Exploitation Des Réseaux de
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1. Pourquoi des systèmes La fabrication de ces fichiers pouvait représenter plusieurs semaines
de travail ; on ne pouvait les réutiliser ni pour un autre programme
informatiques ? de calcul, car la description était différente, ni pour une révision ulté-
rieure de l’étude, car la mise à jour d’un fichier très agrégé était
presque aussi coûteuse que sa première constitution. Dans la mesure
1.1 Dimension des problèmes où ces fichiers n’étaient constitués que pour faire des études à moyen
terme, tous les 3 ou 4 ans, l’opération pouvait être envisagée ; mais
Les réseaux de distribution d’électricité sont constitués de obtenir un programme cohérent de développement des réseaux à
l’ensemble des matériels (lignes, câbles souterrains ou aériens, pos- court et moyen termes nécessite une actualisation annuelle des étu-
tes de transformation, transformateurs, dispositifs d’interruption de des, trop lourde à réaliser dans une telle organisation.
courant, condensateurs, etc.) à moyenne tension (MT) et à basse C’est pourquoi la constitution de bases de données décrivant les
tension (BT) : composants du réseau est devenue nécessaire. Ce système a pour
— la tension des réseaux MT peut aller de 5 à 33 kV ; en France, but de mettre en commun des données servant aux applications
la tension la plus répandue est maintenant de 20 kV ; d’études de planification et d’aide à l’exploitation des réseaux.
— la tension des réseaux BT varie en général de 100 à 380 V ; la
quasi-totalité des réseaux français est actuellement à 380 V.
Tous ces réseaux sont à courant alternatif ; leur fréquence est 1.2 Définition des problèmes
de 50 Hz.
Schématiquement, il se trouve de par le monde deux types de
comportements : dans les pays en voie de développement, l’élec- Depuis toujours, l’exploitant cherche à connaître le comporte-
trification des territoires est en cours, le nombre d’ouvrages élec- ment du réseau, c’est-à-dire les courants qui passent dans les
triques et le nombre de points de livraison sont en forte lignes, les chutes de tension aux points critiques, les pertes actives,
augmentation, alors que ces quantités sont plus stables dans les pays la marge disponible pour de nouvelles charges, les puissances de
développés ; mais, dans les deux cas, les nombres à traiter à terme court-circuit, etc. Il n’est bien sûr pas possible d’installer des appa-
sont considérables. reils de mesure sur tous les points significatifs du réseau ; il fallait
donc trouver des moyens de simulation du comportement du réseau.
Par exemple, en France, ces réseaux couvrent tout le territoire et
assurent l’alimentation de 26 millions de clients au moyen Heureusement, grâce aux compteurs d’énergie installés en
de 509 000 km de lignes MT, 550 000 postes de transformation chaque point de livraison (en France, 26 millions), parce que
et 615 000 km de lignes BT. nécessaires à la facturation, on dispose de données gratuites et
fiables ; l’idée d’en profiter pour estimer les charges appelées sur
La gestion de tels ensembles, même si elle est décentralisée au le réseau (préalable indispensable si l’on veut simuler le fonction-
niveau d’unités locales (en France, une centaine de Centres de nement du réseau) est séduisante. Mais il faut encore passer de
Distribution), pose deux types de problèmes : l’énergie délivrée à la puissance appelée.
— il faut assurer une bonne exploitation des réseaux existants Pour les clients BT (de l’ordre de 26 · 106), on a pu mettre en évi-
et, entre autres, contrôler la qualité de la desserte en électricité en dence, grâce à des campagnes de mesure sur une longue période
tout point ; cela suppose la connaissance de chaque réseau et, par (plusieurs années), une forte corrélation entre l’énergie annuelle
conséquent, l’acquisition et la tenue à jour d’un ensemble consommée par le client et la puissance maximale atteinte (§ 2.1).
considérable de données ; Pour les clients MT (environ 150 000), qui sont beaucoup moins
— il faut développer les réseaux pour faire face, au meilleur nombreux que les clients BT, on dispose de puissances souscrites,
coût, à l’accroissement de la puissance appelée ; cela nécessite des de courbes de charge, voire même de mesures de puissance maxi-
calculs techniques et technico-économiques assez lourds du fait de male atteinte. On peut ainsi répartir des puissances mesurées sur
la complexité des réseaux et du nombre important d’hypothèses et un départ (c’est-à-dire à la sortie du transformateur sur le câble qui
de solutions possibles. alimente le réseau) en tenant compte des caractéristiques de
Les systèmes informatiques d’études des réseaux, en raison de chaque point de livraison (§ 2.2).
leur capacité à traiter des problèmes complexes en utilisant des
volumes importants de données, apportent alors une aide efficace
à tous ceux qui ont à prendre des décisions concernant la planifi- Ainsi, en France, un Centre de Distribution doit traiter, en
cation et l’exploitation des réseaux de distribution. moyenne, les données relatives à 250 000 clients BT et MT rat-
tachés à 70 000 éléments de réseau, 5 500 transformateurs
Les premiers logiciels d’études des réseaux de distribution
MT/BT et 16 postes HT/MT.
n’étaient pas intégrés à un système de bases de données ; il fallait
constituer des fichiers de données pour les réseaux et les charges
suivant un format et un modèle propres au programme d’étude et
selon un niveau d’agrégation dépendant de l’étude envisagée.
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On conçoit que, dans ces conditions, seuls les systèmes informa- entre la technique, le métier et les besoins. Le problème le plus
tiques soient susceptibles de traiter efficacement de tels volumes exemplaire est celui de la production des données. Les personnes
de données, d’autant plus que les sources d’information sont mul- chargées de cette tâche doivent savoir quel usage sera fait des don-
tiples et quelquefois déjà traitées sur ordinateur (c’est, par nées acquises, pour mesurer l’importance de la tâche qui leur est
exemple, le cas des données de facturation). En outre, les systè- confiée, et donc pour être attentifs à la fiabilité des données. Paral-
mes informatiques permettent de contrôler la cohérence des diffé- lèlement, les consommateurs de données utiliseront d’autant mieux
rentes sources d’information et des données ; citons, à titre le système qu’ils auront confiance dans les résultats obtenus.
d’exemple, la vérification que tous les clients sont bien reliés à un
élément de réseau.
Chaque Centre dispose ainsi d’un système informatique qui
permet d’assurer : 2. Méthodes d’études
— la description et l’enregistrement en base de données des élé-
ments du réseau (lignes, câbles, postes), des points de charge et de
des réseaux
leur position sur le réseau ;
— le renseignement automatique, pour chaque client BT, des 2.1 Basse tension
consommations annuelles d’électricité à partir des fichiers de
facturation ;
— l’estimation des charges appelées par la clientèle sur chaque
2.1.1 Calcul de l’état électrique
élément du réseau ;
Le calcul de l’état électrique des réseaux BT est fondé sur l’utilisation
— le calcul des contraintes affectant les réseaux ;
de formules statistiques de corrélation consommation-puissance, dont
— l’utilisation de programmes d’études pour la planification
le principe, exposé dans l’article Réseaux de distribution. Structure
technico-économique et pour l’aide à l’exploitation des réseaux ;
et planification [D 4 210] de ce traité est brièvement rappelé ci-après :
— les moyens d’interrogation des bases de données à des fins
les clients sont répartis en six classes principales avec des
statistiques.
sous-classes, en fonction des caractéristiques de leur abonnement
et de leur consommation ; pour chaque classe, une formule permet
d’évaluer la puissance de pointe d’un ensemble de clients à partir
1.3 Mise en œuvre de leur consommation annuelle. Les puissances des différentes classes
sont alors additives ; cette méthode nécessite d’établir la
d’un système informatique consommation en année calendaire de chaque client à partir des
fichiers de facturation.
D’une manière générale, la mise en œuvre d’un tel système est Pour chaque élément de réseau, la puissance transitée à la pointe
avant tout un problème d’organisation : l’informatique apporte des de la demande est ainsi calculée à partir des consommations de
possibilités extraordinaires de traitement d’information, mais elle ne l’ensemble des clients en aval de l’élément considéré (rappelons que
remplace pas les organisations et doit toujours, pour être utile et les schémas d’exploitation sont, en France, arborescents) ; ces tran-
utilisée, s’intégrer dans un processus bien construit. sits peuvent être comparés aux limites thermiques des éléments
du réseau (lignes aériennes, câbles, transformateurs MT/BT).
Par ailleurs, un système d’information a des entrées et des
sorties ; les entrées doivent être accessibles, précises et fiables, les Les calculs des chutes de tension et des pertes sont ensuite
sorties doivent être utilisables, c’est-à-dire correspondre aux besoins effectués sur une puissance synchrone sur le départ BT : la puis-
de ceux qui s’en serviront, tant sur le plan de la quantité que sur sance de pointe de l’ensemble des clients du départ, calculée par la
le plan de la qualité. méthode exposée ci-dessus, est pour cela répartie sur chaque élé-
ment de réseau au prorata des puissances de pointe calculées,
La mise en œuvre d’un système informatique se décompose alors
propres à chacun d’entre eux (car les puissances de pointe ne sont
généralement en trois phases.
pas au même moment pour chaque élément de réseau) ; pour le cal-
■ Phase d’analyse des besoins : il s’agit là de répondre aux trois cul des chutes de tension, un taux de déséquilibre est pris en
questions suivantes : Quoi ? Pour qui ? Pour quoi faire ? compte, correspondant à une répartition théorique des usages sur
les trois phases et non à la répartition réelle des clients, dont les ins-
Pour cela, il faut étudier l’organisation actuelle, voir ses défauts
tallations sont alimentées en courant monophasé ou triphasé, qui
mais également ses qualités, ses manques ou ses redondances et
n’est pas repérée en base de données.
identifier les acteurs existants ou futurs.
On peut donc ainsi calculer tous les éléments nécessaires à la
■ Phase d’élaboration du système c’est-à-dire comment prise de décision : le transit et les pertes à la pointe en chaque posi-
répondre aux besoins ? tion de réseau, la chute de tension en chaque point ; l’informatisa-
Il faut élaborer les différents processus d’acquisition et de traitement tion de cette méthode est réalisée dans un programme dénommé
des informations, en tirer les conséquences en terme d’organisation BATECA.
(citons par exemple les circuits de collecte des données), évaluer le
coût des solutions proposées et faire le bilan coût/avantage pour
chacune. 2.1.2 Aide à l’exploitation
■ Phase de mise en place et de suivi : une fois le système défini,
BATECA offre un certain nombre d’applications utiles en
les étapes suivantes sont nécessaires :
exploitation : la connaissance exhaustive et cohérente de l’état élec-
— planification de la mise en place ; trique permet l’établissement de statistiques sur l’état des réseaux
— formation et information des différents acteurs ; et la qualité de la tension fournie, la définition de programmes de
— mise en œuvre des nouveaux circuits et processus ; mutations de transformateurs MT/ BT, l’établissement de divers cri-
— définition et application d’une stratégie d’insertion de l’outil tères de gestion. En outre, par la simulation de l’apparition de nouvelles
informatique dans les activités quotidiennes ; charges, l’exploitant peut prévoir les conséquences des raccorde-
— suivi du système mis en place. ments des nouveaux clients sur les réseaux existants et prendre éven-
Cette troisième phase est la plus délicate ; comme on ne peut pas tuellement les mesures idoines pour ne pas faire ainsi surgir de
obliger une personne à utiliser un système dont il ne verrait pas l’usage nouvelles contraintes.
immédiat dans son travail, il faut donc toujours établir des liens étroits
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2.2.2 Études de planification La présence d’une base de données du réseau MT permet aussi
à court et moyen termes l’aide à l’exploitation ; outre l’algorithme CORALI qui fournit des sché-
mas d’exploitation en régime normal et de secours, des méthodes
À partir d’un schéma directeur (§ 2.2.4 et 2.2.5) ou d’un réseau cible et des algorithmes spécifiques sont développés, puis intégrés dans
[quantité d’ouvrages (postes et lignes) qu’il faudra à très long terme des outils informatiques.
(20 à 30 ans)] établi par ailleurs, l’usage sur plusieurs années de la
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Parmi les réalisations et les développements en cours à Électricité dans l’ATIC a été effectué pour des raisons de sécurité et de cohé-
de France, les fonctions suivantes méritent d’être mentionnées : rence, et qu’il n’est donc pas actuellement envisagé de les décentra-
— établissement du plan de dépannage optimal d’un départ MT, liser sur les postes de travail : en effet, l’ATIC dispose d’une équipe
permettant de définir à l’avance la séquence de manœuvres à réa- d’exploitation qui assure les sauvegardes périodiques nécessaires à
liser lors du déclenchement d’un départ pour isoler le défaut et l’intégrité des bases de données ; de plus, l’accès aux bases de don-
réalimenter la clientèle avec une espérance de défaillance minimale, nées n’est possible que pour les personnes habilitées par l’intermé-
compte tenu des probabilités d’apparition des défauts ; diaire de mots de passe et de telles procédures sont très difficiles
— établissement des consignes de régulation de la tension aux à mettre en œuvre sur des postes de travail autonomes ; enfin, le
postes HT/MT, définies pour que la tension s’écarte le moins pos- couplage de la base de données réseau avec d’autres bases situées
sible de la tension nominale chez les clients d’un poste source, en dans l’ATIC en est facilité.
tenant compte des variations des charges. En ce qui concerne les acteurs impliqués dans cette organisation,
l’idée directrice a été de grouper, au sein de la même cellule de travail,
les fonctions de collecte de données et de mise à jour des bases et
les fonctions d’utilisation des produits logiciels, cela dans le but d’amé-
3. Architecture informatique liorer la fiabilité du système ; en effet, les collecteurs de données
sont d’autant plus intéressés par l’exactitude de ces données qu’ils
des centres de distribution peuvent être eux-mêmes des utilisateurs. La motivation est un des
éléments essentiels de l’efficacité de tels systèmes.
3.1 Historique ■ Mise à jour des bases de données : une bonne organisation de
la mise à jour des données est une des conditions indispensables à la
Les premières bases de données, constituées dans le début des fiabilité d’un système informatique : collecter une fois les données
années soixante-dix, furent implantées sur les gros centres de calcul n’est pas suffisant ; il faut en permanence les mettre à jour et s’assu-
d’Électricité de France, en l’occurrence les ordinateurs de la Direction rer constamment de leur exactitude et de leur cohérence.
des Études et Recherches ; les utilisateurs des Centres de Distribution Dans ce cadre, le moyen choisi par Électricité de France est un
avaient alors accès aux bases de données et aux programmes de calcul système conversationnel qui se présente selon le schéma de la
par l’intermédiaire de terminaux connectés à un réseau de transfert figure 1.
de données interne à Électricité de France. Ce système fonctionne à double sens ; il permet la mise à jour et
Assez rapidement, les bases de données des réseaux BT et les pro- également la consultation immédiate sur écran du contenu des
grammes correspondants furent implantés dans quatre sites de trai- bases de données.
tement (Lyon, Toulouse, Orléans et Paris) ; l’accès à ces systèmes
se faisait par l’intermédiaire d’envoi d’enregistrements de 80 carac-
tères comprenant à la fois les instructions de commandes des pro-
grammes et les paramètres d’exploitation.
À partir de 1976, Électricité de France entreprend la déconcentration
des moyens informatiques au profit des Centres de Distribution (une
centaine). Ainsi, il est prévu que chacun soit équipé à terme d’un
atelier de traitement informatique de Centre (ATIC) pour l’exploita-
tion des programmes généraux de gestion de la clientèle, de la
comptabilité, de la gestion des matériels et de la gestion des réseaux
de distribution.
3.2 Organisation
pour la gestion informatique
des réseaux de distribution
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4. Utilisation actuelle
des logiciels
d’études des réseaux
Dans l’organisation actuelle, les problèmes MT sont plutôt traités
par les services techniques des Centres de Distribution (cellule des
études générales de planification) et les problèmes BT par des unités
territoriales plus petites, les Subdivisions et les Districts ; les circuits
d’information sont ainsi plus proches des pôles de connaissance des
réseaux.
Les utilisateurs sont en général des techniciens pour les
réseaux BT et des techniciens et ingénieurs pour les réseaux MT.
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5. Conclusion
Compte tenu de la quantité de données et de la complexité des
problèmes, une gestion efficace des grands réseaux de distribution
passe obligatoirement par l’utilisation de systèmes informatiques. Ce
sont des outils extraordinaires, mais qu’il faut savoir maîtriser
d’autant que leur mise en place est au départ coûteuse, sous peine
de générer des mauvais fonctionnements de l’organisation ; cela
serait pire que l’absence de systèmes informatiques.
Il est donc nécessaire, au préalable, d’analyser très précisément
les besoins des utilisateurs et d’établir un cahier des charges ; après
coup, il convient de vérifier qu’il a bien été respecté.
Il faut, ensuite, des gens compétents pour la mise en place du
système, la formation des utilisateurs et le suivi ultérieur, afin de
faire vivre le système et l’enrichir.
Il faut, enfin, que les utilisateurs soient motivés et adhèrent
pleinement à l’introduction de tels outils ; à cet égard, il est bon que
ceux qui fournissent les données en soient aussi utilisateurs à travers
des programmes qu’ils peuvent activer ; la décentralisation permise
par la micro-informatique est, dans ce cas, extrêmement positive.
Alors, si ces conditions sont réunies, on ne peut tirer que de
grandes satisfactions de ces systèmes concourant finalement à
l’amélioration de la qualité du service rendu à la clientèle.
Figure 3 – Exploitation du logiciel EGINE
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