalisation sexuelle prolonge longtemps sa
position d’exclusion par rapport au monde des adultes ce qui incite l’enfant à privilégier la
pensée par rapport à l’action et les contenus imaginaires (fantasmes) par rapport aux
réalisations concrètes.
2.1.4. Les interactions précoces mère-enfant
Les premières relations entre l’enfant et sa mère, ou le personnage nourricier qui en tient
lieu, sont marquées par l’importance des interactions permanentes entre les deux partenaires :
c’est à partir de la qualité des soins maternels, de la continuité et de la fiabilité de la relation
avec le personnage maternel que l’enfant pourra construire progressivement une image de lui-
même. Réciproquement, c’est en reconnaissant dans les progrès de l’enfant sa capacité à être
une bonne mère que cette dernière pourra être rassurée sur ses propres compétences et pourra
continuer à fournir à l’enfant l’appui qui lui est nécessaire.
L’attachement primaire de l’enfant à sa mère repose sur une faim de stimuli, indépendante
de la satisfaction des besoins alimentaires, qui pousse l’enfant à rechercher activement tout
contact. C’est dans ce contexte d’étroite dépendance de l’enfant par rapport à son entourage
qu’est apparue la notion de pulsions sexuelles qui constituent un détachement de l’enfant par
rapport aux pulsions dites d’autoconservation (instincts)=ensembles de besoins liés aux
fonctions corporelles nécessaires à la conservation de la vie de l’individu et dont la faim
constitue un prototype.
21
La sexualité, au sens psychanalytique du terme, est définie comme étant l’ensemble des
activités et des processus de pensée orientés vers la recherche d’un plaisir.
L’émergence de cette sexualité est liée à la découverte de sources de satisfactions de type
auto-érotique, indépendantes des besoins fondamentaux (instincts). Elles consistent en
l’excitation de zones corporelles privilégiées mais aussi en l’élaboration imaginaire
(fantasmes) qui viennent se substituer à la réalité externe.
A cette étape de développement, la sensation de plaisir (satisfactions de pulsions sexuelles)
est fréquemment liée à l’excitation de la cavité buccale et des lèvres qui accompagne
l’alimentation. Cela correspond au premier stade évolutif dit stade oral (succion=stade oral
précoce, morsure= stade oral tardif.
Les interactions précoces mère-enfant sont également marquées par l’apparition chez
l’enfant d’un certain nombre de comportements désignés par R. SPITZ par le terme
d’organisateurs ; il en existe trois.
A cette étape du développement correspond le premier organisateur qui est le sourire. Sa
présence marque un début de différenciation de l’objet, c'est-à-dire du monde extérieur.
2.1.5. Les premiers paliers du processus d’individuation-séparation
Le deuxième organisateur de R. SPITZ, appelé angoisse du huitième mois ou peur de
l’étranger, représente un des moments essentiels de la différenciation entre l’enfant et sa
mère. En effet, c’est autour du huitième mois que l’enfant se met à pleurer lorsqu’il est en
présence d’un étranger et que sa mère s’éloigne. Selon les psychanalystes, les pleurs
témoignent de la capacité nouvelle de l’enfant de différencier sa mère et, de ce fait, d’entrer
en conflit avec elle. L’angoisse est une angoisse de séparation doublée d’une crainte de ne
plus revoir la mère, en raison des conséquences de l’agressivité de l’enfant dirigée contre
l’objet aimé. La crainte de l’étranger traduirait donc la projection de l’agressivité de l’enfant
sur la figure étrangère, afin de protéger la mère et de conserver avec cette dernière une
relation parfaitement bonne.
Cette période de différenciation progressive entre l’enfant et sa mère va de pair avec
l’apparition de ce que WINNICOT a décrit sous le terme d’objet transitionnel. Il est fréquent
de voir l’enfant, entre 4 et 12 mois, s’attacher à un objet particulier (morceau de tissu…) qu’il
suçote, serre contre lui et réclame avec force à certains moments, en particulier avant de
s’endormir. L’objet transitionnel constitue « une partie presque inséparable de l’enfant ».
Au cours de cette même période de différenciation apparaît l’acquisition du « non » ou
troisième organisateur de R. SPITZ. C’est vers l’âge de 18 mois que l’enfant va emprunter
aux adultes le geste puis le mot « non ». De tels signes accompagnent en général les interdits
22
proférés par les adultes et subis par l’enfant comme autant de frustrations. Retourner contre
autrui ce geste ou ce signe verbal de refus constitue pour l’enfant une source de plaisir
comparable à celle du jeu. Par ce biais l’enfant opère une identification à l’agresseur, le sujet
frustré prenant la place du sujet frustrant ; c’est une situation qui est fréquemment agie par
l’enfant dans les jeux (frapper sa poupée, jouer au docteur…).
L’organisation pulsionnelle se fait, à cette étape du développement, sur le modèle des
fonctionnements sphinctériens, notamment du fonctionnement anal ; c’est le deuxième stade
évolutif appelé stade anal. Ce stade est dominé par les possibilités de rétention et d’expulsion
volontaires des fèces. L’enfant prend en effet conscience, à cette phase de son
développement, de son pouvoir de se plier aux demandes de l’entourage, ou de s’y opposer
(donner ses matières fécales en cadeau à sa mère, au moment où celle-ci le désire, ou les
garder pour lui pour les émettre selon son bon plaisir).
2.1.6. La triangulation et l’ouverture à la socialisation
La différenciation entre le sujet (l’enfant) et l’objet de son désir (mère) contient en germes
la reconnaissance de la place d’un tiers (père) mais aussi tout autre « objet » susceptible
d’animer le désir maternel. Ce tiers venant s’insinuer dans la relation primordiale mère-
enfant, pourra être vécu comme le rival avec qui il faut entrer en compétition pour
reconquérir la place privilégiée dans le désir maternel. De tels sentiments, d’amour pour la
mère et d’hostilité pour un tiers, constituent les fondements du conflit oedipien. Le conflit
oedipien désigne l’ensemble organisé de désirs amoureux et hostiles que l’enfant éprouve à
l’égard de ses parents. Il comporte deux formes :
-l’une positive, faite de désir sexuel pour le parent de sexe opposé et de désir de mort (ou
d’éviction) pour le parent du même sexe. Le complexe d’oedipe atteint son acmé entre 3 et 5
ans. Il joue un rôle organisateur essentiel dans la vie affective et la formation de la
personnelle. Il offre à l’enfant des possibilités d’identifications nuancées (l’enfant prend
comme modèle le parent rival ce qui a en même temps une fonction de conciliation avec ce
dernier). L’enfant va ainsi atténuer la culpabilité engendrée par ses sentiments hostiles, grâce
à une intériorisation des interdits parentaux et au développement du sens moral.
La mise en place du complexe d’oedipe est indissociable de la reconnaissance de la
différence des sexes et des générations (enfants, adultes), et de l’apparition de l’angoisse de
castration. Cette phase de développement correspond au troisième stade évolutif appelé stade
phallique pour indiquer le primat de la génitalité et du désir que représente le phallus
(présent/absent). L’adoption, de la part des parents, d’attitudes concrètes, en réponse aux
23
demandes libidinales ou aux manifestations agressives de l’enfant, va jouer un rôle
fondamental dans l’issue des conflits liés à cette phase de développement :
-la prohibition de l’inceste et, plus généralement, l’imposition de limites à l’attachement
exclusif de l’enfant à l’égard de ses parents, vont favoriser l’investissement d’autres
« objets » plus distants et plus neutres (parents plus éloignés, autres adultes, premiers
enseignants, petits camarades…, les sœurs et frères=jalousie, rivalité, tendresse
-l’intériorisation des interdits parentaux représente la première étape de l’intégration des lois
sociales et des règles de toute vie collective
3. Les autres théories
3.1. Les théories de l’apprentissage
Elles se fondent sur l’étude expérimentale des conditions d’acquisition de comportements
objectivement observables d’un individu, en réaction à des stimuli eux aussi objectivement
observables, venant du milieu, stimuli auxquels le sujet est soumis tout le long de son
développement. La personnalité ainsi constituée se définit par l’ensemble des habitudes
comportementales observables de l’individu. Ces théories n’admettent donc qu’une approche
objective de la personnalité.
3.2. Les théories issues de l’éthologie
Elles ont consisté à leur origine en l’observation des comportements spontanés des
animaux dans leur milieu naturel. Ces travaux ont montré en particulier l’existence de
périodes sensibles au cours du développement de l’animal, pendant lesquelles la rencontre
avec certains objets de relation (phénomène de l’empreinte) va déterminer la forme des
attachements ultérieurs. Des auteurs comme M. DAVID, et T.B. BRAZELTON ont essayé de
transposer aux interactions précoces mère-enfant les méthodes d’observation naturelle mises
au point par les éthologues. Ces techniques ont permis de comprendre le mécanisme des
effets pathogènes, pour le développement de l’enfant, d’une interaction de mauvaise qualité
du fait des attitudes de la mère, de celles de l’enfant, ou de l’inadéquation entre les deux.
3.3. Les théories sociales
A partir d’observations diverses (enfants dits sauvages, nanisme affectif par déficit de
stimulation…) des auteurs ont tenté de prendre davantage en compte le rôle de
l’environnement social et culturel pour l’organisation psychologique individuelle. Les
théories sociales comprennent principalement :
- les théories systémiques centrées sur l’influence des communications et des
interactions des individus au sein de l’ensemble familial
24
- les théories culturalistes qui valorisent la pression de la culture dans la genèse des
traits de personnalité. Ainsi l’angoisse et l’agressivité sont-elles décrites comme
consécutives aux frustrations issues des pressions sociales
- les approches ethnologiques…
3.4. Les théories psychogénétiques
Le terme génétique est ici pris au sens psychologique de genèse, différent du sens
biologique de relatif aux gènes et à l’hérédité.
Ces théories ont pour objet la description du développement de la personnalité ou de
certains de ces aspects essentiels comme l’intelligence (travaux de Jean PIAGET) ou la
maturation psychomotrice et émotionnelle (travaux de H. WALLON).
-le développement cognitif de J. PIAGET
Selon cet auteur les stades de développement de l’intelligence passent par trois phases
*l’intelligence sensori-motrice (de la naissance à 2 ans) :
A cette phase le fonctionnement intellectuel est purement empirique, sans représentation
mentale, sans concept. Il s’agit d’une intelligence pratique qui fait intervenir la perception, le
tonus et les mouvements, sans évocation symbolique, faute de langage.
*l’intelligence symbolique ou pré-opératoire (de 2ans jusqu’à 6-7 ans)
A cette phase l’enfant devient capable d’intériorisation. Il peut se détacher de la perception
immédiate et différer l’action grâce à la représentation mentale. Il accède ainsi à la fonction
symbolique (ou sémiotique), c'est-à-dire à la capacité de représenter des objets ou des
situations non perçus actuellement par un signe ou un symbole. Les principaux moyens
d’évocation sont le langage, le jeu symbolique, le dessin et l’imitation différée.
*la période opératoire
Elle comprend deux stades
.le stade des opérations concrètes (de 6-7 à 11-12 ans). La pensée devient structurée et
logique mais l’enfant ne peut encore se détacher complètement des objets perceptibles ; son
intelligence n’opère que sur le concret (classer, dénombrer, sérier…) sans pouvoir envisager
des hypothèses.
.le stade des opérations formelles (de 12 à 16 ans). L’enfant devient capable d’un
raisonnement hypothético-déductif en se détachant des opérations concrètes. L’adolescent est
capable de déduire les conclusions à partir de pures hypothèses et non pas seulement d’une
observation réelle et concrète.
3.5. Les théories statistiques
25
Elles permettent, par rapport à l’observation empirique, d’étudier avec précision les
liaisons existant entre variables élémentaires et le regroupement de ces dernières en traits
communs, grâce au concours de l’analyse factorielle ; plusieurs questionnaires de
personnalité, tels ceux de CATTELL et de EYSENCK, permettent de situer tout individu sur
un ensemble de facteurs ou traits de personnalité, indépendant les uns des autres. Les
méthodes statistiques ont également permis de définir mathématiquement des types de
personnalité en repérant des regroupements syndromiques de traits.
3.6. Les théories cognitives
Elles font référence à un ensemble de constructions personnelles issues notamment des
expériences passées et permettant à tout individu d’interpréter les événements vécus et
d’assimiler des informations nouvelles
3.7. Les théories biologiques
Certains traits de caractère pourraient être sous-tendus par des anomalies d’ordre
biologiques susceptibles d’entraver le développement harmonieux de la personnalité.
L’impulsivité rattachée à un dysfonctionnement sérotoninergique en constitue un exemple
souvent cité à propos des organisations limites de la personnalité. Ces théories biologiques
ouvrent des perspectives thérapeutiques nouvelles pour des médicaments agissant sur le
système des neurotransmetteurs impliqués.
4. CONCLUSION
Aucune de ces théories présentées e saurait à elle seule expliquer le développement de
l’enfant, vu la complexité de l’être humain ; c’est plutôt dans la complémentarité de ces
théories qu’o pourrait mieux appréhender cette question du développement
BIBLIOGRAPHIE
.Th. LEMPERIERE et coll. : Psychiatrie intégrée de l’adulte. Paris, Masson
.J. D. GUELFI et coll. : Psychiatrie. Paris, Presses Universitaires de France
.J. P. OLIE et coll. : Le livre de l’interne, Psychiatrie. Paris, Flammarion
.P. MAZET et coll. : Psychopathologie du nourrisson et du jeune enfant. Paris, Masson
.D. W. WINNICOTT : De la pédiatrie à la psychanalyse. Paris, Payot
.J. BERGERET et coll. : Abrégé de psychologie pathologique, théorie et clinique. Paris,
Masson
.H. I. KAPLAN et coll. : Synopsis de psychiatre, pédopsychiatrie. Paris, Masson-Williams et
Wilkins
.OMS : Classification internationale des troubles mentaux et des troubles du comportement.
Dixième révision (CIM-10): descriptions cliniques et directives pour le diagnostic
26
.Association américaine de Psychiatrie : Manuel diagnostique et statistique des troubles
mentaux. (DSM-V)
Objectifs
1) Décrire la différence entre normalité statique, fonctionnelle et sociale
2) Décrire la notion de normalité selon Canguilhem
3) Définir la normalité :
- en psychologie clinique
- en psychopathologie comportementale
4) Décrire la normalité fonctionnelle
Introduction
• La notion de normalité est dangereuse dans certaines circonstances et à certaines
époques. Si la notion de normalité (du latin norma) n’est pas neutre et difficile à
définir, elle est souvent associée aux représentations et à l’éthique d’une société. Il
existe plusieurs conceptions de la normalité.
• C’est la notion de santé qui fait poser le problème du Normal et du Pathologique.
• L’homme normal est celui qui reste adapté à son milieu. La santé selon Leriche c’est
la vie dans le silence des organes ; mais un organe peut être malade sans être bruyant
et vice versa. Ainsi se pose le problème de la frontière entre le normal et le
pathologique. Pendant longtemps ce problème s’est confondu avec celui du lésionnel
et du fonctionnel c’est-à-dire de l’organique et du psychique.
• Il n’est pas possible de réduire le pathologique au seul lésionnel : la médecine
doit prendre en compte l’homme global en situation dans son milieu (holistique).
Les problèmes des critères du normal et du pathologique se posent avec acuité.
1. Définition de la normalité
27
• La norme signifie le juste milieu, la moyenne, ce qui sert généralement de
référence.
• On admet qu’il existe trois grands modèles de la normalité :
– Statistique
– Idéale ou sociale
- fonctionnelle
2. La normalité statistique
• La normalité statistique assimile la norme à la fréquence. Elle se réfère à un
pourcentage majoritaire de comportements par rapport à une moyenne statistique.
• Dans cette optique, les individus dits normaux sont les individus moyens et sont
considérés comme pathologiques les individus déviants de la norme ou de la
moyenne. Ce qui est normal est alors ce qui s’observe le plus fréquemment. Pour
exemple, les tests de Qi ont une moyenne arbitraire de 100, score qui représente une
intelligence moyenne, normale.
• Le caractère arbitraire de ce concept représente un obstacle en psychologie ;
comment comprendre un phénomène psychologique qui, pour être normal, doit
se situer au niveau d’une limite précise dans une distribution continue ? Il est
difficile de trouver une moyenne précise aux phénomènes psychologiques. La
fréquence d’un phénomène ne suffit pas à rendre compte dans plusieurs cas de la
notion de normalité. En effet, des phénomènes peuvent être fréquents mais
pathologiques. Enfin, la norme n’a un sens que par rapport à un contexte de
référence.
3. La normalité idéale ou sociale
• La normalité sociale fait référence aux règles éthiques, sociales et culturelles d’une
société donnée. La normalité sociale assimile l’équilibre psychologique au
conformisme social ou culturel. Elle désigne une perfection à laquelle l’idéal collectif
aspire.
• Il s’agit d’une notion insuffisante qui risque de faire considérer des attitudes passives
de soumission silencieuse comme adaptées alors qu’elles peuvent cacher une véritable
pathologie. Dans certaines conduites suicidaires, les jours précédents l’acte, le sujet
peut être très calme, silencieux, donnant l’impression à l’entourage qu’il est tout à fait
adapté. De même, dans le cas de la perversion, le sujet peut être tout à fait bien
28
adapté socialement. A l’inverse, certains peuvent être marginaux sur le plan social
mais tout à fait équilibré psychiquement.
• Les normes sociales et culturelles ont influencé la nosographie psychiatrique comme
l’illustre l’exemple de l’homosexualité. L’homosexualité a été considérée comme
pathologique jusqu’en 1970. Aux Etats-Unis, il y a eu un mouvement de protestation
des minorités sexuelles demandant une reconnaissance de leur singularité. On a alors
distingué deux types d’homosexualité :
• Une homosexualité ego syntonique (en accord avec soi) : forme d’homosexualité qui
n’a pas d’aspect pathologique, qui est bien vécue par l’individu, sans signe de
souffrance ou de culpabilité.
• Une homosexualité égo dystonique (pas en accord avec soi) : elle n’est pas acceptée
par l’individu. Les sujets ont des tendances homosexuelles mais accompagnées d’une
grande culpabilité. Cette culpabilité les empêche d’avoir une vie sexuelle
harmonieuse.
• DEVEREUX a montré qu’il existait différentes acceptations de l’homosexualité selon
les cultures. Par exemple, les indiens Mohaves admettent l’homosexualité. Selon eux,
l’homosexuel a reçu un message de la part d’un génie leur demandant de se
« déguiser » en femme
• La normalité sociale demande de prendre en compte le point de vue de l’observateur.
En tant que médecin, psychiatre ou psychologue, il faut être conscient de ses
références personnelles, des références liées au groupe auquel on appartient, à son
milieu social et culturel. Comme tout observateur, nous intériorisons tout un système
de normes ; on peut alors avoir des préjugés vis-à-vis de tout ce qui est différent.
• Des problèmes peuvent alors se poser lorsque l’on prend en charge des patients
étrangers qui ont une façon différente de la nôtre de décrire leur trouble. Par exemple,
un patient parlant de sorcellerie peut passer pour délirant alors qu’il s’inscrit
simplement dans un référentiel culturel différent du référentiel occidental ; la
conception de la mort donc de la maladie en Afrique (aucune mort n’est naturelle
même chez le sujet âgé).
4. La normalité fonctionnelle
• La normalité fonctionnelle correspond à l’état qui parait le plus approprié à un
individu en fonction de ses caractéristiques psychologiques propres et des buts qu’il
se proposent. Ainsi considérée, la normalité est identifiée par l’épanouissement
psychologique et le fonctionnement optimal des diverses composantes de la personne.
29
• En psychologie, on fait plutôt appel à une combinaison de ces critères pour analyser la
normalité.
• En 1966, CANGUILHEM proposa le concept de « normativité » selon lequel un
individu sain est celui qui peut tomber malade et se rétablir ; c’est un individu capable
d’instaurer de nouvelles normes de fonctionnement dans des contextes différents
• Cette ligne de réflexion conduit à définir la santé mentale non pas par l’absence de
maladie ou par un nombre réduit de symptômes, mais par des capacités de
changement et d’adaptation à des situations nouvelles.
• Actuellement, on n’oppose plus les « normaux » aux « malades mentaux ». La
majorité des psychopathologues considèrent qu’il existe un continuum entre les
différents modes de fonctionnement psychique.
• Cette ligne de réflexion conduit à définir la santé mentale non pas par l’absence de
maladie ou par un nombre réduit de symptômes, mais par des capacités de
changement et d’adaptation à des situations nouvelles.
• Actuellement, on n’oppose plus les « normaux » aux « malades mentaux ». La
majorité des psychopathologues considèrent qu’il existe un continuum entre les
différents modes de fonctionnement psychique.
5. Normalité selon les modèles et les disciplines
• La signification de la normalité peut être différente selon le modèle théorique auquel
on se réfère. Les marges du normal et du pathologique peuvent se déplacer en
fonction du modèle ou de la discipline.
• 5-1-Normalité en psychologie clinique
• La psychologie clinique se réfère au fonctionnement propre d’un individu et non à un
ensemble d’individus. Un état est considéré comme normal s’il est approprié à un
individu donné avec ses caractéristiques et ses buts, la pathologie étant liée à une
diminution des capacités d’adaptation et de création.
• 5-2-Normalité en psychanalyse
Selon le modèle psychanalytique, il y a une différence de nature entre l’expression d’un sujet
sein et celle d’un patient névrosé. Par exemple, un sujet névrosé présentera des crises de
larmes exagérées par rapport à un évènement donné comparativement à un sujet sein ; la
différence est quantitative.
• La réponse de type névrotique se traduit par une réaction excessive « c’est dans le
plus que réside la névrose » selon FREUD. Pour KLEIN, le psychotique est en fusion
totale avec sa mère, il n’a pas d’identité propre. Chez l’individu normal, le bébé est
30
également fusionné avec sa mère ; c’est un stade par lequel tout le monde passe mais
les psychotiques y resteraient bloqués.
5-3-Normalité et psychopathologie de l’enfant
• Chez l’enfant, la notion de normalité est encore plus complexe à évaluer car on doit se
référer à un niveau de développement tout en tenant compte des variations
individuelles. Dans l’évaluation de la « normalité » d’un enfant, il faut tenir compte
des stades de développement ; la présence d’un symptôme peut être problématique à
un certain âge et tolérée à un autre. Par exemple, les angoisses nocturnes prendront
différentes valeurs selon l’âge de l’enfant, le contexte d’apparition, la durée ; il en est
de même pour l’énurésie.
• Les symptômes peuvent être différents selon le contexte familial, social, le niveau de
maturation et la problématique de l’enfant. Il est donc important de tenir compte du
système familial, culturel et social dans de lequel s’inscrit l’enfant.
5-4-Normalité et psychopathologie comportementale
• Les théories béhavioristes n’évoquent pas de différence entre le normal et le
pathologique. Selon cette théorie, il existe des comportements inadaptés qui sont
dus à des défauts d’apprentissage.
31
• La souffrance du patient constitue un repère important en psychologie clinique dans la
prise en charge de celui-ci.
• Néanmoins, dans le cas de certaines pathologies comme la perversion, la souffrance
du sujet n’est pas au premier plan, ne mobilisant pas chez eux une demande de prise
en charge. Les pervers ne souffrent généralement pas, aucune culpabilité
n’accompagne leurs actes. Ici, c’est l’apparition de culpabilité qui va représenter un
signe positif pour la prise en charge.
Conclusion
• Une démarcation précise entre le pathologique et le normal est toujours imprécise.
• La notion de normal et de pathologique dépend ainsi de plusieurs facteurs.
• Le pathologique et la normalité pouvant être associés
Référence :
32
DEVELOPPEMENT DE LA PERSONNALITE. LA PERSONNALITE :
DEFINITION, STRUCTURE, METHODES D’EXPLORATION
Objectifs
-définir la personnalité
-décrire les différentes instances de la personnalité
-décrire quelques méthodes d’exploration
1. Introduction/definition
Parler de personnalité, c’est considérer l’individu dans sa globalité et c’est en
même temps supposer que les différents paramètres, biologiques, socioculturels,
psychologiques, qui régissent ses actes et ses pensées, sont liés entre eux et sont
interdépendants.
Personnalité vient du mot personne, dérivé du latin persona qui désignait les masques
portés par les acteurs de théâtre. Les masques correspondaient à des caractères fixes à partir
desquels les spectateurs pouvaient s’attendre à partir desquels les spectateurs pouvaient
s’attendre à des comportements ou à des attitudes déterminées.
L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) propose la définition de la personnalité
comme suit : « par personnalité, on entend une modalité structurée de pensée, sentiment ou
comportement, qui caractérise le type d’adaptation et le style de vie d’un sujet et qui résulte
de facteurs constitutionnels, de son développement et de son expérience sociale...». La
personnalité peut aussi être définie comme l’ensemble organisé des éléments instinctuels,
affectifs, cognitifs, caractérisant chaque individu dans sa singularité et dans sa continuité et
permettant de prédire, dans une certaine mesure, ses attitudes et comportements dans une
33
situation donnée. Elle est le résultat d’une interaction permanente entre l’individu et son
environnement et dépend, en particulier, des étapes précoces de développement. Elle reste
relativement stable et constante.
De ces différentes définitions il apparaît que la personnalité est le témoin et l’actrice de
l’interaction entre l’inné et l’acquis.
2. Structure
C’est une notion importante en psychologie car elle permet de connaître un sujet
par rapport à la réaction qu’il peut avoir à un moment donné et dans une situation
précise. Elle aide également à comprendre l’organisation profonde de son psychisme
et de sa personnalité.
La structure d’un individu intervient dans la compréhension des troubles qui peuvent
surgir et guide le thérapeute dans sa démarche diagnostique et de soins.
La structure est un mode d’organisation du psychisme de chaque individu. Elle se
forme progressivement depuis la naissance ( voire avant ) jusqu’à l’âge adulte, et est
fonction :
- de l’histoire, de la personnalité et du désir des parents.
- de la grossesse et des conditions d’accouchement.
- de la constitution héréditaire.
- des premiers moments de la vie de l’individu.
- des expériences diverses :
• Frustrations
• Satisfactions successives
• Traumatismes physiques, organiques, psychoaffectifs résultant de conflits
- Des modes de relation avec :
• les parents
• l’entourage familial
• l’entourage social
L’individu, à travers un jeu permanent entre ces différents éléments, organise son
psychisme selon des lignes qui lui sont propres et qui, lorsqu’elles sont stables,
donnent une structure compensée.
Image
On a coutume de prendre l’exemple d’un verre pour illustrer la notion de structure.
Le verre est constitué et construit selon des lignes qui ont des directions et des
34
limites invisibles. Lorsque le verre tombe et se brise, il le sera selon ces lignes
constitutives, préalablement déterminées.
Lorsque le sujet, verre, n’est pas soumis à des conflits, frustrations, traumatismes
importants, intenses et répétés, il tiendra bon, en se maintenant cohérent et stable ;
sinon il se brisera selon les lignes de rupture inscrites dans sa structure .
La structure de l’individu peut être également comparée à une charpente qui, selon sa
consistance, subira plus ou moins facilement les assauts d’agressions de tous genres et
pourra s’écrouler, entraînant l’édifice qu’elle soutient, ou au contraire résister à tout.
La théorie psychanalytique reconnaît deux principales modalités structurelles de la
personnalité : la structure névrotique et la structure psychotique. A ces deux modalités
opposées, des auteurs comme J. BERGERET décrivent une troisième, qui est une forme de
structure intermédiaire entre les deux premières : il s’agit des états limites.
Ces différentes modalités structurelles ne sont pas des maladies mentales. Elles constituent
des traits de caractère, des attitudes et des types de comportement repérables chez tout
individu. Elles sont dites égosyntoniques car conformes au Moi ; elles sont durables et
stables. Elles ne deviennent des maladies mentales que dans des situations qui provoquent
une décompensation (choc affectif, traumatisme psychologique…). Dans ces cas, la structure
névrotique, qui est considérée comme la plus élaborée et la plus solide des trois, évolue en
maladies névrotiques ; la structure psychotique, moins élaborée et moins solide que la
structure névrotique, mais plus stable que les états limites, évolue en maladies psychotiques.
La structure représentée par les Etats Limites est la moins organisée des trois. Elle est plus
labile quant à ses possibilités d’évolution.
D’après les études psychanalitiques de Freud, la personnalité est constituée de trois
( 03 ) niveaux d’organisation appelés instances, chaque instance ayant des origines et
des objectifs à atteindre qui lui sont propres.
2.1. Le Ca
Le Ca constitue le pôle pulsionnel de la personnalité : il peut être considéré
comme le réservoir de l’énergie psychique ; il est entièrement inconscient et vise la
satisfaction immédiate des besoins et l’apaisement des tensions.
2.2. Le Moi
Il est issu du Ca, par différenciation progressive au contact de la réalité. Une
partie seulement de ses contenues est accessible à la conscience. Il se forme grâce
aux identifications successives aux objets investis par les pulsions et tend à concilier
les exigences pulsionnelles, celles de la réalité extérieure ainsi que celles de l’instance
35
critique de la personnalité, ou Surmoi. Il a par conséquent une fonction de médiation
et est régi par le principe de réalité : c’est le système du Moi qui est censé percevoir
le danger représenté par certaines exigences pulsionnelles et mettre en œuvre, pour se
protéger, divers mécanismes de défense ( de nature essentiellement inconsciente ).
2.3. Le Surmoi
Il désigne la partie de l’appareil psychique porteuse des consignes morales à
l’égard du Moi. Son fonctionnement est en grande partie inconscient. Le Surmoi se
constitue, d’après Freud, par intériorisation des exigences et des interdits parentaux et
peut être considéré comme l’héritier du complexe d’Œdipe.
Deux catégories d’exigences peuvent être distinguées au sein du Surmoi :
-les unes sont essentiellement interdictrices sur le mode de l’injonction : « tu ne dois
pas faire ceci ». Elles sont considérées comme constitutives du Surmoi proprement dit.
-les autres sont optatives, voire impératives : « tu devrais faire ceci », « tu dois faire
cela » ; elles définissent l’Idéal du Moi. Ce dernier correspond donc au modèle auquel
le Moi doit se conformer.
Selon la nature du danger représenté par les exigences pulsionnelles et celle des
mécanismes de défense mis en œuvre pour protéger le Moi, on distingue des
organisations névrotiques, psychotiques, et limites de la personnalité.
3. Méthodes d’exploration
Les méthodes d’exploration de la personnalité consistent en des tests dits tests de
personnalité. Le sujet est soumis à des techniques qui permettront à la fin du test de
déterminer sa personnalité. Les tests de personnalité les plus couramment utilisés sont
les questionnaires, et les tests projectifs.
3.1. Les questionnaires
Ils sont composés d’un nombre plus ou moins élevé de questions concernant les
opinions, les attitudes et les sentiments du sujet, qui doit répondre soit par : vrai,
faux ou je ne sais pas, soit en choisissant une réponse parmi plusieurs qui lui sont
proposées.
Le MMPI ( Minnesota Multiphasic Personality Inventory est le questionnaire de
personnalité le plus couramment utilisé. Il comporte 550 questions qui permettent
d’attribuer des scores sur 10 échelles cliniques ( hypocondrie, dépression, hystérie,
déviation psychopathique, masculinité-féminité, paranoïa, psychasthénie, schizophrénie,
hypomanie et introversion sociale ).
36
Les résultats du MMPI permettent de déterminer des profils généraux : profils
névrotiques, psychotiques, et personnalités pathologiques ( psychopathiques et
paranoïaques ).
3.2. Les tests projectifs
Ils visent à étudier la globalité de la personnalité et ses singularités individuelles.
Les plus utilisés sont :
-Le test de Rorschach qui utilise des formes fortuites ( tâches d’encre ) comme
stimulus des perceptions et des projections du sujet. « Qu’est-ce que cela pourrait
représenter »
-le TAT (Thematic Apperception Test)
Dans le TAT on demande au sujet de raconter une histoire à propos des planches
qu’on lui montre, où sont figurées des scènes à signification ambiguë.
CONCLUSION
La personnalité est une notion bien complexe mais qui permet plus ou moins de
comprendre l’attitude d’un individu à un moment donné et face à une situation donnée
Les différentes méthodes d’explorations disponibles ne peuvent à elles seules déterminer la
personnalité; elles viennent compléter des éléments sémiologiques fournis par l’examen
clinique.
BIBLIOGRAPHIE
.Th. LEMPERIERE et coll. : Psychiatrie intégrée de l’adulte. Paris, Masson
.J. D. GUELFI et coll. : Psychiatrie. Paris, Presses Universitaires de France
.J. P. OLIE et coll. : Le livre de l’interne, Psychiatrie. Paris, Flammarion
.P. MAZET et coll. : Psychopathologie du nourrisson et du jeune enfant. Paris, Masson
.D. W. WINNICOTT : De la pédiatrie à la psychanalyse. Paris, Payot
.J. BERGERET et coll. : Abrégé de psychologie pathologique, théorie et clinique. Paris,
Masson
.H. I. KAPLAN et coll. : Synopsis de psychiatre, pédopsychiatrie. Paris, Masson-Williams et
Wilkins
.OMS : Classification internationale des troubles mentaux et des troubles du comportement.
Dixième révision (CIM-10): descriptions cliniques et directives pour le diagnostic
.Association américaine de Psychiatrie : Manuel diagnostique et statistique des troubles
mentaux. (DSM-V)
37
DEVELOPPEMENT DE LA PERSONNALITE : STRESS ET EVENEMENTS DE VIE
Objectifs :
?????
1. Introduction
1.1. Définition du stress
Stress se définit comme des réactions biologiques et psychologiques d’un organisme face à
une situation nouvelle de quelque origine qu’elle soit, dangereuse ou agréable. Le stress est
une réaction normale et naturelle de l’organisme.
Le stress positif est utile et nécessaire pour réaliser une bonne performance .Ce pendant le
stress négatif est nocif si l’organisme n’arrive pas à s’adapter :
Victimes = personnes qui, individuellement ou collectivement, ont subi un préjudice,
notamment une atteinte à leur intégrité physique ou mentale, une souffrance morale, une
perte matérielle, ou une atteinte grave de leurs droits fondamentaux (Définitions
infractionnelles …)
Victimes = « individu qui reconnaît avoir été atteint dans son intégrité personnelle par un
agent causal externe ayant entrainé un dommage évident, identifié comme tel par la majorité
du corps social » [Définitions victimologiques]
38
Les évènements de vie sont des situations ou des faits importants survenant de façon brutale,
imprévisible ou non, soumettant l'individu à une agression émotionnellement choquante ou
non et sur laquelle un contrôle peut ou peut ne pas être possible dans l'urgence de la situation.
En d’autres termes l’évènement de vie désigne tout ce qui arrive dans l'environnement social
d'une personne, et qui suppose une nouvelle adaptation à la vie : déménagement, naissance,
mariage, adoption, retraite, décès.
1.2. Intérêt
Le stress positif est utile et nécessaire pour réaliser une bonne performance.
Cependant le stress négatif est nocif si l’organisme n’arrive pas à s’adapter
2. Physiologie et mécanismes psychologiques du stress
Le stress est En générale réaction normale, adaptative, interactive avec
l’environnement. Si le stress devient trop intense ou répété on assiste une réaction
pathologique :
Adaptation du sujet à une agression est variable
• Variable selon les sujets
• Variable au cours de la vie des sujets : adolescence, ménopause, retraite, pertes
Si la Capacités d’adaptation submergées : apparition de certaines maladies
• Traumatisme brutal
• Succession d’événements de vie négatifs fragilisant l’individu
o 1ère : agression supportée
o 2nde : épuisement
o 3ème : pathologie
Le stress: C’est la réponse d’un organisme à toute sollicitation
• Rupture d’un équilibre
• Tentative de rétablir une nouvelle homéostasie par des stratégies d’ajustement
biologiques, psychologiques et sociale
Les trois phases de stress
• Alerte
• Réaction
o Biologique, comportementale, psychologique
o Dépend de l’appréciation subjective de la situation stressante et de la capacité
d’y faire face
39
• Le stress est en générale réaction normale, adaptative, interactive avec
l’environnement. Si le stress devient trop intense ou répété on assiste une réaction
pathologique :
o Réactions psychiques (anxiété, dépression ...)
o Réactions comportementales (addictions, suicide...)
o Réactions psychosomatiques (ulcère, eczéma, asthme, HTA.)
Stress pathologique conséquences d’un stress cumule et au long court.
Les autres formes de stress:
o Etat de stress traumatique après un évènement traumatogène
o Stress post-traumatique fait suite à un état de stress traumatique
Réaction de stress
Trois phases : Perception-évaluation, Mise en route des mécanismes de défense et
d’adaptation, Conséquences des réponses pour l’organisme et l’environnement
1. Phase de perception-évaluation (Lazarus)
Lorsqu’il y a une situation de stressante, le sujet procede a une evaluation de la menece,
S,il percoit une menace reelle, il mesure sa capacite a y faire face
Sil se sent incapable on, assiste a une reation de stress
2. Mise en route des mécanismes de défense et d’adaptation
La qualité de la réponse (coping) dépend
Vulnérabilité génétique
Styles cognitifs et affectifs
Réseau social et de soutien
Les mécanismes d’adaptation sont à la fois
Psychologiques, physiologiques et comportementaux
3. Adaptation comportementale et physiologique
adaptation comportementale
majoration de l’éveil, lucidité, vigilance, attention
blocage des comportements alimentaires
blocage des comportements de reproduction
adaptation physiologique
réorientation adaptée de l'énergie
augmentation Tension Artérielle et Rythme Cardiaque
augmentation de l'oxygénation cérébrale
40
contrôle de la réponse immunitaire et inflammatoire
Conséquences des réponses pour l’organisme et l’environnement
Soit adaptation harmonieuse à la situation stressante
Rétablissement de l’homéostasie
Décompensation psychique ou somatique
Adaptation psychologique
contrôle externe : attitudes actives de maîtrise de l’environnement et de recherche de
soutien social
contrôle interne : maîtrise des pensées et des émotions
absence de contrôle : fuite, évitement, alcool, drogues
Bases biologiques de la réaction de stress
phase d'alerte
baisse momentanée des résistances de l'organisme
libération de catécholamines et glucocorticoïdes
phase de résistance
augmentation de la résistance vis à vis de l'agresseur
diminution des autres résistances
activation de l'axe corticotrope
phase d'épuisement : excès de réaction
3. Les évènements de vie
Approches conceptuelles
Il convient de préciser que les événements de vie se situent dans plusieurs domaines de la vie.
Pour ce qui est de notre recherche, nous nous sommes intéressés principalement à l'aspect
qualitatif des événements d’ordre familial, affectif, social, sanitaire et financier conduisant
fréquemment à un traumatisme.
La conceptualisation des événements de la vie tient un rôle majeur dans le développement et
l'évolution du mouvement centré sur l'étude de la relation événement/maladie.
Au fur et à mesure que les chercheurs élaborent leurs approches conceptuelles, ils mettent au
point des méthodologies et par là même des instruments et des modes d'approche de plus en
plus spécifiques des problèmes traités.
Pour les chefs de file que sont Holmes et Rahe (1967) (tableau), c'est la « quantité de
changement » impliquée par un événement survenant dans la vie d'une personne qui confère à
celui-ci un rôle pathogène ou non
Les différentes agressions peuvent être :
41
• Physiques : effort, froid, chaud, traumatismes, infections, maladies
• Psychiques : peur, angoisse, pertes et séparations, conflits, échecs, humiliation
sociale, toute surcharge émotionnelle
Unités de changement de vie/Echelle de Holmes et Rahe
42
Début ou fin des études 26
Changement dans les conditions de vie 25
Changement d’habitudes 24
Difficultés avec son employeur/son manager 23
Changement d’horaires ou de conditions de travail 20
Changement de domicile 20
Changement de lieu d’étude 20
Changement dans les loisirs 19
Changement dans les activités de la paroisse / de 19
l’association
Changement dans les activités sociales 19
Hypothèque ou emprunt de moins de 3.000€ 17
Changement dans les habitudes de sommeil 16
Changement du nombre de réunions de famille 15
Changement dans les habitudes alimentaires 15
Vacances 13
Noël 12
Infractions mineures à la loi, contraventions 11
44
RELATION MEDECIN-MALADE : CARACTERISTIQUES GENERALES DE LA
RELATION MEDECIN-MALADE - LE MALADE ET SA MALADIE,
MECANISMES DE DEFENSE - LE MEDECIN ET LA MALADIE – PROCESSUS DE
TRANSFERT
Objectifs
Définir la relation médecin-malade
Connaître les caractéristiques de la relation médecin-malade
Décrire le processus transférentiel au cours de la relation médecin-malade.
1. Introduction
1.1. Définition
La relation médecin-patient désigne l'ensemble des relations entre un médecin et son patient
dans le cadre d'un acte ou d'un suivi thérapeutique.
C’est une relation humaine.
Ce n’est ni une relation amicale, ni familiale, ni commerciale.
Toute relation médecin-malade est unique.
1.2. Caractéristiques générales de la relation médecin-malade
45
La relation médecin - malade est schématisable par un triangle dont les trois sommets
figurent le malade, le médecin et la maladie.
La relation médecin-patient a les caractéristiques suivantes :
C’est une relation fondamentalement fondée sur l’inégalité. et l’asymétrie, puisque la
demande du patient le rend passif et dépendant, et puisque sa souffrance le mobilise et
le diminue.
C’est une relation d’attente et d’espérance mutuelle : le malade attend la guérison ou
au moins le soulagement, le soignant la reconnaissance de son pouvoir réparateur.
C’est une relation où le lieu d’échange est avant tout le corps mais où la parole a sa
place.
C’est une relation de confiance non égalitaire, impliquant la distance et l’asepsie.
2. Le malade et sa maladie
Être malade signifie :
- Être en situation de faiblesse : la maladie diminue les possibilités physiques et/ou
mentales, atteint l’intégrité du sujet et limite l’exercice normale de sa vie ;
- Être en situation de dépendance : dépendance à l’égard de l’entourage et de ceux
qui sont sensés avoir le pouvoir de supprimer la maladie ;
Ces deux éléments entrainent inéluctablement des conséquences psychiques chez le malade,
dont la plus importante est l’attitude de régression.
Ce comportement régressif entraine également une augmentation de la dépendance envers
l’entourage, marquée par la réclamation de témoignages et de preuves d’amour souvent plus
importantes que lorsque le patient était bien portant.
Il faut par ailleurs insister sur l’importance des représentations personnelles de la maladie qui
préexistaient chez le malade. Chaque sujet, avant d’être malade, a déjà en lui,
inconsciemment, un certain nombre de représentation sur la position de malade. Ces
représentations jouent un rôle fondamental dans la façon dont le malade aborde la maladie et
s’engage dans la relation avec le médecin ; Très schématiquement on oppose deux grandes
conceptions de la maladie :
- La conception exogène : l’apparition de l’état de maladie s’explique par
l’intervention d’une cause extérieure. Cette conception implique que l’état normal
de l’homme est la santé, et que l’homme est par nature bon.
- La conception endogène : dans cette conception, l’origine de la maladie est le
malade lui-même et s’explique par la notion de disposition, d’hérédité, de terrain.
46
Un autre point fondamental doit être envisagé concernant la dynamique du malade et de sa
maladie : il s’agit de la notion de bénéfice, primaire et secondaire.
Le bénéfice primaire joue un rôle dans le déclenchement et la persistance de la maladie. Pour
Freud, la maladie peut représenter une « solution » à une situation de tension psychique
insupportable.
Le bénéfice secondaire résulte des conséquences de la maladie, pouvant favorise son
installation et sa chronicité.
Il ne faut pas oublier par ailleurs le rôle de l’entourage, en particulier de la famille, qui, selon
son attitude, a tendance à favoriser ou au contraire à refuser au malade ses différents
mouvements.
Mécanismes de défense
Activité du moi destinée à protéger le sujet contre une trop grande exigence pulsionnelle.
C’est un ensemble d’opérations psychiques qui ont pour fin la réduction des tensions
psychiques internes ;
Ils sont inconscients et existent chez tout individu.
Exemple : refoulement, identification, projection, régression, déni, sublimation, …
3. Le médecin et la maladie
Tout comme le malade, le médecin a ses propres représentations concernant la maladie :
comme lui, il peut considérer la maladie, comme lui, il peut considérer la maladie un
phénomène extérieur, qu’il faut élimer, ou au contraire comme la réaction globale d’un
organisme face à un déséquilibre. La conception générale de son rôle de médecin est en règle
déterminée par ses représentations. Les théories étiopathologiques sont souvent liées à ces
mêmes représentations.
Intimement liées également, les motivations du médecin pour exercer sa profession,
résultante d’une multiplicité des facteurs issus de son histoire personnelle, jouent un grand
rôle dans les caractéristiques de la relation médecin-malade.
La personnalité du médecin détermine son style d’exercice, qui se manifestera non seulement
dans les décisions thérapeutiques, mais dans les aspects de ses relations avec le malade.
Balint a proposé le terme de fonction apostolique du médecin. La mission ou fonction
apostolique du médecin signifie que chaque médecin a une idée vague mais presque
inébranlable du comportement que doit adopter un patient lorsqu’il est malade. Cette idée
possède une immense puissance et influence pratiquement chaque détail du travail du
médecin avec ses patients.
4. Processus de transfert
47
Les deux acteurs ayant été mis en place, la relation s’établit autour d’un troisième terme :
la maladie actuelle.
La relation médecin-malade s’inaugure toujours par l’inégalité :
- Inégalité dans l’échange : le malade offre des symptômes, le médecin offre des
soins ;
- Inégalité de la demande : le malade demande des soins, le médecin demande
reconnaissance de son pouvoir sur la maladie ;
- Inégalité des rôles : le malade se montre, le médecin regarde et touche ;
- Inégalité de pouvoir : le malade dépend des décisions du médecin, le médecin est
libre de ses décisions ;
- Inégalités dans l’attente : le malade attend parce qu’il est demandeur, le médecin
attend de son malade qu’il soit un « bon » malade.
Il existe un transfert du côté du malade et un transfert du côté du médecin.
Le transfert est la répétition dans la vie actuelle du malade, et particulièrement dans ses
relations avec le médecin, des attitudes émotionnelles inconscientes développées pendant
l’enfance vis-à-vis des parents. Il représente un report sur le médecin des attitudes
d’affection, d’hostilité ou d’ambivalence, que le malade avait eu antérieurement dans ses
relations avec un parent ou avec la personne de son entourage qui en tenait lieu. Le malade
réagit envers le médecin comme si celui-ci était ce parent ou cette personne.
On distingue deux transferts : l’un positif, l’autre négatif, un transfert de sentiments tendres et
un transfert de sentiments hostiles.
Le contre-transfert se définit comme les réactions affectives conscientes et inconscientes
qu’éprouve le médecin vis-à-vis de son patient. Ce contre-transfert est très directement lié à
la personnalité et à l’histoire personnelle du médecin.
Le plus souvent, le contre-transfert peut également être positif permettant une relation
médecin malade de qualité caractérisée par l’empathie du médecin et une action
thérapeutique efficace.
L’empathie est la capacité de ressentir les émotions, les sentiments, les expériences d’une
autre personne ou de se mettre à sa place.
Un contre-transfert excessivement positif risque de conduire à un une identification massive
au malade et/ou à une perte d’objectivité dans les soins.
Ailleurs, un contre-transfert négatif, induisant l’agressivité et les frustrations excessives du
malade peut être à l’origine d’échecs de la relation thérapeutique. Il en est de même pour une
48
Données récentes dans le domaine de la relation médecin-malade
La relation médecin-malade est actuellement en pleine mutation.
Les sociétés actuelles souhaitent faire évoluer la relation-médecin d’un modèle « paternaliste
» vers un modèle d’« autonomie ». Cette évolution se traduit notamment dans les obligations
liées à l’information et consentement éclairé du patient concernant les soins et la
communication du dossier médical du patient.
BIBLIOGRAPHIE
Jeammet ph, Reynaud M, Consoli SM. Psychologie médicale. Paris, Masson, 1996.
Eudier F, Badiche A. Relation médecin malade. In : Senon JL eds, Thérapeutique
psychiatrique. Paris Hermann Editeurs des sciences et des arts, 1995.
Objectifs
1-Définir :
• La communication en psychologie médicale,
• Iatrogénie.
2- Décrire 3 modèles de communication selon Hollender
3- Décrire les effets iatrogènes de la relation médecin malade
4- Décrire 3 étapes du diagnostic global en psychologie médicale
Introduction
La communication est un élément clé dans la construction de la relation soignant –soigné.
Communiquer dans le cadre de la relation de soin ou soignant- soigné doit avoir pour objectif
premier de donner une information au malade ou au médecin. Une bonne communication
permet d’assurer une prise en charge autrement plus efficace.
49
1- Généralités
1.1 Définition
• C’est un processus d’échange d’information de significations fondamentales pour
l’élaboration et le maintien d’une vie psychique harmonieuse. Les troubles de la
communication sont présents dans la plupart des maladies mentales (vocabulaire
de psychiatrie)
• La communication entre le médecin et le patient constitue un terrain central sur
lequel peuvent s’édifier les bases de l’activité médicale. Elle s’établit par
l’intermédiaire du questionnaire à propos de la maladie actuelle et l’histoire
longitudinale qui permettent d’établir le diagnostic d’une part et par le biais de
l’évaluation de la relation en vue de déterminer le type d’examens nécessaires et
le traitement approprié d’autre part.
1.2. Communication comme situation technique
Pour que la communication puisse avoir lieu deux conditions sont nécessaires :
• Que le cadre utilisé par l’émetteur soit déchiffrage par le récepteur
• Que le milieu qui s’interpose entre les deux n’empêche pas la circulation de
l’information et que celle-ci ne soit pas trop déformée par des bruits parasites.
Selon SHANNON : La communication : transmission d’un message d’un endroit à un autre
(cf. figure).
• Le processus repose sur la mise en relation d’un émetteur et d’un destinataire.
• L’émetteur souhaitant donner une information va devoir la traduire en un langage
compréhensible pour le destinataire et compatible avec les moyens de
communications utilisés : c’est le codage.
• Le message ainsi élaboré va alors être émis et véhiculé grâce à un support
matériel : le canal de la communication. Il parvient alors au destinataire le
récepteur qui grâce à une activité de décodage va pouvoir s’approprier et
comprendre le message. Le système pour être efficace doit prévoir une modalité
de contrôle de régulation et de traitements des erreurs : le Feed back.
50
Émetteur Récepteur
S codage décodage mgs D
51
• Comme lui « elle demande un déchiffrement afin que le sens en apparaisse et
qu’elle devienne signe intelligible pour les deux parties ».
3. La relation médecin-malade fait partir de la communication médicale
La maladie est une rupture dans la vie du malade :
• rupture dans ses relations, rupture de l’image qu’il avait de lui-même.
• La maladie peut être une réponse de l’individu à des situations de rupture
(hystérie).
• Dans ces deux cas, une demande de réparation de ces effets de rupture est adressée
au médecin dont les attitudes et réponses reçues sont fonction de cette demande.
Rupture affective et blessure narcissique mettent le malade en situation de
vulnérabilité et d’attente d’une réparation qui s’exprimeront dans la relation
médecin-malade.
• L’ensemble des soins médicaux subit l’influence de la relation médecin-malade
qui leur donne plein effet ou entrave leur action. Exemple de l’effet placebo et de
l’observance du traitement ; dans ces deux ordres de faits, la relation médecin
malade est un des paramètres de la thérapeutique.
4. La relation médecin-malade nécessite un déchiffrement
A double niveau :
• Elle peut appeler à la recherche du sens latent inconscient derrière l’attitude et le
langage conscients et manifestes
• Elle peut demander une transcription d’un langage corporel en un langage parlé.
L’exemple type est fourni par les troubles fonctionnels ou la plainte
hypocondriaque.
• Dans tous ces cas, le travail du médecin consistera à rechercher au-delà de l’offre
manifeste du symptôme physique, la demande latente du patient exprimant ses
désirs et besoins véritables.
• La relation médecin malade est un des paramètres du diagnostic.
• 5- Les effets iatrogéniques de la relation médecin-malade
• On appelle iatrogénie la création de symptômes pathologiques et de maladies par
le médecin (dispensateur de soins) lui-même et ses soins.
• Les lésions que certains médicaments sont susceptibles de provoquer en sont un bon
exemple. C’est ce qui peut se produire si le médecin méconnait la relation médecin-
malade et la considère comme un « bruit » parasite à éliminer (exemple : absence→
52
aggravation des ruptures et blessures antérieurs ; le pouvoir des mots→ usage
maladroit induisant des effets traumatiques).
• La méconnaissance de la portée thérapeutique de la relation médecin-malade peut
aboutir à l’effet contraire. Exemple
• La méconnaissance de la portée diagnostique de la relation médecin-malade peut
conduire du côté du malade à une escalade dans la plainte jusqu’à ce qu’on le
prenne au sérieux.
• Du côté du médecin, à une escalade d’examens complémentaires voir de
thérapeutiques symptomatiques qui ne sont pas toujours sans danger et qui ancrent
de malade dans un langage corporel, au détriment de la parole.
6. Utilisation thérapeutique de la relation médecin-malade : le diagnostic global
Elle passe par la reconnaissance de la valeur et de la portée de cette relation et l’établissement
de ce que nous appellerons diagnostic global comprenant :
• Le diagnostic de la maladie
• Le diagnostic de la personnalité et des effets de la maladie sur celle-ci
• L’appréciation de la relation médecin-malade.
6.1. Le diagnostic de la maladie
• Le médecin doit expliquer en termes compréhensibles quelle est cette maladie et
quelles en seront les conséquences. L’explication fournie diminue l’anxiété née de
l’inconnue.
• Le médecin doit expliquer le pourquoi et le comment du traitement.
• Le médecin doit expliquer son ordonnance pour éviter les échecs thérapeutique
(rechute infectieuse liée à l’arrêt précoce ABTH).
Objectifs ????
1. Introduction
1.1. Définitions
54
Peplau définit la personne comme étant un être bio-psycho-socio-spirituel qui se développe
constamment. Elle présente la capacité de transformer son anxiété en une énergie positive
afin de répondre à ses besoins (Pepin, Kerouac & Ducharme, 2010).
La relation est un facteur important dans la prise en soins de patients. Les difficultés à établir
des relations avec ces derniers peuvent entrainer de mauvais résultats dans le traitement.
L’objectif pour atteindre l'adhérence est de développer une relation thérapeutique et, dans le
cadre de cette relation, de créer une alliance thérapeutique.
Dans le modèle de Peplau, le soin est une relation interpersonnelle thérapeutique qui s’oriente
vers un but favorisant le développement de la personnalité, selon un processus en trois
phases.
1.2. Intérêt
Depuis de nombreuses années déjà, la profession médicale a fait de la relation avec le patient
un élément central des soins. Aujourd’hui, nulle ne peut contester l’importance de l’attitude
relationnelle des soignants dans les activités de soin.
La transmission des attitudes relationnelles est complexe, car elle nécessite d’une part, que
l’experte ait identifié et mis en mots les interactions qui se passent entre elle et les patients au
moment des soins, ce qui reste très difficile, et, d’autre part, l’acquisition des attitudes
relationnelles requises par tous les événements de soins se construit par l’expérience, par
confrontation personnelle à la situation, avec une possibilité de verbalisation avec un tiers
compétent pour analyser la situation.
Mais la question reste toujours complexe, car chaque patient est unique, chaque thérapeute
est différent, chaque rencontre est donc singulière.
II. Les différentes relations de soins
Chaque relation est singulière, elle est une création unique, elle doit faire place à
l’imprévisible mais, ce qui peut être commun à un ensemble de relations, ce sont les concepts
sous-jacents et leurs attributs qui définissent et orientent son contenu. On retrouve dans les
écrits professionnels 7 types de relations de soins.
2.1 La relation de civilité
Elle se situe en dehors du soin, elle répond à un code culturel et social ritualisé ou chaque
interlocuteur, sans en être toujours conscient, joue un rôle .Le rôle se définit comme un
modèle organisé de conduites relatif à une certaine position de l’individu dans un ensemble
interactionnel»
55
Dans le cadre d’une relation soignant - patient, la relation de civilité comprend des
obligations sociales pour le soignant : gentillesse, courtoisie, politesse, netteté, repères
identitaires (présentation de l’interlocuteur).
2.2. La relation de soins
Cette relation est la plus fréquente en milieu hospitalier. Support d’échanges avec le patient
ou sa famille, elle est mise en œuvre par le soignant pendant les soins techniques ou de
confort. Elle est centrée sur le présent, sur l’acte technique, sur l’activité en cours, sur le
devenir immédiat du patient : traitement, confort, douleur, planning de soins, visite
médicale… Elle est essentiellement de type informatif. Au cours des échanges formels ou
informels, elle peut être source d’informations importantes données par le patient, mais ce qui
prime dans ce temps de rencontre, c’est le soin technique.
2.3. La relation d’empathie
L’empathie est souvent considérée comme étant l’approche la plus appropriée dans la relation
soignant –patient. .
La définition large et consensuelle donné par Pedinielli 1994 (13-1) «l’empathie c’est
ressentir le monde intérieur du client avec la signification qu’il a pour lui, le ressentir comme
si il était son monde à soi, sans jamais perdre la qualité de «comme si»».
L’empathie se caractérise donc par «deux composantes primaires : 1) une réponse affective
envers autrui qui implique parfois (mais pas toujours) un partage de son état émotionnel, et 2)
la capacité cognitive de prendre la perspective subjective de l’autre personne sans confusion
avec ses propres affects.» Decety 2004 (12-2) .L’auteur ajoute que l’empathie, dans les
relations professionnelles, sert à comprendre la situation d’autrui (partage affectif sans perdre
de vue la mise à distance), et à y réagir de manière appropriée mais que cette relation
nécessite une attention soutenue.
La base de l’empathie est l’écoute, «non pas une écoute interprétative ou évaluative, mais une
écoute compréhensive. C’est dans les situations où les individus se sentent réellement écoutés
qu’ils s’expriment le plus et le mieux, c’est-à-dire le plus authentiquement possible… Celui
qui souhaite faciliter l’expression de l’autre est donc soumis à deux impératifs : - manifester
cette attitude de compréhension ; - contrôler ses réactions spontanées qui vont beaucoup plus
dans le sens de l’évaluation, de l’interprétation, et de l’aide ou du questionnement que celui
de la compréhension.» Abri c 1999 (6-3)
L’empathie est donc une attitude active, conscientisée que le soignant est capable d’exprimer
à son interlocuteur et qui va être le socle d’une relation de confiance.
56
L’empathie sert de support aux relations thérapeute -patient qui sont centrées sur la
personnalisation des soins : recueil de données, évaluations des besoins et des ressources du
patient et de sa famille, élaboration d’une démarche clinique pluridisciplinaire, prise de
décisions de soins avec le patient, aide à la gestion des émotions du patient (stress, angoisse
perte…) gestion des problèmes sociaux, réconfort…
«Les résultats montrent que plus les infirmières font preuve d’empathie, moins les patients
sont anxieux, dépressifs ou furieux. Autrement dit, non seulement l’empathie favorise le
traitement thérapeutique, mais elle facilite la relation thérapeutique. En faisant l’effort de
comprendre leurs patients, les infirmières se facilitent la tâche.» [Jorland 2006]
2.4. La relation d’aide psychologique
La relation d’aide, qui s’appuie sur la confiance et l’empathie, est une relation à visée
thérapeutique qui a pour but d’aider, de façon ponctuelle ou prolongée, un patient (et/ou une
famille) à gérer une situation qu’il juge dramatique pour lui : Annonce d’un diagnostic
difficile, aggravation de la maladie, fin de vie, perte, deuil, souffrance, maladie chronique,
Accident.
«La relation d’aide psychologique est une relation dans laquelle la chaleur de l’acceptation et
l’absence de toutes contraintes, de toutes pressions personnelles de la part de l’aidant, permet
à la personne aidée d’exprimer au maximum ses sentiments, ses attitudes et ses problèmes »
Rogers 1963 (19)
2.5. La relation thérapeutique
Cette relation est utilisée en psychiatrie auprès de patients souffrants de pathologies mentales
ou de conduites addictives. Elle a pour but de soigner le patient. Elle est réalisée dans le cadre
d’un projet de soins thérapeutique, toujours sur prescription médicale.
2.6. La relation éducative
Relation très utilisée par les soignants, elle est mise en œuvre, lorsque que pour des raisons de
santé, le patient doit changer d’habitudes de vie (régime alimentaire, rythme de vie…) subir
un sevrage (alcool, drogues, tabac…) ou doit pratiquer des auto–soins (injection, sondage…).
Elle comprend à la fois une approche psychologique qui repose sur la connaissance de la
personne et de son entourage (représentations, affects, ressources, capacités, besoins), une
approche cognitive (ce que la personne doit intellectuellement connaître et si besoin
mémoriser) et une approche technique (maîtrise des gestes techniques, habilité manuelle).La
relation éducative peut être basée sur l’observance
2.7. La relation de soutien social
57
Cette relation est tout à fait particulière car il s’agit plutôt d’une relation famille, entourage –
patient. Le rôle du soignant se situe à l’interface entre le patient et sa famille (aidants
naturels).
3. Les phases de la relation
3.1. Le processus des trois phases
Dans le modèle de Peplau, le soin est une relation interpersonnelle thérapeutique qui s’oriente
vers un but favorisant le développement de la personnalité, selon un processus en trois
phases: (Pepin et al. 2010).
La première phase est celle d’orientation. Durant cette phase, le patient identifie son
problème de sante ainsi que les personnes ressources (Smith et Parker, 2015).Le
thérapeute aide à un processus de clarification afin que le patient intègre sa maladie
comme une expérience d’enseignement (Pepin et al. 2010). Cette étape pose le cadre
thérapeutique qui permet au patient de s’engager dans une relation de partenariat actif
dont l’objectif est la gestion de son problème de santé. C’est dans cette phase que la
relation entre soignant et patient commence à se faire, il s’agit de la première dimension
de l’alliance thérapeutique, le lien.
la phase de reconnaissance/approfondissement (Pepin et al 2010). Cette phase
représente la majeure partie du travail qui va être effectuée entre le soignant et le soigne.
C’est dans cette dernière que le soignant pose des diagnostics et décrit ses interventions
pour accompagner au mieux le patient (Pepin et al. 2010). Le malade a un rôle actif dans
la prise de décision (Smith et al. 2015). Pour cela, il doit recevoir des informations sur les
options de traitement et sur leurs avantages et inconvénients. A son tour, le soignant doit
être informe des valeurs et des attitudes du patient vis-à-vis du traitement
La dernière phase de la relation est celle de résolution (Pepin et al. 2010). Elle montre le
succès des autres phases. Elle débute lorsque les besoins d’aide commencent à être
satisfaits et que de nouveaux besoins ou buts apparaissent. Le patient commence à
devenir indépendant (Smith et al, 2015). Il ≪ dépasse ≫ le problème de sante auquel il
vient d’être confronte.
58
3.3. La dimension de l’éducation thérapeutique
La phase d’orientation permet au patient d’identifier et de clarifier son problème de santé.
Néanmoins, il se peut que cette étape ne soit pas la plus importante de la prise en soins. Il
semble que le bénéfice apporté au quotidien par le traitement pourrait être un élément plus
décisif que la connaissance de la maladie (Tunis et al. 2007).
Dans l’étude de Tunis et al. (2007), le 4ème facteur favorisant l’adhérence était la relation
entre la réalisation des objectifs de vie et l’adhérence (p = 0,05). Les patients ayant indiqué
que leur adhérence était influencée par le sentiment que leurs médicaments les aidaient à
atteindre certains objectifs de la vie étaient plus susceptibles d'atteindre le seuil de maintien
de l’adhérence.
4. Alliance thérapeutique
L’alliance thérapeutique a été rapportée de nombreuses fois comme étant un facteur
important de l’adhérence au traitement. L’écoute, la congruence, le non-jugement, la
considération positive et l’empathie sont essentiels à la qualité d’une relation centrée sur la
personne et dans laquelle la relation entre soignant et soigne est primordiale.
Selon Luborsky (1983), l’alliance thérapeutique recouvre à la fois le soutien que le patient
perçoit de la part du thérapeute et l’impression de collaboration avec celui-ci vers un but
commun. En soins, l’alliance thérapeutique est la création d’une relation de confiance entre
l’infirmier et le patient. Grace à cette dernière ils s’entendent pour travailler ensemble à
l’engagement du patient dans un processus de changement et à sa progression vers un mieux-
être.
4.1. La création de l’alliance
La création de l'alliance thérapeutique est influencée par différents facteurs (DeRubeis,
2005).
Les caractéristiques du patient, psychologiques mais aussi interpersonnelles tels que le
soutien social, les relations familiales ou les évènements de vie.).
Les caractéristiques du soignant. Sa chaleur, sa bienveillance, ses compétences et son
respect pour le patient ainsi que son engagement dans la clarification des règles et de la
structure du traitement facilitent la construction d'une bonne alliance.
L’interaction patient/thérapeute. Certains patients sont plus à même de former une
bonne alliance avec certains thérapeutes en fonction de divers critères : l’origine ethnique,
le sexe et la personnalité. pourraient influencer la relation (DeRubeis et al 2005).
59
La technique de soins utilisée telles que la reformulation, la mise en avant des succès
thérapeutiques, la justesse des interprétations et l’attention portée aux expériences du
patient qui influenceraient de façon favorable l’alliance.
4.2. L’évolution de l’alliance au cours de la relation.
On distingue deux phases dans la construction de l’alliance (Rodgers et al. 2010).
La première phase se développe lors des premiers entretiens entre le patient et le soignant.
Elle semble associée au climat ≪ affectif ≫ qui règne entre eux. Le patient se sent
soutenu par le soignant, il a l’impression que ce dernier peut l’aider à porter ses
difficultés. Elle se développe en fonction du travail et de l'attitude du soignant.
La deuxième phase correspond à l’alliance au cours du traitement, phase durant laquelle
le patient voit le soignant comme un allie dans un travail en commun afin de lutter contre
ses difficultés...
4.3. Les dimensions de l’alliance
Il existe trois dimensions dans le contenu de cette alliance :
La première correspond au lien. Celui-ci fait référence à la qualité affective de l’alliance
et comprend des aspects comme la confiance, la volonté et l’engagement. Cette
dimension correspond au fait que le soignant devient une personne significative pour le
patient et ce dernier sent que le soignant se préoccupe de lui et s’engage pour l’aider.
La deuxième dimension correspond aux objectifs. Elle fait référence au fait que le patient
et le soignant travaillent ensemble sur le problème et mettent en place des objectifs afin
d’y remédier.
La troisième dimension correspond aux tâches. Elle porte sur les actions que met en place
le duo et dans lesquelles il s’engage. Le patient considère que ces actions vont dans le
sens de ses attentes et sont réalisables.
Ces trois dimensions sont interdépendantes. Par conséquent, la qualité de la relation influence
la capacité du patient et du soignant à élaborer les objectifs et les actions de l’intervention de
soins. Leur capacité à parler des accords influence aussi sur la qualité de la relation.
Dans l’étude de Kim et al. (2002), de toutes les variables considérées, l'alliance thérapeutique
est le plus souvent liée à l’adhérence au traitement. Au moment de la prise de mesure de
l’étude, une meilleure alliance améliorait l’adhérence.
Tessier et al. (2017) ont mis en évidence qu’une mauvaise adhérence est liée à une relation
thérapeutique plus faible.
Melau et al. (2015) n’ont pas trouvé d’association directe entre l’alliance thérapeutique et
l’adhérence au traitement.
60
Conclusion
La qualité de la relation influence le traitement et l’adhérence aux principes thérapeutiques.
Le soignant doit mettre le soigner au centre de toutes ses initiatives en vue d’établir une
collaboration franche.
Bibliographie
1. Monique Formarier, « La relation de soin, concepts et finalités », Recherche en soins
infirmiers 2007/2 (N° 89), p. 33-42. DOI 10.3917/rsi.089.0033
2. Pepin, J., Kérouac, S., & Ducharme, F. (2010). La pensée infirmière (3ème ed).
Montréal Chenelière éducation.
3. DECETY (J) L’empathie Sous la direction de BERTHOZ (A) JORLAND (G) Ed
Odile Jacob Paris 2004 (12-1 p 35, 12-2 p 43)
4. PEDINIELLI (J-L) Introduction à la psychologie clinique Ed Nathan
5. JORLAND (G) Empathie et thérapeutique In «Recherche en soins infirmiers» n° 84
2006 (p 65)
6. ABRIC (J-C) Psychologie de la communication. Théories et méthodes Ed Armand
Colin Paris 1999 (6-1 p 13, 6-2 p16,6-3 p 37)
7. ROGERS (C) La relation thérapeutique, les bases de son efficacité In «Bulletin de
psychologie» n° 17 1963 (p 12)
8. Smith, M. & Parker, M. (2015). Nursing Theories and Nursing Practice.
Philadelphie :Fourth Edition.
9. Dassa, D., Boyer, L., Benoit, M., Bourcet, S., Raymondet, P., Bottai, T. (2010).
Factors associated with medication non-adherence in patients suffering from
schizophrenia: a cross-sectional study in a universal coverage health-care system.
Australian & New zealand journal of psychiatry 44(10), 921-928.
10. Tunis, S., Faries, D., Stensland, M., Hay, D. & and Kinon, B. (2007). An examination
of factors affecting persistence with initial antipsychotic treatment in patients with
schizophrenia. Current Medical Research and Opinion, 32 (1). 97-104.
11. DeRubeis, RJ., Brotman, MA. & Gibbons, CJ. (2005). A conceptual and
methodological analysis of the nonspecifics argument. Clinical Psychology, Science
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12. Rodgers, R.-F., Cailhol, L., Bui, E., Klein, R., Schmitt, L. & Chabrol, H. (2010).
L’alliance thérapeutique en psychothérapie : apports de la recherche empirique.
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61
13. Tessier, A., Boyer, L., Husky, M., Baylé, F., Liorca PM. & Misdrahi, D. (2017).
Medication adherence in schizophrenia: The role of insight, therapeutic alliance and
perceived trauma associated with psychiatric care. Psychiatry research, 257. 315-321
14. Melau, M., Harder, S,. Jeppesen, P., Hjorthøj, C,. Jepsen, JR., Thorup, A. &
Nordentoft,M. (2015). The association between working alliance and clinical and
functional outcome in a cohort of 400 patients with first-episode psychosis: a cross-
sectional study. Journal Clinic of Psychiatry, 76(1), 83-90.
TRAVAUX DIRIGES
62
A partir d’une enquête dans la communauté et des recherches, vous devez être capable
de :
1. Définition la notion de lignage, société, œdipe africain
2. Décrire la psychopathologie de l’œdipe africain
3. Identifier et décrire les déterminants de l’œdipe africain
2. REPRESENTATIONS CULTURELLES DU
MEDECIN/PHARMACIEN/CHIRURGIEN-DENTISTE ET DE SES
ROLES
Objectifs :
A partir d’une enquête dans la communauté, auprès des médecins, pharmaciens et
chirurgien-dentiste et des recherches, vous devez être capable de :
1. Définition la notion de représentation culturelle, médecin, pharmacien,
chirurgien-dentiste
2. Décrire l’historique du médecin, pharmacien, chirurgien-dentiste dans la société
3. Identifier et Décrire les différentes représentations culturelles
4. Décrire les différents rôles du médecin, pharmacien, chirurgien-dentiste auprès
de la population
3. LES MOTIVATIONS DU
MEDECIN/PHARMACIEN/CHIRURGIEN DENTISTE
Objectifs
A partir d’une enquête auprès des étudiants en médecine, en pharmacie ou en
Chirurgie-dentaire, vous devez être capable de :
- Définir la motivation
- Répertorier et décrire les principales motivations des étudiants (Médecine,
Pharmacie et Chirurgie dentaire) pour le choix de la filière de formation
- Répertorier et décrire les principales implications ou conséquences de ces
motivations sur la future carrière de façon générale, et en particulier la future
relation médecin-malade.
63
4. LES INTERRELATIONS DE LA MALADIE ET DE LA SOCIETE
Objectifs
A partir d’une enquête dans la communauté, vous devez être capable de :
- Définir la maladie, la société, interrelations
- Citer et décrire les interrelations que peut avoir la maladie sur la société
- Citer et décrire les interrelations que la société peut avoir sur la maladie
- Décrire les implications de ces interrelations de la maladie et de la société dans
les politiques de santé publique de façon globale, et la pratique du Médecin,
pharmacien ou chirurgien-dentiste en particulier dans sa communauté.
??
6. JEUX DE ROLES SUR LES TECHNIQUES D’ENTRETIEN :
Annonce d’une maladie grave, d’un handicap ou d’un décès
???
Une séance par sous-thème sauf le sous-thème 5 qui sera abordé en deux séances.
Une séance de synthèse pour donner l’essentiel par sous-thème
64