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Comprendre l'économie de la protection sociale

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Économie de la protection sociale

I. Champs de la protection sociale

Protection sociale différente de la Sécurité sociale

1. Différents régimes d’assurance sociale (obligatoire, imposés et contrôlés par les pouvoirs
publics).

2. Régimes d’intervention des pouvoirs publics

On va retrouver les régimes d’intervention des pouvoirs publics qui vise une solidarité nationale sur
une population ciblée (personnes âgées, personnes handicapées, victimes de la pauvreté ou de
l’exclusion sociale). C’est un financement par l’impôt avec une logique d’assistance ; on aide les
gens qui en ont besoin.
Cette assurance sociale gère les principaux risques (vieillesse, maladie, les AT, la famille et le
chômage)

3. Régimes employeurs

Ce sont des prestations liées au contrat de travail (par des conventions collectives négociées ou des
accords d’entreprises par exemple). Elles sont versées directement par l’employeur. Ex :
compléments d’indemnités journalières, indemnités de licenciement.

Le regroupement de ces 3 premiers types de régime est qualifié d’effort social de la nation

4. Régimes de mutualité, retraite supplémentaire et prévoyance (complètent les régimes


d’Assurance Sociale)

On retrouve la mutuelle (risque santé et vieillesse-survie), l’adhésion est facultative.


Puis les institutions de retraites supplémentaires créées par les entreprises, financées par les
employeurs.
Ainsi que les institutions de prévoyance, avec un but non lucratif à gestion paritaires
(salariés/employeurs).

5. Régimes d’Intervention Sociale des Institutions Sans But Lucratif au service des Ménages

Financés par des subventions, qui couvrent le risque invalidité, pauvreté-exclusion. C’est de
l’assistance sociale : ex Croix-Rouge, Secours Catholique etc.

Ces 5 grands types de régimes constituent alors ce qu’on appelle la protection sociale.

Limites des comparaisons internationales


Statistiques comparatives ne tiennent pas compte de la fiscalité et des « dépenses fiscales »
Par exemple, en France, la politique familiale comprends en plus du risque famille :
- une modulation des barèmes des minima sociaux et des aides au logement en fct de la composition
du foyer
- également des dépenses fiscales : avec le quotient familial, une déduction des frais de garde des
impôts
- la scolarisation des enfants dès 2-3 ans.
On a des dépenses de protection sociale fiscale : la prime pour l’emploi, exonération de l’impôt sur
revenu des prestations familiales et de l’allocation aux adultes handicapés.

Section 1.2 Les risques couverts par la protection sociale


Risque Santé : regroupe les prestations liées à la maladie, l’invalidité et aux AT.
Le + important concerne le remboursement partiel ou intégral des soins de santé des ménages.
La dotation hospitalière est aussi une composante de ces soins en tant que prestation de services
sociaux.
On ajoute également les indemnités journalières, les rentes d’invalidité et d’accidents du travail, les
montants versées au titre de l’AAH Allocation Adultes Handicapés, et les frais d’hébergement des
personnes handicapées.

Vieillesse-Survie : elle regroupe les pensions de droit direct (vieillesse) ou dérivés (survie :
pensions de réversion et assurance veuvage).

Famille : regroupe les dépenses liées à la maternité et à la famille.


Les prestations versées au titre de la maternité : indemnités journalières, L’allocation pour jeune
enfant (APJE) et remboursement des soins de santé.
Pour celles versées au titre de la famille : des prestations familiales au sens strict, des interventions
qui entrent dans le cadre de l’action sociale familiale.

Emploi : ne s’arrête pas à la seule indemnisations du chômage même s’il c’est l’essentiel.
Pour le risque chômage : toutes les prestations versées à des personnes privées d’emploi qui ne
remplissent pas les conditions normales de droit à la retraite et dont la cessation d’activité n’est pas
envisagée comme définitive.
+ les préretraites, + le versement compensant la perte de salaire due à l’absence de travail pour
cause de formation professionnelle.

Logement : Principalement les allocations de logement et des prestations extra-légales des régimes
spéciaux.
3 alloc logement (couverture partielle des frais de logement) :
- ALF Allocation de logement à caractère familiale
- ALS Allocation de logement à caractère social
- APL Aide personnalisée au Logement
Elles sont attribuées sous conditions de ressources des individus et sous condition de salubrité et de
peuplement.

Pauvreté-Exclusion : constitué essentiellement par le RSA revenu de solidarité active. On y inclut


aussi l’action des organismes associatifs du domaine.

Section 1.3 Les prélèvements de la protection sociale


Prélèvements sociaux :

L’importance du prélèvement opéré sur la richesse nationale pour le financement de la Protection


Sociale se mesure avec le taux de pression sociale : c’est la part dans le PIB, de la somme des
cotisations sociales effectives comme imputées, et des impôts et taxes affectés à la protection
sociales.
Donc on va retrouver la somme des cotisations sociales, impôts et taxes affectées sur le PIB.

Financement de la PS :

3 grandes catégories de ressources :

→ Les cotisations sociales : qui constituent près des 2/3 des ressources. Elles portent en partie sur
les employeurs et les employés.
→ Les impôts et taxes affectées : les plus représentatives sont la CSG (attention dualité) ainsi que
les taxes sur les tabacs et alcools.
→ Les contributions publiques : sont constituées des versements de l’État aux divers régimes
prélevés sur le budget général.

On passe à des sources de financement de plus en plus fiscal et moins axé sur les cotisations.

Structures des recettes de la PS :

Tendance de long terme :


→ On constate une augmentation du financement par l’impôt et une diminution de la part des
cotisations.

Pourquoi ?
→ pour distinguer le financement de la solidarité nationale de celui des dispositifs assurantiels
→ pour alléger les charges sur le coût du travail
→ pour asseoir le financement de la PS sur une assiette plus large que les salaires.

Débats sur le financement de la PS :


1. Débat sur la faible progressivité des prélèvements obligatoires

→ Le financement de la protection sociale est dégressif (+ sur les hauts salaires)


On a un mécanisme de plafond de la sécurité sociale (quasiment pas d’augmentation des cotisations
au-delà de 31K de salaire annuel)
Puis on a une déductibilité des cotisations du revenu imposable qui fait qu’à revenu constant,
l’augmentation des cotisations réduit la part du revenu imposable et donc la progressivité globale du
système fiscal.

→ La progressivité se développe (ex avec l’absence de déductibilité d’une partie de la CSG sur le
revenu imposable)

2. Débat sur le partage du financement entre cotisations et impôts :

→ Il y a débat parce qu’il paraît assez logique qu’une prestation complètement déconnectée du
revenu (minimum vieillesse, prestation familiale, RSA) soit financée par l’impôt. C’est un filet de
sécurité donc financée par l’impôt.
→ A contrario une cotisation finance les prestations d’assurance proportionnellement au salaire
(retraite, indemnité de maladie, accident du travail). Si on fait de l’assurance chômage un filet de
sécurité, ça ne s’appelle plus une assurance, et si on donne un montant de « minima sociaux »
comme la vieillesse (600€), qql qui avait un emploi avec une rémunération élevée ça lui fait un
choc.
→ Les réformes des années récentes (CSG, financement du RSA) ont contribué à clarifier ce point
pour préciser pourquoi tel montant est octroyé.
3. Débat sur la maîtrise des dépenses (branches maladie et retraite)

Ce débat est confus, le déficit s’intègre dans le déficit public (il ne doit pas dépasser 3 % du PIB
selon le Pacte de Stabilité et de Croissance)
L’endettement des organismes de sécurité sociale est en principe proscrit donc on a un financement
par l’emprunt de l’État qui va combler les déficits du système de protection sociale.

Nous avons donc dans cette section posé les limites de notre analyse :
→ les risques couverts son délimités
→ les institutions concernées sont précisées
→ les différents types de financement sont connus

Il convient à présent d’examiner :


- Les fondements de la solidarité et les fondements économique de l’intention publique

Section 2 : Les théories justificatives de la PS


Rôle de l’État dans l’économie
On trouve diverses conceptions du rôle de l’État dans l’économie :

→ A l’extrême droit, on trouve une conception minimaliste : les ultra-libéraux (Nozick 1974), mais
l’origine peut se trouver dans le libéralisme français du 19e siècle avec Bastiat, Say.
Ces auteurs vantent les mérites du marché de la concurrence où l’intervention de l’état est
considérée comme une simple institution qui se limite à assurer la protection contre le vol, la fraude,
la force et s’assurer de la réalisation des contrats.
Une fois que les droits de propriété sont reconnus, tout fonctionne. Le marché fournit, à lui seul, les
conditions optimales pour réaliser les opérations d’échanges, de production et de distribution. On a
beaucoup de mal à mettre des droits de propriété sur l’air : il y a bcp de pollution.

→ On retrouve une conception plus large avec Buchanan et Tullock (1962) qui repose sur le
principe de l’unanimité et de l’efficacité parétienne (pareto)
Ici on va plus loin que les libéraux si le gouvernement entreprends des activités qui font consensus
au sein de la population.
Puis, l’État devrait donc se limiter à des politiques efficaces, c’est à dire des politiques qui
augmentent le bien être de certains individus sans diminuer le bien-être d’autres : ça c’est une
politique efficace.

→ Enfin, la conception moderne qui va reposer sur les travaux de Musgrave où cette conception
reconnaît 3 fonctions essentielles pour l’État :
• Une fonction de redistribution (réallouer les ressources plus équitablement entre les
individus)
• Une fonction d’affectation des ressources (corriger les échecs du marché)
• Une fonction de stabilisation macroéconomique (pour limiter les cycles économiques de
crise mais aussi d’expansion)

Échecs de marché qui justifient l’intervention de l’État :

→ Le marché ne peut pas tout produire donc il y a une existence de « biens collectifs purs » :
• Principe de non-rivalité et de non-exclusion dans la consommation (armée, recherche
médicale)
• Un problème du passager clandestin (le free-rider) : personne ne veut payer pour mais tout
le monde veut consommer. C’est pour ça que c’est une défaillance de marché, l’État ne peut
pas garantir une armée à une population, il peut garantir qu’une police, les mercenaires
privées défendent des intérêts privés.
• Un problème de tarification : pouvoirs publics, on ne sait pas combien ça vaut. Vrai aussi
pour la recherche médicale. Difficulté à tarifer la recherche fondamentale.

→ Existence d’externalités :
• Ça représente l’impact de la production ou de la consommation d’un bien sur la situation
d’un individu non-impliqué par l’action, sans compensation. Ex : avec la pollution qui créer
des externalités négatives alors que la vaccination créer des externalités positives.
Pour la pollution, l’intervention de l’État n’est pas systématique, soit on croit au marché
(donc il y a un marché de droit à polluer qui va minimiser le problème), soit on va intervenir
selon le principe du pollueur payeur. On est pas sur une interdiction de la pollution mais sur
une gestion de la pollution.

→ Information imparfaite :
• Le prix ne véhicule pas toute l’information nécessaire à la réalisation d‘actions parfaitement
rationnelles. Ex du tabac : environ 10€ mais pour avoir une information en prenant en
compte les externalités liées au conséquences du tabagismes, ça arriverait à 25€.
• La qualité des produits, voire toxicité n’est pas retranscrite dans le prix.
• Du coup, l’intervention publique se situe ici au niveau des labels, des normes et des taxes
(tabac, alcool…).

→ Incertitude sur le futur :


• Les individus peuvent avoir des caractéristiques nécessitant l’intervention de l’État sur les
marchés :
- Les gens ont souvent un excès de confiance en soi (ex : 90 % des conducteurs se classent
au-dessus de la moyenne des bons conducteurs)
- On a du mal à se projeter : difficulté à prévoir correctement ses préférences futures (par ex
le fait de faire ses courses le ventre vide tend à faire acheter trop de nourriture)
- On a une sous-estimation des capacités d’adaptation (par exemple gagner au loto ou
devenir paraplégique modifie très peu le bien être)
- On a tendance à accorder trop de poids à un petit nombre d’observations frappantes (ex
médiatisation d’un cas d’AVC lié à l’utilisation d’une pilule contraceptive conduit à une
forte baisse des ventes car ça a été médiatisé alors que cette pilule de 3 e génération présentait
les mêmes risques qu’une pilule de 2e génération).
- Les individus peuvent aussi avoir des caractéristiques nécessitant l’intervention de l’État
sur les marchés :
- On a une incohérence temporelle (soit on préfère passer 50 min à faire le ménage tout de
suite (A) ou 60min à le faire demain (B), ou préférer passer 50min à le faire dans 90j (A) et
60min à le faire dans 91jours (B))
Beaucoup vont répondre B, puis A = incohérent, on un pb de procrastination (pb de self
control, de résistance à la tentation)

Redistribution et justice sociale


Justice : réduire les conflits de la société par la réglementation :

→ Justice commutative : rapport entre les individus par l’égalité en droit des personnes.
→ Justice distributive : rapports entre chaque individus et le reste de la société. Elle vise à corriger
les inégalités qui existent entre les individus dans la société.
Nous sommes égaux en droit mais pas égaux économiquement.

Justice sociale : respect d’un principe de répartition des richesses conforme aux valeurs de la société
considérée. Selon Fleurbaey (1996), 3 valeurs fondamentales à la justice sociale :
1. Liberté,
2. Neutralité,
3. Impartialité.

Comment évaluer le bonheur commun ? Comment faire pour le satisfaire au mieux ?


C’est un débat sans fin.

Selon l’économiste et prix Nobel Amartya Sen, tous les protagonistes à ce débat prônent la notion
d’égalité.
Mais la question clé est celle de savoir, égalité de quoi ?
- L’égalité des droits juridiques,
- L’égalité des chances,
- L’égalité des conditions,

Différents courants économiques s’affrontent sur ces notions.

Les libéraux, sur la redistribution parle de perte d’efficacité pour l’égalité des droits juridiques.
L’équité est de facto réalisée car chacun reçoit l’équivalent de sa contribution parce que pour eux
les revenus dépendent de l’effort et du talent de chacun.
L’égalité des chances n’a de ce fait pas lieu d’être et est condamnée car elle est désincitative à
l’effort : ex les parents dont l’effort visent à précisément à augmenter les chances de leurs propres
enfants (accès à de grandes écoles, droits de succession).

Cela rejoint Arthur Laffer qui dit que l’impôt décourage le travail et que l’aide sociale encourage
l’oisiveté. Il conclut qu’au delà d’un certain seuil d’imposition, pour augmenter les recettes fiscales
il faut réduire la pression fiscale, et non pas l’augmenter. Donc si on baisse les prestations, les gens
seront obligés de trouver du travail et cela recréer de l’économie. C’est la fameuse courbe de
Laffer : trop d’impôt tue l’impôt.

Théories de la justice sociale :

A l’opposé, on trouve la vision de Keynes qui est basée sur l’optique de la demande : vers une
égalité des conditions.
Selon lui, la propension moyenne à consommer (C/Y) diminue avec le revenu : plus on est riche
moins la part du revenu consacré à la consommation est importante. Donc les riches consacrent une
part importante du revenu à S (épargne) plutôt qu’à C (consommation.)
Mais, C est la principale composante de la demande adressée aux entreprises.
Donc, dans un circuit keynésien, réduire les inégalités équivaut donc à soutenir l’activité : la
réduction des inégalités procurent à la fois + de justice et + d’efficacité.

La vision de Keynes va donc à l’encontre des libéraux parce que la redistribution procure une
certaine forme d’efficacité économique en plus d’être de justice sociale.

Il existe aussi une position intermédiaire, celle de John Rawls. C’est un économiste du bien-être
qui prône l’égalité des chances.
Rawls prône le fait qu’il faut être en mesure d’établir un contrat social qui donnerait la priorité aux
plus pauvres tout en ne prélevant pas des montants désincitatifs sur les autres. Il faut une priorité
aux plus vulnérables. Cela signifie aussi que ce critère justifie la mise en place d’aide aux plus
nécessiteux mais ne veut pas dire que l’on doit vivre obligatoirement dans une société totalement
égalitaire.
C’est dans ce courant que l’on trouve l’idée d’une protection sociale résiduelle de type « filet de
sécurité »
On peut aborder le voile d’ignorance de John Rawls : ex : on est un extra-terrestre qui débarque sur
la Terre et ne connaît rien à ce qui s’y passe. On doit choisir un degré de solidarité, d’équité et de
protection sociale avant d’arriver sur terre. Donc le choix se situe entre :

société totalement inégalitaire_____________________________société parfaitement égalitaire

On fait comme si, on se voilait nos connaissances par rapport à ce qu’il se passe.
C’est ainsi que le degré de protection sociale se choisit.

Les différentes formes de redistribution

On va distinguer :

→ la redistribution verticale : entre individus appartenant à différentes classes de revenu et en


général des riches vers les pauvres (ex assistance sociale)
→ la redistribution horizontale : on effectue un transfert de ceux qui échappent aux risques sociaux
vers ceux qui les subissent (ex entre malades et bien portant, entre chômeurs et actifs employés)
→ la redistribution intergénérationnelle : avec des transferts qui se font entre des individus
appartenant à différentes générations (ex : les retraites des plus vieux financées par les plus jeunes)

Bien sûr, ces formes de redistribution sont imbriquées dans tout système de protection sociale.
- Ex : le risque chômage constitue avant tout de la redistribution horizontale mais aussi vertical (les
cadres financent les allocations chômage des ouvriers) et intergénérationnelle (les jeunes actifs ont
une probabilité plus forte d’être au chômage que les autres).

Section 3 : Les modèles de l’État Providence


Définition de l’État Providence: Ensemble des dispositifs et institutions qui protègent les citoyens
contre les risques de l’existence et visent à répondre à leurs besoins dans le cadre de mécanismes de
solidarité : législation protectrice des travailleurs, éducation, fiscalité, logement et fourniture de
services sociaux

Section 3.1 : Le modèle assurantiel de ???


Modèle Bismarckien (allemand)
C’est le modèle le plus ancien de protection sociale organisé par l’État, porte le nom du chancelier
Bismarck qui l’a lancé par le biais de 3 lois :
→ loi sur l’assurance (1883)
→ l’assurance accident du travail (1884)
→ l’assurance invalidité-vieillesse (1889)
Cela résulte de stratégies politiques plutôt que de « bienveillance » : Bismarck cherche à adoucir la
classe ouvrière, la détourner d’objectifs revendicatifs et surtout lutter contre la montée du
socialisme (création du SPD en 1875).

Bismarck nous fait la carotte et le bâton dans le même temps qu’il impulse ses lois de protection
sociales : « loi de fer » de 1978 : une répression féroce contre les sociaux-démocrates et les ouvriers
(dissolution des syndicats et du SPD, suppression de la liberté de presse et réunion) avec une vaste
réforme sociale.

3 logiques dans le modèle Bismarckien :

1. Logique assurantielle : c’est un système contributif fondé sur le travail


→ Les prestations accessibles suite à une durée d’activité minimale et une contribution
préalable
→ l’assurance sociale accepte le maintien des inégalités de revenu : par une proportionnalité
par rapport au salaire concernant les cotisations et les prestations. Les personnes exclues du
monde du travail relèvent donc de l’aide sociale.
→ Donc les risques couverts par le système originel étaient des risques professionnels
(chômage, accident du travail et vieillesse)
2. C’est un système obligatoire catégoriel.
→ L’assurance sociale est obligatoire pour certaines catégories de la population (à l’origine
des ouvriers, puis plus généralement des salariés)
→ Mais cette obligation ne concerne pas les travailleurs indépendants, ni les revenus des
salariés situés au dessus d’un certain montant (principe du plafond de cotisation)
3. C’est un système basé sur une gestion professionnelle paritaire.
→ La gestion des aides sociales est décentralisée, paritaire (cogestion par les employeurs et
employés) et organisée sur une base professionnelle.
→ ex : en Allemagne, + de 500 caisses maladies et environ 25 caisses de retraites, chaque
caisse est responsable de son équilibre financier et fixe ses taux de cotisation dans les limites
imposées par la loi.
→ le financement de la protection sociale provient dès lors de cotisations sociales assises sur
les revenus du travail et payées par les salariés et le patronat.

Donc ces 3 logiques montrent donc que le travail est au centre des préoccupations de la protection
sociale assurantielle.
Problème : dans une situation de chômage important, le poids des non-cotisants devient très lourd et
menace l’équilibre financier du système.

A l’inverse, le système britannique répond de son côté à une logique de citoyenneté.

Section 3.2 : le modèle de Protection Sociale basé sur la


solidarité nationale

Le modèle Beveridgien

Il provient en grande partie de la crise des années 30, et du chômage massif. On couple ça aussi à la
seconde guerre mondiale où l’Angleterre se retrouve seule et isolée.
Churchill : nécessité d’assurer à tous de meilleures conditions de travail et de profiter du climat de
grande solidarité nationale pour mettre en place de grandes réformes.
→ il nomme Lord William Beveridge de prendre la tête d’une commission interministérielle pour
mettre un œuvre un système de protection sociale (rapport en 1942)
Il dit « ce que nous faisons pour la guerre, pourquoi ne pas le faire pour le bien-être ? » Beveridge.
Encore une vision politique : fenêtre d’ouverte pdt la guerre, on en profite.

Beveridge propose donc la mise en place d’un droit à la sécurité sociale pour tous qui repose sur les
3 principes majeurs (les 3 U) :

→ L’universalité :
Cela signifie que tout individu a droit à la protection sociale indépendamment, de façon déconnecté,
de sa position sur le marché du travail. Le système est universel, il généralise la couverture sociale à
chaque individu quelque soit son statut socioprofessionnel. C’est basé sur la citoyenneté (il faut une
condition de résidence sur le territoire britannique). Il n’y a pas de distinction entre assurance et
assistance.
Le principe d’universalité signifie également que le système doit être complet en assurant une
protection à l’égard de toute situation défavorable (maladie, handicap, famille)

→ L’uniformité :
Les prestations sont identiques pour tous et indépendantes de la situation professionnelle et des
revenus du bénéficiaire (forfaites par référence à un minimum vital). On a aussi une uniformité pour
les contributions : le financement est assis sur des prélèvements forfaitaires et non proportionnels au
revenu. Tous les citoyens paient la même chose, sauf les plus pauvres. De plus, le financement il est
avant tout fait sur l’impôt plutôt que sur les cotisations sociales.

→ L’unicité :
On a un système unique qui doit gérer l’ensemble du système. Cela implique une unité de la
couverture sociale (≠ des assurances multiples et spécifiques à chaque risque) ainsi qu’une unité du
service public sous l’autorité d’un grand ministère nationale de la Sécurité Sociale.

Assurance : on a cotisé avant pour prévenir un risque alors que l’assistance = on a rien cotisé avant, mais si y’a un
risque on vous assiste.

Section 3.3 Le modèle français ou la combinaison des


deux logiques institutionnelles

Synthèse des modèles Bismarckien et Beveridgien


Le modèle français
La sécurité sociale française (avec l’ordonnance du 4 octobre 1945) combine les 2 logiques :
méthodes bismarckienne (assurances sociales) avec des objectifs beverigdiens (universalité).
Le système est en effet géré par les partenaires sociaux à partir de cotisations sociales MAIS l’État
prends les décisions structurelles et oriente vers la lutte contre la pauvreté.

Ce système se compose donc de 2 couvertures sociales :


→ une couverture du non travail : le travailleur se voit assuré en cas d’incapacité temporaire
(maladie) ou définitive de travail (retraite). On a une logique bismarckienne car le travaille s’ouvre
des droits, ainsi qu’à sa famille, par son travail et ses cotisations.
→ une couverture du non revenu : où cette fois-ci c’est le consommateur qui va s’octroyer un
substitut de revenu s’il est dans l’incapacité de subvenir à ses besoins. Ici, c’est une logique
beveridgienne où l’individu bénéficie de la solidarité nationale indépendamment de sa position sur
le marché du travail et de sa contribution au système.

Le système français a cependant évolué depuis 1945 :

1945 à fin 70 : où on est plutôt dans une domination bismarckienne avec :


→ un système multi-régime,
→ un financement par les cotisations sociales,
→ une proportionnalité des cotisations et prestations avec le revenu,
→ et une gestion par les partenaires sociaux.

Fin 70 : on a des dysfonctionnements qui apparaissent :


→ le chômage qui monte,
→ la mondialisation,
→ et le vieillissement de la population.

⇒ De ce fait, on a un revirement marqué vers des logiques plutôt Beveridgienne et ce à 3 niveaux :

1. Accroissement de l’étatisation de la protection sociale


L’état va de + en + s’impliquer. Depuis 1996, le parlement vote les Lois de Finance de la
Sécurité Sociale :
→ en spécifiant les conditions générales de son équilibre financier
→ en prévoyant par catégorie les recettes des régimes
→ en déterminant par branche les objectifs de dépenses des régimes obligatoires de base
→ en fixant un objectif national d’assurance maladie (ONDAM)
Cette réforme c’est une affirmation juridique du rôle des pouvoirs publics dans la protection
sociale (à l’image de Beveridge) :
→ c’est une intégration plus cohérente de la politique budgétaire et fiscale avec la politique
sociale.
→ c’est aussi une évolution conforme à la logique du Pacte de Stabilité et de Croissance qui
limite globalement les déficits publics.
2. Logiques d’assurance professionnelle et de solidarité citoyenne sont + différenciées
En 1984, on a réformé l’Unédic (Union Nationale Interprofessionnelle pour l’Emploi et
l’Industrie et le Commerce) : le partage entre un régime d’assurance (financé par les cotisations
des employeurs et des employés) et un régime de solidarité (financé par l’impôt)
Ce principe de différenciation => les autres risques sociaux avec une fiscalisation d’une
partie du financement de la Sécurité Sociale au nom de la solidarité nationale
Cette fiscalisation accrue est visible encore + par l’instauration de la CSG en 1991 puis avec
l’augmentation progressive de son taux depuis. (9,2 en 2018 je crois cf bérangère)
3. Le principe bévéridgien de protection minimale pour tous a progressivement été
étendu
Cela fait débat :
→ l’instauration du RMI en 1988 : on va cotiser des jeunes qui ont jamais travaillé de leur
vie ??
→ la couverture maladie universelle (CMU) en 1999 : les étrangers qui ont jamais travaillé
on va les protéger ??
→ L’allocation personnalisée d’autonomie (APA) en 2002
→ Le RSA en 2008 => moins fait débat, au 1 er janvier 2016, RSA+Prime se transforment en
« Prime d’activité ».

Ces prestations rompent avec la logique d’assurance bismarckienne dans laquelle c’est le travail et
l’appartenance professionnelle qui déterminent les droits à la protection.

Section 3.4 Les différents types d’État Providence


On ne rencontre aucun des deux modèles en Europe => la typologie traditionnelle est désuète
aujourd’hui. Gosta Esping-Andersen nous dit ça et évoque les 3 modèles de l’État Providence, par
ces travaux il donne des modèles pour rendre compte des modes de fonctionnement et des
philosophie des états providence.

Pour cela, il utilise 3 indicateurs pour construire les idéaux types de l’Etat-providence :

1. Le degré de démarchandisation :
E-A soutient que la fonction principale des États Providence est de s’extraire plus ou moins
fortement du marché dans des conditions légalement construites tout en bénéficiant de
prestations de remplacement. Cette indice s’établit à partir de 3 indicateurs :
→ le 1er se compose des règles d’éligibilité, de l’importance des droits garantis aux
bénéficiaires et de la durée des droits obtenus.

→ le 2e est lié au montant des revenus de remplacement (arrêt maladie, retraite, chômage).
Encore l’idée de filet de sécurité : allocation handicapé, vieillesse…

→ le 3e fait référence aux conditions nécessaires pour bénéficier d’un revenu de


remplacement (l’âge ? Le fait d’être malade ? D’être marié ? D’avoir eu des enfants ?)

2. Impact de l’État Providence sur la structure de classe :


Les États Providence renforcent-ils les hiérarchies sociales ou produisent-ils une société plus
égalitaire ? C’est ici l’aspect redistributif de la protection sociale dont il est question.

3. Les relations entre l’État, le marché et la famille :


La famille : premier projet de protection sociale universel.
Est-ce le privé ou le public qui fournit services sociaux et prestations ?

En combinant ces indices, E-A aboutit à 3 types d’État Providence (du moins démarchidansant au
plus démarchandisant) :

Le régime libéral :
→ L’objectif est de protéger les citoyens contre la pauvreté en assurant leur besoin fondamentaux
mais c’est le marché qui doit intervenir.
L’État n’intervient qu’en dernier ressort, les prestations sont limitées en valeur et dans le temps. Ce
régime, financé par l’impôt, produit de fortes inégalités.

Le régime conservateur-corporatiste :
→ Il s’agit de maintenir le statut par des prestations tenant compte du revenu à remplacer ;
- appuyé sur le travail salarié
- reposant sur le mécanisme de l’assurance sociale
- financé principalement par des cotisations sociales
=> Ce régime assure de bonnes prestations, mais est conditionné par l’accès à l’emploi.

En cas de chômage de longue durée, les salariés perdent leur droit à la sécurité sociale et basculent
dans les dispositifs de l’aide sociale.

Le régime sociale démocrate :


→ c’est la citoyenneté qui confère les droits universels ici.
→ ça passe par des prestations uniformes financées par l’impôt assurent un très bon niveau de
protection sociale avec de nombreux services sociaux.
=> Ce régime vise une redistribution égalitaire par le biais de prestations uniformes.

Résumé en tableau :

Limites et enrichissements

Il y a pas mal de critiques des courants féministes : intégration de notions sur la division du travail
professionnel et domestique (taux d’activité, réglementation sur le temps de travail, segmentation
des emplois, dispositifs de congés familiaux, accueil de la petite enfance…).

Il y a aussi la création d’un nouveau modèle spécifique aux pays du sud (allocation peu généreuses,
fortes inégalités de revenus, insertions des jeunes, place de la famille, systèmes de santé).

Une hybridation croissante des systèmes.


Chapitre 2 : Fondements microéconomiques de la
protection sociale

Introduction :

La protection sociale est essentiellement le fait de l’intervention publique. Il y a 2 fonctions


principales de la PS :
→ Fonction d’assurance : éliminer les risques d’insuffisance de revenu.
→ Fonction d’épargne : vise à lisser le niveau de consommation sur le cycle de vie.

Tout ceci pourrait être pris en charge par le marché.


Le but de ce chapitre est donc d’essayer de comprendre la nécessité de l’intervention publique du
fait des défaillances des marchés de l’assurance et de l’épargne.

Section 1 : Notion de base sur l’incertitude


Section 1.1 : Incertitude et risque

Définition : L’économiste distingue l’incertitude et le risque.


→ L’incertitude : est un état dans lequel on ne sait pas de quoi l’avenir sera fait. Si différents
scénarios sont envisageables, on ne connaît pas la probabilité de chacun d’eux.
→ Le risque : se caractérise par l’existence d’une loi de probabilité pour les évènements possibles
et la connaissance de cette loi par les agents concernés: c’est le prévisible (10min d’espérance de
survie sur la bande d’arrêt d’urgence)

Dans les faits, la distinction est moins tranchée pour 2 raisons :


On utilise des données statistiques rétrospectives :
→ Pb de la construction de la loi de probabilité : des évènements imprévisibles peuvent rendre
caduques la loi de probabilité.
→ L’incertitude tient de l’ignorance de la part des acteurs de la loi de probabilité : l’individu ne
connaît pas la probabilité qu’il a de contracter telle maladie

=> Ce service rendu par les organismes d’assurance, en tant que producteur de statistique, est de
faire passer du stade de l’incertitude à celui du risque.

Calcul de l’agent rationnel

La plupart des gens ne supportent pas de vivre dans un monde incertain.


→ Ils transforment l’incertitude en risque
→ Et estiment la perte du revenu qui découle du risque (ex des personnes aimant les sensations
fortes)
→ En fonction de ces deux facteurs, on fait un choix concernant les moyens de protection.
Section 1.2 Le désir de protection
Le besoin de protection né d’aspirations personnelles et sociales. Il peut exister une préférence
pour le risque quand il s’agit de petits risques.
Ex avec le joueur de loto :
→ forte probabilité de perdre une petite mise
→ faible probabilité de gagner une grosse somme
→ Même avec une espérance de gain négative: le jeu procure de la satisfaction.

Par contre, les risques ou incertitudes relatifs à des enjeux importants peut conduire à des
inconvénients et ici on parle d’aversion au risque.

Pour déterminer la préférence ou l’aversion : le paradoxe de St. Petersbourg (Bernouilli 1713) =

• On nous donne un billet de loterie avec une chance sur deux de gagner 20 000 ducats (pièces
d’or). L’espérance de gain est donc de 10 000 ducats.
• Ici, on nous propose de racheter notre billet (un gain risqué (1 chance sur 2) ou un gain
certain (par le rachat). 3 cas se présente
→ On accepte à un prix inférieur à 10 000 ducats : averse au risque
→ On accepte de le vendre qu’à un prix supérieur à 10 000 ducats : ici préférence pour le
risque.
→ On accepte de le vendre qu’au prix de 10 000 ducats : on est neutre vis à vis du risque.

Le comportement face au risque et donc le désir de protection varie selon les personnes.
→ La plupart des personnes préféreront ne pas attendre le tirage et vendre le billet par exemple
9000 ducats.

Le désir de protection est aussi social :


→ il dépend des valeurs culturelles: dépend du degré de fatalisme de société
→ il dépend du niveau de développement économique de la société :
• le rapport des dépenses totales d’assurances (privée et sociales) sur le PIB augmente avec le
niveau de vieilles
• assurance = bien de luxe

Section 1.3 : Sous-protection et tutelle de l’État

Deux exemples de sous-protection


→ Sans intervention de l’État => certains individus ne vont pas avoir u, niveau suffisant de
protection. On peut différencier 2 cas :

1. Cas de l’information imparfaite


→ L’agent économique peut méconnaître les probabilités objectives de risques ce qui le conduira à
se sous-protéger par rapport à ces besoins.
Ex avec le chômage, difficile d’anticiper la santé future de son entreprise.
→ Nature même du bien ou du service concerné
Utilité d’un médicament ou d’une visite chez le médecin ?

2. Niveau de protection sous-optimal =>


→ comportement volontaire de myopie économique privilégiant un horizon limité de prévision.
Ex : Un fumeur minore les risques liés au tabac « fumer tue » inscrit sur le paquet.
→ Second cas de myopie : les personnes peu prévoyantes
Dans la préparation de la retraite, l’individu remet à demain l’épargne qu’il devrait constituer

Justification de l’intervention publique


→ Comment lutter contre cette sous-protection préjudiciable ?
La première solution : faire confiance au marché (banques et assurances)
La seconde solution : repose sur l’intervention de l’État que l’on peut justifier à 3 niveaux :

1. L’État estime mieux les risques que les autres agents économiques car il dispose de moyens
supérieurs pour la collecte et l’analyse des données ;
2. L’information que diffuse l’État est plus neutre car il est sans but lucratif et sans crainte de
rentabilité à court terme ;
3. L’État dispose du monopole de la contrainte.
→ Il peut obliger les individus à s’informer (médecine du travail)
→ empêcher l’accès à certains médicaments,
→ obliger les individus à se protéger par de l’épargne ou par l’assurance.

On a ici le premier élément constitutif de la protection sociale.

Section 2 : Protection sociale et épargne


Section 2.1 : Un exemple simple de choix
intertemporels : le modèle de Fisher
Hypothèses du modèle de Fisher

→ Le consommateur est parfaitement informé et non myope (prévoyance)


→ Capable d’estimer ses besoins futurs et d’opérer des transferts (épargner pour sa retraite)
→ En l’absence d’État, il appartient à l’individu de préparer lui-même sa retraite (avant, cela passait
par les enfants.
→ Quel est le choix d’épargne de l’individu ?
On va raisonner sur deux période : une période d’activité et une période retraite.
Ce choix d’épargne doit respecter une Contrainte Budgétaire Intertemporelle (CBI)

Écriture de la CBI

Définition : C’est toutes les combinaisons de consommation que l’individu peut atteindre sur
l’ensemble de sa vie.
→ Si l’individu consomme trop durant sa jeunesse, il devra consommer moins durant sa retraite.
→ plus, l’individu ne peut consommer plus que ce qu’il ne gagne sur l’ensemble de sa vie : il ne
peut pas mourir endetté.
→ L’individu a un salaire en période d’activité et plus aucun revenu en période de retraite.

Analytiquement, on peut écrire cette contrainte de 2 manières différentes :

c = consommation de 1ere période


d = consommation de 2eme période
s = épargne
w = salaire
r = taux d’intérêt

1) Pour chaque période :


On peut écrire pour la période d’activité : w = c + s
et pour la période de retraite d = s (1+r)
Sur l’ensemble de la vie : CBI => c + d/(1+r) = w
La somme des dépenses actualisées de consommation doit être égale à la somme des revenus.

La valeur actualisée concerne la consommation future. Si 1€ actuel vaudra 1+r euros demain, 1 euro
à valoir demain vaut 1/(1+r) euro aujourd’hui. En valeur actuelle, une dépense de d euros demain
vaut d/(1+r) aujourd’hui.

Si l’individu consomme tout en 1ere période :


C = w et d= 0
L’individu en retraite n’aura rien.
Si l’individu consomme tout en 2eme période :
c = 0 et d = w (1+r)

Représentation de la CBI

Rappel : La représentation des préférences chez les économistes


Notion d’indifférence :
Relation entre différents biens, chaque bien procure un degré de satisfaction à celui qui les consomme. Si je réduis ma
consommation d’un bien : la perte peut être compensée par une consommation accrue d’un autre bien : il faut
simplement veiller à l’utilité marginale.
En micro économie, les courbes d’indifférence désignent l’ensemble des combinaisons de biens qui permettent un
même niveau de satisfaction.

Le programme de maximisation de l’individu

Le problème qui se pose à chaque individu est de maximiser son utilité de cycle de vie sous
contrainte de budget :
Maximiser U (c,d) : s.c. c+ d/1+r = w
Cela revient à chercher la combinaison entre consommation présente et future qui lui procure le
maximum de satisfaction.
La variable cruciale et l’optimisation revient à choisir un niveau d’épargne qui maximise la fonction
d’utilité.
L’épargne est donc déterminée de façon endogène comme la différence entre le salaire et la
consommation en première période (s=w-c)
Donc s dépend positivement de w
Mais s dépend positivement ou négativement de r

Retour au modèle de Fisher

Modèle de Fisher et intervention de l’État


Les pouvoirs publics peuvent intervenir de 2 façons sur le choix de l’individu.
→ En augmentant son revenu (politique d’emplois, partage de la valeur ajoutée, imposition d’un
salaire minimum
→ En augmentant le taux d’intérêt (diminution de la masse monétaire…)

Hausse de revenu dans le modèle de Fisher


Ici, l’individu choisit E2 où il consomme quasiment pareil en 1ere et 2eme période.

Synthèse du modèle de Fisher :

L’individu choisit son niveau d’épargne en arbitrant entre c et d.


Une hausse de revenu => marque une augmentation de c et de d
Dans le cas d’une augmentation du taux d’intérêt on va avoir une augmentation d si l’individu est
prévoyant, ou une augmentation de c si l’individu est myope ou a une très forte préférence pour le
présent.

Ces chocs peuvent provenir de l’intervention de l’État (mais aussi du marché ou de forces
exogènes).

Limite du modèle de Fisher :


Peu réaliste : deux périodes !
Il faut un modèle sur le cycle de vie.

Section 2.2 : Le modèle de cycle de vie de Modigliani


→ Planification intertemporelle étendue à toute la durée de la vie de l’agent économique.
→ Les revenus du travail sont instables : on a une courbe en cloche avec l’âge dont le sommet se
situe vers la cinquantaine.
→ Un niveau de consommation stable tout au long de leur vie :
• avec des transferts de ressource sur leur cycle de vie par des opérations d’épargne et
d’emprunt. Ces transferts se traduisent schématiquement par un profil de patrimoine net
(actif -passif) affecté de 2 bosses.

Dans un système sans intervention de l’État, le consommateur durant son cycle de vie passe par 4
phases de gestions optimisées de son patrimoine :

1. L’endettement de 18 à 34 ans : dépenses supérieures aux ressources (études, achat de logement)


Cet endettement sert à financer la formation et se fait par un emprunt bancaire ou auprès des
proches.
Cet endettement sert ensuite à faire face aux dépenses d’installation et culmine au début de la
trentaine avec l’acquisition du logement.
2. Le désendettement entre 35 et 45 ans : à partir de 35 ans commence la phase de remboursement,
notamment concernant les emprunts immobiliers.
3. L’accumulation entre 45 et 59 ans : ce n’est qu’à partir de 45 ans que les ménagent entre dans une
période active d’accumulation de capital. Ils construisent un patrimoine en vue de leur inactivité
future.
4. La désaccumulation après 60 ans : les revenus du travail disparaissent et la personne âgée
couvrent ses besoins en vendant progressivement les divers éléments de son patrimoine.

Les conditions de validité


Ce profil moyen de cycle de vie n’est valable qu’à plusieurs conditions :

→ Le total des revenus actualisés doit obligatoirement être supérieur au total des consommations
actualisées.

→ Il faut que le consommateur puisse toujours épargner ou emprunter au taux d’intérêt du marché.

→ L’individu doit pouvoir prévoir convenablement sur le long terme ses gains, ses dépenses et sa
durée de vie.

Les 2 dernières conditions ne sont pas toujours respectées = on a une remise en cause de ce profil
d’accumulation optimal (imperfections du marché du capital)

3 imperfections du marché du capital :

→ Contrainte de liquidité (ou rationnement du crédit)


Un individu a une contrainte de liquidité quand pour un ensemble de flux de revenus sur le cycle de
vie, il ne peut procéder à la totalité des transferts de richesses désirés.
===> L’échéancier des consommations est alors bouleversé (nos consommations effectives ne
correspondent pas à nos préférences temporelles).
===> Il peut arriver des cas où on sous consomme pendant notre jeunesse et où on surconsomme
plus tard.

Exemple : A qui on prête de l’argent ? On prête aux riches en général, pourquoi pas aux pauvres ?
Ou alors oui, mais à des taux plus élevés quasiment pas abordable pour les plus pauvres car les
mensualités sont trop excessives pour leurs moyens.

Donc les contraintes de liquidité (ou rationnement du crédit) ne sont pas les mêmes pour tous : on
ne prête qu’aux riches.
+ Les banques prêtent plus facilement aux personnes disposant d’un patrimoine important ou de la
caution d’un proche, à celle ayant un CDI, aux élèves des grandes écoles etc.

→ La pluralité des taux d’intérêt


Les clients d’une même banque qui désirent emprunter ne se verront pas proposer le même taux.
Donc, à risque égal, plus le montant de l’emprunt est faible et plus le taux de crédit sera élevé
notamment du fait de l’existence de frais de gestion.
De la même manière, le rendement de l’épargne sera d’autant plus élevé que la somme placée est
importante.

→ L’incertitude sur le long terme


Difficile de prévoir le rendement d’un actif sur plusieurs années du fait des incertitudes sur
l’évolution des marchés financiers et sur l’érosion monétaire.
Il existe en plus des crises financières majeurs : comme crise de 1929, celle des emprunts russes
(Russie qui a lancé des emprunts d’État et qui a jamais remboursé) Plus récemment, la crise de
Lehman Brothers en 2008 (Too Big to Fail).

Conclusion : Si l’on ajoute la myopie des individus, on comprends alors très bien pourquoi il
appartient à l’État d’assurer la protection sociale des individus en particulier en matière de retraite.

Mais pourquoi le marché, au travers des organismes d’assurance, ne pourrait-il pas se substituer à
l’État dans ce rôle ?

Section 3 : Protection sociale et assurance


Section 3.1 : Les grands principes de l’assurance
La protection sociale pourrait s’imaginer pour la plupart des risques (ex : santé) sous forme de
contrats d’assurance classique.
L’assureur : un sinistre est plus risqué qu’un autre lorsque ses conséquences financières sont en
moyenne plus coûteuse.

L’assurance est un jeu à somme positive :


→ L’assureur réalise un profit
→ L’assuré : prise en charge des risques, remboursement en cas de sinistres, réduction de
l’incertitude

Le but de l’assurance :
→ producteur de statistiques : transformation d’une situation d’incertitude en un débours préalable,
fixe et définitif.
→ permet la prévisibilité : principe de mutualisation du risque.

Eléments sur les choix en environnement incertain :

Hypothèses :

• L’incertitude est probabiilisable (vol, accident, maladie)

Le futur peut êttre assimilé à une loterie :


→ Assureurs construisent des probabilités à partir de proportions d’individus et des fréquences
d’évènements observés
→ Assurés utilisent également des probabilités

Exemple d’une assurance automobile

Un individu a :
→ un revenu R
→ une voiture valant 5000 euros
→ 1 chance sur 10 de se la faire voler dans l’année

Sans assurance (son revenu est) : Rs = R-500


Il a une chance sur 10 de perdre 500 €
Adhésion à une assurance automobile :
→ mais il faut le paiement d’une prime d’assurance p euros.
→ l’assurance dit donner un remboursement partiel de la valeur de la voiture en cas de vol (4000€)
soit une franchise de 1000€.

Donc avec assurance (son revenu est) : Ra = R – p – 100

Si l’assuré a de l’aversion pour le risque, il accepte de s’assurer si Ra soit supérieure à Rs


C’est à dire si : R – p – 100 > R-500
Donc p doit être inférieur à 400.

De l’autre côté, l’assureur est neutre vis-à-vis du risque : il accepte d’assurer l’individu si son profit
Pi est positif, et Pi sera positif dès l’instant où il est supérieur à 400.

Il existe alors une prime acceptable pour l’assureur et l’assuré.


A condition que l’assureur ait une aversion au risque plus faible que l’assuré.

Remarque : dans un marché concurrentiel avec libre entrée, on a pi = 0 et p = 400. On dira que
l’assureur fixe une prime actuariellement neutre : chaque assuré paie ce qu’il recevra de
l’assurance en espérance.

Principe de la loi des grands nombres (mutualisation des risques)

Définition : La moyenne des variables aléatoires suivant une même loi de probabilité converge vers
une valeur théorique lorsque l’échantillon devient très grand => transformation de coûts individuels
aléatoire en un coût certain (la moyenne)
→ Cela limite les risques de perte et permet d’avoir des tarifs plus faibles
→ Primes = coût moyen du sinistre (+ frais de gestion et marge)

2 problèmes dans le fonctionnement des marchés de l’assurance :


→ L’antisélection : les assureurs ne vont pas assurer tout le monde
→ L’aléa moral : comme je suis assuré, je vais prendre des risques

Section 3.2 : Le problème de l’anti-sélection

Antisélection et imperfections de marché


Akerlof (1970): « the market of lemons »

Le problème d’antisélection (sélection adverse ou contraire) survient si les niveaux de risques


relèvent d’informations privées.
→ On parlera alors d’asymétrie d’information.
Dans ce cas, seul une partie à l’échange connaît sa véritable classe de risque.

Ex : le vendeur d’une voiture d’occasion connaît mieux les caractéristiques de sa voiture que
l’acheteur éventuel.
Les acheteurs savent que le marché comporte des voitures de mauvaise qualité. Ils cherchent donc à
payer les voitures au prix le plus bas.

Problème : à ce prix, les propriétaires de voitures de qualité refusent de les vendre et se retirent du
marché. Au final, il ne restera sur le marché que les produits de mauvaise qualité (les lemons).
L’asymétrie d’information provoque un problème de sélection adverse et empêche le marché de
fonctionner de façon efficiente.

Exemple des imperfections du marché des mutuelles (Rothschild et Stiglitz 1976)


Hypothèses :

il y a deux types d’assurés potentiels : on va retrouver Nk individus avec la probabilité Pi k de


tomber malade (sachant que k =1 ou 2 et que la probabilité de tomber malade Pi2 est supérieur à
Pi1.

Les assurés connaissent leur état de santé mais pas l’assureur (il connaît juste les effectifs (le
nombre de malade) et leurs probabilité de maladie).

Le montant des restant à charge en cas de maladie est le même pour les deux types d’assurés D et
un individu veut s’assurer si la prime couvre (le prix de la police d’assurance maladie) est égal à la
probabilité d’apparition de la maladie multiplié par le reste à charge (Pik x D)
L’assureur a deux possibilité : soit il tarif collectivement, soit il tarif au risque.

Tarification au risque :

Les assurés qui sont en bonne santé paient : p1 = Pi1 x D


Les assurés en mauvaise santé paient : p2 = Pi2 x D
Donc les personnes les plus malades paient une prime d’assurance plus élevée, c’est contraire aux
principes fondamentaux de la sécurité sociale.

On peut avoir également une mutualisation croisée (contrat unique) :


La prime est définie par :
P = E (Pi)D => Pi1 < E(Pi) < Pi2

Ici, les individus en mauvaise santé veulent toujours s’assurer car leur probabilité d’être malade est
supérieure à la moyenne, par contre, les individus en bonne santé peuvent préférer ne pas prendre de
mutuelle. Et là, c’est de l’antisélection car ne reste sur le marché que des assurés malades ce qui
peut conduire à une faillite : rembourse un prix inférieur à ce que va coûter les dommages car bcp
de malades donc elle ne récupère pas assez d’argent pour rembourser tous les dommages.

En conclusion, un contrat unique peut exclure les bons risques. On a une hausse de la prime pour
ceux en mauvaise santé peut exclure les plus modestes et potentiellement les plus vulnérables. Le
fait que l’assuré ne connaissent pas les bons des mauvais risques est un problème mais surtout que
les bons risques ne peuvent pas annoncer de manière crédible que ce sont des bons risques.

Solution à l’antisélection pour l’assureur

→ Acquérir de l’information sur l’assuré pour proposer une gamme de tarif en fonction de la classe
de risque.
→ Proposer des contrats séparateurs comme révélateur d’information

Limites :
Les bons risques sont pénalisés en ne pouvant pas obtenir de couverture complète,
Le choix d’un contrat peu cher peur simplement découler de l’hétérogénéité des revenus.

Section 3.3 : Le problème de l’aléa moral


Définition de l’aléa moral : c’est la modification du comportement d’un co-contractant contraire
aux intérêts des autres parties au contrat, par rapport à la situation prévalant avant la conclusion du
contrat.

On insère souvent ça dans des relations d’agence : les actions des agents ou le contexte dans lequel
elles opèrent sont inobservables (ex on assure la voiture de qql sans savoir comment il roule) => le
prix de la prestation ne peut être fixé en fonction de l’action accomplie.

L’application à la PS : comportement déviant du fait de la couverture d’un risque poussant


l’individu à modifier son comportement :
Soit en adoptant une attitude moins prudente (aléa moral ex-ante) (i)
Soit élever le montant des indemnisations (aléa moral ex-post) (ii)

L’aléa moral : solutions


Le problème pour l’assureur n’est pas celui de l’aggravation du risque mais la difficulté d’anticiper
et de maîtriser ces changements de comportement :
→ En amont : on a une tarification liée aux caractéristiques observables de l’assuré (antécédents
familiaux, âge, situation familiale…) + contrats séparateurs (méfiance des individus prenant
l’assurance tous risques).
→ En aval : on a un contrôle direct par un expert, des franchises (cf petits sinistres), reste à charge,
le bonus/malus pour inciter à la prudence.

Ce phénomène d’aléa moral explique les difficultés pour les assurances privées de prendre en
charge certains risques sociaux : risque famille, chômage
→ Dans le domaine du risque famille et maternité, la prise en charge est impossible puisqu’il s’agit
d’un risque totalement endogène (vouloir un enfant).
→ Le fait d’être assuré est susceptible d’engendrer un relâchement de l’effort de maintien de
l’emploi ou de prolonger la durée de la période de chômage.

Finalement, seules les assurances sociales sont donc à même de proposer une couverture pour les
risques chômage et famille.
Pour les autres risques, les différentes méthodes utilisées par les assurances privées sont sources
d’inefficacité et d’inéquité :
→ Par le biais par exemple des contrats séparateurs qui pénalisent les agents au comportement
moral : les + prudents qui finalement paient pour les – prudents.
→ Les discriminations ex-ante défavorise certaines personnes pouvant être assimilées à des
personnes immorales.
→ La franchise ne distingue pas entre la personne malchanceuse et celle ayant pris des risques.

Section 3.4 : Socialisation de la prise en charge


La mise en place d’assurances sociales va permettre de résoudre en partie ces problèmes.
=> Cela permet de proposer à toute la population une couverture uniforme en terme de risques
couverts (pas de contrats séparateurs)
=> On a également un financement par des cotisations indépendantes du risque (forfaitaire ou en
fonction du revenu).

Par contre, elle s’inspire de certains outils de régulation de l’assurance privée :


→ pour limiter les effets rétroactifs dommageables
→ Ex : ticket modérateur dans le cadre de l’assurance santé, délai de carence (3 jours) en cas d’arrêt
de travail, indemnité de demi-salaire en cas d’arrêt de travail, dégressivité des allocations
chômages, etc.

Comparaison des méthodes de régulation

Autres limites de la privatisation :

→ Exclusions de certaines personnes du fait de primes trop élevées


→ Existence d’économie d’échelle justifiant de la constitution de monopoles naturels

Explication de la faiblesse des coûts de l’assurance publique :

→ Prise en charge publique des risques sociaux : moins coûteuses qu’un recours au marché des
assurances privées.
→ L’existence d’économies d’échelle, l’assurance sociale constitue un monopole naturel.
Ainsi, en 2005, la protection sociale c’est 21 milliards de frais de fonctionnement (rémunération,
fournitures, matériel informatique…) = un peu moins de 4 % du total de ses dépenses.
→Concernant l’assurance maladie privée, le coût administratif de gestion = entre 15 et 20 %.

La faiblesse des coûts de l’assurance publique et ceux de l’assurance privée peut s’expliquer par 4
raisons principales :

→ Il s’agit tout d’abord d’institutions sans but lucratif qui ne sont pas soumises à la contrainte
de profit. (le taux de rentabilité chez Axa était en 2000 de 12%)
→ L’assurance publique bénéficie d’un chargement de sécurité beaucoup plus faible (<1%) du
fait de leur grand nombre d’adhérents (14 millions de cotisants actifs à l’assurance maladie du
régime général).
→ L’absence de concurrence permet de supprimer tous les frais de prospection commerciale.
→ La gestion est extrêmement simplifiée puisque le calcul de la cotisation est uniforme et que les
prestations proposées sont identiques.

En conclusion, les assurances sociales sont une réponse de la société aux insuffisances et aux
défaillances des assurances privées en matière de protection contre les risques, elles se substituent
au privé dans la couverture des risques touchant à la personne humaine (santé, vieillesse, le
chômage, famille) mais tout en laissant une place à une libre couverture complémentaire pour ceux
qui estiment que la couverture de base n’est pas suffisante.

Par contre, cette assurance sociale exclue de son champ la protection des dommages matériels et la
responsabilité civile.

Les modalités de gestion des assurances sociales sont aussi sociales car elles s’affranchissent de 3
caractéristiques des marchés concurrentiels :
→ Le prix payé est indépendant de la probabilité individuelle de risque,
→ Le producteur est en situation de monopole,
→ La consommation de service est obligatoire.

Les questions à traiter pour l’examen :


L’épargne est-elle une alternative à la protection sociale ? L’assurance est-elle une alternative à la
protection sociale ? En quoi l’intervention de l’État en matière de protection sociale ?

Chapitre 3 : Protection sociale et politique économique


Introduction
La protection sociale échappe en partie à la loi du marché. Elle ne veut pas dire qu’elle soit
indépendante de l’évolution économique. En plus, la protection sociale peut avoir des objectifs
économiques et prétendre au statut de politique économique. Nous verrons que pour Keynes, le
monde économique comporte deux vices majeurs :
→ Pas de plein emploi et → Répartition inéquitable des revenus
On peut instrumentaliser la politique sociale au même titre que la politique budgétaire et monétaire.

Le but du chapitre c’est de comprendre pourquoi la protection sociale peut être appréhendée comme
un outil économique au même titre que les politiques budgétaire et monétaire.

Section 1 : Présentation du modèle keynésien de base


Le modèle de base :
Dans la « théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie » 1936, John Maynard Keynes
définit les conditions d’existence d’une économie de plein emploi. Cet ouvrage est novateur sur 3
principaux aspects :
1→ La position est délibérément macroéconomique : cela signifie que l’unité élémentaire d’analyse
n’est pas l’individu mais l’agrégat, ce raisonnement macroéconomique concilie les dépenses de
protection sociale (qui n’ont pas de sens à l’échelle d’un seul individu), et la notion de politique
économique dont les prestations sociales peuvent être un instrument.
2 → Keynes : le marché ne peut pas assurer spontanément l’équilibre économique. Le marché est
défaillant (chômage durant la crise des années 30) => Besoin d’un autre régulateur, soit l’État.
3 → Keynes met en avant le rôle de la demande. Cette demande provient des entreprises au travers
de leur investissements et elle émane aussi principalement des consommateurs et dépend de leur
revenu. La demande détermine le niveau de production étant donné que les entreprises produisent
en répondant à cette demande.

L’équilibre keynésien dit que le revenu est soit consommé soit épargné. Ce revenu constitue la
demande, à travers la façon dont les gens dépensent leur revenu. Une fois la demande établie, c’est
une contrainte pour les entreprises qui produisent ensuite, ensuite cette production va constituer du
revenu par l’identité comptable (les salaires par exemple).

Les acteurs économiques et les marchés :


On regroupe les agents économiques en 4 catégories :
→ Les entreprises : production des biens et services à but lucratif
→ Les ménages : offrent leur travail et consomment
→ L’État : fourniture de services à but non lucratif + politique économiquement
→ Le reste du monde : avec les importations et les exportations

On a 3 sortes de marchés :
→ Le marché des biens et services, le marché des facteurs, les marchés financier

Keynes nous dit que si la production augmente alors le revenu augmente. Mais si le revenu
augmente alors la demande va encore augmenter.
Cet enchaînement s‘arrête à un moment car :
- à chaque fois que le revenu augmente d’une unité, - la demande finale augmente d’une quantité
inférieure à l’unité.

La demande qui s’adresse aux entreprises c’est donc la dépense des ménages, celle des entreprises
et celle de l’État. Cela détermine une large part du revenu total d’une économie. On notera alors que
dans le modèle keynesien la production est égale à la demande :
Y le revenu, les richesses = C consommation + I investissement + G dépenses publiques + X les
exportations – Z les importations.

On supposera donc que l’État n’intervient pas dans notre économie fictive, qu’il n’y a pas de
système de protection sociale, qu’il n’y a pas de relations avec l’extérieur.

Fonctions de consommation et d’épargne keynésiennes

→ Le principal déterminant de la demande agrégée est la consommation des ménages.


Celle-ci est la partie du revenu disponible que les ménages affectent à l’achat des divers biens et
services à l’exception de l’investissement résidentiel
→ En France, ce poste représente près de 50 à 60 % du PNB
→ Dans la théorie néoclassique, la consommation dépend des revenus perçus par un agent pendant
toute sa vie.
L’agent choisit de consommer plus à un moment ou un autre en fonction du taux d’intérêt. Les
choix de consommation dépendent du taux d’intérêt.
Un taux d’intérêt élevé incite en effet à épargner et à reporter à plus la consommation.

A l’inverse, la théorie keynésienne insiste sur l’importance du revenu courant :


→ La consommation pour une période t dépend essentiellement du revenu perçu à la période t.
→ Les données sur la consommation montrent ainsi que celle-ci évolue principalement avec le
revenu disponible des ménages.
La fonction de consommation keynésienne repose sur trois postulats :
→ Le taux d’intérêt n’a pas d’influence sur la consommation, seul le revenu disponible conditionne
la consommation.
→ Lorsque le revenu augmente, la consommation augmente mais pas dans les mêmes proportion
que le revenu
→ Lorsque le revenu augmente, la part des dépenses de consommation dans le revenu tend à
diminuer
Ce postulat part du principe qu’il existe un minimum de subsistance à assurer quel que soit le
revenu.
Quand le revenu est faible, il faut consommer une partie importante de son revenu pour assurer ce
minimum.
Et à mesure que le revenu s’élève, ce minimum représente une part de plus en plus faible du revenu.

Une fonction simple qui satisfait ces trois postulats est la fonction de consommation linéaire
suivante :
→ C = C0 + Cyd
C0 : le minimum vitale, la consommation incompressible
Yd : le revenu disponible
C : propension à consommer (la part de consommation dans le revenu)

Celle-ci semble reproduire convenablement l’évolution de la consommation en France depuis la fin


des années 70.

L’investissement
→ L’investissement des entreprises : l’autre composante du modèle keynésien de base
Cette investissement représente toutes les composantes destinées à maintenir et accroître le stock de
capital de la Nation.
Il se décompose en 3 parties :
1- L’investissement des entreprises qui augmentent leur stock de capital,
2- l’investissement résidentiel qui inclut l’achat des nouveaux immeubles par les ménages,
3- les variations de stock dans les entreprises.

→ Dans la plupart des pays industrialisés :


Les investissement d’entreprises : c’est plus des 2/3 de l’investissement total
L’investissement résidentiel : presque 1/3
Quant aux variations de stocks, elles sont relativement faibles voire négatives.

Nous allons supposer, pour simplifier, que l’investissement est exogène et ne dépend ni du revenu ni
du taux d’intérêt : I = I0

Fonction de demande

A l’équilibre du marché des biens et services, on a :


Y = DA
Où DA = demande agrégée
Si on exclut les dépenses publiques (G) et le solde commercial (Z-X), on a :
Y=C+I

Comme C = C0+cY et I = I0
On obtient, la DA = C0+cY + I0

Équilibre keynésien
On peut représenter l’équilibre graphiquement.
→ La production peut se représenter par une droit à 45 degrés en fonction de Y.
→ L’équilibre est le point où la fonction de demande agrégée croise la droite à 45 degrés.

Deuxième situation :

Analytiquement,

Y = DA
sauf que DA = C0 + Cy + I0
Y – cY = C0 + I0
(1-c)Y = C0 + I0
A l’équilibre (le point E) : Y = (C0 + I0) / (1-c)

Le revenu d’équilibre est d’autant plus important que la consommation et l’investissement sont
importants.

Exemple numérique :
Supposons que C0 = 50, I0 = 50 et c+ 0,8
YE = (50+50)/(1-0,8) = 500

La consommation nationale représente :


C/Y = (50+0,8 *500)/500 = 450/500 = 90 %

Effet d’une variation de l’investissement


Étude de la variation du revenu résultant des variations de l’investissement des entreprises. Que se
passe-t-il si I0 augmente ?

Le multiplicateur : en réalité le rapport de la variation du PNB et la variation exogène de la dépense


est appelé multiplicateur keynésien de l’investissement : m i = deltaY/ deltaI
Il est une fonction croissante de la propension marginale à consommer : m i = 1/ (1-c)

Dans notre exemple numérique : m i = 5


Une hausse de I = une augmentation 5 fois supérieure du revenu d’équilibre
Circuit : augmentation de I => aug. DA => aug. Y => aug. Yd => aug. C => aug. DA

Section 2 : Introduction de la protection sociale dans le


modèle keynésien
La protection sociale peut être vue comme un instrument de politique économique orienté vers la
relance de l’emploi et de la consommation des ménages.
Recevoir des pensions de retraite, des allocations de chômage ou des indemnités maladie : recevoir
un revenu.
→ Ces revenus = pouvoir d’achat qui conduit à un soutien à la consommation.

Du point de vue de la comptabilité macroéconomique (nationale), le budget du Pouvoir Central doit


être distingué de celui de la sécurité sociale.
→ La sécurité sociale organise des transferts entre agents économiques : l’argent prélevé est
directement redistribué sous forme d’allocations
→ Il n’y a pas, à ce stade, de véritable création de richesses

Par souci de simplification, nous supposons que l’intervention publique se limite à la seule sécurité
sociale.
Côté recettes :
→ Les prélèvements sociaux sont proportionnels au revenu : T = tY
Le taux t permet de connaître de combien augmentent les recettes de la protection sociale lorsque le
revenu national augmente de 1€. Supposons que ce taux soit égal à 30 %.

Côté dépenses :
→ La distribution de biens, de services et de revenus qu’implique la protection sociale : R = R0 –
rY
R0 étant l’ensemble des prestations indépendantes du revenu (dépenses de soins, allocation
familiales, retraites)
r étant le taux marginal de redistribution sociale
→ ce taux permet de mesurer de combien diminuent les dépenses de protection sociale lorsque le
revenu national progresse de 1€.
→ En effet, lorsque Y augmente, le nombre de bénéficiaires sous condition de ressource ou
compensant l’absence d’emploi (chômage) va baisser => économie pour la protection sociale.

Remarques sur les hypothèses effectuées :


3 remarques sur cette modélisation simplifiée de la protection sociale,

1- Le raisonnement est ceteris paribus (toute chose égale par ailleurs), dans la réalité les dépenses
effectives R de protection sociale dépendent de l’évolution de variables démographiques (nombre
total d’habitants, l’état de santé de la population, structure par âge de la population).
De plus, R0 et r évoluent en fonction des décisions publiques portant sur les conditions d’attribution
des prestations (plafond), sur les taux de remboursement (santé) et sur les revalorisations des
prestations (retraites).
2- Les valeurs t et r dépendent du sens de l’évolution des revenus (existence de plafond sur
certaines cotisations) et de la répartition de l’augmentation des revenus (bas/haut salaire, revenu du
travail/capital)
3- L’équation de dépenses sociales est ici présentée sans son impact conjoncturel. On sait que sur le
long terme les prestations sociales augmentent plus que proportionnellement avec le niveau de
développement (prestation sur PIB = 12 % en 1949 et 30 % en 2003).

Équilibre keynésien et protection sociale :

Partons d’une situation d’équilibre de la sécurité sociale : T = R


tY = R0 – rY
On introduit la Protection Sociale à partir du revenu disponible des ménages :
Yd = Y – T + R
Yd = Y – tY + R0 – rY

Donc, la dépense qui s’adresse aux entreprises est : Y = C + I


Y = C0 + cYd + I0
Y = C0 + c(Y-tY+R0 -rY) + I0
On obtient donc : Y – cY + ctY + crY = C0 + cR0 + I0
YE = (C0 + cR0 + I0) / (1 – c + ct + cr)

Avec notre exemple numérique :


la redistribution incompressible (R0) = 200 ; le taux de redistribution (r) = 10 % et que le taux de
cotisation de prélèvement (t) = 30 %

YE = (50 +0,8*200+50) / (1-0,8+0,8*0,3+0,8*0,1)


YE = 260 / 0,52 = 500

Soit, le même revenu d’équilibre que précédemment.


L’introduction de la sécurité sociale ne modifie en effet pas la consommation des ménages car tout
ce qui est prélevé est reversé C = 450, l’équilibre du budget de la sécurité sociale est bien assuré.
R = 150 (30 % du PIB) et T = 150

Impact de l’introduction de la protection sociale :


Pour autant, l’introduction de la sécurité sociale n’est pas totalement neutre sur notre économie
fictive. Le multiplicateur de l’investissement prend à présent des valeurs plus faibles par rapport au
cas sans protection sociale du fait de l’apparition de 2 fuites supplémentaires du circuit économique
en plus de l’épargne :
→ 1ère fuite : Les prélèvements sociaux qui diminuent d’autant les ondes successives de dépenses
→ 2ème fuite : La diminution des prestations distribuées du fait de l’élévation du revenu national brut

Analytiquement, le multiplicateur de l’investissement devient :


m i = (1/(1-c+ct+cr)) < (1/(1-c))
Ex num : (1,92 < 5)

Par ailleurs, il apparaît un nouveau multiplicateur de dépenses sociales. En effet, comme dans le cas
de l’investissement, une augmentation des dépenses de protection sociale (R0) va augmenter le
revenu d’équilibre de manière plus que proportionnel.

Plus faible car : une partie des prestations sociales supplémentaires distribuées (20 %) est
immédiatement épargnée ce qui n’arrive pas dans le cas d’une augmentation du même montant de
l’investissement.

Synthèse :
→ Le revenu d’équilibre n’est pas modifié après introduction de la PS (si T = R)
→ Le multiplicateur de l’investissement est réduit
→ Création d’un multiplicateur des dépenses sociales

Ces deux résultats vont permettre d’expliquer les deux impacts macroéconomiques des systèmes de
protection sociale. Ils vont permettre :
Sur le court terme : via les déficits sociaux de régulariser la croissance
Sur le long terme : via la redistribution verticale d’élever la tendance de croissance

Section 3 : Les effets contra-cyclique de la protection


sociale
Section 3.1 : Protection sociale et stabilisateurs
automatiques
La croissance de long terme : autour d’une tendance générale de croissance sur le long terme, la
croissance ne s’effectue pas de façon constante. Mais l’activité économique connaît d’importantes
fluctuations :
→ avec des périodes d’essor (où la croissance est forte)
→ avec des périodes de crise (où la croissance est faible mais rarement négative)

La durée qui sépare deux pics ou deux creux est appelée un cycle économique. Les causes du
cycle économique sont très variées : guerres, chocs pétroliers, bulles spéculatives, nouvelles
inventions…

Les cycles économiques :

Les économistes les identifient,


→ Cycles Kitchin (3 à 4 ans)
→ Cycles Juglar (8 à 10 ans)
→ Cycles Kuznets (15 à 25 ans)
→ Cycles Kondratieff (40 à 60 ans)

Causes et explications multiples et variées mais 1 volonté de les prévenir ou de les amenuiser.

Effets contracycliques automatiques :

Face à ces cycles de l’activité économique, la protection sociale a un effet contracyclique


automatique sur l’activité et également sur l’emploi :
→ en période de récession, elle atténue la violence de la crise
→ en expansion, elle va modérer le taux de croissance et atténuer les pressions inflationnistes.

Un nombre certain de prestations sociales sont relativement neutres vis à vis de la situation
économique conjoncturelle.

Par exemple, une récession n’a pas d’effet :


• sur les dépenses de maladie : épidémie de grippe indépendante de la conjoncture
économique.
• ni sur les indemnité de retraite ou encore les indemnités d’accidents du travail et allocations
familiales

Les dépenses au titre de l’assurance chômage (aide sociale aussi) jouent quant à elle un rôle
particulièrement positif (plus élevées en période de crise économique).
Au total, en période de récession, la protection sociale atténue les effets néfastes de la crise car,
même si tous les secteurs de l’économie sont déprimés, la protection sociale soutient
automatiquement la consommation.

Section 3.2 : Protection sociale et relance économique


L’État peut également se servir de la protection sociale pour effectuer une relance keynésienne :
Il peut agir :
→ en augmentant les prestations sociales indépendantes du revenu (R0),
→ en diminuant le taux de redistribution sociale r (hausse des prestations pour un même revenu),
→ en diminuant le taux de pression sociale t.

⇒ Cela vient en concurrence entre une relance fiscale (baisse des taux d’imposition) ou budgétaire
(hausse de l’investissement public, du nombre et du traitement des fonctionnaires) et une relance
sociale.

L’efficacité respective de ces diverses politiques dépend très fortement du budget public et de la
protection sociale.

La relance sociale s’avère cependant préférable pour deux raisons :


1) → le système de protection permet de toucher une population plus vaste car les dépenses sociales
sont en volume plus importantes que les dépenses du budget général de l’État
En 2005, respectivement 506 milliards de trasnerts versé contre 288 milliards d’euros pour le
budget de l’État.

→ De plus, les prélèvements se font sur une assiette plus large car les cotisations sociales
concernent toute la population active alors que seul un foyer sur 2 paie l’impôt sur le revenu.
2) → La facilité de mise en œuvre et la relative rapidité des effets de la protection sociale
permettent de réduire le temps s’écoulant entre la décision et ses effets sur l’économie.
En effet, le budget public est une machine lourde dont tout changement de cap nécessite
l’approbation du parlement.
En outre, la mise en application des mesures choisies (recrutement, appel d’offre) engendre des
délais assez longs.
A l’inverse, les prestations sociales (ou les allégements de charges) ont l’avantage d’une certaine
souplesse (ex : triplement de l’allocation de rentrée scolaire en 1993)

Par contre, la relance sociale bute sur 2 obstacles importants.


1) → on a toujours considéré en France comme anormal, le déficit (le trou) de la sécu et comme
normales les impasses budgétaires.
Le budget public est considéré comme un instrument naturel de la politique économique et son
déficit comme une simple anticipation sur les recettes futures qui naîtront de la croissance
retrouvée.
Ces dépenses sont considérées comme de l’investissement alors que la sécurité sociale est rarement
assimilée à un outil macroéconomique.

2) la faible réversibilité des dépenses sociales.


Il sera en effet toujours difficile de revenir sur des avantages acquis, aussi bien au niveau de la
définition des droits que de l’indexation des prestations versées.

Section 4 : Protection sociale et redistribution


En pratique, la protection sociale assure la distribution de prestations à des individus qui sont
identifiés en fonction de la nature des risques. Cette distribution s’appuie sur une collecte d’argent
qui est, elle, indépendante des risques couverts.
L’augmentation des revenus des uns est couverte par la diminution du revenu des autres.

La protection sociale porte donc en elle une large part de redistribution (expression revenu de
transfert).

Les prestations sociales : plus d’1/3 du revenu disponible brut des ménages.
Ce chiffre est une moyenne :
→ Pour les plus démunis, les prestations sociales peuvent en effet constituer le seul revenu.

En transférant de l’argent de ceux qui en ont le moins besoin vers ceux qui en ont un besoin
immédiat, la protection sociale est un garant de l’équité sociale.
Au même titre que la fiscalité, elle permet de corriger les inégalités sociales.

Cette fonction de justice sociale est économiquement efficace si elle permet un soutien de la
consommation.
Le revenu nouveau doit alors être consommé, il fournira des débouchés aux entreprises qui pourront
dès lors embaucher.

Ici, il vaut mieux distribuer des revenus de ceux qui épargnent vers ceux qui consomment : des plus
riches vers les plus pauvres. La propension marginale à consommer est d’autant plus élevée que le
revenu est faible. Un ménage modeste consommera une grande partie ou la totalité du revenu
supplémentaire induit par les prestations sociales alors, qu’un ménage aisé en épargnera la majeure
partie. L’euro distribué aux plus pauvres a plus de performances économique qu’un euro distribué
aux plus riches.
Donc la redistribution verticale n’est pas seulement une question morale de justice sociale mais
constitue aussi un enjeux en terme de performance économique.

L’intuition keynésienne implique donc que les prestations sociales ne doivent pas se perdre dans
l’épargne. Il faut donc préférer les prestations en nature (=des dépenses intégrales), aux prestations
monétaires qui peuvent en partie être épargnées.
De plus, le système de protection sociale doit insister sur les prestations sous conditions de
ressources puisque les plus pauvres consomment proportionnellement plus. Comme nous l’avons
déjà vu, les prestations servies sont en fait relativement peu redistributives dans un système
d’inspiration bismarkienne comme en France.

Un principe de redistribution plus efficace consisterait :


→ en une prestation forfaitaire versée uniformément et indépendamment du revenu à l’ensemble de
la population
→ et financée par une cotisation proportionnelle au revenu.

Dans un tel système, la population dont le revenu est inférieur au revenu moyen perçoit plus de
prestations qu’elle ne verse de cotisations et bénéficie donc de la redistribution.

Cependant, les prestations chômage, retraire, accident du travail sont fortement liées aux revenus
des bénéficiaires : on a une logique bismarkienne. Idem en santé car la consommation de biens
médicaux est une fonction croissante du revenu : les ménages les plus aisés ont un recours accru
aux dépenses de santé.

Questions à traiter pour l’examen :

Quel est l’impact de la protection sociale sur l’équilibre macroéconomique ?


En quoi la protection sociale peut-elle être assimilée à un instrument de la politique
macroéconomique ?
La redistribution opérée par la protection sociale ne fait-elle référence qu’à la notion de justice
sociale ?

Chapitre 4 : Protection sociale, emploi et performance


économique
Introduction :

Depuis 1946, l’augmentation des prestations sociales a permis :


→ de prémunir les individus contre les aléas sociaux
→ de garantir un niveau de consommation indépendant de la conjoncture et des fluctuations.

Ce niveau élevé de protection sociale a une contre partie, on a constaté un poids croissant des
prélèvements opérés pour financier ces prestations.
On a une crise économique dans les années 70 où le coût de la protection sociale a augmenté plus
vite que le PIB.

Conséquences : les préoccupations comptables ont rapidement gagné du terrain (trou de la sécu).
Les comptes sociaux ont constamment besoin de trésorerie (régulièrement couvert par un emprunt
auprès de la caisse des dépôts et consignations).
Dans le discours libéral, les dépenses sociales constituent un frein :
→ A l’emploi : le poids des charges sociales constituerait un obstacle à l’embauche
→ A la performance économique : atteinte à la compétitivité des entreprises nationales

De plus, les prestations sociales de garantie de ressources (allocations chômage, RSA,…) :


→ désinciteraient économiquement et moralement au travail et,
→ enfermeraient les personnes défavorisées dans des trappes à pauvreté.

Ce chapitre traite de ce type de question :


1) les difficultés de financement des comptes sociaux,
2) en revenant ensuite sur les prélèvements de la sécurité sociale
3) pour terminer par une analyse économique des liens entre prestations sociales et offre de travail.

Section 1 : Les difficultés de financement de la


protection sociale
Le consensus autour de la protection sociale s’est effrité : bcp de gens veulent la réformer.
On a un discours plus gestionnaire qui gagne la protection sociale sur les difficultés de financement
du système. Ces difficultés de financement peuvent être recherchée dans le niveau des dépenses :
- 43 % de celles-ci sont imputables au risque vieillesse, soit 13,1 % du PIB, 35 % au risque santé,
soit 10,5 % du PIB.

Ces deux risques ont vu leur poids dans le PIB augmenter sensiblement au cours des 2 dernières
décennies. Conséquences : ce sont les 2 seuls risques qui connaissent un déficit important et
persistant de nature essentiellement structurel.

Parallèlement, le prélèvement social s’est fait de plus en plus lourd. Au total, les prélèvements de la
protection sociale : près de 30 % du PIB contre 20 % au début des années 70. Si on ajoute les
impôts, le montant des prélèvements obligatoires est de l’ordre de 46 % du PIB. Ce qui situe la
France dans la moyenne supérieure des pays européens.

L’originalité française ne se situe pas dans le niveau de ce taux mais dans l’origine de son
augmentation : presque exclusivement la hausse des prélèvements sociaux.
Rappelons que ceux-ci prennent pour 2/3 sur la base de cotisations sociales qui sont des
prélèvements directs sur les salaires.
A la fois sur les salaires reçus (les cotisations employés représentent environ 20 % du salaire brut)
et les salaires versés (cotisations employeurs représentent environ 50 % du salaire brut).

Les recettes de la sécurité sociale proviennent donc en grande partie des revenus du travail et sont
ainsi étroitement liées au niveau de l’activité économique.

En période de crise économique : le chômage et le sous-emploi se développent et la masse des actifs


cotisants se restreint. Dans le même temps, les dépenses de protection sociale suivent leur propre
dynamique indépendante pour beaucoup d’entre elles de la crise économique (les pensions de
retraite et les allocations familiales répondent, quant à elles, à l’évolution démographique).
Seul le risque chômage est lié à la crise économique en augmentant les besoins de financement. On
va donc avoir un décalage qui résulte de la crise économique de la sécurité sociale : ce décalage est
entre un monde économique général qui détermine le niveau des recettes et un état social de la
nation qui définit les dépenses.
Cette crise de financement est accentuée par 3 phénomènes :

1. L’existence d’évolutions structurelles comme le vieillissement de la population qui engage un


surcroît de dépenses en matière de retraite et de santé notamment,
2. L’extension de la couverture sociale dans le temps : en s’enrichissant, les sociétés dépensent
davantage afin d’améliorer la protection (CMU en 1999, AAH en 1975, RMI en 1988).
3. Les politiques publiques d’exonération de charges sociales. Elles visent à alléger les
cotisations sociales payées par l’employeur pour des salaires compris entre 1 fois et 1,3 fois le
SMIC. Ces politiques, très coûteuses, ont pour objet de favoriser l’emploi particulièrement l’emploi
peu qualifié.

En France, l’essentiel des recettes de la protection sociale provient de cotisations calculées sur les
salaires versés et reçus. L’existence de déficit montre que les recettes se sont révélée insuffisantes
pour financer la croissance des dépenses. La solution naturelle : c’est augmenter le taux de
cotisation pour les risques qui sont en déficit, qui connaissent un solde négatif. Cette solution
présente l’inconvénient majeur d’augmenter le coût du travail.

Section 2 : Cotisations sociales et emploi


Section 2.1 : Présentation du modèle théorique
On s’intéresse ici au marché du travail uniquement donc on va raisonner en équilibre partiel : on
s’intéresse à un modèle statique pour étudier l’impact des cotisations employeurs et employé sur le
marché du travail.

Hypothèses :
- concurrence pure et parfaite
- situation de référence : absence de protection sociale et donc de cotisation
(ce que verse l’employeur est intégralement perçu par le salarié)

Les employeurs font la demande de travail qui est influencée par les conditions qui existent sur le
marché des biens et services et sur celui du capital.
Les salariés, eux, font l’offre de travail qui résulte d’une décision avec un arbitrage travail/loisir.
Travailler c’est pénible, ça procure de la désutilité, donc à un niveau de salaire trop faible il y a des
gens qui préfèrent ne pas travailler.

Présentations du modèle :
Les firmes combinent des facteurs de production Q=F(K,L)
Leur production et la manière dont ils combinent le travail et le capital dépendent de 3 choses :
→ la demande de biens et de services
→ la quantité de travail et de capital d’une entreprise peut acquérir à u nprix donné
→ le choix des technologies disponibles.
Une augmentation du taux de salaire entraîne 2 effets :
→ Un effet d’échelle => à un coût de production plus élevé.
L’augmentation du prix du produit vendu, la C diminue, la demande baisse, la P diminue, la
demande de travail (L) baisse aussi.

→ Un effet de substitution : du capital au travail. Si le coût du travail augmente, il devient


d’autant plus intéressant de lui substituer du capital.

Finalement, la demande de travail se déplace lorsque la demande de biens et services ou la prix du


capital varie.
Un accroissement du salaire se traduit alors par 2 effets :
→ l’effet de substitution conduit à choisir du travail plutôt que du loisir puisque le coût du loisir
s’accroît.
→ l’effet revenu vient amoindrir en partie cet effet, l’individu pourra conserver le même niveau de
consommation pour un temps de travail plus faible (et de loisir plus élevé).

On constate que pour la plupart des niveaux de salaire, l’effet de substitution est plus fort que l’effet
de revenu de telle sorte que la fonction d’offre de travail est croissante au salaire.

Si le salaire (W1) est inférieur au salaire d’équilibre (We), on a un excès de demande sur l’offre de
travail (pénurie de travail). Afin d’y faire face, W offert va progressivement augmenter entraînant
deux effets :
- un nombre plus important de travailleurs accepteront d’entrer sur le marché du travail
- un certain nombre d’employeur qui réduisent leur demande de travail. On tend donc
progressivement vers le salaire d’équilibre We.

A l’inverse, si le salaire est supérieur au salaire d’équilibre, on observe une situation d’excès d’offre
de travail et donc du chômage. Dans cette situation, le taux de salaire va alors diminuer afin
d’inciter les entreprises à augmenter leur demande de travail (et donc à embaucher) et à réduire la
quantité de travail offerte par les travailleurs.
Section 2.2 : Incidences des cotisations sociales
Le paiement des cotisations sociales

Le montant de ces deux groupes de cotisations est calculé en pourcentage du salaire dit « brut » qui
est égal à la somme du salaire net et des cotisations sociales salariales. On appelle salaire superbrut
ou coût total du travail, la somme du salaire brut et des cotisations sociales patronales.

Le salaire net est quant à lui égal au salaire brut moins les cotisations sociales salariales.

Cas de cotisations sociales employeurs


Par rapport à la situation initiale E, les employeurs ne supportent qu’une fraction de la charge
résultant de la cotisation.
L’incidence de l’introduction de la cotisation employeur est partagée :
- entre le patron qui voit le coût salarial augmenté de We à S
- et les salariés dont le taux de salaire net diminue de We à We’

Notons que ceci pousse certains salariés à offrir moins d’heures de travail ou à se retirer totalement
du marché du travail (glissement de E à E’).
Ce report de la charge de l’impôt est qualifié en fiscalité de processus de translation, ici vers
l’amont c’est à dire vers les fournisseurs des facteurs de production.

Cette translation sur les salariés est d’autant plus importante que l’offre de travail est rigide au
salaire. Si, l’offre de travail est totalement rigide (Ls verticale), la cotisation mise légalement à la
charge des employeurs est intégralement répercutée sur les salariés qui voient leur salaire baissé de
We à Wg.

L’introduction de cotisations sociales engendre


donc une perte générale de revenu égale au
triangle FEE’ que l’on appelle le « coin social ».
Cette perte est répartie entre les salariés (taux de
salaire plus faible et réduction du nombre d’heures
de travail) et les employeurs (baisse des profits).

Notons que la flexibilité du salaire rend ici le


chômage impossible. Supposons que les salaires
sont rigides à la baisse (rôle des syndicats, salaire
minimum). L’ajustement se fera alors par les
quantités.

Le maintien du salaire net à son niveau initial We


engendre une baisse de la demande de travail pour
aboutir à la situation H avec un chômage HE. Dans cette situation le coin social se traduit cette fois
ci par du chômage du côté des salariés et toujours par une perte de profit du côté des employeurs.
Le coin social est ainsi une source de perte de bien-être pour les travailleurs, soit en terme de
rémunération, soit en terme de chômage.

Cas de cotisations sociales salariées

Le nouvel équilibre du marché du travail se réalise donc en E ‘. C’est à dire pour une quantité de
travail :
→ inférieure à celle sans cotisations sociales (glissement le long de Ld)
→ et pour un taux de salaire brut, Wbrut supérieur au taux de salaire initial We.
A nouveau, on remarque que l’incidence de la cotisation sociale, même si elle est à la charge du
salarié, est partagée entre les 2 parties :
Wbrut – We pour l’employeur et We – Wnet pour le salarié.
L’introduction de la cotisation sociale conduit à nouveau à une perte pour l’économie qualifié de
coin social et égal à EFE’.

Qui paient les cotisations ?

La conclusion de ces deux cas opposés semble donc claire : il est difficile de savoir avec précisions
qui supporte effectivement la charge sociale car elle est partagée par l’employeur et l’employeur.
Inversement, il est donc tout aussi difficile de savoir qui bénéficierait de son allègement.

Autrement dit, la distinction juridique entre cotisation sociale employeur et salarié est
économiquement incertaine alors que dans les textes elle est claire puisqu’elle est qualifiée.
La pente des droits de demande et d’offre de travail mesure la sensibilité au salaire. Plus la
sensibilité au salaire est élevée, plus la pente des droites tend vers l’horizontal.
La sensibilité au salaire est mesurée par le concept d’élasticité. Une élasticité importante pour une
petite variation de salaire, la variation de la demande ou de l’offre de travail sera élevée.

Laquelle de ces situations décrit le mieux la réalité française ?


Il n’existe pas, à ce jour, de preuve empirique directe de l’incidence exacte des cotisations sociales.
Mais un certain nombre d’éléments tend à montrer que l’on se situerait plutôt dans le 3 e cas de
figure :
→ une demande de travail relativement élastique
→ une offre très peu élastique

L’essentiel des charges sociales est dans les faits supporté, payé, tout ou partie par les salariés.

Une preuve, ou du moins un indice : au niveau macroéconomique, la très grande stabilité du partage
de la valeur ajoutée : c’est le fait empirique le plus frappant.
En effet, depuis le milieu des années 70, les cotisations sociales patronales ont énormément
augmenté : en % du salaire brut, leur taux est en effet passé de 26,60 à 41,03 % entre 1950 et 2005.

Si les patrons avaient effectivement payé cette augmentation des cotisations, on aurait dû constater
une déformation progressive du partage de la valeur ajoutée (ensemble de la richesse produite dans
l’économie) en faveur du travail et au détriment du capital. Dans ce cas, en effet, la hausse des
cotisations aurait augmenté le coût du travail (salaires nets + cotisations) ce qui aurait baissé les
profits d’autant (chiffre d’affaires – coût du travail).

Au total, cela aurait entraîné une baisse de la part des profits dans le total de la valeur ajoutée
produite.
Or, on ne constate rien de tout cela.

Sur longue période, pas de dégradation de la part du capital dans la valeur ajoutée à cause de
l’augmentation des cotisations sociales. Cette étonnante stabilité a une implication irréfutable :
→ si la part des salaires (cotisations inclues) n’a pas augmenté dans la valeur ajoutée, c’est que les
cotisations sociales ont été intégralement payée par… les salariés.

Une autre preuve existe, c’est une analyse réalisée par un économiste Jonathan Gruber qui a profité
d’une expérience naturelle : celle de la suppression des cotisations sociale au Chili au moemnt de la
privatisation de la sécurité sociale en 1981.
En utilisant des micro-données d’entreprises, il montre que l’intégralité de cette suppression a été
reportée sur les salariés. Les salaires nets ont augmenté du même montant de la taxe qui venait
d’être supprimée.
Conclusion : c’était les salariés qui supportaient les cotisations sociales.

Attention, ceci est vrai sur une longue période. A court terme, un patron ne peut pas du jour au
lendemain diminuer le salaire net de ses employés en réduisant leur salaire brut. A moyen terme
cependant, les employeurs s’efforceront de se délester du poids des cotisations patronales en
ralentissant la progression des salaires, en rétablissant le partage de long terme de la valeur ajoutée.

Limites de la rhétorique des charges sociales :

Notre raisonnement souffre néanmoins d’un défaut majeur : il oublie que la protection sociale n’est
pas qu’une charge mais également une source de bien-être pour les ménages et également une
source d’efficacité de la main d’œuvre pour les entreprises.

Limites de la rhétorique des charges sociales

1) nous avons supposé que les salariés étaient sujets à une illusion parafiscale :
→ ils analysent les cotisations sociales comme une amputation de leur revenu disponible alors que
ces cotisations vont servir à financer des prestations sociales qui leur seront versées.

Dans une logique d’assurance pure, le salarié rationnel peut voir la cotisation sociale comme une
sorte de prime d’assurance et donc comme un élément de salaire indirect. Toute chose égale par
ailleurs, il est indifférent entre : recevoir un salaire direct plus élevé et de payer des primes
d’assurance privée (santé ou fonds de pension) OU recevoir un salaire immédiat plus faible mais où
l’assurance sociale est déjà précomptée.

Au niveau économique global, on constate bien un certain effet de compensation entre cotisations
sociales et salaire. Les pays où les taux de cotisations sont élevés (France, Espagne, Belgique) ont
en contrepartie des niveaux de salaires plus faibles que là où le financement se fait plutôt par
l’impôt.

2) La protection sociale contribue à assurer de meilleures conditions de vie, de formation, de santé


aux travailleurs.
Dès lors, même si à court terme, l’instauration d’un système de protection sociale peut s’avérer
défavorable à l’emploi : elle est à terme un facteur d’amélioration de la productivité de la main
d’œuvre.

Cette productivité plus élevée conduit à des rémunérations plus élevées avec une augmentation de la
demande, une augmentation de la productivité et donc une baisse du chômage.

Section 2.3 : Variation des charges sociales


Effet d’équilibre général :

Les influences d’une variation des cotisations sociales ne sont pas limitées au marché du travail.
→ On a des répercussions complexes sur les autres marchés : marchés du capital et des biens et
services => qui vont à leur tour rétroagir sur le marché du travail.
→ On doit donc raisonner en équilibre général afin d’assurer le « bouclage macroéconomique ».

Pour simplifier, on va supposer que l’incidence est partagée entre salariés et employeurs (on ne
différencie pas cotisation employeur et cotisation salarié).

Pour simplifier, on supposera que :


→ l’incidence est partagée entre salariés et employeurs (on ne différencie pas cotisation employeur
et cotisation salarié),
→ les salariés sont victimes d’une « illusion fiscale » totale,
→ la variation de cotisation n’a aucune influence sur la productivité (à la hausse ou à la baisse)

Alors, on va pouvoir, à travers 5 canaux de transmission, voir quels sont les effets d’une
augmentation ou d’une baisse des cotisations sociales.

1- Modification de la combinaison productive :


Une variation des cotisations sociales modifie le rapport entre le coût du travail et le coût du capital.
Une augmentation des cotisations sociales implique une substitution du capital au travail.
L’ampleur de l’effet dépend naturellement du degré de substituabilité des 2 facteurs de production.

2- Répercussion sur les prix de vente (translation vers l’aval)


Une augmentation du coût du travail se répercutera positivement sur le prix de vente des produits.
La demande adressée aux entreprises diminue : on a une baisse de la production.
L’ampleur de cet effet dépendra du degré de concurrence sur le marché en question (marché
monopolistique (pas de pb on répercute l’entièreté du coût du travail sur le prix) ou oligopolistique)

3- Modification du salaire net


Une variation de cotisations sociales induit une variation de salaires nets. Et une variation de la
consommation finales des ménages induit une variation de la production.

4- Modification du taux de profit


Un changement des taux de cotisations sociales modifie la rentabilité du capital et les possibilités
d’autofinancement.

5- Effet sectoriel
Une augmentation des taux de cotisations augmente le prix relatif des biens et services intensifs en
travail par rapport à ceux intensifs en capital.
Ceci peut modifier la structure de la consommation de la production.

L’allègement de charges sociales sur les bas salaires en France : les impacts

Au début des années 1990, post guerre du Golf, il y a eu un débat assez intense sur la réforme du
mode de financement de la sécurité sociale avec l’idée qu’il fallait absolument enrichir la croissance
en emploi. Pourquoi cette idée ? Parce qu’on constatait que pour un niveau de croissance donné, la
France créait moins d’emplois que les autres pays industrialisés (et en particulier dans le secteur
tertiaire).
Il fut décidé qu’outre le transfert d’une part des cotisations sociale vers la CSG (portant sur tous les
revenus), il a été décidé d’axer la politique de l’emploi sur une réduction générale du coût du
travail. Tout particulièrement pour les qualifications les plus faibles. On décharge le coût du travail
par un financement fiscal (la CSG) et on décide de travailler à l’emploi pour une catégorie de
travailleur. Cette catégorie pourquoi ?

Ce choix se fonde sur 4 justifications :

→ Le taux de chômage était très élevé chez les personnes non qualifiées
→ L’existence de difficultés d’insertion scolaire et professionnelles des jeunes les plus défavorisés
→ Il existait une certaine substitution entre le capital et le travail peu qualifié (à l’inverse, une
substituabilité très faible, voire complémentarité entre capital et travail qualifié).
Ainsi, le prélèvement opéré sur les salaires versés au niveau du SMIC encourage à la fois à la
substitution du capital au travail et à la délocalisation
→ La France bénéficiait d’une compétitivité-coût satisfaisante vis à vis de ses principaux
partenaires commerciaux. Par contre, au niveau du salaire minimum, le coût du travail était plus
élevé qu’ailleurs car le coût du SMIC avait fortement augmenté jusqu’au milieu des années 80 en
raison : du relèvement des cotisations sociales, des mécanismes d’indexation, des « coups de
pouce » (augmentation de salaire).

La réduction du coût du travail ciblée sur les bas salaires :


→ Impossibilité de baisse des salaires réels, action par le biais d’une baisse de cotisations sociales
patronales au voisinage du SMIC.

Ainsi depuis 1993, se sont succédé plusieurs dispositifs d’allégement de ces cotisations :
→ exonération des cotisations sociales familiales
→ réduction dégressive de cotisations depuis 1995

Aujourd’hui, au niveau du SMIC, un allégement équivalant à environ 18 points de cotisation :


→ la cotisation patronale est de 26,8 % du salaire brut au lieu de 45 % soit le total des cotisations
familiales (5,4%) et maladie (12,8%).

Cet allégement est ensuite rapidement décroissant et s’annule pour l’équivalent de 1,6 SMIC.
Résultats des allègements en France

Ces mesures semblent avoir eu sur la durée certains des effets recherchés sur l’emploi. Cela semble
avoir fonctionné.
A évolution donnée du PIB, les entreprises françaises créent plus d’emplois :
- par rapport aux périodes antérieures mais aussi par rapport aux autres grands pays industrialisés.

En 1995, le seuil de création d’emplois dans le secteur concurrentiel non agricole est une croissance
du PIB d’environ 1,3% contre près de 2,3 % dans les années 1980.
→ essentiellement dans les secteurs de services.

La part de l’emploi non qualifié s’est donc stabilisée puis a légèrement augmenté (en 2000 = 25 %
de l’ensemble des emplois salariés du secteur privé).
Mais au prix d’une dégradation de la qualité de ces emplois (contrats non stables, flexibilité des
horaires, temps partiel).

Mais attention, il est assez difficile de différencier dans cette évolution ce qui relève des effets
directs des allégements et de ce qui provient du développement du temps partiel et des effets
d’aubaine (parce que quand on baisse le coût du travail aux alentours du SMIC, y’a des patrons qui
de toute façon allez embaucher, mais là il y a eu une aubaine parce qu’ils embauchent et en + il
profite de ce système).
Une aubaine c’est ces mesures d’exonérations qui concernent en partie des salariés qui peut-être
auraient de toute façons été embauchés.

Cette politique d’allégement permanent des cotisations sociales sur les bas salaires comporte deux
dangers pour l’avenir :

1- Le risque de trappe à bas salaire :


La progressivité très rapide des taux de cotisations sociales sur une plage de salaire réduite (1 à 1,3
SMIC) rend coûteuse pour l’entreprise la rémunération du déroulement de la carrière du salarié
(promotion et ancienneté). Si on augmente une hausse de 15 % le salaire net, cela induit une
réduction des allégements de plus de 10 %.
Un patron peut être donc réticent à répondre aux sollicitations de promotion et d’augmentation de
salaire.
Ainsi, on risque d’enfermer les salariés dans une situation de non progression de revenu.

2- Un risque de retard de compétitivité :


Les mesures d’allégement ciblées privilégient le recours à des emplois non qualifiés. Cela veut dire
que le coût relatif du travail qualifié s’est renchérit.
Cela pousse les entreprises à moins innover dans leurs techniques de production, à sous-investir, à
de moindres efforts de formation des salariés.

Tout ceci est dommageable sur le long terme pour la performance de l’économie nationale.

Les effets incertains d’une TVA sociale :

Elle a été créée en 1954, c’est la taxe sur la valeur ajoutée, c’est un impôt indirect sur tous les biens
de consommation et les services.
Aujourd’hui il existe 3 taux de TVA :
19,6 % pour l’ensemble des biens de consommation (20 % depuis le 1er janvier 2014),
5,5 % un taux réduit pour la nourriture, les plats à emporter et l’hôtellerie
et 2,1 % un taux très réduit pour les médicaments.
La TVA est la ressource la plus importante du budget de l’État. Elle représente plus de 45 % des
recettes de l’État alors que l’impôt sur le revenu ne représente que 20 % sur l’ensemble des
recettes,e t l’impôt sur les sociétés 15 %.

Le terme de « TVA sociale » prête à confusion : elle est dite sociale car elle consisterait à augmenter
le taux de TVA pour que cet impôt puisse financer les dépenses sociales et ainsi de baisser les
charges sociales payées par les entreprises.
En d’autres termes, il ne s’agit que d’un transfert de fond.

Pour réaliser ce transfert de fond, il faudrait augmenter la TVA de 5 points, un point de TVA
rapportant en moyenne 7 milliards d’euros supplémentaires. Ainsi, le taux de TVA passerait de 20 %
à 25 %.

L’avantage de la TVA sociale : des entreprises plus compétitives. Les partisans de la TVA sociale
ont plusieurs arguments :

→ En baissant les charges sociales des entreprises, celles-ci seront plus compétitives donc elles
pourront davantage embaucher. Elles auront moins envie de délocaliser à l’étranger puisque les
taxes sur les entreprises seront faibles en France.

→ Les cotisations patronales sont actuellement payées uniquement par les entreprises présentes en
France. Or, avec une TVA sociale tous les produits seront taxés même ceux qui viennent de
l’étranger. C’est censé être un peu plus juste.

Donc dans un système de TVA sociale, la protection sociale serait financée par tout le monde, même
des entreprises étrangères. Par exemple, un produit fabriqué en Chine sera taxé à hauteur de 5 %
pour financer l’assurance maladie des salariés français.

Inconvénients de la TVA sociale : un impôt injuste


L’instauration de la TVA sociale pose de sérieux problèmes.

→ La TVA est l’impôt le plus injuste de tous les impôts puisqu’il est payé par tout le monde au
même taux, quel que soit le revenu.

→ Augmenter le taux de TVA revient à augmenter le prix des produits et des services.
Le risque est donc grand de voir une baisse significative de la consommation.
Donc, augmentation des prix, baisse de la consommation et de la croissance économique, et baisse
de la production et donc hausse du chômage.

→ Les recettes de l’État, deviendraient entièrement dépendantes de la croissance. Si la croissance


économique venait à faiblir, les rentres d’argent diminueraient et le déficit de l’État s’aggraverait
encore plus rapidement que dans le système actuel.

Section 3 : Protection sociale et offre de travail


Le préambule de la constitution affirme le droit formel à l’emploi et au revenu « Chacun a le
devoir de travail et le droit d’obtenir un emploi » (5e alinéa du préambule de la constitution de 1946 repris
par la constitution de 1958)
A ce droit à l’emploi et au revenu s’ajoute le droit plus général à la protection sociale, notamment
pour ceux qui ne pourraient pas vivre de leur travail :
« La nation assure à l’individu et à la famille des conditions nécessaires à leur développement. Elle
garantit à tous la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs. Tout être
humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se
trouve dans l’incapacité de travailler a le droit d’obtenir de la collectivité les moyens convenables
d’existence » (11e alinéa)

Donc, on a l’emploi et la garantie de revenu qui sont donc des droits inscrits dans la Constitution.
Le droit à l’emploi, ce n’est pas seulement le droit de travailler, c’est aussi celui de vivre avec le
revenu de son travail (SMIG en 1950).
C’est aussi le droit à une garantie de revenu en cas d’incapacité de travailler.
Ainsi, l’idée que l’attribution d’un revenu à ceux qui sont en état de travailler ne saurait être
dissociée de la fourniture soit d’un travail, soit d’un effort individuel semble ancrée dans les
principes constitutionnels.

Certains craignent que des revenus de transferts trop généreux ne découragent le retour au travail.
La question des devoirs des personnes en situation « hors travail » qui bénéficient de prestations de
solidarité est systématiquement au cœur du débat public.
Elle sous-tend la thématique de « l’activation des dépenses passives » et celle du « workfare ».
L’aide (welfare) n’est versée qu’à condition que la personne travaille (work) ou se rapproche
suffisamment du travail (d’où le workfare).
Autour de la question es contreparties (discours qui stigmatise les titulaires de minima sociaux qui
refuseraient de travailler), il y a un implicite qui est la norme d’emploi de référence.

On compare le niveau de ressources procuré par le minimum social servi, RMI, API ou ASS, à celui
procuré par un emploi disponible sur le marché, en fait la plupart du temps, en France, le SMIC à
mi-temps.

Désincitatif au retour au travail ?

Section 3.1 : Considérations théoriques


Théoriquement l’individu n’augmente son offre de travail que si cela lui procure un gain matériel.
Or l’existence de prélèvements socio fiscaux et les modalités de prestations sociales peuvent faire
que le travail « ne paie pas ».

On parle de :
→ de trappe à chômage (ou à inactivité) quand il y a désincitation à occuper ou reprendre un
emploi,
→ de trappe à pauvreté lorsqu’il y a désincitation à augmenter le revenu d’une personne déjà en
emploi.

La réflexion théorique s’interroge ainsi sur le système optimal d’aide qui concilierait :
→ lutte contre la pauvreté,
→ l’équité sociale,
→ l’incitation au travail,
→ le coût le plus faible possible pour la collectivité.

Schématiquement, les aides au individus pauvres peuvent prendre 5 formes d’allocations théoriques
« pures » :
Allocation fixe sous plafond :

Revenu après transferts

s+m

s+m Revenu d’activité

Son montant m n’est pas constant


Elle est versée à tout ménage donc le revenu d’activité ne dépasse pas le seuil s

Exemple : allocation de rentrée scolaire (ARS)


En 2007, on est à 268€ par enfant pour les familles dont le revenu net imposable ne dépasse pas 17
299€ (s) pour un enfant (+3992€ par enfant en plus)
Ce type d’allocation tend à décourager le travail lorsque le revenu d’activité est compris entre s et s
+ m, et même le décourage totalement au voisinage de s.
En s, 1€ de revenu du travail en plus se traduit par million d’euros de transferts en moins, soit une
perte de revenu disponible de m-1€.
Pour l’ARS, lorsque le ménage gagne par son travail 17 300€ au lieu de 17 299€ => une perte de
revenu après transferts de 268e, le taux marginal de prélèvement est de 26800 %.
On a un exemple caractéristique d’une trappe à pauvreté qui est inéquitable pour la catégorie de
ménages se situant juste au-dessus du plafond.

Allocation différentielles

Revenu d’activité

Son montant est égal à la différence entre un montant maximum m0 et les ressources totales du
ménage (ensemble des revenus, professionnels et financiers et de toutes les autres prestations
sociales)
Ce revenu minimum garanti à tous permet de solvabiliser les besoins élémentaires des plus pauvres
au coût le plus faible possible pour la société (on ne verse que le strict nécessaire pour atteindre le
plancher de revenu garanti).
Mais en dessous d’un revenu du travail m0, 1€ de revenu du travail en plus conduit à une baisse
d’1€ de revenu de transfert laissant le revenu disponible inchangé.
Il s’agit là d’une trappe à chômage exemplaire, l’allocataire n’ayant aucun intérêt à accepter un
travail (déclaré) rapportant moins de m0.

Afin de lutter contre 1) la désincitation à occuper un emploi peu payé et 2) contre cet
encouragement au travail au noir, il a été mis en place des mécanismes dit d’intéressement.
A l’époque, un RMIste qui retrouvait un emploi allait continuait à toucher une partie du RMI
pendant 12 mois (3 mois de cumul intégral, puis abattement de 50 % pendant les 9 mois qui
suivaient).

Mais l’importance de la désincitation au travail dépend essentiellement de l’écart entre le revenu


minimum m0 et le salaire minimum (réglementaire ou proposé par le marché) :
=> si l’emploi permet de passer directement à droite de A alors la désincitation n’existe plus.

Le problème continue pour le temps partiel : accepter un emploi à mi-temps est souvent source de
perte financière pour un allocataire de minimum social.

Allocation dégressive (ou impôt négatif)

Il est versé une allocation m0 pour un revenu nul d’activité, puis celle-ci diminue progressivement,
dans une proportion inférieure à l’augmentation du revenu d’activité et s’annule pour un seuil s.
Quand ce revenu augmente de 1€, l’allocation diminue de moins de 1€.
Ce qui se traduit par l’équation de revenu après transfert : S = m0 – t> avec 0 < t < 1
Le taux t est qualifié de taux d’impôt négatif puisqu’il s’agit d’un versement ou d’un
remboursement d’impôt lié au revenu.

Typiquement, la prime pour l’emploi instaurée en 2001 en France est ainsi une forme d’impôt
négatif.
=> pour les salaires allant de 0,3 à 1 SMIC, la prime représente 7.7 % du salaire imposable.
=> Puis est décroissante s’annulant pour 1,4 SMIC pour un célibataire sans enfant

Les trappes à chômage et à pauvreté des deux cas précédents disparaissent en partie puisque le
prélèvement marginal est inférieur à 1.
Néanmoins, l’inconvénient de ce dispositif réside dans l’arbitrage entre l’efficacité de l’incitation et
le coût de la mesure. En effet, plus on diminue le taux t afin d’inciter à la reprise d’un travail, plus il
faut subventionner des titulaires de revenu élevé (le seuil s se déplace vers la droite).
Les attributaires étant alors plus nombreux, cela rend le dispositif d’autant plus coûteux.

Allocation uniforme

D’un montant fixe m, elle est versée à tous les ménages.


C’est par exemple le cas des allocations familiales, qui sont versées à partir du 2 e enfant (110 €
mensuels pour 2 enfants en 2007), quel que soit le revenu des parents. Sauf en 1998, où elles
avaient été servies sous conditions de ressources.

Selon le barème actuel, une famille de 3 enfants qui a gagné au maximum 73 901 € en 2017 peut
toucher mensuellement 299,20€.
Si les gains sont supérieurs à 96,610 euros, le montant versé chute à 74,81 euros.
Une dégressivité liée aux revenus mise en place par une réforme de 2015.
En revanche, plus on a d’enfants, plus montant perçu s’accroît.
En 2017, 12 milliards d’euros d’allocations familiales ont été versés à 5 millions de foyers.

L’allocation uniforme possède 3 avantages :

→ elle est neutre vis à vis du marché du travail : 1€ de revenu du travail en + => 1€ de reveu
disponible en plus (avant impôt)
→ elle n’incite pas au travail au noir puisque l’allocation est toujours perçue.
→ elle est non stigmatisante pour les populations défavorisées puisqu’il s’agit d’un droit universel
accordé à tous et ne nécessite aucune démarche particulière.

Mais il y a des inconvénients :


- très coûteuse,
- dilution de l’effort social sur un grand nombre de personnes dont certaines n’ont aucun besoin de
cette aide (part infime de leur revenu total),
- mais si cette prestation est soumise à l’impôt sur le revenu (ce qui n’est pas le cas des allocations
familiales en France), l’allocation uniforme => allocation dégressive :
- les riches rembourseront en fait en partie (selon leur tranche d’imposition marginale) de ce qui
leur a été versé.
L’allocation progressive

Le montant de l’allocation croît avec le revenu du ménage (m = p.w)


Forme très peu courante d’allocation sociale (supplément familial des fonctionnaires réprésente
3,4 % du salaire brut mais plafonné à 162e pour 2 enfants).
Car, contraire à la conception courante de la justice sociale (puisqu’ici plus la personne est riche,
plus elle reçoit).
Son intérêt est de constituer une très forte incitation au travail, ce qui va la rendre attrayante dans
une optique de workfare.

Section 3.2 : dans la pratique...

Les 9 minimas sociaux français sont un produit de l’histoire


A côté des revenus de remplacements basé sur le travail contributifs que sont les allocations
chômage ou les pensions de retraite et d’invalidité, la France présente la particularité d’avoir 0
neufs minima sociaux nationaux.
C’est à dire 9 prestations non contributives, versées sous condition de ressources et visant à assurer
un revenu minimum à certaines catégories de personnes :

1) L’allocation supplémentaire vieillesse, réservée aux personnes âgées de + de 65 ans (60 ans en
cas d’inaptitude au travail) disposant de droits très faibles ou ne disposant d’aucun droit à
l’assurance vieillesse
2) l’allocation supplémentaire d’invalidité qui s’adresse aux personnes de moins de 60 ans,
titulaires d’une pension d’invalidité de très faible montant, servie par la sécurité sociale au titre
d’une incapacité permanente
3) l’allocation aux adultes handicapées (AAH) versée aux personnes handicapées qui ne peuvent
prétendre ni à un avantage invalidité, ni à une rente d’accident du travail ;
4) l’allocation de parent isolé (API) qui concerne les personnes isolées assumant seules la charge
d’un ou plusieurs enfants ;
5) l’allocation veuvage, qui s’adresse aux conjoints survivants d’assurés sociaux décédés,
6) l’allocation de solidarité spécifique (ASS) qui est allouée aux chômeurs ayant épuisé leurs
droits à l’assurance chômage et justifiant d’au moins 5 années d’activité salariée au cours de 10
dernières années précédant la rupture de leur contrat de travail,
7) l’allocation d’insertion (AI) réservée aux détenus libérés, aux personnes en attente de
réinsertion, aux rapatriés, aux réfugiés et aux demandeurs d’asile
8) le revenu minimum d’insertion (RMI) qui garantit des ressources minimales à toute personne
de 25 ans et plus
9) l’allocation équivalent retraite (AER) qui bénéficie aux chômeurs de moins de 60 ans totalisant
déjà 160 trimestres de cotisation à l’assurance vieillesse.

La création de ces 9 minimas sociaux traduit l’adaptation progressive de notre système de


protection sociale : à l’origine c’était entièrement fondé sur les solidarités professionnelles,
maintenant c’est à l’évolution sociétale, d’une pauvreté qui concerne désormais autant les actifs que
les inactifs.

Première étape : garantir un revenu minimum aux inactifs pour combler les lacunes du système
assurantiel
Les premiers minimas ont été destinés aux inactifs, retraités et invalides. Ces personnes
représentaient les grands bataillons car ils n’ont pu s’assurer ni par leur travail ni par un revenu de
remplacement suffisant :
En 1970, on avait un retraité sur trois (30%) qui vivait en dessous du seuil de pauvreté.

La création, en 1956 du minimum vieillesse et en 1957 du minimum invalidité vise à combler ces
lacunes du régime assurantiel : leur objectif n’est pas d’assurer un revenu minimum mais de
compléter un revenu de remplacement existant trop faible jusqu’à hauteur d’un minimum garanti.
En 1975 : on crée l’AAH, un revenu minimum devant être garanti aux personnes considérées
comme durablement ou définitivement inactives. C’est une évolution importance par rapport aux
minimas antérieurement crées :
→ son versement n’est plus subordonné à la perception d’un revenu de remplacement
→ ainsi, pour la première fois, une allocation est supposée pouvoir constituer l’intégralité des
ressources de son bénéficiaire.

Deuxième étape : tirer les conséquences de la fragilisation des solidarités familailes


A partir de 75, une nouvelle forme de pauvreté apparaît :
→ celle liée à la remise en cause du modèle familial traditionnel : la multiplication des situations
d’isolement des femmes ayant la charge d’enfants.
La création de l’API en 76, et celle de l’allocation veuvage en 1980 témoignent de cette nouvelle
considération.
Nouveautés : ces allocations ne concernent donc pas uniquement des inactifs, et ont une durée de
versement limitée dans le temps (l’API n’est versée que pendant 1 ou 3 ans et l’allocation veuvage
pendant 2 ans maximum, 3 lorsque le conjoint survivant a plus de 50 ans).

Troisième étape : créer un dernier filet de sécurité pour les exclus du marché du travail
Conséquences de la forte dégradation du marché du travail et du développement d’un chômage
massif et souvent durable.
=> La pauvreté des ménages actifs augmentent au cours des années 80 puis 90 pour dépasser, en
proportion, celle des retraités : en 2001, 5,4 % des ménages actifs avaient un niveau de vie inférieur
au seuil de pauvreté contre 3,8 des ménages de retraités.
La création de l’ASS, en 1984, apparition du chômage de longue durée (les bénéficiaires ont
épuisés leurs droits à un revenu de remplacement).
Le volet « solidarité » du régime d’indemnisation du chômage, prenant le relais de l’allocation
unique dégressive (AUD), ou, depuis 2001, l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE).
L’ASS a été complétée par la création de l’allocation d’insertion pour certains cas particuliers :
→ détenus libérés, personnes en attente de réinsertion, rapatriés, réfugiés et demandeurs d’asile.
En 2002, l’instauration de l’allocation équivalent retraire (AER) = même logique de couverture
pour les chômeurs de longue durée. Donc une transition entre chômage et retraite, pour des
personnes ayant commencé à travaillé très tôt, mais ne pouvant pas encore liquider leur pension.

Dernière étape : la création d’un minimum garanti « universel »


Malgré la création de ces dispositifs en faveur des chômeurs de longue durée => un certain nombre
de personens demeuraient exclues de toute protection.
En 1988, on a la création du RMI qui vise à garantir à toute personne âgée de 25 ans ou plus un
minimum de ressources. C’est effectivement une révolution, un tournant dans l’histoire de notre
Protection Sociale. C’est vraiment là qu’on voit le passage d’un modèle allemand vers un modèle
britannique : ça garanti à toutes personnes qu’elle ait ou non déjà travaillé et pour une durée
potentiellement illimitée, un revenu minimum.
Le RMI a largement répondu à sa vocation de minimum « universel ».
Conséquences : instauration de règles plus strictes :
→ en matière d’assurance chômage, le RMI jouant alors le rôle de 3 e composante de
l’indemnisation du chômage
→ en matière d’accès à d’autres minima sociaux (allocation d’insertion, AAH)

Le poids des transferts sociaux dans le revenu disponible des ménages du 1er décile :
Les minimas sociaux sont différents des revenus de leurs titulaires. La qualité d’allocataire d’un
minimum social permet de bénéficier d’autres droits sociaux.

Les minima sociaux ne représente qu’un tiers des transferts sociaux bénéficiant aux ménages les
plus pauvres et moins de 20 % de leur revenu disponible.
En comparaison, les allocations logement représente 29 % et les prestations familiales c’est 23 %
des transferts sociaux en leur faveur.

Pour obtenir une image fidèle, il est donc indispensable d’évaluer le poids de ces droits connexes
dans le revenu des intéressés.
On a des effets pervers particulièrement importants au niveau du RMI car la sortie du RMI c’est une
perte immédiate :
→ de l’allocation logement à taux plein automatique,
→ de l’exonération de taxe d’habitation et
→ de la redevance audiovisuelle,
→ la fin du droit à la CMU et à la CMUC gratuites,
→ la suppression de la prime de Noël et,
→ l’obligation de payer à nouveau un abonnement téléphonique à plein tarif,
→ les dettes fiscales sont à nouveau exigibles.

Il convient d’ajouter la suppression de nombreuses aides locales :


→ les collectivités locales ont très souvent recours au critère du bénéfice de telle ou telle allcoation
– et notamment du RMI- pour attribuer leurs aides extralégales.

RMI et effets désincitatifs sur l’offre de travail

Il est question de savoir la complexité de notre système et les effets de seuils => enfermer les
personnes qui en bénéficient dans leur situation de non emploi et de précarité ?
Peut-on mettre en lumière des phénomènes de « trappes à inactivité » ?

La trappe à inactivité : c’est une situation où la reprise d’un emploi faiblement réménuré par un
allocataire de minimum social conduit à une stagnation, voire une diminution, du niveau de vie, de
telle sorte que celui-ci pourrait préférer demeurer dans le dispositif d’assistance.
Le terme de « préférence » n’est pas un jugement moral porté sur le comportement des individus
concernés mais plutôt une analyse coûts-bénéfice.
C’est un terme employé par les économistes.

Le travail n’étant pas suffisamment rémunérateur, les bénéficiaires de minima sociaux se trouve en
quelque sorte, pris au piège d’un système où les allocations perçues deviennent des « maxima
indépassables » (Martin Hirsch dans son rapport sur la pauvreté des familles).

Empiriquement, les personnes ne choisissent pas de rester dans l’assistance :


→ elles n’ont pas une préférence explicite pour l’inactivité
→ simplement, l’ensemble des contraintes et des frais à engager pour retrouver le chemin de
l’emploi constituent parfois des obstacles insurmontables.

Une forme ancienne d’incitation à la reprise d’activité : les mécanismes d’intéressement.


Dès 1988 pour inciter les bénéficiaires du RMI à rejoindre le monde du travail.
Le montant du RMI demeure volontairement faible et un mécanisme d’intéressement à la reprise
d’activité est prévu : avec possibilité de cumuler, dans une certaine mesure et pour un temps limité
(3 puis 6 mois), l’allocation avec un revenu du travail.

Un tel mécanisme existe désormais pour 6 minima sociaux : RMI, AAH, API et ASS, allocation
d’insertion et allocation veuvage même si leur fonctionnement reste différent.

Tout ça pour dire que l’on va du RMI vers le RSA.

Le RSA
Il arrive 20 ans après la mise en place du RMI, il vise à corriger plusieurs faiblesses du système de
prestations sociales :
> manque de cohérence et de lisibilité de l’ensemble des transferts et prélèvements
> faiblesse des gains au retour à l’emploi,
> insuffisance des outils traditionnels de politique sociale ou salariale face au phénomène des
travailleurs pauvres.

Cette nouvelle prestation a ainsi vocation à lutter contre la pauvreté laborieuse et accroître
l’incitation à l’activité.

Il est proposé par la commission Famille, Vulnérabilité, Pauvreté, le RSA a été expérimenté dans 34
départements à partir de fin 2007 afin d’évaluer ses modalités pratiques de mise en œuvre et son
impact pour les bénéficiaires. Des conclusions ont été reprises dans un rapport au Parlement en mai
2009.
La loi qui a généralisé le RSA a été promulguée le 1 er décembre 2008 et ce nouveau droit à été
ouvert au 1er juin 2009.

Le principe du RSA est de compléter les revenus du foyer pour les porter à un niveau garanti
croissant avec les revenus d’activité et fonction des charges de famille. Il joue donc un double rôle :
> il assure un revenu minimal en cas d’inactivité (composante appelée RSA socle)
> il offre un complément de revenu pour les ménages modestes qui travaillent (composante appelée
RSA chapeau)

Au final, le RSA englobant (socle et chapeau) conserve les caractéristiques principales du RMI et de
l’API. IL est familialisé et différentiel, versé mensuellement sur la base des ressources du trimestre
précédent, son montant est revalorisé annuellement en fonction de l’inflation.

Quand les revenus d’activité progressent de 100, les prestations diminuent de 38 (contre 100 dans le
cas du RMI et de l’API) si bien que les ressources globales progressent de 62 (taux de cumul de
62%).

Les effets du RSA sur le revenu :

Le gain monétaire à l’activité augmente fortement avec le RSA, notamment pour les reprises à mi-
temps. Les couples monoactifs et les familles monoparentales, dont le gain à travailler était
relativement faible dans l’ancien système, voient désormais leur revenu disponible augmenté plutôt
significativement en cas de reprise d’activité.

En revanche, le gain de revenu disponible à la reprise d’emploi du deuxième conjoint est en baisse.
L’incitation à la participation au marché du travail a largement été accrue, le gain relatif au passage
d’un temps partiel à un temps plein a en revanche été réduit par rapport à la situation préexistante.

Le RSA modifie en profondeur le système de prestations sociales. A court terme, dans un contexte
conjoncturel très difficile, son rôle de soutien au revenu des travailleurs les plus modestes devrait
prévaloir. A long terme, ses effets incitatifs sur le retour à l’emploi dépendront :
→ des gains financiers permis par la réforme
→ du renforcement de l’accompagnement des bénéficiaires,
→ de la capacité à lever les obstacles non monétaires au retour à l’emploi (garde d’enfant et
mobilité par exemple)

L’évaluation de cette politique devra porter ses objectifs propres sur la lutte contre la pauvreté,
l’incitation à l’emploi et la simplification.

Mais aussi sur ses possibles effets non souhaités :


→ modération salariale,
→ incitation au temps partiel,
→ impact sur la biactivité et donc sur le travail féminin…

Questions à traiter pour l’examen :

Pourquoi la sécurité sociale connaît-elle de manière récurrente des difficultés de financement ?


Dans quelle mesure peut-on dire que les salariés supportent une partie de la charge des cotisations
patronales ?
Les cotisations sociales à la charge de l’emploi sont-elles effectivement supportées intégralement
par celui-ci ?
Quel est l’impact macroéconomique d’une variation des charges sociales sur les bas salaires ?
Les prestations de protection sociale sont-elles neutres sur l’offre de travail des individus ?

Chapitre 5 : Économie des retraites

Introduction
Le risque vieillesse provient de l’incertitude sur la durée de vie. Cette assurance vieillesse c’est la
composante majeure des transferts intergénérationnels. Pour rappel, nous sommes dans un système
de répartition et les régimes de retraites ont été principalement conçus à la fin du siècle passé ou au
début de ce siècle. Malgré un développement très important après la Seconde Guerre Mondiale.
En France, le régime général des salariés du secteur privé couvre 70 % de la population active :
ordonnance du 10 octobre 1945.
Les régimes pour travailleurs non-salariés (commerçants, artisans, professions libérales) en 1948 et
1952 (environ 10 % des actifs). Les régimes publics (20 % des travailleurs) sont plus anciens
encore.

Depuis la Seconde Guerre Mondiale, les transferts et la couverture de la population ont augmenté.
Aujourd’hui, en moyenne on est à 10,2 % du PIB européen.
Les causes de cette augmentation :
→ du fait de l’accroissement dans la générosité des pensions servies (au cours de 40 dernières
années, la part des dépenses de vieillesse dans la richesse nationale a augmenté de plus de 7 points).
→ avec le vieillissement démographique, les gouvernements de l’UE prévoient que cette part
pourrait atteindre une valeur moyenne de 13,3 % en 2040. Il s’agit de prévisions optimistes qui
intègrent déjà certaines réformes en cours.

La question des retraites est une des plus importantes auxquelles les pays d’Europe seront
confrontés dans les 50 prochaines années.

Le problème est d’abord démographique.


La croissance du rapport entre les retraités et les personnes actives s’explique par :
→ l’allongement de la durée de vie et → la baisse de la fécondité.

A moyen terme (2005-2035) ce rapport sera accru quand les générations nombreuses du baby-boom
seront à la retraite.

Le problème est aussi économique.


L’ampleur des déséquilibres dépendra de la situation du marché du travail.
Réduits si, durant cette période, l’Europe retrouve le plein emploi et si les taux d’activité augmente
en particulier pour les personnes de 55 à 65 ans.
Dans le cas contraire, c’est un problème.

La question des retraites traduit plusieurs conceptions de la société européennes :


Doit on rester sur un modèle social-démocrate où la retraire par répartition représente un facteur de
solidarité à l’intérieur du salariat ?
OU, un modèle citoyen où une retraite forfaitaire incarne la solidarité nationale ?
OU, un modèle libéral où la retraire par capitalisation représente le triomphe du capitalisme.

Il y a des réformes dans la plupart des pays européens. Généralement, on a 3 composantes :

→ Faire reculer l’âge de départ à la retraite.


Mais ici on a des réglementations que sur l’âge légal, et non sur l’âge effectif déterminé par la
situation du marché du travail et les choix d’emploi des entreprises ;
→ Réduire le montant des retraites publiques.
En réformant, par exemple, les règles de calcul et d’indexation des pensions. Mais cela fragilise les
systèmes de retraite et risque de plonger une partie des personnes âgées dans la pauvreté.
→ Inciter les salariés à compléter leurs retraites.
En ayant recours à des fonds de pensions mais le risque est grand que seule une partie des salariés
pourra se couvrir.
→ Réaliser des mesures de préfinancements,
Sachant que celles-ci supposent une hausse immédiate des prélèvements sur les salaires.

Toutes ces composantes sont conformes au principe de subsidiarité, ces réformes ont été conduites
dans un cadre national. Ajd, dans l’UE, le meilleur cadre de gestion des retraites c’est peut-être le
niveau européen.
Toutefois, la construction européenne a des implications pour les retraites :
→ la mobilité des travailleurs nécessite l’harmonisation des réglementations nationales,
→ le marché unique augmente les exigences de compétitivité et entraîne des risques de moins
disant social,
→ l’augmentation prévisible des dépenses publiques de retraites entre en conflit avec la stratégie de
diminution des prélèvements obligatoires et des dépenses publiques que veut impulser la
Commission.

La question des retraites commence à être discutée au niveau européen. La Commission et le


Conseil se sont saisis de la question et ont déjà produit plusieurs rapports.

Ce chapitre présente : la structure des régimes de retraite, leur impact économique, les enjeux posés
par le vieillissement démographique.

Section 1 : Typologie des régimes de retraites

Critères de classification des régimes de retraite :


Les systèmes de retraites peuvent être classés sur base de différents critères. On a plusieurs
croisements de ces critères proposés dans la littérature économique.
On peut dès lors faire une présentation rapides des principales caractéristiques des différents pilliers
possibles :

1) D’un point de vue institutionnel on distingue Régimes Publics VS Régimes Privés


1er pilier : Les régimes nationaux sont organisés par l’État
2e pilier : Les régimes privés d’entreprises ou régimes complémentaires liés à un emploi ou une
professionnel
3e pilier : Les régimes privés individuels

Les régimes professionnels perdent de l’importance car ils freinent la mobilité du travail :
Ils restent très importants en Allemagne, au Canada et en France (régimes spéciaux).

2) Dans la même lignée, on distingue Régimes Obligatoires VS Régimes Volontaires (choix d’y
adhérer)
Les régimes publics sont généralement obligatoires.
Les régimes privés peuvent être volontaires ou obligatoires (ex : régime professionnel au Canada,
UK)

3) En terme de financement on oppose Régime de répartition*VS régime de capitalisation**


- *les cotisations prélevées sur les actifs sont redistribuées aux inactifs de la période
- **les cotisations sont capitalisées et ristournée la période suivante + les intérêts. C’est souvent des
placements collectifs

Remarque : à cause des problèmes démographiques, les régimes de répartition sont de plus en plus
aidés par des fonds de réserve. Une partie des cotisations est capitalisée et mis sur les marchés
financiers.
En France, 30milliards d’euros soit 1,5 % du PIB, objectif de 2020 : 220Milliards d’euros.
La distinction entre répartition et capitalisation n’est pas aussi pure qu’elle y paraît.

4) Une distinction plus pure avec les régimes basés sur l’équité actuarielle* VS régimes basés sur
les transferts intergénérationnels**
- *valeurs actualisée des prestations : valeur actualisée des cotisations
- ** transferts entre actifs et retraités

5) En terme d’ajustements face aux variations de revenus, on distingue régimes à contributions fixes
ou définies* VS régimes à prestations définies**
- * les recettes sont fixées et les prestations s’ajustent
- ** les allocations sont définies et les cotisations s’ajustent.

La plupart des régimes publics sont des régimes à prestation définies.

6) En termes de philosophie du système on oppose régimes à philosophie commutative* VS


régimes à philosophie distributive**
-* les droits à la pension sont issus du travail et l’allocation est liées au salaire : régime bismarckien
ou régime d’assurance sociale
-** les droits à la pension sont lies à des qualités propres telle la citoyenneté, l’âge, et l’allocation
est indépendante du revenu : régime beveridgien

Rappel :
Bismarck : système contributif fondé sur le travail (assurantiel), obligatoire catégoriel
(antiselection), gestion professionnelle paritaire
Beveridgien : universalité (assurance/assistance), uniformité, unité d’organisation.

En fonction de la prépondérance des systèmes, on distingue deux grands modes de fonctionnement


en Europe :
→ les systèmes de type commutatif sont observés dans les pays d’Europe continentale
(Allemagne, Italie, Espagne, Belgique, France)
Ils comprennent un 1er pilier important (pensions liées au salaire et financement réalisé par
répartition)
Et avec un 2nd pilier faiblement représenté car les retraites du 1er pilier sont élevées.

→ les systèmes de type distributif sont observés dans les pays anglo-saxons et scandinaves
(Danemark, Pays-Bas, Angleerre, Irlande).
Le 1er pilier fonctionne par répartition mais octroie des pensions de base uniformes.
Pensions de base indépendantes du salaire et généralement faibles.
Le 2nd pilier professionnel est généralement obligatoire : il fonctionne essentiellement par
capitalisation.

En réalité, on constate une multiplicité de systèmes qui coexistent. Par exemple, au Canada, les
retraites sont partiellement assurées par l’État et par le privé.
Le système public c’est deux sous-régimes :
> la sécurité vieillesse offre un minimum beveridgien à tous les retraités ayant vécu au moins 18 ans
au Canada.
> le CPP (Canadian Pension Plan) offre une allocation proportionnelle au salaire (environ 25%)
> le premier régime est financé par l’impôt
> le second par les cotisations de retraite.

A côté de cela, les régimes professionnels sont obligatoires pour une majorité des résidents.

En Europe on a aussi une distinction relativement floue.


Ex au Pays bas avec le système distributif avec un 1er pilier très fort et un 2nd pilier facultatif.
Dans certains pays, le 2nd pilier peut être partiellement obligatoire malgré un 1er pilier important.

La France possède un système globalement commutatif (prestation d’assurance vieillesse) avec une
sorte de 2nd pilier qui concerne des groupes de travailleurs :
- AGIRC pour les cadres
- ARRCO pour l’ensemble des salariés du secteur privé,
- régimes spéciaux des chemins de fer, des mines etc.
Le 2nd est obligatoire et fonctionne essentiellement par répartition (même si la part des fonds de
pension augmente).

L’importance des 1er et 2nd piliers a, pendant longtemps, rendu le recours au 2e et 3e pilier facultatif
et généralement peu important. Aujourd’hui, les avantages fiscaux poussent les travailleurs âgés à
se tourner vers les plan d’épargne-pension individuels et collectif (retraites d’entreprise).

Ces piliers privés fonctionnent principalement par capitalisation et repose sur le mécanisme des
fonds de pension :
> les travailleurs ou les employeurs versent des cotisations sur un compte individuel qui sera
alimenté jusqu’au départ à la retraite.
> la récupération du capital se fait alors sous forme de rente viagère (supplément de revenu versé
jusqu’au décès) ou sous forme d’un versement en capital

Section 2 : Fonctionnement du système de retraite en


France
Description générale :

En France, le principe de versement de la retraite est celui de la rente viagère (ou de la pension de
réversion) et l’âge légal de départ à la retraire est de 62 ans depuis 2010. Mais il y a quand même
des dérogations.

Pour avoir droit à une retraite à taux plein (sans décote) il faut aujourd’hui 172 trimestres de
cotisation (43 ans)
Le principe de financement est celui de la répartition :
> les engagements des pensions futures ne sont pas provisionnés car les 1eres cotisations ont servies
à payer directement les pensions des retraités de l’époque.

L’ensemble de la population couverte par l’assurance vieillesse : soit par un régime professionnel,
soit par la solidarité nationale à travers le minimum vieillesse.

Suivant les secteurs et les professions, la couverture est assurée : soit par un régime de base et un
régime complémentaire, soit par un seul régime exerçant les deux fonctions.

Le système est complété par un minimum vieillesse pour tout individu de 65 ans et + dont les
ressources sont inférieur à un certain seuil (9600€ pour une personne seule, et 14904€ pour un
ménage).

Le régime est entièrement financé par répartition, le fonctionnement de type prestations définies, le
régime assurantiel (type bismarckien) avec l’obtention et le montant de la pension sont liés à la
participation au marché du travail. Il y a l’existence d’un caractère redistributif lié au plafond de la
sécurité sociale et aux avantages non contributifs (chômage, enfants,…)
On est face à une structure très complexe liée à la coexistence de nombreux régimes.

Calcul de la retraite dans le régime général

Le droit de la pension acquise est calculée en rapport avec la contribution passée. Les règles
applicables pour le calcul des pensions sont très variables selon les régimes.

Pour les salariés du privé, artisans, commerçants (70 % de la population ) :


Pension = Taux de remplacement X Salaire Annuel Moyen X D/Dlégale (l’entièreté des trimestres
cotisés, ou pas)

Le taux de remplacement est de 50 % du SAM si les conditions de durée d’assurance ou d’âge de


liquidation sont respectées.
SAM ; Salaire Annuel Moyen des 25 meilleures années plafonnées
D est la durée de cotisation effective mesurée en trimestre
Dlégale est la durée de cotisation permettant d’obtenir une retraite à taux plein. Elle varie de 160 à
172 trimestres.

Une décote (variant de 1,25 à 0,625 point de pourcentage par trimestres manquants) est appliquée
en cas de non respect des conditions d’âge ou de durée d’assurance.
Par contre, il y a l’existence d’une majoration de 1.025 point pour tout trimestre travaillé au-delà de
65 ans.
On a une revalorisation des pensions sur le coût de la vie (indice des prix).

Le taux de cotisation est fixé à 15,35 % du salaire brut (6,85 % pour salarié et 8,5 % pour
employeur)

Calcul de la retraite dans les régimes complémentaires (ARRCO et AGIRC)

Cette retraite du régime général est complétée par une retraite complémentaire obligatoire versée
par l’un des organismes fédéré dans l’ARRCO ou l’AGIRC.
La retraite complémentaire c’est en moyenne 40 % de la pension touchée par un retraité.
Le fonctionnement se fait par points : les salariés achètent chaque mois des points au travers de
leurs cotisations qui détermineront la valeur de leur retraite complémentaire.
- Fonction du plafond mensuel de la Sécurité sociale : 3170€ en 2015.
- Fonction de leur salaire

On distingue :
→ les non cadres (Arrco)
→ les cadres (Arrco pour un salaire inférieur au plafond de la sécurité sociale puis Agirc pour des
salaires supérieur au plafond)

On distingue entre le taux contractuel et le taux appelé.


→ Le taux contractuel est celui qui appliqué au salaire va donner le montant de la cotisation
effectivement versée : majorée de 25 % pour l’équilibre du régime tenant compte de l’évolution
positive de l’espérance de vie.

Au 1er janvier 2019 on a la fusion des deux régimes en raison de coûts de gestion et pour simplifier
les choses.
On a des changements :
> les points deviennent des points agirc-arcco
> les points agirc sont multipliés d’un coefficient égal à 0,3477911548
> le statut ne rentre plus en ligne de compte (cadre/non-cadre) : à salaire égal, cotisations égales

Calcul de la retraite pour les fonctionnaires

Pour les fonctionnaires, le calcul de la retraire est beaucoup plus simple :


Pension = 0,75 x 6 derniers mois x Min (1, D/Dlégale)
Caisse unique financée sur le budget de l’État.
La durée légale varie de 160 à 172 trimestres selon la génération (aligné sur le privé en 2008).
La pension est proportionnelle aux 6 derniers mois + primes.
Chaque année de cotisation donne droit à une annuité de 2 % (soit 75 % à partir de 37,5 ans de
cotisation).
On a une application d’une décote pour chaque trimestre manquant à partir de 2006. Les pensions
sont indexées sur l’évolution des salaires publics jusqu’en 2003 puis sur les prix.

Section 3 : Analyse économique de la question des


retraites
Section 3.1 : Rendement macroéconomique des régimes
de retraites
Principe du modèle à générations imbriquées :

Le rendement macroéconomique des régimes de retraites dépend de leur mode de financement.


Pour comparer la répartition et la capitalisation, considérons que les individus vivent deux périodes,
une période d’activité et une période de retraite.
Cette décomposition est à la base du modèle à générations imbriquées en théorie économique
étudiée par Samuelson en 1958, Diamond en 1965 ou Allais en 1947.
On y suppose que l’économie a une durée de vie infinie mais que les agents qui la peuplent ont une
durée de vie finie.

A chaque période, on a donc plusieurs cohortes d’individus en présences :


Notations :

Nt-1 : générations de la période t-1, qui travaille en t-1 et part à la retraite en t.


n : taux de croissance démographique (donc Nt = Nt-1(1+n))
τ : taux de cotisation retraite
bt : allocation retraites
wt : est le revenu salarial en t (les salaires augmentent avec la productivité et progressent au même
rythme que le PIB à taux constant g : wt = wt-1(1+g)
r : est le taux d’intérêt équivalent au rendement moyen observé sur les marchés financiers

Quand la répartition est-elle plus avantageuse que la capitalisation ?

Condition comptable (Aaron 1956)


Dans ce cadre simple à deux générations, on peut dégager la condition comptable sous laquelle un
régime de répartition est plus avantageux qu’un régime de capitalisation :

1) en répartition :
Les cotisations versées par les jeunes sont intégralement distribuées aux vieux de la période. La
contrainte budgétaire s’écrit donc :

Si le taux de croissance de la population augmente mais également si le taux de cotisation et le


salaire moyen augmentent, alors le montant des retraites est plus élevé.

2) en capitalisation :
Les vieux reçoivent le montant des fonds investis la période précédente et majorés des intérêts :

Le rendement des cotisations est identique au rendement de l’épargne. La capitalisation pure


satisfait le principe d’équité actuarielle.

3) en comparaison :
Le système de répartition est plus avantageux que le système de capitalisation si, pour un un taux de
cotisation donné, il génère des allocations retraites plus importantes :
La répartition est plus intéressante lorsque la croissance biologique est supérieure au taux d’intérêt.

Comparons les données :


Dans les années 70, le taux de croissance des salaires moyens + le taux de croissance de la
démographique laissent à penser que la répartition faisait mieux. Depuis les années 90 les marchés
financiers font nettement mieux : capitalisation. On pourrait alors penser que les réformes doivent
aller vers plus de capitalisation.

Limites du modèle :

1) la capitalisation engendre une forte incertitude quant au rendement des placements.


Avec l’éclatement des bulles financières, on constate aujourd’hui un effondrement des cours
boursiers.
Des taux de rendement largement négatifs (-40%) sont fréquents, même sur les fonds communs de
placement.
La répartition n’offre qu’un très faible rendement mais ce rendement est relativement sûr.

2) les régimes de répartition sont compliqués à inverser.


Une fois en place, il faut sacrifier une génération pour repasser à la capitalisation :
→ des jeunes doivent cotiser deux fois (pour les vieux et pour eux-mêmes)
→ ou des vieux doivent être privés d’allocations.

3) ces rendements macroéconomiques doivent être appréhendés comme des rendements moyens.
Au niveau individuel ou professionnel, les régimes de retraites engendre une redistribution entre les
agents (du fait des plafonds et des planchers dans les prestations).

Section 3.2 : Retraites, épargne et accumulation du


capital

Pour aborder l’impact microéconomique ou macroéconomique des régimes de retraites :


> il faut comprendre la façon dont les agent arbitrent entre besoins présents et besoins futurs.
Pour ce faire, on reprendre notre modèle de choix de consommation intertemporel. On le modifie
afin d’intégrer un système de retraite publique en complément de l’épargne privée.

Sans régime de retraite, l’individu perçoit un salaire en période d’activité puis aucun revenu en
période de retraite.
La contrainte budgétaire intertemporelle s’écrit alors :
Rappel :
c = consommation de 1ere période
d = consommation de 2e période
w = salaire
s = épargne
r = taux d’intérêt

Introduisons un régime public de retraite obligatoire. Ce régime consiste à prélever une cotisation
sur les travailleurs (au taux τ) et à verser une allocation de retraite (b), ou une pension aux
personnes âgées.

L’effet sur la contrainte budgétaire s’écrit comme suit :


1ere période : w (1-τ) = c+s
2e période : d = s(1+r)+b

En substituant la 1ere relation dans le 2nd on obtient :

La somme des dépenses de consommation, en valeur actualisée, est = à la somme des revenus nets,
en valeur actualisée.

En isolant les effets du système de retraite, la contrainte budgétaire se réécrit également de la


manière suivante :

Dans le revenu total, le premier terme est celui obtenu sans régime de retraite. Le second terme est
l’effet du système de retraite sur le revenu des agents.
Si le rendement du régime de retraite est inférieur (ou supérieur) à celui de l’épargne, le régime de
retraire réduit (ou augmente) le pouvoir d’achat des agents.

Seul, un système actuariellement neutre ne modifie pas le pouvoir d’achat des individus.

Pour simplifier, considérons que le système est actuariellement neutre : w (1-τ)(1+r) = b


Ici, la contrainte budgétaire est strictement équivalente au cas sans système de retraite.
Sans cette hypothèse, le régime de retraite modifie le revenu du cycle de vie des individus.
La fonction d’utilité (les préférence) est également équivalente de sorte que l’optimum est identique
au cas sans retraite.
La seule différence est que l’épargne individuelle est moindre pour deux raisons :
→ la cotisation réduit le salaire de première période
→ la retraire réduit les besoins d’épargne.

L’impact macroéconomique du régime de retraite va cependant dépendre du mode de financement.

1) par capitalisation
Ici, les cotisations sur le revenu sont investies et procurent le même rendement que l’épargne. On a
une parfaite substituabilité entre les 2 formes de placement.
Ici, les individus vont diminuer leur épargne privée du montant de la cotisation qui leur est imposée.
Comme les cotisations sont également investies sur les marchés financiers, ce système n’a à priori
pas d’impact sur l’accumulation de capital.

Exemple, supposons que le revenu avant retraite soit de 100 et que les agents épargnent librement
25 : ils investissement donc 25 sur les marchés financiers. Avec une cotisation (épargne forcée) de
15, les agents n’épargnent plus que 10. Ils investissent 10 sur les marchés financiers, l’État investit
15 : l’accumulation de capital n’est pas modifiée puisqu’elle est toujours à 25.

Autre exemple, il se peut que le montant de la cotisation imposée par l’État dépasse l’épargne
optimale des individus (par exemple 30). Ces derniers souhaiteraient alors emprunter (épargne
négative) pour rester à l’optimum de consommation. Dans nos sociétés, généralement impossible
d’emprunter sur base de revenus de remplacement. Donc les individus sont contraints par les
liquidités : ils sont forcés à l’épargne nulle.
Dans ce cas, le système par capitalisation conduit à davantage d’accumulation de capital que la
solution de marché.

Dans notre exemple, si la cotisation est de 30, les agents souhaiteraient épargner (emprunter 5) : ils
ne peuvent généralement pas effectuer cette opération et l’accumulation de capital est stimulée :
l’État investit 30 sur les marchés financiers.

En conclusion, un régime de retraite par capitalisation a un effet nul ou positif sur l’épargne
nationale.
Cela peut s’avérer utile :
→ en régime de sous-accumulation (épargne nationale trop faible)
→ lorsque le taux d’intérêt est supérieur à la croissance.

Dans ce cas, la capitalisation se traduira par une augmentation de croissance économique en


augmentant le capital par tête de l’économie. Notons que lorsque le taux d’intérêt est élevé, la
capitalisation est intéressante pour les individus.

2) par répartition :
Les cotisations des travailleurs sont redistribues intégralement aux retraités de la période. Le régime
de répartition va diminuer l’épargne privée des agents de la même façon qu’un régime de
capitalisation.
La grande différence c’est que les cotisations ne sont pas capitalisées mais intégralement distribuées
dans la même période. Seule l’épargne privée est investie sous forme de capital physique : ce
système réduit donc le stock de capital physique de l’économie.

1Ere conclusion : lorsque l’économie est en sur-accumulation, un système de retraite par répartition
peut donc servir à atteindre la règle d’or et augmenter ainsi le bien être de toutes les générations :
La règle d’or de Phelps (règle d’or de l’accumulation) désigne une loi économique démontrée par
Edmund Phelps après avoir été décrite par Maurice Allais en 1947.
C’est : à la nécessité, pour maximiser la croissance économique et respecter entre les générations la
règles éthique de faire à autrui ce qu’on voudrait qu’autrui nous fasse, de rémunérer les capitaux
selon un taux d’intérêt équivalent au taux de croissance de la population. - croissance
démographique et niveau des taux d’intérêt doivent être identiques en volume.

Notons qu’en sur-accumulation du capital : le taux d’intérêt est inférieur au taux de croissance.
Donc le régime de répartition augmente aussi la richesse des agents.
Dans notre exemple, l’État prélève 15 et redistribue ces cotisations aux retraités contemporains.
Seule l’épargne résiduelle de 10 est investie sur les marchés financiers : l’accumulation du capital
est freinée.
Un régime de répartition freine l’accumulation ce qui s’avère intéressant en sur-accumulation de
capital (épargne nationale trop importante), lorsque la croissance est > au taux d’intérêt.

Au moment où les systèmes de retraites ont été mis en place, la croissance démographique et
économique étaient fortes. Les taux d’intérêts étaient bas.
On peut penser que l’économie de marché conduisait à la sur-accumulation, ce qui justifiait la
répartition. Aujourd’hui, ce n’est plus vraiment le cas.

Dans les années 90 : les taux d’intérêts dépassaient de loin les taux de croissance. Pourrait-on
abandonner la répartition au profit de la capitalisation ? La réponse est négative car adopter la
capitalisation nécessiterait de sacrifier une génération :
> celle des actifs qui devraient cotiser à la fois pour les âgés, et pour eux-mêmes.
> ou celles des âgés qui ne recevraient pas d’allocation alors qu’ils ont cotisé.
> « Free lunch » en anglais : 1ere générations de retraités qui reçoivent les allocations sans avoir
cotisé, à contrario : coût du free lunch.

Section 4 : Retraites et vieillissement de la population


Aujourd’hui, les systèmes de retraites sont menacés par le vieillissement de la population. Le
problème des retraites provient :
→ de la faiblesse des taux de fécondité depuis les années 70,
→ de l’allongement de la durée de la vie,
→ du déplacement progressif des générations du baby boom dans la pyramide des âges.
Le taux de fécondité baisse.

Caractéristiques démographiques :

Le seul de renouvellement (ou de remplacement) des générations :


→ le nombre moyen d’enfants par femme nécessaire pour que chaque générations en engendre une
suivante de même effectif est au minimum de 2,05 enfants par femme, soit 205 enfants pour 100
femmes. Parce que pour 105 garçons, il naît 100 filles.
Les seuils réels sont supérieur à ce minimum en raison de la mortalité entre la naissance et l’âge de
procréation. Dans les pays développés, cette mortalité juvénile est devenue très faible et le seuil de
renouvellement est de l’ordre de 2,10 enfants par femme. Un pays dont le taux de fécondité se
maintient durablement en dessous de ce seuil verra sa population diminuer en l’absence
d’immigration.
L’espérance de vie à la naissance augmente. Aujourd’hui, on compte sur le taux migratoire.

Remarque : on peut se demander dans quelle mesure l’instauration des régimes de répartition n’a-t-
elle engendré la baisse de son rendement.

1) La répartition entraîne une baisse de l’épargne et du stock de capital ; à terme, ceci


provoque une augmentation du rendement du capital (le taux d’intérêt).
Mieux vaut un bon placement qu’un salaire supplémentaire dans le ménage ce qui diminue l’intérêt
au travail et ce qui crée du non-cotisant.

2) Les systèmes de retraites ont modifié le rôle des enfants dans la famille.
En début de siècle, les enfants étaient perçus comme une assurance-vieillesse. Ils contribuaient très
tôt aux ressources familiales et prenaient en charge leurs parents en fin de vie. Aujourd’hui, les
enfants sont économiques perçus comme des biens de consommation et commencent leur vie active
de plus en plus tard.
Les parents arbitrent davantage entre la qualité et la quantité des enfants ; les taux de fécondité
baissent.

Causes de l’accroissement de la part des dépenses de retraite dans le PIB :


Il existe 3 causes qui permettent d’expliquer l’explosion de la part des retraites dans le PIB :
→ la démographie, l’extension de la couverture et l’augmentation des prestations.

Notons :
Ntot : population totale
Nret : population en âge de la retraite
Nben : nombre de bénéficiaire d’une retraite
Y : revenu national
B : masse des pensions

On peut décomposer l’augmentation totale comme suit :

Le 1er facteur mesure l’effet démographique : individus de 65 ans et + sur la population totale.
Le 2e facteur mesure l’effet de maturité : nombre de bénéficiaires sur nombre d’individus de 65 ans
et +
Le 3e facteur mesure l’effet de générosité : prestation moyenne par bénéficiaire rapporté au PNB par
tête

On se demande quelle est l’importance relative de ces facteurs ?


En moyenne, chacun des facteurs est responsable pour un tiers environ de l’effet total.
Cependant, il y a des écarts importants selon les pays, sauf pour l’effet démographique.
On constate donc que le vieillissement n’est pas un phénomène nouveau : il explique environ 30 %
de la progression des dépenses de retraites sur le passé. L’effet démographique a joué de façon
homogène entre les pays.

Section 5 : Immigration et vieillissement

Récemment, le débat s’est focalisé sur le rôle que pouvaient jouer les migrations afin d’atténuer les
effets du vieillissement démographique. Plutôt que sur le taux de fécondité, la variable immigration
présente l’avantage d’avoir un effet immédiat en raison des caractéristiques des nouveaux arrivants
(plus jeunes, fécondité plus élevée).
L’apport migratoire permet de ralentir le vieillissement démographique par un effet direct via
l’excédent migratoire, et par un effet à moyen terme sur l’accroissement naturel de la population
d’accueil via le développement des naissances étrangères.
Le rapport des Nations Unies (2000) montre toutefois que le recours à la migration ne peut
raisonnablement résoudre toute la problématique du vieillissement. Il apparaît que, pour stabiliser le
ratio de support démographique (les 15/64 ans, 65 ans et plus) :
→ L’union européenne devrait multiplier par 50 son flux d’immigration annuel et les États par 15,
la situation du Japon et de la Corée est encore plus dramatique.

Tant les Nations Unies que l’OCDE aboutissent à l’idée que les soldes migratoires requis pour
stabiliser ce ratio de dépendance à son niveau actuel sont insoutenables à long terme.

Ces travaux purement démographiques apparaissent simplistes mais amènent toutefois à des
conclusions éclairantes :
> l’immigration massive n’est pas un remède contre le vieillissement démographique à long terme
car au fil des années on a un ajustement du comportement de fécondité des immigrées sur le celui
du pays d’accueil + le vieillissement des migrants.

Commissariat Général du Plan (2002) : le problème est l’allongement de l’espérance de vie dans
l’explication du phénomène de vieillissement des populations (même immigrées).
Dit autrement : le recours à l’immigration de masse risque de générer une dynamique de population
explosive à long terme.

Ce débat sur l’immigration de remplacement déplacé sur celui de la sélection des immigrés. 2
arguments sont généralement avancés pour une telle politique d’immigration :

1- un système de quotas permet d’assurer une meilleure adéquation entre l’offre et la demande de
main d’œuvre étrangère (technologies de l’information, santé…)
De plus, la sélection d’entrants qualifiés s’accompagne d’une augmentation du capital humain
disponible dans l’économie, facteur de plus en plus important pour les « économies de la
connaissance ».

2- un argument relatif à la contribution nette des immigrés aux finances publiques.


De nombreuses études montrent qu’en moyenne, les migrants contribuent moins aux recettes de
l’État que les natifs et perçoivent plus de prestations. Les travaux de Xavier montrent que les
données françaises mettent en évidence une contribution nette moyenne d’un immigré d’âge actif
sensiblement inférieure à celle d’un natif.

Cette différence de contribution nette aux finances publiques entre les natifs et les immigrés
s’observe sur la période de la vie active (entre 20 et 65 ans)
Explications : divergences au niveau des prélèvement, le total d’impôts et de taxes versés par un
immigré âgé de 40 ans est inférieur de près de 25 % par rapport au montant acquitté par un natif du
même âge.

Après 65 ans, les transferts moyens reçus par les immigrés sont inférieur à ceux natifs. Une moindre
utilisation du système de santé (avec potentiellement un retour au pays d’origine après la vie
active), des pensions de retraite plus faibles (en raison d’une carrière professionnelle moins remplie)

Conclusion : la contribution des immigrants aux recettes et aux dépenses dépend de leurs
caractéristiques par rapport à celles des autochtones. En conséquences : une immigration
« choisie » ?

Problèmes et incertitudes
Si tous les pays industrialisés mettent en place une politique migratoire de remplacements
sélective : les pays en développement deviennent les fournisseurs de capital humain à l’échelle
planétaire : on a une intensification du phénomène de « fuite des cerveaux », ce qui conduit à la
création d’une situation de demande excédentaire (avec pas assez de candidats à la migration).
Les implications en termes d’écart Nord-Sud sont évidemment à craindre.

Conjuguées aux politiques canadiennes, australiennes et américaines, les politiques européennes ne


risquent-elles pas de se heurter à une insuffisance de l’offre internationale de main d’œuvre
qualifiée ?

Quelles sont les répercussions d’une sélection plus dure sur la fuite des cerveaux et la situation de
certains pays en développement ?

Autres questions : comment réduire la discrimination à l’embauche des immigrés et faciliter leur
intégration ?
Aujourd’hui, il est communément accepté que les immigrés occupent les emplois des natifs, les
études empiriques démontrent que l’effet de l’immigration sur le taux d’emploi et sur les salaires
des natifs sont très faibles.

Les pays européens ont-ils vraiment la possibilité de contrôler la qualification des entrants ?
Cf : l’élargissement de l’UE vers l’Europe de l’est : une entrée massive d’immigrés non qualifiés.
Peut-on raisonnablement contrer les effets de réseaux (un migrant vient en France parce qu’il a de la
famille ici) qui expliquent pourquoi l’histoire migratoire des pays d’accueil exerce un effet
structurant sur l’autosélection des futurs candidats ?

Seule une maîtrise de tous ces problèmes peut aider à la conception d’une politique coordonnée et
d’un accord de coopération entre pays qui soient profitables à tous.

Section 6 : Réformes des systèmes de retraites


Conditions d’équilibre d’un système de retraite par répartition

Taux de cotisation : ration de dépendance x ratio de remplacement


Si W : 10 000€ en fin de carrière par mois et que b=200€, pas de problème. Mais, conséquences : à
niveau de générosité constante, l’augmentation du nombre de retraités au cours des prochaines
décennies conduire à des besoins de financements du système de retraite. Il n’existe que 3
instruments permettant d’équilibrer le système de retraite par répartition :
> hausse du taux de cotisations
> modification du ratio du nombre de retraités au nombre d’actifs
> réduction de la générosité des pensions

Les possibilités de réformes du système de retraite

On distingue :
> les réformes paramétriques (changer les règles de calcul afférentes aux régimes de retraire par
répartition)
> les réformes structurelles (modifier le système et changer ses principes de fonctionnement)
Plusieurs pistes peuvent être comparées mais aucune ne fait l’unanimité :
→ chaque piste de réforme pénalise un groupe de population par rapport aux autres.

Les réformes paramétriques:


On peut discuter de,

1) l’augmentation des cotisations : avec pour objectif de garantir les revenus des retraités mais qui
risquent de pénaliser l’activité économique (actuellement les taux de cotisations sont environ à
25 % du salaire brut)

2) la baisse des prestations : risque de mener une partie de la population âgée en dessous du seuil
de pauvreté. La Banque Mondiale préconise de baisser les retraites des plus riches (une diminution
sélective) :> rapprochement du système commutatif et du système beveridgien.
En conséquence, on peut avoir une chute du rendement du système public pour les tranches de
revenus élevées.
Il peut s’ensuivre des pressions pour sortir du système, pour rendre le système volontaire.

3) augmenter la durée de cotisation avec deux leviers : soit en relevant l’âge légal de la retraite, soit
en incitant les travailleurs à rester plus longtemps sur le marché du travail.
Ces réformes sont impopulaires en France. On proclame que la réduction de l’activité est une
utilisation possible des gains de productivité.
C’est vrai si on accepte de ne pas utiliser ces gains pour augmenter les prestations. En d’autres
termes, les prestations doivent baisser par rapport aux salaires (baisse des taux de remplacement).
Les politiques de relèvement de l’âge de la retraite sont tributaires de la situation du marché du
travail.
Mais avec la sortie des générations du baby boom et la qualifications moyennes des cohortes
successives fait que l’augmentation de l’âge de la retraite apparaît toutefois comme une piste
intéressante.

Les réformes structurelles :


On peut discuter de,

1) Une réduction de la dette publique

2) Créer des fonds de réserve en capitalisant une partie des cotisations du premier pilier :
→ transfert de l’incertitutde vers les rendements des marchés financiers
→ création du fond de réserve en France en 2000
→ objectif de 2020 = 220 milliards d’euros, actuellement 30 milliards soit 1,5 du PIB
→ Les USA ont un objectif de 6000 milliards de dollars pour 2024
→ Les japonais ont un fond de 36 % du PIB

3) Inciter à la capitalisation privée : la moindre générosité des régimes publics par répartition =
une incitation implicite à recourir aux régimes privés supplémentaires.
Seuls les catégories les plus favorisées utilisent cette possibilité
Idéalement, ces différentes pistes doivent être analysées au regard de l’équité entre générations.

Les réformes récentes du système de retraite en France

La réforme Balladur de 1993 : elle concerne la loi du 22 juillet 1993 qui réforme le régime
général (salariés) et les trois régimes alignés (salariés agricoles, artisans, industriels et
commerçants).
La durée de cotisation (retraite à taux plein) est progressivement passé de 37,5 années à 40 années.
Aussi, le salaire moyen de référence se base sur les 25 meilleurs années et non plus sur les 10
meilleures.
La revalorisation annuelle des pensions = est une fonction de l’indice des prix à la consommation et
non plus selon l’évolution générale des salaires.

Une étude du CNAV en 2008 constaté que suite à la réforme Balladur que le versement de pensions
est moins élevées pour l’ensemble des retraités présents en 1994 et 2003, et que pour les salariés il y
a une baisse du taux de remplacement (ratio entre le total des pensions versées la première année de
retraite et le dernier salaire annuel perçu).

La création du fond de réserve pour les retraites de 1999


La loi de financement de la sécurité sociale pour 1999 crée le fond de réserve pour les retraites. Ce
fonds doit placer ses actifs sur les marchés financiers afin de constituer une réserve financière de
220 milliards d’euros à l’horizon 2020. A cette date, les générations du baby-boom devraient être à
la retraite. Les buts : → amortir les conséquences de ces nombreux départs, → lisser sur une longue
période l’évolution des taux de cotisation du régime général et des régimes alignés.

La création du Conseil d’Orientation des Retraites (COR) en 2000


Le COR est une instance indépendante et pluraliste d’expertise et de concertation, chargée
d’analyser et de suivre les perspectives à moyen et long terme du système de retraite français.
Diagnostics et propositions sur :
> l’équilibre financier,
> le montant des pensions,
> l’âge et la durée d’assurance,
> la redistribution,
> etc.

Les arbitrages financiers permettant l’équilibre financier du système en 2050

La réforme fillon de 2003


La loi du 21 août 2003 réforme l’ensemble des régimes de retraite, à l’exception des régimes
spéciaux. Les principales mesures sont :
→ entre 2004 et 2008 alignement progressif de la durée de cotisation des fonctionnaires sur celle
des salariés du privé (de 37,5 ans à 40 ans)
→ à partir de 2009, allongement progressif de la durée de cotisation pour tous afin d’atteindre 41
ans en 2012
→ création d’un mécanisme de décote (baisse de la pension quand l’assuré prend sa retraite avant
d’avoir la durée de cotisation requise) et de surcote (augmentation de la pension quand l’assuré
prend sa retraite avant d’avoir la durée de cotisation requise) et de surcote (augmentation de la
pension en cas de départ retardé)
→ création d’un dispositif de départ anticipé (avant 60 ans) pour les carrières longues (début en 14
et 16 ans durée requise)

On a également deux nouveaux dispositifs d’épargne retraite :


> un produit d’épargne individuel : le plan d’épargne retraite populaire (PERP)
> un dispositif collectif : le plan d’épargne pour la retraite collectif (PERCO)

On a également une limitation du recours aux pré-retraites et une indexation des pensions des
fonctionnaires sur les prix et non plus sur le point de la fonction publique.

Le bilan est mitigé. On est pas parvenu à retarder le départ à la retraite (le taux d’emploi des 55-64
ans reste faible) mais en revanche, les mesures destinées à cesser le travail plus tôt ont rencontré un
franc succès.

La réforme des régimes spéciaux de 2008


Elle concerne deux types de régimes :
> les régimes des établissements publics à caractère industriel et commercial gérant un service
public (EDF, GDF, SNCF, RATP, Banque de France, Opéra national de Paris, Comédie française)
> les professions à statut (clercs et employés de notaires)

On a trois principes directeurs :


→ le passage progressif de la durée de cotisation de 37,5 ans à 40 ans,
→ l’instauration d’un mécanisme de décote/surcote et,
→ une indexation des pensions sur l’évolution des prix.

La réforme Woerth de 2010


La loi du 9 novembre 2010 qui donne des mesures liées aux droits des assurés et des dispositions
relatives à la prise en compte de la pénibilité et des interruptions de carrière.
Le relèvement progressif de l’âge légal de départ à la retraite pour tous (public/privé/régimes
spéciaux)
L’âge d’une retraite à taux plein (sans durée de cotisation requise) de 65 à 67 ans.
Les salariés ayant commencé avant 18 ans peuvent partir à la retraite plus tôt, sous réserve d’avoir
la durée de cotisation requise pour leur génération, plus 2 ans.
Concernant l’usure professionnelle ou l’incapacité physique si elle est supérieure ou égale à 20 %,
l’âge légal de départ à la retraite reste fixé à 60 ans et aucune décote ne leur est appliquée.
Les jeunes en chômage non indemnisé pourront valider jusqu’à 6 trimestres (au lieu de 4), et pour
les femmes l’indemnité journalière perçue pendant le congé maternité compte pour le calcul de la
pension. De nouvelles recettes financières sont instaurées :
→ une augmentation de la tranche la plus élevée de l’impôt sur le revenu (41 % au lieu de 40%),
→ une augmentation des taxes sur les stock-options et les retraites chapeaux, etc.

La réforme a subi quelques aménagements en 2012 avec une accélération des réformes.

La réforme Touraine de 2014


On a un allongement de la durée de cotisation jusqu’à 43 ans (172 trimestres) pour les personnes
nées en 1973 et après.
Une création d’un compte-temps pénibilité devenu le compte professionnel prévention. Novuelles
modalités de validation des trimestres.

Pour conclure, les réformes des retraites consistent en une augmentation de la durée de cotisation
nécessaire pour obtenir une pension de retraite à taux plein. C’est bien le trait commun pour la part
la plus significative de toutes ces réformes.
Pourtant, la soutenabilité financière des régimes de retraite ne semble pas toujours assurée.

Section 7 : La réforme actuelle


Le constat sur le système de retraite :
Le système de retraite français est généreux et offre des taux de remplacement élevés en
comparaison internationale. Cela se traduit par un niveau de prélèvement et des taux de cotisation
important.

Les réformes passées ont permis de réduire significativement les déséquilibres financiers anticipés,
induits par le vieillissement de la population (COR, 2016).
Pour autant, il existe encore dans le système actuel des dysfonctionnements importants.

1) Encore de l’illisibilité, de la complexité et soupçonné d’injustice


Le système de retraite français se compose d’une multitude de régimes obligatoires fonctionnant
presque tous en répartition mais avec des règles de calcul des pensions différentes. A titre
d’exemples on a les 25 meilleures années pour le régime de base du privé, les six derniers mois
pour le traitement des fonctionnaires ou l’ensemble de la carrière pour les régimes complémentaires
du privé.
Ces règles disparates contribuent à l’illisibilité des droits : seulement 28 % des actifs savent
combien ils cotisent et 18 % combien ils percevront en pension de retraite (Soulat, 2017)
Cela peut également susciter un sentiment d’injustice, où certains assurés ont l’impression de devoir
cotiser plus que d’autres pour le même montant de pension. Pour autant, les taux de remplacement
effectifs à la retraite sont plus proches que ce que les différences de règles peuvent laisser croire
(Aubert et Plouhinec, 2017).

2) Un équilibre financier incertain


L’ensemble des « leviers » d’équilibrage ont été mobilisés par les réformes de 1993, 2003, 2010,
2014 :
→ hausse des prélèvements,
→ hausse de l’âge de départ en retraite, et
→ baisse du niveau de pension.

Ces réformes ont limité la hausse des dépenses de retraites découlant du vieillissement
démographique, mais l’équilibre de long-terme obtenu demeure dangereusement dépendant des
évolutions démographiques (baisse de la natalité, allongement de l’espérance de vie) et de la
croissance économique.

Pour un équilibre en 2050 il est nécessaire d’obtenir une croissance d’au moins 1,3 % par an. Tout
écart à cette cible donnera lieu à soit de forts déficits, soit une baisse très forte des taux de
remplacement. (c’est ce que dit le COR)
C’est un équilibre incertain à cause de l’indexation sur les salaires : les taux de remplacement
devraient être bas si la croissance des salaires est élevée. Mais également à cause de l’indexation sur
les prix (inflation) car plus la croissance des salaires est importante, plus le niveau relatif des
pensions diminue. (cf Blanchet, 2013 et Marino, 2014).
Aujourd’hui, l’équilibre financier du système ne peut être atteint que par hasard, si la croissance est
suffisamment élevée pour compenser exactement la hausse des dépenses liées au vieillissement de
la population. Si ce n’est pas le cas, d’autres réformes sont nécessaires : l’équilibre du système de
retraite n’est jamais vraiment garanti.

3) Des mécanismes redistributifs déficients

Le système de retraite français est globalement redistributif : une baisse des inégalités salariales
constatées sur l’ensemble du cycle de vie. Cette redistribution n’est pas effectuée par le coeur du
système mais par des dispositifs dits non-contributifs :
→ droits en cas d’accidents de carrière (chômage, maladie, etc.)
→ minima de pension (minimum contributif, minimum vieillesse, etc.)

A l’inverse, les études montrent que le coeur du système a un caractère anti-redistributif :


> avec la règle des 25 meilleures années et l’indexation du prix des salaires, ce sont les salariés qui
ont les carrières les plus ascendantes qui reçoivent une meilleure pension relativement à leur
cotisation
> les salariés aux fins de carrière difficiles sont pénalisés (Aubert et Bachelet, 2012)

Il serait donc possible d’obtenir un système solidaire à coût constant, si les dispositifs de solidarités
n’avaient pas à compenser un cœur anti-redistributif.

En conclusion, ces trois diagnostics plaident pour une réforme globale qui puisse rendre visible des
règles communes pour tous, comme souhaité par une grande majorité de Français (Masson et
Solard, 2017).

Quel système de retraite ciblé ?


On pourrait voir une réforme structurelle qui suit les lignes de comptes notionnels à la suédoise
(Bozio et Piketty en 2008), qui repose sur un système à point (Bichot, 2009) et discutée dans un
rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR, 2010).

Sensiblement identique : principes et arbitrages communs

1) Les principes de la réforme annoncée


Macron (engagement de campagne présidentiel) : « Nous créerons un système universel de retraites
où un euro cotisé donne les mêmes droits, quel que soit le moment où il a été versé, quel que soit le
statut de celui qui a cotisé ».

Il y a deux conséquences importantes :


→ l’unification des règles de calcul de pensions, avec les mêmes rendements pour les droits
contributifs,
→ l’unification des dispositifs de solidarité et leur séparation stricte avec la partie contributive.
Au delà de ces deux conséquences, d’autres caractéristiques essentielles du mode de calcul des
pensions découlent du principe d’une cotisation donnant les mêmes droits quel que soit le moment
où elle a été versée. Cela implique :
→ que l’ensemble de la carrière soit prise en compte de manière équivalente dans le calcul des
droits à la retraite.
→ que les droits accumulés, quelles que soit leur forme (points, euros, salaires portés au compte)
doivent être revalorisés au cours de la carrière sur la base du taux de croissance des salaires.

Dans le cas contraire, les droits accumulés en fin de carrière pèsent relativement plus que les droits
accumulés en début de carrière et ont donc un impact plus important sur le montant de pension à
liquidation.
De plus, l’objectif final de la réforme des retraites est de « stabiliser les règles du jeu, une fois pour
toutes ».
Cela implique des mécanismes permettant de garantir un équilibre financier de long-terme sous la
double contrainte démographique et économique et donc des règles d’ajustement explicites.
2) Les grands principes d’un systèmes de retraite en répartition bien conçu.
Le premier principe est le fait que le mode d’acquisition des droits à la retraite doit permettre de
garder la valeur relative des cotisations (ou des salaires) passés, et donc doit revaloriser les
cotisations avec la croissance des salaires.
Si ce n’est pas le cas, il n’est pas possible de garantir que chaque euro cotisé donne le même droit.
Cela crée en outre des redistributions à l’envers, favorisant les carrières ascendantes au détriment
des carrières moins dynamiques.

Principe 1 : Revalorisation des droits passés (en euros ou en points) selon la croissance des salaires

Plusieurs manières d’appliquer ce principe, par exemple par la revalorisation par les salaires
moyens garantit le maintien stricto sensu de la valeur relative des cotisations.
Le deuxième principe majeur découle du premier, dans le système actuel la faible revalorisation des
droits passés (25 ans) a été utilisée pour baisser le niveau des pensions afin de limiter la hausse des
dépenses de retraites liée au vieillissement de la population.
Donc, restaurer l’indexation sur les salaires nécessite donc un ajustement du coefficient de
liquidation (taux de remplacement) pour le rendre compatible aux évolutions démographiques.

Principe 2 : le coefficient de liquidation doit dépendre des évolutions démographiques.

Cela comporte l’avantage de pouvoir gérer instantanément les choc démographiques, mais se traduit
potentiellement par des inégalités de traitement entre générations.
Le troisième principe concerne le choix du mode revalorisation des retraites après la liquidation, qui
doit être cohérent avec celui du coefficient de liquidation. La pension perçue à chaque période
dépend de l’arbitrage entre le montant de la pension à liquidation et la dynamique de revalorisation.

En d’autres termes, pour offrir une pension mieux revalorisée dans le temps, il est nécessaire
d’offrir une pension plus faible à la liquidation.

Principe 3 : Le mode d’indexation des pensions liquidés et le montant des pensions à la liquidation
doivent être déterminés conjointement.

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