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N° de Parquet : 0309100098
N° Instruction : 9/03/35
LE JOOLA
LEFEBVRE Pierre
Quai Gaston Lalitte
BP 1015
76205 DIEPPE Cedex
TRICOT Michel
La Hune, La Ville Durand
22680 ETABLES SUR MER
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0. TABLE DESMATIERES
01. LISTE DES PIECES JOINTESENANNEXE
02. GLOSSAIRE DESABBREVIATIONSET ACRONYMESUTILISES
1. PREAMBULE
1.1 Introduction
1.2 Les missions d’expertise
1.2.1 La mission du 5 octobre 2004
1.2.2 La mission du 6 octobre 2004
1.3 La méthodologie de l’expertise
1.3.1 Les trois experts
1.3.2 Le travail d’équipe
1.4 Les rapports des commissions d’enquête sénégalaises
1.4.1 Présentation
1.4.2 Le rapport préliminaire de l’enquête maritime
1.4.3 Le rapport de la commission militaire
1.4.4 Le rapport de la commission d’enquête technique sur les
causes du naufrage du JOOLA
1.5 Les autres sourcesd’information
1.5.1 Les résultats des commissions rogatoires
1.5.2 Le déplacement des expertsau Bureau Veritas
2. HISTORIQUE
2.1 Le chantier
2.2 La commande du Navire
2.3 L’architecte naval
2.4 Les différents gestionnaires
2.5 Les avaries et les arrêts techniques en 2001/ 2002
2.6 Le voyage inaugural du 10 septembre 2002
3. DESCRIPTION DU JOOLA
3.1 Sources
3.2 Généralités
3.3 Caractéristiques
3.4 Capacités
3.4.1 Nombre de Passagers
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3.4.2 Emménagements des passagers
3.4.3 Emménagements de l’équipage
3.4.4 Capacités à cargaison
3.4.5 Capacités des citernes
3.5 Les critères de stabilité du JOOLA
3.5.1 Réglementation
3.5.2 Le dossier de stabilité
3.5.3 Les modificationsaffectant la stabilité
3.6 La machine
3.7 La protection contre l’incendie
3.8 Les engins et dispositifs de sauvetage
4. CONFORMITESAUX REGLEMENTATIONS
4.1 Généralités
4.2 La Réglementation Internationale
4.2.1 Les Conventionsde l’Organisation Maritime Internationale
4.2.2 Le JOOLA devait être équipé d’une "boite noire"
4.2.3 Les certificats internationaux
4.3 La Réglementation Nationale
4.3.1 La catégorie de navigation
4.3.2 Les certificats nationaux
6. L’EXPLOITATION DU JOOLA
6.1 Les acteurs de sa gestion
6.2 Tableau des intervenants
6.3 Discorde entre administrations civile et militaire
6.4 La gestion technique
6.5 La gestion de la sécurité
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6.6 Le programme des rotations
6.6.1 En service normal
6.6.2 La réduction du nombre de rotations
6.7 La surcharge systématique de passagers
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8. LES CAUSES IMMEDIATESDU NAUFRAGE
8.1 Les dernières heures
8.2 Le chavirement
8.3 Conclusionpartielle
10. CONCLUSIONGENERALE
10.1 Généralités
10.2 Le rôle de la Directionde la Marine Marchande
10.3 Le rôle de la Marine Nationale Sénégalaise
10.4 Les facteurs déterminants du naufrage
10.4.1 Les facteurs directement déterminants
10.4.2 Les facteurs indirectement déterminants
10.5 Les facteurs aggravants
10.5.1 Les facteurs directement aggravants
10.5.2 Les facteurs indirectement aggravants
10.6 Les manquementsqui ne sont pas des facteurs du naufrage
10.7 Conclusion : Le naufrage, résultat de la carence des responsables
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01. LISTE DES PIECES JOINTES EN ANNEXE
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02. GLOSSAIRE DES ABREVIATIONS ET ACRONYMES UTILISES
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SOLAS Convention internationale sur la sauvegarde de la vie humaine en mer
STCW Convention internationale sur les normes de formation des gens de mer
et de délivrance des brevets et de veille
SW Sud-Ouest
UTC Temps Universel Coordonné
VDR Voyage Data Recorder ( boite noire )
VHF Très Haute Fréquence Radio
ZITC Zone Intertropicale de Convergence
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1. PREAMBULE
1.1 INTRODUCTION
Les experts, Pierre LEFEBVRE, Jean Raymond THOMAS et Michel TRICOT, ayant reçu
mission par les ordonnances de commission de Monsieur Jean Wilfrid NOEL, Vice-Président
chargé de l’instruction au Tribunal de Grande Instance d’Evry, en date des 5 et 6 octobre
2004, attestent qu’ils ont personnellement accompli les missions qui leur ont été confiées.
Monsieur le Juge d’Instruction, par son courrier du 24 novembre 2005, a accepté que les deux
missions fassent l’objet d’un seul et même rapport cosigné par les experts.
Ils remettent ci-après leur rapport détaillé ainsi que leur avis motivé en fonction des éléments
recueillis et communiqués au cours de leur expertise.
Les heures concernant le naufrage du JOOLA sont données en temps local, équivalant au
temps universel.
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Il y aura lieu d’attirer l’attention des services compétents de la Gendarmerie sur tous
documents utiles ainsi que les copies dont l’appréhension apparaîtra utile à la manifestation de
la vérité, notamment :
- copie des certificats délivrés,
- copie des rapports de visite périodiques, spéciales et après avarie,
- copie du dossier initial de stabilité et des notifications ultérieures,
I.- copie des plans qui n’auront pu être obtenus du chantier naval allemand.
Dans l’appréciation des responsabilités, il y aura lieu de tenir compte de la nature des
missions, pouvoirs, fonctions, compétences et attributions respectives de chacun, et du
contexte local ainsi que du caractère éventuellementlimité des moyens matériels,humains et
financiers disponibles.
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Dans l’appréciation des responsabilités, il y aura lieu de tenir compte de la nature des
missions,pouvoirs, fonctions, compétenceset attributionsrespectivesdes auteurs de ces faits,
et du contexte local ainsi que du caractère éventuellement limité des moyens matériels,
humainset financiersdont ils disposaient.
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1.3 LA METHODOLOGIE DE L’EXPERTISE
1.3.1 Les trois experts
En conclusion d’une réunion le 2 décembre 2003 au Tribunal d’Evry, Madame Sylvie
NEROT, Doyen des juges d’instruction, alors en charge de l’instruction du naufrage du
JOOLA, demanda sa collaboration d’expert à Monsieur Jean Raymond THOMAS et, en
raison de l’importance de l’affaire, le chargea de constituer un collège d’experts. Dans les
jours qui suivirent Monsieur THOMAS présenta les candidatures de Messieurs Pierre
LEFEBVRE et Michel TRICOT qui furent acceptées par Madame le Juge.
Ci-dessous sont brièvement détaillées les carrières de ces experts, attestant leurs expériences
et leurs spécialités propres et complémentaires dans le domaine maritime.
• Pierre LEFEBVRE
Né le 25 novembre 1932.
Officier Mécanicien.
Président de l’Union Professionnelle des Experts Maritimes.
A navigué 27 ans dans les fonctions d’officier mécanicien, second mécanicien et chef
mécanicien sur différents types de navires ( cargos polyvalents, navires frigorifiques,
chalutiers de grande pêche à Terre Neuve, transbordeurs transmanche ) avec tous les types
de propulsions ( diesel, turbines à vapeur, machines alternatives, turbines à gaz ).
Depuis 1980, directeur d’un bureau d’experts et consultants.
Expert non exclusif agréé de la société de classification Germanischer Lloyd.
A effectué de nombreuses missions d’expertises pour le compte d’assureurs, armateurs et
banques ainsi que des expertises judiciaires au niveau national et international.
• Jean RaymondTHOMAS
Né le 16 février 1941.
Capitaine au Long Cours. Capitaine de Frégate de réserve (h).
Officier de pont pendant 10 ans sur paquebots et cargos polyvalents. Commandant de
cargos pendant 4 ans puis commandant de navires transbordeurspendant 4 ans.
De 1980 à 1999, capitaine d’armement puis directeur de la flotte d’une compagnie de
navirestransbordeurs.
De 1995 à 2001, président du Passenger Ship Panel de l’International Chamber of
Shipping ( Londres)
Expert maritime depuis 2000. Membre de l’UnionProfessionnelle des ExpertsMaritimes.
Expert du PlanningBoard for Ocean Shipping de l’O.T.A.N
Enquêteur du Bureau Enquêtes Accidents Mer du Ministère des Transports.
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• Michel TRICOT
Né le 20 mai 1940
Capitaine au Long Cours.
Officier de pont sur cargos frigorifiques et minéraliers.
Pendant 3 ans expert principal du Bureau Veritas.
Administrateur des Affaires Maritimes depuis 1972.
Parmi ses multiples affectations on relève en particulier : Bureau de la Sécurité Maritime à
la Direction de la Marine Marchande, Chef du Centre de Sécurité de Bretagne Sud,
Directeur Départemental des Affaires Maritimes d’Ille et Vilaine puis du Morbihan,
Directeur Régional adjoint de la région Bretagne.
Administrateur Général des Affaires Maritimes ( 2ème section ) depuis 2000.
Actuellement délégué régional Bretagne du Bureau Enquêtes Accidents Mer du Ministère
des Transports.
Outre leur expérience maritime commune, les trois experts ont donc mis en commun leur
compétence spécifique personnelle ; Pierre LEFEVRE apportant l’expérience de l’entretien et
de la maintenance des navires et de l’expertise maritime, Jean Raymond THOMAS celle du
commandement d’un transbordeur et de la gestion d’une flotte de navires à passagers, Michel
TRICOT la pratique des administrations et la connaissance des réglementations.
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1.4 LES RAPPORTS DES COMMISSIONS D’ENQUETE SENEGALAISES
1.4.1 Présentation
Les experts tiennent à déclarer formellement qu’ils regrettent le fait que le Sénégal ait
repoussé les demandes d’entraide ; en conséquence l’audition des sachants sénégalais, la
consultation de la documentation relative à la gestion administrative et technique du navire, le
rassemblement des textes réglementaires nationaux applicables, n’ont pu être effectués. Ainsi,
en l’absence d’autres sources les corroborant ou les infirmant, les experts ont du se contenter
des informations contenues dans les trois rapports officiels sénégalais : Le rapport de la
commission militaire daté du 1er octobre 2002, le rapport préliminaire de l’enquête maritime
du Ministère de l’Equipement et des Transports en date du 1er octobre 2002 et le rapport de la
Commission d’Enquête Technique sur les causes du naufrage du "JOOLA" daté du 4
novembre 2002.
Ces trois rapports d’enquête, demandés par les autorités sénégalaises et diffusés sur Internet
sont une source importante d’informations d’autant plus importantes qu’elles sont fournies, en
grande partie, par les personnes elles-mêmes responsables de l’exploitation du JOOLA.
Cependant les experts ont relevé dans ces rapports un certain nombre de contradictions et d’
erreurs.
La composition des commissions d’enquête prête aussi à l’équivoque, certains membres étant
aussi responsables, à leurs niveaux, de la gestion du JOOLA ou de son contrôle.
Pour ces raisons les experts ne partagent pas toutes les conclusions de ces rapports et ont donc
trouvé nécessaire de faire les remarques qui suivent.
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marchandises soient jetées par dessus bord pour alléger le navire. Une éventuelle inclinaison
du navire au départ de Ziguinchor est mentionnée.
Les problèmes de conduite et de maintenance des apparaux de propulsion sont mentionnés de
façon générale, sans dates d’exécution et sans rapports de travaux ou d’essais.
Le rôle principal du Port Autonome de Dakar dans la gestion du sauvetage est mis en
évidence, l’autorité normalement en charge de la recherche et du sauvetage n’est même pas
mentionnée.
Au chapitre XII "Dernière visite du JOOLA", la commission réitère la conclusion du rapport
de visite "Au regard des procédures applicables en la matière, les prescriptions de la
commission n’étaient pas de nature à immobiliser le bateau" Les experts trouvent affligeant
que la commission d’enquête ne reconnaisse pas la gravité et l’importance des non-
conformités constatées par la commission de visite. Ils remarquent que Monsieur DIEDHIOU,
président de la commission de visite, est aussi membre de la commission d’enquête.
Dans ce rapport la commission tente de faire porter la responsabilité principale du naufrage
sur la marine nationale, armateur du navire. En pièce jointe se trouve un "historique des
problèmes de sécurité à bord du navire LE JOOLA" qui cite de multiples mises en garde du
Ministère des Transports. Les experts n’ont pas eu connaissance des copies de ces documents
annexés à cet historique.
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Concernant l’organisationdu sauvetage, le rapport cite un décret datant du 11.12.02 (p.9),
donc postérieur au naufrage et au rapport lui-même! Les textes fixant l’organisation du
sauvetage avant ce décret ne sont pas cités.
Les experts n’ont pas eu connaissance des pièces annexes suivantes mentionnées dans le
rapport:
1.5 Instructiondu 09.05.96 relative au fonctionnement du JOOLA. (p.4)
1.6 Lettre n°00967/MFA/CAB du 17.05.2002 attestant la non-coopération des deux
ministères responsables.(p.5)
1.7 Note N° 59 (B) du 09.09 02, donc récente, donnant des consignes de contrôle et de
sécurité renforcée.(p.5)
1.8 Note de Commandement du CEMARINE donnant des consignes de prudence et de
sécurité. (p.6)
• Les témoins :
Cette mise à l’écart d’un témoin est fâcheuse dans la mesure où Patrice AUVRAY contredit le
rapport d’enquête ( voir procès-verbaux d’audition ); par exemple on lit page 46 "le navire
appareille de Ziguinchor sans gîte" et plus loin "le navire appareille ( de Karabane ) vers
18h00/18h30. Il est droit." Or Patrice AUVRAY insiste sur la gîte constante, depuis
l’appareillage de Ziguinchor, sur bâbord en navigation et sur tribord pendant l’escale de
Karabane,ceci étant constaté par une vidéo. On a vu aussi que dans le rapport préliminaire la
commission convenait d’investiguer sur les causes d’une éventuelle inclinaison au départ de
Ziguinchor.
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• Les responsabilités:
Il est mentionné pages 17 & 18 "le Premier ministre avait pris une instruction particulière
concernant la sécurité du navire pour des raisons liées à la région Sud" En raisondu contexte
de la phrase les experts pensent que le terme sûreté est plus approprié que le terme sécurité.
L’instructiondu 9 Mai 1996 (voir p.19) prise par le Chef d’Etat Major des Armées ne figure
pas en annexe ; c’est regrettablecar elle est très importantepuisqu’ellefixe les responsabilités
respectives: Chef d’Etat Major de la Marine,Chef d’Exploitationet Commandant.
De même, les experts regrettentque la note de service du 09.09.2002,citée page 20 & 21, ne
figure pas au rapport ; en effet elle limite le " nombre des passagers et du fret" et il serait
intéressant de connaître le niveau de cette limite si elle diffère du nombre de 536 passagers
autoriséslors de la mise en service du JOOLA. Ce document est capital au vu du nombre de
victimesenregistré.
Page 21: "En bref, l’exploitationdu JOOLA paraît avoir été bien organisée par la Marine
Nationale"Cette phrase nie la réalité des faits et est contredite par le même rapport lui-même
qui donne, page 38, un double exemplede mauvaiseorganisation: "le navire a toujours été en
surcharge, du moins au départ de Ziguinchor/Karabane,faute d’informations au départ de
Dakar". Ceci implique que les responsables étaient informés de la surcharge et de la
désorganisationcar, même au port tête de ligne,le comptagen’était pas effectué et le nombre
de passagersn’était pas porté au manifestedont les experts n’ont trouvé aucune trace.
A la page 22, au chapitre " Obligationsdu Ministère de l’Equipementet des Transports " le
rapport entretient l’ambiguïté sur le statut du navire en le rangeant dans la catégorie des
"navires marchands c’est à dire civils" Or le JOOLA, qui était bien un navire marchand,
n’était pas un navire civil puisque géré par des militaires et armé par un équipage militaire.
Néanmoins les experts sont d’accord avec les conclusions de ce chapitre : l’opérateur et
armateur de fait est la Marine Nationale et l’autorité chargée du contrôle est la Directionde la
MarineMarchande.
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A la page 49 on lit " le Bureau Véritas a effectué avec le chantier un essai de stabilité à l’état
intact et par la suite a élaboré un cahier de stabilité le 12 novembre 1990 avec la mention
« Informations sur la stabilité provisoire ; à remplacer par un document approuvé »" Nous
n’avons pas trouvé trace de ce cahier dans les archives du BV ni en annexe du rapport.
Concernant le groupe électrogène installé au pont supérieur N° 2 on lit page 50 " le Bureau
Veritas et la Direction de la Marine Marchande devaient exiger la reprise des calculs de
stabilité …." Les experts précisent que cette demande de calculs incombe d’abord à
l’armateur et ensuite à la Direction de la Marine Marchande chargée du contrôle et non à la
société de classification.
Page 34, pour conclure sur les visites de sécurité du BV et de la Direction de la Marine
Marchande dont le navire n’a pas bénéficié, la commission affirme "Cette situation, si
regrettable soit-elle, n’a pas eu véritablement d’incidence directe sur le naufrage du JOOLA,
mais peut-être sur ses conséquences, dans la mesure où les radeaux de sauvetage n’ont pu se
larguer automatiquement." Les experts ne sont pas du tout d’accord avec cette conclusion
pour les raisons suivantes :
- La sécurité d’un navire à passagers ne se limite pas à ses moyens d’abandon
mais concerne aussi de nombreux domaines dont l’intégrité de la coque et du
franc-bord, les moyens de propulsions et de production d’énergie, l’appareil à
gouverner, la protection et les moyens de lutte contre l’incendie, les
communications, la navigation, la stabilité, la formation du personnel .
- Cette absence de contrôles, en étant à l’origine même de l’inobservation des
règles, est la cause principale du naufrage. Elle a étouffé toute notion de
sécurité et a permis une dérive progressive dans la gravité des infractions, dont
le résultat fut la surcharge du navire, cause directe de son chavirement.
Ce point sera développé plus largement par les experts dans la suite de leur rapport.
• Le navire :
Les experts sont étonnés que le Rapport de mise en service du navire n’ait pas été retrouvé
(p.32) On comprend que l’exemplaire du bord soit perdu mais il devrait en exister au moins
deux copies : A la Direction de la Marine Marchande qui l’a délivré et au bureau de la Marine
Nationale chargé de la gestion technique et de l’armement du navire. La visite de mise en
service aurait du avoir lieu à Dakar quand Le JOOLA est arrivé pour la première fois en
provenance du chantier allemand ; si la visite de mise en service n’a pas été effectuée il s’agit
d’un manquement de la Direction de la Marine Marchande ; si elle a bien eu lieu et qu’on en
trouve aucune trace il s’agit d’une négligence de cette Direction et de l’armateur.
La description du navire est imparfaite, incomplète et n’a pas été faite par un professionnel
expérimenté dans cette tâche. Elle aurait été avantageusement améliorée par l’adjonction en
pièces jointes d’un plan du navire, d’un plan des capacités et d’un inventaire de la drome de
sauvetage et du matériel d’armement. Les experts déplorent cette absence d’inventaires car on
peut douter de la présence à bord de moyens et d’équipements réglementaires. Ainsi les
termes " tous les équipements radio" et "tous les livres et équipements de détresse" qui
laissent entendre que le navire est en règle, ne renseignent pas sur l’existence à bord de
moyens tels que balises de détresse, transpondeurs radars, bouées lumineuses, signaux
pyrotechniques, VHF fixes et portables …….. Ainsi le fait qu’aucun appel de détresse ou
message "mayday" n’ait été reçu par le port de Banjul ou les chalutiers qui étaient en portée
VHF fait douter de la présence à bord de transmetteurs VHF en état de marche.
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La commission d’enquête se pose aussi la question de l’existence à bord des moyens
d’évacuationet des équipementsradio et de détresse,voir pages 67,68 & 71; pourtant elle ne
semble pas avoir investigué dans ce sens en demandant à l’armateur les inventaires,les bons
de commande et de réparations,les factures.
Les experts relèvent une autre incohérencedans le rapport d’enquêtetechnique qui mentionne
dans le calcul de stabilité le chiffre de 35 tonnes de combustible; le navire aurait donc
consommé entre 13h30, heure de l’appareillage de Ziguinchor,et 22h55, heure du naufrage,
20 tonnes de gasoil, quantité excessivecar la consommationréelle n’a pu dépasser 4 tonnes.
Page 50 est traité le cas du groupe électrogène installé au pont supérieur N° 2 , considéré
comme "un poids suspendu". Ce terme est utilisé à tort car il ne s’agit aucunementd’un poids
suspendu, dont la conséquence sur la stabilité aurait été autrement plus grave, mais d’une
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addition de poids. D’ailleurs dans les calculs figurant à l’annexe I, le groupe électrogène est
bien traité comme un poids additionnel.
Toujours à la même page, la constante, ou augmentation dans le temps du poids d’un navire
lège ( Couches de peintures, sédiments en soutes, rouille, accumulations d’équipement et de
matériel, effets personnels. ) est évaluée à 1% pour les 12 années d’existence du JOOLA.
Pour ce type de navire l’augmentationatteint souvent 0,5% par an. Les experts rappellent les
effets négatifs de cette augmentation de poids. D’ailleurs, depuis le 29 avril 1990 il est
obligatoire d’effectuer tous les cinq ans une pesée des navires à passagers lèges ( SOLAS
Chapitre II-1, règle 22 ). Si un écart de 2 % du poids ( soit 0,4 % par an ) ou un déplacement
longitudinal de 1 % du centre de gravité sont constatés, le navire doit alors subir une nouvelle
expérience de stabilité.
La commission a effectué les calculs de stabilité en considérant trois hypothèses de
ballastage : ballasts pleins, ballasts vides et navire avec 25 % de ballast. L’étude d’une
situation intermédiaire peut être justifiée ; or la commission adopte l’hypothèse où les quatre
ballasts contiennent chacun 25 % de leur capacité. Aucune expertise après le naufrage n’ayant
été réalisée, l’état réel du ballastage est inconnu ; cependant les experts estiment ce cas trop
théorique et irréaliste car on ne peut imaginer un commandant, un peu soucieux de la stabilité
de son navire, mettre tous ses ballasts en carène liquide, à moins de vouloir provoquer
délibérément le chavirement du navire. Un cas intermédiaire, tel que 1 ballast plein et les 3
autres vides, serait plus conforme aux usages et au sens marin.
• Le naufrage :
Page 53, estimant l’effet du vent , la commission écrit "ce vent devrait être de force 6 à 7
c’est à dire une vitesse comprise entre 45 et 55 km/h ou 25 à 30 nœuds qui opposera un
moment de 56,7 tm " . Les experts ont calculé que ce moment inclinant, utilisé dans ses
calculs par la commission,correspond en fait à un vent d’environ 20 nœuds.
• Le sauvetage :
Les experts regrettent que l’heure programmée de l’arrivée à Dakar le 27 septembre ne soit
jamais mentionnée, ni le préavis fixé au navire pour son message d’arrivée au port de Dakar ;
ces informations seraient pourtant très utiles, non seulement pour connaître la durée de
traversée prévue mais aussi pour vérifier les dispositions d’alerte en cas de retard.
Il eut aussi été intéressant de connaître la teneur du message Avurnav et les fréquences sur
lesquelles il a été diffusé.
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de façon symétrique. La gîte du JOOLA le 26 septembre 2002 n’était pas
structurelle mais la conséquence d’une très mauvaise stabilité due à son chargement.
De toute façon, à moins d’être sûr d’avoir une très bonne réserve de stabilité, il
convient d’éviter le plus possible un transfert de liquide à la mer qui introduit des
carènes liquides au cours de l’opération. Des ballasts de gîte, équipés de pompes à
haut débit pour transfert rapide de liquide, sont des équipements spéciaux utilisés
normalement au port. Bien que facultatifs ils auraient cependant été utiles sur le plan
opérationnel . Les ballasts de gîte font souvent partie des spécifications
supplémentaires demandées aux constructeurs par les armateurs.
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1.5 LES AUTRES SOURCES D’INFORMATION
1.5.1 Les résultats des Commissions Rogatoires
Hors des rapports ci-dessus mentionnés, les informations des experts proviennent :
- du dossier de procédure transmis le 15 juillet 2005
- de l’audition le 9 novembre 2004 de Monsieur Pierre FREY, Directeur des Affaires
Générales de la Division Marine du Bureau Veritas, ainsi que des plans et documents alors
remis.
- de la Commission Rogatoire Internationale en Allemagne au cours de laquelle les 21 et 22
mars 2005 à Augsbourg, les dossiers de la Société MAN ont pu être consultés et le
responsable juridique auditionné. A Brème, le 23 mars, il fut procédé à l’audition de
l’architecte naval chef de projet du bureau d’études sous-traité par le chantier naval
constructeur du navire "Le JOOLA".
- des captures d’images vidéo effectuées par la Section de Recherche de Paris et la Brigade
de Recherche de la Gendarmerie Maritime.
- des plans obtenus à Gensingen, Allemagne, le 22 juin 2005
- de l’audition à Hambourg le 23 juin 2005 des techniciens de la Société Man ayant
supervisé le démontage et le remontage des moteurs du JOOLA en 2002.
- des procès-verbaux d’audition de la Brigade de Recherche de la Gendarmerie Maritime de
Brest et de la Section de Recherches de Paris..
- du témoignage de marins français ayant eu à connaître du JOOLA dans le cadre de la
coopération technique.
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- Plan général S7061. Scellé n° 01.
- Plan des formes S 7065. Scellé n° 02.
- Coupe au maître S 7073. Scellé n° 04.
- Plan des trous d’hommes S 7066. Scellé n° 03.
- Plan de capacités S 7077. Scellé n° 05.
- Plan du compartiment machine M 4515. Scellé n° 06.
- Plan des circuits de combustible M 4516. Scellé n° 07.
- Plan des circuits d’huile M 4517. Scellé n° 08.
- Plan du système de refroidissement M 4518. Scellé n° 09.
- Circuits d’assèchement, ballastage et incendie M 4520. Scellé n° 10.
- Circuits de ballastage et d’assèchement dans les doubles fonds M 4532. Scellé n° 11.
- Circuits d’assèchement et de dalotage sous pont principal M 4533. Scellé n° 12.
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2. HISTORIQUE
2.1 LE CHANTIER
Le chantier Schiffswerft Germersheim G.m.b.H. était un chantier situé sur le Rhin à mi-
distance entre Karlsruhe et Ludwigshafen. Il était plutôt spécialisé en unités fluviales mais
construisit des navires de mer de différents types. Le JOOLA fut sa plus grosse construction.
A cause de cette situation fluviale et du tirant d’air définitif du JOOLA qui l’empêchait de
franchir certains ponts du Rhin, la finition des superstructures fut effectuée à Rotterdam, ainsi
que l’expérience de stabilité et la pesée du navire.
Durant cette construction le chantier a éprouvé des difficultés financières qui l’ont amené à
déposer le bilan et à interrompre la construction du JOOLA. Suite à la mise en redressement
le chantier est devenu le Neue Gemersheim Schiffswerft G.m.b.H. et la construction du
JOOLA a pu reprendre grâce à son financement par l’Etat Fédéral Allemand au titre de la
coopération.
Après la livraison du JOOLA, le chantier s’est de nouveau trouvé en difficultés financières et
a été mis en liquidation. La dispersion ou la destruction des archives sont la raison pour
laquelle les experts n’ont pu avoir communication ni des documents contractuels établis entre
l’armateur et le chantier lors de la commande du navire, ni des procès-verbaux de recette et de
garantie normalement échangés lors de la livraison d’un navire.
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- Si la décision de construire conformément aux règles de l’OMI est normale, par contre la
règle JOLAS 7744 n’existe pas. Nous pensons qu’il s’agit de la Convention SOLAS 74.
Quant à COLREG 72, il s’agit de la Convention pour prévenir les abordages en mer.
- § 2 : Il s’agit de la délégation de pouvoir à la société de classification ; cependant les
réserves exprimées dans cet alinéa comporte une ambiguïté quant à son interprétation ;
le processus normal étant que la société de classification s’assure que le navire est
construit selon les règles de la convention SOLAS et présente les plans approuvés par elle
à la Commission Centrale de Sécurité du Sénégal qui décide en dernier ressort. De même
la délégation de pouvoir de délivrance du Certificat de Sécurité pour Navire à Passagers
ne précise pas s’il s’agit de l’exploitation normale du navire ou du voyage de transit de
Rotterdam au Sénégal.
Les experts relèvent qu’à l’origine du projet ce navire portait le nom de « SANGOMAR ».
Par ailleurs, le rapport préliminaire de l’enquête du Ministère des Transports mentionne
l’existence d’un cahier des charges dont les experts n’ont pas eu connaissance, ils notent
cependant que ce rapport indique que la construction du navire a obéi aux termes de
référence de ce cahier des charges.
2.3 L’ARCHITECTENAVAL
Lors de l’audition à Brème de Monsieur Jürgen Pache, le 23 mars 2005, dans le cadre de la
Commission Rogatoire Internationale délivrée par Monsieur le Juge d’Instruction, celui-ci a
déclaré qu’il était architecte naval diplômé et que l’étude du projet avait été sous-traitée par le
chantier à la Société LASSE + PACHE dont il est l’un des associés et le directeur général. Ce
bureau d’études fonctionne depuis 1974.
Mr Pache est généralement l’architecte naval chef de projet en charge des nouvelles
commandes et qui suit les constructions dans les chantiers; Mr Lasse est plutôt responsable
des études et des relations commerciales, tous les deux sont ingénieurs diplômés en
architecture navale.
En 1988 l’entreprise employait 25 personnes. Lasse + Pache travaille sur tous les types de
navires jusqu’à 200 m de long. Le JOOLA n’était pas leur premier car-ferry ; il se rappelle
avoir conçu au moins huit navires rouliers dont les "Railship 1 & 2" transbordeurs de
camions et de wagons ferroviaires, de 150m de long et 7210 tonnes de port en lourd,
construits par le chantier de premier rang Rickmers Werft de Bremerhaven.
Lasse + Pache est connu dans le milieu de la construction navale en Allemagne. La
coopération avec le chantier Gemersheim a été fréquente, cependant ils étaient en concurrence
avec d’autres architectes navals lors de l’appel d’offre du JOOLA.
Monsieur Pache a déclaré que le Sénégal avait soumis au chantier un cahier des charges
comprenant un plan d’ensemble du navire dont il donne une copie, plan dont le JOOLA
définitif est fortement inspiré.
Cette déclaration confirme une information relevée dans la presse en 1994 selon laquelle " des
ingénieurs sénégalais – sous la direction et le contrôle de Robert SAGNA, actuellement maire
de Ziguinchor – ont conçu, en collaboration avec les ingénieurs allemands le cahier des
charges du ferry "
Les experts constatant que le cartouche du chantier Gemersheim apparaît sur ce plan, Mr
Pache explique qu’il a été reproduit directement sur le plan de l’appel d’offre. Les différences
principales se trouvent dans la répartition des volumes des cales et des ballasts et dans
l’absence d’embarcations de sauvetage dans le plan du cahier des charges.
25
Il résulte de cette information que les critiques contre le chantier constructeur, formulées
dans le rapport de la commission d’enquête technique sénégalaise,seraient mal fondées; en
effet le franc-bord et la hauteur des hublots au dessus du pont principal, jugés insuffisants
dans ce rapport,sont exactement ceux du plan soumispar le Sénégal.
Mr Pache dit n’avoir pas de copie du cahier des charges soumis par le client et qu’il devrait se
trouver dans les archives du chantier. ( voir ci-dessus )
Il se rappelle avoir apporté plusieurs modifications après l’appel d’offres mais ne peut les
citer.
Une commande informelle a été passée à L + P le 28.04.1988.Ilse rappelle que la quille a été
posée en novembre ou décembre 1988.Le navire a été construit selon le règlement du Bureau
Véritaset les conventions OMI en vigueur à la date du contrat. Les modificationsdéjà prévues
résultant des amendementsde 1989 et 1990 n’ont donc pas été anticipées.
La notation "Eaux côtières d’Afrique Ouest" a été demandée par le client. Mr Pache estime
l’économie générée par cette notation à 50%. ( Echantillonnage et tuyautages moindres,
seulement deux canots de sauvetage dans la drome de sauvetage)
La définition de la stabilité après avarie pour un compartiment envahissable a été décidée en
concertationavec le Bureau Véritas. Le dossier prévisionnelde stabilité a été obligatoirement
approuvé par le BV, sinon la constructiondu navire n’aurait pu commencer.
Il ne donne pas d’explications aux experts qui lui demandent s’il peut commenter les
transferts de ballasts prévus en cours de traversée pour satisfaire aux critères exigés dans les
cas de chargement "arrivée".
Pourquoi le peak avant a-t-il été rempli par un ballast permanent ? A cause de la stabilité et
pour éviter que cette capacité ne soit vidée intempestivement, involontairement ou non.
26
2.4 LES DIFFERENTS GESTIONNAIRES
Quelque soit le gestionnaire, de la livraison au naufrage, le JOOLA a toujours été armé par un
équipage de la Marine Nationale Sénégalaise.
De sa livraison à Rotterdam jusqu’en décembre 1994 le JOOLA fut géré par la COSENAM
( Compagnie Sénégalaise de Navigation Maritime ) . Les experts remarquent que les
certificats provisoires valables jusqu’en 1991 ne sont pas renouvelés et que, déjà, les visites
annuelles de classification de 1993 et 1994 ne sont pas faites.
27
La durée de cet arrêt, un an et dix jours, est causée à la fois par la gravité de l’avarie qui
nécessita le démontage complet du moteur bâbord et sa reconstruction chez le motoriste MAN
à Hambourg, et par la grande difficulté de trouver le financement de cette réparation, réalisé
par le Ministère de l’Equipement et des Transports pour un montant de 250 millions de francs
CFA.
Cependant il ne semble pas que l’organisation de cette réparation ait bénéficié de la plus
grande diligence ; un contrat de réparation ne fut demandé à MAN que le 26 octobre 2001. Il
ne fut signé par le client que le 14 février 2002 et approuvé par les autorités sénégalaises le 14
mars. La garantie bancaire fut adressée à MAN le 29 avril 2002.
Il avait été décidé que le moteur tribord serait réparé sur place avec les pièces de rechange
fournies par MAN.
La réparation sur place n’étant pas possible pour le moteur bâbord, ce dernier fut démonté et
acheminé aux ateliers de MAN à Hambourg.
Ce moteur reconstruit revint à Dakar en juillet 2002 et fut remonté à bord en août.
Simultanément le moteur tribord était entièrement reconditionné. Ces travaux étaient effectués
conjointement par l’équipage du JOOLA et les techniciens de DAKARNAVE, sous la
surveillance du monteur de MAN, Monsieur DANZER. Ce dernier, après les essais à quai et
en mer qui furent faits du 20 au 23 août, quittait DAKAR le 25 août 2002.
Pendant le passage du navire au chantier DAKARNAVE d’autres travaux habituels de
carénage avaient été réalisés.
Aucun représentant, ni du Bureau de la Sécurité Maritime et de la Gestion des Flottes du
Ministère des Transports, ni du Bureau Veritas, n’a supervisé les travaux ou participé aux
essais
On sait pourtant qu’en 2001 des contacts furent renoués entre la Marine Nationale et le
Bureau Veritas afin de re-classifier le JOOLA. Malheureusement cette démarche n’aboutit
pas. ( Voir infra § 5.4 )
Par une note du 6 septembre 2002 ( annexe C ), le Capitaine de Vaisseau KOMBO, Chef
d’Etat-major de la Marine Nationale, informe le Directeur de la Marine Marchande de la
reprise des rotations du JOOLA le 10 septembre suivant et lui demande de " programmer la
visite technique annuelle " par ses services. Le 11septembre, le lendemain de l’appareillage,
cette note parvient à son destinataire qui la fait suivre au Chef du Bureau de la Sécurité
Maritime en lui demandant de procéder à la visite et de lui rendre compte.
Surtout après une immobilisation d’une aussi longue durée, il aurait dû être procédé à cette
visite avant la reprise de l’activité, pour faire remédier à d’éventuelles non-conformités, or
cette visite n’ aura lieu que le 23 septembre 2002.
Le rapport de visite ( annexe D ) témoigne d’une visite incomplète, comme s’il s’agissait de
s’acquitter d’une formalité. Les experts sont étonnés par ses conclusions : " Le navire a été
présenté en bon état apparent de navigabilité. Les prescriptions ci-dessus ne sont pas
( de nature ) à immobiliser le navire," Les experts estiment que, au contraire, les non-
conformités relevées dans ce rapport, ainsi que les autres passées sous silence, étaient
largement de nature à immobiliser le JOOLA.
Les experts s’étonnent aussi que ces défauts et non-conformités n’aient pas été corrigés au
cours de cette longue immobilisation.
Mais cette visite a été faite le 23 septembre alors que la reprise des rotations avait déjà eu
lieu , très officiellement et médiatiquement le 10 septembre, le Ministre des Transports
28
embarquant avec celui des Forces Armées pour la première traversée. Aussi, outre celle de la
possible incompétence( voir infra § 10.2 ), les experts se posent la question de savoir si le
Chef du Bureau de la Sécurité Maritime n’a pas agi sur ordre en fermant les yeux sur les
défautsconstatés.
La reprise des rotations le 10 septembre 2002 était très attendue par le public et les autorités
car, outre la demande résultant de sa longue indisponibilité, c’était l’époque de la fin de la
saison des pluies et de la rentrée scolaire.
Les deux ministres ne feront pas le retour du voyage inaugural à bord du JOOLA ; ils
reviendront à Dakar par avion.
29
3. DESCRIPTIONDU JOOLA
3.1 SOURCES
Les sources sont le rapport de franc -bord du Bureau Veritas en date du 16 août 1991 ( scellé
n 15 Veritas ) , le dossier de stabilité, le plan général ( scellé 01/Veritas ), le plan des
capacités scellé n 05/ Veritas ) . Tous ces documents qui figurent dans le dossier sont
d'origine. Les seules modifications ultérieures apportées au navire, dont ils ont eu
connaissance , sont l'installation d'un groupe électrogène à l'arrière du 3ème pont supérieur et
la construction de parcs à bagages dans le garage.
LE
30
3.2 GENERALITES
Note Les documents mentionnent tous Dakar mais les experts, au vu des photographies
du JOOLA, constatent que la poupeporte le nom du port d'attache Ziguinchor
Nationalité Sénégalaise
Indicatif 6 VYZ
3.3 CARACTERISTIQUES
Portenlourd 500
Déplacement en 1885,0
Vitesse 14
Puissance 2 1200
31
seulement quatre étaient des navires de nuit offrant des logements en cabines. En 2006 ce
nombre n'apas changé, deux unités neuves remplaçant deux anciennes.
Cette rareté explique en partie les difficultés de remplacement du JOOLA par un navire
équivalent.
Le JOOLA était conçu pour ne pas transporter plus de 580 personnes ; 44 membres
d'équipage et 536 passagers . Le Certificat de Sécurité de Navire à Passagers délivré le 12
novembre 1990 confirme ce nombre maximal . Cependant le Permis de Navigation délivré à
Dakar le 19 juin 1998 mentionne les chiffres de 43 membres d'équipage et 650 passagers ;
aucune autorisation administrative été portée à la connaissance des experts justifiant cette
augmentation de la capacité passagers sans que la capacité de la drome de sauvetage ne soit
augmentée .
342 en troisième classe ; 208 dans un salon à l'avant du pont principal et 134 dans un
salon au milieu du pont supérieur.
Au 2ème pont supérieur , entre les cabines de 1ère classe et le salon des "secondes ", se
trouvent un restaurant de 130 places et, à bâbord, un salon d'une quarantaine de place.
bar dessert ces deux espaces .
voit donc que les 536 passagers autorisés à bord avaient tous une place assise ou en cabine
puisque l'on compte 542 places assises ou en couchette sans compter le restaurant et le bar.
3.4.3 Emménagements
de l’équipage
.
A l'avant du pont supérieur , un rouf contient la passerelle et le poste radio ainsi qu'un
hôpital, les cabines du commandant , du chef mécanicien , de deux officiers et d'un VIP . Les
aménagements du commandant et du VIP sont chacun complétés par deux salons .
A part les officiers mentionnés ci- dessus , l'équipage est logé à l'arrière du navire ; réparties
de chaque côté de l'accès au garage, six cabines au pont principal et six autres au pont
supérieur . Dans la dunette au pont supérieur se trouvent le carré de l'équipage , sa cuisine
et une buanderie .
Le carré des officiers se trouve à bâbord au pont supérieur, la cuisine principale étant à
tribord.
32
3.4.4 Capacités à cargaison
Deux cales de 228,7 chacune sous le pont principal . Chacune est desservie par un
panneau étanche à plat- pont dans le garage, de licence Mc Gregor. Ces panneaux,
verrouillés par taquets, étaient manœuvrés à l'aide d'un palan fixé sur un barrot à la
verticale.
33
source vidéoscellé01/ Verschaste
Sur cette vue vers l'arrièredu pont garage on voit les casiers à bagages de part et d'autre de la
partie centraleoccupée par des manutentionnaireset leurs charges de colis. En hautà gauche
on distingueunepartiede la porte arrière. La masse claire est le tambourmachinebâbord.
(couples 34 45)
34
Les ballasts de gîte, répondant à un besoin opérationnel, sont habituellement demandés par
l'armateur dans ses spécifications au moment de la commande du navire. Néanmoins, leurs
installationsauraient été faites au détriment des capacités et du port en lourd du JOOLA.
35
3.5 LES CRITERES DE STABILITE DU JOOLA
3.5.1 Réglementation
notera qu'en 1988 ces règles n'avaient pas encore été introduites dans le droit sénégalais
puisque le Sénégal n'adhéra à la convention SOLAS qu'en 1997.
Il nous a été remis, sous le scellé ouvert 14/ Veritas, à Brest le 15 Novembre 2004 par la
Brigade de Recherche de la Gendarmerie Maritime avec les autres documents sélectionnés au
siège du Bureau Véritas le 9 Novembre2004.
Le dossier a été rédigé par le bureau d'architecture navale " Lasse Pache GmbH" 15
Neidenburger Str. D - 2800 Bremen 1, sous- traité par le chantier Gemersheim Schiffswerft.
est daté du 15.02.91 et est donc postérieur à la livraison du navire à l'armateur, faite le
14.11.90.
trouve dans le rapport de la Commission d'Enquête Technique sur les causes du naufrage
du JOOLA (Dakar 04 Novembre 2002) la mention " le Bureau Véritas a effectué avec le
chantier un essai de stabilité à l'état intact et par la suite a élaboré un cahier de stabilité le 12
novembre 1990 avec la mention Informations sur la stabilité provisoire ; à remplacer par un
document approuvé " Nous n'avons pas trouvé trace de ce document approuvé. Nous
pensons qu'il s'agit d'un seul et même dossier.
dossier de stabilité doit contenir tous les renseignements jugés satisfaisants par
l'Administration , ou par la Société de Classification agissant par délégation , pour permettre
au capitaine d'obtenir la situation précise de la stabilité du navire dans les différentes
conditions d'exploitation et une copie de ce dossier doit être remise à l'Administration , en
l'occurrence l'Administration Sénégalaise . Il n'a pas été visé par cette Administration ni par
le Bureau Véritas . Donc , officiellement , la stabilité pas été approuvée .
Cependant le dossier est exploitable car il tient compte des résultats de l'expérience de
stabilité faite le 16.10.90 , dont le rapport daté du 25.10.90 est inclus dans le dossier . Ont
assisté à l'expérience de stabilité Messieurs Kaufmann pour le Bureau Véritas , Höckels pour
le chantier , Lasse pour le cabinet d'architecture navale et le Capitaine de Corvette Faye
représentant l'armateur.
est établi en anglais mais contient un lexique anglais français et le mode d'emploi pour
faire les calculs de stabilité est rédigé dans les deux langues . contient toutes les
informations nécessaires et suffisantes pour déterminer la stabilité du JOOLA en fonction de
ses conditions d'exploitation . Pourtant on peut déplorer qu'il ne soit pas complété par les
éléments suivants , même s'ils n'étaient pas obligatoires :
36
Les courbes pantocarènes correspondent à une assiette nulle ( tirants d'eau Avant et
Arrière égaux ) . Au cours de l'exploitation d’un navire il n'est pas toujours possible de
respecter cette assiette idéale ; des courbes calculées avec certains cas d'assiette
auraient permis aux capitaines de déterminer la stabilité du navire de façon plus
précise et de démontrer les effets néfastes d'une assiette négative ( cas où le tirant
d'eau Avant est supérieur au tirant d'eau Arrière) .
Une Instruction au Capitaine " aurait aussi été utile en préambule pour attirer
l'attention sur la stabilité après avarie (le JOOLA est conçu pour flotter avec
seulement un compartiment envahi ) et sur la marge requise de la stabilité à l'état
intact .
Dans les cas de chargements calculés, des transferts de ballasts sont effectués en cours
de voyage pour conserver une assiette nulle. Ceci entraîne, pendant le transfert, la
mise en carène liquide des deux ballasts concernés et donc une perte de stabilité
momentanée qui doit donc être compensée par une marge positive. Cette contrainte
aurait dû être rappelée à l'attention du capitaine dans l'instruction mentionnée ci
dessus.
Dans ce dossier, à la page 34, figure le calcul des moments inclinants dus à un vent de
force 8 dans l'échelle de Beaufort ( 34 à 40 nœuds ) . La formule utilisée est
pw Aw * ( d /2 )
0,034 Cette différence qu’une faible conséquence dans le résultat des calculs des
moments inclinants dus au vent mais, fâcheusement , dans le sens de l'atténuation de
l'effet négatifdu vent .
L'examen du dossier montre que le navire satisfaisait aux critères de stabilité requis à
l'époque de sa construction mais avec une marge réduite imposant des contraintes
opérationnellesqui auraient dues être portéesà l'attentiondu capitaine et de l'armateur
.
En 1996 un groupe électrogène, dont le poids est estimé à 5 tonnes, a été installé de façon
définitive à l'arrière du pont supérieur 3 ( et non au pont supérieur 2 comme le
mentionnelerapportde la commissiond'enquêtetechnique, page50) .
Dans le garage , des parcs latéraux à bagages ont été ajoutés à une date inconnue des experts .
Ces parcs qui pouvaient être fermés , étaient constitués par une structure métallique grillagée
reliant le pont garage au premier pont supérieur . En l'absence de plans d'installation cotés il
37
n'est pas possible de calculer le poids de ces parcs avec précision mais ilpeut être estimé au
moins 5 tonnes . Voir photographie 3.4.4 .
38
3.6 LES MACHINES
2 moteurs principaux de 1200 kw chacun à 1000 tours/ minute, licence MAN B & W ,
type 12 V 20/27, actionnant chacun une ligne d'arbre et une hélice à pas fixe.
a été dit que ces moteurs étaient des prototypes testés sur le JOOLA , les experts
estiment cette rumeur sans fondement car la société MAN a fabriqué plusieurs centaines
de ce type de moteur diesel marin .
1 groupe électrogène MAN N 3 central, situé entre les moteurs principaux, de 182
kva. Au moment du naufrage et au moins depuis le début de 1996, ce GE était aussi hors
service, sonrégulateurde vitesse en avarie.
39
3.8 LES ENGINS ET DISPOSITIFS DE SAUVETAGE.
40
4. CONFORMITE AUX REGLEMENTATIONS
4.1 GENERALITES
Les experts ont rencontré la plus grande difficulté pour déterminer les réglementations
applicables au JOOLA en raison de l’incohérence entre les différents documents, de la non-
communication des spécifications contractuelles exigées par l’armateur lors de la commande
au chantier et des dispositions de la loi 62-32 du 22 mars 1962, portant le Code de la Marine
Marchande Sénégalaise.
Le JOOLA a été construit sur le Rhin en Allemagne et son armement fut terminé à Rotterdam
au Pays Bas où eut lieu l’expérience de stabilité réglementaire. Lors de son voyage " de
conduite " qui l’a amené de Rotterdam à Dakar, il devait donc satisfaire aux règles de
navigation internationale. Le Bureau Veritas, au nom du gouvernement sénégalais, a délivré
le 12 novembre 1990, les certificats internationaux exigibles pour ce voyage.
Ensuite le navire fut affecté à une ligne régulière reliant deux ports sénégalais, Dakar et
Ziguinchor, sans faire escale dans un port étranger. Il effectuait donc une navigation
nationale.
En conséquence les règles des conventions internationales, applicables aux navires effectuant
une navigation internationale, pouvaient ne pas s’appliquer au JOOLA sauf dispositions
contraires.
41
Sauvegarde de la Vie Humaine en Mer ( SOLAS ) et la Convention Internationale sur le
Franc-bord de 1966 ( LL ). En conséquence le Bureau Véritas, par délégation du
Gouvernement Sénégalais, a délivré le 12 novembre 1990 les certificats statutaires de franc-
bord et de sécurité suivant les dispositions de ces conventions. En particulier, un Certificat
Provisoire (valable jusqu’au 11avril 1991) de Sécurité de Navire à Passagers fut délivré pour
un voyage international court.
Un voyage international court est un voyage international au cours duquel le navire ne
s’éloigne pas de plus de 200 milles d’un port ou d’un lieu où les passagers et l’équipage
peuvent être mis en sécurité. Ni la distance entre le dernier port d’escale du pays où le voyage
commence et le port final de destination ni le voyage de retour ne doivent dépasser 600
milles. L’exploitation du JOOLA sur la ligne DAKAR/ZIGUINCHOR correspondait bien à
cette catégorie puisque sa route ne l’éloignait pas de plus de 25 milles de la côte et de plus de
45 milles d’un abri (Dakar, Banjul ou la Casamance).
La différence entre les catégories "voyage international", donc sans limites restrictives, et
"voyage international court" consiste dans la composition des moyens collectifs de sauvetage.
Ainsi un classement du JOOLA dans la première catégorie aurait exigé des embarcations et
des radeaux supplémentaires et donc des dimensions et un poids du navire supérieurs.
D’autres éléments indiquent que le Sénégal n’a pas fait de différence entre une navigation
nationale et internationale et que le JOOLA était soumis aux règles des conventions
internationales (depuis le 16 avril 1997 toutes les conventions concernant le JOOLA sont
applicables, le Sénégal y ayant adhéré ). On lit en effet, page 8 du Rapport de la Commission
d’Enquête Technique Sénégalaise, " c’est une navigation soumise au droit positif sénégalais
( droit interne et Conventions internationales ratifiées par le Sénégal) ". Dans le même rapport
on lit plusieurs fois que les dispositions de ces conventions ont été ignorées ou non
appliquées.
Dans le rapport rédigé à l’issue de la visite annuelle du 23 septembre 2002, figure la
prescription " Présenter le certificat IOPP (International Oil Pollution Certificate) ". La
Direction de la Marine Marchande fait donc en sorte que le JOOLA se conforme aux
exigences de la Convention internationale MARPOL 73/78 .
On en conclut que les Conventions OMI ( SOLAS 74, Load Lines 66, STCW 78, SAR 79,
MARPOL 73/78 ), auxquelles le Sénégal a adhéré, ont été introduites dans le droit sénégalais,
et que le JOOLA y était soumis.
On constate que, depuis les naufrages des transbordeurs " Herald of Free Enterprise" et
"Estonia", navires de dimensions supérieures à celles du JOOLA mais de même type, ces
conventions, même quand elles ne sont pas exigibles, sont devenues la norme et par
conséquent la règle de l’art suivie par les armateurs soucieux de la sécurité des personnes
transportées et de l’environnement marin.
4.2.2 Le JOOLA devait -il être équipé d’une " boite noire " ?
Les amendements à la SOLAS, adoptés le 6 décembre 2000, en modifiant la règle 20 du
Chapitre V – Sécurité de la Navigation, introduisent l’obligation d’équiper les navires d’un
enregistreur de données de voyage, communément appelé "boite noire" ou VDR ( Voyage
Data Recorder ) afin de contribuer aux investigations après accidents.
Pour les navires transbordeurs à passagers existants, cas du JOOLA, cette modification devait
être faite au plus tard à la date de la première visite périodique effectuée après le 1er juillet
2002.
42
A cette date le JOOLA était en arrêt technique ; donc, lors de la reprise de son exploitation le
10 septembre 2002, et à fortiori lors de la visite annuelle du 23 septembre sanctionnant cette
reprise, le JOOLA aurait du être équipé d’un VDR.
4.3 LA REGLEMENTATIONNATIONALE
4.3.1 La Catégorie de navigation
Le Permis de Navigation délivré le 19 juin 1998, ainsi que le Rapport de la Visite Annuelle du
23 septembre 2002 mentionnent tous les deux une navigation en première catégorie. Cette
première catégorie, qui autorise une navigation sans limites géographiques, est attribuée à tort
pour au moins deux raisons et démontre de la part des autorités du pavillon une
méconnaissance totale de la réglementation et du navire.
• Les moyens collectifs de sauvetage correspondant à la catégorie "voyage international
court" ne répondent pas aux exigences de la première catégorie ou "voyage
international" ( sans mention restrictive ).
• Le navire était classifié par le Bureau Véritas avec une notation " Eaux Côtières "
limitant la navigation du JOOLA à six heures d’un abri, soit 84 milles pour une
vitesse de 14 nœuds.
Le JOOLA effectuait en réalité une navigation conforme à la deuxième catégorie, qui
comprend les navires effectuant une navigation au cours de laquelle ils ne s’éloignent pas de
43
plus de 200 milles d’un abri. ( La troisième catégorie comprend les navires ne s’éloignant pas
de plus de 60 milles.)
La notation " Eaux Côtières " a été demandé par l’armateur par courrier du 21 mai 1988, ce
qui fut confirmé par l’architecte naval en charge du projet de construction . Cette notation
permet une légère réduction de l’échantillonnage.
Certains pourraient penser que les réductions d’échantillonnage et de drome de sauvetage sont
motivées par un seul souci d’économie. Certes ces réductions diminuent les coûts mais il ne
faut pas oublier que le chantier devait construire un navire, avec la plus grande capacité
possible, mais aussi le plus léger possible afin de ne pas dépasser les 3,10 mètres de tirant
d’eau, impératif pour accéder à la Casamance.
44
5. LA CLASSIFICATION
45
Par contre, le gouvernement du SENEGAL, bien que signataire de la SOLAS 60, n’a pas
habilité la société de classification pour la délivrance des certificats prévus par cette
convention.
A signaler par ailleurs qu’une lettre-circulaire du 20 juin 1987 du directeur de la Marine
Marchande du SENEGAL stipule que les armateurs sénégalais sont tenus de produire les
certificats de classification d’une société reconnue, dont le Bureau Veritas ( au même titre que
l’American Bureau of Shipping, le Lloyd’s Register ou le Germanisher Lloyd ). Cette
circulaire indique en outre que le non-respect de cette directive entraîne le retrait des
documents anciennement délivrés par la Marine Marchande, sans qu’il soit précisé de quels
documents il s’agit.
Le 22 mars 1990, rapport de lancement établi par Bureau Veritas Hambourg (il existe un
autre rapport de lancement au nom de "Sangomar")
46
Sont également délivrés à cette occasion par le Bureau Veritas :
- Le certificat provisoire de franc-bord, valide jusqu’au 11.11.95
- Les certificats provisoires de sécurité SOLAS pour navires de charge : construction,
matériel d’armement et radioélectrique valides jusqu’au 15.01.91. Ces certificats,
non exigibles pour un navire à passagers, ont été délivrés au JOOLA qualifié
" navire de charge" pour le voyage de conduite Rotterdam –Dakar.
- Le certificat provisoire de sécurité pour navire à passagers, pour de courts voyages
- Délivrance par le Bureau Veritas d’un certificat de visite pour la traversée Rotterdam-
Dakar sous conditions : pas plus de 12 passagers et force du vent limitée à 7 Beaufort.
Du 9 octobre 1995 au 17 novembre 1995, carénage et travaux d’entretien mais les visites,
réparations et essais demandés par l’expert du Bureau Veritas à Dakar, dans le cadre de la
visite spéciale quadriennale, ne sont pas exécutés à sa satisfaction.
L’état trimestriel des visites effectuées a fait l’objet d’un rappel de situation de classe
systématique depuis la fin du cycle de classification le 11 novembre 1995, cela implique que
la visite spéciale qui aurait permis d’ entamer un nouveau cycle n’a pas eu lieu. . Les
certificats de classification, arrivés à échéance, ne sont pas renouvelés.
47
Le 19 décembre 1995, télécopie de BEXOM INTERNATIONAL à SENEMECA au sujet des
travaux de modification sur la porte arrière. Plan non communiqué, pas plus que les
qualifications et le test non destructif.
Le 20 décembre 1995, lettre du Bureau Véritas DAKAR à BEXOM informant que suite à une
réunion du 19 décembre 1995, les nouveaux certificats sont disponibles mais ne seront remis
qu’après réception.
Le 05 février 1996, télécopie annonçant copie d’une lettre NAV/41056 JF/MW du 02 février
1996 adressée au Capitaine de Vaisseau THIOUBOU attirant son attention sur la situation
irrégulière actuelle du navire et demandant de régulariser au plus tôt.
La lettre susmentionnée fait le point de la situation de classe du «LE JOOLA » et informe que
le navire est en suspension de classe :
Visite spéciale non terminée
Groupe électrogène Bâbordhors service
Régulateur du Groupe électrogène milieu hors service.
Il semble que la visite spéciale ait été reprise car le 13 février 1996, un fax du Bureau Véritas
DAKAR au Capitaine de Frégate LE GUENNEC, chef de la Coopération Technique auprès
du Chef d’Etat Major de la Marine Sénégalaise, notant que les essais en mer prévus pour le 12
février 1996 n’ont pu avoir lieu du fait de l’absence du Capitaine et du Chef mécanicien.
Ces essais ont eu lieu le 19 février suivant et donnent lieu aux constatations suivantes
transmises par courrier du 27 février 1996 au Capitaine de Frégate LE GUENNEC :
5 - Une seule pompe à incendie est en état de marche sur les trois du bord.
48
6 - Une seule pompe d’assèchement est disponible ( mobile submersible ).
Le même jour, dans un long fax, le Bureau Véritas relate le cheminement administratif du
navire et prévient que le retrait du navire du registre sera effectué prochainement si la
situation n’est pas régularisée.
Le 04 mars 1996, le Bureau Véritas DAKAR informe le Bureau Véritas PARIS, Monsieur
GUYADER, que le Secrétaire Général de la Présidence avait rencontré le Chef d’Etat Major
afin de trouver une solution rapide.
Le 05 mars 1996, lettre du Bureau Véritas DAKAR au Chef d’Etat Major de la Marine
Nationale à DAKAR, informant que les courriers cités en référence étaient restés sans
réponse, le navire « LE JOOLA » hors classe depuis décembre 1995 allait être retiré du
registre – copie à la Direction de la Marine Marchande et au Comité des Assureurs.
Le même jour, courrier au Chef d’Etat Major de la Marine Nationale attirant son attention sur
la modification prochaine du Règlement pour la classification des navires concernant la
suspension automatique de classe qui est en vigueur à partir du 01/01/1996, suite à la décision
de l’I.A.C.S. (Association Internationale des Sociétés de Classification).
Le 19 mars 1996, fax du Bureau Véritas DAKAR au Bureau Véritas PARIS répercutant la
lettre du Chef d’Etat Major de la Marine Nationale et ajoutant que le dossier est sur le bureau
du Premier Ministre.
Le 30 novembre 1996, demande de visite des portes arrière et de bordé, des arbres porte-
hélice (régularisation des visites d’octobre 1995) et du montage et des essais du groupe
électrogèneen pontée.
49
Le 12 novembre 1996, le Bureau Véritas rappelle que le terme des certificats de classification
est expiré depuis le 11novembre 1995 selon le tableau suivant :
DERNIERE
VISITE PROCHAINE
VISITE OBSERVATIONS
COQUE
Renouvellement
de certificat 12/11/90 11/11/95 Échu
Visitede confirmation
de terme ---- 11/11/94 Échu
MACHINE
Renouvellement
de certificat 12/11/90 11/11/95 Échu
MARPOL
FRANCBORD
SÉCURITÉ NAVIRE A
PASSAGERS
SÉCURITÉ
CONSTRUCTION
Visitepériodique
SÉCURITÉ
ARMEMENT
SÉCURITÉ
RADIO
50
Le 09 mai 1997, télécopie de l’Etat Major réclamant le rapport de visite effectuée durant
carénage 1995 pour règlement facture.
Le 05 août 1997, nouvel état trimestriel des visites Bureau Véritas DAKAR à Marine
Nationale. A part la visite à sec, situation inchangée.
Le 03 août 1998,état trimestriel des visites: inchangé,sauf passageà sec du 19 août 1998.
Le 08 octobre 1998, Marine Nationale pour le Bureau Véritas, passage à sec prévu du 1er au
10 novembre 1998.
Le 04 novembre 1998, état trimestriel inchangé, sauf passage à sec échu et visites des deux
arbres portes hélice faites.
Le 12 novembre 1998, demande d’intervention Marine Nationale à Bureau Véritas. En fait,
rappel du 12 mars précédent au sujet perforation du fond de ballast eau salée n° 5 C entre les
couples 76 ½ et 77 ½ et réparé par un insert de dimensions 700 x 500 x 12.
Le 13 novembre 1998, le chantier Dakar Marine informe que les jeux des arbres porte- hélice
sont satisfaisants.
51
Le 24 novembre 1998, télécopie du Bureau Véritas Dakar au chef d’Etat Major de la Marine
Nationale ( Monsieur A. PASQUINIen c/c ). Le Bureau Véritas fait le point de la situation de
classification
Le 02 décembre 1998, télécopie du Bureau Véritas à la Marine Nationale faisant état des
remarquesfaites durant la visite à sec et à flot, et à la fin de la visite spéciale, cette télécopie
reprend l’ensemble des défauts constatés en octobre 1997 et non corrigés. Elle est très
révélatriceà la fois de l’état déplorabledu navire et de sa mauvaisegestion technique.
52
Le 04 mai 1999 : état trimestriel des visites inchangé.
Le 03 novembre1999: - idem-.
Le 04 octobre 1999, l’Etat Major de la Marine Nationale de Dakar a averti le Bureau Véritas
de l’arrêt techniquedu navire,prévu du 15/10au 03/12/1999.
Le 03 novembre 1999, télécopie du Bureau Véritas , prenant bonne note de l’arrêt prévu du
navire du 09 au 18 novembre suivant, rappelle que les recommandations du 10 mai 1999,
n’ont pas été exécutées.
Le 22 mars, le comité de suivi du «LE JOOLA » est convoqué pour une réunion du 07 avril
2000. Le Bureau Véritas est invité expressément. ( annexe H ) Document reçu par le Bureau
Véritas le 05 avril suivant.
Le 05 juillet 2000, la direction des navires en service du Bureau Véritas émet un rapport d’état
des visites.
Vue d’ensemble. ( annexe I )
Il en ressort que les visites spéciales coque et machine dues le 11novembre 2000 ne sont pas
confirmées et que tous les certificats statutaires sont périmés.
Le 31octobre 2000, le Bureau Véritas est informé par le Capitaine de Vaisseau KOMBO,de
la Marine Nationale Sénégalaise, que LE JOOLA est arrêté pour travaux de carénage annuel
à compter du 31/10/2000 pour 45 jours.
53
rapports de visite de travaux effectués par les Sociétés DARARNAVE, AREMI et SENSEC
durant le carénage 2000 en vue de la mise à jour de la classification du navire. ( annexe J )
N-B : Les trois rapports ne figurent pas au dossier.
Ce certificat délivré le 25 juillet 2001 est valide jusqu’au 31 décembre 2001. ( Mais on sait
que le JOOLA sera à nouveau arrêté à partir du 31août 2001. )
A noter que le certificat coque comporte (déjà) deux prescriptions :
Visa n° 1
1.1–dispositif de fermeture porte étanche à réparer avant le 3/08/2001
1.2 – porte latérale tribord pont inférieur à réparer
Visa n° 2
Détection incendie à finir de mettre en état avant le 30 septembre 2001.
54
5.5 CONCLUSION PARTIELLE
Après le départ du chantier du JOOLA les rapports entre la Société de Classificationet les
armateursou opérateurssuccessifsdu navire ont été difficiles ; rapidementle JOOLA n’a plus
satisfait aux exigencesdu règlement de la société permettantle maintiende la cote.
Les experts locaux du Bureau Veritas, ainsi que l’administrationcentrale du Bureau Veritas
ont clairement et fréquemment appelé l’attentionde l’armateur sur la situation irrégulière du
navire au regard de la classification.
Les coopérants techniques LE GUENNEC et PASQUINI ont fait de même, mais leur rôle
était uniquement de conseil auprès du chef d’état-major, sans pouvoir de décision.
On observera que, compte tenu de l’importance de son "client" ( l’Etat Sénégalais ), le Bureau
Veritas a manifesté beaucoup de patience et s’est efforcé de retarder l’échéance du retrait de
la cote et de la radiation du navire de son registre.
En tout état de cause, lors de son naufrage le JOOLA n’était plus couvert par la classification,
sa classe étant suspendue depuis le 28 septembre 2000. ( voir Annexe L )
55
6. L’EXPLOITATION DU JOOLA
Sur le plan technique, la précipitation et le moment de cette décision sont déplorables car
le navire est alors en plein arrêt technique. Son effet immédiat, du jour au lendemain,
interdit toute planification du transfert et de la passation de service entre les responsables.
De plus, des travaux et des prestations sont en cours, des fournitures et des pièces de
rechanges ont été commandées par le précédent gestionnaire, les fournisseurs et ateliers
n’ont aucune garantie de voir leurs créances honorées par le nouveau gestionnaire ; la
première conséquence est l’arrêt des travaux et le retard de la remise en service du navire,
la deuxième est le point de départ d’un contentieux qui va durer plusieurs années avec des
effets néfastes sur l’entretien du JOOLA.
Sur le plan juridique, cette décision instaure une ambiguïté qui va entourer le JOOLA
jusqu’à sa fin. Le premier alinéa de la lettre du Premier Ministre suffisait pour faire
appliquer sa décision de changer de gestionnaire ; dans ce cas le Ministère des Transports
Maritimes, chargé de la Marine Marchande, conservait sans contestation ses prérogatives
de contrôle sur le JOOLA dont le statut de navire de commerce n’était pas changé.
Or, dans son deuxième alinéa, le Premier Ministre précise que la tutelle du Ministère des
Transports Maritimes n’est plus nécessaire, impliquant ainsi que le Code de la Marine
Marchande n’est plus applicable au JOOLA dont le statut indéterminé devient quasi
officiel ; c’est un navire marchand, propriété de l’Etat Sénégalais au travers du Ministère
des Transports mais c’est aussi un navire militaire au travers de son armateur, le Ministère
des Armées qui confie la totalité de sa gestion à la Marine Nationale Sénégalaise.
56
limiter aux seuls ministres mais dont les fonctionnaires de chaque ministère seront
conscients. En conséquence,les fonctionnairesde la Direction de la Marine Marchande,
frustrés de leur prérogatives,se désintéresserontde ce navire sur lequel ils n’auront plus
aucun pouvoir réel.
Un Comité de Suivi est mis en place par décret du 4 septembre 1996 ; il est composé des
représentants du Premier Ministre, des ministres des Forces Armées, des Finances et des
Transports et d’un représentant du contrôle financier. Il examine et vote le budget et
contrôle la gestion administrative et financière.
Il n’avait pas de rôle technique, pourtant l’expert du Bureau Veritas est invité à participer
à sa réunion du 7 avril 2000. ( Annexe H )
57
6.2 TABLEAU DES INTERVENANTS
1999 CV
2000 BENGALI CC SOW
durant 3 mois été 2000 octobre 2000
___________ CF Moddy
Octobre 2000 Jean Charles CF Roger
SIGUINE
OCTOR COGUIEC
CV
1er avril 2001
2001 Ousseynou
KOMBO
CC Issa
DIARRA octobre 2002
2002
58
6.3 DISCORDE ENTRE ADMINISTRATIONS CIVILE ET MILITAIRE
Certaines pièces en annexe des rapports des commissions d’enquête sénégalaises mettent
en évidence la tension entre les deux ministères.
Dès 1995, le ministre de la Pêche et des Transports se plaint auprès du Premier Ministre
de la gestion du navire par les militaires et des difficultés auxquelles sont confrontés ses
fonctionnaires et lui demande d’intervenir auprès du Ministre des Forces Armées pour que
la sécurité à bord du navire soit préservée. La réponse n’est pas celle qu’attendait le
Ministre de la Pêche et des Transports qui se voit désavoué quand, en décembre 1995, la
gestion du JOOLA est entièrement transférée à l’armée, le Premier Ministre ajoutant : "la
tutelle qu’exerçait le Ministère des Transports Maritimes sur le bateau LE JOOLA n’est
plus nécessaire". (cf supra § 6.1)
Par un courrier du 12 juin 2001, le Ministre des Transports, suite à une rumeur portant sur
la disparition en mer du JOOLA et des difficultés qu’il a rencontré pour s’en informer,
rappelle au Ministre des Armées les procédures arrêtées pour corriger la question.
Le 21juin 2001, le Directeur de la Marine Marchande,dont l’attention a été attirée sur les
conditions de sécurité, donne des instructions à son Chef du Bureau de la Sécurité
Maritime pour effectuer à bord du JOOLA les contrôles réglementaires.
Le 1er août 2002, le Ministre de l’Equipement et des Transports prie le Ministre des
Armées de demander au Chef d’Etat-Major de la Marine d’assister à une réunion à la
Direction de la Marine Marchande concernant les travaux de réhabilitation du JOOLA.
Le 5 août 2002, le Ministre des Forces Armées répond par une fin de non-recevoir qui
précise que :
- "la conduite et le suivi des travaux de ce navire relèvent de la compétence de la
Marine Nationale qui dispose à bord comme à terre de personnel spécialisé
approprié ;
- une double direction des travaux représente une source de lenteur et de blocage
nuisibles à l’efficacité et à la célérité (le navire est immobilisé depuis un an !)
nécessaires en pareille situation."
Cet échange de courriers démontre le refus des militaires de reconnaître la Direction de la
Marine Marchande comme autorité de tutelle pour ce qui concerne le JOOLA et
l’impossibilité de cette Direction d’exercer ses prérogatives. Les experts estiment probable
que si le Directeur de la Marine Marchande avait interdit au navire d’appareiller il eut été
contraint à la démission, car l’Etat-Major de la Marine n’aurait pas tenu compte de cette
59
interdiction et le JOOLA aurait continué à naviguer, comme il le faisait d’ailleurs malgré
l’absence de certificats valides.
Les experts relèvent que cette situation a pour origine la décision du Premier Ministre du 7
décembre 1995 et l’absence d’arbitrage de sa part suite au courrier du 18 juillet 2001 que
lui avait adressé son Ministre de l’Equipement et des Transports.
Cette politique du fait accompli, n’a pas empêché le Ministre des Transports
d’embarquer , en compagnie du Ministre des Forces Armées, lors du voyage inaugural de
reprise d’activité le 6 septembre 2002.
60
6.5 LA GESTION DE LA SECURITE
Depuis le 1er juillet 1998 les compagnies armant des navires à passagers et les navires
eux-mêmes doivent satisfaire aux prescriptions du Code International de Gestion de la
Sécurité ( Code ISM ) qui fait l’objet de tout le chapitre IX de la SOLAS. C’était donc le
cas de la Marine Nationale Sénégalaise et du JOOLA.
Si ces modalités, qui ont dramatiquement fait défaut, avaient été réellement mises en
place, on peut penser que le JOOLA n’aurait pas connu cette fin tragique.
61
6.6 LE PROGRAMME DES ROTATIONS
Mardi
20h30
09h00 11h00
Mercredi 14h00
Jeudi 12h00
15h00 17h00
05h00
Vendredi
20h30
09h00 11h00
Samedi 14h00
Dimanche 12h00
15h00 17h00
Les horairesde Karabane et Ziguinchorsont seulement indicatifs car fonction des conditions
de navigationsur le fleuve Casamance et de l’escale de Karabaneelle-même.
Ces horairessont établis pour une vitesse de 12 nœudsentre les ports de Dakar et Karabane.
La vitesse :
Le 26 septembre 2002 le JOOLA a appareillé de Karabane peu après 18h00 et a fait naufrage
à 22h55. La distance parcourue étant de 52 milles la vitesse fond était donc proche de 10,8
62
nœuds, et compte tenu d’un courant contraire de 0,3 nœud on obtient une vitesse surface de
11,1 nœuds.
Les distances :
DistanceDakar-Karabane: 143 milles
Distance Karabane-Ziguinchor: 30 milles, navigation pratiquée de jour
uniquement.
Les contraintesde marée :
L’embouchurede la rivière Casamance est encombrée de bancs formant une barre ; la sonde
sur cette barre est de 3,10 m ( voir § 7.2.1 ), valeur égale au tirant d’eau maximum du
JOOLA.
En prenant un pied de pilote ( ou profondeur sous la quille ) minimum de 0,50m, la hauteur
d’eau est insuffisante lors des basses mers de vives eaux avec coefficients > 90. Or avec ce
type de marée, les basses mers de coefficients > 90 se situent dans les créneaux horaires
suivants :
• Le matin entre 00h30 et 05h00
• Le soir entre 12h30 et 16h30
Pour établir un horaire hebdomadaireà deux rotations il faut donc éviter les franchissements
de la barre de la Casamance entre 12h30 et 16h30, le créneau du matin étant déjà exclu
puisque la navigation de nuit sur ce fleuve n’est pas recommandée,les bouées n’étant pas
lumineuses. On voit que les horaires en service normal ( voir en 6.6.1 ) étaient établis en
tenant compte de ces contraintesde marée.
L’horaireci-dessous,établi avec une vitesse moyennede port à port de 10 nœuds,montre que
les deux rotations sont possibles; il suffit de retarder les arrivées à Dakar de 2 heures et
d’avancer les départs également de 2 heures.
DAKAR KARABANE ZIGUINCHOR
Arrivée Départ Arrivée Départ Arrivée Départ
07h00
Lundi
Mardi
18h30
09h00 11h00
Mercredi 14h00
Jeudi 12h00
15h00 17h00
07h00
Vendredi
18h30
09h00 11h00
Samedi 14h00
Dimanche 12h00
15h00 17h00
63
Les duréesdes escalesde Dakar seraient donc, lundi et mardi,de 35h30 au lieu de 39h30 et de
11h30 au lieu de 19h30 le vendredi. Les escales en Casamance ne sont pas modifiéesdans ce
schéma. Ces durées d’escales permettent d’assurer largement les opérations commerciales et
logistiquesainsi que d’assurer la maintenanceet la propreté du navire.
64
6.7 LA SURCHARGE SYSTEMATIQUE DES PASSAGERS
Comme l’attestent tous les documents délivrés à la mise en service du navire, le JOOLA était
construit pour transporter 580 personnes (536 passagers et 44 membres d’équipage ). Autant
en raison de la capacité de la drome de sauvetage que de la stabilité, ce nombre ne devait
jamais être dépassé sans modification du navire et/ou des cas de chargement pris en compte
dans le calcul de la stabilité.
Dès 1995 on trouve mention du dépassement assez considérable du nombre de passagers
autorisé et le directeur du Port Autonome de Dakar, alors gestionnaire du JOOLA, recevait
instruction de veiller au respect de la capacité du navire ( voir annexe du rapport préliminaire
de l’enquête maritime ).
La crise, évoquée plus haut, entre les ministères était nourrie par ce problème de surcharge.
"Par lettre du 30 novembre 1995, le Ministre des Transports Maritimes conviait le Ministère
des Forces Armées, le Ministère de l’Intérieur, le Directeur de la Marine Marchande et le
Directeur du Port Autonome à une réunion prévue le 6 décembre 1995, pour traiter des
dispositions à mettre en œuvre pour faire face aux surcharges du navire par les personnels
militaires et assimilés." Comme on sait cette réunion n’eut jamais lieu mais par contre les
militaires obtinrent carte blanche.
Au fil des années la surcharge ne fut pas éradiquée, mais au contraire, s’amplifia et devint
systématique.
Le Permis de Navigation délivré le 19 juin 1998 autorise 650 passagers sans qu’aucune
modification du navire ne soit faite pour augmenter sa capacité. La surcharge de 114
passagers, inexpliquée, est donc autorisée.
Non seulement cette surcharge notoire est rapportée par plusieurs témoignages mais elle est
prouvée.
Ci-après figurent deux photographies, prises le lundi 15 mars 1999 lors du retour des troupes
sénégalaises de Guinée-Bissau, illustrant cette surcharge.
2200 soldats ont été rapatriés ce jour là, avec armes et bagages, répartis sur l’Edic
KARABANE, le patrouilleur FOUTA et le JOOLA. Les trois navires étaient bondés mais, en
fonction de la dimension des navires, le gros des troupes était sur le JOOLA.
Pas moins de 1700 militaires étaient donc entassés à bord. Heureusement pour la stabilité, les
cales étaient chargées d’équipement et de matériels et le pont garage entièrement occupé par
des véhicules blindés.
La première photographie, prise par Ange PASQUINI, montre le navire passant derrière la
jetée et gîtant sur bâbord.
65
Quelques instants après, le navire entre en rade et la gîte passe sur tribord sous l'effet de
l'anglede barre. Ange PASQUINIse souvient de voir alors une pâle de l'hélicebâbordhors
del'eau.
LE
66
Le JOOLA était passé très près de la catastrophe lors de ce voyage et si, en mer, il avait
rencontré le moindre coup de vent iln'aurait pas atteint Dakar.
A d'autres occasions le JOOLA avait déjà frôlé la catastrophe pour des problèmes de stabilité .
Certains rescapés , interviewés dans l'émission " Rideau Rouge " , font état d'un incident avec
une gîte tellement forte que l'eau était entrée par les hublots , ce qui signifie une gîte d'au
moins 20 . Une autre fois, selon une personne interviewée , tous les bagages avaient dû être
jetés à la mer pour redresser le navire .
Suite ces incidents alarmants, qui auraient dû servir de retour d'expérience à bon compte,
aucune remise en cause ne fut faite et les dérèglements continuèrent.
"Une note de service du 09.09.2002 relative à la reprise des rotations du JOOLA rappelle au
Chef d'Exploitation et au commandant du navire : la limitation du nombre de passagers et
du fret. Rapport de la Commission d'Enquête Technique , pages 20 & 21 ) Les experts
remarquent que le rapport ne précise pas le nombre maximal de passagers fixé par la note de
service qui elle -même n'est pas jointe en annexe du rapport Pourtant ce document est capital
.
67
7 LES PARAMETRES DU NAUFRAGE
7.1.1 Généralités
-celui de l'AtlantiqueNord ( anticyclone des Açores) qui donne naissance, sur son bord
Sud, l'alizé de NE ;
-celui de l'Atlantique Sud que longe sur sa face Nord l'alizé de SE . Au voisinage des côte
l'alizé de SE, dévié par l'appel d'air du continent, se prolonge par des vents de
( mousson)
Entre ces deux anticyclones , se trouve la zone inter tropicale de convergence ( ZITC ) ou zone
des calmes équatoriaux ou encore "pot au noir " . Cette zone peut atteindre 550 km de large , sa
position la plus méridionale , au niveau du Cap des Palmes ( Libéria) , est en février . En août,
elle atteint sa position la plus septentrionale au dessus du Cap Vert (Dakar ) .
La ZITC est une région de calmes et de brises folles, caractérisée par de fortes averses,
souvent accompagnées de grains et d'orages . Les coups de vent d'Est accompagnant ces
grains sont de courte durée mais peuvent être assez violents ( 30 à 50 ) ; maximum
observé 70 .
Dans la zone considérée , le régime tropical est bien affirmé et les deux saisons bien
différenciées suivant la position de la ZITC; la saison sèche de novembre à mai et la saison
des pluies de juin à octobre qui correspond à la mousson de SW quand la ZITC traverse le
Sénégal.
Les fortes perturbations observées dans la région sont rares , les dépressions du front polaire et
les tornades du Golfe de Guinée ne l'atteignant pas. Rarement, en cas de vaste dépression (ce
n'était pas le cas le 26 septembre 2002 ) , un tourbillon dépressionnaire à l'arrière des lignes de
grains , peut être l'amorce d'un cyclone tropical ( Cyclone Cindy en 1999) . A Dakar , en
septembre, la moyenne annuelle du nombre de jours avec des vents de force supérieure à 6 est
de 3 jours . A Conakry, cette moyenne pour des vents supérieurs à 7 est de 0,4 jour .
En septembre les températures minimales et maximales sont de 20 et 33
BulletinMETAREA2
68
A 21h: "Variable 2 to 4 , locally 3 to 5 insoutheast. Slight or moderate. Locally thundersqualls
with severe gusts."
Ainsi les bulletins de Météo France permettaient de prévoir des pointes de vent de 32 à 46
, les rafales de 15 à 25 ( severe gusts) s'ajoutant au vent moyen prévuentre 10 et
21
Malheureusement , le JOOLA n'étant pas équipé de station SMDSM ( Système mondial de
détresse et de sécurité en mer) n'était pas muni d'un dispositif permettant de recevoir les
renseignements sur la sécurité maritime diffusés via Inmarsat et n'a donc pu bénéficier de ces
prévisions ( voir page 72 du rapport de la commission d'enquête technique ) .
Les experts ne disposant d'aucune autre source relèvent dans le rapport de la Commission
d'Enquête Technique , page 48 , " Les prévisions météo pour la nuit du 26 au 27/09/02 faisaient
état pour cette zone de fortes pluies , orages , vents très forts de 20 à 40 pendant 15 à 30
minutes . Mais ces informations n'étaient données qu'au Port Autonome de Dakar et
n'étaient pas diffusées par la station radio maritime de Dakar- Radio ( portée VHF d'une
trentaine de milles nautiques ) . Pour accéder à ces informations , le navire devait prendre
contact soit avec le PAD, soit avec la station météorologique la plus proche " . Dans ses
conclusions , cette même commission recommande la mise en place dans les meilleurs délais,
d'un service spécial de météorologie maritime au sein de la Direction de la Météorologie
nationale .
Ce rapport ne mentionne nulle part l'existence de procédures en usage à bord pour la
réception des prévisions météorologiques, ni les moyens (téléphone, HF VHF) , ni les origines
( PAD, Centre opérationnel de la Marine, Station météo) .
7.1.3 Lasituationmétéorologique
le 26 septembre2002
Source
Les experts ont utilisé le Rapport de Situation Météorologique Proximité des côtes de
Gambie le 26 septembre 2002 de Météo France ( auteur Jean- Charles Pineaud, daté du 23
décembre 2002) . Ce rapport ( Procès verbal 3319/BT Evry/2004 , pièce n 4-1 du sous- dossier
G ) , est basé sur des études très complexes relevant encore du domaine de la recherche
analyse d'imagerie satellitaire , modèles numériques différents , exploitation des relevés dont
radiosondages .
Situation générale à 18h UTC dans l'extrême Est de la zone Sierra Léone près des côtes
de Gambie (quadrilatère 10 à 15 Nord / 015 à 020 Ouest)
La situation est caractérisée par une ZITC descendant en latitude avec des zones de
convergence et foyers orageux résiduels au Nord de cette ZICT, proches de la Gambie et du
Sénégal. Cette situation météorologique est classique sur cette région en cette période de
l'année.
On observe un faible gradient de pressions sur la zone, de l'ordre de 1010à 1013 hPa, avec un
minimum complexe de l'ordre de 1009 hPa sur la région Sud du Sénégal, Casamance et
Gambie à 18h UTC, se comblant 1012 hPa le 27 à 00h UTC.
Les images du satellite Météosat Est indiquent la présence d'une importante cellule orageuse,
couvrant l'ensemble de la zone durant la période considérée.
LaZITC se situeà proximitésudde la zone considérée
.
69
L'analyse des données (observations et données des modèles numériques ) indiquent des
valeurs de vent de surface faibles à modérés ( 4 Beaufort soit 16 nœuds maximum) .
Levent de secteur Nord 3 à 4 Beaufort, mais souventvariable 2 Beaufortdans le sud-est de la
zone considérée à 18h UTC, s'oriente ensuite Nord-Nord- Est en mollissant2 à 3 , mais vire
Sud- Estmême force dans le sud- est de la zone.
Les données des modèles numériques et des rares observations en mer, indiquent une mer
totale peu agitée à agitée, avec des creux n'excédant pas 1,5 mètres.
Selonles mêmesdonnéeset observations, la mer du vent est négligeableet la houle primaire
est de secteursud, avec des creux de l'ordrede 1 mètre, pourune périodede 9 à 13 secondes.
MCS ou système convectif de méso- échelle ( ensemble organisé d’orages) , de grande
taille, est observéduranttoute la période sur la zone considérée. Ilse déplace lentementvers
le Nord-nord-ouest durant la périodeconsidéréeet reste localisé à l'interfaceocéan- continent.
Une étude complémentaire du phénomène a été menée avec la Division Prévision Immédiate
de la Prévision de Météo - France ; il s'est avéré nécessaire d'utiliser en parallèle les
compétences du groupe Météorologique Méso-Echelle du Centre National de Recherches .
Cette étude donne les résultatssuivants
Le système orageux est en phase de décroissance de 18h30 à 21h00 UTC, les conditions
météorologiques s'améliorant probablement .
Puis on observe une nouvellephase de croissance de 21h30 à 23h UTC au moinsentraînantà
partir de 21h30 une détériorationdes conditions ( vents forts et fortes pluies) dans la partie
avant du nuageet devant la tour froide des cumulonimbusqui progresse de la Casamance
vers le Nord- nord-ouest.
Entre 22h30 et 23h UTC, la zone de vents forts atteint la région située à proximité des côtes
de Gambie où se trouve le JOOLA . est très probable que les vents ont alors fraîchi
brutalement pour atteindre 34 à 45 nœuds près de la surface durant les rafales, en soufflant de
- Nord- Est.
peut estimerque de tels vents ont soufflé durant au moins 1h30, creusantprogressivement
la mer pour la rendre forte avec une hauteur moyenne des creux voisins de 2 à 2,5 mètres.
Mais pour alors le JOOLA a déjà fait naufrage, avant que la mer ne soit creusée.
Cette hauteur moyenne des vagues pu guère être dépassée car aucun incident parmi la
flottille de pirogues de pêche ( 18 m de long et faible franc-bord ) été signalé. Unpêcheur
sénégalais, qui a déclaré se trouver à 3 km du lieu du naufrage et a vu le JOOLA disparaître,
a
signalébeaucoupde vent et de pluie, mais sa pirogue a bienrésisté à ce grain etn'apas
bougé.
70
7.1.4 Conclusion partielle
Cependant, même si le capitaine ne disposait de ces prévisions, il n’a pu être surpris par
l’arrivée d’un grain orageux. Familier des parages, il savait que cette situation météorologique
est classique sur cette région en cette période de l’année.
La ligne de grains orageux était précédée des phénomènes annonciateurs perceptibles à partir
de 21h30: éclairs (cités par P. Auvray), baisse de température, forte pluie, fraîchissement et
changement de direction du vent.
Ces grains orageux donnent sur les écrans radars des images caractéristiques très visibles. Le
rapport d’enquête mentionne d’ailleurs la détection de ces grains au radar.
En résumé, au moment du naufrage, le JOOLA, qui faisait route au 348, a subi des rafales de
vent, par son travers tribord, atteignant la force 8 Beaufort tout en étant soumis à une houle
venant de l’arrière qui contribuait à créer du roulis. Les effets conjugués du vent et du roulis
ont été des facteurs très négatifs pour un navire à la trop faible stabilité.
71
7.2 LA SITUATIONNAUTIQUE
30
Dakar
Echelle
enmilles
143
Rivière
Saloum
SENEGAL
Banjul
133 GAMBIE
Naufrage à 22h55
RivièreGambie
SENEGAL
Pointe
Diogué
Rivière Casamance
Bouée Casamance
"
Ziguinchor
123
Barrefranchievers
Appareillage
à 13h30
de Karabane
OCEAN ATLANTIQUE
Appareillagevers 18h10 GUINEE- BISSAU
20 30
Dakar
Echelle
en milles
143
RivièreSaloum
SENEGAL
Banjul
133 GAMBIE
Naufrage 22h55
RivièreGambie
SENEGAL
Pointe
Diogué
RivièreCasamance
Bouée Casamance
Ziguinchor
Appareillage
à 13h30
Barre
franchie
vers
de Karabane
72
7.2.2 Heures , hauteurs et courants de marée.
L'onde de marée met environ 5 heures pour remonter à Ziguinchor , la pleine mer produit
3 heures 17 minutes après l'heure de la pleine mer sur la barre à l'embouchure et la renverse
de courant ayant lieu 2 heures après l'étale de niveau.
La sonde sur la barre est de 3,50 m selon les Instructions Nautiques ( correction de 1999) et de
3,10 m selon la carte du SHOM n 6297. Retenons donc cette dernière , la plus défavorable ,
qui égale exactement le tirant d'eau maximum du JOOLA La hauteur d'eau à une heure
.
donnée représente donc la profondeur sous la quille du JOOLA , c'est à dire 0,65 m quand il a
franchi la barre pour la dernière fois .
7.2.3 Océanographie
quai la porte arrière par laquelle se faisaient les débarquements et embarquements des
personnes et des véhicules .
73
source http ://www kassoumay.com Le JOOLA embossé à Ziguinchor
La Casamance , à son embouchure entre la Pointe Diogué au Nord et la Pointe Nikine au Sud,
a une largeur mille .
A 5 milles dans le 300 est située la bouée d'atterrissage" Casamance" , lumineuse, à sifflet et
réflecteurradar, mouilléeà la limite des fonds de 10 mètres.
De la bouée "Casamance " à Dakar la route fond au 348 est directe , faisant passer au plus près
à 13,5 milles des côtes de Gambie, ne s'éloignant pas de plus de 35 milles de la " petite côte"
sénégalaise sur des fonds d'une quarantaine de mètres au maximum.
En septembre, un courant côtier est établi, portant entre l'Est et le Sud; sa vitesse dépasse
rarement 1 . Le JOOLA a donc subi ce léger courant contraire dans la soirée du 26
septembre.
74
7.3 L'ETAT DES CAPACITESDUJOOLA LE 26 SEPTEMBRE2002
Les chiffres du rapport de l'enquête technique sont sujets à caution en raison des éléments
contradictoires relevés . En effet, à la page 38 de ce rapport , on lit " Le M / S JOOLA avait
pris le maximum d'eau et de combustible en soute au Port de Dakar." La capacité totale en
combustible est de 174 m³ ou environ 150 tonnes ( densité du gasoil 0,86) ; à la même page on
lit que " le navire a appareillé de Ziguinchor avec 55 tonnes de combustible et 80 tonnes d'eau
douce ."
déduit de ces chiffres que le navire a consommé 95 tonnes pendant la traversée de Dakar
Ziguinchor et pendant l'escale de Ziguinchor , ce qui est totalement excessif pour ce type de
navire. La consommation des moteurs principaux pendant la traversée de Dakar à Ziguinchor
et celle des groupes électrogènes pendant l'escale de Ziguinchor , n'ont pu dépasser les 10
tonnes au grand maximum .
remarque que, excepté la caisse de trop -plein située dans l'axe , les deux caisses
journalières et les deux soutes à combustible sont situées symétriquem de part et d'autre de
l'axe longitudinal . Cette disposition permettait, en remplissant les capacités du bord opposé à
la gîte, de diminuer à la fois l'effet de carènes liquides et la gîte, mais à conditions d'avoir
bord au moins 50% de la capacité de combustible . Cette condition était connue des
responsables car, selon Roger COGUIEC , chef de la Coopération Technique auprès du Chef
d'Etat Major de la Marine Sénégalaise de 2000 à 2002, qui cite le capitaine de frégate Moddy
SIGUINE, chef d'exploitation du JOOLA , une procédure opérationnelle imposait de naviguer
avec au moins 50 % des soutes à bord . Or selon les mêmes source il n'y avait qu'environ
30 % au moment du naufrage.
Considérant le témoignage relaté ci -dessus et le fait que le combustible pu être utilisé pour
redresser le navire , les experts estiment qu'au moment du naufrage la réserve de combustible
bord était comprise entre 20 et 50 tonnes .
75
En conséquence et malgré l'absence d'éléments précis prouvés par des bons de livraisons ,
des soutes et les relevés de consommations du chef mécanicien , malgré les incohérences
du rapport d'enquête technique sur la quantité de combustible à bord, les experts , conservent
pour leur calcul la quantité de 35 tonnes de gasoil à bord au moment du naufrage , donnée par
le rapport de l'enquête technique .
Le JOOLA avait deux citernes à eau douce, la principale de 90 m³ à l'avant à l'aplomb des
cabines et de lacuisine et une deuxième de 35m³ à l'arrière à l'aplomb des locaux équipage.
N'ayant aucun élément permettant de contester ces chiffres ( bons de livraison, expertise faite
immédiatement après le naufrage ) , les experts conservent ces quantités pour leur calcul de
stabilité
Ces deux capacités , situées centralement sur l'axe longitudinal , ne pouvaient jamais servir à
contrer la gîte . Utilisées en permanence elles étaient toujours en carènes liquides sauf
immédiatement en fin de remplissage . Il est regrettable qu'elles n'aient pu être remplies à
Ziguinchor car les 45 tonnes manquantes auraient amélioré la stabilité du navire .
Au nombrede quatre situés dans l'axe du navire, numérotés de l'avant vers l'arrière 2 , 3 , 5 et
6 , ils ont une capacité totale de 156,9 m³ soit 160,8 tonnes ( densité de l'eau de mer 1,025) .
Les experts font ici une remarque concernant l'enquête technique La commission a effectué
les calculs de stabilité en considérant trois hypothèses de ballastage ballasts pleins, ballasts
vides et navire avec 25 % de ballast. L'étude situation intermédiaire peut être justifiée ;
or la commission adopte l'hypothèse où les quatre ballasts contiennent chacun 25 % de leur
capacité . Les experts estiment ce cas trop théorique et irréaliste car on ne peut imaginer un
commandant , soucieux de la stabilité de son navire, mettre tous ses ballasts en carène liquide,
moins de vouloir provoquer délibérément le chavirement du navire . Pour examiner la
situation avec 25 % des ballasts, il eut mieux valu calculer le cas " ballast plein et les 3
autres vides ", cas plus conforme aux usages et au sens marin.
Quand les quatre ballasts sont pleins , ils contribuent à une assiette négative (tirant d'eau avant
supérieur au tirant d’eau arrière tirant arrière) car seul le ballast 6 a son centre de
gravité sur l'arrière du centre de gravité du navire. Cette assiette négative n'est pas
recommandée mais nous pensons que le commandant , sachant son navire trop chargé dans les
hauts et les deux cales vides , ne pouvait que remplir ces ballasts pour abaisser le centre de
gravité du navire. C'est cette hypothèse que nous garderons pour déterminer la stabilité du
JOOLA lors de son naufrage .
Comme pour les citernes à eau douce, ces quatre capacités, situées centralement sur l'axe
longitudinal, ne pouvaientjamais servir à contrer la gîte.
76
Cas du ballast arrière N 6
La visite à sec du navire en novembre 1999 a permis de détecter deux fuites de ce ballast,
duesà des perforationspar corrosionde la virure A Tribord( télécopie de MonsieurJacques
FRERET au Capitaine de corvette I. TOURE ) . Pour définir la nature et l'étendue des
réparationsà effectuerun examendes fonds par une visite interne a été demandé mais on ne
trouve aucunetrace de cettevisiteni des réparationsqui auraientdu suivre.
Ces deux témoignages permettraient de justifier la gîte fréquente sur tribord du JOOLA ,
confirmée par de nombreux témoignages et photographies et qui ne peut être expliquée par
aucune dissymétrie structurelle du navire.
Vide, le JOOLA est gîté tribord. Noter la forte contrainte de torsion subie par la porte, nuisant
sa bonne étanchéité
77
source http
: //www kassoumay.com AutrevueduJOOLA à la gîte tribord.
L'assèchement des diverses capacités est assuré par un circuit de tuyautages et des pompes
d'assèchement A l'examen des documents de la classification, les experts ont remarqué qu'en
1996 et en 1998 les pompes fixes d'assèchement étaient hors service et l'assèchement n’était
assuré que par une pompe mobile. Les experts n'ont pu déterminer si en septembre 2002 le
dispositif fixe d'assèchement était à nouveau rétabli. Dans le cas contraire, les difficultés
présentées pour assécher les diverses capacités , et en particulier les ballasts, expliquent aussi
la gîte fréquente du navire.
78
7.4 LA CARGAISON
En l'absence d'informations plus précises les experts ont repris la composition du chargement
de l'enquête technique.
Etaient positionnés de l'arrière vers l'avant les véhicules suivants un camion de 13 tonnes,
un véhicule frigorifique de 9 t , 4 voitures de 1,5t chacune et 1 pick-up de 2,5t.
notera que les deux cales situées sous le pont de franc-bord étaient vides . Ceci est
important car en raison de la faible hauteur de leur centre de gravité (2,5m) elles auraient
contribué favorablement à la stabilité du navire. D'ailleurs les six cas de chargement étudiés
dans le dossier de stabilité , navire en charge, tiennent compte d'une occupation plus ou moins
complète de ces cales .
79
7.5 LES PERSONNES A
LE JOOLA était conçu et certifié pour transporter au maximum 580 personnes, dont 44
membres d'équipage et 536 passagers.
La règle 27 du chapitre de la SOLAS stipule " Toutes les personnes à bord de tous les
navires à passagers doivent être comptées avant le départ ." et " le janvier au plus tard, le
nom et le sexe de toutes les personnes à bord , accompagnés d'une indication permettant de
déterminer s'agit d'adultes , d'enfants ou de nourrissons , doivent être consignés aux fins
de la recherche et du sauvetage ."
Les enfants de à 5 ans ne payaient pas et n'étaient pas considérés comme des passagers.
Ceci constitue une autre violation de la Convention SOLAS ( Règle 2 du chapitre I ) qui
prévoit que seul les enfants de moins d'un an peuvent ne pas être compris dans le nombre des
passagers .
75 kg par personne, y compris ses bagages, est le poids moyen réglementaire et c'est celui qui
figure dans le dossier de stabilité . Ce chiffre ne nous semble pas réaliste car nous savons que
les passagers embarquaient avec une grande quantité de bagages accompagnés dont ils ne se
séparaient pas pendant la traversée . Nous estimons un poids moyen de 20 kg de bagages
accompagnés , ce qui porte le poids pris en compte à 0,095 tonne par personne à bord.
80
7.5.3 La répartition des personnes.
En raison du surnombre tous les espaces ont été occupés par les passagers, les locaux
communs surchargés au delà de leurs capacités ainsi que les ponts extérieurs.
Le tableau ci dessous donne la répartition estimée des personnes que nous avons adoptée dans
nos calculs de stabilité.
Pour estimer cette répartition nous nous sommes appuyés sur les surfaces disponibles, les
images vidéo et le témoignage d’un rescapé, Patrice AUVRAY, qui affirme que, seules, les
81
cabines passagers n’ont pas été surchargées, les coursives d’accès étant gardées par des
militaires.
La règle 20-3 du chapitre II-Ide la SOLAS dit que " Dans le cas de tous les navires rouliers à
passagers, le capitaine ou l’officier désigné, doit veiller à ce qu’aucun des passagers ne soit
autorisé,sans son consentement exprès, à entrer dans un pont roulier fermé lorsque le navire
fait route."
Or nous savons qu’un nombre important de passagers avaient trouvé place dans les espaces
rouliers (garage), qui pourtant devraient être interdits en mer, d’une part pour surveiller les
colis leur appartenant,d’autre part parce que les déplacements étaient difficiles en raison de
l’encombrementdu navire et qu’il n’y avait pas suffisamment de placeslibresdans les locaux
destinés à accueillir les passagers. Ces locaux étant saturés, beaucoup de passagers n’ont pu
faire autrement que de s’installer à l’extérieur et nous les avons répartis sur tous ces espaces
libres, sauf la passerelle supérieure interdite. Nous avons largement dépassé la capacité des
locaux équipage car on peut penser qu’un certain nombre de parents ou relations y ont été
hébergés.
On peut noter que nous estimons "seulement" 342 personnes sur le 3ème pont supérieur alors
que la rapport de la commission militaire, page 8, en estime 500, chiffre encore plus
pénalisant en matière de stabilité. Nous expliquons cette différence par le dépassement
vraisemblable des capacités théoriques des autres ponts inférieurs dont nous avons tenu
compte, la commissionmilitaire s’en tenant uniquement au nombre de places assises figurant
sur les plans.
82
7.6 LA STABILITE DU JOOLA AVANT LE NAUFRAGE
7.6.1 Principe du calcul de stabilité.
Il résulte du principe d’Archimède qu’un navire, comme tout corps solide plongé dans un
liquide, est soumis à l’action de deux forces verticales : son propre poids appliqué au centre
de gravité, dirigé vers le bas et une poussée dirigée vers le haut, appliquée au métacentre de
carène et égale au poids du volume de liquide déplacé.
Les coordonnées du centre de gravité du navire lège et du métacentre sont fournis par le
dossier de stabilité.
Les poids embarqués et leurs emplacements à bord, donc leurs coordonnées, ont été définis
plus haut.
Tous ces éléments vont déterminer la stabilité statique du navire mais dans le cas du JOOLA
il faut aussi calculer les couples inclinants pouvant agir sur lui en raison de la perte de stabilité
qu’ils occasionnent. Ces couples inclinants retenus ici sont l’action du vent, l’action de la
houle et l’action du déplacement des passagers et de la cargaison.
Ici encore les experts font des remarques concernant le rapport de l’enquête technique : Page
50 est traité le cas du groupe électrogène installé au pont supérieur N° 2 (qui en réalité était
au pont N° 3), considéré comme "un poids suspendu". Ce terme est utilisé à tort car il ne
s’agit aucunement d’un poids suspendu, dont la conséquence sur la stabilité aurait été
autrement plus grave, mais d’une addition de poids. D’ailleurs dans les calculs figurant à
l’annexe I, le G.E. est bien traité comme un poids additionnel.
Toujours à la même page, la constante, ou augmentation dans le temps du poids d’un navire
lège, est évaluée à 1% pour les 12 années d’existence du JOOLA. Pour ce type de navire
l’augmentation atteint souvent 0,5% par an. Les experts rappellent les effets négatifs de cette
augmentation de poids et que depuis le 29 avril 1990 il est obligatoire d’effectuer tous les cinq
ans une pesée des navires à passagers lèges ( SOLAS Chapitre II-1, règle 22 ). Si un écart de 2
% du poids ( soit 0,4 % par an en moyenne ) ou un déplacement longitudinal de 1 % du centre
de gravité sont constatés, le navire doit alors subir une nouvelle expérience de stabilité. Les
inspections périodiques, dites chasses aux poids morts, font parties des procédures pour
limiter cette constante. Les experts estiment la constante du JOOLA à 0,4 % par an soit une
augmentation de poids de 63,86 tonnes au lieu des 13,31 tonnes retenues par la commission.
83
h = distance verticale entre le centre de gravité de S, ou centre de voilure, et le centre de
dérive.
Avec les hypothèses du cas de chargement correspondant à la traversée fatidique ( 1928
personnes à bord ) le tirant d’eau moyen du navire est 3,08 m et le moment inclinant du à un
vent de 40 nœuds est :
Mv = 0,025 . 40² . 802,88 m² . 6,85 = 219,99 mt
1000
Pour 580 personnes à bord et avec le même vent de 40 nœuds, Mv aurait atteint 223,67 mt,
moment supérieur en raison du tirant d’eau moindre ( 2,89 m) et donc du fardage plus
important ( 817 m² )
Les calculs montrent que le JOOLA était sensible à l’action du vent ; ceci était bien connu des
responsables de la Marine Nationale. La commission militaire le mentionne dans son rapport,
page 7, où on lit "Le grand fardage du bateau combiné à un faible tirant d’eau ( 3m10 maxi )
le rendent sensible à l’action du vent."
84
7.6.4 Le déplacement des passagers.
Progressivement à l’approche du grain, les passagers de pont qui avaient trouvé une place à
l’extérieur du côté tribord, se sont déplacés vers bâbord pour se mettre à l’abri du vent et de la
pluie avec leurs bagages. Le tableau ci-dessous donne le calcul du moment inclinant dû au
déplacement de 390 passagers avec un poids moyen de 95 kg par passager ( 75 kg par
personne et 20 kg de bagages ).
Le moment inclinant calculé s’élève à 319 tonnes.mètres.
7.6.5 Calcul de stabilité " Tous les ballastspleinset 1928 personnes à bord".
Les deux feuillets suivants A1 et A2 concernent l’hypothèse " Tous les ballasts eau de mer
pleins et 1928 personnes à bord".
La page A1 détermine le déplacement du navire et par suite son tirant d’eau moyen, la
position du centre de gravité du navire chargé et la perte de stabilité due aux carènes liquides .
La page A2 détermine les distances métacentriques,les tirants d’eau avant et arrière, les bras
de levier de redressement GZ’ en fonction de l’inclinaison et les couples d’inclinaison dus au
vent GZv et au déplacement des passagers GZp. Un graphique contient les courbes de ces
couples ; l’angle d’intersection de la courbe GZ’ avec et les courbes GZv et GZp donnent
l’angle d’équilibre statique auquel le navire se stabilise.
On voit que sous l’effet du vent le navire trouve son équilibre à environ 13 ° de gîte et sous
l’effet du déplacement des passagers à 17 ° environ.
Malheureusement,ces deux effets s’additionnent et l’angle d’intersection de la courbe GZ’
avec la courbe (GZv + GZp ) est de 24 °.
Comme il sera expliqué plus tard le JOOLA ne peut supporter une telle inclinaison et va
chavirer.
Le scénario " ballasts pleins " démontrant le chavirement du navire nous n’avons pas jugé
utile de produire les calculs des scénarii " ballasts vides, totalement ou en partie " qui
démontrent forcément un chavirement encore plus rapide
85
Ballasts pleins, 1928 personnes à bord A 1
86
A 2
Calcul des distances métacentriques et des tirants d'eau
0,5
0,4
GZ'
0,3
Z
G 0,2 GZv+GZp
GZv
0,1
0,0
0 ° 10 ° 20 ° 30 ° 40 ° 50 ° 60 ° 70 °
Inclinaison
87
7.6.6 Calcul de stabilité avec 580 personnes à bord.
Nous avons voulu examiner la stabilité du JOOLA s’il avait été chargé dans le respect des
normes, c’est à dire avec seulement 580 personnes à bord et les camions saisis dans le garage.
Pour comparer des éléments comparables nous avons adopté le même taux de remplissage des
capacités mais nous avons ramené la cargaison de colis à 25 tonnes au lieu des 40 en A1. Ces
calculs figurent aux pages C1 et C2. On y voit que sous l’effet du vent le navire s’incline et se
stabilise vers environ 9° de gîte. Sous l’effet de la houle Le JOOLA roule entre des
inclinaisons de 14° à 4° bâbord.
Ces conditions de navigation sont inconfortables mais ne sont pas exceptionnelles lors d’un
coup de vent de travers de force 8 . Mais tous les passagers sont à l’abri à l’intérieur du
navire, ils ont tous une couchette ou un siège et sont bien calés dessus; ils sont répartis
uniformément et symétriquement et ne se déplacent pas soudainement en masse. Dans le
garage les camions et la cargaison sont saisis et ne bougent pas.
On voit donc que, même si le capitaine ne daigne pas venir à la cape ( manœuvre de mauvais
temps qui consiste à réduire la vitesse et à maintenir le navire face au vent ) pour préserver le
confort de ses passagers, et en dépit de la médiocre stabilité du navire (les cales sont vides et
les capacités en carènes liquides), le JOOLA n’aurait pas chaviré.
88
Ballasts pleins, 580 personnes à bord C 1
Total Pax
CargaisonPt Pal 25 31,5 787,5 5,1 127,5
Camionà l'Arrière 13 13,8 179,4 5,2 67,6
Frigo au centre 9 20,8 187,2 4,8 43,2
Pick- up 4X4 2,5 40 100 4,8 12
4 voitures 6 31,5 189 4,8 28,8
Cale N°1
Cale N°2
89
C 2
Calculdes distancesmétacentriqueset des
tirants d'eau
Angle Téta (°) 0,0000 10,0000 20,0000 30,0000 40,0000 50,0000 60,0000 70,0000
Angle (Radian) 0,0000 0,1745 0,3491 0,5236 0,6981 0,8727 1,0472 1,2217
Sin Téta 0,0000 0,1736 0,3420 0,5000 0,6428 0,7660 0,8660 0,9397
KN 1,0900 2,1930 3,2330 4,0800 4,7870 5,3100 5,4800
KG' x sin Téta 0,9542 1,8794 2,7475 3,5321 4,2094 4,7588 5,1636
GZ' 0,0000 0,1358 0,3136 0,4855 0,5479 0,5776 0,5512 0,3164
Angle Téta (°) 0,0000 10,0000 20,0000 30,0000 40,0000 50,0000 60,0000 70,0000
Angle (Radian) 0,0000 0,1745 0,3491 0,5236 0,6981 0,8727 1,0472 1,2217
Cosinus 1,0000 0,9848 0,9397 0,8660 0,7660 0,6428 0,5000 0,3420
Mv=223,67/1773,86=0,1261 0,1261
GZv 0,1261 0,1242 0,1185 0,1092 0,0966 0,0811 0,0631 0,0431
0,7
0,6
0,5
0,4 GZv
Z
G GZ'
0,3
0,2
0,1
0,0
0 ° 10 ° 20 ° 30 ° 40 ° 50 ° 60 ° 70 °
Inclinaison
90
7.7 LA PROPULSION
Selon plusieurs assertions lues dans la presse et une audition de témoin, pour sa dernière
traversée le JOOLA ne disposait que d’un seul moteur de propulsion. Les experts ne partagent
pas ces avis pour les motifs suivants :
• En août 2002, le monteur de la Société MAN, Monsieur DANZER, a procédé au
remontage du moteur bâbord qui avait été refait à Hambourg et au re-conditionnement
du moteur tribord en remplaçant sur place, entre autres, les deux turbocompresseurs,
les pompes à combustible, le régulateur de vitesse et la suspension élastique. Les
essais à quai et en mer se sont passés à sa satisfaction à l’exception de l’impossibilité
de mesurer les températures des gaz d’échappement ; les capteurs et les lecteurs
n’étaient pas compatibles, les uns étant numériques, les autres analogiques. Dans
l’attente des pièces conformes ( qui furent bien commandées mais ne parvinrent à
Dakar qu’après le naufrage ), Monsieur DANZER recommanda que la puissance des
moteurs soit limitée à 50 % soit 800 tours/minute au lieu de 1000 t/m. Quand il quitta
Dakar le 25 août, les deux moteurs étaient remontés et fonctionnaient.
•Pour parvenir à l’endroit du naufrage à 22h55 , le JOOLA a navigué à la vitesse fond
de 11nœuds, vitesse correspondant au fonctionnement à 50 % des deux moteurs. Avec
un seul moteur à 50 % la vitesse n’aurait pu dépasser 7,5 nœuds.
Le 26 septembre 2002, les deux moteurs de propulsion du JOOLA étaient donc en service.
Les experts ne retiennent pas comme cause du naufrage le fait que les moteurs principaux ne
fonctionnaient qu’à 50 % de leur puissance.
91
8 LES CAUSES IMMEDIATES DU NAUFRAGE
Sans calculer la stabilité, un marin averti sait qu'elle est manifestement insuffisante. La
surcharge des ponts supérieurs, les cales vides, le combustible et l'eau douce en grande partie
consommés et en carènes liquides sont des indices alarmants.
A Karabanele JOOLA prend de la gîte sans que l'onpuisse attribuer celle-ci à un chargement
asymétriquedans les cales qui sont vides. Cette gîte est causée par le seul rassemblement, le
long du bastingage à tribord, des passagersdéjà embarqués qui observent le mouvementdes
pirogueset l'embarquementdes derniers passagers.
Sur les quatre photographies qui suivent prises à Karabane , extraites du film d'un témoin
amateur, ( source video scellé 01 Verschaste )on voit le navire au mouillage avec une forte
gîte sur tribord, environ 10 car la porte d'embarquement tribord est au ras de l'eau. Monsieur
AUVRAY fait même mention d'une entrée d'eau par cette porte, son seuil étant entre " cinq
dix centimètres " sous la flottaison , ce qui n'est pas impossible car l'angle d'immersion de
cette porte est 9,9 . Cette entrée d'eau est confirmée par le rescapé Sylvanno OLYMPIO ,
interviewé dans l'émission Rideau Rouge.
92
Deux autres vues attestant l'importance de la gîte tribord.
93
Au mouillage de Karabane la porte arrière est fermée, elle sera ouverte ultérieurement.
Le navire prêt à chavirer au mouillage sur rade abritée , il était manifeste qu'il n'était pas en
état de prendre la mer , même par beau temps, et à fortiori avec les grains annoncés et déjà
actifs . Pourtant le navire appareille sans que soient prises les précautions les plus élémentaires
de préservation du franc - bord
HAIDAR affirme que la porte Arrière était entrouverte ; ceci est confirmé par
le film de mai 2003 des plongeurs ( scellé 02 Verschatse ) . Cette ouverture n'a pu
survenir au moment ou après le naufrage . La porte a donc été volontairement ouverte
en mer, sans doute pour améliorer la ventilation de cet espace devenu difficilement
respirable, où quelques 200 personnes ont trouvé à se " caser " pour la traversée . Ila
été dit qu'un adolescent avait pu s'échapper par cette ouverture . Cette porte était
ouverte en contravention de la règle 20-1 du chapitre - de la SOLAS qui prévoit
que les portes de chargement doivent être impérativement fermées et verrouillées
avant que le navire n’entreprenne une traversée et que les heures de fermeture
doivent être consignées dans lejournal de bord.
94
extractiondu scellévidéo02 Verschatse
95
Leshublotsdes emménagementsdu pontprincipal, situés à 2,40 mètres au dessus de
la flottaison (en position droite) , ne sont pas fermés. Les images filmées de l'épave
montrent des hublots ouverts et en particulier un hublot des cabines équipage de
l'arrière pourvu d'une oreille d'âne ( manche à air insérée dans un hublot pour
améliorerlaventilation) .
Icion peut voir quatre hublots des cabines équipage munis d'oreilles d'âne.
96
extraction
du scellévidéo02 Verschatse
Vue de détail de l'épave montrant un hublot ouvert et muni d'une oreille d'âne.
Les hublots du navire situés sur le pont principal étant bas, cette situation était de nature à
favoriser l'envahissementpar en cas de gîte( inclinaison) égale ou supérieure à 20
Les experts font remarquer que la position des hublots, tant par rapport à la ligne de
surrimmersion que par rapport au pont de franc -bord, répondait aux exigences de la
réglementation . Ils rappellent que les hublots, comme les tapes de ventilation , sont faits pour
être fermées à la mer quand les conditions le nécessitent . On constate d'ailleurs dans le
rapport de franc - bord que ces hublots étaient doublés de contre - hublots ( couvercles
métalliques , articulés sur le dormant du hublot, pouvant se rabattre sur lui pour garantir
toute entrée d'eau en cas de bris du verre) .
En conséquencela positiondes hublots n'est en aucun cas une cause indirecteimputableau
constructeur. Par contre, le fait d'appareiller les hublots ouverts et de ne pas fermer les
contre- hublots l'approched'uncoup de vent, serontune des causesdirectes du naufrage.
Après l'appareillage , autre signe manifeste d'instabilité la gîte passe sur bâbord pour deux
raisons d'abord les passagers , qui au mouillage de Karabane étaient massés sur le coté
tribord , après l'appareillage se répartissent également d'un bord comme de l'autre , réduisant
ainsi la gîte. Ensuite les experts estiment Karabane , pour diminuer la gîte dangereuse sur
tribord , les quelques 35 tonnes de gas- oil avaient été transférées dans les citernes bâbord. Ce
déséquilibre suffit pour que le JOOLA , instable, prenne de la gîte sur bâbord . Ilaugmente
ainsi sa surface de flottaison et améliore sa stabilité de forme , faute de pouvoir agir sur sa
stabilité de poids qui lui est imposée par son chargement .
97
La barre franchie , vers 18h55 , Le JOOLA fait route sur Dakar , cap au 348 . La houle de
secteur Sud rattrape le navire par l'arrière et le fait rouler lentement ; cette longue période de
roulis est un signe manifeste supplémentaire d'instabilité . La houle n'est pas forte , ses creux
dépassent à peine le mètre et le roulis est faible , d'une amplitude de de part et d'autre de la
position d'équilibre . Mais le navire n'est pas droit ; son inclinaison d'équilibre est égale à 5
bâbord. Le roulis fait incliner Le JOOLA jusqu'à 10 Bd et le ramène vers tribord sans
dépasser la position droite .
La masse orageuse est détectée par l'officier de quart car visible sur l'écran du radar et elle
rattrape le navire. Le coup de vent est prévisible ; avant qu'il n'atteigne le navire il était
encore temps de manœuvrer pour le mettre en condition optimum pour sa sauvegarde en se
mettant préventivement à la cape en venant à gauche ( pour ne pas augmenter la gîte sur
bâbord ) et en avant lente jusqu'à faire face au vent ou en le gardant légèrement sur bâbord ,
soit une giration de 260 environ . Le JOOLA avait ainsi une chance d'étaler l'orage .
Dans le rapport d'enquête technique on peut lire, page 66 " Selon le lieutenant S., rescapé
militaire, le commandant qui se trouvait à la passerelle au moment où le bateau chavirait,
n'avait donné comme ordre que l'arrêt des moteurs ; ordre qui a été exécuté. " Les experts
estiment cet ordre inadapté est regrettable car il anéantit les dernières chances de sauver le
navire.
Dans le rapport de la commissionmilitaire, page 9 , les experts ont remarqué une phrase
évoquantun autre scénario, contredisant le lieutenant S " Les manœuvres du barreur pour
redresserle bateau n'ont pas empêché celui- ci de se coucher sur le flanc bâbord." En effet en
mettantla barre à gauche il était possiblede diminuermomentanémentla gîte.
Selon tous les autres témoignages, à aucun moment l'équipage du JOOLA ne paraît avoir
tenté quoi que ce soit dans les instants qui ont précédé le chavirement.
Avant que les rafales de vent n'atteignent leur force maximale et que la gîte devienne trop
importante, sans doute était- il encore temps de faire fermer les hublots et la porte de
chargement laissés ouverts.
Ce manque de réaction et d'anticipation étonne les experts qui se demandent par ailleurs si le
réseau de diffusion intérieure à l'attention des passagers et le système d'alarme générale
étaient en état de fonctionner .
98
8.2 LE CHAVIREMENT
Vers 22h45 la masse orageuse rattrape Le JOOLA par sa hanche tribord en générant une forte
pluie et un vent violent sur le côté tribord. Deux couples inclinant vont s'appliquer
simultanémenten s'additionnant:
Le vent de 40 nœuds exerce un couple inclinant faisant gîter sur bâbord le navire à un angle
d’équilibre statique d'environ 13 ( voir § 7.6.5 ) .
Progressivementà l'approchedu grain, les passagersde pont qui avaient trouvé une placedu
côté tribord sont exposés au vent et à la pluie et se déplacent vers bâbord pour se mettre à
l'abridu vent et de la pluie avec leurs bagages. Le momentinclinant dû au déplacementdes
passagerss'élève à 319 tonnes.mètresqui à lui seul ferait gîter le naviresur bâbordà unangle
d'équilibrede 17 .
Le bras de levierde redressementdu navire ne peut compenserces deux couples inclinants car
si l'équilibrethéorique se trouve autour d'une inclinaison de 24 il faut tenir compte de
inclinaisoninitiale de 5 et du roulis, faible en début de traverséemais qui s'est amplifié.
Gîté, le JOOLA ne va pas trouver son équilibre car simultanément d'autres facteurs vont
survenir dont les effets, en s'ajoutant à ceux du vent et du déplacement des passagers, vont
précipiterle chavirement
Sous l'effetde l'abondantepluie tropicale, les ponts supérieurs sont inondés, et même
si cette eau s'évacue par les dalots, il reste une faible couche d'eau. Les quelques 3
tonnes d'eau ainsi accumulées dans les hauts contribuentnégativementà remonterle
centre de gravité du navire, mais c'est l'effet de carène liquide, produit par la grande
surface libre, qui contribue de façon beaucoup plus importante à la réduction de
stabilité
Certains hublots sont restés ouverts ( voir supra ) comme le prouve le film enregistré
par des plongeurs , en particulier ceux des cabines de l'équipage à l'arrière . Or l'angle
d'immersion des hublots est égal à 19,7 et à cet angle l'envahissement du navire
commence avec ses fatales conséquences alourdissement du coté bâbord de la gîte,
carènes liquides , enfoncement .
Très vite, en moins de deux minutes, le navire est couché sur bâbord. Ilrestera ainsi couché
sur le côté un bref instant mais déjà, depuis que les 20 de gîte ont été atteints, l'eau
s'engouffrepar les hublots du pont principal et la porte arrière.
Pour se sauver les gens ouvrent les portes des ponts supérieurs ; à 30° de gîte la mer ent par
99
Progressivementmais rapidement, les emménagementsdes ponts supérieurs se remplissentet
s'alourdissent.
Le JOOLA finit de se retourner, la quille en l'air, à 180 environ, les mats à 3 mètres du fond
de la mer, ce qui donne une profondeur de 25 mètres à cet endroit , conforme aux indications
de la carte n 7389.
L'épave du JOOLA a dérivé pendant plus de trois jours vers l'Est- Nord- Est, pénétrant dans
les eaux territoriales gambiennes et s'échouant à 14h00 le 30 septembre par 13 15 , de
latitudeNordet 16 59 ,3 de longitude Ouest.
Quelques jour après le naufrage , lorsque les plongeurs filment l'épave qui a dérivé vers la
côte sur les fond de 20 mètres , on voit les mats pliés au contact du sable , ce qui constitue
d'ailleurs la seule avarie visible du navire.
100
8.3 CONCLUSIONPARTIELLE
Les experts ont relevé ce qui paraît comme une absence totale de culture de la sécurité et
une ignorance des règles de l’art de la part des responsables :
• Inobservationde la réglementation
• Surcharge systématique du navire
• Absence d’évaluationdes poids embarqués et du nombre de passagers
• Absence de plan de répartition de la cargaison et de saisissage
• Ignorance des contraintes de stabilité et défaut de vérification
Concernant ce dernier point, les experts relèvent qu’il existait des " instructions sur la
conduite à tenir en cas de forte gîte " ( cf audition de Monsieur COGUIEC ) dont ils n’ont pas
eu connaissance. Ceci démontre cependant que l’auteur de ces instructions avait conscience
de ce problème.
101
9. LE DEFAUT D’EVACUATION DU NAVIRE
102
- La mise à l’eau des deux canots de secours, de type Zodiac, prévus pour regrouper les
radeaux et embarcations mis à l’eau.
- L’armement de ces différents engins de sauvetage.
- L’emploi du matériel de radiocommunications pour émettre une alerte de détresse par
l’installation fixe du navire avant l’abandon et ensuite par les moyens emportés dans
les embarcations.
Les experts n’ont pu déterminer si le rôle d’appel, ou un plan de secours équivalent,
existait à bord. S’il existait c’était de manière tout à fait formelle et il était alors
radicalement contredit car il ne pouvait être appliqué avec une capacité autorisée de
passagers aussi largement, sciemment et systématiquement dépassée. Ainsi c’est près de
1200 personnes qui ne pouvaient être équipés des 767 brassières de sauvetage ( ou 667
suivant les documents ), et qui ne pouvaient trouver place dans les engins de sauvetage
prévus recevoir 742 personnes en tout. De plus, le surpeuplement avait pour conséquence
l’encombrement des lieux de rassemblement et l’obstruction des cheminements
d’évacuation, contrariant toute action de l’équipage, interdisant tout mouvement ordonné
mais, au contraire, propice au déclenchement de la panique.
Différents témoignages confirment que le commandant n’a donné aucun ordre pour
organiser l’évacuation, qu’aucun signal d’alarme ne fut donné que ce soit par la diffusion
générale ou la sirène d’alarme et que l’équipage n’a rendu aucune assistance aux
passagers. Le rôle d’appel, s’il existait, n’a donc pas été appliqué laissant place à un
sauve-qui-peut général.
103
9.3 LES ENGINS DE SAUVETAGE
Nous reprenons ici la composition de la drome de sauvetage déjà détaillée au chapitre 3.7 :
104
extraction
duscellévidéo02 Verschatse
extraction
duscellévidéo02 Verschatse
105
2 canots de secours de type zodiac. Ces canots gonflables avaient plusieurs fonctions ;
engins de servitude utilisés sur rades et au cours des manœuvres portuaires ils
devenaient des outils importants en cas d'évacuation en empêchant la dispersion des
radeaux de sauvetage et en les regroupant ensemble, tout en repêchantles personnes
éventuellementtombées à la mer.
106
Même cette bouée couronne, munie de son feu à retournement, située à seulement 2 mètres
de laporte bâbord de la passerelle, pas été utilisée.
107
9.4 L'EQUIPAGE
En premier lieu, la règle 29 de ce chapitre impose , à bord de tous les navires à passagers , un
Système d'aide à la décision destiné au capitaine . Ce système consiste en un ou plusieurs
plans d'urgence , ou "check - lists" correspondant à toutes les situations critiques dans
lesquelles le navire ou ses occupants peuvent se trouver .
L'importance du rôle d'appel a été expliquée plus haut ; c'est la règle 37 du chapitre III de la
SOLAS qui le rend obligatoire.
préciseque tout membrede l'équipage, dès son embarquementet avant le début du voyage,
doit connaîtreet être familiarisé avec sa fonction quelque soit la situation. peut consulter
les rôles qui sont affichés dans les carrés, coursives et à la passerelle et éventuellementles
fichesindividuellesaide- mémoiresplacéesdans les cabines.
Tout membre de l'équipage doit participer à un exercice d'abandon du navire par mois au
moins .
Chaque embarcation de sauvetage doit être mise à l'eau et manœuvrée par son équipage au
moins tous les 3 mois au cours d'un exercice d'abandon du navire.
Une formation à l'utilisation des radeaux de sauvetage sous bossoirs ( cas du JOOLA ) doit
être dispensée à bord au moins tous les 4 mois.
108
9.4.2 Non- Conformité avec la Convention STCW
La Convention internationale de 1978 sur les normes de formation des gens de mer, de
délivrance des brevets et de veille ( Convention STCW ) , modifiée en 1995, prescrit des
normes de formation générale applicable à tous les types de navires de mer et des normes
spécifiques à chaque type de navire. Concernant la formation générale , les experts sont
d'accord avec la déclaration suivante de la commission d'enquête technique , extraite de la
page 44 du rapport .
A ce propos , il convient de signaler que les diplômes délivrés par les Ecoles de Marine
militaire ne répondent pas aux critères définis par la convention internationale sur les normes
de formation des gens de mer, de délivrance des brevets et de veille ( convention STCW )
laquelle le Sénégal a adhéré en vertu de la loi 96.29 du 28 Août 1996.
Il n'existe pas au Sénégal de " passerelles " entre les diplômes militaires et des brevets civils
dont les titulaires sont les seuls admis , au regard du Droit Interne et International , à embarquer
bord des navires marchands .
Toutes ces dispositions ont d'ailleurs été reprises dans le décret n 2002-933 du 3 Octobre
2002 relatifà la délivrance des titres de formation professionnelle maritime et aux conditions
d'exercice des fonctions à bord des navires de commerce et de pêche ainsi que les navires de
plaisance.
En définitive, il convient de retenir que toute décision d'effectif d'un navire à passagers
devrait se conformer à ces normes internationales et nationales. "
Marchandises dangereuses .
109
Formationen matière de sécurité à l'intentiondu personnel assurant directement un
service aux passagers Aptitude à communiquer, moyens et techniques de communicationet
aptitude à faire une démonstrationaux passagers de l'utilisationdes brassières de sauvetage.
110
9.5 LE DEFAUT D’ALERTE
111
métriques, soit l’une en ondes métriques et la seconde en ondes
hectométriques.)
- Une radiobalise de localisation des sinistres par satellite pouvant être
facilement dégagée à la main et être portée par une seule personne à bord
d’une embarcation ou radeau de sauvetage et pouvant se dégager librement si
le navire coule et se déclencher automatiquement quand elle flotte.
- Trois postes VHF portatifs.
De plus, il était obligatoire d’avoir un récepteur permettant de recevoir, via les
services NAVTEX ou INMARSAT, des messages de renseignements sur la sécurité
maritime et en particulier les bulletins météo. Le commandant du JOOLA aurait ainsi
été informé par les bulletins du 26 septembre de la probabilité de fortes rafales de vent
accompagnant les grains d’orages ( thundersqualls with severe gusts ).
112
normalement. Aucune station n’a reçu cette alarme sur 2182 kHz; on ne sait si elle fut
transmise ( émetteur stoppé, auto-alarme hors service, personnel ne connaissant pas le
dispositif ? ) et si la fréquence de détresse était réellement veillée par les stations
terrestres.
113
Constatant que les signaux pyrotechniques n’ont pas été utilisés et qu’ils n’étaient pas à bord
la veille du départ, ce qui constitue une non-conformité, les experts pensent qu’ils n’étaient
pas à bord le jour du naufrage.
De nuit, l’utilisation du projecteurs à signaux lumineux transmettant le signal SOS ( . - . )
est un autre moyen de signaler la détresse .
Enfin l’utilisation de la sirène du navire émettant un son continu est aussi un bon moyen pour
attirer l’attention.
L’utilisation simultanée de tous ces signaux sonores et visuels est reconnue très efficace pour
attirer l’attention, en l’occurrence celle des pêcheurs sur zone. Il faut remarquer qu’ils sont
très faciles et très rapides à utiliser, à condition qu’ils existent et de connaître l’endroit où ils
sont entreposés à la passerelle.
114
Or , il apparaît qu’aucune tentative n’a été faite par le CCO. L’absence d’appel du JOOLA à
minuit devait logiquement conduire à appliquer les procédures prévues par la Convention
SAR : phases d’incertitude, puis d’alerte et de détresse.
Cette absence de réaction amène à se poser la question de la réalité d’une veille radio
effective au CCO après la vacation de 22h00, ce qui pourrait aussi expliquer la non réception
d’un éventuel message d’alerte ou de détresse. ( voir supra p. 113 )
Cette carence a eu de graves conséquences puisqu’elle a abouti à un déclenchement beaucoup
trop tardif des opérations de secours.
Les experts remarquent aussi qu’ aucun retour d’expérience de l’incident du 26 mai 2001 n’a
été mis à profit pour améliorer les procédures d’alerte. Pourtant l’absence de nouvelles du
JOOLA pendant 23 heures avaient alors créé un grand émoi à Dakar.
Pourtant au cours de la nuit des rumeurs de naufrages ont commencé à courir ; un ancien
marin du JOOLA a déclaré qu’il avait été informé du chavirement à 03h00 sur son téléphone
portable. Le port de Banjul aurait été informé par les pêcheurs vers 05h00/06h00.
Vers 05h30/05h40 la Marine Nationale a appelé la vigie du port de Dakar pour demander des
nouvelles du JOOLA ; à cette heure là cet appel ne pouvait être motivé que par une
information ou au moins un fort pressentiment. L’opérateur de la vigie, Monsieur Abdoulaye
SARR, s’est mis à appeler le JOOLA par VHF et a informé la Marine Nationale qu’il n’avait
aucune nouvelle du JOOLA.
Malgré tout cela rien ne fut déclenché avant 08h00.
115
Le JOOLA navigant à la limite des eaux de la Gambie et étant susceptible de solliciter du
secours auprès de ce pays, les autorités gambiennes auraient dû être consultées lors de
l’élaboration du plan afin de déterminer les modalités de coopération. Une fois le plan
approuvé, une copie devait être adressée à l’autorité gambienne responsable, de même pour
toutes les corrections apportées ultérieurement au plan.
L’Administration chargée de l’approbation du plan, comme pour tous les autres certificats de
navigation, était la Direction de la Marine Marchande.
Les experts regrettent que ce plan de coopération n’ait pas été établi comme la réglementation
l’imposait.
Le lendemain du naufrage les secours ont fait route vers le JOOLA sans les plans du navire,
comme l’aurait prévu un plan de coordination correctement constitué, privant ainsi
d’efficacité les sauveteurs et les plongeurs qui sont intervenus sur l’épave.
Les experts estiment aussi que l’existence de ce plan à bord et au CCO, avec l’état d’alerte et
les exercices qu’il impose, aurait participé à l’instauration d’un autre état d’esprit parmi l’état-
major du JOOLA et les autorités terrestres responsables. Ainsi une alerte aurait pu être
transmise en temps utile, permettant de sauver de nombreuses personnes.
Au contraire, on ne constate aucune réaction à bord ni au CCO où, malgré l’absence de la
vacation radio programmée à minuit, dénoncée ci-dessus au § 9.6, aucune procédure de
recherche et de mise en alerte des moyens ne fut déclenchée.
L’alerte donnée et le naufrage certain, la carence du CCO et des autorités responsables est
flagrante. C’est le Port Autonome de Dakar qui prend le relais des autorités normalement
compétentes et qui organise les secours.
116
10. CONCLUSIONGENERALE
10.1 GENERALITES
Les causes du naufrage sont multiples.
Le coup de vent, seul, ne pouvait causer le chavirement .
Sans vent et sur mer calme, même avec près de 2000 personnes à bord, le JOOLA n’aurait
pas chaviré, à condition de gouverner avec de faibles angles de barre.
Le premier facteur, direct et déterminant, du chavirement du JOOLA est donc la perte de
stabilité causée conjointement par un chargement aberrant et l’effet inclinant du vent et du
roulis.
Le JOOLA avait été construit en conformité avec les réglementations en vigueur à
l’époque. Comme pour la plupart des navires, ses caractéristiques étaient un compromis
entre les limitations dimensionnelles, notamment son tirant d’eau maximum pour
permettre le franchissement de la barre de Casamance, et la volonté d’optimiser ses
capacités de chargement.
En conséquence la stabilité du JOOLA satisfaisait aux critères réglementaires mais
imposait un strict respect des exigences telles que définies par le dossier de stabilité.
La première de ces exigences était le respect des limites minimales et maximales de
chargement, dont bien entendu le nombre maximal admissible de passagers, stipulé à la
fois par le dossier de stabilité et le Permis de Navigation.
Le large dépassement de ce nombre maximal admissible constitue une double faute :
• Il contrevient aux critères de stabilité.
• Il ne respecte pas les capacités des moyens d’évacuation.
Le naufrage du JOOLA est la conséquence de multiples autres causes que les experts ont
qualifiées ci-après selon les facteurs conjoncturels ou structurels, chroniques, certains ou
probables, déterminants ou aggravants, directs ou indirects. A la suite de ces facteurs, les
experts ont fait figurer, en italique, les responsables présumés à qui peuvent être imputé
les manquements qui en sont les causes.
Les experts ne retiennent pas comme cause du naufrage le fait que les moteurs principaux
ne fonctionnaient qu’à 50 % de leur puissance.
117
10.2 LE ROLE DE LA DIRECTION DE LA MARINE MARCHANDE
Les experts tiennent à commenter le rôle de la Direction de la Marine Marchande, qui
dépend du Ministère de l’Equipement et des Transports. Ils ne connaissent ni
l’organigramme de cette Direction dont dépend le Chef du Bureau de la Sécurité Maritime
et de la Gestion des Flottes, ni ses moyens.
Ils savent que la première raison pour laquelle cette Direction n’a pas exercé ses
prérogatives sur le JOOLA et son armement remonte à la décision du Premier Ministre du
7 décembre 1995 de transférer en totalité la gestion du navire au Ministère des Forces
Armées en précisant que la tutelle qu’exerçait le Ministère des Transports Maritimes
n’était plus nécessaire.
Cependant, et malgré cette décision qui s’est traduite par de fréquents blocages de la part
de la Marine Nationale, la Direction de la Marine Marchande n’a pas assumé toutes ses
responsabilités ; les experts n’ont pu déterminer exactement les raisons de cette carence:
moyens insuffisants, incompétence, incurie ? Sans revenir sur les détails énumérés au
long de ce rapport ils veulent insister sur certains éléments.
De 1990 à 1995, alors que les gestionnaires étaient encore civils, le Bureau de la Sécurité
Maritime a laissé le navire être exploité avec les seuls certificats provisoires du neuvage.
Dès la première arrivée du JOOLA à Dakar, il revenait à ce Bureau d’installer un système
de contrôle fixant les réglementations auxquelles était soumis le navire, les certificats qu’il
devait détenir ainsi que l’échéancier des visites obligatoires.
L’action fondatrice de ce système aurait dû être la Visite de Mise en Service, moment
important dans la vie d’un navire, autorisant formellement son exploitation et sanctionnée
par la délivrance des certificats définitifs et la rédaction du Rapport de Mise en Service,
document de référence pour toute la vie du navire. Les experts sont étonnés que le
Rapport de Mise en Service du navire n’ait pas été retrouvé ( voir p.32 du Rapport de la
Commission d’Enquête Technique ) On comprend que l’exemplaire du bord soit perdu
mais il devrait en exister au moins deux copies : A la Direction de la Marine Marchande
qui l’a délivré et au bureau de la Marine Nationale chargé de la gestion technique et de
l’armement du navire. Les experts déduisent que la visite de mise en service, qui aurait dû
avoir lieu à Dakar quand Le JOOLA est y arrivé pour la première fois en provenance du
chantier allemand, n’a pas été effectuée. En s’abstenant d’organiser cette visite de mise
en service, le Bureau de la Sécurité Maritime a manqué, par passivité, non seulement
de fixer les règles à suivre, mais aussi de s’imposer dès le début en qualité
d’organisme officiel de tutelle.
Il revenait aussi à la Direction de la Marine Marchande d’exercer la veille réglementaire
afin de suivre l’évolution des règles résultant des amendements aux Conventions
internationales ; il était de sa responsabilité d’informer en temps utile le gestionnaire du
JOOLA de ces nouvelles obligations en précisant les modalités d’application et les dates
d’entrée en vigueur.
Les réglementations sont faites pour, entre autres raisons, attirer l’attention des
responsables, à bord et à terre, sur les précautions qu’il convient de prendre dans
l’exploitation d’un navire à passagers. La Direction de la Marine Marchande, en
n’insistant pas sur la fonction de prévention des réglementations, a été négligente et
aussi imprudente.
118
A l’examen du Permis de Navigation du 19 juin 1998 et du rapport de visite du 26
septembre 2002, les experts se posent aussi la question de la compétence technique des
fonctionnaires de cette direction. Dans le premier document on relève des erreurs ( Navire
en 1ère catégorie de navigation au lieu de la 2ème, nombre maximal admissible de
personnes à bord erroné) et une contre-vérité ( certificat de classification mentionné OK
alors que la classification du JOOLA est suspendue ) .
Le rapport de visite témoigne d’une visite incomplète,comme s’il s’agissait de s’acquitter
d’une formalité. Les experts sont étonnés par ses conclusions : " Le navire a été présenté
en bon état apparent de navigabilité. Les prescriptions ci-dessus ne sont pas ( de
nature ) à immobiliser le navire," Au contraire, les non-conformités relevées dans ce
rapport, ainsi que les autres passées sous silence, étaient largement de nature à
immobiliser le JOOLA.
Mais cette visite a été faite le 23 septembre alors que la reprise des rotations avait déjà eu
lieu , très officiellement et médiatiquement le 10 septembre, le Ministre des Transports
embarquant avec celui des Forces Armées pour la première traversée. Aussi, outre celle
de la possible incompétence, les experts se posent la question de savoir si le Chef du
Bureau de la Sécurité Maritime n’a pas agi sur ordre en fermant les yeux sur les défauts
constatés.
119
10.3 LE ROLE DE LA MARINE NATIONALE SENEGALAISE
En qualité d’armateur et de gestionnaire du JOOLA, dont l’équipage était constitué en
totalité de marins militaires, l’Etat-Major de la Marine Nationale a une responsabilité
prépondérante dans le naufrage du JOOLA.
Estimant n’avoir de compte à rendre à personne d’autre que la hiérarchie des Forces
Armées , il a géré le JOOLA comme un navire de guerre, en ignorant les contraintes et les
réglementations auxquelles ce navire marchand était soumis.
Le Commandant Issa DIARRA était conscient des risques encourus par son navire,
cependant sa culture militaire en faisait un exécutant qui ne discute pas.
« Je suis un officier j’obéis aux ordres de mes supérieurs. Je ne faillirai jamais à mes
responsabilités d’officier. En partant au combat, je reste convaincu que je peux y laisser
ma vie, pourtant, c’est avec fierté et la conviction de faire mon devoir que je m’engage,
sans aucun autre calcul. Pour moi monter sur le bateau et faire des rotations pour le bien
des populations est aussi exaltant qu’une mission au front. Je suis conscient des risques
qu’il y a sur ce bateau, mais le devoir ne nous donne aucun autre choix ". Ces propos
tenus quelques jours avant sa disparition par le commandant Issa DIARRA nous ont été
rapportés par une personne proche du commandant qui est assurément mort au combat,
comme il le pressentait, à chaque fois qu’il levait l’ancre pour assurer ses rotations entre
Dakar et Ziguinchor. » ( Source http://lejoola.prosygma-serveur.com Enquête de Abdou
Latif Coulibaly )
Au sommet de la hiérarchie, l’Etat-Major donnait des ordres descendants, et ne traitait
pas les informations remontantes. Il n’a pas tenu compte des indices alarmants qui
indiquaient la gravité de la situation du JOOLA : retrait de classification et incidents de
mer. Il a été négligent.
Il n’a pas assumé ses devoirs , parfois inconsciemment , parfois sciemment.
Enfin dans la nuit du 26 au 27 septembre 2002, le Centre de Coordination des Opérations
a été totalement défaillant tant sur les plans de la préparation, de la veille et des initiatives.
120
10.4 LES FACTEURS DETERMINANTSDU NAUFRAGE
121
- L’absence d’un Système d’aide à la décision destiné au capitaine.
• La non-conformité à la Convention STCW, chronique et certaine:
- Formation des équipages militaires non conforme aux normes
internationales de formation des navires marchands civils.
- Absence de formation spécifique adaptée de l’équipage : encadrement des
passagers, communications, situations de crise et comportement humain,
familiarisation spécifique aux navires rouliers.
• Le défaut de visites périodiques obligatoire par la Direction de la Marine
Marchande. Chronique et certain.
• Le non-respect des règles de la Société de Classification, cause du retrait de la
classification par le Bureau Veritas. Chronique et certain.
Ces quatre facteurs sont imputables au Directeur de la Marine Marchande, au Chef
d’Etat-Major de la Marine et au Chef d’Exploitation
• Le mauvais entretien du navire. Chronique et certain. Aux responsables énumérés
ci-dessus s’ajoute le Commandant.
• La décision de la Primature du 7 décembre 1995. Antérieure et certaine. Le
Premier Ministre à l’époque.
• La discorde entre les Ministères des Armées et des Transports. Chronique et
certaine. Les Premiers Ministres, Ministres des Armées et Ministres des
Transports successifs.
122
10.5 LES FACTEURS AGGRAVANTS
10.5.1 Les facteurs directement aggravants
Dans cette catégorie les experts classent les facteurs qui ont alourdi de façon certaine le
bilan humain de la catastrophe, résultats de fautes professionnelles graves et durables
rendues possibles d’une part par les carences du management inadapté à l’exploitation
d’un navire à passagers civil et d’autre part par l’absence de contrôle des autorités
responsables :
• Les radeaux de sauvetage saisis à demeure sur le pont et non équipés de systèmes
de largage hydrostatiques. Chronique. Le Chef d’Etat-Major de la Marine qui a
refusé leurs installations, le Directeur de la Marine Marchande, le Chef
d’Exploitation et le Commandant qui ne les a pas fait libérer à temps .
• La carence de formation de l’équipage à l’utilisation des moyens de sauvetage. Le
Directeur de la Marine Marchande, le Chef d’Etat-Major de la Marine, le Chef
d’Exploitation et le Commandant.
• Les brassières de sauvetage non distribuées. Conjoncturel. Le Commandant, le
Second Capitaine et le Commissaire de bord.
• L’occupation du pont garage par des passagers. Conjoncturel. Le Commandant.
• La non-application de la Convention SAR. Chronique. Le Premier Ministre et le
Ministre des Armées.
• Le défaut d’alerte de détresse. Conjoncturel. Le Commandant, le Directeur du
CCO, les opérateurs radio du bord et du CCO.
• Le défaut de Plan de Coopération. Chronique. Le Directeur de la Marine
Marchande, le Chef d’Etat-Major de la Marine, le Chef d’Exploitation.
• Le SMDSM non installé dans les stations radio ( navire & terrestres ) . Chronique.
Les Ministres des Armées et des Transports, le Directeur de la Marine
Marchande, le Chef d’Etat-Major de la Marine, le Chef d’Exploitation.
• Le défaut de rôle d’appel, chronique, est probable. Sa non-application est certaine
et conjoncturelle. Le Directeur de la Marine Marchande, le Chef d’Etat-Major de
la Marine, le Chef d’Exploitation et le Commandant.
• L’absence de signaux pyrotechniques. Le Chef d’Exploitation.
• Les appareils de communication n’ont pas été vérifié par la SONATEL . Le Chef
d’Exploitation.
123
10.6 LES MANQUEMENTS QUI NE SONT PAS DES FACTEURS
DU NAUFRAGE
Les experts ont relevé dans ce rapport des non-conformités ou des défauts qui pour autant
ne constituent pas des facteurs du naufrage mais qui révèlent un médiocre souci du respect
des réglementationsen général et de la sécurité en particulier.
• L’absence de titres de navigation valides. Chronique et certain. Le Directeur de la
Marine Marchande,le Chef d’Etat-Major de la Marine,le Chef d’Exploitation.
• L’enregistreur des données du voyage ( boite noire ) non installé. Le Directeur de
la Marine Marchande,le Chef d’Etat-Major de la Marine, le Chef d’Exploitation
• L’absence de listes de passagers. Le Directeur de la Marine Marchande, le Chef
d’Etat-Major de la Marine,le Chef d’Exploitation.
• Certaines non-conformitésqui font l’objet des prescriptions du rapport de la visite
effectuée le 23 septembre 2002, dont surtout l’absence de certificat IOPP
(International Oil Pollution Prevention; cette absence fait présumer que le navire
n’est pas conforme à la Convention MARPOL ), un groupe électrogène en panne et
les joints défectueux de la porte du local de barre. Le Directeur de la Marine
Marchande, le Chef d’Etat-Major de la Marine, le Chef d’Exploitation et le
Commandant.
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10.7 CONCLUSION : LE NAUFRAGE DU JOOLA, RESULTAT DE LA
CARENCE DES RESPONSABLES
Dans ce rapport les experts se sont efforcés d’analyser les causes techniques de la
catastrophe ainsi que l’origine de ces causes.
Ces causes s’étalent dans le temps , de la livraisondu navire jusqu’à son naufrage.
Elles sont multiples; le JOOLA était en bout d’une chaîne d’hommes travaillant dans des
domaines différents : technique,administratifet politique.
Ce navire devait être conforme à des réglementationsmultipleset évolutives, nationales et
internationales.
Le JOOLA était exploité dans un système complexe où les responsabilités étaient donc
réparties selon les fonctionset parfoispartagées.
Mais dans le cas du JOOLA les responsabilités n’ont pas été assumées ; elles se sont
diluées au point d’être oubliées et négligées.
Dèsla livraisondu navire et durant toute son existence,on constate un défaut de conformité
aux réglementationsimputable à l’exploitantet aussi aux autorités.
Ni les incidents survenus durant l’exploitation du JOOLA, ni les mises en garde de la
société de classification,n’ont amené à faire un retour d’expérienceou une remise en cause
du système.
Les experts concluent que les autorités sénégalaises, des commandants du navire aux
ministres successifs, n’ont pas adopté une conduite responsable à l’égard du risque encouru
par le JOOLA, participant ainsi, à leurs différents niveaux, à la mise en danger des
équipages et des passagers.
Ayant répondu à la mission reçue du Tribunal de Grande Instance d’EVRY, tel est le
rapport rédigé conjointement par Pierre LEFEBVRE, Jean Raymond THOMAS et Michel
TRICOT, qu’ils certifient sincère et véritable et qu’ils se réservent le droit d’amplifier ou de
modifier si besoin est en cas d’éléments nouveaux communiqués postérieurement à leur
expertise.
Cosigné le
Pierre LEFEBVRE
Michel TRICOT
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