Impact du pétrole sur l'économie US
Impact du pétrole sur l'économie US
À partir de la fin des années 2000, la production de pétrole et de gaz des États-Unis s'est fortement accrue, grâce
au développement de techniques de forage dites non-conventionnelles, comme la combinaison du forage
horizontal et de la fracturation hydraulique.
Il en a découlé une forte amélioration de la balance commerciale énergétique et une réduction de la dépendance
énergétique des États-Unis. La baisse des importations et la hausse des exportations de pétrole permettent aux
États-Unis d'être quasiment à l'équilibre sur leur balance pétrolière et d'occuper une place croissante sur le
marché mondial du pétrole et du gaz.
Une hausse des prix du pétrole a un effet négatif sensible sur l'activité des pays importateurs net de pétrole.
Jusqu'en 2010, l'économie américaine était ainsi pénalisée par les augmentations du prix du baril, qui pesaient
sur le pouvoir d'achat des ménages et renchérissaient les consommations intermédiaires des entreprises.
Depuis 2010, avec la forte augmentation de la
production américaine de pétrole, l'effet des Impact macroéconomique du pétrole sur la croissance américaine
prix du pétrole sur l'activité américaine est 0,8% 50%
Développement de la production
devenu plus ambigu. En particulier, une hausse 0,6%
non-conventionnelle 40%
Dans les années 2000, l'association de différentes Graphique 1 : Décomposition de la production de pétrole brut
aux États-Unis
techniques d'extraction de pétrole « non conventionnel » en millions de barils par jour
12
(cf. encadré 1) s'est développée, en particulier celle du
forage horizontal et de la fracturation hydraulique. La 10
production américaine de pétrole brut a ainsi doublé en
10 ans, passant de 5 millions de barils par jour (Mb/j) en 8
17 Mb/je en 2018, dont plus de la moitié issue de gaz de Source : US Energy Information Administration (EIA).
schiste. En outre les États-Unis ont fortement développé
Dans ce document, les hydrocarbures, extraits directement du sous-sol, désignent : (i) le gaz naturel (méthane) ; (ii) le
pétrole brut ; (iii) les liquides de gaz d'hydrocarbures, ordinairement gazeux mais facilement liquéfiés à des fins de stoc-
kage ou de transport, obtenus lors du traitement du gaz naturel ou du pétrole brut, qui recouvrent l'éthane, le propane et le
butane ; et (iv) les autres hydrocarbures liquides (cf. figure 1). Le pétrole brut permet ensuite d'obtenir différents produits
pétroliers raffinés, comme les carburants (gazole, essence, kérosène…). Le terme générique de produits pétroliers recouvre
les produits pétroliers raffinés ainsi que l'ensemble des hydrocarbures hors gaz naturel.
Figure 1 : Hydrocarbures et produits pétroliers
(1) Une conversion est nécessaire pour comparer les volumes de pétrole et de gaz, ces derniers étant mesurés de manière générale en pieds cube. Pour
rendre les deux matières premières comparables, il est possible de convertir les pieds cubes en « Mb/j équivalent pétrole » en faisant correspondre
l'énergie présente dans un baril de pétrole avec la quantité de pieds cube de gaz nécessaire pour obtenir cette même énergie : 1 million de pieds cube/
j équivaut alors à 5,8 Mb/j équivalent pétrole.
Le secteur des hydrocarbures américains, dont la valeur Les activités de forages pétroliers sont donc très
ajoutée représente 219 Md$ en 2018, soit 1,1 % du PIB en dépendantes du prix du pétrole (cf. graphique 3), en
valeur2, comprend des petits opérateurs indépendants particulier pour les petits producteurs de pétrole non
coexistant avec des grands producteurs traditionnels (les conventionnel. Le nombre d'appareils de forage en
majors), dont les projets sont plus intensifs en capitaux. Le exploitation (rig count) apparait comme l'un des baromètres
seuil de rentabilité (breakeven price) des pétroles de schiste de l'activité pétrolière aux États-Unis. Entre 2014 et 2016, la
américains a beaucoup diminué sous l'effet des évolutions forte baisse des prix a pesé sur l'activité de forage. Cette
technologiques, de plus de 80$ en 2010 à près de 40$ par baisse a contribué aux gains de productivité des entreprises
baril début 20173 (cf. graphique 2), ce qui a fortement du secteur qui sont concentrées sur les puits les plus
soutenu la production non-conventionnelle. Il a toutefois rentables (profitant d'une meilleure connaissance des sous-
stagné en 2018, selon le rapport de l'Agence Internationale sols). En sens inverse, avec la hausse des prix (+29 % de
de l'Énergie (AIE) de 2019. Ce seuil de rentabilité varie selon janvier 2017 à juin 2018), le nombre d'appareils de forage en
les régions aux États-Unis. exploitation est passé de 683 à 1056.
Graphique 2 : Seuil de rentabilité des shales américains Graphique 3 : Indice d'activité de forage conventionnel et non-
conventionnel et prix du pétrole (WTI)
en $ indice base 100 en 2012
140 140
120 120
100 100
80 80
60 60
40 40
(2) La valeur ajoutée du secteur représentait 271 Md$ en 2008, soit 1,8 % du PIB en valeur. Elle a diminué entre 2008 et 2018, malgré le doublement de la
production de pétrole brut aux États-Unis sur cette même période, du fait de la baisse du prix du baril WTI (de 100$ en 2008 à 65$ en 2018).
(3) Hors prix d'acquisition des terrains ou coût de la recherche sismique. Par comparaison, le seuil de rentabilité des nouvelles exploitations
conventionnelles en eau profonde était estimé à 58 $ en moyenne en 2019 par l'institut Rystad, et à 42 $ pour les exploitations terrestres au Moyen-
Orient.
La production de pétrole et de gaz de schiste exige des investissements importants. Toutefois, la situation financière des
entreprises du secteur est fragile. Beaucoup d'entre elles ont profité de l'environnement des taux bas pour emprunter mas-
sivement (surtout auprès de banques), et sont désormais très endettées, sachant que forer un puit coûte entre 6 et 8 M$a.
Avec la chute des prix entre 2014 et 2016, la plupart des acteurs du secteur ont cherché à réduire leur dette en diminuant
leurs dépenses d'investissement et en se tournant vers l'émission d'actions pour financer leurs activitésb.
Les entreprises du secteur tendent à réinvestir les flux de trésorerie (cash-flow) dégagés par la production non-convention-
nelle, mais cela ne couvre pas la totalité de leurs investissements, même avec un prix élevé du baril. Il en résulte un flux de
trésorerie net des investissements (free cash-flow) négatif. De ce fait, les dividendes distribués par les entreprises du
pétrole et gaz non-conventionnels sont faibles, et ne permettent donc pas d'accroître le revenu disponible des ménages
pour l'instant. La situation semble toutefois progressivement s'améliorer avec les gains de productivité, comme en
témoignent plus récemment les flux de trésorerie qui s'équilibrent avec les investissements réalisés.
a. R. S. Kaplan (2018), "A perspective on oil", Document de Travail de la Federal Reserve Bank of Dallas.
b. S. Cornot-Gandolphe (2017), « La revanche des pétroles de schiste », Étude de l'Ifri.
-10
250 80
-20
200 70
-30
150 -40 60
-50
100 50
1990 1993 1996 1999 2002 2005 2008 2011 2014 2017
-60 Intensité énergétique en pétrole par habitant
50 Intensité énergétique en pétrole et gaz par habitant
-70 Intensité énergétique en pétrole par unité de valeur ajoutée
Intensité énergétique en pétrole et gaz par unité de valeur ajoutée
Derniers points : septembre 2019
0
2000 2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018
-80 Source : EIA, BEA ; calculs DG Trésor.
balance commerciale hors pétrole (éch. D) Balance commerciale pétrole (éch. D)
Exports de biens et services en valeur (éch. G) Imports de biens et services en valeur (éch. G) 1.3 Les États-Unis occupent une place croissante
Source : Census ; calculs DG Trésor. sur le marché du pétrole et du gaz
La dépendance énergétique en pétrole des États-Unis, c'est- Les États-Unis représentent environ 13 % de la production
à-dire le ratio des importations nettes de pétrole à la mondiale de pétrole en 2018 (cette dernière s'élevant à
demande nationale de pétrole, s'est donc fortement réduite. 83 Mb/j), contre 7 % en 2008, et font désormais partie des
Elle est passée de 57 % en 2008 à 11 % en 2018. premiers producteurs de pétrole brut. Ils sont également
l'un des premiers producteurs de gaz naturel, pour 21,5 %
(4) Cet embargo avait été mis en place aux États-Unis lors du choc pétrolier de 1973-1975, afin de constituer une réserve stratégique de pétrole.
Toutefois, cette interdiction n'était pas totale et il était possible d'exporter du pétrole brut vers le Canada, et à partir d'Alaska. De plus, le Bureau de
Sécurité industrielle pouvait autoriser certaines exportations de pétrole au cas par cas en octroyant des licences.
(5) Depuis la levée de l'embargo en 2015, les exportations américaines de pétrole brut ont nettement progressé pour atteindre 2 Mb/j en 2018, soit
environ 19 % de la production de pétrole brut domestique. Deux facteurs majeurs peuvent expliquer le développement des exportations de pétrole brut
américaines. D'une part, le développement de la production non-conventionnelle nécessite le développement de nouvelles infrastructures de raffinage
aux États-Unis, car la plupart des raffineries n'étaient pas configurées pour traiter le pétrole brut léger en provenance des sources non-
conventionnelles. D'autre part, la demande étrangère en pétrole léger a fortement augmenté car elle répond plus facilement aux normes plus strictes
limitant la teneur en soufre des carburants de transport.
(6) La pertinence de ce concept est débattue, car beaucoup de facteurs sont à prendre en compte à chaque instant, comme l'offre mondiale et l'existence
de goulots d'étranglement.
(7) Huntington, H. G. (2005) "The economic consequences of higher crude oil prices", Energy Modeling Special Report, 9.
(8) Ibid.
(9) Blanchard O. et J. Gali (2007), "The Macroeconomic Effects of Oil Price Shocks: Why are the 2000s so different from the 1970s?", Document de travail
du NBER N°13368.
(10) En comparaison, sous Mésange une hausse de 10$ réduit de –0,1 pt le PIB en niveau au bout d'un an et –0,24 au bout de deux ans.
(11) Oladosu G., Leiby P. , Bowman D., Uría-martínez R. et M. Johnson (2018), "Impacts of oil price shocks on the United States economy: A meta-analysis
of the oil price elasticity of GDP for net oil-importing economies", Journal of Energy Policy.
(12) R. S. Kaplan (2018), "A Perspective on Oil", Document de Travail de la Federal Reserve Bank of Dallas.
puis 0,2 point la croissance du PIB, après avoir pesé sur 20%
140
l'activité en 2015 et 2016, durant la période de baisse du 15%
5% 100
Graphique 8 : Contributions à la croissance de
0%
l'investissement en structures 80
-5%
Variation de l'investissement en structures en %, contributions en pts de pourcentage
15%
-10% 60
10% -15%
40
-20%
5% 20
-25%
Dernier point : décembre 2018
-30% 0
0% 1992 1994 1996 1998 2000 2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018
Emploi dans le secteur des hydrocarbures Emploi privé total Prix du pétrole (WTI)
-5% Source : BLS.
(14) N. C. Melek (2018), "The Response of U.S. Investment to Oil Price Shocks: Does the Shale Boom Matter?", Document de Travail de la Federal Reserve
Bank of Kansas City.
(15) Selon la Fed de Dallas, plus de 40 000 emplois ont été créés au Texas dans le secteur des hydrocarbures entre décembre 2016 et avril 2018, et 60 000
créés au total aux États-Unis.
Tableau 1 : Décomposition de l'effet des variations du prix du pétrole sur la croissance du PIB
(en pt de % du PIB) 2014 2015 2016 2017 2018
Effet net des variations de prix du pétrole 0,0 % +0,3 % +0,3 % 0,0 % –0,3 %
Note : L'effet net des prix du pétrole sur l'activité américaine découle d'un effet consommation (estimé économétriquement) et d'un effet investissement
(estimé à partir de la compatibilité nationale). Chaque année, les effets quantifiés contiennent également des effets retard dus aux variations passées du
pétrole.
Ministère de l’Économie N° 256 Le rôle des instruments économiques dans la lutte contre la pollution de l’air
et des Finances Aurore Rivas, Benjamin Carantino, Stéphane Crémel, Carole Gostner, Thomas Salez
Direction générale du Trésor N° 255 Productivité et impact environnemental des exploitations agricoles selon leur taille
139, rue de Bercy Xavier Ory
75575 Paris CEDEX 12
Directeur de la Janvier 2020
Publication : N° 254 Améliorer l’estimation du PIB en temps réel grâce aux grands ensembles de données
Maël Blanchet, Mélanie Coueffe
Bertrand Dumont
Rédacteur en chef :
Jean-Luc Schneider https://www.tresor.economie.gouv.fr/Articles/tags/Tresor-Eco
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Maryse Dos Santos
ISSN 1777-8050
eISSN 2417-9620 Ce document a été élaboré sous la responsabilité de la direction générale du Trésor et ne reflète pas nécessairement la
position du ministère de l’Économie et des Finances.