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Enseignement de la géométrie mondiale

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Volume 5 mathématiques

L’enseignement
de la géométrie

préparé sous la direction de Robert Morris

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Unesco
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L’enseignement des sciences fondamentales

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Etudes sur
l’enseignement des
mathématiques

L’enseignement
de la géométrie

Volume 5
préparé sous la direction de Robert Morris
Publié en 1987
par l’Organisation des Nations Unies
pour l’éducation, la science et la culture
7, place de Fontenoy, 75700 Paris

Composition :
Solent Typesetting Ltd, Otterbourne, Royaume-Uni
Impression :
Imprimerie Floch, Mayenne, France
ISBN 92-3-202373-3
0 Unesco 1987
Préface

Etudes sur 1‘enseignement des ma théma tiques, comme Tendances


nouvelles de l’enseignement des mathématiques, est publié dans le
cadre du programme de 1’Unesco visant à améliorer l’enseignement
des mathématiques en fournissant des ressources documentaires aux
responsables de cet enseignement. Les lecteurs des quatre premiers
volumes des Etudes ont fait savoir combien la publication d’informa-
tions en provenance de toutes les régions du monde leur paraissait
utile.
Il n’y a pas de consensus sur le contenu des programmes scolaires
de géométrie. En vue de faciliter les décisions à prendre dans ce domaine,
le présent volume est donc consacré à l’enseignement de la géométrie à
l’école. Il présente un panorama de la pratique actuelle dans le monde et
suggère des orientations pour l’avenir. La question est abordée sous
deux angles : certains chapitres traitent de cet enseignement aux divers
niveaux et d’autres rendent compte de la situation dans diverses régions.
L’Unesco tient à remercier le directeur de la publication, Robert
Morris, les nombreux spécialistes de pédagogie des mathématiques qui
ont fourni des renseignements sur le programme de géométrie de
leur pays, ainsi que les auteurs de ce volume des Etudes sur l’enseigne-
ment des mathématiques. Les idées et les opinions exprimées dans cet
ouvrage sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement les vue
de 1’Unesco ou du directeur de la publication.
Table des matières

Introduction 9

Evolution de l’enseignement de la géométrie dans trois Etats


arabes Hicham Bannout et Mansour Hussain 13

La géométrie pour les enfants de 13 ans au Canada et aux


Etats-Unis d’Amérique David F. Robitaille et
Kennet?z J. Travers 23

L’enseignement de la géométrie en Amérique latine


Emilio Lluis 33

La géométrie en Asie du Sud-Est Lee Peng-yee et Lim


Chong-keang 45

La géométrie des transformations : rétrospective D. K. Sinha 49

La géométrie au niveau secondaire en Sierra-Leone Adonis


F. Labor 53

La géométrie à l’école primaire : le possible et le souhaitable


Jan de Lange Jzn 61

Quelques problèmes relatifs à l’enseignement de la géométrie


aux élèves de dix à quatorze ans Milan Koman, FrantiSek
h’urina et Marie Tichà 83

L’enseignement de la géométrie en Union soviétique


L. Yu. Chernysheva, V. V. Firsov et S. A. Teljakovskii 101

La crise de l’éducation géométrique G. Glaeser 113

Analyse de l’enseignement de la géométrie au Royaume-Uni


D. S. Fielker 129
Quelques obstacles à l’apprentissage de la géométrie Alun
J. Bishop 149

La formation des enseignants et l’enseignement de la géométrie


Bruce E. Meserve et Dorothy T. Meserve 171

Les cours de géométrie plane sur micro-ordinateur au niveau du


secondaire Max S. Bell 187

Notices biographiques 209


Introduction

“De toutes les décisions à prendre dans le cadre d’un projet


d’aménagement des programme scolaires quant au choix des contenus,
la plus controversée et la plus difficile à défendre est généralement celle
qui concerne la géométrie” ’ .
Ces mots ont été écrits en 1970. Ils figurent dans le rapport d’une
conférence sur l’enseignement de la géométrie organisée par les membres
de l’équipe responsable du Comprehensive School Mathematics Project
(CSMP) - projet relatif à l’enseignement des mathématiques dans les
écoles polyvalentes - aux Etats-Unis d’Amérique. Depuis lors, deux
autres grandes conférences ont eu lieu sur le même thème : l’une à
Bielefeld (République fédérale d’Allemagne) en 1974, et l’autre à Mons
(Belgique) en 1982. Les conclusions de ces conférences et de diverses
réunions tenues ces dernières années en Afrique, en Asie, en Europe, en
Amérique du Nord et en Amérique du Sud se recoupent, mais seulement
de façon négative. Il n’y a pas de consensus sur ce que devrait être le
contenu de l’enseignement scolaire de la géométrie et beaucoup de
pédagogues accueilleraient favorablement une étude générale de la
question.
C’est pourquoi il a été jugé bon de consacrer la totalité du présent
volume des Etudes à la géométrie. Le projet a suscité des réactions
extrêmement encourageantes et 1’Unesco renouvelle ses remerciements
aux auteurs (originaires de plus de 20 pays différents) qui - on le
constatera en lisant les pages ci-après - ont permis de brosser le tableau
de la situation qui est actuellement celle de l’enseignement de la géométrie
dans le monde, au niveau des établissements du premier et du second
degrés ainsi que de la formation des maîtres.
Le volume commence par une étude de la pratique actuelle dans
divers régions et pays du monde. Cette étude comprend six parties :
quatre études régionales et deux études nationales. La première étude
régionale rend compte des incidences qu’a eues le projet régional de
réforme de l’enseignement des mathématiques lancé par 1’Unesco en

1. The CSMP staff, The CSMP development in geometry, Educational Studies in Mathematics
@ordrecht/Boston), Vol. 3, No. 3/4, juin 1971, p. 281.

9
Introduction

1967 sur l’enseignement de la géométrie dans trois Etats arabes. La


deuxième, qui a trait à l’enseignement de la géométrie au Canada et
aux Etats-Unis d’Amérique, est fondée sur les conclusions de la
deuxième étude internationale sur les mathématiques réalisée sous les
auspices de l’Association internationale pour l’évaluation du rendement
scolaire (International Association for the Evaluation of Educational
Achievement, IEA). Vient ensuite un résumé des tendances et des faits
nouveaux enregistrés dans les pays d’Amérique latine depuis les
bouleversements liés au mouvement de réforme des années 60. La
quatrième étude régionale concerne le groupe de pays d’Asie du Sud-Est
formé des membres de I’ANASE et de Hong Kong, pays qui ont des
mathématiques des conceptions voisines, s’exprimant dans les activités
de la Southeast Asian Mathematical Society (Société mathématique
d’Asie du Sud-Est).
Les deux études nationales émanent de l’Inde et de la Sierra-Leone.
Dans la première, le professeur Sinha jette un regard rétrospectif
sur la géométrie des transformations et montre qu’on peut lui trouver
des antécédents indéniables dans la géométrie euclidienne, dont il
présente une défense brève mais éloquente. L’article d’Adonis Labor
qui suit, sur la géométrie enseignée dans les écoles de la Sierra-Leone,
indique quelles sont les connaissances exigées des candidats aux examens
dans les pays anglophones de l’Afrique de l’ouest.
Après cet aperçu de la situation actuelle de l’enseignement de la
géométrie, le professeur de Lange, des Pays-Bas, s’interroge dans sa
contribution sur ce qu’il est possible et ce qu’il est souhaitable de faire
en géométrie au niveau de l’école primaire. Pour l’auteur, les réponses
résident dans la méthode plutôt que dans le contenu de l’enseignement.
Et cette méthode devrait avoir pour but, en bref, d’aider les enfants à
“percevoir l’espace”, idée qu’il expose de façon très vivante et illustre
abondamment.
Les problèmes que soulève l’enseignement de la géométrie dans le
cas d’enfants un peu plus âgés - ceux des grandes classes de l’école
primaire ou du premier cycle du secondaire - sont évoqués par Milan
Koman et ses collègues tchécoslovaques. Cet article passionnant repose
sur un travail expérimental réalisé avec des élèves de 10 à 14 ans dans
sept établissements scolaires de Prague. La géométrie enseignée à ces
enfants est liée à leur environnement, est fondée sur la résolution de
problèmes, fait appel à l’algorithmisation et au mouvement, inclut la
démonstration mais rejette toute axiomatique. De nombreux exemples
montrent comment ces principes sont appliqués.
La géométrie dans le second cycle de l’enseignement secondaire n’est
pas abordée en tant que telle dans le présent volume, mais trois études
de cas illustrent la pratique réelle en URSS, en France et au Royaume-
Uni. La première de ces études traite avec objectivité du problème
qui consiste à concilier un enseignement de conception logique avec
10
Introduction

l’immaturité mentale des jeunes enfants et avec la nécessité, dans le


monde moderne, de comprendre les transformations géométriques, les
méthodes analytiques et l’algèbre vectorielle. L’auteur est ainsi amené
à s’interroger sur le rôle des axiomes, des définitions, de l’heuristique,
des théorèmes et des exercices d’application et à se demander si la
géométrie doit faire l’objet d’un cours séparé ou si son enseignement
doit être intégré à celui de l’algèbre. L’expérience soviétique reflète à
bien des égards celle de beaucoup d’autres pays. Les solutions trouvées
en URSS sont donc d’autant plus intéressantes.
L’expérience française est analysée en relation avec la crise de
société qu’engendre l’évolution rapide des connaissances. En France,
les mathématiques et la géométrie, en particulier, sont considérées
comme étant d’une importance primordiale, localement inutiles et
globalement indispensables. La géométrie joue, à l’égard de la société
et de l’industrie, un quintuple rôle : elle est la science de l’espace ; elle
est un modèle de précision et d’argumentation logique ; elle est un
moyen de stimuler et de développer le raisonnement ; elle est un langage
heuristique ; elle est l’art des transformations.
L’article du Royaume-Uni rend compte clairement d’une situation
confuse. Il est rédigé sur le mode historique car, dans ce pays, l’enseigne-
ment de la géométrie peut être décrit comme une guerre de 100 ans
contre les Eléments d’Euclide. De cette guerre, qui s’est déroulée hors
de la contrainte de tout programme scolaire arrêté de concert, s’est
dégagé un consensus sur les “processus” plutôt que sur les “contenus”.
Les études de cas sont suivies d’une analyse des obstacles à l’appren-
tissage de la géométrie, qui sont rangés sous trois grandes rubriques :
apprentissage de l’espace, apprentissage de la mathématisation de
l’espace (classement, description, établissement des relations) et appren-
tissage de la géométrie proprement dite. L’analyse est particulièrement
pénétrante et pose un certain nombre de questions importantes qui
demandent à être étudiées de façon approfondie pour pouvoir ensuite
être prises en considération dans la pratique de la formation des maîtres.
Vient ensuite un chapitre sur la formation des enseignants, rédigé
par un couple de professeurs et fondé sur l’expérience acquise au cours
de longues années de travail aux Etats-Unis d’Amérique dans le domaine
de la formation pédagogique. Les auteurs y passent en revue les besoins
des étudiants et les techniques qu’ils doivent apprendre à utiliser pour
pouvoir adapter leur enseignement aux différents niveaux de développe-
ment mental qu’ils rencontreront dans leur pratique enseignante. Les
conséquences à tirer de cette analyse sont ensuite précisées et nombre
d’approches utiles sont suggérées.
Le volume se termine par une incursion dans un avenir que nous
vivons déjà. Il est question d’un cours de géométrie conçu par une
entreprise commerciale, qui fait appel au micro-ordinateur et est destiné
aux écoles secondaires des Etats-Unis d’Amérique. Ce cours vise à
11
Introduction

inculquer aux élèves à la fois des notions intuitives de géométrie et la


capacité de reproduire des démonstrations géométriques de type formel
à la manière euclidienne. Le système s’articule autour de deux
programmes fondamentaux, “Geodraw” et “Proofchecker”, aux noms
évocateurs. L’auteur affirme qu’il permet d’atteindre les deux principaux
objectifs visés et présente en outre l’avantage inestimable de préparer les
élèves à la vie qui les attend en cette ère nouvelle de l’informatique.

12
Hicham Bannout et Mansour Hussain

Evolution de l’enseignement de la
géométrie dans trois Etats arabes

Dans cette brève étude nous allons relever les principaux caractères
des processus de développement de l’enseignement de la géométrie dans
trois Etats arabes : le Koweit, la Tunisie et le Liban. Notre étude
traitera, d’une part, des changements des programmes des sections
scientifiques qui ont eu lieu dans ces pays au cours des dernières
décennies, et d’autre part, des idées pédagogiques qui ont accompagné
ces changements et certains aspects de la pratique enseignante.

Première partie : Etude des programmes antérieurs


au mouvement de réforme des années 60

Dans cette partie nous analysons les caractères de l’étape qui a précédé
le mouvement international de réforme des années 60. En consul-
tant les tableaux du nombre d’heures consacrées à l’enseignement des
mathématiques (Unesco, 1969), nous constatons que cet enseignement
venait au deuxième rang, après l’enseignement de la langue arabe, et
qu’on lui accordait une place aussi importante que dans les pays
développés. Quant aux contenus et aux méthodes d’enseignement
utilisées, ils peuvent être qualifiés de classiques et traditionnels. 11
s’agissait d’un enseignement incapable de développer les capacités de
l’élève à découvrir les mathématiques, car il s’intéressait à la résolution
mécanique des problèmes, sans apporter une vraie compréhension de la
notion mathématique sous-jacente ni une maîtrise valable du raisonne-
ment utilisé. L’importance qui était accordée à l’enseignement de la
géométrie variait d’un pays à l’autre.
Au Koweit, et dans les Etats du Golfe en général, on n’accordait pas
beaucoup d’importance à cet enseignement, la matière dominante dans
l’éducation mathématique étant l’algèbre. A l’école élémentaire (4 ans
d’enseignement), on ne faisait pas de géométrie, et à l’école moyenne
(4 ans) on s’intéressait peu à l’enseignement de cette matière. Au début
de l’enseignement secondaire (4 ans), on enseignait, parfois d’une façon
imprécise, certaines notions de la géométrie classique (droite, triangle,
cercle). En première année, trois heures hebdomadaires sur six de l’en-
13
Hicham Bannout et Mansour Hussain

seignement des mathématiques étaient consacrées à la géométrie, et


deux heures sur cinq en deuxième année. Mais il semble que ces heures
étaient en fait une perte de temps pour les élèves, et le rendement de
l’enseignement était insatisfaisant. En troisième année, trois heures
d’enseignement de géométrie sur sept heures hebdomadaires étaient
insuffisantes pour l’étude d’une partie de la géométrie dans l’espace
(plans et droites) et de quelques notions préliminaires de la géométrie
analytique. En dernière année on faisait en trois heures, sur huit heb-
domadaires, de la trigonométrie, de la géométrie dans l’espace (volumes
de quelques solides), et de la géométrie analytique (équations de droite
et de cercle, longueurs de segments de droite).
En Tunisie, on estimait que “la géométrie reste le stimulant par
excellence de l’esprit de recherche et de l’intuition” (Tunisie, 1959,
p. 3), mais on se référait à l’expérience pour conclure qu’elle était
difficile. L’algèbre et l’analyse étaient considérées comme les “éléments
de base dans la recherche mathématique moderne et sont plus facilement
accessibles à la majorité des élèves” (ibid.). Aussi lisons-nous qu’on a
jugé utile de réduire l’importance qu’on doit accorder à la géométrie,
sans pour autant négliger sa valeur formative, et qu’on a mis l’accent sur
l’algèbre et l’analyse (ibid. ).
Malgré ces déclarations, nous remarquons que les textes du pro-
gramme (ibid.) réservaient une place importante à la partie géométrique,
constituée essentiellement de notions de la géométrie classique. Sous
le titre “travaux pratiques” le programme prescrivait la manipulation
d’objets réels dans le but d’élaborer une définition, “de découvrir une
relation entre certains faits ou certains êtres, de vérifier un résultat”
(ibid., p. 6) et d’interpréter dans la réalité les schémas géométriques. Il
s’agissait d’une conceptionfavorisant le développement de l’enseignement
à travers une organisation concrète et conceptuelle de l’espace réel.
En première année de l’enseignement secondaire (six ans, après six
ans d’enseignement primaire), la notion de mesure était la notion centrale
du programme (mesure des longueurs, des aires, des volumes, des angles,
des arcs de cercle, de poids et de temps). En deuxième année, nous
trouvons les notions fondamentales de la géométrie euclidienne (droites,
angles, triangles, quadrilatères, cercle, définitions et propriétés). En
troisième année, on étudiait en géométrie plane : les triangles semblables,
les relations métriques et trigonométriques dans le triangle rectangle,
les polygones réguliers, les propriétés de cercles. De la géométrie dans
l’espace on traitait les notions de droites et de plans dans l’espace. Le
programme de la quatrième année contenait les titres suivants : vecteurs
(somme vectorielle, produit scalaire), géométrie plane (relations métri-
ques et trigonométriques dans les triangles, puissance d’un point par
rapport à un cercle, lieux géométriques et faisceau harmonique) et
géométrie dans l’espace (plans et droites). En cinquième année, il y
avait les transformations ponctuelles, le reste de la géométrie dans
14
Evolution de l’enseignement de la géométrie dans trois Etats arabes

l’espace (projection, trièdre, solides, aires et volumes de ces solides) et


de la géométrie analytique (équations du cercle et lieux géométriques
simples). En sixième année, l’élève étudiait pôle et polaire, les
ponctuelles et les coniques. En géométrie vectorielle et analytique, on
traitait : le produit vectoriel, les équations d’une droite, d’un cercle,
d’un plan et d’une sphère, les coordonnées polaires.
Au Liban
,_ __.9 le contenu du programme de géométrie était en général
celui que nous avons décrit précédemment, avec quelques différences.
Par exemple, on ne faisait pas de géométrie dans l’espace à l’école
moyenne (4 ans, après cinq ans d’enseignement primaire) : son enseigne-
ment était complètement réservé à la deuxième année de l’enseignement
secondaire (3 ans). On étudiait la géométrie vectorielle et une partie
de la géométrie analytique (les équations des coniques) en dernière
année. Quelques notions préliminaires de géométrie descriptive
figuraient dans les programmes des deux dernières années.
Dans la pratique enseignante, la géométrie avait un statut privilégié
et un rôle dominant dans l’enseignement des mathématiques. Selon les
tendances pédagogiques de l’époque, elle était considérée comme une
matière mathématique de premier ordre : le vrai raisonnement mathé-
matique se trouvait dans les belles démonstrations géométriques, qui
étaient déductives et logiques ; l’algèbre était un domaine pour tout le
monde mais la géométrie était l’affaire des gens brillants en mathémati-
ques. Cette géométrie était une sorte d’organisation conceptuelle et
locale de l’espace ; son enseignement se développait en liaison directe
avec l’expérience dans le monde du concret, où l’on ne se préoccupait
pas de distinguer les objets mathématiques des autres objets. Il
n’apparaissait pas clairement si les énoncés géométriques (définitions et
théorèmes) se développaient indépendamment du modèle physique ou
s’ils décrivaient des objets et des relations préexistant à la démarche
mathématique.

Deuxième partie : Etude des programmes de la réforme


des annés 60
Au sein du mouvement de réforme des années 60,l’Unesco a collaboré
avec des groupes nationaux dans certains Etats arabes à l’élaboration
d’un “projet de réforme pour l’enseignement des mathématiques à
l’école secondaire” (15 à 18 ans). Pour connaître le rôle de
l’enseignement de la géométrie dans ce projet, nous relevons le passage
qui suit de la description des travaux du groupe Bourbaki : “C’est cette
structuration des mathématiques par Bourbaki que l’on appelle mathé-
matiques contemporaines ou modernes.
De l’arithmétique la plus simple à l’algèbre, la géométrie ou l’analyse
abstraite la plus avancée, les mathématiques contemporaines peuvent être

15
Hicham Bannout et Mansour Hussain

décrites succinctement comme l’étude de la paire ordonnée (ensemble,


structure) et de toutes les activités qui peuvent procéder de ce couple.
Par exemple . . . la géométrie est l’étude de l’espace, c’est-à-dire d’un
ensemble de points dont les droites et les plans constituent d’importants
sous-ensembles; la structure de l’espace est décrite par des relations
dénommées postulats, telles que les relations d’ordre linéaire, de parallé-
lisme ou d’orthogonalité. Les activités consistent en des transformations
telles que rotations, symétries axiales, translations ainsi crue dilations
et relations d’isométrie et de similtude” (Unesco, 1969, p. 21). [Traa’uit
de l’anglais].
Ainsi la géométrie se trouvait, comme les autres branches des mathé-
matiques, dans le monde des structures algébriques où l’organisation du
contenu est différente de celle de la géométrie traditionnelle. Le Koweit
est l’un des Etats arabes qui adoptèrent le programme de I’Unesco. En
1970 on expérimenta le programme de la deuxième année du secondaire,
dont la partie géométrique était constituée des thèmes de la géométrie
affine et de la géométrie des transformations. Certaines difficultés
rencontrées par les élèves lors de l’étude des notions géométriques
furent signalées. Ces difficultés étaient dues en grande partie au mode
de présentation des sujets dans les livres préparés par 1’Unesco et à un
manque de maîtrise des nouvelles notions par les professeurs. La
deuxième partie du projet, dont le contenu géométrique était de la
géométrie vectorielle, fut mise en pratique en 1972. Les comités d’évalua-
tion du projet réclamèrent la révision du projet tout entier, surtout de
la partie géométrie, qui se trouvait pour la première fois dans les pro-
grammes. Ainsi fut élaboré, en 1973, un programme pour les trois
cycles (élémentaire, moyen et secondaire) de l’enseignement. On y
utilisait le langage ensembliste et les opérations sur les ensembles pour
l’enseignement de la géométrie, qu’on commençait dès la première
année de l’école élémentaire. A ce niveau, on faisait des activités con-
cernant quelques notions élémentaires (point, droite, angle, courbes et
formes géométriques planes et spatiales, mesure d’aires et de volumes).
A l’école moyenne, on traitait d’une manière plus précise les notions
précédentes ainsi que d’autres notions. Les transformations étaient
introduites pour la première fois dans le programme et utilisées dans
l’étude des autres notions. On faisait de la géométrie vectorielle et
on étudiait quelques notions préliminaires de géométrie analytique. Au
cours des deux premières années de l’enseignement secondaire, on faisait
de la géométrie des transformations. En troisième année, on faisait de la
géométrie dans l’espace et de la géométrie vectorielle dans l’espace. En
quatrième année, on ne faisait plus de géométrie. Notons que la géométrie
affine a été éliminée du programme et qu’on n’étudie plus en première
année les triangles et le cercle.
En Tunisie, nous détectons, dès les premières années de l’enseigne-
ment secondaire, l’existence d’une nette tendance vers l’abstraction.
16
Evolution de l’enseignement de la géométrie dans trois Etats arabes

On utilise la méthode axiomatique pour faire un enseignement de géo-


métrie structuré. Le modèle géométrique, qui est abstrait, est com-
plètement séparé du modèle physique. Les directives du programme
remettent en question “les notions traditionnellement qualifiées de
pratiques et de concrètes” (Tunisie, 1970, p. 5). Si elles reconnaissent
que l’élève a besoin d’une référence pour identifier une notion, cette
référence n’est pas nécessairement le concret vulgaire. Elles se demandent
“quelle contribution un carton, une ficelle tendue on une paire de
ciseaux peuvent, dans l’enseignement secondaire, apporter à la notion
de plan, de droite, d’angle” (Tunisie, 1970, p. 5). (Ces matériaux
semble-t-il, étaient utilisés dans l’enseignement de l’étape précédente.)
La méthode proposée consiste à présenter la géométrie par une cons-
truction axiomatique dont les éléments de base sont des ensembles
appelés “ensembles de points”.
Il s’agit d’un “jeu”, où “l’on joue” avec des points et des ensembles
de points donnés par définition. Les règles du jeu s’appellent “axiomes”.
Jouer, c’est utiliser les définitions et les axiomes pour fabriquer ce que
le mathématicien appelle des théorèmes (Fayala et al., p. 133). Nous
notons que les différentes parties du programme des quatre premières
années “sont étroitement interdépendantes et devront être traitées en
liaison les unes avec les autres” (Tunisie, 1970, p. 10-l 2). Les notions
de la partie du programme “ensembles et relations” sont utilisées dans
l’étude de toutes les autres parties - en particulier la géométrie - qui
en fournissent des motivations et des applications. Ainsi nous avons
remarqué une utilisation fondamentale des transformations, qui sont
définies comme des bijections, dans l’étude des notions géométriques,
et une algébrisation de certaines situations. Sous la rubrique “Initiation
géométrique et mesure”, nous trouvons des notions élémentaires (plan,
droite, droites parallèles et perpendiculaires, secteurs angulaires, triangles,
rectangle, parallélogramme, cercle) et la mesure expérimentale d’un
segment et des surfaces. Et pour faire une initiation géométrique valable,
on conseille de mettre en évidence les propriétés topologiques élémen-
taires (frontières, intérieur, extérieur) et métriques des figures étudiées.
En deuxième année, nous trouvons sous la même rubrique l’étude
descriptive de l’espace, des droites et plans perpendiculaires, des solides,
les aires et volumes de ces solides. Il y a aussi la rubrique “repérage et
initiation aux translations et aux symétries dans un réseau cartésien”,
où l’on estime que l’utilisation de réseaux peut initier l’élève à la
composition des transformations par les deux procédés algébrique et
géométrique qui se complètent. Le but de l’enseignement à ce stade est
d’initier les élèves à préciser “les caractéristiques des objets géométriques
familiers, à en définir de nouveaux, à les abstraire pour en faire des
êtres mathématiques” (Tunisie, 1970, p. 9). Les enseignants peuvent
profiter de toutes occassions “pour s’élever du niveau de l’expérience à
celui de l’explication et éventuellement de la découverte” (Tunisie, 1970,
17

---- --..-. .-- __.-.-__ .-. . -. ._.._.


- _---
Hicham Bannout et Mansour Hussain

p. 6). En troisième année, nous trouvons “élaboration concrète et intui-


tive du groupe des isométries du plan” et “utilisation des isométries”. On
étudie les symétries axiales et centrales qui sont définies comme des
bijections dans le plan et on les utilise dans l’étude de toutes les notions
géométriques du plan. En bref, le contenu de la géométrie est soumis
aux besoins des applications. En quatrième année, nous trouvons :
notions de bipoint, vecteur, parallélisme de droites et de plans, projection
sur une droite ou sur un plan, théorème de Thalès, groupe des translations
et groupe additif des vecteurs, étude analytique de la droite dans le plan,
produit scalaire de deux vecteurs, relations métriques dans le triangle et
dans le cercle. Dans le programme de cinquième année, nous constatons
que la géométrie est conçue comme un support pour l’élaboration des
structures algébriques. Le but de l’étude de la partie du programme
“géométrie et espaces vectoriels sur R” est “de permettre aux élèves de
dégager l’idée de structure d’espace vectoriel à partir de concepts
géométriques simples élaborés depuis la classe de 4e année” (Tunisie,
1970, p. 30). La notion de repère facilite une “description” algébrique
des propriétés de la droite. On rappelle les concepts qui facilitent la
même tâche pour le plan, en évitant l’introduction de toute métrique ;
puis on parle de la droite géométrique, de l’espace vectoriel, de l’appli-
cation Linéaire, de l’application affine, et du groupe de dilatations du
plan vectoriel. En “géométrie métrique plane”, on trouve : inégalité de
Cauchy-Schwarz, inégalités triangulaires et expression d’un produit
scalaire dans un repère orthonormé. En sixième année, on trouve, sous
la rubrique “géométrie vectorielle et géométrie affine” : bases d’un
espace vectoriel, matrice d’une application linéaire, espace affine de
dimension 2 ou 3, translations ; puis on parle du produit scalaire
(espace vectoriel sur R dimensions 2 ou 3) et du groupe des rotations
vectorielles. En géométrie métrique, on trouve : distance de deux points,
projection orthogonale, plans perpendiculaires, sphère. En septième
année il y a :

(1) “éléments de géométrie affine et euclidienne”, où l’on développe


les notions précédentes et on trouve d’autres notions comme addition
et composition des applications linéaires, groupe linéaire, homothéties
vectorielles, barycentre, transformations linéaires de l’espace vectoriel
euclidien, rsométries du plan affine euclidien et produit vectoriel
de deux vecteurs de l’espace affine ;
(2) “compléments de géométrie euclidienne plane”, où l’on trouve :
groupe des angles de demi-droites vectorielles, groupe des similitudes
et équations de coniques.

Au ..-&r:b_,,, l’étude de la théorie des ensembles et des structures


_-*..
algébriques n’a pas eu une grande influence sur l’enseignement de la
géométrie. A l’école moyenne, on utilise un langage ensembliste pour

18
Evolution de l’enseignement de la géomthie dans trois Etats arabes

étudier un contenu géométrique retenu de la géométrie classique et


dont l’organisation en général n’a pas varié. Après l’élimination de
certaines notions et explications imprécises, un effort a été fait pour
préciser d’autres notions et l’on a introduit des notions élémentaires de
géométrie dans l’espace en quatrième année. La construction des
figures géométriques est réclamée pour l’introduction des notions
correspondantes, surtout dans les deux premières années. A l’école
secondaire, on fait en première année de la géométrie vectorielle et
analytique et on continue cette étude en troisième année, où l’on
fait aussi les coniques par la méthode analytique et les transformations
par la méthode vectorielle. sans jamais introduire la notion d’espace
vectoriel. La géométrie dans l’espace se fait toujours en deuxième
année. Parmi les aspects pédagogiques que nous pouvons noter il existe
une tendance à préciser la nouvelle terminologie sans qu’il y ait vraiment,
à part quelques essais timides, une tendance formelle à distinguer les
objets mathématiques des autres objets. Dans les textes des manuels
scolaires, nous trouvons des expressions de niveau mathématique à
côté d’autres d’un autre niveau. Enfin, le rôle de la géométrie dans
l’enseignement des mathématiques est en équilibre avec celui des
autres matières.

Troisième partie : Etude de programmes postérieurs au


mouvement de réforme des années 60

Dans cette étape, nous observons le rôle accru des centres pédagogiques
nationaux dans l’élaboration des programmes et des manuels scolaires.
On réclame la remise en question des programmes précédents qui ont
été faits sous l’influence des mathématiciens universitaires. En 1981,
lors d’un colloque parrainé par l’ALECS0, on a reproché au mouvement
de réforme des années 60 d’avoir proposé un contenu théorique isolé,
surchargé et dépourvu d’applications qui prennent en considération les
autres domaines scientifiques et les capacités des élèves. L’enseignement
de la géométrie insistait sur la construction formelle et rigoureuse,
indépendamment de l’acquis de l’expérience dans le monde physique.
La modernisation de cet enseignement s’est faite dans certains pays dans
un esprit de rupture avec le contenu classique. Dans les programmes de
l’étape actuelle, nous observons la présence d’une tendance qui accorde
à l’enseignement de la géométrie une importance considérable, et qui
veut profiter de l’utilisation des structures sans négliger l’apport du
support matériel. Cette tendance, semble-t-il, va continuer dans l’avenir.
Au Koweit, le programme actuel de l’école élémentaire et de l’école
moyenne est une réorganisation du contenu du programme précédent
mettant l’accent sur les activités de construction des objets géométriques
et de vérification de leurs propriétés. Dans les deux premières années de

19
Hicham Bannout et Mansour Hussain

l’école secondaire, on étudie des notions de géométrie analytique, de


géométrie des transformations et de géométrie euclidiene (triangles
semblables, relations métriques dans les triangles rectangles, etc.). En
troisième année, on fait de la géométrie dans l’espace et de la géométrie
vectorielle dans le plan et dans l’espace. En quatrième année, on n’étudie
pas la géométrie.
En Tunisie, les centres d’intérêt des commentaires du programme
officiel (Tunisie, 1978 et 1982), cette fois, ne sont plus la notion
d’ensembles et les structures algébriques, ce qui prouve qu’il y a un
changement dans les idées pédagogiques dominantes. Les objectifs
généraux se contentent de rappeler le rôle de l’enseignement des mathé-
matiques dans la formation intellectuelle de l’élève et l’éveil de l’esprit
scientifique. Certaines activités négligées par le programme UC l’étape
précédente retrouvent à nouveau leur place dans les présentations des
notions et dans les préoccupations des directives du programme. Les
ensembles et les structures gardent encore leur place dans la présentation
de la géométrie mais nous retrouvons aussi de nouveau l’idée qu’on
avait de la géométrie de l’enseignement classique. On insiste sur les
activités d’ordre pratique et on utilise des matériaux et des objets du
monde physique pour faire apparaître et justifier les idées mathémati-
ques. Une grande importance est accordée à l’observation et à la
construction des figures géométriques dans l’étude des notions corres-
pondantes. On écarte, dans la première année de l’enseignement secon-
daire, toute présentation axiomatique et on propose à l’élève des
activités susceptibles de consolider ses acquisitions antérieures, de l’aider
à décrire les figures géométriques et organiser une suite cohérente des
différentes étapes de leur construction. Le contenu du programme de
l’école moyenne, qui est à peu près le même que celui de l’étape pré-
cédente, est organisé cette fois sous des titres comme “étude d’objets
géométriques et physiques donnant lieu à mesure” (lère année),
“première étude concrète de l’espace” (2ème année), “géométrie de la
droite”, “géométrie plane” (3ème année), “plan euclidien”, “géométrie
plane euclidenne” (4ème année). En cinquième année, nous trouvons
sous le titre “algèbre linéaire et ses applications” une introduction à la
notion d’espace vectoriel sur R et applications linéaires, avec le nota bene
suivant : “Dans toute cette partie, on s’attachera à montrer l’utilité
des figures, soit que celles-ci représentent l’espace sensible dont on
cherche à construire un modèle mathématique, soit qu’elles donnent
une image suggestive d’une étude théorique. On indiquera notamment
les conventions relatives à la représentation des vecteurs”. Les deux
autres titres sont “géométrie plane” et “géométrie de l’espace”. Il s’agit
en général dans le programme actuel d’une réorganisation de thèmes
du programme de l’étape précédente, dans le but de tenir l’équilibre
entre un enseignement de géométrie dans lequel le concret physique
remplace parfois l’idée mathématique et un enseignement structuré
20
Evolution de l’enseignement de la géométrie dans trois Etats arabes

dans lequel on s’intéresse moins à l’exploitation de l’idée intuitive qui


pourrait être suggérée par le support physique. Dans les manuels
scolaires, la présentation d’une notion est précédée par un ensemble
d’activités pratiques pour préparer son arrivée. On utilise un langage
ensembliste dans la rédaction des notions mais on y trouve la trace des
activités pratiques manipulées à l’avance.
Au Liban, le projet (non encore mis en application) de réforme de
l’enseignement secondaire apporte des changements remarquables. Le
contenu du programme est présenté sous la forme de plusieurs unités
d’enseignement, ce qui montre la présence d’une tendance essayant
d’intégrer les différentes branches des mathématiques scolaires et
d’assurer l’unité de l’enseignement. A coté des structures algébriques,
nous trouvons dans le programme de la première année deux unités
géométriques : dans la première on parle du plan affine, puis du plan
vectoriel avec certaines applications (division harmonique, barycentre,
équation d’une droite) et, dans la deuxième, on parle du plan euclidien
(produit scalaire, orthogonalité). Les transformations (translation,
symétries, rotation) sont introduites au niveau de ces deux unités. Dans
le même esprit, on propose en deuxième année l’étude dans l’ordre de
trois espaces : affine, vectoriel et euclidien. En troisième année, on
introduit les espacesvectoriels réels au début de l’unité d’algèbre linéaire,
mais on propose d’autres unités pour l’étude de la géométrie analytique
dans les espaces affines et vectoriels, et des notions de géométrie descrip-
tive. Enfin, on propose l’étude des coniques et des transformations dans
le plan sous la forme analytique en mettant l’accent sur les groupes de
ces transformations. Du point de vue pédagogique, l’état actuel de
l’enseignement des mathématiques révèle une tendance à faire apparaître
les objets et le langage mathématiques et à présenter le contenu dans
un ordre qui ne prend pas nécessairement en considération la classifica-
tion traditionnelle des différentes matières.

Conclusion

Sous l’influence des mathématiques universitaires et des mouvements


de réforme internationaux, l’enseignement de la géométrie a connu dans
les Etat arabes des changements considérables. Ces changements qui ont
parfois été radicaux, varient d’un pays à l’autre. Ils ont fait l’objet d’une
mise en question, le but étant de réaliser un équilibre entre un enseigne-
ment de la géométrie classique et un enseignement de la géométrie sur
la base de structures algébriques. L’enseignement de la géométrie va
se développer dans cette perspective, en tenant compte de l’expérience
nationale de chaque pays et de ses conditions culturelles, scientifiques
et pédagogiques.

21
HichamBannout et MansourHussain

Références

FAYALA ; PINCHINAT ; TREB~TSCH. Mathématiques-Z. Tunis. Société nationale


d’édition et de diffusion.
TUNISIE. Minist&re de l’éducation, de la jeunesse et des sports. 1970. Programmes
officiels de 1‘enseignement secondaire : Mathématiques, fascicule 12. Tunis.
. Minist&re de l’éducation nationale. 1978 ; 1982. Programmes officiels de
l’enseignement secondaire ;Mathématiques. Tunis.
. Secrétariat d’Etat à l’éducation nationale. 1959. Programmes officiels de
l’enseignement secondaire; Mathématiques, fascicule 7.
UNESCO. 1969. School Mathematics in Arab Countries. Paris, Unesco. (Unesco
Mathematics Project for tbe Arab States.) [SC/WS/201.]

22
David F. Robitaille et Kenneth J. Travers

La géométrie pour les enfants de


13 ans au Canada et aux Etats-Unis
d’Amérique

Contrairement à ce qui se passe dans de nombreux pays, l’enseignement


au Canada et aux Etats-Unis d’Amérique n’est pas soumis à un contrôle
centralisé. Au Canada, chaque province contrôle indépendamment son
système scolaire. Aux Etats-Unis, cette autorité s’exerce soit au niveau
des Etats, soit au niveau de la circonscription scolaire locale. Il en
résulte qu’il existe des différences importantes aussi bien à l’intérieur de
ces deux pays qu’entre eux en ce qui concerne la structure des systèmes
d’enseignement et des programmes scolaires. Cependant, malgré ces
différences, il y a un grand nombre de points communs entre les
programmes de mathématiques des deux pays. C’est en particulier le cas
du programme de géométrie : dans les deux pays on traite souvent les
mêmes sujets dans les classes de même niveau.
De 1980 à 1982, des élèves canadiens et américains et leurs pro-
fesseurs de mathématiques ont participé à la Deuxième étude inter-
nationale sur les mathématiques, avec le soutien de l’Association
internationale pour l’évaluation du rendement scolaire (International
Association for the Evaluation of Educational Achievement IEA).
L’étude de I’IEA, qui s’est déroulée dans vingt pays, a porté sur deux
groupes d’âge : les enfants de 13 ans (population A) et les élèves de
dernière année du secondaire se spécialisant dans l’étude des mathé-
matiques (population B). Dans cette étude, le Canada était représenté
par des échantillons de professeurs et d’élèves provenant de deux
provinces : la Colombie britannique et l’Ontario. Aux Etats-Unis, on a
choisi un échantillon au niveau national.
Cette étude internationale comprenait un examen approfondi du
programme de mathématiques à trois niveaux : le programme prévu, le
programme appliqué, le programme effectivement réalisé. Au premier
niveau, le programme prévu est celui que décrivent les guides des pro-
grammes scolaires, les résumés de cours, les plans détaillés et les manuels
adoptés au niveau du système scolaire. Au deuxième niveau, le pro-
gramme appliqué est celui qui est mis en oeuve dans le cadre de la
classe où le professeur enseigne son cours. Les professeurs exercent leur
jugement professionnel et construisent, à partir des guides de pro-

23
David F. Robitaille et Kenneth J. Travers

gramme et des manuels agréés, le programme qu’ils estiment convenir à


leur classe, leur choix de sujets ou de centres d’intérêt ne coïncidant pas
toujours exactement avec ce qui était prévu au niveau du système
scolaire. Afin d’évaluer ce programme appliqué, on a demandé aux
professeurs de remplir un certain nombre de questionnaires spécialement
élaborés pour ce projet. Par exemple, pour chacun des items des tests
utilisés dans le projet, on leur demandait d’indiquer s’ils avaient enseigné
à leurs élèves les mathématiques permettant de répondre correctement
à la question posée : cet élément mesurant les “occasions d’appren-
tissage” (ODA). On leur demandait aussi de donner des informations
détaillées sur les méthodes et les matériels qu’ils employaient pour
enseigner un certain nombre de sujets mathématiques particuliers.
Au troisième niveau, le programme effectivement réalisé est le
programme appris par les élèves. Pour l’étude internationale, on a
évalué le programme effectivement réalisé à l’aide de tests de
connaissances. Les élèves des vingt pays participants ont été soumis à
ces tests, ainsi qu’à un certain nombre de tests d’attitude.
Pour la population A, la structure de l’étude internationale com-
portait, sur le plan des contenus, cinq grandes composantes : arith-
métique, algèbre, mesure, géométrie et statistique descriptive. Pour la
population B, le contenu géométrique se limitait à la géométrie analy-
tique. Dans ce chapitre, nous examinerons le programme de géométrie
du premier cycle du secondaire (junior secondary ou middle schools)
en Amérique du Nord, représenté par les échantillons de professeurs et
d’élèves des Etats-Unis et des deux provinces canadiennes qui ont
collaboré à l’étude de I’IEA.

La géométrie dans le programme prévu


Contrairement à ce qui est le cas pour l’algèbre et l’arithmétique, sujets
à propos desquels l’accord est à peu près général sur ce qu’il convient
d’enseigner, les pays de 1’IEA ont des positions très diverses en ce qui
concerne la géométrie, du moins au niveau de la population A. Les
données fournies par l’étude montrent qu’il existe en la matière un
noyau de contenu commun, mais qu’il est très restreint, se limitant
presque exclusivement au travail élémentaire sur les figures planes et
l’utilisation des coordonnées. D’autres sujets de géométrie .plane, tels
que figures égales et figures semblables, sont traités dans la plupart des
pays mais non dans tous. La visualisation spatiale ou d’autres sujets de
la géométrie du solide sont un peu moins souvent abordés.
Le tableau 1 indique, pour la Colombie britannique, l’Ontario et le
Canada, la quantité relative de géométrie contenue dans le programme
prévu. Les nombres figurant dans chaque colonne représentent, pour
chaque sujet de géométrie inclus dans le pool d’items de l’IEA, le pour-

24
La géométrie pour les enfants de 13 ans au Canada et aux Etats-Unis d’Amérique

centage d’items jugés appropriés par les comités de spécialistes de


l’enseignement mathématique de chaque pays.

Tableau 1
Indices de couverture des différents sujets de géométrie
dans les programmes scolaires

Sujet Nombre Colombie Ontario Etats-Unis


Britannique
% % %

Classification des figures planes 6 83 100 83


Propriétés des figures planes 8 63 100 75
Coordonnées 7 43 71 57
Egalité des figures planes 4 50 100 75
Déductions simples 4 50 100 25
Visualisation spatiale 3 67 100 100
Figures planes semblables 6 33 100 83
Transformations non formalisées 4 0 100 0
Triangles de Pythagore 3 67 100 33
Transformations formalisées 4 25 25 0

L’ordre des sujets dans le tableau est celui de leur fréquence d’apparition
dans les programmes des pays de I’IEA. Ainsi, les items de la catégorie
Classification des figures planes sont ceux qui, dans l’ensemble des
vingt pays de I’IEA, étaient jugés le plus appropriés tandis que les sujets
correspondant à une approche formalisée de la géométrie des transfor-
mations étaient jugés les moins adéquats.
Les résultats montrent qu’au niveau du programme prévu, les pro-
grammes scolaires de l’Ontario contiennent beaucoup plus de géométrie
que ceux de la Colombie britannique ou des Etats-Unis. On remarquera
la place apparemment importante accordée à la géométrie des transfor-
mations.

L’enseignement de la géométrie
La grande majorité (environ 70 nour cent) des professeurs nord-
américains définissent leur approche pédagogique de la géométrie comme
une approche euclidienne non formalisée, fondée sur le raisonnement
inductif, la mesure et un appel à l’intuition de l’élève. Peu d’entre eux
utilisent une approche formalisée ou vectorielle, mais la plupart incluent
dans leur enseignement certains travaux sur les transformations et la
géométrie des coordonnées, comme le montre le paragraphe précédent.
L’orientation adoptée par les professeurs apparaît en outre dans
leurs réactions à une série d’énoncés sur les pratiques d’enseignement
en géométrie. Presque 70 pour cent d’entre eux sont d’accord sur le
2.5
David F. Robitaille et Kenneth J. Travers

fait qu’une approche intuitive de la géométrie a plus de sens pour


les enfants de 13 ans qu’une approche formalisée et 7.5 pour cent
pensent que l’utilisation d’accessoires et de modèles concrets est essen-
tielle dans l’enseignement de la géométrie. Inversement, seulement 9
pour cent pensent que la maîtrise des procédures de déduction doit
être un objectif important pour la géométrie à ce niveau et juste
20 pour cent d’entre eux pensent que la présentation du contenu de la
géométrie doit suivre un ordre déterminé par un système d’axiomes.
En ce qui concerne l’utilisation de matériels, d’équipements et
d’autres accessoires audiovisuels ou de matériel de laboratoire, les
seuls matériels qui apparaissent largement répandus sont les règles, les
compas, les rapporteurs et le papier millimétré. Les autres matériels
(géoplanches, découpages ou formes en papier, modèles de solides tri-
dimensionnels, films et films fixes, pliages de papier) sont rarement
utilisés, ou même pas du tout, ce qui semble en contradiction avec
l’importance que les maîtres attachent à l’utilisation de ces matériels
et signifie peut être qu’ils n’y ont pas accès ou qu’ils sont réticents à
les utiliser eux-mêmes, pour une raison ou une autre.
Près de 75 pour cent des professeurs sont d’accord sur le fait que
les élèves doivent être entraînés aux constructions géométriques à la
règle et au compas, et ceci est confirmé par les réponses où ils indiquent
qu’ils utilisent les règles et les compas plus que tout autre matériel. On
ne comprend pas très bien, cependant, pourquoi les sujets couramment
désignés par la rubrique “copie ou bissection d’un angle, construction
d’une médiatrice ou d’une droite parallèle à une donnée, etc.” appa-
raissent si souvent dans le programme à ce niveau, car ces techniques
sont rarement exploitées par la suite.
Les méthodes qu’emploient les professeurs dans l’enseignement de
la géométrie varient selon les sujets. Dans certains cas, les professeurs
présentent les concepts par des moyens concrets, en demandant, par
exemple, aux élèves de mesurer des objets ou de collecter des données.
Dans d’autres cas, la présentation est plutôt didactique : on énonce des
règles et des définitions. Comme exemple de la première méthode, la
plupart des professeurs disent qu’ils demandent aux élèves de mesurer
les angles d’un triangle et d’en faire la somme, pour établir que la
somme de ces angles est égale à 180”. En revanche, la plupart des
professeurs enseignent les propriétés des droites parallèles à partir de
définitions et d’exemples illustratifs. Un quart d’entre eux seulement
environ ont recours à des activités de mesure ou à des exemples tirés
du monde physique. Pour trois autres sujets : triangles égaux, théorème
de Pythagore et triangles semblables, les professeurs avaient des opinions
diverses ; ils se partagaient à peu près également entre trois ou quatre
options, les unes abstraites et les autres concrètes.

26
La géométrk pour les enfants de 13 ans au Canada et aux Etats-Unis d’Amérique

Les résultats des élèves en géométrie


Sur les 157 questions du pool d’items destiné à l’étude de la population
A, 39 concernaient la géométrie. Le tableau 2 présente certaines données
de base sur le degré d’adéquation de ces questions aux programmes
nord-américains et sur les résultats des élèves les concernant.

Tableau 2
Statistiques sommaires - Items de géométrie

Etats-Unis

Pourcentage moyen de réponses


correctes 42 43 38
Adéquation aux programmes
(pourcentage) 44 77 59
Occasions d’apprentissage
(pourcentage) 48 48 44

La moyenne internationale en géométrie pour l’ensemble des vingt pays


était de 4 1 pour cent, mais la comparaison des résultats entre l’Amérique
du Nord et les autres pays est difficile à faire dans le cas de la géométrie
parce que les items convenant à tous les pays étaient en nombre relative-
ment limité. Par exemple, le fait que les élèves de Colombie britannique
avaient eu en moyenne 42 pour cent de réponses correctes et que les
élèves belges aient obtenu un résultat presque identique n’est pas directe-
ment interprétable, car les programmes de géométrie de ces deux pays
sont radicalement différents.
Les données des deuxième et troisième lignes du tableau 2 montrent
que seulement 44 pour cent des items de géométrie ont été considérés
comme se rapportant au programme de la Colombie britannique par le
comité de spécialistes des mathématiques de cette province, ce qui
recoupe le chiffre de 48 pour cent concernant I’ODA fourni par les
professeurs dont les élèves ont répondu à ces questions. Ces données
nous indiquent que moins de la moitié des items correspondaient à des
questions de géométrie ayant effectivement été enseignées à ces élèves.
Pour l’Ontario et les Etats-Unis, l’écart entre ces deux ensembles de
résultats est beaucoup plus important, et témoigne de la différence qui
peut exister dans un pays entre le programme prévu et le programme
appliqué.
11n’y a que deux items pour lesquels les données ODA dépassaient
75 pour cent dans les trois régions nord-américaines. Ce sont ceux des
figures 1 et 2.

27
David F. Robitaille et Kenneth J. Travers

Quel est l’angle aigu parmi les angles suivants ?

A.
LL

D.
<
B.
b

E. f7

c. L--.-

Colombie Ontario Etats-Unis


britannique

Pourcentage de réponses exactes 57 76 52


ODA (pour cent) 79 92 86

Figure 1

28
La géométrie pour les enfants de 13 ans au Canada et aux Etats-Unis d’Amérique

x est égal à
A. 75
B. 70
C. 65
D. 60
E. 40

Colombie Ontario Etats-Unis


britannique

Pourcentage de réponses
exactes 71 73 52
ODA (pour cent) 84 84 82

Figure 2

Le fait que deux items seulement, ne nécessitant tous deux que la


remémoration d’une définition ou l’application immédiate du théorème
sur la somme des angles d’un triangle, aient obtenu des chiffres d’ODA
élevés, est une nouvelle preuve du manque d’accord sur ce que doit être
le contenu de l’enseignement de la géométrie. Dans le contexte nord-
américain, cela indique peut-être aussi qu’un certain nombre de
professeurs, à ce niveau, ne font figurer aucun élément de géométrie
dans leur enseignement.
Une autre aspect intéressant des items de géométrie inclus dans l’étude
de 1’IEA était la présence d’un certain nombre de questions telles que
celle qui est présentée dans la figure 3, portant sur la visualisation
spatiale. En général, les élèves ont répondu à ces questions beaucoup
mieux que ne s’y attendaient leurs professeurs, si on en juge par les
faibles chiffres d’ODA indiqués à leur propos. Pour l’item de la figure 3,
par exemple, l’écart entre les chiffres de performance des élèves et les
chiffres d’ODA dépasse dans tous les cas 40 pour cent.

29
David F. Robitaille et Kenneth J. Travers

La figure ci-dessus montre un cube de bois dont un coin a été coupé et


figure en gris. Parmi les dessins suivants, quel est celui qui représente
le cube vu directement de dessus ?

ca ‘17

B D

Ld D

Colombie Ontario Etats-Unis


britannique d’Amérique

Pourcentage de réponses
exactes 75 66 60
ODA (pour cent) 21 18 17

Figure 3

Conclusion
En ce qui concerne la partie géométrie du programme de mathématiques
en Amérique du Nord au niveau du premier cycle du secondaire (‘junior
secondary ou middle schools), le tableau qui se dégage de l’analyse des
30
La géométrie pour les enfants de 13 ans au Canada et aux Etats-Unis d’Amérique

données obtenues dans la Deuxième étude internationale sur les mathé-


matiques n’est pas particulièrement encourageante. On en retire l’im-
pression d’un manque d’orientation clairement définie ou de progres-
sion vers un but précis. Il y a de la géométrie au programme, mais
personne ne semble savoir exactement pourquoi elle y figure, combien
de temps il faut lui consacrer, ni quelle est la meilleure manière de
l’enseigner. En fait, plus de la moité des professeurs ayant participé à
l’étude consacraient à l’enseignement de la géométrie moins de 10
pour cent du temps alloué aux mathématiques pendant l’année scolaire.

31
Emilio Lluis

L’enseignement de la géométrie en
Amérique latine

La diversité dans I’hétérognéité


Si l’on me demandait ce qui caractérise actuellement l’enseignement de
la géométrie en Amérique latine, je répondrais sans hésiter : l’absence
d’idées sur ce qu’il convient d’enseigner. J’ajouterais que ce n’est pas
propre à l’Amérique latine. Il y a dans le monde des pays qui comptent
parmi les plus avancés et où s’affrontent à cet égard des points de vue
radicalement opposés. Dans certains, la géométrie en tant que telle n’est
pratiquement plus enseignée du tout. Dans d’autres où l’on respecte la
tradition et oh l’on croit à la vertu formatrice de la géométrie pure, elle
est enseignée comme matière à part entière et sur plusieurs années.
Ailleurs encore, on invoque la rigueur facile de l’algèbre pour enseigner
une géométrie dépouillée de ce qui fait sa spécificité et au contenu
généralement appauvri.
L’Amérique latine, sans atteindre de tels extrêmes, traverse elle
aussi une période d’indécision, de désorientation. Il est donc relative-
ment difficile de donner une vision d’ensemble de l’enseignement actuel
de la géométrie. Ajoutons que l’Amérique latine n’est pas d’une homo-
généité parfaite. Peut-être pourrait-on classer les pays d’Amérique latine
en trois régions présentant chacune des caractéristiques communes. La
première comprendrait quelques pays du nord de l’Amérique du Sud,
les pays de l’Amérique centrale, le Mexique et certains pays des Caraïbes.
La deuxième correspondrait au Brésil, vaste territoire aux caractéristiques
tout à fait originales. La troisième enfin se composerait de pays comme
l’Argentine, le Chili et l’Uruguay. Par conséquent, les descriptions,
données et observations figurant dans ce qui suit s’appliquent à telle ou
telle de ces régions, mais pas nécessairement à l’ensemble des pays
d’Amérique latine.
Comme la définition des différents cycles ou degrés d’enseignement
varie elle aussi, il convient de préciser le sens de certaines expressions
employées ici. Nous parlerons d’école primaire ou élémentaire pour les
six premières années de scolarité (enfants âgés d’environ 6 à 11 ans),
d’enseignement secondaire ou moyen pour les cinq on six années

33
Emilio Lluis

suivantes (élèves approximativement âgés de 12 à 17 ans) et d’enseigne-


ment supérieur ou universitaire au-delà.

Historique
Etant donné que l’enseignement actuel de la géométrie en Amérique
latine est l’aboutissement d’une longue série de changements, il n’est
pas inutile de recommencer par un bref rappel historique.
Si l’enseignement de l’arithmétique et de l’algèbre a été marqué
pendant la première moitié du siècle par toute une série de modifications,
celui de la géométrie a offert un panorama relativement stable. On peut
dire que, dans l’enseignement primaire comme dans l’enseignement
secondaire, on a enseigné la même géométrie du début du siècle jusqu’aux
années 50 et 60. Cela représente donc un demi-siècle de stabilité.
Certains manuels, comme le vénérable Wentworth et Smith (dont
le copyright remonte à 1915) ont été utilisés tout au long de ces
décennies dans de vastes régions de l’Amérique latine. Dans les autres,
les manuels de géométrie étaient du même style. Précisons que, durant
cette période, les effectifs scolaires sont demeurés relativement stables
et que la formation géométrique des enseignants du secondaire était
assezsolide. Par conséquent, un pourcentage élevé de lycéens possédaient,
à la fin de leurs études secondaires, une bonne connaissance de la
géométrie euclidienne.
Cependant la difficulté qu’il y a à présenter correctement la géo-
métrie au niveau des premières années de l’enseignement secondaire,
jointe à la croissance démesurée des effectifs scolaires dans un grand
nombre de pays, ce qui impliquait une formation accélérée des
enseignants, a entraîné en l’espace de quelques années une sérieuse
dégradation de l’enseignement de la géométrie. En plus, le nombre de
cours de géométrie enseignés a subi une réduction spectaculaire. En
voici un exemple :

Enseignement secondaire (élèvesâgésde 12 à 17 ans)

Ande (approximative) 1870 1910 1960

Durée des études secondaires (en années) 4 4 5-6


Nombre total de cours enseignés 29 36 64
Nombre de cours de mathématiques 5 4 6
Nombre de cours de geométrie 2 2 1

On le voit, la place tenue par l’enseignement de la géométrie est


tombée de 7 % à 5 %, puis à 1,5 %. Celle de l’enseignement des mathé-
matiques est passée dans le même temps de 17 % à 11 % et à 9 %. En
outre, le seul cours de géométrie qui ait été conservé était un cours de

34
L’enseignement de la géométrie en Amérique latine

géométrie analytique enseigné dans les dernières années du secondaire,


dont le contenu géométrique était à peu près nul.
Cette diminution du nombre de cours de géométrie a eu pour
résultat de ne laisser subsister dans les programmes de mathématiques
que quelques sujets de géométrie euclidienne, dispersés dans les cours
d’algèbre et ne présentant plus entre eux de liens apparents : les sujets
intéressants disparaissaient peu à peu de l’enseignement de la géométrie,
qui finissait par se limiter aux éléments “ne requiérant pas de connais-
sances préalables” ; il s’agissait pour l’essentiel de descriptions, de
classifications, de résultats presque totalement dépourvus d’intérêt et,
bien entendu, de “définitions”. C’est ainsi qu’en beaucoup d’endroits
l’enseignement de la géométrie dans le secondaire atteignit son niveau
le plus bas, ce dont il est facile de se convaincre en jetant un simple
coup d’oeil aux manuels de l’époque (encore que, nous y insistons,
certains pays aient fait exception).

Le point géométrique est un élément qui n’a pas de dimension


quantifiable.
On appelle plan une surface plane illimitée.
Le plan est un ensemble de points qui forment une surface entièrement
plane. (L’ouvrage passait pour moderne, dès lors qu’il utilisait la
“théorie des ensembles”).
Une demi-droite est un ensemble infini de points faisant suite à une
origine (ou sommet).
Les extrémités d’une ligne s’appellent des points.
Un ensemble est fini quand on peut le compter dans un laps de temps
raisonnable.

influence des “mathématiques modernes”


Cette sombre époque où, dans beaucoup de pays. l’enseignement de la
géométrie atteignait de tels abîmes est précisément celle qui a vu
soudain faire irruption le flot impétueux de ce qu’on a appelé la “new
math ” ou les “mathématiques modernes” (selon l’origine) dans le sillage
duquel l’on ne devait pas tarder à proclamer “A bas Euclide !“, slogan
absurde, soit dit en passant, dans tous les pays où Euclide avait cessé
d’exister.
Avant de poursuivre notre historique, il faut peut-être souligner
l’influence que les pays exercent les uns sur les autres. Cette influence
est généralement grande, plus grande qu’on ne le croit. Et il est évident
que l’influence principale est celle qu’exercent les pays les plus avancés.
Un exemple : dans les pays de basse latitude, qui sont les pays proches
de l’Equateur, les enfants dessinent la lune comme ceci :

3.5
Emilie Lluis

alors qu’ils la voient comme cela :

L’influence en question est flagrante. La plupart du temps ce genre de


choses ne pose pas de problèmes majeurs. Il arrive cependant qu’une
influence excessive crée un véritable casse-tête. On a vu comment
l’enseignement de la géométrie était devenu incohérent, soumis qu’il
était à l’influence des “mathématiques modernes” qui s’imposaient aux
cris d”‘A bas Euclide !“.
Face à l’impérieuse nécessité de s’adapter aux idées nouvelles, on
introduisit une série de changements dont les résultats furent parfois
bons, parfois passables, et souvent désastreux. Les exemples évoqués
plus haut ont déjà un petit air de “mathématiques modernes” puisqu’ils
se réfèrent à la fameuse “théorie des ensembles”, quand on y affirme,
par exemple, qu“‘un plan est un ensemble de points qui forment une
surface entièrement plane” ou encore qu“‘un ensemble est fini quand
on peut le compter dans un laps de temps raisonnable”.
Nous citerons ci-dessous deux autres exemples qui donnent une
idée des résultats auxquels conduisent pareilles influences (enseignement
secondaire) :

1. Quand deux lignes ont un ou plusieurs points en commun, l’ensemble


de ces points s’appelle intersection. On distingue, selon la nature de
l’intersection, quatre catégories de lignes :

36
L’enseignement de la géométrie en Amérique latine

Sécantes : un point Tangentes : un point d’inter-


d’intersection. section sans que les lignes se
coupent.
Incidentes : l’intersection Coïncidentes : l’intersection
est une ligne. est coextensive aux lignes.

2. Pour étudier les solides, il faut distinguer quatre sortes d’ensembles :


les points, les lignes, les surfaces, les solides. Les points sont des éléments
indivisibles. Les lignes sont des ensembles de points qui se succèdent en
un tracé continu. (Autrement dit, quelque absurde que fût la
“définition”, il suffisait de mots magiques comme “ensemble”,
“élément”, ou “intersection” pour faire des “mathématiques modernes”
puisqu’on utilisait la “théorie des ensembles”).

Les causes du déclin


Face à cette situation, on mesure la justesse d’une observation formulée
dans un rapport d’A. G. Howson (Actes du troisième Congrès intema-
tional sur l’enseignement mathématique, p. 205) : “Pendant les années
60, les matériels des projets étaient traduits et transférés entre [je dirais
aux] pays sans qu’on réfléchît suffisamment aux différences sociales,
éducatives et culturelles en jeu” [Traduit de l’anglais]. Les mots entre
crochets figurent dans le rapport.
Nous parlerons plus loin de certaines de ces différences, mais nous
voudrions auparavant nous arrêter sur les trois causes principales qui,
d’après nous, ont précipité le déclin de l’enseignement de la géométrie.
En premier lieu, on a répandu et accepté l’idée que l’essentiel, le plus
important, était la “théorie des ensembles”, à laquelle on s’est mis à
consacrer une grande partie de l’enseignement dans le primaire comme
dans le secondaire. Comme par ailleurs ces notions étaient absentes de
la formation des maîtres, leur enseignement prenait tellement de temps
qu’il fallut sacrifier d’autres parties du programme, et ce fut presque
toujours la géométrie. En deuxième lieu, même les enseignants qui
connaissaient bien la géométrie euclidienne ne savaient pas s’il convenait
ou non de l’enseigner (d’abord Euclide n’était pas moderne, et puis il y
37
Emilio Lluis

avait tous ceux qui criaient “A bas Euclide” !). Enfin, l’enseignant qui
décidait malgré tout d’enseigner la géométrie euclidienne était assailli
de doutes sur la manière de procéder. Devait-il enseigner comme avant ?
par les transformations ? les coordonnées ? les vecteurs ?

Quelques problémes particuliers


Nous avons déjà dit quelques mots de ce qui peut arriver dans un pays
donné quand certaines des idées nouvelles “en vogue” dans les milieux
internationaux sont reçues, adaptées, et à l’occasion adoptées. Les
résultats sont parfois excellents, parfois movens, parfois aussi exécrables
(nous en avons déjà vu quelques exemples). Cela dépend en grande
partie des différences sociales, culturelles et éducatives. Les résultats
sont bons lorsque le contexte national est identique au contexte des
pays qui jouent le rôle principal dans le développement de ces idées.
Dans le cas contraire, les résultats sont généralement mauvais.
Or il y a souvent des différences considérables, beaucoup plus
grandes qu’on ne le pense. Même entre pays d’Amérique latine il y a de
grandes différences. On trouvera ci-après des chiffres correspondant aux
effectifs scolaires (et universitaires) d’un système éducatif typique d’une
des régions considérées. (Les aspects sociaux et culturels sont plus
difficiles à quantifier.)
-
5
4
3
2
1 .--
6 23 Total enseignement supkieur universitaire et postuniversitaire 825 000
5 22
4 21
3 20
2 19 Population totale 70 000 000
1 18 \
6 17
5 16 Total enseignement secondaire 4 226 000
4 15
3 14
2 13
1 12
6 11 Total enseignement primaire 15 596 000
5 10
4 9
3 8
2 7
3 106 000 1
1 6 000
- Effectifs 3 980 1

38
L’enseignement de la géométrie en Amérique latine

Cela donne, dans ce cas comme dans beaucoup d’autres pays


d’Amérique latine, une courbe du type suivant :

Dans les pays très avancés, on a sans doute des courbes qui présentent
l’allure suivante :

39
Emilio Lluis

Voici, à titre d’exemple, un graphe représentant la situation au


Japon il y a dix ou quinze ans :

Etablissement*
r”p6rie”rco”n

(Enseignsmentparcorrespondence)

(Dans certains pays d’Amérique latine, on a une situation approchante.


Mais ce sont des exceptions.)
On pourrait penser que ce type de courbe formant une pointe
s’explique par une forte croissance de la population. Or la croissance
démographique n’intervient que dans une faible mesure. Il suffit pour
s’en convaincre d’observer les chiffres ci-après qui correspondent à
l’évolution d’une cohorte (Castrejon Diéz, 1983, p. 5 1):

40
L’enseignement de la géométrie en Amérique latine

Evolution d’une cohorte :

An&e An&e Effectif Taux de Nombre


d’ktudes scolarisation d’abandons

1959 3 007 013 100% 1 172317


60 1 834 696 61% 375 053
61 1 459 643 49,74 % 319 245
62 1 140398 37,92 % 170 855
63 969 543 32,24 % 69 284
64 900 259 29,97 % 580 709
65 329 550 10,63 % 79 086
66 8 240 464 8% 36 395
67 9 204 069 6,79 % 66 164
68 10 137 905 4,59 % 33 758
69 11 104 147 3,46 % 12 935
70 12 91 212 3,03 % 6 396
71 13 84 816 2,82 % 20 534
72 14 64 282 2,14 % 6 723
73 15 57 559 1,91 % 14 351
74 16 43 208 1,44 % 6 341
75 17 36 867 1,23 %

Il suffit de jeter un coup d’oeil à des données de ce genre (bien


élémentaires puisqu’elles ne prennent en considération que le nombre
d’élèves) pour se faire une idée de la multiplicité des problèmes, qui
peuvent ne pas même se poser dans les systèmes plus avancés. Par
exemple, lors du colloque de la Commission internationale de l’enseigne-
ment mathématique (CIEM) tenu à Varsovie en 1983, une des questions
posées était la suivante : “Quel type de mathématiques faut-il enseigner
dans les établissements du secondaire lorsque ces établissements n’ont
plus pour objectif fondamental de préparer à l’Université ?”
Dans nombre de pays d’Amérique latine, cette question en recouvre
beaucoup d’autres. Dans le cas de la géométrie, par exemple, on pourrait
poser les questions suivantes : “Quelle géométrie faut-il enseigner dans
le primaire quand on sait que 90 % des élèves n’iront pas au-delà?” En
outre, compte tenu du très faible pourcentage de ceux qui feront des
études supérieures complètes (prenons par exemple le chiffre de 1,23 %
de la cohorte entrée à l’école primaire), mais aussi du rôle fondamental
que ce groupe restreint est appelé à jouer dans l’avenir du pays, quelle
géométrie convient-il d’enseigner tout au long de la scolarité ? Simple-
ment celle qui est nécessaire à l’étude des autres matières ? Celle dont
les élèves auront peutêtre besoin ultérieurement dans l’exercice de leur
profession ? Celle qui offre une meilleure formation intellectuelle ? Ou
un mélange des trois, et dans quelles proportions ?
Tel est le genre de question que se posent les autorités éducatives de
nombreux pays et beaucoup de groupes de mathématiciens conscients
des réalités. Nombreux sont ceux qui se refusent à minimiser l’impor-
41
Emilio Lluis

tance de l’étude de la géométrie, qui leur paraît offrir la formation la


plus propre au développement du raisonnement logique. Mais ils ne
savent généralement pas comment procéder, surtout dans les sociétés où
le système éducatif et la situation générale sont caractérisés par les
problèmes évoqués plus haut.

Les traits dominants


Les antécédents historiques, les influences exercées par l’environnement
international et les particularités régionales ou nationales ont abouti,
nous l’avons vu, à des situations très diverses. Nous indiquerons, dans ce
qui suit, quelques-uns des éléments qui caractérisent peut-être le mieux
l’enseignement de la géométrie en Amérique latine.

1. Toutes les approches sont utilisées : la méthode euclidienne tradi-


tionnelle (qui tend à disparaître rapidement) ; les méthodes fondées sur
l’axiomatique de Hilbert (de plus en plus rarement) ; les méthodes
fondées sur l’axiomatique de Birkhoff (s’inspirant, par exemple, de
travaux du Mathematical Study Group) ; les méthodes utilisant les
transformations (parfois dès l’école primaire) ; les méthodes vectorielles
soit seules, soit associées à l’une ou l’autre des méthodes précédentes ;
et enfin les coordonnées.
Deux observations s’imposent. En premier lieu, la méthode varie
souvent dans un même pays, lorsqu’on passe d’un cycle d’enseignement
à l’autre, à l’intérieur du même cycle. On arrive parfois à des extrêmes
de ce genre :
Un élève commence à étudier la géométrie à l’école primaire à
l’aide des symétries. En première année de l’enseignement secondaire,
il passe à une géométrie de type euclidien. En deuxième année, il
revient aux transformations. En troisième année, il apprend une géo-
métrie dérivée de l’axiomatique de Hilbert et, en quatrième, de l’axio-
matique de Birkhoff. En cinquième année, enfin, il utilise les
coordonnées. Deuxième observation : même si dans un grand nombre
de pays on présente la notionde coordonnées dèsl’enseignement primaire,
on ne l’utilise de façon systématique qu’à la fin de l’enseignement
secondaire en géométrie analytique. En outre, il se passe quelque chose
de curieux : on ne sait presque jamais si ce que l’on fait consiste à
introduire les coordonnées dans le plan ou l’espace euclidien, que
l’élève connaît déjà, ou bien si l’on construit le plan et l’espace à partir
de nombres réels.
2. Si l’on analyse les résultats sur la base de données dont on dispose,
on arrive à la conclusion que le succès de l’enseignement de la géométrie
a été pratiquement indépendant du choix de telle ou telle des méthodes
évoquées plus haut. Le facteur déterminant a été, comme on pouvait s’y
attendre, la qualité des groupes qui ont pris l’initiative d’introduire des

42
L’enseignement de la géométrie en Amérique latine

changements, de leurs travaux personnels et leur travail avec les


enseignants.
3. Un aspect déja mentionné est le fait que, dans le secondaire,
lénseignement de la géométrie en soi a quasiment disparu. Même
l’enseignement de la géométrie analytique est parfois incorporé aux
enseignements de calcul différentiel et intégral.
4. Dans la plupart des pays d’Amérique latine, en l’espace de quelques
années l’enseignement de la géométrie a fait l’objet de trop de réformes.
(Cette observation vaut pour beaucoup d’autres pays dans le monde).
Avant même qu’une réforme soit assimilée, une autre survient. En
général, les réformes sont mises en oeuvre sans expérimentation suffisante
(voire sans la moindre expérimentation). Le temps manque pour faire
des évaluations d’autant que l’on ne dispose pas de documentation
adéquate. La rapidité avec laquelle les réformes succèdent aux réformes
s’explique principalement par l’influence de l’environnement intema-
tional. Elle est également induite par l’augmentation rapide des effectifs
scolaires et la diversification des études.
5. Dans plusieurs pays, il existe des groupes de mathématiciens qui
conduisent d’utiles réflexions sur l’enseignement des mathématiques et
en particulier de la géométrie. Tous ces groupes ont un point commun :
ils manquent de moyens financiers. Leurs travaux sont très peu diffusés,
leur collaboration pratiquement nulle. Les travaux du School Mathe-
matics Project, des IREM (Instituts de recherche sur l’enseignement
des mathématiques), du Mathematical Study Group, etc. sont connus
partout, mais les gens ignorent ce qui se fait dans les autres pays
d’Amérique latine, voire ce qui s’élabore dans leur propre pays.
6. On peut en dire autant, à peu de chose près, des groupes qui mènent
de remarquables travaux d’évaluation de l’enseignement.
7. La formation des enseignants est très variée. On trouvera dans un
même pays, des enseignants du secondaire qui ont une excellente
formation géométrique et d’autres qui n’en ont aucune.
8. Il n’y a pratiquement pas de recherches sur le type de mathématiques
(et encore moins de géométrie) qu’il conviendra d’enseigner dans les
différents pays d’Amérique latine au cours des décennies à venir.

Une renaissance ?
Ce qui est curieux, en fin de compte, c’est qu’en dépit des problèmes
très particuliers que connaissent de nombreux pays d’Amérique latine,
l’enseignement de la géométrie y donne à peu près les mêmes résultats
que partout ailleurs dans le monde. Et, comme dans les autres régions
du monde, de nombreux groupes de mathématiciens manifestent le
désir de voir la géométrie - la plus ancienne des théories mathématiques,
celle qui pendant de nombreux siècles a constitué la meilleure méthode
de formation de l’humanité à la pensée logique et qui, brusquement, en
l’espace de quelques décennies, a pratiquement disparu de l’enseigne-
43
Emilio Lluis

ment - retrouver le rôle qui lui revient. Ils veulent que l’on puisse à
nouveau dire en paraphrasant Polya : Geometry promotes the mind,
car nous savons quelle géométrie il convient d’enseigner et nous sommes
capables de l’enseigner correctement.

Références
CASTREJONDIÉz, J. 1983. Perjïles Educatives [Profils éducatifs]. Mexico, Univer-
sidad National Autonoma de México.
CONGRÈSINTERNATIONAL SUR L’ENSEIGNEMENTMATHÉMATIQUE, 3e, Karlsruhe,
1976.
. 1977, Proceedings of the Third International Congress on Mathematical
Education. Karlsruhe, Université de Karlsruhe.

44
Lee Peng-yee, Lim Chong-keang

La géométrie en Asie du Sud-Est

Cette courte étude couvre les pays appartenant à l’Association des


nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE) (Brunéi, Indonésie, Malaisie,
Philippines, Singapour et Thaïlande) ainsi que Hong-Kong. On peut,
en gros, les classer en deux groupes : les pays à forte influence bri-
tannique et ceux où apparaît plutôt l’influence américaine. Le premier
groupe comprend Brunéi, la Malaisie, Singapour et Hong-Kong, et le
second les autres pays. Dans tous les pays cités ci-dessus, sauf les
Philippines, l’enseignement primaire et secondaire s’étend sur onze
ou douze ans ; aux Philippines il ne s’étend que sur dix ans.
La plupart de ces pays souffrent à des degrés divers d’une pénurie
d’écoles et de professeurs de mathématiques qualifiés.

Les “mathématiques nouvelles” : avant et aprb


La géométrie enseignée jusqu’à l’avènement de ce qu’on a appelé les
“mathématiques nouvelles” était la géométrie euclidienne classique.
Cet enseignement était déjà en déclin avant la réforme mais il s’est
encore réduit ensuite. On cessa d’exiger la démonstration des théorèmes.
En revanche, la géométrie des transformations fit son apparition dans
les programmes.
Bien que, plus tard, on ait assisté à un mouvement de “retour aux
bases”, cette réaction n’eut pas pour effet de rétablir la géométrie
auparavant abandonnée. Dans la plupart des cas, on a conservé un peu
de géométrie des transformations.

Les programmes
A l’examen des programmes, il apparaît que les sujets enseignés dans les
écoles sont les suivants :

a. Géométrie euclidienne : angles, parallèles, triangles, cercles, égalité


et similitude. Les démonstrations se limitent à des résultats simples,
sans aborder, par exemple, le théorème du cercle des neuf points.
b. Géométrie analytique : droites, cercles et lieux géométriques.
c. Géométrie des transformations : translation, rotation, symétrie
45
Lee Peng-yee et Lim Chong-keang

axiale, et les transformations simples définies par les matrices deux


x deux. La symétrie-translation ne figure généralement pas au pro-
gramme.
d. Sujets connexes : vecteurs et trigonométrie, avec des problèmes
tridimensionnels simples, comme la détermination d’une distance
orthogonale.

11 existe, bien sûr, des variantes locales de ce résumé de programme


mais on peut remarquer qu’on enseigne très peu de géométrie tridi-
mensionnelle dans les écoles.

Les influences
Il existe plusieurs facteurs importants (sociaux, technologiques et
commerciaux) qui influent sur l’enseignement de la géométrie à l’école.
Le plus direct est peut-être l’influence des universités. Qu’on le veuille
ou non, l’enseignement de l’école subit d’une façon ou d’une autre
l’influence des programmes universitaires. Les programmes universi-
taires dépendent beaucoup de ce qui se passe ailleurs dans le monde.
Actuellement, l’analyse et l’algèbre prédominent dans les mathématiques
universitaires, ce qui ne favorisera pas les souhaits de tous ceux qui
voudraient qu’on enseigne plus de géométrie à l’école.
En outre, l’industrie et le commerce sont de plus en plus tributaires
des techniques de la statistique, de la recherche opérationnelle et de
l’analyse numérique, et ces domaines, qui dérivent des mathématiques,
sont l’objet d’un intérêt croissant. Certains d’entre eux ont déjà fait
leur entrée dans les programmes scolaires, en particulier la statistique.
La place accordée à la statistique réduit la part de la mécanique en-
seignée dans les écoles et les universités.
L’enseignement de la mécanique à l’école est une tradition bien
britannique. Elle aide les élèves à acquérir les concepts spatiaux tout en
fournissant un modèle pour l’application des mathématiques. Comme
les modèles statistiques remplacent graduellement les modèles physiques,
la bataille en faveur de la géométrie, comme celle pour la mécanique,
semble perdue d’avance.
Cependant, la menace la plus grave provient de l’informatique. Cette
discipline met l’accent sur le calcul numérique et les algorithmes. Elle
exerce déjà une grande pression sur les mathématiques universitaires et
elle atteindra, à terme, les écoles. On peut donc prédire pour l’avenir
proche une évolution de l’enseignement mathématique vers le discret
et l’algorithmique, ce qui va directement à l’encontre des développe-
ment des aspects géométriques. Nous devons trouver le moyen de nous
adapter à cette nouvelle évolution sans sacrifier davantage la géométrie.
La formation initiale des maîtres est un autre facteur en cause. Qu’ils
soient ou non diplômés de l’Université, les maîtres n’ont généralement
pas eu l’occasion d’étudier de façon approfondie la géométrie au cours
46
La géométrie en Asie du Sud-Est

de leur formation. A cela s’ajoute le fait qu’ils n’ont pas une idée claire
de la direction dans laquelle est orienté l’enseignement de la géométrie.
Il en résulte que divers domaines de la géométrie (euclidienne, analytique
ou des transformations) ne sont pas actuellement enseignés de manière
unifée. Il en sera ainsi tant que nous continuerons à essayer de ranimer
l’enseignement de la géométrie en nous tournant vers le passé. A cet
égard, la Southeast Asian Mathematical Society recommande qu’on
introduise davantage de géométrie vectorielle en dimension trois dans
les programmes scolaires, ce qui est faisable et sera bien accepté. Cette
recommandation concorde avec la tendance universitaire à englober la
géométrie tridimensionnelle dans l’algèbre linéaire. Cela conduira aussi
à l’enseignement des notions d’analyse liées à ce sujet dans le deuxième
cycle du secondaire ou en première année de l’Université et permettra
d’établir un lien entre divers sujets de géométrie actuellement enseignés
dans les écoles.

Conclusions
Notre étude reflète peut-être des vues subjectives, mais elle rend compte
de la situation de l’enseignement de la géométrie dans la région d’Asie
du Sud-Est considérée. De nombreux débats sur la renaissance de
la géométrie ont eu lieu dans la région comme dans d’autres parties du
monde. On a élaboré des plans ; la volonté d’agir existe, de même que le
désir de changement. Cependant, aucune succès n’a été enregistré jusqu’à
présent. A partir de là, nous devons admettre les faits suivants :

a. On enseigne déjà moins de géométrie à l’école actuellement


qu’auparavant.
b. L’évolution de la situation ne favorise pas la renaissance de la géo-
métrie classique.
C. De nombreuses tentatives visant à introduire plus de géométrie à
l’école ont échoué. Toute réforme future devra donc être tournée
vers l’avenir et non vers le passé.
d. Tant que nous n’accorderons pas plus d’attention à la formation des
maîtres dans ce domaine, l’enseignement de la géométrie à l’école
demeurera déficient.

47
D. K. Sinha

La géométrie des transformations :


rét Fospect ive

Dans l’histoire contemporaine de l’aménagement des programmes


scolaires de mathématiques, aucun aspect n’a suscité, dans les milieux
de la pédagogie mathématique, plus de polémiques et de passion que la
géométrie. On l’a souvent attribué à l’offensive qui a été menée pour
déloger la géométrie euclidienne de sa place séculaire dans les programmes
scolaires. Cette offensive, nourrie de slogans comme “A bas Euclide !”
et conduite principalement par le mathématicien français Dieudonné a
eu tôt fait de déclencher des contre-offensives, aux cris de “Ne touchez
pas à Euclide !“, de la part de ses admirateurs qui se sont mobilisés pour
restaurer Euclide à la place qu’il occupait auparavant dans les mathé-
matiques scolaires.
Une des retombées de cette polémique est qu’on a vu certains péda-
gogues s’engager dans des voies nouvelles d’un grand intérêt, en s’écartant
des solutions prônées tant par les partisans que par les détracteurs
d’Euclide. Le rapport de la conférence d’Aarhus en témoigne (Benhke,
1960). 11 semble bien qu’Aarhus ait engendré plus de passion que de
lumière, si l’on considére les vifs échanges de vues et les prises de
position de mathématiciens de la stature de Dieudonné, Behnke,
Freudenthal, Choquet et d’autres. Ce qu’on appelle la géométrie des
transformations semble avoir fait les frais de ce genre de polémique.
En effet, on en est arrivé au point où commence à s’installer l’idée que
la géométrie des transformations est à l’opposé de ce que représente la
géométrie euclidienne. Le bref exposé qui va suivre a pour objet de
montrer que ce n’est pas exact et de convertir les idées fausses qui ont
cours sur la géométrie des transformations. Nous présenterons aussi
les principes qui ont présidé à l’élaboration d’un programme raisonnable
d’enseignement de la géométrie des transformations, qui a été expéri-
menté dans le contexte indien.
Quand on considère l’histoire des mathématiques, on constate que
le développement de la géométrie n’a cessé de donner lieu à des con-
troverses. On dirait que dès le moment où les mathématiciens ont
commencé à s’interroger sur les insuffisances logiques du système
d’Euclide, ils se sont escrimés à en élaborer des versions différentes.
Ce qu’on observe aujourd’hui dans le domaine de l’enseignement des
49

--.- --- --
D. K. Sinha

mathématiques n’est guère que l’aboutissement des différends qui ont


marqué l’évolution de la géométrie. Personne, de nos jours, ne paraît
s’offusquer que l’on traite les “points”, les “droites” et les “plans”
comme des entités non définies (contrairement à ce que fit Euclide
dans ses Eléments). De nombreux partisans d’Euclide semblent admettre
la notion d“‘ordre” des points, concept singulièrement absent de la
théorie d’Euclide (et à propos duquel on a proféré tant d’inexactitudes).
Mais le principal point en discussion paraît être celui de 1“‘égalité” des
figures. Or Euclide, énoncant l’idée de “superposition”, voyait bien
que la superposition nécessite une certaine forme de “déplacement”,
même si les mathématiaues dont il disposait alors n’étaient pas suffisantes
pour donner une base à ce qu’il entendait par “déplacement”. Le
géomètre italien du 19ème siècle Mario Perrenio reprit cette notion,
mais là encore sans les fondements mathématiques nécessaires. Ce fut
Félix Klein, dans les années 1870, qui en donna une version consistante,
et ainsi naquit la “géométrie des transformations”. Euclide avait eu
l’intuition géniale que le “déplacement”, ou son synonyme la “trans-
formation”, est inévitable pour l’égalité de figures, et le grand mathé-
maticien contemporain David Hilbert a rendu hommage à la clair-
voyance d’Euclide sur ce point.
On n’a malheureusement pas accordé assezd’attention à la définition
de la géométrie donnée par Félix Klein. Si on se donne la peine de
l’étudier, on peut dire que la géométrie euclidienne est l’étude des
transformations euclidiennes qui laissent invariantes les propriétés
des figures géométriques. Les transformations fondamentales dans le
plan euclidien sont les symétries axiales, les translations et les rotations.
On dit que deux figures sont “égales” si, pour parler naïvement, on
peut les faire coïncider par le moyen d’une ou de plusieurs de ces trans-
formations ou bien, dans un langage plus rigoureux, si elles se corres-
pondent par des transformations euclidiennes, dites encore isométries
ou préservant l’égalité. Il n’y a donc pas d’opposition entre ce que
cherchait à faire Euclide en son temps et les travaux menés par Klein
avec les outils mathématiques de son époque. L’approche de Klein
permet de renforcer, de réorganiser et de remanier la théorie d’Euclide.
La géométrie des transformations est donc de la géométrie euclidienne.
Il n’y a pas la moindre différence, sauf quand on prétend qu’il y en a
une, soit par nostalgie, soit peut-être par obscurantisme.
Après avoir établi les raisons pour lesquelles les tranformations
viennent améliorer la géométrie euclidienne, il reste à dissiper diverses
inquiétudes à ce sujet sur le plan pédagogique. La question a été
abondamment étudiée. On continue à attacher une grande importance
à la dimension logique de l’enseignement de la géométrie. 11 semble
qu’on craigne qu’une approche par les transformations ne permette pas
le traitement axiomatique de la géométrie auquel nous tenons tellement.
Que peut-on faire, devant les lacunes logiques de la théorie euclidienne ?

50
La géométrie des transformations : rétrospective

Aux Etats-Unis d’Amérique, le Groupe d’études des mathématiques


scolaires (School Mathematics Study Group - SMSG) s’efforce de
combler ces lacunes, ce qui donne une sorte de théorie d’Euclide
modifiée. Le Comité des mathématiques scolaires de l’Université de
l’Illinois (University of Illinois Committee on School Mathematics -
UICSM) préconise un mélange des deux approches, solution qu’ont
adoptée les responsables de 1’Etude pour l’améloriation des programmes
de mathématiques de l’enseignement secondaire (Secondai-y School
Mathematics Curriculum Improvement Study - SSMCIS). En Union
soviétique, la balance penche entièrement en faveur de l’approche
transformationnelle (comme le montrent les manuels bien connus de
Koutouzov et Yaglom). Les projets britanniques semblent divisés sur ce
point. Le Projet de mathématiques scolaires (School Mathematics
Project - SMP) et le Groupe de mathématiques écossais (Scottish
Mathematics Group - SMG) semblent favorables à l’approche par les
transformations. La conférence de Ditchley avait pour but de sérier les
problèmes dans ce domaine. Les documents britanniques ne semblent
pas pousser l’approche par les transformations jusqu’à la démonstration
logique des théorèmes, encore qu’il existe des tentatives limitées dans
cette direction. Les travaux belges sont imprégnés des idées trans-
formationnistes. Il en va de même en France, en République fédérale
d’Allemagne et dans les pays nordiques, dans le cas de certains travaux.
Il est désormais admis que les activités pratiques constituent un
moyen de rendre l’apprentissage des mathématiques plus efficace,
notamment au niveau élémentaire et au niveau postélémentaire, mais
présecondaire. Mettons donc à profit cet article de foi, et ce principe
d’action, l’enseignement de la géométrie à l’école. Il devient alors
possible d’imaginer de nombreuses activités permettant de faire com-
prendre les notions de symétrie axiale, de translation et de rotation,
qu’on utilisera pour établir certaines propriétés géométriques. On peut
aussi traiter de cette façon la composition des transformations, et établir
jusqu’au niveau moyen (enfants d’au moins 13 ans) la base de tous les
autres résultats qu’on prendra ensuite comme postulats ou comme
axiomes pour développer une étude axiomatique de la géométrie. On
peut auparavant, et c’est ce qui est fait en Inde, donner aux élèves une
idée de la nécessité des axiomes en démontrant des théorèmes comme
les suivants : “les angles opposés par le sommet de deux droites con-
courantes sont égaux”, “les angles correspondants de deux droites
parallèles sont égaux”, etc., (théorèmes qu’on peut démontrer en utili-
sant des translations ou des symétries axiales simples). Après avoir
établi la base d’un traitement axiomatique, on peut passer à la démons-
tration des théorèmes bien connus sur l’égalité des triangles (côté-angle-
côté, angle-angle-côté, côté-côté-côté, etc.). On peut ensuite aborder,
bien entendu de façon axiomatique, les transformations qui concernent
la grandeur et la similitude, avec un intermède consacré à des activités
51
[Link]

pratiques permettant une approche concrète de ces transformations et


de leurs relations mutuelles. L’étude axiomatique formelle peut com-
mencer chez les enfants de 14 ans.
Cette expérience a été très fructueuse. Elle a dû être précédée d’une
action massive de recyclage et d’orientation des professeurs, de manière
à dissiper l’idée que la géométrie des transformations n’est pas de la
géométrie euclidienne et à faire admettre le fait que tous les éléments
fondamentaux de la théorie euclidienne peuvent subsister dans le cadre
d’une approche par les transformations. On a, bien sûr, pu convaincre
les détracteurs de cette approche, en introduisant la même méthode
dans le cours de compléments de mathématiques, avec un certain
formalisme justifié par la maturité des élèves à ce nivelu. Les bons
élèves ont de toute évidence tiré bénéfice de cette appoche et leur
succès a, d’une certaine façon, contribué à en rendre l’introduction
plus aisée dans les classes élémentaires et moyennes.
Les matériels pédagogiques, les manuels destinés aux élèves, les
livres du maître de l’Association indienne pour l’amélioration de
l’enseignement des mathématiques (Indian Association for the
Improvement of Mathematics Teaching - AIMT) et les actions de
formation organisées par 1’AIMT ont beaucoup facilité l’introduction de
la géométrie des transformations à l’école. Pour persévérer dans cette
voie, il faut non seulement mettre en place des actions de formation
continue des professeurs, mais encore veiller à ce que ces notions soient
traitées dans l’enseignement universitaire, dans les programmes de
formation initiale des maîtres, etc. On s’y emploie aussi, non sans
rencontrer une certaine opposition, dans le contexte indien. On peut
donc espérer que l’enseignement de la géométrie prospérera grâce aux
transformations sans qu’on en vienne à l’idée erronée que celles-ci ont
enterré la géométrie euclidienne. Il s’agit au contraire d’une résurrection !

Références
BEHNKE, H. et al. 1960. Lectures on Modern Teaching of Geometry and Related
Topics, Aarhus, MathematiskInstitut.

52
Adonis F. Labor

La géométrie au niveau du
secondaire en Sierra-Leone

Cet article a pour but d’exposer les caractéristiques actuelles de l’ensei-


gnement de la géométrie au niveau secondaire en Sierra-Leone. On
décrira d’abord dans ses grandes lignes le système scolaire de ce pays.
On donnera ensuite un compte rendu de la tentative de réforme de
l’enseignement des mathématiques (géométrie comprise) qui a eu lieu
dans la seconde moitié des années 70. L’article se terminera par une
brève analyse des efforts faits récemment pour normaliser le contenu
des mathématiques (y compris la géométrie) enseignées au niveau du
secondaire.

Le système scolaire en Sierra-Leone


Le système classique d’enseignement en Sierra-Leone est constitué d’un
cycle primaire de sept ans, d’un cycle d’enseignement général secondaire
de cinq à sept années et d’un cycle d’études universitaires d’une durée
de trois à cinq ans. Les élèves passent le General Certificate of Educa-
tion (GCE), niveau ordinaire (0), à la fin des cinq premières années de
l’enseignement secondaire. Les candidats reçus peuvent alors soit
poursuivre leurs études secondaires pendant deux ans (classe 6) en vue
de se présenter aux examens du GCE, niveau avancé (A), soit entrer
directement à l’Universté pour suivre un enseignement de quatre ans.
Tout le système éducatif, y compris au niveau universitaire, relève
du Ministère de l’éducation. Aux niveaux primaire et secondaire, l’ad-
ministration des systèmes scolaires se fait cependant dans une grande
mesure en coopération avec les autorités employeuses, qui comprennent
les institutions religieuses, les autorités municipales et locales et des
groupes privés.
Au niveau du primaire, le Ministère délègue l’administration des
écoles à ces autorités employeuses. Il existe trois types principaux
d’écoles primaires. Premièrement, les écoles subventionnées, administrées
par les autorités employeuses au nom de 1’Etat ; elles bénéficient d’une
subvention fixe pour leurs dépenses de fonctionnement et du paiement
de la totalité des traitements des professeurs de l’école. Deuxièmement,
53
Adonis F. Labor

les écoles indépendantes dont la propriété et le fonctionnement échap-


pent entièrement au Ministère de l’éducation, mais qui satisfont aux
normes de qualité pédagogique minimales fixées par le Ministère de
l’éducation. Elles sont également défrayées de la totalité des traitements
des professeurs qualifiés. Troisièmement, les écoles privées, qui ne
reçoivent aucune subvention de 1’Etat.
Les écoles secondaires sont administrées par des conseils d’adminis-
tration nommés en concertation par le Ministère de l’éducation, sur
proposition des propriétaires des écoles. Il existe quelques écoles secon-
daires appartenant à 1’Etat et fonctionnant sous sa direction. Certaines
écoles primaires et secondaires ont un système de classes alternées.

La structure générale des programmes scolaires


au niveau secondaire
Au niveau du secondaire, l’enseignement a surtout un caractère général,
étant axé en grande partie sur l’examen du GCE, niveau 0, qui se
passe à la fin de la cinquième année. Sur les 130 écoles secondaires,
rares sont celles qui proposent un enseignement technique, professionnel
ou agricole, bien qu’un effort considérable soit fait pour diversifier les
enseignements offerts.
Dans l’ensemble, les trois premières années (classes 1, II et III) sont
consacrées à un programme d’études générales, après quoi les élèves
peuvent se spécialiser dans différents domaines comme les sciences,
les lettres et les études commerciales dans les classes IV et V.
Les écoles sont libres d’organiser le contenu des cours comme elles
le désirent, à condition de rester dans le cadre des directives du pro-
gramme du GCE, niveau 0, établis par le West African Examinations
Council (WAEC). En outre, les écoles (c’est-à-dire le personnel -
directeur et professeurs - de chaque école) ont à tous les niveaux une
entière liberté pour fixer les objectifs et les méthodes pédagogiques
dans les matières enseignées.

La tentative d’introduction des “mathématiques


nouvelles” dans les écoles de la Sierra-Leone
Une enquête du comité des manuels en 1974 a montré qu’une réforme
approfondie de l’enseignement des mathématiques, aussi bien sur le
plan du contenu que des méthodes, était nécessaire. On disposait des
manuels du Programme régional ouest-africain de mathématiques
(West African Regional Mathematics Programme - WARMP), élaborés
en commun par des participants du Ghana, du Libéria et de la Sierra-
Leone. Le gouvernement de la Sierra-Leone s’étant auparavant engagé à
54
La géométrie au niveau secondaire en Sierra-Leone

utiliser les matériels du WARMP, le Sous-comité des programmes pour


l’enseignement des mathématiques aux niveaux du primaire, du
secondaire et de la formation des maîtres a été chargé d’étudier la
possibilité d’utiliser les ouvrages de la collection du WARMP (avec ou
sans modifications) afin d’essayer de mettre en oeuvre une réforme de
l’enseignement des mathématiques.
Après une série de débats faisant suite à un important travail sur le
terrain, ce sous-comité a indiqué que la série de manuels destinés à
l’enseignement primaire pouvait être adoptée sans modification, mais
qu’en ce qui concerne le secondaire et la formation des maîtres les
manuels demandaient à être modifiés et adaptés avant de pouvoir être
utilisés.
Le gouvernement de la Sierra-Leone a décidé de suivre les recom-
mandations du sous-comité des mathématiques et a confié à l’Institut
pédagogique le soin d’introduire dans l’enseignement les manuels du
WARMP ainsi que le recyclage des professeurs en vue de l’utilisation de
ces manuels. C’est la Section mathématique de l’Unité pour la réforme
des programmes scolaires de l’Institut pédagogique qui a Ia responsabiiité
pratique de cette tâche.
En gros, les ouvrages du WARMP correspondent à un changement
d’orientation de l’enseignement. Ils visent en particulier à aider les
élèves à découvrir par eux-mêmes les notions mathématiques. Ils
impliquent donc qu’au lieu de dispenser un enseignement magistral
on s’attache à créer une situation qui incite les enfants à chercher et
découvrir par eux-mêmes. Le rôle du maître devient alors d’aider les
élèves à devenir des participants actifs dans l’apprentissage et la décou-
verte des mathématiques. Une autre caractéristique notable de la série
de manuels du WARMP est que, dans certains cas, on adopte une
approche concrète, consistant à présenter certains sujets en liaison
avec des activités pratiques effectuées par les élèves.
L’introduction de ces manuels dans les établissements d’enseigne-
ment primaire et secondaire s’est faite selon une approche verticale
modifiée. Ainsi, dans le primaire, on a introduit les manuels du WARMP
en 1975 pour la première cuvée d’études primaires, en 1976 pour la
deuxième année et en 1977 pour la troisième, les autres manuels de la
série devant être adoptés les années suivantes. Dans le secondaire, les
textes destinés au niveau 1 ont été introduits en 1976, et en 1977 pour
le niveau II et, comme pour la série destinée à l’école primaire, on
devait introduire les autres manuels successivement au cours des années
suivantes.
Cependant, en 1978, un certain nombre de facteurs commencèrent
à freiner l’introduction des manuels du WARMP dans les écoles primaires
et secondaires : le coût excessif du recyclage aux mathématiques
“nouvelles” des professeurs formés aux mathématiques traditionnelles ;
le non-approvisionnement des écoles en manuels en raison des difficultés
55
Adonis F. Labor

économiques empêchant de se procurer le logiciel nécessaire pour con-


tinuer à imprimer et éditer les manuels et de faire appel à des éditeurs
extérieurs ; et les réactions des parents qui ne pouvaient plus, à la maison,
aider leurs enfants dans l’étude de ces mathématiques “nouvelles”. En
1980, la plupart des écoles étaient revenues aux mathématiques tradi-
tionnelles enseignées avant l’introduction des manuels du WARMP.
Actuellement, très peu d’écoles continuent à enseigner les mathémati-
ques du WARMP.

La place de la géométrie dans l’enseignement secondaire :


vue d’ensemble de la situation actuelle

Comme on l’a vu plus haut, le choix des objectifs, le contenu enseigné


et les méthodes d’enseignement à utiliser sont, en géométrie, laissés en
grande partie à l’appréciation des écoles elles-mêmes, donc du personnel
du Département de mathématiques, puisque la géométrie fait partie de
cette matière. Il en résulte qu’il n’existe pas de programmes ou de
manuels de géométrie uniformes au niveau du secondaire. Cela compli-
que encore le problème de l’enseignement scolaire de la géométrie,
qui se ressent déjà d’une pénurie de professeurs de mathématiques
compétents et qualifiés.
Chaque école élabore et applique son propre programme de géo-
métrie. Les programmes détaillés des petites classes du secondaire
(classes 1, II et III) sont établis par les enseignants. Ceux des grandes
classes (classes IV et V) sont en général tirés du programme de mathé-
matiques établi par le WAEC pour l’examen du GCE, niveau 0.
La liste des sujets qui suit est extraite du programme de mathé-
matiques d’une des écoles et constitue sans doute un exemple
représentatif de la géométrie enseignée au cours des cinq années du
cycle secondaire actuel.

Exemple de programme

Classe / : Présentation non formalisée des plans, droites, points, angles


et leurs relations.
Parallélisme et orthogonalité.
Unités de mesure (métriques et britanniques).
Segment de droite.
Tracé et mesure des angles.
Utilisation du rapporteur.

Classe Il : Tracé des triangles, étant connus : les longueurs des trois
côtés ; deux côtés et l’angle inclus ; un côté et deux angles.
Initiation non formalisée aux polygones.
56
La géométrie au niveau secondaire en Sicrra-Leone

Types de triangles : dénominations et propriétés.


Quadrilatères, parallélogrammes, rectangles et carrés.
Tracé de droites parallèles.

C/asse ll/ : Bissection de segments de droite et d’angles.


Reproduction d’un angle.
Construction de médiatrices.
Etude formalisée des polygones.
Initiation aux cercles.
Définition formalisée des angles particuliers : 30”, 45”, 60”,
90”.

C/asse /V : Construction des angles obtus supplémentaires des angles


particuliers : 150”, 135”, 120”. Bissection de ces angles.
Construction de quadrilatères à partir de données suffisantes.
Etude non formalisée de l’interprétation du cercle, des
médiatrices, et des bissectrices comme lieux géométriques.

C/asse V : Autres lieux géométriques.


Cercles : segments, secteurs, tangentes et propriétés des
tangentes.
Plans et projections.
Triangles semblables.
Longitude et latitude.

Orientations futures pour la normalisation du


contenu des mathématiques
Le contenu de la géométrie enseignée dans les diverses écoles et aux
différents niveaux est très variable et, comme on peut s’y attendre, il
en est de même des méthodes d’enseignement. A cause de cette diversité
des contenus, les professeurs de mathématiques du secondaire ont dans
leur ensemble commencé à se préoccuper de normaliser le programme
de mathématiques pour les petites classes, en laissant les écoles utiliser,
pour les grandes classes, le programme du GCE, niveau 0, établi par le
WAEC. En réponse à une demande de l’Association des professeurs de
mathématiques, une série de séminaires hebdomadaires a été organisée
pendant l’année scolaire 1983- 1984, sous les auspices de l’Unité pour
la réforme des mathématiques de l’Institut pédagogique. Un des
objectifs de ces séminaires était de commencer l’élaboration d’un
programme de mathématiques destiné aux petites classes des écoles
secondaires pour l’ensemble de la Sierra-Leone. Le projet de programme
de géométrie issu de ces séminaires est reproduit ci-dessous. Il a, depuis,
été soumis au Ministère de l’éducation, dont on attend encore la décision.
57
Adonis F. Labor

Entre-temps, les écoles continuent à avoir chacune leur propre pro-


gramme.

Le projet de programme propos6 en géomdtrie

Classe / : Figures planes : plans, droites, points, angles (approche non


formalisée).
Parallélisme et orthogonalité.
Construction de segments de droite, tracé et mesure des
angles, utilisation du rapporteur, tracé de triangles, étant
connus : trois côtés, deux côtés et l’angle inclus, un côté et
deux angles.

Classe Il : Figures planes : Initiation non formalisée aux polygones,


types de triangles (propriétés et dénominations).
Quadrilatères et rectangles.
Constructions : bissection de segments de droite et d’angles,
reproduction d’un angle, tracé de droites parallèles, cons-
truction de médiatrices.

Classe /Il : Figures planes : polygones (étude formalisée). Définition


formelle des figures planes, des cercles.
Constructions : construction d’angles particuliers : 60”, 90”,
30”, 45”.
Construction de quadrilatères.

C/asses lVet V : Programme du GCE (niveau 0) établi par le WAEC.

Comme le montre ce projet de programme, le contenu géométrique


recommandé pour les petites classes du secondaire est essentiellement
euclidien. Il met l’accent sur les figures planes et les constructions
géométriques. Ce projet de programme a pour but de permettre une
certaine souplesse dans la méthode d’enseignement.
En définitive, ce sont surtout, bien entendu, les exigences de
l’examen du WAEC niveau 0 qui déterminent le contenu de la géométrie
enseignée en Sierra-Leone au niveau du secondaire. Il paraît donc
opportun de conclure ce bref compte rendu en exposant en détail ce
programme du GCE.

Programme de géométrie 6tabli par le WAEC pour l’examen du GCE,


niveau 0

GEOMETRIE PLANE
Angles en un point : (a) la somme des angles en un point est égale à
360” ; (b) Les angles adjacents d’une droite sont supplémentaires ;
58
La géométrie au niveau secondaire en Sierra-Leone

(c) Les angles opposés par le sommet sont égaux.


Propriétés des droites parallèles : (a) Les angles alternes sont égaux ;
(b) Les angles correspondants sont égaux ; (c) Les angles internes
opposés sont supplémentaires ; (d) Théorème d’égalité des segments
interceptés.
Triangles et autres polygones : (a) La somme des angles d’un triangle
est égale à 2 droits ; (b) L’angle extérieur d’un triangle est égal à la
somme des deux angles intérieurs opposés ; (c) Triangles égaux ; (d) Pro-
priétés des triangles particuliers (isocèles, équilatéraux, rectangles) ;
(e) Propriétés des quadrilatères particuliers (parallélogramme, losange,
rectangle, carré, trapèze) ; (f) Propriétés des triangles semblables ;
(g) Somme des angles d’un polygone ; (h) Propriétés des angles exté-
rieurs d’un polygone.
Cercles : (a) Propriétés des cordes ; (b) L’angle au centre qui intercepte
un arc de cercle est le double de l’angle inscrit qui intercepte cet arc en
tout point du reste de la circonférence ; (c) Tout angle inscrit sous-tendu
par un diamètre est un angle droit ; (d) Les angles inscrits qui intercep-
tent le même arc sont égaux ; (e) Les angles inscrits qui interceptent des
arcs opposés sont supplémentaires ; (f) L’angle d’une demi-tangente
avec une corde issue du point de contact est égal à l’angle inscrit qui
intercepte le même arc ; (g) Le point de contact de deux cercles tangents
est situé sur la droite des centres ; (h) Les segments des tangentes à un
cercle issues d’un point extérieur sont égaux.

TRIGONOMETRIE ET GEOMETRIE APPLIQUEE


Fonctions trigonométriques : (a) Sinus, cosinus, tangente d’un angle ;
(b) Angles de site positifs et négatifs ; (c) Relèvement des coordonnées,
règles du sinus et du cosinus.
Longueurs et périmètres : (a) Utilisation du théorème de Pythagore
pour déterminer les longueurs des côtés, les altitudes et les distances ;
(b) Périmètres des figures planes.
Aires : (a) Triangles et quadrilatères particuliers ; (b) Cercles et secteurs
d’un cercle ; (c) Aire de la surface des solides de section transversale
uniforme ; (d) Relation entre les aires des figures semblables.
Volumes : (a) Solides de section transversale uniforme ; (b) Sphères,
pyramides et cônes ; (c) Relation entre les volumes des figures semblables.
Géométrie tridimensionnelle : (a) Dessin des solides ; (b) Droites paral-
lèles ; (c) Plans parallèles ; (d) Normale à un plan ; (e) Angle d’une
droite et d’un plan ; (f) Angle de deux plans ; (g) Dessin des solides et
de leurs sections planes ; (h) Développements des solides courants.
Constructions : (a) Bissectrices et médiatrices ; (b) Droite parallèle ou
perpendiculaire à une droite donnée ; (c) Construction des angles de
60”, 45”, 30” et d’un angle égal à un angle donné ; (d) Construction des
triangles à partir de données suffisantes ; (e) Construction des

59
Adonis F. Labor

quadrilatères à partir de données suffisantes ; (f) Division d’un segment


de droite en un nombre donné de parties égales ou dans un rapport
donné ; (g) Tangentes à un cercle issues d’un point extérieur ; (h) Segment
de cercle capable d’un angle donné.
Lieux géométriques : (a) Points à distance donnée d’un point donné ;
(b) Points à distance donnée d’une droite donnée ; (c) Points équidistants
de deux points donnés ; (d) Points où un segment de droite donné sous-
tend un angle donné (lieu des angles constants).

60
Jan de Lange Jzn

La géométrie à l’école primaire : le


possible et le souhaitable

Déclin et renaissance

Dans la plupart des systèmes scolaires, l’enseignement formalisé de la


géométrie semble commencer à l’âge de 12 ans environ, du moins
lorsque la géométrie est enseignée. Cette dernière restriction n’est pas
superflue, car l’intérêt porté à la géométrie a décliné au cours des
dernières décennies. Dans l’enseignement secondaire en particulier, le
manque d’intérêt est tel que ce sujet en est arrivé à disparaître complète-
ment du programme de certaines écoles.
La géométrie était autrefois la géométrie euclidienne, un bel exemple
de science déductive. Ce n’est pas un hasard si la première leçon
connue est la leçon expérimentale que Socrate a donnée à l’esclave de
Ménon devant son maître. Elle se passa ainsi :

Socrate (à l’esclave) : Réponds-moi, toi. N’avons-nous pas ici un espace de quatre


pieds. Sais-tu ?
L’esclave : Oui.
Socrate : Nous pouvons lui ajouter cet autre-ci, qui lui est égal.
L’esclave : Oui.
Socrate : Et ce troisième ici, égal à chacun des deux autres ?
L’esclave : Oui.
Socrate : Ne pouvons-nous pas compléter en ajoutant celui-ci dans le coin ?
L’esclave : Nous le pouvons fort bien.
Socrate : N’avons-nous pas ici à présent quatre espaceségaux ?
L’esclave : Si.
Socrate : Et tout cet espace-ci, de combien-est-il plus grand que celui-ci ?
L’esclave : De quatre fois.
Socrate : Or c’est un espace double qu’il nous fallait ; ne t’en souviens-tu pas ?
L’esclave : Fort bien.
Socrate : Cette ligne tirée d’un angle à l’autre ne coupe-t-elle pas en deux chacun de
ces quatre espaces?’

La plupart des mathématiciens pensent encore que la géométrie doit être


enseignée selon un système déductif. Certains croient que la géométrie a
1. Platon. M&on. 85a. Traduction de Emile Chambry, Paris, Flammarion.

61
Jan de LangeJzn

échoué parce qu’elle n’était pas assez déductive. D’autres, comme


Freudenthal (1973), pensent que la géométrie a échoué parce que son
système déductif ne pouvait pas être réinventé par l’élève, mais seule-
ment imposé par le professeur. A ce propos, nous devons admettre qu’il
existe des gens qui ne construiront jamais un système déductif de leur
crû et ne reconstruiront même pas le système de quelqu’un d’autre.
Certains avanceront donc que les responsables du déclin de la géométrie
dans l’enseignement des mathématiques sont ceux qui se sont opposés à
l’innovation dans l’enseignement mathématique.
Cependant, il est surprenant de voir que, parallèlement à la désaffec-
tion pour la géométrie au niveau du secondaire, ce sujet a suscité un
intérêt croissant au niveau du primaire. Toutes sortes de propositions
ont été émises. Pourtant, il n’existe pas encore de consensus sur ce qu’on
doit enseigner aux écoliers du primaire. On admet cependant en général
que la “perception de l’espace” doit y jouer un rôle essentiel.
Que signifie “perception de l’espace par des activités géométriques” ?
Si elle commence par la perception de l’espace physique, la géométrie
sera en prise directe sur la réalité quotidienne de l’environnement de
l’enfant. Si on l’entend de cette façon, la géométrie peut être un excellent
moyen d’enseigner des mathématiques riches de relations avec le réel.
En fait, il n’est probablement pas d’expérience qui soit de nature à
mieux former l’attitude mathématique que l’enseignement de la
géométrie du réel.

La perception de l’espace
Aux Pays-Bas, Tatiana Ehrenfest a propagé cette approche dans une
série d’articles (1931) et, vers les années 1920, par l’intermédiaire
de groupes de travail. Aujourd’hui encore, certains lui opposent les
objections suivantes :

“C’est de la physique expérimentaleplus que desmathématiques”,et aussi:


“Comment un professeur peut-il maintenir la discipline dans une classe où les
enfants se déplacent un peu partout, comptent leurs pas, mesurent des distances,
effectuent des visées et manipulent de la colle et des ciseaux ?”

Cette dernière objection demeure tout à fait valable, comme Alan


Bishop (1982) l’a fait remarquer à la réunion de Mons sur l’enseigne-
ment de la géométrie. 11ne faut pas oublier que le professeur a affaire à
trente enfants ou plus dans sa classe. Dans ces conditions, il lui est
quasiment impossible de consacrer son attention aux différents élèves
pris individuellement ou aux activités de petits groupes. Comment donc
créer un environnement optimal pour l’enseignement de la géométrie ?
La question n’a toujours pas trouvé de réponse.

62
La géométrie a l’école primaire : le possible et le souhaitable

La meilleure façon d’enseigner une activité est de la montrer, disait


Comenius. Le reste de cet article sera consacré à la présentation
d’exemples variés dont l’expérience a montré que ce sont des activités
réalisables au niveau de l’école primaire.

Cultiver les dons d’observation


Point n’est besoin d’être psychologue pour observer comment un enfant
apprend à se mouvoir dans son environnement au cours des premières
années de sa vie. En regardant et en agissant, l’enfant découvre son
environnement. Les premiers concepts intuitifs de forme, grandeur,
intérieur et extérieur, horizontal et vertical, direction, distance, devant
et derrière, se forment tous pendant cette période. Nous n’aborderons
pas la façon dont cela se produit. Le fait est, en tout cas, que les enfants
de quatre ans entrent à la maternelle avec l’expérience intuitive de
l’espace tridimensionnel. Le moment est alors venu de développer leur
perception de quelques concepts géométriques élémentaires. On ajoute
le raisonnement à l’observation et à l’action.
Les enfants jouent avec des perles et des cubes. Ils font des construc-
tions dans le bac de sable, ils s’essaient aux puzzles, font des mosaïques,
dessinent, collent et découpent. Tout cela est de la géométrie. Afin de
développer leur orientation dans l’espace, il existe diverses activités
d’observation convenant à ce groupe d’âge, telles que les suivantes :

a. Regarde la figure de la maîtresse. Peux-tu la cacher avec le bout de


ton doigt ?

b. Ce morceau de carton a un trou. Comment dois-tu le tenir et où


dois-tu te placer pour voir à travers le tableau qui est au mur ?
c. Le camion que nous voyons du cinquième étage n’est pas plus long
que mon doigt !
d. Les voies de chemin de fer semblent se rejoindre au loin.
e. Dans quelle direction cet oiseau vole-t-il ?
f. Pourquoi cet avion va-t-il si lentement ?
g. Qu’est-ce qui est plus gros, le soleil ou la lune ?
63
Jan de Lange Jzn

h. Est-ce que la lune nous suit ?


* Nous voyons le ramoneur sur le toit. Peut-il nous voir ?
f : Que peut-on voir dans une pièce quand on regarde à l’intérieur de
l’extérieur ?
k. D’où viennent les ombres ?
1. A quoi l’ombre de cette forme ressemblera-t-elle ?

Une activité qui peut être stimulante pour les enfants est de leur faire
construire une “boîte-paysage” (IOWO, 1976 d, p. 198). La construction
d’une scène dans une boîte à chaussures est une occupation très
appréciée des enfants hollandais. On remplace le couvercle de la boîte
par un papier transparent (parfois coloré). Dans un des petits côtés on
perce un trou pour pouvoir regarder. On crée un paysage ou un intérieur
en plaçant des objets dans la boîte. Le fait de regarder par le trou d’un
seul oeil augmente l’impression de profondeur et de grandeur de la
scène représentee. Nous appellerons ce jouet une boîte-paysage.
La construction d’une boîte-paysage fait apparaître plusieurs idées
mathématiques importantes :

La grandeur : La hauteur de la boîte détermine la taille des figurines.


On ne s’occupe pas de la proportion des figurines entre elles.
L’emplacement : Quand on place les figurines, on se pose la question :
seront-elles visibles ? Ce qui introduit divers concepts : près-loin ;
devant-derrière ; petit-grand ; gauche-droite.
Changement de point de vue : Les figurines sont placées verticalement,
mais on regarde par le trou horizontalement.
Emplacement des décors : En plaçant un “mur” dans la boîte, on peut
déterminer ce qui est visible et ce qui ne l’est pas. On peut le faire
manuellement ou visuellement.
Déconnexion de la coordination oeil-main :“faire” et “voir” ne sont
pas simultanés. La coordination oeil-main est donc rompue. On place
les figurines manuellement mais, quand le tableau est terminé, on peut
les voir à travers le trou.
Structure : Si on divise le fond de la boîte en carrés d’herbe, de sable,
de terre, de cailloux, etc., on peut les utiliser pour décrire la position
d’une figurine. Si ces compartiments ne sont pas colorés, on peut
employer des termes comme : “le carré de devant à gauche”, “le carré
de derrière”, etc. C’est une initiation à la structure de treillis.

Tout cela est de la mathématique, bien qu’à divers niveaux de développe-


ment.

Problémes d’observation
A partir d’un dessin représentant une île imaginaire, on pose toutes

64
La géométrie à l%cole primaire : le possible et le souhaitable

sortes de questions en rapport avec l’orientation spatiale (IOWO, 1976 a,


p. 204,206-207) :

I I

D’OU cette vue a-t-elle été prise 7

Ou bien, avec un rétroprojecteur, on projette sur le mur l’image de la


“montagne de cubes” :

65
Jan de Lange Jzn

On pose ensuite des questions de ce type :


Comment peut-on escalader la montagne ?
Montre un bon itinéraire.
Peux-tu construire cette montagne avec des cubes ? Combien de temps
cela prendrait-il ?
Combien faudrait-il de cubes ?
Ou bien : regarde ces assemblages :

Lesquels pourrais-tu construire ?


Peut-on utiliser de la colle ?

Ou bien ce problème d’escaliers :

Quel est le chemin qui mène au sommet 7

Si l’on pense que la car[e d’une île est une représentation trop
difficile, on peut utiliser une maquette, comme l’ont fait les auteurs
du projet OSM (Gravemeijer, 1983).

66
La géométrie à l’école primaire : le possible et le souhaitable

D’où ces vues ont-elles été prises ?


On peut résoudre le problème de plusieurs façons différentes.
On peut tourner autour de la maquette et la regarder sous de nombreux
angles différents. On se forme alors une image mentale de la situation,
et on peut réfléchir sur cette image mentale.
L’orientation spatiale constitue une source d’activités mathématiques
nombreuses. On peut, par exemple, utiliser des concepts arithmétiques
pour décrire une situation ; on peut présenter la rotation, la translation
et la symétrie axiale des figures (dans le plan) ; on peut aussi employer
des schémas et des cartes, et des photographies.
Voici un autre problème à base d’images. La carte représente la zone
côtière de Wemelringe-sur-mer (IOWO, 1976 h, p. 2 16-217) :

Wemelringe aan Zee


lcm represente en réalite %km _

67
Jan de Lange Jzn

Un remorqueur, le Bermuda, longe la côte près du village de Wemelringe.


Au passage, le capitaine reconnaît un certains nombre d’amers : l’église,
le moulin et le phare. 11 prend des photographies. Voici les photos que
le capitaine du Bermuda a prises à son passage devant Wemelringe.
Malheureusement, elles sont tombées par terre et se sont mélangées.
Peut-on les remettre dans le bon ordre ?’

Dans quel ordre les photos on t-elles été prises 7

Les ombres
Les ombres constituent un thème fructueux pour toutes sortes d’activités
mathématiques.
Le fait que la lumière se propage en ligne droite est pour beaucoup
d’enfants une surprise. Une expérience simple le leur fera découvrir
(Schoemaker et al., 198 1). On colle un petit morceau de papier sur une
fenêtre. On essaie “d’attraper” son ombre quelque part entre la fenêtre

68
La géométrie a l’école primaire : le possible et le souhaitable

et le plancher. On suit alors l’ombre sur toute sa longueur jusqu’au


plancher. Il s’avère que ce n’est pas facile du tout !
On peut utiliser le “modèle des ombres” pour une initiation aux
proportions. Il y a plusieurs façons d’étudier le rapport entre la longueur
réelle d’un objet et la longueur de son ombre. Voici une tâche possible :
“Quelle est la hauteur de l’immeuble situé près de l’école ?”
Il y a plusieurs moyens de trouver la réponse. On peut comparer la
longueur de l’ombre d’un bâton placé verticalement avec la longueur de
l’ombre de l’immeuble. On obtient ainsi une assez bonne estimation de
la hauteur de l’immeuble. On peut préparer les enfants à cette activité
par des travaux où interviennent les rapports et les calculs sur les
rapports. L’exemple suivant est tiré d’une feuille d’exercices (IOWO,
1976 c, p. 276) :

DESSINE L’OMBRE DE CHAQUE IMMEUBLE

69
Jan de Lange Jzn

Goddijn (1983) donne un autre exemple : Il fait du soleil. On a


déjà figuré sur l’image l’ombre d’un des poteaux. Dessine l’ombre de
tous les autres poteaux. Dessine aussi l’ombre du réverbère.

La nuit, il n’y a pas de soleil, mais le réverbère est allumé. Dessine


maintenant les ombres des petits poteaux éclairés par le réverbère.
Voici une autre situation : Tu marches dans la rue la nuit. Ton
ombre te suit. Quand tu passes devant le réverbère, ton ombre te
rattrape et passe ensuite devant toi. Elle finit par disparaître. Au réver-
bère suivant, l’ombre te rattrape à nouveau. Voici quelques questions :
Quand tu approches du réverbère, ton ombre devient-elle plus grande
ou plus petite ?
Et quand tu t’éloignes du réverbère ?
Pourquoi ton ombre se déplace-t-elle plus vite que toi ?

Quelques problèmes
En voici un très intéressant :
Quelle doit être la longueur d’un miroir pour que tu puisses t’y voir en
entier ?
Même au niveau des professeurs ce problème n’est pas très simple
(Schoemaker, 1984). Citons deux réactions spontanées :

“Un très petit miroir suffit si on se recule suffisamment”.


“Le miroir doit être aussi haut que moi, sinon je ne pourrai pas voir
mes pieds.”
Il va sans dire que les deux réponses sont fausses !

70
La géométrie a l’école primaire : le possible et le souhaitable

Autre problème :
Plus on s’approche et moins on voit ! C’est le problème du gardien de
phare (Schoemaker, 1979).
I

Il marche vers le phare. Derrière le phare, des lapins jouent dans l’herbe.
De retour à la maison, il dit à ses enfants : “Quand j’approche du phare,
je suis plus près des lapins. Bien qu’ils ne s’enfuient pas, plus je me
rapproche des lapins et moins je les vois. Pourquoi ‘!

lapins

phare

Maintenant un problème de perspective.

71
Jan de Lange Jzn

“La tour est-elle plus haute que le pont-levis ? Explique ta réponse.”


Sans préparation adéquate, c’est un problème très difficile. Chacun
connaît ce phénomène, mais rares sont les gens capables de l’expliquer.
L’inventeur du problème espérait que les élèves construiraient plus ou
moins spontanément une vue de profil (comme celle-ci), mais cela

PONT-LEVIS j7, TOUR


1!

n’a pas été le cas. Pourtant, dès qu’il eut suggéré une vue de profil, les
élèves furent capables d’exprimer des idées judicieuses. Bien que pro-
posés à des enfants de 12 et 13 ans, ces problèmes se sont avérés
présenter de nombreuses difficultés.
Le forme de la Terre :

“Comment sais-tu que la Terre est une sphère ?”


“Parce que, quand on est sur la plage et qu’un bateau approche de la
côte, on en voit d’abord la partie supérieure, et c’est seulement plus
tard qu’on voir le bateau tout entier”.

Cette réponse n’est peut-être pas tout à fait correcte, mais la suivante
est très ingénieuse :

“Sur une photo de la Terre prise d’un satellite, on voit un cercle”.


Le professeur : “Mais ce pourrait être un disque plat ?”
“Non, parce que, quel que soit l’endroit où se trouve le satellite, c’est
toujours un cercle”.

Classement des objets


Une des meilleures manières d’initier les enfants au monde des configu-
rations et des formes est de leur faire collecter des emballages (boîtes en
carton on en métal, boîtes de conserves, etc.) (Sweers, 1978). Une
72
La géométrie 1 l’école primaire : le possible et le souhaitable

question vient presque spontanément à l’esprit : comment classer ces


objets ? Il y a, bien sür, plusieurs possibilités :

selon le contenu ;
selon la taille (qu’est-ce que la taille ?> ;
selon qu’il y a on non des arêtes ;
selon le matériau (papier, métal, plastique) ;
selon la forme.
Après discussion, on peut choisir la dernière possibilité et classer les
objets selon leur forme géométrique : cubes, cylindres, pyramides,
prismes, etc.
D’autres activités sont aussi possibles :

Comment construire une boîte ?


Comment dessiner une boîte (ou un cylindre ou une pyramide) de la
facon la plus réaliste possible ?

Rapport et proportion
On peut présenter les rapports et les proportions, ainsi que les angles,
en utilisant les ombres, comme on l’a vu plus haut. Il y a bien sûr
d’autres possibilités. L’une d’elles est une expérience reposant sur le vol
d’avions en papier (Lange, 1984). Il existe de nombreuses façons de
fabriquer rapidement un avion en papier capable de voler, et cette
activité présente en soi certains aspects géométriques intéressants. Mais
ces avions en papier peuvent aussi servir à diverses expériences. Il faut
qu’ils puissent voler convenablement, c’est-à-dire à peu près en ligne
droite. Une activité intéressante est la comparaison des performances
des différents avions. On peut le faire en notant la distance de vol de
chaque avion en fonction de la hauteur de départ.

La hauteur h sera bien sûr différente pour chaque élève (mais plus ou
moins constante pour un élève donné) tandis que la distance parcourue
sera variable. Comparons deux avions :

73

------- -..^.- .ll-


Jan de Lange Jzn

Avion 1 : h 90 90 90 90

d 450 400 360 500 480

Avion 2 : h 120 b;-,fl 120 120 120

d 600 550 620 550 580


n

En ce qui concerne l’avion l? il semble nécessaire d’effectuer quel-


ques essais supplémentaires pour pouvoir arriver à des conclusions
sur lu distance de vol.
L’avion 2 fonctionne très correctement. On peut dire qu’il parcourt
environ 5 80 cm quand on le lance d’une hauteur de 120 cm.
Après quelques autres essais avec l’avion 1, on peut raisonnablement
affirmer qu’il parcourt environ 480 cm quand on le lance d’une hauteur
de 90 cm.
La question se pose alors : “Quel est l’avion qui vole le mieux ?”
Cela conduit directement à divers aspects des rapports, proportions,
fractions, angles et pourcentages.
Une façon assez simple de résoudre le problème de façon géo-
métrique consiste à faire des dessins à l’échelle, à les découper et à les
superposer pour comparer les “angles de descente” :

/--
-- 90
- -- - 480

Plus l’angle est petit, meilleur est l’avion ! Pourquoi ?


74
La géométrie a l’école primaire : le possible et le souhaitable

Aires
Il n’y a pas que les angles que l’on puisse comparer par des découpages,
on peut aussi comparer les aires de façon analogue :

---

\-----\[ j[

Quel est le plus gros morceau de gâteau ?

L’étape suivante consiste à découper mentalement le papier. A la


fin, on attribue une mesure à l’aire.
Un projet intitulé “jardins” fournit un grand nombre de problèmes
(Dagger, 1982).
Un club dont les membres veulent cultiver toute sorte de légumes a
acheté un terrain. Chacun veut avoir sa petite parcelle personnelle. Le
terrain a la forme suivante :

75
Jan de Lange Jzn

Quelle est l’aire totale du terrain ?


Comment peut-on diviser le terrain en un grand nombre de petites
parcelles ?
Un des problèmes portait sur la parcelle suivante :

Son loyer est de 10 florins par an.


Dessine d’autres parcelles dont le loyer est le même.
Voici quelques réponses. Elles ne sont pas toutes exactes, mais toutes
sont ingénieuses.

Autres problèmes sur les symétries axiales


Les “cartes à miroir” peuvent être très utiles (Walter, 1966 ; Spiegel,
1984).
Voici une carte à miroir.

L’enfant doit placer un miroir sur cette carte (à angle droit) et essayer
de trouver, parmi les images ci-dessous, celles que l’on peut obtenir et
celles qui sont irréalisables de cette facon.

76
La géométrie a l’école primaire : le possible et le souhaitable

A un niveau.l moins élevé, on donne aux enfants des autocollants


rouges et verts en forme de triangle (Gravemeijer, 1983) :

rouge vert

77
Jan de Lange Jzn

Le problème est de déterminer la place où, dans la figure suivante,


s’adapte l’autocollant vert :

On peut poursuivre cette activité avec une histoire de bateaux.


Les bateaux ont des lanternes rouges et vertes. La lanterne verte est sur
le côté droit et la lanterne rouge est sur le côté gauche, en regardant
vers l’avant du bateau.

rouge vert

En regardant les lanternes, on peut donc savoir si le bateau s’approche


ou s’éloigne, comme on le voit ici :
rouge vert vert vert rouge

le bateau s’eloigne le bateau passe en se le bateau approche


dirigeant vers la droite

Des autocollants de couleur représentent les lanternes du bateau :

78
La géométrie à l’école primaire : le possible et le souhaitable

On donne aux élèves un “bateau” dont ils peuvent se servir pour résoudre
les problèmes :

Exemple de problème :

L’image montre les déplacements d’un bateau. Indique les lanternes que
tu verrais du phare et du moulin au cours du voyage du bateau.

79
Jan de Lange Jzn

Voici un autre exemple intéressant :


Répare l’assiette casséeavec le miroir :

Assiette cassée

Essai

Réparation réussie

Cette activité donne lieu à une rétroaction intéressante. Au cours de


l’expérience, l’enfant “sent” qu’il approche de la solution. Ce sentiment
lui permet finalement d’expliquer pourquoi sa solution est la bonne.
Terminons avec un problème bien connu : Pourquoi un miroir
échange-t-il la droite et la gauche et non le haut et le bas ? Que se
passe-t-il si je ne suis pas debout, mais couché devant le miroir ?
80
La géométrie à l’école primaire : le possible et le souhaitable

Remarques finales
“La géométrie à l’école primaire : le possible et le souhaitable”, tel est
le titre de cet article. Ce que j’ai décrit n’est pas un projet de programme
de géométrie pour le primaire. Il s’agit simplement d’un certain nombre
d’activités de nature géométrique, principalement dans le contexte de
la “perception de l’espace”. Il semble très souhaitable, pour le moins,
de développer cet aspect. Cependant, il est évidemment nécessaire que
cette action se poursuive aux niveaux secondaire et supérieur. Les
exemples donnés ici ne sont pas imaginaires. Tous ont été expérimentés
dans des écoles sur une assez grande échelle.
Il [Link] de remarquer le regain d’intérêt pour la géométrie. Comme
on l’a dit précédemment, il est certain qu’on s’intéresse de plus en plus
à la géométrie au niveau de l’enseignement primaire mais, dans certains
pays, il existe aussi un mouvement de “retour à la géométrie” au
niveau du secondaire. Cela va dans le bon sens. Comme l’a dit un
Hollandais au 17ème siècle : “La connaissance de la géométrie est le
premier pas pour devenir un homme sensé”.

Références

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Dans: G. Noel (dir. pub.), [Proceedings of the] Intemationnl Colloquium
on Geometry Teaching, Mons, 1982, p. 71-82. Mons, Université de 1’Etat à
Mons.
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OW & OC [Groupe de recherche sur l’enseignement des mathématiques et
Centre de calcul] , Université d’Utrecht.
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FREUDENTHAL, H. 1973. Muthematics as an Educational Tusk. Dordrecht, Reidel.
GODDIJN, A. 1983. Shadow and Depth. Utrecht, Vakgroep OW & OC [Groupe de
recherche sur l’enseignement des mathématiques et Centre de calcul] , Univer-
sité d’Utrecht.
GRAVEMEIJER, K. 1983. Ruimtelijke oriëntatie in het Programme Rekenen en
Wiskunde [L’orientation spatiale en arithmétique et en mathématique] Dans :
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. 1976~. Some Lessons in Ratio. Educational Studies in Mathematics

81
Jan de Lange Jzn

(Dordrecht/Boston), Vol. 7, Nol 3, 1976, p. 259-317. (Numéro spécial :


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. 1976d. The View Box. Educational Studies in Mathematics (Dordrecht/
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LANGE, J. de. 1984. Mathematik mit Papierflieger [Mathématiques avec des avions
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SCHOEMAKER, G. ; GODDLIN, A. ; LANGE, J. de ; KINDT, M. 1981. Neuer Geo-
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au niveau secondaire]. Dans : Fragen des Geometrieunterrichts [Questions sur
l’enseignement de la géométrie] . Koln, Aulis Verlag Deubner & CO.
SPIEGEL, H. 1984. Entdeckungen mit Spiegelkarten [Découvertes avec les cartes à
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SWEERS,W. 1978. Verpakkingen [Les emballages]. Utrecht, IOWO/Vakgroep OW
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de calcul] , Université d’Utrecht.
WALTER, M. 1966. An Example of Informa1 Geometry : Mirror Cards. The Arithe-
metic Teacher (Reston, Va., National Council of Teachers of Mathematics),
Vol. 13, octobre, p. 448452.

82
Milan Koman, Frantisek Kuiina, Marie Tichà

Quelques problèmes relatifs à


l’enseignement de la géométrie aux
élèves de dix à quatorze ans

Pour Jan VySiun (1908- 1983), pionnier tchécoslovaque de la didactique


des mathématiques, la géométrie avait pour caractéristique d’unifier et
de rendre plus précises toutes les approches objectives de la connaissance
mathématique. Nous sommes convaincus que les praticiens de l’enseigne-
ment des mathématiques ne sauraient négliger cet aspect et que la
géométrie joue donc un rôle important dans les mathématiques scolaires.
En outre, nous pensons que l’enseignement de la géométrie aux élèves
de dix à quatorze ans doit reposer sur des considérations psychologiques,
théoriques et pratiques. Nous en évoquerons quelques-unes dans les
deux premières parties de notre article.

La psychologie de l’enseignement

On peut d’abord s’interroger sur l’origine de la nature objective de la


géométrie. Nous considérons comme essentiel le fait qu’un élève apprenne
les propriétés de l’espace où il vit et qu’il perçoit par ses sens, en parti-
culier le toucher et la vue. La base de l’apprentissage doit donc être
l’expérience tirée d’activités prémathématiques (jeux avec des modèles,
constructions, etc.) ainsi que d’activités mathématiques (dessin, établisse-
ment de plans, tris, etc.). De nombreuses situations importantes con-
duisent naturellement à la modélisation de concepts géométriques et
à leur illustration par des dessins et des diagrammes.
Il est nécessaire que les sujets présentés aux élèves leur plaisent et
les intéressent. Nous considérons comme fondamental que les élèves
accumulent une expérience mathématique par la pratique d’activités
mathématiques. De ce point du vue, on peut distinguer deux phases.
Dans la première, la phase préparatoire, les élèves travaillent sur les
applications et les fonctions en tant qu’opérateurs. Il s’agit des activités
où l’on applique les règles de construction d’applications et de fonctions
données, par exemple, les applications (transformations) sur les points
et les figures. Ensuite, dans une seconde phase, les élèves travaillent sur
83
Milan Koman, FrantGek Kurina et Marie Tichà

les applications et les fonctions en tant qu’isomorphismes. Par exemple,


ils explorent les propriétés (relations) géométriques invariantes par les
applications données et ils les utilisent pour résoudre des problèmes.
Un enfant s’initie en fait très tôt à des activités importantes :
remplissage de l’espace ou division de l’espace en parties. On peut aussi
modéliser ces activités de faqon simple ou les étudier sous la forme de
jeux didactiques géométriques intéressants. Dans ce cas, non seulement
le résultat du jeu, mais aussi son déroulement quand l’activité s’effectue
avec précision suivant les règles fixées, sont très importants.
Nous allons maintenant donner trois exemples de cette approche.

Exemple 1 (enfants de 9 ans)

Représenter la progression d’un serpent sur un papier quadrillé, selon


les règles indiquées :

A = progression !zl
B = progression 141
C = progression IZJ

Figure 1
Un ensemble de jeux de ce type peut servir à introduire une série de
concepts mathématiques : le concept de demi-droite (rayon) pour les
enfants de 9 ans, de vecteur pour les enfants de 10 ans, d’algorithmisa-
tion et de périodicité pour les élèves plus âgés.
Comme exemple de remplissage de l’espace, et, en même temps,
d’opérateur de déplacement, nous présentons un problème qui conduit
au concept de translation et de coordonnées dans l’espace.

Exemple 2 (enfants de 11 ans)


Construire un modèle de maison avec des cubes blancs. On doit le
faire passer au niveau supérieur en utilisant trois translations : “3
longueurs à droite, 4 longueurs vers l’arrière et 1 longueur vers le haut”.
A l’aide de cubes de couleur, montrer quelle sera la nouvelle position du
modèle sur le palier supérieur. Remplir le tableau ci-dessous, qui indique
le déplacement de chaque cube.

84
Quelques problèmes relatifs à l’enseignement de la géométrie aux élthes de dix à quatorze ans

Figure 2

TRANSLATION D’UNE MAISON EN CUBES

Exemple 3 (enfants de 14 ans)


Tracer un polygone et marquer un point à l’intérieur (extérieur) à partir
duquel aucun des côtés du polygone ne peut être vu en entier.
Après quelques essais, beaucoup d’élèves sont convaincus qu’il
n’existe pas de solution. Cependant, certains d’entre eux poursuivent la
recherche avec une attention croissante et leurs expérimentations les
mènent finalement à la solution du problème. La figure 3 montre la
progression d’un élève.

85

- _, _ . .._..-...
I.. .
Milan Koman. Frantiiek Kurina et Marie Tichà

Considérant comme essentiel de maximiser l’activité de l’élève pen-


dant la classe, nous insistons sur l’importance des problèmes et de leur
résolution, non seulement en géométrie, mais aussi dans l’ensemble
des mathématiques enseignées à l’école. Il faut stimuler l’intérêt des
enfants avec des problèmes qui les préparent à des connaissances, des
méthodes et des concepts nouveaux. Une série de problèmes stimulants
convenablement choisis représente par elle-même une forme d’appren-
tissage programmé pour l’acquisition de nouveaux algorithmes de
résolution de problèmes.

Influence de la pratique et de la théorie


On doit souligner que la géométrie a pour origine les stimuli et les
besoins pratiques de la société. Cependant, on ne peut nier que, pour
les élèves d’aujourd’hui, la nécessité de mesurer ou la nécessité de
trouver son chemin dans l’espace ne sont plus des problèmes qui les
attirent. Néanmoins, en particulier dans notre pays où l’enseignement
est unifié pour tous les enfants jusqu’à quatorze ans, nous pensons
qu’il faut mettre l’accent sur les questions de grandeur des figures
géométriques et de problèmes de mesure, car ces notions sont impor-
tantes pour la formation pratique des élèves.
Dans un certain sens, nous considérons ces besoins pratiques comme
plus importants pour les élèves que la construction d’un système de
connaissances dans un ordre logique, en particulier d’un système comme
l’axiomatique euclidienne classique où, en fait, les nombres n’intervien-
nent pas, Un cours de mathématiques influencé par l’axiomatique con-
duit nécessairement à un trop-plein de concepts, ayant trop peu
d’applications. La démonstration de théorèmes intuitivement évidents à
partir d’hypothèses énoncées sous forme d’axiomes avait pour origine
la nécessité d’ordonner en un système les éléments de connaissance.
Nous pensons que ce genre de système ne convient pas aux élèves de
cet âge. Quand les élèves manquent d’expérience, leurs connaissances
ne peuvent être ordonnées en un système, et un système déjà tout
construit leur paraît arbitraire et artificiel. Le contenu et les méthodes
de l’enseignement de la géométrie doivent, bien sûr, répondre à cer-
taines motivations pratiques, que l’axiomatique de la géométrie n’a
prises en considération qu’aux 19ème et 20ème siècles. Nous nous
intéressons spécialement ici au concept de mouvement en général et au
concept de vecteur en particulier.
Dès leur plus jeune âge, les enfants se familiarisent avec le mouve-
ment et avec le fait que le mouvement permet de nombreuses cons-
tructions différentes. Nous pensons donc que le mouvement (le point
de vue cinématique) doit jouer un rôle important dans la géométrie
scolaire. Le mouvement doit être un sujet d’étude aussi bien qu’une
86
Quelques problèmes relatifs à l’enseignement de la géométrie aux élèves de dix a quatorze ans

méthode de résolution pour un certain nombre de différents problèmes.


Nous appelons “géométrie du mouvement” la partie de la géométrie
élaborée de cette façon. La géométrie du mouvement devient très
utile quand on étudie les transformations (géométriques). Cependant,
on a également intérêt à étudier le raisonnement de la “géométrie du
mouvement” appliqué à d’autres situations (par exemple, en résolvant
les problèmes géométriques traditionnels reposant sur des constructions,
ou sur la détermination d’ensembles de points vérifiant certaines
propriétés (lieux géométriques)), ainsi qu’à beaucoup de situations
non traditionnelles.

Exemple 4 (enfants de 12 ans)


(a) Situation concrète : Une passerelle s’approche de l’avion. Trouver,
sur le dessin, l’endroit où la passerelle touchera l’avion.
(b) Tâche mathématique : Tracer un segment de longueur donnée et de
direction donnée dont les extrémités appartiennent à une droite et à un
cercle donnés.

/ 0+
Figure 4
Exemple 5 (enfants de 11 ou 12 ans)
(a) Situation concrète : Un acrobate monté sur un monocycle traverse
un fossé en roulant. Tracer sur un dessin la trajectoire du centre de la
roue.
(b) Tâche mathématique : Tracer un cercle de rayon donné tangent à
deux demi-droites formant un angle donné.

.
2Fig2 0
87
Milan Koman, Frantiiek Kurina et Marie Tichà

Les élèves peuvent formuler eux-mêmes les tâches mathématiques.


Ils apprennent ainsi à convertir les situations concrètes en situations
mathématiques.
Utiliser le mouvement en géométrie implique que l’on se rapproche
de la physique. L’intérêt porté à la mesure et l’introduction en géométrie
du concept physique de “centre de gravité” témoignent aussi de cette
accentuation de l’aspect “physique”.

Exemple 6 (enfants de 13 ans)


Les sommets d’un triangle ABC ont respectivement pour masse 1, 2 et 3.
(a) Construire graphiquement le centre de masse des trois points A, B,
C de trois façons différentes. (Si le tracé est précis on doit toujours
obtenir le même résultat).
(b) Vérifier le résultat par une expérience : en suspendant le modèle par
un fil.

D(5) B(2)
Figure 6
On peut utiliser ce problème pour démontrer “physiquement” le
théorème dit de Céva : les transversales AD, BE, CF d’un triangle ABC
sont concourantes si et seulement si

-AF -BD CE _
BF ’ CD . AE 1

Le point de vue cinématique de la géométrie conduit naturellement


au concept de vecteur et à son application. Dans ce cas, l’approche
arithmétique aussi bien que l’approche géométrique ont un rôle à jouer.
Le point de vue arithmétique a pour base le mouvement dans un réseau
de maille carré et implique l’utilisation intensive des coordonnées.

Exemple 7 (enfants de 11 ans)


Une voiture miniature doit partir du point S, passer par les “zones de
contrôle” A et B et arriver finalement au point G. Au départ, l’élève
choisit comme il veut le premier déplacement, les déplacements suivants
88
Quelques problèmes relatifs 6 l’enseignement de la géométrie aux élèves de dix à quatorze ans

se font en appliquant soit la règle P (pas de changement de direction ni


de vitesse) soit la règle Q (changement de direction et de vitesse). Les
règles P et Q sont définies ainsi :
Règle P : . . . “répéter le déplacement précédent”
Règle Q : . . . “répéter le déplacement précédent puis compléter ce
déplacement en allant sur une case adjacente”.
Par exemple :

Figure 7
Un autre avantage du point de vue cinématique apparaît quand on
veut faire saisir aux enfants l’aspect fonctionnel de la géométrie. En
employant le mouvement et l’étude des chemins (trajectoires) suivis par
les points et les figures en mouvement, on fait clairement apparaître la
notion de variable en géométrie, ainsi que la continuité.
L’utilisation de la géométrie du mouvement comme méthode de
résolution dans diverses tâches valorise le rôle de l’expérimentation et,
par conséquent, accroît la créativité des élèves pendant ces activités.
Du même coup, l’intérêt que présente la modélisation mathématique
systématique de situations concrètes (ou mathématiques) devient
évident, ainsi que le caractère indispensable des applications. On doit
considérer la géométrie sous un angle plus large qu’on ne le faisait
traditionnellement. Beaucoup de situations, aussi bien concrètes
qu’arithmétiques, peuvent être transformées en situations géométriques.
Inversement, on doit étudier les situations géométriques du point de
vue arithmétique et algébrique.

Exemple 8
Sur une route qui part de la ville, il y a trois carrefours A, B et C munis
de feux automatiques. Les intervalles de temps où le feu est au vert sont
représentés pour chaque carrefour par des traits épais sur Ie graphique.
On y a aussi représenté le mouvement de deux véhicules circulant dans
des directions opposées.
89
Milan Koman, Frantigek Kurina et Marie Tichà

(a) Comparer le passage des deux véhicules dans les carrefours. (Pour
les enfants de 1 1 ans.)
(b) Si nous disons que les feux de carrefours successifs forment une
“onde verte”, qu’est-ce-que cela signifie ? Les feux représentés sur le
graphique forment-ils une onde verte ? Si c’est le cas, dessinez-la en
couleur. (Pour les enfants de 12 ans.)
(c) Synchroniser les feux des carrefours A, B et C pour obtenir une
onde verte dans les deux directions (la vitesse des voitures est donnée).
(Pour les enfants de 14 ans.)

2 4 6 8 10 12 14 16

Figure 8

Cette tâche est un exemple d’application non traditionnelle des


problèmes de mouvement et de leur résolution. Pour résoudre la question
(c), on utilise des triangles semblables pour déterminer la longueur
commune des cycles des feux (vert + rouge) à tous les carrefours. Pour
les carrefours A, B et C de notre problème, ces cycles ne doivent durer
que 2 minutes (ou une fraction de 2 minutes).
Nous avons décrit brièvement quelques-uns des avantages de la
conception cinématique de la géométrie. Nous ne prétendons pas
cependant qu’on doive l’utiliser en toutes circonstances. Nous ne con-
sidérons que les utilisations du mouvement répondant à un but et à
une fonction.
Selon nous, une des caractéristiques de la géométrie scolaire issue
des besoins de la pratique sociale doit être l’importance accordée à
l’approche algorithmique des problèmes. Par exemple, on peut avoir
avantage à présenter les constructions géométriques (même dans les
petites classes) sous la forme d’organigrammes. Les élèves de 10 à 14
ans sont capables d’exécuter des programmes linéaires ou même arbo-
rescents et même des programmes contenant des cycles. On peut aussi
90
Quelques problèmes relatifs à l’enseignement de la géométrie aux &ves de dix 1 quatorze ans

utiliser les organigrammes dans d’autres situations. On initie, par


exemple, les élèves aux définitions constructives de diverses applica-
tions (transformations). On ne doit pas restreindre l’activité des élèves
à la seule exécution de programmes tout faits, mais ils doivent aussi
apprendre à écrire eux-même ces programmes.

Exemple 9 (enfants de 11 ans)

5
Tracer un quadrilatère Q

1 Marque;krcFtTacents ]

Complétercesdeux côtéspour
former un parallélogrammeP q

Marquer une autre paire


NON de côtés adjacentsdu
quadrilatère Q 1

OUI
v

Colorier le parallélogrammeP

0 FIN

Nous pensons que le dessin est une méthode qui permet de résoudre
des problèmes qui ne sont pas évidents à première vue. En utilisant des
91
Milan Koman, Frantiiek Kurina et Marie Tichà

dessins ou des diagrammes on peut même résoudre des problèmes qui, à


l’âge considéré, ne peuvent être résolus par d’autres méthodes (par le
calcul, par exemple).

Exemple 10 (enfants de 12 ans)


Quand on construit un escalier, l’architecte le dessine habituellement de
telle sorte que la hauteur v et la longueur II d’une marche vérifient
l’équation

Q + 2~ = 60

(Q et v sont mesurés en centimètres et 60 cm correspond à peu près à la


longueur du pas d’une personne). Dans les manuels d’architecture, on
résoud quelquefois le problème graphiquement (Figure 9).

PENTE DE L’ESCALIER

CONSTRUCTION
DES MARCHES

Figure 9

La déduction en géométrie
Comme nous ne pensons pas qu’un exposé déductif de la géométrie
convienne au niveau du premier cycle du secondaire, on peut même se
demander s’il y a lieu d’utiliser en géométrie cette importante com-
posante de l’enseignement mathématique. A notre avis, la “démonstra-
tion” n’a de place que quand une proposition nécessite une justification
et qu’on ne peut l’obtenir par d’autres moyens (par exemple par l’expéri-
mentation).
L’exemple suivant illuste cette situation.
92
Quelques problèmes relatifs a l’enseignement de la géométrie aux élèves de dix à quatorze ans

Exemple 17 (enfants de 14 ans)


Tracer 8 segments de droite tels que chacun d’eux coupe exactement
trois des autres segments. Résoudre le problème analogue pour sept
segments.
Les élèves résolvent la première partie du problème après quelques
essais. Ils ne peuvent effectuer la seconde tâche, même après de nom-
breux essais. Ils conjecturent donc que, pour sept segments, le problème
n’a pas de solution, et c’est là une bonne occasion d’employer le
raisonnement logique.
La géométrie peut aussi contribuer au développement du raisonne-
ment chez les élèves par les problèmes qui conduisent à la construction
de figures vérifiant des propriétés données.

Exemple 12 (enfants de 14 ans)


Un prisme à quatre côtés a toutes ses faces égales. Est-ce qu’il en résulte
que toutes ses arêtes sont égales ?
Un prisme à quatre côtés a toutes ses arêtes égales. Est-ce qu’il en résulte
que toutes ses faces sont égales ?

Les objectifs de l’enseignement de la géométrie


Examinons maintenant une question assez fondamentale. Quels buts
poursuivons-nous en enseignant la géométrie aux enfants de dix à
quatorze ans ? Nous pensons qu’il existe trois objectifs principaux :
Premièrement, initier les élèves aux principaux concepts et
propriétés de l’espace euclidien et leur apprendre à les utiliser.
Pour atteindre cet objectif, nous organisons les activités des élèves
autour de modèles physiques, graphiques et arithmétiques des objets
géométriques ou nous leur proposons des activités sur les objets géo-
métriques eux-mêmes. Parmi les modèles physiques, nous préférons les
modèles mobiles aux modèles statiques. La manipulation des modèles
mobiles mène à un certain nombre de relations, opérations ou applica-
tions (transformations) mathématiques. On peut citer, en particulier,
les activités suivantes : division de l’espace en parties (par exemple
demi-plans, demi-espaces, angles, etc.) ; remplissage de l’espace (par
exemple, construction de figures géométriques ayant des propriétés
données, détermination de la taille de formes données, etc.) ; modélisa-
tion de certaines relations géométriques dans l’espace (par exemple,
objets présentant des propriétés de parallélisme ou d’orthogonalité) ;
modélisation du mouvement (des figures géométriques) dans l’espace
(par exemple, trajectoire des points et traces des figures se déplaçant
de manière donnée, et application) ; transformations et projections
des figures et des solides ; mesure de l’espace ; expérimentation géo-
93
Milan Koman, FrantiSek Kurina et Marie Tichà

métrique ; raisonnement déductif dans des situations simples (pro-


priétés d’un triangle équilatéral, etc.).
Le deuxième objectif principal, selon nous, est d’apprendre aux
élèves des procédés permettant la résolution de problèmes géométri-
ques simples et l’exécution de tâches pratiques simples de caractère
géométrique. 11 s’agit en particulier des procédés suivants : modèle
graphique de la géométrie euclidienne, procédés graphiques mais non
géométriques de description et d’étude des propriétés des situations
géométriques (organigrammes, arbres des options logiques, graphes
et diagrammes, etc.) ; outils numériques pour la résolution des problèmes
géométriques (formules de calcul de la taille des figures, théorème de
Pythagore, trigonométrie du triangle rectangle) ; modèle “topographique”
de la géométrie euclidienne (relevé d’une droite, d’un rectangle, etc., sur
le terrain).
Le troisième objectif est de rendre les élèves capables d’utiliser
certaines procédures et méthodes mathématiques simples. Les plus
importantes sont, pour nous, les suivantes : établissement de dia-
grammes pour les tâches géométriques et de croquis pour les situations
géométriques ; résolution de problèmes géométriques par le calcul (y
compris l’utilisation simple des coordonnées) ; résolution des problèmes
par une “formule” (il s’agit d’une formule dans le sens le plus large du
terme, c’est-à-dire, par exemple un algorithme connu des élèves, une
construction, une description, etc.) ; la méthode cinématique ; l’expéri-
mentation géométrique ; le raisonnement déductif ; les classifications ;
la conversion de situations concrètes et de tâches arithmétiques en
tâches géométriques.
Le développement systématique de l’imagination géométrique et
de la créativité mathématique par la résolution de problèmes est une
des composantes et un des objectifs essentiels de l’enseignement de la
géométrie. Une nouvelle approche didactique et quelques sujets nou-
veaux constituent les moyens essentiels d’y parvenir.
Pour illustrer ces considérations, nous décrivons ici le contenu du
cours de géométrie qui, d’après nous, convient aux groupes d’âge
considérés.

94
Quelques problèmes relatifs a l’enseignement de la géométrie aux élèves de dix a quatorze ans

AGE

11-12 12-13

Applications Symetrie dans E, (espace euclidien II rm


transforma- bidimensionnel)
ions) et Translation dans E, et E, a
onctions Symetrie dans E, c
Rotation dans E, et E,
Isometries c -r
Homotheties
Fonctions sinus et tangente
Similitude

vecteurs Coordonnees dans E, et E, c


Vecteurs geometriques
Composantes des vecteurs
Utilisation des vecteurs dans les
transformations
Utilisation des coordonnees

Mesure Perimétre et aire d’un polygone c


Surface et volume d’un prisme et c
d’une pyramide
Grandeur d’un angle
Circonference et aire d’un cercle
et de ses parties
Surface et volume d’un cyclindre et
d’un cône
Surface et volume d’une sphere
Taches plus complexes (application
du theorbme de Pythagore, etc.)
Calcul de la mesure de quelques
autres figures

95

-- -.
Milan Koman, FrantiSek Kurina et Marie Tichà

AGE

Propriétes des Inegalite triangulaire


figures dans Triangle et quadrilatere
E2 Position relative des droites et des
cercles
Triangles egaux, triangles sembables
Thborèmes de Pythagore et de Thalès
Trigonometrie du triangle rectangle

Proprietes des Parallelisme, droites non coplanaires


figures dans Orthogonalite
ES Proprietes metriques
Les solides et leurs developpements
Geometrie à la surface d’un solide

Problemes de Construction d’un triangle u


construction Constructions de cercles
Ensembles de points engendres par
le mouvement
Autres ensembles de points
Centre de gravite, centre de masses
Constructions dans E, (par ex.,
distance de points)
Developpements et projections des
solides

Reseaux de Constructions simples dans un reseau c


maille Reseaux appliques aux problemes
cahe combinatoires
Reseaux appliques aux problemes de
divisibilite

Application de Geometrie du miroir plan


la geometrie Graphes de la circulation routiere
enseignee aux L’onde verte des feux de carrefours
situations Vitesse angulaire
pratiques Les vecteurs en physique
Les melanges (utilisation des vecteurs)
Promenades aleatoires dans un reseau de
maille carme
Estimations en geometrie
Courbes et surfaces de la technique
Travaux topographiques sur le terrain

Données’ fournies par la pratique pédagogique


Nous pensons que les études théoriques ne peuvent à elles seules
résoudre les problèmes pédagogiques et qu’il en est de même pour les
1. Le contenu de ce paragraphe repose sur des recherches que nous avons menees dans huit
ecoles Clémentaires accueillant des enfants de sept à quatorze ans. Chaque groupe d’âge
comprend environ 450 eleves.

96
Quelques problèmes relatifs a l’enseignement de la géométrie aux élèves de dix a quatorze ans

programmes scolaires et les manuels. Les nouveaux contenus, ainsi


que les méthodes employées pour les enseigner, doivent être expéri-
mentés pratiquement à l’école. C’est pourquoi nous ajoutons à nos
remarques sur l’enseignement de la géométrie deux échantillons tirés
de la pratique scolaire.
Nous avons constaté que les élèves de 11 ans effectuaient facile-
ment les tâches données sous forme de programmes (voir l’exemple 9).
La plupart apprenaient à écrire eux-mêmes des programmes très simples.
Parmi les méthodes employées pendant les leçons, on peut citer les jeux
et les compétitions (souvent par groupes de deux à quatre élèves). On
donne, par exemple, une figure géométrique au premier groupe. Il doit
écrire le programme suivant lequel cette figure a été tracée. On donne
ce programme au deuxième groupe. Ce groupe trace une nouvelle figure
en exécutant le programme. A la fin, on compare la deuxième figure à
celle qui a été donnée au premier groupe. Il s’est avéré nécessaire de
vérifier les programmes écrits par les élèves en les utilisant pour tracer
une figure, car les élèves ont tendance à écourter leurs programmes et
il en résulte des erreurs.

Exemple (enfants de 11 ans) :


Avec la figure initiale ci-dessous, un élève a écrit le programme suivant :

Figure 10

D C Tracer un carré ABCD, AB = 5 cm

5 cm Tracer un cercle k = (S = B ; r = 5 cm)

A 5cm B Tracer un cercle II = (S = D ; r = 5 cm)

97
Milan Koman, Frantiiek Kurina et Marie Tichà

La figure 11 montre la figure obtenue en appliquant le programme de


l’élève :

Figure 11
On compare la deuxième figure avec la figure initiale, puis une discus-
sion a lieu. Cela permet de corriger les erreurs commises par les élèves.
L’introduction de la “géométrie du mouvement” a très bien réussi
dans notre expérience d’enseignement aux élèves de 11 ans. Les pro-
fesseurs ont constaté que le sujet conçu de cette façon intéresse les
élèves, les stimule et est compris même des élèves les moins doués. Cette
expérience d’enseignement a confirmé notre hypothèse selon laquelle
“l’approche par le mouvement” stimule l’activité des élèves dans le
cadre de la résolution de problèmes, et contribue au développement de
leur aptitude à construire des modèles mathématiques à partir de situa-
tions concrètes. Par exemple, les élèves de 11 ans parviennent à résoudre
des problèmes qui, dans l’enseignement traditionnel de la géométrie, ne
sont habituellement résolus que par des enfants de 15 ans environ.

Exemple 13
Problème : Dans la figure 12, le plancher du grenier a 5 cm de large.
(a) Tracez-le sur la figure (1 cm
représentant 1 m).
(b)Trouvez la hauteur du grenier

plancher
du grenier

Figure 12
7m

98
Quelques problèmes relatifs a l’enseignement de la géométrie aux &ves de dix 1 quatorze ans

Exemples de solutions d’élèves


(1) Une solution expérimentale (2) Une solution utilisant la trans-
lation

I I

Figure 13a Figure 13b

Conclusion

Dans notre exposé, nous n’avons cité que quelques-uns des problèmes
relatifs à l’enseignement de la géométrie aux élèves de 10 à 14 ans. Nos
principales conclusions sur l’enseignement de la géométrie sont les
suivantes :

Il est essentiel de partir de l’expérience des élèves.


Il est nécessaire d’élaborer un système d’activités préparatoires servant
“d’ossature” pour le futur enseignement de géométrie.
La pensée abstraite doit être développée graduellement.

Certains problèmes restent posés :

Quelles doivent être les relations entre l’expérience (prémathématique


et mathématique) et la pensée abstraite aux divers niveaux d’âge ?
Il est évident que les applications doivent faire partie du contenu
enseigné, mais il reste à résoudre le problème de l’élaboration d’un
ensemble de thèmes appropriés.
Quelles doivent être les relations entre les mathématiques et les autres
matières scolaires ?
Quelles doivent être le contenu et la conception de sujets comme les
vecteurs, la trigonométrie, les problèmes de construction, etc. ?
Quel est le rôle et quelle est l’importance de la “distance” dans la
géométrie scolaire ? Et quels liens y a t-il entre la géométrie métrique
et la géométrie affine ?
99

^
L. Yu Chernysheva, V. V. Firsov et S. A. Teljakovskii

L’enseignement de la géométrie en
Union soviétique

Introduction
L’enseignement de la géométrie est probablement le domaine le plus
intéressant et le plus controversé de l’enseignement des mathématiques.
Là se côtoient les progrès frappants et les échecs de taille, les traditions
les plus vétustes et l’expérimentation la plus effrénée. Cet enseignement
a, pendant de nombreuses années, fait l’objet de débats qui ont débouché
sur les prises de position les plus contradictoires. Certains auteurs
jugent parfaitement inutile un enseignement systématique de la géométrie
à l’école. D’autres proclament que la géométrie est la matière mathé-
matique la plus importante du programme scolaire. Certains veulent
qu’à l’école les cours de géométrie et d’algèbre soient amalgamés.
D’autres voudraient les voir séparés par une cloison étanche. Ce qui est
clair, c’est que la vague d’expérimentation à tout va qu’on a pu observer
dans un grand nombre de pays du monde touche aujourd’hui à son
terme. Le moment vient où il va falloir examiner, analyser et comparer
les résultats obtenus, les points du vue et les idées.

Historique

Il est impossible d’analyser le système actuel d’enseignement de la


géométrie en Union soviétique sans se référer aux travaux de Kiselev
(1852-1940), mathématicien et enseignant de tout premier plan dont
les manuels de géométrie ont été utilisés pendant des dizaines et des
dizaines d’années. La première édition du cours de “Géométrie élémen-
taire” de Kiselev a paru en 1893. En 1930, il avait déjà été réédité une
quarantaine de fois. Amélioré à l’occasion de chaque réédition, c’était
encore le manuel de géométrie le plus utilisé dans les écoles dans les
années 60. Les lycéens de la promotion de 1976 sont les derniers à
avoir appris la géométrie dans le manuel de Kiselev. L’oeuvre de Kiselev
a indéniablement exercé une influence décisive sur le système d’enseigne-
ment de la géométrie dans les écoles soviétiques. Tout nouveau cours,
qu’il reprenne la démarche traditionnelle ou qu’il en propose de nouvelles,
101
L. Yu. Chernysheva, V. V. Firsov et S. A. Teljakovskii

est inévitablement comparé au cours classique de Kiselev ( 1980).


Les manuels de géométrie de Kiselev se signalent par le niveau scien-
tifique atteint dans la présentation du matériel - un niveau élévé pour
l’époque - et par l’organisation parfaitement rigoureuse de ce matériel,
qui en assure la bonne compréhension. Cela tient évidemment à la
personnalité de l’auteur. Kiselev possédait les connaissances mathé-
matiques les plus à jour et a toujours été intéressé par les idées nouvelles,
en mathématiques comme en pédagogie. C’était tout à la fois un pro-
fesseur de mathématiques très expérimenté et un travailleur infatigable.
Il était loin de rejeter les tendances nouvelles. Aussi a-t-il, au fil des ans,
utilisé dans ses livres toute la gamme des innovations qui se sont succédé
(axiomatisation totale et axiomatisation partielle, utilisation privilégiée
des transformations géométriques pour la démonstration des théorèmes,
utilisations variées de l’algèbre, etc.). Son cours de géométrie est peu à
peu devenu la norme, la référence constante pour tous les ouvrages qui
allaient suivre. Que les autres auteurs aient ou non été d’accord avec lui,
que ses thèses aient été acceptées ou rejetées, son manuel a toujours
servi de cadre aux débats et aux développements ultérieurs. Les manuels
de Kiselev ont été utilisés si longtemps dans les écoles que de nombreuses
générations d’enseignants y ont appris la géométrie avant de l’enseigner
à leur tour à leurs propres élèves. Cela a permis d’accumuler une
expérience pédagogique considérable. Signalons deux atouts supplé-
mentaires : l’efficacité des méthodes d’enseignement ; l’existence d’une
riche et judicieuse collection de problèmes où Rybkin allait puiser plus
tard pour compiler son célèbre recueil de problèmes (1973). Il fallait
vraiment d’excellentes raisons pour s’écarter d’une telle tradition.
Le cours de géométrie exposé dans les manuels de Kiselev était une
présentation systématique de la géométrie euclidienne traditionnelle.
Il commençait par décrire les objets géométriques les plus simples puis
définissait leurs propriétés avec plus ou moins de clarté. Pour établir
l’égalité de triangles, il recourait à une opération de superposition dont
la compréhension était intuitive. Cela servait de base aux développe-
ments ultérieurs. L’égalité des triangles était au début du cours le
principal outil de démonstration des théorèmes.
L’auteur introduisait ensuite les triangles, les parallèles, les quadri-
latères, les théorèmes relatifs au cercle, la similitude, les éléments de
trigonométrie, les polygones réguliers et le calcul de la circonférence
du cercle. Le cours de géométrie plane s’achevait sur la mesure des
aires.
Le cours de géométrie des solides était d’une plus grande rigueur
logique. L’auteur exposait les axiomes du plan, puis établissait en
détail les conséquences logiques de ces axiomes. Le cours de géométrie
des solides commençait par l’étude des droites et des plans dans l’espace.
Il abordait ensuite les polyèdres et les sphères. Les formules permettant

102
L’enseignement de la geométrie en Union sovihique

de calculer les volumes et les aires étaient établies par déduction de


façon aussi élémentaire que possible.
La présentation du contenu se caractérisait par sa clarté et son
organisation géométrique, les notions étant introduites suivant une
succession rigoureuse et de façon systématique. La variété et la pertinence
des problèmes posés dans le cours aidaient les élèves à apprendre la
théorie moins par l’étude des théorèmes que par la résolution de
problèmes associés à ceux-ci. L’emploi du temps prévoyait le nombre
d’heures nécessaires à cette tâche. Une telle démarche favorisait le
développement de la créativité, de l’intuition géométrique et de
l’imagination. Le caractère systématique de la présentation du contenu
et le grand nombre de problèmes proposés aux élèves développaient leur
aptitude à la pensée logique.
Les manuels de Kiselev n’étaient évidemment pas parfaits. Leurs
défauts devinrent plus évidents au fur et à mesure que le nombre d’élèves
allant jusqu’au bout de leurs études secondaires augmentait. Le problème
dit “de la classe de sixième année” est apparemment celui qui a fait
couler le plus d’encre. Les écoliers abordaient l’étude de la géométrie en
sixième année d’études et l’expérience montrait que la plupart d’entre
eux avaient de la difficulté à assimiler le début du cours. La solution
consistait, pensait-on, à élaborer un cours d’initiation à la géométrie à
l’intention des élèves des classes précédentes. On a également reproché
aux manuels de Kiselev l’insuffisance de rapports avec les manuels
d’algèbre des classes correspondantes et l’abus de méthodes élémentaires
dans l’établissement des formules des volumes et des aires (à l’époque,
les lycéens n’avaient aucune notion de calcul intégral). On a également
fait valoir que la présentation quelque peu archaïque du contenu se
traduisait par une grande abondance de théorèmes sans importance,
cependant que beaucoup de notions importantes de la géométrie
moderne, telles que les vecteurs, les coordonnées et les transformations,
étaient soit laissées de côté, soit étudiées de façon insuffisamment appro-
fondie. Des efforts furent faits par les rédacteurs scientifiques pour
améliorer les manuels, mais sans succès.
Au milieu du siècle, l’accélération des progrès de la science et de la
technologie, le rôle joué par la science en tant que force productive
directe de la société, marquent le début de la révolution scientifique
et technique. La politique de l’Union soviétique vise alors à améliorer
sensiblement la qualité de l’enseignement universel, de manière qu’il
réponde aux besoins de la société moderne. Cette tendance amène
simultanément à rendre l’enseignement secondaire obligatoire et à
améliorer le contenu scientifique de tous les programmes scolaires. Les
années 60 ont vu s’amorcer le processus de réforme scolaire, avec
l’introduction de nouveaux contenus d’enseignement adaptés aux
impératifs d’une société socialiste avancée.
L’enseignement des mathématiques subit alors une réforme en
103

.--..I.i_
L. Yu. Chernysheva, V. V. Firsov et S. A. Teljakovskii

profondeur. Le programme est actualisé. On en élimine tout ce qui est


dépassé et l’on met en place un cours nouveau, parfaitement conforme
aux besoins contemporains. Mais choisir et améliorer les contenus de
l’enseignement des mathématiques est une entreprise de longue haleine,
et l’on ne peut dire encore qu’elle ait été pleinement menée à bien.
Quant au cours de géométrie, il était nécessaire d’en améliorer
sensiblement la composante scientifique et d’en actualiser le contenu,
tout en préservant les aspects positifs du système traditionnel. Il fallait
étoffer le contenu du cours d’initiation enseigné dans les petites classes
pour faciliter la compréhension de l’enseignement dispensé au stade
ultérieur.
Deux grandes tendances ont présidé à l’élaboration du nouveau
cours de géométrie. La première est liée aux travaux de Kolmogorov,
mathématicien soviétique éminent et membre de l’Académie des
sciences, qui était responsable de la réforme. Le groupe d’auteurs qui
travaillait sous la direction de Kolmogorov (1981) a fourni un travail
impressionnant et s’est efforcé d’élaborer un cours de géométrie entière-
ment nouveau, fondé sur les transformations. La deuxième tendance
correspond aux travaux de Pogorelov, un des grands géomètres soviéti-
ques, lui aussi membre de l’Académie des sciences. Pogorelov a pris
pour point de départ de son manuel ( 1984) le cours classique de Kiselev.
Il s’est délibérément conformé à la méthode de Kiselev mais en
s’attachant à élaborer un système plus rigoureux et plus complet.
Le cours de Kolmogorov devait son niveau scientifique à la forma-
lisation axiomatique, à l’analyse approfondie des notions non définies
et des notions définies dès le début de l’enseignement de la géométrie,
ainsi qu’à l’utilisation des transformations géométriques comme instru-
ment principal de démonstration des théorèmes, surtout au début du
cours, bien entendu. A mesure qu’étaient introduits les théorèmes
classiques de géométrie métrique, la présentation du matériel devenait
de plus en plus traditionnelle. Ajoutons que, dans le cours associé de
géométrie des solides, les formules de mesure étaient établies déductive-
ment par l’analyse mathématique.
Quand ce cours a été introduit dans les établissements scolaires,
l’enthousiasme initial des mathématiciens et des enseignants (enchantés
de la structure du cours, d’un grand intérêt mathématique, et inspirés
par les idées neuves et élégantes qu’il contenait) a fait place au
scepticisme. Au début, ce désenchantement a été interprété comme
une simple réaction à l’égard de la nouvelle démarche utilisée et l’on a
supposé que les difficultés auxquelles se heurtaient les enseignants
disparaîtraient lorsque ceux-ci seraient plus familarisés avec le matériel
nouveau et plus experts dans son utilisation. Or, les perfectionnements
apportés au manuel durant une longue période et son utilisation dans
les écoles pendant plus de dix ans, n’ont pas entraîné d’amélioration de
la qualité de l’enseignement, contrairement à toute attente.

104
L’enseignement de la g6omktrie en Union sovietique

Il semble que ce ne soit nullement un hasard si les choses ont pris


cette tournure. Il semble que ce soit l’aboutissement inévitable d’une
réforme consistant à introduire à l’école un cours systématique de
géométrie fondé sur les transformations. Il est possible d’utiliser les
transformations géométriques dès qu’on commence à enseigner la
géométrie, mais à condition que des cours informels et fragmentaires
aient familiarisé les élèves avec le langage géométrique et développé
leur intuition géométrique et leur ait permis d’apprendre quelques
théorèmes et quelques formules géométriques. Mais, s’il est par trop
systématique, un cours fondé sur cette approche exige un niveau élevé
de généralisation théorique qui dépasse la maturité et la capacité de
compréhension d’écoliers.
Les méthodes traditionnelles de démonstration qui consistaient à
construire des séries de triangles égaux ont souvent été jugées arbitraires.
Comment un élève peut-il savoir quels sont les triangles dont il doit
ensuite démontrer l’égalité ? Ces démonstrations supposent chez
l’élève des repères qui lui font défaut. L’algèbre des transformations,
elle, permet aux géomètres de calculer simplement les étapes nécessaires
à la résolution d’un problème donné. Mais l’élève, qui ne possède pas les
mêmes repères que le mathématicien, n’a d’autres ressources pour
résoudre les problèmes que de procéder par tâtonnements, guidé par
l’intuition, l’analogie et d’autres notions tout aussi vagues. Cette
démarche est de nature à développer à la longue les capacités créatrices de
son esprit mais ne lui dit pas “comment résoudre” chaque problème
particulier.
Il est vrai que, dans son excellent ouvrage, Polya (1971) a depuis
longtemps répondu à cette question et montré le rôle de l’heuristique
dans la recherche de solutions. Qu’elle soit connue (par exemple :
étant donné un cercle et une tangente, tracer le rayon qui joindra le
centre du cercle au point de contact) ou tout à fait inconnue,
l’heuristique forme le noyau invisible de toute une série classique de
problèmes du cours de géométrie traditionnel. De façon empirique,
pendant des dizaines et dizaines d’années, des générations de professeurs
ont choisi les problèmes et les ont classés dans un ordre commode,
créant ainsi les méthodes efficaces quoique invisibles de l’enseignement
de la géométrie. C’est pour cela que l’enseignement traditionnel de la
géométrie a donné de si bons résultats. Cependant, l’ensemble des
vieux problèmes s’est révélé dépassé à partir du moment où l’on
employait de nouvelles méthodes de démonstration des théorèmes : il
fallait alors aussi de nouveaux problèmes, de nouveaux systèmes de
problèmes et une nouvelle heuristique. L’élaboration d’une nouvelle
collection de problèmes entreprise par les auteurs du cours s’est révélée
une toute autre affaire. Il a fallu des années de travail et la longue
expérience apportée par le perfectionnement des cours pour arriver à
mettre au point un nouvel ensemble de problèmes du niveau requis.
105
L. Yu. Chernysheva, V. V. Firsov et S. A. Teljakovskii

Il semble que ce ne soit pas seulement une question d’expérience et


de temps. Elaborer un recueil de problèmes adéquats qui permette de
dispenser un enseignement systématique et de qualité de la géométrie
par les transformations est une tâche impossible. En effet, la quête
heuristique de la démonstration n’est possible que si chaque étape de
la démonstration est facile. L’effort de l’élève qui cherche la prochaine
étape de sa démonstration ne sera imaginatif et réussi que si l’élève
aperçoit sans peine cette étape. C’était la même chose avec le cours
traditionnel où, à chaque stade de la démonstration, il fallait générale-
ment considérer le triangle suivant, et où la figure à construire, le cas
échéant, s’obtenait souvent en joignant simplement deux points par un
segment de droite. Pareille démarche n’est pas trop difficile à prévoir ni
à exécuter. En outre, il est toujours possible de revenir en arrière et de
reprendre à zéro la recherche de la solution. C’est là aussi un trait
important du cours traditionnel. Mais s’il faut, par exemple, opérer
une transformation symétrique d’un triangle par rapport à un de ses
points, il est très difficile, voire impossible à l’élève de se représenter
mentalement le résultat de la transformation. La recherche de la
démonstration devient dès lors difficile.
Il fallait dont s’attendre à ce que le début d’un cours systématique
de ce genre, où l’on a recours pour la première fois à une transformation
pour démontrer un théorème (et surtout pour résoudre un problème)
soit un moment vraiment difficile pour des écoliers âgés de 12 à 13 ans.
C’est ce que l’expérience a confirmé. Aussi, par souci d’efficacité péda-
gogique, la géométrie scolaire a-t-elle remis à l’honneur le langage des
triangles égaux et les problèmes éprouvés de longue date.
La pratique a également rejeté une autre innovation de méthode :
la définition approfondie et rigoureuse des notions géométriques dès
le début du cours systématique. Si l’on considère l’aspect visuel de la
géométrie, l’analyse des définitions semble peu importante. Les élèves
mémorisent facilement une figure et ses propriétés, alors qu’ils ont du
mal à mémoriser la description verbale précise d’un objet quand elle
fait référence à des règles qui ne sont pas encore bien claires dans leur
esprit. L’analyse des définitions est relativement inefficace à ce stade
du développement de l’élève. Il faut d’abord leur enseigner I’enchaîne-
ment logique des énoncés, autrement dit le principe même de la démons-
tration. En général “définir” est, on le sait, beaucoup plus difficile que
“démontrer”. Il suffit de se rappeler l’exemple classique de la table : on
peut parler d’une table parce qu’on en connaît les propriétés ; mais si
l’on cherche à définir ce qu’est “une table” on se heurte vite à des
difficultés.

106
L’enseignement de la ghombtrie en Union sovietique

Les buts de l’enseignement de la géométrie


L’analyse qui précède porte sur l’enseignement d’une géométrie
structurée de façon systématique et les auteurs partent du principe que
le cours est un cours construit de façon systématique. Cependant,
l’expérience montre que cela ne va pas de soi dans tous les pays. Or il
s’agit, pour les auteurs, d’un élément capital qui intéresse directement
le but et l’orientation de l’enseignement de la géométrie dans le
secondaire.
La géométrie, en tant que science, comporte de nombreux aspects
qui sont directement liés au programme scolaire. Les buts de son étude
en découlent. Le langage de la géométrie et l’intuition géométrique
jouent un rôle décisif dans la compréhension de nombreuses notions
qui ne sont pas nécessairement des notions géométriques mais qui sont
liées aux mathématiques et aux autres sciences. La géométrie joue un
rôle important dans les sciences appliquées, la technologie et la pro-
duction. Notre existence même est impossible si nous n’avons pas le
sens de l’espace et si nous ne possédons pas un minimum de notions
géométriques. Enfin, la théorie géométrique a toute chance de se
révéler l’outil le plus utile au développement de la pensée logique de
l’enfant. Tous ces éléments sont importants, pris isolément et dans leur
ensemble ; chacun d’entre eux détermine certains des buts assignés à
l’enseignement de la géométrie à l’école.
A propos de la géométrie et des finalités auxquelles répond son
enseignement, Alexandrov (1980), géomètre soviétique éminent et
membre de l’Académie des sciences, écrit : “La géométrie est par essence
la combinaison d’une vive imagination et d’une logique rigoureuse qui
s’organisent et se guident mutuellement . . . L’enseignement de la
géométrie a par conséquent pour fonction de développer chez l’enfant
trois qualités : l’imagination spatiale, la compréhension concrète et la
pensée logique”.
Les deux premiers éléments de cette triade sont fondamentaux. Le
troisième prend de nos jours de plus en plus d’importance. A une
époque où la science, du fait de la révolution scientifique et technique,
est devenue une force productive directe de la société, il est important
que les élèves puissent se familiariser avec un exemple de la manière
dont est construite une théorie scientifique et avec la méthode scienti-
fique ; sinon, leur formation générale serait incomplète.
A cet égard, la géométrie constitue un système scientifique sans
égal dans l’histoire du monde civilisé puisqu’à partir de bases claires
et simples, et grâce à la méthode du raisonnement (comportant un
nombre d’étapes déterminé), elle conduit progressivement à une série
de conséquences non triviales qui possèdent un vaste champ d’applica-
tion. L’enseignement de la géométrie aide donc les lycéens à acquérir
une vision scientifique du monde. La géométrie initie les élèves à la
107
L. Yu. Chernysheva, V. V. Firsov et S. A. Teljakovskii

méthode scientifique. Elle développe certaines idées sur ce qu’est


idéalement la structure d’une science. L’enseignement de la géométrie
à l’école en vient de la sorte à jouer un rôle fondamental dans le déve-
loppement de la pensée théorique et scientifique de l’élève. Par con-
séquent, dès l’instant où il est admis que favoriser le développement
plein et harmonieux de l’élève c’est le préparer à vivre et à travailler
dans les conditions qui sont celles de la production moderne, on est
inévitablement amené à conclure que la géométrie doit être étudiée à
l’école non seulement en tant que contenu utile, mais aussi et surtout
en tant que système scientifique. Cette conclusion détermine les aspects
les plus importants du système selon lequel la géométrie est enseignée.
Ces éléments qui se trouvaient déjà en germe dans le cours de Kiselev,
sont concrétisés aujourd’hui dans les écoles soviétiques par un enseigne-
ment dont le niveau scientifique est adapté à notre époque.
Le premier de ces éléments est l’existence d’un cours de géométrie
de caractère systématique. Ce cours doit naturellement être solidement
fondé sur des notions géométriques claires acquises au stade de l’initation
à la géométrie. Cependant, une fois que les élèves ont développé leurs
facultés logiques et acquis suffisamment de notions géométriques, ils
doivent passer à l’étude systématique de la géométrie.
Autrement dit, il est plus commode d’apprendre la géométrie comme
matière à part que dans le cadre d’un cours unique comprenant aussi
d’autres matières mathématiques. Ceux qui pensent que les élèves
devraient étudier l’algèbre et la géométrie de façon intégrée dans le
cadre d’un seul cours invoquent souvent l’unité de la science mathé-
matique et la nécessité d’établir des liens entre différents domaines des
mathématiques. Les auteurs sont pour leur part convaincus que l’unité
de la mathématique réside essentiellement dans la méthode dont
les élèves n’acquièrent qu’une idée rudimentaire. La présentation
systématique et progressive du matériel géométrique est certainement
beaucoup plus apte à aider les élèves à appréhender la méthode logique
qu’une activation artificielle des liaisons entre disciplines. En d’autres
termes, si le but est de mieux comprendre l’essence des mathématiques,
les liens logiques internes du matériel géométrique lui-même jouent un
rôle incomparablement plus important que des liens fragmentaires avec
l’algèbre. Cela, bien entendu, ne signifie pas qu’il faille s’abstenir
d’évoquer ces liens avec l’algèbre. Bien au contraire. Il peut être fort
utile de s’y référer, à condition de respecter les priorités.
L’importance que nous attachons à la formation d’une vision
scientifique nous amène à conclure qu’un cours systématique de
géométrie doit se fonder sur une axiomatique. Qui plus est, la construc-
tion axiomatique doit être complète et rigoureuse, tout au moins pour
l’essentiel. S’il y a trop de lacunes et trop de principes qui ne sont ni
définis ni démontrés, il n’y a plus de démonstration, et l’élève ne peut
ni comprendre la démonstration ni saisir en quoi elle est nécessaire. En

108
L’enseignement de la geometrie en Union sovihique

effet, si l’on peut s’abstenir de démontrer un nombre croissant de faits,


à quoi bon en démontrer aucun ? Une présentation lacunaire n’est
acceptable que si le but de l’enseignement est de permettre à l’élève de
maîtriser des faits isolés. Si son but est au contraire de permettre la
compréhension du système dans son ensemble, il n’est pas possible de
tolérer dans les démonstrations des lacunes détruisant les liens qui
unissent les différents éléments du système.
Une présentation systématique de la géométrie impose un ordre
naturel : il est logique d’étudier la géométrie plane avant d’aborder la
géométrie des solides. Il est bien entendu séduisant de fondre ces deux
géométries en une seule et cette démarche présente même beaucoup
d’avantages dans un cours d’initiation. Mais dans le cours systématique,
la fusion de la géométrie dans le plan et de la géométrie dans l’espace
n’est possible que lorsqu’elle n’est pas en contradiction avec l’enchaîne-
ment logique.

La situation actuelle

A l’heure actuelle, en Union soviétique, la géométrie s’enseigne à tous


les niveaux de l’enseignement secondaire général. Dans l’enseignement
primaire (de la première à la troisième année de scolarité), les élèves se
familiarisent avec les figures géométriques les plus simples : le point, le
segment, le triangle, le rectangle, le cercle, etc. Ils apprennent à
identifier ces éléments dans les objets réels, les modèles et les dessins.
Ils apprennent aussi à dessiner les plus simples d’entre eux. Le cours
d’initiation à la géométrie de 4ème et Sème années, propose aux élèVeS
des problèmes plus difficiles. Ils apprennent à identifier et à décrire des
figures plus complexes et à se familariser avec leurs propriétés essentielles.
Ils acquièrent ainsi les bases qui leur seront nécessaires lorsque le cours
systématique introduira les axiomes. Ils acquièrent également une
connaissance élémentaire du dessin et de la mesure de quantités géo-
métriques telles que longueurs, aires et volumes simples.
Le cours systématique de géométrie commence en 6ème année et
se poursuit jusqu’à la 1Oème. Il y a deux leçons de géométrie par
semaine, de 45 minutes chacune. Le cours systématique occupe au total
environ 350 leçons.
Dans le cadre de l’étude systématique de la géométrie plane (6ème,
7ème et 8ème années), les élèves acquièrent une connaissance, cons-
truite de façon logique, des principales figures de la géométrie plane
et de leurs principales propriétés ; ils se familarisent avec l’égalité et la
similitude des figures avec les types fondamentaux de transformations
géométriques et leurs applications à la géométrie ; ils apprennent à
construire des figures géométriques, ce qui est nécessaire pour le travail
graphique, ainsi qu’à mesurer et à calculer des longueurs, des angles et

109
L. Yu. Chernysheva, V. V. Firsov et S. A. Teljakovskii

des aires, ce qu’ils ont besoin de savoir pour pouvoir résoudre divers
problèmes tant géométriques que concrets ; enfin, ils apprennent à
utiliser les outils analytiques (transformations algébriques et équations ;
éléments de trigonométrie ; géométrie analytique ; algèbre vectorielle)
pour résoudre des problèmes de géométrie.
En 9ème et 10ème années, les élèves acquièrent une connaissance
systématique des principaux solides et de leurs propriétés. Ils apprennent
à se servir des théorèmes pour représenter dans le plan des figures à trois
dimensions et pour calculer les angles et les longueurs, les aires et les
volumes. Ils apprennent également à utiliser les méthodes analytiques
pour résoudre des problèmes de géométrie dans l’espace (Programme de
mathématiques pour l’école de huit ans et pour l’école secondaire,
1984).
Depuis 1982-1983, le manuel mis au point par Pogorelov (1984)
a été adopté dans les écoles soviétiques ou il est plus utilisé au niveau
national pour l’enseignement de la géométrie. Ce manuel et le cours
correspondant sont probablement uniques en leur genre. Le manuel
est intéressant à la fois sur le plan mathématique et sur le plan
pédagogique.
Sur le plan mathématique, le cours de Pogorelov se fonde sur un
système d’axiomes original et complet. Il est intéressant de noter que
le systèmes d’axiomes de Pogorelov est assezvoisin de l’axiomatique bien
connue de Birkhoff, bien qu’il ait été élaboré indépendamment de
celle-ci. Pogorelov a construit son système axiomatique pour asseoir sur
une base solide la présentation traditionnelle de la géométrie faite par
Kiselev. La présentation ultérieure du contenu de base du cours (égalité
des triangles, parallélisme, figures, propriétés, etc.) est tout à fait
remarquable pour un manuel scolaire et frappe par sa rigueur logique et
par le caractère complet des démonstrations. Pour les questions qui ne
font pas partie du contenu de base, et pour l’étude des applications, la
rigueur est naturellement moindre. Au début du cours, les indications
d’égalité des triangles sont l’outil le plus utilisé dans les démonstrations.
Ultérieurement, les coordonnées et les transformations sont introduites.
L’auteur a réussi à trouver certaines solutions mathématiques intéres-
santes qui simplifient considérablement le cours traditionnel et surtout
permettent de l’abréger.
Sur le plan pédagogique, le manuel est conçu de façon à aider
l’élève à travailler seul sur le matériel étudié en classe. Cela a permis à
l’auteur d’alléger considérablement le manuel qui aujourd’hui compte
moins de 300 pages. Le manuel est complété par un nombre suffisant
de problèmes et par un système original de questions. Les élèves étudient
le matériel traité dans le manuel et répondent ensuite aux questions
dans l’ordre où elles sont posées.
Certains aspects strictement mathématiques semblent jouer un rôle
pédagogique important. Les démonstrations complètes et d’une précision

110
L’enseignementde la geometrieen Union sovietique

rigoureuse qui figurent au début du cours, fournissent des exemples de


raisonnement logique. Une fois que les élèves ont assimilé ces exemples,
ils n’ont plus besoin de démonstrations aussi complètes et peuvent
travailler sur un matériel présenté de façon plus condensée. Le fait
qu’au début du cours les démonstrations soient très complètes (qu’il
s’agisse du contenu théorique ou de la résolution de problèmes) se
révèle un puissant facteur psychologique de motivation des élèves qui
les amène à comprendre la nécessité de la démonstration dans la suite
du cours.
Cependant que les enseignants et les élèves se familiarisent avec le
nouveau manuel, d’autres auteurs élaborent de leur côté des manuels
répondant aux mêmes finalités, qui font appel aux mêmes principes
d’organisation systématique et séquentielle pour présenter, de façon
intelligible, un matériel scientifique, en même temps qu’ils établissent
une relation entre l’éducation et la vie. Ces manuels seront adoptés si
les recherches théoriques et expérimentales montrent qu’ils présentent
des avantages appréciables par rapport au manuel de Pogorelov ou, en
tout cas, sont aussi bons que celui-ci s’est avéré l’être au bout de cinq
ans d’essai.

Références
ALEXANDRA~, A. D. 1980. ‘0 geometrii’ [De la géométrie]. Matematiku v shkole
[Les mathématiques à l’école] , No. 3.
KISELEV, A.P. 1980. Elemenfamayageometriya [Géométrie élémentaire]. Moscou,
Prosveshchenie.
KOLMOGOROV, A. N. et al. 1981. Geometriya, uchebnoe posobie dlya 6-8
klassou srednei shkoly [Géométrie : Manuel pour les élèves de l’école secondaire
de 6e, 7e et 8e années]. Moscou, Prosveshchenie.
POGORELOV, A. V. 1984. Geometriya, uchebnoe posobie dlya 6-10 klassov srednei
shkoly [Géométrie : Manuel pour les élèves de l’école secondaire de la 6e à la
1Oeannée] . Moscou, Prosveshchenie.
POLYA, Gyorgy. 1957. Comment poser et résoudre un problème (mathématiques,
physique, jeux, philosophie). Paris, Dunod. Traduit par C. Mesnage.
Programmy vos5niletneiisredneishkoly (1984-85 uchebnyigod) Mathematihx
[Programmes de mathématiques l’école secondaire (huit années) (année scolaire
1984-1985)]. Moscou, Prosveshchenie.
RYBKIN, N. A. 1973. Sbomik zadach po geometrii : planimettiya [Recueil de
problèmes de géométrie : planimétrie]. Moscou, Prosveshchenie.

111
G. Glaeser

La crise de l’éducation géométrique

Crise de société
La troisième révolution industrielle qui secoue actuellement l’humanité
se caractérise par l’accélération des changements de techniques. Vers
1960, une innovation de fabrication, aux Etats-Unis d’Amérique,
pouvait être périmée au bout de cinq ans ; ceux qui venaient de s’adapter
à de nouvelles méthodes disposaient de quelques années de répit avant
de se préparer à l’innovation suivante. Désormais le changement est
continu. Nous sommes entrés dans l’ère de la formation permanente.
Les programmes scolaires ont actuellement une durée de vie moyenne
de cinq ans. Dès que de nouveaux manuels sont hâtivement écrits, il
est indispensable que les enseignants s’y adaptent. Après trois ans
d’efforts, ils croient que l’heure du repos est venue. Hélas ! De nouveaux
bouleversements sont en cours. Et en avant pour de nouveaux stages et
des recyclages indispensables ! De même, la formation professionnelle
ne porte que sur des connaissances provisoirement utiles.
Nous assistons à la faillite de l’instruction traditionnelle basée sur
l’acquisition d’un stock de connaissances partielles répertoriées dans
des programmes scolaires. Désormais chacun doit s’entraîner à s’informer
et à se documenter, à apprendre individuellement certains savoir-faire,
tout en sachant qu’ils ne lui serviront pas longtemps ! L’éducation
(acquisition des habitudes) prend le pas sur l’enseignement (transmission
de connaissances).
Un autre aspect de la crise actuelle a été décrit, dès 1970, par l’il-
lustre physicien P. L. Kapitza (1894- 1984) qui posait clairement les
problèmes pédagogiques de notre époque. Voici quelques extraits de sa
conférence : “L’éducation du sens créateur de la jeunesse” :

Au siécle dernier, 80 à 90 % de la population vivait généralementà la campagneet


produisait des aliments en quantité juste suffisante pour se nourrir elle-mêmeet
nourrir la population urbaine du pays ; actuellement au contraire, dans de nom-
breux pays, 10 % au plus de la population est rurale et elle satisfait abondamment
les besoinsen aliments du pays. On peut constater sur un exemplele niveau excep-
tionnellement élevé que le rendementdu travail a atteint à présent dansl’industrie :

113

-__- --
G. Glaeser

si on divise le nombre d’automobiles produites par une entreprise importante


de nos jours par le nombre d’ouvriers qui y travaillent, on trouve que chaque
ouvrier produit plus d’une automobile par mois.
Les économistes considèrent que, grâce au rendement actuel du travail, il
suffit d’à peu près un tiers ou un quart de l’ensemble des travailleurs d’un pays
industriellement développé pour ravitailler en abondance la population avec tout
ce qui est nécessaire pour vivre : nourriture, vêtements, logements, moyens de
transport, etc. Si à présent on trouve dans l’industrie beaucoup plus de travailleurs,
c’est dû principalement à l’industrie de guerre, à l’aide économique aux pays
moins développés, à la recherche scientifique, aux services publics, au tourisme, à
la radio, à la télévision, au cinéma, aux sports, à la presse, etc. (Kapitza, 1977.)

Kapitza en déduisait que “la croissance actuelle des richesses sociales


entraîne une croissanceextraordinaire durevenu par habitant”. “L’aisance
de la population croît constamment” écrit-il (ibid. ).

Les nouveaux objectifs de l’école


En fait, chaque solution que l’on peut tenter d’apporter à notre crise
comporte un aspect culturel. La modernisation de l’équipement tournera
au fiasco si elle ne s’accompagne pas d’un développement intellectuel
des producteurs.
Ce progrès ne s’accomplira que par un encouragement systématique
au travail individuel extrascolaire : moins de leçons magistrales à
apprendre par coeur, davantage de documentation collectée librement.
Dans chaque classe - et plus particulièrement là où se trouvent des
élèves en échec qui ne trouvent pas à domicile l’environnement culturel
souhaitable - des ouvages de référence, et d’abord des dictionnaires ou
encyclopédies, doivent être mis à la disposition des élèves. Et peu à
peu, chaque école devra avoir un accès informatique à des banques de
données.
Une éducation permanente familiarisera chacun avec l’emploi de ces
instruments. Un plan d’urgence portera sur le sauvetage intellectuel de
ceux qui à douze ans ne comprennent pas ce qu’ils lisent (parce qu’ils
ne lisent pas assez). Ils doivent accéder au minimum vital intellectuel
avant de quitter la scolarité obligatoire.
Dans ces conditions, la mathématique - science où il y a peu à
apprendre et beaucoup à comprendre - est un domaine culturel de
première nécessité. Elle doit devenir progressivement un instrument
d’éducation, et perdre son caractère de catalogue d’objets d’enseigne-
ment.
La liste des connaissances mathématiques que la société a intérêt à
imposer à tous change d’année en année et se réduit à peu de chose. La
mathématique est localement inutile et globalement indispensable. En

114
La crise de l’éducation géomhique

revanche, il y a des méthodes - des outils de pensée - qui sont de plus


en plus utiles.
Nos enfants ne doivent pas se sentir troublés comme l’étaient nos
pères à la seule vue d’une formule mathématique. Chacun doit prendre
conscience de l’économie de pensée et de la précision que représente
une expression algébrique bien utilisée. En revanche l’abus de mémorisa-
tion de nombreuses formules est nocif, surtout si l’on ne sait pas s’en
servir, ou s’il est possible de les trouver dans un ouvrage de référence
accessible.
Il est important de développer la maîtrise des dessins et des schémas
pour résoudre beaucoup de difficultés quotidiennes : faire des plans,
savoir les lire et les interpréter. Et puis, chacun doit être capable de
tranférer des connaissances d’une discipline à l’autre. Au lieu de com-
partimenter l’enseignement en matières cloisonnées, on encouragera
des réinvestissements de connaissance (par exemple de géographie en
mathématique et vice versa).
Insistons sur la priorité à donner à l’expression orale et écrite.
Beaucoup d’échecs en mathématiques s’expliquent par l’incapacité à 4
lire et à comprendre l’énoncé d’un problème. Pour éviter tout malen-
tendu, précisons que l’apprentissage centré sur l’éducation n’exclut
pas l’acquisition indirecte de nombreuses connaissances. Lorsqu’un
élève est surpris par un “événement mathématique” et qu’il en com-
prend les ressorts, il s’en souviendra sans effort de mémorisation. Par
exemple, l’importance de I’associativité est mieux perçue à la suite d’un
exercice ad hoc, où l’on est confronté à la différence de signification
de a(W et de (ab)c, que si l’on apprend par coeur la définition de
l’associativité. De même, l’apprentissage précoce de la définition de la
limite à la Cauchy (en E, 6) est inutile et même nocif s’il n’est pas
précédé par une longue familiarisation avec la convergence, étendue
sur une dizaine d’années (Glaeser, 1976).
Pour mettre en oeuvre la nouvelle pédagogie que notre avenir
réclame, la géométrie est particulièrement efficace. Depuis ses origines,
elle a assumé des rôles très différents. Le reste de cet article est consacré
à la présentation de cinq de ces rôles. Beaucoup d’erreurs commises
depuis trente ans par ceux qui fabriquent les programmes scolaires et
planifient la formation des maîtres trouvent leur origine dans une
méconnaissance des distinctions entre ces rôles.
On assiste actuellement à une dégradation universelle de l’enseigne-
ment de la géométrie. Je la déplore. Mais plus préoccupant est le déclin
de l’éducation géométrique.

115
G. Ghewr

La géométrie, comme science de l’espace


Depuis les observations empiriques des arpenteurs, égyptiens ou autres,
on a accumulé une profusion de renseignements sur les figures de
l’espace. L’enseignement consistait principalement à faire retenir une
partie de cette information disparate, en prétendant qu’elle était utile.
Est-il certain, par exemple, que l’expression de l’aire d’un triangle
soit importante ? Nombreux sont ceux qui n’auront à l’utiliser qu’une
fois (au plus) dans leur vie extrascolaire. Plus importante est l’aptitude
à s’habituer à évaluer une étendue ou une masse, en décomposant un
objet en morceaux plus simples, et en recomposant le puzzle autrement.
Bien entendu, pour acquérir cette aptitude, les exercices les plus simples
portent sur le parallélogramme et le triangle, et ceux qui ont été frappés
par la simplicité du résultat le retiendront sans effort.
J’y pensais récemment lorsque je corrigeais des copies d’examen
d’élèves-instituteurs. Au cours de la résolution du problème posé, il
fallait calculer l’aire d’un certain trapèze. Je fus indigné de ne trouver
dans aucune copie d’allusion à la formule classique. Or la plupart des
candidats fournirent la réponse numérique exacte en partageant le
trapèze en deux triangles . . . Mon indignation se calma après réflexion.
A quoi rime mon exigence d’érudition, si le futur instituteur se débrouille
vite et bien ? Le renseignement que les candidats avaient retenu n’était
pas la recette toute faite, mais l’accès facile au résultat (et aussi à un
grand nombre de résultats analogues, même dans des cas non classiques).
Ici l’éducation prend incontestablement le pas sur l’instruction.
Imaginons maintenant qu’un élève aux prises avec un triangle se
pose la question naturelle : peut-on calculer son aire en connaissant les
trois côtes ? L’enseignant l’encouragera à chercher ce renseignement
dans un des ouvrages de référence dont toute classe devrait être dotée.
Une saine pédagogie provoquera l’enthousiasme en signalant que la
formule :

A=l/4 d(a+b+c)(a+b-c)(b+c-a)(c+ a-b)

attribuée à Héron, fut en réalité découverte par Archimède à une


époque où le langage algébrique n’était pas encore inventé. Puis le
maître - suivant en cela l’exemple de A. 1. Wittenberg (1963) fera
découvrir à la classe que cette formule d’aspect providentiel est, en fait,
la seule raisonnable (au coefficient près).
C’est ce que prouvent quelques arguments d’invariance ou d’homo-
généité. Les élèves observés par Wittenberg comprirent eux-mêmes les
raisons de la présence des facteurs tels que (a + b - c) sous le radical.
Et l’on retrouve le 1/4 sur un cas particulier convenablement choisi (le
triangle pythagoricien 3 - 4 - 5 fournit fort aisément la réponse).

116
La crise de l’éducation géométrique

“Mais, demandera un béotien, a-t-on besoin de cette formule ?” La


réponse est “non !” “ Mais alors ! A quoi ça sert ‘?” Nous rétorquerons
“A quoi sert le concerto pour piano de Mozart No. 20, en ré mineur ?”
L’éducation sert aussi à former le sens esthétique.
Il n’est guère de métier où l’on n’ait besoin d’être familiarisé avec
des agrandissements ou des réductions. L’éducation commence très
tôt, avec les poupées et les autos miniatures ; mais elle devrait se pour-
suivre par une réflexion sur ces pratiques. A titre d’exemple, je recom-
manderais les activités d’agrandissement d’un puzzle proposé par Guy
Brousseau (198 1). Quant à la définition de l’homothétie, elle se retient
aisément, à condition de savoir déjà depuis longtemps ce dont il s’agit.

La géométrie comme modèle de rigueur


La géométrie est restée longtemps la science déductive, par excellence.
Lorsqu’un Spinoza exposait sa doctrine, en visant un haut niveau de
rationalité, il rédigeait 1’Ethique en procédant “more geometrico”.
Cette prétention paraît bien naïve, aujourd’hui. En fait, ce n’est
qu’en 1899, avec les Grundlugen der Geometrie de David Hilbert, que le
vieux projet d’Euclide fut enfin réalisé correctement. Mais cette mise
au point n’allait pas sans pédanterie ni lourdeur de style.
Bien qu’il s’agisse d’exposer des fondements (c’est-à-dire les débuts),
le texte obtenu est inaccessible à des débutants. Pour comprendre la
démarche axiomatique, une longue éducation préalable est indispensable :
si Bourbaki” n’exige de ses lecteurs “aucune connaissance mathé-
matique particulière”, il juge qu’ils doivent acquérir “une certaine
habitude du raisonnement mathématique et un certain pouvoir d’abs-
traction”. Pour développer ces habitudes et ce pouvoir, il faut avoir eu
l’occasion de s’exercer sur des activités ad hoc. Et finalement, l’initiation
à l’axiomatique de la géométrie ne réussit qu’avec des élèves qui connais-
sent déjà la matière axiomatisée, et sont capables d’apprécier les incon-
vénients d’une géométrie empirique. Actuellement, l’analyse et surtout
l’algèbre fournissent un meilleur modèle de rigueur.
Lorsqu’on tente d’exposer la géométrie selon un système
hypothético-déductif irréprochable, la géométrie élémentaire et l’axio-
matique d’Hilbert ne constituent pas le point de départ le plus efficace.
Au contraire, en accord avec Jean Dieudonné, il semble plus économique
de partir d’un espace affine associé à Rn, muni d’un produit scalaire.
Mais une telle présentation, satisfaisante pour le mathématicien pro-
fessionnel, n’enrichit nullement l’intuition et la culture du débutant.
S’adressant à des néophytes, cette voie a complètement échoué.
*En 1935, de jeunes mathdmaticiens français formerent un groupe qui se mit à publier sous le
nom de Nicolas Bourbaki. Le groupe coopte de temps à autre de nouveaux membres. Les
membres doivent se retirer lorsqu’ils atteignent l’âge de 50 ans.

117
G. Glaeser

L’éveil au raisonnement
S’il est indispensable de préparer longuement nos jeunes élèves à prati-
quer et à apprécier la démonstration mathématique, l’enseignant doit
disposer d’un stock de situations et d’activités pédagogiques appropriées.
C’est là où la géométrie joue un rôle décisif, non comme modèle d’une
rigueur achevée, mais comme tremplin qui facilite l’accès à la déduction.
La génèse du raisonnement commence très tôt. On devrait rassembler
une anthologie de prétextes à raisonnement qui seraient profitables dès
les classes maternelles. Parmi les activités qui conviennent à des écoliers
de moins de 8 ans, citons les rangements, les tris, les sériations, la
répartition d’objets en classes d’équivalence diverses. La pratique des
dénombrements utilisant des arbres, des tableaux à double entrée, des
bijections ou des partitions prépare à la confection d’énumérations
exhaustives. Ce sont là des activités intellectuelles qui gardent leur
intérêt pédagogique en dépit du fiasco des mathématiques prétendument
modernes. La confection de carrés magiques donne lieu à des efforts
logiques et heuristiques.
Les pré-adolescents prennent plaisir à confectionner des “codes
secrets” qu’ils essaient de décrypter. Ils aiment à comprendre les
ressorts de certains tours de cartes ou de prestidigitation. De telles
recherches apprennent à argumenter et à prouver.
Et voici maintenant une question, résolue par la découverte d’un
contre-exemple, compréhensible par des élèves d’école primaire de
9-10 ans (IREM de Strasbourg, 1974). On demande à un jeune écolier
ce qu’il pense des deux affirmations suivantes :

1ère phrase :
“Je me trouve à l’intérieur d’un champ carré et je marche tout droit.
Au milieu de mon trajet je rencontre la frontière du champ. Par consé-
quent, je me retrouve à l’extérieur du champ”.

2ème phrase :
“Je me trouve à l’extérieur d’un champ carré et je marche tout droit.
Au milieu de mon trajet je rencontre la frontière du champ. Par consé-
quent, je me retrouve à l’intérieur du champ”.

En ce qui concerne la première phrase, l’enfant ne peut qu’affirmer


sa conviction : un démonstration est hors de sa portée. Mais, à propos
de la seconde, il serait intéressant d’observer, d’abord la conviction
puis peut-être, l’apparition d’un doute, couronné par la découverte
d’un contre-exemple. C’est ainsi qu’un élève comprend progressivement
que tout ce qui est évident n’est pas forcément vrai, et qu’une règle
n’est pas générale si elle admet une exception, fût-elle unique !

118
La crise de l’éducation géométrique

Parmi les nombreuses démonstrations que l’on peut proposer à


l’école primaire, figurent l’établissement de quelques formules sur
l’aire des polygones et beaucoup de jeux. On trouvera aussi, parmi les
nombreux travaux que Guy Brousseau a effectués à 1’IREM (Institut
de recherche sur l’enseignement des mathématiques) de Bordeaux,
une profusion d’exemples à utiliser.
Mais c’est surtout vers 12- 13 ans (selon les programmes en vigueur)
que l’on commence à exiger systématiquement les premières démons-
trations en géométrie.
J’évoquerai à ce propos un souvenir personnel ; comme cet incident
est à l’origine de ma décision de devenir mathématicien, je ne suis pas
prêt à l’oublier. J’avais tout juste 12 ans, et pour la première fois, mon
professeur de 4ème nous demanda de faire un devoir où l’on deman-
dait de faire une démonstration.

On donne un angle droit xÔy, ainsi que deux angles AÔB et CÔD,
dont les nbissectrices respectives sont 0x et 0x. Démontrer que les
angles AOC et BOD sont supplémentaires.

Après avoir longuement séché je compris qu’il y avait intérêt à coder


la figure : j’adoptais alors (je m’en souviens) les notations maladroites
1, 2, 3, que je remplace ci-contre par a, /3, y, lettres grecques que je ne
connaissais pas encore.
J’aboutis alors à la “solution” suivante :
AÔC=2â+fietBÔD=2q+b

Donc AÔC + BÔD = (2â + 8) + (2< + ii) =


2(â + fi + $> = 2 angles droits.
D

__-- ....._..-.- ~
G. Glaeser

J’ai discuté récemment de ce souvenir avec des amis mathématiciens.


Il est clair que cette “démonstration” est loin d’être irréprochable, selon
les canons de Hilbert. D’abord, bien que cette solution comporte un
certain degré de généralité (car on peut modifier légèrement la figure
sans nuire au raisonnement), elle est cependant subordonnée à des cas
de figure particuliers. 11suffirait, par exemple, d’échanger sur le dessin
la place des lettres C et D pour que l’argument cité cesse littéralement
d’être correct.
De plus, ma solution de débutant invoquait (sans que j’en sois
conscient) 1‘associativité et la commutativité de l’addition des angles.
J’étais hors d’état, à l’époque, d’avoir de telles exigences. Il m’a fallu
plus de dix ans de pratique mathématique pour que je me heurte à
suffisamment de situations où l’absence d’associativité conduisait à
des erreurs grossières.
Si mon professeur de 4ème avait voulu m’expliquer la grave faute
logique que comportait ainsi ma solution, je n’aurais pas compris. Mais
aucun des amis mathématiciens consultés n’a prétendu que je n’avais
pas compris, dès cette expérience, ce qu’était une démonstration.
J’avais franchi un pas important dans la compréhension de la règle du
jeu mathématique. Et c’est de cette façon que la pratique du problème
de géométrie prépare progressivement l’élève à la perfection logique.
C’est un instrument d’éducation exceptionnel pour faire apprécier
l’utilité et la fécondité des démonstrations. Nombreux sont les ensei-
gnants qui se plaignent de la difficulté qu’éprouvent leurs élèves à ima-
giner eux-mêmes des démonstrations. En fait, la plupart des novices
considèrent la démonstration comme une exigence gratuite et pédante
de leur maître. On peut faciliter le processus de compréhension en
proposant d’étudier des situations, où ce qui est évident est faux !
J’ai souvent utilisé l’exemple qui suit avec des élèves de 12 ans et
plus, mais il est probable que l’on peut obtenir déjà de bons résultats
un peu plus tôt. On demande si, sur la figure ci-contre, l’octogone
tracé en traits renforcés est régulier ou non.

“C’est évident ! ” s’écrie la classe. A F B


“Ça se voit sur le dessin !”

120
La crise de l’éducation géométrique

En de telles circonstances, Guy Brousseau conseille de semer quel-


ques doutes, puis de provoquer un débat. Pour commencer, cherchons
le mot “régulier” dans le Petit Larousse . . . “polygone régulier (Math.) :
polygone ayant tous ses angles égaux et tous ses côtés égaux”.
Bientôt quelques élèves, toujours sceptiques, mesureront les côtés de
mauvaise grâce. Premier débat : “ Les côtés sont-ils vraiment égaux ?“.
Le professeur peut alors faire valoir des arguments de symétrie, plus
convaincants pour lui, mais que ne troublent guère sesélèves. L’apparence
leur semble une preuve plus forte.
Il faudrait passer aux angles, mais (heureusement) personne n’a un
rapporteur sous la main. Et d’ailleurs, comme tout le monde ne sait
pas bien s’en servir, la controverse rebondit. Finalement, on peut re-
marquer que les angles AHB et FDG sont inégaux : les branches du
compas FDG sont moins écartées que celles du même compas dans la
position AHB, puisque FG est plus court que AB. (“Ça se voit sur le
dessin !“) . . . Par la suite on trouvera une preuve moins empirique.
Ce qui me plaît dans cet exemple, c’est que les connaissances
requises pour le comprendre n’exigent guère d’étalage d’érudition. Il
permet de convaincre que les apparences peuvent être trompeuses, et
participe ainsi à une motivation de la démonstration. Plus tard, cet
exercice pourra servir de prétexte à une première démonstration par
l’absurde. “Si l’octogone convexe était régulier, les sommets du poly-
gone étoilé associé AGDFCEBHA devraient être inscrits dans un cercle
et non dans un carré !“.
Dans les deux exemples que nous venons de donner, l’utilisation
d’arguments non formalisés est intentionnelle. Il faudra encore une
longue pratique pour que l’élève prenne conscience des inconvénients
du bon sens géométrique, et consente à se soumettre au rituel du
mathématicien et du logicien.
Finalement, je trouve naturel que le professeur qui pratique l’édu-
cation du raisonnement consacre plusieurs heures (espacées) à cet
exemple en sachant que le contenu cognitif du résultat ne présente
aucun intérêt. Tant pis pour les programmes ! Un enseignant qui
aurait fait comprendre à sa classe pourquoi les mathématiciens se
livrent à des activités logiques n’aura pas perdu son temps !

La géométrie comme langage heuristique


“Mais”, rétorqueront certains mathématiciens professionnels, “pourquoi
choisir la géométrie et les langues mortes comme objet de culture et
comme incitateur au raisonnement ? Ne pourrait-on s’en tenir à des
connaissances plus actuelles, moins vieillies ? ” Et, en fait, la pratique
informatique incite puissamment à formaliser les raisonnements.

121
G. Glaeser

L’ordinateur est dénué d’intuition, et “ne voit rien d’évident sur une
figure !”
La géométrie élémentaire rassemble certes des connaissances tout à
fait dépassées, à l’exception de celles qui ont été absorbées par l’algèbre
(Dieudonné, 1964). Mais ce n’est pas à titre de corpus de connaissances
qu’elle est importante. La géométrie est devenue aujourd’hui le langage
heuristique le plus utilisé, et c’est à ce titre qu’il est indispensable d’en
faire bénéficier les élèves. Chaque fois que l’on veut analyser une situa-
tion un peu compliquée, on fait un croquis ou des schémas sur lesquels
on raisonne de façon intuitive. Assurément, je ne connais aucune pro-
fession où l’art d’utiliser un dessin (figuratif ou symbolique) ne soit
primordial. Rien n’empêche d’ailleurs (dans l’argument du compas plus
ou moins ouvert que nous avons utilisé plus haut) de nous référer à un
théorème dûment démontré, dans les bons manuels. Par exemple :

Théorème
Si deux triangles AOB et A’O’B’ ont deux côtés égaux, chacun à
chacun, comprenant des angles jnégaux, au plus grand angle est
opposé le plus grand côté, et réciproquement.

Mais la mise en forme logique vient à la fin. Le langage de la géométrie


est important parce qu’il suggère des métaphores qui déclencheront
les associations d’idées fécondes.
Ce n’est pas un hasard si l’analyse fonctionnelle parle de distance,
de boules, de cônes, de translation, d’homothétie. Certes, le mathé-
maticien est conscient des limites de ces analogies éventuellement
. boiteuses. Mais c’est par rapport à quelques images prégnantes qu’il
organise ses connaissances.
Aucun mathématicien n’est dupe de la fiction heuristique qui
désigne deux droites parallèles, comme “des droites se coupant à
l’infini”. D’ailleurs, cette façon de parler, bien commode, devient
complètement justifiée à la suite d’une construction axiomatique
du plan projectif. De même, l’usage du langage de la géométrie eucli-
dienne réelle dans le domaine complexe permet des raccourcis heuristi-
ques saisissants. Lorsqu’à propos de deux cercles réels disjoints on parle
de leurs points d’intersection imaginaires, on ne fait qu’exprimer qu’une
certaine équation algébrique a des racines complexes. Ces racines
peuvent être calculées et invoquées au cours des raisonnements sans
que l’on puisse les représenter sur le dessin.
En géométrie euclidienne réelle, deux droites perpendiculaires ne
sont jamais parallèles. Mais on se permet de traduire, dans le domaine
complexe, les propriétés des droites isotropes, en disant que ce sont
des droites qui restent fixes, lorsqu’on les fait tourner autour d’un de
leur point. Ceux qui redoutent ces évocations surréalistes ont la res-
source de revenir à des calculs explicites, qui ne se réfèrent à aucune
122
La crise de l’éducation géométrique

intuition. Mais le langage géométrique favorise les transferts d’un


contexte à l’autre.

Exemple
Face au problème d’algèbre suivant :

“Décrire les matrices réelles inversibles M, telles que les coefficients


de M et de MS1 soient tous positifs ou nuls”.

On peut raisonner ainsi :

M représente un isomorphisme d’un espace R”. Appelons “premier


quadrant” la partie de R” formée des points dont toutes les coordonnées
sont positives ou nulles.
Les hypothèses impliquent que M transforme le premier quadrant
dans lui-même. Comme il en est de même pour M-’ , on en déduit que le
premier quadrant est appliqué SUYlui-même et que, par conséquent, les
axes de coordonnées sont conservés. On en conclut qu’un seul coeffi-
cient, par ligne et par colonne, n’est pas nul (“matrices stochastiques”).
Il est possible de démontrer le résultat en ne recourant qu’au calcul.
Mais le transfert dans le domaine géométrique fournit les intuitions
qui permettent de trouver une telle preuve. Par ailleurs, un résultat
obtenu à la suite d’un long calcul paraît souvent miraculeux. La
recherche de causes simples et intuitives est plus convaincante.
Voici un exemple où l’intuition dans le domaine de l’optique géo-
métrique nous en dit plus que l’application sèche d’une formule.

Problème
Trouver le centre de courbure d’une parabole en son sommet.

Le résultat devient évident lorsqu’on utilise l’approximation dite de


Gauss d’un miroir parabolique par un miroir sphérique osculateur
de faible ouverture. Pour ce dernier, on sait qu’il existe un foyer ap-
proximatif, situé au mileu du segment qui joint le sommet au centre.
En invoquant cette approximation, on aperçoit sans calcul la réponse
à la question posée. “Le centre de courbure cherché est le symétrique
du sommet de la parabole par rapport au foyer”. Un autre intérêt de
cet exemple est d’inciter à utiliser dans une discipline les connaissances
que l’on a acquises par ailleurs.
L’efficacité heuristique de la géométrie tient aussi aux possibilités
qu’elle offre de représenter par des symboles concis et hautement
significatifs des notions qui, écrites autrement, charrient des “bruits
de fond” considérables. C’est là la source de l’efficacité des calculs
vectoriels, à condition d’éviter de revenir sans cesse aux coordonnées
123
G. Glaeser

cartésiennes des grandeurs invoquées. Et c’est pourquoi l’interprétation


des résultats intermédiaires y est beaucoup plus accessible.
Voici, par exemple, un calcul évocateur, qui permet de montrer
que, dans un triangle ABC, les trois hauteurs sont concourantes. Il s’agit
d’abord d’écrire l’équation de la hauteur issue de A. On peut y parvenir
péniblement en utilisant des coordonnées cartésiennes en axe rectangu-
laire (après avoir indiqué les coordonnées des trois sommets). Mais le
calcul devient plus suggestif si l’on remarque que l’ensemble des points
X du plan euclidien satisfaisant à

IIXB II* - Ilxc II* = IIAB Il2 - IIAC Il2

(conséquence immédiate du théorème de Pythagore) est la perpendicu-


laire menée de A sur BC.
En appelant D le point de rencontre des hauteurs issues de A et de
B, on en conclut qu’il satisfait aux deux égalités suivantes :

IIDBl12 - IIDCl12 = IIABl12 - lIACIl*


IIDCII* - IlDAlI* = IIBC Il2 - IlBAIl*

d’où l’on déduit, en ajoutant membre à membre, la conséquence :

IIDBll* - IlDAlI* = IIBCl12 - lIACIl

Elle exprime que D se trouve sur la troisième hauteur. En outre, les


égalités écrites prouvent que :

IIABll* + IIDCII’ = IIBCII* + IlDAlI* = IICAll* + IIDBll*

Pour illustrer le triste déclin de la pensée géométrique, je signalerai


l’exemple des copies que j’ai eu à corriger, en tant que membre du jury
aux Olympiades internationales de mathématiques de 1973, à Moscou
(Gerll et Gerard, 1976). Au cours de la solution du problème 4, on avait
à déterminer le point 1, minimisant le triangle AI + IC dans la figure
suivante, ou ABC est un triangle équilatéral.
On pouvait s’attendre, de la part de candidats brillants, à des argu-
ments élémentaires et simples, s’inspirant des lois de la réflexion en
optique de la symétrie, de l’inégalité du triangle, ou de l’intersection des
ellipses de foyers A et C avec l’arc de cercle de centre B tracé sur la
page précédente.
Or, un grand nombre de participants se lancèrent dans la recherche
d’un minimum de fonction, tel que
f(t) =d (sin t - a)* + (COSt - b)2 +d (sin t - a)? + (COSt + b)2
à grand renfort de dérivées.
124
La crise de l’éducation géométrique

Nos meilleurs élèves seraient-ils devenus aussi bêtes que des ordina-
teurs ?
De même, pour résoudre un problème de géométrie élémentaire
proposé aux Olympiades de 1983 (Paris), les candidats vietnamiens
fournirent tous des solutions simples en cinq lignes au plus.
En revanche, on trouva (notamment parmi les copies soviétiques et
françaises) des calculs allant jusqu’à 10 pages qui aboutissaient excep-
tionnellement au résultat exact !
Il n’y a pas lieu d’être ébloui par de telles prestations. Bien meil-
leurs sont les travaux d’élèves dont les auteurs savent où ils vont et
pourquoi ils parviennent au but.

L’art des transformations

L’activité créatrice humaine ne fait rien surgir ex nihilo. Elle ne fait que
transformer ce qui existait auparavant. Parfois, elle déplace, coupe,
broie, écrase, recompose, assemble . . . ; dans d’autres cas, elle expose
les objets aux agents naturels (chaleur, lumière, agents chimiques ou
biologiques, phénomènes sociaux . . .). C’est dire que l’éducation des
aptitudes à transformer prépare à des tâches que l’on accomplira toute
sa vie. Mais la crise change l’ampleur du besoin d’éducation. Jadis,
chacun accomplissait, jour après jour, les mêmes transformations au
même poste de travail. On pouvait s’épargner l’effort d’une réflexion
d’ensemble sur la généralité du phénomène. Désormais, nous entrons
dans l’ère des transformations variées . . .
Beaucoup de transformations revêtent des aspects pluridisciplinaires.
Ainsi, la traduction qui est une transformation de texte, paraît parfois
comme une activité exclusivement littéraire. Mais, elle concerne le
mathématicien lorsqu’il s’agit d’une “mise en équation” ou d’une pro-
125
G. Glaeser

grammation destinée à un ordinateur. Mais depuis le milieu du 19ème


siècle, c’est la géométrie qui est devenue la science des transformations
par excellence. Elle étudie les modifications des objets géométriques ou
des représentations de ceux-ci, avec les invariances qui les accompagnent.
Le drapeau de la géométrie des transformations reste le célèbre “Pro-
gramme d’Erlangen”, que Félix Klein proposa en 1872 dans sa leçon
inaugurale.
Sous l’influence d’Emile Bore1 et de Jacques Hadamard, l’enseigne-
ment de la géométrie s’organise en France autour des divers groupes de
transformation dès le début du 20ème siècle. Ce fut longtemps un des
points forts de l’enseignement mathématique français, avec un fâcheux
reflux à partir des années 60. En revanche, cette tendance commence à
se manifester au Royaume-Uni ou en URSS. L’aspect le plus élémentaire
porte sur l’activité de transformation elle-même. Dès l’école primaire,
on peut travailler sur des symétries (réalisées par exemple, à l’aide de
pliages), et on peut agrandir une figure en se servant du pantographe
(Brousseau, 1981). On habituera les élèves à translater, déplacer,
dilater et même effectuer ces transformations affines diverses.
Voici, par exemple, une symétrie oblique, réalisée sur papier réticulé.
Le manuel (IREM, Strasbourg, 1976) donne Sancho Pança. Et les élèves
doivent obtenir Don Quichotte.

La pratique de la perspective, en classe de dessin, dès l’âge de 1 1 ans est


fort instructive.
Mais beaucoup de figures géométriques peuvent se définir en termes
de transformation. Un triangle isocèle est un triangle qui possède un axe
de symétrie. Un parallélogramme est un parallélogramme ayant un
126
La crise de l’éducation géomhique

centre de symétrie. Et, dans ces deux cas, toutes les propriétés usuelles,
que l’on démontrait maladroitement jadis, s’obtiennent d’un seul coup.
Les propriétés affines de l’ellipse s’obtiennent à partir de celles du
cercle par projection, et peuvent donner lieu à une recherche de la part
des élèves, vers 14 à 16 ans, indépendamment de toutes connaissances
enseignées ex cathedra.
Beaucoup de propriétés géométriques s’obtiennent aisément en
transformant une figure générale en une figure canonique. Par perspec-
tive, on transforme un quadrilatère complet en carré ; une conique en
cercle et bien d’autres choses encore. Enfin, il existe un niveau très
efficace de réflexion géométrique où l’on raisonne sur la composition
de transformation plutôt que sur les figures transformées. La tradition
qui cultivait cette approche, florissante en France entre 1930 et 1950,
semble s’être considérablement éteinte.

Exemple :
Lors des Olympiades de 1975 en Bulgarie, on posa le problème suivant
(Greitzer, 1978) :
Dans le plan d’un triangle ABC quelconque, extérieurement à ce
triangle, on construit les triangles BCP, CAQ, ABR tels que :

PBC = CÂQ = 45”


BCP = QCA = 30”
ABR= RÂB = 15”
Démontrer que QRP = 90” et que RQ = RP.

La solution est immédiate, si l’on songe à prouver que le composé


de deux similitudes bien choisies est une rotation de 90”. Or, il ne se
trouva qu’un seul candidat (un Hongrois) pour proposer cette solution,
à laquelle les auteurs de la question n’avaient mème pas songé ! Et les
membres du jury furent fort étonnés que l’on puisse utiliser cette
approche, jugée très élégante, mais inhabituelle !

Conclusion

Voilà donc tout un stock de vertus pédagogiques que comporte la


géométrie élémentaire. Cette science ne prend toute son importance
que si on la considère comme un instrument éducatif. Bien entendu,
un élève nourri à cette source acquerra beaucoup de connaissances
qui le cultiveront. Mais l’effet escompté sera irrémédiablement perdu
si l’on ne s’intéresse qu’à ces connaissances et si l’on néglige les activités
mathématiques qui fortifient l’aptitude à la réflexion personnelle.

127
G. Glaeser

Références
BROUSSEAU, Guy. 1981. Problèmes de didactique des décimaux. Recherches en
didactique des mathématiques, Vol. 2, No. 1, p. 37-127. Grenoble, Editions
de la Penséesauvage.
DIEUDONNÉ, Jean. 1964. Algèbre linéaire et géométrie élémentaire. Paris, Hermann.
GERLL, Denis et GIRARD, Georges. 1976. Les Olympiades internationales de
mathématiques. Paris, Classiques Hachette.
GLAESER, Georges. 1976. La didactique de l’analyse. Bulletin de EAPMEP (Paris,
Association des Professeurs de mathématiques de l’enseignement public), NO.
302, février.
INSTITUT DE RECHERCHESUR L’ENSEIGNEMENT DES MATHÉMATIQUES (IREM)
DE STRASBOURG. 1974. Le livre du probltime. Fascicule 4 : La convexité.
Paris, CEDIC.
. 1976. Mathématique - Classede 3e. Paris, Istra.
KAPITZA, P. L. 1971. “L’éducation du sens créateur de la jeunesse”, Communica-
tion au congrès international sur la formation des professeurs de physique,
Eger (Hongrie), 1970. Traduit en français (avec le concours de l’IREM de
Strasbourg) dans Le livre du probléme de physique, Paris, Cedic.
WI~ENBERG, A. et al. 1963. Redécouvtir les mathkmatiques. Neuchâtel,Delachaux
& Niestlé.

128
D. S. Fielker

Analyse de l’enseignement de la
géométrie au Royaume-Uni

Contexte général

Hayter (1981, p. 102- 103) a décrit dans un volume antérieur de la


présente série le contexte dans lequel sont élaborés les programmes
scolaires au Royaume-Uni, mais il n’est pas inutile d’en rappeler ici
les caractéristiques essentielles.
La responsabilité des programmes scolaires incombe aux écoles
elles-mêmes et, même si elles reçoivent des indications et des conseils
de l’extérieur c’est au conseil d’administration de l’école qu’il appartient
de prendre les décisions et c’est le chef d’établissement qui en assure
l’application. En réalité, beaucoup d’écoles primaires, et sans doute
toutes les écoles secondaires, ont des professeurs responsables de
l’enseignement des mathématiques et ce sont eux qui, dans la pratique,
décident des programmes de mathématiques, en prenant habituellement
des avis extérieurs et en concertation avec leurs collègues de cette
discipline.
Il y a des différences essentielles entre le primaire et le secondaire.
Même dans les circonscriptions scolaires locales où cette division tradi-
tionnelle en deux degrés - l’entrée dans le second degré se faisant à
l’âge de 11 ans (12 ans en Ecosse) - est remplacée par un système à
trois niveaux ( “first “, “middle” et “upper” schools), un changement
d’organisation du type primaire-secondaire intervient souvent dans les
middle schools. Dans le primaire, les élèves de chaque classe, habi-
tuellement de niveau non homogène, reçoivent en principe la plus
grande partie de leur enseignement d’un maître unique. Dans le
secondaire, les élèves ont des professeurs différents pour les différentes
matières, l’organisation de l’enseignement présentant un degré de
souplesse variable pour ce qui est de la constitution de groupes de
niveau par matière, de groupes de niveau généraux ou de groupes non
homogènes sur le plan des aptitudes. Les maîtres du primaire ont donc
généralement une connaissance limitée des mathématiques, alors que les
professeurs de mathématiques du secondaire sont théoriquement des
mathématiciens bien que, dans la pratique, beaucoup d’élèves reçoivent

129
D. S. Fielker

leur enseignement de non-mathématiciens du fait de la pénurie


endémique d’enseignants.
Il existe aussi, dans le secondaire, des différences en ce qui concerne
les cours de mathématiques destinés aux élèves les plus doués (environ
20 pour cent du total), aux élèves moyens (officiellement, la tranche
située entre 20 pour cent et 60 pour cent) et aux moins aptes. Bien que,
dans beaucoup d’écoles secondaires, on essaie de faire suivre aux enfants
le même enseignement aussi longtemps que possible, il faut tôt ou tard
prendre des décisions pour tenir compte des examens externes que les
élèves passent à l’âge de 16 ans, c’est-à-dire décider de présenter et
préparer les enfants soit au General Certificate of Education, niveau 0
(ordinaire), soit au Certificate of Secondary Education (CSE), soit à un
CSE de “niveau limité”, ou même de ne les présenter à aucun examen.
Le Secrétaire d’Etat à l’éducation et à la science a récemment (1984)
approuvé un projet d’examen commun (à l’âge de 16 ans) pour rem-
placer le GCE (niveau 0) et le CSE, mais il semble que les trois niveaux
d’enseignement subsisteront néanmoins dans la nouvelle structure.
L’âge de fin de scolarité obligatoire est fixé à 16 ans, mais de plus
en plus d’élèves poursuivent leurs études au-delà, dans les classes de
sixième année (sixth fom). Environ 6 pour cent de l’ensemble des
élèves suivent le cours de mathématiques jusqu’au niveau A (avancé)
(âge 18-19 ans), mais le programme des classes de sixième année
s’élargit et comporte désormais divers autres enseignements
mathématiques.
Bien qu’en théorie les écoles jouissent d’une totale liberté et
autonomie d’élaboration des programmes, dans la pratique les ensei-
gnants du primaire manquant de connaissances et d’assurance, ont
tendance à s’en remettre aux manuels publiés. Dans le secondaire, les
professeurs se sentent prisonniers du programme et du style des examens
externes ; il existe bien des options permettant de s’en écarter, mais
peu d’écoles usent de cette faculté et celles qui le font éprouvent des
difficultés à justifier des déviations trop importantes par rapport à la
norme, face à un jury d’examen préoccupé surtout de comparer des
niveaux d’aptitude.
Malgré les contraintes ainsi ressenties, les meilleures des réformes
britanniques sont directement le fait de certains praticiens de I’enseigne-
ment et ces réformes ont une influence sur les autres professeurs, soit
par le biais des programmes de formation continue, soit par I’intermé-
diaire des jurys d’examen, qui finissent toujours par s’aligner sur les
réformes introduites par les enseignants dans leur pratique pédagogique.
Il est cependant dans la nature des choses que la réforme des pro-
grammes se fasse toujours lentement et par petits morceaux. Cela tient
à l’autonomie des écoles, qui peuvent certes décider d’évoluer, mais
aussi de conserver les choses en l’état! Du moins cela implique qu’elles
ne sont pas obligées de s’adapter au changement avant d’y être prêtes,
130
Analyse de l’enseignement de la géométrie au Royaume-Uni

et personne ne se voit imposer un programme scolaire nouveau qu’il se


sent incapable d’assumer.

La géométrie à l’école primaire

On n’enseignait guère de géométrie dans les écoles primaires jusque vers


1960, époque où Edith Biggs et d’autres, par une vigoureuse action de
formation continue, entreprit d’élargir le programme de mathématiques
de l’école primaire. Edith Biggs a dirigé par la suite la publication d’un
ouvrage du Schools Council (1965) dont un chapitre important intitulé
“Children, Shapes and Space” [Les enfants, les figures et l’espace] traite
de sujets tels que le plan et les solides, les réseaux, les angles, les parallèles,
la symétrie et la similitude, reposant entièrement sur des travaux
effectués réellement avec des enfants. Bien que le périmètre, l’aire et le
volume y figurent aussi, les questions de mesure sont en général traitées
dans les chapitres du livre consacrés aux sujets numériques. Cela contraste
avec des livres publiés ultérieurement à l’intention des enseignants du
primaire, où les chapitres sur “Shape and size” [La forme et la taille]
ont surtout trait à la mesure et où, par conséquent, la véritable
géométrie tient peu de place. Edith Biggs propose, quant à elle, une
bonne part de géométrie, fondée sur des activités pratiques, avec une
méthode d’exploration où l’on incite les enfants à “découvrir” eux-
mêmes les notions et oh l’on établit des liens entre la géométrie et
l’utilisation des nombres, de la mesure et des représentations graphiques.
Le Nuffield Mathematics Project a été lancé en 1964, sous la direc-
tion de Geoffrey Matthew. Dans le cadre de ce projet, une série de guides
de l’enseignant a été publiée au cours des années qui ont suivi. Les
trois guides successifs sur la forme et la taille (Nuffield Mathematics
Project, 1967, 1968, 1971) suivent la voie tracée par Biggs et sont
comme son ouvrage, abondamment illustrés d’exemples de travaux
d’élèves. La philosophie du projet Nuffield est très semblable à celle de
Biggs, si ce n’est qu’il insiste davantage au départ sur “l’environnement”
et, comme le projet concerne les enfants jusqu’à l’âge de 13 ans, le
volume 1 contient un peu d’algèbre des structures ; le volume 2
s’étend longuement, d’abord, sur l’aire et le volume mais, entre cette
partie et l’algèbre, l’ouvrage présente, en particulier dans le volume 3,
quelques activités géométriques très bien choisies, concernant la symétrie,
les angles, les pavages, les polygones, les polyèdres, etc.
Ces ouvrages d’Edith Biggs et du projet Nuffïeld apparaissent, en
ce qui concerne la géométrie, bien supérieurs aux livres publiés ultérieure-
ment à l’intention des enseignants du primaire. Dans la plupart de ces
livres, on s’intéresse peu à l’étude de l’espace et, quand on le fait, c’est
surtout du point de vue de la mesure. Un livre (Glenn, 1979) consacré

131
D. S. Fielker

entièrement à la géométrie se caractérise en grande partie par son


obsession du langage.
D’ailleurs, les manuels des vingt dernières années négligent aussi, en
général, les orientations suggérées dans les années 60. Les éléments
de géométrie qu’ils peuvent contenir se présentent sous la forme d’une
collection bizarrement arbitraire de figures planes et solides, avec une
importance exagérée donnée à la nomenclature, et un mélange d’activités
diverses dont certaines sont proposées pour le plaisir et d’autres sont
axées sur certains résultats, sans qu’on se préoccupe de favoriser l’esprit
de découverte.
Aucun guide n’offre, pour la géométrie de l’école primaire, de
structure explicite, qu’elle soit mathématique ou pédagogique, qui
puisse aider les enseignants et même les auteurs de manuels à élaborer
un cours cohérent. La structure d’Edith Biggs est reliée au reste des
mathématiques ; celle du projet Nuftïeld semble orientée vers l’algèbre.
Il n’existe qu’un article (Fielker, 1979) où l’on essaie de proposer des
structures possibles concernant la géométrie proprement dite. Son
contenu est probablement trop abondant pour que les enseignants du
primaire puissent l’assimiler. Cependant, dans un article antérieur
(Fielker, 1973 b) (dont le contenu est repris dans l’article suivant),
l’auteur propose la structure unique d’ensemble, relation et opération ;
dans les cours de formation continue, cette structure simple s’est avérée
utile pour donner aux enseignants une idée de la façon dont les diverses
activités géométriques s’articulent entre elles, ainsi que pour leur fournir
les moyens d’élaborer d’autres activités géométriques.

Bref historique de la géométrie dans


l’enseignement secondaire
Avant le 19ème siècle, on enseignait très peu de mathématiques dans les
Public schools et les lycées (Grammar schools). Les normes des
Universités d’Oxford et de Cambridge (selon lesquelles les étudiants
entrant à l’Université commençaient par étudier les mathématiques)
eurent probablement une influence sur les programmes scolaires et, au
cours de la première moitié du 19ème siècle, on ajouta à l’arithmétique
des cours de mathématiques scolaires un peu de trigonométrie, d’algèbre
et de mécanique. “Pour ce qui est de la géométrie, il y avait Euclide.
L’étude des Eléments d’Euclide avait la faveur des directeurs d’école
traditionnels, en partie parce que ces livres constituent un chef-d’oeuvre
classique et, en partie, sinon pour l’essentiel, parce qu’elle était censée
développer les capacités de raisonnement logique. Cependant, on
s’aperçut rapidement qu’on perdait beaucoup de temps et que les
enfants n’apprenaient pas plus de géométrie qu’ils ne se formaient à
la logique” (Ministry of Education 1958, p. 4).

132
Analyse de l’enseignement de la géométrie au Royaume-Uni

Pendant les 150 années suivantes, la question débattue a été celle


de savoir, non pas s’il convenait ou ne convenait pas d’enseigner la
géométrie euclidienne, mais si, premièrement, les Eléments constituaient
un manuel approprié et, deuxièmement, dans quelle mesure il fallait
adhérer à l’ordre des propositions d’Euclide et à ses démonstrations
formelles, aussi bien pour les épreuves internes aux écoles que pour les
examens publics.
La Schools Inquiry Commission [Commission d’enquête scolaire]
rapportait, en 1868 encore : “ Euclide est à peu près le seul manuel
utilisé actuellement en Angleterre pour enseigner la géométrie. Il y a
lieu de craindre que cette matière ne soit pas bien enseignée, qu’on
fasse avancer les enfants trop vite et trop loin, sans qu’ils comprennent
le début du traité, et qu’on consacre trop de temps au seul texte, sans
illustrations ni applications. Il est évident que, si la géométrie est un
instrument de discipline mentale très précieux quand l’élève en a une
compréhension profonde, sa valeur est absolument nulle si l’élève n’en a
qu’une compréhension floue ou imprécise. Nous pensons qu’il est très
souhaitable de se demander si Euclide est le manuel adéquat pour des
débutants et s’il ne vaudrait pas mieux que les enfants commencent par
quelque chose de plus facile et de moins abstrait. M. Griffith, Secrétaire
de la British Association [Association britannique] a affirmé qu’à son
avis on consacre trop de temps à Euclide, et que beaucoup d’enfants
qui ont lu six livres des Eléments ne connaissent rien de la géométrie.
Le professeur Key est allé jusqu’à souhaiter qu’on se débarrasse
complètement d’Euclide, dont il juge le traité parfaitement illogique”.
(Le professeur Key devancait donc de près de 100 ans Dieudonné et son
slogan (1961) : “ A base Euclide !“).
La Commission recommandait qu’on consacrât plus de temps au
début du traité et qu’on fit précéder l’étude d’Euclide par des notions
de mesure et de géométrie pratique, mais elle ne préconisait pas l’aban-
don des Eléments. La première véritable initiative vint d’un enseignant,
J. M. Wilson, professeur principal de mathématiques à l’école de Rugby,
qui écrivit en 1867 un nouveau manuel de géométrie. Celui-ci se vendit
bien et suscita un certain intérêt, mais il s’attira des critiques de la part
des mathématiciens. La bataille avait commencé.
En 1870, une lettre de R. Levett, professeur à la King Edward’s
School de Birmingham, publiée dans Nature, provoqua l’organisation à
Londres, en 1871, d’une réunion où fut fondée l’Association for the
Improvement of Geometry Teaching [Association pour l’amélioration
de l’enseignement de la géométrie] (AIGT). Un grand nombre
d’enseignants jusque-là isolés et de mathématiciens universitaires y
adhérèrent. L’Association diffusa des brochures et des rapports et
publia en 1884 un nouveau manuel. En 1888, les jurys d’examen
d’Oxford et de Cambridge acceptaient des démonstrations autres que
celles d’Euclide, à condition que l’ordre d’Euclide ne fût pas modifié.
133
D. S. Fielker

La situation resta ensuite 15 ans sans évoluer ; au cours de cette


période, 1’AIGT devint en 1897 la Mathematical Association [Association
mathématique] (MA). Le comité pédagogique de la MA continua à
réclamer des réformes et, en 1903, divers jurys d’examen étaient
d’accord pour accepter “toute démonstration d’une proposition dont
les examinateurs jugent qu’elle fait partie d’un traitement systématique
du sujet”. Ces décisions furent suivies de la publication d’un certain
nombre de nouveaux manuels, qui, à leur tour, provoquèrent chez les
examinateurs des malentendus, des incohérences et des difficultés dans
l’appréciation des candidats et la normalisation des résultats. Le Ministère
de l’éducation résuma la situation succinctement : “Il existe, bien sûr,
toujours une alliance inconsciente entre l’examinateur inexpérimenté et
le professeur routinier ; ce qui est facile à contrôler à l’examen est
aussi, d’habitude, facile à enseigner. Un examinateur compétent vérifie
les connaissances sans poser de questions difficiles ou excessivement
formelles et un bon professeur réussit à enseigner ce qui, selon lui, doit
être enseigné, sans compromettre les chances de succès de ses élèves aux
examens” (Ministry of Education, 1958, p. 68).
Il en résulta principalement que les Eléments ne constituèrent plus
un manuel de référence pour les examens, et la voie se trouva libre
pour d’autres réformes. Cependant, en 1957, certains examens exigeaient
encore des démonstrations formelles pour certains théorèmes euclidiens.
Le rapport Spens (1938) et le rapport Norwood (1941) portaient
notamment sur l’unification du programme de mathématiques. Le pro-
gramme Jeffery de 1944 réalisa cette unification, ce qui entraîna
l’instauration d’épreuves de “mathématiques”, pour remplacer les
épreuves “d’algèbre”, “d’arithmétique” et de “géométrie”. Cela impli-
quait par exemple que, dans une épreuve de “mathématiques”, on
acceptait les démonstrations algébriques de propositions géométriques.
Il avait fallu beaucoup de temps pour en arriver là. Dès 1873, deux
membres d’un comité établi par la British Association (BA), expri-
mant un avis minoritaire, avaient souhaité l’introduction de sujets
d’arithmétique et d’algèbre dans l’enseignement de la géométrie et la
prise en considération de la géométrie technique.
Ce dernier point était l’enjeu d’une autre bataille, entre la géométrie
en tant que discipline et la géométrie en tant qu’outil pratique. Les
membres de la BA ne reçurent aucun soutien de 1’AIGT qui, d’après
Howson (1982, p. 135) “ne tenta rien pour réunir les deux courants
de l’enseignement mathématique en Grande-Bretagne : l’enseignement
théorique et l’enseignement professionnel. Elle persistait à préconiser
un programme scolaire élitiste et non appliqué qui avait peu de rapport
avec le programme de géométrie, à orientation plus pratique, sur lequel
portait l’examen du Department of Science and Art”. L’AIGT, qui était
devenue la MA, se racheta en 1919 dans un rapport intitulé The Tea-
ching of Ma thematics in Public and Secondary Schools, dont la première

134
Analyse de l’enseignement de la géométrie au Royaume-Uni

recommandation était la suivante : “ L’enseignement que reçoit l’enfant


à l’école doit le préparer à la vie sociale dans le sens le plus large du
terme : à cette fin, on doit développer ses aptitudes morales, littéraires,
scientifiques (y compris mathématiques), physiques et artistiques. En
ce qui concerne les mathématiques, l’enseignement qu’il reçoit doit lui
permettre non seulement d’appliquer ses mathématiques aux situations
pratiques mais aussi d’avoir une idée des grands problèmes du monde
dont la solution dépend des mathématiques et des sciences”. Le rapport
Spens reprenait le même thème : “ Il est dommage que l’enseignement
mathématique des Grammar schools ait toujours eu tendance à insister
beaucoup plus sur l’articulation et le développement logique des idées
mathématiques dans l’abstrait que sur l’utilité de ces idées dans la vie
réelle” (Howson, 1982, p. 17).
En fait, cette bataille n’a jamais été gagnée en ce qui concerne les
Grammar schools, et les aspects utilitaires de la géométrie ne furent
pleinement exploités qu’à la création des écoles modernes secondaires,
après la Deuxième guerre mondiale, comme on le verra ci-dessous.
On adopta finalement dans les Grammar schools. sinon une
approche utilitaire, du moins une approche pratique, au moins dans
les premiers stades. C’était naturellement difficile dans les premières
années de I’AIGT, et une enquête de 1875 “montra que, même quand
des approches différentes de celle d’Euclide étaient en usage dans les
petites classes, les élèves revenaient à Euclide dans la perspective des
examens” (Howson, 1982, p. 135). Depuis cette époque, une telle
façon de procéder n’est pas inhabituelle, et beaucoup d’écoles qui ne
jugent pas les examens satisfaisants mais n’y peuvent pas grand chose
enseignent les mathématiques aussi longtemps qu’elles l’osent, pour
enseigner ensuite la manière de réussir les examens de mathématiques !
En 1909, le Ministère de l’éducation publia la Circulaire 7 11, où il
se félicitait des avantages qu’avait apportés depuis six ans l’affranchisse-
ment du carcan euclidien, mais blâmait la majorité des professeurs de
n’avoir pas “suffisamment mis à profit cette occasion de rompre avec
les aspects critiquables de la tradition euclidienne” et certains de “penser
que les travaux pratiques sont une panacée”. On proposa trois niveaux
pour l’enseignement de la géométrie. “Le premier niveau concerne les
concepts fondamentaux et est en général intitulé : travail pratique
d’initiation. Le deuxième porte sur quelques propositions fondamentales
et le troisième sur la composante principale de cette matière, le
développement déductif d’ensemble” (Howson, 1982, p. 67). En 1914,
la Circulaire 85 1 développait ces idées. “Certains pensent apparemment
qu’il serait peu rigoureux, malsain ou dangereux pour la santé intellec-
tuelle de l’enfant de lui laisser ainsi prendre comme hypothèses des
énoncés qu’on avait l’habitude de ‘démontrer’. Cette idée repose sur
une incompréhension soit des propositions présentées, soit de la nature
des systèmes géométriques. La déduction implique nécessairement un

135
D. S. Fielker

point de départ ou l’on considère comme admises deux propositions, ou


davantage, pour les besoins du raisonnement. L’exactitude logique de
la déduction ne dépend pas de la nature de ces hypothèses. On peut les
considérer comme absolument vraies, ou comme de simples hypothèses
de travail, ou comme des conventions, ou comme de purs jeux de
l’esprit. Elles peuvent être redondantes, ou même contradictoires
(comme dans la méthode bien connue de démonstration par l’absurde),
la démarche déductive n’en restera pas moins absolument logique”
(Howson, 1982, p. 67-68). On proposait là quelque chose comme le
développement d’un système axiomatique ; cependant, comme la
théorie d’Euclide était par trop imparfaite à cet égard, les écoles n’ont
jamais réellement appliqué cette idée, même pour le niveau A, malgré
un texte de la MA sur ce sujet (The Mathematical Association, 1966).
L’autre idée qui semble intervenir ici est ce que Cyril Hope appela
par la suite les chaînes courtes de raisonnement déductif. Dans la
Circulaire 7 11, le développement déductif général n’intervenait qu’à
un troisième stade de haut niveau, mais pour s’y préparer, les élèves
pouvaient s’exercer à un raisonnement logique limité à partir de
prémisses quelconques. C’était le genre de raisonnement employé
dans les exercices d’application plutôt qu’un développement axio-
matique de la théorie.
Un rapport de la MA (1923) présente les trois niveaux de la Circulaire
7 11 de la façon suivante : le stade expérimental (A), le stade déductif
(B), le stade de systématisation (C).
Cette terminologie persista pendant presque un demi-siècle. On
parvenait rarement au stade C dans les écoles, même dans les classes de
sixième année, mais les termes “stade A” et “stade B” devinrent des
raccourcis courants pour désigner respectivement les activités pratiques
intuitives et les études déductives plus formelles, même en dehors de la
géométrie.
Si radicales qu’aient paru ces réformes à l’époque, leur réalisation
fut très lente en comparaison avec les deux bouleversements d’après-
guerre ; l’apparition, dans les années 50, d’un nouveau programme de
mathématiques pour les écoles modernes secondaires destiné à des
élèves non sélectionnés de 11 à 15 ans, et, dix ans plus tard, l’avènement
des mathématiques “nouvelles”, ou “modernes”, comme on les a
appelées au Royaume-Uni.

La géométrie pour tous


Nous avons vu que depuis 1800 la plupart des controverses sur la géo-
métrie concernaient la tranche des 15 ou 20 pour cent des meilleurs
élèves fréquentant les Public schools ou Grammar schools. On suggéra
un enseignement de géométrie de type plus professionnel pour les élèves

136
Analyse de l’enseignement de la géométrie au Royaume-Uni

qui suivaient des cours techniques, dans les écoles techniques ou


commerciales. A l’école élémentaire, il n’y avait pas du tout de géométrie.
La Loi sur l’éducation de 1944 (1944 Education Act) institua
“l’enseignement secondaire pour tous” et à l’âge de 11 ans la plupart
des enfants quittaient les nouvelles écoles primaires pour aller soit dans
les Grammar schools comme auparavant (mais dans des conditions
financières différentes) soit dans les nouvelles “écoles modernes
secondaires”.
Les écoles modernes secondaires fonctionnèrent pendant de nom-
breuses années comme les grandes classes des écoles élémentaires. Il y
avait peu de professeurs spécialisés, quasiment pas de diplômés de
l’Université, et chaque classe avait un professeur principal qui, dans la
plupart des cas, enseignait l’arithmétique et l’anglais.
En général, aucun examen n’était prévu mais, au cours des années
50, quelques écoles modernes secondaires découvrirent qu’elles pouvaient
présenter certains de leurs élèves les plus brillants au GCE, niveau 0. Le
nombre de professeurs de mathématiques (qui s’étaient spécialisés dans
cette matière au cours de leurs études pédagogiques, s’ils n’avaient pas
de diplôme universitaire de mathématiques) augmenta. Ils étaient
désireux d’élaborer un programme de mathématiques plus large,
davantage inspiré par l’environnement des élèves que par les cours
abstraits des Grammar schools. Des articles publiés dans Mathematics
Teaching, revue trimestrielle de l’Association of Teachers of Mathe-
matics (ATM), certains manuels et un livre du maître de E. J. James
(1958) (auteur qui a eu une influence dans les années 50), ainsi qu’un
nouveau rapport de la MA (1959), présentèrent et prônèrent un
programme de mathématiques élargi pour les écoles modernes
secondaires. Les sujets de géométrie, ou liés à la géométrie, faisaient
intervenir les constructions et les diagrammes, le dessin et la modéli-
sation, la symétrie, les lieux et enveloppes, la topographie et la navigation.
La rapport de la MA (1959) écrivait en caractère gras : “La géo-
métrie qu’il faut enseigner doit reposer sur l’expérience pratique de
l’espace”. Il évoquait ensuite les trois aspects suivants : “( 1) La percep-
tion des propriétés . . . qui se développe à partir de l’observation et de
l’expérimentation et conduit à la reconnaissance des principes et à
l’appréciation de l’harmonie et de la beauté formelle. (2) Les procédés
de mesure et de calcul . . . qui reposent sur les propriétés spatiales.
Cela permet d’approfondir la compréhension tout en servant à des fins
pratiques. (3) Les situations conduisant à raisonner et à faire une série
de déductions à partir des données de l’observation et de l’expérience”.
Il y avait là une tentative courageuse pour concilier les aspirations
nouvelles et les anciennes traditions de la Grammar school et, en fait, ce
texte proposait, dans un paragraphe ultérieur consacré à la géométrie,
des idées qui étaient hors de portée de presque tous les élèves des écoles
secondaires modernes.
137
D. S. Fielker

D’un autre côté, au cours d’une réunion à Londres en 1960 où l’on


examina ce rapport, G. P. Beaumont qualifia l’ensemble de “monument
à la mesure”. Il est vrai qu’une grande partie de la géométrie des écoles
modernes secondaires était métrique et numérique, mais c’était une
façon d’établir des liens avec les aspects utilitaires et pratiques de l’étude
de l’espace. En outre, c’était une voie d’accès à certaines des parties les
plus utiles de la théorie. Le théorème de Pythagore pouvait être induit,
sinon encore déduit, à partir de quelques cas particuliers. Cette méthode
n’était pas sans danger : ainsi, beaucoup d’élèves étaient persuadés
d’avoir démontré que la somme des angles d’un triangle était égale à
179” ! Les professeurs imaginèrent cependant des pliages de papier et
des constructions de modèles permettant aux élèves d’établir ces
théorèmes dans leur généralité.
La géométrie des écoles modernes secondaires était pratique,
utilitaire, applicable, et aussi purement récréative. Jusqu’en 1965, son
enseignement échappait en grande partie à la contrainte de tout examen.
Même plus tard, quand dans le cadre du projet “Mathematics for the
Majority”, le Schools Council élabora des guides de l’enseignant pour
les cours destinés aux élèves d’aptitude moyenne ou faible ; il trouva le
moyen de publier deux livres proposant des philosophies complètement
différentes pour l’enseignement de la géométrie. Machines, Mechanisms
and Mathematics (Bolt et Hiscocks, 1970) adopte une approche utilitaire,
axée sur les applications et l’environnement. Dans ce livre, on part des
mécanismes de l’environnement quotidien pour en étudier les principes
mathématiques sous-jacents, avec des activités appropriées pour les
élèves. L’approche récréative apparaît dans Geometry for Enjoyment
(Fielker, 1973a) où les bases de départ sont encore de nature pratique
mais consistent en des situations structurées établies par le professeur,
offrant aux élèves l’occasion d’organiser et de classer des données, ainsi
que d’élaborer des conjectures, plutôt que d’acquérir telles ou telles
connaissances géométriques fragmentaires.
Geometry for Enjoyment reposait sur une autre idée importante et
presque hérétique, à savoir que les élèves d’aptitude moyenne ou faible
peuvent s’intéresser ci la géométrie pour elle-même. Cela les plaçait dans
la même situation que les élèves des Grammar schools, mais pour des
raisons entièrement différentes, comme on le verra plus loin. Cependant,
cette approche apparut comme contraire à la tradition des mathémati-
ques utilitaires, caractérisée par l’affirmation qui suit extraite de
Mathematics in Secondary Modern Schools (The Mathematical Associa-
tion, 1959) : “il faudrait s’efforcer bien davantage de susciter l’intérêt
de l’élève pour les mathématiques par le biais de ses autres centres
d’intérêt” (souligné dans le texte).
Cependant, pour la plupart des professeurs, les écoles secondaires
modernes avaient sécrété leur propre contenu et leur propre style de
mathématiques, indépendamment des Grammar schools traditionnelles.

138
Analyse de l’enseignement de la géométrie au Royaume-Uni

Trois facteurs commencèrent à menacer cette indépendance dans les


années 60 : le création des écoles secondaires polyvalentes (Com-
prehensive schools) qui, dans presque toutes les circonscriptions scolaires,
réunissaient Grammar school et école moderne secondaire de telle sorte
que les élèves de tous niveaux d’aptitude pussent recevoir un enseigne-
ment commun ; l’émergence des mathématiques “modernes” et la
refonte de l’ensemble du programme de mathématiques qui s’ensuivit ;
enfin, la création du CSE (certificat d’études secondaires) qui impliquait
que, désormais, 60 pour cent des élèves, ou davantage, relevaient d’un
système d’examens externes.

La géométrie “moderne”

L’impulsion que reçurent les mathématiques “modernes” au début des


années 60 peut être attribuée aux professeurs qui les expérimentèrent
dans leurs propres classes, à l’apparition de plusieurs manuels nouveaux
et à un programme massif de recyclage des professeurs du secondaire,
unique en son genre.
Les cours de recyclage étaient organisés au niveau national par Her
Majesty’s Inspectors (1’Inspection de l’éducation) et par les instituts
pédagogiques, au niveau local par les instituts pédagogiques et les
autorités scolaires locales, et aux deux niveaux par l’Association of
Teachers of Mathematics [Association des professeurs de mathé-
matiques] (ATM). Jusqu’en 1964,l’ATM était l’Association for Teaching
Aids in Mathematics [Association pour les matériels d’enseignement
mathématique], ce qui indique l’intérêt qu’elle portait depuis longtemps
aux méthodes du “stade A”, mais ses membres figuraient aussi parmi les
partisans les plus actifs des sujets nouveaux et vingt d’entre eux
écrivirent en commun Some Lessons in Mathematics (L’apprentissage
de le mathématique aujourd’hui, Fletcher, 1966). Les membres de
l’équipe de rédaction qui étaient alors ou à une date récente des
professeurs en exercice, avaient expérimenté les nouveaux matériels
pédagogiques ; c’était aussi le cas de la plupart des formateurs des cours
de recyclage et aussi des auteurs de manuels. Il existait aussi un certain
nombre de projets locaux ou nationaux, subventionnés par divers
moyens, avec pour objectifs l’élaboration d’un plan, la production de
manuels et la mise en place d’un examen approprié avec le concours des
comités compétents. Parmi ces projets, on peut citer le School
Mathematics Project (SMP) et le Midlands Mathematics Experiment
(MME) ainsi que quelques projets menés individuellement par des
écoles. On avait découvert une nouvelle façon de rédiger les manuels :
des professeurs élaboraient un contenu provisoire et l’expérimentaient
dans leurs classes, puis le remaniaient en profondeur avant la publication
finale.
139
D. S. FielkeI

Le chapitre “Géométrie” de L’apprentissage de la mathématique


aujourd’hui commence ainsi : “ En faisant de la géométrie, l’enfant
découvre l’espace et apprend ainsi des mathématiques et la logique.
L’enseignement traditionnel ignore souvent ces buts : l’élève étudie des
figures planes sans pour autant acquérir une maîtrise totale du plan.
Actuellement les mathématiciens pensent que les mathématiques tradi-
tionnelles n’ont plus guère d’intérêt. On ne cherche pas à faire de
l’axiomatique, bien que le mot “démonstration” soit souvent utilisé.
Notre enseignement doit avoir pour but de guider l’élève ; l’analyse
des figures doit : (a) stimuler et développer sa connaissance de l’espace ;
(b) lui permettre d’utiliser des méthodes cohérentes et un vocabulaire
précis, essentiels à son activité mathématique future” (Fletcher, 1966,
p. 275). La conception des trois stades est encore très prégnante. Mais
quelques questions nouvelles surgissent implicitement dans les pages
suivantes, ou l’on voit apparaître les symétries des polygones et des
pavages, une approche dynamique du cercle, une géométrie des
symétries développée en une algèbre, une approche par les vecteurs, et
ailleurs, une introduction aux notions topologiques plus générale que
toutes celles qui avaient jusque-là figuré dans les manuels.
Un des dangers était, si l’on essayait de traiter toutes les approches
possibles de la géométrie, qu’il y eût trop à faire et que leurs relations
mutuelles ne fussent pas toujours bien établies. Le SMP mettait surtout
l’accent sur la géométrie des transformations, en particulier les
transformations qui peuvent être représentées par des matrices. Les
translations en faisaient partie, puisqu’on abordait les vecteurs d’abord
sous forme de matrices-lignes ou de matrices-colonnes et plus tard,
indépendamment, sous la forme de déplacements, Le MME était axé sur
la géométrie vectorielle, par le biais des déplacements, et les matrices
étaient traitées à part. Cependant, ces deux projets visaient à enseigner
les propriétés des “figures planes” ainsi que la “maîtrise du plan”, le
premier en passant par les symétries et les propriétés métriques
traditionnelles des longueurs et des angles, et le second par les
transformations, décrites sous forme de symboles, de vecteurs ou de
matrices, en continuant à s’appuyer sur la géométrie analytique. Le
SMP va même jusqu’à étudier les invariants et exposer la programme
d’Erlangen de Klein, qui relie enfin la topologie au reste de le géométrie,
car elle ne lui était jusque-là rattachée que par le lien ténu des matrices
d’incidence.
La critique est facile. C’était une époque d’expérimentation, les
écoles choisissaient librement le contenu et le mode de traitement de
leurs programmes et les méthodes d’enseignement ; elles n’étaient
soumises à aucune autorité supérieure et les premiers essais d’examens
sur ces programmes nouveaux n’eurent pas lieu avant 1966. On avait
raison d’essayer tout et n’importe quoi et il était bon que quelques
professeurs le fissent, quand la majorité de leurs collègues restaient
140
Analvse de l’enseignement de la géométrie au Royaume-Uni

inactifs en attendant de voir dans quel sens le vent allait tourner, car il
n’était nullement acquis que les mathématiques “modernes” l’empor-
teraient. Ce que certains élèves ont pu perdre à cause des erreurs
mathématiques et pédagogiques qui ont été commises a été plus que
compensé par l’enthousiasme de leurs professeurs et un style d’enseigne-
ment plus vivant qu’ils n’en avaient jamais connu. Les pionniers ont dû
réfléchir à ce qu’ils faisaient au lieu de se contenter de suivre le manuel
rédigé par un autre.
D’ailleurs, les premiers projets menés en coopération produisirent
les meilleurs matériels pédagogiques. Le SMP, en particulier, bien
qu’institué à l’origine en vue de la production d’un manuel destiné à
la préparation du GCE, niveau 0, et qui devait ensuite être dissous,
continua à rédiger différentes sortes de manuels pour le niveau A, le
CSE, et d’autres manuels encore, s’adressant aux élèves de 11 à 16 ans
en général. Malheureusement, les éditeurs étant si impatients d’avoir
leurs manuels “modernes” qu’on vit s’atteler à cette tâche de nombreux
auteurs peu qualifiés (soit par inexpérience soit par incompétence), et
les livres de mathématiques qui étaient censés offrir “un judicieux
mélange d’ancien et de nouveau” s’avérèrent les pires. Il devint facile à
certains de prétendre qu’il fallait “jeter le bébé avec l’eau du bain”.
La situation finit par se décanter, et d’autres considérations, relatives
par exemple aux calculatrices et aux ordinateurs, prirent la relève. Ce-
pendant, la géométrie ne s’est jamais réellement stabilisée et c’est bien
la branche des mathématiques où l’on peut facilement adopter une
perspective déformée, ou une présentation incohérente quand on
essaie de donner tous les points de vue possibles.

La situation actuelle
Quand on considere les programmes d’examen, les textes d’examen ou
les manuels actuels, on est dérouté et, dans une certaine mesure, déçu.
A tous les niveaux, il existe encore des programmes qui ne contiennent
pas du tout de mathématiques “modernes”. La Northem Examining
Association, qui propose depuis 1974 un examen commun aux élèves
âgés de 16 ans ou plus, présente un programme “traditionnel” pour
1985 sous prétexte que la majorité des candidats, à l’époque où le
programme a été inauguré, se sont inscrits aux épreuves de mathé-
matiques “traditionnelles”. La plupart des comités d’examen pour le
GCE, niveau 0, ou le CSE offrent le choix entre des programmes de
mathématiques “traditionnelles”, des programme de mathématiques
“modernes” et des programmes “mixtes”.
Dans beaucoup de programmes, les questions de géométrie sont
regroupés suivant des rubriques semblables à celles du nouveau pro-
gramme commun de Londres, pour 1985, qui constitue un exemple
141
D. S. Fielker

typique : figures géométriques et leurs propriétés, transformations


et symétrie, coordonnées et vecteurs, matrices. Cette division peut
sembler répondre aux objections présentées dans L’apprentissage de la
mathématique aujourd’hui (Fletcher, 1966) à propos de l’apprentis-
sage des figures planes sans maîtrise du plan, si ce n’est que, très souvent,
les questions d’examen ne sont pas de nature à stimuler ou à développer
l’imagination spatiale des élèves. A part le SMP, qui continue à poser
les meilleurs questions, les examinateurs semblent avoir du mal à con-
trôler autre chose que des faits et des techniques dans n’importe quelle
situation de géométrie moderne, et il faut un raisonnement logique plus
développé pour résoudre un problème typiquement euclidien comme le
calcul d’un angle inconnu dans une configuration inscrite dans un cercle.
On peut juger surprenant qu’un texte d’examen du niveau 0 de-
mande au candidat d’indiquer les centres et axes de symétrie de figures
planes simples, et qu’un texte du CSE le conduise par la main pour
l’amener à trouver la transformation équivalente au produit de deux
autres, et qu’à ces deux niveaux les candidats puissent être interrogés
sur les théorèmes relatifs au cercle, qui apparaissent difficiles, rébarbatifs,
sans intérêt et superflus à la plupart des élèves.
Cela est typique de la persistance de vestiges euclidiens, qui se mani-
feste de différentes façons. Dans certains cas, il existe un cours euclidien
comme option de remplacement du cours moderne. L’on a beau adopter
une démande du type “stade A et stade B”, les théorèmes sont les
mêmes, principalement axés sur les angles, les triangles et les cercles,
encore que le contenu géométrique soit moins abondant qu’à l’époque
où la géométrie était une des trois épreuves de l’examen de mathé-
matiques.
Les théorèmes ont tendance à subsister envers et contre tout. Le
SMP a rapidement abandonné l’idée de démontrer les théorèmes relatifs
au cercle en utilisant les transformations. C’est faisable, mais ce n’est
pas le meilleur moyen. Il est faux d’affirmer que l’étude de la géo-
métrie des transformations se justifie par le fait qu’elle permet de
démontrer plus facilement, ou même de façon plus intéressante, les
théorèmes euclidiens. Les théorèmes d’Euclide sont importants non
pas parce qu’ils sont utiles, applicables, ou ont une valeur intrinsèque,
mais parce qu’ils font partie du développement naturel d’un système
déductif. Par conséquent, les théorèmes nécessaires sont ceux qui
émergent naturellement d’un exposé moderne. Les théorèmes d’un
exposé de la géométrie des transformations portent sur les trans-
formations. Il est possible que la tradition euclidienne interdise aux
professeurs de reconnaître les théorèmes qui ne concernent pas les objets
dans l’espace. 11 est toujours admis implicitement, mais rarement
affirmé explicitement, que ces deux sortes de géométrie coexistent.
Les descriptions ou les représentations des entités qui interviennent
dans ces deux géométries compliquent encore la question. Les auteurs

142
Analyse de l’enseignement de la géométrie au Royaume-Uni

parlent de la “géométrie matricielle” ou de la “géométrie vectorielle”


comme s’il s’agissait de deux sortes de géométrie différentes et de
“transformations matricielles” comme si les matrices étaient des trans-
formations. Les matrices et les vecteurs ne sont que des descriptions
des entités géométriques, de la même façon que les équations ou les
paires ordonnées peuvent représenter les objets du plan cartésien.
Ce qui rend ces descriptions si efficaces, ce sont les isomorphismes
que l’on peut établir entre les géométries et leurs algèbres respectives.
On est habitué à l’isomorphisme entre le plan cartésien et l’algèbre
traditionnelle, mais on y est peut-être trop habitué pour être conscient
de l’existence de cet isomorphisme, et personne ne se pose de questions
sur les hypothèses que l’on fait sur cet isomorphisme quand, par exemple,
on détermine le point d’intersection de deux droites en résolvant un
système de deux équations linéaires.
La situation est identique quand on représente les segments de droite
orientés par des vecteurs, ou qu’on représente un certain ensemble de
transformations par des matrices. On fait la navette entre les segments
de droite et l’algèbre vectorielle, ou entre les transformations et l’algèbre
matricielle, en utilisant continuellement les isomorphismes, sans pour-
tant toujours savoir s’ils ont bien été établis.
Il existe un autre facteur de complication à propos des vecteurs.
Dans le SMP, on les présente sous la forme de matrices-lignes ou de
matrices-colonnes. Dans le MME, on les présente sous la forme de paires
ordonnées représentant des déplacements. Dans d’autres exposés, on
les présente comme les déplacements eux-mêmes. Dans tous les cas, on
peut par la suite établir des isomorphismes, mais le principe général con-
sistant à inclure les vecteurs dans l’algèbre matricielle et même à les
appliquer à des systèmes autres que les déplacements (exactement
comme on utilise les matrices pour d’autres systèmes que les transfor-
mations du plan) présente des avantages pédagogiques particuliers. En
premier lieu, on n’est pas alors obligé de rester en dimension deux ou
trois. En outre, cette approche permet d’éviter les difficultés qu’entraîne
la distinction entre les “vecteurs fixes” et les “vecteurs libres”, en
montrant clairement que les paires ordonnées peuvent représenter quel-
quefois des points et quelquefois des translations. Elle permet aussi
d’utiliser le concept de translation transformant le plan entier, au lieu
de la considérer comme un déplacement qui paraît n’opérer que sur un
point.
Dans la pratique, les différents manuels résolvent toutes ces diffi-
cultés à leur manière, de façon plus ou moins réussie et avec leurs
propres partis pris. Ce sont en réalité les textes d’examen qui imposent
des bornes à l’imagination car, on l’a vu, les examinateurs semblent
n’en avoir guère pour poser les questions intéressantes qui permettraient
de vérifier plus que la simple connaissance de faits et de techniques.
C’est en topologie que le problème est le plus grave. Cette discipline

143
D. S. Fielker

est inévitablement traitée séparément du reste de la géométrie (sauf dans


l’essai courageux de hiérarchie des géométries du SMP, déjà mentionné
plus haut), mais au moins elle fournit un grand nombre de sujets, de
situations et de problèmes intéressants. Pourtant, quand on en arrive à
l’examen, on ne pose quasiment jamais d’autres questions que les trois
suivantes : reconnaître des graphes topologiquement équivalents, recon-
naître un graphe euclidien, construire la matrice d’incidence d’un graphe
donné ou vice versa.
Par certains côtés, cela n’est pas surprenant, qu’il s’agisse de topo-
logie ou de géométrie en général. Si l’apprentissage d’un sujet de géo-
métrie implique une exploration intensive, suivie d’une systématisation
d’une sorte ou d’une autre, que peut-on contrôler dans un examen écrit
traditionnel ? Au bon vieux temps des Eléments, on interrogeait sur les
théorèmes et quelques applications. Avec la géométrie moderne, qui
manque apparemment d’applications, on ne peut interroger que sur les
faits et les techniques. Dans tous les cas, on se contente de contrôler
des bribes de théorie, car les questions d’examen traditionnelles ne per-
mettent pas de faire davantage. Un des défauts de l’ensemble du
système est donc le style d’examen ; la situation, cependant, a Iégère-
ment évolué par endroits au cours des vingt dernières années.

Perspectives d’avenir
Il semble que peu à peu, à la manière britannique, l’intérêt pour les
contenus qui caractérisait l’enseignement des mathématiques fasse
place à un intérêt pour les processus. Dans les années 60, alors que tant
d’écoles se contentaient de passer des sujets traditionnels aux sujets
modernes, une école au moins (1’Abbey Wood School à Londres)
élaborait, en outre, de nouveaux styles de pédagogie et se montrait
capable, dans ses propres examens agréés pour le niveau 0 et le CSE,
de poser des questions comme les suivantes :

“Rédiger une dissertation sur les dés”.


“Etudier l’ensemble des matrices
c 1
0K oK >,.

“Etudier les triangles qui ont un périmètre de 24 unités”.

Dans cette école, et dans quelques autres, le style d’examen suivait le


style d’enseignement et le style de l’enseignement reposait sur une
philosophie de l’apprentissage des mathématiques selon laquelle les
élèves devaient, au moins une partie du temps, créer leurs propres
mathématiques. A cette fin, on encourageait les élèves à poser leurs
propres questions, à prendre leurs propres décisions, à inventer leurs

144
Analyse de l’enseignement de la géométrie au Royaume-Uni

propres algorithmes et à construire leurs propres structures mathé-


ma tiques.
Dans les années 70, on donna à ces idées un cadre théorique plus
structuré, de diverses façons ; les professeurs et les spécialistes de
l’éducation employaient des mots comme “classer, associer, ordonner,
transformer, . . . symboliser, conjecturer, démontrer, généraliser” (The
Mathematics Curriculum Project). L’Unité d’évaluation du rendement
scolaire du Department of Education and Science [Ministère de
l’éducation et des sciences] étudiait des méthodes de contrôle des
catégories “processus” aussi bien que des catégories “contenu”. Le
South Nottinghamshire Project (Bell et al., 1978) produisit un
programme “axé sur les processus”. L’Association of Teachers of
Mathematics fit paraître dans Mathematics Teaching des articles sur les
activités pédagogiques d’investigation et publia des brochures relatives à
ces activités (Points of Departure, 1 et 2).
Dans les années 80 ces idées gagnèrent du terrain. Un groupe connu
sous le nom de “Leapfrogs” publia’ divers matériels : brochures,
affiches, diapositives, bandes sonores, jeux et photographies, qui étaient
bien différents des manuels traditionnels. Marion Bird (1983) décrivit
des moyens spécifiques d’engendrer l’activité mathématique qui laissaient
aux élèves une grand part d’initiative. Beaucoup d’écoles et de groupes
d’écoles travaillaient de leur côté de façon moins traditionnelle et
expérimentaient, en mathématiques, de nouvelles méthodes d’examen,
prenant souvent en considération le travail de classe (travaux effectués
pendant les cours habituels, éventuellement sur de longues périodes) au
lieu de se limiter à de simples épreuves écrites. L’idée d”‘investigation”
issue de 1’Abbey Wood School, c’està-dire d’une situation où les élèves
posent eux-mêmes les questions, se retrouvait au niveau des examens à
la Wyndham School dans le comté de Cumbria, ainsi que dans de petits
groupes d’écoles londoniennes, et cette idée a été reprise dans le projet
SMILE (Secondai-y Mathematics Individualised Learning Experiment
[Expérience d’apprentissage individualisé des mathématiques du
secondaire]) auquel participent de nombreuses écoles de Londres, une
cinquantaine d’entre elles préparant actuellement des candidats aux
examens du GCE niveau 0 ou du CSE sur la base d’un programme
spécial.
Pour la première fois, l’idée d’investigation reçut l’approbation du
Gouvernement. Le rapport Cockroft se déclara en faveur d’une diversi-
fication des styles d’enseignement, recommandant que “l’enseignement
des mathématiques à tous les niveaux comporte successivement des
séquences d’exposé du professeur, de discussion entre le professeur et
les élèves et entre les élèves eux-mêmes, de travaux pratiques appropriés,
de renforcement et de pratique des techniques et des automatismes

1. Tarquin Publications, Diss, Norfolk.

145
D. S. Fielker

fondamentaux, de résolution de problèmes, y compris l’application des


mathématiques à des situations de la vie quotidienne, et de travail
d’investigation” (Crockroft, 1982, p. 7 1).
Une des caractéristiques de cette évolution fut qu’on enseigna
davantage de géométrie. Depuis 20 ans, on eut presque dit que la
géométrie avait disparu des programmes de mathématiques. Certains
théorèmes euclidiens subsistaient, sous une forme moins rigide
qu’autrefois, mais la géométrie “moderne” s’apparentait davantage
à de l’algèbre. Cela faisait longtemps que l’élève moyen n’avait plus
l’occasion d’être directement aux prises avec les éléments de l’espace.
On se rendait compte désormais, que les situations spatiales cons-
tituaient un terrain fécond pour une approche des mathématiques
fondée sur l’investigation, et les divers matériels que nous venons de
mentionner invitent à l’exploration de sujets tels que les diagonales, les
polyominos, les pavages, les courbes, les amas de cercles, les spirales, les
réseaux, les ombres. Cette liste ne donne pas d’indication sur l’approche
utilisée, mais fait bien ressortir qu’il s’agit d’une géométrie en grande
partie synthétique et euclidienne, portant sur les configurations et leurs
classifications et relations mutuelles. Euclide était enfin de retour, mais
sous des traits entièrement nouveaux.
De nombreux auteurs ont décrit ou illustré par des exemples ce
que recouvre, pour eux, cette approche “exploratoire”, mais il n’y en
a sans doute que deux qui aient présenté un approche spécifique de
la géométrie. Geoff Giles a élaboré un grand nombre d’activités et de
matériels ingénieux’ qui permettent d’aborder d’une manière active
et constructive des sujets comme les angles, les symétries, les pavages
et la représentation des figures tridimensionnelles. Il a prôné (Giles,
1983, p. 37) une géométrie destinée à tous les élèves, et pas seulement
à l’élite, de contenu limité et où les éléments importants sont “le plaisir
et le succès”, “l’acquisition de techniques et de notions intuitives
fondamentales qui seront assimilées pour toujours” et l’idée que “pour
la majorité des enfants, les mathématiques scolaires devraient apparaître
comme un prolongement du simple bon sens”. Il continue en ces termes :
“Certains avanceront que la “géométrie” que je préconise n’a ni subs-
tance ni consistance et ne peut donc être prise au sérieux ; mais, pour
eux, les mathématiques représentent un contenu statique, et leur
géométrie est morte et enterrée dans les manuels. Si l’on veut que la
classe de mathématiques soit vivante, nous devons permettre aux élèves
de faire eux-mêmes leurs propres mathématiques. Un premier pas dans
ce sens consiste à organiser des activités par lesquelles on passe des
problèmes à l’investigation. C’est faire qui est important, non ce qui est
fait”.
L’auteur du présent chapitre reprend le même thème dans une
série d’articles de Mathematics Teaching, reproduits sous forme de
1. DIME Projects, University of Stirling, Department of Education.

146
Analysede l’enseignementde la géométrieau Royaume-Uni

brochure (Fielker, 1983). On y trouvre une tentative de classification


des activités géométriques, abondamment illustrée par des comptes
rendus de travaux scolaires, sous des rubriques telles que : classement,
prédiction, ordre et généralisation. L’idée que ce sont les élèves qui
doivent prendre les décisions revient souvent, mais on indique aussi
comment on peut organiser un programme avec des sujets structurés
“en étoile”, par opposition à l’ordre linéaire, en insistant à nouveau
sur les processus plus que sur le résultat.
L’ensemble des mathématiques paraît s’orienter dans cette direc-
tion. En géométrie, où l’on a un choix si abondant d’espaces, de des-
criptions et de modes de traitement, le contenu proprement dit paraît
encore moins important. Il est donc possible d’utiliser un contexte
spatial pour exercer et développer les aptitudes et les processus mathé-
matiques identifiés au cours des dix dernières années, en s’appuyant
sur la connaissance d’un contenu limité, afin de rendre la géométrie
accessible aux élèves les plus faibles, tout en donnant aux meilleurs la
possibilité de progresser.

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148
Alan J. Bishop

Quelques obstacles à l’apprentissage


de la géométrie

Introduction
Dans ce chapitre, le terme de “géométrie” désigne les mathématiques
de l’espace, d’où il découle que les obstacles dont nous parlerons ne
sont pas seulement des obstacles mathématiques. Au cours des vingt
dernières années, on a pris de plus en plus conscience du fait qu’une
bonne partie des difficultés rencontrées par les enfants dans l’appren-
tissage scolaire des notions mathématiques ont pour origine leur con-
ceptualisation du monde spatial. Nous étudierons donc dans le présent
chapitre les obstacles à cet apprentissage considéré dans ses trois
composantes : apprentissage de l’espace, apprentissage de la mathé-
matisation de l’espace et apprentissage de la géométrie.
Il s’agit d’ailleurs, dans une certaine mesure, d’un ordre chrono-
logique aussi bien que logique. Dans la plupart des pays, l’enfant arrive
à l’école en ayant une certaine connaissance de son environnement
spatial, mais ne sachant pas grand chose des mathématiques. Un travail
important doit être fait à l’école élémentaire pour développer ces
notions spatiales et aussi pour initier l’enfant aux techniques fonda-
mentales de la mathématisation (classement, description, établissement
de relations), par différentes démarches : comprendre ce au’est une forme
triangulaire, savoir nommer des quadrilatères différents, apprendre à
construire une boîte avec six rectangles, etc. A l’école secondaire, on
abordera en général un ensemble de sujets plus large : les coordonnées,
les transformations, les vecteurs, la trigonométrie, et leurs caractéristiques
mathématiques, en particulier leurs relations et applications. Dans
l’enseignement supérieur, les systèmes géométriques seront complète-
ment formalisés et fondés sur des bases axiomatiques. En fait, à ce
niveau, la géométrie n’est souvent plus qu’une des branches de l’algèbre,
tellement elle s’est éloignée de ses origines spatiales.
Cependant, cette chronologie générale ne doit pas masquer le fait
que les trois “composantes” de ce chapitre jouent un rôle à tous les
niveaux de l’enseignement. Au niveau élémentaire, divers autres con-
cepts mathématiques interviennent dans les activités spatiales ; par
exemple, une grande partie des activités de mesure consiste à utiliser
149
Alan J. Bishop

les nombres dans un contexte spatial. Au niveau secondaire, l’élargisse-


ment de l’éventail des sujets géométriques sollicite fortement la capacité
de visualisation des élèves et leur connaissance du monde spatial. Enfin,
si l’on veut, au niveau de l’enseignement supérieur, former convenable-
ment les professeurs de mathématiques, il faut mettre l’accent avec
insistance sur les bases spatiales et visuelles de la géométrie.
Nous pensons donc que les trois sections qui suivent renferment
des idées importantes pour ceux qui enseignent à quelque niveau que
ce soit, ainsi que pour les chercheurs. Toutes ces idées seront récapi-
tulées dans le section finale.

Obstacles à l’apprentissage de l’espace


Dans la présente section, nous étudierons les divers facteurs, internes et
externes à l’élève, qui peuvent engendrer des difficultés aux premiers
stades de l’apprentissage de la géométrie. Je partage totalement l’opinion
formulée par Clements (1985) dans son excellente analyse générale sur
les causes des difficultés conceptuelles, selon laquelle la plupart des
difficultés peuvent être attribuées à des facteurs externes. Quoi qu’il en
soit, il est beaucoup plus facile d’agir sur ces facteurs externes que sur
les autres.
Le premier facteur exerçant une influence manifeste est la priorité
qui est donnée au niveau élémentaire à l’arithmétique, au détriment de
la géométrie. Dans de nombreux pays, de tous niveaux de développe-
ment, ce n’est qu’assez récemment que l’activité géométrique a fait son
apparition dans les programmes de l’école élémentaire en liaison avec la
tendance générale à un enseignement intégré des mathématiques au
niveau du secondaire. Cependant, Colmez (1977) constate dans son
étude générale des mathématiques du primaire que “l’arithmétique
reste le sujet central de l’enseignement élémentaire”, ce que Fey (1979)
confirme à propos de la situation aux Etats-Unis d’Amérique : “Une
grande majorité des enseignants du niveau élémentaire pensent que leur
seule tâche, en ce qui concerne l’enseignement des mathématiques, est
de développer l’aptitude des élèves au calcul arithmétique”.
Un deuxième obstacle tient au fait que, même quand l’activité
géométrique est prévue par les programmes scolaires, elle n’a, dans
beaucoup d’entre eux et pour beaucoup d’enseignants, que peu de
rapport avec l’environnement spatial extrascolaire. Ce problème à
peutêtre pour origine une conception particulière des mathématiques,
tant chez les enseignants que chez les responsables de l’élaboration des
programmes. Par exemple, des conceptions inspirées par le forma-
lisme, plutôt que par l’empirisme ou I’intuitionnisme, peuvent non
seulement conduire à enseigner la géométrie en l’isolant de toute
“réalité” mais aussi à donner aux élèves le sentiment que le reste des
150
Quelques obstacles à l’apprentissage de la géométrie

mathématiques scolaires n’a pas non plus de rapport avec le monde


extérieur. Dans ces conditions, ils ne seront guère motivés pour l’appren-
tissage de la géométrie.
Au niveau de la culture, on doit remarquer que, pour beaucoup
d’élèves dans le monde, les notions géométriques qu’on leur enseigne à
l’école sont fondées sur une perception de l’espace totalement étrangère
à celle de leur “culture familiale”. Il peut s’agir d’enfants d’immigrés
récents ou d’enfants appartenant à une communauté autre que le
groupe culturel dominant du pays. Les travaux de Harris (1980) sur les
aborigènes d’Australie et ceux de Pinxten et al. (1983) sur les Navajos
aux Etats-Unis d’Amérique mettent bien en lumière certains de ces
problèmes. .Pinxten, en effet, dans son étude pénétrante et passionnante
ne se contente pas de poser très clairement les problèmes ; il propose
aussi une solution pédagogique spécifique consistant à objectiver,
codifier et légitimer une géométrie navajo destinée à être enseignée aux
enfants navajos avant leurs premiers contacts avec les concepts
géométriques “occidentaux”. Le mot “occidentaux” entre guillemets
appelle l’attention sur notre méconnaissance générale de ce phénomène
d’hégémonie éducationnelle. Cette question dépasse le cadre du présent
chapitre et a un caractère fortement politique (voir, par exemple,
Gerdes, 1982). Soulignons simplement l’importance de ce problème en
remarquant qu’il existe des millions d’enfants dans le monde qui
apprennent les mathématiques dans une langue différente de leur langue
maternelle ou de celle qu’ils parlent chez eux. Il est donc probable
qu’une énorme proportion de ces enfants est confrontée à une
perception du monde différente de celle de leur culture “familiale”. En
outre, même s’ils parlent la même langue à la maison et à l’école, cela
ne garantit toujours pas que les deux perceptions du monde soient
identiques.
Ce problème illustre la discordance que l’on constrate, d’une manière
plus générale, entre l’expérience (au sens le plus large) qu’a l’enfant du
monde spatial et les notions et conceptions géométriques que lui incul-
que l’école. Nous considérons comme admis que l’enseignement doit
s’inspirer de l’expérience de l’enfant, l’exploiter et l’élargir, mais il
faut bien se rendre compte aussi que cette expérience varie selon les
enfants, et selon les régions, et même selon les pays, Cela apparaît à
l’évidence si l’on considère le cas des enfants voyants ou non-voyants, et
la question de savoir s’il vaut mieux enseigner une géométrie de l’en-
vironnement urbain ou une géométrie de l’environnement rural peut se
discuter (voir à ce sujet Serpell, 1976). D’autres auteurs, comme
Mitchelmore, signalent certaines déficiences particulières que peut
présenter l’environnement de l’enfant à cet égard : “A la Jamaïque,
beaucoup de familles ne possèdent pas d’équipement spécialement
destiné aux jeux des enfants. Ceux-ci ont moins de jouets [que les
enfants européens]. Leurs livres sont moins raffinés et les émissions de
151
Alan J. Bishop

télévision pour enfants sont moins variées” (Mitchelmore, 1986).


Quelles que puissent être les causes de ces différences d”‘expérience”
environnementale et spatiale, il importe de toute évidence que l’école
ne considère pas l’expérience nécessaire comme acquise mais prévoie
des activités spatiales appropriées pour initier les enfants aux notions
géométriques. L’utilité de matériels concrets pour l’enseignement des
concepts et des relations numériques est bien connue et largement mise
en pratique mais certains enseignements d’initiation à la géométrie
sont encore extrêmement “pauvres” à cet égard.
Etant ainsi passés peu à peu, dans les paragraphes qui précèdent,
de l’examen des facteurs externes à celui de facteurs plus internes,
nous en arrivons maintenant à l’enfant considéré dans son individualité.
L’essentiel, du point de vue de l’apprentissage, est de voir dans quelle
mesure l’enfant a intériorisé et “appréhendé” intellectuellement ses
expériences spatiales. Est-il capable d’en parler ? Que connaît-il de la
représentation des phénomènes spatiaux ? Sa culture familiale
encourage-t-elle la peinture, la construction de maquettes, le dessin ?
Peut-il se représenter et visualiser ses expériences spatiales de façon à
être capable d’amorcer une réflexion à leur sujet ?
A ce stade, il vaut peut-être mieux que le maître considère ces
facteurs comme individuels plutôt qu’internes, dans la mesure où il
constatera qu’il s’agit davantage de différences entre les élèves que de
particularités propres à tel ou tel l’élève. Il ne faut pas croire non plus
que ces considérations n’ont d’intérêt que pour les enseignants du
primaire. A tous les niveaux, les élèves diffèrent par leur utilisation du
langage, leur capacité de visualisation et l’étendue de leur expérience
des phénomènes spatiaux. A tous les niveaux, le professeur de géométrie
doit enrichir et structurer l’expérience spatiale des élèves, développer
leur vocabulaire del’espace et leur donner les moyens d’exploiter pleine-
ment leur capacité de visualisation (voir, par exemple, Kent et Hedger,
1980).
Pour lever les obstacles à l’apprentissage de la géométrie, les premières
étapes consistent donc en des activités destinées à améliorer la compré-
hension qu’ont les élèves de leur environnement spatial. Si les professeurs
de géométrie faisaient en sorte de préparer “spatialement” les élèves
avant de mathématiser les notions, ils s’apercevraient que la suite de leur
cours est beaucoup plus facile à enseigner sur la base de ces expériences,
et les élèves auraient conscience d’avoir déjà des bases spatiales sur les-
quelles asseoir leur compréhension des notions géométriques, ce qui
n’est pas toujours le cas actuellement.

152
Quelques obstacles 1 l’apprentissage de la géométrie

Obstacles à l’apprentissage de la mathématisation de


l’espace

L’apprentissage des notions géométriques ne se réduit pas à l’appren-


tissage des mathématiques de l’espace. Il faut aussi apprendre à mathé-
matiser cet espace. Alors que la section précédente traitait des bases
spatiales de l’éducationgéométrique, nous nous intéresserons davantage,
dans celle-ci, à que l’élève construit sur ces bases. Il est clair que les
maîtres de dessin, de travaux manuels, de géographie, d’arts appliqués,
d’éducation physique ou de danse doivent tous, d’une manière ou
d’une autre, formaliser la perception qu’a l’élève du monde spatial et
fonder leur enseignement sur des bases spatiales. Cependant, il est
évident aussi que le mathématicien ne voit pas l’espace comme l’artiste
ou le géographe. La présente section étudiera la début de ce processus
de visualisation.
On peut, dans une certaine mesure, considérer les obstacles à
l’apprentissage de la géométrie en termes de forme et de contenu.
Cette dichotomie classique, qui s’applique aux mathématiques en
général, est particulièrement importante dans l’enseignement de la
géométrie car, pour de jeunes élèves, la forme et le contenu de la
géométrie paraissent se confondre. Nous avons affaire à une représenta-
tion de l’espace qui concerne à la fois la forme (la façon dont les
concepts spatiaux sont représentés) et le contenu (ce qui est représenté).
Il convient de s’arrêter sur ce point car c’est au moment où l’élève
commence à mathématiser les notions spatiales que la confusion entre
la forme et le contenu peut risquer se produire.
Par exemple :

Ce dessin représente-t-il un triangle ou est-il


AAC
lui-même un triangle ?
Ces trois triangles sont-ils les mêmes ?

A-4? c
AL B
C A
4
Et il y a aussi le problème classique “d’orientation”, qui fait que beau-
coup d’enfants se refuseront à voir dans cette figure un triangle rectangle :

153
Alan J. Bishop

Une autre source de confusion réside dans le fait qu’on ne peut pas
tracer un “triangle quelconque” de la même façon qu’on représente un
“nombre quelconque” par le symbole “x”, par exemple. Une fois tracé,
le triangle quelconque devient dans l’esprit de l’enfant un triangle
particulier. Il existe encore bien d’autres sources de confusion, mais
nous nous en tiendrons là pour le moment.
Sur un plan général, on doit remarquer que les difficultés que
rencontre un élève en géométrie ne sont pas, dans un sens, différentes
de celles qu’il rencontre dans toute matière nouvelle : l’élève ne sait pas
ce qui est important et ce qui ne l’est pas. Cependant, nous pouvons
aussi en tant qu’enseignants être responsables de grandes difficultés
pour nos élèves comme pour nous-mêmes si nous ne somme pas
attentifs à cette confusion entre forme et contenu.
Considérons un autre exemple. Dans beaucoup d’écoles élémen-
taires, on trouve des formes découpées à l’usage des enfants, qui servent
de “formes-types” pour les objets géométriques “les plus courants” :

cercle carré rectangle triangle

Examinons certains des problèmes didactiques qui peuvent résulter


de ce genre de représentation et de dénomination. Y-a-t-il une différence
entre un cercle et un disque ? Quel rapport y a-t-il entre un cercle tracé
sur le papier et le cercle ci-dessus ? Le cercle tracé sur le papier est-il
juste la “circonférence” d’un cercle ? Nous disons cependant : “la
longueur de la circonférence d’un cercle est égale à T fois le diamètre du
cercle”. Qu’est-ce donc que “le cercle” ? (Ou retrouvre évidemment
les mêmes problèmes pour toutes les “formes”). Ou bien encore : Quel
rapport y-a-til entre le “carré” et le “rectangle” ? Un rectangle est-il une
espèce de carré particulière, ou l’inverse ? Certains professeurs qualifient
“d’oblongs” tous les rectangles non carrés. Un rectangle a-t-il une
“longueur” et une “largeur” ou une “hauteur” et une “largeur” ? Le
lecteur pourra, j’en suis certain, déterminer facilement les problèmes
analogues que pose le triangle particulier dessiné ci-dessus.
Quelle est donc l’origine de tous ces problèmes ? Est-ce l’utilisation
de formes découpées ? Pourtant, elles plaisent aux jeunes enfants et le
“sentiment” de la forme fournit à l’élève une image mentale importante :
la “rondeur” du cercle est ressentie tout autrement que le caractère
“pointu” du triangle. Les dénominations sont certainement correctes
dans la mesure oh chaque forme est un exemple authentique correspon-
dant bien à la dénomination choisie. Le problème réside dans le fait
qu’on ne donne qu’une seule représentation pour chaque dénomination,
154
Quelques obstacles a l’apprentissage de la géométrie

et tout se passe comme si la représentation devenait un symbole de la


dénomination. La forme et le contenu sont alors indissociables.
A ce stade, nous nous trouvons donc en face de trois sources de
difficultés potentielles pour l’élève : une notion insuffisante de ce qui
est important ; une conception étroite de la représentation ; et une
confusion entre forme et contenu.
La question de savoir ce qui est important dans le contexte de la
géométrie est étroitement liée aux considérations de la section précé-
dente. Si, comme on le pense de plus en plus, l’enseignement de la
géométrie part des expériences spatiales de l’enfant, il faut, à ce stade,
essayer de mathématiser ces expériences. Cela implique par exemple
qu’au lieu d’apprendre la définition du cercle, du carré et du rectangle,
l’enfant doit acquérir des idées sur la “circularité” (par exemple : elle
permet aux objets de rouler ; il existe une uniformité de la courbure,
qui est absente des formes ovales ; elle a plus de rapports, à l’origine,
avec les sphères qu’avec les formes bidimensionnelles), sur “le caractère
carré” (sentiment de quatre côtés symétriques, forme très “égale”,
accompagnée d’une image des quatre point cardinaux et sur la “rec-
tangularité”) (la forme de la “boîte”, comme dit Freudenthal (1983),
possédant une certaine symétrie, mais fondamentalement déséquilibrée).
Il sera évidemment plus facile de dégager ces propriétés d’objets
“concrets” : récipients, emballages, etc. pris dans l’environnement de
l’enfant.
Pourquoi cependant nous restreindre (et restreindre l’enfant) à la
géométrie des petits objets ? Qu’en est-il de l’espace à plus grande
échelle et du mouvement ? Les trajets, longs ou courts, aller et retour,
avec toutes leurs indications (“tourner à gauche au second croisement”)
ont de nombreuses propriétés importantes pour la suite de l’enseigne-
ment de la géométrie. Les réflexions dans les miroirs et au cours de
mouvements avec un partenaire, la disposition des couverts autour d’une
table, les figures des danses folkloriques, tout cela peut être exploité.
Les ombres, les miroirs déformants, les angles de vue bizarres peuvent
initier l’élève à la distorsion qu’il rencontrera plus tard dans le cas de cer-
taines transformations affines (affinités, cisaillements).
Mathématiser l’espace consiste à commencer à réfléchir aux carac-
téristiques de l’espace auxquelles s’intéressent les mathématiciens. Nous
devons donc faire en sorte que l’attention de l’enfant soit attirée sur
autant de caractères pertinents de l’espace que possible : grand et
petit, statique et dynamique, observé et éprouvé, ressenti et vu, fabri-
qué et naturel, fait par l’enfant et fait par le maître. C’est là que le
travail de classement doit commencer. Quelles sont les similitudes de
deux situations ; quelles sont les différences ? Il faut distinguer entre
forme et taille, entre forme et orientation, entre égal et semblable,
etc.
Examinons maintenant les obstacles à la représentation de ces

155
Alan J. Bishop

notions géométriques et la façon de les surmonter. Comme on l’a vu


plus haut, le problème a pour origine une approche trop étroite de la
repr&entation. Une aspect tout à fait fondamental et souvent méconnu
de ce processus est la réduction d’échelle de l’environnement spatial,
qui consiste à traduire un phénomène spatial à grande échelle sur une
feuille de papier ou sous la forme d’un objet. L’idée de réduction
d’échelle implique une simplification de l’original et aussi sa représen-
tation d’un point de vue particulier. Des prouesses “d’imagination”
sont évidemment nécessaires à l’enfant pour effectuer la représentation.
Nussbaum et Novak (1976) l’ont clairement montré dans leur étude sur
la conception que les enfants se font de la Terre. Certains enfants
dessinaient une sphère placée dans un champ de gravité vertical, avec
toutes les idées qui s’y attachent : les objets situés au-dessus de la Terre
tombent sur elle et les autres “tombent en dehors de la Terre”.
Deux approches nous paraissent ici fécondes. La première fait appel
aux cartes et à la cartographie, qui apparaissent comme des aspects
fondamentaux de notre “espace cognitif’. Traditionnellement, bien sûr,
les professeurs de géographie sont des experts dans le domaine du
“développement de la cognition spatiale” (voir Hart et Moore, 1973)
mais la cartographie n’a pas qu’un intérêt géographique. Les formes de
représentation utilisées, les modélisations possibles et les échelles, tout
cela peut être exploité avec profit aux fins de la mathématisation. Cette
activité peut commencer très tôt, comme l’indique le titre surprenant
d’un article de Blaut et Stea (1974) : “ Mapping at the Age of Three” [La
cartographie à l’âge de trois ans]. La passion des enfants pour les
modèles réduits de personnes (les poupées), de voitures ou d’autres objets
peut très bien être exploitée à des fins géométriques, pour illustrer les
notions de similitude et d’échelle et les différences de taille et de forme.
L’autre approche est liée à l’utilisation de photographies et de
l’appareil photographique en général. Certains documents du projet
IOWO (1978) exploitent l’intérêt de la photographie en tant que repré-
sentation “intermédiaire”, c’est-à-dire intermédiaire entre la réalité et
sa représentation dessinée. Le projet SCIS (Science Curriculum Improve-
ment Study, 1978) utilise également des photographies dans ses
matériels pédagogiques sur la position relative, les points de vue et le
mouvement relatif. Les relations entre la position de l’appareil photo-
graphique, la position de l’objet et la photographie qui en résulte
peuvent constituer une source fructueuse d’activités géométriques,
en particulier quand on l’étend aux caméras de cinéma et de vidéo.
Quant aux figures utilisées dans la pratique pour représenter les
notions géométriques, il faut d’abord se rendre compte qu’elles peuvent
elles aussi être à l’origine de beaucoup de difficultés. Voici quelques
exemples :

156
Quelques obstacles à l’apprentissage de la géométrie

1.

C
A

2. L’angle B est plus grand


que l’angle A (Kent,
AL B 1978), ou encore

3. ces droites sont tandis que


celles-ci ne le
sont pas (Kers-
lake, 1979)

4. Dans le cas de schémas plus


compliqués comme celui-ci,

certains élèves ne reconnaissent pas la nature tridimensionnelle de la


figure (Bishop, 1983).

Il existe un vocabulaire visuel très complexe, avec de nombreux


symboles et conventions, que l’élève doit comprendre pour pouvoir
donner un sens aux figures géométriques, et il peut en résulter beaucoup
de difficultés telles celles mentionnées ci-dessus. On peut considérer
que ces difficultés sont liées en grande partie au problème que pose la
“lecture” de symboles créés par d’autres et, comme pour l’apprentissage
de la lecture des mots et des phrases, il est nécessaire de prévoir des
activités qui amèneront l’élève à se livrer lui-même à la représentation
des figures et pas seulement à leur interprétation. Cela implique qu’on
encourage de nombreuses façons le dessin et la représentation. Le dessin,
toutefois, n’est pas une activité simple (Goodnow, 1977), et Fuson et
Murray (1978) ont montré que reconnaître des formes découpées est
plus facile que de les construire avec des bâtons, activité qui est elle-
même plus facile que de les dessiner avec exactitude. Il faut donc
admettre que le dessin n’est pas le seul moyen de représenter les notions
géométriques et l’on devrait peut-être en faire la dernière étape d’une
série d’activités de représentation qui pourrait inclure l’usage de bâtons,
de fil de fer et de ficelle, le dessin dans le sable, etc.
Le langage est un autre moyen de représentation des notions
spatiales qui présente pour l’élève des difficultés particulières. Nous
157
Alan J. Bishop

avons déjà vu les difficultés qu’entraîne l’utilisation trop précoce des


appellations et des “noms” géométriques (cercle, carré, triangle) : il
faudrait plutôt insister, dans les premiers stades, sur les adjectifs (circu-
laire, plat, rectangulaire) qui caractérisent les propriétés géométriques
des objets.
Plusieurs types de difficultés ont pour origine le fait que I’enseigne-
ment n’a pas conscience de la façon dont il se sert lui-même du langage,
notamment en liaison avec l’utilisation d’un tableau noir vertical. Le
nord est “en haut”, on “abaisse” une perpendiculaire ; l’axe des y est
“vertical”, les figures géométriques ont des “bases” et des “hauteurs”.
Tout cela peut égarer l’élève qui, lui, est (en général) assis à une table
horizontale. Le même phénomène est peut-être à l’origine des diffi-
cultés de l’élève concernant l’orientation des figures. Sur un tableau
vertical, on a tendance à dessiner les figures “debout”, autrement elles
pourraient “tomber”. Au champ de gravité vertical est associée une
idée de stabilité, sans rapport avec la question. Fisher (1978), dans un
panorama des travaux de recherche, arrive à la conclusion que la
préférence pour les figures “debout” est enracinée très profondément
et ne semble pas modifiée par des types particuliers d’enseignement.
Nous reviendrons, dans la prochaine section, sur la question du
langage mais, pour résumer les problèmes relatifs à la mathématisation
de l’espace, il apparaît clairement qu’il est très dangereux d’affecter
trop tôt des dénominations à des représentations trop “symboliques”
des phénomènes spatiaux. Ce stade de l’apprentissage de la géométrie
par l’enfant doit être rempli d’activités utilisant des récipients de formes
diverses, des configurations de carrelages, des mosaïques, des pliages,
des constructions de maquettes, et le dessin de croquis et de cartes. On
doit structurer ces activités de façon à mettre en évidence les caracté-
ristiques, les propriétés et les phénomènes géométriques. C’est par cette
approche qu’on peut commencer à donner une forme objective au
contenu de la géométrie.
En ce qui concerne la forme ou la représentation des notions géo-
métriques, les élèves auront besoin à ce stade de se familiariser avec
différentes sortes de représentations et avec la “traduction” d’une
représentation en une autre. Le diagramme suivant indique la structure
possible de ces activités :
Produits

Objets Figures Symboles

Objets

Apports Figures

Symboles

158
Quelques obstacles à l’apprentissage de la géométrie

Avec les catégories “objets” (de l’espace réel, grands ou petits),


“figures” (diagrammes, photographies) et “symboles” (mots, lettres et
aussi nombres), on peut représenter puis réaliser les diverses sortes
d’activités de “traduction” mettant en oeuvre les différents aspects de
la représentation.
Voici trois exemples, se référant au diagramme ci-dessus :

Case A : L’enseignement donne à l’élève quelques figures, par exemple


trois dessins différents d’un objet. A partir de là, l’élève doit construire
l’objet lui-même, avec de l’argile ou de la pâte à modeler.
Case B : L’enseignant a, par exemple, préparé des descriptions verbales
de certaines figures ; à partir de ces descriptions l’élève doit construire
la figure. Ce travail peut faire intervenir des constructions simples au
crayon, à la règle ou à l’aide de formes courbes.
Case C : On donne, par exemple, un objet à l’élève et on lui demande de
le décrire de façon à ce qu’un camarade qui l’écoute de l’autre côté
d’un écran soit capable de le trouver au milieu d’un ensemble d’objets.

Bien entendu, des confusions et des malentendus sont possibles


mais, en discutant avec les enfants, l’enseignant commencera à
développer chez eux non seulement les idées et concepts géométriques
mais aussi la connaissance des tâches qu’implique la représentation de
ces concepts. Les enfants acquièrent aussi une métaconnaissance de la
géométrie, prenant conscience en particulier de la nécessité de défini-
tions précises, de la nature relationnelle et de l’interconnexion des
notions mathématiques et de la nature abstraite et générale de l’activité
mathématique.
Je pense personnellement que si les spécialistes de la formation
mathématique insistaient davantage sur les efforts à faire pour sur-
monter les obstacles décrits dans la présente section, une grande partie
des difficultés que rencontrent les enfants dans l’apprentissage de la
géométrie proprement dit se trouveraient résolues. C’est la précipitation
mise à aborder la géométrie formelle, en négligeant les nombreuses
activités associées à la mathématisation du monde spatial, qui est, à
notre avis responsable des difficultés qu’éprouvent les enfants face aux
concepts et aux processus géométriques.

L’apprentissage de la géométrie
La présente section est consacrée à la description de certains obstacles
particuliers que les enfants doivent surmonter dans l’apprentissage de
la géométrie, compte tenu de ce qui a été dit dans les deux précédentes.

159
Alan J. Bishop

Dès l’abord, on se heurte à un problème de description, du fait que,


comme on peut le voir dans d’autres chapitres, il n’existe pas de con-
sensus sur ce qui constitue ou devrait constituer la géométrie scolaire.
En particulier, alors que dans certains systèmes scolaires la “géométrie”
constitue encore, dans le programme, une matière distincte, avec des
cours qui lui sont propres à différents niveaux, d’autres pays ont adopté
une approche des mathématiques beaucoup plus intégrée. Dans ces
derniers systèmes, on étudie des sujets tels que les suivants : vecteurs,
réseaux, coordonnées, trigonométrie, transformations et géométrie
tridimensionnelle, à de nombreux niveaux différents de la scolarité.
Comment doiton alors analyser les obstacles que rencontrent les
élèves dans ces contextes très différents ? Nous adapterons le plan
suivant : premièrement, les obstacles de nature “purement géométrique”,
puis ceux qui concernent la géométrie en tant que structure mathé-
matique, et enfin quelques problèmes spécifiques rencontrés par les
élèves dans l’étude de différents sujets de géométrie.
Premièrement, le qualificatif “purement géométrique” s’applique
ici aux concepts géométriques et à leurs relations mutuelles. Je pense
aussi au caractère limité qu’ont ces concepts pour beaucoup d’enfants.
Les difficultés semblent associées à deux facteurs qui, bien qu’on les
considère ici séparément, sont certainement liés dans la réalité : le
fait que la formation des concepts chez l’enfant est limitée d’abord
par les schémas et les figures utilisés et ensuite par sa capacité d’imagina-
tion. Nous avons déjà vu dans la section précédente comment la forme de
la représentation utilisée peut gêner la compréhension de l’enfant, et
l’on retrouve d’autres exemples de ce phénomène plus tard, quand les
élèves étudient une géométrie plus formelle. Ainsi Hoz (1981) décrit de
façon très détaillée plusieurs aspects de la “rigidité géométrique” qui,
souvent, résulte de ce que les élèves sont incapables de “voir” un
diagramme d’une manière différente. Dans l’exemple ci-dessous, ils
peuvent être incapables d’utiliser le segment AD en tant que “côté” car

B D C

ils ne le voient que comme “hauteur” du triangle ABC. Cette rigidité


est, bien sûr, exploitée dans des problèmes comme les suivants : “ com-
bien y a-t-il de carrés sur un échiquier” ou “relier ces neufs points en ne
traçant que quatre droites sans lever le crayon du papier”.
160
Quelques obstacles à l’apprentissage de la géométrie

Cette rigidité est aussi mise en évidence par le test classique des “figures
emboîtées” (qui figure souvent dans les batteries de tests spatiaux), où
l’on doit identifier une figure simple, comme la figure A, à l’intérieur
d’une figure plus complexe comme la figure B.

ESC!
Figure B
Les psychologues associent l’aptitude à ce genre de tâche à un style
cognitif appelé “indépendance du champ”, souvent lié aux aptitudes
mathématiques.
Les figures géométriques complexes où interviennent des cercles,
des tangentes, des cordes, des angles, etc. peuvent évidemment présenter
de sérieuses difficultés pour les élèves s’ils n’ont pas la capacité mentale
de démêler et de recomposer les différentes composantes géométriques
afin de mettre en évidence ou de découvrir la propriété demandée.
La seconde entrave au développement des concepts chez les enfants
est liée aux limites de leur imagination. A différents niveaux, on ren-
contre des élèves opposant une grande résistance à l’idée de dessiner un
triangle isocèle rectangle, un polygone concave ou un quadrilatère
gauche, par exemple. Plus tard, les notions relatives aux espaces de
dimension n peuvent causer de sévères traumatismes !
Paradoxalement, on peut exploiter la notion de “définition” (en-
semble de mots servant à déterminer avec précision) pour élargir
l’imagination et la compréhension. On peut, par exemple, donner aux
élèves une “définition” du pentagone telle que “figure constituée par
cinq droites” et leur faire explorer les formes qu’ils peuvent dessiner
d’après cette “définition”. C’est eux qui commenceront ensuite à la
restreindre en employant des mots comme “plat” et “fermé”, afin
d’obtenir le résultat désiré. On peut penser qu’après une activité de ce
type l’existence de polygones concaves et convexes ne leur posera plus
tant de problèmes.
Fielker (1979) propose une activité judicieuse pour transmettre
“l’essence de l’idée de ce qu’est un carré” :

Si l’on vous donne les éléments suivants d’un carré, comment, dans
chaque cas, construisez-vous le carré, soit sur une géoplanche, soit sur
161
Alan J. Bishop

une feuille de papier non réglé ? (avec un choix limité d’instruments tels
que compas, règle, équerre, rapporteur, etc. ou uniquement par pliage)
(i) un côté
(ii) une diagonale
(iii) les milieux de côtés opposés
(iv) les milieux de côtés adjacents
(v) un milieu de côté et le centre
(vi) un sommet et le centre

Les nombreux aspects de l’art géométrique constituent aussi une


source fructueuse d’activités permettant de développer l’imagination
géométrique des enfants (voir ATM, 1982).
En ce qui concerne maintenant les difficultés relatives à la géo-
métrie en tant que structure mathématique, on se rappelle la polémique
qui a fait rage (et qui continue dans certains milieux) sur le rôle de la
géométrie euclidienne “déductive” dans les mathématiques scolaires.
Sans vouloir rouvrir de vieilles plaies, ni même aborder en détail la
question, l’important pour notre présent propos est le fait qu’en
l’absence de “démonstration” et de “déduction” la géométrie n’est pas
vraiment de la mathématique. Deux obstacles apparaissent alors : la
difficulté de “démontrer” et la motivation pour le faire.
Que la géométrie d’Euclide ait traditionnellement mis l’accent sur
la démonstration, cela va sans dire, mais qu’elle ait porté sur le processus
de la démonstration est une autre histoire, comme l’a montré Robinson
(1976). On peut avancer (comme cela a été fait) qu’on apprenait
à “démontrer” essentiellement en “instrumentalisant” l’algorithme de
démonstration, par une séquence telle que celle-ci : énoncer le donné,
puis énoncer ce qu’on doit démontrer, puis chercher les constructions
appropriées pour établir les liens et enfin développer complètement
la démonstration”. Dans la plupart des cas, cependant, cette séquence
dégénérait en un procédé mnémonique pour apprendre la démonstra-
tion due à untel du théorème de quelqu’un d’autre. Le problème
résidait essentiellement dans une formalisation prématurée. La “forme”
de la démonstration était considérée, d’une certaine façon, comme
représentative du processus sous-jacent et devenait donc le “modèle”
supposé du raisonnement déductif.
Heureusement, nous savons maintenant que “démontrer” doit
être considéré comme l’objectif final d’un parcours qui comporte des
phases telles que deviner, conjecturer, argumenter et raisonner. Des
analyses comme celle de Bell (1979) ont placé la démonstration dans
une perspective qui non seulement la rend accessible à tous les élèves
mais qui leur permet aussi de l’apprécier. Démontrer peut être con-
sidéré comme une façon mathématiquement raffinée d’argumenter et
qui garde un rapport avec les argumentations et les discussions
concernant le “monde réel”.
162
Quelques obstacles à l’apprentissage de la géométrie

Un obstacle important créé par l’ancienne notion de “démonstra-


tion” était le manque de motivation, en ce sens qu’on pourrait se de-
mander pourquoi une démonstration était nécessaire. Dans bien des
cas, ce qu’on démontrait était intuitivement évident et n’avait donc
pas besoin d’être démontré. On peut comparer cette situation avec celle
où ‘un élève est confronté à la conjecture suivante : “Si l’on prend un
triplet de Pythagore quelconque et qu’on mutiplie les trois nombres, le
produit sera toujours un multiple de 60”. A première vue cette affirma-
tion apparaît tout à fait déraisonnable et improbable. Cependant,
quelques essais semblent en confirmer le validité et l’élève est alors très
désireux de savoir si ce resultat est toujours vrai et pourquoi.
Il suffit d’un changement de conceptualisation de la part de l’en-
seignant pour rendre les activités de “démonstration” beaucoup plus
accessibles aux enfants. Cela implique essentiellement qu’on traite les
théorèmes comme des généralisations que les enfants eux-mêmes peu-
vent inférer. Considérons, par exemple, l’activité suivante :

Tracer deux points. En tracer un troisième situé de telle façon que,


quand on le joint aux deux premiers, on obtienne un angle de 90
degrés. Essayer de tracer d’autres “troisièmes points”. Pouvez-vous
voir une configuration apparaître ? Si vos deux premiers points étaient
sur une ligne “horizontale” peut-on continuer la configuration de
troisièmes points “au-dessous” de même “qu’au-dessus” de cette ligne ?
Que se passe-t-il si l’on recommence avec un angle de 60” .(au lieu de
90”) ? La configuration change-telle ? De quelle façon ? Joindre les
deux points fixes au centre du “cercle” et chercher ce qu’on peut dire
des différents angles. Prendre d’autres valeurs pour l’angle de départ.
Pensez-vous que ce type de configuration apparaîtra toujours ? Si non,
pourquoi ? Pouvez-vous justifier par un raisonnement les configurations
obtenues ?

La langage utilisé et la séquence des activités doivent évidemment


être adaptés au groupe d’enfants considéré. L’exemple montre néanmoins
comment les caractères généraux d’une configuration géométrique
particulière peuvent être dégagés d’une façon stimulante et qui amène
les élèves à comprendre comment ces caractères généraux dérivent
d’autres caractères géométriques. On peut ainsi surmonter le côté
rebutant et ardu de l’activité de démonstration, mais il faudra bien sûr
attendre d’avoir déjà bien avancé dans ce type d’activité pour en donner
une présentation axiomatique formelle.
Examinons maintenant quelques-uns des obstacles particuliers ren-
contrés dans le cas de divers sujets de géométrie. Malgré les points
communs et les redites qui apparaissent, inévitablement, certaines
difficultés spécifiques se dégagent.
En géométrie des transformations, un type particulier de difficultés
163
Alan J. Bishop

découle des représentations utilisées dans la pratique. En premier lieu,


on ne peut montrer que le point de départ et le point d’arrivée d’une
transformation (telle qu’une symétrie axiale), encore que les ordina-
teurs permettent maintenant de présenter visuellement la transforma-
tion de façon graduelle. Si l’on ne dispose pas de ce moyen, un dia-
gramme comme le suivant exige de l’enfant une capacité considérable

de compréhension des conventions. La ligne pointillée représente ici le


“miroir” ou l’axe de symétrie. L’élève doit imaginer la réflexion dans le
“miroir” (Hart, 1981). La “rotation” est encore plus difficile à repré-
senter. On entrevoit que la difficulté pour l’enfant découle du fait
qu’on représente sur une surface bidimensionnelle une opération
dynamique qui a lieu en dimension trois. Là encore, on peut à ce
niveau affirmer ces difficultés en employant un système analogue à
celui qui s’est avéré efficace pour la “mathématisation de l’espace”.
Un autre problème spécifique d’imagination se pose dans le cas des
transformations obliques. Par exemple, des enfants qui n’éprouvent
aucune difficulté à construire la symétrique d’une figure par rapport à
l’axe des x ou des y peuvent être incapables de le faire par rapport à la
droite y = x (Küchemann, 1980). Là encore, on peut s’attendre à ce
que l’expérience et la pratique de la transformation d’un certain nombre
d’objets concrets - en effectuant par exemple la symétrie par rapport
à la “diagonale” - développe l’imagination nécessaire en géométrie
analytique.
Le sujet de l’homothétie constitue une base très importante pour
l’étude de la trigonométrie et pour la compréhension des rapports et
proportions en général. C’est un sujet particulièrement adéquat pour
montrer la différence entre les proportions internes (relatives à la
forme de la figure) et les proportions externes (relatives aux tailles
respectives de figures semblables). Malheureusement, on constate
trop souvent que les aspects numériques des rapports et proportions
prennent le pas sur les aspects géométriques. Il est pourtant crucial
pour la compréhension de l’élève que les notions d’homothétie et de
similitude reçoivent une base solide aussi bien sur le plan visuel que
sur celui de l’imagination.
Le même danger existe dans le cas des géométries vectorielle et
analytique car, dans le programme scolaire, l’une et l’autre peuvent
devenir très rapidement “algébriques”. Le géométrie analytique, aussi
164
Quelques obstacles à l’apprentissage de la géométrie

bien en coordonnées rectangulaires que polaires, présente peut-être


moins de difficultés pour l’élève parce qu’elle concerne la représenta-
tion de situations statiques. En outre, on peut montrer ses relations
avec les cartes, les “réseaux” de rues à angle droit, la disposition des
chaises dans la classe, etc. L’étude des coordonnées (en dimension
deux) peut donc être abordée visuellement et concrètement assez tôt
dans la scolarité de l’élève. Les coordonnées en dimension trois posent
cependant à nouveau le problème lié à la difficulté de “saisir” l’espace
tridimensionnel sous une forme bidimensionnelle.
Le cas de la géométrie vectorielle est très différent, car elle implique
la représentation sur le papier du déplacement dynamique, par des
segments et des angles qui suggèrent visuellement des distances et des
directions plutôt que le mouvement et les forces. Si l’on veut que le
principe de la combinaison des vecteurs soit compris en profondeur,
il faudrait étayer ce concept par une expérimentation scientifique
intensive. Cependant, comme pour les transformations, l’ordinateur
vient maintenant à notre secours en produisant des séquences animées
montrant les différents effets engendrés par des combinaisons diverses
de vecteurs. Là encore, il semble que nos méthodes traditionnelles
utilisant le crayon et le papier soient inadaptées à la représentation des
notions de l’espace dynamique, par opposition à l’espace statique. Les
modèles, l’expérimentation et l’animation sont nécessaires pour y
remédier.

Conclusions

En conclusion, nous considérons comme fondamentaux les aspects


suivants de la géométrie, aussi bien sur le plan de l’enseignement que
sur celui la recherche :

Il faut exploiter bien davantage l’environnement spatial de l’enfant.


Les enseignants doivent donc avoir connaissance de cet environnement
pour pouvoir en tirer parti dans l’apprentissage de la géométrie. Les
effets des différents environnements sur la compréhension des notions
géométriques et spatiales chez l’enfant devraient aussi faire l’objet de
nouvelles recherches.
Il faut accroître le rôle et l’importance donnés à la géométrie, en par-
ticulier à l’école élémentaire. Des travaux de recherche ont mis en
évidence les bases spatiales et géométriques de nombreuses notions
mathématiques (les rapports et proportions, par exemple) et de nouvelles
recherches pourraient identifier les problèmes qui surgissent quand on
ne développe pas les concepts sur ces bases.
Les activités spatiales effectuées par les jeunes enfants ne sont pas en
elles-mêmes suffisantes. 11 faut inciter les enfants à réfléchir sur ces

165
Alan J. Bishop

activités. Le travail en petits groupes est propice aux discussions entre


les enfants, et des activités bien choisies peuvent attirer leur attention
sur les caractéristiques de l’espace que le mathématicien considère
comme importantes. Ces activités par petits groupes et les discussions
qui s’ensuivent ne sont pas très répandues dans les classes de mathé-
matiques et il faut que les chercheurs mettent en lumière l’utilité
qu’elles peuvent avoir pour la compréhension des mathématiques.
Il faut familiariser les jeunes élèves à diverses représentations, ainsi qu’à
diverses tâches de représentation. Par ces diverses activités de représen-
tation, les enfants commenceront à assimiler la distinction entre la forme
et le contenu. Là encore, la réflexion et la discussion sur ces activités
seront profitables. Il faut approfondir les recherches sur les liens qui
unissent les activités de représentation et la compréhension de la
géométrie.
Les enseignants doivent exploiter davantage les activités de “réduction
d’échelle” de l’environnement. Les chercheurs aussi doivent approfondir
cette question. Nous avons peu de données sur cet aspect de la géométrie
et nos idées sont encore relativement rudimentaires. Néanmoins, nous
en savons déjà assez pour comprendre qu’il y a là une direction de
recherche très prometteuse.
Le langage est un des principaux supports de la “représentation” et le
langage de l’espace constitue pour l’enseignant comme pour le chercheur
un champ fertile à exploiter. En incitant les élèves à parler de leurs
activités spatiales et géométriques, le professeur créera d’excellentes
occasions de former leur langage mathématique. Selon nous, il faut
aussi, dans les premiers stades, donner la priorité à la description des
propriétés géométriques et aux opérations, déplacements et changements
(transformations) géométriques plutôt qu’à la dénomination des objets
géométriques (cercles, etc.) eux-mêmes. Une dénomination prématurée
peut gêner la compréhension de l’enfant et on doit l’éviter. La recherche
peut, là encore, nous informer sur les types de signification et de con-
ception associés à certains aspects particuliers du langage géométrique.
Les enseignants doivent encourager et exploiter davantage l’utilisation
de l’imagerie visuelle chez les élèves. Nous savons que cette imagerie
visuelle est largement accessible à de nombreux élèves, mais ce potentiel
n’est pas assez exploité. La géométrie en est un domaine d’application
évident, en particulier en ce qui concerne les aspects dynamiques des
lieux géométriques, des transformations et de la géométrie vectorielle.
La question principale posée aux chercheurs est de savoir si l’on peut
développer l’imagerie visuelle chez l’élève et comment cette imagerie
peut être partagée par l’enseignant et l’élève.
Bien que les divers sujets de la géométrie mettent l’accent sur des
aspects différents de l’analyse spatiale, l’enseignant doit exposer leurs
relations mutuelles. Il peut très bien arriver, par exemple, qu’un pro-
fesseur enseigne les caractéristiques particulières des coordonnées

166
Quelques obstacles à l’apprentissage de la géométrie

rectangulaires, des coordonnées polaires et de la longitude et la latitude


sans que les enfants aient pleinement conscience du fait que toutes ces
notions ont trait à la localisation d’un point dans l’espace. La recherche
pourrait s’attacher plus spécifiquement à déterminer les concepts
unificateurs de la géométrie. Nous voulons parler ici non pas de l’algèbre
des transformations par exemple, mais des concepts unificateurs géo-
métriques. Abe (1980) nous en donne un excellent exemple quand il
met en lumière le rôle central du parallélogramme aussi bien dans la
géométrie traditionnelle qu’en géométrie vectorielle. Pour lui, “cette
propriété est considérée comme la propriété unificatrice du projet”
(qui a pour objectif l’amélioration de l’enseignement de la géométrie
dans les écoles élémentaires japonaises). Il s’agit, selon nous, d’une
voie d’avenir très prometteuse.

En conclusion, les considérations qui précèdent montrent bien qu’il


existe de nombreux aspects de la géométrie qui méritent d’être explorés.
On constate également que l’enseignement et l’apprentissage de la géo-
métrie pourraient être beaucoup plus efficaces qu’ils ne le sont appa-
remment aujourd’hui. A notre avis, les chercheurs devraient s’intéresser
beaucoup plus sérieusement à l’apprentissage de la géométrie, et les
enseignants, ainsi que les responsables de l’élaboration des programmes
scolaires, devraient lui accorder une priorité bien supérieure. En outre,
la volonté de surmonter les principaux obstacles à l’apprentissage de la
géométrie par les enfants pourrait conduire à l’élaboration de pro-
grammes et d’innovations pédagogiques passionnants qui, à leur tour,
pourraient avoir une influence importante sur l’enseignement des
mathématiques en général.

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169

“--- _,_,..
-. _-_-II_
Bruce E. Meserve et Dorothy T. Meserve

La formation des enseignants et


l’enseignement de la géométrie

Introduction
Tout enseignant de mathématiques, à n’importe quel niveau, doit se
sentir complètement à l’aise dans sa discipline. Cette aisance n’est
possible que si l’enseignant connaît assez intimement la matière qu’il
enseigne pour pouvoir : présenter chaque sujet de plusieurs façons
différentes ; montrer comment un sujet s’insère dans une structure
existante ou conduit à une structure plus large ; situer un sujet dans
l’histoire.
Si nous admettons que c’est de la géométrie que relèvent toutes les
considérations sur les points et les figures, il est évident qu’un ensei-
gnant de mathématiques ne peut être efficace que s’il enseigne aussi la
géométrie. Les aspects visuels et conceptuels de la géométrie fournissent
des voies d’approche des mathématiques particulièrement accessibles, à
tous les niveaux de la scolarité.
En outre, les futurs professeurs de mathématiques doivent dévelop-
per leur savoir-faire en géométrie non seulement en vue de l’enseigne-
ment qu’ils dispenseront mais aussi comme outil pour leurs propres
études de mathématiques. Il est particulièrement important qu’ils
comprennent et sachent exploiter les relations mutuelles entre les divers
domaines des mathématiques. Aussi est il essentiel qu’au niveau de
l’enseignement supérieur, les concepts géométriques interviennent dans
presque tous les cours de mathématiques et que soient mises en évidence
et fréquemment utilisées, dans ces cours, les applications des techniques
de la géométrie.
Avant d’étudier en détail la formation mathématique des enseignants,
nous évoquerons le contexte général dans lequel cette formation doit se
dérouler. La formation initiale des enseignants doit leur permettre d’avoir
une vue globale du cursus scolaire de mathématiques, l’accent étant mis
sur la nécessité de configuer une approche unifiée des objectifs, des
contenus et des méthodes avec les contraintes de temps et de lieu liées à
l’environnement socio-culturel de leurs élèves. Pour communiquer
efficacement avec les élèves et les motiver, il faut comprendre leurs
espérances, leurs craintes et leurs points de vue. Chaque élève doit
171
Bruce E. Meserve et Dorothy T. Meserve

rencontrer les concepts sous une forme qui les rattache de façon
reconnaissable à son expérience antérieure, à ses connaissances et à ses
modes de pensée. Si l’élève est habitué à un mode de pensée fondé sur
les objets physiques ou leurs représentations mentales, il faudra peut-être
lui transmettre les concepts mathématiques en ayant recours à ces
objets ou à leurs représentations. La communication ainsi établie, il
sera sans doute alors plus facile à l’élève d’acquérir aussi les aptitudes
logiques et analytiques qui lui permettront d’approfondir sa
compréhension du concept en cause. Les enseignants s’efforcent, dans
l’idéal, de développer toutes les aptitudes de chaque enfant jusqu’à un
niveau optimal et doivent pour cela, à tous les niveaux de la scolarité,
combiner différentes approches : géométrique, numérique et symbolique.
La situation actuelle de la géométrie fait apparaître quelques succès,
mais aussi des échecs en ce qui concerne l’exploitation de la géométrie
en tant qu’aspect fondamental et voie d’approche des mathématiques,
la présentation de concepts géométriques qui soient à la fois utiles et
intéressants, la mise à profit de l’expérience et des centres d’intérêt des
élèves et l’utilisation de problèmes qui parlent à l’imagination de l’élève.
Les professeurs doivent être capables de persuader chaque élève que
les mathématiques, et en particulier la géométrie, sont souvent un jeu
amusant autant qu’un outil précieux.

Aptitudes de base et niveaux de développement mental


Le futur enseignant est amené à étudier de nombreux domaines des
mathématiques. Dans presque tous les cas cette étude devrait avoir
pour effet de renforcer une ou plusieurs de ses aptitudes géométriques.
Alan Hoffer (1981) a classé ces aptitudes en cinq catégories :

1. Aptitudes visuelles : reconnaître diverses figures du plan et de


l’espace ; reconnaître les composantes d’une figure donnée et leurs
relations mutuelles ; identifier les centres, axes et plans de symétrie
d’une figure donnée ; classer des figures données suivant leurs caracté-
ristiques observables ; tirer des informations supplémentaires de l’obser-
vation visuelle ; visualiser des représentations géométriques (des modèles)
ou des contreexemples à partir de données dans un système mathé-
matique déductif déterminé.
2. Aptitudes verbales : identifier diverses figures par leur nom ; visualiser
des figures à partir de leurs descriptions verbales ; décrire des figures
données et leurs propriétés ; formuler des définitions correctes des
termes utilisés ; décrire les relations entre des figures données ; saisir la
structure logique des problèmes verbaux ; formuler les énoncés de
généralisations et d’abstractions.
3. Aptitudes graphiques : dessiner des figures données et marquer des

172
La formation des enseignants et l’enseignement de la géométrie

points spécifiés ; dessiner des figures à partir de leurs descriptions


verbales ; tracer ou construire des figures ayant des propriétes données ;
construire des figures en relation donnée avec des figures données ;
dessiner les sections planes et les intersections de figures données ;
ajouter des éléments auxiliaires utiles à une figure ; connaître le rôle
(et les limites) des dessins et des figures construites ; dessiner ou cons-
truire des modèles ou contre-exemples géométriques.
4. Aptitudes logiques : identifier les différences et les similitudes de
figures données ; savoir que les figures peuvent être classées selon leurs
propriétés ; déterminer si une figure donnée appartient ou non à une
catégorie donnée ; connaître les caractéristiques souhaitables des
définitions et mettre cette connaissance en pratique ; déterminer les
conséquences logiques de certaines données ; élaborer des démonstra-
tions logiques ; connaître le rôle et les limites des méthodes déductives.
5. Aptitudes aux applications : identifier les modèles physiques de
figures géométriques ; dessiner ou construire des modèles géométriques
d’objets physiques ; utiliser les propriétés de modèles géométriques
pour conjecturer les propriétés d’objets physiques ou d’ensembles
d’objets physiques ; connaître l’utilité de modèles géométriques appli-
qués à des objets ou situations physiques ; élaborer des modèles géo-
métriques de phénomènes naturels et d’ensembles d’éléments des
sciences physiques ou des sciences sociales ; utiliser des modèles géo-
métriques pour la résolution de problèmes.
Chaque aptitude de base énumérée dans la liste correspond aussi,
selon un ordre croissant, aux niveaux de développement mental qui,
en géométrie, ont été identifiés par P. H. van Hiele et sa femme (1959
et 1973) et décrits par Izaak Witszup (1976) et Alan Hoffer (1981).
Ces niveaux sont les suivants :

Reconnaissance : aptitude à identifier une forme (globalement), en


utilisant un certain vocabulaire.
Analyse : distinguer certaines propriétés des figures élémentaires.
Mise en ordre : donner des cas particuliers, établir des relations, formuler
des définitions correctes.
Déduction : discerner les éléments et la nature de la démonstration dans
un système mathématique.
Rigueur : saisir la nature des systèmes mathématiques et de leurs fonde-
ments (niveau d’abstraction rarement atteint à l’école secondaire).

Les enseignants de l’école primaire


Les enseignants de l’école primaire doivent développer chacune des cinq
aptitudes de base, aux niveaux non formalisés de la reconnaissance, de
la perception des relations et propriétés, de la classification et de
173
Bruce E. Meserve et Dorothy T. Meserve

l’implication. La formation géométrique que doit recevoir le futur


instituteur pendant ses études supérieures dépend de ses acquisitions
dans le primaire et le secondaire et du contenu géométrique des autres
cours qu’il suit au niveau supérieur. Par exemple, la géométrie analyti-
que (des coordonnées) intervient dans plusieurs cours aux niveaux
secondaire et supérieur. Le moment venu, le futur instituteur devra
saisir et comprendre en profondeur les diverses procédures permettant :
d’affecter des coordonnées aux droites, aux plans et aux espaces tridi-
mensionnels ; de représenter des figures dans des espaces munis de
coordonnées ; d’utiliser les coordonnées pour l’étude des conjectures
et la démonstration de théorèmes ; de guider les élèves dans l’emploi
des coordonnées.
Les nombreux problèmes associés, dans le primaire, à la nécessité
d’interpréter les concepts mathématiques en fonction de l’expérience
des élèves demandent une attention particulière. L’enseignant s’efforcera
essentiellement d’étendre le langage de ses élèves pour y inclure le
langage des mathématiques de l’école primaire. La formation mathé-
matique des instituteurs (Committee on the Undergraduate Program in
Mathematics, 1983, p. 4, 7-21) doit, dans le cadre du langage, des
expériences et de l’environnement des élèves, les rendre capables :
d’identifier des formes géométriques simples et leurs propriétés ;
d’illustrer et d’exposer les relations spatiales fondamentales ; d’identifier,
d’exposer et de résoudre les problèmes géométriques ou interviennent
les concepts mathématiques du programme scolaire ; d’illustrer et
d’exposer des relations fondamentales comme l’égalité, la similitude, le
parallélisme, l’orthogonalité et l’incidence entre les figures géométriques
du plan ; d’illustrer et d’exposer les notions de périmètre, d’aire et de
volume des figures géométriques ; d’illustrer et d’exposer les transforma-
tions fondamentales du plan telles que glissements (translations), change-
ments de direction (rotations) et retournements (symétries axiales). En
outre, la formation mathématique des enseignants du primaire doit
comporter suffisamment d’activités pour les rendre capables : d’utiliser
des unités conventionnelles ou non conventionnelles (trombones,
gommes, mesures corporelles, etc.) pour mesurer les longueurs, les
périmétres, les aires, les capacités, les volumes, les mesures, les poids,
les angles, le temps et la température ; de concevoir des activités péda-
gogiques illustrant les concepts de la géométrie et de la mesure, qui
soient adaptées aux différents niveaux de la scolarité ; de déterminer et
de construire des raisonnements cohérents et logiques, associés aux
énoncés géométriques, qui conviennent au niveau des élèves ; de réaliser
des modèles de figures simples, planes ou tridimensionnelles ; d’utiliser
convenablement la terminologie et le symbolisme mathématiques, en
s’adressant à des élèves du primaire ; d’appliquer aux figures planes et
aux figures de l’espace le processus de découverte mathématique par
conjecture et expérimentation ; de comprendre les relations de la

174
La formation des enseignants et l’enseignement de la géomhie

géométrie avec les autres composantes du programme scolaire ;


d’expliquer le rôle de la géométrie dans la culture de l’élève.
On peut s’attendre à de grandes variations dans les méthodes
adoptées pour atteindre ces objectifs, selon l’expérience antérieure du
futur instituteur. Il faut s’appuyer sur les bases suivantes : la con-
naissance complète du contenu géométrique par le futur enseignant,
les méthodes permettant d’exprimer les concepts géométriques d’une
façon adaptée à l’expérienc e des élèves et les moyens permettant de
stimuler l’élève dans ses investigations, ses conjectures et sesdécouvertes.
Il est en général souhaitable de porter une attention particulière au
moins aux trois domaines suivants (Committee on the Undergraduate
Program in Mathematics, 1983, p. 12, 17- 18) :

1. Les propriétés des éléments et des relations de base dans l’espace


de dimension trois et dans le plan
La connaissance des figures et solides fondamentaux et l’assimilation
de concepts comme le point, la droite, le segment de droite, l’ordre
linéaire, le plan, les régions usuelles (triangulaires, carrées, circulaires,
etc.), la similitude et l’égalité (en tant que relation) sont indispensables.
A cette fin, on a intérêt à utiliser des objets physiques comme les
blocs, les géoplanches (planches à pointes) et les pliages pour repré-
senter les éléments et les relations et pour stimuler le travail d’explora-
tion de leurs propriétés.
2. La mesure
Le processus de mesure consiste à choisir une unité, à couvrir par des
unités l’objet à mesurer et à compter le nombre d’unités nécessaire. On
doit encourager l’estimation des mesures, et la mesure proprement dite
à l’aide d’unités de longueur, d’aire et de volume non conventionnelles
aussi bien que conventionnelles.
3. Terminologie et notations
Les futurs maîtres doivent connaître l’usage mathématique correct des
termes et symboles de telle façon qu’il y ait cohérence entre leur emploi
en classe et l’emploi qu’en feront leurs élèves ultérieurement. Il est
souvent souhaitable d’interpréter (traduire) les termes mathématiques
dans le langage habituel des élèves. Par exemple, la “rotation” doit être
associée au “changement de direction”, la “translation” au “glissement”
et “la symétrie axiale” au “retournement”. On peut réduire les risques
de confusion dans l’esprit des élèves en évitant les ambiguïtés terminolo-
giques telles que l’emploi du mot “triangle” dans différents sens, comme
dans les directives suivantes :

“Tracer un triangle” “Colorier le triangle”

175
Bruce E. Meserve et Dorothy T. Meserve

Le terme de “triangle” doit désigner un type spécifique de figure. Pour


éviter les confusions, il vaut mieux dire :
“Tracer un triangle” “Colorier la région triangulaire”

On peut éviter beaucoup de difficultés aus élèves en établissant une


distinction entre les descriptions et les détïnitions. Considérons par
exemple le rectangle. On peut décrire un rectangle en disant que c’est
un quadrilatère dont les quatre angles sont égaux,
un quadrilatère dont les quatre angles sont droits,
un parallélogramme ayant au moins un angle droit,
un parallélogramme dont les quatre angles sont droits,
un parallélogramme dont les diagonales sont égales,
un parallélogramme dont les quatre angles sont droits et les diagonales
sont égales,
etc., mais on peut choisir une définition du rectangle telle que “un
parallélogramme ayant au moins un angle droit”, de telle façon qu’on
puisse facilement déterminer si une figure particulière est ou non un
rectangle. En insistant, au niveau du primaire, sur les différentes descrip-
tions possibles d’une figure particulière, on établit une base permettant
de choisir, un peu plus tard, une définition qui n’obligera plus l’élève
à modifier un concept déjà établi ou un énoncé déjà mémorisé.

Les enseignants au niveau du premier cycle du secondaire


Les enseignants du premier cycle du secondaire (ou du primaire supérieur)
doivent développer chacune de leurs cinq aptitudes fondamentales en
géométrie non seulement aux niveaux non formalisés (requis d’ensei-
gnants du primaire) mais aussi aux niveauxmentaux supérieurs relatifs à
la mise en ordre et à la déduction, qui conviennent aux classes du
premier cycle du secondaire. La formation mathématique des enseignants
du premier cycle du secondaire (Committee on the Undergraduate
Programs in Mathematics, 1983) doit donc comporter des activités
analogues à celles qui sont prévues pour les enseignants du primaire et,
en outre, les rendre capables : d’utiliser efficacement des figures
géométriques pour exposer des concepts arithmétiques ; de classer les
figures usuelles du plan et de l’espace ; d’explorer les propriétés des
figures usuelles ; d’utiliser des pliages et des constructions à la règle et
au compas pour introduire les conjectures associées à de nombreux
théorèmes usuels ; d’explorer les configurations numériques qui
interviennent en géométrie, comme le nombre de diagonales ou la
somme des angles de divers polygones ; d’explorer les configurations
composées de figures géométriques comme les frises, les pavages du
plan, les pavages de l’espace, les solides platoniciens et les configurations
géométriques naturelles (nids d’abeilles, cristaux, etc.) ; d’explorer les

176
La formation des enseignants et l’enseignement de la gkomthie

propriétés des transformations géométriques, des figures semblables


dans le plan et l’espace et les formules relatives à la mesure des figures
usuelles du plan et de l’espace ; d’exposer et de résoudre les problèmes de
géométrie plane et de géométrie tridimensionnelle qui ont un sens et un
intérêt pour les élèves du premier cycle du secondaire ; d’exposer
l’histoire de la géométrie, l’existence de plusieurs géométries, le rôle de
la géométrie dans les mathématiques récréatives et le rôle de la géométrie
dans notre culture (du point du vue scientifique et du point de vue
esthétique).

Comme dans le cas des enseignants du primaire, on doit s’attendre


à de grandes variations dans les méthodes utilisées pour atteindre ces
objectifs, dans le cas d’enseignants du premier cycle du secondaire. 11
faut approndir les sujets mentionnés à propos des enseignants du
primaire, auquels s’ajoutent les objectifs décrits ci-dessus. Comme les
enseignants du premier cycle du secondaire assurent la transition entre
l’école primaire et le second cycle du secondaire, il faut inclure dans
leur formation aussi bien des approches analogues à celles qui sont
proposées pour les enseignants du primaire que des approches analo-
gues à celles qui sont proposées pour les enseignants du second cycle
du secondaire.

Les enseignants du second cycle du secondaire


Les enseignants du second cycle du secondaire doivent développer
chacune de leurs cinq aptitudes de base en géométrie (visuelle, verbale,
graphique, logique, applications) à chacun des cinq niveaux de dévelop-
pement mental (reconnaissance, analyse, mise en ordre, déduction,
rigueur). Au niveau des études supérieures la formation géométrique
nécessaire à un futur enseignant du second cycle du secondaire dépend
fortement des acquis de sa scolarité primaire et secondaire et du contenu
géométrique des autres cours qu’il suit. Les vecteurs, par exemple,
figurent dans plusieurs cours des enseignements secondaire et supérieur.
Le moment venu, le futur enseignant devra saisir et comprendre en pro-
fondeur les procédures permettant : de présenter les espaces vectoriels ;
d’utiliser les vecteurs pour la représentation des figures ; d’utiliser les
vecteurs dans l’exposé des conjectures et la démonstration des
théorèmes ; et d’aider les élèves du second cycle du secondaire à recon-
naître l’existence d’une base axiomatique pour les géométries utilisant
les vecteurs.
La formation mathématique des futurs professeurs de géométrie du
second cycle du secondaire (Committee on the Undergraduate Program
in Mathematics, 1983, p. 24-26) doit leur apporter une expérience du
plan et de l’espace tridimensionnel suffisante pour leur permettre :
177
Bruce E. Meserve et Dorothy T. Meserve

d’utiliser leur connaissance de l’évolution historique et de la structure


de la géométrie pour réaliser des exposés introductifs aux concepts de
la géométrie scolaire ; d’exposer diverses géométries de telle façon que
leurs élèves reconnaissent et admettent l’existence d’au moins cinq
géométries différentes comme la géométrie euclidienne, la géométrie
sphérique, la géométrie hyperbolique (de Lobatchevski), la géométrie
elliptique (de Riemann), la géométrie affine, la géométrie projective, la
topologie et les géométries finies ; d’enseigner la géométrie euclidienne,
envisagée comme une approche non formalisée de l’univers physique,
comme une des approches inhérentes à presque toutes les branches des
mathématiques, comme un des moyens de base permettant de résoudre
les problèmes très divers, d’ordre pratique, mathématique ou, plus
généralement scientifique comme un sujet pouvant être abordé selon
diverses approches non formalisées (pliages, géoplanches, miroirs,
constructions à la règle et au compas), comme un système déductif,
comme un sujet que l’on peut développer, au moins en partie, à partir
de points de vue très divers, tels ceux qu’impliquent les expressions de
géométrie synthétique, géométrie des coordonnées (analytique),
géométrie vectorielle, géométrie des transformations, géométrie
descriptive, géométrie différentielle, théorie des graphes, géométrie
combinatoire, géométrie linéaire et géométrie algébrique, et enfin
comme un système mathématique ; de démontrer des énoncés par toutes
sortes de méthodes et d’accepter des énoncés ainsi démontrés, en
particulier pour les types de démonstration suivants : démonstration
synthétique directe, démonstration synthétique indirecte, démonstration
fondée sur l’emploi des coordonnées ou des vecteurs, démonstration
fondée sur l’induction mathématique, démonstration fondée sur les
transformations (translations, symétries axiales, rotations, homothéties
(agrandissements ou rétrécissements), symétries ou projectivités) ; de
comprendre et de pouvoir faire comprendre aux élèves du second cycle
du secondaire les relations entre la géométrie et les autres disciplines
ainsi que les applications de la géométrie dans divers domaines des
ma théma tiques ; de décrire l’incidence de nombreuses notions
géométriques en dehors des mathématiques, en citant en particulier des
exemples convaincants de pensée géométrique dans des domaines
comme les arts, l’architecture, la biologie, la cartographie, la physique,
l’exploration de l’espace, les sports, la technologie et l’urbanisme.
La meilleure façon de faire comprendre l’évolution historique des
géométries consiste généralement à la présenter comme une compo-
sante essentielle de l’histoire des mathématiques. Tout exposé historique
doit rappeler les origines empiriques de la géométrie, le fondement
géométrique de presque toutes les mathématiques des Grecs anciens,
ainsi que le développement et l’importance de la géométrie synthétique
euclidienne. Vient ensuite naturellement la présentation des deux
géométries non euclidiennes et de la façon dont ces géométries ont

178
La formation des enseignants et l’enseignement de la géométrie

contribué à affranchir les mathématiques des contraintes de l’univers


physique, ouvrant ainsi la voie aux systèmes mathématiques abstraits.
On aborde ensuite le rôle de la géométrie dans le développement d’autres
branches des mathématiques (en particulier l’algèbre, la trigonométrie
et l’analyse) et, inversement, le rôle joué par d’autres branches mathé-
matiques dans l’évolution de la géométrie, ainsi que les interactions
analogues entre lagéométrie et les arts (appliqués ou non), et les diverses
sciences, appliquées ou théoriques.
Une connaissance formalisée des concepts mathématiques sous-
jacents est nécessaire au futur enseignant, mais non suffisante. Il peut
par exemple comprendre le programme d’Erlangen de Félix Klein sans
être capable d’appréhender les transformations et de les utiliser efficace-
ment au niveau du secondaire. Les futurs professeurs du second cycle
du secondaire doivent, au cours de leur formation, être confrontés à
suffisamment d’expériences analogues (mais pas nécessairement identi-
ques) à celles qui sont considérées comme souhaitables dans la pratique
enseignante à ce niveau pour acquérir la capacité : d’employer avec
aisance, pour l’exploration des problèmes géométriques, les méthodes
arithmétiques, les méthodes algébriques, les contre-exemples formalisés
ou non, les coordonnées, les vecteurs, les transformations et les méthodes
déductives synthétiques de la géométrie axiomatique , d’exposer dans
le langage d’élèves du second cycle du secondaire les hypothèses sur
lesquelles reposent les procédures utilisées dans la résolution de tout
problème de géométrie scolaire ; de travailler efficacement dans un
système mathématique même si l’on n’y a étudié en détail que de petits
sous-systèmes ; de présenter les géométries en tant que systèmes mathé-
matiques en s’appuyant de façon non formalisée sur l’expérience des
élèves.
La formation spécialisée en géométrie des futurs enseignants de
géométrie au niveau du second cycle du secondaire doit inclure l’étude
des sujets suivants :

Investigations non formalisées en géomdtrie


Les approches non formalisées de la géométrie au niveau du primaire et
du premier cycle du secondaire fournissent d’excellentes bases pour
l’introduction des concepts et l’élaboration des structures concernant
l’investigation et la résolution de problème dans le second cycle du
secondaire. On peut utiliser, par exemple, la représentation des figures
géométriques sur une géoplanche carrée (réseau de pointes) comme
introduction à la représentation des figures dans un plan cartésien. On
peut déterminer les distances entre points (longueurs des segments) par
le théorème de Pythagore. On peut établir la colinéarité en utilisant les
pentes. On peut déterminer les droites parallèles et les droites perpendi-
culaires.

179
Bruce E. Meserve et Dorothy T. Meserve

Sur une géoplanche donnée, comme la géoplanche 5 x 5 de 36


pointes, on peut se familiariser avec les configurations à l’occasion des
activités suivantes : déterminer l’ensemble de toutes les longueurs
possibles des segments ayant pour extrémités deux pointes de la géo-
planche ; déterminer l’ensemble de toutes les aires possibles des carrés
dont les sommets sont des pointes de la planche ; déterminer l’ensemble
de toutes les aires possibles des triangles dont les sommets sont des
pointes de la planche.
On peut ensuite élaborer des généralisations en considérant les
(n + 1)2 pointes d’une géoplanche n x n. On peut identifier, décrire par
leurs propriétés observables, définir et classer de nombreuses figures
usuelles. On peut illustrer de nombreux théorèmes. On peut donner
des exemples (ou des contreexemples) relatifs à des conjectures sur
les figures. On peut présenter la formule de Pick (A = (b/2) + i - l),
où b est le nombre de pointes sur la frontière (les côtés) et i est le
nombre de pointes à l’intérieur, et l’utiliser pour déterminer l’aire de
tout polygone dont les sommets sont des pointes de la géoplanche. Les
élèves peuvent alors comparer les aires des triangles ayant une base
commune et dont le troisième sommet est situé sur une parallèle à la
base. La conjecture qui en résulte peut être généralisée au cas où les
triangles ont des bases égales situées sur une même droite, etc.
On peut mettre en oeuvre une autre approche non formalisée de la
géométrie plane en utilisant les constructions à la règle et au compas.
On peut construire de cette façon la plupart des figures élémentaires
de la géométrie plane. La construction d’un grand nombre de figures
d’un type donné différentes (par exemple de triangles avec leurs trois
médianes) fournit une base pour l’élaboration de conjectures fondées
sur les propriétés observées. La construction de configurations et de
motifs géométriques illustre les liens étroits entre l’art et la géométrie.
On peut aussi construire un modèle de la géométrie hyperbolique.
On peut utiliser les pliages pour représenter de nombreuses figures
géométriques, pour susciter l’élaboration de conjectures et, d’une
manière générale, pour réaliser de nombreuses activités destinées à
justifier et à étayer des concepts géométriques très divers. D’autres
approches non formalisées comme l’utilisation des miroirs, des trajec-
toires de boules de billard et de la graphique informatique peuvent
aussi aider les enseignants à établir un lien entre les modèles physiques
de la géométrie dont l’élève a l’expérience et les relations et concepts
géométriques abstraits étudiés en classe.

Comparaison des différentes géométries bidimensionnelles


L’identification et la comparaison des théorèmes qui se correspondent
dans les différentes géométries est un moyen très efficace pour faire
admettre aux élèves l’existence de plusieurs géométries. Il est nécessaire
que les élèves se familiarisent avec les “points” et les “droites” d’au
180
La formation des enseignants et l’enseignement de la géométrie

moins une représentation (modèle) de chaque géométrie. Considérons la


géométrie plane euclidienne usuelle, la géométrie sphérique des points
et des grands cercles (droites sphériques) sur une sphère, la géométrie
elliptique des droites diamétrales (points elliptiques) et des plans diamé-
traux (droites elliptiques), et la géométrie hyperbolique des points
intérieurs (points hyperboliques) d’un cercle donné et des cercles
orthogonaux au cercle donné (droites hyperboliques). On peut utiliser
les propriétés observées sur ces représentations pour comparer les
quatre géométries en ce qui concerne les aspects suivants : nombre de
droites passant par deux points distincts donnés, nombre de droites
passant par un point donné et parallèles à une droite donnée, nombre
de droites passant par un point donné et ne coupant pas une droite
donnée, somme des mesures des angles d’un triangle, existence apparente
d’une relation entre l’aire d’un triangle et la somme des mesures de ses
angles. Par ces comparaisons, le futur enseignant acquiert une expérience
personnelle de l’utilisation de propriétés observées de façon non forma-
lisée et du travail dans chacune de ces différentes géométries.

Terminologie et no ta tions
Pour établir une communication efficace, il faut employer correctement
les éléments du langage - quel que soit ce langage. Il convient en
particulier, quand les élèves commencent à constituer leur vocabulaire,
d’établir une distinction entre triangle et région triangulaire chaque fois
qu’une confusion est possible. De même, il est souvent nécessaire de
distinguer entre droite et segment de droite, entre segment de droite et
segment de droite orienté (vecteur), entre cercle et région circulaire,
etc.
Beaucoup de figures géométriques peuvent être décrites de plusieurs
façons très différentes. Les définitions choisies doivent être claires pour
le lecteur et faciles à appliquer. Pour cela, il faut : que l’entité définie
soit rangée dans sa classe la plus restreinte et que ses caractéristiques
essentielles (spécifiques) soient indiquées ; que l’énoncé de la définition
soit réversible, c’est-à-dire que la réciproque soit également vraie ; que
la définition ne soit pas “surchargée” de conditions superflues. Une
définition peut souvent avoir différentes formes équivalentes. Par
exemple, on définit habituellement l’angle droit comme l’angle dont la
mesure est de 90” mais Euclide le définissait comme l’angle de deux
droites formant au moins deux angles adjacents égaux.
La signification des mots et des symboles continue à évoluer. Au
cours des trente dernières années, le mot de “fonction” a été restreint
au sens de “fonction univoque”, le symbole ‘Y, comme dans A ABC
?ARST,aétérestreintausensdeLAZLR,LBZLSetLCZLT.
En outre, aussi bien en algèbre qu’en géométrie, il semble que le sens du
symbole “=” ait tendance à se restreindre et à identifier “deux
dénominations d’une même quantité (nombre, figure, etc.)” au lieu
181
Bruce E. Meserve et Dorothy T. Meserve

d’indiquer de façon plus large une égalité de mesure, d’aire par exemple.
Les futurs enseignants doivent acquérir une solide expérience leur per-
mettant de formuler diverses descriptions d’une figure particulière, de
choisir une définition utilisable pour une figure ou un symbole et
d’utiliser correctement la terminologie et les notations.

Le raisonnement mathématique et les méthodes de démonstration


On utilise les méthodes déductives en arithmétique, en algèbre, en
géométrie, dans les mathématiques discrètes et dans bien d’autres
branches des mathématiques. Les différentes approches de la géo-
métrie - synthétique, analytique, vectorielle, transformationnelle -
peuvent reposer sur différents ensembles d’axiomes et sur différentes
représentations (interprétations) du “point” et de la “droite”. Il n’est
pas nécessaire de présenter chaque ensemble d’axiomes, mais il faut
souvent reconnaître l’existence d’un ensemble d’axiomes pour pouvoir
accepter une démonstration procédant d’une approche particulière.
Les futurs enseignants doivent : apprendre à formuler, pour divers
théorèmes, des démonstrations empruntant chacune de ces approches ;
avoir une compréhension suffisante des mathématiques sous-jacentes
pour pouvoir accepter une démonstration reposant sur n’importe
laquelle de ces approches ; admettre que, même pour la géométrie
plane euclidienne synthétique, il existe plusieurs ensembles d’hypo-
thèses (axiomes, postulats) possibles, tels ceux d’Euclide, de Hilbert, de
Veblen et de Birkhoff ; savoir démontrer de plusieurs manières diffé-
rentes chacun des théorèmes d’un ensemble choisi ; comprendre (et
être capable d’exploiter) les avantages respectifs de différentes approches
pour différents types de théorèmes et de problèmes.
Ces acquis devraient en particulier permettre aux enseignants de
choisir à bon escient les exemples qu’ils utiliseront en classe et de
reconnaître la validité d’une quelconque des multiples démonstrations
possibles d’un théorème.
Certains enseignants aiment à fonder chaque étape d’une démons-
tration synthétique sur un syllogisme : ils ne doivent accepter que les
démonstrations dont chaque étape présente une structure logique
correcte, pouvant être identifiée, si nécessaire. A l’autre extrême,
quelques enseignants donnent à leurs élèves l’impression de “démontrer”
les théorèmes par des mesures : or les futurs professeurs doivent bien
comprendre que, si l’énumération d’objets discrets est exacte, toute
mesure lue sur une échelle (comme la longueur d’un segment de droite,
ou la mesure d’un angle en degrés) est une approximation ; on ne peut
pas utiliser des mesures approchées pour démontrer une égalité comme
celle qui concerne la somme des angles d’un triangle.

182
La formation des enseignants et l’enseignement de la géométrie

Les géométries finies


Afin d’élargir leur conception de la géométrie et de pouvoir disposer
d’une source de théorèmes assez simples à démontrer, les futurs ensei-
gnants doivent avoir une certaine expérience d’au moins une géométrie
finie. Il est particulièrement souhaitable qu’ils en connaissent diverses
représentations, fondées sur différentes interprétations des éléments
des postulats.

Une hiérarchie des géométries

Topologie

1
Géométrieprojective

Géométrie /)!Ttf affïne


équiaréolaire similitudes / I

Géométrie - Géométrie Géométrie Géométrie


euclidienne elliptique hyperbolique sphérique

Les futurs enseignants doivent non seulement connaître l’existence


d’autres géométries mais aussi comprendre les relations entre la géo-
métrie plane euclidienne et plusieurs autres géométries bidimension-
nelles. Le rôle précoce de la géométrie euclidienne en tant que géométrie
apparente de notre univers physique et le rôle de la généralisation et
de l’abstraction en tant qu’éléments importants du développement des
mathématiques sont en général connus, au moins superficiellement. Ces
points de vue constituent une base de discussion non formalisée sur les
relations entre les géométries de cette hiérarchie et sur les conséquences
qu’entraîne l’assouplissement des hypothèses de la géométrie euclidienne.
La construction de la géométrie euclidienne, en ajoutant des hypothèses
restrictives successives aux axiomes de la géométrie projective, permet
aussi de comprendre de façon beaucoup plus profonde la nature de la
géométrie euclidienne et de la géométrie en général.

La géométrie dans la vie


Les enseignants de géométrie doivent avoir conscience des nombreux
exemples de figures et de relations géométriques qu’offre leur environ-

183
Bruce E. Meserve et Dorothy T. Meserve

nement. Ils doivent aussi être capables d’en indiquer à leurs élèves un
choix assez varié pour stimuler leur attention et leur intérêt. Les exemples
suivants sont particulièrement intéressants : l’attrait esthétique du
nombre d’or et son utilisation généralisée dans les arts et l’architecture ;
le rôle des sections planes dans l’étude de la biologie ; la science de la
perspective et son utilisation pour attirer l’attention du spectateur sur
l’élément principal d’un tableau ou pour peindre des scènes de la nature,
ou bien encore son altération délibérée chez certains artistes modernes
pour produire un effet discordant ; la forme hexagonale des alvéoles des
nids d’abeilles ; l’utilisation des principes de la géométrie dans la concep-
tion de divers types de cartes géographiques, routes, ponts, etc. ; les
solides géométriques que l’on abserve en cristallographie ; les applica-
tions de la géométrie à la photographie, y compris le tirage des épreuves ;
les divers principes de géométrie utilisés dans l’exploration de l’espace,
les sports et l’urbanisme ; les liens respectifs des géométries euclidienne,
elliptique et hyperbolique avec les trois théories fondamentales sur
l’avenir de notre univers.

Conclusions
La formation géométrique complète indispensable aux enseignants ne
saurait être confinée dans les limites d’un seul cours de l’Institut péda-
gogique ou de l’Université. Les futurs enseignants doivent, au contraire,
prendre conscience du contenu géométrique et des applications géomé-
triques potentielles de chacun des cours qu’ils suivent pendant leurs
études supérieures. L’utilisation des procédés, des représentations et des
interprétations géométriques dans l’étude de l’analyse, de l’algèbre
linéaire, des probabilitiés, de la statistique, de l’histoire et des fonde-
ments des mathématiques ainsi que d’autres sujets (pas nécessairement
mathématiques) constitue une préparation inestimable aux cours
spécialisés de géométrie.
Il n’existe pas encore de cours ou de groupe de cours qui, de l’avis
général, offre aux futurs enseignants de géométrie une formation
adéquate. Nous avons exposé brièvement certains des sujets effective-
ment abordés dans le cadre de la formation des enseignants de géo-
métrie. Notre choix de sujets reflète l’importance que nous attachons
à un traitement non formalisé aussi bien que formalisé de la géométrie
scolaire et à l’utilisation d’approches de la géométrie très diverses
pour l’enseignement de cette matière.

184
La formation des enseignants et l’enseignement de la géométrie

Références
COMMITTEE ON THE UNDERGRADUATE PROGRAM IN MATHEMATICS (CUPM).
Pane1 on Teacher Training. 1983. Recommendations on the Mathematical
Preparation of Teachers. Washington, D.C., Mathematical Association of
America. (MAA Notes, No. 2.)
H~ELE, P. M. van. 1959. La pensée de l’enfant et la géométrie. Bulletin de Z’APMP
(Paris, Association des professeurs de mathématiques de l’enseignement public),
No. 198, p. 199-205.
. 1973. Begrip en Znzicht [Concept et intuition]. Purmerend (Pays-Bas),
Muusses.
HOFFER, Alan. 1981. Geometry is More Than Proof. Mathematics Teacher, No. 74,
janvier, p. 11-l 8.
WIRSZUP, Izaak. 1976. Breakthroughs in the Psychology of Learning and Teaching
Geometry. Space and Geometly. Columbus, Ohio, ERIC Cerner.

185
Max S. Bell

Les cours de géométrie plane sur


micro-ordinateur au niveau du
secondaire

Introduction

La révolution engendrée depuis 1950 environ dans les sociétés indus-


trielles par l’avancement des grands ordinateurs à usage général est bien
connue. Comme l’ont prédit il y a plusieurs dizaines d’années Hamming
et d’autres, leurs effets ont largement dépassé la simple possibilité de
traiter plus d’informations plus rapidement (Hamming, 1963). Jusqu’à
présent, cependant, les grands ordinateurs ont eu peu d’incidences
directes sur l’enseignement des mathématiques scolaires.
Beaucoup de gens pensent actuellement que les micro-ordinateurs,
puissants et relativement bon marché, qui deviennent de plus en plus
accessibles, produiront dans le monde extrascolaire des effets aussi
révolutionnaires que les grands ordinateurs à usage général. Je pense
que les micro-ordinateurs ont en effet la capacité de révolutionner la vie
scolaire, en particulier l’enseignement des mathématiques. Mais, à
l’exception de quelques programmes généraux puissants (le LOGO, par
exemple) et de quelques activités de type ludique de portée limitée, les
“logiciels” utiles à l’enseignement des mathématiques scolaires sont
rares ; ils portent surtout sur les techniques de calcul et sont générale-
ment de qualité mediocre. Bien entendu, on fait un grand usage des
micro-ordinateurs dans les écoles pour “l’initiation à l’informatique”
ou l’enseignement de la programmation en BASIC ou en PASCAL, mais
ces applications ne concernent que marginalement l’enseignement des
mathématiques. Si l’on s’en tient là, la révolution du micro-ordinateur
connaîtra certainement le sort d’autres innovations technologiques
comme le cinéma, la télévision, les grands ordinateurs et les calcula-
trices, qui sont toutes restées sans grande influence sur l’écoles, que
celle-ci a même complétement ignorées, alors qu’elles envahissaient
la vie extrascolaire.
Pendant vingt mois environ, j’ai dirigé une petite équipe de pro-
fesseurs, de programmeurs et de spécialistes de la pédagogie des mathé-
matiques qui a élaboré un cours complet de géométrie plane sur micro-
187
Max S. Bell

ordinateur à l’intention des établissements d’enseignement secondaire’.


Cette équipe a aussi participaté à la réalisation d’une importante com-
posante géométrique d’un programme de mathématiques sur micro-
ordinateur destiné à l’école élémentaire. Comme il s’agit d’un des
premiers cours complets sur micro-ordinateur élaborés pour les écoles,
il me paraît instructif d’exposer nos résultats et le processus par lequel
ils ont été obtenus. Dans les pages qui suivent, j’indiquerai donc cer-
tains des principes qui ont guidé nos travaux et les situerai dans leur
contexte, en présentant la situation actuelle de l’enseignement de la
géométrie dans les écoles secondaires des Etats-Unis d’Amérique.
J’exposerai ensuite le contenu et les caractéristiques du logiciel de notre
cours de géométrie sur micro-ordinateur. Ces programmes montrent, me
semble-t-il, qu’un logiciel relativement peu coûteux, fonctionnant sur
des micro-ordinateurs relativement bon marché peut en fait contribuer
puissamment à l’apprentissage de la géométrie au niveau élémentaire et
secondaire, dans le cadre d’un programme scolaire complet de géométrie.

Quelques principes d’dlaboration


Les sept principes généraux ci-après, concernant les outils informatiques
d’enseignement des mathématiques, ont guidé nos travaux :

Les spécialistes de la pédagogie mathématique que nous sommes doivent


s’efforcer de transférer aux ordinateurs les fonctions que ceux-ci sont le
mieux à même d’assurer, mais nous devons aussi continuer à améliorer
les manuels et à aider les professeurs à devenir plus efficaces. Nous
devons donc adhérer à de stricts critères de “technologie appropriée”,
en n’utilisant les ordinateurs que pour des applications pédagogique-
ment efficaces et économiquement rentables. C’est ainsi que l’ordina-
teurs remplace mal la calculatrice de poche et coûte beaucoup plus
cher, que le texte imprimé demeure plus efficace sur la papier
qu’affiché sur un écran de télévision et que divers matériels bon marché
permettent d’entraîner les élèves aux “apprentissages de base” au moins
aussi efficacement que des micro-ordinateurs plus coûteux.
Tout outil micro-informatique d’apprentissage doit être conçu à la
lumière de l’avis des meilleurs spécialistes sur ce qu’il est important
d’apprendre dans le domaine des mathématiques et de leurs applica-
tions. Ils doit, à tout le moins, servir à enseigner de solides concepts
mathématiques et non de simples recettes permettant d’obtenir tel
ou tel résultat.
Les outils micro-informatiques d’apprentissage doivent apporter aux
élèves une information en retour appropriée, le sentiment confiant d’être
les maîtres de leur propre apprentissage et la maîtrise réelle de nombre
1. Ce cours, ses programmes et les noms “Geodraw” et Proofchecker” sont la propri& de
WICAT Systems, à Orem, Utah (Etats-Unis d’Am&ique), où les recherches et la rbalisation
ont eu lieu.

188
Les cours de géométrie plane SUTmicro-ordinateur au niveau du secondaire

des difficultés inhérentes aux manipulations mathématiques. Cela


implique notamment qu’une grande part de l’enseignement par micro-
ordinateur soit véritablement interactive et une faible part seulement
purement directive ou expositive.
Il est essentiel de consacrer au moins autant d’efforts à la mise en
oeuvre effective des matériels pédagogiques micro-informatiques au
niveau des écoles elles-mêmes qu’à la conception des ordinateurs et
des didacticiels eux-mêmes.
Tout en continuant à améliorer autant que possible l’enseignement
des mathématiques à l’école, nous devons aussi examiner quelle part de
l’apprentissage des mathématiques pourrait desormais se dérouler,
grâce aux micro-ordinateurs, à domicile, sur les lieux de travail et en
d’autres endroits. Cela est capital pour la formation continue de ceux
qui ont quitté l’école, mais ce peut être aussi important pour de nom-
breux écoliers ou étudiants. En fait, notre cours de géométrie est conçu
pour être utilisé aussi bien à la maison qu’à l’école.
Les ordinateurs sont eux-mêmes des systèmes soumis à des con-
traintes et à des règles, de façon comparable aux systèmes mathémati-
ques que nous enseignons aux élèves. Je pense, par exemple, que l’utili-
sation de nos programmes Geodraw et Proofchecker en apprendra
autant aux élèves sur la façon de travailler dans le cadre de contraintes
essentiellement axiomatiques que le contenu des cours de géométrie
eux-mêmes. Cet aspect de l’enseignement par l’ordinateur doit être
exploité chaque fois que cela est possible.
Bien que nos cours de géométrie ne soient pas destinés à I’enseigne-
ment “professionnel”, le programme Geodraw n’est pas sans rappeler
certaines utilisations industrielles de l’infographie en conception assistée
par ordinateur (CAO). Les biens entre l’enseignement par ordinateur
et le monde réel doivent, une fois encore, être relevés et être exploités
chaque fois que c’est possible.

La géométrie scolaire aux Etats-Unis d’Am6rique


Depuis 1965 environ, le “cours standard” de géométrie aux Etats-Unis
d’Amérique est un cours de géométrie euclidienne plane, oh l’accent est
mis sur les démonstrations synthétiques fondées sur des postulats
“métriques” concernant la mesure des longueurs et des angles. Ce cours
standard a pour origine le cours de géométrie conçu en 1960 par le
School Mathematics Study Group (Moise, 1960), qui repose sur les
postulats métriques introduits par G. D. Birkhoff dans les années 1930
(Birkhoff et Beatley, 1940). Aux Etats-Unis d’Amérique, les manuels
des cours de géométrie plane ont tous le même contenu de base, avec
des définitions précises et des postulats métriques énoncés explicitement,
et font grand usage de la démonstration en deux colonnes. La plupart
de ces livres contiennent aussi une brève introduction à la géométrie

189
Max S. Bell

analytique et, depuis une date plus récente, un chapitre sur les
transformations. La plupart des manuels qui s’écartaient de cette norme
ont disparu du marché. Ce cours commence normalement en dixième
année d’études (second cycle du secondaire).
Dans l’ensemble, moins de la moitié des élèves de lycée aux Etats-
Unis d’Amérique suivent un cours axé sur la démonstration et, parmi
ceux-ci, moins de la moitié apprennent à effectuer des démonstrations
géométriques non triviales. Un rapport récent indique que, sur l’ensemble
des élèves de lycée aux Etats-Unis d’Amérique : 47 pour cent ne font
pas de géométrie ; 6 pour cent choisissent ce cours mais abandonnent
avant la fin ; 7 pour cent suivent des cours de géométrie “sans
démonstrations” ; 11 pour cent étudient les démonstrations mais sont
incapables de s’en servir ; 9 pour cent ne peuvent faire que des
démonstrations triviales ; 7 pour cent réussissent moyennement sur le
plan de la démonstration ; 13 pour cent réussissent bien dans ce domaine
(Usiskin, 1982).
Les recherches de Usiskin et Sharon Senk (à paraître) montrent
aussi que la majorité des élèves qui choisissent le cours standard de
géométrie débutent avec une faible connaissance des concepts géo-
métriques de base. Ils n’ont donc même pas une base minimale per-
mettant de suivre un cours axé sur la démonstration. Si l’on ajoute
à cela la pénurie croissante, aux Etats-Unis d’Amérique, de professeurs
ayant une formation convenable en géométrie, il n’est pas étonnant de
constater la tendance à un quasi-abandon de l’enseignement de la
démonstration dans les cours de géométrie proposés.
En l’absence d’initiatives nouvelles, les enseignements scolaires
de géométrie axés sur la démonstration sont certainement appelés à
devenir très rares aux Etats-Unis d’Amérique au cours des dix prochaines
années. D’ailleurs, depuis le début des années 60, certains éducateurs
se déclarent fortement partisans de cet abandon, estimant que la
priorité donnée jusque-là aux démonstrations devrait céder la place à
d’autres modes d’approche de la géométrie, fondés sur les coordonnées,
les transformations et les vecteurs.
Or, c’est l’importance attachée, dans l’enseignement classique de la
géométrie, à la démonstration et aux définitions précises qui fait que
cet enseignement est, pour beaucoup d’élèves, la première expérience
véritablement “mathématique”. Beaucoup de mathématiciens profes-
sionnels et d’utilisateurs des mathématiques ont remarqué que la
géométrie avait été à l’origine de leur éveil aux mathématiques et à ses
possibilités, ce qui confère évidemment à cet enseignement un rôle
très important. A ceux qui le suivent avec succès, le cours de géo-
métrie apporte des bases essentielles pour leurs études futures de
mathématiques : intuition spatiale, logique, démonstration, résolution
de problèmes originale et, pour certains, géométrie analytique et trans-
formations,

190
Les cours de géométrie plane sur micro-ordinateur au niveau du secondaire

Il est sans doute hors de la portée de la plupart des professeurs de


l’enseignement secondaire qui enseignent le cours de géométrie “stan-
dard” de remédier à l’inadéquation de celui-ci. Aux Etats-Unis
d’Amérique en effet, l’enseignement mathématique dispensé dans les
écoles élémentaires ne fait presque aucune place à la géométrie. Beaucoup
d’élèves n’ont donc pas acquis l’intuition géométrique indispensable
pour pouvoir construire une structure de définitions, d’axiomes et de
théorèmes. La grande disparité de formation et d’aptitudes que l’on
observe le plus souvent chez les élèves qui suivent les cours de géo-
métrie est aussi une grave source de difficultés pour les professeurs.
Alors que la plupart des élèves ont besoin d’un grand retour d’infor-
mations de la part du professeur dans leur apprentissage de la démons-
tration, un simple calcul arithmétique suffit à montrer que ce feedback
doit être rare. Considérons, par exemple, un professeur n’ayant pas plus
de 60 élèves de géométrie et qui voudrait passer en moyenne trois
minutes par jour et par élève, en dehors des heures de classe, à la
correction de démonstrations. Il lui faudrait consacrer à cette tâche
trois heures parjour,ce qui, pour la plupart des professeurs, est purement
et simplement impossible. En outre, la géométrie est une matière très
visuelle ; or, il est difficile de fournir une illustration graphique
suffisamment riche et précise quand on ne dispose que d’un tableau
noir ou de documents reproduits au moindre coût. Sans matériels
graphiques appropriés, les élèves ont du mal à “voir” les éléments
déterminants sur lesquels leur attention doit seconcentrer. Voila comment
l’insuffisance de la préparation des élèves et la médiocrité des moyens
technologiques se conjuguent pour aboutir à des cours médiocres,
même quand les enseignants sont compétents.
Bref, l’enseignement de la géométrie au lycée traverse, aux Etats-
Unis d’Amérique, une mauvaise passe. Et, cependant, il vaut assurément
la peine de redéfinir cet enseignement et de le rendre accessible à
beaucoup plus d’élèves que ce n’est le cas actuellement. Pour cela il faut
: de nouvelles technologies pédagogiques produisant une graphique plus
précise et plus dynamique, sous la dépendance de l’utilisateur ; une
initiation plus graduelle à l’art de la démonstration ; un meilleur
entraînement à la démonstration, avec des corrections et des
informations en retour ; un contenu et des modes d’approche de la
géométrie plus variés ; des mécanismes d’apprentissage laissant plus de
temps aux élèves qui en ont besoin. Notre but était de voir si un cours
de géométrie sur ordinateur pouvait rendre possible ces innovations
pédagogiques.

Description d’ensemble du cours de géométrie de WICAT


On trouvera dans la section qui suit une description détaillée des deux
principaux programmes de service et de leur mode d’utilisation pour
les leçons. En bref, le cours se divise en deux parties, représentant
191
Max S. Bell

chacune plusieurs mois d’étude ; chaque partie comprend deux sous-


thèmes et s’accompagne d’un manuel imprimé. Voici un résumé du cours :

Géométrie 1 : Concepts de base et construction de systèmes.


Première partie : Cours succint de géométrie intuitive.
Les activités prévues couvrent, pour l’essentiel, l’ensemble du contenu
classique de la géométrie plane enseignée au lycée. L’approche est non
formalisée et exploite la riche graphique interactive de Geodraw. L’ob-
jectif principal est de rendre les cours de géométrie des lycées accessibles
aux élèves mal préparés. On y a inclus des investigations et des
problèmes qui sont intéressants même pour les élèves bien préparés.
Deuxième partie : Construction de microsystèmes géométriques.
Cette partie de Géométrie 1 porte sur des activités de raisonnement
géométrique qui consistent pour les élèves à construire et à utiliser des
“microsystèmes” à partir des divers sous-systèmes de notre programme
Geodraw. La facilité d’accès aux transformations (translations, rotations,
symétries axiales) permet d’établir des séquences de démonstration
“localement rigoureuses”, ce qui assure la transition vers les démonstra-
tions synthétiques classiques qui font l’objet de Géométrie 2.

Géométrie 2 : Démonstrations et extensions.


Première partie : Démonstrations synthétiques en géométrie plane.
Cette partie du cours couvre le contenu des programmes scolaires relatif
à la “démonstration synthétique”, d’une façon que nous espérons
beaucoup plus efficace que ce qui se fait habituellement. Elle exerce
les élèves à la logique classique sur laquelle reposent les démonstrations
déductives. Le manuel indique les heuristiques permettant de trouver
les démonstrations.
Deuxième partie : Extensions et autres points de vue.
Cette partie développe les concepts de base de la géométrie analytique.
Le chapitre “Problèmes et amusements” du manuel fournit des sugges-
tions pour continuer l’exploration des transformations et d’autres sujets.

On peut utiliser nos programmes de géométrie avec la mémoire de


128 K (kilo-octets) des IBM PC Junior (et autres micro-ordinateurs
compatibles IBM) en occupant presque totalement la mémoire.
Géométrie 1 et Géométrie 2 sont chacune stockées sur deux disquettes
de 360 K (quatre disquettes pour l’ensemble du cours) ; le code du
programme occupe le tiers de l’espace mémoire et le reste est rempli par
les données qui permettent de réaliser les nombreuses activités du cours.
C’est une structure d’une économie assez remarquable, due à des
programmeurs de talent ; il n’en demeure pas moins qu’aux questions
que pourrait se poser le lecteur sur l’absence de telle ou telle fonction
supplémentaire, le réponse serait dans presque tous les cas que nous

192
Les cours de géométrie plane sur micro-ordinateur au niveau du secondaire

n’avions pas assez de place. Ces contraintes liées à l’espace mémoire


sont appelées à disparaitre bientôt et l’on peut s’attendre à disposer de
programmes encore plus puissants sur des micro-ordinateurs qui
coûteront probablement moins cher que les 700 dollars US tels que
demandés en janvier 1985pour le systèmecomplet,avecunitéde disques et
moniteur couleur, sur lequel nos programmes Géométrie sont implantés.

Les programmes principaux : Geodraw et Proofchecker


Les innovations pédagogiques des cours de géométrie de WICAT sont
rendus possibles par les deux programmes suivants :

1. Geodraw donne à l’utilisateur une grande maîtrise de la construction


et de la transformation des figures géométriques. Il existe d’autres pro-
grammes pour micro-ordinateur d’une grande richesse graphique, mais
Geodraw est peut-être le seul à modéliser aussi explicitement les
approches contemporaines classiques de la géométrie, grâce à ses sous-
systèmes Construct, Transform et V-Draw, ainsi que Measure et Axes.
Geodraw est utilisé pour diverses activités d’un bout à l’autre du cours ;
ce programme est toujours à la disposition de l’utilisateur pour des
investigations spontanées et il sert d’appui à une importante composante
géométrique dans le programme de mathématiques de WICAT destiné à
l’école élémentaire.
2. Proofchecker vérifie l’exactitude logique et syntaxique des démons-
trations entrées par les utilisateurs. A notre connaissance, cela n’a été
réalisé nulle part ailleurs ; sans cette caractéristique, notre cours de
Géométrie 2 serait très différent de sa version actuelle.

Il est plus facile d’utiliser les programmes que de les décrire mais,
dans les sections qui suivent, j’exposerai bon nombre de leurs caracté-
ristiques et indiquerai comment elles sont exploitées pour des activités
sur écran.

Le programme Geodraw

Les touches de fonctions spéciales de Geodraw


Les touches situées sur la rangée supérieure (la rangée des chiffres) du
clavier du micro-ordinateur sont affectées à des fonctions spéciales,
actives dans tous les sous-systèmes de Geodraw. Un bande de carton
imprimée est placée au-dessus de la rangée supérieure pour identifier
chacune de ces fonctions spéciales. Ce jeu de fonctions “d’intendance”
est toujours actif dans Geodraw. Leurs noms de code figurent ci-après
en majuscules. L’utilisateur peut déplacer le curseur “vite” (FAST),
à “vitesse moyenne” (MEDIUM) ou “lentement” (SLOW) au moyen
193
Max S. Bell

des touches marquées d’une flèche, “effacer” (CLEAR) l’écran,


“remplir” (FILL) des figures fermées en utilisant l’une ou l’autre des
quatre couleurs, “étiqueter” les points (LABELS) par des lettres ou des
coordonnées, “mesurer” (MEASURE) tout segment ou angle visible et
“annuler” (UNDO) ce qu’il vient de faire. La fontion UNDO favorise
une approche expérimentale des constructions ; si l’utilisateur s’est
trompé de touche ou si ce qu’il vient d’ajouter à une construction lui
semble faux, UNDO lui permet de revenir à l’étape précédente et
d’essayer à nouveau.
Si on actionne la touche REFERENCE FRAMES (“repères de
référence”), un “menu” apparaît au bas de l’écran, comme le montre
la figure 1.

Figure 1. Geodraw : le menu REFERENCE


FRAMES et un exemple d’axes

Si l’utilisateur appuie ensuite, par exemple, sur la touche S, de


“Square-lattice” (treillis carré), l’ordinateur lui demande l’écartement
qu’il désire entre les points ; un intervalle de 30 “pixels” est affiché
pour donner l’échelle (un “pixel”, abréviation de “picture element”
(élément d’image), est la plus petite partie de l’écran du moniteur que
l’ordinateur puisse commander ; dans nos programmes, par exemple,
c’est le 1/320 de la largeur de l’écran). Quand l’utilisateur a fourni
cette information, un quadrillage de points apparaît sur l’écran et
l’utilisateur a le choix entre limiter le déplacement du curseur à ces
seuls points ou laisser au curseur la possibilité d’atteindre un point
quelconque de l’écran. Quand ou appuie sur “Circle lattice” (treillis

1. N.D.T. : Les figures 1 à 9 sont extraites de la version originale anglaise des programmes
Geodraw et Proofchecker. Le lecteur trouvera à la fin du prbent chapitre la traduction
en français des termes utilisbs.

194
Les cours de géométrie plane sur micro-ordinateur au niveau du secondaire

circulaire), l’ordinateur demande le nombre de points équidistants à


placer dans une configuration circulaire, quand on appuie sur “Grid”
(quadrillage), il demande l’espacement d’un réseau de droites de maille
carrée, et quand on appuie sur “Iso-1attice” (réseau hexagonal), il
demande l’espacement de points équidistants (répartis sur les sommets
de triangles équilatéraux). En actionnant “Axes”, on obtient deux
effets : un système orthogonal de coordonnées apparaît sur l’écran,
l’unité demandée étant représentée sur les axes, et toutes les mesures
ou coordonnées affichées sont évaluées dans l’unité de mesure et non
en “pixels” comme d’habitude. La figure 1 en donne un exemple.
La figure 1 illustre aussi la solution que nous avons adoptée pour
offrir des possibilités graphiques complexes sans obliquer l’utilisateur
à mémoriser des dizaines de séquences spéciales d’actionnement de
touches. Nous espérions disposer d’un clavier spécial comptant de
nombreuses touches que nous aurions pu étiqueter et affecter à notre
guise. Cela s’étant avéré irréalisable, nous avons emprunté au langage de
programmation PASCAL l’idée d’affecter chaque fonction spéciale à
une touche-lettre du clavier normal ; nous avons ensuite franchi une
étape supplémentaire en affichant en permanence sur l’écran un “menu”
où les lettres appropriées sont présentées sur fond clair. Cela rend
apparemment nos programmes très faciles à utiliser.
La dernière ligne en bas de l’écran sur la figure 1 rappelle à l’utili-
sateur les fonctions disponibles du système général.

Vue d’ensemble du programme Geodraw


Geodraw est constitué de trois sous-systèmes principaux, avec les fonc-
tions spéciales que nous venons de décrire et la possibilité d’afficher sur
l’écran les repères de référence énumérés sur la Figure 1. Geodraw a été
conçu pour représenter les diverses façons dont on peut organiser la
géométrie plane :

1. “CONSTRUCT” représente la géométrie euclidienne classique que


nous connaissons depuis des siècles ; utilisé avec “MEASURE”, il
représente la géométrie euclidienne modernisée au 20ème siècle.
2. “V-DRAW” donne un autre moyen de construire les polygones, on
peut aussi l’utiliser pour représenter l’approche vectorielle de la géo-
métrie.
3. “TRANSFORM” correspond à l’approche de la géométrie par les
transformations.
4. “CONSTRUCT” employé avec “AXES”, correspond aux méthodes
de la géométrie analytique.

195
Max S. Bell

Le sous-système CONSTRUCT

Figure 2. Menu et exemples de figures du


sous-système CONSTRUCT de Geodraw
La figure 2 montre une image-écran typique du sous-système “CONS-
TRUCT” de Geodraw. On active chacune des fonctions de dessin en
appuyant sur la touche voulue du clavier qui correspond à une lettre
majuscule sur fond clair dans le “menu” figurant en bas de l’écran. Par
exemple, si on actionne la touche P, pour “Point”, un point s’affiche à
l’endroit de l’écran où se trouve le curseur et il est désigné par la première
lettre de l’alphabet non encore utilisée ; on peut ainsi étiqueter
cinquante-deux points au total, en utilisant les majuscules et les minus-
cules. Les points une fois étiquetés sur l’écran, l’utilisateur peut tracer
les autres figures indiquées en répondant aux “messages guide-opérateur”
qui apparaissent quand il actionne la touche-lettre correspondante. Par
exemple, si on actionne la touche Y, pour “TaY” (demi-droite), l’ordina-
teur affiche le message “Demi-droite issue du point ~_ et passant par le
point _._ “, et trace cette demi-droite quand les parties laissées en blanc
dans ce message ont été remplies car enablement par l’utilisateur.
Pour “N-gon” (côté N), l’ordinateur demande le nombre de côtés du
polygone. Quand l’utilisateur a répondu, l’ordinateur trace un
polygone régulier ayant pour centre le point de l’écran où se trouve le
curseur et un “rayon” de 40 pixels ; ce polygone est également étiqueté
par les premières lettres de l’alphabet disponibles. Pour “Circle” (cercle),
l’ordinateur demande le centre et le rayon, pour “Midpoint” (milieu), il
demande les extrémités du segment, et pour “anGle” le rayon de départ
et la mesure de l’angle. Pour “aRc”, il simule un compas en demandant
d’abord le centre, le rayon et la direction de départ ; il indique ensuite à
l’utilisateur d’actionner les touches-flèches pour tracer la longueur d’arc

196
Les cours de géométrie plane sur micro-ordinateur au niveau du secondaire

désirée. Le fonction “Line” (droite) offre deux options : la première


demande deux points, la seconde un point et la pente. L’option point-
pente, quand on l’utilise avec “Axes” du menu REFERENCE FRAMES,
a des applications évidentes pour l’exploration de la géométrie analyti-
que. Si on actionne la touche A, qui correspond à “pAralle1” (parallèle),
l’ordinateur affiche le message “Parallèle à la droite __ passant par le
point __ ” ; de même pour la touche El, qui correspond à
“pErpendicular” (perpendiculaire).

Le sous-système Transform
La figure 3 montre une image-écran typique du sous-système de trans-
formations. Si l’on actionne les touches-lettres correspondant aux
majuscules sur fond clair, l’ordinateur affiche les messagesguide-opéra-
teur correspondant aux fonctions désignées.

Figure 3. Menu et exemples de figures du


sous-système TRANSFORM de Geodraw
Ce sous-système est conçu pour enseigner les paramètres essentiels de
diverses transformations en demandant dans les messages guide-
opérateur de préciser ces paramètres. Par exemple, le message de
“Translate” (translation) demande à l’utilisateur de désigner les extré-
mités d’un vecteur de translation, celui de “Scale” (homothétie)
demande le centre et le rapport d’homothétie, celui de “Rotate”
(rotation) demande le centre et l’angle de rotation et celui de “rEflect”
(symétrie axiale) demande de désigner deux points de l’axe de symétrie.
Le message de “pull” (affinité orthogonale) indique à l’utilisateur que
la droite des points fixes passe par le point où se trouve le curseur ; il
demande ensuite si la direction de l’affinité est horizontale ou verticale,
puis demande le rapport d’affinité. Comme les effets des paramètres de
“sHear” (transformation affine de cisaillement) sont assez complexes,
197

-~II
-l__.._l_ --_--
--.-._ - _... --
Max S. Bell

le message indique à l’utilisateur que la droite des points fixes passe par
le curseur et qu’on réalise le cisaillement (dans une direction horizon-
tale) en actionnant les touches-flèches.
Si plusieurs figures sont représentées sur l’écran, il est essentiel de
préciser laquelle doit être transformée, ce qui se fait à l’aide de la fonction
“Define” (définir) : on demande à l’utilisateur d’énumérer les lettres
désignant les divers points de la figure qu’il souhaite transformer ; un
nombre est alors affecté à la figure. L’utilisateur peut, s’il le veut,
utiliser le sous-système Construct pour construire une figure, puis
passer au sous-système Transform, définir (Define) la figure qu’il a
construite et enfin la transformer.
Si on actionne la touche K, correspondant à “Keep” (garder),
l’ordinateur affiche un message demandant à l’utilisateur s’il désire que
les figures initiales (avant transformation) soient conservées. Cette con-
servation des figures initiales permet, par exemple, d’observer facile-
ment les effets de la composition de transformations successives.
Les fonctions “Point”, “N-gon” et “Circle” répondent à peu très
comme dans le sous-système Construct. Elles ont pour objet principal,
ici, de permettre à l’utilisateur de construire rapidement des figures à
transformer, sans être obligé de retourner au sous-système Construct.
Dans un grand nombre de nos leçons, on demande à l’utilisateur de
partir de tel ou tel N-gon et d’utiliser ensuite les transformations pour
construire d’autres tïgures déterminées. Par exemple, la parallélogramme
EFGH de la figure 3 a été obtenu à partir d’un carré qui a été transformé
par Pull et Shear, sans conservation des figures initiales.
Les fonctions du système général sont disponibles. L’utilisateur peut,
par exemple, choisir Axes dans le même REFERENCE FRAMES, puis
explorer les effets de diverses transformations sur les coordonnées de
points en choisissant l’option Coordinates (coordonnées) de la fonction
LABELS.

Le sous-système V-Draw
V-Draw ressemble à ce qu’on appelle souvent une “géométrie de la
tortue”, par référence à la “tortue” des programmes LOGO ; aussi les
effets des fonctions montrées dans la figure 4 paraîtront-ils sans doute
évidents au lecteur à qui les réalisations du LOGO sont familières. Nous
avons choisi le nom de “V’‘-Draw d’abord à cause de la forme en V de
notre curseur de dessin (que nous voulions très directionnel) et ensuite
pour bien marquer le fait que les éléments de base sont les vecteurs. On
trace ces vecteurs en déterminant la direction avec “Left” (gauche) ou
“Right” (droite) et la distance avec “Go” (avancer). Chaque figure
dessinée par V-Draw est composée de ces vecteurs, ou segments. “Point”
étiquette le point où se trouve le curseur ; “pEn” (crayon) est un
basculeur qui détermine si le déplacement du curseur laissera ou non

198
Les cours de géométrie plane SUI micro-ordinateur au niveau du secondaire

Figure 4. Le menu et des exemples de figures pour


le sous-système V-DRAW de Geodraw

une trace sur l’écran ; “Send” (envoyer) demande l’étiquette d’un point,
puis envoie le curseur sur ce point ; “Hide” (cacher) est un autre bascu-
leur qui rend le curseur visible ou invisible ; “Flip” (retournement)
tourne le curseur de 180 degrés, pour le diriger dans le sens apposé. Go
et Flip équivalent donc aux ordres “avant” et “arrière” de la plupart
des versions du LOGO.
Dans beaucoup de réalisations du LOGO la métrique des distances
n’est pas clairement indiquée. En outre, il est souvent difficile de
distinguer l’orientation du curseur et des essais peuvent être nécessaires
pour déterminer si le curseur (“crayon”) laisse ou non une trace sur
l’écran. Ici, l’information sur l’état du curseur affichée en bas à droite
de l’écran (Figure 4) permet de remédier à ces défauts. Elle indique
l’angle du curseur avec l’horizontale dans le sens trigonométrique,
donne l’échelle (longueur de 30 pixels sur l’écran du moniteur) et
précise si le curseur laisse ou non une trace et s’il est ou non visible
(état de Hide).
En actionnant la touche D, “Defer” (différer), l’utilisateur peut
définir une procédure constituée d’une liste d’instructions de V-Draw
et faire exécuter cette liste autant de fois qu’il le désire. Par exemple, la
liste “Go 80, Left 90, eXecute 4 times” (avancer 80, à gauche 90 degrés,
exécuter 4 fois) produisait un carré de 80 pixels de côté. La figure 4
présente une liste différente et ses résultats. Comme pour les autres
exemples de géométrie de la tortue, cette caractéristique est en grande
partie à l’origine de l’intérêt de V-Draw et du plaisir que procure son
utilisation et elle offre un moyen d’initiation aux langages simples de
programmation qui en vaut sans doute bien un autre.
Les fonctions du système général sont disponibles dans V-Draw.
199

-I.-- _.--- -- ,-- - .


Max S. Bell

Par exemple, en utilisant Axes de REFERENCE FRAMES et Coordi-


nates de LABELS, on peut explorer certaines propriétés classiques des
vecteurs, comme la somme vectorielle.

Activités de Géométrie 1 utilisant Geodraw


Il existe au moins deux façons d’utiliser des programmes puissants
comme Geodraw pour enseigner la géométrie. La première consiste à
mettre les programmes à la disposition de l’élève comme outils, avec
des documents imprimés (instruments, fiches de travail, livre d’exercices)
proposant des activités d’apprentissage qui exploitent les capacités des
programmes. Une autre possibilité consiste à présenter sur l’écran des
leçons relatives à des concepts particuliers destinées à des catégories
particulières d’élèves, l’ordinateur prenant lui-même en charge la plus
grande partie possible du cours. C’est cette dernière option qui a été
choisie pour les cours de géométrie de WICAT.
Nos programmeurs ont réalisé un programme créateur, exploitant
les possibilités de Geodraw pour toute une série d’activités interactives
sur écran : séquences d’exposé, illustrées de figures ; séquences de
questions à choix multiple ou de propositions à compléter ; séquences
de travail dirigé où l’utilisateur doit actionner certaines touches dans un
ordre donné ; une séquence ingénieusement programmée qui explore
l’écran pour vérifier si les figures réalisées par l’utilisateur sont bien
celles que demande l’activité ; enfin, des séquences d’exploration où
l’utilisateur a toutes les possibilités de Geodraw à sa disposition, sans
contrôle des résultats finals par le programme. Même avec un système
aussi puissant, le stockage d’un cours entier de géométrie sur disquettes
est une tâche longue et difficile ; il en est de même du travail de
révision et d’édition.
Comme on l’a vu au début de ce chapitre, aux Etats-Unis d’Amérique,
la plupart des élèves de lycée qui s’inscrivent à un cours de géométrie
ont une expérience insuffisante de la construction intuitive des concepts
géométriques. C’est pourquoi les deux premiers tiers de Géométrie 1
sont consacrés à un traitement complet des faits et relations de la
géométrie classique. Nous voulions que les utilisateurs puissent acquérir
une notion intuitive de presque tous les axiomes et théorèmes qui com-
posent une séquence de géométrie formelle axée sur la démonstration
(notre Géométrie 2) avant de s’attaquer à une telle séquence.
Le dernier tiers de Géométrie 1 constitue une transition entre
l’approche non formalisée de la géométrie qui précède et les démons-
trations synthétiques formelles de Géométrie 2. Il s’agit de passer de
la connaissance de nombreux faits géométriques isolés à l’organisation
de ces faits en un système mathématique cohérent. 11 a été fait état
précédemment dans ce chapitre des “microsystèmes” utilises à cette fin.

200
Les cours de géométrie plane sur micro-ordinateur au niveau du secondaire

Activités de Gt+om&rie 2 utilisant Geodraw


La plus grande partie de Géométrie 2 est constituée d’activités au cours
desquelles l’utilisateur démontre un grand nombre des théorèmes classi-
ques de la géométrie plane, après quoi le programme Proofchecker
vérifie l’exactitude logique de ces démonstrations. Geodraw est utilisé
pour des activités de soutien. Il permet par exemple de tester les prérequis
de chaque unité de démonstration et offre des applications à la fin de
chacune d’elles. Geodraw contribue aussi à une unité de géométrie
analytique et permet de réaliser les investigations complémentaires
indiquées par le manuel (par exemple, la vérification du fait que toute
isométrie peut être réalisée par la composition de symétries axiales). Le
système Geodraw assure aussi, dans Géométrie 2, des activités d’entraîne-
ment sur écran à l’emploi de Proofchecker : on y présente une simula-
tion de la vérification des démonstrations par Proofchecker, l’utilisateur
devant compléter des cases vides dans la démonstration proposée, au
lieu d’essayer de réaliser lui-même la démonstration entière.

Le programme Proofchecker

Vue d’ensemble de Proofchecker


Proofchecker permet une vérification intelligente des démonstrations
entrées par l’utilisateur. Il n’y a pas de “corrigé” interne pour I’exacti-
tude des démonstrations : toute suite d’étapes qui a été entrée est, si
elle est exacte, déclarée telle par Proofchecker. Si le diagramme donné
pour une démonstration nécessite des “droites auxiliaires” supplémen-
taires, celles-ci peuvent être tracées dans le cadre du programme Proof-
checker et leurs propriétés deviennent automatiquement des éléments
supplémentaires utilisables dans la démonstration. Proofchecker effectue
aussi une vérification intelligente de la syntaxe des entrées. Par exemple,
si plusieurs points sont étiquetés sur chaque côté d’un angle, de telle
sorte qu’il existe plusieurs façons possibles de désigner l’angle par
l’énumération de trois points, Proofchecker acceptera toutes les désigna-
tions possibles de l’angle du moment qu’elles sont exactes.

La présentation en trois colonnes de Proofchecker : proposition,


référence, règle
Dans la quasi-totalité des manuels de géométrie d’es lycées aux Etats-
Unis d’Amérique, les démonstrations synthétiques doivent être
présentées en deux colonnes : “proposition, justification”. La première
colonne contient les propositions successives et la seconde contient les
axiomes, théorèmes ou définitions cités comme justifications logiques
de chaque proposition. Nous avons d’abord essayé d’imiter cette

201

,--~ ..--___” __..


__-.. .^
Max S. Bell

présentation en deux colonnes, mais pour valider les liens logiques entre
les “propositions” et les “justifications”, Proofchecker devait souvent
rechercher toutes les étapes précédentes. Par exemple, si la proposition
était l’égalité de deux triangles et si la justification en était le théorème
d’égalité “côté-angle-côté”, Proofchecker devait retrouver les étapes
antérieures de la démonstration qui avaient établi l’égalité des côtés et
angles respectifs. Cela impliquait souvent un énorme travail de recherche
et de vérification. Pour le simplifier, nous avons décidé de demander
aux utilisateurs d’identifier les principales étapes antérieures, ce qui
nous a conduit à la présentation en trois colonnes “proposition,
référence, règle” utilisée dans Proofchecker. Nous pensons maintenant
que cette innovation consistant à introduire une étape intermédiaire qui
oblige l’utilisateur à fournir des références précises pour étayer les liens
entre la proposition et la justification devrait devenir un élément
normal de l’enseignement scolaire, même quand on n’utilise pas notre
Proofchecker. Il est ainsi arrivé, dans un certain nombre de cas, que nos
recherches sur les conditions d’un bon enseignement par ordinateur
nous conduisent à des découvertes pédagogiques plus générales.

L’utilisation du programme Proofchecker


Comme pour Geodraw, il est plus facile d’utiliser Proofchecker que
d’expliquer comment il s’utilise ; nous nous y essaierons cependant,
à l’aide d’une série d’images-écran typiques qui peuvent se présenter
dans la pratique. La figure 5, par exemple, montre l’énoncé de problème
PROBLEH STCITEHENT

Given:
Isosceles 4BC
with CIC=BC
Prove :
.dXB=LCBR

Figure 5. L’énoncé d’un problème sur


l’écran dans Proofchecker
qui apparaît sur l’écran quand l’utilisateur a choisi, dans le “menu” du
cours, le problème consistant à démontrer le théorème classique d’égalité
de deux des angles d’un triangle isocèle. La figure 6 représente l’écran
202
Les cours de géométrie plane sur micro-ordinateur au niveau du secondaire

pendant l’entrée de la démonstration par l’utilisateur, avec une étape


déjà enregistrée et vérifiée ; “ G” signale qu’on se réfère à un fait donné
(“given”) et “C” indique que la proposition a été “copiée” directement
et ne nécessite pas d’être justifiée par une règle.

Figure 6. L’écran de démonstration


dans Proofchecker
La Ligne de “sollicitation” au bas de l’écran signale à l’utilisateur
l’existence de deux aides possibles. S’il actionne la touche HELP (“aide”),
un “plan” succint indiquant une façon d’effectuer la démonstration est
affiché (en l’occurrence, on conseille à l’utilisateur de tracer la médiane
de la base et de démontrer l’égalité de deux triangles). Si l’utilisateur
actionne la touche DRAW (“dessin”), une figure est affichée sur l’écran
(comme on le voit sur la Figure 7) et l’utilisateur peut suivre le conseil

Figure 7. L’écran de DRAW dans Proofchecker


203
Max S. Bell

qui lui a été donné, en traçant une médiane à l’aide de Midpoint et de


Segment. Quand on retourne à la démonstration (Figure S), le dia-
gramme utilisé dans la démonstration comprend alors cette médiane.
Proofchecker affichera AD = DB comme étape de la démonstration, et
ajoutera cette information à ses sous-programmes internes qui vérifient
la validité des étapes de la démonstration. La figure 8 montre aussi une
démonstration complète du théorème.

Given:
Isosceles 4BC
with CIC=BC
Prove :
LCCIB=LCBCI

Figure 8. Exemple de démonstration achevée


dans Proofchecker

Chaque “règle” est entrée sous forme codée. Cela est indispensable,
car il serait évidemment très difficile d’entrer et de vérifier des énoncés
entiers. L’utilisateur a toujours devant lui un “carton de référence”
imprimé où sont énoncées les règles qui peuvent servir de justification,
avec leurs codes respectifs. Sur la figure 8, AL1 est le code de la règle
ALgébrique suivant laquelle tout nombre (mesure) est égal à lui-même,
et LA1 1 le code de la définition du milieu d’un segment.
La figure 9 illustre une des caractéristiques les plus importantes de
Proofchecker, à savoir que toute étape exacte est acceptée. On peut
donc construire n’importe laquelle des multiples démonstrations pos-
sibles. C’est ainsi que les étapes affichées sur la figure 9 correspondent à
deux autres démonstrations du théorème dont il s’agit. Quand une
démonstration est terminée, Proofchecker n’entreprend pas de la
vérifier avant que l’utilisateur ait entré END (“fin”) dans la colonne
des propositions et qu’il ait fourni la référence d’une étape qu’il estime
équivalente au résultat qu’il fallait démontrer. Si tout cela est correct,
Proofchecker répond par une quelconque des variantes prévues de
CQFD. Dans l’exemple montré ici, l’utilisateur aurait pu également

204
Les cours de géométrie plane sur micro-ordinateur au niveau du secondaire

Figure 9. Autres démonstrations du théorème


dans Proofchecker

citer l’étape 7 comme référence pour la proposition END. DFNC


(étape 5) et CG30 (étape 7) sont deux codes différents de la défini-
tion de l’égalité des triangles qui figurent sur le carton de référence.
La figure 9 fait aussi apparaître l’existence de deux options supplé-
mentaires qui sont offertes à l’utilisateur : imprimer la démonstration,
si l’ordinateur est connecté à une imprimante, et n’afficher que les
étapes réellement nécessaires de la démonstration, si l’utilisateur y a
inclus des étapes superflues.

Les utilisations de Proofchecker dans Géométrie 2


Les unités du cours de Géométrie 2 de WICAT consacrées à la démons-
tration couvrent le contenu classique des cours de géométrie plane,
axés sur la démonstration des lycées américains : propositions fonda-
mentales sur les points et les angles, droites parallèles et perpendiculaires,
triangles égaux, triangles semblables, quadrilatères et cercles. Comme on
l’a vu ci-dessus, certaines des premières démonstrations sont enseignées
par les sous-programmes de “remplissage des cases vides” et “commen-
taires” du système Geodraw. La plupart des autres démonstrations se
font avec Proofchecker.
La version actuelle de Proofchecker ne peut traiter que les démons-
trations directes et ses capacités de vérification algébrique sont encore
insuffisantes. Nou avons recours au “remplissage des cases vides” pour
les démonstrations que Proofchecker ne peut vérifier. A la différence
de Geodraw, c’est un programme relativement difficile à utiliser. Comme
pour Geodraw, en revanche, les règles d’entrée à respecter constituent
en fait un nouveau système logique que l’utilisateur apprend en même
temps sur le système de la géométrie plane. Comme on l’a vu précédem-
205
Max S. Bell

ment, nous pensons que le fait de manipuler ces programmes et


d’exploiter leurs possibilités peut en apprendre autant sur la construc-
tion de systèmes que le COUTSde géométrie lui-même, mais il s’agit là
d’une autre question, qui demande à faire l’objet de recherches et non
de simples conjectures.

Références
BIRKHOFF, G. D. ; BEATLEY, R. 1940. Basic Geometry. Chicago, Ill., Scott,
Foresman & CO.
HAMMING, R. W. 1963. Intellectual Implications of the Computer Revolution.
The American MathematicalMonthly (Washington, D. C.), Vol. 70, p. 4-l 1.
MOISE, E. et al. 1960. Geometry. Stanford, Calif., The School Mathematics Study
Group .
SENK, S. L. (à paraître) How Well Do Students Write Geometrical Proofs ? The
Mathematics Teacher (Reston, Va.).
USISKIN, Z. 1982. Van Hiele Levels and Achievement in Secondary School Geo-
metïy ; Final Report of the Cognitive Development and Achievement in
Secondary School Geometry Project. L’auteur, University of Chicago, ou
ERIC Document Reproduction Service No. SE 038 8 13.

Figures

Figure 1. Explorer : quand c’est terminé, appuyer sur la touche skip (sauter) ; treillis
carré ; treillis circulaire ; quadrillage ; réseau hexagonal ; axes ; fin ; sauter ;
annuler.

Figure 2. Explorer : quand c’est terminé, appuyer sur la touche skip (sauter) ;
point ; segment ; ligne ; demi-droite ; arc ; côté N ; angle ; cercle ; milieu ;
parallèle ; perpendiculaire ; sautér ; annuler ; effacer.

Figure 3. Explorer : quand c’est terminé, appuyer sur la touche skip (sauter) ;
translation ; rotation ; symmétrie axiale ; homothétie ; transformation
affine de cisaillement ; affinité orthogonale ; point ; côté N ; cercle ;
définir ; garder ; sauter ; annuler ; effacer.

Figure 4. Explorer : quand c’est terminé, appuyer sur la touche skip (sauter) ;
avancer ; gauche, droite ; retournement ; crayon ; point ; envoyer ; cacher ;
différer ; sauter ; annuler ; effacer.

Figure 5. Enoncé du problème ; En usilisant les hypothèses et les théorèmes des


unités et leçons précédentes, réaliser la démonstration du théorème CG36 ;
CG36 ; Si deux côtés d’un triangle sont égaux, les deux angles opposés à
ceAcôtésEnt égaux ; Etant donné le triangle ABC, où AC = BC, démontrer
CAB = CBA ; Pour commencer la démonstration, appuyer sur. . ..

206
Figure 6. CorrigerAEtant donné le triangle isocèle ABC, où AC = BC, démontrer
CB = CBA ; réponse ; référence ; dessin ; règle.

Figure 7. Dessin ; point ; segment ; demi-droite ; ligne ; parallèle ; perpendiculaire ;


milieu ; effacer le nouveau dessin ; retourner à la démonstration ; segment
du point. . . au point. . .

Figure 8. Etant donné le triangle isocèle ABC, où AB = BC, dkmontrer CÂB = CBÀ ;
dessin ; CQFD ; Pour effacer les étapes inutiles, appuyer sur D ; Pour
imprimer la démonstration, appuyer sur P.

Figure 9. Etant donné le triangle isocèle ABC, où AB = BC, démontrer C%È = C%À ;
CQFD ; Pour effacer les étapes inutiles, appuyer sur D ; Pour imprimer la
démonstration, appuyer sur P.

207

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Notices biographiques

HICHAM BANNOUT est titulaire d’un doctorat de didactique des mathématiques


de l’Université de Paris VII (Jussieu). A la Faculté de pédagogie de l’Université
libanaise, il est responsable de l’enseignement des mathématiques et de la formation
des futurs professeurs de mathématiques de l’enseignement secondaire.

MAX S. BELL est professeur associé de pédagogie des mathématiques à l’Université


de Chicago, Chicago, Illinois (Etats-Unis d’Amérique). Il a enseigné à des enfants, à
des adolescents et à des adultes et sescentres d’interêt concernent l’amélioration de
l’enseignement des mathématiques à tous les niveaux. Sestravaux de recherche et de
développement et ses publications ont été axés sur les moyens de rendre les
mathématiques accessibles au plus grand nombre, d’accroître de façon viable la
place faite aux applications des mathématiques dans l’enseignement scolaire et de
mettre en valeur les aptitudes inexploitées des élèves de l’école primaire. Il est
actuellement directeur du projet de géométrie à WICAT Systems, Inc., et directeur
du projet relatif à l’école primaire du programme de l’Université de Chicago
concernant les mathématiques scolaires (UCSMP).

ALAN BISHOP a passé sa licence de mathématiques et de physique à l’Université


de Southampton en 1961. Il a reçu sa formation d’enseignant à Loughborough
College ; il est ensuite allé poursuivre sesétudes à la Graduate School of Education
de l’Université Harvard, aux Etats-Unis d’Amérique, où il a obtenu le grade de
Master of Arts in Teaching. Après avoir enseigné et fait de la recherche dans les
écoles américaines, il est retourné au Royaume-Uni où il a pris un poste de chargé
de recherche à l’lnstitute of Education de l’Université de Hull. C’est là qu’il a
obtenu son doctorat. Il est ensuite entré à l’Université de Cambridge, où il enseigne
depuis 1969 la didactique des mathématiques. Il a prêté son concours pour des
activités de développement dans plusieurs pays, dont l’Iran, l’Ouganda et la
Papouasie-Nouvelle-Guinée. Il s’intéresse particulièrement à la formation des
enseignants dans le domaine des mathématiques et est depuis 1979 rédacteur en
chef d’Educationa1 Studies in Mathematics.

L. YU. CHERNYSHEVA, candidate ès sciencespédagogiques et maître de recher-


che à l’Institut de recherche scientifique sur le contenu et les méthodes de l’en-

209
Notices biographiques

seignement de l’Académie des sciences pédagogiques d’URSS. Ses recherches


portent sur les méthodes d’enseignement des mathématiques.

JAN DE LANGE JZN est coordonnateur du Groupe de recherche sur l’enseignement


des mathématiques et du Centre d’informatique appliquée à l’enseignement (OW &
OC) à l’Université d’Etat d’Utrecht (Pays-Bas). Après avoir achevé ses études de
mathématiques à l’Université de Leyde, il a enseigné les mathématiques pendant dix
ans dans l’enseignement secondaire et à l’Université, puis il a travaillé à I’IOWO
(Institut de développement de l’enseignement des mathématiques). C’est lorsque
I’IOWO a cessé ses activités, en 1980, qu’il a accédé à ses fonctions actuelles. Il
s’intéresse principalement aux mathématiques pour tous et aux mathématiques
appliquées. Il est secrétaire de la Commission internationale pour l’étude et
l’amélioration de l’enseignement des mathématiques (CIEAEM) et rédacteur en chef
de Nieuwe Wiskraut, magazine consacré à l’enseignement des mathématiques.

DAVID S. FIELKER a enseigné les mathématiques dans des établissements secon-


daires de 1954 à 1968, participant aux réformes du programme et des méthodes
d’enseignement et d’examen. Depuis 1967, il est directeur d’un centre de mathé-
matiques qui s’occupe de la formation continue des enseignants de tous niveaux. De
1972 à 1983, il a été rédacteur en chef de Mathematics Teaching et a écrit des
articles sur divers thèmes, dans cette revue et dans d’autres. Il a obtenu son [Link].
(maîtrise de sciences de l’éducation) à l’Université d’Exeter en 1976 pour ses
travaux sur l’enseignement de la géométrie aux jeunes enfants ; il prépare actuelle-
ment une thèse sur les mathématiques dans l’enseignement secondaire. Sestravaux
récents contiennent des suggestions relatives à la réforme de l’enseignement de la
géométrie dans le secondaire et la prise en considération de calculatrices électroniques
dans les programmes de mathématiques de l’enseignement primaire et secondaire.

V. V. FIRSOV, candidat ès sciencespédagogiques, est chef du laboratoire d’enseigne-


ment des mathématiques de l’Institut de recherche scientifique sur le contenu et
les méthodes d’enseignement de l’Académie des sciences pédagogiques d’URSS. Il
est l’auteur de près d’une centaine de travaux sur des problèmes relatifs auxméthodes
d’enseignement des mathématiques.

MANSOUR GHULAM HUSSAIN a obtenu un [Link]. de mathématiques en 1966.


Après six années d’enseignement, il est devenu conseiller pour les mathématiques
auprès de 1’Etat du Koweït. A ce titre, il a représenté son pays à divers congrès
internationaux et participé aux travaux de nombreux comités et commissions
chargés de définir les buts et objectifs des mathématiques, d’organiser des cours
de formation des enseignants et d’entreprendre des réformes des programmes
scolaires. Il est l’auteur de 17 manuels destinés à l’enseignement intermédiaire et
à l’enseignement secondaire au Koweït.

210
Notices biographiques

GEORGES GLAESER est professeur honoraire de l’Université Louis Pasteur de


Strasbourg (France). Ancien directeur de l’Institut de recherche sur l’enseignement
des mathématiques (IREM) de Strasbourg, il y a dirigé des thèses de troisième
cycle en didactique. Ses propres recherches ont porté sur l’analyse et en particulier
sur les fonctions différentiables à plusieurs variables. Auteur de nombreuses publi-
cations de mathématiques et de didactique, il a notamment écrit “Mathématiques
pour l’élève-professeur” (Paris, 1971 - Hermann) qui a été traduit en italien, en
espagnol et en allemand. 11 a également dirigé une collection de brochures pour
I’IREM. Citons notamment “Le livre du problème” (Paris, 1973 - CEDIC), qui a
été partiellement traduit en allemand (Vieweg).

MILAN KOMAN est, depuis 1984, directeur de recherche en didactique des mathé-
matiques à l’Institut de mathématiques de l’Académie des sciences de Tchécoslo-
vaquie. De 1956 à 1983, il a Bté maître de conférences en formation des enseignants
a la Faculté pédagogique de l’Université Charles de Prague. Pendant de nombreuses
années, il a travaillé à divers projets nationaux concernant la refonte des pro-
grammes de mathématiques pour les élèves de 9 à 14 ans. 11s’intéresse principale-
ment à la didactique des mathématiques, notamment à la résolution de problèmes,
à la conception de la combinatoire et de la géométrie scolaires, aux mathématiques
appliquées, à l’enseignement destiné aux élèves particulièrement doués ainsi qu’à
l’algèbre, particulièrement à la théorie des graphes. En 1968, il a reçu le grade de
RNDr. et de CSc. (Candidat ès sciences) pour sestravaux sur la théorie des graphes.

FRANKISEK KUkNA, RNDr., C%c., a enseigné dans divers établissements secon-


daires après avoir achevé sa formation d’enseignant au Collège de mathématiques et
de physique de l’llniversitt? Charles de Prague. Depuis 1960, il exerce les fonctions
de maître de conférences au Collège pédagogique de Hradec Kràlové. Ses recherches
portent sur la géométrie élémentaire et la méthodologie de l’enseignement des
mathématiques. 11a publié de nombreux travaux en Tchécoslovaquie, en RDA et en
Union soviétique.

ADONIS F. LABOR est maître de conférences auDépartement de l’éducation du


Fourah Bay College, Université de Sierra-Leone. Il a été chargé de cours de mathé-
matiques au Collège universitaire de Njala, à l’Université de Sierra-Leone, et con-
seiller pour le programme de mathematiques à l’Institut d’éducation, Freetown
(Sierra-Leone). Il est l’auteur de divers programmes de mathématiques et d’articles
sur la pédagogie des mathématiques. Ses principaux centres d’intérêt sont la péda-
gogie des mathématiques, l’elaboration des programmes scolaires de mathématiques,
et la mesure et l’évaluation, notamment en ce qui concerne l’enseignement des
mathématiques.

LEE PENGYEE est professeur associé de mathématiques à l’Université nationale


de Singapour. Après ses etudes à l’Université Nanyang de Singapour, il a obtenu un
doctorat à la Queen’s University de Belfast. Avant de retourner à Singapour, il a
enseigne les mathématiques pendant plusieurs années à l’Université du Malawi et à

211
Noticesbiographiques

l’Université d’Auckland, en Nouvelle-Zélande. Il a été Président de la Société mathé-


matique d’Asie du Sud-Est en 1981 et 1982. Jl a joué un rôle très actif dans la
promotion des activités mathématiques en Asie du Sud-Est et a beaucoup voyagé
dans la région. 11s’intéresse essentiellement à l’analyse et à la pédagogie des mathé-
matiques.

LJM CHONG-KEANG est professeur associé de mathématiques à l’Université de


Malaisie, à Kuala Lumpur (Malaisie). Après avoir obtenu un BSc. de mathématiques
à l’Université Nanyang de Singapour, il est allé faire des études postuniversitaires au
Canada. Il a une maîtrise de sciences de l’Université du Saskatchewan et un doctorat
de l’Université McGill. Il a exercé pendant plusieurs mandats successifs des fonctions
de président de la Société mathématique malaisienne. Il est actuellement Président
de la Société mathématique d’Asie du Sud-Est. Jl s’intéresse principalement à la
théorie des graphes, à l’enseignement/apprentissage assisté par ordinateur et à la
pédagogie des mathématiques.

EMILIO LLUIS est directeur de recherche à l’Institut de mathématiques de l’univer-


sité nationale autonome du Mexique (UNAM). I1 a obtenu son doctorat de mathé-
matiques à la Faculté des sciences de I’UNAM, ayant présenté des travaux de
recherche sur la géométrie algébrique et l’homologie des groupes. Il a une grande
expérience de la formation des enseignants dans le domaine des mathématiques. 11
est l’auteur de plusieurs manuels de mathématiques destinés à l’enseignement
secondaire et universitaire ainsi qu’à l’école secondaire “ouverte”. Entre autres
fonctions honorifiques, il a été président de la Société mathématique mexicaine
(1960-1962) de l’Association nationale des professeurs de mathématiques (1970-
1972) et du département de mathématiques de la Faculté des sciences de I’UNAM
(1967-1970). Jl est actuellement Vice-Président du Comité interaméricain de
l’enseignement des mathématiques. Jl a été invité comme conférencier à diverses
réunions internationales relatives aux mathématiques et à l’enseignement des
mathématiques.

BRUCE E. MESERVE est professeur honoraire de l’Université du Vermont. JJ a


enseigné à la Moses Brown School (1938-1941) à l’Université de l’Illinois
(1946-1954) au Montclair State College (1954-l 964) et à l’Université du
Vermont (1964-1983). Ses centres d’intêrét particuliers sont la formation
mathématique des enseignants, la géométrie et l’exploitation pédagogique de
l’histoire des mathématiques. 11a été président du Conseil national des professeurs
de mathématiques (1964-1966), et du CUPM Teacher Training Pane1 de la
Mathematical Association of America (1979-1983) et il est l’auteur ou le coauteur
de nombreux livres et articles de sa spécialité.

DOROTHY T. MESERVE, elle aussi retraitée, a enseigné à la West Orange High


School (1955-1960), au Montclair State College (1962-1963) au Johnson State
College (1964-1972) et, de façon intermittente, à l’Université du Vermont (1972-
1983). Ses centres d’intérêt particuliers sont l’enseignement des mathématiques
212
Noticesbiographiques

au niveau des collèges universitaires et la préparation mathématique des lycéens


à l’entrée dans l’enseignement supérieur. Elle a été Présidente du Conseil des
professeurs de mathématiques du Vermont (1976-1977), rédactrice en chef et
fondatrice de la Vermont Council’s Newsletter (1969-74), et rédactrice en chef
et fondatrice de la Newsletter de la Northeast Section de la MathematicaI Associa-
tion of America (1979-1982). Elle est coauteur d’un livre et auteur de plusieurs
articles relevant de sa spécialité.

DAVID ROBITAILLE est professeur de didactique des mathématiques et chef


du département de pédagogie des mathématiques et des sciences à l’Université de
Colombie britannique, Vancouver (Canada). Il est titulaire d’une licence de l’uni-
versité de Montréal, d’une maîtrise de mathématiques de l’Université de Detroit et
d’un doctorat de pédagogie des mathématiques de l’Université de Detroit et d’un
doctorat de pédagogie des mathématiques de l’Université d’Etat de l’Ohio. Avant
d’occuper ses fonctions actuelles, il a enseigné pendant plusieurs années dans le
primaire et le secondaire à Montréal, où il a également fait fonction de coordina-
teur pour les mathématiques. Coauteur de manuels de mathématiques destinés
aux établissements primaires et secondaires, il a également publié des articles dans
diverses revues pédagogiques. 11travaille actuellement à la préparation des rapports
internationaux relatifs à le deuxième enquête internationale sur les mathémati-
ques (Second International Mathematics Study).

D. K. SINHA est professeur de mathématiques à l’Université Jadavpur de Calcutta


(Inde). Il participe activement à l’aménagement des programmes scolaires de mathé-
matiques, en particulier des programmes de géométrie. Président de l’Association
pour l’amélioration de l’enseignement des mathématiques, il a participé à tous
les Congrès internationaux sur l’enseignement mathématique (CIEM), à l’exception
du premier. Il est auteur de plusieurs articles sur la pédagogie des mathématiques ;
il a dirigé plusieurs thèses de doctorat portant sur divers domaines de l’enseignement
des mathématiques : il a également dirigé un certain nombre de cours d’été de
mathématiques ainsi qu’un groupe d’étude sur les mathématiques scolaires, sous
l’égide du NCERT. Il a, en qualité de consultant de l’Unesco, contribué à l’élabora-
tion du rapport du Groupe d’étude des mathématiques qui s’est réuni sous les
auspices du Bureau régional de 1’Unesco de Bangkok ; il a également fait fonction
de resource person lors d’un atelier de 1’Unesco qui s’est tenu à l’Institut national
de recherche en éducation de Tokyo (Japon).

S. A. TELJAKOVSKII, docteur ès sciences physico-mathématiques, est professeur


et maître de recherche à l’Institut de mathématiques Steklov de l’Académie des
sciences d’URSS. Il est spécialiste de la théorie des fonctions. Depuis 1978, il est
secrétaire scientifique de la Commission de l’enseignement scolaire des mathé-
matiques du Conseil mathématique de l’Académie des sciences de l’URSS.

MARIE TICHA est chercheur au Département de didactique des mathématiques de


l’Institut mathématique de l’Académie des sciences de Tchécoslovaquie, à Prague.

213
Notices biographiques

Elle est diplômée de l’Universit6 Charles (1970). Elle a enseigné aux élèves des
classes supérieures du primaire dans une école expérimentale. Après avoir obtenu le
titre de CSc. (candidat ès sciences), elle s’est orientée vers la recherche. Sesprinci-
paux centres d’intérêt sont les stratégies de la résolution de problèmes et l’élabo-
ration des programmes scolaires.

KENNETH J. TRAVERS est professeur de didactique des mathématiques à


l’Université de l’Illinois à Urbana, Champaign (Etats-Unis d’Amérique). Il a obtenu
les grades de B.A. et [Link]. à l’Université de Colombie britannique, à Vancouver
(Canada), et un doctorat de didactique des mathématiques à l’Université de
l’Illinois. Il a ensuite été chargé de recherche post-doctorat à l’Université de Stanford
et s’est spécialisé dans les recherches sur les programmes et la méthodologie de
l’évaluation. Il a enseigné les mathématiques à divers niveaux en Colombie
britannique ; il dirige maintenant des recherches universitaires sur les programmes
scolaires et la formation à l’enseignement des mathématiques. Il préside la
Commission internationale de mathématiques pour la deuxième étude internationale
sur les mathématiques.

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