Poly 1
Poly 1
DENIS DIDEROT
MI3
Algèbre et analyse fondamentales I
CHAPITRE I
SÉRIES NUMÉRIQUES
année 2008-2009
Département de Formation
de 1er Cycle de Sciences Exactes
CHAPITRE I MI3 – Année 2008/09
SÉRIES NUMÉRIQUES
Plan du chapitre :
1
CHAPITRE I MI3
SÉRIES NUMÉRIQUES
Définition Une suite complexe est une application de {n ∈ N ; n > n0 } dans C, où n0 est un
entier quelconque. La valeur de cette application pour un argument n est alors notée un (plutôt
que u(n)) et appelée terme d’indice n ; cette application est elle-même notée (un )n>n0 .
Dire qu’une suite (un )n>n0 a pour limite l ∈ C signifie que seul un nombre fini de ses termes
rate une cible circulaire quelconque centrée en l, aussi petite soit-elle :
y
u3
u8
l
u1
u5
u6 u2
u0 u4
u9 u7
O x
. . . bien sûr, plus la cible sera choisie petite, plus de termes un la rateront, mais toujours un nombre
fini d’entre eux !
Exprimons cette définition en termes plus mathématiques. Dire qu’un terme un rate une cible
de rayon ε > 0 centrée en l signifie que la distance |un −l| entre un et l dans le diagramme d’Argand
(ci-dessus) dépasse ε : |un − l| > ε. Dire que les termes un ratant une telle cible sont en nombre
fini revient à dire que leurs indices se trouvent contenus dans un ensemble fini {0, 1, 2, . . . , k −1},
autrement dit que pour un certain k ∈ N, tous les termes un d’indices n > k atteignent la cible,
i.e. |un − l| 6 ε. Ainsi, la définition ci-dessus peut s’énoncer de la façon suivante : Pour tout ε > 0,
il existe un rang k ∈ N à partir duquel tous les termes un vérifient : |un − l| 6 ε.
Définition On dit que l ∈ C est limite d’une suite complexe (un )n>n0 lorsque :
∀ ε>0 ∃ k∈N ∀ n>k |un − l| 6 ε.
Les suites possédant une limite l ∈ C sont dites convergentes et les autres divergentes.
2
Proposition 1 (Unicité de la limite) Toute suite complexe possède au plus une limite.
Démonstration Supposons qu’une suite complexe (un )n>n0 possède deux limites l 6= l0 . En
choisissant ε = |l − l0 |/3 > 0 dans la définition de limite, il s’ensuit que tous les termes un à partir
d’un certain rang k1 vérifient |un − l| 6 |l − l0 |/3 et que tous les termes un à partir d’un certain
rang k2 vérifient |un − l0 | 6 |l − l0 |/3. Le terme uk , où k = max(k1 , k2 ), vérifie alors alors à la
fois |un − l| 6 |l − l0 |/3 et |un − l0 | 6 |l − l0 |/3. Cela signifie, en termes imagés, que uk atteint les
deux cibles de rayon |l − l0 |/3 centrées en l et l0 ; or ceci est impossible, car ces deux cibles sont
disjointes :
y 0
ε = |l−l
3
|
>0
l0
ε
ε
l ε
O x
Puisqu’une suite (un )n>n0 ne peut avoir qu’une seule limite, on peut sans ambiguı̈té noter cette
dernière :
lim un .
n→+∞
Attention, cette notation n’a aucun sens lorsque la suite (un )n>n0 est divergente.
La mise en œuvre de la définition de limite est plutôt pénible, notamment à cause de la série de
quantificateurs ∀ε > 0 ∃n ∈ N ∀k > n . . . qui la débute. Cette triste réalité est d’ailleurs illustrée par
les démonstrations des propositions ci-dessous. Heureusement, ces mêmes propositions permettent
dans la plupart des cas courants d’éviter une utilisation directe de cette définition.
Démonstration (i). Pour tout ε > 0, il existe un réel ε0 > 0 tel que |c|.ε0 6 ε (par exemple,
ε/|c| si c 6= 0, et n’importe quel réel strictement positif si c = 0) ; selon l’hypothèse lim un = l,
n→+∞
il existe donc un rang k à partir duquel les termes un vérifient : |un − l| 6 ε0, d’où :
En résumé, pour tout ε > 0, il existe bien un entier k tel que pour tout n > k : |cun − cl| 6 ε.
(ii). Soit ε > 0 quelconque. Les hypothèses lim un = l et lim vn = l0 entraı̂nent l’existence
n→+∞ n→+∞
d’un rang k1 à partir duquel les termes un vérifient |un − l| 6 ε/2 et l’existence d’un rang k2 à
3
partir duquel les termes vn vérifient |vn − l0 | 6 ε/2. En posant k = max(k1 , k2 ), on obtient donc :
·
|un − l| 6 ε/2
n>k ⇒ ⇒ |(un + vu ) − (l + l0 )| = |(un − l) + (vn − l0 )| 6 |un − l| + |vn − l0 | 6 ε.
|vn − l0 | 6 ε/2
(iii). Par hypothèse, il existe un rang k0 à partir duquel les termes un vérifient |un − l| 6 1 et donc
|un | = |(un − l) + l| 6 |un − l| + |l| 6 1 + |l|. Par ailleurs, pour tout ε > 0, il existe un rang kε à
partir duquel les termes vn vérifient |vn − l0 | 6 ε/(1 + |l|), d’où pour tout n > max(k0 , kε ) :
ε
|un (vu − l0 ) − 0| = |un |.|vn − l0 | 6 (1 + |l|) · = ε.
1 + |l|
Cela établit :
lim un (vu − l0 ) = 0.
n→+∞
lim un l0 = ll0 ,
n→+∞
d’où par (ii) :
¡ ¢
lim un vu = lim un (vu − l0 ) + un l0 = 0 + ll0 = ll0 .
n→+∞ n→+∞
¤
Remarque Chaque énoncé de cette proposition 2 en contient deux, le premier affirmant la conver-
gence d’une suite et le second précisant la valeur de sa limite. Ainsi, ces énoncés (i)-(iii) expriment
déf déf
d’abord que la limite des suites c.(un )n>n0 = (cun )n>n0 , (un )n>n0+ (vn )n>n0 = (un + vn )n>n0 , . . .
existe, avant d’en préciser la valeur. En particulier, les énoncés (i) et (ii) expriment que l’ensemble
En0 des suites convergentes (un )n>n0 , muni de l’addition terme à terme et de la multiplication par
un complexe, est un C-espace vectoriel, puis que l’application lim : En0 → C est linéaire.
Rappelons qu’une fonction f , définie au moins sur {z ∈ C ; |z − z0 | < r} pour un certain r > 0,
est dite continue en z0 lorsque :
³ ´
∀ ε>0 ∃ η >0 ∀ z ∈C |z − z0 | < η ⇒ |f (z) − f (z0 )| 6 ε .
Démonstration Par définition de la continuité de f en l, pour tout ε > 0, il existe un réel η > 0
tel que : |z − l| < η ⇒ |f (z) − f (l)| 6 ε, et par l’hypothèse lim un = l, il existe un rang k à
n→+∞
partir duquel les termes un vérifient : |un − l| 6 η, d’où :
n > k ⇒ |un − l| 6 η ⇒ |f (un ) − f (l)| 6 ε.
¤
L’intérêt de cette dernière proposition réside dans le fait que les fonctions les plus usuelles (cos,
sin, exp, . . .) sont habituellement continues en tout point de leur domaine de définition naturel.
Par exemple, la fonction z 7→ 1/z est définie et continue en tout z0 6= 0 et la fonction z 7→ |z| est
définie et continue en tout z0 ∈ C ; il s’ensuit donc :
4
1.2 Limites de suites réelles
Les suites réelles (i.e. dont tous les termes sont réels) ne sont jamais que des suites complexes
particulières et tout ce qui a été dit précédemment les concernent évidemment. Remarquons
seulement que leurs limites éventuelles sont nécessairement réelles :
Démonstration En effet, posons alors l = a + ib (a, b ∈ R). Pour p tout ε > 0, il existe un rang
k à partir duquel les termes un vérifient |un − l| 6 ε, donc : |b| 6 (uk − a)2 + b2 = |uk − l| 6 ε.
Ainsi, on a |b| 6 ε pour tout ε > 0, d’où b = 0.
¤
Bien sûr, il s’ensuit que pour une suite réelle (un )n>n0 ayant une limite l, l’expression |un − l| dans
la définition :
∀ ε > 0 ∃ k ∈ N ∀ n > k |un − l| 6 ε
désigne simplement la valeur absolue de un − l.
L’objet véritable de cette section sur les limites de suites réelles est de rappeler des notions et
des faits qui mettent en jeu l’ordre naturel des réels et qui sont donc vides de sens pour les suites
complexes. Par exemple, du fait qu’une suite réelle (un )n>n0 est formellement une application de
{n ∈ N ; n > n0 } dans R, on peut lui appliquer tout le vocabulaire usuel des fonctions réelles :
Définition • On dit que qu’une suite réelle (un )n>n0 diverge vers +∞ et l’on écrit lim un = +∞,
n→+∞
lorsque :
∀ M ∈R ∃ k∈N ∀ n>k un > M.
• On dit que qu’une suite réelle (un )n>n0 diverge vers −∞ et l’on écrit lim un = −∞, lorsque :
n→+∞
5
La proposition suivante établit un lien entre ces nouvelles définitions et celle de limite finie :
Proposition 6 • Pour toute suite réelle (un )n>n0 dont les termes sont strictement positifs à partir
d’un certain rang :
lim un = +∞ ⇐⇒ lim 1/un = 0.
n→+∞ n→+∞
• Pour toute suite réelle (un )n>n0 dont les termes sont strictement négatifs à partir d’un certain
rang :
lim un = −∞ ⇐⇒ lim 1/un = 0.
n→+∞ n→+∞
Nous ne rappellerons pas ici la liste exhaustive des règles de calculs invoquant des limites
infinies, telles que :
Comme toutes ces règles se retrouvent facilement par l’intuition (par exemple : “1 + ∞ = +∞”,
“(−2).(+∞) = −∞”, . . .), il est surtout utile — et même tout à fait indispensable — de se souvenir
des “cas d’indétermination”, i.e. des situations non tranchées par une règle :
∞ 0
∞ − ∞, 0 . ∞, , , ∞0 , 00 , 1∞ .
∞ 0
Rappelons plutôt que l’ordre des réels permet d’obtenir la limite d’une suite réelle (vn )n>n00
par encadrement rapproché ou pourchasse à l’infini :
Théorème 7 (dit “des gendarmes”) Pour toutes suites réelles (un )n>n0 , (vn )n>n00, (wn )n>n000 :
Ce théorème permet souvent de conclure là où toutes les règles évoquées plus haut échouent :
Il est vain d’invoquer ici une quelconque règle sur la limite d’une somme, car lim (−1)n n’existe
n→+∞
pas. En revanche, on conclut facilement à l’aide du théorème 7 (ii) :
Pour tout n ∈ N, n + (−1)n > n − 1, or lim n − 1 = +∞, donc lim n + (−1)n = +∞.
n→+∞ n→+∞
Concluons ces rappels sur les limites de suites par un autre théorème à caractère policier.
Ce dernier énoncé a quelque chose de remarquable : de tous ceux rappelés ici, c’est le seul à
établir la convergence d’une suite sans en préciser la limite. Contrairement aux précédents, sa
démontration engage une définition précise des réels et s’avère de ce fait particulièrement délicate.
6
2 Généralités sur les séries numériques
Une série n’est donc pas un objet mathématique nouveau, mais seulement une suite exprimée d’une P
façon particulière. En effet, toute suite (sn )n>n0 peut être présentée sous la forme d’une série an
n
en posant : an0 = sn0 et pour tout n > n0 : an = sn − sn−1 .
P
L’intérêt des séries réside dans le pouvoir expressif et la souplesse d’utilisation de la notation
des sommes. Encore faut-il apprivoiser a minima cette notation. Il s’agit par exemple, de rendre
tout à fait familières des transformations d’usage courant telles que :
q
X q
X q
X q
X q
X q
X q+1
X
(an + bn ) = an + bn , c an = can , an+1 = an ,
n=p n=p n=p n=p n=p n=p n=p+1
et qui résultent des propriétés les plus élémentaires de l’addition et de la multiplication, puisque
la première est une conséquence de l’associativité et de la commutativité de l’addition, la seconde
ne fait qu’exprimer la distributivité de la multiplication par rapport à l’addition et la troisième
découle immédiatement du sens des notations. Reconnaissons que ces relations sont tout de même
plus faciles à justifier que leur analogue concernant les intégrales :
Z q Z q Z q Z q Z q Z q Z q+1
(f (t) + g(t)) dt = f (t) dt + g(t) dt, c f (t) dt = cf (t) dt, f (t + 1) dt = f (t) dt.
p p p p p p p+1
k
X
La limite d’une série de terme général an (n > n0 ), i.e. lim an , est simplement notée :
k→+∞
n=n0
+∞
X X
an ou encore an .
n=n0 n>n0
C’est ces toutes dernières notations qui confèrent aux séries leur grand pouvoir expressif. Par
exemple, personne ne sait exprimer la limite l ∈ R de la série de terme général 1/n3 (n > 1) plus
simplement que comme la limite de cette série précisément (on ne connaı̂t aucune expression de l
√
à l’aide de π, e, +, −, , . . .). La dernière notation permet d’écrire, sans avoir à faire de définition
annexe : X 1
l= .
n3
n>1
Les séries permettent donc d’exprimer synthétiquement des nombres que l’on ne saurait désigner
autrement.
P
Le vocabulaire des séries présente une légère difficulté. Le “terme général an ” d’une série an
n
n’est pas le terme général de cette dernière en tant que suite (sn )n>n0 . En effet, l’expression
Pn
“terme général de la suite (sn )n>n0” désigne directement sn , autrement dit la somme k=n0 ak .
Par ailleurs, on nomme indifféremment “série” la suite (sn )n>n0 et sa limite. Cet abus de langage
courant ne porte pas à conséquence, car le contexte permet toujours de savoir de quoi l’on parle.
Ainsi, dans l’énoncé : “la série converge et vaut 2”, il est clair que c’est la suite qui converge et
P
sa limite qui vaut 2. De même, la notation n>n0 an est indistinctement employée pour désigner
la suite et sa limite.
PToutefois, nousPne suivrons ce dernier usage dans ce chapitre, où l’on notera
systématiquement an la suite et n>n0 an sa limite.
n
7
Les séries recèlent aussi un piège constant — autrement plus sérieux que ces problèmes termi-
nologiques — qu’on va illustrer à travers un exemple. Comme nous n’avons pas encore débuté leur
étude, nous allons allons adopter (dans cet exemple seulement) une notation naı̈ve de leurs limites :
X
an = a1 + a2 + a3 + a4 + · · · + an + · · ·
n>1
1 1 1 1 1
Exemple Déterminons la valeur précise de l = 1 − + − + ··· + − + ···
2 3 4 2n − 1 2n
1
En changeant en + les signes − des termes − , on rajoute deux fois chacun de ces termes, donc :
2n
µ ¶ µ ¶
1 1 1 1 1 1 1 1 1
l = 1 + + + + ··· + + ··· − 2 + + + + ··· + + ···
2 3 4 n 2 4 6 8 2n
µ ¶ µ ¶
1 1 1 1 2 2 2 2 2
= 1 + + + + ··· + + ··· − + + + + ··· + + ···
2 3 4 n 2 4 6 8 2n
µ ¶ µ ¶
1 1 1 1 1 1 1 1
= 1 + + + + ··· + + ··· − 1 + + + + ··· + + ··· = 0.
2 3 4 n 2 3 4 n
Pourtant, on regroupant deux à deux les termes initiaux, on voit bien que chaque paire de termes
ainsi formée est positive, donc :
µ ¶ µ ¶ µ ¶ µ ¶
1 1 1 1 1 1 1
l = 1− + − + ··· + − + ··· > 1 − + 0 + ··· + 0 + ··· = ·
2 3 4 2n − 1 2n 2 2
1 P
Ainsi, on obtient 0 > . Où est l’erreur ? Comme on le verra plus tard, la série (−1)n+1 /n
2 n
converge bien, autrement dit l est un réel bien défini. Par ailleurs, la minoration l > 1/2 effec-
tuée ci-dessus est parfaitementP correcte, donc l 6= 0. Dans le calcul de l plus haut, notre seule
erreur a été d’utiliser la série 1/n, appelée série harmonique, sans s’assurer qu’elle soit bien
n
convergente. Puisque nous n’avons pas commis d’autre erreur, notre raisonnement menant à la
relation 0 > 1 est en fait une démonstration par l’absurde que la série harmonique diverge. On
2
peut aussi s’en persuader directement, en regroupant ses 2n premiers termes par paquets successifs
de 1, 1, 2, 4, . . . , 2k , . . . , 2n−1 termes :
µ ¶ µ ¶ µ ¶ µ ¶
1 1 1 1 1 1 1 1 1 1
s 2n = 1 + + + + + + + +··· + + +· · ·+
2 3 4 5 6 7 8 2n−1 +1 2n−1 +2 2n
| {z } | {z } | {z } | {z }
1 terme 2 termes 4 termes 2n−1 termes
µ ¶ µ ¶ µ ¶ µ ¶
1 1 1 1 1 1 1 1 1 1
>1+ + + + + + + +··· + + + · · · +
2 4 4 8 8 8 8 2n 2n 2n
| {z } | {z } | {z } | {z }
1 terme 2 termes 4 termes 2n−1 termes
µ n−1
¶ µ ¶
1 2 4 2 1 1 1 1 n
=1+ + + + ··· + n =1+ + + + ··· + =1+ ·
2 4 8 2 2 2 2 2 2
| {z } | {z }
n termes n termes
X1
Ainsi, la somme sk = de ses k premiers termes finit par dépasser n’importe quel réel, i.e. :
n X1
n6k
lim = +∞.
k→+∞ n
n6k
La série harmonique diverge donc, bien que son terme général tende vers 0 :
1
lim = 0.
n→+∞ n
La morale à tirer de cet exemple est que, dans un calcul numérique mentionnant des séries, il faut
s’assurer de la convergence de chacune de ces séries, sans quoi le calcul perd tout sens et peut
mener à n’importe quel résultat.
8
Or la question de savoir si une série donnée converge ou non — on dit “déterminer la nature
de la série” — est généralement délicate. Le reste de ce chapitre est d’ailleurs consacré à cette
question et, pour plus de clarté, on adopte les abbréviations suivantes :
P déf
an CV ⇐⇒ la série de terme général an converge
n
P déf
an DV ⇐⇒ la série de terme général an diverge.
n
Proposition 9
(i). Si les suites (an ) et (bn ) vérifient an = bn à partir d’un certain rang k, alors les séries de
termes généraux an et bn sont de même nature :
“La nature d’une série ne dépend pas de ses premiers termes.”
P P
(ii). an CV ⇒ lim an = 0. (Attention : lim an = 0 ; an CV, cf exemple plus haut.)
n n→+∞ n→+∞ n
P P
(iii). an CV ⇒ lim ai = 0 : “Le reste d’une série convergente tend vers 0.”
n n→+∞ i>n
P P P
(iv). Si an CV et bn CV, alors (an + bn ) CV et l’on a :
n n n ³P ´ ³P ´
P
n>n0 (an + bn ) = n>n0 an + n>n0 bn .
P P
(v). Si an CV, alors pour tout nombre λ, λan CV et l’on a :
n n
P ³P ´
n>n0 λan = λ n>n0 an .
P P P
(Attention : an CV et bn CV ; an bn CV.)
n n n
de sorte que les suites (sn ) et (tn ) convergent toutes deux ou divergent toutes deux.
d’où : X
lim ai = s − lim sn = 0.
n→+∞ n→+∞
i>n
9
Les propriétés (iv) et (v) sont des conséquences immédiates des relations algébriques :
X X X X X
(ai + bi ) = ai + bi , λai = λ ai ,
i6n i6n i6n i6n i6n
et, d’après la propriété (iii), le reste tend vers 0 : la somme totale est donc voisine de la somme
partielle des n premiers termes pour n suffisamment grand.
X
Exemple fondamental : La série géométrique de raison q ∈ C qn
n
La somme partielle sn = 1 + q + · · · + q n est égale à :
q n+1 − 1
• pour q 6= 1,
q−1
• n + 1 pour q = 1,
Proposition 10 Soit (an ) une suite de réels positifs. Pour que la série de terme général an
converge, il faut et il suffit qu’il existe un réel M tel que pour tout entier n, on ait :
X
ai 6 M.
i6n
X
Démonstration Les an étant des nombres positifs, la suite (sn ) des sommes partielles sn = ai
est croissante. Cette proposition n’est donc qu’une répétition du théorème 8. i6n
10
Rappel L’énoncé “an ∼ bn quand n → +∞” signifie très exactement :
an
lim =1
n→+∞ bn
Proposition 11 Critères de comparaison. Soit (an ) et (bn ) deux suites de nombres positifs.
P P
(i). ∀ n > k an 6 bn et bn CV ⇒ an CV.
n n
P P
(ii). ∀ n > k an > bn et bn DV ⇒ an DV.
n n
(iii). Si l’on a : an ∼ bn quand n → +∞, alors les séries de termes généraux an et bn sont de
même nature.
11
3.2 Critères de d’Alembert et de Cauchy
Théorème 12 (critère de d’Alembert) Soit (an ) une suite de réels positifs. Supposons que
ces réels an soient tous non nuls à partir d’un certain rang et que la suite
an+1
an
ait une limite λ ∈ [0, +∞] quand n tend vers l’infini. Alors :
P
• λ<1 ⇒ an CV,
n
P
• λ>1 ⇒ an DV.
n
12
Exemple La série de terme général an = (9/10)n n1000 est convergente puisque an+1 /an tend vers
9/10 quand n → +∞. Le calcul numérique de la suite (an ) est amusant : en effet ses premiers
termes croissent très vite ; ce n’est qu’à partir d’un rang élevé qu’elle se décide à tendre vers 0.
Cela illustre bien le premier énoncé de la proposition 9 (ainsi que les dangers de l’utilisation de la
calculette . . .).
Théorème 13 (critère de Cauchy) Soit (an ) une suite de réels positifs. Supposons que la suite
1/n
(an ) ait une limite λ ∈ [0, +∞] quand n tend vers l’infini. Alors :
P
• λ<1 ⇒ an CV,
n
P
• λ>1 ⇒ an DV.
n
d’où : +∞
X µ ¶
1
an = lim 1− = 1.
n=1
k→+∞ k+1
• Le critère de Cauchy est plus fort que celui de d’Alembert en ce sens que chaque fois que ce
dernier permet de conclure, le premier le permet aussi. Cela résulte du fait suivant, qu’on ne
démontrera pas ici : an+1
lim =λ ⇒ lim a1/n
n = λ.
n→+∞ an n→+∞
13
3.3 Comparaison d’une série à une intégrale impropre
Proposition 14 Soit f : [n0 , +∞[ → R+ (n0 ∈ N) une fonction continue décroissante. Alors la
Z +∞
série de terme général an = f (n) est de même nature que l’intégrale impropre f (x) dx .
n0
y f n
X
ak
k=n0
Z n+1
f (x) dx
n0
n
X
ak+1
k=n0
Z +∞ Z +∞ Z t
Si l’intégrale impropre f (x) dx diverge, i.e. f (x) dx = lim f (x) dx = +∞, alors
t→+∞ n
Z n+1 n0 n0 0
Xn
lim f (x) dx = +∞. Il s’ensuit par l’inégalité (‡) et le théorème 7 (ii) : lim ak = +∞,
n→+∞ n0 n→+∞
P k=n0
autrement dit an DV.
n
Z +∞ Z +∞
Si f (x) dx converge, i.e. f (x) dx = c ∈ R, alors l’inégalité (†) entraı̂ne pour tout n > n0 :
n0 n0
n
X n−1
X Z n Z +∞
ak = an0 + ak+1 6 an0 + f (x) dx 6 an0 + f (x) dx = an0 + c
k=n0 k=n0 n0 n0
P
et par le théorème 10, an CV.
n ¤
X 1
Exemple fondamental : La série de Riemann , α ∈ R.
n
nα
P
• Si α 6 0, alors on n’a pas : lim n−α = 0 et n−α DV d’après la proposition 1 (ii).
n
• Si α > 0, alors la fonction f (x) = x−α est continue et décroissante sur [1, +∞[ et la proposition
P Z +∞
précédente permet d’en déduire que n−α CV ssi f (x) dx converge, autrement dit ssi α > 1.
n
1
14
On a en résumé :
X 1
Proposition 15 Nature de la série de Riemann. Pour tout α ∈ R : CV ⇐⇒ α > 1.
n
nα
Remarque Cette proposition (dont la divergence de la série harmonique est le cas particulier
α = 1) est d’autant plus importante que les critères de d’Alembert et de Cauchy sont impuissants
à l’établir. En effet, pour tout α ∈ R :
µ ¶1/n
1/(n + 1)α 1
lim = lim = 1.
n→+∞ 1/nα n→+∞ nα
Définition Soit (an ) une suite de nombres réels ou complexes. On dit que la série de terme
général an est absolument convergente si la série de terme général (positif !) |an | converge.
Démonstration Voyons d’abord le cas des séries à termes réels. À partir de la suite de nombres
réels (an ), on définit deux suites de nombres positifs de la façon suivante :
a+
n = max(an , 0); a−
n = − min(an , 0).
P
Les inégalités évidentes a+ −
n 6 |an |, an 6 |an | et l’hypothèse |an | CV entraı̂nent par la proposi-
+ − n
tion 11 (i) que les séries de termes généraux
P a n et a n convergent ; la relation an = a+ −
n − an et la
proposition 9 permettent d’en déduire an CV.
n
Si (an ) est une suite de nombres complexes, les inégalités |Re an | 6 |an | et |Im an | 6 |an | montrent
toujours en vertu de la proposition 11 (i) que les séries de termes généraux réels Re an et Im an
sont absolument convergentes, et donc convergentes selon le cas précédent. On conclut par la
proposition 9 grâce à l’égalité an = Re an + i Im an .
¤
La réciproque de ce dernier théorème est fausse ; la proposition suivante permet en effet d’établir
la convergence de séries qui ne sont pas absolument convergentes.
Proposition P 17 Soit (an )n>n0 une suite décroissante de nombres positifs telle que lim an = 0.
n→+∞
Alors la série (−1)n an est convergente.
n
Pn
Démonstration Soit sn = i=n0 (−1)n an la suite des sommes partielles et (un ), (vn ) les suites
définies par : un = s2n+1 et vn = s2n . On a :
autrement dit, (un ) est croı̂t et (vn ) décroı̂t. De plus, un = s2n+1 = s2n − a2n+1 6 s2n = vn , donc
pour tout n > n0 : u0 6 un 6 vn 6 v0 . Ainsi (un ) est majorée par v0 et (vn ) est minorée par
15
u0 . Les suites (un ) et (−vn ) sont donc croissantes et majorées. Le théorème 8 entraı̂ne qu’elles
convergent, mettons vers l, −l0 :
lim un = l ∈ R, lim vn = l0 ∈ R.
n→+∞ n→+∞
Enfin, on a :
l − l0 = lim (un − vn ) = lim (−a2n+1 ) = 0
n→+∞ n→+∞
d’où :
lim s2n = lim s2n+1 = l = lim sn .
n→+∞ n→+∞ n→+∞ ¤
X (−1)n+1
Exemple de série convergente non abs t convergente : la série harmonique alternée .
n
n>1
µ ¶ X (−1)n+1
1 1
La suite est décroissante et lim = 0 donc CV d’après la proposition 8.
n n>1 n→+∞ n n
n>1
Afin d’éviter des expressions abstruses, reprenons temporairement la notation naı̈ve de notre pre-
k
X
mier exemple, selon laquelle a1 + a2 + a3 + · · · + an + · · · désigne la limite lim an .
n→+∞
n=1
et plus généralement :
1 1 1 1 1 1 1 1
1 + + ··· + − + + + ··· + − + · · · = ln k + ln 2.
3 2k − 1 2 2k + 1 2k + 3 4k − 1 4 2
| {z } | {z }
k k
On a même :
1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1
1− + + − + + + − + + + + − + · · · = +∞.
|{z} 2 3 5
| {z } 4 7
| 9
{z 11} 6 13
| 15 {z 17 19
} 8
1 2 3 4
(Chacune de ces relations exprime la limite des sommes partielles de son membre gauche.) En fait,
pour toute série réelle convergente mais non absolument convergente, il est toujours possible de
réordonner les termes de façon à faire converger la série vers n’importe quel réel ou la faire diverger
vers +∞ ou −∞ ! C’est pourquoi les séries convergentes non absolument convergentes sont parfois
appelées semi-convergentes.
En revanche, les sommes des séries absolument convergentes résistent à toutes sortes de mani-
pulations intuitivement raisonnables. On peut, par exemple, développer le produit de deux séries
absolument convergentes : a0 + a1 + a2 + · · · et b0 + b1 + b2 + · · · en regroupant les monômes ap bq
selon la somme p + q des rangs de leurs facteurs ap et bq :
(a0 + a1 + a2 + · · ·)(b0 + b1 + b2 + · · ·) = a0 b0 + a0 b1 + a1 b0 + a0 b2 + a1 b1 + a2 b0 + · · ·
| {z } | {z } | {z }
p+q=0 p+q=1 p+q=2
· · · + a0 bn + a1 bn−1 + · · · + an−1 b1 + an b0 + · · ·
| {z }
p+q=n
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Formellement :
Proposition 18 Soit (an )n>0 et (bn )n>0 deux suites numériques. On pose :
X
cn = a0 bn + a1 bn−1 + · · · + an−1 b1 + an b0 = ap bq .
p+q=n
Si les séries de termes généraux an et bn sont absolument convergentes, il en est de même pour la
série de terme général cn ; on a alors :
X ³X ´ ³X ´
cn = an bn .
n>0 n>0 n>0
n
X n
X n
X
A∗n = |ak |, Bn∗ = |bk |, Cn∗ = |ck |.
k=0 k=0 k=0
où la dernière somme doit s’entendre comme la somme constituée d’un terme tp,q = |ap bq | pour
chaque couple (p, q) ∈ N2 tel que p + q 6 n. Comme tous ces couples (p, q) vérifient évidemment
p 6 n, q 6 n, on ne fait que rajouter des termes positifs tp,q à cette dernière somme lorsqu’on la
Xn Xn
remplace par tp,q , d’où :
p=0 p=0
X n X
X n n X
X n n ³
X n
X ´ Xn
Cn∗ 6 tp,q 6 tp,q = |ap |.|bq | = |ap | |bq | = |ap |.Bn∗ = A∗n Bn∗ .
p+q6n p=0 q=0 p=0 q=0 p=0 p=0 p=0
2n
X 2n X
X X
C2n = ck = ap bq = ap bq ,
k=0 k=0 p+q=k p+q62n
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où la dernière somme est constituée d’un terme up,q = ap bq pour chaque couple (p, q) ∈ N2 tel
que p + q 6 2n. Ces couples se répartissent en trois ensembles : {(p, q) ; 0 6 p 6 n, 0 6 q 6 n},
{(p, q) ; n+1 6 p 6 2n, 0 6 q 6 2n−p} et {(p, q) ; n+1 6 q 6 2n, 0 6 p 6 2n−q}. Il s’ensuit :
n X
X n 2n 2n−p
X X 2n 2n−q
X X
C2n = up,q + up,q + up,q .
p=0 q=0 p=n+1 q=0 q=n+1 p=0
De plus, on a :
n X
X n n X
X n n ³
X n
X ´ Xn
up,q = ap .bq = ap bq = ap .Bn = An Bn ,
p=0 q=0 p=0 q=0 p=0 p=0 p=0
¯ X
2n 2n−p
X ¯ 2n 2n−p
X X 2n
X 2n−p
X 2n
X
¯ ¯
¯ up,q ¯ 6 |ap bq | = |ap | |bq | 6 |ap |B ∗ = (A∗2n − A∗n )B ∗ ,
p=n+1 q=0 p=n+1 q=0 p=n+1 q=0 p=n+1
et de même :
¯ X2n 2n−q
X ¯ 2n 2n−q
X X 2n
X 2n−q
X 2n
X
¯ ¯
¯ up,q ¯ 6 |ap bq | = |bq | |ap | 6 |bq |A∗ = (B2n
∗
− Bn∗ )A∗ .
q=n+1 p=0 q=n+1 p=0 q=n+1 p=0 q=n+1
On en déduit :
¯ X
2n 2n−p
X ¯ ¯ X 2n 2n−q
X ¯
¯ ¯ ¯ ¯
|C2n − An Bn | 6 ¯ up,q ¯ + ¯ up,q ¯ 6 (A∗2n − A∗n )B ∗ + (B2n
∗
− Bn∗ )A∗ ,
p=n+1 q=0 q=n+1 p=0
5 Exemples et contre-exemples
X X
a) Série an telle que : lim an = 0 et an DV.
n→+∞
n n
X1
• La plus célèbre : (série harmonique).
n
n
X 1
• Plus généralement : , 0 < α 6 1 (série de Riemann divergente).
n
nα
X X X X X X X
b) an , bn telles que : an CV et bn CV mais an bn DV et ap bq DV.
n n n n n n p+q=n
(−1)n
à an = bn = √ .
n+1
X X X X
c) an , bn telles que : an ∼ bn quand n → +∞, an CV et bn DV.
n n n n
(−1)n (−1)n ³X 1 1´
à an = √ , bn = √ (an −bn ) DV car an −bn = √ √ ∼ .
n n + (−1)n n
n( n + (−1)n ) n
X X
d) (−1)n un telle que : ∀n un > 0, lim un = 0 et (−1)n un DV.
n→+∞
n n
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