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s e p t e m b r e – o c t o b r e

2 0 1 9
N ° 1 6 0
SOMMAIRE / N° 160

Centre de soins psychiatriques à Metz-Queuleu


Architectes : Richter architectes et associés
Photographe : Luc Boegly

Construction moderne / sept.-OCT. 2019


P. 2 metz-queuleu
centre de soins
psychiatriques
Architectes : Richter architectes et associés
ÉDITO
La transition numérique et la transition climatique sont au cœur des
P. 6 Courbevoie
lycée international
Lucie Aubrac
rénovations des diplômes du BTP. Pour les accompagner, l’Éducation
nationale est engagée dans une veille technologique très active.
Architectes : Epicuria architectes, architecte mandataire ; L’objectif est d’offrir les formations les plus adaptées aux attentes des
AAM, architecte associé
entreprises et donc les plus propices à l’employabilité de nos élèves

P. 10 Nantes
124 logements sociaux
et en accession
et étudiants. L’approche systémique et intégrée des formations au
sens de la ville et des territoires durables offre désormais un cadrage
pérenne dépassant une simple approche très segmentée.
Architectes : FRES/Laurent Gravier + Sara Martin Camara,
architectes
Les technologies associées aux matériaux sont en pleine révolution.
Singulièrement, le béton doit désormais être quasiment considéré

P. 14 brésil
Tours d’éoliennes
de grande hauteur
comme un « matériau nouveau ». C’est sous cet angle que nous
engageons nos réflexions sur les rénovations des diplômes en incluant
des compétences nouvelles liées à l’utilisation du béton. Par exemple,
nous avons initié un travail sur les nouveaux matériaux à intégrer dans
le cursus du CAP de maçon. Nous aurons d’autres diplômes
à rénover et nous devrons éclairer les référentiels de formation
des innovations en cours sur le béton, en étroite collaboration avec
les experts du secteur.
Les concours de recrutement des enseignants du BTP seront
également concernés par ces évolutions.
Montrer aux jeunes élèves que l’histoire du matériau béton n’est pas
terminé et se poursuit au sens du Développement Durable ne peut
que les motiver à participer à cette aventure au service de l’Homme.
18
Marseille
P. Tour
« La Marseillaise » Jean-Michel SCHMITT
Architectes : Ateliers Jean Nouvel, mandataire ; inspecteur général de l’éducation nationale
Didier Brault, directeur de studio ; Alain Gvozdenovic, Groupe sciences et techniques industrielles
Vincent Delfaud et Nathalie Sasso, chefs de projet ; Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement
Tangram, architectes d’exécution (lots architecturaux
et paysage) supérieur et de la Recherche

P. 22 Vitry-sur-seine
École maternelle
Éva Salmon
Architectes : Daquin Ferrière & Associés, architecte

24 Giens Créée en 1885, la revue Construction Moderne est éditée par l’association CIMbéton,
centre d’information sur le ciment et ses applications – 7, place de la Défense 92974
P. maison familiale Paris-la-Défense Cedex – Télécharger Construction Moderne sur [Link]
de vacances Président : Raoul de Parisot • Rédacteur en chef : Norbert Laurent • Rédaction et
Architectes : Zakarian-Navelet architectes urbanistes réalisation : Two & Two • Conception graphique : Zed Agency • Pour tout renseigne-
ment concernant la rédaction, tél. : 01 55 23 01 00 • Abonnements : par e-mail à

P. 28 Vitry-sur-Seine
262 Logements pour
jeunes actifs et étudiants
centrinfo@[Link]
Couverture : Lycée international Lucie Aubrac à Courbevoie – Architectes : Epicuria
architectes, architecte mandataire ; AAM, architecte associé.
Architectes : Atelier Bethgnies-Leclair, architectes Photographe : Luc Boegly
mandataires ; Agence Fourrier-Tirard, architectes associés
Erratum : Une erreur s’est glissée dans le précédent numéro de Construction Moderne
n° 159. La photo de couverture présentait les 44 logements à Muret et non à Marseille.

P. 32 guyane
Le nouveau massif
de lancement d’Ariane 6 OFFRE SPÉCIALE
Maître d’ouvrage : Agence spatiale européenne (ESA)
pour les maîtres d’ouvrage et les maîtres d’œuvre,
1 an d’abonnement GRATUIT.
Envoyez vos coordonnées à centrinfo@[Link]

Construction moderne / sept.-OCT. 2019 1


Metz-Queuleu

Centre De Soins
Psychiatriques
Affichant une peau de béton travaillée à la manière d’un paysage, ce bâtiment juste et sans prétention
a obtenu l’équerre d’argent.
Texte : Béatrice houzelle – Reportage photos : luc boegly

S
ituée à quelques kilomètres de Metz, ments de parois vitrées. Le travail de la peau du
la commune de Jury accueille depuis béton accentue cet effet. Grâce aux pigments
1972 un centre hospitalier spécialisé ajoutés, à l’érosion et aux accidents insérés, la
qui disposait de structures complémentaires coque se fond dans le paysage, entre terre et
de consultations et de soins, disséminées végétal, à la fois organique et minérale.
dans la ville voisine. Il était devenu primor- Un des autres enjeux du projet consistait à réu-
dial de les regrouper pour disposer de nou- nir deux structures, le centre pour adultes et
veaux locaux, confortables et aux normes, celui pour enfants, à mutualiser les locaux tech-
mais également pour optimiser l’organisation niques et les espaces du personnel tout en évi-
du personnel, la lisibilité de l’établissement et tant le plus possible les contacts visuels entre
faciliter l’accessibilité du public aux soins. Le patients adultes et patients enfants.
terrain acquis pour cette opération se situe Situé en contrebas de la route, le terrain dis- Les locaux communs, non accessibles au public,
dans une Zac créée il y a une quarantaine pose « naturellement » d’une protection face servent d’espace tampon entre les deux struc-
d’années, à l’entrée des Hauts de Queuleu, au au flux du boulevard. Et là était bien l’enjeu tures qui se développent chacune sur deux
bord d’une départementale, le boulevard de de ce projet, offrir une ouverture sur l’ex- niveaux. Et dès que l’on pénètre dans l’une ou
Strasbourg, qui mène à l’hypercentre de Metz. térieur, un contact avec la nature et la ville, l’autre, on est frappé par la justesse et la force
Le contexte s’avère être à la fois typique des tout en créant un lieu préservant l’intimité. du rapport ouvert/fermé, assez peu imagi-
abords de ville, hétéroclite et en manque de Ce concept prend ici tout son sens puisque nable depuis l’extérieur. Les espaces, quels
repères urbains forts, tout en offrant un envi- l’établissement construit, destiné aux soins qu’ils soient, sont baignés de lumière et de
ronnement semi-boisé et vallonné. En effet, la psychiatriques, s’adresse à un public sensible. percées sur l’extérieur. Dérobées, lorsqu’elles
parcelle dédiée côtoie tout autant la nature D’ailleurs, ce jeu de l’ouvert/fermé ne se lit pas cadrent les espaces « publics », les vues sont
que l’urbain, sise entre un concessionnaire au premier abord, tant la coque de béton, qui franches sur l’ensemble des patios ou sur le
automobile et un espace presque sanctuarisé enveloppe et protège, remplit son rôle d’écran petit bois voisin.
comprenant des vestiges de fortifications dis- et masque ce que comprend le centre, ne lais-
simulées dans un petit bois. sant transparaître ici ou là que quelques frag- Un intérieur fluide et protégé
Ce bâtiment, qui semble ne présenter que
4 façades, en compte en réalité 14, si l’on prend
en compte toutes celles des cours intérieures.
Maître d’ouvrage : centre hospitalier spécialisé de Jury – Maître d’œuvre : Richter architectes et Et c’est justement grâce à ces évidements
associés – BET structure : CTE Mulhouse – BET fluides et HQE® : Solares Bauen – Paysagiste : que le cheminement offre autant de lumière
Bruno Kubler – Artiste : Grégoire Hespel – Entreprise gros œuvre : Demathieu & Bard – Surface : naturelle, de variétés spatiales, tant dans les
2 200 m2 SDP – Coût : 5,4 M€ HT – Programme : centre de santé mentale pour adultes et centre ambiances que dans les volumes offerts, adap-
psychothérapique pour enfants. tés à chaque fonction du programme, de la
•••
2 Construction moderne / sept.-OCT. 2019
A

A __
Les façades
suggèrent,
tout en les
protégeant,
les activités
du centre
de soins.

B __
L’enveloppe
de béton,
travaillée à
la manière
d’un paysage,
se soulève par
endroits pour
dévoiler sans
révéler.

Construction moderne / sept.-OCT. 2019 3


Metz-Queuleu

•••
pièce intime de consultation à la salle d’acti- Coupe transversale
vités communes, etc. Quant aux espaces de
circulation, dégagés et « respirants », ils sont Habitué à peindre des paysages d’une matéria- vitrées, chaque typologie de paroi se mettant
ponctués de cadrages sur le ciel dans les cages lité presque minérale, Grégoire Hespel a soumis mutuellement en valeur. Arriver à ce résultat
d’escalier. Si l’atmosphère intérieure est for- la peau du béton à un travail quasi archaïque. implique un souci des détails et de leurs trai-
tement marquée par le contact au végétal, la Loin de toute recherche d’abstraction, il sou- tements, notamment grâce à la réalisation
douceur qui en découle est renforcée par la haitait mettre à nu son essence, son épaisseur, d’une maquette d’une portion de façade, en
présence de bois très clair pour les plafonds et sa composition et créer un paysage dans le vraie grandeur, qui a permis de vérifier et de
les menuiseries, et par un sol en résine rosée, paysage, qui confère à cette enveloppe une réajuster les solutions trouvées au moment
générant une ambiance parfaitement propice préhistoire, un vécu, un ensemble de traces de la conception.
au soin, presque feutrée – un effet renforcé dont l’interprétation fluctue en fonction de À écouter l’ensemble des protagonistes,
par une très bonne acoustique. chacun, à l’instar d’une toile. maîtrise d’œuvre, entreprise de gros œuvre,
artiste et maître d’ouvrage ont formé une
Un béton à usages multiples L’art au service de la matière seule et même équipe. Ils se sont tous appro-
Outre ces matériaux, dont le bois qui, associé Ce traitement inhabituel de la surface du béton prié le projet, y ont adhéré et ont travaillé
aux profilés métalliques assure la structure des ne laisse pas indifférent. Techniquement, l’ar- main dans la main.
façades entièrement vitrées, le béton joue ici tiste est intervenu avec un nettoyeur haute
un triple rôle. pression, juste après le décoffrage des voiles, Une approche rigoureuse
Structurel, dans un registre classique de pour créer des zones érodées en surface et Pour cette opération, le maître d’ouvrage
dalles, de poteaux et de voiles porteurs, dévoiler les granulats, tous locaux. Pour obte- avait fait le choix d’inscrire le projet dans
coulés en place et non visibles. Protecteur, nir des impacts plus profonds, voire percer le une démarche environnementale basée
dans son rôle de coque enveloppante dont voile, des masques en laine de roche ont été sur le référentiel HQE® « Établissements de
l’omniprésence extérieure s’immisce à l’in- intégrés dans les coffrages selon un plan précis santé » et la charte « Chantier vert ». Cer-
térieur par le jeu de vues cadrées depuis fourni par l’artiste. Les pigments verts ajoutés taines cibles ont fait l’objet d’un développe-
l’intérieur sur cette frontière rassurante. Artis- avant coulage confèrent au béton un aspect ment plus poussé et notamment la gestion
tique, par l’intervention du peintre Grégoire plus végétal, voire moussu par temps de pluie, de l’énergie. Le projet atteint le niveau RT 2012
Hespel, choisi par l’agence Richter et associés accentuant son intégration dans le bois voi- - 20 %, grâce à la mise en œuvre de maté-
pour participer au projet et trouver le mode le sin qui fonctionne comme un fond de scène. riaux et équipements performants, à la qua-
plus adapté à sa participation. Après quelques Outre la dimension plus que poétique et évo- lité des isolants, à celle des vitrages, en pas-
temps de recherche, il leur a semblé évident catrice de cette peau, son aspect, plus que sant par l’épaisseur des voiles et dalles béton
qu’il fallait intervenir sur la coque qui repré- brut, contraste avec la géométrie rigoureuse et qui participent à l’inertie globale du bâtiment,
sente l’ancrage et la pérennité de l’ouvrage. la précision ciselée au millimètre des façades hiver comme été.
S’y ajoute la mise en œuvre de rupteurs de
ponts thermiques à chaque liaison voile/dalle.
L’autre point fort concerne le confort des usa-
gers. Le système de chauffage, un plancher
chauffant/rafraîchissant, est relié au réseau
de chaleur urbain afin de limiter les équipe-
ments techniques, complété par un système
Plan de rez-de-chaussée de ventilation à double flux avec récupéra-
1. Hall d’entrée
de la partie dédiée
tion de chaleur à haut rendement alors que
aux enfants le froid est produit par un groupe à conden-
2. Hall d’entrée sation sur air. En termes de confort visuel,
de la partie dédiée
2 3 1
aux adultes des études ont été réalisées pour optimiser
3. Zone « tampon » l’éclairement des locaux et limiter le recours
réservée au personnel
et séparant les deux
à l’éclairage artificiel. Quand le rationnel et le
parties du centre sensible se rejoignent et se mettent au ser-
vice de l’architecture, le résultat se dévoile
0 10 m
aussi humain que plastique. 

4 Construction moderne / sept.-OCT. 2019


C __
Pour accéder
au centre dédié
aux enfants, on
se glisse sous
l’enveloppe
de béton
protectrice.

C D
D __
La partie
arrière du
centre qui
longe le bois
existant.

E __
L’ensemble
des bureaux
et salles de
consultation
profite
d’une vue sur
l’extérieur, ici
sur le bois.

F __
La peau de
béton, par
sa teinte, ses
rugosités et ses
anfractuosités,
est en parfaite
harmonie avec
le végétal.

G __
Côté enfants,
les salles
E
d’activités
s’ouvrent sur
le patio qui leur
est réservé.

H __
La géométrie
travaillée
des cages
d’escalier
ouvertes sur
le ciel.

F G H

Construction moderne / sept.-OCT. 2019 5


Courbevoie

lycée international
Lucie Aubrac
Signé par Epicuria dans la densité du tissu urbain de Courbevoie, le lycée Lucie Aubrac frappe par
la blancheur de son béton poli qui souligne ses transparences et sa géométrie fragmentée.
Texte : Christine Desmoulins – Reportage photos : Luc boegly

C
onstruit pour la région île-de-France, Intercalé entre le mitoyen d’un immeuble de
ce lycée a pris la place d’un collège logements des années 60 et un équipement
aujourd’hui démoli sur un site sou- sportif lui aussi refait à neuf depuis peu, le
mis à de fortes contraintes urbaines : cours lycée est donc conçu comme un campus.
communes, zone non aedificandi, vis-à-vis Implanté dans l’axe sud-est/nord-ouest, il
d’immeubles de grande hauteur. Le terrain est au cœur d’un jardin dessiné par les archi-
et son environnement immédiat n’en offrent tectes eux-mêmes où bleuets, coquelicots et
pas moins un paysage urbain contrasté avec, graminées joyeuses contribuent à l’ambiance
en arrière-plan, le quartier de la Défense et plaisante des lieux.
la proximité de la Seine derrière un front dis-
continu d’immeubles de bureaux. Une matérialité urbaine
« Dans l’implantation des bâtiments, nous
Contraintes urbaines, avons cherché à optimiser l’ensoleillement en
simplicité et pérennité leur sombre donne une assise au bâtiment », profitant de l’espace dégagé au sud-ouest »,
« Nous avons recherché un langage urbain dit l’architecte Jean-Michel Buron. Repris par poursuit l’architecte. En préservant les trans-
qui dialogue avec les bâtiments environnants petites touches en façade, où il crée çà et là parences entre les rues en écho à la typolo-
et compose un ensemble harmonieux par la un effet d’écorce, ce matériau texturé fait gie des passages parisiens sous verrière, les
volumétrie, la modénature et le choix des écho à la présence des arbres. zones non aedificandi ont suscité le dessin
matériaux. Pour servir ce langage qui devait Les contraintes des cours communes, la d’un plan masse en lanières.
aussi refléter la simplicité et la pérennité, le perméabilité entre les rues de l’Industrie et Dans ce contexte, la matérialité du béton
béton poli et le béton matricé sont idéals. Victor Hugo, la présence d’arbres et un cœur permet de façonner un univers très urbain
Par sa brillance, le béton blanc poli reflète d’îlot dégagé au sud-ouest l’ont incité à relier à proximité de la mairie de Courbevoie, de
la lumière qu’il fait glisser et au niveau du visuellement les deux rues en orientant ses la Seine et de la Défense en reliant les deux
soubassement, un béton matricé de cou- bâtiments vers les espaces dégagés. cours par une rue intérieure sur cinq niveaux
desservant trois corps de bâtiment. Ils s’en-
tremêlent en se répartissant les éléments
du programme : salle polyvalente, gymnase,
Maître d’ouvrage : région île-de-France, SAERP mandataire – Maître d’œuvre : Epicuria bibliothèque, salles de classe et salles d’ensei-
architectes, architecte mandataire ; AAM, architecte associé – BET HQE® MOE : Betem – gnement, restaurant et foyer des élèves. Lon-
Entreprise générale : Eiffage Construction – Préfabricant : Cibetec – Surfaces : lycée : 12 030 m2 geant la rue Victor Hugo, les 11 logements de
SDP ; logements de fonction : 1 244 m2 SDP – Coût : 30,65 M€ HT – Programme : lycée fonction bénéficient d’un accès autonome
international de 1 480 élèves, intégrant une demi-pension de 1 280 couverts, un amphithéâtre qui les rend indépendants du reste de l’éta-
de 180 places, un foyer des élèves, un centre de documentation, 11 logements de fonction. blissement.
•••
6 Construction moderne / sept.-OCT. 2019
A

A __
La façade
principale, avec
ses touches
horizontales de
béton matricé
et l’échappée
vers le rue
intérieure.

B __
Inséré dans la
ville, le lycée
est aussi un
univers urbain
à part entière
où la cour est
conçue comme
une place
publique.

Construction moderne / sept.-OCT. 2019 7


Courbevoie

•••
Ces trois ailes s’articulent autour du grand gnants ou encore la bibliothèque qui, au pre- casquettes en « L », garde-corps épais des
espace à vivre bioclimatique formé par cette mier étage, s’ouvre par de grandes baies sur coursives, bancs, etc. Côté nord-est, ces pan-
rue sous verrière, ventilé naturellement et non un jardin public. Au sommet de l’édifice, les neaux ondulent pour rythmer la façade et
chauffé. Habité en son centre par la tour de salles de sciences sont accompagnées d’une certains sont ponctués d’insertions matri-
circulation de l’escalier d’honneur aimable- petite serre expérimentale que l’architecte cées en creux qui créent un effet de matière.
ment monumentalisé pour renforcer l’idée a proposée pour les applications pratiques. Pour les éléments de grande taille atteignant
d’urbanité, un grand atrium en marque l’extré- pour certains 10 tonnes pour une vingtaine
mité. Baignés par les couleurs du quartier, ces Structure, préfabrication, épiderme de mètres carrés, le polissage était une étape
espaces offrent à l’édifice un centre nerveux et pérennité délicate nécessitant de les retourner et de
qui s’anime lors des interclasses, dans une Tant pour ses propriétés structurelles que les faire basculer. Dans la cage d’escalier cen-
ambiance limpide où volées d’escaliers, pas- pour ses qualités plastiques et esthétiques, trale, les panneaux préfabriqués porteurs en
serelles, coursives et transparences donnent le le béton s’imposait véritablement pour cette béton lasurés intègrent un traitement gra-
ton. Dans ce lieu d’échange, de rencontres et opération. La structure poteaux/voiles cou- phique inspiré des œuvres aborigènes qui par-
de déambulation, la lumière naturelle magnifie lés en place sur pieux profonds répond aux fait leur fini. Au-delà de la très grande lumino-
l’épiderme du béton sous les jeux d’ombres contraintes du plan de prévention du risque sité inhérente aux façades en béton poli blanc
cinétiques projetées par le quadrillage de cel- inondation dans un secteur où le plafond des qui reflètent la lumière tant à l’extérieur qu’à
lules photovoltaïques de la verrière sommi- parkings se devait d’atteindre plus de 2,50 m l’intérieur, la finition lisse du matériau le rend
tale. Essentielle pour les économies d’éner- sous dalle afin de permettre l’accès à des peu salissant, ce qui présente aussi l’avantage
gie, cette lumière contribue aussi largement dépanneuses. de réduire l’entretien. « Trois passes de polis-
au bien-être des usagers. Performante pour rationaliser le chantier, la sage ont permis d’obtenir un équilibre raison-
Desservis par les coursives donnant sur l’am- préfabrication a permis de livrer l’édifice en nable entre le soin de la mise en œuvre et le
pleur de la rue intérieure, tous les locaux d’en- 18 mois quand 24 sont généralement néces- coût », précise l’architecte.
seignement bénéficient d’une double orien- saires pour un équipement de cette nature.
tation sur cette rue et sur cour, ce qui leur Pour mener à bien sa mission, l’entreprise a L’inertie du béton
apporte transparence et lumière. Beaucoup préfabriqué quelque 1 400 éléments en béton Les panneaux en béton poli des façades sont
d’entre eux profitent également de prolonge- blanc poli intégrant des agrégats de marbre fixés aux voiles porteurs en béton coulé en
ments extérieurs au contact des cours et des de Grèce. Une grande diversité de pièces a place. L’isolant thermique est mis en œuvre
jardins environnants. Au rez-de-chaussée, le été réalisée pour cette opération : panneaux entre les deux et une lame d’air de 2 cm le
foyer des élèves se déploie dans un volume de vêture grand format (6 x 5,4 m), voiles por- sépare des panneaux préfabriqués. L’édifice
ovoïde. En étage, ce sont de beaux espaces teurs, nez de dalles, allèges, panneaux en « U », est ainsi entièrement isolé par l’extérieur.
longilignes qui caractérisent la salle des ensei- caissons en « L » inversé, balcons, prédalles, L’inertie qu’apporte le béton vaut d’ailleurs
d’être soulignée. Elle est notamment pré-
cieuse dans la rue intérieure, où la ventila-
tion naturelle est optimisée. Cette artère est
en effet ventilée au 20e de sa surface et non
pas uniquement au 200e, ce qui est le plus
courant dans un équipement public. Par sa
7
grande hauteur, elle crée un effet de tirage
Plan de
très appréciable. En été, la fraîcheur y règne ;
rez-de-chaussée l’hiver, elle conserve la chaleur grâce à l’iner-
1. Hall d’entrée
5 tie du béton.
eq.

Rue de l’Industrie

2. Atrium
6 6 3. Salle polyvalente Sur le plan environnemental, les disposi-
2
1
200 places tions techniques et la conception architec-
4. Salle à manger
élèves turale permettent à ce lycée d’atteindre des
4
5. Foyer, cafétéria objectifs ambitieux, notamment en matière
3 6. Salles
de permanence
de consommation énergétique. Équipé d’une
7. Salle de sport chaudière à gaz et d’un dispositif de cogéné-
ration, il a été conçu pour répondre aux cer-
0 10 m
tifications HQE®et BEPOS. 

8 Construction moderne / sept.-OCT. 2019


C __
Vue du lycée
sur la rue
de l’Industrie.

D __
Détail d’un
insert de béton
matricé et de
la signalétique
C D incrustés dans
le béton poli.

E __
Le socle en
béton matricé
donne une
assise au
bâtiment.

F __
Vue de la
façade ouest.

G __
Entrée vers la
rue intérieure
qui réunit les
différents
corps de
bâtiment.

H __
E F G Les lignes
en béton poli
blanc des
coursives et les
parois revêtues
d’un bardage
bois thermo-
acoustique
participent
à l’ambiance
accueillante
et chaleureuse
de l’atrium.

I __
Le béton poli
blanc révèle les
jeux de lumière
dans cette rue
intérieure de
grande hauteur.

H I

Construction moderne / sept.-OCT. 2019 9


Nantes

124 logements sociaux


et en accession
Au cœur d’anciens boisements et à deux pas des commerces et services, deux immeubles en béton brut
concrétisent un pari audacieux : combiner espaces partagés et mixité sociale.
Texte : Hervé Cividino – Reportage photos : Annick Bienfait ; philippe ruault

C
réé sur les anciennes terres maraî- en valeur, la végétation présente est confortée
chères, l’écoquartier de la Bottière- par l’implantation d’enclos plantés de vivaces
Chênaie organise une centralité destinées à coloniser le milieu.
mêlant habitat collectif, commerces et ser-
vices, en reliant d’anciens quartiers de la péri- Le thème du loft périurbain
phérie nord-est de Nantes. La nouvelle urba- D’une grande mixité, le programme de l’opé-
nisation se développe vers le sud-est dans le ration se compose de 30 logements sociaux
prolongement du site de la Colinière par une (24 %), 50 logements en location-accession
alternance de grands bâtiments disséminés (40 %) et 44 logements en accession libre
parmi les bois. (36 %). Cette diversité se double d’une multipli-
cité de typologies (58 T2, 46 T3 et 20 T4), mais
Le thème du parc habité aussi d’une très grande variété d’appartements,
À la suite de leurs travaux sur l’habitat périur- tous dotés de larges baies vitrées et de loggias
bain, les architectes de FRES ont été retenus d’environ 6 m2. Ce ne sont ainsi pas moins de
pour réaliser dans ce secteur un projet de 124 ascenseurs situés dans les bâtiments les plus 22 dispositions différentes qui sont proposées
logements. Sur un site d’environ un hectare, élevés tout en offrant aux résidents de géné- à l’achat ou à la location, depuis l’organisation
ils ont conçu deux immeubles en tripodes reux lieux de partage. classique (séjour, cuisine fermée, chambres…)
au-dessus d’un parking semi-enterré. Dans le respect des prescriptions mises en au loft totalement ouvert (simplement struc-
Construits en béton brut, chacun d’eux place sur la Zac par l’urbaniste Jean-Pierre turé par les pièces humides) en passant par des
regroupe trois plots à R+4, R+6 et R+8, reliés Pranlas Descours et les paysagistes Bruel- configurations intermédiaires (cuisine ouverte
à chaque étage par de grandes terrasses col- Delmar, l’emprise totale du bâti préserve les sur séjour, coin bureau ou coin repos dans la
lectives de 150 m² installées en balcon sur le deux tiers des différents boisements et prai- continuité, chambres...). Divisés par des sépara-
paysage. D’une surface totale de 1 700 m², ces ries extensives occupant la parcelle. Entourée tifs non porteurs de 200 mm, les plans d’étage
plateformes distribuent les habitations par des par un ancien mur maraîcher renforcé et mis sont dessinés sur une base carrée de 15,50 m
en correspondance avec la trame des parkings.
Leur pluralité s’exprime jusqu’en façade grâce à
un dispositif qui permet selon les appartements
Maître d’ouvrage : cif Coopérative – Maître d’œuvre : FRES/Laurent Gravier + Sara Martin d’inverser les cuisines, les salles de bains et les
Camara, architectes – BET structure : batiserf SARL – Entreprise gros œuvre : Léon Grosse – loggias, afin d’éviter les répétitions d’un étage
Paysagistes : Phytolab – Surface : 7 723 m2 SDP – Coût : 10 M€ HT y compris parking et à l’autre tout en respectant les impératifs d’ali-
aménagements extérieurs – Programme : 124 logements dont 30 logements sociaux, gnement des gaines techniques et de la struc-
50 logements en location-accession et 44 logements en accession libre, 124 places de ture. En cas de reconversion des bâtiments,
stationnement en sous-sol semi-enterré, 6 600 m² d’aménagements extérieurs. de multiples évolutions restent envisageables.
•••
10 Construction moderne / sept.-OCT. 2019
A

A __
Les 124
logements
sont groupés
dans deux
immeubles
en tripodes
implantés au-
dessus
d’un parking
semi-enterré.

B __
De grandes
terrasses
collectives
relient et
distribuent
les plots.

Construction moderne / sept.-OCT. 2019 11


Nantes

•••
Un béton brut autoplaçant, pérenne
Le contraste entre l’environnement naturel et la
minéralité de l’architecture est affirmé par l’em-
ploi du béton brut en façade. Cette option, qui
n’était pas prédéfinie par les architectes, s’est
imposée en cours de conception pour des rai-
sons de pérennité et d’expression architecturale.
Elle a été affinée lorsque l’entreprise retenue a
proposé de livrer un béton blanc autoplaçant.
L’aspect monolithique et unitaire des masses
est ainsi renforcé par les qualités soyeuses
de la matiè[Link]é sur un module de 90 cm de Plan R+3

large et 270 cm de hauteur, le dessin de la façade


0 10 m
conforte la rigueur architecturale du projet en
combinant trois types de percements : la fenêtre
simple sur allège vitrée de 90 cm de large, la baie cité 3 (niveau d’aléa modéré). Afin de préserver été réalisés en trois parties distinctes : les deux
vitrée double de 180 cm de large et la loggia le béton brut en façade, l’isolation thermique extrémités, préfabriquées sur site, reposent sur
de 270 cm de large. Afin d’obtenir une parfaite est intérieure. Portés par des poutres à plat des corbeaux intégrés dans les murs de façade
continuité géométrique entre les pleins et les noyées de 25 cm, disposées tous les mètres, sans saillies, tandis que les éléments centraux,
vides de l’opération, une trame stricte de joints les planchers sont désolidarisés des élévations coulés en place, assurent la continuité des
creux unifie les façades et les terrasses collec- par un vide ménagé entre chaque élément por- ouvrages par clavetage. Coulées en place, les
tives. Des lignes intermédiaires, au droit des- teur. Au total, 75 % de rupture horizontale sont dalles ne sont pas étanchées mais dotées de
quelles sont dissimulées les reprises de béton- cumulés sur la périphérie du bâtiment afin de formes de pentes permettant de diriger les
nage horizontales, prolongent ainsi les terrasses répondre à la RT 2012. Un dispositif identique eaux pluviales vers des caniveaux périphériques
dont la hauteur des poutres de rive résulte d’un est réalisé au niveau des murs des loggias sur situées le long de chaque bâtiment qui les éva-
compromis entre les nécessités structurelles lesquels l’isolation est appliquée par l’extérieur. cuent par des descentes. En rez-de-chaussée,
dues à la portée à franchir et la prise en compte Élevés en parpaings, ces derniers sont isolés des une étanchéité, protégée par des dalles sur
du C+D imposé par la réglementation incendie façades par un vide vertical continu de 5 cm. plots, évite toute infiltration dans les parkings.
pour les espaces d’habitation. Réalisée avec une enveloppe budgétaire Les murs extérieurs de l’entresol ont eux aussi
À l’image des menuiseries extérieures en alumi- réduite (1 380 ¤ HT/m²), cette opération en fait l’objet d’une mise en œuvre particulière
nium anodisé naturel, tous les composants de béton blanc architectonique n’a été possible puisqu’ils ont été coulés en une seule levée sur
façade autres que le béton blanc sont de teinte que grâce à la combinaison très en amont de toute leur hauteur malgré la présence d’un ban-
gris clair (garde-corps en acier galvanisé, enduits choix concernant la rationalisation des formes deau horizontal totalement ajouré entre l’allège
ITE et peinture des loggias...). Ainsi, comme architecturales. Plusieurs décisions techniques et l’imposte. Au final, l’ouvrage en béton brut
l’ont voulu les architectes, « les trois éléments ont toutefois été arrêtées avec l’attributaire s’élève parmi les boisements de chênes dans
qui composent la plateforme habitée, c’est- du lot gros œuvre sur les bases du travail réa- une forme puissante et dénudée que devraient
à-dire la dalle sur le parking, les bâtiments et lisé avec le bureau d’études. Ce fut le cas pour progressivement s’approprier les résidents, en
les terrasses aériennes, s’expriment comme un la mise en œuvre des terrasses extérieures. apportant mobilier et plantations sur les ter-
ensemble unique ». La grue ne pouvant déplacer les poutres de rasses collectives pour en faire de véritables
structure, ces éléments de 10 m de longueur ont lieux d’échange et de lien social. 
Rigueur formelle, précision technique
et efficacité budgétaire
Pour chaque plot, les planchers et les parties
verticales de la structure (voiles, cages d’esca-
lier et d’ascenseur) sont réalisés en béton gris
coulé en place et les façades, toutes porteuses, Évolutivité
sont en béton blanc. L’ensemble de la struc- d’un étage courant
ture répond aux exigences de la réglementa-
tion parasismique applicables en zone de sismi- 3 logements classiques 3 lofts periurbains 1 grand loft periurbain

12 Construction moderne / sept.-OCT. 2019


C __
Une trame
de joints creux
unifie les
masses bâties
en béton blanc
autoplaçant.

D __
Les façades
combinent
trois types de
percements :
la fenêtre
simple,
la double baie
vitrée et
la loggia
en creux.

E __
Les poutres
de terrasses
reposent sur
des corbeaux
C D
intégrés dans
les façades.

F, G __
Dans les
étages, les
plateformes
extérieures
offrent près
de 1 700 m2
d’espaces
collectifs
à partager.

H __
D’une grande
variété
E F typologique,
les appar-
tements
sont dotés
de loggias
d’environ 6 m2.

G H

Construction moderne / sept.-OCT. 2019 13


brésil

Tours d’éoliennes
de grande hauteur
L’entreprise Freyssinet a créé une gamme de tours d’éoliennes de grande hauteur en béton précontraint,
constituées d’une superposition d’anneaux préfabriqués.
Texte : olivier baumann – Reportage photos : laurent chartier-freyssinet

C
’est une tendance de fond. Selon les de 160 m quand les nouveaux modèles de
projections 2018 de l’Agence inter- turbines annoncés affichent des puissances
nationale de l’énergie* (IAE), jusqu’à unitaires supérieures à 5 MW. Or en gagnant Chiffres clés
deux tiers de la production mondiale d’élec- de la hauteur et de la puissance, les indus- Béton : 600 m3 pour une tour de 130 m
tricité pourrait provenir d’ici 2040 des éner- triels repoussent les limites mécaniques des de haut
gies renouvelables, dont 20 à 25 % de l’énergie matériaux constitutifs des mâts des éoliennes. Armatures : 110 à 120 kg par m3 de béton
éolienne. Cette croissance programmée a déjà Au-delà de 120 m de haut, les tours en acier
démarré. Elle s’accompagne d’une évolution sont particulièrement sensibles à la fatigue et,
typologique et technologique des éoliennes. n’étant pas fabriquées sur site, demandent de chantier et des grues en particulier. Par
Pour capter toujours davantage d’énergie du des moyens logistiques de transport lourds. ailleurs, plus la hauteur de levage est impor-
vent, dont l’intensité augmente avec l’alti- Très logiquement, la capacité des grues indis- tante, plus les contraintes sécuritaires sont
tude, les éoliennes terrestres gagnent ainsi pensables à leur montage augmente elle aussi, sévères : les opérations de levage à la grue
chaque année en puissance et en hauteur. Les tout comme leur coût et la taille de l’emprise doivent être stoppées dès que les vents
plus imposantes culminent aujourd’hui à près au sol nécessaire à la circulation des engins dépassent les 10 à 12 m/s, ce qui est fréquem-
ment le cas sur les sites éoliens.

S’affranchir des contraintes


Une conception et un béton formulé de grande hauteur
pour éviter l’entrée en résonance de l’éolienne C’est dans ce contexte, et dans l’objectif de
Le béton des anneaux des tours est produit dans une usine de préfabrication foraine faciliter la réalisation des éoliennes de grande
située au cœur de la ferme éolienne. Il est de classe de résistance C 60/75 et est armé hauteur, que l’entreprise Freyssinet (filiale de
avec une densité d’armatures comprise entre 110 à 120 kg/m3. Afin d’éviter des phé- Vinci Construction) a développé une gamme
nomènes de vibration, une fois la géométrie de la tour définie, le critère de dimen- de fûts d’éoliennes de grande hauteur en
sionnement du béton le plus important est son module d’élasticité. béton précontraint – commercialisée sous la
« Nous devons absolument maintenir la fréquence propre de la tour en dehors des marque Freyssiwind – dont le montage fait
zones interdites définies par le fournisseur de turbines, pour ne pas entraîner une appel à un procédé compact – utilisant un
mise en résonance potentiellement très dommageable », justifie Jean-Daniel Lebon. outil nommé Eolift.
Pour garantir un module d’élasticité constant, les exigences de qualité, tant sur le « Ces deux innovations complémentaires
processus de sélection des composants du béton (granulats, ciment...) que sur la font d’un côté appel à la préfabrication sur
chaîne de production, sont très élevées. site d’éléments en béton formulés à par-
Pour le projet de Trairi, le mode de production des anneaux incluait une phase de tir de matériaux locaux, et de l’autre à un
vibration du béton, « mais nous utiliserons du béton autoplaçant (BAP) pour nos mode constructif permettant de travailler au
prochains projets », confie Jean-Daniel Lebon. * [Link]

•••
14 Construction moderne / sept.-OCT. 2019
Construction moderne / sept.-OCT. 2019 15
brésil

•••

niveau du sol », synthétise Jean-Daniel Lebon,


directeur Énergies renouvelables du groupe
Freyssinet. « Nous pouvons ainsi nous affran- Une tour d’éolienne construite...
chir des contraintes logistiques et des condi- de la tête aux pieds !
tions de vent liées à l’utilisation d’une grue, Le montage depuis le sol de la tour d’éolienne s’effectue de manière non intuitive, la
le procédé restant opérationnel et sécurisé tête étant hissée avant les pieds ! Tout commence en effet par la pose de la turbine
jusqu’à une vitesse maximale de vent de de l’éolienne sur la fondation en béton armé préalablement construite. 1
20 m/s, soit 95 % des vitesses de vent géné- L’outil de levage Eolift, constitué d’un châssis de hissage solidement ancré à la fonda-
ralement observées. Il ne connaît par ail- tion de l’éolienne, est alors installé autour de celle-ci et vient la soulever à l’aide d’un
leurs potentiellement aucune limite de poids système de levage hydraulique. 2
ni de hauteur. » Il va alors monter les sections de la tour en ordre inversé par rapport au montage à
la grue : les éléments inférieurs, préassemblés par segments de trois anneaux de part
36 éoliennes pour un projet géant et d’autre de l’outil, sont glissés sous les éléments supérieurs déjà assemblés et levés,
au Brésil puis l’ensemble est hissé. L’opération est répétée jusqu’à la hauteur finale. 3
Ces éoliennes d’un nouveau genre ont pu L’outil Eolift est alors démonté de manière quasi automatique. 4
bénéficier en 2016 d’un premier chantier d’en- Les organes de connexion, les structures et les façades de l’Eolift sont repliés auto-
vergure au nord-est du Brésil. 36 tours (119 m matiquement avant que l’ensemble de l’outil soit transféré jusqu’à l’emplacement de
de hauteur pour une puissance unitaire de montage suivant. Reste ensuite à installer les pales de l’éolienne.
2,7 MW) ont ainsi été installées avec le pro-
cédé Eolift pour le projet de ferme pilote de
Trairi, dans l’État du Ceara. commente Jean-Daniel Lebon. Désormais, même longueur ancrés en pied dans la fon-
Chaque tour était constituée de la super- seul le déchargement de la turbine sur la fon- dation de l’éolienne et en tête dans l’anneau
position de 32 segments d’anneaux en béton dation nécessite une grue de faible capa- supérieur, spécialement épaissi pour recevoir
armé, préfabriqués dans un atelier forain situé cité (voir encadré sur le phasage de mon- les ancrages.
au sein de la ferme d’éoliennes. tage, ci-dessus). Une fois tous les torons ancrés en partie
« Le principal enjeu de la préfabrication C’est l’outil Eolift qui se substitue à la grue. haute, la mise en tension est réalisée toron
était de maintenir une qualité des anneaux Pour cela, une petite potence pivotante a par toron en partie basse, dans la fondation,
constante », commente Jean-Daniel Lebon été intégrée à chaque demi-côté de l’Eolift. à l’aide d’un vérin monotoron.
(voir encadré p. 14). Elle permet notamment de décharger direc- « Sur le projet brésilien, nous disposions de
Une fois fabriqués selon la technique de la tement les voussoirs en béton des camions. 16 câbles 13T15 par éolienne, mais nous avons
conjugaison, comme pour les voussoirs préfa- depuis fait évoluer le design pour minimi-
briqués de ponts, les anneaux, d’un diamètre Une structure renforcée ser le nombre de câbles. » Les futurs pro-
compris entre 4,5 m et 7,2 m (pour 3,9 m de par des câbles de précontrainte jets comprendront ainsi 12 câbles 19T15 par
hauteur et 25 à 40 cm d’épaisseur), étaient Pendant les phases d’élévation de la tour, éolienne.
ensuite assemblés les uns aux autres par sa résistance provisoire est assurée par la
trois pour former des tronçons de 11,7 m de connexion des éléments les uns aux autres Et l’innovation continue
hauteur. Chaque tronçon était alors ripé sous par boulonnage au droit des joints. Mais une pour Freyssinet
l’outil Eolift, grâce auquel il était assemblé fois l’éolienne en service, « la structure est Suite à la construction des 36 éoliennes de
au tronçon supérieur initialement maintenu comme une grande quille soumise à des la ferme pilote de Trairi, achevée début 2017,
en position surélevée au centre de l’Eolift. efforts importants, liés notamment au vent de nombreux projets sont à l’étude partout
« Sur le projet brésilien, nous avons utilisé soufflant dans les pales. Le béton, même for- dans le monde, « mais uniquement sur des
une grue mobile notamment pour déchar- tement armé, ne pourrait pas résister seul parcs de grande ampleur, affichant de 100 à
ger les voussoirs du camion et pour monter sur le long terme ». C’est pourquoi la struc- 300 MW de puissance cumulée minimum »,
la turbine sur les 25 premiers mètres de la ture de la tour est renforcée par des câbles précise Jean-Daniel Lebon.
tour. Grâce aux retours d’expériences que de précontrainte, installés une fois la tour En attendant, l’entreprise Freyssinet bouil-
nous avons accumulés sur ce projet, nous entièrement assemblée et connectée à la lonne toujours de nouvelles idées. Après la
avons depuis modifié le procédé et le pha- fondation. tour construite sans grue, elle vient de dépo-
sage pour que nous puissions totalement Il s’agit d’une précontrainte extérieure verti- ser un nouveau brevet pour une méthodolo-
nous passer de grue lors de cette étape », cale constituée d’un ensemble de câbles de gie de pose de pales sans grue. 

16 Construction moderne / sept.-OCT. 2019


4

2
Schéma
d’assemblage
1 d’une éolienne
Voir la
description
A dans l’encadré.
© Freyssinet

A __
La totalité
des anneaux
des éoliennes
est préfa-
briquée au sein
d’un atelier
forain sur site.

B __
Vue générale
de la ferme
pilote de Trairi,
au nord-est
du Brésil. Les
36 éoliennes,
dont les tours
culminent
à 119 m,
développent
une puissance
unitaire
de 2,7 MW.

Construction moderne / sept.-OCT. 2019 17


Marseille

Tour
« La Marseillaise »
Singulière par la grille en béton de sa façade, la tour la Marseillaise conçue par les Ateliers Jean Nouvel
s’élance simplement pour rejoindre le ciel.
Texte : Ève Jouannais – Reportage photos : michèle clavel ; WE ARE CONTENTS

E
lle porte bien son nom avec ses nuances ancienne zone industrielle, un site compris La plus haute des trois IGH des Quais-d’Arenc,
de bleu, blanc, rouge qui discrètement entre deux bretelles d’autoroute en viaduc et la Marseillaise, avec ses 31 niveaux sur une
l’habillent sur toute sa hauteur, la Marseil- le terminal portuaire des ferries qui assurent des emprise en trapèze de 70 m de longueur,
laise. Sa silhouette s’élance à côté de sa grande liaisons à travers la Méditerranée. À proximité frappe par sa finesse et la manière dont elle
sœur la tour CMA CGM qui la dépasse à peine, du parc habité d’Arenc, le quartier d’affaires pro- rejoint le ciel : la trame de la façade se pro-
conçue par l’architecte Zaha Hadid. Elle fait par- longe la Joliette, les Docks, Euromed Center, le longe au-dessus du dernier niveau dans une
tie d’un projet d’ensemble de quatre immeubles : Silo et, un peu plus loin, rejoint l’ancienne jetée version simplifiée qui encage, l’air de rien,
le Balthazar, la Porte bleue, la tour la Marseil- n° 4 où se trouve le musée des Civilisations de la toiture plantée d’arbres dûment arrimés.
laise et H99, ces deux derniers étant des IGH l’Europe et de la Méditerranée (Mucem). À l’autre extrémité, son socle de 12 m de hau-
(Immeuble de grande hauteur). Cette opération, teur dégagés par les éléments verticaux de la
associant des bureaux et du logement de stan- « Légère comme un dessin structure périphérique renforce cette appa-
ding ainsi que des services et des commerces, d’architecture inachevé » rente légèreté. Se glissent en rez-de-chaussée
est portée par le promoteur Constructa qui en La Marseillaise marque le deuxième acte de et de plain-pied 5 boîtes réservées à des acti-
a confié le plan d’ensemble à l’architecte Yves ce projet de conversion des quais d’Arenc et vités commerciales dont les toitures sont
Lion. Ce projet des quais d’Arenc s’inscrit dans est l’un des projets phares d’Euroméditerranée autant de terrasses végétalisées abritées.
le vaste programme d’aménagement urbain au sens propre, en tant que nouveau repère « Les terrasses plantées que l’on retrouve à
Euroméditerranée initié en 1995 par le maire urbain, comme figuré, l’un des symboles du différents niveaux de la tour évoquent le
de l’époque, Robert Vigouroux. Il occupe une renouveau de la cité phocéenne. paysage des calanques et de Marseille avec
au sommet les pins accrochés sur la colline »,
raconte l’architecte Nathalie Sasso, l’une des
chefs de projet. Ouvert, côté sud, sur un vaste
Maître d’ouvrage : Constructa Urban system – Mandataire du groupement de conception- parvis aménagé dans la continuité des espaces
réalisation : Travaux du Midi Provence (Vinci Construction France) – Maître d’œuvre : Jean extérieurs, le hall d’accueil surbaissé contraste
Nouvel – Ateliers Jean Nouvel ; Équipe architecturale : Didier Brault, directeur de studio ; avec la grande hauteur préservée autour du
Alain Gvozdenovic, Vincent Delfaud et Nathalie Sasso, chefs de projet ; Tangram Architectes, noyau de circulations verticales et sanitaires
architectes d’exécution (lots architecturaux et paysage) – BET structure : AEDIS et SIDF – BET créant une aspiration verticale impression-
façades : Arcora – BET fluides et QEB : ALTO Ingénierie – BET acoustique : AVEL – Ingénieurs nante. L’importance et la qualité des pans
Paysage : Ingénieurs et paysages – Entreprises générales : Groupement Dumez Méditerranée de béton haute résistance du noyau rendent
(mandataire) ; GTM Sud ; Travaux du Midi ; Crudeli ; SNEF ; Kone – Préfabricant des éléments cet espace attractif. Le noyau a été coulé en
de façades : Méditerranée préfabrication – Surfaces : 37 574 m2 SUBL, 46 767 m2 SHOB – Coût : place à l’aide d’un coffrage autogrimpant,
113 M€ HT – Programme : tour de 135 m de hauteur sur 31 niveaux abritant un programme mixte qui a permis de réaliser un étage courant en
composé de 35 000 m² de bureaux répartis sur 27 niveaux, un restaurant interentreprises, une 6 jours. Des locaux techniques et la cuisine du
crèche de 26 berceaux et 5 commerces situés en pied d’immeuble. restaurant interentreprises (RIE) occupent le
•••
18 Construction moderne / sept.-OCT. 2019
Construction moderne / sept.-OCT. 2019 19
Marseille

•••
premier étage. Sur les deux suivants se déploie
le RIE à déjà plus de 20 m au-dessus du sol et
tourné vers la mer à l’ouest. Un escalier inté-
rieur relie les deux niveaux, le niveau haut
donnant en balcon sur le niveau inférieur. 1
Plan de niveau
En partie en double hauteur, donc, cet 19e étage
2 1. Open space
espace baigné de lumière naturelle béné- est
ficie d’une vue large et lointaine grâce aux 2. Open space
vitrages clairs toute hauteur, accentuant ouest
0 5m
encore l’effet de projection dans le paysage.
Les brise-soleil en béton ajourés de la façade
laissent ainsi filer le regard tout en créant
une épaisseur atténuant la sensation éven- La minéralité de la ville et des paysages envi- de 2 m de profondeur pour intégrer une
tuelle de vertige que donne à certains une ronnants se retrouve dans le traitement de coursive permettant d’assurer l’entretien.
grande transparence. la façade dont la perception varie en fonc- Des ailettes en Bfup assemblées à claire-voie
Le RIE partage le troisième étage avec la crèche tion de la distance et de la lumière. La grille étendent la coursive afin de parfaire sa fonc-
qui profite de l’une des toitures-terrasses qui enserre la tour et la singularise répond à tion de brise-soleil. Des éléments verticaux
abritées. Au-dessus, les étages de bureaux, une géométrie complexe et rigoureuse jouant ajourés, de 3,7 m de hauteur, complètent le
d’une superficie moyenne de 1 200 m2 répar- avec une trentaine de teintes inspirées de dispositif au rythme d’un tous les 6 m. En
tis autour du noyau central de circulation, celles caractéristiques de Marseille : les bleus façades est et nord, 40 cm d’épaisseur suf-
sont occupés par différentes sociétés dont de la mer et du ciel, les rouges des toitures fisent pour la partie horizontale. Les éléments
la métropole qui y a rassemblé ses différents de la ville, les blancs des nuages et des ciels verticaux pleins de ces façades s’accordent
services sur 12 étages. Une circulation cen- de traine. Cette grille en béton fibré à ultra sur un pas resserré de 1,50 m.
trale distribue chaque niveau. hautes performances (Bfup), composée de Réalisés dans une usine à Marignane, tous
3 818 éléments verticaux et horizontaux plus les éléments en Bfup ont été peints de
Une palette de textures ou moins en saillie, assure l’étanchéité à l’air et couleurs différentes en surface et sous-face
Dans toutes les parties communes et à tous à l’eau comme le C+D entre niveaux confor- dans un atelier installé dans le quartier voisin
les niveaux, le béton brut est laissé appa- mément à la réglementation incendie. des Crottes avant d’être livrés sur le chantier
rent. Les aspérités qui par endroits affleurent au fil de son avancée, évitant le stockage
révèlent de la composition de la matière. « Une trame mathématique ponctuée sur place.
Elles sont valorisées par un bouchardage, qui de tirets d’ombres et de lumières » Fixé sur la structure primaire en acier du bâti-
donne un rythme graphique. Des cabochons La trame et les couleurs diffèrent suivant ment par suspentes et vis decompression,
en verre sont insérés dans les trous laissés par l’orientation de la façade qu’elles habillent. l’ensemble du système a nécessité une appré-
les écarteurs de banche qui témoignent du En façades sud et ouest, les allèges en forme ciation technique d’expérimentation (Atex).
processus de fabrication de la matière. d’équerre ou de « L » se prolongent en saillie Il contribue à la régulation thermique et lumi-
neuse de la tour qui répond aux standards
environnementaux les plus exigeants.
Très bien isolé, le bâtiment a recours à un
système de climatisation innovant raccordé
à une boucle d’eau de mer qui capte l’eau
froide directement de la Méditerranée rédui-
sant ainsi la consommation d’électricité
nécessaire au rafraîchissement de la tour. Le
choix de matériaux réutilisables et durables,
de peintures pérennes, le renforcement de
l’acoustique, un système de récupération de
Détails des modules l’énergie, des panneaux solaires pour alimen-
de façade nord et est
(à gauche), sud et ouest
ter notamment le RIE participent de l’éco-
(à droite). conception de cette tour haute en couleur. 

20 Construction moderne / sept.-OCT. 2019


A __
Depuis la mer,
la façade nord
rougeoyante de
la Marseillaise
émerge à côté
de la tour
CMA CGM :
symboles d’un
renouveau
économique
annoncé.
A B
B __
Façade
est dont les
nuances de
bleu relient
la terre, la mer
et le ciel.

C __
Façade sud.
Par leur
prolongement
sur les faux
plafonds, les
couleurs des
brise-soleil
estompent
la limite entre
intérieur
et extérieur.

D __
Façade
nord. Les
menuiseries
en aluminium
qui encadrent
le vitrage
disparaissent
C dans l’allège
en Bfup,
accentuant
l’effet de
transparence.

E __
Tout en
dentelle
et couleurs, la
grille en Bfup
des façades
sud et ouest
semble particu-
lièrement
légère.

D E

Construction moderne / sept.-OCT. 2019 21


Vitry-sur-seine

RECONSTRUCTION DE l’École
maternelle Éva Salmon
La nouvelle école Éva Salmon présente sur rue des façades habillées par une résille protectrice
en béton blanc fibré à ultra hautes performances à la thématique végétale.
Reportage photos : Hervé Abbadie

L
a reconstruction de l’école maternelle performances (Bfup), habille et protège les
Éva Salmon s’inscrit dans le renouvelle- façades donnant sur l’espace public. Elle
ment urbain du quartier du Port à l’An- joue également le rôle de brise-soleil pour
glais engagé par la ville de Vitry-sur-Seine. la façade de la rue Charles Fourier orien-
Le chantier du nouvel édifice scolaire s’est tée au sud. Cette résille est percée de baies
effectué en site occupé. Implantée à l’angle vitrées teintées, qui font référence à l’imagi-
des rues Charles Fourier et Pasteur, face à la naire ludique des cabanes dans les bois. Ces
halle Dumeste, un ancien bâtiment industriel ouvertures offrent des cadrages singuliers sur
remarquable, l’école bénéficie d’une situa- l’environnement qui positionnent l’enfant en
tion stratégique dans ce quartier qui connaît observateur privilégié de la ville. »
un fort développement immobilier avec
les projets de la Zac du Port à l’Anglais, du par le jeu à s’exprimer et découvrent que À l’alignement sur les rues
« Fulton dock » du port et de la Zac de Seine l’apprentissage est dorénavant un horizon L’école regroupe 14 classes maternelles
Gare Vitry. naturel de leur vie. Le projet architectural divisées en deux unités pédagogiques de
que nous avons imaginé intègre cette dimen- 7 classes et un centre de loisirs autonome.
Un bâtiment protecteur et ludique sion pédagogique particulière en proposant Le plan de l’édifice forme une équerre dont
« Pour nous, l’enjeu majeur était ici de réus- un cadre à la fois ludique, convivial et pro- le grand côté à R+1 vient à l’alignement sur la
sir l’intégration architecturale et paysagère tecteur. La géométrie des façades, comme rue Charles Fourier, tandis que son petit côté
de l’école dans ce quartier en pleine réno- celle des espaces intérieurs, fait la part belle se retourne sur la rue Pasteur et se termine à
vation et d’affirmer de façon emblématique aux courbes, composant un univers doux à R+2. À l’est du site, l’école s’ouvre sur le futur
sa vocation d’équipement public dédié à la l’échelle de l’enfant. Une résille à la théma- mail. L’aménagement paysagé des cours de
petite enfance », précisent les architectes. « À tique végétale, composée d’éléments préfa- récréation prolonge l’animation végétale de
l’école maternelle, les enfants apprennent briqués en béton blanc fibré à ultra hautes celui-ci tout en protégeant l’espace de jeu
des enfants. La résille se soulève au rez-de-
chaussée pour inviter à pénétrer dans l’école
ou pour accompagner le retournement sur
Maître d’ouvrage : ville de Vitry-sur-Seine – Maître d’œuvre : Daquin Ferrière & Associés, le futur mail piéton. Le parvis d’accès s’or-
architecte – BET TCE : EPDC – BET HQE® : IETI – Entreprise générale : Urbaine de Travaux – ganise sous l’encorbellement du 1 er étage.
Préfabricant résille Bfup : Via-Pontis – Surface : 4 300 m2 SDP – Coût : 12,2 M€ HT – Il conduit en douceur aux deux halls d’entrée,
Programme : école maternelle : 14 salles d’activités, 4 salles de repos, 1 salle de motricité, séparés par la loge du gardien, qui mettent
1 salle polyvalente, salles d’arts plastiques et de musique, bibliothèque ; centre de loisirs : en scène des transparences vers les espaces
6 salles d’activités ; restauration : 2 salles au total 390 m², 1 office de réchauffage pour remarquables de l’école maternelle et ses
320 rationnaires ; cour, 2 000 m² ; 1 logement de gardien : 4 pièces. cours de récréation. 
•••
22 Construction moderne / sept.-OCT. 2019
A __
La résille
blanche est
percée de
baies vitrées
teintées, qui
font référence
A B à l’imaginaire
ludique des
cabanes dans
les bois.

B __
Une résille à
la thématique
végétale,
composée
d’éléments
préfabriqués
en béton
blanc fibré à
ultra hautes
performances
(Bfup), habille
et protège
les façades
sur rue.

C __
L’entrée
de l’école
s’organise
sous l’encor-
bellement du
1er étage rue
Charles Fourier.

D __
Vue de la salle
de restauration.

C E __
Les baies
vitrées teintées
offrent des
cadrages
singuliers
sur l’environ-
nement qui
positionnent
l’enfant en
observateur
privilégié
de la ville.

D E

Construction moderne / sept.-OCT. 2019 23


Giens

maison familiale
de vacances
Construite sur un site privilégié, cette maison de famille, à la fois rustique et sophistiquée,
regarde vers la mer. Ses parements de béton brut l’intègrent harmonieusement au paysage.
Texte : Solveig Orth – Reportage photos : Stéphane chalmeau

T
out d’abord, on voit la mer que l’on Sportif et bon vivant, il ambitionne pour ses néens, oscillant entre le dehors et le dedans
traverse, accompagné par la haie vieux jours une maison remplie du son de ses et gommant la limite au maximum ; convo-
d’honneur multicolore des kitesur- proches et de bonnes odeurs de cuisine. Un quer la beauté brute de Sifnos (Cartier
feurs. Ensuite, il y a à nouveau la côte, trait lieu d’héritage où s’entassent les petits tré- Bresson 1961) et l’effacement du domaine du
vert foncé qui dissimule des criques sablon- sors de chacun. Gaou Bénat (conçu par les architectes André
neuses au creux des rochers. Et puis, on Cinq chambres sont envisagées pour accueillir Lefèvre et Jean Aubert). Il a fallu trouver le
découvre cette pente de - 20 % présentant cette grande famille. Deux d’entre elles consti- meilleur endroit où poser la maison sur le
12 m de dénivelé scindés en 4 restanques de tueront un pavillon indépendant pour les sol, la connecter aux éléments naturels. Nous
schiste qui découpent horizontalement un amis. Enfin, de généreuses pièces de vie vien- avons recherché le frais dans ce site arboré et
site escarpé qu’un passé horticole a géné- dront fédérer l’ensemble en profitant de vues venté, en créant des espaces ombragés, pro-
reusement paré de pins et de chênes verts. d’exception. tégés du vent, ouverts à la vue, mais aussi
Nous sommes à l’extrémité de la fameuse Comment répondre à ses souhaits ? Difficile au soleil. »
plage de l’Almanarre sur la presqu’île de Giens. gageure pour les architectes Stanislas Zakarian
La situation est unique car c’est l’un des rares et Olivier Navelet de concilier une commande Habiter la place
lieux où la vue sur la mer s’oriente au nord, intime et une construction collective compte Les architectes ont ainsi en premier lieu déter-
vers la côte française, sans être sur une île. La tenu des autorisations administratives dras- miné le cœur de la maison. Il est ici extérieur,
situation admirable et étrange à la fois ! tiques régissant les constructions dans ce compte tenu des conditions météorologiques
paysage protégé et bientôt Natura 2000 de la favorables. C’est une place comme dans un
Une maison de famille presqu’île de Giens. village. Elle s’implante sur la plus haute des
La commande est simple, aussi simple que le Pour ce faire, il a été nécessaire de « convo- restanques pour dominer le site, articuler les
site est merveilleux : construire une maison quer l’essentiel », pour reprendre les termes espaces et provoquer les rencontres. Des pavés
de famille, ouverte à la vue et à la nature pour des architectes, « éviter toute posture, res- en calcaire au sol symbolisent la place de vil-
« se fabriquer des souvenirs à l’eau de mer », ter simple et généreux et surtout placer les lage méditerranéenne. Un large banc en béton
comme le dit le commanditaire. L’histoire de préoccupations du commanditaire au centre et un olivier viennent l’agrémenter.
la maison est d’abord celle de cet homme du projet. Nous avons cherché à associer ses Autour de cette place, des volumes bas en
né dans le sud de la France et vivant à Paris. aspirations aux espaces de vie méditerra- béton s’étirent pour recréer des plateformes
dans la pente. Le pavillon indépendant se
matérialise en un cube implanté à l’ouest de la
place, alors que la maison, à proprement parler,
Maître d’ouvrage : privé – Maître d’œuvre : Zakarian-Navelet architectes urbanistes – Entreprise prend place de l’autre côté dans deux volumes
gros œuvre : PiersoBat – Surface : 230 m2 SDP – Coût : non communiqué – Programme : cuisine rectangulaires. En continuité de la place s’orga-
et salle à manger, salle de séjour, 3 chambres, 2 salles de bains, 1 pavillon d’amis, 1 bassin de nisent la cuisine et sa salle à manger, comme
nage, 1 terrain de boules. un niveau de référence. Jeux de pente, ces
•••
24 Construction moderne / sept.-OCT. 2019
A

A __
Située sur
la plus haute
des restanques,
la maison
s’organise
autour d’une
« place »,
un espace
extérieur
fédérateur, à
l’ombre d’un
olivier avec vue
sur la mer.

B __
Les différents
volumes
en béton à
la planche
composant
la maison
s’intègrent
harmo-
nieusement
dans le grand
B paysage.

Construction moderne / sept.-OCT. 2019 25


Giens

•••
volumétries élémentaires se complexifient
en introduisant trois demi-niveaux décalés de
Déclivité du terrain
80 cm. Ceux-ci s’étirent systématiquement
de plain-pied vers l’extérieur, créant une
grande variété de points de vue, conférant décoffrage. Stanislas Zakarian considère le La prouesse de mise en œuvre réside dans la
ainsi à chaque espace son caractère particu- béton comme notre ressource territoriale et qualité d’exécution qui se retrouve tant sur
lier. Chaque lieu s’oriente vers un point car- sociale, « il révèle la beauté propre du dessin les surfaces courantes que dans le traitement
dinal et un morceau de paysage, mer, pinède naturel des matières premières. Dans ce pro- des détails. Plusieurs teintes de béton ont été
ou place, inventant sa propre relation au pay- jet, sa plasticité nous permet de décliner son testées auprès de la centrale afin de détermi-
sage, multipliant les situations et les « surfaces emploi dans les trois dimensions. Il est à la fois ner celle qui se marierait le mieux avec le pay-
d’échanges » avec l’extérieur. Multiple et géné- mur, toiture, sol extérieur, banc et escalier. sage environnant, la plus claire a été finale-
reuse, la maison profite ainsi de tout ce que le Nous avons joué avec ses différents aspects ment choisie. La maison est réalisée en béton
site avait à offrir. Renforçant le lien entre l’inté- de surface : lisse, il est chaleureux et se trans- autoplaçant, adapté au coffrage bois. Il est
rieur et l’extérieur, chaque pièce de la maison forme en assise. Balayé, il délimite les espaces recouvert d’un hydrofuge qui le protège de
ne peut s’envisager qu’avec son prolongement extérieurs. Texturé, son toucher est rugueux et l’agressivité des embruns. Au final, le béton n’a
extérieur, comme si au-delà de l’architecture crée des aspérités. Son coffrage en planches rien de froid, le dessin des planchettes crée
la maison devenait « aménagement paysager ». horizontales de bois de 8 cm de largeur pro- une surface vibrante sous le soleil à laquelle le
Héritage des architectes sans doute, car ils ont vient de la lecture horizontale du site ». L’en- bois des baies apporte de la chaleur.
travaillé en Espagne, à Barcelone pour Stanis- treprise de gros œuvre a construit ses coffrages
las Zakarian et à Séville pour Olivier Navelet, en pin, à l’ancienne. Les planches présentent un Béton et confort d’été
sur des problématiques d’aménagement urbain profil identique de 8 cm de hauteur. Un soin Afin de renforcer la massivité, l’épaisseur du
et paysager. particulier a été porté au calepinage de manière matériau est mobilisée. Elle se traduit à tra-
Les parois extérieures de la maison, tout à agencer les bois selon une apparence aléa- vers la profondeur des percements. Les parois
comme les plafonds et les refends intérieurs, toire tout en assurant la présence d’une planche vitrées se placent en retrait de 60 m. Seule
présentent des parements en béton brut de entière pour l’arase supérieure des volumes. dérogation à cette règle, la baie fixe de l’angle
nord, qui elle est posée au nu extérieur. Déro-
gation pour mieux faire comprendre le retrait
des autres baies, l’épaisseur de la matière,
l’ombre et la lumière.
Cette épaisseur garantit également un bon
confort d’été, en s’associant à une orientation
2 10
nord-sud et à une ventilation traversante. Il fait
10 frais, l’été, comme dans les mas provençaux.
9 9 6
1
La maison profite d’un plancher chauffant/
rafraîchissant alimenté par une pompe à cha-
8 7 leur. Grâce à la bonne inertie du béton et à une
conception bioclimatique en parfaite concor-
dance avec le site, elle n’est que rarement allu-
Plan
de rez-de-chaussée mée l’hiver et ne trouve aucune utilisation pour
1. Place le confort d’été. Celui-ci étant simplement
2. Terrain de pétanque
3. Champ d’oliviers
assuré par les bises judicieusement captées
4 3
4. Bassin de nage par l’ouverture des baies persiennées.
5. Potager Une réalisation d’exception que vous pouvez
6. Cuisine, salle à manger
7. Séjour également retrouver dans le livre The Lying
8. Chambre parents Forest publié aux éditions Sometimes, qui
9. Chambres
10. Chambres d’amis
évoque la sensibilité, la permanence et les
11. Pavillon d’entrée, garage aspérités du béton via les regards du photo-
5 11
graphe Stephen Dock et de l’écrivain Arnaud
0 5m
Maïsetti. 

26 Construction moderne / sept.-OCT. 2019


C __
Les
percements
se placent en
retrait du mur
pour mettre
en scène
l’épaisseur du
matériau et
créer des jeux
d’ombre et de
C D lumière. Seule
exception à
la règle, la
fenêtre d’angle
implantée au
nu extérieur
pour créer une
assise dans le
salon.

D, E __
L’écriture
architecturale
est sobre,
du béton et
du bois.
Le dessin des
planchettes
crée une
surface
vibrante sous
le soleil.

F __
À l’intérieur,
l’espace de vie
est vaste et
bénéficie d’un
jeu de hauteur
entre la salle
à manger et le
salon. Le béton
E est présent
en sous-face
de dalle pour
créer un lien
visuel entre
l’intérieur et
l’extérieur.

G __
Le salon
bénéficie
d’une vue mer
au nord pour
profiter de
ce panorama
d’exception.

F G

Construction moderne / sept.-OCT. 2019 27


Vitry-sur-Seine

262 Logements pour


jeunes actifs et étudiants
Les trois immeubles conçus par l’atelier Bethgnies-Leclair et l’agence Fourrier-Tirard, construits
sur un terrain très atypique, composent une amorce de front urbain.
Texte : Norbert Laurent – Reportage photos : Florent Michel agence 11h45 ; Hervé abbadie

L
’ensemble de logements pour étudiants de ce terrain très atypique que RATP Habitat
et jeunes actifs construit le long du site a lancé un concours d’architecture pour réa-
de maintenance et de remisage (SMR) liser 262 logements destinés à des étudiants
de la ligne de tramway numéro 7 sur la rue et des jeunes actifs.
1 2 3
des Pépinières à Vitry-sur-Seine annonce le
développement urbain futur de ce quartier. Variations sur un même thème
Ainsi, à l’horizon de la rentrée 2021, l’écocam- Lauréats de la consultation, l’atelier Bethgnies-
pus du bâtiment sera réalisé en face de cette Leclair (architectes mandataires) et l’agence
opération de logements, dans le cadre de la Plan masse Fourrier-Tirard (architectes associés) pro-
1 – Résidence pour étudiants,
Zac qui se développe au sud du domaine Dominique Tirard architecte posent trois immeubles bâtis chacun sur
Chérioux. Ce dernier, qui accueillait dans les 2 – Résidence pour étudiants, une des équerres en béton et la bande de
Jean-Bernard Bethgnies architecte
années 1930 un orphelinat départemental 3 – Résidence pour jeunes actifs,
terrain en pleine terre de 6,5 m. Des petits
au cœur d’un vaste parc, abrite aujourd’hui Stéphanie Leclair architecte jardins sont aménagés au niveau des parois
le collège et le lycée polyvalent Adolphe vitrées, offrant des vues sur le site de main-
Chérioux, ainsi que deux départements de côté ville, sous la forme de cinq hauts murs de tenance. Ils créent un lien entre les corps de
l’IUT de Créteil-Vitry. Avec la création de béton reliés entre eux par des parois vitrées. bâtiment et une respiration dans l’alignement
l’écocampus, la formation des jeunes et l’ac- Chaque mur se retourne horizontalement, des volumes sur la rue. Pour éviter de faire
tivité économique seront les caractéristiques sur environ 5 m, vers le site de maintenance, trois immeubles identiques, les architectes se
principales du quartier à venir. constituant ainsi une équerre de béton des- répartissent les bâtiments pour développer
Lors de la création du site de maintenance et tinée à porter partiellement une construc- un travail de variations dans un même cadre.
de remisage, la RATP a conservé une réserve tion future. La bande de terrain naturel libre Ils définissent en commun un gabarit urbain
foncière le long de son enceinte nord. Sur devant l’enceinte présente, quant à elle, une et quelques règles de composition. Ainsi, le
500 m de long, cette dernière se présentait, largeur de 6,5 m. C’est donc sur une partie rapport au sol de chaque édifice est traité
sur deux niveaux (rez-de-chaussée, R+1) et
en attique les lignes hautes des édifices res-
pectent le même alignement. À cela s’ajoute
Maître d’ouvrage : RATP Habitat – Maître d’œuvre : Atelier Bethgnies-Leclair, architectes le choix de deux matériaux principaux pour
mandataires ; Agence Fourrier-Tirard, architectes associés – BET TCE : LGX Ingénierie les façades sur l’ensemble de l’opération, afin
– BET acoustique : Lasa – Entreprise générale : Eiffage Construction – Préfabricant : de leur conserver une cohérence et une unité
Eiffage Construction Côte d’Opale – Surface : 8 175 m2 SDP – Coût : 13,8 M€ TTC – Programme : d’ensemble. Il s’agit du béton et de la bri-
réalisation de 262 logements pour étudiants et jeunes actifs ; résidence pour étudiants quette dont la présence sur rue était souhai-
(bâtiment 1) : 98 logements ; résidence pour étudiants (bâtiment 2) : 108 logements : résidence tée par la commune. Stéphanie Leclair prend
pour jeunes actifs (bâtiment 3) : 52 logements. en charge la conception de l’immeuble situé
•••
28 Construction moderne / sept.-OCT. 2019
A

A __
Des panneaux
en béton
matricé
façonnent
le volume sud
de la résidence
pour étudiants
conçue par
Jean-Bernard
Bethgnies.

B __
Vue sur la
façade sud
de la résidence
pour jeunes
actifs
de l’architecte
Stéphanie
Leclair.

Construction moderne / sept.-OCT. 2019 29


Vitry-sur-Seine

Rue des Pépinières Site de maintenance


(côté parc Chérioux) et du remisage du T7
4
Coupe de principe
1 2
1. Façade briquette
••• et béton matricé
le plus à l’est, destiné aux jeunes actifs, tandis 2. Plancher béton
3. Complexe
que Dominique Tirard et Jean-Bernard Beth- 5
de désolidarisation
gnies conçoivent chacun un des deux bâti- 3 de bâtiment par rapport
à l’auvent
ments de logements étudiants. « Cela nous 4. Façade béton
a permis de créer une écriture architectu- préfabriqué et matricé
5. Plots en caoutchouc
rale propre à chaque entité qui présente des
pour joint antivibratile
façades particulières, des variations dans les
rapports entre les pleins et les vides, ainsi que
dans les tonalités claires ou sombres, pour profondeurs, les largeurs, les agencements, Côté sud, le calepinage des panneaux en
moduler les effets de masse et de densité. l’espace habité, la géométrie et le dimension- béton préfabriqué, à la texture bosselée
Dans ce type de programme qui est assez nement des fenêtres… Dans les deux rési- recouverte d’une lasure gris foncé et scari-
répétitif, nous avons également développé dences pour les étudiants, des salles d’études fiée par les ouvertures verticales, rythme la
différentes typologies de logements », pré- sont aménagées à chaque étage. façade. Sur le pignon ouest, l’équerre blanche
cisent les architectes. en béton qui enveloppe l’escalier se cale sur
Partiellement posés la ligne supérieure du bâtiment voisin et fait
Habiter côté soleil ou côté parc sur une équerre en béton ainsi le lien avec lui.
Les parties communes (garage à vélos, salle La structure des bâtiments de type voiles/ Ce deuxième immeuble abritant des loge-
collective, laverie, bureaux de l’organisme planchers est en béton armé coulé en place. ments pour étudiants est conçu par Jean-
gestionnaire, locaux techniques, etc.) sont Une partie de chacun est posée sur l’équerre Bernard Bethgnies. Ses deux façades princi-
répartis au rez-de-chaussée des 3 immeubles. en béton préexistante au moyen de plots en pales se caractérisent par la présence d’une
En relation avec le hall d’entrée de chaque caoutchouc de 9 cm d’épaisseur. L’équerre est grille en béton peinte en blanc. Chaque case
résidence, une circulation verticale d’usage ainsi totalement désolidarisée du reste de la de la grille correspond à un logement. Ici, des
(ascenseur et escalier) dessert aux étages construction, ce qui permet de protéger tota- panneaux en béton matricé, dont la texture
un couloir central qui distribue de part et lement les logements des vibrations liées au recouverte d’une lasure brune dessine le vei-
d’autre les logements. Ceux situés côté rue déplacement des tramways ou à l’activité du nage de planches de bois assemblées, sont
sont orientés au nord et bénéficient d’une site de maintenance et de remisage. Du fait de mis en œuvre pour l’enveloppe de l’édifice.
très belle vue sur le parc Chérioux, tandis que la configuration particulière du terrain, pour bâtir Ils façonnent le volume au sud et, associés
les autres profitent d’un ensoleillement géné- les façades sud, il était impossible d’avoir une au parement en briquette blanche vernissée,
reux et de la lumière du sud. Au premier étage installation de chantier et des échafaudages soulignent la présence de chaque logement
des deux résidences étudiants, on ne trouve donnant sur l’emprise de la RATP. Les architectes sur rue. Le troisième immeuble est signé par
que des studios donnant sur la rue, du fait ont fait le choix de mettre en œuvre des pan- Dominique Tirard. « Nous avons travaillé le
de la présence du mur de l’équerre en béton. neaux en béton préfabriqués. Deux grues ins- bâtiment comme un monolithe », explique
Cette situation se reproduit aux R+1 et R+2, tallées entre les bâtiments, au niveau des futurs l’architecte. « Nous avons mis l’accent sur
dans l’immeuble pour les jeunes actifs. Les jardins, ont permis de porter chaque panneau à les percements et les fenêtres qui sont sou-
studettes pour les étudiants ont toutes une son emplacement définitif, où il est claveté à la lignées par un encadrement métallique sail-
superficie de 18 m2, tandis que pour les jeunes structure. Les immeubles sont isolés par l’inté- lant. Sur rue, le volume habillé de briques
actifs trois surfaces sont proposées : 18 m2, rieur et des rupteurs de ponts thermiques sont brunes est creusé par une série de loggias
22 m2 et 30 m2. « Côté sud, les cellules d’ha- mis en œuvre. Le plancher situé au-dessus de alternées avec les salles communes. En ce qui
bitation sont étroites et profondes, car elles l’équerre est coulé en place. Un isolant ther- concerne la façade sud, pour les panneaux
bénéficient de beaucoup de lumière. Celles mique est placé entre la surface de la dalle et en béton, nous avons retenu une texture peu
donnant sur le parc Chérioux sont plus larges la chape rapportée. L’ensemble du programme marquée recouverte d’une lasure blanche.
et moins profondes car elles ne bénéficient est conforme à la RT 2012 et a obtenu la certi- Cela met en valeur la géométrie des pan-
pas du soleil et ont moins de lumière natu- fication Habitat & [Link] volume neaux et des ouvertures dans la composi-
relle, par contre elles sont travaillées pour de la résidence pour jeunes actifs projetée par tion de cette façade. »
s’ouvrir sur le paysage », commentent Sté- Stéphanie Leclaire est ciselé par le dessin de Dans l’attente du développement urbain
phanie Leclair et Jean-Bernard Bethgnies. lignes et de plans, noir, gris foncé ou blanc, futur, ces trois immeubles composent une
À partir de ce principe, chaque architecte réglés dans une géométrie orthogonale. Le plan amorce de front urbain cohérent, où cha-
conçoit ses logements. Il en résulte pour noir en briquettes de la façade sur rue est ponc- cun joue de sa différence dans une partition
chaque type de cellules des variations sur les tué par les fenêtres verticales. commune. 

30 Construction moderne / sept.-OCT. 2019


C __
La texture
peu marquée
recouverte
d’une lasure
blanche met
C D en valeur la
géométrie des
panneaux et
des ouvertures
dans la
composition de
la façade sud
de la résidence
pour étudiants
dessinée par
Dominique
Tirard.

D __
Sur la rue
de la Pépinière,
les trois
immeubles
composent
une amorce de
E F front urbain.
Au premier
plan à droite,
vue d’une
équerre en
béton sur
laquelle sera
partiellement
construit un
futur bâtiment.

E, F, G __
Chaque
bâtiment
joue de sa
différence dans
une partition
commune.

H __
Vue depuis un
jardin sur le
pignon ouest
de la résidence
pour jeunes
actifs.

G H

Construction moderne / sept.-OCT. 2019 31


guyane

Le nouveau massif
de lancement d’Ariane 6
À Kourou, le chantier géant de Génie Civil du pas de tir du futur lanceur spatial européen touche à sa fin.
Un ouvrage hors norme en béton armé qui doit supporter des sollicitations extrêmes.
Texte : olivier baumann – Reportage photos : Eiffage ; Eiffage/Sentinel ; © CNES/ESA/Sentinel, 2018 et 2019

U
n peu plus de cinquante ans après son de profondeur dans une fosse creusée dans la
premier décollage à Kourou, la fusée roche granitique. Il dispose de deux carneaux :
Ariane va bientôt entamer sa sixième des tunnels inclinés de grandes dimensions Chiffres clés
vie. Courant 2020, la version 6 du lanceur spa- (170 m de long au total pour 20 m de haut Volume béton : 60 000 m3
tial, successeur d’Ariane 5, devrait en effet et 20 m de large) destinés à évacuer les gaz Quantité d’armatures : 7 000 t
prendre son envol depuis le Centre spatial de propulsion brûlants émis par la fusée au
guyanais. Pour l’Agence spatiale européenne moment du décollage. La conception et la pendant deux secondes », décrit Frédéric
(ESA), qui veut se maintenir dans une com- réalisation de ces deux ouvrages, positionnés Cuffel, directeur du projet ECLAIR6.
pétition devenue mondiale avec l’arrivée de symétriquement de part et d’autre du pas de Outre cette onde de chaleur, les voiles des
nouveaux concurrents, l’objectif est de divi- tir, ont été des étapes ardues pour le CNES, carneaux subissent également des sollicita-
ser par deux les coûts de lancement. contractant principal du projet, ainsi que tions dynamiques importantes générées par
pour le groupement d’entreprises ECLAIR6 l’onde acoustique. « Le lanceur au moment
Un écrin géant en béton piloté par Eiffage Génie Civil, en charge de du décollage provoque une surpression
À nouvelle fusée, nouvelle base de lance- la construction de l’ensemble des infrastruc- acoustique qui, bien qu’également atténuée
ment. Baptisé ELA 4 (ensemble de lancement tures d’ELA 4. par le déluge d’eau, se propage dans la struc-
Ariane n° 4), ce complexe géant qui s’étend sur Ces deux organes clés sont en effet soumis à ture et la déforme en provoquant un phé-
une surface de 170 ha, équivalente à celle de des conditions extrêmes. Thermiques d’abord. nomène de battements », précise Frédéric
240 terrains de football, comporte un À la sortie du lanceur, la température atteint Cuffel. Le dimensionnement des voiles a ainsi
ensemble de vingt ouvrages techniques, dont 3 000 °C. Pour ne pas détériorer la structure, dû être réalisé à partir d’un calcul dynamique
le bâtiment d’assemblage du lanceur et un por- un « déluge d’eau » de 800 m3 est libéré en spécifique, validé par deux contre-calculs.
tique mobile de 90 m de haut. Mais le cœur quelques secondes par un château d’eau de Pour ajouter encore aux contraintes, les voiles
battant de la base est le massif de lancement. 90 m de haut construit à proximité, ce qui sont soumis à chaque décollage à l’abrasion
Cet écrin géant semi-enterré en béton armé permet d’abaisser la température rapidement. des gaz d’échappement de la fusée char-
(95 m de long et 60 m de large), sur lequel s’ap- « Au final, le parement de béton n’est en réa- gés en particules d’alumine. Éjectés à 1 000
puie la fusée pour décoller, est posé à 30 m lité soumis “qu’à” une température de 1 000 °C m/s des réacteurs, ils viennent désagréger le
parement. « Sous l’effet de ces projections,
le parement de béton s’érode de 5 mm à
chaque tir », décrit Frédéric Cuffel. Une suré-
Maître d’ouvrage : Agence spatiale européenne (ESA) – Contractant principal : Centre national paisseur sacrificielle de 15 cm de béton légè-
d’études spatiales (CNES) – Entreprises infrastructures : groupement ECLAIR6, piloté par rement armé est ainsi prévue sur les parties
Eiffage Génie Civil (mandataire) et comprenant Eiffage Route, Clemessy (Eiffage Énergie d’ouvrage exposées à ce « sablage » intensif.
Systèmes), SEH Engineering (Eiffage Métal), Eiffage Métal, Axima Belgique (Engie) et Icop – De quoi résister à trente tirs de fusée.
Montant du contrat infrastructures : 200 M€ sur 600 M€. « Au-delà, il faut “recharger” le parement. »
•••
32 Construction moderne / sept.-OCT. 2019
A

A __
L’ensemble
de lancement
s’étend sur
une surface
de 170 ha et
comprend
vingt ouvrages
techniques.

B __
Le massif de
lancement est
le cœur battant
d’ELA 4. C’est
sur cet ouvrage
semi-enterré
en béton armé
que s’appuiera
le lanceur pour
décoller.

Construction moderne / sept.-OCT. 2019 33


guyane

•••
Pour supporter de telles conditions, les car-
neaux disposent d’une résistance à toute
Un béton sous haute agression chimique épreuve : à leur forte épaisseur (jusqu’à 1,20 m)
et thermique ! s’ajoutent une formulation de béton « adap-
Soumis pendant une courte durée à une température de 1 000 °C, sollicités dynami- tée » (voir encadré) et de fortes concentra-
quement, érodés par des particules d’alumine éjectées à haute vitesse par le lanceur tions d’armatures (jusqu’à 400 kg d’acier par m3
et exposés à des eaux très acides (l’eau du déluge est récupérée à pH 1 dans les car- de béton), semblable à ce que l’on rencontre
neaux), les 30 000 m3 (sur 60 000 m3 au total) de béton des carneaux et du massif de dans le domaine du nucléaire. « Les contraintes
lancement doivent résister à des conditions extrêmes. C’est pourquoi les quatre for- dynamiques subies par la structure conjuguées
mulations structurales différentes ont pour base commune une bonne fermeture à la géométrie de cette dernière conduisent à
(faible porosité) et une bonne résistance. Approvisionnés depuis l’usine du cimentier une répartition complexe du ferraillage », pré-
ARGOS de Cayenne, les bétons possèdent une classe de résistance C40/50 et une cise Frédéric Cuffel. « Leur agencement a dû en
classe d’exposition XA3, intégrant un ciment CEM I 42,5 N SR3 PM. Ils contiennent conséquence être modélisé et étudié en 3D. »
des fibres polypropylènes qui, en fondant sous l’effet de la chaleur des tirs, créent un Côté chantier, la construction du massif de
réseau de microcavités dans le matériau, permettant à l’eau de s’évaporer sans y créer lancement, qui a mobilisé jusqu’à 450 col-
de fissuration. Vu les volumes et les cadences importants de production, les bétons laborateurs au pic d’activité (dont 80 enca-
ont été produits directement sur site dans une centrale ad hoc, puis convoyés par des drants), figurait sur le chemin critique du pro-
camions malaxeurs (deux à demeure, et deux en appoint) sur le lieu de coulage avant jet. « Nous disposions de 18 mois pour réaliser
d’être mis en œuvre à la benne ou à la pompe. l’ensemble du Génie Civil », expose Frédéric
Le climat tropical de la Guyane a quant à lui nécessité des précautions particulières, Cuffel. Un délai très serré, comprenant un pha-
non pas tant vis-à-vis de la chaleur que de l’humidité : « Nous veillions à ce que le sage complexe que l’utilisation du BIM, inté-
dosage en eau lors de la fabrication du béton ne soit pas impacté par les très fortes gré très tôt dans l’histoire du projet, a pu per-
intempéries en saison des pluies, et nous couvrions les granulats pour en limiter les mettre de tenir, notamment grâce à l’utilisation
variations d’hygrométrie », précise Frédéric Cuffel. de la « dimension temporelle » (phasage 4D)
dans la maquette numérique (voir encadré).
À l’instar de leur conception, la construction
de chacune des quatre faces des carneaux a
fait appel à des méthodologies spécifiques,
adaptées à leur très forte pente (38 % par rap-
Du BIM de haut niveau port à l’horizontal). Les radiers inclinés ont
Pour ce projet de très grande ampleur, le CNES, contractant principal, a souhaité ainsi été coulés par l’intermédiaire d’un outil
mettre en place une méthodologie de synthèse dans l’espace basée sur le BIM. Dès de coffrage sur mesure. D’une masse totale de
la signature du contrat, en juillet 2016, le groupement d’entreprises ECLAIR6 a pro- 46 t, ce plateau coffrant couvrait une surface de
cédé au développement de l’ensemble des maquettes et sous-maquettes numériques 200 m2. « Chaque radier était bétonné en dix
(80 au total) par ouvrage et métier. « Nous avions mis en place un système de double phases de 7,7 m de longueur », précise Frédéric
plateforme collaborative en utilisant la technologie SVN », précise Frédéric Cuffel. Cuffel. Les voiles ont quant à eux été coulés via
« La première était dédiée aux membres de notre groupement pour la mise au point deux coffrages grimpants d’une masse unitaire
des systèmes et sous-systèmes de notre contrat, la seconde nous reliait au CNES qui, de 25 t, permettant de réaliser des portions
de son côté, pilotait la synthèse avec les maquettes des autres contrats du segment de voile de 5,8 m de hauteur et 12 m de lon-
sol. » Pour permettre ce fonctionnement, une charte et une convention BIM ont été gueur d’une seule traite. Enfin, les dalles supé-
mises en place, le CNES ayant exigé que les seuls formats d’échange autorisés soient rieures des carneaux ont été réalisées grâce à
les RVT (Autodesk Revit) et IFC (format libre). L’hébergement des maquettes et de deux tables coffrantes de 120 t à peau métal-
leur historique a été réalisé sur data center de chaque côté. Les premiers plans d’exé- lique, montées sur une structure tubulaire ripée
cution ont pu être livrés fin 2016, quelques mois après la signature du contrat. La 4D sur rails.
a également été utilisée pour prendre en compte la planification précise du chantier. Après avoir mis à disposition du maître d’ou-
« Grâce à cette démarche BIM, nous avons dû nous poser les bonnes questions très vrage le massif de lancement en 2018, la tota-
en amont, ce qui, vu la complexité du projet, nous a probablement permis d’éviter lité des infrastructures devrait être livrée à l’été
de nombreuses corrections à apporter sur chantier », conclut Frédéric Cuffel. 2019. Le premier tir d’Ariane 6 est quant à lui
À noter que le projet a été finaliste des BIM d’or en 2018. toujours prévu au cours de l’année 2020. 

34 Construction moderne / sept.-OCT. 2019


C

C __
Les deux
carneaux
évacuent
les gaz de
propulsion
émis lors
du décollage.

D __
Le coulage des
quatre faces
des carneaux
a fait appel à
E
des méthodes
de coffrage
spécifiques.

E __
Le béton
des carneaux
est formulé
pour pouvoir
résister à
des conditions
extrêmes.

Maquette BIM
de compilation
Voir la
description
dans l’encadré
D sur le BIM.
© CNES/Eiffage

Construction moderne / sept.-OCT. 2019 35


AGENDA

8e édition Trophée béton écoles inscription


jusqu’au 30 septembre 2019
Concours ouvert à toutes les années d’études !
Trophée béton Écoles est doté de 4 prix :
3 prix pour le Trophée béton PFE : les futurs architectes peuvent
présenter leur projet de fin d’études utilisant le béton de façon du 4 au 8 novembre 2019
judicieuse. Pourront s’y inscrire les étudiants ayant présenté leur Parc des expositions Paris Nord Villepinte
PFE aux sessions de 2018 et 2019, dans toutes les écoles d’architec- Batimat, le salon professionnel de la
ture en France. construction, est le lieu pour découvrir
1 prix spécial Trophée béton Studio : tous les étudiants en archi- les innovations. Décideurs et professionnels
tecture en cours de cursus (licence 1, 2, 3 et master 1) durant l’an- s’y rencontrent pour choisir les solutions
née scolaire 2018-2019 peuvent participer en réinterprétant libre- qui construisent les bâtiments d’aujourd’hui
ment une œuvre emblématique de l’architecture en béton construite dans le monde au et de demain.
xxe ou au xxie siècle. La remise des prix aura lieu le 9 janvier 2020.
Pour cette édition, ByBÉTON propose
Inscription, informations, règlement : [Link] – Retrouvez Trophée béton sur
un cycle de conférences autour des enjeux
de la construction du futur.
Trophée béton pro, remise des prix Retours d’expériences et réponses aux
le 17 octobre 2019 questions environnementales seront
apportés par les acteurs de la chaîne de
Le Trophée béton catégorie professionnels, organisé par les asso-
valeur de la construction béton présents :
ciations Bétocib et Cimbéton, placé sous le patronage du ministère
architectes, ingénieurs, start-up, institu-
de la Culture, est une distinction biennale, qui met en lumière des
tionnels, corps enseignant et entreprises.
réalisations architecturales remarquables en béton, construites en
France lors des cinq dernières années. Retrouvez ByBÉTON sur le hall 6, stand G108
Programme de conférences sur : [Link]
Un jury de personnalités se réunira le 17 octobre 2019 pour ou [Link], personnalisez votre programme.
une sélection incontestable. Les résultats seront valorisés par Demandez votre badge sur : [Link], avec
des parutions dans Le Moniteur distribué lors du Salon des le code invitation BEX27016.

maires, le hors-série annuel de la revue AMC, Construction


Moderne de décembre, une mise en ligne sur la Galerie d’architec-
ture Web Trophée béton, un relais sur tous les réseaux sociaux, un vote du Prix du Public sur
Facebook, une exposition à la Maison de l’architecture en île-de-France.
publication cimbéton

La protection
Les conférences béton des ouvrages de
de la Fondation EFB Génie Civil en béton
La Fondation École française du béton (EFB) s’associe à des experts par peinture
de la construction, comme par exemple des architectes ou des ingé- Malgré ses performances
nieurs, afin de proposer aux étudiants et à leurs enseignants des conférences gratuites, en fran- intrinsèques, le béton
çais, mais aussi en anglais, sur les grands enjeux d’aujourd’hui et de demain dans le monde de demeure sensible aux agents
la construction et du béton. extérieurs. Une protection de sa surface par une
Commandes sur : [Link] ou à conference@[Link] peinture adéquate permet plus particulièrement
Catalogue sur : [Link]
de limiter les principaux risques que sont la carbo-
natation et la pénétration des chlorures, tout en

Construction Moderne : plus apportant l’esthétisme de la couleur. Une maîtrise


du choix du système de peinture et de son appli-
de services sur [Link] cation est requise pour atteindre pleinement ces
La plateforme [Link] met à disposition des lecteurs de objectifs de performance.
Construction Moderne un ensemble de services. Tous les articles de Le Fascicule 65, relatif aux ouvrages de Génie Civil
la revue sont désormais consultables directement sur le site, facilement accessibles grâce au moteur en béton dans les marchés publics, a intégré dans
de recherche, susceptibles d’être partagés et stockés par les internautes. Pour profiter pleinement sa version de 2018 un chapitre dédié à la protection
de ces services ou recevoir Construction Moderne, en version papier ou au format numérique, par peinture des bétons sur la base d’une approche
créez librement votre compte personnel sur [Link]. performantielle. Réf. SB 2019-1

36 Construction moderne / sept.-OCT. 2019


bibliographie

VILLES ET ARCHITECTURES PAUL CHEMETOV, CRÉER, C’EST SE SOUVENIR


EN DÉBAT ÊTRE ARCHITECTE Bernard Paris
Europan Sept conversations « Créer, c’est se souvenir », Bernard Paris a fait
Sous la direction de : Frédéric Lenne sienne cette phrase de Victor Hugo. Il fut en effet
Chris Younès et Alain Maugard Être architecte, c’est avoir le souci de construire et un pionnier de la reconstruction de la ville sur elle-
À l’occasion des trente ans d’Europan, le lecteur de transmettre. Au travers de ces conversations même. Il a œuvré dans sa ville de Vienne à la recon-
est convié, dans cet ouvrage, à un parcours à la fois avec Frédéric Lenne, Paul Chemetov aborde son version de bâtiments anciens, ordinaires ou remar-
rétrospectif et prospectif. Les 14 sessions présen- rapport au temps et à la postérité ; ses engage- quables, au nom de leurs qualités constructives
tées expriment les transformations significatives du ments ; sa vision de l’évolution de la commande et comme mémoire de la ville. Il s’est également
champ architectural élargi aux dimensions urbaines, en architecture ; son intérêt pour la technique, engagé pour la régénération des grands ensembles
territoriales, paysagères et environnementales. Il le détournement et le réemploi des matériaux, et est intervenu en tant qu’urbaniste dans des quar-
s’agit d’expliciter en quoi et comment sont cap- comme des bâtiments. Frédéric Lenne dessine l’iti- tiers d’habitat social comme la Duchère, à Lyon, et
turés les mouvements de fond qui traversent les néraire non seulement professionnel, mais aussi en tant qu’architecte conseil de l’État dans le dépar-
sociétés, faisant d’Europan un laboratoire d’expéri- intellectuel et moral d’un grand architecte, célèbre tement du Nord.
mentations partagées, qui tracent et anticipent les à la fois par sa production féconde et par ses prises Les productions du Effa
métamorphoses des villes européennes. de positions vigoureuses dans le débat public.
Collection Architectures Collection Arléa-Poche
Éditions Parenthèses Éditions Arléa

HOMMAGE

Clothilde Laute Coutenceau


La rédaction de Construction Moderne est attristée par le décès de DOMINIQUE COULON
Clothilde Laute Coutenceau survenu le 9 avril 2019. & ASSOCIÉS
Titulaire d’une maîtrise de lettres modernes et d’un doctorat ès lettres Architecture 1996-2019
de l’université de Paris IV – Sorbonne obtenu avec la mention Très bien, Ce livre résume les principales réalisations de l’ar-
elle a exercé chez Cimbéton les fonctions de secrétaire de rédaction à chitecte Dominique Coulon depuis 1996, date à
partir de 2008 puis, dès 2010, de rédacteur en chef adjoint de la revue laquelle il s’est fait connaître avec le collège Louis
Construction Moderne. Au cours de ces années, elle a apporté toute son expertise, son savoir- Pasteur à Strasbourg, avant de poursuivre avec des
faire et son enthousiasme à la rédaction de la revue. Tous ceux qui l’ont connue gardent d’elle projets régulièrement remarqués et salués par la cri-
le souvenir d’une personne chaleureuse, de conviction, de contact, passionnée par l’écriture, tique française et internationale. Les projets pré-
la littérature et le monde de l’édition. Cimbéton et la rédaction de Construction Moderne sentés dans cette publication révèlent différents
s’associent au souvenir de Clothilde Laute Coutenceau et expriment toute leur sympathie à programmes du domaine public. Des plans et des
ses proches. axonométries donnent les clés de ces bâtiments.
TC Cuadernos n° 140
Maison individuelle à Giens

Photographe : Stéphane Chalmeau


Architecte : Zakarian-Navelet architectes urbanistes
Prix conseillé : 18 euros - ISSN 0010-6852 - Notre engagement environnemental : la revue est imprimée sur du Satimat Green (60 % de fibres recyclées, 40 % de fibres FSC) par l’imprimerie Frazier à Paris, qui est certifiée Imprim’vert, PEFC, FSC, ISO 14001, URGA n° 041.

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