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| LesidéeseLeplnelesyke
Les idées © Le © Le style
Nicole Amancy et Thierry Ventura
Dissertations littéraires
Création artistique, les genres
littéraires, la littérature et la vie,
lecture et culture.
Dissertations de culture générale
.…. La société, la politique,
En. FAO, AE SES
Stendh. DLALILIUNE
La Bruyè LOTIR TND
Cocteau, piuckuier, DS .
Fren
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Le français aux examens chez Marabout
— 50 modèles de résumés de textes (MS 51).
— 50 modèles de commentaires composés (MS 50).
— 50 modèles de dissertations (MS 53). |
— 100 grandes citations expliquées (MS 89). |
— 100 grandes citations littéraires expliquées (MS 103).
— Panorama de la littérature française (MS 101).
— 25 grands romans français résumés et commentés
(MS 100).
— 100 livres en un seul (MS 87).
— Tester et enrichir son vocabulaire (MS 104).
Dans la même collection
— 100 grandes phrases historiques expliquées
(MS 98).
— 50 grandes citations philosophiques expliquées
(MS 99).
— 100 grandes citations politiques expliquées (MS 73).
EAN
Nicole AMAN CY
Thierry VENTURA
50 modèles
de dissertations
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" = _ © 1992, Marabout, Alleur (Belgique).
= Toute reproduction d’un extrait quelconque de
ce livre par quelque procédé que |
. ce soit, et notamment par photocopie ou microfil
m, est interdite sans autor
écrite de l’éditeur.
Introduction
_ La dissertation est un exercice simple et tout d’exécu-
tion. Il n’y a pas de fatalité à « être mauvais » en disser-
tation; un peu de méthode et beaucoup de pratique
doivent permettre de progresser rapidement. C’est ce
4 que nous avons voulu prouver par ce livre.
L’ouvrage commence par une série de fiches pratiques
qui font le point sur l’ensemble des problèmes de
. méthode qui se posent à tout candidat et donnent des
. conseils très concrets pour s’entraîner.
Viennent ensuite cinquante corrigés regroupés thémati-
quement selon deux grandes parties : les sujets littérai-
res (type n° 3 du Bac) et les sujets de culture générale
(type discussion n° 1 du Bac et concours adminis-
tratifs):
Certains de ces corrigés sont entièrement rédigés,
d’autres se présentent sous la forme de plans détaillés :
#1]
à travers la diversité des traitements, le candidat pourra
suivre les étapes de l’élaboration d’une dissertation.
6 / 50 modèles de dissertations
Il va sans dire que ces cinquante « modèles » ne sont pas
absolus. Nous avons même parfois proposé plusieurs
traitements d’un même sujet. Ils n’ont d’autre préten-
tion que de faire le tour des notions clefs qui reviennent
le plus souvent dans les sujets proposés et d’aider les
candidats à se préparer à l’épreuve de dissertation.
Sommaire
À MÉTHODE : FICHES PRATIQUES
MI. Utilisation des lectures ...........:.: 21
2 Culture générale ........:......... 23
D 75. Travailler tout seul .,.....,.,....... 25
D 4 Travaiiler, à deux, 5... 21
. N° 5. Organiser son temps et bien présenter
; MACON DL ME RSI OEIL 29
N° 6. Vous découvrez le sujet ............. 31
DAT na ee rieu à dise dose Dé 33
DS ULeHOrS-Suiet 2 .........05 0.1. ...0. 34
N° 9. Comment construire un paragraphe? . 35
N° 10. Les mots de transition .............. 37
DÉRLL LiIDITOUCHOMN. ue 028 8 20 co ed 39
DE 2 IA ICORCIUSIOR NL 242 ee ne ces à ee 42
. ’
8 / 50 modèles de dissertations
LES SUJETS LITTÉRAIRES
1. La création artistique
Mensonge et vérité en art .................. 49
Eissertation n°4... 3...ee 49
Selon Stendhal, « Toute œuvre d’art est un beau mensonge. »
Vousillustrerez et, au besoin, commenterez cet aphorisme en
fondant votre argumentation sur des exemples précis tirés de
votre culture littéraire et artistique.
L'œuvre d'arts: ..:.. 1...
CC LOUE 56
DS ORn 2 4 ds Mi SC SN RE 56
Dans La Métamorphose des dieux (1957), André Malraux
écrit : « L’œuvre surgit dans son temps et de son temps, mais
elle devient œuvre d’art par ce qui lui échappe. » Vous expli-
querez et au besoin discuterez cette affirmation en appuyant
votre raisonnement sur des exemples précis tirés de la littéra-
ture et éventuellement d’autres formes d’art.
Originalité d’une œuvre ................... 61
Dissertation n°3 %,..........
V0 OO \ 61
«Tout est dit et l’on vient trop tard depuis plus de sept mille:
ans qu’il y a des hommes et qui pensent. » C’est ce qu’écrit
La Bruyère au début du premier chapitre des Caractères.
Pensez-vous qu’aujourd’hui encore les jeunes générations se
heurtent à ce même problème pour créer à leur tour des
œuvres littéraires et artistiques ?
2. Les genres littéraires
Théâtre ....... ae ie eee DS TE 71
Notions clefs ........ A Ua ta EN A SA
Sommaire / 9
PSS AO. MM mem nos 73
En vous appuyant sur votre expérience de lecteur et de spec-
tateur, vous expliquerez et discuterez cette réflexion de
H. Gouhier : «La représentation n’est pas une sorte d’épi-
sode qui s’ajoute à l’œuvre; la représentation tient à
l'essence même du théâtre; l’œuvre dramatique est faite
pour être représentée : cette intention la définit. »
DASSer tation NS Re. nie cie bc dote ide cuis 73
Ionesco écrit dans Notes et contre-notes : « Le comique n’est
comique que s’il est un peu effrayant. » En vous appuyant
sur votre expérience théâtrale et cinématographique, mais
aussi sur les comiques dont vous connaissez les sketches,
vous direz si cette affirmation correspond à l’idée que vous
vous faites du comique.
82
82
Dissertation n°6. ses ce ec Ro NT à 84
A certains de ses admirateurs qui, à la parution de Madame
Bovary, s’émerveillaient de voir là «un roman où rien n’est
inventé», Flaubert, piqué au vif, répondait: « J’ai tout
inventé. » En vous appuyant sur vos lectures, vous direz si,
selon vous, tout est inventé dans un roman.
DST
TA ION RTE TR LME, M SORTIR RS 88
«L'esprit du roman est l’esprit de complexité. Chaque
roman dit au lecteur : les choses sont plus compliquées que
tu ne le penses. » Vous commenterez et au besoin discuterez
ces lignes de Milan Kundera (L’Art du roman, 1986).
93
MESSE ORAN AS mire eiene eur ee etega elc de eco aie 93
En quoi consiste pour vous le plaisir de lire la poésie ? Justi-
fiez votre analyse par des exemples précis tirés des poèmes
que vous aimez.
Dissertation ne M LME eee ete elles Loue seatte 97
« La poésie montre nues, sous une lumière qui secoue la tor-
peur, les choses surprenantes qui nous environnent et que nos
sens enregistraient machinalement... » Jean Cocteau, Le
Secret professionnel. Éclairez par des exemples précis tirés de
vos lectures ou par l’évocation d’expériences personnelles la
10 / 50 modèles de dissertations
définition de la poésie que donne Jean Cocteau. Cette défini-
tion répond-elle à votre propre conception de la création poé-
tique ?
Autobiographie ;.......,............0... 101
Dissertation n°10 "22m me eee cet meer 105
«Une histoire vraie n’est pas un roman; les mémoires, les
biographies, les confessions n’en approchent que dans la
mesure où ils mentent et usent de procédés. » Jean Hytier,
Les Romans de l'individu.
Vous commenterez ces propos en vous appuyant sur les récits
autobiographiques que vous connaissez.
3. La littérature et la vie
Le rôle de l’écrivain ....................... 111
Notions clefs .........., se a ae PEAREA 111
Dissertation-n221l one. eme Rene 113
A un ouvrier qui lui avait demandé : « Conduis-nous vers la
vérité», l’écrivain Pasternak répondit: «Quelle drôle
d’idée ! Je n’ai jamais eu l’intention de conduire quiconque
où que ce soit. Le poète est comme un arbre dont les feuilles
bruissent dans le vent, mais qui n’a le pouvoir de conduire
personne... » Commentez cette opinion.
Dissertation n°12 :..[Link] in a ce ce 120
Autre traitement du sujet n° 11.
Littérature et culture ...................... 123
Notons: Cclefs Taies Emme ee D ARE: 1 123
Dissertation. n° 43:..,4: 0400 ne ee. 124
«Nous savons aujourd’hui qu’il n’y a pas de modèle.
L'importance de l’ancienne division des genres en est consi-
dérablement diminuée. Qu'est-ce que le roman et qu'est-ce
que le poème ? Nous sommes tentés par d’autres partitions.
Et par exemple saisis de l’éclat des littératures orales, qui
changent désormais l’ordre de l’écrit. Pour les poètes améri-
cains comme pour les chanteurs de reggae, pour les roman-
Sommaire / 11
à
die
este
PNU
L'éd
ciers de la Caraïbe comme pour les griots africains, la répéti-
tion, la redondance, la broderie, l’écart ne sont pas des « fau-
tes ». C’est que l’aventure commence pour les langues hier
méprisées, langues de l’oralité, langues dominées. [...] Peut-
être concevra-t-on un jour qu’une culture peut être multilin-
gue sans perdre de son authenticité ni de sa vigueur ? »
Edouard Glissant.
MSA On el ne a etes nes se de ce 128
Autre sujet à partir du même extrait.
DISSErta One 15 Les Linea entre re ee 131
Autre sujet à partir du même extrait.
LETTRE ECCe Or
ER ne 134
MSsertation n4160 5.4.2: 2 eut see slots ce 134
En justifiant votre réponse à l’aide des œuvres que vous avez
lues, vues, ou étudiées, tentez de répondre à cette interroga-
tion de Denis de Rougemont : « Pourquoi préférons-nous à
tout autre récit celui d’un amour impossible ? »
4. Lecture et culture
La littérature d’évasion .................... 143
NOT S RCIIS A cui e ao: one Bret die eo Dloloha nana a) à 143
DANSE EAREION PLATS de ve 0e dre ae ne es ce des 144
Dans ses Entretiens autour du cinématographe (1951), Jean
Cocteau déclarait : « Je ne crois pas à ce terme à la mode:
l’évasion. Je crois à l’invasion. Je crois qu’au lieu de s’évader
par une œuvre, on est envahi par elle. [...] Ce qui est beau,
c’est d’être envahi, habité, inquiété, obsédé, dérangé par une
œuvre. »
A l’aide d'exemples précis tirés de votre culture littéraire et
artistique, vous analyserez et commenterez ces propos du
poète, romancier, dramaturge et cinéaste Jean Cocteau.
TR OU60e SR PR PP PE 150
DISSET RHONE Te sers see cie ee ee der 150
Qu'est-ce qu’un bon livre ?
12 / 50 modèles de dissertations
Lecture’ naîve 22255222
Dissertation n°219 5. MR MAT siecle soma
« J'aime lire comme lit une concierge : m’identifier à l’auteur
et au livre. Toute autre attitude me fait penser au dépeceur
de cadavres », écrit Cioran dans De l'inconvénient d’être né
(1988). Vous commenterez cette réflexion en vous appuyant
sur des exemples tirés de votre propre expérience de la
lecture.
Eaclegctnre :: 01.302 UE 158
Dissertation n°201012. ne se se see os» à © soie ons 158
Bossuet, réfléchissant sur l’utilité de la lecture, écrit dans ses
notes personnelles qu’elle «éclaire, éveille, fait chercher »;
Aragon écrit dans une étude sur Joë Bousquet : « Tous les
livres se lisent comme on s’endort. [...] Le rêve de l’écrivain
s’est substitué au vôtre, vous êtes pris. C’est le sommeil
nommé lecture. »
Quelles réflexions vous inspirent ces deux jugements oppo-
sés ? Vous traiterez le sujet avec l’aide d’exemples précis.
MARCUMOSIÉÉ 05 057 RE NOT 162
Dissertation n°2120, SR Me 162
On n’est curieux qu’à proportion qu’on est instruit » écrivait
Jean-Jacques Rousseau. Qu’en pensez-vous ?
La francophonie .........::.............0 166
Dissertation" n°222" 5. 2.446 4 destin 166
Quel intérêt présente, selon vous, le développement de la
francophonie ?
| | Sommaire / 13
LES SUJETS GÉNÉRAUX
1. La société
LL RO RSR 175
NSONSECICTS ET CRE M Rain MAL Le PEUR 175
Hhssertation" n°123 0...
OU MON DENT 176
« La limite idéale vers laquelle tend la nouvelle organisation
du travail est celle où le travail se borneraïit à cette seule forme
d’action : l'initiative » (Jean Fourastié, Le Grand Espoir du
XX" siècle). Pensez-vous que notre société évolue en ce
sens, et pensez-vous qu’il s’agisse là d’un idéal?
La communication ........................ 180
Reà 29 Nos an nie va ee 180
ation 24 Sea she ds cat ee 181
Les mass médias et la société moderne.
Me CC CARIDAUNE ......1,..:.... core 188
RO AS nu den 0 ee sm et due em ee 188
Dans La Société bloquée (1970), le sociologue Michel Crozier
notait : « C’est très beau de rêver à la campagne, mais si nous
préférons la ville, c’est à cause de son extraordinaire richesse
de contacts et de stimulation.» Comment expliquez-vous
cette attitude ?
PES nn ei se #0 De 194
DO D Den = nt ee api 52 00 Aer Ja Ve 194
Expliquez et discutez cette formule de Simone de Beauvoir :
«On ne naît pas femme : on le devient. »
ER T O ET AR RR N E M O E TCT 198
Dissertation n° 27 .................... Soir ne 198
Faut-il tuer les vieux ?
14 / 50 modèles de dissertations
La”jeunessé : 144% 46cmanne
Dissertation n° 28 ................... messes.
La place des jeunes dans la société contemporaine.
éducation ...-.::...:..10,:00.
den 206
Dissertation ne 2970. secs sectes ….. 206
Quelle doit être la place de l’enseignement dans l’éducation ?
2. La politique et la morale
histoires: 258 etre de HR CAN ER 215
Dissertation in 2."30 0 sue eceuenmct 215
Quel est, selon vous, le rôle de l’histoire dans la société con-
temporaine ?
HPRMFODE: LU ie JU SOU EC OR 220
Dissertation: n°31... Lun 05 ENTRE 220
Denis de Rougemont, dans sa Lettre ouverte aux Européens
(1970), écrivait : « Il s’agit d’éveiller chez les jeunes le désir
d’habiter demain une grande cité européenne; s’ils le veu-
lent, ils la bâtiront. » Quelles réflexions vous inspire cette
phrase ?
Dissertationn°073255 sue voue see 227
L'Europe sociale, réalité et perspectives.
Le: Tiers-Monde :.:.:...:
1... CR eee 231
Dissertation: n°33; x Se ReRe 231
« Ceux qui critiquent le tourisme nous demandent paradoxa-
lement d’aimer le Tiers-Monde et de ne jamais lui rendre
visite, de nous intéresser aux peuples du Sud en renonçant à
les fréquenter. [...] Or, il n’y a pas de demi-mesure, ou l’on
prône le cloisonnement ou l’on trace des frontières rigides,
infranchissables, entre le Nord et le Sud, ou l’on appuie la
libre circulation des hommes et des idées, le brassage des peu-
-ples, quel qu’en soit le prix. » Pascal Bruckner, Le Sanglot
de l’homme blanc.
Sommaire / 15
MES CIVIRSAUOBS .. . 1..... re AP 239
Ras
àune uv de eo Qu of 235
Pensez-vous qu’on puisse évaluer une civilisation suivant
d’autres critères que celui de son efficacité technique?
Penationin 51. mue
eme sas cn 237
Autre traitement du sujet n° 34.
OR cn env ie dass SDo QUE 239
LD 0 Jde ee à cour ae ee oo 8 a 239
« Aucun discours public n’a jamais affirmé solennellement
qu’il se proposait de détruire un paysage de vallée, un litto-
ral, un massif boisé. Bien sûr. On ‘‘aménage’’, on crée de
“J’emploi””, on ‘‘suit le progrès””. » Est-il possible à votre
avis de concilier progrès technique et sauvegarde de l’envi-
ronnement ? À quelles conditions ?
ÉD AUVERNE De sir ct re die NE le 243
OR LT Le mm ets anne vite tale . 243
Comment peut-on expliquer la persistance de la pauvreté
dans les nations industrialisées d’aujourd’hui ?
DT AGIR 0: 214 round
te JR 247
On one 2 7 À lontete 247
En vous appuyant sur votre expérience personnelle, sur des
exemples littéraires ou cinématographiques, vous examine-
rez le sens et la valeur de cette réflexion : « Le racisme est une
misérable machine de mots pour justifier notre hétérophobie
et en tirer profit. » (Albert Memmi).
PT TION 0 D nue seu sérasue 252
DR D leon
seras vs 252
La violence aujourd’hui.
Éeuthanasie mme RME nus nn Ar pes MAS 257
Dissertation n° 40 ...... REA RTS ENT 257
Que pensez-vous de l’euthanasie ?
16 / 50 modèles de dissertations
3. Les loisirs
La société de loisirs .................. Re:
Dissertation n°9 417... ce coeur ces
Le sociologue Joffre Dumazedier, dans son ouvrage de 1962,
Vers une civilisation du loisir ?, distingue trois fonctions
essentielles des loisirs :délassement, divertissement et déve-
loppement de la personnalité. En vous appuyant sur votre
expérience personnelle, vous expliquerez et développerez ce
point de vue.
267
Dissertation n° 42-5004 RC RE EURE 267
Selon le sociologue M. Bernard, «le sport, avec ses rites et
ses idoles, est devenu dans l’ensemble de la culture contem-
poraine, le substitut laïque des aspirations religieuses des
masses, le mode le plus accessible, bien que le plus illusoire,
de la communion collective. » Pensez-vous comme lui que le
sport joue dans notre société un important rôle moral ?
273
Dissertation n°43: 5.2, ..c eue 273
«A l’inverse de ce qu’on affirme souvent, le jeu n’est pas
apprentissage de travail. [...] Le jeu ne prépare pas à un
métier défini, il introduit à la vie dans son ensemble en
accroissant toute capacité de surmonter les obstacles ou de
faire face aux difficultés », écrit Roger Caillois dans Les Jeux
et les Hommes, en 1958. Pensez-vous que le jeu exerce cette
fonction dans notre société, qu’il s’agisse des enfants ou des
adultes ?
PAMOde 2 07 0 in SRE
ER SE IERRe 244
Dissertation n° 44 555 SR ee PEN 211
Un sociologue contemporain, M. Ferrasson, faisait remar-
quer que la mode était un phénomène paradoxal :« Suivre la
mode, curieuse démarche qui consiste à affirmer sa diffé-
rence tout en cherchant à ressembler aux autres, à exprimer
- par des moyens éphémères la permanence de sa personna-
lité. » En vous appuyant sur votre expérience personnelle et
Sommaire / 17
votre connaissance de la société contemporaine, vous direz
les réflexions que vous inspirent ces propos.
DÉTENTE CRE EP ER A CE 281
Autre traitement du sujet n° 44.
4. Les sujets réputés «intraitables
»:
boutades, paradoxes, faux proverbes.
BSertnton n°46... 5.0... 283
La gazelle altérée n’écoute que sa soif (proverbe persan).
Dertalion nn 4750. ele en ete e sein see 286
Si vous haïssez quelqu'un, laissez-le - vivre (proverbe
japonais).
Dissertationin 485... ..12..4:%:44:e.. 287
Pour ou contre l’épingle à nourrice ?
Dissertationtn 49 in mbun ce ecos 30e on 288
Faut-il tuer le Père Noël ?
Missertafionen 500 etui de se
Éloge de la paresse.
Index des matières traitées .................
Index des auteurs .........................
MÉTHODE
. Utilisation des lectures
pd
2 . Culture générale
3 . Travailler tout seul
4 . Travailler à deux
5 . Organiser son temps
6 . Vous découvrez le sujet
7 . Le plan
8 . Le hors-sujet
9 . Construction du paragraphe
. Les mots de transition
. L'introduction
en
ni
ed+.
D
© La conclusion
Méthode / 21
| FICHE PRATIQUE N° 1
Utilisation des lectures
IL. Faire le bilan des œuvres étudiées en classe
e Faire un tableau:
_ Noter les textes étudiés dans ce tableau.
° Puis, pour chacun de ces textes, préparer une fiche :
1. Époque et école littéraire éventuelle
Se reporter au cours ou à un ouvrage d’histoire
littéraire comme le Panorama de la littérature
française chez Marabout.
2. Genre littéraire
Essayer d’affiner à partir du tableau précédent,
en précisant, par exemple, «théâtre, comédie,
farce» pour Les Fourberies de Scapin de
Molière.
3. Noms des personnages principaux
Bien souvent, le nom exact et bien orthographié
des personnages peut soudain vous échapper au
moment de l’épreuve.
22 / 50 modèles de dissertations
4. Thème principal et thèmes secondaires
A l’aide des notes prises au cours, retrouver les
thèmes de l’œuvre et les classer par ordre
d’importance.
5. Intervention de l’auteur
Essayer de déterminer comment l’auteur est pré-
sent dans son œuvre : indications scéniques dans
une pièce de théâtre, roman à la première per-
sonne, réflexions sur la littérature, confidences,
commentaires sur l’action, etc.
6. Citations
Essayer de trouver quelques citations intéressan-
tes qui se retiennent facilement (courtes) et qui
peuvent être replacées dans une dissertation.
IT. A partir du premier tableau réalisé, déterminer les
secteurs moins préparés que les autres et choisir des lec-
tures qui y correspondent parmi les grands auteurs
français.
Une fois ce choix fait, commencer les lectures, avec une
feuille et un crayon, le but étant de parvenir à remplir
une fiche sur chaque œuvre lue.
Ne pas négliger ces lectures personnelles qui permettent
d’avoir dans les dissertations des exemples originaux
qui ne figurent pas dans les autres copies.
Méthode / 23
FICHE PRATIQUE N° 2
Culture générale
1. Qu'est-ce que la culture générale?
C’est l’ensemble des connaissances qu’on a sur
les sujets les plus variés, mais c’est aussi l’apti-
tude plus ou moins grande à maîtriser CRSRDIONET
ces mêmes connaissances. «A
La culture générale vient compléter les savoirs
spécialisés que nécessite toute profession. Elle
permet à chacun de communiquer avec des gens
venus d’autres horizons culturels et profession-
nels. C’est pourquoi les concours de recrutement
y accordent une importance grandissante.
2. Comment améliorer sa culture générale ?
e La culture générale ne saurait être le fruit d’un
bachotage de dernière minute : c’est une acquisi-
tion lente et progressive.
e Il s’agit d’être à l’écoute du monde: il faut
montrer de la curiosité pour les problèmes de
société, s’intéresser aux arts, suivre l’actualité.
e Il ne s’agit pas simplement d’accumuler des
|
informations et des opinions, mais aussi de les
soumettre à l’épreuve de la confrontation et de la |
discussion.
3. Que faire dans la pratique?
e Lire quotidiennement un journal (principale-
ment les pages culturelles ou sociales).
e Suivre les actualités télévisées en variant les
chaînes et en tentant d’apprécier la spécificité de
chacune.
e Regarder les émissions de reportages, les
24 / 50 modèles de dissertations
grands débats de politique et de société, les émis-
sions littéraires.
e Suivre la critique littéraire et artistique et choi-
sir régulièrement un roman, un essai, un film,
une exposition qui vous tente.
e Garder des notes de toutes ces activités.
e Dans les discussions qui s’engagent autour de
vous, n'hésitez pas à prendre la parole pour vous
entraîner à confronter vos idées.
e Reprendre les grandes sections du présent
ouvrage (le travail, la communication, l’urba-
nisme, l’Europe, le Tiers-Monde, etc.) et décou-
per régulièrement dans la presse les articles de
fond qui en traitent afin de constituer des dossiers
personnels.
Méthode / 25
FICHE PRATIQUE N° 3
Travailler tout seul
1. Les instruments de travail généraux
Vous devez acquérir un dictionnaire de langue
qui vous deviendra familier. Choisissez un dic-
tionnaire assez complet qui vous donnera l’éty-
mologie et les synonymes des mots cherchés. Un
dictionnaire des conjugaisons et un manuel
d’orthographe peuvent être des compléments uti-
les. Une encyclopédie sera consultée avec profit
dans une bibliothèque. La bibliothèque est en
effet un instrument de travail trop souvent
négligé. De même, si vous suivez des cours,
n’hésitez pas à consulter vos professeurs : ils sont
là pour cela.
2. La dissertation littéraire
e Le manuel scolaire n’est pas seulement une
anthologie de textes : il est aussi une histoire litté-
raire. À propos d’un texte étudié en classe, lisez
attentivement les pages d’introduction. Consti-
tuez des fiches sur les mouvements, les œuvres et
les auteurs.
e Inutile d’accumuler plus d’exemples que vous
ne saurez en maîtriser réellement : un petit nom-
bre de textes bien compris et bien retenus, puisés
dans les différents genres et siècles au pro-
gramme, vous permettra de traiter toutes sortes
de sujets.
e Entraînez-vous à concevoir des plans et à rédi-
ger les introductions et les conclusions. Pour ce
dernier point, vous pouvez développer les élé-
ments d’introduction et de conclusion esquissés
26 / 50 modèles de dissertations
dans certaines dissertations de cet ouvrage.
3. La dissertation de culture générale et la discussion
de type 1 du Bac
° La méthode d’entraînement est la même que
celle de la dissertation littéraire, ce sont les maté-
riaux de base qui changent. Consultez la fiche
«Culture générale ».
Méthode / 27
FICHE PRATIQUE N° 4
Travailler à deux
La dissertation est un exercice éminemment solitaire,
qui cherche à évaluer vos aptitudes et connaissances
personnelles. Cependant, pour vous entraîner, il existe
un certain nombre d’exercices qui sont plus profitables
s’ils sont pratiqués à deux. Voici quelques suggestions
à titre d’exemple.
1. L’article à quatre mains
° Première étape: on lit un article de journal
(pages « Idées » des quotidiens, éditoriaux...) en
commun.
°+ Deuxième étape : on referme le journal et cha-
cun réécrit l’article, de mémoire mais avec ses
propres expressions.
e Troisième étape: on compare les deux
« copies », entre elles et par rapport à l’original,
en discutant ensemble les points litigieux.
2. Le bouche à oreille
e Première étape: l’un des deux lit un article de
journal.
e Deuxième étape: il en fait un plan détaillé.
e Troisième étape: l’autre, à partir de ce plan,
tente de réécrire l’article original.
3. La dispute
e Première étape : on choisit un sujet qui se prête
à la controverse.
e Deuxième étape : on tire au sort qui défendra la
thèse et qui l’antithèse.
e Troisième étape: chacun rédige un plan
28 / 50 modèles de dissertations
détaillé, puis, au cours d’un débat, chacun
défend ses arguments. Un troisième larron peut
servir d’arbitre et faire la synthèse.
4. Le jeu du Bac.
e Première étape : chacun dispose devant lui une
feuille avec un tableau tracé comme suit:
e Deuxième étape : on tire au sort un sujet.
e Troisième étape: le premier qui a rempli son
tableau à l’aide d’exemples appropriés se rappor-
tant au sujet a gagné. À moins qu’il n’y ait con-
testation: à chacun alors de défendre la
pertinence de ses choix!
5. A la recherche du plan perdu
e Première étape: l’un des deux choisit un plan
détaillé dans le présent ouvrage.
e Deuxième étape : il en recopie dans le désordre
les arguments ; charge à l’autre qui ne dispose que
du sujet de reconstituer le plan perdu (titre des
parties, regroupement et enchaînement logique
des arguments).
Il va sans dire qu’on inverse ensuite les rôles !
Méthode / 29
FICHE PRATIQUE N° 5
Organiser son temps et bien présenter sa copie
Là encore, c’est une affaire d’entraînement : il s’agit
d’acquérir les bons réflexes. Cette question est fonda-
mentale : vous devez vous en soucier dès votre premier
exercice. N’hésitez pas à chronométrer votre travail
pour, progressivement, vous astreindre à composer
dans les temps qui sont ceux de l’épreuve que vous pré-
parez.
1. Organiser son temps
Pour vous donner une idée de la façon d’organi-
ser votre temps, nous partons de l’hypothèse
d’une dissertation en 4 heures. Vous devez bien
entendu adapter ce chronométrage à votre propre
rythme; il donne néanmoins un ordre de gran-
deur que nous vous conseillons vivement de res-
pecter.
Vous découvrez les sujets.
8h10 | Vous avez choisi définitivement votre sujet.
8h20 | Vous avez lu et relu le sujet afin de vous en
imprégner.
8h 50 | Vous avez jeté au brouillon vos idées en vrac
avec quelques exemples.
9h20 | Vous avez fini d'élaborer votre plan.
30 / 50 modèles de dissertations
9h35 | Vous avez rédigé votre introduction au
brouillon et vous l’avez recopiée soi-
gneusement. Vous commencez la rédac-
tion du développement directement sur
votre copie d’examen.
11h20 | Vous avez fini le développement. Vous
commencez à rédiger au brouillon votre.
conclusion.
11h35 | Vous recopiez votre conclusion.
11 h 40 | Vous procédez à une relecture attentive :
orthographe, syntaxe, transitions.
11h55 | Vous contrôlez que vous avez bien ins-
crit votre nom et votre numéro de table.
12 h 00 | Vous remettez votre copie. Cette
épreuve est terminée : n’y pensez plus et
songez aux suivantes.
2. Bien présenter sa copie
e Puisqu’une grande partie de votre travail sera
rédigée directement sur votre copie d’examen,
munissez-vous de « blanc » ou d’effaceur d’encre
pour rendre votre copie la plus propre possible.
e Soignez votre écriture : n’oubliez pas que votre
correcteur dispose d’assez peu de temps pour
vous lire et qu’il ne fera pas nécessairement
l’effort de prendre une loupe!
e Sautez quelques lignes après l’introduction et
avant la conclusion.
e Marquez le changement de paragraphe par un
alinéa (retrait en début de ligne).
e Ne donnez jamais de titre à vos parties qui doi-
vent s’enchaîner par la seule force de leur cohé-
rence interne.
Méthode / 31
_ FICHE PRATIQUE N° 6
Vous découvrez le sujet
1. Qu'est-ce qu’un sujet ?
Un sujet n’est pas un simple thème de réflexion
autour duquel on vous demanderait de broder;
c’est le véritable nœud d’une problématique.
Même s’il n’est pas énoncé sous la forme d’une
interrogation directe, tout sujet implique une ou
plusieurs questions. Votre dissertation sera une
réponse organisée à ces questions.
2. Pourquoi ne faut-il jamais avoir peur d’un sujet?
La dissertation n’est pas une question de cours.
Le correcteur n’attend pas une réponse-type aux
questions posées. Il n’y a donc ni plan, ni contenu
idéaux.
Si le sujet se présente sous forme de citation, vous
n’avez nul besoin d’en connaître l’auteur. Certes,
cette connaissance peut vous être profitable (il
n’y a pas de connaissance inutile !), mais elle n’est
en aucun cas indispensable. L’essentiel est de
bien comprendre le sujet.
Avant d’être une affaire de culture, la disserta-
tion est un test d’intelligence.
3. Comment lire un sujet ?
Avec calme et concentration. Faites une première
lecture « naïve », sans a priori. Ne vous braquez
cependant pas sur votre première interprétation
du sujet. Méfiez-vous des contresens liés à une
lecture trop rapide et mettez à l’épreuve du doute
vos impressions initiales.
Il faut lire et relire le sujet pour en faire ressortir
LT mr 1|
32 / 50 modèles de dissertations Li
toutes les facettes. N’hésitez pas à prendre déjà
en notes les grandes lignes du sujet, à relever les
mots importants.
4. Si on vous propose plusieurs sujets de dissertation,
comment choisir ?
Le plus rapidement possible et une fois pour tou-
tes. Il faut éviter de perdre un temps précieux et
de se mettre à réfléchir à plusieurs sujets à la fois.
Tenez compte de vos goûts, certes, mais
n’oubliez pas que votre réflexion doit s’appuyer
sur des connaissances et des exemples précis.
Choisissez donc le sujet pour lequel vous vous
sentez le mieux armé.
ä | Méthode/ 33
FICHE PRATIQUE N° 7
Le plan
1. Qu'’est-ce qu’un plan? A quoi sert-il ?
Le plan est à la dissertation ce que le squelette est
au corps: il doit être à la fois solide et sous-
jacent. Solide, pour que votre argumentation se
tienne; sous-jacent, pour que votre pensée ne
paraisse pas trop sèche et trop rigide.
Quels que soient vos talents d’écriture et la
richesse de vos idées et de vos exemples, il n’y a
pas de bonne dissertation sans plan.
2. Comment trouver un bon plan ?
Un bon plan doit répondre à deux impératifs:
e il doit se déduire du sujet et ne pouvoir s’appli-
quer qu’à lui (critère objectif);
e il doit vous permettre d’exploiter au mieux vos
connaissances et vos idées personnelles (critère
subjectif).
C’est pourquoi il existe une multitude de bons
plans possibles pour un même sujet.
Dans la pratique, il vous faudra d’abord analyser
les principaux termes du sujet et formuler les
questions qu’ils recouvrent, puis dresser la liste
des idées et des exemples qui vous permettront
d’y répondre. Vous chercherez alors à dégager
deux, trois, voire quatre grands regroupements
(«parties » du plan) ayant leur propre logique
interne et participant ensemble à une même
démonstration. Les titres de ces différentes par-
ties ne devront jamais figurer sur votre copie,
mais se déduire à la lecture.
34 / 50 modèles de dissertations
FICHE PRATIQUE N° 8
Le hors-sujet
1. Qu'est-ce que le hors-sujet ?
C’est le fait de traiter un autre sujet que celui
posé, à la suite d’une mauvaise interprétation de
l'énoncé.
C’est la faute la plus grave, une sorte de «hors-
jeu » qui vous disqualifie. Dès que vous êtes hors-
sujet, quelles que soient les qualités de votre tra-
vail (style, exemples, organisation), vous n’ob-
tiendrez qu’une très mauvaise note.
Cela dit, il se peut que le hors-sujet n’affecte
qu’une partie de votre développement et soit
donc sanctionné moins sévèrement.
2. Une préoccupation constante
Une évaluation vigilante des limites du sujet lors
du travail préparatoire peut seule permettre
d’éviter le hors-sujet global.
Cependant, la digression étant une tendance
naturelle de la réflexion, il faut combattre ce pen-
chant. A chaque nouvelle idée qui surgit, vous
vous demanderez si elle a bien sa place dans votre
développement.
3. Une préoccupation positive
Se méfier du hors-sujet, c’est aussi un moyen de
mieux explorer le sujet lui-même, d’en bien défi-
nir les contours pour mieux en dégager l’essen-
tiel. Il s’agit là d’un élément à part entière de la
technique de la dissertation.
Une bonne maîtrise des notions clefs, telles que
nous les avons regroupées dans cet ouvrage, vous
permettra d’éviter les contresens majeurs.
; Méthode / 35
32
FICHE PRATIQUE N° 9
. Comment construire un paragraphe?
1. Qu’est-ce qu’un paragraphe ?
C’est une unité de sens constituée par plusieurs
phrases, dont la première commence par un ali-
néa (décrochement vers la droite par rapport à la
marge) et dont la dernière se termine par un point
à la ligne.
2. Pourquoi faire des paragraphes ?
Il ne faut ni présenter sa dissertation d’un seul
bloc, ni aller à la ligne à chaque phrase : l’usage
du paragraphe a pour but de faciliter la lecture;
il est aussi un élément naturel de la pensée (une
idée par paragraphe).
3. Comment faire un paragraphe ?
L’introduction et la conclusion sont des types de
paragraphes particuliers traités dans d’autres
fiches (voir fiches n° 11 et n° 12).
e Un paragraphe est une mini-dissertation : une
phrase d’introduction est nécessaire pour présen-
ter l’idée, on développe ensuite l’idée en quelques
phrases, on finit sur une phrase de conclusion
partielle.
e Généralement, le paragraphe est l’occasion de
la citation et du commentaire d’un exemple.
e Mais un paragraphe n’est pas une unité isolée
du reste de la dissertation: il est généralement
précédé et suivi par d’autres paragraphes aux-
quels il est rattaché par des transitions (voir fiche
n° 10).
36 / 50 modèles de dissertations
4. Analyse d’un paragraphe (voir sujet n° 16)
«(1.) Ainsi, par exemple, c’est souvent un lieu com-
mun de dire que toutes les histoires d’amours tragiques
proviennent de Tristan et Yseult ou de Roméo et
Juliette. (2.) En effet, la situation de base, l’expression
des sentiments amoureux, la douleur de la séparation,
bref les « ingrédients » de base sont tous réunis dans ces
œuvres majeures. (3.) Pourtant, il faut bien constater
que l’évolution des mœurs a profondément changé les
sentiments amoureux à travers les siècles. Le mot
«amour» n’a pas aujourd’hui le même sens qu’au
Moyen Age. L’amour ne se vit pas de la même façon.
(4.) On peut donc penser que de nouvelles expressions
littéraires et artistiques ont alors leur place. »
Nous avons mis en caractères gras les transitions.
1. Phrase d’introduction.
2. et 3. Développement en deux points à partir de
l'exemple cité en 1.
4. Brève conclusion ouvrant sur le paragraphe suivant.
Méthode / 37
_ FICHE PRATIQUE N° 10
Les mots de transition
1. Définition
Les transitions sont des mots ou des locutions
(groupes de mots) qui ont un sens logique et assu-
rent l’enchaînement des idées. C’est à la richesse
et à la variété des mots de transition employés
dans une dissertation qu’on mesure l’aisance du
style et la finesse du raisonnement.
2. Une nécessité intellectuelle
La nécessité de ménager des transitions n’est pas
une convention de la dissertation ou une lubie des
correcteurs (même s’ils y sont très sensibles...).
Elle résulte d’une exigence intellectuelle : les tran-
sitions permettent à la pensée de progresser logi-
quement, elles guident le lecteur dans la compré-
hension du raisonnement, elles rendent le dis-
cours cohérent.
Nous vous rappelons d’ailleurs que l’exposé oral
n’échappe pas à cette même exigence.
3. Comment varier ses transitions ?
Dans la pratique, le problème est à la fois de
varier les mots de transition pour éviter les répéti-
tions et de choisir le terme propre à rendre les
nuances de la pensée.
Le tableau de la page suivante est destiné à vous
aider.
38 / 50 modèles de dissertations
C’est-à-dire | en d’autres termes, en bref, en un mot,
autrement dit, en résumé
par contre, en revanche, cependant,
néanmoins, toutefois, à l’inverse, au
contraire, pourtant
Donc d’où, de là, par conséquent, en consé-
quence, aussi*
C’est pourquoi | de ce fait, pour cette raison
Quoi qu’il en de toute manière, en tout état de
soit cause, cela dit
[Dumoins® encore*, tout au moins*, seulement
Les mots marqués d’un * sont suivis d’une inversion du sujet.
4. Les défauts à éviter
Il ne faudrait cependant pas croire qu’il suffit de
saupoudrer son texte de mots de transition pour
créer un raisonnement. Cet artifice ne saurait
tromper un correcteur vigilant.
Demandez-vous toujours quel est le lien logique
(cause, conséquence, restriction...) qui unit deux
temps de votre réflexion. Seule la réponse à cette
question vous permettra de trouver la bonne
transition.
S’il n’est pas nécessaire de relier toutes les phra-
ses, il est en revanche conseillé de bien articuler
les paragraphes au moyen de la transition appro-
priée.
4 Méthode / 39
FICHE PRATIQUE N° 11
L'introduction
1. A quoi sert l’introduction ?
C’est, à l’évidence, un élément très important de
la dissertation. Elle sert à présenter à la fois le
sujet et les grandes lignes du plan adopté, en
ayant présent à l’esprit qu’on s’adresse à un lec-
teur qui est censé ignorer le sujet.
Elle sert aussi à accrocher l'attention, à donner
envie de lire la suite.
L’introduction répond par conséquent à un cer-
tain nombre d’impératifs qui la rendent finale-
ment assez facile à construire.
2. Ce qu’on doit impérativement trouver dans une
introduction.
e La phrase générale qui amène le sujet et en
montre par avance la pertinence et l’intérêt : c’est
souvent le plus délicat.
e L’énoncé du sujet, repris in extenso ou résumé
et ramené à une ou plusieurs questions fonda-
mentales.
e L'annonce brève du plan, la plus élégante pos-
sible, sans déflorer les conclusions auxquelles
vous pensez aboutir.
3. La phrase générale
e Il s’agit de situer le sujet dans une perspective
générale qui peut être historique ou sociologique,
en évitant le ridicule du recours à des formules du
type: «De tout temps, l’homme...» pour en
venir à un sujet sur la condition de la femme!
e Comment tester la validité de cette première
40 / 50 modèles de dissertations
phrase ? Demandez-vous si elle pourrait convenir
à un tout autre sujet. Si oui, rayez-la et recom-
mencez..
4. L’énoncé du sujet
e Si le sujet est bref, n’hésitez pas à le reprendre
entre guillemets. C’est aussi la solution la plus
sûre.
e Si, en revanche, il est long, et aborde divers
aspects d’une question, vous devrez en faire la
synthèse, et le présenter sous forme de plusieurs
questions, directes ou indirectes.
e N'oubliez pas que, le plus souvent, un sujet a
un auteur dont il convient de citer le nom dans
l'introduction ; de même, s’il y a lieu, pour letitre
de l’ouvrage dont est extraite la citation.
5. L’annonce du plan
e L'annonce du plan consiste à indiquer l’ordre
dans lequel on va aborder les questions, et non à
présenter d’emblée les réponses qu’on y apporte.
Sachez ménager le suspense !…
e C’est à partir de là que vous pouvez commencer
à employer la première personne (« nous », éven-
tuellement « je »).
e Évitez les lourdeurs du style « dans un premier
temps, nous nous demanderons si, puis dans
un deuxième temps. » ; cherchez à varier la for-
mulation pour la rendre élégante et la plus natu-
relle possible.
Pour des cas particuliers un peu délicats ou pour d’autres
conseils de méthode à caractère général, se reporter
aux textes qui figurent en caractères gras précédés d’une
flèche B .
Méthode / 41
6. Analyse d’une introduction (voir sujet n° 6)
DISSERTATION N° 6
À certains de ses admirateurs qui, à la parution de
Madame Bovary, s'émerveillaient de voir là «un roman où
rien n'est inventé », Flaubert, piqué au vif, répondait :«J'ai
tout inventé.» En vous appuyant sur vos lectures, vous
direz si, selon vous, tout est inventé dans un roman.
«(1.) Le lecteur se demande bien souvent quelle est la
part d’invention dans les romans qu’il lit. (2.) Flaubert,
à ce propos, répondait à certains admirateurs de
Madame Bovary, qu’il avait tout inventé. Pourtant
Flaubert n’a jamais caché qu’il s’était inspiré d’un fait
divers réel. (3.) Quels rapports entretiennent donc réel
et invention dans la création romanesque ? Ces rapports
ne dépendent-ils pas du type de récit auquel on a
affaire? N’est-il pas finalement possible de dépasser
cette opposition entre mensonge et vérité ? »
Nous avons souligné en gras les principales articula-
tions de l’introduction.
1. La phrase générale renvoie ici à l’expérience que
tout un chacun a de la lecture, mais introduit déjà la
notion d’invention essentielle au sujet.
2. L’énoncé du sujet est ici synthétisé pour en dégager
plus nettement la problématique (les éléments les plus
anecdotiques, comme «piqué au vif», ont été
gommés).
3. L’annonce du plan se fait ici sous la forme de trois
questions directes qui s’enchaînent logiquement, sans
qu’on ait besoin de recourir à des expressions souvent
trop lourdes («premièrement », etc.).
42 / 50 modèles de dissertations
FICHE PRATIQUE N° 12
La conclusion
1. À quoi sert la conclusion ?
A conclure, vous l’aviez deviné ! mais pas seule-
ment. Il faut dresser d’abord un bref bilan de ce
qu’on a dit dans le développement, puis deux
solutions se présentent:
— soit on termine par une phrase qui clôt le
débat (conclusion fermée) ;
— soit au contraire on esquisse dans cette der-
nière phrase l’élargissement à un autre débat
(conclusion ouverte).
2. Le bilan
Il ne faut pas lui consacrer plus d’une phrase par
partie du développement : l’impression du « déjà-
dit » étant très désagréable, n’hésitez pas à être
bref et à reformuler vos idées principales dans
d’autres termes que ceux déjà employés. Pensez
à votre lecteur !
3. Conclusion fermée/conclusion ouverte
F
Méthode / 43
DISSERTATION N° 11
À un ouvrier qui lui avait demandé : « Conduis-nous vers
la vérité», l'écrivain Pasternak répondit: «Quelle drôle
d'idée ! Je n'ai jamais eu l'intention de conduire quiconque
où que ce soit. Le poête est comme un arbre dont les feuil-
les bruissent dans le vent, mais qui n’a le pouvoir de con-
duire personne... »
Commentez cette opinion.
«(1.) L’arbre qui bruisse dont parlait Pasternak fait
souvent naître de plus grandes clameurs. Qu’il le sou-
haïite ou non, l’écrivain, par l’admiration qu’il suscite
pour son œuvre, pousse ses lecteurs à penser, puis à
agir en conséquence. (2.) L’intellectuel n’a pas besoin
de se présenter aux élections pour jouer un rôle poli-
tique et social considérable. L'opinion publique attend
souvent son jugement avant de se prononcer. L’in-
fluence qu’il exerce alors est bien plus décisive que tou-
tes les décisions ponctuelles qu’il aurait pu prendre s’il
avait exercé le pouvoir. (3.) Le pouvoir des mots n’a
guère de limites. »
La phrase en gras n’est pas indispensable : c’est elle qui
transforme la conclusion fermée en conclusion
ouverte.
1. Bilan bref qui reprend les trois parties du dévelop-‘
pement.
2. Conclusion fermée sur le sujet.
3. Ouverture éventuelle sur un autre sujet qu’il ne faut
en aucun cas commencer à traiter.
Pour des raisons pédagogiques, nous avons, dans nos
corrigés, mis en évidence le contenu des parties en leur
donnant des titres, et nous avons isolé l’introduction et
la conclusion. Il va sans dire qu’aucun de ces intertitres
ne doit figurer sur une copie.
À noter
Un trait vertical marque les textes rédigés, de manière à
les distinguer des textes semi-rédigés qui sont davantage
des plans détaillés.
LES SUJETS LITTÉRAIRES
. La création artistique
. Les genres littéraires
. La littérature et la vie
. Lecture et culture
1
La création artistique
e Mensonge et vérité en art
e L’œuvre d’art
e Originalité d’une œuvre
1 La création artistique / 49
_ Mensonge et vérité en art
DISSERTATION N° 1
Selon Stendhal, « Toute œuvre d'art est un beau men-
songe. »
Vous illustrerez et, au besoin, commenterez cet apho-
risme en fondant votre argumentation sur des exemples
précis tirés de votre culture littéraire et artistique.
APPROCHE DU SUJET
e Vous avez affaire ici à un sujet que sa forme rend
délicat : c’est un aphorisme. Volontairement lapidaire,
la formule ne contient qu’une seule idée: l’art est un
mensonge qui vise le beau.
e La difficulté consiste donc à construire votre argu-
mentation à partir de cette première partie qui vous est
suggérée.
e Demandez-vous à quelle notion s’oppose cette idée
que l’art n’a pas pour but la vérité. Votre culture litté-
raire doit vous permettre d’identifier la notion con-
traire, à savoir le réalisme.
e Il convient alors de trouver une astuce dialectique,
capable de résoudre cette apparente contradiction:
l’art ne pouvant reproduire le monde dans son ensem-
ble, n’a-t-il pas des choix à opérer? Toute création
n’est-elle pas en définitive re-création ?
ah
50 / Les sujets littéraires
CORRIGÉ RÉDIGÉ
Introduction
La question des rapports que doit entretenir l’art avec
la vérité a souvent fait l’objet d’un débat critique. La
recherche de la beauté semble en effet parfois incompa-
tible avec la représentation de la réalité.
L'apparition de courants ou d’écoles tels que le Réa-
lisme ou le Naturalisme a rendu les romanciers français
du XIX° siècle particulièrement sensibles à cette appa-
rente contradiction; ainsi l’un d’entre eux, Stendhal,
nous livre-t-il son opinion sous la forme d’un apho-
risme : « Toute œuvre d’art est un beau mensonage. »
En quoi ces propos permettent-ils d’éclairer les méca-
nismes de toute création artistique ? Quelle est cette exi-
gence de vérité dont bien des formes d’art témoignent ?
L'œuvre n'est-elle pas toujours re-présentation du
monde, et la création re-création ?
Première partie : l’art est un mensonge,
mais un mensonge qui vise le beau
L’art et la littérature sont des activités qui font très
largement appel à l’imagination. A ce titre, une statue,
un roman, ne sont que la mise en forme, la matérialisa-
tion d’éléments qui n’ont avec la vérité qu’un rapport
de ressemblance, ce qui est bien le propre du mensonge.
Ne dit-on pas, d’ailleurs, de quelqu'un qui affabule
qu’il se fait « des idées », que ses propos sont « des
romans », qu’il fait du « cinéma » ?
La mythologie qui nourrit la littérature antique choi-
sit délibérément le mensonge, c’est-à-dire l’invention
d’un monde en marge de la réalité. Certes, les cyclopes
que rencontre le héros de L'Odyssée sont des bergers
comme il en existe dans le monde grec, mais leur gigan-
tisme, leur œil unique, leur cruauté sont les fruits de
l'imagination d’Homère qui nous ment et fait mentir
La création artistique / 51
Ulysse, son héros-narrateur. La réalité, c’est-à-dire
l’espace géographique et politique de la Méditerranée
antique, est réduite à n’être qu’un décor, un élément de
vraisemblance authentifiant une suite d’aventures ima-
ginaires.
Aujourd’hui, des genres tels que la science-fiction ou
l’heroic-fantasy, n’ont, comme leur nom l’indique, que
des liens lointains avec toute vérité historique. On peut
même aller jusqu’à dire qu’ils participent d’une véritable
volonté de fuir le réel, qu’ils témoignent d’un goût, d’un
besoin de ce qu’on a appelé la littérature d’évasion. Or,
de quoi s’évade-t-on, sinon de la réalité ? La Planète des
singes de Pierre Boule ou les Chroniques martiennes de
Ray Bradbury se posent dès leur titre comme des men-
songes. Dans leur version cinématographique, le
recours à des effets spéciaux en est bien la preuve.
On pourrait multiplier les exemples, montrer com-
ment, au moins à partir du Cubisme et surtout du Sur-
réalisme, la représentation de la réalité n’est plus la
préoccupation majeure de la peinture. Mais il nous sem-
ble plus intéressant de nous pencher sur une forme
d’expression dont, par nature, la vérité n’a jamais été le
but : la poésie.
Dans ses Mémoires d’Hadrien, Marguerite Yource-
nar rappelle que : « Faire de la poésie, c’est mentir, mais
bien. » Cette idée nous ramène à l’aphorisme de Sten-
dhal en cela qu’elle subordonne le mensonge à l’esthéti-
que. Mentir mais bien, c’est-à-dire sans qu’on s’en
aperçoive, ou plutôt sans que le mensonge soit autre
chose qu’un moyen de fabriquer de la beauté. Ainsi la
Béatrice de Dante, la Laure de Pétrarque ou l’Hélène de
Ronsard sont-elles davantage des représentations d’un
idéal de beauté, de pureté, voire de fidélité, que les pré-
noms de femmes réelles avec lesquelles ces poètes ont
vécu de vraies histoires d'amour.
Dans « L’invitation au voyage », Baudelaire compose
un paysage imaginaire, mélange d’Orient et de Hol-
lande, tout aussi fictif que les «vastes portiques » en
bords de mer de « La vie antérieure », qui doivent proba-
blement beaucoup aux architectures marines, et tout
52 / Les sujets littéraires
autant irréalistes, d’un peintre comme Claude Gellée,
dit le Lorrain.
«Je croyais à tous les enchantements.. Je notais
l’inexprimable. Je fixais des vertiges », écrit Rimbaud
dans Une saison en enfer. Pour lui, la poésie est avant
tout l’expérience d’une mythologie personnelle, la
superposition d’un «mensonge » personnel à la réalité
extérieure : « Je voyais très franchement une mosquée à
la place d’une usine. »
Nous reviendrons sur cette idée d’une vérité nouvelle,
transformée, recréée. Il nous faut d’abord tenter de
comprendre comment et pourquoi l’exigence de vérité
reste néanmoins une valeur essentielle de la création
artistique.
Deuxième partie: ie réalisme:
une exigence de vérité
Le roman français du dix-neuvième siècle,
rappelions-nous dans l’introduction, est traversé par un
débat de fond qui tourne autour de la question du réa-
lisme. Cette réaction à l’idéalisme et à la fantasmagorie
romantiques commence avec Balzac, dont La Comédie
humaine est une peinture de la société de son temps. Du
réalisme de Flaubert au naturalisme de Zola, rares sont
les romanciers qui échappent à cette véritable révolution
intellectuelle. Pour eux, comme pour Stendhal d’ail-
leurs qui ne semble pas à une contradiction près, «un
roman est un miroir promené le long du chemin ».
On sait les critiques, voire les procès, comme celui
intenté à Flaubert en 1856 après la publication de
Madame Bovary, qu’une pareille attitude vaudra à ses
initiateurs ; le mot même de réalisme, d’ailleurs, appa-
raît d’abord sous la plume de ses détracteurs. Mais rien
n’y fera: cette exigence de vérité s’enracinera, parce
qu’elle se fonde, sans doute, sur ce qui est en train de
devenir la base du monde moderne, à savoir la science.
De leur propre aveu, l’exigence de vérité d’un Balzac ou
d’un Zola est d’ordre scientifique et peu leur chaut si la
La création artistique / 53
morale se trouve blessée par la représentation de la
réalité.
La poésie, elle-même, et malgré les théories de « l’art
pour l’art » d’un poète aussi important à l’époque que
Théophile Gautier, n’échappera pas totalement au cou-
rant réaliste. Baudelaire, qui dédicace pourtant Les
Fleurs du Mal à Gautier, consacre toute une section de
son recueil, les « Tableaux parisiens », à la description
de la rue, à ses passants, à ses chantiers, à sa voirie, à
ses misères, introduisant en poésie tout un vocabulaire
réaliste jusqu’alors inouï dans cet art.
Qu'on ne considère cependant pas le réalisme comme
une seule exigence du XIX° siècle. Du Bellay s’élevait
déjà contre les excès artificieux du pétrarquisme et con-
tre une poésie empêtrée dans une rhétorique stérile. Il y
a chez Molière une veine réaliste qui, même si elle ne se
fonde sur aucune réflexion théorique de type scientifi-
que, n’est pas essentiellement différente de celle d’un
Balzac ; sans parler de la passion du siècle des Lumières
pour la vérité!
On peut même dire qu’à part la récente et finalement
peu prolifique invention de l’art abstrait, toute repré-
sentation artistique doit, ne serait-ce que son décor, ses
costumes, ses institutions à une réalité présente ou pas-
sée. Il n’est pas jusqu’au genre fantastique qui ne puisse
en faire totalement abstraction. Maupassant, notre plus
grand auteur fantastique, fait d’ailleurs partie du
groupe de Médan, ce cénacle de jeunes romanciers réu-
nis autour de Zola. Il donne lui-même du réalisme une
définition qui nous permet de dépasser l’apparente
opposition entre mensonge et réalité en art : « Faire vrai
consiste donc à donner l'illusion complète du vrai [...]
J’en conclus que les Réalistes devraient s’appeler plutôt
des Illusionnistes. »
De tels propos, outre qu’ils tempèrent la contradic-
tion de Stendhal, nous amènent à mieux cerner la spéci-
ficité de l’œuvre, «beau mensonge», c’est-à-dire
construction imaginaire à partir du réel, c’est-à-dire
encore et au pied de la lettre: re-création de la réalité.
"
54 / Les sujets littéraires
Troisième partie: créer c’est re-créer
Dans le vocabulaire théâtral, il est convenu d’appeler
«représentation » l’exécution publique d’une pièce et
«création » la première de ces représentations. Tout se
passe comme si l’auteur nous présentait le monde tel
qu’il se le représente, comme si sa création était bien une
re-création. Pour reprendre le titre d’une comédie de
Corneille, toute pièce de théâtre est une «illusion comi-
que ». Le public feint de croire à une réalité imaginaire
qu’interprètent des acteurs. Or, c’est bien là, dans ce
contrat tacite, que chacun de nous signe en s’installant
dans une salle de spectacle ou en se saisissant d’un livre,
que la notion de mensonge trouve sa limite. Que dire,
en effet, d’un mensonge librement consenti par celui qui
devrait en être la victime ? Que nous apporte cette fausse
réalité dont nous savons qu’elle disparaîtra bientôt der-
rière le rideau de scène ?
Dans un passage célèbre de sa Physique, Aristote
déclare que « l’art imite la nature et la porte à son point
d’achèvement ». On sait que cette formule sert à la fois
de fondement au Classicisme en conférant un modèle
absolu, la nature, à la création artistique, et justifie
l’Humanisme en situant l’homme, l’artiste, au centre
d’un monde imparfait qu’il aurait la tâche d’« ache-
ver ». Or, c’est sans doute là ce qui nous fascine dans
l'art, cette empreinte humaine qui nous rend la réalité
plus familière et sans laquelle nous ne saurions, peut-
être, la dominer.
Ce qu’il faut voir, nous semble-t-il, dans cet « achève-
ment » qui sépare la réalité de sa représentation artisti-
que, c’est tout simplement la beauté! La misère des
mineurs que nous décrit Zola dans Germinal après
l’avoir étudiée presque scientifiquement sur le terrain,
cette misère, qui a d’abord fait l’objet d’une enquête
journalistique, il nous la restitue portée par un souffle
épique, transfigurée par son travail d'écrivain et rendue
exemplaire, transformée par sa sensibilité de visionnaire
en symbole de toutes les émeutes de la faim et de toutes
les luttes ouvrières de tous les temps.
La création artistique / 55
Conclusion
Nous avons vu pourquoi la formule de Stendhal ne
suffisait pas à rendre compte dans son ensemble de la
création artistique, et comment il fut amené lui-même
à la compléter. Ce qui nous a semblé intéressant, en
revanche, dans ses propos, c’est la façon dont il rattache
l’opposition entre le mensonge et la vérité en art à la pro-
duction de beauté, beauté sans laquelle l’œuvre ne serait
qu’un témoignage journalistique ou historique, une
photographie du monde incapable de dépasser le frag-
ment de réalité qu’elle représente.
56 / Les sujets littéraires
L'œuvre d’art
DISSERTATION N° 2
Dans La Métamorphose des dieux (1957), André Mal-
raux écrit: «L'œuvre surgit dans son temps et de son
temps, mais elle devient œuvre d'art par ce qui lui (1)
échappe. »
Vous expliquerez et, au besoin, discuterez cette affirma-
tion en appuyant votre raisonnement sur des exemples pré-
cis tirés de la littérature et éventuellement d’autres formes
d'art.
(1) «lui»: renvoie au temps.
Sujet donné à Aix, bac. section À, B, C, D, 1991.
APPROCHE DU SUJET
e Malgré une formulation un peu spécieuse, qui oblige
à mettre une note, il s’agit d’un sujet type sur les rap-
ports entre l’œuvre d’art et le temps ; n’hésitez pas à
recopier le sujet au brouillon en remplaçant le pronom
«lui» par «au temps ».
e Vous pouvez parfaitement faire un excellent devoir
sans rien savoir de Malraux. Sachez cependant
qu’André Malraux n’est pas seulement le romancier
auteur de La Voie royale et de La Condition humaine ;
il est aussi un célèbre historien et théoricien de l’art et
c’est en tant que tel qu’il s’exprime ici ; toute référence
à d’autres arts que la littérature sera la bienvenue.
e Dans votre dissertation, évitez les formules toutes
faites et trop rebattues du type : « Les chefs-d’œuvre
sont immortels. »
La création artistique / 57
CORRIGÉ SEMI-RÉDIGÉ
Introduction
Création récente et originale, le Musée d’Orsay se
définit comme le musée du XIX° siècle, présentant
ainsi toutes les œuvres exposées comme autant de témoi-
gnages ou d’expressions d’une époque bien précise.
Mais l’œuvre d’art se définit-elle d’abord par le moment
de sa création ? Ce n’est sans doute pas ce que pense
Malraux lorsqu'il écrit dans La Métamorphose des
dieux (1957) : « L’œuvre surgit dans son temps et de son
temps, mais elle devient œuvre d’art par ce qui lui
échappe. » Pour l’auteur du Musée imaginaire, l'œuvre
n’acquiert le statut de chef-d'œuvre qu’en échappant au
temps.
Nous tenterons d’éclairer les rapports ambigus
qu’entretient l’œuvre avec le temps : l’œuvre d’art est-
elle indéfectiblement liée à son époque? peut-elle y
échapper? n’est-elle pas le trait d’union entre hier et
aujourd’hui ?
Première partie : l’œuvre et son époque
e Une œuvre d’art, quelle qu’elle soit, est à la fois
témoignage et expression de son temps ; même si elle ne
dépeint pas expressément une réalité de son époque,
elle en porte la marque, ne serait-ce que par les techni-
ques employées (la couleur en peinture comme le lexi-
que en littérature).
e Les critiques marxisants vont même jusqu’à dire
qu’elle est inévitablement l’expression de rapports de
force, politiques et économiques qui sont le reflet de
son temps (L’Iliade d’Homère transpose des rivalités
historiquement connues du monde antique).
e Cela dit, nombreuses sont les œuvres qui ont pour
2 - * EM at 2 di |
58 / Les sujets littéraires
projet de peindre leur époque et d’en transmettre le
souvenir ; ainsi, Zola, dans Germinal, se fait-il à la fois
le porte-parole et le défenseur de la condition ouvrière
dans les mines au XIX° siècle ; le Jugement dernier de
Michel-Ange n’est pas simplement le témoignage de la
ferveur religieuse de son temps, mais aussi celui de la
munificence de la cour du Pape au XV" siècle.
e L'œuvre d’art peut aussi marquer profondément son
temps, voire le révolutionner: L'Encyclopédie de :
Diderot et d’Alembert ou Le Mariage de Figaro de
Beaumarchais ont considérablement répandu les idées
nouvelles du XVIII siècle; leur impact sur l’opinion
publique fut considérable ; « surgies dans leur temps et
de leur temps », elles l’ont métamorphosé.
e Même lorsque la datation précise échappe très large-
ment au profane, comme pour les peintures rupestres
des grottes de Lascaux, n'est-ce pas le sentiment
qu’elles témoignent d’un temps extrêmement lointain
et révolu qui suscite pour une grande part l’émotion ?
Deuxième partie: l’œuvre devient chef-d'œuvre
en abolissant le temps
e Pour qui la découvre, l’œuvre apparaît comme si elle
venait d’être créée : ainsi, les hommes ont-ils toujours
été frappés par la beauté immédiate des sculptures grec-
ques que l’archéologie mettait au jour.
e Échapper au temps, c’est échapper au vieillissement,
au caractère « daté » qui fait de l’œuvre une curiosité
plutôt qu’un chef-d'œuvre. Alors que la Phèdre de
Racine semble avoir toujours quelque chose à nous dire
sur l’amour et le destin, qui se souvient de la pièce de
Pradon, écrite la même année (1677), qui porte le même
titre ?
e On peut à ce point dissocier l’œuvre de son époque
La création artistique / 59
que tout un courant de la critique littéraire contempo-
raine (les structuralistes par exemple) a choisi d’étudier
les textes sans aucune référence à l’Histoire.
e Le rêve de postérité auquel aucun artiste n’échappe
traduit bien la volonté, dans toute création artistique,
d’abolir le temps ; ainsi, Stendhal écrit-il en 1835, dans
la Vie d’Henri Brulard: « Je mets un billet de loterie
dont le gros lot se réduit à ceci : être lu en 1935. »
Troisième partie : l’œuvre d’art,
un lien entre hier et aujourd’hui
e Les musées en sont témoins : l’œuvre d’art participe
à une mémoire collective.
e L’époque à laquelle on appartient a une importance
déterminante dans l’appréciation qu’on porte sur une
œuvre d’art; ainsi les Romantiques ont reconnu l’un
des leurs («l’homme aux rubans verts ») dans Alceste,
le Misanthrope de Molière.
e Le cubisme et la peinture de Picasso nous font jeter
aujourd’hui un regard neuf sur les statues mutilées de
l’Antiquité.
e Un Français ne lit pas avec autant d’enthousiasme
Voltaire et Rousseau qu’un homme qui voit
aujourd’hui ses droits fondamentaux bafoués dans son
pays ; c’est par ce lien recréé avec le présent que l’œuvre
d’art échappe au vieillissement.
e Il est émouvant de constater la permanence de cer-
tains types humains dont l’Antiquité nous exposait
déjà les souffrances: grâce à la réactualisation du
mythe par la psychanalyse, l’histoire d’Œdipe met
en lumière le lien qui nous unit encore aux Grecs du
V° siècle avant J.-C.
”
."
60 / Les sujets littéraires
Conclusion
L’histoire de l’art nous montre bien que l’œuvre n’est
pas le seul fruit du travail de l’artiste qui l’a créée ; SOUS
le regard neuf d’une époque ultérieure, elle prend une
forme, un sens, un pouvoir d'émotion sans cesse renou-
velé. C’est de cette rencontre qu’elle renaît transfigurée,
c’est-à-dire vivante.
La
e
La création artistique / 61
Originalité d’une œuvre
DISSERTATION N° 3
« Tout est dit et l’on vient trop tard depuis plus de sept
mille ans qu'il y a des hommes et qui pensent. » C'est ce
qu'écrit La Bruyère au début du premier chapitre des
Caractères.
Pensez-vous qu'aujourd'hui encore les jeunes généra-
tions se heurtent à ce même problème pour créer à leur tour
des œuvres littéraires et artistiques ?
APPROCHE DU SUJET
1. Situer la citation
D Il est toujours nécessaire de bien situer la citation
qu’on vous propose. Même si elle n’est finalement
qu’un prétexte à une réflexion plus large, ou si elle doit
être appliquée dans un contexte historique différent
(comme c’est le cas ici), il faut bien la comprendre
pour ne pas partir sur une fausse piste. Dans l’intro-
duction, il faudra utiliser ces éléments de réflexion.
e La Bruyère est un moraliste du XVII° siècle. Il fait
partie de ce qu’on appelle les « classiques ». Le classi-
cisme est marqué par la théorie de l’imitation des
Anciens.
e Le sujet qui est proposé vous invite à dépasser le
cadre de ce moment de l’histoire littéraire pour cher-
cher si aujourd’hui un même découragement peut saisir
un jeune artiste.
e Néanmoins, dans l’introduction, il est préférable de
montrer à votre correcteur que vous avez bien situé La
Bruyère dans l’histoire littéraire. Cependant, si vous ne
savez rien de cet auteur, ne renoncez pas pour autant
à traiter ce sujet. On peut aussi faire un très bon devoir
LL” 7, < Er Her ve
62 / Les sujets littéraires
en comprenant bien la problématique soulevée, sans
connaître l’auteur de la citation.
2. Principaux termes du sujet
«Tout est dit et l’on vient trop tard depuis plus de sept
mille ans qu’il y a des hommes et qui pensent. » C’est
ce qu’écrit La Bruyère au début du premier chapitre des
Caractères. Pensez-vous qu’aujourd’hui encore les
jeunes générations se heurtent à ce même problème
pour créer à leur tour des œuvres littéraires et artis-
tiques ?
e Nous n’avons pas souligné le nom de La Bruyère, car
ce serait mal comprendre le sujet que de lui consacrer
un long développement. L’essentiel de votre réflexion
doit rendre compte des problèmes d’aujourd’hui.
e Le constat décourageant est double :
— tout est dit : tous les sujets ont déjà été traités, tous
les grands problèmes moraux ont été abordés;
— on vient trop tard: le sentiment d’arriver trop tard
pour créer et inventer est la conséquence directe de la
conviction que tout a déjà été dit.
e Tous les sujets ont-ils déjà été traités ? L’évolution
des mœurs, notamment, introduit de nouveaux thèmes
dans la littérature. Peut-on, par exemple, parler d’une
permanence des sentiments humains à travers les siè-
cles ? Le mot «amour » a-t-il aujourd’hui le même sens
qu’au Moyen Age? Aime-t-on de la même façon ?
e La question qui est au cœur de ce sujet est celle de la
création originale.
B Dans un sujet de dissertation, il faut chercher quelle
est la question importante, l’enjeu soulevé. Tant que
vous n’avez pas bien isolé le problème central, il vous
est très difficile d’argumenter et d’organiser vos idées.
1 La création artistique / 63
+ Si on admet que globablement «tout a été dit», ne
peut-on pas traiter un sujet de façon originale et per-
sonnelle ?
e Finalement, la question posée est la suivante : qu’est-
ce qui fait l’originalité d’une création littéraire ou artis-
tique? Est-ce l’invention d’un nouveau sujet? Ou
l’exploitation originale d’un thème déjà traité par
d’autres ?
3. Plan
Un plan assez simple se propose.
Introduction
Situer la phrase de La Bruyère dans son contexte et
l’appliquer à aujourd’hui.
Première partie
A-t-on déjà tout dit ?
Deuxième partie
Pour créer une œuvre originale, ne peut-on inventer un
sujet inédit ?
Troisième partie
L'originalité ne réside-t-elle pas parfois dans le traite-
ment du sujet, dans la forme choisie par l’artiste?
Conclusion
La conclusion est libre, en fonction de votre propre
réponse à la question. Vous reprenez les considérations
des deuxième et troisième parties en mettant l’accent
sur votre opinion personnelle.
Pour les exemples et l'illustration de votre raisonne-
ment, vous avez un unique impératif: choisir des
œuvres et des créateurs contemporains. Mais le sujet
vous invite à vous inspirer aussi bien des arts plastiques
(peinture, sculpture..….), du cinéma, de la musique, que
de la littérature. Cinéma et littérature, malgré tout,
semblent davantage se prêter au traitement du sujet.
TRLETT A RARES A ice | ER PEN
64 / Les sujets littéraires
CORRIGÉ RÉDIGÉ
Introduction
Lorsque La Bruyère écrit au premier chapitre de ses
Caractères : « Tout est dit et l’on vient trop tard depuis
plus de sept mille ans qu’il y a des hommes et qui pen-
sent », il fait indirectement allusion à la théorie de l’imi-
tation qui marque son temps. En effet, les auteurs
classiques considèrent que les Anciens ont atteint une
perfection qu’il faut chercher à égaler en les imitant.
Mais ne peut-on pas, en oubliant le contexte histori-
que dans lequel s’inscrit cette phrase, l’appliquer à l’art
d’aujourd’hui ? Les jeunes créateurs ne se trouvent-ils
pas confrontés au même risque de découragement, au
même sentiment d’arriver «trop tard » quand « tout est
dit»? Finalement, comment faire pour créer
aujourd’hui une œuvre originale?
Première partie : a-t-on déjà tout dit?
En feuilletant une histoire de la littérature, en se pro-
menant dans les rayonnages d’une bibliothèque, on est
parfois saisi d’une sorte de vertige en imaginant l’amon-
cellement de feuilles noircies par les hommes depuis que
l’écriture existe. Et chaque mois qui passe voit la paru-
tion de milliers de nouveaux livres. En peinture, en
sculpture, en musique, au cinéma, les œuvres s’accumu-
lent de la même façon.
Si à son tour on veut créer une œuvre, on se demande
alors comment ajouter une petite pierre à ce grand édi-
fice. Et pourtant, chaque génération révèle de nouveaux
talents. Ainsi, récemment, Jean Rouaud, avec son pre-
mier roman Les Champs d’honneur, a-t-il reçu le prix
La création artistique / 65
Goncourt et s’est-il imposé comme romancier auprès du
public et des critiques. La qualité parvient à se frayer un
passage à travers la quantité des écrits.
La vocation d’un jeune créateur, en littérature comme
dans tout autre art, naît souvent de l’admiration d’un
autre. Hugo, pour exprimer ses ambitions littéraires,
déclarait déjà : « Être Chateaubriand ou rien » : et Octa-
vio Paz, écrivain mexicain, prix Nobel de littérature en
1990, ne cache pas sa profonde admiration pour Hugo.
Aiünsi, de génération en génération, les créateurs ont-ils
le sentiment d’appartenir à une sorte de lignée d’artistes.
Mais lorsqu’on admire un artiste, on a vite le senti-
ment que nul autre que lui ne peut aussi bien exprimer
ce sentiment, décrire ces lieux, peindre ce sujet ou filmer
cette action. Bref, on a souvent l’impression que tout a
été dit, et surtout si bien dit qu’on n’a plus sa place pour
s’exprimer à son tour.
Il sembieraït que tous les sujets intéressants aient déjà
été traités. L’amour, la mort, la jalousie, le désespoir,
les plaisirs de la vie, l’appât du gain, finalement tous les
grands thèmes qui ont toujours passionné le public ont
déjà été illustrés par des œuvres nombreuses.
Ainsi, par exemple, c’est souvent un lieu commun de
dire que toutes les histoires d’amours tragiques provien-
nent de Tristan et Yseult ou de Roméo et Juliette. En
effet, la situation de base, l’expression des sentiments
amoureux, la douleur de la séparation, bref les « ingré-
dients » principaux sont tous réunis dans ces œuvres
majeures. Pourtant, il faut bien constater que l’évolu-
tion des mœurs a profondément changé les sentiments
amoureux à travers les siècles. Le mot «amour » n’a pas
aujourd’hui le même sens qu’au Moyen Age. L'amour
ne se vit pas de la même façon. On peut donc penser que
de nouvelles expressions littéraires et artistiques ont
alors leur place.
Boris Vian, dans L’Écume des jours, présente lui
aussi une histoire d’amour tragique. Le thème du roman
est très simple : Colin et Chloé sont deux jeunes mariés,
très amoureux; mais Chloé tombe malade et meurt.
Cependant, Boris Vian a mêlé une extrême fantaisie et
4
66 / Les sujets littéraires
beaucoup d’humour à cette histoire tragique. L’univers
clos que le romancier crée, si peu réaliste, ne fait
qu’ajouter au pathétique du destin de Chloé, rongée de
l’intérieur par ce mystérieux nénuphar qui pousse dans
sa poitrine. Ce récit très moderne touche sans doute
davantage les jeunes générations d’aujourd’hui que les
amours contrariées des amants de Vérone.
Ainsi, même si l’on peut imaginer que la plupart des
grands sujets ont inspiré les artistes des siècles précé-
dents, les nouveaux créateurs peuvent encore les traiter
avec succès.
Deuxième partie : des sujets inédits?
Mais les créateurs d’aujourd’hui peuvent encore
inventer de nouveaux sujets, originaux et inédits. Sans
recourir aux sujets de science-fiction — qui en effet se
prêtent au déchaînement de l’imagination —, on peut
penser que les conditions de la vie moderne donnent aux
artistes des sujets d’inspiration nouveaux.
Un exemple peut suffire à le prouver. On rapproche
souvent les films de Rohmer du marivaudage. En effet,
les thèmes du mensonge et de l’inconstance, chers à
Marivaux, sont au cœur des films de Rohmer. Cepen-
dant, le cinéaste tire parti dans ses films du mode de vie
actuel : le travail des femmes dans Le Beau mariage, les
vacances dans Pauline à la plage, ou même les villes nou-
velles dans L’Amie de mon ami. Ces éléments, emprun-
tés à la modernité, ne forment pas seulement le cadre de
l’action. Bien souvent, ils constituent de vrais ressorts
dramatiques qui renouvellent profondément le thème de
l’inconstance.
Le téléphone, le répondeur téléphonique, le Minitel,
inventions modernes, peuvent jouer un rôle dramatique
et psychologique important dans une histoire d’aujour-
d’hui. Ainsi, toutes ces innovations technologiques peu-
vent devenir des instruments de création originale entre
les mains d’un artiste.
La création artistique / 67
4
Troisième partie: l’originalité est ailleurs
Finalement, ne risque-t-on pas de réduire une œuvre
d’art à son sujet, à son thème, en se posant la question
de l’originalité à tout prix ? L’essentiel d’une création ne
réside-t-il pas autant dans les moyens artistiques mis en
œuvre, dans les formes choisies, dans les audaces
d’expression ?
C’est ce qu’ont compris les cinéastes qui n’hésitent
pas, sans d’ailleurs que la critique ou le public leur en
fasse grief, à faire des « remakes » de films anciens. Le
Faucon maltais, revu par Brian de Palma, ne ressemble
plus à l’original. Les techniques cinématographiques, le
jeu des acteurs, les moyens financiers consacrés aux
décors, ont considérablement évolué. L’œuvre qui en
ressort est tout à fait unique, et donc originale. On peut
préférer le modèle, mais force est de reconnaître qu’un
bon « remake » est une œuvre cinématographique à part
entière, qui souvent en dit très long sur la manière du
réalisateur.
Les écrivains d’aujourd’hui ont plus de scrupules et
craignent davantage l’accusation de plagiat. On ne
s’étonnait pas, au XVII‘ siècle, que Racine et Pradon
présentent au public deux Phèdre, sur le même sujet.
Aujourd’hui, on comprendrait mal qu’un jeune roman-
cier écrive un nouveau Germinal...
Conciusion
L'artiste découragé qui crée dans la douleur, qui n’est
pas sûr de sa valeur, qui n’a pas encore obtenu une vraie
consécration, peut en effet penser parfois que tout a été
dit et qu’il vient trop tard. Mais finalement, s’il se
reprend, le vrai créateur a au contraire la conviction
qu’il ne doit pas se taire, qu’il a un message, une œuvre,
un ton et des sentiments uniques qu’il doit exprimer et
transmettre au public. Qu’il utilise pour ce faire de
«nouveaux » sujets ou qu’il exploite une veine déjà
ancienne : peu importe ! Le public saura reconnaître la
petite touche qui révèle une vraie création.
2
Les genres littéraires
e Théâtre
e Roman
e Poésie
e Autobiographie
à Les genres littéraires / 71
Théâtre
Notions clefs
Catharsis (mot grec signifiant « purification ») : par ce
terme, Aristote (philosophe grec, 387-322 av. J.-C.)
désigne l’effet produit par la représentation d’une pièce
de théâtre: le spectateur qui voit ses passions mises en
scène s’en trouve purifié. Il ne faut pas oublier que
l’origine des représentations théâtrales est religieuse.
Distanciation : cette notion, employée surtout depuis
Brecht, marque la distance que l’acteur doit prendre
vis-à-vis du personnage qu’il joue, ainsi que celle que
doit conserver le spectateur par rapport aux scènes
qu’on lui présente.
Mise en scène : aujourd’hui, on insiste beaucoup sur la
mise en scène, c’est-à-dire l’ensemble des procédés qui
permettent la représentation théâtrale. Sur l’affiche, le
nom du metteur en scène est aussi important que celui
de l’auteur. Il faut dire qu’au XX siècle, la mise en
scène a connu de grands noms, comme Vilar, ou, plus
près de nous, Vitez, Planchon, Strehler.
Règle des trois unités: un seul jour, un seul lieu,
une seule action. Cette règle en partie formulée par
Aristote est un des fondements du théâtre classique
du XVIF° siècle français, avec le respect de la vraisem-
blance et des bienséances.
Spectacle: il ne faut surtout pas oublier que le théâtre
est avant tout un spectacle; il ne faut pas réduire une
pièce à son texte et analyser les mots sans imaginer les
gestes qui les accompagnent.
Théâtralité : sous ce mot un peu pompeux se cache le
v
72 / Les sujets littéraires
caractère propre du théâtre : spectacle, mise en scène,
comédiens, décors. Le terme insiste souvent sur la dis-
tance entre la représentation théâtrale et la réalité
qu’elle évoque.
! Les genres littéraires / 73
Théâtre
DISSERTATION N° 4
En vous appuyant sur votre expérience de lecteur et de
Spectateur, vous expliquerez et discuterez cette réflexion
de H. Gouhier: «La représentation n'est pas une sorte
d’épisode qui s'ajoute à l’œuvre; la représentation tient à
l'essence même du théâtre ; l'œuvre dramatique est faite
pour être représentée: cette intention la définit. »
APPROCHE DU SUJET
e La difficulté d’un tel sujet réside dans son caractère
d’évidence : peut-on sérieusement concevoir un théâtre
qui ne serait pas fait pour être représenté ?
e Qui dit représentation dit mise en scène : c’est sur ce
point que portera l’essentiel de la réflexion.
e Il faudra réfléchir à la relation qui unit pour la repré-
sentation l’auteur, les acteurs et le metteur en scène.
e Quel contrôle l’auteur a-t-il sur la représentation de
son œuvre ?
e Problème particulier : la représentation des classi-
ques. Faut-il revenir à la représentation imaginée par
l’auteur ou adapter la pièce au monde contemporain ?
74 / Les sujets littéraires
CORRIGÉ SEMI-RÉDIGÉ
Introduction
Si l’on s’en rapporte à l’étymologie, le théâtre est un
spectacle — le mot est dérivé d’une racine grecque qui
signifie « voir » — ; il suppose une cérémonie où sont
conviés acteurs et spectateurs. Comme le fait donc
remarquer Henri Gouhier, «la représentation n’est pas
une sorte d’épisode qui s’ajoute à l’œuvre ; la représen-
tation tient à l’essence même du théâtre ; l’œuvre dra-
matique est faite pour être représentée: cette intention
la définit. »
Depuis la célébration des Grecs jusqu’aux formes les
plus modernes, le théâtre est un spectacle aux modalités
diverses. Mais la représentation suppose une mise en
scène : quelle est alors la part de l’auteur face aux acteurs
et au metteur en scène ?
Première partie : le théâtre comme spectacle
e Ce que la lecture des classiques nous fait souvent
oublier, c’est que le premier accès au texte est la repré-
sentation elle-même. Que savons-nous au juste du pre-
mier ZTartuffe? I1 ne nous reste que les réactions du
public, le texte en a disparu. De même, dans la tradition
de la commedia dell’arte, qui faisait largement part à
l’improvisation, nous n’avons que des canevas.
e Importance de la «création » d’une pièce, c’est-à-
dire de la première représentation. On considère donc
que la pièce n’est véritablement créée qu’au jour où elle
est représentée.
e Les tentatives d’écrire un théâtre destiné à la seule
lecture ne sont pas probantes : Musset avec son Specta-
cle dans un fauteuil, recueil de pièces qui ne sont pas
Les genres littéraires / 75
destinées à la scène, ne fait que réagir à l’échec de la
représentation de l’une de ses précédentes pièces.
e D’ailleurs, élèves et professeurs sentent bien les limi-
tes de l’étude d’une pièce en classe, coupée de toute
représentation.
° Depuis le « Cartel des quatre » (Baty, Jouvet, Pitoëff
et Dullin), après Jean Vilar, on accorde aujourd’hui la
plus grande attention à la représentation des pièces,
c’est-à-dire à leur théâtralité. Ce renouveau du théâtre
pousse aujourd’hui les vedettes de cinéma à monter sur
les planches pour connaître l’excitation unique de la
représentation.
Deuxième partie : la place du texte
entre le jeu et la mise en scène
e Quelle est donc, dans cette nouvelle théâtralité qui
privilégie acteurs et metteur en scène, la place du texte
et de l’auteur ? N’y a-t-il pas un danger de voir le texte
devenir le prétexte d’un spectacle et l’auteur un simple
scénariste? (exemple Le Bourgeois gentilhomme
monté par Savary).
e L’auteur a cependant toujours disposé d’un moyen
d’influer sur la représentation : ce sont les indications
scéniques (terme technique : « didascalies »). On note
dans le théâtre contemporain une prolifération de ces
indications. Une manière de prendre possession de la
scène, de se protéger contre la créativité parasite du
metteur en scène ?
e Quelle attitude peut adopter le metteur en scène face
à un texte classique ? Deux choix : tenter de reconsti-
tuer la mise en scène d’origine (costumes, décors, dic-
tion, musique) ou adapter la représentation aux goûts,
aux conventions et aux techniques modernes (distan-
ciation, destructuration de l’espace, costumes moder-
ss SR ns de
76 / Les sujets littéraires
nes). Le danger de la première attitude, c’est de présen-
ter au public un texte fossilisé ; le danger de la seconde,
c’est de trahir l’auteur.
Conclusion
Nous sentons combien le succès d’une représentation
ne peut être que le fruit d’une heureuse rencontre entre
auteur, acteurs et metteur en scène, sans oublier les spec-
tateurs, bien sûr, qui donnent au spectacle sa raison
d’être.
Le théâtre ne saurait donc être qu’une création collec-
tive. C’est cette vérité toute simple qu’on est peut-être
en train de redécouvrir et qui fait l’actuel succès du
théâtre.
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Les genres littéraires / 77
Théâtre
DISSERTATION N° 5
lonesco écrit dans Notes et contre-notes : « Le comique
n'est comique que s'il est un peu effrayant. »
En vous appuyant sur votre expérience théâtrale et ciné-
matographique, mais aussi sur les comiques dont vous
connaissez les sketches, vous direz si cette affirmation cor-
respond à l’idée que vous vous faites du comique.
APPROCHE DU SUJET
°e Nous avons affaire ici à la fois à une affirmation
péremptoire (ne... que) et paradoxale (rire et peur sem-
- blent contradictoires).
e Comme pour tout sujet paradoxal, il s’agira d’illus-
trer la thèse de Ionesco avant d’en voir les limites.
e Onsent bien au-delà du paradoxe que le rire et la peur
sont deux réactions difficilement contrôlables, qui peu-
vent être provoquées par une même situation. Si vous
souhaitez creuser davantage le sujet, vous pouvez lire
Le Rire du philosophe Bergson.
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78 / Les sujets littéraires
CORRIGÉ SEMI-RÉDIGÉ
Introduction
On constate à la fois, de nos jours, une prolifération
de films et de spectacles comiques, correspondant à un
renouveau du genre dû notamment au café-théâtre, et
une présence plus grande de l’angoisse aussi bien dans
nos vies que dans nos villes. Ces deux phénomènes sont-
ils contradictoires ? Un auteur contemporain, Ionesco,
déclarait pour sa part dans Notes et contre-notes : «Le
comique n’est comique que s’il est un peu effrayant. »
Nous essaierons de montrer qu’il n’y a là qu’un para-
doxe apparent, que rire et frayeur sont deux mécanismes
qui se sont toujours répondu l’un l’autre: le rire peut-il
s’affranchir totalement de la peur ?
Première partie: y a-t-il une limite repérable
entre le rire et la peur?
e Les catégories de la critique classique distinguent tra-
ditionnellement la comédie — dont le but est de faire
rire —, de la tragédie — dont le but est de provoquer
l'horreur ou la pitié.
e Cela dit, avant d’interroger la littérature, chacun n’a-
t-il pas fait l’expérience dans la vie quotidienne de
situations qui se prêtent aussi bien au rire qu’à la
frayeur (chutes, maladresses, grimaces.….)?
e On distingue bien dans l’œuvre de Molière les comé-
dies de pur divertissement (Le Médecin malgré lui) des
pièces (dites « grandes comédies ») qui s’éloignent de la
farce pour presque rejoindre la tragédie comme Dom
Juan. En effet, dans cette pièce, la frontière entre le rire
et l’angoisse se déplace continuellement, aussi bien
dans l’action que dans la psychologie des personnages :
Les genres littéraires / 79
on rit de Sganarelle, maïs on finit par le plaindre ; on
plaint Don Juan, mais son cynisme nous fait souvent
rire. On atteint même l’épouvante fantastique avec la
statue du Commandeur qui bouge et parle.
e Ce mélange des tons n’est pas rare : il suffit de songer
à Shakespeare, au drame romantique, au théâtre
moderne, de Tchekov à Ionesco, sans oublier Brecht.
Toutes ces œuvres refusent la distinction entre comédie
et tragédie, non seulement pour rendre la vie dans son
ensemble, mais surtout pour mettre en lumière les liens
qui existent entre le rire et la frayeur.
e N’y a-t-il d’ailleurs pas de la cruauté dans tout rire,
puisqu'on rit toujours aux dépens de quelqu’un, dont
on se désolidarise et qu’on abandonne à son destin ?
Deuxième partie:
le sens et la fonction du comique,
n'est-ce pas finalement d'éliminer la peur?
e Tout le monde a déjà constaté que le rire a une fonc-
tion libératrice, conviviale, qu’il permet de se sentir
bien avec les autres.
e Certaines œuvres n’ont pas d’autre ambition que de
célébrer une certaine joie de vivre. Ainsi, Offenbach et
sa Vie parisienne n’ont d’autre but que d’étourdir tous
les participants de la Fête impériale. Un peu plus tard,
les vaudevilles traduiront bien l’atmosphère de la Belle
Époque. Aujourd’hui encore, le théâtre de boulevard
maintient cette tradition.
e Cependant, pour le regard critique d’un lecteur
d’aujourd’hui, toutes ces œuvres traduisent une insou-
ciance un peu effrayante face aux réalités sociales qui
leur sont contemporaines et qu’elles ignorent.
e La peur est ici éliminée de façon très artificielle, par
une sorte de politique de l’autruche ; elle est seulement
80 / Les sujets littéraires 4
mise entre parenthèses le temps d’une représentation.
e D’autres œuvres, en revanche, tentent d’éliminer
l’angoisse en s’en nourrissant. Ainsi, toute une veine
cinématographique en Italie dans les années 70 a-t-elle
exploité l’ambiguïté d’un rire fondé sur les angoisses de
la vie moderne (Pain et chocolat, La Terrasse, Nous
nous sommes tant aimés..). Aux États-Unis, dans un
autre registre, Woody Allen fait rire aux dépens de la
petite société new-yorkaise qu’il fréquente, en proie
aux angoisses généralement traitées par les psycha-
nalystes (problèmes de couple, de vieillissement, peur
de la mort..….).
Troisième partie: le rire fait peur
en bousculant l’ordre établi
e Le carnaval, qui est une des manifestations fonda-
mentales du comique, a depuis l’origine une vocation
subversive, presque révolutionnaire. La terreur n’en
est pas absente comme en témoignent les nombreux
morts de chaque édition du Carnaval de Rio et le film
de Marcel Camus, Orfeu Negro.
e Les révolutions sont souvent aussi préparées par un
travail de dérision comique. Les chansons satiriques
sur Marie-Antoinette sont parfois d’une réelle violence
propre à effrayer celle qui en est l’objet. Mais surtout,
des œuvres comme Le Mariage de Figaro de Beaumar-
chais contestent les fondements mêmes de l’Ancien
Régime avec toute la violence de la farce et de l’ironie :
la pièce, d’abord interdite par Louis XVI, puis finale-
ment autorisée, restera encore après la Révolution un
objet de scandale, à la cour de Vienne, par exemple,
quand Mozart voudra la mettre en musique.
° On a encore pu constater récemment cette crainte à
l’égard du comique : Coluche ne fait vraiment l’unani-
l| Les genres littéraires / 81
mité que depuis sa mort ; le personnage, excessif et
imprévisible, n’épargnant personne, constituait un réel
danger pour bien des groupes d’opinion.
Conclusion
Ce qu’il importe bien de comprendre, c’est que le rire
ne saurait constituer un remède contre la peur puisqu’il
n’en traite pas les causes — l’humour noir n’élimine pas
la mort —, mais il permet de vivre avec, voire de l’appri-
voiser. En revanche, le comique donne un sens à la peur
en la transformant en objet de création artistique. Grâce
à lui, c’est autant de peur qui disparaît de notre existence
pour nous être restituée sous forme d’éclat de rire.
82 / Les sujets littéraires
Roman
Notions clefs
Autobiographie: l’autobiographie s’apparente au
roman en ce sens que la vérité racontée est toujours dis-
posée, organisée, parfois travestie, comme dans un
roman. Voir le sujet n° 10 un peu plus loin.
Description : les sujets de dissertation portent rarement
sur ce seul aspect du roman. Cependant, dans un sujet
général sur le roman, il ne faut pas axer tout le propos
sur la narration, en oubliant la description.
Mensonge/ Vérité: mensonge et vérité sont au cœur
même du roman, de ce qu’on appelle aussi l'illusion
réaliste. En effet, le romancier invente et crée une his-
toire fictive qu’il présente comme vraie. À travers ce
mensonge, ne fait-il pas entrevoir des vérités plus pro-
fondes (psychologiques, historiques, humaines)?
Voilà la question qui alimente plus de la moitié des
sujets de dissertation sur le roman.
Narrateur : il ne faut pas confondre l’auteur du livre et
le narrateur, c’est-à-dire le personnage du roman ou
simplement la voix qui raconte l’histoire. Le narrateur
est parfois le personnage principal (romans à la pre-
mière personne), mais ce n’est pas toujours le cas.
Narration : la narration est l’élément le plus repérable
du roman (événements racontés). Mais il faut savoir
que le Nouveau Roman (Butor, Robbe-Grillet, etc.) au
XX siècle remet en cause très largement la notion de
personnage et celle de narration (personnages sans
nom, histoire impossible à raconter).
Personnages : dans une dissertation, ne perdez jamais
Les genres littéraires / 83
de vue le romancier. Il faut garder de la distance vis-à-
vis de l’histoire racontée, et notamment vis-à-vis des
personnages, qui n’ont pas d’autre réalité que celle
créée par l’auteur. Le plus gros écueil dans les disserta-
tions est la naïveté.
84 / Les sujets littéraires
Roman
DISSERTATION N° 6
A certains de ses admirateurs qui, à la parution de
Madame Bovary, s'émerveillaient de voir là «un roman où
rien n'est inventé », Flaubert, piqué au vif, répondait :«J'ai
tout inventé.» En vous appuyant sur vos lectures, vous
direz si, selon vous, tout est inventé dans un roman.
APPROCHE DU SUJET
e Le sujet porte sur la part d’invention dans le roman,
c’est-à-dire ce que l’auteur a imaginé, par opposition
aux faits réels dont il s’est inspiré. Il faut d'emblée
prendre garde à ne pas traiter la question du réalisme,
c’est-à-dire de la vraisemblance des faits racontés.
e A la base du roman, on trouve une sorte de contrat,
implicitement passé entre le romancier et son lecteur,
qui présente comme vraie l’histoire racontée. Or, pré-
senter comme vraie une chose inventée, cela s’appelle
mentir, mais puisqu’il y a contrat, il n’y a pas duperie :
on en arrive à un « mentir-vrai », selon la célèbre for-
mule de Louis Aragon (La Mise à Mort). Vous pouvez
vous reporter au sujet n° 1 sur mensonge et vérité dans
Part.
Les genres littéraires / 85
CORRIGÉ SEMI-RÉDIGÉ
Introduction
Le lecteur se demande bien souvent quelle est la part
d’invention dans les romans qu’il lit. Flaubert, à ce pro-
pos, répondait à certains admirateurs de Madame
Bovary qu’il avait tout inventé. Pourtant Flaubert n’a
jamais caché qu’il s’était inspiré d’un fait divers réel.
Quels rapports entretiennent donc réel et invention dans
la création romanesque ? Ces rapports ne dépendent-ils
pas du type de récit auquel on a affaire? N’est-il pas
finalement possible de dépasser cette opposition entre
mensonge et vérité ?
Première partie:
les romans où tout semble inventé
e Certains textes semblent tourner délibérément le dos
au réel: récits merveilleux, contes de fées, mythes et
légendes, romans de science-fiction.
e Les personnages : ils sont souvent le fruit de la pure
imagination, monstres, ogres, extra-terrestres, héros
aux pouvoirs surhumains.
e Le cadre de l’action : pays imaginaires (Les Voyages
de Gulliver de Jonathan Swift), sociétés utopiques,
époques hors de l’histoire.
e L’action : intervention du merveilleux dans la résolu-
tion de l’intrigue (le baiser qui réveille la Belle au bois
dormant), défi au temps et à l’espace, aux limites
humaines (les géants de Rabelais).
e Pourquoi cette invention débridée ? Pour fuir le réel,
en créant un monde d’évasion.
86 / Les sujets littéraires
Deuxième partie:
les romans où tout semble réel
e D’autres romans, en revanche, ont toute l’apparence
de récits véridiques. C’est particulièrement le cas des
grands romans réalistes du XIX° siècle (Balzac, Sten-
dhal, Flaubert, Zola), souvent fondés sur des faits
divers ou des enquêtes minutieuses ; des romans histo-
riques dont le contexte et certains personnages sont
authentiques (Les Trois Mousquetaires d’ Alexandre
Dumas).
e Plus près de nous, Truman Capote, auteur américain
du XX° siècle, a écrit à partir d’un reportage très
minutieux son roman De sang froid, où il relate un fait
divers sanglant dont il a rencontré les coupables avant
leur exécution.
e Les personnages inventés ont toute l’apparence du
réel, grâce à la fréquentation de personnages histori-
ques qui leur insufflent un peu de leur authenticité,
grâce à des décors soigneusement reconstitués ou
encore présents (le ralais du Louvre dans Les Trois
Mousquetaires).
e L’action, même lorsqu'elle est épique comme
l’émeute de la faim dans Germinal, se veut tout à fait
vraisemblable.
e Pourquoi ce goût de l’authentique? pour rendre
compte d’une réalité présente, faire revivre les temps
passés, et impliquer davantage le lecteur dans cette
réalité.
Troisième partie : le «mentir-vrai »
e Quel que soit le type de roman, on est toujours en pré-
sence de mensonge et de vérité : à la base du roman, on
trouve une sorte de contrat, implicitement passé entre
| Les genres littéraires / 87
le romancier et son lecteur, qui présente comme vraie
l’histoire racontée. Or, présenter comme vraie une
chose inventée, cela s’appelle mentir, mais puisqu'il y
a contrat, il n’y a pas duperie: on en arrive à un
«mentir-vrai », selon la célèbre formule de Louis Ara-
gon (La Mise à Morf).
e Dans les romans où tout semble inventé, c’est la
vérité de l’âme humaine qui se révèle (Bruno Bettel-
heim, Psychanalyse des contes de fées).
e Dans les romans où tout semble réel, l’agencement
des scènes, l’identité des personnages, les dialogues, et
bien sûr le style, ne relèvent que de l’invention du
romancier.
e Les romanciers ne savent pas toujours faire la part
de ce qui est invention et de ce qu’ils tirent de l’observa-
tion du réel. Ainsi, Flaubert dit à la fois: «Madame
Bovary, c’est moi ! » et «Ma pauvre Bovary souffre et
pleure dans vingt mille villages de France à cet instant
même. »
Conclusion
Le roman est peut-être parmi toutes les formes d’art
le mode d’expression qui permet le mieux de dépasser
l’opposition entre réel et invention, c’est-à-dire de com-
prendre comment ces deux notions se nourrissent l’une
l’autre. Toute création en effet est re-création, recom-
position imaginaire de la réalité. Comme l’écrit Ara-
gon: «La forme la plus haute du mensonge, c’est le
roman où mentir permet d’atteindre la vérité. »
88 / Les sujets littéraires
Roman
DISSERTATION N° 7
« L'esprit du roman est l’esprit de complexité. Chaque
roman dit au lecteur:les choses sont plus compliquées que
tu ne le penses. »
Vous commenterez et au besoin discuterez ces lignes de
Milan Kundera (L'Art du roman, 1986).
APPROCHE DU SUJET
e La connaissance de l’œuvre de Kundera n’est évi-
demment pas indispensable pour traiter ce sujet.
e C’est en explorant les différents sens du mot « com-
plexité » qu’on construira autant de paragraphes qui
composeront le développement.
e Le seul mot du sujet qui pose problème est le mot
«choses ». Quel sens lui donner ? C’est ici la vie réelle,
par opposition à l’univers romanesque. il faudra met-
tre en relation la complexité de la vie et celle du roman.
F Les genres littéraires / 89
CORRIGÉ SEMI-RÉDIGÉ
Introduction
Ce qui caractérise un certain type de roman moderne,
c’est que son écriture s’accompagne le plus souvent
d’une réflexion critique qui en éclaire la conception.
Ainsi, Milan Kundera, en marge d’une production
romanesque importante, publie-t-il, en 1986, L’Art du
roman, dans lequel il écrit: « L’esprit du roman est
l’esprit de complexité. Chaque roman dit au lecteur : les
choses sont plus compliquées que tu ne le penses. »
Nous essaierons d’analyser les rapports entre com-
plexité romanesque et vie réelle: cette complexité du
roman ne traduit-elle pas un effort pour atteindre la
vérité et rétablir une transparence entre l’art et la vie ?
Première partie: l’univers complexe du roman
e A priori, le roman, qui n’est qu’une portion du réel
mise en ordre par le romancier, devrait être plus simple
que la vie elle-même.
e Cependant, le point de vue adopté par le romancier,
loin de simplifier la réalité, fonctionne comme un
prisme et la déforme, pour la reformer, d’une façon
personnelle et finalement très complexe. C’est ce qui
fait qu’il n’y a pas deux univers romanesques qui soient
semblables. Le sentiment de l’attente vaine et de
l’ennui, bien que développé par des intrigues compara-
bles, s’exprime de façon bien différente dans Le Désert
des Tartares de Dino Buzzati et Le Rivage des Syrtes
de Julien Gracq.
e Aussi simple soit-elle, l’intrigue d’un roman est tou-
jours complexe (au sens étymologique d’embrasser
90 / Les sujets littéraires
diverses parties plus ou moins imbriquées). Exemple :
l'intrigue de L’Etranger d’ Albert Camus présente des
relations beaucoup plus complexes qu’il n’y paraît
entre Meursault et les autres personnages ; c’est d’ail-
leurs tout l’enjeu du procès qui termine le roman.
e Au-delà même de la complexité de l’intrigue, la des-
cription, élément caractéristique du roman, permet au
regard aigu du romancier de déceler la complexité du
monde à première vue invisible. Exemples : la boutique
d’antiquités au début de La Peau de chagrin de Balzac
ou encore l’inventaire du grand magasin dans Au Bon-
heur des dames d’Émile Zola, où la description révèle
bien la fascination qu’exerce sur les romanciers la pro-
fusion des objets.
Deuxième partie : une complexité
qui vise la vérité
e Le but avoué de la plupart des romanciers est-de faire
entrer le monde dans leurs créations. « Le roman est
toute l’histoire privée des nations » (Balzac).
e C’est la complexité de l’univers romanesque qui per-
met d’impliquer le lecteur dans l’œuvre, l’enserrant
dans son réseau et l’amenant de révélation en révéla-
tion vers quelque chose qui ressemble à la vérité. C’est
cette même complexité qui suscite le désir d’explorer la
totalité de l’œuvre d’un auteur. Exemple : qui se sera
laissé prendre par un des volumes d’A /a recherche du
temps perdu de Marcel Proust, ne peut que lire l’œuvre
en entier.
e La complexité déjoue le jeu des apparences, seule elle
permet d’atteindre l’essence même des choses et de leur
faire dire tout ce qu’elles ont à révéler. Exemple : l’hal-
lucinante description de la casquette de Charles, au
début de Madame Bovary de Flaubert, qui nous révèle
Les genres littéraires / 91
à la fois le caractère du personnage et le regard que
Flaubert porte sur le monde des objets.
e Cela dit, la complexité romanesque nous sauve du
désordre du monde : artistiquement ordonnancée, elle
nous le rend intelligible. Nous comprenons dès lors que
«les choses sont plus compliquées que tu ne le penses ».
Troisième partie :complexité et transparence
e Dévoiler au lecteur une complexité du monde plus
grande qu’il ne le pensait pourrait, à première vue, le
désorienter, voire le désespérer. C’est peut-être même
une des fonctions essentielles de la littérature que de
remettre en cause les certitudes : «Les grands génies
sont ceux-là qui épouvantent » selon Flaubert, tandis
que pour André Gide, c’est une « belle fonction à assu-
rer, celle d’inquiéter ».
e Mais, chez tous les grands romanciers, une certaine
idée du monde, une vision globale fournissent au lec-
teur une clef pour maîtriser cette complexité. Exemple :
le déterminisme social de Zola, l’humanisme généreux
de Hugo, l’existentialisme de Sartre.
e Cela est vrai quelle que soit la clef : lire chez Camus
que le monde est absurde, rassure paradoxalement
celui qui le constate dans sa propre existence en le sau-
vant de sa solitude.
e Le propre de la littérature, n’est-ce pas de détruire
préjugés et certitudes, c’est-à-dire tout ce qui nous
ferait croire à une simplicité du monde, pour redonner
au lecteur des convictions plus hautes qui lui permet-
tent d'accepter le monde sous son vrai jour.
92 / Les sujets littéraires
Conclusion
Cette complexité du monde que révèle le roman
s’avère finalement et paradoxalement consolante. Elle
ouvre à l’expérimentation humaine et à la création artis-
tique tout l’univers des possibles en même temps qu’elle
élabore les moyens de s’en rendre maître. Le romancier
joue dès lors un rôle exaltant d’explorateur puis de guide
à travers le foisonnement du monde.
1 Les genres littéraires / 93
DISSERTATION N° 8
En quoi consiste pour vous le plaisir de lire de la poésie ?
Justifiez votre analyse par des exemples précis tirés des
poèmes que vous aimez.
Baccalauréat, Dijon, 1978.
APPROCHE DU SUJET
e Il s’agit d’un sujet classique et, somme toute facile,
puisqu”il ne fait appel qu’à l’expérience personnelle, et
permet de concevoir son plan en toute liberté. N’hésitez
pas à dire « je » et à affirmer vos propres goûts.
e La méthode la plus simple devant un tel sujet consiste
à partir d’une série d’exemples qu’il faudra ensuite
regrouper selon deux ou trois thèmes. N’oublions pas
qu’une dissertation ne saurait être un simple catalogue,
un hit-parade de la poésie.
e Pour trouver ces quelques thèmes, il faut réfléchir à
ce que la poésie a de spécifique par rapport aux autres
genres littéraires et quel plaisir particulier elle vous
apporte.
e Si vous n’aimez pas la poésie, choisissez un des deux
autres sujets ! Ils sont là pour ça... Mais, si vous avez
vous-même écrit des poèmes, n’hésitez pas à vous réfé-
rer à cette expérience.
x y É RER 7, 24 Rs |
94 / Les sujets littéraires
CORRIGÉ SEMI-RÉDIGÉ
Introduction
Comment définir la poésie ? La meilleure façon n’est-
elle pas d’essayer de décrire, non pas tant le poème, que
le plaisir qu’il suscite? Car c’est bien de plaisir qu’il
s’agit : évasion, émotion, musique, tout nous ramène à
cette expérience délicieuse qu’est la lecture d’un poème.
Première partie:
l’accès à un monde hors du monde
e Ce qui me fait choisir un recueil de poèmes plutôt
qu’un roman, c’est un désir d’évasion bien particulier :
plaisir immédiat, durée de lecture variable suivant
l’humeur, accès à un monde complet et clos en l’espace
de quelques vers (exemple, le sonnet « Heureux qui
comme Ulysse. », extrait des Regrets de Du Bellay,
qui en quatorze vers m’entraîne dans un voyage épique
autour de la Méditerranée et suscite en moi un senti-
ment de nostalgie).
e La poésie révèle des réalités insoupçonnées et invisi-
bles. Voir les « forêts de symboles » de « Correspon-
dances » de Baudelaire.
e La poésie est toujours par essence une « invitation au
voyage ». Le poème de Baudelaire en est sans doute
l’expression la plus accomplie, mais tout poème ne
nous adresse-t-il pas la même invitation:
«Songe à la douceur
D’aller là-bas. »
e La poésie nous entraîne dans un monde parfait, où
«.… tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté. »
Les genres littéraires / 95
Deuxième partie :une expérience intérieure
e Mais la poésie n’est pas qu’évasion, elle est aussi,
selon le mot de Jean Cocteau, «invasion ». Elle fait
naître en moi des émotions uniques, que n’émousse
jamais la relecture, bien au contraire. Ainsi, le fameux
poème de Victor Hugo, « Demain dès l’aube.…. », ne
prend tout son sens et ne libère vraiment sa charge émo-
tive qu’aux deux derniers vers
«Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur ».
e Le « je » de la poésie lyrique est autant celui du poète
que celui du lecteur. Lorsque je lis «Mon rêve fami-
lier » de Verlaine,
« Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant »,
c’est l’expression de mon propre désir que je retrouve.
e Cette expérience intérieure est aussi l’expérience
d’une complicité avec le poète et avec tous ceux qui
aiment ou ont aimé le poème que je suis en train delire.
Troisième partie: le plaisir et le goût des mots
e La lecture de la prose est plutôt une lecture rapide et
cursive, alors que dans la poésie, chaque mot « sonne »,
indépendamment de son sens : il est une unité mélodi-
que et rythmique.
e Les mots d’un poème suggèrent plus qu’ils ne nom-
ment. La rose de Ronsard («Mignonne...») évoque
bien autre chose que la simple fleur ainsi nommée.
e Puisqu’elle est musique, pour moi la poésie doit
s’écouter, se lire à mi-voix, être un murmure.
e Le plaisir des mots n’est pas nécessairement la recher-
Le, NN PCT
96 / Les sujets littéraires
che de la richesse du vocabulaire ; les mots les plus sim-
ples peuvent créer des harmonies étonnantes, comme
dans «Le Pont Mirabeau » d’Apollinaire:
«Sous le pont Mirabeau coule la Seine. »
Conclusion
J’ai tenté d'exprimer le plaisir que je ressens à la lec-
ture d’un poème. A l’évidence, plaisir et poésie sont faits
pour rimer : ils échappent l’un et l’autre à notre volonté
de les décrire et résistent à toute analyse. La poésie,
comme le plaisir, ne s’explique pas: elle se partage.
ACT RE A,
| Les genres littéraires / 97
DISSERTATION N° 9
«La poésie montre nues, sous une lumière qui secoue la
torpeur, les choses surprenantes qui nous environnent et
que nos sens enregistraient machinalement... »
Jean Cocteau, Le Secret professionnel.
Éclairez par des exemples précis tirés de vos lectures ou
par l’évocation d'expériences personnelles la définition de
la poésie que donne Jean Cocteau. Cette définition répond-
elle à votre propre conception de la création poétique ?
APPROCHE DU SUJET
e Le libellé du sujet vous invite implicitement à un plan
en deux parties : illustration de l’opinion de Jean Coc-
teau, puis exposé de votre propre conception de la
poésie.
e La difficulté consiste à ne pas répéter dans la seconde
partie ce qui a été exposé dans la première et à faire en
sorte qu’il y ait une cohérence interne entre les deux.
Attention à ne pas juxtaposer deux dissertations !
98 / Les sujets littéraires
CORRIGÉ SEMI-RÉDIGÉ
Introduction |
A quoi sert la poésie ? Que nous apporte-t-elle ? «La |
poésie montre nues, sous une lumière qui secoue la tor- |
peur, les choses surprenantes qui nous environnent et |
que nos sens enregistraient machinalement…. », répond |
Jean Cocteau. Critique et poète lui-même, il met |
l’accent sur quelques éléments fondamentaux de la créa- |
tion poétique, hérités du XIX' siècle. Mais n’oublie-t-il |
pas, dans cette définition, bien des expériences qui |
n’appartiennent pas à la mouvance dans laquelle il se |
situe, voire qui sont en rupture avec elle ? |
Première partie: la poésie révélatrice du monde
e Jean Cocteau présente la poésie comme un éveil au
monde qui nous entoure : elle nous révèle ce que nous
ne savions pas voir autour de nous et transforme donc
notre perception du monde ; ainsi Baudelaire, dans le
sonnet « Correspondances », évoque-t-il « les forêts de
symboles » que l’homme traverse et ne sait pas toujours
voir: c’est le rôle du poète que de les lui révéler.
e Cette conception de la poésie suppose que le monde
est à décrypter ; Baudelaire écrit: «Nous arrivons à
cette vérité que tout est hiéroglyphique [...] Or, qu’est-
ce qu’un poète, si ce n’est un traducteur, un déchif-
freur ? » Le poète fait figure alors de médiateur entre
le secret du monde et l’homme.
e La poésie dégage la vérité du monde de tous les voiles
et les obstacles qui nous empêchent de l’appréhender
directement. Exemple : le poème de Verlaine « D’une
prison » met bien en évidence ce que la vie a de « simple
et tranquille » dès lors qu’on s’est débarrassé des faus-
Me ne LE —
Les genres littéraires / 99
ses valeurs (ici la passion amoureuse) qui nous aveu-
glaient :
« La cloche dans le ciel qu’on voit
Doucement tinte.
L’oiseau sur l’arbre qu’on voit
Chante sa plainte. »
e La poésie est affaire de sensation ; avant de captiver
nos sens, elle les libère de n’avoir qu’à «enregistrer
machinalement » le monde. Elle redonne à l’homme
toute sa dignité d’être sensible. «Le Poëte se fait
voyant par un long, immense et raisonné dérèglement
de tous les sens », écrivait Rimbaud.
Deuxième partie:
la poésie, une expérience plurielle
e La conception de Jean Cocteau s’inscrit dans la tradi-
tion romantique (Hugo) puis symboliste (Verlaine,
Mallarmé) ; elle ne rend pas compte de la multiplicité
des expériences poétiques qui l’ont précédée ou suivie.
C’est la diversité et le foisonnement qui font à nos yeux
. toute la richesse de la création poétique, irréductible à
une école ou à un mouvement.
e La poésie ne révèle pas exactement des « choses sur-
prenantes » comme le dit Cocteau, mais bien plutôt ce
qu’il y a de surprenant dans toute chose. Si cela est vrai
de toute poésie, on peut néanmoins citer Francis Ponge
qui prend « le parti-pris des choses » pour reprendre le
titre de l’un de ses recueils où chaque poème est une
variation autour d’un objet familier.
e La poésie n’explore pas seulement le monde exté-
rieur, elle nous met aussi en relation avec notre incons-
cient et notre mémoire profonde; chacun à leur
manière, Nerval et Saint-John Perse s’inscrivent dans
cette veine : Nerval nous entraîne dans ses « Chimères »
% x z * \ 4
100 / Les sujets littéraires 4
(voir le poème intitulé « Fantaisie »), Saint-John Perse
dans sa recherche de l’origine sacrée du monde (voir les
recueils Anabase et Exil).
e L'écriture automatique des surréalistes, qui court-
circuite la raison et transcrit tel quel ce qui vient du
psychisme, est une expérience extrême relevant de la |
même démarche : rêve et réalité ne font qu’un et for- |
ment ce qu’on pourrait appeler une « surréalité ».
e Enfin, le poète est aussi un homme parmi les hom-
mes, attentif à leur souffrance et leur révolte: il est la |
caisse de résonance qui permet de répercuter leur cri. |
Ainsi Aimé Césaire (Une Saison au Congo) ou Vladi-
mir Maïakovski (Octobre).
Conclusion
La poésie, révélatrice du monde, est aussi miroir de
lâme et écho des émotions humaines. On le voit, la
démarche du poète est unique, personnelle, irréductible
à toute école et à toute définition. La poésie comble ainsi
toutes les attentes, par la diversité des approches et la
multiplicité des rôles qu’on lui assigne. C’est de cette
double richesse qu’elle tire sa pérennité.
Les genres littéraires / 101
; Autobiographie
Définition
C’est, mot à mot, « l'écriture (graphie) de sa vie (bio)
par soi-même {auto) ».
L’autobiographie est un récit en prose à la première
personne qu’un individu réel fait de sa propre exis-
tence, c’est-à-dire aussi bien des événements de sa vie
que de l’évolution de sa personnalité.
Le développement de ce type de récit en fait
aujourd’hui un genre littéraire à part entière, au même
titre que les différents genres romanesques, le théâtre
où la poésie. |
Auteur-narrateur-personnage
Dans une autobiographie, il y a théoriquement une
stricte identité entre l’auteur, le narrateur et le person-
nage principal, c’est-à-dire entre celui qui écrit, celui
qui raconte et le héros du récit.
Pacte autobiographique
C’est le contrat passé par l’auteur et son lecteur sur
cette identité entre l’auteur, le narrateur et le héros.
Cette identité est présentée dès le titre (Histoire de
ma vie, Confessions, Mémoires, etc.), puis, le plus sou-
vent, réaffirmée dans un avertissement au lecteur ou au
cours des premières pages du récit.
Des différents types de récits autobiographiques
Suivant la sensibilité de l’auteur, et comme nous le
D Fa
102 / Les sujets littéraires
verrons dans la brève histoire du genre qui suit, l’accent
peut être mis sur différents aspects de l’expérience per-
sonnelle.
e Les confessions : elles insistent sur l’aspect psycholo- |
gique, l’introspection, la notion d’âme.
e Les mémoires : ils mettent en rapport l’histoire indi- |
viduelle avec l’histoire d’une époque dont ils sont un |
témoignage.
e Le journal intime : c’est une collection au jour le jour
d’événements, de réflexions et de sentiments, sans véri- |
table construction.
Brève histoire du genre autobiographique
Les précurseurs
Saint Augustin, entre 397 et 401, écrit les Confessions,
histoire de sa vie racontée à la lumière de sa révélation
mystique.
Michel Eyquem de Montaigne publie en 1588 les
Essais. « Je suis moi-même la matière de mon livre »
écrit-il, un livre où il s’agit surtout pour lui de retracer
son itinéraire intellectuel et philosophique.
Jean-Jacques Rousseau écrit Les Confessions, publiées
en 1782, après sa mort. L’auteur veut y «peindre un
homme dans toute la vérité de sa nature ; et cet homme
ce sera [lui] ». Les thèmes de l’aveu, de la faute et de
la culpabilité y tiennent une place prépondérante.
Le XIX° siècle
François-René de Chateaubriand écrit, entre 1809 et
1841, les Mémoires d’outre-tombe. C’est l’histoire
d’une vie bouleversée par les grands événements de son
temps; il y raconte à la fois sa vie privée et sa vie
d’homme public.
j Les genres littéraires / 103
- Alfred de Musset publie en 1836 La Confession d’un
enfant du siècle, récit romancé de son arrivée dans le
monde des arts et de sa première grande déception
amoureuse.
Charles Baudelaire écrit entre 1859 et 1866 Mon cœur
mis à nu, notes intimes, matériaux à l’état brut pour
une autobiographie en chantier.
Le XX° siècle
Marcel Proust écrit À /a recherche du temps perdu,
dont le dernier volume est publié en 1927, cinq ans
après sa mort. Il s’agit là d’une somme romanesque
d’inspiration très largement autobiographique.
Louis-Ferdinand Céline publie en 1932 Voyage au bout
de la nuit et Mort à crédit en 1936, deux romans inspirés
de ses souvenirs d’enfance et de ses voyages. Puis, D’un
Château l’autre en 1957 et Nord en 1960, qu’on peut
considérer comme de véritables autobiographies.
François Mauriac publie en 1959 Mémoires intérieurs,
suivis des Nouveaux Mémoires intérieurs, en 1965, face
à face entre un intellectuel et la culture à laquelle il
s’identifie.
André Malraux écrit de 1967 à 1976 Le Miroir des lim-
bes, ensemble de souvenirs, de témoignages sur son
temps, récit de ses rencontres avec les grands hommes
de la politique et de la culture contemporaines.
Michel Leiris publie, de1939 à 1976, une série de récits
autobiographiques réunis sous le titre général de La
Règle du jeu.
On arrêtera là une liste qui pourrait être fort longue,
tant, sous l’influence probablement de la psychanalyse
(Sigmund Freud, Ma Vie et la Psychanalyse, 1925), et
de la littérature américaine (Henry Miller, La Crucifi-
104 / Les sujets littéraires
xion en rose, 1949-1960), mais aussi peut-être du star-
system (autobiographies de gens célèbres), le genre
autobiographique s’est développé au cours de ce siècle.
Quelques-uns des problèmes posés
par l’autobiographie
e Pour paraphraser Montaigne, on peut dire que tout
auteur « est la matière de [son] livre ». On se souviendra
de la phrase célèbre de Flaubert : «Madame Bovary,
c’est moi ! »
e L’autobiographie est un genre qui rejoint le roman
dans la mesure où l’auteur, dans l’impossibilité maté-
rielle de tout dire, va devoir choisir un certain nombre
d’événements et leur donner une certaine forme. Ainsi
Marguerite Duras, bien que reconnaissant explicite-
ment qu’il s’agit là de souvenirs personnels, tient-elle,
à ce que L’Amant porte la mention: récit.
e Certains auteurs croient davantage à la sincérité du
roman qu’à celle de l’autobiographie. « Les Mémoires
ne sont jamais qu’à demi sincères, si grand que soit le
souci de vérité : tout est toujours plus compliqué qu’on
ne le dit. Peut-être même approche-t-on plus près de la
vérité dans le roman.» (André Gide). Ou encore:
«Nos romans n’expriment-ils pas l’essentiel de nous-
mêmes ? Seule la fiction ne meurt pas : elle entrouvre
sur la vie d’un homme une porte dérobée, par où se
glisse, en dehors de tout contrôle, son âme inconnue. »
(François Mauriac).
Ouvrages de référence
Philippe Lejeune, Le Pacte autobiographique. Ed. du
Seuil, 1975. Du même auteur : Je est un Autre, Seuil,
1980.
Les genres littéraires / 105
Autobiographie
DISSERTATION N° 10
« Une histoire vraie n’est pas un roman ; les mémoires, les
biographies, les confessions n'en approchent que dans la
mesure où ils mentent et usent de procédés. » Jean Hytier,
Les Romans de l'individu.
Vous commenterez ces propos en vous appuyant sur les
récits autobiographiques que vous connaissez.
APPROCHE DU SUJET
e Le sujet se fonde sur une opposition entre autobio-
graphies et romans.
e Ces derniers sont définis comme des œuvres suscepti-
bles de prendre des libertés avec la vérité et «usant de
procédés » (voir à ce propos la dissertation n° 1 sur
mensonge et vérité dans l’œuvre d’art).
e Vous vous interrogerez sur la nécessité d’une part de
mensonge dans l’autobiographie et comparerez ses
procédés (voir ci-dessus) à ceux du roman.
PLAN POSSIBLE
Première partie :l’autobiographie, une nécessaire sin-
cérité
e Un genre littéraire à part, avec des variantes (confes-
sions, mémoires, journal).
e Le pacte autobiographique.
Deuxième partie : l’autobiographie, un nécessaire men-
songe
Voir plus haut les « problèmes posés ».
106 / Les sujets littéraires
Troisième partie :romans et autobiographies ne men-
tent pas de la même façon
e Réalisme romanesque.
e Recomposition du vécu.
DISSERTATION RÉDIGÉE
Introduction
La vie est la matière même du roman. Aussi extraordi-
naïires soient-ils, ses personnages et ses événements sont
toujours réalistes et ressemblent à ceux que la nature
produit. Il ne serait donc pas possible, sans la complicité
explicite de l’auteur, de distinguer un roman d’une auto-
biographie, tout particulièrement s’il s’agit d’un roman
écrit à la première personne.
Pour Jean Hytier cependant, le caractère véridique de
l’histoire rapportée dans une autobiographie suffit à en
faire un genre fondamentalement distinct du roman :
l’autobiographie ne se rapprochant de ce dernier que par
le recours à des procédés formels communs et par la ten-
tation du mensonge.
Première partie:
« Une histoire vraie n’est pas un roman... »
On considère d’ordinaire le roman comme une œuvre
de fiction. Nés de l’imagination d’un auteur, les événe-
ments racontés sont mis en forme par un double travail
de composition et de style. Les héros d’un roman sont
le plus souvent ce que Flaubert appelait des
personnages-types, c’est-à-dire des figures représenta-
Les genres littéraires / 107
tives de tous les êtres plus ou moins réels ou imaginaires
dont ils sont la synthèse. Pour l’auteur de Madame
Bovary, si Emma « vit et souffre dans vingt mille villa-
ges de France», elle n’est pas moins le résultat d’un
patient travail artistique. « J’ai tout inventé ! » s’écriera
Flaubert à la parution de son roman. Et l’on peut, à ce
titre, considérer le roman comme le contraire de l’auto-
biographie.
L’autobiographe, en effet, n’est jamais que le rappor-
teur, le greffier, d’une réalité préexistante, autonome,
et sur laquelle il n’a pas davantage de prise que tout un
chacun sur sa propre existence. Le romancier est un dieu
tout-puissant qui décide de la vie et de la mort de ses per-
sonnages, tandis que l’autobiographe ne fait qu’enregis-
trer les destins qu’il croise et qui se mêlent au sien. « Une
histoire vraie n’est pas un roman », c’est un fragment de
réalité tel quel, une fraction d’existence qu’un auteur,
par l’écriture, tente de sauver de l’oubli. Or, c’est bien
là, dans cet usage de l’écriture, que l’autobiographie
rejoint inévitablement l’art et s’éloigne du pur procès-
verbal qu’elle voudrait être.
Deuxième partie :comme ie roman,
l’autobiographie «ment et use de procédés»
Qu’on y consacre un texte relativement bref, comme
l’a fait Jean-Paul Sartre avec Les Mots, ou plusieurs
volumes, comme ceux réunis par Michel Leiris sous le
titre générique de La Règle du jeu, l’autobiographie est
à la fois plus et moins qu’un procès-verbal.
Ne pouvant tout dire, l’autobiographe est contraint
d’opérer des choix. Pour que sa vie tienne dans l’espace
nécessairement limité d’un livre, il doit en laisser des
pans entiers dans l’ombre, en éclairer les moments
majeurs, passer sous silence les temps faibles pour met-
tre en relief les temps forts. On pourrait parler ici de
mensonge par omission. Toute entreprise autobiogra-
phique passe par un travail de composition qui en fait
une œuvre d’art et la rapproche du roman, comme
108 / Les sujets littéraires
d’ailleurs de la peinture. L’autoportrait, en effet, ne
représente généralement que le visage du peintre, à un
moment donné, laissant hors cadre à la fois l’espace et
le temps qui l’entourent. Par ailleurs, il y a bien des
autoportraits présumés, comme il y a bien des romans
dont on soupçonne, sans toujours pouvoir l’apprécier
exactement, le caractère autobiographique. Dans quelle
mesure le jeune Louis Lambert, héros du roman qui
porte son nom, est-il ou n’est-il pas le jeune Balzac lui-
même? Qu'est-ce qui distingue le narrateur de À /a
recherche du temps perdu de l’écrivain Marcel Proust ?
Quoi, sinon cette part de mensonge que le style installe ?
Le style, ou bien la volonté délibérée de l’auteur de
rajouter à sa vie réelle des épisodes manquants. On
pense au récit que fait Chateaubriand, dans ses Mémoi-
res d’outre-tombe, de sa rencontre avec Washington.
qui n’eut jamais lieu. L’exemple est certes caricatural,
et les défauts de la mémoire ne sont pas ici en question.
Cependant, l’«histoire vraie » que tente de raconter
toute autobiographie bute souvent sur ce travail de la
mémoire qui, oubliant, déformant, privilégiant certains
faits, recompose la réalité et lui fait subir un traitement
qui ressemble singulièrement au travail d’imagination
‘ qui prélude à toute écriture artistique.
Conclusion
La différence essentielle entre autobiographie et
roman est, en somme, une différence d’intention. « Je
suis moi-même la matière de mon livre », écrivait Mon-
taigne en commençant ses Essais, une matière humaine
à la fois précise et fragile, faite des défaillances, des
obsessions et des rêveries de la mémoire traduites, et
donc inévitablement trahies, par la nécessité d’une mise
en forme. Comme le roman, l’autobiographie est
affaire d’écriture : elle est soumise à cette exigence de
beauté dont le mensonge, accidentel ou délibéré, est bien
souvent le prix autant que le moyen.
3
La littérature et la vie
|
. e Le rôle de l’écrivain
.
e Littérature et culture ‘
e L’amour de l’art
.
| - La littérature et la vie / 111
Le rôle de l’écrivain
Notions clefs
Doute : pour certains, l’écrivain doit sans cesse remet-
tre en cause les préjugés et les opinions établies de son
lecteur. Il doit le faire douter, l’inquiéter, lui suggérer
que le monde et la vie sont plus complexes qu’on ne le
croit généralement. La principale fonction de l’écrivain
dans cette perspective est de poser des questions, pas
nécessairement d’y répondre.
Élite intellectuelle : les termes «élite intellectuelle »
sont souvent assez péjoratifs. Ils représentent les intel-
lectuels comme une caste, c’est-à-dire un groupe très
fermé qui a une haute idée de lui-même, qui se consi-
dère bien supérieur à la masse du public et qui souvent
dispose d’un pouvoir de pression politique exagéré.
Engagement : on dit d’un artiste qu’il est «engagé »
quand il intervient et prend parti dans les problèmes de
son époque. Il peut s’agir de problèmes sociaux ou poli-
tiques.
L’Art pour l’Art : cette formule a été lancée par Théo-
phile Gautier vers 1850. Selon cette théorie, la poésie
doit rester une recherche de la beauté sans autre utilité.
Le poète n’a pas de rôle social à jouer.
Message : cette notion suppose que l’œuvre sert de pré-
texte à faire passer des idées destinées à influencer le
public ; l’œuvre est alors subordonnée à l’engagement
de l’artiste.
Pouvoir : il faut se méfier de ce terme qui peut avoir de
nombreux sens. Lorsqu’on parle du pouvoir de l’écri-
vain, on peut entendre par là l’influence qu’il exerce sur
de.
112 / Les sujets littéraires
son lecteur, l’impression forte qu’il lui fait. Mais on
peut aussi évoquer le pouvoir concret et politique des
intellectuels en tant que groupe de pression.
Solidarité : cette notion affirme que l’artiste, malgré
la
singularité que lui confère son don artistique, doit
res-
ter solidaire de ses contemporains, c’est-à-dire se
sentir
lié à eux par une obligation d’aide mutuelle.
F” La littérature et la vie / 113
L'engagement de l'écrivain
Fe DISSERTATIONS N° 11 ET 12
A un ouvrier qui lui avait demandé : « Conduis-nous vers
la vérité», l'écrivain Pasternak répondit: «Quelle drôle
d'idée ! Je n'ai jamais eu l'intention de conduire quiconque
où que ce soit. Le poète est comme un arbre dont les feuil-
les bruissent dans le vent, mais qui n’a le pouvoir de con-
duire personne... »
Commentez cette opinion.
Sujet donné au Baccalauréat en 1985
APPROCHE DU SUJET
1. Qui est Pasternak ?
B A un examen ou un concours, on peut exiger de vous
que vous puissiez situer les principaux écrivains de la
littérature française. On ne peut pas vous reprocher de
méconnaître les auteurs étrangers.
Par contre, pour un devoir rédigé chez vous, vous
devez consulter un dictionnaire (comme Île Petit
Robert des noms propres) ou une encyclopédie pour
savoir qui est l’auteur de la citation qu’on vous
propose.
e Pour ce qui est de Pasternak, le jour de l’examen, si
vous ne voyez pas vraiment de qui il s’agit, traitez le
sujet, sans faire de référence trop précise à cet inconnu.
Contentez-vous de formules passe-partout comme
« l’auteur de la citation », «l’écrivain » ou simplement
« Pasternak ».
e Si, par contre, vous possédez quelques connaissan-
ces, glissez-les habilement dans l’introduction. Ainsi,
vous pouvez écrire « Boris Pasternak » en ajoutant son
à.
114 / Les sujets littéraires
prénom, ou encore le présenter comme «l’auteur du
Docteur Jivago ».
2. Principaux termes de la citation
> Quand on est en présence d’une citation longue, il faut
souligner les termes les plus importants pour bien
situer le pruvième et n’en oublier aucun aspect.
A un ouvrier qui lui avait demandé : «Conduis-nous
vers la vérité », l’écrivain Pasternak répondit : « Quelle
drôle d’idée ! Je n’ai jamais eu l’intention de conduire
quiconque où que ce soit. Le poète est comme un arbre
dont les feuilles bruissent dans le vent, mais qui n’a le
pouvoir de conduire personne. »
e On voit assez vite que deux conceptions du rôle de
l’écrivain s’opposent dans ce sujet:
— celle de l’ouvrier qui espère trouver un guide, un
« leader » ;
— celle de Pasternak qui ne veut ni ne peut jouer ce
rôle.
e Pasternak utilise une métaphore pour exprimer sa
propre conception du rôle de l’écrivain, celle de
«l'arbre dont les feuilles bruissent dans le vent ». Il
veut dire ainsi que le poète reste le témoin de ce qui
l’environne, peut-être même de l’Histoire (Le Docteur
Jivago a pour cadre la Première Guerre mondiale et les
débuts de la Révolution russe), mais qu’il ne joue
aucun rôle de guide ou de meneur.
AE
3. Ne pas sortir du sujet
e Le thème de la « vérité » n’est pas au cœur du sujet.
Pasternak ne met pas en cause dans ce texte l’existence
d’une vérité. Il faut bien éviter de sortir du sujet en par-
lant des rapports entre la littérature et la vérité. La
mention de l’ouvrier et la réponse de Pasternak invitent
- à situer le sujet dans un cadre plutôt politique.
. La littérature et la vie / 115
e Le sujet est plus précis que le simple thème de
«l’engagement de l’écrivain ». Pasternak ne veut pas
dire que l’écrivain ne prend pas personnellement parti.
Il précise seulement qu’il ne souhaite pas conduire
l’action des autres ou leur donner des leçons. Il ne s’en
croit pas non plus capable. Il ne faut pas trop élargir
le thème.
A LA RECHERCHE DES IDÉES...
e Chercher des écrivains qui ont exercé des responsabi-
lités politiques : Hugo, Lamartine, plus près de nous
Vaclav Havel en Tchécoslovaquie.
e Chercher des écrivains qui ont joué un rôle de
symbole, de phare dans des événements politiques gra-
ves : Federico Garcia Lorca pendant la Guerre d’Espa-
gne, Pablo Neruda au Chili, Soljenitsyne en URSS.
e Chercher des écrivains qui ont joué un rôle de « gui-
des » malgré eux : les philosophes du XVIIT siècle et
la Révolution française (Montesquieu, Voltaire,
Rousseau..….).
CORRIGÉ SEMI-RÉDIGÉ
introduction
B L’introduction doit reprendre la citation dans son
entier ou au moins les principaux termes. Il est souvent
plus facile de reprendre le texte même de la citation.
L’introduction doit ensuite bien mettre en lumière
l’ensemble des problèmes soulevés (ce qu’on appelle la
problématique). Gardez-vous de déjà donner votre
avis et vos réponses : vous Ôôteriez à celui qui vous lit
toute envie de poursuivre sa lecture.
116 / Les sujets littéraires
Quel rôle social et politique doit exercer un écrivain ?
Doit-il faire figure de «chef », de « guide », de « lea-
der »? A cette question, Boris Pasternak, l’auteur du
Docteur Jivago, répondait clairement non. En effet, un
jour qu’un ouvrier lui demandait de le conduire vers la
vérité, il répliqua : « Quelle drôle d’idée ! Je n’ai jamais
eu l’intention de conduire quiconque où que ce soit. Le
poète est comme un arbre dont les feuilles bruissent dans
le vent, mais qui n’a le pouvoir de conduire per-
sonne. ».
L'écrivain n’est-il en effet qu’un écho du monde qui
l’environne, des événements qui affectent son temps ?
Doit-il jouer un rôle politique de premier plan ? En a-t-il
les capacités ? N’est-il pas finalement condamné à ce
rôle de guide, parfois malgré lui ?
Première partie : un arbre dont les feuilles
bruissent dans le vent
1. L’écrivain se fait l’écho de son temps et des événe-
ments graves dont il peut avoir connaissance.
Montaigne, dans ses Essais, n’oublie pas les guerres de
Religion qui ensanglantent la France au XVI siècle et
appelle à la tolérance, à la réflexion, à la modération.
2. Même s’il ne donne pas un cadre historique précis
à son œuvre, l’écrivain transpose les préoccupations de
son siècle.
Buzzati, dans Le Désert des Tartares paru en 1940,
transpose l’expérience qu’il a vécue comme correspon-
dant de guerre en Éthiopie à cette époque, au moment
des visées expansionnistes de Mussolini.
Camus, dans La Peste, parue en 1947 après la Seconde
Guerre mondiale, transpose dans ce combat contre la
- peste sa propre expérience de la Résistance.
La littérature et la vie / 117
_ 3. La beauté du texte n’est jamais sacrifiée au profit du
témoignage. Il ne s’agirait plus de littérature, mais de
propagande. Elle le transfigure en lui donnant une
valeur esthétique.
Dans L’Éducation sentimentale, Flaubert relate assez
longuement les Journées révolutionnaires de 1848.
Mais cette forme de « témoignage » reste subordonnée
à la disposition générale du roman et ne fait jamais
oublier au lecteur la fiction dans laquelle elle s’insère.
Deuxième partie: la tentation d’agir
1. L'écrivain a le sentiment d’appartenir à une élite
intellectuelle. Il pense pouvoir assumer un rôle diri-
geant dans son pays. Il considère même que c’est son
devoir.
Hugo a lutté contre Napoléon III qu’il surnommait
« Napoléon le Petit » et s’est exilé.
Malraux est resté dans l’action politique aux côtés du
général de Gaulle, son compagnon de guerre, en exer-
çant la charge de ministre de la Culture avec beaucoup
de conviction et de dynamisme.
2. L’idée n’est pas neuve : Platon préconisait déjà de
confier la charge de l’État aux « philosophes », c’est-à-
dire aux intellectuels.
Certains philosophes du XVIII siècle, même s’ils
furent vite déçus, ont aussi espéré guider les monarques
de leur temps (Voltaire et Frédéric II, Diderot et Cathe-
rine de Russie) en contribuant à la création d’une forme
de « despotisme éclairé ».
3. L’écrivain qui s’engage dans l’action politique sus-
cite une vague de sympathie dans l’opinion. On ne sus-
118 / Les sujets littéraires
pecte pas ses intentions, son honnêteté, son
dévouement.
Vaclav Havel, dramaturge autrefois victime de la
répression, « leader » de la « Révolution de Velours »,
actuel président de la Tchécoslovaquie, est devenu
aujourd’hui un symbole des changements intervenus
en Europe de l'Est.
4. Mais les capacités intellectuelles sont-elles les seules
requises par l’action politique ?
Des échecs flagrants sont dus à une certaine forme de
«naïveté » dans un monde livré au pragmatisme pur :
Lamartine et son échec aux élections présidentielles en
1848.
Troisième partie: un guide malgré tout
1. L'écrivain engagé, même s’il ne veut pas être un
chef, joue un rôle décisif sur l’opinion publique, rôle
positif ou négatif.
Drieu La Rochelle, Brasillac, pendant l'Occupation
allemande, ont entraîné dans la collaboration des jeu-
nes gens naïfs qui les écoutaient.
2. L'écrivain est souvent l’objet de poursuites dans les
pays totalitaires (livres brûlés, prison, exil..….). Il
devient une victime, parfois un martyr, et joue alors un
rôle de symbole qui finalement entraîne des foules à sa
suite.
Federico Garcia Lorca, fusillé pendant la Guerre
d’Espagne, Pablo Neruda et le Chili des années 70, Sol-
jenitsyne et le stalinisme en URSS...
3. L’écrivain, bien après sa mort, au-delà des frontiè-
res de sa patrie, peut révéler un message qui pousse les
| La littérature et la vie / 119
. hommes à l’action et qui, finalement, les « conduit »
vers ce qu’ils estiment la « vérité ».
Les philosophes du XVIII‘ siècle et la Révolution
française (Montesquieu, Voltaire, Rousseau...). Ils
influencent, aujourd’hui encore, dans le monde entier,
les mouvements se réclamant des «droits de
l’homme ».
Conclusion
B Votre conclusion doit reprendre vos propres
réflexions : inutile de revenir sur des points de vue que
vous auriez écarté en cours de dissertation. Rappelez-
vous que votre lecteur (et correcteur !) reste sur la der-
nière impression que lui laisse la conclusion. Il faut
donc toujours garder du temps pour soigner ces para-
graphes de conclusion, quitte à sacrifier la fin de votre
dernière partie.
L’arbre dont les feuilles bruissent dont parlait Paster-
nak fait souvent naître de plus grandes clameurs. Qu'il
le souhaite ou non, l'écrivain, par l’admiration qu’il
suscite pour son œuvre, pousse ses lecteurs à penser,
puis à agir en conséquence. L’intellectuel n’a pas besoin
de se présenter aux élections pour jouer un rôle politique
et social considérable. L'opinion publique attend sou-
vent son jugement avant de se prononcer. L'influence
qu’il exerce alors est bien plus décisive que toutes les
décisions ponctuelles qu’il aurait pu prendre s’il avait
exercé le pouvoir. Le pouvoir des mots n’a guère de
limites.
= ; < Le|
120 / Les sujets littéraires
_ AUTRE TRAITEMENT DU SUJET
Le sujet proposé est finalement assez peu précis pour
qu’un correcteur puisse admettre une autre interpréta-
tion du sujet. La voici : la poésie est, pour Pasternak,
un art éloigné de l’engagement politique ; le poète ne
doit pas se soucier de l’effet qu’il produit sur ses lec-
teurs ; il doit simplement s’exprimer à travers la poésie
en accordant toute son attention à l’esthétique.
Un plan assez classique : thèse, antithèse, synthèse peut
être alors choisi.
Introduction
La poésie doit-elle être un acte gratuit, dégagé de tout
engagement politique ? A cette question, Boris Paster-
nak, l’auteur du Docteur Jivago, répondait clairement
oui. En effet, un jour qu’un ouvrier lui demandait de le
conduire vers la vérité, il répliqua: «Quelle drôle
d’idée ! Je n’ai jamais eu l’intention de conduire quicon-
que où que ce soit. Le poète est comme un arbre dont
les feuilles bruissent dans le vent, mais qui n’a le pouvoir
de conduire personne. »
Le poète doit-il se tenir à l’écart des événements qui
affectent son temps ? Rien de ce qui est humain ne lui
est cependant étranger. La poésie ne tient-elle pas une
place bien particulière dans la littérature ?
Première partie:
la poésie doit rester à l’écart des querelles,
des prises de position politique
Tout le pouvoir de la poésie tient à ce qu’elle cherche
à toucher l’homme au-delà des circonstances particuliè-
res. La poésie de circonstance peut parfois nous sembler
La littérature et la vie / 121
creuse et vaine. Car la vraie poésie n’est pas régie par
d’autres règles que celle de l’art poétique, elle constitue
un univers clos. La poésie permet bien souvent d’échap-
per à notre triste condition : elle est alors un refuge pour
le poète comme pour le public, suscitant évasion et rêve-
rie. Comme l’écrivait Charles Nodier au siècle dernier :
«C’est une féerie, une magie tout entière que la poésie. »
Deuxième partie: le poète doit être à l’écoute
des souffrances qui l’entourent
Le poète est cependant — presque par définition —
un être sensible. Plus réceptif que la majorité des hom-
mes, il transforme dans son œuvre les impressions qu’il
reçoit de l’extérieur. Il ne peut rester indifférent au mal-
heur des autres. Il sait également que sa parole porte
loin, est écoutée et reçue. Il doit ainsi profiter de
l'audience dont il dispose pour dénoncer les injustices.
C’est ainsi que Hugo a pris la défense des « misérables »
ou des « travailleurs de la mer », dans ses écrits en prose
comme dans sa poésie. Plus près de nous, bien des poè-
tes ont chanté les souffrances des Résistants pendant
l’occupation nazie.
Si le poète parvient à rester très proche des préoccupa-
tions quotidiennes, il trouve un vrai public populaire.
Prévert, qui a su s’appuyer aussi sur les médias moder-
nes (chanson, cinéma), a pu ainsi se gagner une audience
particulièrement large.
Troisième partie: la poésie occupe
une place particulière dans la littérature
Il ne faut pas cependant oublier que la poésie tient une
place bien particulière dans la littérature. Il n’y a certes
pas de «bons » ou de « mauvais » sujets, «tout à droit
de cité en poésie », comme l’expliquait Hugo dans la
préface des Orientales. Mais si le poète oublie l’art au
” Sri ro TR
parue
S à
122 / Les sujets littéraires
profit d’une cause, il manque tous ses effets et la magie
de la poésie ne joue plus. La poésie doit garder un cer-
tain caractère de gratuité, d’inutilité, sous peine de per-
dre sa liberté.
La poésie a quelques exigences incontournables.
Ainsi, le poète est-il obligé de transposer la réalité, il ne
peut la décrire à la manière d’un romancier. Il doit
extraire des choses les plus banales une matière à poésie.
Il a toute liberté pour cela: « faire de l’or » à partir de
boue, comme Baudelaire, ou simplement prendre le
«parti pris des choses » comme Ponge; plus que tout
autre écrivain, le poète est présent partout dans son
œuvre.
S’il est un vrai poète, l’homme engagé peut alors faire
passer tous les «messages » qu’il souhaïte à travers son
art; le talent lui permet de maintenir l’équilibre entre
l’art et l’engagement.
Conclusion
Il est bien difficile d’édicter des règles en matière de
poésie. Les poètes « officiels » d’un parti, d’un régime,
d’une révolution, subordonnent leur art à des préoccu-
pations politiques, d’où leur échec esthétique. Par con-
tre, si l'engagement politique reste une source d’inspi-
ration, il peut faire naître des œuvres d’une grande
valeur.
| La littérature et la vie / 123
Littérature et culture
Notions clefs
Bibliothèques et musées : ces deux espaces de la culture
ont pendant longtemps eu une image sinistre dans le
grand public («rats de bibliothèque »...). Depuis plu-
sieurs années, les efforts de promotion et de rénovation
ont fait largement progresser leur fréquentation.
Bibliothèques et musées sont devenus des lieux gais et
animés.
Culture : il ne faut pas confondre culture et instruction.
L’instruction est l’ensemble des connaissances que l’on
acquiert, notamment à l’école. Elle suppose simple-
ment des choses apprises et retenues. La culture dit
plus : elle fait partie de la formation de l’individu, elle
intègre ses goûts, ses préférences, elle suppose qu’on a
fait siennes les choses qu’on a apprises. La culture
s’acquiert au fil de l’existence et améliore la qualité de
la vie.
Écrit/Oral : on oppose généralement ces deux modes
d’expression, en faisant notamment la distinction entre
les cultures de l’écrit (monde occidental, par exemple)
et les cultures de l’oralité (Antilles, Afrique...). Les lit-
tératures de tradition orale ont longtemps été masquées
par l’écrit. Aujourd’hui, on redécouvre la puissance
poétique de ces traditions (griots africains, conteurs de
tous les folklores).
La vie et les livres : sur bien des plans, on a coutume
d’opposer la vie et les livres (notamment dans les sujets
de dissertation). On reproche aux livres d’être coupés
de la réalité, de délivrer un enseignement théorique.
Mais tout lecteur connaît aussi la fascination de la
lecture.
1 Dares PTS A NDIPFAN
124 / Les sujets littéraires
Littérature et culture
DISSERTATIONS N° 13, 14 ET 15
«Nous savons aujourd’hui qu'il n'y a pas de modèle.
L'importance de l’ancienne division des genres en est con-
sidérablement diminuée. Qu'est-ce que le roman et qu'est-
ce que le poème ? Nous sommes tentés par d’autres parti-
tions. Et par exemple saisis de l'éclat des littératures orales,
qui changent désormais l’ordre de l'écrit. Pour les poètes
américains comme pour les chanteurs de reggae, pour les
romanciers de la Caraïbe comme pour les griots africains,
la répétition, la redondance, la broderie, l'écart ne sont pas
des «fautes ». C’est que l'aventure commence pour les lan-
gues hier méprisées, langues de l’oralité, langues domi-
nées. [..] Peut-être concevra-t-on un jour qu'une culture
peut être multilingue sans perdre de son authenticité ni de
sa vigueur ? »
Édouard Glissant, poète, romancier et dramaturge, né en 1928,
à la Martinique.
APPROCHE DU SUJET
e Nous avons affaire ici à un sujet-fleuve, qui se pré-
sente sous la forme non pas d’une simple citation, mais
d’un paragraphe tout entier qui part dans plusieurs
directions et aborde divers aspects d’un thème assez
vaste.
e De tels sujets sont de plus en plus fréquents. La diffi-
culté consiste à faire la synthèse de la pensée de l’auteur
et à en déterminer les lignes de force; l’avantage pour
le candidat réside dans une plus grande souplesse
d’interprétation et la possibilité d’avoir recours à un
plan plus original.
e Nous traiterons ce sujet dans son ensemble en vous
montrant comment chaque partie peut être considérée
‘comme le développement d’une discussion de type I.
F | La littérature et la vie / 125
e Le sujet, trop long, ne pouvant être cité en entier dans
l’introduction générale, il conviendra d’en extraire les
passages significatifs et d’en résumer l’esprit.
e Dans le cas présent, il s’agit d’une réflexion portant :
— sur les différentes formes que prend de nos jours la
création littéraire, en l’absence de tout modèle fixe;
— sur l’importance que semble reprendre la création
littéraire orale et son influence sur la littérature écrite ;
— sur la possibilité de voir naître et s’épanouir des cul-
tures authentiques qui ne seraient plus centrées autour
d’une seule langue, mais de plusieurs.
CORRIGÉ RÉDIGÉ
Introduction générale
Nées, sans conteste, de l’aptitude des hommes à com-
muniquer entre eux, les cultures pourraient se définir
comme autant d’objets d'échanges, échanges entre les
membres et les générations d’une même communauté,
échanges entre peuples voisins, commerçants, guerriers
ou voyageurs, mais aussi, à y regarder de plus près,
échanges, à l’intérieur d’une même culture, entre ses
diverses formes d’expression. « Qu’est-ce que le roman
et qu’est-ce que le poème ? » s’interroge Édouard Glis-
sant. « Nous sommes tentés par d’autres formes de par-
tition. »
Or, si ces phénomènes d’intercommunication ont, par
essence, toujours existé et s’il n’y a de culture qui ne soit
nourrie d’autres cultures, le développement de certains
médias tels que le disque ou le satellite, en privilégiant
l’oralité, « change désormais l’ordre de l’écrit ». Ils pro-
duisent une telle effervescence qu’ils ont bouleversé
jusqu’à notre façon de penser la culture. Une culture
dont Glissant pense qu’elle pourra prochainement « être
ns
126 / Les sujets littéraires
multilingue sans perdre de son authenticité ni de sa
vigueur ».
Nous retiendrons de ce sujet foisonnant trois direc-
tions d’investigation autour des notions clefs de forme,
de culture et de langue. Nous essaierons de montrer que
la modernité se caractérise par l’absence de toute forme
fixe et de tout modèle, par l’importance nouvelle de
l’oralité et enfin par l’épanouissement de cultures multi-
lingues.
I. La modernité : un melting-pot de formes
Héritiers d’une littérature et d’une pensée classiques,
il nous a longtemps semblé évident qu’il y eût des genres,
poésie, roman, théâtre, et qu’à chacun d’eux correspon-
dissent des formes et des moyens précis, tels que l’utili-
sation des vers ou de la prose, la division en strophes,
chapitres ou actes, la distinction entre le lyrisme et l’épo-
pée, la comédie et la tragédie ou encore entre le roman
d’amour et le roman policier. Ces catégories, outre
qu’elles recouvraient à peu près la réalité de la produc-
tion artistique, avaient l’avantage de permettre aux spé-
cialistes un classement simple, qu’on pouvait aisément
enseigner, et qui se voulait universel.
Or, on sait que cette façon de concevoir la littérature
s’est progressivement installée en France à partir du
XVIT® siècle, avec l’étonnante complicité de certains
auteurs probablement en quête de ces modèles dont
Glissant nous dit qu’en réalité ils n’existent pas. C’est
ainsi que toute l’œuvre de Corneille, depuis les tragi-
comédies de ses débuts jusqu’à ses dernières tragédies,
peut être lue comme un effort pour distinguer les genres
et leur créer des règles — la fameuse règle des trois unités
en particulier — pour discipliner, en somme, un élan
créateur évidemment baroque, c’est-à-dire multiforme,
sans modèle préétabli, un peu à la manière de Shakes-
peare, et créer un théâtre à la française, exactement au
sens où l’on oppose la rigueur des jardins à la française
à la luxuriance des jardins à l’anglaise.
do 2 UÉ
+ —
#3
La littérature et la vie / 127
Mais ce qui caractérise les modèles et la fixité des
formes qui en résultent, c’est d’abord leur fragilité : con-
tinuée par Racine, la tragédie classique n’aura survécu
qu’une génération à son principal inventeur, une géné-
ration pendant laquelle on se sera régalé, par ailleurs,
des mélanges de genres, de tons, d’inspirations d’un
Molière dont les comédies-ballets n’hésitent pas à mêler
à l’art dramatique la danse et la musique de Lully. Et
si le classicisme, cet âge des modèles n’était qu’une
invention de critiques, le parti pris d’occulter le pessi-
misme baroque, dont Glissant se fait à sa manière le
moderne écho, l’errance esthétique d’un monde qui,
reconnaissant peu à peu l’inanité de tout modèle, à l’ins-
tar du Dom Juan de Molière, menace de basculer dans
le libertinage ?
Avec la notion de drame, et même s’il crée un modèle
nouveau, le Romantisme met fin à la distinction entre
comédie et tragédie ; de même, à partir de Baudelaire,
on assiste à la disparition d’une frontière qu’on aurait
pu croire infranchissable entre prose et poésie, puis avec
la révolution surréaliste, et des œuvres telles que Nadja
d’André Breton, à la disparition de toute distinction for-
melle entre poème et roman. Mais ce qui va accentuer
encore cette atténuation du genre en tant que forme fixe,
c’est l’absence, depuis une vingtaine d’années, de toute
école et de tout mouvement normatif.
De plus, la mondialisation de la culture qui caracté-
rise le vingtième siècle aboutit à un véritable melting-pot
de formes. Ainsi des œuvres d'écrivains sud-américains,
comme La Maison verte de Vargas Llosa doivent-elles
beaucoup au Nouveau Roman français, alors qu’un
auteur tel que Philippe Dijian reconnaît l’influence très
marquante des romanciers nord-américains, Henry Mil-
ler ou Brautigan, sur un roman tel que 37°2 le matin.
Le phénomène, nous y reviendrons, est encore plus fla-
grant dans le domaine de la musique, le blues et le rock
n’ roll ayant imposé des formes et une sensibilité dont
se sont vivement inspirés la plupart des artistes euro-
péens, jusqu’à des expériences extrêmes comme celle du
groupe français Mano Negra dont la musique mêle, sur
sé CRE CONS EE" PTS Ce LE TA TA
128 / Les sujets littéraires
une base de rock, le bal musette et le flamenco, le fran-
çais, l’anglais, l’espagnol et l’arabe.
Le créateur moderne, et un écrivain comme Edouard
Glissant en est un exemple éloquent, se doit de créer non
seulement son propre monde, mais également de choisir
les formes toujours mouvantes dans lesquelles il va l’ins-
crire.
Transition
On ne peut pourtant faire l’économie de toute catégo-
rie, et Glissant lui-même se déclare «tenté par d’autres
partitions ». « Les catégories sont les outils de la pen-
sée », écrivait Kant, encore faut-il se donner les outils
appropriés à la tâche qu’on veut mener à bien, et penser
la création littéraire de cette fin du XX° siècle nécessite
qu’on en définisse de nouveaux.
Il. L’oralité a bouleversé l’ordre de l’écrit
Pour nous, la littérature est tellement liée à l’écrit que
nous la désignons par un mot de la même famille que le
mot lettre, comme si l’écriture avait toujours existé ou
qu’on n’ait jamais fait de poésie ni raconté d’histoires
avant elle.
En fait, l’écriture n’était rien d’autre qu’une mise en
ordre, un moyen de stockage et de communication, le
premier en somme, après la parole bien sûr, des grands
médias, et pourtant son apparition a probablement bou-
leversé de fond en comble une création jusque-là exclusi-
vement orale. Les œuvres attribuées à Homère nous
donnent un assez bon exemple de ce moment où la litté-
rature occidentale bascule dans l’écrit. En effet, dès
l'instant où les Grecs décident de fixer par écrit L’Iliade
et L'Odyssée, ils mettent fin au long processus de créa-
tion collective qui d’aède en aède leur avait donné nais-
sance et dont elles gardent « l’éclat », les beautés maintes
fois relevées par les commentateurs de « la répétition, de
-E La littérature et la vie / 129
la redondance, de la broderie, de l’écart ».
L'écriture imposera, avec les siècles, son épure, cette
tendance à l’économie des moyens qui la caractérise,
autrement dit sa tendance au classicisme, à la classifica-
tion. Mais l’oralité gardera toujours ses droits et son
influence se fera sentir longtemps encore chez des
auteurs qu’on pourrait qualifier de populaires et dont
les textes étaient destinés à être lus à voix haute à un
public non alphabétisé. C’est ainsi que des œuvres
comme celles de François Rabelais, œuvres exubérantes
autant qu’inclassables, font de ces « fautes » qu’évoque
Glissant au sujet des romanciers de la Caraïbe ou des
griots africains, autant de procédés créateurs qui leur
confèrent toute leur vigueur et leur originalité.
On aurait pu croire pourtant perdu ce combat de
l’oralité contre l'écriture. Des phénomènes comme
l’alphabétisation ou la disparition des cultures folklori-
ques semblaient, en effet, au début du vingtième siècle,
condamner à terme, et à peu près universellement, la lit-
térature orale. Or, vinrent le disque, la télévision, le
satellite, et avec eux, nous y reviendrons, des échanges
interculturels jusque-là insoupçonnables.
C’est un fait d’évidence, dont les manuels scolaires
commencent d’ailleurs à témoigner, la poésie contem-
poraine la plus vivace, celle dont nous sommes nourris
chaque jour, est essentiellement véhiculée par la chan-
son. C’est une poésie dite et écoutée, une poésie qui est
sur toutes les lèvres et qu’on garde à l’oreille, en un mot :
une poésie orale. Or, de la masse d’exemples qui se pré-
sentent à notre esprit, nous voudrions retenir ceux qui
illustrent le mieux l’idée d’Edouard Glissant selon
laquelle «l’aventure commence pour les langues hier
méprisées, langues de l’oralité, langues dominées ».
Ainsi, dans le domaine français, est-ce à l’argot que
l’on pense d’abord et aux chansons de Boris Vian et sur-
tout de Georges Brassens, mais aussi de Serge Gains-
bourg ou plus récemment de Renaud. Tous ces textes
sont autant de poèmes qui constituent une véritable
réhabilitation de la langue verte à laquelle elles ont con-
tribué à donner ce qu’il est convenu d’appeler des « let-
130 / Les sujets littéraires
tres de noblesse», autrement dit un statut littéraire
qu’elle n’avait pas jusqu’alors. On pourrait en dire de
même pour le créole antillais internationalement diffusé
par des groupes comme Malavoi, Kassav ou la Compa-
gnie créole, ou encore pour le wolof, une des langues du
Sénégal, et le groupe Touré Kunda. à
Mais il ne faudrait cependant pas oublier que si
l’aventure commence, ou recommence, pour ces lan-
gues, elle est aussi bien orale qu’écrite, poétique que
romanesque ou théâtrale, comme en témoignent, par
exemple, pour chacune des trois langues en question, les
œuvres de San-Antonio, d’Edouard Glissant lui-même
ou de Marouba Fall.
Cet éclatant retour de l’oralité, en effet, «a changé
désormais l’ordre de l’écrit » et, par un étonnant retour-
nement de situation, c’est l’oralité à nouveau qui impose
son esthétique à la littérature. Observons à ce titre des
œuvres aussi différentes que celles de Louis-Ferdinand
Céline et de Marguerite Duras. Étonnant rapproche-
ment, semble-t-il, et pourtant dans les deux cas nous
trouvons une évidente influence de l’oralité et une utili-
sation systématique de la répétition et de la broderie. Au
jaillissement proche de l’improvisation d’un Céline, aux
longues périodes incantatoires de Mort à crédit, souvent
peu respectueuses d’une syntaxe qui est ressentie comme
une contrainte de la langue écrite, répondent, comme le
murmure au cri, mais dans une même volonté d’écrire
une langue parlée, l’économie stylistique de Moderato
cantabile, la simplicité presque obsessionnelle, chez
Duras, d’une phrase éprise de silence.
Transition
Or, ce retour de l’oralité, dans la mesure où il est lié
aux médias et donc à la mondialisation des échanges,
bouleverse non seulement le rapport de chaque culture
avec sa propre langue, mais la met également face aux
autres langues des cultures avec lesquelles elle commu-
nique.
; La littérature et la vie / 131
Ill. Vers des cultures multilingues
Ce dernier problème que pose Glissant dans sa
réflexion sur les rapports entre oralité et modernité,
celui d’une marche du monde vers des cultures multilin-
gues, est probablement un des plus intéressants pour
nous francophones, qui confondons volontiers notre
culture avec notre langue.
Or, si le multilinguisme est à l’évidence la seule clef
qui ouvre les cultures étrangères et nous en permet
l’accès, et si ce processus est déjà largement entamé avec
l’anglais et l’influence sur nous de la civilisation anglo-
saxonne, la question se pose bel et bien de savoir si «une
culture peut être multilingue sans perdre de son authen-
ticité ni de sa vigueur. »
Il nous semblerait vain, en effet, voire imprudent,
d’adopter d’emblée une attitude naïve qui passerait sous
silence les dangers réels que pose à toute culture l’appa-
rition d’une situation de bilinguisme. Le premier de ces
dangers, et non le moindre, c’est de voir une langue, et
la culture qu’elle véhicule, en dominer une autre au
point de l’étouffer progressivement. Comme nous le
rappelait le linguiste Émile Benveniste, les langues sont
des organismes vivants et il en meurt en ce moment
même, un peu partout dans le monde, faute d’hommes
pour les parler, étouffées par d’autres dans des contex-
tes économiques et politiques qui ont rendu ces dernières
dominantes. C’est ce qui est arrivé aux langues indien-
nes d'Amérique du Nord et aux cultures dont elles
étaient l’émanation. Le stade de bilinguisme, dont on
aurait pu attendre un enrichissement culturel, n’était
qu’un leurre, un stade avant-coureur de la disparition
d’une civilisation tout entière. Kevin Costner, le réalisa-
teur de Danse avec les loups, racontait lors de la sortie
du film comment on avait dû apprendre leur langue aux
acteurs indiens!
On comprend mieux, en méditant de pareils exem-
ples, certaines réactions nationalistes dont l’intransi-
geance par ailleurs nous choque, comme la politique
d’arabisation prônée par certains en Algérie, qui tente
132 / Les sujets littéraires
d’effacer les traces de la culture française en réduisant
considérablement l’usage du français; on pourrait,
d’ailleurs, en dire autant de la culture kabyle. Mais
n'est-ce pas là, une fois la souveraineté nationale retrou-
vée, une faute aussi bien politique que culturelle ? Et la
diversité des langues et des cultures n’est-elle finalement
pas la vraie richesse des nations ?
L'Afrique de l’Ouest est à ce titre exemplaire. Ainsi
l’œuvre en français du président Léopold Senghor, pro-
pagateur du concept de « négritude », n’est-elle en aucun
cas un reniement de ses racines africaines, c’en est bien
au contraire l’exaltation. Et le multilinguisme du Sénégal
d’aujourd’hui, la coexistence de cultures animiste, chré-
tienne et islamique, dans la mesure où le dialogue existe
entre ces communautés, nous semblent être un modèle
culturel intéressant. De même que la situation de l’Etat
de Californie qui a adopté l’espagnol comme seconde
langue officielle, et qui est, depuis quelques décennies
déjà, dans le domaine artistique aussi bien qu’économi-
que, un des lieux où le brassage des cultures est à l’ori-
gine de créations tout à fait authentiques et originales.
Tout se passe, en somme, comme si la vigueur et l’au-
thenticité d’une culture, mais tout autant d’un individu,
se mesuraient à sa capacité à intégrer les cultures des
autres, à en assimiler la part dans laquelle il se reconnaît,
fût-ce au prix de cette inévitable perte d’identité qu’il y
a dans tout changement, c’est-à-dire dans tout progrès.
Conclusion générale
En tentant l’analyse de cette longue réflexion
d’Édouard Glissant, nous avons été amenés à constater
l'établissement d’un nouveau rapport de forces entre les
langues et les cultures du monde, entre l’oralité et l’écri-
ture. Ce nouvel ordre qui caractérise les échanges cultu-
rels modernes, et qui semble peu à peu n’être plus la
simple traduction sur le plan culturel des dominations
politiques et économiques, nous donne une image en fin
de compte assez optimiste de ce que pourrait être le
La littérature et la vie / 133
monde de demain : une Babel où la multiplicité des lan-
gues, des cultures et des formes d’expression ne serait
plus un obstacle à la communication, mais le creuset de
créations authentiques sans cesse renouvelées et revivi-
fiées par les ferments d’un métissage auquel les médias
modernes auront donné une dimension universelle.
Cette mondialisation de la culture, par le respect de
chacun qu’elle suppose, nous semble seule capable
d’assurer la richesse de notre avenir culturel commun,
elle nous semble aujourd’hui la seule chance de vivre
demain dans une paix durable.
Nous rappelons, et cela vaut pour l’ensemble du livre, que
les indications entre les parties qui apparaissent en gras
dans les corrigés ne doivent pas figurer sur la copie
d’examen.
134 / Les sujets littéraires
L'amour et l’art
DISSERTATION N° 16
En justifiant votre réponse à l’aide des œuvres que vous
avez lues, vues, ou étudiées, tentez de répondre à cette
interrogation de Denis de Rougemont: «Pourquoi
préférons-nous à tout autre récit celui d’un amour impos-
sible ? »
APPROCHE DU SUJET
e Le sujet vous invite ici à rechercher les causes d’un
constat apparemment surprenant.
e Votre argumentation peut se contenter d’être expli-
cative. C’est ainsi que nous avons choisi de traiter le
sujet.
e Cependant, si le constat que fait Denis de Rouge-
mont vous paraît ne refléter qu’une partie de la vérité,
et si vous possédez suffisamment d’exemples pour
étayer la thèse contraire, rien ne vous empêche d’en
faire état dans l’une de vos parties. C’est une question
de culture et surtout de tempérament. Rappelez-vous
que c’est un sentiment personnel qu’on vous demande
d’exprimer.
La littérature et la vie / 135
- CORRIGÉ RÉDIGÉ
Introduction
On avait cru la passion amoureuse passée de mode,
submergée dans les années soixante-dix par la vague de
P«amour libre », laminée au début des années quatre-
vingts par l’idéologie libérale et le retour à des valeurs
essentiellement économiques, reléguée, en somme, aux
rayons poussiéreux des bibliothèques et des cinémathè-
ques, et pour ainsi dire tombée d’elle-même en pous-
sière.
Mais le succès en 1984 de L’Amant de Marguerite
Duras (Prix Goncourt, plus d’un million d'exemplaires
vendus en quelques mois dans le monde entier), celui,
l’année suivante, du roman de Philippe Djian, 37°2 le
Matin, et bientôt du film qu’en devait tirer Beneix, puis,
dernièrement, les dix césars du Cyrano de Bergerac,
adapté par Rappeneau de l’œuvre d’'Edmond Rostand,
montrent un éclatant regain du goût du public pour la
passion malheureuse.
Or, il y a dans ce goût, que rien jamais ne semble ras-
sasier tout à fait, un mystère qui intrigue les spécialistes
de la littérature et de la culture occidentale eux-mêmes,
et que Denis de Rougemont, (L'Amour et l'Occident,
1938, Les Mythes de l’amour, 1967), formulait ainsi:
« Pourquoi préférons-nous à tout autre récit celui d’un
amour impossible ? »
Nous tenterons de répondre à cette question en mon-
trant comment la représentation artistique de l’amour
impossible sert à la fois de miroir à ce que nous rêvons
de devenir : des héros capables d’aimer et de sacrifier
tout à l’amour, et à ce que nous redoutons d’être: des
humains enfermés dans un réseau social où l’on ne peut,
où l’on ne doit pas peut-être, tout sacrifier à la passion.
136 / Les sujets littéraires
Première partie: l'amour impossible,
un idéal surhumain
«Les amants se couchent pour mourir», écrivait
Boris Cyrulnik dans Sous le signe du lien, 1989. L’étho-
logue entendait par là que la passion amoureuse est par
nature destinée à s’éteindre dès lors qu’elle a permis au
couple de se former et mis en place les conditions de la
procréation, c’est-à-dire de la survie de l’espèce. Or,
c’est précisément à cette fatalité biologique que tous nos
mythes s’opposent : ce qui nous fascine dans l’amour
impossible, c’est, d’abord, que c’est un amour sans fin,
un amour stérile, où l’individu l’emporte sur l’espèce,
et que la mort éternise.
L’histoire d’Orphée et d’Eurydice est à ce titre exem-
plaire. Les dieux infernaux permettent à Orphée de
ramener sur terre sa jeune épouse, morte le jour même
de leurs noces, à condition, on s’en souvient, qu’il ne la
regarde pas avant qu’ils soient sortis des Enfers. Mais
l’impossibilité de leur amour transcende jusqu’à la
licence divine, la passion surhumaine d’Orphée lui fait
commettre l’irréparable et il perdra son Eurydice à
jamais. Il en deviendra un héros surhumain, c’est-à-dire
inhumain. Les Thraciennes dont il refusera les consola-
tions le mettront en pièces, déçues mais surtout fascinées
par cet homme que sa fidélité idéale a fait échapper à sa
condition humaine et finalement libéré de son désespoir.
«La mesure de l’amour, c’est aimer sans mesure »,
écrivait saint Augustin, donnant ainsi une définition
d’un sentiment que chacun rêve d’éprouver un jour. Or,
c’est toujours le destin des héros tragiques que d’aimer
jusqu’à la démesure. L’amour impossible nous fait
échapper à notre condition de mortels, et tout d’abord
à ce qui la symbolise le mieux : le temps. Il transfuse
dans la vie l’éternité de la mort en changeant la percep-
tion du temps humain («Il me faudra de tes nouvelles
à chaque heure du jour, car il y a tant de jours dans une
minute! », William Shakespeare, Roméo et Juliette,
V 3).
La littérature et la vie / 137
«Pour jamais ! Ah ! Seigneur, songez-vous en
[vous-même
Combien ce mot cruel est affreux quand on aime?
Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-
[nous,
Seigneur, que tant de mers me séparent de vous ?
Que le jour recommence et que le jour finisse. »
Ces vers célèbres de Bérénice à Titus dans la Bérénice
de Racine, s’ils sont bien l’expression du plus cruel
dépit, ne nous empêchent pour autant pas de nous iden-
tifier à l’héroïne dévorée d’un amour impossible,
comme si nous étions prêts à payer d’un éternel malheur
l'intensité inouïe du sentiment qu’elle éprouve.
Ce qui nous fait préférer à tout autre récit celui d’un
amour impossible, c’est bien un désir d’ivresse, d’une
ivresse qui, abolissant le réel, nous conduirait vers une
liberté dont nous avons le sentiment qu’elle nous est
refusée par notre condition humaine, certes, mais aussi
par la société que nous avons édifiée. La fuite dans la
mort, c’est-à-dire dans l’amour, de Roméo et de Juliette
n’a pas d’autre sens : que les Capulets et les Montaigus,
l’autorité paternelle et l’honneur continuent de régir et
de diviser le monde temporel ! Il n’y a qu’un lieu où
l’amour soit possible, et c’est l’éternité!
Deuxième partie : l’amour impossible,
une fascinante image du désespoir humain
Il n’y a de société qui ne connaisse la notion d’inceste,
autrement dit la division de ses membres en groupes
entre lesquels l’amour est possible ou pas. Il n’y a pas
non plus de culture dont la mythologie ne raconte des
transgressions à cet ordre établi.
Or, c’est là un point essentiel : la transgression est
source d’aventures, de péripéties, de toutes sortes d’évé-
nements dont, par définition, aucune histoire ne saurait
se passer et qui sont la matière même de tout récit. Plus
que la qualité humaine et la grandeur d’âme de ceux qui
138 / Les sujets littéraires
ont à franchir ces embüûches et plus que la réussite de ce
franchissement, c’est du face à face entre l’homme et
l’obstacle, c’est-à-dire d’une révolte, que se nourrissent
les récits et que naissent les héros.
Ainsi, lorsqu'il épouse sa mère et devient sans le
savoir le père abominable d’enfants qui sont à la fois ses
frères et sœurs, Œdipe a déjà triomphé par deux fois des
obstacles semés sur sa route héroïque : il a déjoué le
piège mortel du Sphynx et il est sorti vainqueur d’une
rixe où l’homme qui est mort n’est autre que son propre
père. Mais ces victoires ne nous suffisent pas ; il faut que
le héros rencontre l’amour, un amour impossible, bien
sûr, un amour interdit, il faut qu’il rencontre et qu’il
aime Jocaste, sa mère. Toute la pièce de Sophocle,
Œdipe-Roi, est un lent cheminement vers le désespoir
absolu et la nuit noire de la vérité, de la seule vérité qui
se révèle à l’homme au terme de sa quête: son impuis-
sance à maîtriser son propre destin.
Et c’est, d’une certaine façon, cette vérité terrible et
fascinante que ne cesse de nous redire toute histoire
d’amour.
Car, si la passion est une de nos aspirations les plus
fortes, un de nos plus chers et noirs désirs, elle n’en reste
pas moins un sentiment asocial, un inacceptable danger
pour l’ordre établi. Tristan devenu félon au roi Marc et
Yseult adultère ne peuvent survivre sous peine de voir
s’effondrer la société à laquelle ils appartiennent.
Mais les héros des amours impossibles ne sont pas
seulement écrasés par leur société, on les voit aussi
ployer souvent sous leur propre incapacité à aimer et à
être aimés. Une grande partie de l’œuvre de Flaubert
repose sur ce thème, celui de la médiocrité humaine
rêvant d’un amour au-dessus de ses moyens. Ainsi, dans
Madame Bovary, est-ce moins l’étroitesse morale de la
province ou le manque d’ambition amoureuse de Char-
les, de Rodolphe ou de Léon qui vont précipiter le
drame, que la médiocrité d'Emma. Une médiocrité tout
bêtement humaine qu’une rare sensualité et un tempéra-
ment exceptionnel ne parviendront jamais à éluder tout
à fait. On est là dans une situation extrême où l’impossi-
k La littérature et la vie / 139
bilité de la passion amoureuse confine au sublime ou à
Pabsurde, comme on voudra, et semble confirmer tragi-
quement cette définition que donne Jacques Lacan de
lPamour : « Aimer, c’est vouloir donner quelque chose
qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas. »
Et s’il n’y avait que des amours impossibles ?
Conclusion
Nous voudrions, en conclusion, renverser la problé-
matique et tenter d'échapper à un constat par trop pessi-
miste. La question que posait Denis de Rougement, en
effet, quand il dit: «.. préférons-nous.….. », suppose
implicitement une responsabilité du public qui nous
semble excessive. Certes, le succès réservé depuis tou-
jours aux récits d’amours impossibles implique le public
dans la création de telles œuvres, et nous avons essayé
de montrer pourquoi, mais il n’en demeure pas moins
qu’une grande part de cette responsabilité incombe aux
créateurs et par-delà aux mécanismes de la création
elle-même.
Un rapide regard sur l’ensemble du phénomène artis-
tique montre à quel point l’art s’est fait de tous temps
l’écho de nos douleurs et de nos échecs, comme si en les
transformant en œuvres, c’est-à-dire en réussites, il en
tentait la sublimation. Mais sa fonction, en quelque
sorte magique, consiste sans doute aussi à rejeter dans
la fiction cette part d’impuissance et de désespoir qui est
en nous, à nous en débarrasser, en somme, et à nous ren-
dre plus libres et mieux à même de vivre nos histoires
d’amour en harmonie avec nous-mêmes, avec l’autre ét
avec le monde.
Haute fonction que cette mission de réconciliation !
4
Lecture et culture
e La littérature d’évasion
e Un bon livre
e Lecture naïve
e La lecture
1%
.
LL es
AT.
Lecture et culture / 143
L’évasion
Notions clefs
Bande dessinée : la bande dessinée ne fait pas encore
partie, pour beaucoup d’examinateurs, de la littéra-
ture. Il faut donc prendre quelques précautions si vous
y faites allusion:
— considérez que l’examinateur ne connaît pas bien ce
domaine;
— manifestez un enthousiasme mesuré;
— choisissez dans le reste de votre copie des exemples
plus « classiques » qui montreront que vous avez des
goûts variés. |
Évasion: on peut chercher à fuir deux mondes :
— le monde extérieur (monotone, ordinaire, ou
oppressant, difficile);
— son propre monde intérieur (angoissé, triste, éven-
tuellement dépressif). Quand on évoque le pouvoir
d’évasion de la lecture, il ne faut oublier aucun de ces
aspects.
Imagination : c’est le maître-mot de l’évasion. L’imagi-
nation est la faculté qui permet de fuir la réalité et de
la recomposer ; elle impose au lecteur d’autres images
et fait voyager dans le temps et dans l’espace.
Science-fiction : le monde de la science-fiction est en
passe de conquérir ses lettres de noblesse, même s’il se
situe en marge. Ne pas oublier que la science-fiction ne
date pas d’hier (visite de la lune dans L’Autre Monde
de Cyrano de Bergerac (1650) ou, au XIX siècle,
l’œuvre de Jules Verne).
144 / Les sujets littéraires
La littérature d'évasion
DISSERTATION N° 17
Dans ses Entretiens autour du cinématographe (1951),
Jean Cocteau déclarait :«Je ne crois pas à ce terme à la
mode : l'évasion. Je crois à l'invasion. Je crois qu’au lieu de
s'évader par une œuvre, on est envahi par elle. [...] Ce qui
est beau, c'est d’être envahi, habité, inquiété, obsédé,
dérangé par une œuvre. »
A l’aide d'exemples précis tirés de votre culture littéraire
et artistique, vous analyserez et commenterez ces propos
du poète, romancier, dramaturge et cinéaste, Jean
Cocteau.
APPROCHE DU SUJET
e Le sujet repose sur une distinction entre « évasion »
et «invasion ».
e Que Cocteau écarte la notion d’«évasion », ne doit
pas vous empêcher de réfléchir à ce que recouvre « ce
terme à la mode ».
e Un plan en deux parties (1. L'œuvre comme évasion.
II. L'œuvre comme invasion) peut dès lors fort bien se
concevoir, si Vous avez pris la peine de préciser qu’il
s’agit là des deux temps complémentaires d’un même
phénomène : le rapport à l’œuvre d’art.
e Pour enrichir votre argumentation, n’hésitez pas à
envisager l’opposition évasion-invasion aussi bien du
point de vue du public que de celui de l’artiste.
Lecture et culture / 145
CORRIGÉ RÉDIGÉ
Introduction
Au mépris parfois de la part de vérité qu’elles contien-
nent, les idées reçues sont souvent mal perçues par les
intellectuels. Ainsi, Jean Cocteau déclarait-il dans
Entretiens autour du cinématographe : « Je ne crois pas
à ce terme à la mode : l’évasion. Je crois à l’invasion. Je
crois qu’au lieu de s’évader par une œuvre, on est envahi
par elle. [..] Ce qui est beau, c’est d’être envahi, habité,
inquiété, obsédé, dérangé par une œuvre. »
L’art, pourtant, est une forme d’expression faite
d’impressions : l’artiste y recrée le monde tel qu’il le
sent. De même, en lui réservant tel ou tel accueil, le
public va exprimer les impressions que l’œuvre aura su
lui faire ressentir. La voie qui lie l’homme à l’art, pour
être unique, n’est-elle pas à double sens ? Peut-on, sans
risquer une interprétation réductrice, en privilégier un
au détriment de l’autre ? Ou au contraire voir dans cette
opposition entre évasion et invasion une même expé-
rience partagée par le créateur et son public ?
Première partie: l’art comme évasion
Qu’elles soient liées à l’idée de fête, de cérémonie reli-
gieuse ou politique, ou plus simplement de loisir, les
manifestations artistiques marquent toujours une rup-
ture avec la réalité quotidienne. Elles sont un moyen
avoué d’en oublier les soucis et les contraintes. C’était
vrai des représentations théâtrales dans la Grèce antique
ou sous Louis XIV, c’est encore vrai de nos salles de
spectacles où se pressent des foules en quête de divertis-
sement.
L'œuvre d’art, en effet, nous transporte ailleurs et
quelle que soit la réalité qu’elle nous propose, nous n’y
pouvons adhérer qu’en oubliant le fauteuil où nous nous
sommes installés pour la voir ou pour la lire. L’acte
PET
146 / Les sujets littéraires
même d’ouvrir un livre ou de prendre un billet est une
négation du monde tangible.
Transportés par Racine à la cour de Néron, de Thésée,
de Titus, nous tremblons pour des héros dont les senti-
ments nous dépassent et nous invitent à nous dépasser.
|} La première évasion que nous propose l’œuvre d’art est
‘une évasion hors de nous-mêmes ; en devenant tour à
tourtel ou tel des personnages dont on représente le des-
tin, en nous identifiant à lui, nous nous dépossédons de
notre propre existence.
Mais cette évasion est aussi bien souvent le résultat
nid: unpur aa sir de
de voyage, |de Sn net à d’un besc
besoin_
Passouvissement duquel ils seont complices. La poésie
de Charles Baudelaire et son pouvoir de fascination
reposent en grande partie sur ce thème, c’est une « Invi-
tation au voyage » :
« Songe à la douceur,
D'’aller vivre là-bas ensemble ! »
ou encore dans « Moesta et errabunda » :
«Emporte-moi, wagon ! enlève-moi, frégate! »
On pourrait encore citer le succès au XVIII‘ siècle
des récits de voyages comme ceux de Bougainville ou de
Cook ou des romans qui les imitent comme le Robinson
Crusoé de Daniel Defoe. Dans ce dernier ouvrage, le
désir d’évasion est bien au cœur de la création littéraire :
héros et lecteur communient dans une même soif d’éva-
sion qui les mène d’Angleterre jusque dans cette île
déserte qui va cristalliser le thème et l’élever au rang de
mythe.
Or, ce pouvoir d’évasion de la littérature, que Robin-
son connaît bien, lui qui tient son journal régulièrement,
n’est pas l’apanage des héros et du public. Certains écri-
y Villon
vains l’ont vécu de [Link]çon la plus concrète. Il y a, de
à Soljenitsyne en passant par Sade ou Genet,
toute une tradition de littérature carcérale dont le but est
à l’évidence de procurer à l’auteur un sentiment d’éva-
sion. Il n’y a d’ailleurs pas lieu de s’en étonner : liée à la.
Lecture et culture / 147
liberté d'expression, la littérature n’est-elle pas toujours
une expression de laliberté ?
C’est là la critique la plus sûre que l’on puisse faire
aux propos de Cocteau : toute création artistique a quel-
que chose à voir avec un désir de transcender la condi-\
tion humaine et de se libérer, en particulier, des |
contraintes du lieu et du temps.
Mais revenons, avant de poursuivre notre réflexion,
sur l’exemple de Soljenitsyne dont le fameux Archipel
du Goulag nous paraît offrir une intéressante transition.
L’auteur ayant été privé de quoi écrire, des centaines de
pages de cette œuvre furent composées mentalement ; ce
n’est qu’à sa libération que l’écrivain russe put trans-
crire la somme romanesque qui, au fur et à mesure qu’il
la créait, avait «envahi» sa mémoire, l’avait «habi-
tée », « obsédée », tout en la tenant hors d’atteinte de
l’emprise délétère du camp et de la surveillance des gar-
diens.
Deuxième partie : l’art comme invasion
Retournant ce qu’il considère comme un lieu com-
mun, mais dont nous avons essayé de démontrer qu’il
ne manquait pas de bon sens, Cocteau nous propose une
esthétique de l’invasion qui considère l’art comme une
manière de violence faite au public «envahi, habité,
inquiété, obsédé, dérangé par une œuvre».
L'œuvre n’est plus alors le lieu d’une complicité entre
auteur et lecteur (ou spectateur), mais un moyen pour
le premier d’intervenir dans l’imaginaire ou la cons-
cience du second, de le soumettre à des passions, de le,
faire réagir enquelque sorte.
Cette conception rejoint l’expérience de la peinture
religieuse du Moyen Age et de la Renaissance et évoque
les très nombreux enfers peints pour susciter l’effroi des
spectateurs, comme celui du Jugement dernier de
Michel-Ange à la chapelle Sixtine. Mais elle nous semble
trouver son expression la plus avouée, peut-être la plus
caricaturale, dans l’œuvre d’un contemporain de Coc-
148 / Les sujets littéraires
teau, Antonin Artaud. Pour ce dramaturge et théoricien
de la scène, l’auteur doit imposer au public un véritable
état de transe collective en secouant violemment sa sen-
sibilité par une série de moyens qui relèvent du « théâtre
de la cruauté ». Cette théorie aura une traduction archi-
tecturale, Artaud imaginera une scène où acteurs et
spectateurs n’étant plus séparés, le public sera convié à
participer à l’œuvre corps et âme.
A l’opposé probablement de la pensée de Cocteau, ses
propos peuvent encore éclairer ce qu’il est convenu
d’appeler la littérature engagée. Ainsi, dans Sifuation
II, Jean-Paul Sartre déclare: « Puisque l’écrivain n’a
aucun moyen de s’évader, nous voulons qu’il embrasse
étroitement son époque. » et, pourrions-nous ajouter,
qu’il en décrive et dénonce les injustices, qu’il en prépare
la réparation en créant chez le lecteur une prise de cons-
cience, c’est-à-dire une mauvaise conscience salutaire
qui aidera à l’avènement d’une société meilleure.
En fait, quand il déclare que « ce qui est beau, c’est
d’être envahi, habité... », notre auteur, tenant d’une lit-
térature puisant sa source dans l’imaginaire, se réfère à
une conception mythologique de la création dont le per-
pe sonnage d’Orphée (Cocteau réalise Orphée en 1950, puis
Le Testament d’Orphée en 1960), reste l'emblème. Ce
poète mythique est en effet celui dont la poésie envahit
jusqu’au cœur des fauves et à l’extase de laquelle les
dieux des Enfers, eux-mêmes, succombent. Or, si
l’œuvre d’art est capable, pour Cocteau, de provoquer
un tel effet, c’est qu’elle a été créée dans des conditions
semblables ; ainsi dans le premier film, l'inspiration
vient-elle au poète sous la forme d’un message divin
capté par hasard sur un auto-radio.
Cette scène nous ramène expressément à la concep-
tion qu’avaient les Grecs de l’inspiration, qu’ils appe-
laient enthousiasme, c’est- à-dire «invasion par un
dieu». On retrouve, là encore, quelque chose de com-”
mun entre l’expérience de l’artiste et celle du public.
LEP ONE ST
É &
Lecture et culture / 149
Conclusion
Nous voudrions montrer enfin combien ces deux con-
ceptions d’évasion et d’invasion sont compatibles et ne
présentent chacune qu’un aspect d’une même réalité.
N'est-ce pas à travers ce qu’elle change en nous, que
l’œuvre nous permet de nous évader? Et n’est-ce pas
profitant de ce vide qu’elle opère, de cette disponibilité
qu’elle suscite, qu’elle peut nous envahir?
Rappelons à ce propos la théorie aristotélicienne de la
| catharsis suivant laquelle la représentation théâtrale des
) vices « purge » les spectateurs de la tentation d’y suc-
comber. Pour que s’opère cette libération par l’œuvre
d’art, cette évasion de la partie mauvaise de nous-
| mêmes, il faut au préalable que nous nous soyons laissés
( envahir, obséder, déranger par des personnages aux-
quels nous nous identifions.
Et c’est bien dans l’ambiguité de cette notion d’identi-
fication, dans son mouvement de va-et-vient que rési-
dent le mystère et la fascination qu’exercent sur nous ces
œuvres qui nous bouleversent.
ei
150 / Les sujets littéraires
Un bon livre
DISSERTATION N° 18
| Qu'est-ce qu'un bon livre ? |
APPROCHE DU SUJET
e Devant un tel sujet, tout reste à inventer. On attend
de vous une réponse originale et personnelle : vous avez
toute liberté: il est donc très délicat de vous proposer
un «corrigé » dont la valeur reste relative.
e Avant de réfléchir à un plan, demandez-vous quels
sont les livres qui entrent pour vous dans la catégorie
des «bons livres ».
e Il faut exploiter au mieux la question : chercher quels
sont les sens de «bon», ne pas réduire la notion de
«livre » à celle de « roman ».
> Moinsil y a de termes dans un sujet, plus il faut essayer
de leur donner des valeurs multiples et explorer tous
leurs sens, quitte à éliminer, lors de l’élaboration du
plan, ceux qui présentent le moins d’intérêt.
e La notion très évidente de « bon livre » n’a pas besoin
d’être amenée de façon très subtile : l'énoncé du sujet
est direct, c’est à vous personnellement qu’on
s’adresse, à votre expérience de lecteur plus qu’à votre
culture générale. Le « je » n’est pas à proscrire, bien
loin de là.
B Si la question est posée de façon simple et directe,
l’introduction sera nécessairement brève et rapide ;
exceptionnellement, on pourra même commencer
l’introduction par l’énoncé de la question.
x Lecture et culture / 151
CORRIGÉ SEMI-RÉDIGÉ
Volontairement, nous ne donnerons pas d’exemples
précis pour cette dissertation, mais des indications vous
permettant d’insérer dans le développement les exem-
ples de votre choix.
Introduction
Qu'’est-ce qu’un bon livre? Dans les pays où la cen-
sure n’existe plus ou très peu, cette question se pose au
niveau individuel et c’est à chaque lecteur d’y répondre.
Cela revient à poser la question : quels sont les livres que
j’ai aimés, ou en tout cas estimés, et sur quels critères ?
Première partie:
à quels symptômes chez le lecteur reconnaît-on
qu'il est en train de lire un «bon livre
»?
e On a tous, sur une plage ou dans un wagon de train,
observé un lecteur absorbé dans sa lecture; on peut
reconnaître qu’il lit un bon livre à un certain nombre
de symptômes physiques : il est d’une immobilité quasi
totale, devenu sourd et aveugle à tout ce qui n’est pas
son livre, agité d'émotions incompréhensibles pour son
entourage (rire, grimace.…), il en perd l’appétit, le som-
meil.. et la sociabilité.
e Le bon livre est en effet celui dont je ne parviens pas
à me détacher. Il y a même là un paradoxe intéressant
qui caractérise la lecture : j’ai hâte de savoir la fin d’un
bon livre tout en redoutant de devoir l’abandonner (un
exemple de roman policier ou d’aventure à suspense).
e La relecture d’un bon livre commence dès sa lecture :
impressionné, saisi par une page, je la relis plusieurs
152 / Les sujets littéraires
fois (exemple emprunté à la poésie, ou scène de théâtre
particulièrement drôle ou tragique).
e Un bon livre est un livre qui m’accompagne toute ma
vie: régulièrement relu, il a toujours quelque chose à
me dire ; j’en deviens l’apôtre auprès de mes amis (sans
aller jusqu’à citer la Bible ou le Coran — pourtant
d’excellents exemples —, prendre un exemple parmi les
livres de réflexion et de référence).
Deuxième partie :qu’y a-t-il dans
un bon livre?
e Tout, bien sûr ; un tout que chaque lecture renouvelle
et dont je vais donner les grandes lignes.
e Émotion : un bon livre, c’est un livre qui me boule-
verse et dont j’achève la lecture différent de ce que
j'étais en l’entamant ; il me révèle à moi-même (Victor
Hugo adolescent découvre sa vocation d’écrivain en
lisant Chateaubriand — exemple personnel à votre
guise).
e Mystère : un bon livre, c’est un livre qui me révèle
progressivement ce qu’il a à me dire, conservant tou-
jours le charme du mystère (exemple d’un poème aux
sens multiples et indéfinissables) ; par mystère, il ne
faut pas simplement entendre l’énigme du récit, mais
aussi l’enchantement du style (pensez à des exemples de
prose poétique).
e Intelligence : un bon livre, c’est un livre qui rend
intelligent et me transforme. Au moins pour un
moment, il me fait échapper à mon univers nécessaire-
ment réduit pour me faire participer à d’autres réalités
que la mienne (exemple à choisir parmi les essais, les
témoignages, ou les romans à problématique philoso-
phique).
Lecture et culture / 153
Conclusion
Cela dit, comme toute rencontre, la découverte d’un
bon livre échappe au récit qu’on pourrait en faire. Ce
qui en fait le charme, c’est ce je-ne-sais-quoi qui préside
à l’émotion esthétique ou à l’amour. D’un bon livre, je
dirais que nous étions faits l’un pour l’autre, j’ai le senti-
ment qu’il n’a été écrit que pour moi, et le seul regret
qu’il me laisse parfois, c’est de ne l’avoir pas écrit
moi-même.
154 / Les sujets littéraires
Lecture naïve
DISSERTATION N° 19
«J'aime lire comme lit une concierge: m'identifier à
l’auteur et au livre. Toute autre attitude me fait penser au .
dépeceur de cadavres», écrit Cioran dans De l’inconvé-
nient d'être né (1988).
Vous commenterez cette réflexion en vous appuyant sur
des exemples tirés de votre propre expérience de la lecture.
APPROCHE DU SUJET
e La première phrase de la citation ne présente pas de
difficulté majeure : elle est explicitée dans sa deuxième
partie. Soyez néanmoins sensible à l’humour provoca-
teur de Cioran qui vous invite à adopter vous-même un
ton vif.
e La difficulté réside dans la métaphore de la seconde
phrase : le « dépeceur de cadavres », c’est le critique lit-
téraire. Vous avez vous-même une expérience de criti-
que : à travers l’explication de textes ou le commentaire
composé.
e A l’évidence, on attend de vous une défense de ces
deux exercices. Vous pouvez néanmoins abonder dans
le sens de Cioran si vous êtes très fort et si vous présen-
tez de solides arguments à l’encontre de la critique, qui,
ne l’oubliez pas, est une part importante du travail de
votre correcteur!
Lecture et culture / 155
B Lorsque, dans un sujet, on vous demande à la fois de
commenter une citation et de faire part de votre expé-
rience personnelle, vous pouvez légitimement conce-
voir un plan en deux grandes parties:
1. commentaire développé de la citation;
2. réflexion sur votre expérience personnelle.
Pour chaque partie, vous élaborerez un plan précis et vous
veillerez à bien structurer l’ensemble de la dissertation.
CORRIGÉ SEMI-RÉDIGÉ
Éléments d'introduction
e Le tour évidemment provocateur des propos de Cio-
ran semble autant destiné à stigmatiser les défauts de
la critique qu’à provoquer un sursaut salutaire chez le
lecteur.
e Mais les propos de Cioran sont plus complexes qu’il
n’y paraît.
e Notre expérience de lecteur et notre formation sco-
laire nous conduisent à nuancer, voire contester sa
position.
Première partie:
développement et commentaire de la citation
1. La concierge : une lectrice idéale ?
e Cioran ne considère pus la lecture comme une activité
réservée aux intellectuels, bien au contraire. Elle ne
suppose aucune culture littéraire particulière.
e La concierge n’apparaît ici que comme l’image du
lecteur naïf qui se laisse guider par ses seules émotions ;
156 / Les sujets littéraires
en effet, elle s’identifie à ce qu’elle lit.
e Or, l'identification est plutôt mal considérée par Le
intellectuels qui apprécient davantage l’analyse qui
suppose une distanciation.
e Cependant, Cioran, malgré les efforts qu’il fait pour
s’identifier à une concierge, demeure avant tout un
écrivain : ce n’est ni au narrateur, ni aux personnages
qu’il s’identifie — ce qui est le mouvement naturel de
la lecture —, mais « à l’auteur et au livre ». Il se placé
donc davantage du point de vue de l’auteur qu’il est lui-
même que de celui du lecteur naïf.
2. La critique: une profanation ?
e Par la formule vague « toute autre attitude », Cioran
s’en prend implicitement à la critique littéraire.
e Comparer le critique à un « dépeceur de cadavres »
relève une fois encore de la provocation.
e Pour lui, l’analyse est à prendre au sens étymologi-
que (du grec analusis = décomposition) : elle s’appa-
rente à la dissection qui suppose un corps mort.
e La critique, écartant toute émotion, ne voit plus dans
l’œuvre littéraire une création vivante.
e La remarque de Cioran vise tout particulièrement les
critiques de profession qui sont, selon lui, des espèces
de « charognards ».
Deuxième partie :expérience personnelle
e Tout lecteur non professionnel et tout élève du secon-
daire a pratiqué à la fois la lecture naïve et l’analyse.
1. Expliquer c’est apprécier mieux
e Expliquer permet de comprendre toutes les inten-
tions de l’auteur (savoir lire la dénonciation du nazisme
dans La Peste de Camus ou Rhinocéros d’Ionesco).
‘e Expliquer permet de voir toutes les facettes d’une
_
Lecture et culture / 157
œuvre qu’une première lecture n’aurait pas révélées
(apprécier chez Rabelais, tout autant que les péripéties
de la fantaisie verbale, les préoccupations humanistes).
e La relecture d’un texte sur lequel on a travaillé et
dont on maîtrise la diversité procure un plaisir raffiné.
2. Expliquer c’est réapprendre à lire
e Bien lire, ce n’est pas seulement lire couramment,
c’est aussi lire en profondeur.
e L’explication est une technique de lecture qui permet
d’interroger les textes et de ne pas passer à côté de tout
ce qu’ils ont à nous dire.
e La lecture naïve de la concierge privilégie l’histoire et
les personnages, au détriment peut-être de la composi-
tion et du style, bref, de l’écriture; l’explication resti-
tue le texte dans son intégralité, avec toutes ses
richesses.
e La lecture approfondie d’un texte donne des clefs
pour ouvrir d’autres livres (passer du poème isolé au
recueil, d’une œuvre à l’ensemble).
e L’explication construit une culture qui permet
d’aborder seul des textes ambitieux : c’est une école de
liberté et d’audace.
Éléments de conclusion
e Il faut prendre davantage la phrase de Cioran comme
une mise en garde contre une attitude négative qui con-
sidère la littérature comme lettre morte.
e La bonne critique n’a pas pour but de « dépecer des
cadavres » mais plutôt d’entretenir le souffle de vie qui
anime toute création artistique.
e Tout ce qu’on peut regretter dans l’attitude critique
— mais n’est-ce pas là la rançon de tout savoir ? —,
c’est la perte de l’innocence.
- 158 / Les sujets littéraires
La lecture
DISSERTATION N° 20
Bossuet, réfléchissant sur l'utilité de la lecture, écrit dans :
ses notes personnelles qu'elle «éclaire, éveille, fait
chercher».
Aragon écrit dans une étude sur Joë Bousquet : « Tous
les livres se lisent comme on s'endort. [...] Le rêve de l'écri-
vain s’est substitué au vôtre, vous êtes pris. C'est le som-
meil nommé lecture. »
Quelles réflexions vous inspirent ces deux jugements
opposés ? Vous traiterez le sujet avec l'aide d'exemples
précis.
Clermont-Ferrand, 1980.
APPROCHE DU SUJET
e La difficulté du sujet réside dans sa formulation.
Certains sujets, en effet, sont constitués de deux cita-
tions. Votre premier travail consistera à les intégrer
toutes deux dans une seule et même problématique. Il
faut aussi se garder de n’en traiter qu’une au détriment
de l’autre. C’est l’occasion d’utiliser un plan dialecti- -
que (thèse - antithèse - synthèse).
e Les deux citations proposées semblent dire exacte-
ment le contraire l’une de l’autre. Il faudra, dans la dis-
sertation, illustrer les deux thèses, mais aussi introduire
des nuances qui permettront de réduire l’apparente
- contradiction.
F Lecture et culture / 159
CORRIGÉ SEMI-RÉDIGÉ
Éléments d'introduction
e Deux auteurs ont deux conceptions bien différentes
de la lecture : Bossuet y voit une stimulation intellec-
tuelle, tandis qu’Aragon privilégie la fascination
qu’elle exerce sur le lecteur (reprendre les termes essen-
tiels de chacune des deux citations).
e Ces deux sentiments, opposés, mais que tout lecteur
a pu éprouver, traduisent bien la complexité du phéno-
mène. La lecture n’est-elle pas un rêve éveillé ?
Première partie : la lecture «éclaire,
éveille, fait chercher »
e Avant qu’il ne s’empare d’un nouveau livre, le lec-
teur vit dans l’univers clos de ses goûts, de sa culture,
de ses habitudes; il a une identité et un imaginaire
donnés.
e La lecture est une rencontre qui va modifier, voire
bouleverser ces données.
1. Elle éclaire
e Elle donne à voir: documents, témoignages mais
. aussi romans (La Comédie humaine de Balzac et la
société française de la Restauration).
e Elle révèle : les monothéismes sont fondés sur la révé-
lation apportée par des textes sacrés.
e Elle explique : études historiques, critique littéraire.
2. Elle éveille
e Elle suscite une prise de conscience : toute la littéra-
ture engagée repose sur la conviction que la lecture
modifiera l’opinion du lecteur (lutte contre les préjugés
160 / Les sujets littéraires "4
— Candide de Voltaire).
e Elle peut susciter des vocations par le désir d’imita-
tion: le jeune Hugo veut être « Chateaubriand ou
rien ».
e Elle mène à l'écriture par la volonté de débattre : dia-
logue à travers les siècles entre Montaigne, Pascal et
Voltaire.
e Elle crée un choc esthétique au même titre que la
musique ou la peinture: Surréalisme, Nouveau
Roman.
3. Elle fait chercher
e Elle est souvent à l’origine d’une passion: un livre,
en suscitant une curiosité, incite à lire d’autres livres
qui traitent de ce sujet.
e La découverte d’un auteur à travers l’un de ses ouvra-
ges conduit à s’intéresser à l’œuvre tout entière ; cer-
tains auteurs jouent sur ce phénomène d’entraînement
(auteurs de « séries » comme Simenon avec les Maigret,
mais tout aussi bien Zola avec les Rougon-Macquart).
Deuxième partie: la lecture substitue
au nôtre le rêve de l'écrivain
e Toute lecture suppose que le lecteur abandonne ses
préoccupations immédiates.
1. Elle entraîne dans un rêve étranger à soi
e Le livre constitue un univers autonome et la lecture
est le moyen d’y pénétrer (A /a recherche du temps
perdu de Proust).
e Mais on fait sien ce rêve, parfois jusqu’à la folie, tel
Don Quichotte décidant de vivre comme les héros des
romans de chevalerie qui l’ont enchanté, ou jusqu’au
malheur, comme Madame Bovary qui ne parvient pas,
dans sa vie réelle, à vivre les aventures romanesques de
- ses lectures.
- _ Lecture et culture / 161
2. Elle enchante et ensorcèle
e La poésie tout particulièrement exerce sur le lecteur
une fascination sensuelle et musicale : Baudelaire nous
invite au voyage dans ses Fleurs du mal.
e Le théâtre baroque, comme L'’Illusion comique de
Corneille, nous entraîne dans un monde d’artifice et
d’illusion.
e Les romans fantastiques ont leurs lecteurs fanatiques
qui prennent piaisir à vivre dans leur monde décalé.
Troisième partie: le rêve éveillé
1. Le lecteur reste maître de sa lecture
e La lecture n’est pas de l’hypnose: la fascination
qu’elle exerce suppose l’adhésion consciente du
lecteur.
e C’est le lecteur qui choisit l’ouvrage, le temps de la
lecture ; il peut à tout moment la suspendre ou l’aban-
donner.
2. Un plaisir qui reste conscient
e C’est sciemment que le lecteur s’abandonne au plaisir
et à l’oubli de soi que procure la lecture ; c’est souvent
le rôle de ces livres qu’on dit «de chevet » que d’être
des compagnons auxquels on a recours pour se « diver-
tir » (Voltaire pratiqua ainsi sa vie durant la lecture du
poète latin Horace).
e Iln’y a pas de lecture qui ne soit profitable et enri-
chissante : quelque fascinante qu’elle soit, elle n’endort
jamais la conscience, mais la stimule toujours.
Éléments de conclusion
e La lecture est une intrusion dans notre intimité, cer-
tes, mais c’est aussi notre propre intrusion dans l’uni-
vers d’un auteur.
e C’est ainsi qu’on peut expliquer que la lecture est à
la fois oubli de soi et éveil à l’autre.
162 / Les sujets littéraires
La curiosité
DISSERTATION N° 21
«On n'est curieux qu'à proportion qu'on est instruit »,
écrivait Jean-Jacques Rousseau. Qu'en pensez-vous ?
APPROCHE DU SUJET
e Le sujet peut paraître paradoxal : en effet, la curio-
sité pourrait sembler le propre de celui qui ne sait pas
encore et voudrait savoir ; or, Rousseau nous dit ici que
plus on sait, plus on est curieux.
e La contradiction n’est pourtant qu’apparente : si le
savoir nous incite à la curiosité, c’est qu’il reste tou-
jours incomplet et perfectible.
e La question posée est simple. Un plan en deux parties
conviendrait parfaitement pour ce sujet. Il faut en ce
cas prévoir une conclusion un peu plus développée qui
esquisse une synthèse.
.s Lecture et culture / 163
_ DISSERTATION RÉDIGÉE
Introduction
Les philosophes du XVIII siècle ont tous débattu de
pédagogie. L’avènement d’idées nouvelles et les progrès
de la science ont posé le problème de la transmission de
ces savoirs. Face à une inculture quasi générale, il fallait
trouver le moyen d’éveiller l’intérêt des masses. Pour sa
part, Rousseau estimait qu’un minimum d’instruction
était nécessaire au développement de la curiosité. Il écri-
vait : «On n’est curieux qu’à proportion qu’on est ins-
truit. » À notre époque où le débat pédagogique est tout
aussi vif, la question reste d’actualité.
Même si on n’est curieux que de ce qu’on ne sait pas,
c’est bien ce que l’on sait qui nous pousse à en savoir
davantage.
Première partie : on n’est curieux
que de ce qu’on ne sait pas
Le mot curiosité est étymologiquement de la même
famille que le mot latin « cura » qui veut dire « recher-
che, soin, souci ». On comprend mieux ainsi le sens de
ce terme: la curiosité est cette faculté naturelle à
l’homme qui l’incite à vouloir acquérir une connaissance
dont il ressent brusquement le manque. C’est elle qui
pousse les enfants à poser leurs questions incessantes.
Mais la curiosité a aussi un sens plus intellectuel. A
l’origine de la philosophie, il y a l’«étonnement »,
disaient les penseurs de l’Antiquité. Le vrai philosophe
est alors celui qui ne cesse de s’étonner, c’est-à-dire de
poser des questions à lui-même et au monde.
Il semble donc que l’ignorance soit le premier moteur
de la curiosité. En effet, l’ignorance a pour l’homme un
caractère inacceptable. Les cosmogonies des peuples
antiques ou primitifs ne procèdent pas d’un mouvement
164 / Les sujets littéraires
essentiellement différent de celui qui pousse le chercheur
scientifique d’aujourd’hui: il s’agit toujours d’expli-
quer le monde, son origine et son fonctionnement. De
même, si nous nous rendons à une exposition par curio-
sité, ce n’est pas pour voir des objets que nous connaïis-
sons, mais au contraire pour découvrir un monde
inconnu, qui ouvrira notre esprit sur de nouveaux
domaines.
Cela dit, l’excès d’information engendre une satiété
qui peut aller jusqu’à tuer la curiosité. Une certaine las-
situde peut alors naître: le relatif désintérêt actuel
qu’inspire la vie politique au public n’est-il pas para-
doxalement le résultat d’un excès d’information ?
Deuxième partie :savoir,
c’est toujours en savoir plus
Il faut cependant constater que le mécanisme qui
déclenche la curiosité est plus complexe qu’on ne le croit
généralement. La curiosité ne peut s’appliquer qu’à un
objet qui a déjà en partie été dévoilé; il faut avoir été
«appâté » pour vouloir en savoir plus. C’est ainsi qu’on
peut expliquer que l’instruction, dans la mesure où elle
amorce des pistes chez l’enfant ou l’adolescent, permet
à chaque individu d'approfondir les connaissances qui
ont retenu son attention. Plusieurs exemples peuvent
aider à analyser le phénomène ; celui de la lecture permet
d’affiner la question : ce qui nous pousse à finir un livre,
c’est l’envie de connaître la suite de ce qu’on sait déjà.
La recherche scientifique, à l’évidence, fonctionne de la
même façon, à cela près, selon certains savants, que plus
s’étend la connaissance du monde, plus le chercheur
prend conscience de l’étendue de ce qu’il ne sait pas.
Dans ces conditions, l’instruction servirait alors à
n’être pas écrasé par cette masse d’ignorance. Elle four-
nit des repères, oriente la curiosité en lui proposant
divers objets comme la science ou la littérature. Il est
donc important qu’elle tienne compte des individus et
n’impose pas un modèle standard.
J Lecture et culture / 165
Il n’y a pas, en effet, que des curiosités amorcées par
l’instruction : chacun réagit suivant sa nature et ses dons
propres, dons pour la musique ou le dessin par exemple.
Mais l’homme sans instruction aura des difficultés à
assouvir sa curiosité naturelle : il risque à la fois de se
disperser et de passer à côté de ce qui aurait pu le pas-
sionner.
Conclusion
La curiosité est à l’origine du savoir, mais le savoir,
loin de l’étouffer, la renouvelle. L’instruction est un
tremplin qui nous permet de sauter les étapes : forts de
nos connaissances, nous pouvons donner libre cours à
notre curiosité et explorer des champs nouveaux
d’investigation. C’est donc bien l’instruction qui permet
de devenir soi-même en donnant à la curiosité les
moyens de s’assouvir.
166 / Les sujets littéraires
La francophonie
DISSERTATIONS N° 22
Quel intérêt présente, selon vous, le développement de
la francophonie ?
APPROCHE DU SUJET
e Il s’agit d’un sujet de culture générale de concours
administratif de niveau A ou B et qui ne requiert pas
de compétences particulières ; on s’adresse à vous
comme à un membre de la communauté francophone.
e Évitez le piège qui consisterait à ne voir dans la fran-
cophonie qu’un phénomène culturel: il ne faut pas
négliger les relations internationales et les échanges
économiques.
e N'oubliez pas de donner des exemples concrets et
variés afin de ne pas tomber dans une apologie abs-
traite de la langue française.
e Il convient d’adopter ici un plan thématique qui
dresse un inventaire ordonné des profits à tirer de la
francophonie et des pièges à éviter.
> Le plan catalogue convient à des sujets qui n’exigent
pas l’élaboration d’une véritable problématique, mais
vous demandent de dresser une liste raisonnée (« quels
sont les intérêts. ? », « quels sont les dangers. ? »,
«quels plaisirs procure. ? »).
Il faut alors ménager une progression susceptible de
maintenir l’attention de votre lecteur: finissez par le
point qui vous semble le plus intéressant!
Ne vous contentez cependant pas de dresser un simple
inventaire : essayez d’analyser précisément chacun des
points.
« Lecture et culture / 167
CORRIGÉ SEMI-RÉDIGÉ
Éiéments d'introduction
e Rappelez que le français fait partie de ces quelques
langues supra-nationales (avec l’anglais, l’espagnol,
l’arabe...) qui sont langues courantes dans d’autres
pays que leur pays d’origine.
e La communauté francophone est composée de près
de 300 millions d’individus (près d’un humain sur
douze parle français), sur les cinq continents.
e Le développement des liens à l’intérieur de cet ensem-
ble est profitable, principalement dans trois domaines :
culturel, économique et politique.
Première partie : le domaine culturel
e Parler la même langue, c’est partager un fonds cultu-
rel commun : la langue véhicule des références littérai-
res et philosophiques, mais aussi un imaginaire qui lui
est propre.
e Les contacts accrus entre les différentes communau-
tés qui pratiquent le français ne peuvent qu’aboutir à
un enrichissement mutuel. On peut songer à l’exemple
de la chanson française ei de la chanson québecoise qui
pratiquent depuis plusieurs décennies des échanges
constants et fructueux.
e Des figures majeures de la littérature d’expression
française sont issues de pays fort différents de la
France : Léopold Sédar Senghor, Tahar Ben Jelloun,
Antonine Maillet, Georges Simenon. Leur œuvre con-
naît un rayonnement universel, fondé en grande partie
sur la communauté francophone.
e L'Alliance Française, avec ses 600 centres d’ensei-
"1 0 |
4
168 / Les sujets littéraires
gnement, développe la francophonie hors des pays tra-
ditionnellement francophones.
e Le Conseil international de la langue française, com-
posé de linguistes et de grammairiens venus de tous les
horizons de la francophonie, veille à intégrer dans des
«banques de mots » tous les particularismes locaux de
l’usage du français qui révèlent sa vigueur et sa
diversité.
e Un tel organisme permet de prévenir toute hégémo-
nie française sur la francophonie : le français parlé par
les Acadiens représente autant la langue française que
celui parlé en Bourgogne ou au Sénégal.
Deuxième partie: le domaine économique
e Parler la même langue est un atout essentiel dans le
domaine des échanges culturels, mais aussi économi-
ques : le commerce se fait plus facilement dès lors que
marchands et clients parlent la même langue.
e Le Conseil économique et social français dans un avis
adopté le 30 mars 1989 précise : « Dans ses aspects éco-
nomiques et commerciaux, l’usage de la langue fran-
çaise est souvent considéré comme préjudiciable au
développement des échanges. Un préjugé tenace tient
la prédominance de l’anglo-américain, dit «langue
d’échange », pour un fait acquis ou en passe de l’être,
et assigne à la langue française le rôle faussement pres-
tigieux et en fait réducteur d’une « langue de culture ».
Or, ce préjugé repose sur une opposition fallacieuse
entre l’économie et la culture, et néglige la souplesse et
la précision de la langue française, ses capacités
d’adaptation, de renouvellement et d’enrichissement
qui la rendent capable d’exprimer les nouvelles don-
nées scientifiques, techniques et économiques ».
e Il faut certes s’appuyer sur la langue des autres pays
À Lecture et culture / 169
pour développer une stratégie commerciale, mais les
étrangers qui pratiquent le français seront plus sensi-
bles aux produits issus de la communauté franco-
phone. Un travail comme celui de l’Alliance Française
n’a donc pas qu’une incidence culturelle.
e N'oublions pas que la culture elle-même est un pro-
duit de consommation : livres, disques, films sont aussi
l’objet d’un commerce.
Troisième partie: le domaine politique
e Cependant, chacun des pays francophones ne doit
pas se replier sur la francophonie : chacun appartient
à une communauté de voisinage dans laquelle il doit
s’intégrer (CEE, OUA, Pays arabes, Amérique du
Nord...).
e Facteur d’identité, la francophonie soulève aussi des
problèmes politiques qu’il appartient à chaque com-
munauté nationale de résoudre (problème de Bruxelles
et de la Wallonie, du Québec...) ; le multilinguisme
suisse est l’exemple d’une réussite dans ce domaine.
e Les nations francophones doivent cependant veiller
au respect des autres langues parlées sur leur territoire.
e Même si la France ou la Belgique entretiennent des
relations privilégiées avec leurs anciennes colonies du
fait de la francophonie, il serait absurde de voir là un
néocolonialisme larvé.
e La preuve en est que l’Organisation internationale de
la francophonie n’a pas été imposée par les nations
européennes, mais bien plutôt désirée par l’ensemble
de ses composantes, notamment sur l'initiative du pré-
sident Senghor.
nie PTE US SSRTT RE CORTE
170 / Les sujets littéraires
Éléments de conclusion
Du fait de la multiplicité et de la variété de ses compo-
santes, la francophonie est une richesse pour chacune
d’entre elles; aussi son développement dépend-il de
l’attachement de chacune de ses composantes à ce
patrimoine commun.
LES SUJETS GÉNÉRAUX
1. La société
2. La politique et la morale
3. Les loisirs
4. Les sujets «intraitables »
D)
RE ge
Le travail
+ La communication
e Ville et campagne
e Les femmes
+ Les vieux
e La jeunesse
e L’éducation
La société / 175
Le travail
Notions clefs
Aliénation : pour la critique marxiste, le travail dans le
système capitaliste est une aliénation, une négation de
l'individu, une charge écrasante qui repose sur le prolé-
tariat. De façon moins radicale, on peut dire que certai-
nes tâches répétitives ne créent pour celui qui les
accomplit aucune satisfaction personnelle et ne produi-
sent que fatigue et dégoût.
Chômage : la question de l’emploi (et du chômage bien
entendu) suppose une réflexion sur la répartition du
travail entre les individus et sur les aides sociales à pré-
voir. Les répercussions psychologiques du chômage
(notamment chez les jeunes ou en cas de longue durée)
ne doivent pas être négligées.
Juste rémunération : «toute peine mérite salaire », «à
travail égal, salaire égal » : ces quelques slogans évo-
quent le problème de la rémunération. L'égalité devant
le travail est un droit réclamé, notamment par les
femmes.
Loisirs: travail et loisirs partagent l’existence des
actifs. Les sujets qui abordent le travail sous cet angle
portent le plus souvent sur la répartition des loisirs dans
le temps (année, semaine, journée) et sur la proportion
souhaitable entre travail et loisirs.
Organisation : avec la robotisation, l’informatique, les
nouvelles technologies, l’organisation du travail
devient une affaire complexe. Elle est devenue l’objet
d’étude de l’ergonomie, discipline nouvelle. Elle est
devenue l’affaire sur le terrain des « managers ». La
plupart des sujets qui portent sur cette question tour-
nent autour de la place de l’individu dans l’entreprise
et de ses responsabilités.
176 / Les sujets généraux
Le travail
DISSERTATION N° 23
« La limite idéale vers laquelle tend la nouvelle organisa-
tion du travail est celle où le travail se bornerait à cette seule
forme d'action: l'initiative.» (Jean Fourastié, Le Grand
Espoir du XX° siècle).
Pensez-vous que notre société évolue en ce sens, et
pensez-vous qu'il s'agisse là d’un idéal ?
APPROCHE DU SUJET
Le sujet présuppose qu’une organisation du travail
fondée sur la seule initiative est un idéal. On peut envi-
sager des objections.
Le sujet distingue implicitement dans le travail deux
éléments:
e l'initiative, qui est valorisée;
e la part d’effort dans la réalisation d’une tâche dont
l’homme doit se libérer.
Qui donc doit se charger de cette part d’effort ? Le sujet
ne le précise pas, mais on peut déduire que les machines
prennent le relais de l’homme.
B Si le sujet semble suggérer un plan précis, deux solu-
tions:
— adopter ce plan comme 80 % des candidats
- danger: une copie qui ne se distingue pas des
autres
— trouver un plan original
- danger : un plan mal adapté ou qui passe à côté du
sujet.
Si vous n’êtes pas sûr de vous, choisissez la première
option.
: La société / 177
CORRIGÉ SEMI-RÉDIGÉ
introduction
On a créé au cours des dernières années des instituts
de recherche en ergonomie, discipline nouvelle qui étu-
die l’organisation méthodique du travail. C’est là le
signe d’une préoccupation caractéristique de notre
société moderne qui cherche à rationaliser ce qui n’était
autrefois qu’une série de pratiques héritées de la tradi-
tion et directement issues de l’expérience.
Dans un ouvrage consacré à l’avenir de notre société,
Le Grand Espoir du XX° siècle, Jean Fourastié écrit:
« La limite idéale vers laquelle tend la nouvelle organisa-
tion du travail est celle où le travail se bornerait à cette
seule forme d’action : l’initiative. » Cette évolution est-
elle déjà une réalité ancrée dans notre modernité ? Dans
quelles conditions peut-il s’agir d’un réel progrès ?
Première partie:
vers un travail valorisant l'initiative
A. Constat d’une évolution irréversible
e La révolution industrielle a apporté la mécanisation
des tâches les plus pénibles.
e La révolution informatique a permis à l’homme de
gérer les machines intelligemment.
e L’initiative est synonyme de proposition, et chacun,
aujourd’hui, quelles que soient ses responsabilités, est
invité à réfléchir aux moyens d’une plus grande effica-
cité dans son travail (modèle japonais).
e L'initiative est synonyme de décision et les chefs
d’entreprise se qualifient eux-mêmes volontiers de
« décideurs ».
178 / Les sujets généraux
B. Des résistances
e Le poids de la tradition et de la hiérarchie.
e La volonté de certains de limiter l’initiative à uneélite
formée pour cette fonction.
e Quel est le sens du mot «initiative » dans des tâches
particulièrement ingrates ou répétitives ?
e Tout le monde n’a pas l’envie ou les capacités de
prendre des initiatives (d’où le rôle essentiel de la for-
mation).
Deuxième partie : est-ce un idéal?
A. Dangers d’un travail
qui se « borneraït » à l’initiative
e Perdre le goût du travail manuel et d’une certaine
idée du travail bien fait (pâtisserie industrielle).
e Dévalorisation de toute une catégorie de travailleurs.
e Uneinitiative se partage-t-elle ? N°y a-t-il pas danger
d’un isolement de chacun dans sa tâche ?
e N'y a-t-il pas, dans un premier temps du moins, des
risques pour l’emploi ?
e Valoriser l'initiative, c’est-à-dire une certaine forme
de travail intellectuel, n’est-ce pas paradoxalement ris-
quer une déshumanisation du travail, en perdant le
contact direct avec l’objet produit? Est-ce une con-
damnation de l’artisanat ?
B. Un grand projet néanmoins
e Valoriser l’effort intellectuel, la responsabilité de
chacun, et d’une certaine façon la créativité.
° Amélioration considérable des conditions de travail.
e Plus de temps pour les loisirs.
e Une productivité accrue pour l’entreprise.
e Nécessité, dans une économie de concurrence, pour
chaque entreprise, d’aller dans ce sens, puisque certai-
- nes en ont déjà fait le choix.
F| La société / 179
Conclusion
Ce modèle, fondé sur l’initiative, reste à l’usage exclu-
sif des sociétés développées où l’évolution considérable
des technologies rend toutes les utopies possibles.
Cependant, n’oublions pas que Jean Fourastié parle ici
de « limite », c’est-à-dire d’un but qu’il ne nous semble
pas sans danger de vouloir atteindre à tout prix et au plus
vite. Comme pour toute discipline nouvelle, nous
aurions tout à craindre d’une ergonomie qui veuille faire
l’économie d’une morale.
180 / Les sujets généraux
La communication
Notions clefs
Communication de masse : les nouvelles techniques de
communication ne s’adressent plus à un individu isolé
(comme le livre) mais à une masse de lecteurs, d’audi-
teurs, de spectateurs. Les impératifs économiques
poussent à privilégier ce qui est susceptible de plaire au
plus grand nombre. L'impact des messages est univer-
sel (plus de frontières).
Individu : le respect de l’individu, dans ce qu’il a d’uni-
que (ses goûts, son comportement, sa morale), n’est
pas toujours préservé dans la communication de
masse, centrée sur l’individu moyen aux goûts standar-
disés.
Manipulation : l’information ne peut jamais prétendre
à l’objectivité, mais seulement à la plus grande honné-
teté ou conscience professionnelle. Mais si les organis-
mes qui diffusent l’information sont sous le contrôle de
gouvernements ou de groupes de pression, l’informa-
tion peut devenir manipulation ou désinformation.
Autre danger : la course à l’audience, au «scoop » qui
pousse à grossir le moindre fait divers et à déformer les
événements pour les rendre attractifs.
Médias ou mass médias : ce sont les moyens de diffu-
sion de masse. Le premier est sans doute la parole, mais
au sens moderne du terme il s’agit du livre, de la presse,
de la radio, de la télévision, mais aussi de l’informati-
que et du Minitel.
4 La société / 181
4
_ La communication
DISSERTATION N° 24
| Les mass médias et la société moderne. |
APPROCHE DU SUJET
D Si vous avez un sujet fait de deux termes, du type « A
et B », sans question précise formulée, il ne faut sur-
tout pas dissocier les deux termes dans le plan (du
genre 1. A ;2. B). Il faut au contraire vous demander
par quelle question on peut relier les deux termes, for-
muler la question dans l’introduction et y répondre
dans votre copie.
1. Qu’appelle-t-on les mass médias? Il s’agit de
moyens de diffusion de masse comme la presse, la
radio, la télévision, peut-être aussi le minitel et l’infor-
matique.
À noter
On peut écrire média ou media. Dans les deux cas, le mot est mascu-
lin. Si on préfère la version francisée (avec accent), on ajoute un -s
… se En anglais, media et mass media sont invariables au
pluriel.
2. Quel est le rôle des médias dans la société moderne :
information, vulgarisation, divertissement, communi-
cation ?
3. Question intéressante : à l’heure actuelle, les mass
médias jouent-ils leur rôle convenablement et sont-ils
un facteur de progrès pour la société moderne ?
182 / Les sujets généraux
CORRIGÉ SEMI-RÉDIGÉ
Éléments d'introduction
e Qui dit société moderne, dit mass médias.
e Les médias ont défini eux-mêmes le rôle qu’ils enten-
daient jouer et se présentent comme un facteur de pro-
grès pour la société moderne (progrès techniques liés).
e Cette vision optimiste ne laisse-t-elle pas de côté quel-
ques zones d’ombre ?
Première partie: les mass médias,
facteur de progrès
e L'information a progressé de façon spectaculaire
dans la rapidité de transmission des données. Notre
perception du temps et de l’espace s’en est trouvée
modifiée. En quelques minutes, on sait ce qui se passe
aux antipodes.
e Vulgarisation des connaissances: éducation de
masse, facteur de démocratie.
e Divertissement : variété, abondance.
e Communication : tout le monde voit et entend la
même chose au même moment (« prime time » : com-
munion générale de tous les téléspectateurs devant le
même programme).
Deuxième partie: les dangers
e Uniformisation, matraquage, américanisation des
goûts (séries télévisées).
e Vulgarisation ou vulgarité?
e Menace sur l'individu : la marginalité ne peut pas
- S’exprimer.
4 La société / 183
° La recherche du « scoop », le sensationalisme aboutit
peut-être à la désinformation.
e L’information peut devenir propagande, instrument
privilégié du totalitarisme.
Troisième partie :une donnée incontournable
° Il ne s’agit pas de revenir en arrière.
e Nécessité de créer des instances garde-fous.
e Nécessité d’une déontologie de la profession
(éthique).
e Il faut faire des mass médias de véritables supports
artistiques (vidéo, presse).
e Il faut responsabiliser l’usager qui a finalement le
dernier mot (Audimat en France).
Éléments de conclusion
Vertige devant les innovations techniques à venir que
l’on ne peut même pas imaginer.
Le satellite et les nouveaux moyens de communiquer à
longue distace transcendent les frontières et contri-
buent au rapprochement des hommes.
184 / Les sujets généraux
DISSERTATION RÉDIGÉE
Introduction
Nul doute que les mass médias ne puissent symboliser
la société moderne. La radio, la télévision, le Minitel
sont devenus des objets quotidiens qui dispensent un
flux continu de messages, informations et divertisse-
ments. Ce lien entre médias et modernité nous semble
d’autant plus évident que les médias eux-mêmes ne man-
quent pas une occasion de le souligner, contribuant ainsi
à imposer une image idéale de leur fonctionnement et de
leur mission.
Mais cette vision optimiste ne masque-t-elle pas cer-
tains dangers ? Et pour être une donnée incontournable
de notre modernité, les médias sont-ils toujours un fac-
teur de réel progrès ?
Première partie : les mass médias,
facteur de progrès
En quelques dizaines d’années, les progrès des mass
médias ont été extraordinaires et ont transformé pro-
fondément l’individu et la société. La rapidité avec
laquelle circule aujourd’hui l’information a bouleversé
notre conception du temps et de l’espace et, les distances
raccourcissant, les hommes s’en sont trouvés rappro-
chés. En quelques minutes, on sait ce qui se passe par-
tout ailleurs dans le monde et il n’est pas douteux que
les médias ont contribué à créer une solidarité interna-
tionale qui est un incontestable facteur de progrès
humain. Ainsi, par exemple, le travail d’une organisa-
tion comme Amnesty International n’aurait pas été pos-
sible, et peut-être concevable, sans ce formidable
développement des moyens de communication.
Par ailleurs, les médias modernes ont largement parti-
cipé à la vulgarisation des connaissances et remplissent
F La société / 185
une mission éducative dont chacun est bénéficiaire. Les
magazines d’information politique ou scientifique, les
émissions culturelles, les retransmissions de films ou de
concerts ont rendu accessibles à tous l’essentiel des con-
naissances et de la création humaines. Là encore, les
médias se révèlent un incontestable facteur de démocra-
tie et donc de progrès.
Améliorant la qualité de la vie sous bien des aspects,
les mass médias sont également un moyen de divertisse-
ment, comme l’atteste l’abondance des programmes
récréatifs diffusés par les chaînes de télévision et de
radio. Ils semblent en cela répondre à un besoin du
public, avide de détente dans un monde parfois agressif
et angoissant ; avide également de cette communion col-
lective que les médias permettent dans un monde où bien
des individus se trouvent confrontés à la solitude.
On peut toutefois se demander s’il suffit de «tourner
le bouton du poste » pour entrer véritablement en com-
munication avec les autres et quelle est la valeur de cette
communication qui se limite souvent à regarder tous
ensemble le même programme au même moment.
Deuxième partie :dangers et leurres
de la communication de masse
Les médias, en effet, ne sont-ils pas en train d’unifor-
miser les goûts, voire de gommer le jugement critique
individuel? Le matraquage publicitaire nous semble
assez bien représenter cette dangereuse dérive liée à la
notion même de mass médias. La diffusion mondiale de
séries américaines ou japonaises, d’une qualité souvent
discutable, donne de la réalité une vision unique et offre
à chacun le même système de valeurs simpliste, qui
réduit les différences et uniformise la création.
D'autre part, qui n’a jamais eu le sentiment que bien
des émissions télévisées, ou certaines utilisations du
Minitel, franchissaient allègrement le pas qui sépare la
vulgarisation de la vulgarité? Dans le domaine de
l’information ou de la culture, de nombreux débats pri-
ns Ait |
186 / Les sujets généraux |
vilégient la dispute spectaculaire aux dépens de la
réflexion critique. La recherche acharnée du « scoop »,
en focalisant l’attention sur le sensationnel, aboutit bien
souvent à une désinformation. On dirait qu’à travers ses
médias, la société moderne ne veut plus voir de la réalité
dans laquelle elle vit que les aspects les plus télégéniques,
c’est-à-dire les plus choquants et les plus monstrueux.
Or, s’il faut, bien sûr, dénoncer en la montrant la vio-
lence qui fait partie de notre réalité, il y a probablement
quelque chose de pervers à ne retenir de l’actualité que
l’horreur.
D'une façon plus générale, il est évident qu’il y a dans
la notion de communication de masse un danger pour
l'individu. Ayant par nature tendance à être consen-
suels, les médias laissent peu de place aux minorités et
ne permettent qu’exceptionnellement l’expression des
marginalités. Plus gravement, l’information dispensée
peut devenir propagande, et l’on sait combien les
moyens de communication de masse sont des instru-
ments privilégiés des totalitarismes.
Troisième partie : une donnée incontournable
Il reste qu’il ne s’agit pas de revenir en arrière et que
les mass médias sont une donnée incontournable de la
société moderne. Or, comme toute institution, ils ne
peuvent fonctionner de façon optimale que s’ils sont
réglementés par des instances garde-fous. Ces instances,
qui commencent à se mettre en place dans plusieurs
pays, doivent avoir la double préoccupation de protéger
les médias d’eux-mêmes et des autres. Il faut réfléchir,
d’une part, à une déontologie des professions de la com-
munication et, d’autre part, garantir la liberté des
médias vis-à-vis des pouvoirs politiques ou économi-
ques qui pourraient porter atteinte à leur liberté et à leur
pluralité.
Mais il conviendrait également de responsabiliser
l’usager qui, dans un système démocratique, a toujours
le dernier mot. Cette responsabilisation s’inscrit dans le
La société / 187
vaste mouvement d'éducation du consommateur qui est
peut-être le dernier grand projet en date des sociétés
développées. Une véritable prise de conscience est en
train de se faire, qui contredit heureusement ceux qui
avaient désespéré un peu vite de l’esprit critique du
public. Les difficultés de tel ou tel grand média sont sou-
vent la traduction économique de sa mauvaise qualité,
et le succès de tel ou tel hebdomadaire, financé par ses
lecteurs, la preuve que les masses visées peuvent contrô-
ler intelligemment l’information qu’on leur propose.
Conclusion
Cette réflexion critique sur la place des mass médias
dans la société moderne est d’autant plus importante
que les innovations technologiques d’aujourd’hui, telles
que le satellite ou le câble, montrent bien que nous ne
sommes qu’au début d’une formidable révolution dans
le domaine des moyens de communication. Et puisque
leur vocation est d’abolir les distances, souhaitons qu’ils
contribuent, demain, à un véritable rapprochement des
peuples dans le respect de leurs différences.
188 / Les sujets généraux
Ville et campagne
DISSERTATION N° 25
«C’est très beau de rêver à la campagne, mais si nous
préférons la ville, c'est à cause de son extraordinaire
richesse de contacts et de stimulation. » Michel Crozier, La
Société bloquée (1970).
En vous fondant sur des exemples précis tirés de votre
culture générale, vous analyserez et commenterez cette
réflexion du sociologue M. Crozier.
APPROCHE DU SUJET
e Nous sommes en présence d’un sujet qui oppose deux
notions : ici, la ville et la campagne.
e Mais qui les oppose en les insérant dans une même
problématique.
e Tout l’intérêt de ce sujet étant de rapprocher ces deux
notions, il serait absurde de les séparer et de proposer
un plan du type: I. La ville, II. La campagne.
e Ce que le sujet, en revanche, nous invite à distinguer
et à opposer, ce sont les parts de mythe et de réalité qui
entrent dans notre façon d’envisager ces deux notions.
=
La société / 189
CORRIGÉ RÉDIGÉ
Introduction
L’urbanisation croissante qui caractérise le monde
moderne, en faisant de la plupart d’entre nous des cita-
dins, entretient dans notre imaginaire une nostalgie des
racines, un rêve de retour à la nature qui n’est pas sans
présenter quelque contradiction avec la fascination que
continuent d’exercer sur nous les /umnières de la ville.
Dans son ouvrage intitulé La Société bloquée, le
sociologue Michel Crozier s’étonne de la pérennité de
ces deux mythes contradictoires dans notre imaginaire,
et tente de les confronter à notre expérience réelle. Quel-
les sont, en somme, les parts du rêve et de la réalité dans
la façon dont nous pensons, aujourd’hui, l’opposition
traditionnelle entre ville et campagne ?
Première partie : deux mythes contradictoires
Interrogeons, dans un premier temps, notre culture,
et voyons comment la tradition rapporte cette opposi-
tion ville/campagne. Selon la Genèse (premier livre de
la Bible), tout commence à la campagne, dans une
nature créée par Dieu qui comble l’homme de dons et
apparaît comme un Paradis terrestre. Nous allons voir
que de ce lieu idéal dont l’homme sera chassé, les carac-
téristiques fondamentales sont encore celles qui nourris-
sent la campagne mythique que nous portons en nous.
A. La campagne, un rêve de loisir et de pureté
Dans la tradition la plus ancienne, comme dans nos
habitudes modernes, la campagne est liée à l’idée de loi-
sir, c’est un espace de vacances d’où le travail est banni
et qui semble même échapper au temps. Toute activité
EP PES Roca |
190 / Les sujets généraux
y est en effet ludique, agréable, non imposée: le jardi- |
nage ou la cueillette procurent un plaisir comparable à
celui de la promenade ou d’une partie de croquet. De
même, libre de son temps, on flirte avec l’éternité, une
éternité dont le renouvellement des saisons nous apporte
la preuve tout en nous emportant dans un cycle quinous |
dépasse et nous fait échapper un temps à notre condition
d’individus mortels.
Or, ce lieu rêvé où, comme dans la poésie romantique,
dans «Le Lac » de Lamartine par exemple, le «temps
suspend son vol », est aussi un lieu de pureté et de bon-
heur simple. C’est là qu’avant le péché originel, la vie
s’écoule en toute innocence, là que le philosophe va se
ressourcer — que l’on songe à Rousseau et à ses Réveries
du promeneur solitaire — là enfin que le hippie des
années 1960-70 revient chercher une transparence, une
authenticité des rapports humains qu’il estime impossi- |
ble de trouver ailleurs, c’est-à-dire en ville.
B. La ville : un lieu ambigu, à la fois objet de crainte
et de désir
Il semble que dans notre culture, la ville ne s’oppose
pas symétriquement à la campagne, et qu’elle ait une
image plus riche, plus difficile à cerner.
La ville biblique a mauvaise réputation. Qu'il s’agisse
de Babylone, de Sodome, de Gomorrhe, la ville est un
lieu de perdition où l’être humain ne peut que déchoir,
à l’instar d’ailleurs du fondateur de la première d’entre
elles :Caïn. On retrouve un mythe comparable dans la
tradition romaine qui fait de Romulus, meurtrier de son
frère Rémus, le fondateur de Rome. Ce fratricide qui
prélude à sa fondation associe la ville à la violence, au
crime, à toute une mythologie dont le roman noir améri-
cain et le cinéma hollywoodien se sont souvent faits
l’écho. Tout se passe donc comme si la ville cristallisait
les penchants criminels de la nature humaine et que
l’anonymat, et par conséquent l’impunité, qui la carac-
térisent leur donnaient libre cours.
D
La société / 191
Mais c’est paradoxalement de cette même mytholo-
gie, renversée, que la ville tire son pouvoir de fascina-
tion. La richesse, en effet, dont parle M. Crozier, avant
que d’être une multiplicité des rencontres possibles, est
d’abord une richesse économique : toute ville est un tré-
sor. Les Grecs rassemblés devant Troie brûlent surtout
de mettre à sac la cité du richissime Priam, et la blondeur
d’Hélène n’est qu’une métaphore de l’or convoité. Bien
des guerres et de migrations participent encore de cette
vision dorée des villes.
Que font d’ailleurs tous ces promeneurs dans les rues
et les centres commerciaux, sinon s’adonner à la «sti-
mulation », au désir de ce qu’offrent les vitrines ?
Aussi ce qui nourrit le plus substantiellement le rêve
urbain, nous paraît-il être sans conteste cette «extraor-
dinaire richesse de contacts et de stimulation ». Ce n’est
pas un hasard si, à partir du XIX° siècle et jusqu’à
aujourd’hui, autrement dit du récit balzacien jusqu’au
néo-polar, le roman est essentiellement un genre cifadin,
comme si toute intrigue romanesque n'était jamais
qu’un fragment du formidable réseau de rencontres
qu’offre la ville. Rencontres amoureuses, bien sûr, mais
aussi bien politiques, intellectuelles, économiques ou
sociales.
Nous avons essayé de mettre au jour quelques aspects
de deux mythologies qui à la fois s’opposent et s’imbri-
quent ; voyons à présent dans quelle mesure la réalité
recouvre cette première analyse.
Deuxième partie : la réalité que transfiguraient
les mythes
C'est qu’en effet deux questions se posent que nous
semble suggérer l’auteur de la citation: qu'est-ce qui
condamne aujourd’hui la campagne à n’être plus qu’un
1 «rêve », et de quoi ce rêve qui perdure est-il le signe?
Mat |
192 / Les sujets généraux :
A. La campagne : un espace menacé dans son authen-
ticité
Si la campagne dont on rêve est le plus souvent un lieu |
de loisir, la campagne authentique, elle, est avant tout
un lieu de production. Or, on sait la gravité des problè- |
mes que pose à toute nation ce secteur économique. |
L'agriculture des pays développés produit mal parce que
trop et bon nombre d’exploitants, trop nombreux, sont
appelés à disparaître. D’une façon générale, on peut dire
que ce siècle qui a vu une industrialisation massive, a
connu parallèlement une régression du monde paysan |
tant du point de vue économique que culturel. Le réseau :
de solidarités qui caractérisait la vie du village ne corres-
pond plus aux grandes exploitations modernes et la cul-
ture et la consommation de masses, d’origine citadine,
gomment chaque jour davantage la spécificité de ter-
roirs que la nouvelle donne économique désertifie.
Dans ces conditions, connues de tous, il apparaît clai-
rement que le « rêve de campagne » ne renvoie pas à une
réalité, mais bien à un mythe. Ainsi les expériences de
retour à la nature dont on a beaucoup parlé dans les
années 70, et qui constituent la dernière tentative de réa-
liser ce rêve, sont-elles restées fort limitées. Le marché
immobilier national a par ailleurs enregistré une dévalo-
risation significative des résidences secondaires au cours
des dix ou quinze dernières années, tandis que s’envolait
le prix du mètre carré en ville.
On peut d’ores et déjà dire que sous nos latitudes,
l’homme du XXI° siècle sera presque exclusivement
citadin. Mais dans quelle ville vivra-t-il ?
B. La ville : refuge de la civilisation
ou berceau de la barbarie moderne ?
La ville a toujours été le lieu du pouvoir politique (du
mot grec « polis » qui veut dire « ville, cité »). Elle est
devenue également le centre du pouvoir économique.
C’est autour de ce double pouvoir que se rassemblait
la communauté menacée, à l’intérieur des remparts. Ce
La société / 193
qui nous a fait préférer la ville, c’est qu’elle a longtemps
été un lieu sûr contre les invasions. Cette fonction rassu-
rante, la ville, la grande ville l’exerce encore aujourd’hui
face à des phénomènes comme le chômage, dont il a été
établi qu’il accélérait l’exode vers les grands centres
urbains.
Mais il faut prendre garde à ce que cette ville-refuge
ne devienne pas une ville-ghetto, comme c’est le cas de
grandes métropoles, New York par exemple, où certains
quartiers, échappant au contrôle de la police, se sont
refermés sur eux-mêmes et inspirent une crainte légitime
à qui n’est pas membre de la communauté qu’ils abri-
tent. « Dans la jungle des villes ? » titrait en janvier 90
un grand hebdomadaire national.
Or, cette barbarie qui menace la ville n’est pas seule-
ment celle de la violence ; d’autres phénomènes y partici-
pent, typiquement modernes semble-t-il, tels que
l’exclusion et la solitude. L’augmentation du nombre
des sans-abri pose un problème sérieux à toutes les gran-
des capitales. L’individualisme et l’indifférence s’élè-
vent en ville au rang de valeurs. Un Parisien sur trois vit
seul. Et que dire des contacts multiples que permet la
ville (la fameuse « richesse des contacts » !). Il ne suffit
pas que des gens se croisent pour que se tisse un réseau
social solide, encore faut-il qu’ils prennent le temps de
se rencontrer vraiment.
Conclusion
Tout se passe comme si le rêve de nature qui nous
hante encore n’était que le symptôme d’un dysfonction-
nement des grandes métropoles modernes devenues
incapables de rassembler une population homogène où
l’on communiquerait malgré les différences, mieux : où
les différences seraient devenues objets d’échanges.
194 / Les sujets généraux
Les femmes
DISSERTATION N° 26
Expliquez et discutez cette formule de Simone de Beau-
voir : «On ne naît pas femme : on le devient. »
APPROCHE DU SUJET
e La formule de Simone de Beauvoir s'apparente au
paradoxe. L’évidence biologique (naître femme) est
apparemment niée.
e Pour reformuler le sujet sous une forme plus expli-
cite, on peut dire: la féminité est-elle le résultat d’une
éducation, d’une tradition, autrement dit d’un condi-
tionnement culturel, social et politique ?
e Simone de Beauvoir est l’auteur du Deuxième sexe.
Dans cet ouvrage, elle inaugure en France le féminisme
militant en réfutant toute idée d’« éternel féminin », de
«nature féminine », prétexte à faire de la femme le
« deuxième sexe », c’est-à-dire l’inférieure de l’homme.
e L’éternel féminin suppose un ensemble de qualités et
de défauts inhérent à toute femme, indépendamment
de l’époque et au mépris de la notion d’individu; la
nature féminine confine la femme dans son rôle physio-
logique de mère.
e Face à un sujet comme celui-là, il est nécessaire de
bien accrocher sa réflexion à des exemples concrets
pour éviter les développements théoriques fastidieux et
banals. Il faut envisager les principaux domaines où
s’expriment les femmes. Ainsi, on pourra composer
autant de développements qui permettront de cons-
-truire le plan.
4 La société / 195
_ CORRIGÉ SEMI-RÉDIGÉ
Éléments d'introduction
Deux options:
e évoquer, dans un bref historique, l’assujettissement
dont les femmes ont toujours été victimes (code Napo-
léon, droit de vote tardif, inégalité de droits en pays
musulmans) ;
e ou bien constater la montée en puissance du fémi-
nisme depuis la fin de la Première Guerre.
Dans tous les cas, on en viendra à poser la même ques-
tion : quelle est, dans la condition féminine, la part qui
provient de la nature (ce qui est inné) et celle qui revient
à la société ?
Première partie : la femme dans la famille
e La petite fille : hier, elle était habillée en rose, elle ne
jouait qu’à la poupée, à la dînette. Aujourd’hui,
côtoyant les garçons dans des écoles mixtes, elle reçoit
la même instruction qu’eux et partage leurs jeux. La
part de conditionnement est moindre qu’auparavant.
e La jeune fille : moins surveillée par ses parents, ayant
accès à la contraception, elle fait l’épreuve de la liberté.
Cependant, si elle est plus libre au sein de la famille,
_ la société se charge de lui imposer des modèles, relayés
par la publicité et une certaine presse féminine (cf. le
magazine Jeune et jolie).
e La femme : elle n’est plus perçue uniquement comme
une mère de famille. La notion d’instinct maternel,
elle-même, se révèle plus souple qu’on ne voulait bien
le dire autrefois (les femmes retardent la naissance de
leur premier enfant pour des raisons professionnelles).
196 / Les sujets généraux
e Ce que Simone de Beauvoir ne pouvait pas prévoir (et .
dont elle a pourtant été l’un des artisans), c’est l’évolu-
tion radicale de l’image de la femme dans la société :
à la femme soumise succède la femme active, libérée,
créative.
Deuxième partie : la femme au travail
e Contrairement à une idée reçue, de tout temps la
femme a pris sa part de l’activité économique de sa
société. Cette part lui était assignée par les hommes et
ne correspondait que rarement à un choix personnel
(cf. division des tâches en milieu agricole).
e Même si certaines activités sont encore aujourd’hui
majoritairement exercées par les hommes (chirurgiens,
chefs d’entreprise, militaires), la plupart des secteurs
professionnels s’ouvrent chaque jour davantage aux
femmes. Là encore, le conditionnement par la société
tend à s’estomper au profit de la reconnaissance de la
valeur de l’individu (diplômes, expérience).
e Le slogan des féministes : « A travail égal, salaire
égal », est devenu un texte de loi et tend à devenir une
réalité quotidienne.
Troisième partie : l’accomplissement de soi,
devenir femme
e L’accomplissement de soi est devenu, dans nos socié-
tés, une légitime aspiration des femmes.
e La fondation d’une famille et la maternité n’en sont
qu’une composante.
e La femme prend une importance jusqu’ici insoup-
çonnée dans la création artistique. Un cas comme celui
- de Camille Claudel ne se reproduirait plus de nos
d| Lasociété / 197
jours : cette femme sculpteur a vu son talent étouffé par
les hommes, son frère, le poète Paul Claudel, et son
amant, le sculpteur Auguste Rodin.
e La femme, dans ses loisirs, est devenue une grande
consommatrice de produits culturels (la majorité des
lecteurs de romans sont des lectrices).
e Une inquiétude cependant: la difficulté pour la
femme active d’aujourd’hui de concilier une vie fami-
liale et sentimentale avec une carrière et de légitimes
ambitions professionnelles.
Éléments de conclusion
e Toute la difficulté de la condition féminine
d’aujourd’hui, c’est qu’elle s’exprime dans la diversité.
Cette diversité est une chance, elle correspond à un
moment de libération de la femme dans l’histoire, c’est
un défi.
e L’homme n’est pas épargné par cette évolution, voire
cette révolution : il doit repenser sa relation avec les
femmes, dans sa vie privée comme dans la vie publique
et professionnelle.
e N’oublions pas toutefois que, dans bien des régions
du monde, ia condition de la femme n’a guère évolué
ces derniers temps. Gageons qu’un mouvement est en
marche qui n’oubliera aucun pays.
re
198 / Les sujets généraux
Les vieux
DISSERTATION N° 27
| Faut-il tuer les vieux ? |
APPROCHE DU SUJET
e Il s’agit d’un sujet provocateur, dont il faudra souli-
gner d’emblée le caractère scandaleux ; choisir de le
traiter, c’est relever un défi : à vous de voir si vous vous
en sentez capable.
e Derrière cette question, il faut en distinguer un cer-
tain nombre d’autres, plus sérieuses:
1. Qui peut poser cette question ?
2. Quel est le statut des vieux dans notre société ?
3. Quel destin leur réserve-t-on ?
4. S’occuper des vieux, est-ce seulement un devoir
moral ou bien aussi une source de profit culturel et éco-
nomique pour tous ?
e Il faudra définir ce qu’on appelle «les vieux » et ne
pas hésiter à utiliser le terme.
À La société / 199
_ CORRIGÉ SEMI-RÉDIGÉ
Introduction
La délicate affaire du financement des retraites et du
déficit de la Sécurité sociale remet périodiquement à
l’ordre du jour le problème de la place des personnes
âgées dans notre société. Quelle place, en effet, ménager
à des gens non actifs et non productifs dans une société
qui semble se tourner de plus en plus vers des valeurs de
profit? Pour scandaleuse qu’elle paraisse, n’hésitons
pas à poser la question: faut-il tuer les vieux ?
Première partie : qui sont les vieux?
e Réalité physiologique.
e Réalité sociale: les retraités, non actifs, non directe-
ment productifs.
° Notion subjective : les vieux, ce sont toujours les plus
vieux que soi ou les autres ; on a même créé un nouveau
terme, « le quatrième âge » qui recule encore la limite.
e Dans les sociétés traditionnelles, le problème semble
plus simple: la place faite aux vieux fait qu’ils n’hési-
tent pas à se reconnaître comme tels.
e Dans nos sociétés développées, la peur de vieillir crée
à la fois des blocages socio-politiques et des névroses.
e Cependant, la famille reste un lieu de différenciation
objective : les vieux, ce sont les plus vieux, à savoir les
grands-parents.
e On constate pourtant depuis une dizaine d’années le
développement d’un nouveau secteur économique axé
sur le troisième âge.
e Les vieux ne constituent pas un groupe par nature,
1
200 / Les sujets généraux
comme les hommes ou les femmes, les Noirs ou les
Blancs, mais une classe d’âge qui se renouvelle cons-
tamment : nous sommes tous des vieux en puissance.
Deuxième partie: les vieux sont indispensables
1. Ce sont des consommateurs et des citoyens
e Si les vieux ne produisent plus, en revanche ils ont
produit et créé des richesses dont ils profitent à leur
retraite ; ce sont donc des consommateurs courtisés par
les médias, les agences de voyages et le secteur des loi-
sirs en général.
e En tant que clients, ils assurent l’existence et la survie
d’un grand nombre de prestataires de services (secteur
médical et paramédical, aide sociale).
e Ils restent des citoyens à part entière, électeurs et éli-
gibles, sans limite d’âge (François Mitterrand, Marcel
Dassault) : ils ont donc un poids important dans la vie
politique du pays.
e Dans une société de loisir, ils sont amenés à jouer un
rôle de plus en plus actif.
2. Ils exercent une fonction éducative et culturelle
sans substitut possible
° Aujourd’hui comme hier, ils occupent une place pri-
mordiale en tant qu’éducateurs : ils déchargent ainsi les
parents d’une bonne partie du poids des enfants et ont
joué un rôle non négligeable dans le développement du
travail féminin.
e Ils sont les gardiens d’un patrimoine, d’une culture,
et partant, d’une identité.
La société / 201
Troisième partie:
mais quel sort leur réserve-t-on ?
e Ces considérations optimistes ne doivent pas nous
faire oublier une réalité souvent cruelle.
e Ils sont nécessairement marginalisés dans une société
dont une des grandes valeurs est la jeunesse et qui exalte
souvent davantage le corps que l’esprit.
e La vieillesse accentue les inégalités sociales.
e Solitude de nombreux vieux éloignés de leur famille,
spécialement dans les grands centres urbains.
+ Déchéance physique et morale accentuée parfois par
les structures d’accueil qui sont de véritables « mou-
TOirs ».
Conciusion
Faut-il tuer les vieux ? Non, certes, nous venons de
voir pourquoi. Par la création artistique ou l’activité
politique et économique, ou tout simplement par la
famille et «l’art d’être grand-père », certains semblent
défier la vieillesse. Mais hélas, la nature, qui a toujours
le dernier mot, répond d’une toute autre façon à la ques-
tion. Lieu commun ? Certes, mais qui rappelle notre sort
commun...
202 / Les sujets généraux
La jeunesse
DISSERTATION N° 28 |
| La place des jeunes dans la société contemporaine. |
APPROCHE DU SUJET
e Dans l’optique d’un concours administratif, nous
vous proposons un traitement du sujet plus socio-
politique que littéraire.
e L’énoncé ne formulant aucune question précise, ne
donne aucune indication de plan. La difficulté princi-
pale de ce sujet consiste à bien organiser vos connais-
sances selon un plan solide. Le plan en deux parties est
sans doute le plus adapté à ce type de problème.
e Une simple description de la situation actuelle, qui
répondrait à la question : « Quelle est la place … ? », ne
suffit pas. Il faut dynamiser la problématique en
répondant également aux questions : « Quelle doit être
la place. ? Quelles mesures sont prises ou peuvent être
prises ? »
À La société / 203
CORRIGÉ SEMI-RÉDIGÉ
Introduction
La situation des jeunes dans notre société est para-
doxale : objets de toute l’attention des médias, de certai-
nes industries, particulièrement celles liées à la mode et
aux loisirs, et de la publicité, ils pourraient sembler les
«enfants chéris » de la société post-industrielle.
Cependant, lorsqu’on sait que 25 % des jeunes qui
arrivent sur le marché du travail sont au chômage,
lorsqu’on constate le malaise des banlieues, on peut se
demander si la jeunesse a bien trouvé sa place dans la
société contemporaine. |
Groupe social possédant sa propre identité, mais
cherchant sa place, la jeunesse est au centre d’une nou-
velle politique sociale qui prend en considération la spé-
cificité de ses problèmes. L’enjeu est de taille : il y va de
la cohésion de la société tout entière.
Première partie: un groupe social
1. Possédant une identité propre.
e La spécificité de la jeunesse actuelle, c’est qu’elle ne
se définit plus directement par rapport au monde des
adultes. Autrefois, la question ne se posait pas dans les
mêmes termes : le jeune était toujours le fils, docile ou
. rebelle, l’élève ou l’apprenti d’un adulte. Son statut de
subordonné n’était pas remis en cause.
e Le brassage des classes sociales par l’école en particu-
lier, l’allongement de la scolarité, ont fait disparaître
chez les jeunes la conscience de classe au profit d’une
«conscience de génération ».
e Le monde des adultes ne fournissant plus des modè-
_ les auxquels se référer et s’identifier, la jeunesse ressent
204 / Les sujets généraux
le besoin de créer ses propres valeurs : les « punks »,
mais aussi les «yuppies» créent autour d’eux un
système de valeurs.
2. .… mais mal intégré dans la société
e La multiplication, à l’intérieur de la jeunesse, des
groupes (ou bandes) qui ont leurs propres règles et
codes sociaux, prouve leur mauvaise intégration dans
une société qui les rejette autant qu’ils la rejettent.
e Le fait que les jeunes demandeurs d’emploi soient de
plus en plus nombreux démontre à la fois leur mauvaise
insertion économique et leur désir d’intégration
sociale.
e On comprend le désarroi des jeunes diplômés au chô-
mage : ils ont le sentiment d’avoir joué le jeu du monde
des adultes et d’en être les laissés-pour-compte.
e L’attention excessive que portent les médias à la jeu-
nesse a parfois des effets pervers : la presse « jeune »,
certaines émissions de télévision et de radios libres ten-
dent à enfermer la jeunesse dans un univers clos au lieu
de l’ouvrir sur le monde, et, de fait, la marginalisent.
Deuxième partie :des mesures spécifiques
pour une meilleure insertion de la jeunesse
dans la société
e L'État, quel que soit le régime politique qu’il
incarne, porte toujours à la jeunesse une attention par-
ticulière ; les régimes autoritaires ont tous des organis-
mes chargés d’encadrer et de contrôler la jeunesse; la
question est plus complexe pour les démocraties.
e L’abaissement de l’âge de la majorité civile et électo-
. rale en France en 1974 exprimait bien la volonté d’une
a
La société / 205
intégration plus précoce des jeunes dans la vie politique
et sociale.
e Les problèmes posés par la jeunesse ont surtout des
conséquences au niveau local: c’est pourquoi c’est à
l’échelon communal ou régional que bon nombre de
mesures concernant la qualité de vie des jeunes sont pri-
ses : depuis le début des années 80, les collectivités loca-
les et les associations sont responsables de l’accueil et
de la formation des jeunes.
e Dans tous les domaines, l’action est entreprise et doit
être renforcée:
— formation professionnelle ;
— pactes pour l’emploi des jeunes depuis 1977 (exo-
nération des charges sociales pour l’embauche des
moins de 25 ans);
— crédit-formation depuis 1989;
— fonds d’aide à la réinsertion des jeunes en diffi-
culté créé en 1990;
— TUC en 1984, puis contrats emploi-solidarité en
1990;
— création et rénovation d’équipements sportifs et
d’infrastructures culturelles ;
— aide aux associations en matière de prévention de
la délinquance et de la toxicomanie.
Conclusion
S’ils sont spécifiques, les problèmes liés à la jeunesse
sont la conséquence d’un malaise qui touche la société
tout entière. L'État n’est donc pas la seule instance dont
il faille attendre une amélioration de la place des jeunes
dans la société. Famille, école, entreprise doivent deve-
nir des lieux de dialogue et de communication. Les diffi-
cultés rencontrées par les jeunes ne sauraient être
résolues par les seuls adultes ;c’est à la jeunesse de pren-
dre conscience de son potentiel afin de Dove en main
son destin.
206 / Les sujets généraux
L'éducation
DISSERTATION N° 29
Quelle doit être la place de l’enseignement dans l'édu-
cation ?
Sujet donné au concours d’entrée de l’E.N.A. en 1989. *
Ce sujet correspond tout à fait aux discussions qui sui-
vent le résumé dans les sujets de type n° 1 du Bac, ou
encore aux sujets de culture générale des concours
administratifs.
APPROCHE DU SUJET
1. Bien définir et distinguer enseignement
et éducation
Le mot « éducation » a un sens assez large: il désigne
une formation intellectuelle, physique et morale, pro-
diguée par des adultes à des enfants, afin d’en faire des
adultes épanouis et des citoyens responsables. Cette
formation est prise en charge à la fois par la famille et
par la société. Son but essentiel est donc la transmission
de valeurs.
L’enseignement a un sens plus restreint : il s’agit ici de
la transmission des connaissances, essentiellement
dans le cadre de l’école.
2. La question posée se ramène donc à celle-ci:
quelle doit être la place de l’école dans la formation
d’un individu ?
L'avantage de cette nouvelle formulation est qu’elle est
. plus concrète, et, du coup, plus facile à traiter.
1 La société / 207
CORRIGÉ SEMI-RÉDIGÉ
Éléments d'introduction
Partir des événements récents (contestation lycéenne
par exemple).
L’école au centre des préoccupations gouvernemen-
tales.
Constater l’échec relatif des nombreuses réformes qui
se sont succédé depuis 1968 et qui n’ont jamais répondu
à la vraie question : quelle doit être la place de l’ensei-
gnement dans l’éducation ?
Première partie : l’école a un rôle fondamental
à jouer dans le processus éducatif
A. Acquisition des connaissances
e Professeurs spécialisés et compétents.
e Equipements (notamment audiovisuels et sportifs).
e Adaptation des programmes aux nécessités du
monde moderne et au marché du travail.
B. Développement de la personnalité
e Découverte de centres d’intérêt.
e Esprit critique.
. e Esprit d'équipe.
e Esprit de compétition.
C. Égalité des chances
e Une école pour tous (œuvre de Jules Ferry).
e Compensation de certaines inégalités sociales.
e Un espace de communication et de liberté.
208 / Les sujets généraux
Deuxième partie:
mais elle ne doit pas être considérée
comme le lieu unique de la transmission
des connaissances et des valeurs.
A. L’importance de la famille
e Elle doit rester le lieu essentiel de la transmission des
valeurs (morale, religion).
e Les parents doivent transmettre à leurs enfants leur
expérience et leur savoir-faire.
e C’est par sa famille que l’enfant prend conscience de
son patrimoine culturel (particularismes régionaux,
cultures étrangères).
B. Vers une formation permanente
e L’éducation d’un individu ne se termine pas le jour
où il quitte l’école.
e L’entreprise joue un rôle important dans la forma-
tion et la promotion des individus : cours de langues,
formation permanente, nouvelles techniques.
e La variété des loisirs culturels et sportifs permet de
compléter son éducation à tout âge et dans tous les
domaines (associations, clubs).
e Importance des acquis de la vie quotidienne et de
l’expérience.
Éléments de conclusion
Revenir à la situation préoccupante d’aujourd’hui:
malaise des enseignants, mais aussi des élèves et des
parents d’élèves.
Nécessité du dialogue entre tous les intervenants.
Car enjeu essentiel pour le monde de demain.
Edors
4 La société / 209
CORRIGÉ ENTIÈREMENT RÉDIGÉ
Introduction
La contestation lycéenne remet périodiquement sur le
devant de la scène politique la question de l’école. Les
réformes se sont succédé et se succèdent encore. L'école
n’a pas cessé, depuis 1968, d’être au centre des préoccu-
pations gouvernementales. Cependant, tous les projets
ministériels n’ont jamais répondu à la vraie question:
quelle doit être la place de l’enseignement dans l’édu-
cation ?
Première partie:
l’école a un rôle fondamental à jouer
dans le processus éducatif
L’école est d’abord le principal agent dans l’acquisi-
tion des connaissances pour les jeunes d’une société.
Elle offre aux enfants et aux adolescents des professeurs
spécialisés et compétents. Elle met à leur disposition des
équipements, notamment audiovisuels et sportifs.
Depuis plusieurs années, un effort particulier a été
entrepris pour mieux adapter les programmes aux néces-
sités du monde moderne et au marché du travail.
A un niveau individuel, l’école permet à chacun de
développer sa personnalité. Découvrant des matières
qu’il ignorait, le jeune peut comprendre et évaluer quels
sont ses véritables centres d’intérêt. Guidé par ses pro-
fesseurs, il apprend à exercer son esprit critique. Mêlé
à ses camarades, il doit développer l’esprit d’équipe ou
l’esprit de compétition suivant les circonstances.
L'école publique et gratuite assure également une cer-
taine égalité des chances entre tous les enfants. Cette
école pour tous, héritée en France de l’œuvre de Jules
Ferry, compense certaines inégalités sociales. Elle
ménage pour tous les jeunes, quelle que soit leur situa-
tion sociale d’origine, un espace de communication et de
liberté.
210 / Les sujets généraux
Deuxième partie:
mais elle ne doit pas être considérée
comme le lieu unique de la transmission
des connaissances et des valeurs
L'école ne doit pas cependant être considérée comme
la seule instance qui intervienne dans l’éducation des
jeunes. Elle ne doit d’abord pas décharger la famille de
ses responsabilités.
La famille est en effet un rouage essentiel. Elle doit
d’abord rester le lieu essentiel de la transmission des
valeurs, morales ou religieuses. Les parents transmet-
tent à leurs enfants leur expérience et leur savoir-faire.
C’est par sa famille que l’enfant prend conscience de son
patrimoine culturel, qu’il s’agisse des particularismes
régionaux ou des cultures étrangères.
Mais il faut enfin considérer que l’éducation d’un
individu ne se termine pas le jour où il quitte l’école.
L’homme est apte durant toute sa vie à de nouveaux
apprentissages. C’est pourquoi la formation perma-
nente est amenée à jouer un très grand rôle dans notre
société.
L’entreprise contribue largement à la formation et à
la promotion des individus. Elle organise pour son per-
sonnel, chaque année davantage, des activités variées,
comme des cours de langues, des sessions de formation
permanente, des stages d’apprentissage des nouvelles
techniques.
La vie associative permet également à tous les
citoyens de compléter leur éducation à tout âge et dans
tous les domaines. La variété des loisirs culturels et spor-
tifs proposés par les clubs et les associations assure une
véritable progression intellectuelle et sociale à ceux qui
s’y adonnent.
Enfin, il ne faut pas négliger tout simplement l’impor-
tance des acquis de la vie quotidienne et de l’expérience
dans la formation et le développement d’une personna-
lité, dans son éducation.
La société / 211
__ Conclusion
Le tableau que nous avons esquissé est cependant un
peu idéalisé et optimiste. Il ne peut nous faire oublier la
situation préoccupante d’aujourd’hui qui se traduit par
un malaise des enseignants, mais aussi des élèves et des
parents d’élèves.
Plus que jamais, un dialogue entre tous les interve-
nants est absolument nécessaire pour jeter les bases des
grands projets éducatifs. On se trouve en effet devant
un enjeu essentiel pour le monde de demain.
2
La politique et la morale
_+ L’histoire
e L'Europe
e Le Tiers-Monde
e Les civilisations
e L’écologie
e La pauvreté
e Le racisme
e La violence
e L’euthanasie
La politique et la morale / 215
L'histoire
DISSERTATION N° 30
Quel est, selon vous, le rôle de l’histoire dans la société
contemporaine ?
APPROCHE DU SUJET
e C’est le type même du sujet où unn plan dialectique
peut être envisagé.
D Évitez de faire du plan thèse - antithèse - synthèse, une
caricature du type oui - non - bof.
Une telle réduction trop simpliste ne permet pas à la
pensée d’avancer. Vous ne pouvez produire que des
opinions mitigées, sans vigueur ni conviction. C’est le
contraire de ce qu’on vous demande.
Veillez donc à trouver deux vraies problématiques qui
s’affronteront de façon fructueuse et déboucheront
sur de vraies perspectives.
e Ici, la première question qui se pose est celle de l’uti-
lité de l’histoire : pourquoi l’enseigne-t-on à l’école?
Pourquoi intéresse-t-elle le grand public?
e On peut ensuite se demander quels seraient les effets
pervers d’une mauvaise utilisation des connaissances
historiques.
e Une question essentielle ressort de cette confronta-
tion: l’histoire peut-elle nous permettre de construire
un avenir meilleur ?
216 / Les sujets généraux
CORRIGÉ SEMI-RÉDIGÉ
Éléments d’introduction
e Au XIX° siècle, l’histoire a été une discipline maf-
tresse, considérée comme une science capable de tracer
de grandes fresques illustrant le passé (Michelet) et pen-
sant éclairer l’avenir (Marx).
e Les historiens du XX° siècle sont plus modestes:
leurs œuvres suscitent pourtant toujours le même
engouement parmi le public (Montaillou, village occi-
tan de 1294 à 1324, a rendu célèbre Emmanuel Leroy-
Ladurie en 1975).
e Quel rôle joue donc l’histoire dans la société contem-
poraine ?
e Annonce du plan.
Première partie : quelle est l’utilité
de l’histoire?
e A côté du français et des mathématiques, l’enseigne-
ment de l’histoire conserve une place prépondérante
dans le système scolaire. Sa pédagogie fait d’ailleurs
souvent l’objet d’un débat entre les tenants d’une his-
toire chronologique et ceux d’une histoire thématique.
On considère donc qu’elle fait partie de la formation
de base de tout citoyen: elle est un des instruments
essentiels du développement de l’esprit critique.
e L’histoire a d’abord une première utilité : toute ten-
tative de connaître et de comprendre le passé est néces-
sairement historique. Il est indispensable de pouvoir
situer les événements dans leur chronologie pour en
comprendre l’évolution.
+ Elle permet de situer le présent dans cette évolution :
: La politique et la morale / 217
elle enracine dans une continuité intelligible les événe-
ments contemporains.
e L'étude des civilisations disparues (Egypte, Aztè-
ques) permet de relativiser la valeur des modèles domi-
nants d’aujourd’hui : d’autres formes d’organisation
sociale ont pu et pourront exister.
e fn lui faisant connaître les origines de sa culture, ses
racines, l’histoire permet à chaque individu d’explorer
son identité.
e L’étude des causes et des conséquences des événe-
ments majeurs du passé semble pouvoir donner quel-
ques leçons pour l’avenir : ainsi l’étude des sinistres
conséquences de la « grande crise de 29 » n’est pas sans
intérêt dans une période de crise économique comme
celle que traversent les pays industriels aujourd’hui.
Deuxième partie: les effets pervers
d’une mauvaise utilisation de l’histoire
e Tous les régimes totalitaires ont toujours donné leur
version de l’histoire : la version officielle. L’histoire est
donc falsifiable, ne serait-ce que par omission.
e Les historiens jouissent en général auprès du public
d’une autorité telle que les impostures sont possibles :
le révisionnisme est la dernière en date.
e La valeur exemplaire de l’histoire est sujette à cau-
* tion : en effet, présentant de nombreux exemples de
. manquements aux droits de l’homme qui ont été profi-
tables à ceux qui les ont commis, elle permettrait de jus-
tifier toutes les exactions à venir (coups d’État,
impérialisme).
. + L’engouement que suscite l’histoire n’est-il pas une
façon de fuir le présent en se réfugiant dans le passé ?
. Ne nous empêche-t-elle pas dès lors de préparer
218 / Les sujets généraux
l’avenir ? Les souvenirs ressassés et entretenus de la :
Seconde Guerre mondiale n’ont-ils pas formé un obsta- |
cle à la construction européenne ? |
e Aujourd’hui, les approches des historiens sont multi- |
ples. C’est bien là l’expression d’une liberté d’opinion
-et le seul moyen d’approcher la vérité. Cependant, la
diversité des thèses en présence, influencées parfois par
des idéologies, peut semer le trouble et le doute auprès
du public peu averti qui cède alors au scepticisme-le
plus stérile.
Troisième partie : l’histoire peut-elle
nous permettre de construire un avenir meilleur?
e On invoque souvent les «leçons de l’histoire » dont
la valeur exemplaire devrait permettre d’éviter de com-
mettre deux fois la même erreur.
e On peut songer à l’exemple de la décolonisation fran-
çaise de l’Afrique de l’Ouest, qui s’est faite presque
«en douceur » probablement à cause du tragique exem-
ple algérien.
e La France a intégré avec succès, au cours de son his-
toire, des populations hétérogènes qui ont contribué à
constituer sa richesse. Cette réussite exemplaire, qui ne
s’est pas faite sans difficultés, devrait inspirer les déci-
deurs d’aujourd’hui et peut nous permettre d’envisager
Pavenir avec sérénité.
e Cela dit, considérer que l’histoire est une évolution
continue et linéaire (dans le sens du progrès ou de la
décadence) est fondamentalement une source d’erreurs :
on ne peut guère en tirer de lois applicables à l’avenir.
e L'histoire, en effet, «ne repasse pas deux fois les
plats » : c’est un lieu commun, mais qui ne manque pas
de bon sens. Jamais les conditions n’étant exactement
4 La politique et la morale / 219
- les mêmes, tout ce qui arrive est inédit et donc imprévi-
sible. La guerre franco- prussienne de 1870 et la Pre-
mière Guerre mondiale n’ont pas permis d’éviter
l’embrasement de l’Europe et du monde à partir de
1939.
e Le psychanalyste Gérard Miller insiste pour sa part
sur le fait qu’«il n’y a pas de pédagogie de l’horreur » :
l’histoire a beau nous présenter de nombreux exemples
de violences qui nous choquent et qu’on pourrait croire
d’un autre âge, nous continuons à vivre dans un monde
où l’horreur se répète. Si l’histoire avait une valeur
exemplaire, il n’y aurait plus de guerres depuis long-
temps. L’histoire ne nous apprend rien.
Éléments de conclusion
e Le problème de l’utilité de l’histoire revient à poser
- celui de l’expérience. Or, chacun d’entre nous sait que
sa valeur est toute relative.
e Ce qui fait la valeur de l’expérience, ce n’est pas tant
- l'expérience en elle-même que le crédit délibéré qu’on
lui accorde : c’est par un mouvement volontaire et opti-
miste que l’homme veut croire en la valeur de l’histoire.
_ « L’histoire n’est-elle pas volonté de progresser et opti-
misme dans cette voie difficile ?
220 / Les sujets généraux
L'Europe
DISSERTATION N° 31
Denis de Rougemont, dans sa Lettre ouverte aux Euro-
péens (1970), écrivait :«Il s’agit d'éveiller chez les jeunes
le désir d’habiter demain une grande cité européenne ; s'ils: |
le veulent, ils la bâtiront. »
Quelles réflexions vous inspire cette phrase ?
APPROCHE DU SUJET
e Ce sujet a été donné au BTS d’architecture intérieure
en 1989. Il ne s’adresse pas à des spécialistes de la ques-
tion européenne, mais fait plutôt appel à la réaction d’un
futur citoyen et à des connaissances simples. Si vous
n’ouvrez jamais un journal et n’écoutez jamais de bul-
letins d’information — ce en quoi vous auriez tort... —,
choisissez si possible un autre sujet.
e Le sujet envisage le futur, mais il ne faut pas perdre
de vue qu’on attend de vous quelques exemples con-
crets, puisés dans l’actualité ou l’histoire.
e La thèse de Rougemont repose sur l’idée suivante:
l’Europe sera le résultat de la seule volonté des Euro-
péens. C’est donc l’éducation qui permettra de faire
naître cette volonté.
S
e Nous avons ici affaire à ce type de sujet dont
l'ampleur semble la difficulté majeure; cependant,
avec un peu de méthode, on parvient à tirer profit de
cette ampleur même : l’Europe, c’est à la fois l’Europe
économique, culturelle, diplomatique, sociale. Quelle
Europe vous intéresse davantage ?
Pour un sujet où apparaît une notion très vaste
(l’Europe, l’État, la violence), il ne faut pas se laisser
1 La politique et la morale / 221
- déborder par l’ampleur de la question, mais au con-
traire savoir en tirer parti. Ce sont des notions dont
vous avez nécessairement entendu parler souvent; le
problème consiste à rassembler vos connaissances.
Au brouillon, dressez la liste des points précis que vous
connaissez mieux, des éléments de problématique,
voire de polémique, qui vous donneront autant
d’angles d’attaque du sujet et qui vous permettront de
construire un plan original.
CORRIGÉ SEMI-RÉDIGÉ
Éléments d’introduction
e La construction de l’Europe est indiscutablement la
- grande affaire de cette fin de siècle. pour les Euro-
péens du moins.
e Tous les quotidiens ont un cahier « Europe » hebdo-
. madaïire.
: e Une grande partie du travail des hommes politiques
est consacrée à l’Europe (commissions, rencontres,
sommets).
e Question : l’éducation a-t-elle un rôle déterminant
dans la construction de l’Europe ? Suffit-il de vouloir
l’Europe pour qu’elle se construise ?
Première partie : créer un désir
e Les tentatives d’unifier l’Europe par la force mili-
taire (Napoléon, Hitler) ont toujours échoué. La cons-
truction européenne ne peut être que démocratique,
c’est-à-dire volontaire et librement consentie.
. e Le sentiment européen est une réalité déjà ancienne :
——
*— NT L L'an
cg
sai
222 / Les sujets généraux
les clercs et les commerçants du Moyen Age, les huma-
nistes de la Renaissance, les philosophes du siècle des
Lumières ont eu la conviction d’appartenir à une même
communauté.
e Aujourd’hui, étudier et enseigner cette tradition
européenne apparaît comme une des nécessités premiè-
res ; avant de créer un désir, il faut reconstituer une
mémoire.
e Cependant, il ne s’agit pas de remplacer des nationa-
lismes nationaux par un nationalisme européen, ni de
construire l’Europe contre le reste du monde: il faut
créer le désir positif de vivre tous ensemble.
e Pratiquement, l’école et les médias ont un rôle déter-
minant dans cette construction européenne (cours
d’histoire et de langues ; émissions étrangères diffusées
sur le réseau national, satellite, câble).
Deuxième partie : suffit-il de vouloir?
e N’est-on pas en train d’ajouter un chapitre à l’his-
toire des utopies (sociétés idéales, purs fruits de l’ima-
gination et qui n’ont jamais eu de réalisation
concrète) ?
e L'Europe n’est pas seule au monde: les grands pro-
blèmes extérieurs sont à chaque fois une mise à
l’épreuve, voire une remise en cause, de l’unité euro-
péenne (dislocation du bloc de l’Est, guerre du
Golfe.…..).
e Question de l’intégration progressive de l’ensemble
des pays géographiquement européens, de l’extension
à l’ex-Europe de l'Est.
e La grande difficulté, c’est que chacun veuille la
même chose : en effet, jusqu’à présent, on a privilégié
l'Europe économique et culturelle ;le Marché unique
1 La politique et la morale / 223
pose d’ores et déjà le problème de l’Europe sociale et
monétaire. La guerre du Golfe a mis en évidence la
nécessité et les difficultés d’une politique extérieure
commune. La question de la supranationalité n’est tou-
jours pas résolue et on a le sentiment qu’elle n’est
encore posée que de façon très théorique.
e Le rythme même de la construction européenne
demeure imprévisible, soumis qu’il est aux conjonctu-
res économiques et politiques internationales.
| Éléments de conclusion
e Il ne faut pas avoir peur de l’Europe: elle ne pourra
en aucun cas se faire contre les Européens eux-mêmes.
e Comme tout mouvement d’unification, elle ne peut
être qu’un facteur de paix (certaines nations européen-
nes, comme la France, se sont constituées ainsi au fil
des siècles par la réunion de plusieurs régions abdi-
quant une partie de leur souveraineté).
e L'Europe, troisième grande puissance avec les États-
Unis et le Japon, a un rôle économique et politique à
jouer à l’aube du XXI siècle, grâce, notamment, à ses
relations privilégiées avec les continents africain et sud-
américain.
224 / Les sujets généraux &
DISSERTATION RÉDIGÉE
Introduction
Pour les peuples du continent européen, la construc-
tion d’une communauté économique et politique solide
est assurément le grand défi de cette fin de siècle.
L'Europe est devenue un enjeu du débat politique inté-
rieur de tous les États du continent, qu’ils soient ou non
membres de la CEE. On a vu ainsi les grands médias
européens consacrer de plus en plus d’espace au pro-
blème de l’Europe et se faire l’écho des enthousiasmes
et des craintes qu'elle suscite.
Aujourd’hui, la question européenne n’est plus le seul
fait des hommes politiques et des technocrates, mais
bien celui de tous les citoyens du continent. Mais suffira-
t-il, comme l’écrivait Denis de Rougemont dès 1970,
« d’éveiller chez les jeunes le désir d’habiter demain une
grande cité européenne...» pour réaliser l’Europe ?
Autrement dit, l’éducation a-t-elle un rôle déterminant
à jouer dans cette construction et n’aura-t-on qu’à vou-
loir l’Europe pour qu’elle se construise?
Première partie: créer un désir
Personne ne conteste plus aujourd’hui le fait que la
construction européenne ne peut être que démocratique,
c’est-à-dire volontaire et librement consentie. Les tenta-
tives passées d’unifier l’Europe par la force militaire,
celle de Napoléon comme celle d'Hitler, ont été des
échecs sanglants qui n’ont fait que ralentir le long pro-
cessus d’unification. Le sentiment européen est, en
effet, une réalité déjà ancienne fondée sur des valeurs
héritées du monde gréco-romain et de la chrétienté : les
clercs et les commerçants du Moyen Age, les humanistes
de la Renaissance ou les philosophes du siècle des
Lumières ont eu, avant nous, le sentiment d’appartenir
La politique et la morale / 225
à une même communauté. Or, fondé sur une culture
commune, ce sentiment était déjà le fruit d’une éduca-
tion ouverte sur l’ensemble du continent.
Aujourd’hui, étudier et enseigner cette tradition
apparaît comme une des nécessités premières de nos
systèmes éducatifs: avant de créer un désir, il faut
reconstituer une mémoire. Il ne s’agit cependant pas de
remplacer des chauvinismes nationaux par un nationa-
lisme européen, ni de construire l’Europe contre le reste
du monde. Il faut, au contraire, créer le désir positif de
vivre tous ensemble dans «la maison commune » dont
parlait Gorbatchev. Il est dès lors évident que l’école et
les médias ont un rôle déterminant à jouer en diffusant
dans chaque pays l’Histoire et les langues d'Europe,
autrement dit en assurant le lien entre le passé et
l’avenir.
Deuxième partie : suffit-il de vouloir?
Toutefois, cette Europe moderne, dont l’idée pro-
gresse peu à peu depuis le traité de Rome de mars 1957,
ne risque-t-elle pas de n’être, en fin de compte, qu’une
utopie de plus ? L'Europe, en effet, n’est pas seule au
monde et les grands problèmes internationaux sont sou-
vent une mise à l’épreuve, voire une remise en cause de
l’unité européenne. Ainsi des événements récents
comme la dislocation du bloc de l’Est, la guerre du Golfe
ou, plus tragiquement encore, la guerre civile yougos-
lave, ont démontré la timidité de l’Europe en matière de
politique extérieure commune, quand il ne s’agit pas de
son incapacité à parler d’une seule voix.
Par ailleurs, l’intégration dans la communauté de
l’ensemble des pays géographiquement européens est
loin d’être résolue. Les bonnes intentions ne sauraient
palier les grandes disparités, notamment économiques,
qui sont encore un facteur de déséquilibre pour la com-
munauté. Il n’y aura d'Europe qu’au prix de compromis
et d’une solidarité auxquels tous ne sont pas prêts. La
grande question reste, en effet, que chacun veuille la
226 / Les sujets généraux
même chose. Or, si l’on a jusqu’à présent privilégié
l’Europe économique et culturelle, bien des progrès res-
tent à accomplir dans le domaine social, politique et
monétaire, seul ce dernier point ayant véritablement
progressé au cours du dernier sommet européen de
Maastricht de décembre 1991.
Ainsi la question de la supranationalité et de l’élection
d’un Président européen au suffrage universel reste-t-
elle en suspens, sans qu’apparaissent encore de solutions,
définitives. Enfin, le rythme même de la construction
européenne demeure imprévisible, soumis qu’il est aux
conjonctures économiques et politiques internationales
qui échappent en grande partie aux Européens eux-
mêmes.
Conclusion
Ne désespérons cependant pas de l’Europe et n’en
ayons pas peur : elle ne pourra en aucun cas se faire con-
tre ses futurs citoyens. Du reste, son édification est
d’ores et déjà un facteur de paix. Troisième grande puis-
sance mondiale, l’Europe a dès aujourd’hui un rôle
capital à jouer dans l’équilibre mondial du fait, notam-
ment, de ses relations privilégiées avec les continents
africain et sud-américain. Un rôle qui sera demain à la
mesure de la communauté qu’elle aura su rassembler.
La politique et la morale / 227
L'Europe
DISSERTATION N° 32
| L'Europe sociale, réalité et perspectives. |
APPROCHE DU SUJET
e Un tel sujet, fréquent dans les concours administra-
tifs, suppose un minimum de connaissances et ne se
conçoit que par rapport à un programme donné.
e La dissertation n’a pas ici pour but d’élaborer des
solutions originales, mais de présenter un «état des
lieux » convenablement structuré.
e Le sujet, tel que nous l’avons formulé, donne une
idée précise du plan en deux parties qu’on attend de
vous. Cela dit, une marge de liberté vous est laissée
dans la façon d’ordonner les faits. Il s’agit bien d’une
dissertation, c’est-à-dire d’un exercice destiné à éva-
luer, outre vos connaissances, votre capacité à rendre
clairement compte du problème envisagé.
228 / Les sujets généraux
CORRIGÉ SEMI-RÉDIGÉ
Éléments d'introduction
e Le traité de Rome, en 1957, n’envisage la Commu-
nauté européenne que du point de vue économique
(CEE).
e L’Acte unique de 1985 prévoit l'instauration d’un
marché intérieur, c’est-à-dire la libre circulation des
marchandises et des capitaux, mais aussi des services et
des personnes (320 millions d’Européens).
e Peut-on, dès lors qu’il y aura libre circulation des tra-
vailleurs, raisonnablement construire une Europe éco-
nomique sans Europe sociale?
Première partie: l’Europe sociale
a été la grande absente du débat communautaire
e Impulsée par une logique néo-libérale, la construc-
tion européenne a jusqu'ici privilégié les questions éco-
nomiques et fiscales.
e Or, la réussite du marché intérieur passe également
par une unification des politiques sociales, garantissant
un minimum de droits communs à tous les travailleurs
européens.
e La difficulté du problème réside à la fois dans son
immensité et dans la disparité très grande des différen-
tes situations nationales.
e Cependant, quelques progrès ont été d’ores et déjà
sinon réalisés, du moins esquissés : le Conseil européen
de Hanovre, en 1988, estime que «le marché intérieur
doit être conçu de manière à profiter à tous les citoyens
- de la communauté ». L’année suivante, le Comité éco-
; La politique et la morale / 229
nomique et social parle d’un «socle de droits fonda-
mentaux ».
e Les enjeux sont pourtant d’importance: si l’on
attend à moyen ou long terme la création de 2 à 5 mil-
lions d'emplois, les restructurations dues au marché
unique provoqueront d’inévitables licenciements.
e Ces licenciements mettront en évidence les disparités.
e Dans ces conditions, la place et le rôle des syndicats
restent à définir.
Deuxième partie: |
l’Europe sociale apparaît désormais
comme un des objectifs prioritaires
de la construction européenne
e La réussite économique européenne sera d’autant
plus grande qu’elle pourra se fonder sur une réelle
cohésion sociale.
e Le danger d’une Europe à deux vitesses se profile
pourtant à l’horizon 93: transfert d’entreprises vers
des pays où la main-d’œuvre est meilleur marché et la
protection sociale moindre ; mais aussi recentrage de
certaines activités vers les pays géographiquement
mieux situés ou possédant des moyens de communica-
tion mieux développés, d’où marginalisation possible
des états limitrophes comme la Grèce et le Portugal,
voire le Sud de l’Italie.
e Par ailleurs, l’harmonisation des lois sociales est une
condition sine qua non de la naissance d’un sentiment
supranational européen et donc de la mise en place
d’une politique étrangère et de défense commune, sans
laquelle l’Europe ne peut prétendre à un réel crédit
international.
e Pratiquement, la construction d’une Europe sociale
230 / Les sujets généraux
doit éviter l’écueil d’un nivellement par le bas.
e La solution pourrait venir, par exemple, d’une loi-
cadre édictée par le Parlement européen et laissant à
chaque État membre une marge de manœuvre suffi-
sante pour mettre en place un ensemble de lois minimal
garantissant une harmonie en matière de sécurité, de
protection sociale, de droits syndicaux, etc.
Éléments de conclusion
e On a vu comment la construction sociale de l’Europe
était une garantie incontournable de sa réussite écono-
mique.
e Par ailleurs, cette Europe sociale nous semble avoir
autant d’importance que l’Europe culturelle, par
exemple, dans la naissance d’un sentiment authenti-
quement européen. Elle seule peut apporter ce surcroît
de solidarité entre les citoyens des États membres, qui
fait encore défaut à la Communauté.
ñ PR #
; La politique et la morale / 231
Le Tiers-Monde
DISSERTATION N° 33
« Ceux qui critiquent le tourisme nous demandent para-
doxalement d'aimer le Tiers-Monde et de ne jamais lui ren-
dre visite, de nous intéresser aux peuples du Sud en
renonçant à les fréquenter. [...] Or, il n'y a pas de demi-
mesure, ou l’on prône le cloisonnement ou l'on trace des
frontières rigides, infranchissables entre le Nord et le Sud,
ou l’on appuie la libre circulation des hommes et des idées,
le brassage des peuples, quel qu'en soit le prix.» Pascal
Bruckner, Le Sanglot de l’homme blanc.
En vous appuyant sur des exemples précis, vous analy-
serez et développerez ces propos.
APPROCHE DU SUJET
e L’auteur pose, dans une première partie, le problème
du tourisme Nord-Sud et évoque la question du tiers-
mondisme. Le tiers-mondisme est cette idéologie
datant de la décolonisation, qui mêle une volonté de
défense du Tiers-Monde à un sentiment de culpabilité,
considérant l’Occident comme le seul responsable du
sous-développement économique et politique des pays
du Sud.
e Il pose, dans une seconde partie, le problème des
migrations du Sud vers le Nord et propose « une libre
circulation des hommes et des idées », allant dans le
sens d’une société pluriculturelle et multiraciale.
di
Sn
232 / Les sujets généraux
CORRIGÉ SEMI-RÉDIGÉ
Introduction
Le XX° siècle a été celui d’un affrontement Est-
Ouest que la chute du mur de Berlin en 1989, mettant
fin à la Guerre froide, semble avoir en partie réglé.
A la suite de ces événements, la polarisation géopoliti-
que du monde fait apparaître une opposition Nord-Sud
qui sera, selon toute vraisemblance, l’enjeu du XXI°
siècle naissant. Tous les observateurs occidentaux
s’accordent à penser qu’il y a aujourd’hui urgence à
engager un dialogue intelligent avec cet «autre » nou-
veau que constituent les pays en voie de développement.
A ce propos, un philosophe et écrivain français, Pascal
Bruckner, écrivait déjà en 1983, dans Le Sanglot de
l’homme blanc: «...»
Après avoir explicité les réserves qu’inspire un tiers-
mondisme intransigeant à l’égard du tourisme, nous
nous demanderons quelles sont les conditions d’une
mondialisation des échanges, et dans quelle mesure on
peut envisager une société nouvelle, fondée sur le « bras-
sage des peuples ».
Première partie:
un tiers-mondisme mal compris
A. C’est au nom du respect du Tiers-Monde
que le tourisme est condamné
e Il menace l’authenticité culturelle et écologique.
e Il introduit des déséquilibres.
e Il profite de la misère.
e C’est un voyeurisme.
e C’est un nouveau colonialisme.
B. La clôture des frontières
e Il faut réduire les contacts Nord-Sud :
;| La politique et la morale / 233
— à la coopération technique;
— à l’aide humanitaire;
— à des relations diplomatiques et politiques sans
ingérence.
e On doit aller jusqu’à remettre en question le rôle des
organisations internationales dans le règlement des
conflits locaux.
Deuxième partie: la libre circulation
des hommes et des idées
A. Défense du tourisme
Faire du tourisme:
— c’est rencontrer l’autre;
— c’est communiquer et échanger;
— c’est contribuer à l’enrichissement du Tiers-Monde
et à son essor économique.
B. La perméabilité des frontières
Il faut:
— considérer les frontières comme des zones de con-
tact et non de fermeture;
— permettre une circulation à double sens;
— permettre des flux de population par d’autres
moyens que la violence.
Troisième partie : vers une société
pluriculturelle et multiraciale
A. Un processus déjà largement entamé
— Le tourisme est devenu un phénomène de masse à
l’essor irréversible.
— Les migrations ont été depuis longtemps constituti-
ves des sociétés européennes, américaines ou maghré-
bines.
234 / Les sujets généraux
B. La mondialisation : une chance pour la paix |
— Existence, rôle et développement des organisations ||
|
internationales.
— Règlement international des problèmes économi-
ques et politiques.
Conclusion
Seules des rencontres nombreuses et régulières entre
les peuples, aussi bien au niveau des États qu’au niveau
des individus, permettront l’extinction progressive des
conflits de toutes sortes ; seules elles permettront de
dégager des valeurs universelles sur lesquelles fonder ce
nouvel ordre international dent rêvent, en cette fin du
second millénaire, des intellectuels de tous bords et de
tous pays.
Seules, enfin, elles permettront au XX" siècle de voir
triompher cet idéal d’équilibre et de paix, auquel nous
n’avons guère jusqu'ici donné sa chance, mais dont
nous sentons bien qu’il est l’aspiration majeure des peu-
ples et le garant unique de la survie du genre humain.
A demain.
1 La politique et la morale / 235
- Les civilisations
DISSERTATIONS N° 34 ET 35
Texte de Michel Leiris, tiré de Cinq études d’ethnologie,
intitulé :Les cultures peuvent-elles être hiérarchisées ?
Discussion : Pensez-vous qu'on puisse évaluer une civili-
sation suivent d'autres critères que celui de son efficacité
technique ?
Sujet de type 1 donné au B.T.S.
Mise en œuvre des plastiques, 1989.
Voici quelles étaient les grandes lignes du texte:
e Un jugement objectif sur les cultures supposerait
qu’on n’appartienne à aucune puisqu’on ne peut juger
qu’en fonction d’une définition de la culture qui est
elle-même le produit de sa propre culture ; tout juge-
ment est donc relatif.
e Ce qui est indéniable, c’est la supériorité politique
que confère la technologie à une culture à un moment
donné de son histoire ; c’est le cas aujourd’hui de la
civilisation occidentale.
e L'efficacité technologique apparaît comme un cri-
tère objectif d’évaluation d’une civilisation.
C’est donc sur ce dernier aspect que porte la discussion.
D A noter que le sujet de la discussion ne couvre jamais
la totalité des questions soulevées par le texte. Elle en
privilégie une qui n’est pas forcément l’idée majeure
du texte. Attention au hors-sujet : il ne s’agit pas de
reprendre et de discuter l’ensemble des idées du texte.
236 / Les sujets généraux
APPROCHE DU SUJET
L'approche du sujet est facilitée par le texte : il souligne
ce qu’a de subjectif l’évaluation globale d’une culture.
Le texte propose un critère objectif (l’efficacité techni-
que) dont il s’agit de discuter la valeur.
On vous suggère, dans la formulation de la question,
qu’il en existe d’autres. À vous de les trouver et d'en
apprécier la pertinence.
CORRIGÉ SEMI-RÉDIGÉ
Éléments d’introduction
Pour gagner du temps, utilisez pour l’introduction de
la discussion les éléments que le texte proposé vous a
fournis.
e L’évaluation d’une culture est difficile et subjective,
comme l’explique l’éthnologue Michel Leiris.
e Il propose un critère objectif : l’efficacité technique.
e N’y en a-t-il pas d’autres ?
Première partie : l’efficacité technique,
une donnée incontournable
e L’habileté et l’ingéniosité sont des composantes uni-
verselles de l’être humain (Homo faber).
e Toutes les sociétés ont cherché à développer des
savoir-faire pour améliorer leurs conditions d’exis-
. tence.
La politique et la morale / 237
° La maîtrise de l’environnement, que seule la techni-
que permet, est la condition du développement civi-
lisations.
e Le développement technique permet aux civilisations
d’assurer leur sauvegarde, et parfois leur survie.
e L’histoire nous montre bien que certaines civilisa-
tions ont été asservies, voire anéanties, par d’autres
techniquement plus développées (les Aztèques et les
Mayas ; les Aborigènes d’Australie).
Deuxième partie : l’harmonie entre l’individu
et sa société
+ La constitution américaine promet le bonheur à ses
concitoyens : ne s’agit-il pas là d’un autre critère pour
juger de la valeur d’une civilisation ?
e L’exemple des sociétés amazoniennes, technologi-
quement à l’âge de pierre, mais où les ethnologues ont
constaté l’absence de toute névrose, est un exemple,
certes limite, mais qui mérite d’être médité.
e Dans nos sociétés développées, le progrès technologi-
que n’œuvre pas toujours dans le sens d’un plus grand
bonheur de l’individu (chômage dû à la robotisation,
environnement déshumanisé des grands ensembles.….).
e Cela dit, les techniques favorisent aussi la communi-
cation entre les individus (médias, transports) et ten-
dent à limiter le nombre des exclus.
S'il s’agissait d’une dissertation (3° sujet)?
S’il s’agissait d’une dissertation, on attendrait de vous
une réflexion plus poussée sur le sujet qui pourrait aller
jusqu’à le remettre en cause dans une troisième partie
comme celle-ci.
238 / Les sujets généraux
Troisième partie: la diversité des cultures,
une richesse à préserver
e Faut-il chercher à évaluer les cultures, et donc, néces-
sairement, créer une hiérarchie entre elles ?
e N’y a-t-il pas là le danger de creuser des écarts qu’il
faudrait veiller à combler ?
e N’ya-t-il pas là le danger, pour les sociétés qui se con-
sidéreraient supérieures, de passer à côté de tout ce que
les autres cultures peuvent leur apporter ?
e Contacts fructueux, échanges, métissages: une
richesse à préserver.
e Le respect de la différence culturelle n’empêche
cependant pas l’ouverture à des valeurs universelles
comme la défense des droits de l’homme.
Éléments de conclusion
e Il ne s’agit pas de faire le procès de l’ethnologie, dont
on sait l’apport considérable dans le domaine des scien-
ces humaines.
e Décrire les cultures du monde, ce n’est pas nécessai-
rement les hiérarchiser.
e Les décrire, c’est vouloir les connaître mieux et com-
muniquer avec elles.
| La politique et la morale / 239
L’écologie
DISSERTATION N° 36
«Aucun discours public n'a jamais affirmé solennelle-
ment qu'il se proposait de détruire un paysage de vallée,
un littoral, un massif boisé. Bien sûr. On ‘‘aménage”’, on
crée de “‘l’emploi”’, on ‘‘suit le progrès”. » Est-il possible à
votre avis de concilier progrès technique et sauvegarde de
l’environnement ? A quelles conditions ?
Sujet de discussion, type n° 1, après résumé d’un extrait
d'article de Bernard Vaudourd, dans Les Temps modernes, Bac.
séries F et G, Lille, 1991.
APPROCHE DU SUJET
e Le sujet porte autant sur l’écologie que sur le discours
politique qui permet de contourner ses exigences.
e L’écologie apparaît ici comme la réflexion idéologi-
que qui doit permettre de concilier progrès technique
et sauvegarde de l’environnement.
e Là encore, c’est après avoir analysé les quelques
exemples précis que vous avez en mémoire que vous
pourrez bâtir votre plan.
e Ne cédez pas trop facilement à la caricature : le sujet
dénonce une certaine hypocrisie des discours, mais il
met bien en évidence des impératifs que les hommes
politiques ne peuvent oublier (chômage, aménagement
de la région, etc.).
240 / Les sujets généraux
CORRIGÉ SEMI-RÉDIGÉ
Éléments d'introduction
e Partir d’un exemple concret, comme le tracé du TGV
ou l'installation d’une centrale nucléaire, pour montrer
que progrès technique et sauvegarde de l’environne-
ment ne vont pas nécessairement de pair, mais se ren-
contrent inévitablement. \
e Citer le sujet.
e Lancer ensuite le débat en annonçant le plan: com-
ment les concilier ? en permettant à la recherche de
transformer les techniques ? en suscitant auprès des
élus de nouvelles prises de position ? en repensant la
notion même d’écologie ?
Première partie : pour une nouvelle technologie
e Il ne s’agit pas de mettre un terme au progrès techni-
que comme le suggéraient certains utopistes des années
70, mais bien d’élaborer des technologies douces res-
pectant l’environnement.
e Ces impératifs ont donné une nouvelle impulsion aux
recherches techniques: le pot catalytique et l’essence
sans plomb permettent de réduire la pollution atmos-
phérique.
° L’argent investi dans ces recherches est en bout de
course économisé : combien coûte en effet la dépollu-
tion d’une rivière par rapport à l’installation de filtres
appropriés dans les usines ?
e Cependant, certaines entreprises préfèrent encore
économiser une dépense préventive qui leur incombe-
rait et faire supporter à la collectivité les frais de la
dépollution ; d’où la nécessité d’une intervention du
législateur et des élus dans leur ensemble.
LT
0e LEE CEE F2.
: La politique et la morale / 241
Deuxième partie: des élus responsables
e La nécessité d’avoir des élus responsables et des
citoyens informés est apparue clairement lors de la
catastrophe de Tchernobyl : la première responsabilité
politique consiste à instaurer des contrôles stricts, sans
complaisance, effectués par des experts compétents et
indépendants.
e La recherche n’est pas du seul ressort des entreprises
privées ; un organisme comme le CNRS travaille en col-
laboration étroite avec l’industrie et les usagers : il est
du devoir de l’État de débloquer des crédits pour déve-
lopper la recherche fondamentale qui trouvera son
application dans la vie quotidienne.
e Trop souvent, les industries des pays développés
exploitent les pays du Tiers-Monde en y installant des
usines à risque (catastrophe de Bhopal en Inde), profi-
tant d’une législation moins rigoureuse et d’une prise
de conscience moindre de la part de la population
locale.
e En France, l’écologie est prise en charge au niveau
gouvernemental par un ministère dont l’existence
manifeste bien la volonté politique d’harmoniser les
besoins des entreprises et la qualité de la vie des
citoyens. Mais la pollution en général ignore les fron-
tières; c’est pourquoi le problème ne peut être résolu
au seul niveau national.
Troisième partie : des citoyens sensibilisés
e L’écologie est l’affaire de tous : à un niveau indivi-
duel, chacun peut agir; par la vie associative, on peut
faire pression sur les pouvoirs en place, politiques et
industriels.
LE
242 / Les sujets généraux
e Dans ce domaine, un pays comme l’Allemagne est
très largement en avance : un parti politique (parfois
contesté mais influent), des pratiques individuelles
(recyclage organisé des déchets ménagers, respect des
espaces publics, etc.) prouvent bien que l’écologie est
vécue au quotidien.
e Certains partis politiques doivent reconsidérer leurs
positions économiques : la croissance à tout prix a-t-
elle encore un sens ?
e Dès l’école, il faut sensibiliser l’enfant au respect de
son environnement ; cette sensibilisation participe à la
fois de matières apparemment aussi différentes que les
sciences naturelles et l’éducation civique et morale.
e La vie associative qui résulte de la préoccupation éco-
logique a, dans bien des régions, redonné une nouvelle
vitalité à la collectivité et obligé les instances politiques
à résoudre des problèmes concrets de qualité de vie;
elle a rapproché les gens et leur a bien montré que la
politique n’était pas l’apanage de la classe politique,
mais l’affaire de tous les citoyens.
Éléments de conclusion
e Il faut être d’autant plus vigilants que nous sommes
en période de crise : quel élu, en période de chômage,
refuserait l’implantation d’une usine dans sa com-
mune, même polluante ?
° N'oublions pas que l’écologie, ce n’est pas le culte de
la Nature, mais une réflexion sur l’harmonie entre
l’homme et son environnement afin d’améliorer la vie
des générations présentes et à venir. Quel sens aurait la
préservation d’une nature inviolée, c’est-à-dire sans
hommes ?
La politique et la morale / 243
La pauvreté
El DISSERTATION N° 37
Comment peut-on expliquer la persistance de la pauvreté
dans les nations industrialisées d’aujourd'hui ?
APPROCHE DU SUJET
e Il faut se garder de deux attitudes extrêmes : excès de
technicité et de chiffres en oubliant l’aspect humain, ou
misérabilisme confondant sensiblerie et analyse. Une
des principales difficultés sera de trouver le ton juste.
e Avant de s’intéresser aux causes du phénomène, il
faut réfléchir à une définition de ce qu’est la pauvreté
dans un pays industrialisé: c’est une notion toute
relative.
e Bien se rendre compte que sous l’expression « persis-
tance de la pauvreté » se cache ie constat d’un échec
d’un système économique, politique et social.
e «Expliquer la persistance de la pauvreté» peut
déboucher sur des esquisses de solutions qui, néan-
moins, ne doivent pas constituer l’essentiel de la
réflexion. On attend, pour un tel type de sujet, une
démarche positive et tournée vers l’avenir, et non pas
seulement la dénonciation d’un état de fait et de ses
causes.
244 / Les sujets généraux
CORRIGÉ SEMI-RÉDIGÉ
Introduction
Jusqu’à une date récente, la pauvreté semblait devoir
petit à petit être résorbée dans les pays industrialisés. En
effet, le développement économique et la croissance
durant les années dites les «Trente Glorieuses »
(1945-1975) le laissaient espérer. Aujourd’hui, dans une
période de crise, voire de récession, on ne peut que cons-
tater une inquiétante multiplication des situations de
pauvreté. Mais comment définir ce qu’est la pauvreté
dans un pays développé ? Comment expliquer sa persis-
tance ?
Première partie:
la pauvreté dans un pays développé
est une notion relative
et un phénomène multiforme
e Le seuil de pauvreté peut être défini de deux façons
différentes : la définition monétaire consiste à évaluer
le coût des besoins primordiaux et à le comparer au
revenu de chacun; la définition sociale consiste à éva-
luer le niveau de vie moyen et à le comparer au niveau
de vie de chacun. Le premier mode d’évaluation est en
valeur absolue, le second, en valeur relative.
+ Il existe une forme traditionnelle de pauvreté dont la
croissance économique n’est jamais venue à bout :
emplois peu qualifiés, précaires et peu rémunérés,
situations d’inactivité (grands malades ou infirmes),
retraites insuffisantes.
e Il existe aujourd’hui ce qu’on appelle la «nouvelle
pauvreté » due essentiellement à l’extension du chô-
mage. Ce phénomène frappe une frange de la popula-
tion qui jusqu’alors se tenait au-dessus du seuil de
À La politique et là morale / 245
pauvreté. Le cas des « fins de droits » qui ont épuisé
toutes les possibilités d’indemnisation est particulière-
ment alarmant. Le surendettement des ménages con-
duit certains à la faillite et marginalise des familles
entières.
e Ce phénomène touche également un certain nombre
de jeunes sans qualification et sans expérience profes-
sionnelle : ils ne parviennent pas à trouver leur place sur
le marché du travail et par là-même à s’insérer dans la
vie active. La figure folklorique du vieux clochard qui
a choisi de l’être est aujourd’hui remplacée par l’image
d’un homme jeune et désemparé.
Deuxième partie:
la pauvreté dans les pays atstribtistsc
léchec d’un système économique et social
e La crise économique a conduit de nombreuses entre-
prises à la faillite : leurs employés se sont retrouvés au
chômage, un chômage parfois dit « de longue durée »
qui n’assure pas une indemnisation suffisante.
e La croissance génère aussi ses propres exclus: la
recherche d’une meilleure compétitivité aboutit sou-
vent à des « dégraissages » parmi le personnel.
e Le développement des nouvelles technologies écarte
les employés les moins qualifiés : ils sont incapables de
reconversion parce que trop âgés ou n’ayant pas une
formation de base suffisante.
e Le système de protection sociale ne tient pas toujours
compte du revenu dans certaines de ses allocations (les
allocations familiales ne considèrent que le nombre
d’enfants quel que soit le revenu familial).
e Certains pays comme les États-Unis ne connaissent
” aucune protection sociale organisée au niveau de l’Etat
et ne disposent que d’un système d’assurance person-
246 / Les sujets généraux
nelle inaccessible aux plus défavorisés.
e L’aide sociale ne va pas de soi ; elle doit faire face à
deux handicaps majeurs : elle exige de la part des per-
sonnes en difficulté une démarche administrative
empêchée souvent par une mauvaise information ou un
sentiment de pudeur ; d’autre part, l’aide sociale crée
des assistés qui, parfois, ne cherchent plus à «s’en sor-
tir » et ne se réinsèrent jamais.
e Tous les partis politiques ont pris conscience de:
l’ampleur du phénomène et des dangers qu’il repré-
sente pour la société ; même s’ils proposent des mesures
concrètes différentes, la réduction de la pauvreté figure
dans tous les programmes.
e Cela dit, il ne faudrait pas croire que les solutions ne
viendront que des appareils politiques : la multiplica-
tion d'institutions bénévoles résout sur le terrain bon
nombre de cas individuels et considère le problème
d’un point de vue plus humain que ne sauraient le faire
les administrations ;même si elles ne s’attaquent pas
aux causes profondes de la pauvreté, ces associations
suscitent néanmoins des réactions de solidarité dans
l’ensemble de la population («restaurants du cœur » en
France).
Conclusion
Seul moyen radical de résorber la pauvreté, la reprise
de la croissance doit être le but des politiques économi-
ques et sociales des pays industrialisés. Il importe, en
attendant, de limiter la paupérisation par des mesures
ponctuelles, aussi efficaces que possible, qui tiennent
compte non seulement de la détresse économique mais
aussi de la dignité humaine.
i La politique et la morale / 247
Le racisme
DISSERTATION N° 38
En vous appuyant sur votre expérience personnelle, sur
des exemples littéraires ou cinématographiques, vous exa-
minerez le sens et la valeur de cette réflexion : « Le racisme
est une misérable machine de mots pour justifier notre hété-
rophobie et en tirer profit. »
Sujet de discussion, type n° 1, après résumé d’un extrait du
livre d’Albert Memmi, Ce que je crois, Grasset, 1985.
B.T.S. Biochimie 1989.
APPROCHE DU SUJET
e Dans le texte d’Albert Memmi, on trouve la défini-
tion de ce qu’il appelle «hétérophobie» (du grec
«hétéro» = autre et «phobie» = horreur): il s’agit
d’une « peur agressive d’autrui », c’est une « donnée
animale » qu’il oppose au racisme qui, lui, est « social
et culturel ».
e L’opposition thèse - antithèse est ici à éviter : une pre-
mière partie qui ferait l’apologie du racisme ne peut
être envisagée.
e Bien noter les trois mots importants de la citation:
«mots », « justifier » et « profit ». Ils peuvent fournir
un plan tout à fait acceptable.
248 / Les sujets généraux
CORRIGÉ SEMI-RÉDIGÉ
Éléments d'introduction
e Constat d’un paradoxe, avec Albert Memmi : nous
sommes tous prêts à condamner le racisme et pourtant
nous sommes tous sujets à des réactions de rejet de
l’Autre.
e Selon lui, le racisme est «une misérable machine de
mots pour justifier notre hétérophobie et en tirer
profit ».
e Annonce du plan: le racisme est certes un discours,
mais il peut devenir violence physique ; il vise à justifier
une réaction instinctive et à légitimer l’exploitation de
l’homme par l’homme.
Première partie : le racisme,
une «machine de mots »
e Comme l’explique Albert Memmi, le racisme est
d’abord fait de mots, organisés en discours et allant
même parfois jusqu’à constituer une idéologie
(nazisme).
e Ils’appuie volontiers sur des stéréotypes : l’Arabe est
fourbe, le Noir ou le Corse paresseux, le Juif ou l’Ecos-
sais avare…
e C’est un discours violent, d’exclusion radicale : on se
souvient de la violence verbale et physique des discours
d'Hitler.
e Cependant, les propos en apparence anodins du
«racisme ordinaire » contiennent par nature une vio-
lence larvée dont on ne mesure pas toujours les consé-
quences éventuelles.
à La politique et la morale / 249
e C’est un discours qui n’attend que le passage à l’acte :
des paroles, on passe rapidement aux graffitis, puis aux
attentats contre des biens ou des personnes.
e Le racisme n’est donc pas seulement une « machine
de mots » : s’il devient l’idéologie dominante et dispose
des moyens qui sont ceux d’un Etat, il se transforme en
véritable machine infernale. On peut songer au sort des
Kurdes ou des Arméniens en Turquie, comme au
régime de l’apartheïid en Afrique du Sud.
Deuxième partie: la justification de l’hétérophobie
e Rappelons, avec Albert Memmi, que l’hétérophobie
est une donnée naturelle : la peur de l’autre, de l’étran-
ger au groupe, est une constante universelle, quasi bio-
logique (depuis le rejet des greffes en chirurgie jusqu’à
l’exclusion dont sont victimes dans certaines sociétés
les albinos ou les roux).
e Le racisme n’en est qu’une cristallisation culturelle
qui, au lieu de présenter le phénomène comme instinc-
tif et animal, tente de lui donner une justification
rationnelle (infériorité de telle ou telle race fondée sur
des critères prétendument objectifs).
e D'ailleurs, l’hétérophobie comme le racisme ne
s’exerce pas seulement sur des critères de race : misogy-
nie, racisme anti-jeunes en sont des manifestations
vivaces.
e Un des dangers du racisme est qu’il occulte l’hétéro-
phobie, sentiment qu’il faut savoir regarder en face
comme toutes les peurs, si l’on ne veut pas en être
l’esclave.
e Autant on peut lutter contre l’hétérophobie qui n’est
qu’instinctive et qui ne repose que sur une méconnais-
sance de l’autre, autant le racisme, dont le discours
250 / Les sujets généraux
empêche de fairej jamais «connaissance » et entretient
la haine, est difficile à éradiquer.
Troisième partie: le racisme:
à qui profite le crime?
e Le racisme n’est pas gratuit : il vise toujours un profit
direct ou indirect.
e Il n’est pas innocent : par définition, il fait toujours
des victimes.
e Dans les guerres entre Etats, le racisme est une corde
sensible sur laquelle jouent tous les discours officiels (le
discours « anti-Boches » en 1914 ; les croisades justi-
fiées dans les deux camps par une lutte contre les « infi-
dèles »).
e Le phénomène du colonialisme s’est toujours fondé
sur un sentiment de supériorité qui permettait l’exploi-
tation économique des pays colonisés.
e La traite des Noirs qui a permis d’obtenir une main-
d’œuvre massive n’a pu se mettre en place qu’à l’aide
d’un discours raciste contre lequel ont réagi certains
intellectuels du XVIIT siècle (Montesquieu, Voltaire).
e Lorsque les difficultés politiques et économiques à
l’intérieur d’un pays semblent sans issue rationnelle, le
racisme est toujours une tentation pour fournir un
bouc-émissaire à l’opinion publique (les Juifs en Alle-
magne lors de l’ascension d’Hitler au pouvoir, les
immigrés dans la France du chômage).
Éléments de conclusion
e La distinction d’Albert Memmi est tout à fait utile
pour permettre de penser le racisme.
La politique et la morale / 251
e On ne parviendra à réduire le phénomène qu’en en
comprenant les causes et les mécanismes.
e La condamnation pure et simple du racisme n’abou-
tit qu’à une bonne conscience qui radicalise le racisme
lui-même.
e Albert Memmi nous invite à faire notre propre exa-
men de conscience et à ne pas considérer que le raciste
c’est toujours « l’autre ».
252 / Les sujets généraux
La violence
DISSERTATION N° 39 |
| La violence aujourd'hui. |
APPROCHE DU SUJET
D Lorsque le sujet est réduit à sa plus simple expression :
une idée, un phénomène ou un concept, vous devez
vous-même définir et construire la problématique.
L’absence de suggestions et d’indications de plan est
compensée par une plus grande liberté dans le traite-
ment du sujet.
e S’il s’agit d’un phénomène de société (la violence, le
suicide.….), on peut choisir un plan assez simple : dres-
ser un «état des lieux », en déterminer les causes, en
évaluer les conséquences, envisager des perspectives
d’avenir ou des remèdes.
e S’il s’agit d’une idée ou d’un concept (la liberté,
V'Etat..….), nous vous conseillons plutôt d’adopter un
plan dialectique : en quoi est-ce une idée utile et néces-
saire ? Quelles restrictions envisager ? Comment res-
pecter cette idée dans la pratique ?
e Même si on peut évoquer, dans l’introduction par
exemple, des formes anciennes de violence, vous devez
concentrer votre réflexion sur l’histoire récente et
l'actualité.
e Pratiquement, commencez par dresser au brouillon
un catalogue aussi exhaustif que possible des différen-
tes formes de violence qui caractérisent notre société
moderne. Vous aurez ainsi des matériaux pour cons-
truire votre argumentation.
tAT
Fret
F +
É
La politique et la morale / 253
| CORRIGÉ
Introduction
e Partir d'événements récents qui posent à la fois le
problème de la violence et traduisent le malaise qu’elle
engendre.
e Rappeler que toute société vise à canaliser la violence
en son sein.
e Il n’y a pas de violence gratuite : elle est toujours le
symptôme d’un dysfonctionnement.
e Annoncer le plan.
Première partie : état des lieux
e Quel que soit le point de vue selon lequel on observe
la société contemporaine, social, économique, politi-
que, culturel, on repère des formes de violence particu-
lières. En somme, la violence est partout ; seules ses
formes changent.
e Violence sociale : celle à laquelle on pense d’abord
parce qu’elle appartient à notre quotidien (dans les
faits ou par le relais des médias). Ce sont essentielle-
ment des agressions contre les personnes ou les biens,
qu’elles visent un profit ou relèvent du vandalisme.
e Violence économique : il s’agit tout aussi bien de mal-
versations, d’escroqueries ou d’opérations financières
frauduleuses que de fermetures d’usines et du chômage
qu’elles entraînent.
e Violence politique : on pensera notamment aux régi-
mes totalitaires, au terrorisme, à certaines actions de
contre-espionnage, et bien sûr à la guerre.
254 / Les sujets généraux
e Violence culturelle : c’est tout aussi bien la censure
que la violence à l’écran; le cinéma et les médias y
jouent un rôle important.
e Par-delà la diversité des formes de violence, il
importe de distinguer d’une part violence individuelle
et violence collective, d’autre part violence ouverte et
violence cachée.
Deuxième partie : les causes
e Des causes anciennes et profondes, tenant à la nature
même de l’organisation socio-politique : toute société
et toute relation entre Etats reposent sur des rapports
de force.
e Des causes plus modernes aboutissant à une dégrada-
tion récente de la cohésion sociale dans les sociétés
développées, due à divers facteurs:
— crise des valeurs;
— crise économique ;
— urbanisation trop rapide et mal conçue.
e Désarroi du Tiers-Monde et montée des intégrismes.
e Inégalité grandissante entre le Nord et le Sud.
Troisième partie : les conséquences
e Un malaise généralisé dans l’opinion et un sentiment
d’insécurité.
e Une méfiance de chacun à l’égard de l’autre qui peut
aller jusqu’au racisme.
e Une confiance diminuée dans les institutions char-
gées de contrôler et de réprimer la violence (Police, Jus-
tice, Etat).
e Le recours souvent tragique à des solutions indivi-
A +
0
L
La politique et la morale / 255
duelles : escalade de la violence et autodéfense.
e La remise en question, voire l’éclatement de certaines
structures traditionnelles : famille, école, syndicat.
e Mais aussi des conséquences positives comme la prise
de conscience des problèmes révélés par la violence
(malaise des jeunes ou oppression de certaines popula-
tions).
Quatrième partie : remèdes et perspectives
d’avenir
e Vouloir éradiquer toute violence de la société serait
à la fois utopique et sans doute peu souhaitable : les
rapports de force contribuent dans une certaine mesure
au progrès.
e Il est néanmoins vital de canaliser cette violence et
d’en maîtriser les effets.
e La répression ponctuelle de la violence, lorsque celle-
ci est le symptôme d’un malaise profond, ne suffit pas
et n’est au mieux qu’une façon de se masquer la réalité :
il faut chercher à en traiter les causes.
e Des actions à long terme doivent être menées pour
améliorer l’éducation et le cadre de vie.
e Développement de la vie associative et décentralisa-
tion des instances décisionnaires.
e Une politique cohérente en matière de police et de
justice (flotage, peines de substitution, aide à la réinser-
tion, lutte contre le trafic de drogue).
e Au niveau des rapports entre Etats, des pouvoirs
accrus pour les instances supranationales (ONU, Cour
de La Haye, OUA).
e Améliorer la communication et la compréhension
256 / Les sujets généraux
mutuelle (rôle des médias, des hommes politiques, de
la diplomatie). à
Éléments de conclusion
|
e À quelque niveau que ce soit, ce qu’il faut sauver, |
c’est l'Etat de droit. |
e La violence reste en effet un scandale au point de vue |
philosophique : négation de la liberté et de l’intégrité
physique d’autrui.
e Devant l’échec relatif des mesures ponctuelles, il faut
prendre conscience du fait suivant : seul un grand pro-
jet créatif visant à repenser la société dans son ensemble
sera à même de résoudre les problèmes soulevés par la
violence.
| La politique et la morale / 257
_ L’euthanasie
DISSERTATION N° 40
| Que pensez-vous de l'euthanasie ? |
APPROCHE DU SUJET
e On attend de vous un point de vue nuancé et argu-
menté : toute la difficulté consiste à trouver des objec-
tions à la thèse que vous souhaitez défendre et à y
répondre.
B L’art de la dissertation exige de savoir être son propre
contradicteur : il faut éviter un dogmatisme naïf et
réducteur.
e Devant un tel sujet, gardez-vous bien de sombrer
dans le morbide en présentant des exemples de mauvais
goût: il faut convaincre votre lecteur par votre argu-
mentation et non par le sensationnel.
e Un plan en deux parties conviendra : vous exposerez
d’abord le problème de l’euthanasie et donnerez votre
opinion; puis, vous essaierez d’en cerner les limites et
les dangers et vous répondrez aux objections.
e Il vaut mieux garder les éléments de synthèse pour
une conclusion étoffée.
e Il va sans dire que, sur le fond, ce corrigé n’engage
que ses auteurs — comme d’ailleurs tous les autres cor-
rigés de ce volume. Libre à vous de développer, sur le
même modèle, votre propre opinion.
258 / Les sujets généraux
CORRIGÉ SEMI-RÉDIGÉ
Introduction
L’étymologie du mot «euthanasie» pose parfaite-
ment le problème : ce terme, qui signifie en grec « bonne
mort », désigne une pratique qui se veut une aide à
mieux mourir et dont pourtant la légitimité n’est encore
reconnue nulle part. De temps à autre, des procès inten-
tés à des médecins ou à des familles viennent relancer un
débat difficile. Quelle attitude adopter face à une
détresse insupportable quand une volonté de mourir a
été clairement exprimée ?
L’euthanasie peut être l’expression du respect de la
dignité humaine, même si, au nom de ce respect même,
il faut en définir clairement les limites.
Première partie : l'euthanasie,
un acte libre et responsable
e L’euthanasie n’est concevable que dans des cas déses-
pérés de maladies incurables, sans quoi elle est assassi-
nat ou suicide.
e L’euthanasie n’est légitime que si elle a été demandée
par le malade lui-même : on peut la considérer comme
une forme de suicide médical qui aurait l’avantage de
dédramatiser l’acte volontaire de mort, de le rendre sûr
et, surtout peut-être, de déculpabiliser celui qui y aurait
recours.
e Dans la mesure où elle permet de choisir le moment
et le moyen de sa mort et de refuser la souffrance et une
fin dégradante, l’euthanasie est une forme de liberté
individuelle. A ce titre, elle participe de la dignité
humaine.
e La vie, en effet, ce n’est pas seulement être vivant,
É La politique et la morale / 259
c’est aussi pouvoir jouir de ses facultés et rester un
homme libre et indépendant ; de ce point de vue,
l’euthanasie n’est pas mépris de la vie, bien au con-
traire.
e Elle est une réponse au désespoir et ne fait qu’antici-
per une fin inéluctable.
e Cela dit, ce n’est pas seulement le problème du
malade : face à sa souffrance, la société tout entière, et
particulièrement la famille et l’équipe médicale, doi-
vent prendre leurs responsabilités. L’euthanasie peut
alors apparaître comme un devoir moral.
Deuxième partie :de nécessaires précautions
devraient accompagner son application pratique
e Comme toute liberté, l’euthanasie nécessite une
réglementation.
1. Il faut envisager toute une série de questions prati-
ques pour lesquelles le débat reste ouvert.
e À qui appartient l’ultime décision ? Cette question se
pose lorsque le malade n’est plus en état de décider luci-
dement (coma, par exemple). Suffit-il qu’il ait exprimé
clairement son intention auparavant ? La famille a-t-
elle le droit d’en prendre la décision pour lui ? Quelle
importance donner à l’avis du médecin ?
e Elle ne doit surtout pas empêcher d’imaginer
d’autres solutions de prise en charge collective de la
souffrance individuelle, comme les unités de derniers
soins mises en place dans les centres hospitaliers.
2. Il faut se prémunir contre toute dérive qui dénature-
rait l’acte.
e L’euthanasie ne doit pas pouvoir servir à maquiller
un assassinat.
260 / Les sujets généraux
e Elle ne doit pas non plus permettre de se débarrasser
en toute bonne conscience des plus faibles (handicapés,
malades mentaux, vieillards). Elle doit rester un
recours individuel, au cas par cas, et ne doit jamais
viser quelque groupe que ce soit dans sa globalité. Pro-
grès qui va dans le sens d’une plus grande liberté, elle
ne doit pas être une arme au service des idéologies tota-
litaires.
Conclusion
Dans l’état actuel de nos sociétés, le débat sur l’eutha-
nasie reste vif et passionné. Avant que le législateur n’ait
à s’exprimer, il conviendrait de lancer de vastes consul-
tations auprès de la population, des milieux médicaux
et du Comité d’éthique. Comme pour l’avortement, il
faut laisser du temps à la société pour qu’elle se décide
en toute sérénité. Une telle mesure, fût-elle un jour
réglementée par un texte de loi, ne doit pas se banaliser,
mais rester une réponse exceptionnelle et digne devant
une détresse extrême.
3
Les loisirs
e La société de loisirs
e Le sport
e Le jeu
eLamode
Les loisirs / 263
La société de loisirs
DISSERTATION N° 41
Le sociologue Joffre Dumazedier, dans son ouvrage de
1962, Vers une civilisation du loisir ?, distingue trois fonc-
tions essentielles des loisirs:délassement, divertissement
et développement de la personnalité.
En vous appuyant sur votre expérience personnelle, vous
expliquerez et développerez ce point de vue.
APPROCHE DU SUJET
e Ce type de sujet ne se prête pas vraiment à la discus-
sion, mais bien plutôt à l'illustration. En conséquence,
le choix des exemples est capital. Cependant, le bon
devoir sera tout de même celui qui aura réussi une
«mise en problème ».
e Un plan en trois parties est suggéré par la formula-
tion même du sujet. Mais il faut bien structurer cha-
cune de ces parties en s’interrogeant sur l’importance
et les limites de chacune des fonctions du loisir.
e Le même sujet pourrait être proposé après résumé
d’un passage du livre de Dumazedier (type n° 1 du
Bao).
e Il faut bien définir ce qu’on appelle « loisir » et le pré-
ciser dès l’introduction.
264 / Les sujets généraux
CORRIGÉ SEMI-RÉDIGÉ
Introduction
En réduisant le temps de travail et en se dotant de cer-
taines infrastructures, les sociétés développées s’ache-
minent de plus en plus « vers une civilisation du loisir »,
comme le faisait remarquer Joffre Dumazedier dès
1962. *
Le loisir qui peut être défini comme une activité libre-
ment choisie, non rémunérée, ne poursuivant d’autre
but qu’elle-même, est une notion plus riche qu’il n’y
paraît. La multiplicité des loisirs proposés et pratiqués
invite à penser qu’ils répondent à des besoins divers et
s’adaptent à des situations variées. Qu'il recherche
délassement, divertissement ou son enrichissement per-
sonnel, chacun d’entre nous a recours, pour son équili-
bre, à une ou plusieurs de ces activités qu’on regroupe
sous le terme de loisirs.
Première partie : le délassement
e Cette fonction est essentielle : elle délivre de la fatigue
et permet la récupération de ses forces de travail.
e Aucun travailleur d’aucun secteur d’activité n’y
échappe.
e Elle délivre aussi bien du « stress » que de la pure fati-
gue physique.
e C’est souvent une activité passive (télévision, musi-
que, bronzage), sa limite extrême étant le sommeil : on
comprend qu’il s’agit là d’un véritable besoin physiolo-
gique.
e A l’autre extrême, on trouve des activités physiques
intenses, comme le sport ou la danse, qui évacuent le
«stress» et permettent de retrouver un équilibre
psychique.
Les loisirs / 265
e A la fois dans l’entreprise et à l’école, on étudie avec
de plus en plus de soin et de façon de plus en plus scien-
tifique l’alternance travail/loisirs (rythmes scolaires,
assouplissement des horaires).
Deuxième partie: le divertissement
e Cette fonction du loisir avait été déjà très précisé-
ment perçue par Blaise Pascal au XVII° siècle : elle
consiste à nous délivrer de l’ennui et à nous faire sup-
porter notre condition humaine.
e Elle apporte du plaisir à l’individu qui, dans ses acti-
vités professionnelles, ne rencontre pas nécessairement
de satisfactions personnelles.
e La division et la mécanisation du travail ont donné
plus d'importance aujourd’hui à cette fonction du loi-
sir: les travailleurs, sans doute moins fatigués
qu’autrefois, ont davantage besoin de se divertir que de
se délasser.
e Le besoin de rupture avec l’univers quotidien, s’il
n’est pas canalisé par le loisir, risque de générer des
comportements asociaux (drogue, délinquance). La
société doit donc se préoccuper de développer des
infrastructures dans ce sens (salles de spectacles, sta-
des, Maisons des Jeunes et de la Culture).
° On pourra se demander si certains loisirs « divertis-
sants » ne deviennent pas à haute dose « aliénants » ou
«abrutissants » (télévision) ?
Troisième partie : le développement
de la personnalité
e C’est la fonction du loisir la moins évidente, mais en
même temps la plus ambitieuse, celle vers laquelle les
sociétés modernes doivent s’orienter principalement.
266 / Les sujets généraux
e Les loisirs permettent un enrichissement culturel à la |
fois personnel (lecture) et collectif (club de théâtre,
ciné-club).
e Ils permettent l’approfondissement de connaissances
déjà partiellement acquises (expositions, conférences)
ou la découverte d’activités nouvelles (nouveaux sports
comme le deltaplane et le saut à élastique, artisanats).
e Il peut s’agir d’activités physiques ou imaginaires : le
voyage ou la lecture apportent tous deux enrichisse-
ment et dépaysement.
e Cette dernière fonction du loisir ne s’oppose pas
nécessairement au travail : elle peut permettre une pro-
motion sociale, voire une reconversion.
Conclusion
Bien loin de s’opposer entre elles, ces trois fonctions
principales du loisir forment un ensemble harmonieux.
Dans une même activité, c’est l’une d’entre elles que
chacun de nous, suivant ses besoins du moment, privilé-
giera, si tant est qu’on puisse les dissocier. Car, qui peut
dire, lorsqu’il va voir un film de Truffaut ou d’Hitch-
cock, s’il ne fait que se délasser, s’il se divertit, ou si,
puisque ces auteurs font partie de notre culture, il s’enri-
chit intellectuellement ?
Les loisirs / 267
Le sport
DISSERTATION N° 42
Selon le sociologue M. Bernard, «le sport, avec ses rites
et ses idoles, est devenu dans l’ensemble de la culture con-
temporaine le substitut laïque des aspirations religieuses
des masses, le mode le plus accessible, bien que le plus
illusoire, de la communion collective. »
Vous illustrerez et discuterez ces propos, à l'aide
d'exemples précis tirés de votre culture générale.
APPROCHE DU SUJET
e Nous avons affaire, ici, à une réflexion articulée de
façon précise et dialectique.
e Le plan se déduit naturellement d’une telle articu-
lation.
e M. Bernard nous présente le sport comme un « subs-
titut » de la religion; puis comme «le mode le plus
accessible de la communion collective » ; encore que ce
mode lui paraisse «illusoire ».
e Il ne vous reste plus, dès lors, comme vous y invitent
les auteurs du sujet, qu’à «illustrer » et au besoin « dis-
cuter » les trois temps de cette réflexion.
268 / Les sujets généraux
CORRIGÉ RÉDIGÉ
Introduction
En dépit de la montée des intégrismes, le monde
moderne semble bien se caractériser par le recul du reli-
gieux. Les institutions, mais aussi l’explication du
monde, se laïcisent. S’agit-il d’un mouvement irréversi-
ble ou assistons-nous à la naissance de substituts des
religions d’autrefois ? C’est bien vers cette hypothèse
que penche M. Bernard quand, évoquant ses «rites »,
ses « idoles », la « communion collective » qu’il procure,
il voit dans le sport «le substitut laïque des aspirations
religieuses des masses ».
L’observation des faits confirme-t-elle ce point de
vue ? Le sport répond-il aussi simplement à un besoin de
sacré ou a-t-il, de plus, une fonction morale et peut-être
politique comme celle qu’a pu avoir le théâtre grec anti-
que ? Les aspirations que cristallise le sport ne sont-elles
qu’«illusoires » ?
Première partie:
le sport, un substitut de la religion?
Il convient tout d’abord de rappeler la parenté exis-
tant, à l’origine, entre les activités sportives et reli-
gieuses.
Les premiers jeux panhelléniques furent célébrés en
776 avant Jésus-Christ, à Olympie, en l’honneur de
Zeus, athlètes et spectateurs communiant dans une
même ferveur sacrée. Aujourd’hui, bien qu’il se soit
émancipé et séparé de la religion, le sport conserve,
comme le fait remarquer notre auteur, des caractéristi-
ques rituelles qui témoignent encore de cette origine
commune. Qu'il s’agisse de l’arrivée de la flamme olym-
pique dans un stade ou bien des hymnes nationaux qui,
dans un moment de recueillement particulièrement pho-
Les loisirs / 269
togénique et partagé par tous, précèdent une compéti-
tion ou accompagnent une remise de médailles, ce sont
là autant de moments qui attestent du caractère sacré
qu’inconsciemment, peut-être, nous continuons de con-
férer aux manifestations sportives.
Mais Bernard a raison de parler de «substitut laï-
que », le sport tel que nous le pratiquons ne célèbre plus
aucune divinité, il n’est plus un moyen mais bien une fin
en soi et l’on serait tenté de dire qu’il ne célèbre que lui-
même. La preuve en est que nos commentateurs ont cou-
tume de qualifier les Jeux Olympiques de « grande fête
du sport » ou l’ouverture du Mundial de « grande fête
du football », les seules idoles qui restent étant les cham-
pions eux-mêmes, ces « dieux du stade ».
On pourrait, qui plus est, faire remarquer que la
renaissance de l’enthousiasme pour le sport est contem-
poraine, en Occident du moins, d’un recul de la ferveur
religieuse. D’ailleurs, les pays communistes, qui ont fait
de la lutte contre la religion un de leurs objectifs idéolo-
giques, l’ex-Union Soviétique et l’ex-République Démo-
cratique Allemande en particulier, n’ont-ils pas été
longtemps les grands vainqueurs des compétitions athlé-
tiques internationales ?
Deuxième partie:
le sport, mode le plus accessible
de la communion collective
Cependant, cette religion du sport, cette «commu-
nion collective », semble trouver rapidement la limite à
son universalité dès lors qu’elle se superpose à cet autre
«substitut laïque aux aspirations religieuses des mas-
ses » qu'est le culte de la Nation, hérité des divers mou-
vements révolutionnaires qui ont donné naissance aux
États modernes. Qu’on l’avoue plus ou moins, quand
plusieurs pays sont en compétition, le sport retrouve sa
fonction originelle et l’exaltation nationale devient sou-
vent l’enjeu d’un affrontement qui a pour but d’honorer
la patrie divinisée. Gageons d’ailleurs que, dès l’origine,
270 / Les sujets généraux
la victoire de tel ou tel champion sur tel ou tel autre
n’était pas exempte de chauvinisme, ni, puisque nous
parlons de religion, d’un certain «esprit de clocher » !
Cet aspect inévitable, dès lors qu’il reste en accord
avec l’esprit de compétition et stimule la seule volonté
de dépassement de soi, n’est en rien dommageable à
l’idéal sportif et l’on sait que c’est lors des rencontres
internationales que tombent le plus de records mon-
diaux. Un sportif a évidemment besoin de défendre des
valeurs qui le dépassent pour réaliser des exploits.
Mais le danger est que le sport devienne, pour para-
phraser Clausewitz, «une continuation de la politique
par d’autres moyens », avec des règles plus simples,
immédiatement accessibles dès qu’un but est marqué ou
qu’un coureur a franchi le premier la ligne d’arrivée. Le
champion devient alors une idole nationale, et du sport
à la politique, il n’y a plus qu’un pas, comme en témoi-
gnent les carrières d’un Pelé, d’un Guy Drut ou d’un
Roger Bambuck: l’idole plébiscitée se retrouve en
charge des affaires publiques, suprême consécration
dans un monde dont les valeurs sont devenues essentiel-
lement laïques.
Que le sportif défende donc ses couleurs nationales,
mais qu’il ne devienne pas l’otage du pouvoir politique.
Ce qui n’est pas toujours le cas. Le retentissement du
sport dans notre culture contemporaine contraint par-
fois les Etats à interdire la participation de leurs athlètes
à une compétition internationale ou à jouer, souvent
fort cyniquement, de cette menace. Pire, il est arrivé que
le terrorisme s’en mêle et que l’idéal olympique vire à la
tragédie.
Mais les Etats ne sont pas les seuls responsables de la
fragilité de l’idéal sportif : le fanatisme meurtrier des
hooligans de Liverpool lors du massacre du Heysel, en
1985, par exemple, pose un problème grave.
Les loisirs / 271
Troisième partie:
le sport, un idéal illusoire?
Sans doute à cause de leurs origines communes, le
sport comme la religion (mais aussi bien la politique et
sa forme primitive : la guerre), sont des activités humai-
nes génératrices de valeurs, et il est tout naturel qu’elles
entrent en rivalité dès lors qu’elles produisent des
valeurs différentes, voire contradictoires. C’est ainsi
qu’un décret de l’empereur Théodose 1° supprima les
Jeux Olympiques en 393 de notre ère, comme manifesta-
tion du paganisme.
Mais si cette décision fut bien acceptée, c’est peut-être
moins, comme nous le rappelle Philippe Simonnot dans
Homo sportivus, parce qu’une autre «communion col-
lective » l’avait emporté que parce que le sport s’était
lui-même discrédité, les paris sur les compétitions ayant
peu à peu gangréné à la fois l’idéal sportif et l’enthou-
siasme d’un public grugé par des organisateurs et des
athlètes indélicats.
Or, c’est bien ce même péril que les affaires de dopage
révélées, mais ce n’est qu’un exemple, au cours des der-
niers Jeux de Séoul, a fait renaître. On pourrait tout
aussi bien évoquer les sombres affaires de financement
qui, en France ou en Italie, ont obscurci le monde du
football et fait chanceler sur leur socle des idoles aussi
prestigieuses hier encore qu’un Diego Maradona !
Une même question se pose : et si ces valeurs d’effort,
de courage et de fair-play dont se gargarisent champions
et commentateurs n'étaient en fait que billevesées à
l’usage d’un public naïf, hypnotisé devant son poste de
télévision ou dépossédé par l’hystérie collective des sta-
des de tout esprit critique et de toute dignité humaine ?
A cette question, il semble que les sportifs, les pou-
voirs publics et les supporters aient décidé de répondre
par la négative et que nous assistions, aujourd’hui, à un
effort pour moraliser le sport. Ainsi les contrôles anti-
dopage sont-ils de plus en plus nombreux et de mieux en
mieux acceptés par les athlètes, alors que de nombreuses
pe |
272 / Les sujets généraux
réglementations tendent à limiter le pouvoir ee
de l'argent. |
Cette aspiration à plus de morale dans le sport per-
mettra, sans doute, d’en retrouver bientôt les valeurs
fondamentales, telles que l’esprit d’équipe, le contrôle
de soi et la volonté de vaincre dans l’honneur.
Conclusion |
Le sport est bien une des activités populaires les plus
représentatives de notre culture contemporaine, mais
aussi une des plus menacées dans leur intégrité.
N’hésitons donc pas à rappeler la célèbre formule de
Pierre de Coubertin : « L’essentiel est de participer.»
Cette notion de participation nous semble, en effet, la
clé d’une «communion collective » bien comprise. Dans
le spectacle ou l’exercice du sport, nous devons recher-
cher ce que Konrad Lorenz appelle, dans L’Agression,
«la décharge cathartique des pulsions agressives »,
c’est-à-dire la libération d’une violence circonscrite par |
les limites du terrain et l’observation des règles.
Une violence, en somme, à visage humain, à l’image
enfin de ces hommes que nous voudrions être.
Et que le meilleur gagne!
Les loisirs / 273
Le jeu
à DISSERTATION N° 43
« A l'inverse de ce qu'on affirme souvent, le jeu n'est pas
apprentissage de travail. [...] Le jeu ne prépare pas à un
métier défini, il introduit à la vie dans son ensemble en
accroissant toute capacité de surmonter les obstacles ou
de faire face aux difficultés », écrit Roger Caillois dans Les
Jeux et les Hommes, en 1958.
Pensez-vous que le jeu exerce cette fonction dans notre
société, qu'il s'agisse des enfants ou des adultes ?
APPROCHE DU SUJET
e Le sujet précise qu’il s’agit aussi bien des jeux des
enfants (marchande, dînette, petites voitures...) que
des jeux des adultes ou adolescents (cartes, simula-
tions, hasard...). Il faut donc bien traiter les deux
aspects de la question.
e Le fond de la question est la relation qui peut exister
entre le jeu et la vie sociale réelle, plus exactement entre
les réactions, les comportements, les apprentissages
que génèrent les jeux et les situations réelles de la vie
sociale. Autrement dit, jouer, est-ce un atout dans la
vie ?
e Un plan dialectique s’impose presque :
— oui, le jeu prépare à la vie;
— mais le jeu n’est pas la vie.
Une troisième partie nuancée est possible mais pas
indispensable.
F0
274 / Les je généraux
CORRIGÉ SEMI-RÉDIGÉ
Éléments d'introduction
Chaque adulte reste marqué par les jeux de son
enfance. Il y décèle déjà ses goûts, il y voit le reflet de
ce qu’il est devenu. Le jeu prépare-t-il à la vie ? Une fois
adulte, le jeu nous aide-t-il à mieux affronter les diffi-
cultés de la vie sociale réelle ?
Première partie: le jeu prépare à la vie
1. Les jeux d’enfants
e Jouer à la dînette ne prépare certes pas à devenir un
grand chef, ni les petites voitures à devenir pilote de
Formule 1. Cependant, le jeu développe chez l’enfant
des qualités qui l’aideront à affronter sa vie d’adulte.
e Les jeux d’enfants sont marqués par le développe-
ment de l’imagination, par la capacité à créer une situa-
tion, à s’y adapter. Ainsi, le guignol développe la
capacité à imaginer une histoire et des dialogues adap-
tés à la scène inventée, les poupées, ou les soldats de
plomb mettent aussi en œuvre l’imagination.
e Des jeux plus physiques (ballon, « chat »..) donnent
à l’enfant le goût du sport qui est aussi un atout dans
une vie d’adulte équilibrée.
e Par les jeux de société, l’enfant apprend à utiliser,
suivant les cas, astuce, réflexes, calcul ; il apprend aussi
— et c’est sans doute le plus important — à retenir une
règle de jeu, à en exploiter toutes les possibilités, à la
respecter.
e L’enfant apprend aussi la malchance, l’échec; il
apprend qu’il peut perdre même s’il a bien joué; il
apprend à être bon joueur, à rester gai même s’il perd ;
: Les loisirs / 275
il découvre ce que sont les bons rapports avec autrui.
2. Les jeux d’adolescents et d’adultes
e Les jeux d’adolescents ou d’adultes mettent en œuvre
les mêmes qualités d'adaptation et d’imagination; ils
apprennent aussi à jouer en équipe, comme le bridge
par exemple, et obligent encore davantage à rester
sociable quelle que soit l’issue du jeu.
e Les jeux de cartes, les jeux de stratégie classiques,
comme les échecs ou les dames, obligent le joueur à éla-
borer une tactique, à prévoir des plans à l’avance, à
anticiper sur les réactions de l’adversaire.
e Les jeux de hasard introduisent à la notion de proba-
bilité dont les applications concrètes sont multiples.
e Les jeux de simulation permettént de s’évader du
«stress » de la vie scolaire ou professionnelle, de rêver
(eux de simulation financière ou guerrière) ; ils peu-
vent être un important facteur d’équilibre, voire de thé-
rapie pour certaines psychoses.
e Le jeu crée des liens entre les partenaires : certes
l’envie de gagner est une forte motivation, maïs le plai-
sir de se retrouver, de partager une passion, permet de
créer des relations fortes et durables avec des gens de
milieux sociaux très divers.
Deuxième partie : mais le monde du jeu
n’est pas celui de la vie réelle
e Le plus grand danger que présentent les jeux, c’est de
donner finalement une vision simpliste de la vie:
l’investissement immobilier n’est pas dans la réalité à
l’image du Monopoly.
e Le joueur passionné peut en venir à oublier la com-
plexité de la vie réelle et ressentir d’autant plus dure-
276 / Les sujets généraux
ment ses échecs professionnels ou sentimentaux : dans
la vie, il ne suffit pas d’avoir une stratégie gagnante
pour gagner.
e Le jeu peut aussi devenir une forme de sclérose: le
joueur fanatique d’un seul jeu va y consacrer tous ses
loisirs, ne plus sortir (cinéma, expositions...), ne plus
voir d’autres amis que ses partenaires.
e Le jeu peut être enfin une fuite devant la peur de la
vie: ainsi, bien des adolescents ou des jeunes adultes
qui pratiquent les « jeux de rôle » trouvent là un exu- #
toire pour oublier une vie qu’ils jugent banale ou
médiocre : ils préfèrent affronter des dragons imaginaïi-
res plutôt que de chercher à améliorer leur situation ou
d’établir de vrais rapports avec ceux qui les entourent.
Éléments de conclusion
Le jeu reste un élément dynamique, lié à la jeunesse, à
une certaine forme de fantaisie. Chercher à percevoir
la vie sous ses aspects les plus ludiques peut être un
atout pour affronter l’existence et pour développer cer-
taines formes de convivialité.
Les loisirs / 277
DISSERTATIONS N° 44 ET 45
Un sociologue contemporain, M. Ferrasson, faisait
remarquer que la mode était un phénomène paradoxal :
« Suivre la mode, curieuse démarche qui consiste à affirmer
sa différence tout en cherchant à ressembler aux autres, à
exprimer par des moyens éphémères la permanence de sa
personnalité. »
En vous appuyant sur votre expérience personnelle et
votre connaissance de la société contemporaine, vous
direz les réflexions que vous inspirent ces propos.
APPROCHE DU SUJET
e Le sujet peut se décomposer en deux problèmes:
— différence et ressemblance : comment marquer sa
différence tout en appartenant au groupe ?
— opposition entre ce qui est permanent et ce qui est
éphémère.
La mode, selon ce sociologue, permettrait de faire la
synthèse de ces différentes oppositions.
e Ce type de sujet relève du paradoxe, c’est-à-dire
d’une contradiction logique apparente entre deux
notions que l’expérience invite cependant à rap-
procher.
B Comment traiter un sujet paradoxal ?
— Bien montrer dans sa copie qu’on a compris qu’il
s’agissait d’un paradoxe.
— Ne pas dissocier dans son plan les deux termes du
paradoxe.
278 / Les sujets généraux
Donc, un plan du type:
1. La différence
2. La ressemblance
3. La permanence
4. Le caractère éphémère
serait naïf et maladroit et ne permettrait pas de traiter
convenablement le sujet. Il est donc à proscrire abso-
lument.
CORRIGÉ SEMI-RÉDIGÉ
Introduction
Si le phénomène de la mode n’est pas une invention
récente, il n’en est pas moins vrai que certaines caracté-
ristiques de la modernité — nous pensons à la société de
consommation et aux mass médias — ont accentué son
ampleur et sa diffusion. Un tel succès ne pouvait man-
quer d’attirer l’attention des sociologues. L’un d’entre
eux, M. Ferrasson, déclarait : « Suivre la mode, curieuse
démarche qui consiste à affirmer sa différence tout en
cherchant à ressembler aux autres, à exprimer par des
moyens éphémères la permanence de sa personnalité. »
Ce paradoxe soulève trois questions : qu’est-ce que la
mode ? comment nous permet-elle d'exprimer notre per-
sonnalité ? quelles caractéristiques, voire quels dangers,
un tel phénomène de masse présente-t-il ?
Première partie :qu'est-ce que la mode ?
Un ensemble de comportements qui caractérise un
groupe à un moment donné:
dé ve —
| À +
Les loisirs / 279
— la volonté d’imiter des modèles ;
— manière de s’habiller, «look » ;
— un certain nombre de références culturelles commu-
nes (musique, littérature, arts...);
— un art de vivre et des codes de comportement;
— une façon de penser et une attitude face à l’exis-
tence;
— un phénomène de masse soudain et par nature
limité dans le temps.
Deuxième partie:
la mode, expression d’une personnalité
e Se démarquer :
— exprimer à travers un détail matériel un choix
«idéologique » (gilet rouge arboré par les Romantiques
au XIX° siècle, badge SOS racisme);
— se situer dans sa génération (conflit avec les
parents : cheveux longs ou courts);
— se situer dans son milieu social (foulard Hermès ou
jean troué).
e Faire correspondre l’image qu’on a de soi avec celle
qu’on offre aux autres.
e Faire correspondre ce que l’on est avec ce que l’on
rêve d’être (reproduire l’image de son idole).
e Séduire et se mettre en valeur.
Troisième partie:
la mode, un phénomène de masse
e C’est un secteur économique: production indus-
trielle.
e Le phénomène est amplifié par la publicité et les
médias.
280 / Les sujets généraux
e Elle touche des groupes importants (les jeunes
comme le troisième âge).
e Liée à la culture de masse contemporaine, elle n’épar-
gne personne aujourd’hui.
e Elle correspond à un besoin de ressembler aux autres
(particulièrement chez les adolescents).
e Dangers : se fondre dans la masse, s’identifier à un
modèle, se conformer à des normes, être le produit
d’une culture qu’on subit plus qu’on ne la choisit.
Conclusion
Nous voudrions finir sur une note optimiste. En effet,
si au cours des précédentes décennies, les modes ont pu
sembler excessivement normatives au point de générer
des «esclaves de la mode » («in », « branchés ») et des
«exclus de la mode » («out », «ringards »), il n’en est
plus de même aujourd’hui. Rastas, BCBG, zoulous,
yuppies, babas, punks: autant de cultures diverses qui
coexistent dans la société actuelle, offrant à chacun
d’entre nous une multitude de modes de vie possibles.
: Les loisirs / 281
AUTRE PLAN POSSIBLE
A partir de la même approche, en conservant:
— introduction
— première partie
— et conclusion
on peut envisager un autre plan plus philosophique et
moins sociologique.
Deuxième partie:
la mode, un mode de communication
e La mode est un système de codes, donc un moyen de
communication.
e Fréquenter les mêmes lieux = multiplier les rencon-
tres et les échanges.
e Écouter la même musique, lire les mêmes auteurs,
voir les mêmes films = partager une même idéologie.
(la génération qui s’est reconnue dans Le Grand Bleu).
e Le vêtement est un langage.
e Dangers : ne communiquer qu’avec ses semblables,
se couper des autres, « ghettos », intolérance et vio-
lence.
Troisième partie:
la mode, vivre dans le présent
e La mode est éphémère et donc par nature liée au
moment présent.
e Elle touche davantage les jeunes, mais, si on la suit
toujours, elle permet de le rester ou en donne l'illusion.
e Elle est fondée sur la consommation immédiate
282 / Les sujets généraux
d’objets périssables, constamment renouvelés.
° Elle est liée au plaisir et donc à la jouissance de l’ins-
tant qui passe.
° Dangers: frénésie de consommation, illusion d’un
présent éternel, refus de vieillir, mal de vivre.
| 4 |
Les sujets réputés «intraitables»
e Boutades
e Paradoxes
e Faux proverbes.
7 + AVte TR
En £
284 / Les sujets réputés intraitables
Les examinateurs se plaisent parfois à soumettre aux
candidats, à l’écrit comme à l’oral, des sujets qui peu-
vent sembler, à première vue, hermétiques, déroutants,
voire choquants. Plus que votre culture générale, c’est
votre aptitude à réagir devant une situation inattendue
et apparemment désespérée qu’on cherche à tester.
Devant de tels sujets, la première qualité est le sang-
froid.
Le plus souvent, il s’agit simplement de décrypter la
formule proposée et de retrouver une problématique
plus ou moins familière. Néanmoins, il vous faudra
jouer le jeu, c’est-à-dire bien montrer que vous avez
compris qu’il s’agit d’un jeu. Face à un sujet provoca-
teur ou simplement farfelu, vous gagnez une certaine
liberté de ton.
Nous avons déjà traité un sujet de ce type — « Faut-il
tuer les vieux? » — auquel vous pouvez vous référer
(sujet n° 27).
Nous allons donner des pistes pour résoudre cinq
autres exemples, mais il est évident que là plus qu’ail-
leurs la réussite dépend d’une démarche originale et
d’une bonne maîtrise de la rhétorique.
k Les sujets réputés intraitables / 285
Proverbe
DISSERTATION N° 46
| La gazelle altérée n'écoute que sa soif (proverbe persan). |
PISTES
e Nous avons affaire à un proverbe comme l’atteste la
forme (article défini, présent atemporei, brièveté). Dès
lors, qu’il soit persan n’a que peu d’importance puis-
que tout proverbe vise une vérité universelle.
e Ce sujet se ramène à une critique des passions telle
que la pratique la tradition classique (Descartes, Pas-
cal, Racine).
e Le désir met la gazelle en situation de faiblesse : pour
étancher sa soif, elle perd toute prudence et s’expose à
l’appétit du lion qui n’est pas explicitement nommé ici
mais qu’on devine; la passion est suicidaire.
e Le désir isole du monde : c’est une forme de repli sur
soi.
e L’adjectif «altérée » est à double-sens : étymologi-
quement, il signifie « rendue autre » ; sous l’empire de
la passion, nous ne sommes plus nous-mêmes, pire,
nous devenons fous : nous sommes « aliénés ».
e Assouvir ses désirs ou ses passions, c’est donc redeve-
nir soi-même ; la problématique se renverse donc en
apologie de l’assouvissement.
286 / Les sujets réputés intraitables 5 |
Proverbe
DISSERTATION N° 47
Si vous haïssez quelqu'un, laissez-le vivre (proverbe
japonais).
PISTES
.
e La formule se présente comme un apparent para-
doxe : la haine devrait conduire au meurtre pour s’apai-
ser, ou encore au pardon ; ces deux solutions semblent
être ignorées par la « sagesse populaire japonaise ».
e Quel intérêt aurait-on à préserver sa haine ? La haine
peut être considérée comme un moteur, un élément
dynamique qui va nous pousser à l’action, à « écraser »
son ennemi en se dépassant soi-même.
e Autreinterprétation : la vieest le pire des châtiments,
le plus raffiné. Supprimer son ennemi, c’est lui offrir
le « repos éternel » et le soustraire à toutes les souffran-
ces ; le proverbe serait donc l’expression d’une philoso-
phie pessimiste de l’existence.
e Ne peut-on pas supposer à ce proverbe le corrélat sui-
vant : si vous aimez quelqu’un, tuez-le ? On retrouve là
le thème de l’amour à mort et du crime passionnel.
e Le caractère japonais du proverbe est tout à fait
important (nous venons d’affirmer péremptoirement le
contraire à propos du proverbe précédent...). La stra-
tégie de conquête de l’économie japonaise depuis
Hiroshima ne peut-elle s’expliquer ainsi : si vous haïs-
sez quelqu'un, laissez-le vivre et exploitez-le?
e Dernier point : laisser vivre son ennemi, n’est-ce pas,
après tout, se laisser une chance de se réconcilier avec
lui et donc avec soi ?
. Les sujets réputés intraitables / 287
Boutade
DISSERTATION N° 48
| Pour ou contre l’épingle à nourrice ? |
Ce type de sujet, donné à HEC, est l’objet d’un débat
contradictoire opposant deux candidats qui tirent au
sort la thèse ou l’antithèse.
PISTES
Pour l’épingle à nourrice
+ Autrement appelée « épingle de sûreté », c’est le con-
traire même de l’épingle ordinaire.
e Elle évoque le nourrisson et sa nourrice : symbole de
tendresse.
e Elle peut devenir un bijou sur les kilts et — pourquoi
pas ? — sur les punks.
e C’est un objet universel, toujours utile, indémodable
depuis sa création (on l’appelle « fibule » dans l’Anti-
quité).
e Fait à partir de presque rien et servant à tout, on peut
raisonnablement y voir un symbole de l’ingéniosité
humaine.
Contre l’épingle à nourrice
e L’épingle à nourrice reste une épingle, et, qui plus
est, sournoise. Elle est d’autant plus dangereuse que,
_ la croyant de sûreté, on s’en méfie moins ; lâche, elle
s’attaque de préférence aux nourrissons.
e Elle est le symbole de la barbarie: d’ailleurs, les
punks ne s’y sont pas trompés qui l’arborent fièrement
à la narine.
e Symbole passéiste, les couches jetables l’ont heureu-
sement rendue aujourd’hui désuète.
k
288 / Les sujets réputés intraitables
Paradoxe
DISSERTATION N° 49
| Faut-il tuer le Père Noël ? |
PISTES
Qui :
e Le Père Noël est un mythe, mais qui prolonge absur-
dement l’enfance.
‘e C’est un abus de confiance qui prépare une cruelle
désillusion dont tout le monde a été victime.
e Ilest l’expression d’une morale simpliste et répressive
qui fonctionne par la terreur et non par l’explication.
e Il développe aussi chez l’enfant un caractère inté-
ressé : il se conduit bien, non par amour du bien, mais :
par amour du gain.
e Il donne une fausse idée du monde réel où les vertus
ne sont pas toujours récompensées.
e Ilest de la même espèce que le Père Fouettard (cf. la
chanson de Dutronc et Lanzman, « C’était la fille du
Père Noël, j'étais le fils du Père Fouettard »).
e Il est prétexte à une débauche commerciale dont les
intentions sont loin d’être pures; il faut donc tuer le
Père Noël pour le bien commun.
Non x
Sam
E
ce
ne
L
M
RA
à
M
+.
Nu
aà TTt
e Le Père Noël nous ramène à notre enfance: les
enfants comme les adultes l’attendent avec la même
impatience, réelle ou nostalgique.
e Ilest l’expression d’une morale simple, mais positive
et accessible aux enfants.
e Ilappartient à un monde idéal où la vertu est toujours
“ récompensée.
: Les sujets réputés intraitables / 289
e Ne plus croire au Père Noël, c’est accéder au monde
des adultes : la désillusion est largement compensée par
la fierté d’être devenu grand. A ce titre, c’est un des
derniers rites initiatiques de notre société.
e Il faut laisser vivre le Père Noël!
290 / Les sujets réputés intraitables
Paradoxe
DISSERTATION N° 50
| Éloge de la paresse. |
PISTES
e Ce sujet est d’autant plus déroutant qu’il prend pour
ainsi dire le candidat à contre-pied : les valeurs qu’il est
censé défendre sont plutôt l’effort et le travail.
e A noter que l’éloge paradoxal est un exercice de la
rhétorique classique.
e Dans l’Antiquité, la valeur première est l’«otium »,
le loisir en latin, qui s’oppose au «negotium», le
négoce, c’est-à-dire les affaires.
e C’est dans l’«otium » qu’on peut se livrer à l’étude
et à la méditation : pour l’Antiquité, la paresse est phi-
losophique ; le travail est réservé essentiellement aux
esclaves.
e Dans le monde moderne de la révolution industrielle,
Baudelaire se fait le chantre de la paresse esthétique,
qu’il nomme tour à tour loisir, langueur, calme et
volupté ; même devenu pauvre (Brummel), le dandy ne
travaille pas, contrairement au bourgeois dont le tra-
vail est la valeur première.
e La paresse, par son caractère désintéressé, regarde
toujours avec un rien de condescendance le travail et
ses viles préoccupations.
e Seul le paresseux est vraiment à l’écoute du monde et
vraiment disponible pour l’aventure.
En — ©
: à Les sujets réputés intraitables / 291
e La paresse est une des caractéristiques fondamenta-
les du mythe du «bon sauvage » : c’est l’art de ne pas
en faire plus qu’il ne faut et de transformer les activités
obligées en divertissements.
Comme on peut le constater, à condition d’entrer dans
le jeu, ces sujets n’ont rien d’intraitable. A l’ironie sou-
vent sournoise de l’examinateur qui cherche à vous
désarçonner, sachez répondre par un humour imper-
turbable.
CORRIGÉ RÉDIGÉ
Etrange défi, semble-t-il, que cet éloge de la paresse.
Que cet éloge d’une vertu tout à fait étrangère à nos
valeurs modernes, au travail, à l’effort, au gain d’argent
ou de prestige. En effet, rien ne nous y prédispose, ni
l’école, ni la famille, ni l’entreprise ;aucun discours, ni
philosophique, ni religieux, ni politique ne nous y invite
plus. Il n’est que d’ouvrir un dictionnaire pour constater
que la paresse ne se peut plus définir que négativement :
le dictionnaire Larousse parle de « répugnance au tra-
vail», Bescherelle parlait d’«aversion pour l'effort »,
Littré de « faiblesse de tempérament ». Quant au bon
sens populaire, il fait de la paresse la « mère de tous les
vices » !
Et pourtant, souvenez-vous, au commencement était
la paresse. Au jardin d’Eden, relisez la Genèse, l’huma-
nité naissante paraissait devoir paresser toujours. Créé
par Dieu à Son image, le premier homme était un pares-
seux. La première femme aussi, d’ailleurs, et le travail
ne fut que la punition de ce que la paresse avait naturel-
lement enfanté : la curiosité. Or, qui pourrait dire de la
curiosité qu’elle est un vice ?
Pour l’Antiquité, autre fonds culturel où nous plon-
geons nos racines, à l’origine il y avait l’ofium des Latins,
292 / Les sujets réputés intraitables
‘le loisir, le repos ; puis vint le temps négatif du négoce,
du reg-otium, des affaires. Et avec lui la nostalgie d’un
bonheur perdu que la société tout entière se mit à recher-
cher frénétiquement. Mais qu’on ne s’y méprenne pas :
on paressait tout autant sur les gradins des arènes, des
cirques et des théâtres qu’à l’ombre d’une cellule où
méditer en paix. La paresse, en effet, est une vertu con-
viviale qui rapproche les gens, qui les fait se rencontrer,
qui les détourne des rivalités meurtrières de la politique
et de l’économie, mais c’est aussi une disposition du
corps et de l’esprit qui, loin du tracas des affaires, per-
met à l’homme de se retrouver dans un studieux face à
face avec lui-même. Ce n’est qu’en état de paresse que
l’homme peut vivre pleinement sa double nature d’indi-
vidu unique et d’être social. Que l’on songe pour s’en
convaincre à ce prince des paresseux que fut Socrate:
sans paresse point de philosophie, c’est-à-dire point de
réflexion ni d’échanges. Point de civilisation. De la
Bible à Platon, faire l’éloge de la paresse, c’est pour
nous faire l’éloge de l’origine.
Cette paresse perdue, dont la pensée orientale a su
longtemps préserver les douceurs, l’Occident la réin-
vente à chaque fois que les à-coups du progrès semblent
vouloir l’en éloigner. La Renaissance, qui invente la
banque et découvre l’Amérique, s’enthousiasme pour
ces « bons sauvages » experts dans l’art de n’en pas faire
plus qu’il ne faut. Montaigne leur consacrera tout un
chapitre de ses Essais, lui qui s’éloigna bientôt des affai-
res pour ne plus se consacrer qu’au loisir d’une étude
sans autre contrainte que son humeur. Sans paresse
donc, point d’indépendance. Elle est la première des
libertés individuelles, le premier de ces droits de
l’homme, nés, au siècle de Lumières, des « rêveries » de
quelques « promeneurs solitaires ».
Or c’est là un point tout à fait important : cette
paresse à laquelle on s’abandonne, ce « luxe » de l’âme
et du corps épris de « calme » et de « volupté », est aussi
un acte de résistance. C’est une action paradoxale, une
courageuse rébellion contre des valeurs que la société
nous impose plus qu’elle ne cherche à nous les faire
Les sujets réputés intraitables / 293
+
partager. Homme libre, intelligent, voluptueux, le
paresseux rejette les péripéties conventionnelles d’un
destin tout tracé ; seul il parvient à cet état de disponibi-
lité totale propice à la création comme à l’aventure.
Qu'on songe à Baudelaire ou encore au languissant Bar-
damu des premières pages du Voyage au bout de la nuit
de Céline. Loin de ces « divertissements » au sens pasca-
lien que sont les affaires, loin des leurres de l’effort et
du gain, le paresseux est le seul à affronter dignement,
dans un face à face que rien n’élude, la tragédie ordi-
naire de la condition humaine.
Car si la paresse est avant tout un art de vivre, nous
dirons, paraphrasant Montaigne, que un c’est
apprendre à mourir. En rendant le temps plus vaste et
la vie plus propice aux expériences, la paresse, avant le
repos éternel, nous fait goûter vivants l'éternité
promise.
Et cela nous semblait mériter quelque éloge.
Index des auteurs cités / 297
Apollinaire, 96 Goubhier, 73
Aragon, 84, 87, 158-159 Homère, 50, 57, 128
Aristote, 54, 71 Hugo, 65, 91, 95, 115, 152
Artaud, 147-148 Hytier, 106
Balzac, 52, 86, 90, 159 Ionesco, 77-81, 156
Baudelaire, 51, 53, 94, 98, Kant, 128
146, 161 Kundera, 88-92
Beaumarchais, 58, 80 La Bruyère, 61-68
Beauvoir, 194-197 Lacan, 139
Ben Jelloun, 167 Lamartine, 190
Bernard, 267-272 Leiris, 103, 235-238
Bible, 189-190 Lejeune, 104
Bossuet, 158 Leroy-Ladurie, 216
Breton, 127 Lorenz, 272
Bruckner, 231, 234 Maillet, 167
Buzzati, 116 Malraux, 56-60, 103, 117
Caillois, 273-276 Marivaux, 66
Camus, 90-91, 116, 156 Maupassant, 53
Capote, 86 Mauriac, 103-104
Céline, 103, 130 Memmi, 247-251
Césaire, 100 Miller, 103, 127
Chateaubriand, 102 Molière, 59, 74, 78, 127
_ Cioran, 154-157 Montaigne, 102, 116, 160
Claudel, 197 Montesquieu, 250
Cocteau, 95, 97-100, Musset, 74, 103
144-149 Nerval, 99
Corneille, 126, 161 Pascal, 160
Crozier, 188-193 Pasternak, 113-122
Diderot, 58, 117 Platon, 117
Dijian, 127, 135 Proust, 90, 103, 160
_ Du Bellay, 94 Rabelais, 129
Dumazedier, 263-266 Racine, 58, 67, 127, 137,
Duras, 104, 130, 135 146
Ferrasson, 277-282 Rimbaud, 52, 99
Flaubert, 52, 84-87, 90, Rohmer, 66
104, 117, 138, 160 Ronsard, 95
Fourastié, 176-179 Rostand, 135
Freud, 103 Rougemont, 134-139,
Gide, 91, 104 220-226
Glissant, 124-133 Rousseau, 102, 162-165, 190
298 / Index des auteurs cités
Saint Augustin, 102, 136 Sophocle, 138 HER
Saint-John Perse, 99 Stendhal, 49-55, 59, 86:
Sartre, 91, 148 Vaudourd, 239, 242
Senghor, 132, 167, 169 Verlaine, 95, 98
Shakespeare, 136-137 Vian, 65
Simenon, 160, 167 Voltaire, 117, 160, 161
Simonnot, 271 Yourcenar, 51
Soljenitsyne, 115, 118, 146 Zola, 52, 58, 86, 90, 91
fr dl
Index des matières traitées / 301
(En italiques, conseils de méthode)
amour, 134-139 mythologie, 50
art, 56-60 oralité, 123, 128-130
autobiographie, 82, organiser son temps, 29
101-108 originalité, 61-67
bande dessinée, 143 paragraphe, 30
civilisations, 235-238 pauvreté, 243-246
comique, 77-81 plan, 37, 215
communication, 180-187 poésie, 93-100, 120-122,
complexité, 88-92 129
conclusion, 42, 119 présentation de la copie, 29
culture, 123, 162-165 problématique, 62, 181,
culture générale, 23 220
curiosité, 162-165 racisme, 247-251
écologie, 239-242 réalisme, 49-55-84, 87
éducation, 206-211 roman, 82-92
engagement, 111, 113-122 romantisme, 59, 99
Europe, 220-230 science-fiction, 51, 85, 143
euthanasie, 257-260 sport, 267-272
évasion, 143, 144-149 sujet, 31, 150
exercices pratiques, 25-28 surréalisme, 160
fantastique, 53 théâtre, 71, 73-87
femmes, 194-197 Tiers-Monde, 231-234
francophonie, 100-107 transition, 37
histoire, 215-219 travail, 175-179
hors-sujet, 34 vérité, 49-55
instruction, 162-165 vieillesse, 198-201
instruments de travail, 25 ville et campagne, 188-193
introduction, 39, 115, 150 violence, 252-256
jeu, 273-276
jeunesse, 202-205
lecture, 150-161
lectures, 21
loisirs, 175, 263-266
médias, 180-187
mensonge, 49-55
mode, 277-282
multilinguisme, 131-133
Vos notes personnelles
Vos notes personnelles
Li
Vos notes personnelles
————@——_————————————
Vos notes personnelles
Au catalogue
Marabout
Formation
Parascolaire
Parascolaire/Formation permanente
Astronomie (L’), Von der Weid J.N. FL 0043 [07]
Bouddhisme (Le), Santoni E. [mars] FL 0037 [07]
100 chefs-d’œuvre à la loupe, Borile G. MS 0765 [14]
100 clés du succès aux examens et concours (Les),
Guédon J.F. & Gourmelin M.J. GM 0096 [07]
100 dictées pièges, Franlain …….......................................... MS 0096 [07]
100 grandes citations expliquées,
Désalmand'P; &'Forest Ph: 222 Se MS 0089 [07]
100 grandes citations littéraires expliquées,
Désalmand P. & ForestPh# eee et MS 0108 [12]
100 grandes citations politiques expliquées,
Désalmand P..&ForestPhe ss mr. MS 0073 [14]
100 grandes phrases historiques expliquées,
DésalmandP.& Forest Ph eee MS 0098 [12]
160 livres en un seul, Coremans J.F. & Arnould M. MS 0087 [09]
50 grandes citations philosophiques expliquées,
AIO LA ER ne rs a Une en se MS 0099 [09]
50 modèles de commentaires composés,
AngIard VAIMArs RER a MS 0050 [ N]
50 modèles de dissertations,
Amancy N. & Ventura Th. [mars] .….................................. MS 0053 [ N]
50 modèles de résumés de textes, Clerc G. [mars] MS 0051 [ N]
50 mots clés de la culture générale, Forest Ph. MS 0097 [12]
Comment acquérir une super-orthographe,
MO MTUIN) rss RS Re er ete GM 0138 [ N]
Devenir Champion d’Excel sur PC, Vuylisteke J.P. MS 0120 [09]
Devenir Champion de d-Base Ill, Mesters J.P. MS 0107 [09]
Devenir Champion de Logo +, Grigorieff V. MS 0106 [07]
Devenir Champion de MS-DOS, Virga MS 0112 [09]
Devenir Champion de Multiplan, Mesters J.P. MS 0113 [07]
Devenir Champion de programmation structurée et de GW Basic T.1,
ÉAUTGUT LEE cn ne nt ne MS 0111 [14]
Devenir Champion de programmation structurée et de GW Basic T.2,
BAUTENt ER MS 0115 [14]
Devenir Champion de Turbo Pascal, Rousselet M. MS 0114 [09]
Devenir Champion de VP Planner, Laloux D. MS 0108 [07]
Devenir Champion de Word 3 sur PC, Mesters J.P. MS 0105 [07]
Devenir Champion des fonctions mathématiques et financières,
GINE PAL LE race ST Re MS 0116 [13]
Ecrivains du XIXe siècle, Gazier M. ................................... FL 0012 [07]
Formules de chimie, Von der Weid J.N. FL 0011 [07]
LA
Formules de mathématiques, Von der Weid J.N. FL 0010 [07]
Formules de physique, Von der Weid J.N. FL 0007 [07]
Grandes puissances (Les), Vallaud P. .…............................. FL 0008 [07]
Guide alphabétique des difficultés du français,
BÉRAC ER Me NN ein rc ed MS 0081 [07]
Guide d'orthographe, Bled E. & Bénac H. MS 0084 [06]
Guide de calcul Caparros G. £a nine MS 0082 [06]
Initiation à la philosophie, Aubral F. FL 0019 [07]
Initiation à l'économie, Colonna d'Istria R. .…..................... FL 0002 [07]
SO D SONRIONIME SR MR NT en re FL 0020 [07]
Judaïsme (Le), Santoni E. [fév.] FL 0038 [07]
Lecture rapide (La), Richaudeau F. MS 0102 [07]
Méthode Super-learning (La), Maier Ch. MS 0052 [09]
1090 citations pour réussir, Uyttenhove L. MS 0071 [07]
1000 citations à retrouver, Play Bac [fév.] MS 15331 N]
1000 questions d'anglais, Play Bac [fév.] MS 1530! N]
. 1000 questions d'histoire, Play Bac [avr.] … MS 1537 [ N]
1000 questions de géographie, Play Bac [avr.] … MS 1536 [ N]
1000 questions de philo, Play Bac [fév.] MS 1531 N]
1000 questions pièges en français, Play Bac [fév.] MS 15321 N]
. 1000 questions sur les écrivains, Play Bac [mars] MS 1534 1[ N]
1000 questions sur les œuvres, Play Bac [mars] MS 1535 [ N]
Musiciens du XIXe siècle (Les), Von der Weid J.N. FL 0021 [07]
Mythologie (La), Hamilton E. ..….. MU 0020 [09]
Mythologies du monde entier (Les), Grigorieff V. MU 0470 [09]
Orthographe maîtrisée (L’), Jouette À. MS 0070 [07]
Panorama de la littérature française, Masson N. MS 0101 [12]
Philo de base, Grigorieff V. .…............................................. MS 0056 [07]
Philosophes (Les), Aubral F. .................................... FL 0018 [07]
Philosophie (La), Chatelet F.
15 de Platon à saint ThOMAS 5... ississsesessées MU 0311 [09]
T.2: de Galilée à J.J. Rousseau MU 0312 [09]
DBiRant 4 HUSSON 25... he essssnensse MU 0313 [09]
M AUD eme SIÉCIO" ss mresssssrnosenesteenenennses MU 0314 [09]
Pièges du français actuel (Les), Jouette A. [fév.] MS 0125[ N]
Poésie française des origines à 1940 (La), Seghers P. … MU 0003 [09]
Précis de mythologie, Arnaud M. …...................................... FL 0033 [07]
Règles d’or de la lecture rapide (Les), Gourmelin M.J. … GM 0077 [07]
Religions (Les), Santoni E. Vs FL 0001 [07]
Religions du monde entier (Les), Grigorieff V. MU 0491 [13]
Romanciers du XXème siècle (Les), Lepape P. FL 0013 [07]
Termes philosophiques (Les), Aubral F. FL 0017 [07]
Tester et enrichir son vocabulaire, Désalmand P. MS 0104 [09]
Tester et enrichir sa culture générale, Dansel M. [mai] .. MS 0126 [ N]
Tester et enrichir sa mémoire, Dansel M. [mai] MS 0128! N]
300 questions tests de culture générale, Biélande P. …. MS 1481 [09]
- 300 questions tests sur la CEE et les organismes internationaux,
ROUSSRIE MER EChATAQNET F2... sererssamonssererser MS 1484 [09]
300 questions tests sur la géographie générale,
ROMA PL Eng A TRS TRES MS 1485 [09]
300 questions tests sur la littérature française,
ROME Len TR RE MS 1486 [12]
300 questions tests sur l’économie et les finances,
ASUS (PR PR RE TE MS 1480 [09]
300 questions tests sur l’histoire de France T.1,
GONE Nam ones srammenmnosvoasn sonne MS 1482 [09]
: 58
300 questions tests sur l’histoire de France T2, “Here LE r
GrigorieffiN Sn El Ms 1487 oe]
300 questions tests sur l’histoire de France T.3,
Grigorieff N. :20e2R tn ARR ER EN MS 1489 (09]
300 questions tests sur l’histoire de France T4,
GrigorieffiN: [fév] 2.5
Re eee MS 1495 [ N]
300 questions tests sur l’homme et son environnement,
Denis BR EE MS 1492 12]
300 questions tests sur le cinéma, Lefebvre P. MS 1491 [09]
300 questions tests sur les découvertes et les inventions,
GE BA rhRE Dee ee MS 1483 [09]
300 questions tests sur les grands hommes du XXe siècle,
Biélande PE asie RE SE ne MS 1490 [12]
300 questions tests sur les Jeux Olympiques d’hiver,
GnOOneffN EE ns seunuetr en SES MERDE MS 1493 [09]
25 grands romans résumés et commentés, Conio G. …. MS 0100 f1 2]
Vie professionnelle
Avez-vous la tête de l’emploi, Azzopardi G. MS 0266 [06]
Comment prendre des notes vite et bien,
Le Bras FE: mars SR RE nn GM 0135 N]
Guide des commerçants et artisans, Ziwié W.F. MS 0260 [13]
Journalisme (Le), Loiseau Y. .............................. …. FL 0040 [07]
Management (Le), HubetA. ..….................................. …. FL 0048 [07]
Règles d’or du curriculum vitae (Les), Huguet C. MS 0268 [06]
Réussir les tests d’entreprise, Azzopardi G. MS 0269 [04]
Réussir un entretien d'embauche, Bernardini A. MS 0270 [07]
Un job sur mesure, Cadart N. MS 0799 [07]
Vendre ça s’apprend, Posno P. …..:.................................. GM 0024 [06]
Langues
Anglais courant (L’), Olorenshaw R. & Rogers P. [avr.] …. MS 0063 [ N]
5.000 mots d’allemand (Collins) MS 0066 [07]
5.000 mots d'anglais (Collins) MS 0067 [07]
5.000 mots d’espagnol (Collins) MS 0068 [07]
5.000 mots d’italien (Collins) ….…................................... MS 0069 [07]
Courrier des affaires en anglais (Le), Olorenshaw R., Rogers P.,
FAUOMON SE er nre aen MS 0088 [09]
Grammaire facile de l’allemand (La), Schumacher N. …. MS 0060 [06]
Grammaire facile de l’anglais (La),
Cupers JTE LOnau CRE Re MS 0058 [06]
Je parle allemand, Barreau A. FL 0006 [07]
Je parle anglais, Perin M.M. FL 0005 [07]
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Manuel de conversation en allemand, Barreau A. FL 0032 [07]
Manuel de conversation en anglais, Perin M.M. FL 0036 [07]
+
Manuel de conversation en anglais, Perin M.M. FL 0036 [07]
Pièges de l’anglais (Les), Rogers P. & Olorenshaw R. …. MS 0062 [06]
15 minutes par jour pour apprendre l’allemand,
Man CNED ICONE nn laure GM 0010 [09]
- 15 minutes par jour pour apprendre l’allemand
HIVIGERICRSSOHE AUCIO) semis nasrcaeesonpusenccesuocececes sacseuee GM 1010 [16]
15 minutes par jour pour apprendre l'anglais,
ARMES ONDEOGK IE LR encre sos spuase vaset mo dress cuunct eau GM 0001 [07]
15 minutes par jour pour apprendre l’anglais
MURS CASSERGOAUTO). sersrsoercerceressaveserasesse cesermceret GM 1001 [16]
15 minutes par jour pour apprendre l’espagnoil,
Blasquez M., Giltaire A.-C., Marquant H. GM 0040 [09]
15 minutes par jour pour apprendre l’espagnol
OA ASSC RE AUTO) 2. sosesuerccesteronac esseocssercasenacsee GM 1040 [16]
15 minutes par jour pour apprendre l'italien,
LBTEUNS ER GM 0114 [09]
15 minutes par jour pour apprendre l'italien,
MMBEDICASSERC AUCIO) ses rrsnersertscearoenesecserorvoee GM 1140 [16]
15 minutes par jour pour apprendre le néerlandais,
ESP. La ER ee GM 0066 [06]
15 minutes par jour pour apprendre le néerlandais,
LITE 2e CSSUS M M GM 1066 [16]
Dictionnaires
_ Dictionnaire anglais/français des affaires,
PE RS SSP OR Re Nr EEt FL 0015 [07]
\
Dictionnaire Collins français/allemand MS 0251 [09]
Dictionnaire Collins français/anglais MS 0252 [09]
Dictionnaire Collins français/espagnol .…..…................... MS 0253 [09]
Dictionnaire Collins français/italien …........................... MS 0254 [09]
Dictionnaire d'orthographe, Bled E. MS 0086 [06]
- Dictionnaire anglais-français/ français-anglais,
Din EN RS TE FL 0027 [07]
Dictionnaire de la mythologie, Grant M. & Hazel J. MS 0233 [07]
Dictionnaire des citations, Petit K. MS 0230 [09]
Dictionnaire des synonymes, Younes G, MS 0235 [09]
Dictionnaire des termes de la sociologie, Hermans A. ….. FL 0046 [07]
Dictionnaire des termes économiques, Ménard M. FL 0024 [07]
Dictionnaire des termes juridiques, Colonna d’istria P. …. FL 0025 [07]
Dictionnaire des termes scientifiques, Von der Weid J.N. : FL 0026 {07]
Dictionnaire du christianisme, Mathieu-Rosay J. MU 0493 [09]
Dictionnaire étymologique, Mathieu-Rosay J. MS 0240 f12]
Performance
Art du temps (L’), Servan Schreiber J.L. MS 1823 [07]
Cadres et dirigeants efficaces, Gordon T. MS 1831 [09]
Comment chercher et trouver un emploi,
BaCUS A. & Parra-Perez CIS ne MS 1829 [07]
Comment être efficace en utilisant les méthodes japonaises,
Delorme Pi IAVr TERRE eee MS 1838 [ N]
Confessions d’un chasseur de tête (Les), Lamy M. MS 1824 [07]
Créer et développer votre entreprise, Courouble J. MS 1832 [07]
Faites votre auto-évaluation professionnelle,
BaCUS AUS ROMANIONE RS MS 1828 [07]
Marketing direct (Le), Lehnisch J.P. .…............................ MS 1833 [09]
Mobilisez vos collaborateurs, Delattre R. .…..................... MS 1820 [0
Pour maîtriser les tests de recrutement, Bacus A. [06] MS 1827
Pouvoir (Le), Korda M5: erscene-rassesemieeese
[09] MS 1837
Réussir ses réunions, Haupeman R. [07] MS 1830
Secrets des grands vendeurs (Les), Lehnisch J.P. [07] MS 1826
Secrets d’un bon C.V. (Les), Le Bras F. MS 1825 [06]
Secrets du succès en affaires (Les), Mc Cormack M.H..MS 1835 [09]
Service compris, Bloch Ph. Hababou R., Xardel D. MS 1822 [09]
Votre carrière, conseils pour la piloter, Jouve D. MS 1821-[09]
LA
Psychologie
Psychologie / Psychanalyse
Comprendre les femmes, Daco P. .…................................ MS 0001 [09]
Dictionnaire des rêves, Uyttenhove L GM 0046 [06]
Interprétation des rêves (L’), Daco P. MS 0002 [07]
Prodigieuses victoires de la psychologie (Les), Daco P. . MS 0015 [09]
Psychanalyse (La), Azouri Ch. [mars] .…............................ FL 0045 [07]
Psychologie et liberté intérieure, Daco P. … MS 0004 [09]
Here to) onde Wed Ii... et teens FL 0044 [07]
Triomphes de ia psychanalyse (Les), Daco P. MS 0029 [09]
Une psychanalyse pour quoi faire?,
MOSCOMEZ UNE Grancher M. 2.4... MS 0008 [06]
Voies étonnantes de la nouvelle psychologie (Les),
DECO À anine0 PNR Et à MS 0003 [09]
Vos secrets intimes, Dr Houri Ch. MS 0021 [09]
Psychologie et personnalité
-ABC de la parole facile, Bower S.A. GM 0128 [06]
Analyse transactionnelle (L’), De Lassus R. MS 0035 [09]
Art d’engager la conversation et de se faire des amis (L’),
FRET) RE et LT PT MERE RE PRE RES GM 0104 [06]
Communication efficace par la PNL (La),
TE ASSUS PR IMANS ne rnesciianetenise
cames serssese MS 0010 [ N]
Connaissez-vous par votre écriture, Uyttenhove L. GM 0052 [07]
Développez votre créativité, Bacus À. & Romain Ch. MS 0043 [07]
Développez votre intelligence, Azzopardi G. MS 0024 [09]
Du bon usage du nouvel âge, Demornex J. S 2000 [06]
Etrangers intimes (Des), Rubin L. MS 0034 [07]
Expression orale (L’), Colonna d'Istria R. FL 0039 [07]
Femmes qu'ils aiment, les femmes qu'ils quittent (Les),
BEC; Cowan € Dr'M: Kinder 5... ss MS0033 [07]
Force de l’esprit (La), Groupe Diagram MS2001 [12]
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Langage des gestes (Le), Pacout N. GM0124 [07]
Méthode COUÉ (La), …..…eemnennnnsnee MS 0028 [07]
Oser être soi-même, De Lassus R. [fév.] MS 2002 [ N]
Parler en public, Pacout N. GM 0095 [07]
Partez gagnant, Hopkins T. [mars] ..…................................. MS 2003 [ N]
Qui êtes-vous? Groupe Diagram MS 0005 [12]
Qui étiez-vous? Groupe Diagram .….................................. MS 0006 [12]
Relaxation (La), Césari C. ses FL 0055 [07]
Se faire des amis, Wasmer A. [avr.] MS 2005 [ N]
IMPRESSION : BUSSIÈRE S.A.. SAINT-AMAND (CHER). — N° 596
D. L. MARS 1992/0099/16
ISBN 2-501-01636-X
Imprimé en France
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Echéance Date Due
01 0 VR 2005
UO OCT3 12006
50 modèles de dissertations
Méthodes et exemples
Deux grands types de dissertations dans ce livre:
— les sujets littéraires;
— les sujets de culture générale.
Pour chaque dissertation, une même démarche:
= l'approche du sujet: comment explorer les pistes
sans risquer de se tromper;
— la dissertation proprement dite, tantôt entièrement
rédigée, tantôt sous forme de plan détaillé.
Les thèmes abordés font le tour des notions clés qui re-
viennent le plus souvent dans les sujets proposés.
À travers la diversité des traitements, vous pourrez sui-
vre toutes les étapes de l'élaboration d’une dissertation.
En début de livre, douze fiches pratiques rappellent
l'essentiel d’une bonne méthode de travail.
Une mine d'idées pour disserter solidement
sur tous les sujets!
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