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Impact du pétrole sur l'économie US

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N° 257 Mars 2020

Effet du prix du pétrole sur l'économie


américaine

 À partir de la fin des années 2000, la production de pétrole et de gaz des États-Unis s'est fortement accrue, grâce
au développement de techniques de forage dites non-conventionnelles, comme la combinaison du forage
horizontal et de la fracturation hydraulique.

 Il en a découlé une forte amélioration de la balance commerciale énergétique et une réduction de la dépendance
énergétique des États-Unis. La baisse des importations et la hausse des exportations de pétrole permettent aux
États-Unis d'être quasiment à l'équilibre sur leur balance pétrolière et d'occuper une place croissante sur le
marché mondial du pétrole et du gaz.

 Une hausse des prix du pétrole a un effet négatif sensible sur l'activité des pays importateurs net de pétrole.
Jusqu'en 2010, l'économie américaine était ainsi pénalisée par les augmentations du prix du baril, qui pesaient
sur le pouvoir d'achat des ménages et renchérissaient les consommations intermédiaires des entreprises.
Depuis 2010, avec la forte augmentation de la
production américaine de pétrole, l'effet des Impact macroéconomique du pétrole sur la croissance américaine
prix du pétrole sur l'activité américaine est 0,8% 50%
Développement de la production
devenu plus ambigu. En particulier, une hausse 0,6%
non-conventionnelle 40%

a un impact très positif sur l'investissement du 30%


0,4%
secteur, qui s'oppose à l'effet négatif sur la 20%
0,2%
consommation. 10%
0,0% 0%
 Aujourd'hui l'effet net total d'une hausse des -10%
-0,2%
prix du pétrole sur l'activité américaine resterait -20%
-0,4%
négatif malgré la révolution du schiste. La -30%
baisse de pouvoir d'achat pour les ménages -0,6%
-40%
due à la hausse du prix des carburants ne serait -0,8% -50%
qu'en partie compensé par la forte -1,0% -60%
2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018
augmentation de l'investissement du secteur Effet investissement - forage et puits Effet investissement - matériel d'extraction
pétrolier et gazier (cf. graphique). Effet consommation
Variation du prix du baril de pétrole (Ech. Droite)
Effet net du pétrole

Source : BEA ; calculs DG Trésor.


Note : L'effet net des prix du pétrole sur l'activité américaine découle d'un effet
consommation (estimé économétriquement) et d'un effet investissement (estimé
à partir de la compatibilité nationale).
1. Les États-Unis sont devenus un des premiers producteurs de pétrole avec la
révolution du schiste
1.1 Les hydrocarbures se sont fortement leur production de liquides de gaz d'hydrocarbures, qui
développés depuis les années 2000 atteignait 4,4 Mb/j en 2018.

Dans les années 2000, l'association de différentes Graphique 1 : Décomposition de la production de pétrole brut
aux États-Unis
techniques d'extraction de pétrole « non conventionnel » en millions de barils par jour
12
(cf. encadré 1) s'est développée, en particulier celle du
forage horizontal et de la fracturation hydraulique. La 10
production américaine de pétrole brut a ainsi doublé en
10 ans, passant de 5 millions de barils par jour (Mb/j) en 8

2008 à 11 Mb/j en 2018. La production de pétrole non


conventionnel, relativement marginale jusqu'à la fin des 6

années 2000, a quasiment atteint en 2018 le niveau de la


production conventionnelle, restée relativement stable sur 4

la période (cf. graphique 1) et la production américaine a


2
quasiment doublé en 10 ans.

En parallèle, la production américaine de gaz naturel est 0


2000 2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018
passée de 12 Mb/j équivalent pétrole1 (Mb/je) en 2008 à Pétrole brut : conventionnel Pétrole brut : non conventionnel Pétrole brut

17 Mb/je en 2018, dont plus de la moitié issue de gaz de Source : US Energy Information Administration (EIA).
schiste. En outre les États-Unis ont fortement développé

Encadré 1 : Définitions relatives au secteur des hydrocarbures

Dans ce document, les hydrocarbures, extraits directement du sous-sol, désignent : (i) le gaz naturel (méthane) ; (ii) le
pétrole brut ; (iii) les liquides de gaz d'hydrocarbures, ordinairement gazeux mais facilement liquéfiés à des fins de stoc-
kage ou de transport, obtenus lors du traitement du gaz naturel ou du pétrole brut, qui recouvrent l'éthane, le propane et le
butane ; et (iv) les autres hydrocarbures liquides (cf. figure 1). Le pétrole brut permet ensuite d'obtenir différents produits
pétroliers raffinés, comme les carburants (gazole, essence, kérosène…). Le terme générique de produits pétroliers recouvre
les produits pétroliers raffinés ainsi que l'ensemble des hydrocarbures hors gaz naturel.
Figure 1 : Hydrocarbures et produits pétroliers

Source : US Energy Information Administration (EIA).

(1) Une conversion est nécessaire pour comparer les volumes de pétrole et de gaz, ces derniers étant mesurés de manière générale en pieds cube. Pour
rendre les deux matières premières comparables, il est possible de convertir les pieds cubes en « Mb/j équivalent pétrole » en faisant correspondre
l'énergie présente dans un baril de pétrole avec la quantité de pieds cube de gaz nécessaire pour obtenir cette même énergie : 1 million de pieds cube/
j équivaut alors à 5,8 Mb/j équivalent pétrole.

TRÉSOR-ÉCO  N° 257  Mars 2020  p.2


Le caractère « non-conventionnel » du pétrole et du gaz fait référence à la composition de la roche dans laquelle ils se
trouvent, qui détermine les techniques nécessaires pour leur extraction.
 Les hydrocarbures, pétrole et gaz, conventionnels sont présents dans un « réservoir» constitué de roches poreuses et
perméables, ce qui permet une extraction par forage classique, ou éventuellement pompage, à terre (onshore) ou en mer
(offshore).
 Les hydrocarbures non-conventionnels comprennent le pétrole de schiste (shale oil ou light tight oil) et le gaz de schiste
(shale gas), contenus dans des roches-mères argileuses imperméables, d'où la nécessité de recourir à des techniques
d'extraction complémentaires au forage, comme la fracturation hydraulique. Les sables bitumineux (oil sands ou tar
sands) constituent une autre catégorie d'hydrocarbures non-conventionnels, mais ne sont pas exploités aux États-Unis
(alors qu'ils le sont au Canada, par exemple) et ne sont donc pas discutés ici.
Depuis le premier boom du schiste dans les années 2000, les techniques de forage ont rapidement évolué, et les forages
horizontaux, dont le rendement est bien supérieur à celui des forages verticaux, se sont multipliés. Les forages horizontaux
associés à la fracturation hydraulique ont permis d'accroître la rentabilité économique de l'extraction de gisements non
conventionnels.
Le prix du pétrole pertinent aux États-Unis, et utilisé ici, est celui du prix du West Texas Intermediate (WTI), un pétrole brut
produit au Texas. Le Brent, une combinaison de pétroles provenant de champs de la mer du Nord, est le prix de référence
en Europe. Ces deux indicateurs sont bien entendu très fortement corrélés.

Le secteur des hydrocarbures américains, dont la valeur Les activités de forages pétroliers sont donc très
ajoutée représente 219 Md$ en 2018, soit 1,1 % du PIB en dépendantes du prix du pétrole (cf. graphique 3), en
valeur2, comprend des petits opérateurs indépendants particulier pour les petits producteurs de pétrole non
coexistant avec des grands producteurs traditionnels (les conventionnel. Le nombre d'appareils de forage en
majors), dont les projets sont plus intensifs en capitaux. Le exploitation (rig count) apparait comme l'un des baromètres
seuil de rentabilité (breakeven price) des pétroles de schiste de l'activité pétrolière aux États-Unis. Entre 2014 et 2016, la
américains a beaucoup diminué sous l'effet des évolutions forte baisse des prix a pesé sur l'activité de forage. Cette
technologiques, de plus de 80$ en 2010 à près de 40$ par baisse a contribué aux gains de productivité des entreprises
baril début 20173 (cf. graphique 2), ce qui a fortement du secteur qui sont concentrées sur les puits les plus
soutenu la production non-conventionnelle. Il a toutefois rentables (profitant d'une meilleure connaissance des sous-
stagné en 2018, selon le rapport de l'Agence Internationale sols). En sens inverse, avec la hausse des prix (+29 % de
de l'Énergie (AIE) de 2019. Ce seuil de rentabilité varie selon janvier 2017 à juin 2018), le nombre d'appareils de forage en
les régions aux États-Unis. exploitation est passé de 683 à 1056.

Graphique 2 : Seuil de rentabilité des shales américains Graphique 3 : Indice d'activité de forage conventionnel et non-
conventionnel et prix du pétrole (WTI)
en $ indice base 100 en 2012
140 140

120 120

100 100

80 80

60 60

40 40

Dernier point : juillet 2019 (forages), juillet 2019 (pétrole)


20 20
2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019
Prix du pétrole (éch G) Indice d'activité de forage (éch D)
Source : Rystad energy, IEA.
Source : IEA, Fed.

(2) La valeur ajoutée du secteur représentait 271 Md$ en 2008, soit 1,8 % du PIB en valeur. Elle a diminué entre 2008 et 2018, malgré le doublement de la
production de pétrole brut aux États-Unis sur cette même période, du fait de la baisse du prix du baril WTI (de 100$ en 2008 à 65$ en 2018).
(3) Hors prix d'acquisition des terrains ou coût de la recherche sismique. Par comparaison, le seuil de rentabilité des nouvelles exploitations
conventionnelles en eau profonde était estimé à 58 $ en moyenne en 2019 par l'institut Rystad, et à 42 $ pour les exploitations terrestres au Moyen-
Orient.

TRÉSOR-ÉCO  N° 257  Mars 2020  p.3


Encadré 2 : Le secteur du pétrole et gaz non-conventionnel encore fragile financièrement

La production de pétrole et de gaz de schiste exige des investissements importants. Toutefois, la situation financière des
entreprises du secteur est fragile. Beaucoup d'entre elles ont profité de l'environnement des taux bas pour emprunter mas-
sivement (surtout auprès de banques), et sont désormais très endettées, sachant que forer un puit coûte entre 6 et 8 M$a.
Avec la chute des prix entre 2014 et 2016, la plupart des acteurs du secteur ont cherché à réduire leur dette en diminuant
leurs dépenses d'investissement et en se tournant vers l'émission d'actions pour financer leurs activitésb.
Les entreprises du secteur tendent à réinvestir les flux de trésorerie (cash-flow) dégagés par la production non-convention-
nelle, mais cela ne couvre pas la totalité de leurs investissements, même avec un prix élevé du baril. Il en résulte un flux de
trésorerie net des investissements (free cash-flow) négatif. De ce fait, les dividendes distribués par les entreprises du
pétrole et gaz non-conventionnels sont faibles, et ne permettent donc pas d'accroître le revenu disponible des ménages
pour l'instant. La situation semble toutefois progressivement s'améliorer avec les gains de productivité, comme en
témoignent plus récemment les flux de trésorerie qui s'équilibrent avec les investissements réalisés.
a. R. S. Kaplan (2018), "A perspective on oil", Document de Travail de la Federal Reserve Bank of Dallas.
b. S. Cornot-Gandolphe (2017), « La revanche des pétroles de schiste », Étude de l'Ifri.

1.2 La balance commerciale énergétique Outre la hausse de la production de pétrole, la baisse de


américaine s'est améliorée l'intensité énergétique en pétrole du pays (utilisation de
pétrole par unité de valeur ajoutée), de 40 % en 30 ans, a
Les États-Unis ne sont désormais quasiment plus contribué à cette évolution (cf. graphique 5). En particulier,
importateurs nets de pétrole. Cela résulte de la baisse des l'intensité par habitant s'est fortement réduite entre 2005 et
importations et de la hausse des exportations permise par 2011, grâce à une substitution du pétrole par le gaz, liée au
la fin de l'embargo4 sur les exportations de pétrole brut découplage des prix du pétrole et du gaz, ces derniers ayant
décidée en décembre 2015 par l'administration Obama. La fortement baissé avec la hausse de la production de gaz de
balance commerciale en pétrole était ainsi de –50 Md$ sur schiste.
l'ensemble de l'année 2018, contre –386 Md$ en 2008
(cf. graphique 4). Graphique 5 : Intensité énergétique en pétrole des États-Unis
Base 1990 = 100

Graphique 4 : Balance commerciale totale et hors pétrole 100


des États-Unis
Md$ Md$
90
300 0

-10
250 80

-20

200 70
-30

150 -40 60

-50
100 50
1990 1993 1996 1999 2002 2005 2008 2011 2014 2017
-60 Intensité énergétique en pétrole par habitant
50 Intensité énergétique en pétrole et gaz par habitant
-70 Intensité énergétique en pétrole par unité de valeur ajoutée
Intensité énergétique en pétrole et gaz par unité de valeur ajoutée
Derniers points : septembre 2019
0
2000 2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018
-80 Source : EIA, BEA ; calculs DG Trésor.
balance commerciale hors pétrole (éch. D) Balance commerciale pétrole (éch. D)
Exports de biens et services en valeur (éch. G) Imports de biens et services en valeur (éch. G) 1.3 Les États-Unis occupent une place croissante
Source : Census ; calculs DG Trésor. sur le marché du pétrole et du gaz
La dépendance énergétique en pétrole des États-Unis, c'est- Les États-Unis représentent environ 13 % de la production
à-dire le ratio des importations nettes de pétrole à la mondiale de pétrole en 2018 (cette dernière s'élevant à
demande nationale de pétrole, s'est donc fortement réduite. 83 Mb/j), contre 7 % en 2008, et font désormais partie des
Elle est passée de 57 % en 2008 à 11 % en 2018. premiers producteurs de pétrole brut. Ils sont également
l'un des premiers producteurs de gaz naturel, pour 21,5 %

(4) Cet embargo avait été mis en place aux États-Unis lors du choc pétrolier de 1973-1975, afin de constituer une réserve stratégique de pétrole.
Toutefois, cette interdiction n'était pas totale et il était possible d'exporter du pétrole brut vers le Canada, et à partir d'Alaska. De plus, le Bureau de
Sécurité industrielle pouvait autoriser certaines exportations de pétrole au cas par cas en octroyant des licences.

TRÉSOR-ÉCO  N° 257  Mars 2020  p.4


de la production mondiale en 2015 (cette dernière s'élevant Depuis l'essor des techniques non-conventionnelles,
à 73 Mb/je). En outre, la levée de l'embargo en 2015, l'augmentation de la production américaine et son potentiel
combinée à la révolution du schiste, a permis au pays de de développement pèsent sur les prix du pétrole. Selon
devenir un exportateur de pétrole brut de premier plan5. De certains analystes, les États-Unis seraient devenus un
plus, les États-Unis disposent d'importantes réserves, « swing producer », c'est-à-dire un producteur faisant
considérablement accrues par la révolution du gaz et l'ajustement de court terme entre l'offre et la demande6.
pétrole de schiste.

2. Les effets du prix du pétrole sur l'économie américaine aujourd'hui


2.1 Les répercussions négatives d'une hausse des sont d'ailleurs partagées : les élasticités10 estimées du PIB
prix du pétrole se sont atténuées depuis 2000 américain au prix du pétrole au bout de moins d'un an se
situeraient désormais dans une fourchette comprise entre
Lors des crises pétrolières de 1973 et 1979, la hausse des –0,124 à +0,017 (cf. Oladosu11, 2018) selon la littérature.
prix du pétrole a fortement pesé sur l'activité américaine, Selon la Fed de Dallas12, plus la production de pétrole des
alors importatrice nette de pétrole, via une nette hausse de États-Unis augmente, plus les effets positifs devraient être
l'inflation. Dans la littérature économique, les élasticités importants. En tout cas, un choc pétrolier n'affecterait plus
estimées du PIB américain au prix du pétrole au bout d'un aussi significativement et négativement la croissance
an étaient alors négatives et comprises dans une fourchette américaine que par le passé. En outre, par rapport aux
de –0,29 à –0,07 (Huntington7, 2005). Ainsi, une hausse de autres pays importateurs de pétrole, les États-Unis
10 % du prix du pétrole réduisait alors le PIB américain bénéficient de prix du pétrole libellés en dollar.
d'environ 0,2 % au bout d'un an. D'après Hamilton (1983), la
plupart des récessions aux États-Unis entre 1945 et le début 2.2 Les canaux de transmission des prix du
des années 1980 avaient été précédées d'une forte hausse pétrole à l'économie
des prix du pétrole.
Une hausse du prix du pétrole pèse sur les dépenses des
Plus récemment, ces effets sur la croissance américaine se ménages et l'activité des entreprises en renchérissant les
sont réduits pour plusieurs raisons : un meilleur ancrage produits énergétiques qu'ils consomment à court terme. Il
des anticipations d'inflation lié au renforcement de la s'agit là de l'unique canal observable des prix du pétrole
crédibilité de la politique monétaire, une plus grande vers l'activité pour une économie qui ne produit pas de
flexibilité du marché du travail avec une baisse des rigidités pétrole. Mais dans le cas des États-Unis, une hausse du prix
des salaires réels, et la baisse de l'intensité en pétrole de du pétrole a trois types d'effets positifs qui peuvent le
l'économie américaine (cf. Huntington8, 2005, et Blanchard compenser :
et Gali9, 2008). L'effet d'une hausse des prix pétroliers
(i) une hausse de l'investissement : au sein du secteur
restait toutefois significativement négatifs dans les années
pétrolier et gazier, les décisions d'investissement des
2000.
entreprises sont influencées par l'évolution du prix du
Aujourd'hui, avec la forte augmentation de la production baril, qu'il s'agisse du secteur conventionnel ou non
américaine de pétrole, l'impact des prix du pétrole sur conventionnel – effet « direct » sur le secteur ;
l'activité américaine est plus ambigu. Les études récentes

(5) Depuis la levée de l'embargo en 2015, les exportations américaines de pétrole brut ont nettement progressé pour atteindre 2 Mb/j en 2018, soit
environ 19 % de la production de pétrole brut domestique. Deux facteurs majeurs peuvent expliquer le développement des exportations de pétrole brut
américaines. D'une part, le développement de la production non-conventionnelle nécessite le développement de nouvelles infrastructures de raffinage
aux États-Unis, car la plupart des raffineries n'étaient pas configurées pour traiter le pétrole brut léger en provenance des sources non-
conventionnelles. D'autre part, la demande étrangère en pétrole léger a fortement augmenté car elle répond plus facilement aux normes plus strictes
limitant la teneur en soufre des carburants de transport.
(6) La pertinence de ce concept est débattue, car beaucoup de facteurs sont à prendre en compte à chaque instant, comme l'offre mondiale et l'existence
de goulots d'étranglement.
(7) Huntington, H. G. (2005) "The economic consequences of higher crude oil prices", Energy Modeling Special Report, 9.
(8) Ibid.
(9) Blanchard O. et J. Gali (2007), "The Macroeconomic Effects of Oil Price Shocks: Why are the 2000s so different from the 1970s?", Document de travail
du NBER N°13368.
(10) En comparaison, sous Mésange une hausse de 10$ réduit de –0,1 pt le PIB en niveau au bout d'un an et –0,24 au bout de deux ans.
(11) Oladosu G., Leiby P. , Bowman D., Uría-martínez R. et M. Johnson (2018), "Impacts of oil price shocks on the United States economy: A meta-analysis
of the oil price elasticity of GDP for net oil-importing economies", Journal of Energy Policy.
(12) R. S. Kaplan (2018), "A Perspective on Oil", Document de Travail de la Federal Reserve Bank of Dallas.

TRÉSOR-ÉCO  N° 257  Mars 2020  p.5


(ii) des effets d'entraînement associés : à travers la chaîne –0,9 pt en 2016, et positivement sur la consommation des
de valeur du secteur – effet « indirect » sur les autres ménages, de l'ordre de +0,9 pt chaque année selon ces
secteurs ; estimations. Cet « effet consommation » se serait traduit
comptablement par un supplément d'activité de +0,6 pt de
(iii)des effets positifs sur la consommation des ménages,
PIB en 2015 et en 2016.
provenant des revenus d'activité à travers le revenu des
employés – effet de bouclage « keynésien ». 2.4 Une hausse des prix du pétrole soutient
Une hausse des prix pétroliers a donc des effets contrastés
l'investissement des entreprises
sur les différentes composantes du PIB américain. L'activité dans le secteur des hydrocarbures a des effets
positifs sur l'investissement. Comptablement, les effets de
2.3 La consommation des ménages est pénalisée
l'investissement du secteur des hydrocarbures se
par une hausse des prix du pétrole
retrouvent au sein de deux postes : (i) les investissements
La hausse des prix du pétrole pèse sur la consommation en structures, via la composante « Forage et puits » et
des ménages, toutes choses égales par ailleurs. Leur (ii) les investissements en équipements, via la composante
pouvoir d'achat est rogné par la hausse de leur facture « Matériel d'extraction ». Ces deux types d'investissement
énergétique, de carburants et de fioul essentiellement, qui sont très sensibles aux variations du prix du pétrole
représentait environ 3 % du revenu après impôts des (cf. graphique 7).
ménages américains en 2017.
Graphique 7 : Investissement du secteur pétrolier et gazier,
et prix du pétrole
Une équation d'inflation énergétique et une équation de en dollars
en Md $
consommation permettent de quantifier le rôle du prix du 180 150

pétrole dans l'évolution de l'inflation et in fine sur la 160


125
consommation des ménages, sans prendre en compte les 140

autres effets (positifs) du prix du pétrole sur l'activité, ni les


120 100
effets (négatifs) sur la consommation intermédiaire des
100
entreprises. Une hausse de 10 % du prix du pétrole a, à 75
moyen terme, un effet de –0,3 pt sur la consommation des 80

ménages, ce qui se traduit comptablement par un effet de 60 50

–0,2 pt sur le PIB. Les effets d'une telle hausse cessent de 40


jouer significativement sur la croissance de l'activité au 25
20
bout de 8 trimestres (cf. Graphique 6). Dernier point : prix WTI (T4 2018), investissement (T4 2018)
0 0
2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018
Graphique 6 : Impact sur le niveau de consommation privée Investissement Forage et puits (éch G) Investissement Matériel d'extraction (éch G)
d'un choc de +10 % sur le baril de pétrole Prix du pétrole (éch D)
Source : BEA.

Avec le développement de la production américaine de


pétrole et de gaz, le poids des investissements du secteur
des hydrocarbures (forage et puits, et matériel d'extraction)
dans le PIB a augmenté de 2009 à 2014, passant de 1,0 %
du PIB à 1,3 %. Le développement de la production non-
conventionnelle a par ailleurs renforcé la sensibilité de la
production américaine de pétrole à l'évolution du prix du
baril13. En effet, un puits off-shore classique nécessite en
général plusieurs centaines de millions de dollars
d'investissement, prend plusieurs années à construire et a
une durée de vie de plus de 20 ans. Au contraire, selon la
Fed de Dallas4, le forage horizontal d'un puit non-
Source : Calculs DG Trésor. conventionnel nécessite un investissement compris entre 6
et 8 millions de dollars et ce type de puit s'épuise
En 2015 et 2016, la forte chute du prix du baril de pétrole rapidement, 80 % de la production du puit se faisant en
(respectivement –47 % puis –20 %) aurait joué général sur ses 12 premiers mois d'activité. Ainsi, les
négativement sur l'inflation, de l'ordre de –2,1 pt en 2015 et

(13) R. McCracken (The Agility of Shale Oil Production).

TRÉSOR-ÉCO  N° 257  Mars 2020  p.6


investissements du secteur des hydrocarbures se sont source de créations d'emploi dynamiques. L'emploi du
réduits brutalement en 2016, à 0,5 % du PIB, avec la baisse secteur réagit en effet fortement aux variations de l'activité
des prix du pétrole, avant de se redresser à 0,8 % du PIB en du forage et des prix du pétrole (cf. graphique 9). Il s'est
2018. sensiblement contracté à partir de la fin d'année 2014 dans
le sillage de la baisse du prix du pétrole et il s'est nettement
En volume, l'investissement en forages s'est accru de près
redressé avec la remontée des prix en 201615. Toutefois,
de 29 % en 2018 à la suite de la hausse des prix du pétrole :
l'impact d'une hausse des prix du pétrole sur l'emploi total
cette hausse représente une contribution comptable de
serait modeste.
5,3 points à la croissance de l'investissement en structures
(cf. graphique 8), soit 0,2 point à la croissance du PIB. En Graphique 9 : Variations de l'emploi dans le secteur des
2017 et en 2018, l'investissement total (forage et matériels hydrocarbures et de l'emploi privé total
d'extraction) du secteur a soutenu respectivement de 0,1 25%
en g.a. en $
160

puis 0,2 point la croissance du PIB, après avoir pesé sur 20%
140
l'activité en 2015 et 2016, durant la période de baisse du 15%

prix du baril (de l'ordre de –0,4 pt de PIB chaque année). 10%


120

5% 100
Graphique 8 : Contributions à la croissance de
0%
l'investissement en structures 80
-5%
Variation de l'investissement en structures en %, contributions en pts de pourcentage
15%
-10% 60

10% -15%
40
-20%
5% 20
-25%
Dernier point : décembre 2018
-30% 0
0% 1992 1994 1996 1998 2000 2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018
Emploi dans le secteur des hydrocarbures Emploi privé total Prix du pétrole (WTI)
-5% Source : BLS.

-10% 2.6 L'effet total net d'une hausse des prix du


-15%
pétrole sur l'activité américaine serait moins
négatif depuis la révolution du schiste
-20%
2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018
commercial et santé manufacturier communication forages et puits autres structures
En synthétisant les différents effets de transmission
Source : BEA, Calculs DG Trésor.
identifiés précédemment, on distingue deux effets opposés
sur l'activité, après une hausse du prix du pétrole : i) un
Depuis la révolution du gaz de schiste, les effets « effet consommation » (correspondant à l'impact des
d'entraînement du secteur des hydrocarbures sur les autres évolution du prix du pétrole sur la consommation des
secteurs sont notables, notamment au Texas, qui produit ménages, estimé économétriquement, cf. partie 2.2), qui
près de la moitié du pétrole national, soit 5 Mb/j. Le secteur pèse sur l'activité, et ii) un « effet investissement »
est lié aux autres secteurs de l'économie à travers diverses (correspondant aux variations observées de
chaînes de valeur et son dynamisme se répercute à travers l'investissement du secteur pétrolier et gazier dans la
la demande adressée aux autres secteurs, en particulier via comptabilité nationale, cf. partie 2.3), qui soutient l'activité
les consommations intermédiaires (Melek14, 2018). (cf. graphique page de garde). Ces effets résultent à la fois
des variations en cours et passées du pétrole. D'autres
2.5 Une hausse du prix du pétrole crée des
effets sur l'activité ne sont pas pris en compte ici : ceux
emplois dynamiques dans le secteur des
(négatifs) du renchérissement du coût des consommations
hydrocarbures, mais aurait peu d'effet sur
intermédiaires en produits énergétiques, et les effets
l'emploi total (positifs) d'entraînement du secteur pétrolier et gazier sur
L'activité dans le secteur pétrolier et gazier a des effets les autres secteurs de l'économie. Enfin, l'effet de bouclage
positifs sur l'emploi et donc sur le revenu disponible des keynésien lié à l'ensemble des effets mentionnés est
ménages. Le développement du forage de schiste a été également omis.

(14) N. C. Melek (2018), "The Response of U.S. Investment to Oil Price Shocks: Does the Shale Boom Matter?", Document de Travail de la Federal Reserve
Bank of Kansas City.
(15) Selon la Fed de Dallas, plus de 40 000 emplois ont été créés au Texas dans le secteur des hydrocarbures entre décembre 2016 et avril 2018, et 60 000
créés au total aux États-Unis.

TRÉSOR-ÉCO  N° 257  Mars 2020  p.7


Selon cette approche, la sensibilité de la croissance (cf. tableau 1). Le supplément de pouvoir d'achat pour les
américaine à une hausse des prix du pétrole a diminué ménages (contribution de +0,6 pt de PIB chaque année), lié
depuis 2010 (cf. graphique chapeau). En effet, il apparaît à la baisse du prix des carburants, est compensé pour
que jusqu'à 2010, lors d'une hausse de prix du pétrole, moitié par la forte contraction de l'investissement du
« l'effet consommation » négatif était sensiblement plus secteur pétrolier et gazier ces deux années. Le rebond du
important que « l'effet investissement » positif. Depuis prix du baril en 2017 s'est traduit par une reprise de
2010, avec le fort accroissement de la production non- l'investissement lié à l'exploitation des puits pétroliers qui a
conventionnelle, l'effet investissement du secteur semble à compensé la perte de pouvoir d'achat pour les ménages
présent compenser en partie l'effet consommation. cette année-là (effet neutre sur l'activité au total). En 2018,
la poursuite de la hausse des prix du pétrole aurait toutefois
Selon nos estimations, l'effondrement du prix du baril WTI
pesé au global sur l'activité américaine (effet net de –0,3 pt),
de 47 % en 2015 puis à nouveau de 20 % en 2016, aurait
selon nos estimations.
soutenu la croissance américaine de +0,3 pt chaque année

Tableau 1 : Décomposition de l'effet des variations du prix du pétrole sur la croissance du PIB
(en pt de % du PIB) 2014 2015 2016 2017 2018

Investissement du secteur pétrolier et gazier +0,1 % –0,3 % –0,3 % +0,2 % +0,1 %

Effet direct des variations de prix du pétrole sur la


–0,1 % +0,6 % +0,6 % –0,2 % –0,4 %
consommation des ménages

Effet net des variations de prix du pétrole 0,0 % +0,3 % +0,3 % 0,0 % –0,3 %

Variation de prix du pétrole –4,8 % –47,8 % –11,1 % +17,6 % +27,6 %

Note : L'effet net des prix du pétrole sur l'activité américaine découle d'un effet consommation (estimé économétriquement) et d'un effet investissement
(estimé à partir de la compatibilité nationale). Chaque année, les effets quantifiés contiennent également des effets retard dus aux variations passées du
pétrole.

Emma HOOPER, Corentin PONTON


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ISSN 1777-8050
eISSN 2417-9620 Ce document a été élaboré sous la responsabilité de la direction générale du Trésor et ne reflète pas nécessairement la
position du ministère de l’Économie et des Finances.

TRÉSOR-ÉCO  N° 257  Mars 2020  p.8

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