Du Sahara Au Nil Numerique
Du Sahara Au Nil Numerique
études d’égyptologie
Soleb
Du Sahara au Nil
introduction à la deuxième édition
du Sahara
au Nil
du Sahara
au Nil
XII. Carte montrant la piste d’Ab BallæÒ en verre libyque, céramiques au décor
et ses prolongements, ainsi que la répartition à impression pivotante et « Clayton rings
d’un certain nombre d’élément significatifs : & disks » (Dao Jllq, d’après Kuper 2007
bateaux gravés, mains négatives, artefacts Riemer 2002 et 2007, modifiés et complétés).
ocre alors que celles du Sahara central sont le plus souvent pu exister à l’origine, mais qu’ils auraient disparu à cause de
en aplat blanc cerné d’un ou plusieurs traits plus foncés. Il la fragilité d’un pigment plus clair, maintenant disparu (voir,
faut donc toujours prendre soin d’utiliser l’expression « Têtes par exemple, fig. 281-283).
Rondes » en précisant bien desquelles il est question, selon Quant aux images représentant des scènes pasto-
une pratique tendant heureusement à se généraliser (Ibid. : rales, elles sont à rapporter aux dates actuellement connues
28). Ces peintures en style des « Têtes Rondes de l’¢Uweynæt » pour la transition vers une économie de production dans le
(Urh selon l’abréviation anglaise de « Uweynat Round sud du désert Libyque, qui se situent dans le cinquième millé-
Heads ») sont assurément les plus anciennes de la région, naire avant l’ère commune (Jesse, Keding, et al. 2007, Riemer
et précèdent l’explosion des images à thématique pastorale 2009a). Rappelons enfin qu’à une vingtaine de kilomètres au
attribuées aux pasteurs qui fréquentaient la région durant les sud-ouest de la Djedefre’s Water Mountain, un bloc porte
quatrième et troisième millénaires Aec (Linstädter & Krö- la gravure d’un oryx suité dont le style quadrillé a pu être
pelin 2004). Néanmoins, il est encore impossible de préciser rapproché des décors de vase Naqada I (vers 3900-3700 Aec)
leur date d’apparition : tout au plus peut-on dire qu’elles sont (Negro 2009: 129-130).
forcément postérieures au début de la dernière phase humide Si les images rupestres du désert Libyque n’ont
régionale, donc après 8300 Aec (Riemer 2005, Menardi toujours pas pu être directement datées, les grandes lignes
Noguera & Soffiantini 2008: 116). Leur prédominance dans de la chronologie relative proposée en 2005 sur la base des
la plaine, aujourd’hui désertique, située entre le Gilf Kebîr et superpositions et des relations entre différents styles région-
le Djebel el-¢Uweynæt, suggère que cette région était encore aux et locaux n’ont pas été remises en cause pour l’instant
habitable à l’époque où les peintres du style des Têtes Rondes (p. 276-279).
locales opéraient (Borda 2009). Il n’est du reste pas certain
que le caractère aniconique du visage des Têtes Rondes du
Djebel el-¢Uweynæt constitue un bon caractère définitoire,
XIV car certaines images laissent penser que de tels détails auraient
du Sahara
au Nil
XIV. Molette du type XV. Autre molette du type XVI. « Anneau et disque
« Gilf C », site M13M07, « Gilf C », d’une finition de Clayton » : ces objets
Wædi ¢Abd el-Malik exceptionnelle, du site L39n14 énigmatiques, portant
(photo Jllq). dans le Wædi Mæš î (photo le nom de leur découvreur
Jllq). le géographe anglais Patrick
A. Clayton, semblent avoir
été liés à la vie dans le désert
(Dao Jllq d’après une
photographie de l’université
de Cologne).
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Soleb
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Études d’égyptologie n° 7.
Les bêtes fabuleuses des palettes prédynastiques s’animent tout
filiformes, leurs troupeaux qui cherchent l’herbe rare des trous d’eau de
la savane proche… L’un des déserts les plus arides au monde rappelle
qu’il fut peuplé jadis d’êtres qui avaient déjà fixé les lois premières de ce
qui sera l’une des plus longues civilisations de la terre. Une fois réalisée 7
la transhumance ultime vers les rives des grands fleuves qui bordent le préface
Sahara naissant, le départ sans retour pour fuir l’aridité et gagner l’oasis
permanente du Nil, les racines resteront si solides que jamais les Égyptiens
lointaines de ces premiers pasteurs, jettent sur les rives presque domesti-
quées du Nil les bases de la société des pharaons. Que faut-il dire devant
bien longue ou bien accepter que l’Histoire soit plus étendue que nous
ges. C’est l’un des berceaux de notre humanité et ces lieux, aujourd’hui
déserts, sont emplis d’une présence plusieurs fois millénaire qui s’em-
pare de celui qui s’y risque et l’amène à réfléchir autant sur le passé que
sur soi-même.
modernes coureurs des sables ; comme eux tous, ils ont allié le goût de la
du Sahara sité scientifique, tous deux se fondant dans une aventure qu’ils nous font
au Nil
partager : à travers l’immensité du désert et les racines du temps. Non
sans guider le lecteur en lui donnant tous les outils qui lui permettront
cela pendant près de 5 000 ans, soit la durée qui nous sépare, nous, des
premiers pharaons ! Plus que la durée même de leur histoire. Que penser
celle de ces immensités est trop grand pour que l’on puisse oser risquer
une comparaison. Il n’en reste pas moins que certaines résonances sont
troublantes, vraisemblablement parce que ces dernières ont gardé intact
cet état premier, que les habitants des rives du Nil n’ont plus connu au
nos yeux sur les parois ne sont pas sans rappeler les déplacements saison-
les hommes au divin dans un langage dont nous ne percevons que les
seulement les justicières du monde des morts ou, en même temps peut-
être, les forces du chaos qui menacent les franges de l’humanité ? Et ces
retournés dans les limbes ? S’il en est ainsi, nous aurions là les premiers
des morts dans le monde des vivants, qui resteront l’une des bases de la
cosmographie égyptienne.
taine d’années, nous avions découvert à Dakhla, dans la capitale des gou-
d’un homme, dont on a coupé la tête, les bras et les membres inférieurs
dire des disques solaires du Ouadi Sora, que des mains humaines ado-
10 Qui appartient donc à qui dans ce monde qui nous est ainsi
une fois, le déséquilibre des expressions culturelles est tel qu’une pareille
toujours définies elles-mêmes comme des cultures de l’écrit. Mais les étu-
qui se retrouvent sur les bords du Nil, naturellement, mais aussi juste-
quart du xxe siècle ont revêtu aujourd’hui les mêmes habits que les dic-
en tout cas moins chargé d’intentions, sur des civilisations qui partagent
un même continent et dont les hommes ont été soumis aux grands mou-
vements climatiques qui ont affecté les débuts de l’histoire et que l’on 11
connaît mieux aujourd’hui. préface
Des études comme celles qui ont été menées sur l’homini-
ici une des toutes premières occasions de voir ces cultures, avant et au
une transition.
qui, tous, ont apporté leur contribution à cet ouvrage. Car ce livre n’est
rie de photographies, un regard neuf jeté sur des terres encore en grande
servie par des choix d’expression, à travers l’image ou le texte, qui savent
L’élégance du texte, celle du regard sont servies par une intelligence tou-
jours sur le qui-vive, une curiosité qui n’a de cesse d’obtenir des répon-
ses. C’est aussi ce qui fait le charme de ce très beau livre : la pureté d’une
Nicolas Grimal
12
du Sahara
au Nil
« Celui qui se perd dans sa passion perd moins
que celui qui n’a pas de passion. »
saint Augustin
au Nil
N
30°
Le Caire
Siwa
Bahariya 28°
Gr
an
Ouadi el-Obeiyd
d
Abº
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Farafra
er d
Djara
MuÌ
e sa
ÉGYPTE
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LIBYE
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26°
Balat
Dakhla
Zone du Kharga Cave of
verre libyque Regenfeld Mery’s Rock the Hands
Rocher de Chéops
et Rêdjédef
Abº BallæÒ
?
24°
Kufra Gilf
Kebîr
Ouadi Bakht
Ouadi Sora el-Qan†ara oasis
inselberg
abris ornés
Jebel Arkenº Karkºr e†-™alh ÉGYPTE massif isolé 22°
el-¢Uweynæt SOUDAN plateau
dunes
Jebel Kisu piste d’Abº
BallæÒ
? JLLQ 2004
1. L’accès au plateau du Gilf Kebîr, visible 2. Carte générale montrant l’emplacement 3. Paysages dans les environs de la passe
ici au fond, se fait en traversant la Grande des sites mentionnés dans le texte. de Bæb el-Gasmond.
mer de sable (page précédente).
4. Photo prise à 393 kilomètres de hauteur, du Djebel el-¢Uweynæt qui ne se trouve
17
au-dessus de la Grande mer de sable. pas sur ce cliché. Au centre s’étend le plateau
Le Djebel Arkenº est le petit massif circulaire du Gilf Kebîr (cliché de la Nasa, mission
le Sahara
qui se trouve tout à gauche ; il est voisin Iss 006, le nord est en haut à droite). oriental
et l’art
rupestre
7. Les barkhanes sont des dunes en forme 8. « Ripple marks » se formant sur le sable 9. Ce bloc de verre libyque a été façonné
de croissant, qui se déplacent sous l’action sous l’action du vent. par une série d’éclats thermiques et sa surface a
du vent. été dépolie par la corrasion (action du sable
transporté par le vent).
Salonen, qui a inventorié les termes ornithologiques men- lieux de résidence ou de passage et quelques ateliers de taille
tionnés dans les textes akkadiens des ive-iiie millénaires avant jonchés d’éclats, autour d’une pierre large et accueillante, siège
notre ère — la plus ancienne langue sémitique attestée — on de l’artisan, témoignent encore d’une grande activité passée.
connaît des oiseaux appelés zanziru/za-an-zi-ri (racine z-n-z- Des molettes, posées à côté de meules dormantes, semblent
r), mot se trouvant à l’origine de l’appellation arabe des passe- attendre le retour des femmes pour le broyage des céréales.
reaux zarzºr َز ْرزور/ zurzºr ُز ْرزور, ayant aussi donné le syriaque Le Sahara, gardien de vieilles civilisations, ne livre
zarzîræ et dont la motivation semble être onomatopéique 3. 3. Salonen ses trésors qu’avec parcimonie. Aucune trace d’écriture
1973 : 147, 292.
L’oasis de Zarzûra tire donc son nom de l’abondance de cet 4. Viré 1986.
très ancienne n’a été trouvée jusqu’à présent dans ces mas-
oiseau, d’une espèce difficilement identifiable — traquet ou sifs montagneux, mais de nombreuses gravures et peintures
étourneau —, mais que les anciens Akkadiens surnommaient décrivent le mode de vie et les préoccupations quotidiennes
|∑∑UR KIRÊ « oiseau de verger 4 ». et rituelles des populations qui s’y établirent jadis. La qualité
Des témoignages bien plus lointains encore et plus artistique des images — représentations d’animaux, d’hom-
émouvants car retrouvés sur le terrain évoquent les hommes mes, de femmes et d’enfants — ne peut laisser indifférent. La
de la préhistoire, dont plusieurs millénaires nous séparent signification perdue de certaines scènes hante les chercheurs,
(fig. 11). Depuis peu, ce territoire, désolé au point d’être dési- attisant curiosité et passion, aussi dévorantes que la « Bête »
gné comme le désert le plus aride au monde, révèle des riches- mythique du Gilf Kebîr.
ses insoupçonnées. Sur des terrasses à flanc de falaise ou sur
les hauts plateaux des confins du désert Oriental, des traces Le Sahara, « désert » en arabe
de foyers cernés de larges pierres, protectrices du précieux feu,
restent marquées sur le sol (fig. 12). Des débris et du matériel Le Sahara s’étend sur un territoire immense, du Nil à l’Atlan-
de diverses périodes parsèment le désert : outils (fig. 13-14), tique et comprend traditionnellement trois parties : occiden-
petits os, fragments d’œufs d’autruche, tessons de poteries
(fig. 15)… De nombreux outils en silex signalent les anciens
tale, centrale et orientale. Toutes ces régions furent peuplées
aux époques clémentes de la préhistoire. La partie centrale 19
le Sahara
oriental
et l’art
rupestre
10. Lame taillée en verre libyque. 11. Comme partout au Sahara, la déflation
fait que l’on trouve sur une même surface
des vestiges d’époques très diverses, allant
du paléolithique à nos jours. Ici, un biface
en grès quartzite du Gilf Kebîr.
est généralement mieux connue, en France, pour des raisons et pendant lequel on peut, en temps de jeûne, encore man-
historiques et notamment grâce aux travaux d’Henri Lhote, ger, boire et fumer ». En effet, une explication traditionnelle
puis du fait des recherches pétrolières et de la production affirme que « du nom du phénomène on avait formé celui du
d’hydrocarbures. C’est d’ailleurs lors de l’exposition sur les pays où il était plus particulièrement apparent et l’on avait
fresques relevées dans le Tassili-n-Ajjer par ce dernier, orga- 5. Fromentin nommé Sahara le pays du saÌar 5 ». Mais cette étymologie est
1877 : 36-37 ;
nisée au musée des Arts décoratifs à Paris en 1957, que l’un Daumas
elle-même… fumeuse, car elle ignore qu’en arabe, langue uti-
d’entre nous eut la chance de découvrir cette documentation, 1945 : 2. lisant deux « s » différents (s et Ò), celui de Sahara n’est point
sans pouvoir jamais oublier, depuis lors, une certaine nageuse celui utilisé pour « aube ». Le plus grand désert du monde tire
aux seins sur le dos. Or le Sahara oriental, au cœur de son en fait son nom de l’arabe ÒaÌræ’ صحراء, qu’on traduit bien
aridité, possède lui aussi une frise de « nageurs » — et même sûr par « désert » ou « Sahara », mais qui n’est autre qu’une
quelques « plongeurs » — qui évoluent au fond d’un abri. Ils forme substantive de l’adjectif aÒÌær اصحار, ayant le sens de
doivent leur célébrité à Almásy qui les découvrit en 1930 et en « (celui) de couleur fauve », s’appliquant ici à la teinte ocre du
fit un relevé plus esthétique que fidèle. Ces nageurs ont été sol. L’expression « désert du Sahara », que l’on pourrait croire
rejoints, depuis, par une cohorte de nouveaux personnages un pléonasme, ne l’est donc pas. C’est par extension que le
de ce type, très récemment découverts dans la même région terme Sahara a désigné une « plaine hors d’une ville », c’est-à-
du Gilf Kebîr. dire, dans le contexte arabe ancien, ce que nous appelons le
À propos de cette vaste région désertique, Eugène désert, sans référence aucune à son caractère inhabité ou non.
Fromentin écrivait, en 1877, que « Sahara ne veut point dire (À lire aussi : László Almásy, p. 30.)
désert. C’est le nom général d’un grand pays composé de
plaines, inhabité sur certains points, mais très peuplé sur
d’autres ». L’écrivain orientaliste s’appuyait sur l’avis du géné-
du Sahara
au Nil
du Sahara
au Nil
du Sahara
au Nil
du Sahara
au Nil
du Sahara
au Nil
du Sahara
au Nil
26. Vue partielle des mains négatives 27. Groupe de trois girafes gravées
de la grotte d’el-Obey∂. dans les environs de Farafra.
une corde reliée à une pierre d’entrave. Cet animal sauvage l’eau dès la préhistoire ? C’est l’hypothèse ingénieuse du doc-
chassé, piégé, entravé, a-t-il été l’objet de tentatives de domes- teur Rudolph Kuper, de l’Institut Barth de Cologne, émise
tication ? Le désert est parsemé de lourdes pierres, marquées à propos du désert Oriental : « Ces symboles seraient-ils des
d’une gorge taillée où s’attachait une corde, mais elles restent signaux — pour indiquer de l’eau par exemple 4 ? » L’idée que
désespérément muettes. des gravures de girafe puissent marquer des points d’eau dans
En Afrique australe, la girafe constituait pour les San le désert s’appuie sur le fait que des images de cet animal
(autrefois appelés Bushmen) une précieuse réserve de viande sont associées à des emblèmes protohistoriques gravés par les
et sa graisse était une base de préparation pour les peintures anciens Égyptiens sur le site du rocher des inscriptions de
corporelles 3. Nous pouvons imaginer qu’il aurait pu en être 3 Eastwood Chéops et Rêdjédef, que nous évoquerons plus en détail ulté-
(Edward B.)
de même à l’époque préhistorique, au moins pour ce qui est 2001.
rieurement.
de la nourriture. 4 Kuper 2003 :
32.
Sauvage ou domestiquée, la girafe fréquente les 5 Cf. de Flers
Une dune qui avance : l’Abº MuÌareq ;
autruches et les oryx, animaux habituels des zones semi- 2000 : 210. une grotte unique drapée de stalactites :
arides, des régions de savane. Sa grande taille lui accorde au Djara
moins deux avantages : elle peut se nourrir aux branches les
plus hautes des arbres, alors que la végétation se raréfie, et Partons maintenant pour l’Abº MuÌareq (en arabe, « le père
elle se déplace au loin rapidement, à la recherche de points qui bouge »), nom donné à une dune remarquable par sa lon-
d’eau inatteignables par d’autres espèces. Alors que certains gueur et sa persévérance à se déplacer du nord au sud. Suivons
scarabées ne s’abreuvent qu’à la rosée surgie à fleur de sable les traces de Gerhard Rohlfs, célèbre explorateur allemand
dès l’aurore, la girafe au long cou semble pouvoir atteindre qui découvrit la grotte de Djara, la veille du soir de Noël
les nuages porteurs d’eau, assurant ainsi une liaison bénéfique 1873. Sans décrire à nouveau ce site exceptionnel 5, soulignons
du Sahara
au Nil
28. L’entrée de la grotte de Djara, marquée 29. Vue partielle des gravures de la grotte
par un ©alam * au sol et par un cairn construit de Djara.
en haut d’une colline.
en Europe (fig. 28). Cette grotte comprend deux parties : que certains outils avaient un fort lien de parenté avec ceux
— à l’entrée, le visiteur est accueilli par une stalagmite éro- trouvés près du Nil dans la région du Fayoum et de Mérimdé,
dée couverte d’animaux gravés (fig. 29) : gazelles, addax, oryx, en Basse-Égypte.
autruches et quelques personnages filiformes qui s’obstinent La modification du climat, dont la dégradation
à les garder depuis bien longtemps. D’autres parois sont gra- se faisait déjà sentir à partir de 5 400 avant J.‑C., obligea les
vées, mais leur dégradation les rend pratiquement illisibles ; populations à déserter la grotte et ses environs. Oubliée, elle
— au fond, une cavité profonde et majestueuse, décorée d’im- fut redécouverte par des nomades venus s’y réfugier, d’autant
menses stalagmites et stalactites, ne convient ni à la gravure plus volontiers qu’il s’y trouvait encore de l’eau ; les traces
ni à la peinture (fig. 30). Sur le silence qui règne, plane le en sont toujours visibles sous forme de fines écailles de boue
mystère que nous ont légué les hommes de la préhistoire. séchée. À lire aussi : la grotte de Djara, p. 51.
Les fouilles entreprises aux alentours par l’Institut
Barth ont mis au jour un matériel abondant et permis de Un message hiéroglyphique inattendu
préciser les dates d’occupation 6. Un sondage entrepris à quel- 6 Gehlen, loin des oasis : Mery’s Rock
Kindermann,
ques centaines de mètres au sud de la grotte a donné des dates Linstädter et
au radiocarbone centrées autour de 6 400 avant notre ère, la Riemer 2002. Il est temps maintenant de tourner le dos aux derniers îlots de
plus ancienne trace d’occupation ayant été livrée par les rési- civilisation et d’affronter le désert, un pincement au cœur, en
dus charbonneux d’un foyer allumé vers 7 700 avant J.‑C. direction du sud-ouest. Après la traversée d’une grande dune,
Djara demeura longtemps un lieu de prédilection, qui borde comme un rempart la ligne des oasis, grisons-nous
fréquenté par des chasseurs-cueilleurs, comme en témoignent d’une brève échappée sur une large plaine de sable solidifié. Des
de nombreux outils : la disponibilité en silex local faisait le rochers de grès se profilent en contre-jour dans le lointain, noirs
bonheur des tailleurs de pierre, dont on retrouve les ateliers, et inquiétants. Une arche triomphale se découpe au soleil cou-
encore jonchés d’éclats, dispersés sur plusieurs kilomètres
alentour. L’étude des techniques de taille utilisées a montré
chant, mais pour quelle célébration ? Contournons les roches qui
se colorent et s’animent aux derniers éclats de Rê. Les pierres ont 37
des oasis
au désert
du Sahara
au Nil
31. Gravures animalières très érodées, 32. Arche et rochers de Mery’s Rock.
à Mery’s Rock.
échappent généralement aux explorateurs motorisés 8. L’atten- 8 Bergmann filiformes et femmes en longue jupe, très déhanchées, côtoient
2001 : 120-127.
tion portée au moindre amas de pierres, au moindre ¢alam *, 9 Kuhlmann
d’autres œuvres marquées par l’influence égyptienne (fig. 51-
lui a permis en effet de découvrir une trentaine de sites en 2002 : 136. 52). Ce type de représentation féminine, qui se rencontre fré-
10 Winkler
partant de Dakhla pour suivre la direction du Gilf Kebîr et 1939 ; \erví÷ek
quemment dans la région des oasis, est généralement rapporté
du Djebel el-¢Uweynæt : la piste d’Abº BallæÒ. 1978 : 42, 1992- au Groupe-C de Nubie, entre 2 300 et 1 500 avant J.‑C. 10
1993 : 45 ;
À soixante kilomètres de Mery’s Rock, donc à une Muzzolini
Certaines ont été interprétées comme des « déesses 11 », mais
centaine de BalæÚ, toujours en direction du sud-ouest, dans un 1995 : 401. cette lecture demanderait à être argumentée.
11 Krzy◊aniak
paysage désolé et monotone, à mi-hauteur d’une colline ano- 1990 : fig. 3.
Des hiéroglyphes datés de la ive dynastie nous
dine au milieu de tant d’autres, une importante barre rocheuse 12 Kuper apprennent qu’un « inspecteur des recrues » Béby (Bbj) a
et Förster,
se détache, éveillant la curiosité (fig. 35). Après l’escalade de 2003 : 26.
conduit ici deux expéditions, à deux ou trois ans d’intervalle.
rochers de grès abrupts et instables, sur la façade est, une ter- La seconde, effectuée avec l’aide de son collègue Jyméry (Jj-
rasse de quarante mètres de long protégée par un mur (fig. 36) mrjj), fut sans doute la plus importante, avec une troupe de
permet d’admirer de magnifiques gravures et même une deux « compagnies » (z“), soit peut-être deux cents recrues.
peinture. Ce lieu était connu depuis la préhistoire, comme Elle est datée de « l’année postérieure au treizième recense-
en témoignent les nombreuses gravures découvertes par Carlo ment du bétail », ce qui, dans le mode complexe de compta-
Bergmann en 2000, puis étudiées par l’Institut Barth de Colo- bilité égyptien, équivaut à l’an 25 ou 26 du règne d’un pha-
gne, lors d’une campagne de fouilles dirigée par Rudolph raon 12. Lequel ? Chéops, le bâtisseur de la Grande pyramide
Kuper pour dresser l’inventaire de ce site exceptionnel. de Gîza ! Sous l’autorité du souverain (fig. 53), cette troupe
La faune sauvage bien réelle — girafes, antilopes, avait pour mission de rechercher différentes variétés de pig-
autruches (fig. 37-49) — voisine avec un être mythique, un ments (s‡) et poudres minérales appelées « méfat » (mf“t), pro-
griffon ailé (fig. 50), en lequel Klaus Peter Kuhlmann voit la bablement destinées à la peinture des tombes de la vallée du
plus ancienne représentation de cet animal, vénéré par les
Oasiens depuis l’époque prédynastique 9. Plus loin, hommes
Nil. Des tailleurs de pierre les accompagnaient ; pour asseoir
l’autorité suprême, ils ont gravé le nom d’Horus de Chéops 39
des oasis
au désert
40
17 Kuper 2000 :
des fouilles de l’Institut Barth, mais nous laissons au docteur 372.
ne gisent plus que les débris — de moins en moins nom-
Kuper le soin de vous les révéler un jour. breux — des belles jarres ovoïdes de jadis (fig. 62).
du Sahara
au Nil
Jean-Loïc Le Quellec
Une exploration en cours en 1996, je n’ai pu examiner que les parois et abris les plus
accessibles. Leur surface est très desquamée, mais des gravures
Se rendre au Djebel el-¢Uweynæt ne s’improvise pas, car rupestres s’y voient encore, qui devaient être plus abondantes
il faut traverser de grandes étendues désertiques : 620 kilomè- autrefois, puisque l’éternel problème de la taphonomie (voir
tres à vol d’oiseau en venant de Dakhla, mais seulement 235 p. 275) ne permet plus de voir que les quelques images encore
en venant de Koufra (voir la photo satellite fig. 81). Cette der- épargnées par une érosion localement intense (fig. 83). C’est
nière ville et sa forteresse appelée et-Tæj ( « التاجla couronne ») très dommage, car plusieurs d’entre elles sont extrêmement
dominaient traditionnellement plusieurs petites oasis, éche- intéressantes et l’on y remarque notamment une des deux
lonnées en chapelet sur les premiers kilomètres des pistes per- seules gravures d’éléphant de toute la région du Gilf-¢Uweynæt
mettant de pénétrer dans la partie libyenne de la « Grande (voir à cet animal, p. 326) et, isolé dans une grotte, un person-
mer de sable ». Ces oasis étant parfois très petites, la topo- nage gravé d’un type remarquable (fig. 84).
nymie joue ici avec les diminutifs et l’on passait autrefois de Il faut quitter à regret cette zone prometteuse, accom-
Bºma à Buwayma (« la petite Bºma »), de ™ullab à ™ulaylib plir quelques franchissements de dunes spectaculaires, délais-
(« la petite ™ullab ») et de el-Hawwæri à el-Huwaywuri (« la ser le Djebel Bæbayn ( « البابنيles Deux Portes »), tout de granit
petite Hawwæri »), peut-être pour se préparer progressivement détritisé et donc aniconique * et poursuivre difficilement sa
à affronter le vide de l’un des déserts les plus arides et abioti- route dans le sable mou, pour voir en fin de journée le Djebel
ques * du monde. Arkenº se dresser à l’horizon (fig. 85). Il ressemble alors à une
En quittant Koufra pour le Djebel el-¢Uweynæt, il est ville fantôme, où tours et murailles de granit évoquent les for-
possible de se rendre d’abord au Djebel aÒ-∑ubæ© (الصب���اع ُ « la tifications de quelque lointaine mais improbable Zarzºra. Une
montagne du Doigt »), formé d’un ensemble de monts, mas- libellule rouge, probablement Crocothemis erythraea, annonce
sifs et promontoires s’étendant sur plusieurs dizaines de kilo- la présence de l’eau. Il y a peu à ajouter au rapport d’Almásy,
du Sahara
au Nil
81. Vue de l’une des vallées du Djebel 82. Vue générale du désert Libyque prise
el-¢Uweynæt (page précédente). à 383 kilomètres d’altitude, avec le Djebel
el-¢Uweynæt au premier plan, entre le Djebel
Arkenº et le Djebel Kisu. Au fond se profile
le Gilf Kebîr (cliché de la Nasa, mission
Iss 006).
cette montagne ne contenait qu’une seule grotte avec quel- toutes sortes de gazelles et peut-être aussi des vaches, bien
ques peintures rouges presque effacées. La source d’Arkenº, que nombre de ces images aient été effacées par le temps ». Il
dont l’eau est très salée et presque imbuvable, se trouve tout fit à leur propos cette remarque pertinente : « Il n’y a pas de
en haut, dans les environs, mais je n’y ai relevé aucune gra girafes actuellement dans cette partie du pays et nulle part
vure 1. » Effectivement, les peintures d’Arkenº sont le plus sou- 1 Almásy elles ne pourraient vivre dans une telle région. Il n’y a pas de
1936 : 82.
vent réduites à l’état de traces, où se laissent deviner çà et là 2 Williams et
dromadaires sur les gravures, alors qu’on ne peut se rendre
quelques personnages et des quadrupèdes parmi lesquels on Hall 1965 : 494. dans cette oasis qu’à l’aide de cet animal. Est-ce à dire que
3 Hassanein
peut, avec difficulté, reconnaître des chèvres. Une des ima- Bey 1923 : 260,
les hommes qui réalisèrent ces images connaissaient la girafe
ges les plus intéressantes est sans doute un grand individu à 276, 355. et pas le dromadaire 3 ? » Nous savons aujourd’hui que tel
4 Tilho 1926 :
épaules et hanches larges, taille étroite et bras boudinés, d’un 938.
était bien le cas, quoique des ânes eussent pu être utilisés,
type original ; malheureusement, sa tête est effacée (fig. 86). 5 Breuil 1928. mais nos connaissances progressent très lentement. Même
6 Breuil 1926.
On rencontre aussi une scène avec deux archers en « style lon- après les deux visites du prince Kemæl ed-Dîn, en 1924-1925,
giligne », suivis d’autres personnages (fig. 87). En revanche, il J. Tilho signalait simplement que le massif était découpé par
y a bien quelques gravures dans ce massif, piquetées en aplat : des Karkºrs sur les parois desquels « ont été relevés des des-
girafes, autruches et antilopes oryx. Et l’on y connaît mainte- sins rupestres et une peinture à l’ocre 4 » et à la même époque,
nant huit grottes ornées 2. l’abbé Breuil, qui crut reconnaître sur ces images un cervidé
Mais c’est le Djebel el-¢Uweynæt qui est la zone comparable au caribou 5, tenta de les rapprocher de celles
la plus riche en art rupestre de toute la région (photo satel- des « anciens Bushmen 6 ». De nos jours, ces rapprochements
lite fig. 88). Une première exploration en fut effectuée en hâtifs, effectués à l’échelle d’un continent, sont heureuse-
1923 par le grand voyageur égyptien Îassanein Bey, qui y ment abandonnés.
rencontra Herri, chef de quelque 150 Goranes installés là et Les résultats de l’expédition organisée dans le désert
qui eut l’occasion de découvrir, dans le Karkºr e†-™alÌ, des
gravures rupestres figurant des « lions, girafes, autruches et
Libyque par Leo Frobenius, en 1934, ne furent publiés — par
Hans Rhotert — qu’en 1952. La section qui concerne ¢Uweynæt 55
Djebel el-
¢Uweynæt
du Sahara
au Nil
du Sahara
au Nil
92. Blocs granitiques sculptés par l’érosion, 93. Vue générale de Bº Hlêga, prise
dans le Karkºr Ibrahîm. de l’intérieur de l’abri. Le plafond est orné
de plusieurs centaines de peintures.
Les premières « Têtes Rondes » plus réduites sont de types variés, allant d’un petit coureur à
À quelques mètres de l’abri princeps de Bº Hlêga se queue postiche à de simples marcheurs filiformes. On note,
trouve un panneau vertical décoré que Bellini et Ariè n’ont enfin, la présence de plusieurs motifs énigmatiques, dont
fait que signaler, se contentant de noter que, sur cette surface, l’un se trouve à côté du genou dressé du grand individu de
« les peintures sont peu nombreuses et plutôt altérées 21 ». Or 21 Bellini droite. Quatre anthropomorphes en aplat noirâtre forment
et Ariè 1962.
cet ensemble mérite que l’on s’y attarde, puisqu’il a été ulté- 22 Van Noten
le sous-ensemble par lequel débuta certainement la compo
rieurement utilisé pour argumenter la présence de peintures 1978 : fig. 207- sition, puisque deux d’entre eux sont sous-jacents à des indi-
208 ; Muzzolini
des « Têtes Rondes » à ¢Uweynæt 22, ce qui n’est évidemment 1979 : 381 ;
vidus à l’ocre (fig. 275).
pas sans conséquences chronologiques et culturelles, mais Sansoni 1994 : L’antériorité de ces « anthropomorphes noirâtres »
fig. 133.
n’avait guère convaincu Gabriel Camps 23 (voir « Le problème 23 Camps
est particulièrement visible pour celui que l’archer à l’ocre
des Têtes Rondes », p. 112). 1978 : 205. oblitère presque totalement, à l’exception d’une jambe qui
Les peintures en question se trouvent sur une paroi reste visible (fig. 107). Il est à noter que l’une de ces pein-
non abritée, de surcroît exposée aux rayons du soleil durant tures noirâtres « anciennes » porte une excroissance cépha-
la majeure partie du jour, ce qui rend très étonnante leur lique semblable à celles de deux des grands individus en
conservation jusqu’à notre époque (fig. 105). Elles repré- aplat ocre : cet indice d’appartenance probable au même
sentent uniquement des personnages dont les dimensions groupe culturel local s’ajoute à l’absence de différenciation
varient dans un rapport de 1 à 7 (fig. 106 et fig. 275). Les stylistique, pour laisser supposer que la superposition en
plus grands, nettement apparentés par le style et la tech- cause ne concerne pas deux « étages » différents. Un exa-
nique (aplat ocre rouge foncé), ont des têtes circulaires. men rapproché laisse enfin apercevoir des traces de pein-
L’un semble marcher, un autre se tient dans une position ture blanche au-dessus de la tête de l’archer ; un peu plus
déséquilibrée qui évoque la danse ; les autres sont statiques, haut, un personnage ocre en position assise semble tirer par
parmi lesquels un individu saisit son arc par l’extrémité
supérieure du bois (fig. 107). Les personnages de dimensions
la main un autre individu, celui-ci entièrement réalisé en
aplat blanc (fig. 108). 59
Djebel el-
¢Uweynæt
60
du Sahara
au Nil
97. Autre frise de personnages dansant, 98. Représentations féminines sur le plafond
difficilement visibles et sans doute plus anciens de Bº Hlêga. Elles portent coiffure blanche,
que les précédents. Remarquer la différence collier, pectoral et robe s’arrêtant aux genoux.
de teinte avec les bovinés bichromes.
264. Détail de l’image précédente, permettant 265. Autre détail de la même frise, montrant
d’apprécier les décors corporels encore visibles une girafe bichrome d’un style comparable
sur certains personnages : pagnes et bracelets à celle de la scène de chasse de la figure 256.
divers, mais aussi rayures jaunes longitudinales, L’individu auquel sa tête est superposée
en particulier sur la tête. porte des ornements peints en jaune,
pectoral et bracelets. Derrière la girafe
se trouve une figure qui semble composée
de deux personnages se tournant le dos
en position semi-assise, sur un fond blanc
qui leur fait comme une aura.
La toponymie bien « دواءremède », on pourrait supposer Djebel el-¢Uweynæt (االعوينات )جبل: « La
du Djebel el-¢Uweynæt une allusion à des propriétés médicinales montagne des Petites Sources ». Le massif
de ce point d’eau. a également été appelé Djebel en-Nari par
¢Aîn Duarme : point d’eau permanent 6 Fresnel Fresnel 6 et Djebel Anwar par Arkell 7 (voir
1849-1850.
À en juger d’après les cartes, la toponymie caché sous un éboulis, entouré d’une dizaine ces mots).
7 Arkell 1922.
saharienne est parfois bien décevante, mais de palmiers dattiers de cinq à six mètres 8 Borchardt Djebel Anwar : nom donné par Arkell
1916.
elle n’en témoigne pas moins de l’histoire, fût- de haut . 2
au Djebel el-¢Uweynæt. Il faut lire Djebel
9 Monod
elle récente. La région du Djebel el-¢Uweynæt ¢Aîn el-Brinz ( )عني البرينز: « La source 1989 : 47. el-Anwær (االنوار « )جب���لLa Montagne des
10 Fresnel
ne fait pas exception à la règle : sur un peu du Prince ». Ainsi nommée en souvenir du Feux », sur quoi voir ci-dessous.
1849-1850.
plus d’une quarantaine de toponymes recen- prince Kemæl ed-Dîn et parfois aussi appelée 11 Léonard Djebel en-Nærî (الن���اري )جب���ل: cette
1997-2001 :
sés, environ la moitié est en arabe et un tiers ¢Aîn Prensi. appellation arabe traditionnellement donnée
vol. iv, 65.
en italien, alors qu’un seul est certainement ¢Aîn el-Murr ( )ع�ي�ن امل ُ ّر: ensemble de 12 Lecœur aux volcans a fait songer à une traduction « la
1950 : 106.
toubou et que quatre autres sont peut-être petits points d’eau ainsi désignés parce que montagne des Feux », ce qui paraît curieux pour
13 Lecœur
à moitié toubous, à moitié arabes. Cela l’eau y est très chargée en natron, murr ُم��� ّر 1950 : 135. ce massif, qui n’est certainement pas un volcan.
signifie que, lorsqu’il en était encore temps, signifiant « amer » en arabe. C’est le cas égale- Il est vrai que le mot ¢Uweynæt a parfois fait
aucun des explorateurs du massif n’a pris la ment dans le Djebel Arkenº où un petit point l’objet d’étymologies très fantaisistes, comme
peine d’interroger les Toubous sur la micro- d’eau saumâtre porte le même nom 3. ce « Uah en-Nar » proposé par Borchardt, sup-
toponymie locale. On ne connaît même pas ¢Aîn el-Prinz : autre prononciation de posant donc une « oasis du Feu » (wæÌat en-nær
le nom original du massif lui-même, dont ¢Aîn el-Brinz. )واحة النار-8. Théodore Monod a rappelé qu’en
l’appellation actuelle, Djebel el-¢Uweynæt, ¢Aîn flazæl ( )عني الغزال: « La source des arabe, nær ( « )ن���ارfeu » a pour pluriels nîræn,
est arabe. Décliné sous la forme Owenat Gazelles ». Autre nom de ¢Aîn Dºwa. anwær (ان���وار٫ )ني���ران-9. Or, ce dernier terme
sous la plume de l’explorateur Îassanein Bey
en 1924, Owana, Owanat, Owenat ou plus
souvent Uweinat pour les auteurs anglais et
¢Aîn Zwêya : Zwêya est le nom de la
tribu arabe de Koufra, à laquelle apparte-
nait Ibrahîm ¢Abd el-Malik ez-Zwêya (sur
est aussi le pluriel de nºr ( « )نورfleur » et il est
possible que Fulgence Fresnel, qui rapporte
cette mention de Djebel en-Nærî 10, ait commis
107
allemands, Auenat pour les Italiens, Ouénat, lequel voir Karkºr Ibrahîm et Ouadi ¢Abd une petite erreur, l’appellation à laquelle il se Djebel el-
Ouweinat, Aouianet, Aouianet, Awenât et el-Malik). référait ayant pu être en réalité « la montagne ¢Uweynæt
Aouinat pour les francophones, ce toponyme Arkenº : nom toubou de l’arbre Mae- des Fleurs », en référence à l’exceptionnelle
est le diminutif féminin pluriel, el-©Aweynæt rua crassifolia. floraison remarquée dans ce massif après les
العوين���ات, de l’arabe ©aïn « ع�ي�نsource » et Belpelli : nom donné par les Italiens pluies, par tous les voyageurs qui en ont eu
signifie donc « les petites sources ». C’est un à une avancée limitant le Karkºr e†-™alÌ l’occasion. En effet, ce type de nom n’est pas
nom de lieu assez commun au Sahara, où il à l’est. rare en toponymie saharienne.
est une sorte d’équivalent de notre lieu-dit Bº Hlêga : lieu-dit du Karkºr Drîs ; Gale Culojorti : nom téda d’un point
« les Fontenelles ». Il existe néanmoins une c’était le nom du propriétaire des dromadaires d’eau permanent, situé dans le massif à deux
petite chance pour que la montagne du nom de la caravane d’AÌmed MoÌammed Îassa- heures de marche de ¢Aîn Dºwa en allant vers le
de Lºniyæ, dont Idrissi dit au xii siècle que
e
nein Bey, qui atteignit le Djebel el-¢Uweynæt Ouadi Waddæn. Il signifierait « eau permanente
des sources coulent à son pied, puisse lui en 1923. Voici ce qu’en dit l’explorateur : à quatre pattes », parce qu’on y accède en pas-
correspondre 1. Quant au sommet qui, sur 1 Monod « Chaque jour j’étais davantage impressionné sant à quatre pattes entre des blocs de granit 11.
1989 : 55 ;
des cartes récentes, s’appelle encore Monte par Bº Hlêga comme compagnon de voyage. Ce nom a également été noté Kulaïrté, mais
Cuoq 1975 : 151.
de Bono, il ne me semble pas utile d’en con- 2 Léonard C’était un homme de peu de mots, mais doté dans son dictionnaire Téda, Charles Lecœur
1997-2001, i :
server le nom, qui est celui d’un fasciste d’un grand cœur et d’un esprit généreux. donne galega « source de montagne » ou « source
257.
doublé d’un traître et je propose qu’il rejoi- 3 Léonard Son âge, sa barbe et ses cheveux blancs lui jaillissante 12 » et kurugurti « pierres plates et
1997-2001,
gne, aux oubliettes toponymiques, les Cima gagnaient le respect de tous, car dans le larges 13 ». Le /R/ roulé pouvant facilement être
i : 257.
Mussolini, Cima Graziani, Punta Balbo et 4 Îassanein désert, précieux est l’homme d’expérience, confondu avec un /L/ par des non-linguistes
Bey 1925 : 134.
autres Monte Vittorio Veneto qui ont, en leur celui qui possède la sagesse venant avec l’âge. notant des toponymes dans une langue qu’ils
5 Caporiacco
temps, encombré les cartes du massif. On 1934 : 100. C’est pourquoi Zerwali et moi-même nous ne comprennent pas, je me demande si le nom
trouvera ci-dessous une liste des principaux référions continuellement au jugement de Bº de cette source n’aurait pas signifié quelque
toponymes du Djebel el-¢Uweynæt, avec leur Hlêga. Il avait assez de tact pour soumettre ses chose comme « la source des pierres », ou « la
signification, leur origine et leur étymologie… suggestions à mon appréciation, mais j’étais source parmi les pierres ».
quand elles sont connues. assez sage pour ne pas les négliger 4. » Karkºr Delein : Jean Léonard se
¢Aîn Dºwa : nom d’une source per- Cima Italia : nom donné au point demande si, dans le nom de ce Karkºr situé
manente, dans la partie sud-occidentale du culminant du massif par les Italiens qui en juste à l’ouest du Karkºr Murr, il ne faudrait
massif. On reconnaît bien sûr l’arabe ¢aïn firent l’ascension les 7-8 mai 1933 5 (voir Mont pas reconnaître une finale en el-¢aïn ()العني
( « )ع�ي�نsource » et, si le second terme était Bagnold et Qimmat el-¢Uweynæt). « la source ».
Karkºr Drîs (دريس )كركور: Drîs est l’hy- du Karkºr Drîs et du Ouadi Auki. Il s’agit
pocoristique * d’Idrîs. S’agirait-il d’Idrîs du fasciste Emilio De Bono, né à Milan le
es-Senºsi à propos duquel le vieux guide 19 mars 1866, qui devint gouverneur de Libye
arabe ¢Abd el-Malik dit un jour à Almásy que, en 1925, puis ministre des Affaires coloniales
comme il manquait de chameaux, un Toubou en 1929. Membre du Grand conseil fasciste, il
lui livra le secret de la vallée où son peuple finit par trahir Mussolini, qui le fit fusiller.
gardait les siens, dans le Gilf Kebîr ? Ouadi ¢Abd el-Malik ( )واد عبد امل َ ِلك:
Karkºr Ekdui : nom (peut-être tou- prolongement vers l’est du Karkºr Ibrahîm,
bou ?) figurant sur une carte de Kemæl ed-Dîn. avec lequel il est souvent confondu. Cet
D’autres cartes donnent, pour ce même ¢Abd el-Malik est sans doute le guide arabe
Karkºr, l’appellation Ekwi. Zwêya qui dit à Almásy que l’autre Ouadi
َ )كرك���ور: « La
Karkºr e†-™alÌ (الط ْلح ¢Abd el-Malik, celui du Gilf Kebîr, était à
vallée des Acacias » (en arabe : †alÌ َط ْل���ح identifier avec la légendaire Zarzºra 16. 16 Almásy
1936 : 61-66
signifie « acacia »). Ouadi Auki : nom donné par les Tou-
et fig. 9.
Karkºr Îamîd (َحميد )كرك���ور: « La bous au cirque terminant à l’ouest le Ouadi 17 Léonard
1997-2001 :
vallée de Îamîd » ; Îamîd ( ) َحمي���دest un Îan∂al. Les cartes italiennes le transcrivent
vol. iv, 68.
prénom arabe. Auchi. 18 Léonard
1997-2001 :
Karkºr Ibrahîm (ابرهيم )كركور: « La Ouadi Dji : autre nom (toubou ?) du
vol. iv, 67.
vallée d’Ibrahîm ». La partie haute de cette Ouadi Waddæn.
vallée est aussi appelée Ouadi ¢Abd el-Malik Ouadi Îan∂al : « La vallée des Colo-
()عبد امل َ ِلك. Ibrahîm est le nom d’un Toubou quintes » (arabe Ìan∂al حنضل: « coloquinte »,
109
Menardi-
les bovins fut progressivement remplacée particulièrement bien étudiée par le professeur même se passer complètement de boire :
Noguera et
par des graminées adaptées aux nouvelles Jean Léonard , qui y a identifié 87 espèces de
3
Zboray 2003. mouflons (Ammotragus lervia) 4, deux espèces
Djebel el-
¢Uweynæt
266. Mante érémiaphile, dans le Djebel 267. Autre mante érémiaphile. Comme
el-¢Uweynæt. Lorsqu’elle est surprise, nombre d’insectes marcheurs du Sahara,
elle se plaque d’abord au sol, comptant elle se déplace en prenant une posture
sur son mimétisme pour échapper élevée qui contribue à sa thermorégulation.
à la menace.
Le problème désignant les auteurs des peintures et non La position chronologique de ce style centro-
des « Têtes Rondes » celles-ci. L’aire de répartition de cette école saharien est mal assurée, mais son antério-
se limite au Sahara central, où elle est essen- rité par rapport aux autres styles artisti-
tiellement centrée sur le Tassili-n-Ajjer : 78 %
2
ques sahariens anciens (Bubalin naturaliste,
Les spécialistes de l’art rupestre du Sahara des œuvres de ce style se trouvent dans une Bovidien ancien) est généralement admise
appellent « Têtes Rondes » un type parti- zone comprenant, d’une part, les stations de 6 Sansoni par les auteurs 6. Ceux-ci suivent l’opinion
1994 ; Tauveron
culier de peintures, dont les plus célèbres Jabbaren (13 %) et, d’autre part, un cercle d’un de Lhote, bien qu’aucun document ne l’ait
1992.
représentent des personnages plaisamment rayon de 2,5 km incluant les sites princeps de 7 Foucauld encore pleinement confirmée. La question
1947 : vol. iv,
surnommés « martiens » par Henri Lhote 1 1 Lhote 1958 : Sefar et Ti-n-Tazarift (65 %). L’attribution à chronologique se complique du fait que
1806.
77-78.
et qui sont les plus anciennes figurations cette école des peintures de l’Ennedi dites en Karl-Heinz Striedter et Michel Tauveron
2 À noter
de ce groupe (fig. 273). Bien que d’autres qu’en tama‡eq, « style de Sivrè », naguère suggérée par Gérard proposent maintenant de voir, dans certai-
la langue
appellations comme « période des antilopes » Bailloud , ne repose que sur des ressemblances
3
nes peintures des Têtes Rondes, une évolu-
des Touaregs,
ou « hiératico-archaïque » aient été propo- « tassili » très superficielles et a été contestée 4. Bien que tion d’un type particulier de gravures, celui
(tsli)
sées pour désigner cet ensemble, celle de des rapprochements aient été plusieurs fois dit des personnages surnommés Kel Essuf
est féminin.
« Têtes Rondes » est désormais passée dans 3 Bailloud tentés avec des gravures du Ouadi Djeræt en (kl sf « esprits du vide », c’est-à-dire
1960 : 1960,
l’usage. Parmi ces peintures, on distingue Algérie, de l’Akækºs et du Messak en Libye, « génies », pour les Touaregs 7). Comme quel-
1997.
essentiellement une phase ancienne (celle 4 Muzzolini de l’Ennedi ou même de Nubie, ce style ques peintures des Têtes Rondes seraient
1995 : 396-397.
des « martiens » proprement dits) et divers ne concerne vraiment que des peintures superposées à des Kel Essuf, on a suggéré que
5 Muzzolini
types « post-martiens », appelés selon les cas 1979 et 1982. concentrées dans une région très réduite du ces derniers auraient pu être réalisés durant
« géométriques », « juges de paix », « dames Tassili-n-Ajjer pour sa phase ancienne, avec le pléistocène * final, ce qui est certainement
blanches », « martiens évolués » (fig. 276)… une extension notable vers le nord-ouest de excessif. En effet, tous les cas de superposition
du Sahara
au Nil
JLLQ 1998
20 cm
274. Détails des orantes tournées vers le 275. Relevé du panneau des « Têtes Rondes
« grand dieu de Sefar » (photo Alfred Muzzolini). du Djebel el-¢Uweynæt » à Bº Hlêga, dans
le Djebel el-¢Uweynæt.
128
et bp 4 730
e†-™alÌ, se remarquent des autruches visi- et 3 300 avant J.‑C. environ, était encore preuve qu’ils étaient utilisés à cet effet, dans
± 60 ans bp
blement prises par un engin. Dans un petit (Pachur 1991). munie de son lien torsadé . Ces pierres sont
1
le Karkºr Ibrahîm, pour piéger les gazelles
du Sahara
au Nil
323-324. Piège radiaire découvert en 1996 sur Ce cylindre est posé dans le sable pour
une sente de gazelles, dans le Karkºr Ibrahîm éviter que celui-ci obstrue la fosse-piège
(vue d’ensemble et détail). Son caractère récent en s’écroulant ; il est traditionnellement
est assuré, car le cylindre est constitué confectionné avec une écorce d’acacia
d’un vieux bidon de lait en poudre défoncé. déroulée.
131
Djebel el-
¢Uweynæt
327. Détail de la peinture de la tombe n° 100 328. Autruche bloquée par un piège à arc,
de Hiérakonpolis, montrant cinq gazelles sur une gravure du Karkºr e†-™alÌ.
piégées (d’après Capart 1905, 165).
Le plateau
du Gilf Kebîr
refuge du gibier,
paradis des chasseurs
du Sahara
au Nil
341. La passe Lama-Monod, vers le sommet 342. Les vallées qui permettaient
du Gilf Kebîr. le déploiement d’une vie variée durant
l’Optimum climatique de l’holocène
sont devenues très arides aujourd’hui,
comme ici, dans le Ouadi Îamra.
alternant avec un sable pulvérulent et des pierres tranchantes ; du Gilf, creusé par l’eau, conserve de nos jours encore une
il porte le nom de « passe Lama-Monod » (fig. 341). rare végétation, notamment des acacias (sp. Tortilis raddiana),
Pour atteindre le sommet du Gilf par le sud, il existe recensés au nombre de 1 400 environ par Monique et Edmond
un lieu de passage relativement praticable, la passe d’Aqaba, Diemer en 2000 3. Certains arbres étaient alors dans un état
longtemps minée, mais devenue accessible récemment, ce qui désespéré, mais de nombreux jeunes semblaient prometteurs,
n’est pas le cas d’autres endroits restés dangereux. à la grande satisfaction du professeur Monod.
Sur le côté occidental du Gilf, à quelques kilomètres Le Gilf Kebîr, jadis propice à la vie de l’homme,
de la frontière libyenne, se trouve la région du Ouadi Sora recèle plusieurs sites dont chacun apporte un témoignage des
(« vallée des Images »), la plus riche et la plus extraordinaire en divers modes d’expression de l’art rupestre : les gravures pour
peintures rupestres. En revanche, le côté oriental du Gilf est le Ouadi Îamra, ainsi que les peintures pour la grotte d’el-
incisé de nombreuses et profondes vallées, les Ouadi Bakht QanÚara et du Ouadi Sora.
(baßt « بختfortuné »), el-Akhdar (el-aß∂ar « االخضرle Vert »),
Wassa (probablement wæsa© « واسعle Large ») et Firaq, proche Le Ouadi Îamra : la vallée Rouge, acacias
de la grotte peinte de Mafiærat el-Qan†ara ( « مغ���ارة القنط���رةla verts et buissons d’or
grotte de l’Arche ») 2. 2 Ce terme Parmi les trois grandes vallées septentrionales, l’une
est souvent
transcrit
d’entre elles paraît de loin la plus riche en gravures rupes-
Le Gilf, barrière rocheuse captant la pluie el-Kantara, tres, en l’état actuel des découvertes : c’est le Ouadi Îamra.
sans tenir
Les reliefs montagneux arrêtent les pluies, minimes et compte du fait
Il se niche au milieu de nombreux petits affluents tortueux
rarissimes, que les massifs gréseux ont la particularité de retenir qu’il existe et d’apparence identique, s’enfonçant à courte distance dans
deux sortes
partiellement. Cette propriété du grès a favorisé l’apparition de /K/en arabe.
des défilés gréseux, constitués de parois d’environ trois cents
de la flore, de la faune et de la vie humaine, pendant les pério- 3 Monod mètres de haut (fig. 343). Le Ouadi Îamra proprement dit
143
et Diemer
des humides de l’holocène, mais n’a pas permis de les conser- 2000 : 189.
pénètre profondément à l’intérieur du massif ; ses méandres
ver pendant la dernière période aride (fig. 342). Le territoire serpentent entre de hautes falaises rocheuses assaillies par le
plateau du
Gilf Kebîr
144 aux troncs torturés (fig. 346), beaucoup plus nombreux que
dans les vallées voisines. Après l’averse, la végétation se pare,
maux sauvages, tels que girafes, mouflons, bovins à cornes
en avant, ainsi que deux chiens, est parfaitement discernable.
du Sahara
au Nil
347. Une des gravures du Ouadi Îamra qui images aussi imprécises et très érodées, 346. Un des acacias parmi ceux qui résistent
furent interprétées comme des représentations celle-ci nous semble devoir se situer dans encore aux conditions hyperarides du Ouadi
de rhinocéros. Outre qu’une identification la gamme de variation des plus simples Îamra.
aussi spécifique s’avère très risquée sur des gravures de bovinés.
ependant, pour les deux images voisines montrant des qua-
C de grandes dalles horizontales présentent quelques gravures
drupèdes — qui ont été interprétés comme des rhinocéros —, d’animaux (fig. 350). À proximité, d’anciennes structures cir-
nous ne voyons que des bovinés (fig. 347). Ces gravures sont culaires en pierre (fig. 351-352) témoignent de la dimension
bien difficilement déchiffrables et, concernant l’interpréta- des huttes, illustrées par des peintures en un autre site du Gilf,
tion évoquée, il faudrait des images autrement plus parlantes l’abri d’el-Qan†ara. En effet, cette vallée semble avoir bénéfi-
pour emporter la conviction, surtout s’il s’agit d’utiliser la cié d’un climat saisonnier favorable au développement de la
présence de rhinocéros pour vieillir considérablement l’art végétation en période humide. Les chasseurs du néolithique
rupestre régional 8. 8 Negro 1995. y ont laissé de nombreuses gravures d’animaux, en majorité
Notre guide et ami Samir Lama nous a quittés en sauvages. Les alternances climatiques ont cependant permis
février 2004. Deux stèles ont été érigées à sa mémoire dans que la région demeure un lieu de pâture occasionnel jusqu’à
le désert Libyque, l’une en marbre au pied d’un rocher sur- une période relativement récente, notamment pour les trou-
nommé Sugar-loaf Hill (colline du Pain de sucre) ; l’autre en peaux des Toubous.
pierre, fichée dans le socle du plateau du Gilf Kebîr, dans sa Cette vallée possède des atouts variés, plus favora-
partie méridionale, face à l’immensité du désert s’étendant bles à la vie que ses voisines, un climat plus humide, une végé-
vers la Libye et le Soudan, un endroit qu’il chérissait tout tation nettement plus abondante, d’où une impression de vie
particulièrement (fig. 349). sur une longue durée, des restes archéologiques abondants,
de nombreuses parois gravées, des transhumances touboues
Des traces d’habitat tardives et une vie animale persistante en dépit de l’aridité
Au confluent de deux vallées, un sommet tabulaire apparente. Tous ces arguments plaident en faveur d’un lieu
dominant les environs de cinq à six mètres permet de trouver privilégié : s’agirait-il d’un type d’oasis saisonnière, éphémère,
le troisième site : le sol de ce petit plateau, propice à l’ob- en rapport avec la légende de Zarzºra ? Serait-ce l’oasis de
servation des alentours, conserve des traces de présence pré-
historique. Disposition relativement rare dans cette région,
pluie à laquelle avait songé l’explorateur László E . Almásy,
sans jamais la trouver ? Il la situait en effet au Ouadi ©Abd 145
plateau du
Gilf Kebîr
du Sahara
au Nil
412. Paysage du Gilf Kebîr : chaîne 413. Paysage au sein du Gilf Kebîr.
montagneuse, dépôts sédimentaires des
anciennes playas et yardangs *, ces vestiges
rocheux sculptés par les vents de sable en des
formes évoquant des phoques.
Les grottes des Nageurs et des Archers tournés vers la gauche, le buste courbé, ils semblent danser. À
proximité et un peu en dessous, deux grands personnages se
dirigent vers la droite, tous deux tenant un arc à la main. Au-
La grotte des Nageurs, la première découverte et la plus dessus se trouve une deuxième main négative contenant dans
connue, comprend une large anfractuosité d’une dizaine de sa paume une gazelle dama (fig. 419-422). Une silhouette
mètres, au ras du sol (fig. 416). Les peintures se situent à hau- animale non identifiable figure de l’autre côté de la main,
teur d’homme sur une roche dans un état de desquamation entre quelques individus très effacés, plus haut sur la roche
avancé, alarmant pour la conservation. Une partie des images (fig. 419-420).
a déjà disparu, comme en témoignent çà et là des fragments Sur l’extrémité droite du panneau, une main gauche
non identifiables, diminuant les chances de décrypter le sens isolée se niche dans une anfractuosité, bien mise en valeur par
et le message de ces œuvres préhistoriques (fig. 417). le contraste entre la clarté des doigts et le fond ocre de la paroi
En dépit de sujets de petite taille, les plus impor- (fig. 421). Un signe en forme de triangle curviligne, de couleur
tants mesurant de dix à quinze centimètres, la fresque n’en rouge plus soutenue que l’entourage de la main, est dessiné sur
demeure pas moins intrigante et très émouvante. Nous pen- la base du majeur en pointant vers le centre de la paume, tout
sons contempler une mise en scène organisée en un tableau en recouvrant un des trois petits personnages qui y figurent.
principal, situé au centre de l’abri. Le sens de lecture serait Unique en son genre, sa signification reste inconnue.
indiqué par des files de nageurs, évoluant parmi d’autres En dehors de cet ensemble, isolée en partie supé-
personnages en direction d’une bête étrange et énigmatique. rieure, existe une autre main qui ne comporte plus que trois
Quatre mains négatives différentes ponctuent l’ensemble, doigts en raison de l’effondrement de la roche ; le contexte
de chaque côté, comme pour attirer l’attention et mettre en ayant disparu, le message est perdu. Une dernière main, en
valeur un message (fig. 417-420). Sur la gauche, une main majeure partie détruite (fig. 428), se trouve juste à côté du
droite contient dans sa paume trois petits individus de taille
décroissante (de cinq à trois centimètres environ). De profil,
seul individu nageant à contre-courant (sur les « mains néga-
tives », voir p. 238). 167
Ouadi
Sora
du Sahara
au Nil
169
Ouadi
Sora
425. Détail des trois individus assis 426. Vue d’ensemble de la scène où évoluent 427. Détail de la figure 426 : deux petits
sous la frise précédente. seize des dix-huit nageurs, disposés en trois humains se font face les bras levés. Derrière
files horizontales avançant vers la droite, celui de droite se trouve une forme
en direction de la « Bête » mythique. actuellement non identifiable (peut-être
un personnage endommagé ?).
Revenant à la scène centrale, deux groupes de sujets se déta- Non loin, entre des éléments dégradés par des traits verti-
chent. Sur la gauche figurent des humains alignés, de taille caux blancs et ocre, apparaît une forme qui ressemble à un
moyenne (par rapport à la petitesse de ceux de la main) ; sur poisson, mais il est bien difficile d’en juger car elle est en par-
la droite, un ensemble réunit divers personnages, de face ou tie détruite, tandis qu’aucune représentation de cette espèce
tournés vers la « Bête » ; enfin se trouvent les célèbres « nageurs » ne figure dans le bestiaire régional (fig. 424). Pourtant, une
(sur leur interprétation, voir p. 243). À gauche, parmi une telle image serait d’autant moins incongrue à proximité de
quinzaine d’humains, neuf sont alignés dans une position sta- « nageurs », que, dans une tombe de Deir el-Medineh, le corps
tique, les jambes bien droites et parallèles ; sept d’entre eux humain momifié est remplacé par l’image d’un poisson et que,
portent des ornements corporels dont le blanc tranche sur plus tardivement, un poisson placé au-dessus de la momie
l’ocre du corps : bracelets, ceinture, anneaux de genoux et de peut remplacer l’oiseau ba. Les anciens Égyptiens écrivaient
cheville qui rappellent des types déjà rencontrés dans le Dje- 2 Hornung en effet le mot ß“t « cadavre » avec le signe d’un pois-
1996 : chap. xi,
bel el-¢Uweynæt (fig. 423). Trois petits bonshommes sont assis « L’homme :
son et b“ , « âme » avec celui d’un oiseau 2.
devant le groupe (fig. 425), non loin de ce qui ressemble aux poisson Près de ce poisson (ou pseudo-poisson ?), on dis-
et oiseau. »
restes d’une autruche, orientée vers la droite et dont seuls le tingue les restes de deux humains peints en blanc. Des mar-
croupion et les pattes resteraient visibles. Au centre et au-dessus ques de lapidation concentrées sur les personnages les ren-
du groupe, un personnage se démarque par l’exécution d’une dent parfois difficiles à discerner, seules les jambes restant
sorte de pas de danse et par l’absence d’ornements. À côté, visibles. Sur la droite, l’autre ensemble regroupe un foison-
un autre individu, de profil et à tête ronde, a l’air agenouillé nement d’êtres humains, répartis sur trois niveaux, comme
dans une position flottante : serait-ce un nageur ? À l’extrémité délimités par trois files horizontales de nageurs (fig. 426).
du groupe, juste à droite, se trouvent des détails intéressants : Tout en haut de la scène, au-dessus du premier niveau, sou-
peut-être des têtes et cous de gazelles et ce qui ressemble à ligné par trois nageurs, figurent deux personnages se faisant
170 deux arcs blancs, posés chacun près d’un carquois bichrome,
évoquant encore des images du Djebel el-¢Uweynæt.
face, accroupis et les bras levés en une attitude d’implora-
tion (fig. 427).
du Sahara
au Nil
428. Détail d’une des superpositions 429. Détail du couple de la grande scène,
de la même scène : l’image la plus ancienne comprenant un guerrier ocre en « style de Sora »
est la main négative, le nageur a été réalisé et un individu qui semble enveloppé de bandes
ensuite, puis un grand personnage fut apposé blanches ainsi que, coiffé d’une plume,
sur ces deux figures. l’unique humain dont le visage de profil laisse
deviner le nez et la bouche.
En dessous, au second niveau inséré entre deux files de nageurs, dont les ornements corporels blancs sont plus classiques. À
sur la gauche, un anthropomorphe aux ornements corporels droite se dresse un individu effilé, aux bras levés, dont les orne-
blancs, peints sur une main négative, découvre une anatomie ments corporels sont jaunes ; il arbore une plume sur sa tête.
rebondie ; ses jambes sont superposées au seul nageur tourné Se tenant devant une forme rouge difficilement interprétable,
à gauche qui semble s’accrocher à sa cheville, mais en réalité c’est le seul personnage de toute la région dont il semble que
il est plus ancien (fig. 428). les traits (nez, bouche) soient visibles de profil.
Ensuite, quatre individus se succèdent. L’un, de type À l’extrémité droite, après quelques éléments violet
athlétique et à tête ronde, porte le décor corporel déjà rencontré ; passé qui résistent à la lecture, on discerne avec difficulté une
ses mains sont finement dessinées, comme nous l’avons cons- ébauche de grande silhouette à tête arrondie, d’un rouge fané.
taté dans certaines peintures du Djebel el-¢Uweynæt. Notons Dans la partie gauche, une gazelle dama galope et l’on en
que deux autres personnages analogues, de type athlétique, compte au moins sept autres alentour, de même facture que
l’un de couleur jaune passé, semblent disposés le long d’une celles vues en ¢Uweynæt.
ligne verticale légèrement inclinée. Ils portent eux aussi brace- Au troisième niveau, toujours de gauche à droite,
lets et baudriers blancs. Tous sont typiques du « style de Sora » après l’athlète jaune et le plongeur, de petits humains actifs, à
(fig. 429). Revenant au niveau du premier cité, apparaît une ornements blancs sur corps ocre violacé, sont réunis non loin
silhouette de teinte brunâtre, bras levés et repliés au-dessus de de la « Bête », puis trois personnages se succèdent (fig. 430).
la tête, une seule jambe visible comme si elle était couchée sur Un petit bonhomme de profil, dépouillé d’ornements, se tient
le côté. Le corps est couvert de lignes blanches très différentes tout contre un autre type d’homme, longiligne et statique, en
des ornements déjà rencontrés : pour un peu, on songerait à vue frontale, harnaché de nombreux colliers, bracelets et cein-
une momie. Juste au-dessus de cette figure se trouve un petit tures rappelant ceux de « style longiligne » (cf. « la question des
personnage en déséquilibre, peint à l’ocre rouge passé et dont styles », p. 276). Son bras gauche se dirige vers un homme de
les ornements corporels blancs sont encore discernables. À son
côté se tient un petit anthropomorphe d’un brun plus foncé,
haute taille, à ornements blancs, dont un pied est superposé
à la « Bête ». 171
Ouadi
Sora
430. Détail de la partie où se trouve la « Bête ». 431. Détail des superpositions concernant
Diverses superpositions sont visibles, les plus la « Bête ». Son contour a été dessiné d’un fin
anciennes peintures consistant en traces trait rouge doublé de blanc et sa surface interne
de personnages rosâtres, par exemple sous remplie d’un aplat marron. Elle est
le pied gauche du grand individu dont l’autre partiellement oblitérée par les jambes de deux
pied est superposé à la « Bête ». Le jaune-orange grands personnages en « style longiligne », par
foncé qui recouvre partiellement un bras le torse d’un autre et par la moitié inférieure
de cet individu et une partie du torse de son d’un troisième. Le « filet » qui l’enserre fut tracé
voisin en « style de Sora » est la couleur la plus à l’aide d’un blanc couvrant très pâteux, dont
récemment appliquée. Les trois premiers l’épaisseur reste visible sur la roche et qui
nageurs de la plus longue file arrivent semble recouvrir aussi les individus. L’examen
à proximité de la « Bête », ce qui permet rapproché permet pourtant de penser que
au premier d’entre eux de la toucher les personnages de « style longiligne » auraient
à la naissance de la patte antérieure. pu être peints en dernier lieu et que leur teinte,
plus diluée, n’aurait que très rarement
recouvert le blanc du « filet ».
220 625. Deux petits personnages dont le jaune
tranche par rapport à la dominante ocre des autres.
du Sahara
au Nil
626. Quatre petits hommes jaunes cernent 627. Personnage filiforme verdâtre, surchar-
de tous côtés une « Bête » aux pattes entourées geant une main négative obtenue au pigment
de filets blancs. blanc, à proximité d’un individu en « style
de Sora ».
628. Parmi une kyrielle de personnages 629. Détail de l’image précédente, montrant
dont certains, au centre, se précipitent les jambes extrêmement longues et fines d’un
la tête en bas, de grands êtres filiformes des individus filiformes.
se distinguent tout particulièrement.
630. Grand personnage ocre, lapidé, aux 631. Ce petit personnage ocre au corps
jambes tordues, situé dans la partie basse. contorsionné est situé dans la paume
« Grand jaune » accroupi en haut à droite et d’une main négative gauche.
sous ce dernier, une zone piquetée résultant
probablement d’un iconoclasme visant
à effacer soigneusement des représentations
humaines.
221
Ouadi
Sora
632. Au-dessus d’une fissure, dix individus ont l’air d’enfants comparés aux autres
de face lèvent les deux bras et tiennent chacun et, tous tournés dans la même direction,
un objet en forme de croissant ressemblant ne lèvent qu’un bras. Un autre individu,
à un appuie-tête. En dessous, vingt-trois à gauche, tombe la tête en bas, mais
individus, de taille nettement plus petite, ce n’est pas un « nageur ».
Non loin, sous l’une des deux grandes pattes ocre indétermi- p. 123). L’atmosphère de banalité apparente est démentie par
nées, un autre groupe de sept « athlètes » au torse triangulaire la présence de la triade des mains, des nageurs et d’une « Bête »
se tient bien droit et aligné dans une sorte de parade, main mythique, celle-ci placée à proximité.
dans la main et tous les doigts détaillés, mais sans armes ni
ornements (fig. 634) ; ils pourraient appartenir au style lon- Vêtements, ornements, coiffures
giligne. Ils semblent marcher, et la ligne oblique de leurs pas D’une façon générale, les personnages présentent
se diriger vers la scène précédente, qui constituerait un tout des silhouettes dépouillées où l’attitude et éventuellement le
avec le grand humain ocre, gardien des mystères (fig. 633). geste prédomine. D’autres affichent au contraire des vêtures
En dessous de cet alignement, un autre apparaît, assez effacé, et le plus souvent des ornements caractéristiques d’une cul-
mais laissant reconnaître au moins quatre grands personna- ture commune. Les détails sont dans l’ensemble peu précisés.
ges et trois petits (fig. 635-636). L’ensemble est assez lapidé Ils constituent pourtant un précieux repère pour les différen-
mais mérite d’être signalé, car il constitue un groupe de plus cier des styles, car ils signent l’appartenance à des catégories
à proximité de la scène importante du reflet. définies, comme celle des archers par exemple. Ils ne consti-
Vers la droite de l’abri, les alignements laissent la tuent l’apanage que de certains groupes, à l’exclusion d’autres
place à des rassemblements de groupes engagés dans une comme celui des grands personnages dont on ne devine jamais
même activité — il peut s’agir de simples familles, réunies que la silhouette (voir « la question des styles », p. 276).
dans des scènes apparemment banales. On y reconnaît adultes, Rares sont les coiffures : celles qui sont conservées,
hommes et femmes, reconnaissables à leurs seins dépassant de en majorité blanches, appartiennent plutôt aux individus
chaque côté du buste comme dans le Djebel el-¢Uweynæt, et déjà pourvus d’ornements blancs. La fragilité de cette cou-
enfants, nettement plus petits (fig. 637). Des scènes de la vie leur explique la disparition fréquente de tels détails. Quelques
quotidienne apparaissent : un campement avec sacs et ballots, individus d’une finesse remarquable ont heureusement été
du Sahara
au Nil
639. Détail d’un campement, apparemment touche d’une main, tandis que d’autres
banal : les objets familiers disposés en arc individus sont accroupis ou debout, certains
de cercle matérialisent un espace où évoluent munis de sac et d’ornements blancs. Un nageur
les humains et même un chien, à côté duquel a été recouvert en partie par un ballot sur
semble posé un arc blanc. Un couple se repose, la gauche et une autruche bicolore, dont
la femme jambes repliées, seins visibles, les parties blanches des pattes ont presque
à côté de l’homme aux jambes fléchies qu’elle totalement disparu, tourne le dos à la scène.
Histoire d’une Bête En 1999, Yves Gauthier et Giancarlo Negro des amoureux du désert, Jacopo et Massimo
ayant eu l’occasion de visiter le Gilf Kebîr Foggini, a découvert dans le Gilf Kebîr une
en profitèrent pour explorer les environs de nouvelle grotte, très grande et plus riche en
En 1933, puis en 1934-1935, Leo Frobenius la désormais fameuse « grotte des Nageurs », peintures rupestres qu’aucun autre site du
organisa au Gilf Kebîr et dans le Djebel ce qui leur permit d’y découvrir de nouveaux 3 Abed 2002 ; désert Oriental connu jusqu’alors 3. Là se
Giuliani 2003 ;
el-¢Uweynæt des expéditions auxquelles sites à peintures. À quelques kilomètres au trouve une trentaine de nouvelles attestations
Pavan 2003 ;
participèrent trois dessinatrices, un pho- nord-nord-ouest des localités signalées par Semplici 2003. de la « Bête », à nouveau sur fond de mains
tographe, l’ethnologue Karin Hissink et le Almásy, ils ont notamment trouvé un petit négatives et environnée de « nageurs » exac-
préhistorien Hans Rhotert. Almásy montra à abri orné d’une figure qui les laissa perplexes, tement du même type que ceux qui avaient
ces chercheurs les sites qu’il avait découverts mais dont ils surent reconnaître la parenté tant intrigué Almásy.
les années précédentes mais leur publication avec la créature « très énigmatique » naguère Enfin, lors de notre voyage de novem-
scientifique, retardée à cause des années de publiée par Rhotert. Ils la décrivirent comme bre 2003, nous avons eu la bonne fortune
guerre, ne fut préparée par Hans Rhotert évoquant un canidé ou un félin qui n’aurait de trouver, dans un petit abri discret, trois
que bien longtemps après. Dans le volume que « trois pattes curieusement terminées » nouvelles « Bêtes » accompagnées de person-
finalement paru en 1952 se trouve un excellent et conclurent en suggérant qu’il pourrait nages (fig. 700-701), ce qui porte le total
relevé des peintures trouvées par l’explorateur s’agir d’un « possible animal mythique 2 » : des représentations de cet être à trente-cinq
hongrois au Ouadi Sora. Seize « nageurs » et deuxième attestation de la « Bête », dont il exemplaires peints. Avec leur apparente
au moins deux « plongeurs » y figurent en 1 Rhotert est intéressant de remarquer qu’elle est ici variété, ces figures semblent défier l’interpré-
1952 : dépliant
bonne place , trois d’entre eux se dirigeant
1
associée à des mains négatives (étant super- tation : dans l’état actuel de leur conservation,
hors-texte face
en droite ligne vers un quadrupède indé- à la p. 52. posée à l’une d’elles), comme c’était déjà le au moins neuf d’entre elles sont dotées d’un
2 Gauthier et
terminé, abîmé par l’altération de la paroi : cas dans le site précédent (fig. 699). pénis (ex. : fig. 702, 704, 706-707, 709,
Negro 1999 :
du Sahara
au Nil
698. La « Bête » du site princeps, au Ouadi 699. « Bête » découverte par Yves Gauthier et et fut peinte sur une des mains négatives,
Sora. Elle est tournée vers la gauche, marquée Giancarlo Negro dans un autre abri du Ouadi antérieures, de l’abri. Sur celle-ci, remarquer
de tracés en filets, et malgré les altérations Sora. Elle semble galoper vers la droite, l’auriculaire replié.
de la paroi, on distingue le départ de ses deux
pattes arrière et sa longue queue redressée,
terminée par une floche en boule. Elle est
en aplat marron cerné d’un trait clair. Trois
nageurs s’approchent d’elle, le premier
la touchant à la patte antérieure ; les autres
personnages, en « style de Sora », lui sont
superposés et sont d’une couleur plus fraîche.
Les filets blancs enveloppant la « Bête »
semblent recouvrir également l’un de ces
personnages, mais cette illusion est due au fait
que les traits blancs, épais et en léger relief,
sont ressortis sous le rouge, qui n’a
généralement couvert que le vide des « mailles ».
700. Sur ce panneau orné figurent au moins de son petit (?). Les personnages sont
trois « Bêtes » environnées de personnages. en « style de Sora » et l’un d’eux côtoie
Celle du haut à gauche est enveloppée dans une tache circulaire énigmatique.
un « filet » jaune et semble accompagnée
trois (fig. 699, 701, 705-712, 714) et une rendre plus éloigné encore du monde habité. dévorés dans l’autre monde par des démons
seule en a quatre (fig. 713) ; dix semblent Ce lieu s’apparente aux « confins du monde » zoomorphes *, à commencer par l’animal
avoir des sabots bisulques * ou deux doigts que les anciens géographes peuplaient de composite crocodile-lion-hippopotame de
(ex. : fig. 702, 706-707, 712), une montre monstres, à ces terrae incognitae que ne la célèbre scène du jugement du défunt,
de puissantes griffes (fig. 714) ; vingt-sept pouvaient peupler que des cynocéphales à dans le livre des Morts, appelé « l’avaleur »
ont une longue queue relevée (généralement demi humains puisque, selon l’expression (©m‑mwt ou ©mmyt). Les textes des Sarcopha-
terminée par une floche circulaire), quatre de Claude Doumet-Serhal, « au Pays de 6 Coffin Texts ges citent déjà l’un de ces monstres, appelé
iv 314b.
ont une queue courte et pendante (mais l’une l’Inconnu demeure la Bête ».5
« dévoreur des ombres 6 » et le chapitre 127
7 Zandee
l’a courte, bifide et relevée) et quinze sont Au Ouadi Sora, l’orientation des ima- 1960 : 158, 160. du livre des Morts mentionne ceux « qui
touchées par des personnages. Que penser ges de la « Bête » ne semble pas signifiante : engloutissent les âmes, qui avalent les corps
d’une telle ménagerie ? dix-sept regardent à gauche et dix-huit des morts ». Le chapitre 163 du même livre
D’abord, malgré leurs différences et à droite. Par ailleurs, si les nageurs sont contient un hymne que le défunt doit réciter
bien qu’on ne puisse les identifier à aucun bien des morts ayant sombré dans l’autre « afin de le sauver de celui qui dévore les
animal réel connu , ces « Bêtes » ont tou-
4
4 Certaines monde (cf. p. 243) et sans vouloir expliquer âmes ». Rencontrant l’un de ces démons,
ressemblent
tes un air de famille qui empêche de les à tout prix chaque détail des peintures, il un trépassé le reconnaît : « Ton nom est
à un félin,
attribuer à la seule fantaisie individuelle d’autres plutôt est permis de penser qu’au moins certaines Dévoreur » et un autre le supplie : « Ne me
à un babouin.
d’artistes inventifs. Elles sont sans aucun des images accompagnant ces personnages mange pas 7 ! ».
5 Doumet-
doute apparentées et doivent correspondre Serhal 2001. représentent des êtres de l’au-delà. Deux de Tout cela pourrait fort bien s’appli-
à une mythologie cohérente. Du reste, elles ces « Bêtes » monstrueuses paraissent avaler quer aux images de notre « Bête » entourée
ne se trouvent qu’aux environs du Ouadi des personnages ridiculement petits par de nageurs, mais l’on aimerait bien avoir
Sora et en aucun autre lieu du Sahara. Cette rapport à elles (fig. 710, 712), ce qui n’est quelque indice susceptible de renforcer cette
zone, jadis peuplée, est devenue un désert
que son caractère désormais hostile semble
pas sans rappeler les traditions égyptiennes
selon lesquelles les morts risquent d’être
présomption. Or, huit des « Bêtes » actuelle-
ment connues (soit presque une sur quatre) 253
Ouadi
Sora
254
du Sahara
au Nil
704. « Bête » en aplat ocre du même abri. du même type que ceux de l’abri princeps 705. « Bête » tournée vers la gauche,
Dotée d’un pénis et d’une longue queue à du Ouadi Sora, de même que celui qui superposée à une main négative plus ancienne,
floche en boule, elle est couverte d’un « filet » s’éloigne d’elle à droite. Ceux qui s’approchent dans le même abri. Le monstre porte un « filet »
jaune peu visible. Elle est entourée de de sa tête sont d’un autre type et d’une teinte jaune ; deux personnages en « style de
personnages qui semblent converger vers beaucoup plus sombre. Les personnages Sora bichrome » (violet et jaune) se dirigent
elle. Le « nageur » situé juste au-dessus de plus grande taille sont en « style de Sora ». vers lui. Le nageur qui a été peint sur la main
de son échine est exactement porte lui aussi des traces de jaune et il est du
même type que ceux du site princeps. En bas à
droite se trouve une toute petite main négative
aux doigts très effilés tournés vers le bas.
706. « Bête » du nouvel abri du Ouadi Sora, 707. « Bête » bondissant, même site. Sa queue 708. Autre « Bête » du même site, à queue
à trois pattes, pieds (ou sabots ?) bisulques, à floche en boule est tendue et ses pieds tombante très courte, portant un « filet » blanc.
longue queue relevée à floche en boule. postérieurs bisulques. Deux des personnages Plusieurs individus peints en jaune, à tête
Des personnages filiformes jaunes, très qui l’entourent semblent venir la toucher circulaire, viennent à son contact, en présence
difficilement lisibles, lui sont superposés. à la tête. de personnages du « style de Sora ».
255
Ouadi
Sora
709. « Bête » du même site, portant un « filet » l’environnent : un se trouve devant sa patte
et une sorte de « harnachement », dont le jaune antérieure, un autre sous son ventre,
se détache bien sur l’aplat violet foncé de son et un dernier entre la queue et les pattes
corps. Devant elle, un individu peint dans les postérieures. L’ensemble se détache sur
mêmes teintes vient mettre sa main dans sa un fond de mains et pieds négatifs bien
gueule. Trois nageurs, tracés ultérieurement, plus ancien.
710. « Bête » en aplat violet foncé, presque noir, un autre, plus grand et de la même teinte 711. Autre « Bête » du même site, couverte
environnée par une foule de petits signes que la « Bête », tend les bras comme pour saisir d’un « filet » en deux tons de jaune. Un nageur
cruciformes plus clairs ou en forme de d et c, sa queue tendue. Devant elle, trois personnages ocre se tient devant elle.
qui pourraient représenter des personnages en « style de Sora » sont allongés, la tête vers sa
extrêmement schématisés, convergeant patte antérieure, tandis qu’elle en avale un autre,
vers le monstre. À gauche de cette foule, qui porte les mains à sa tête, conformément
qu’ils semblent vouloir diriger, deux individus aux textes égyptiens évoquant « les noyés [...]
filiformes marchent vers la droite. Derrière eux, dont les bras sont à hauteur du visage ».
Du Sahara au Nil
essai d'interprétation
263
du Sahara
au Nil
Chronologie
et culture
Jean-Loïc Le Quellec
La datation sivement et Libby avait calculé que le capital en 14C d’un
être mort diminue de moitié tous les 5 568 ans. En mesurant
le rapport des atomes de 14C et 12C restant à une époque
Les dates calendaires que manipulent les égyptologues ne donnée, il pensait pouvoir déduire le temps écoulé depuis la
doivent pas être rapprochées sans précaution des dates radio- mort de l’échantillon 2.
carbone utilisées par les préhistoriens. Celles-ci leur sont Pour en vérifier le bien-fondé, Libby testa sa
livrées par les laboratoires sous une forme bp, pour « Before méthode sur la barque funéraire de Sésostris iii et constata
Present », c’est-à-dire « avant le présent » — « présent » conven que ses résultats concordaient avec les dates de ce pharaon,
tionnel fixé pour toujours à l’an 1950 de notre ère 1. Cette 1 La date de déjà connues par ailleurs (1 874-1 855 avant J.‑C.). C’est
1950 a également
date arrondie correspond à l’invention, par Willard Frank été choisie
cependant un peu par chance que ce résultat tomba juste, car
Libby en 1946-1947, de l’« horloge atomique » qui permet de pour éviter les on s’aperçut quelque temps après que la méthode reposait sur
contaminations
dater les restes organiques fossiles en comptant les atomes atmosphériques
deux postulats erronés, à savoir que la concentration de 14C
de carbone. Le principe en est que dans la haute atmosphère, provoquées par dans l’atmosphère serait restée constante pendant un temps
la multiplication
sous l’effet des rayons cosmiques, des atomes stables d’azote des explosions
au moins égal à plusieurs périodes de 5 568 ans et d’autre part
(14N) sont transformés en atomes instables de carbone (14C) nucléaires que la valeur attribuée à cette période était correcte. Comme
dans la seconde
qui descendent au niveau du sol, où ils se diffusent dans moitié du
la demi-vie du 14C est en réalité de 5 730 ans au lieu de 5 568
l’atmosphère, l’eau et la terre et où ils sont mêlés aux atomes xxe siècle. et que, de plus, la concentration de 14C a varié au cours des
stables de carbone (12C). Ces deux types d’atomes de carbone 2 Langouet âges, les dates obtenues sont généralement soit trop hautes,
et Giot 1992 :
sont alors assimilés par les êtres vivants (fig. 723). Tant que 123-159.
soit trop basses et pour les périodes qui nous intéressent,
ceux-ci sont en vie, leur teneur en 14C reste en équilibre avec l’erreur peut friser les mille ans, ce qui est considérable. Il
celle du gaz carbonique de l’atmosphère de leur époque, mais fallait donc trouver un moyen de corriger les dates « brutes »,
268 dès leur mort, leur 14C, par nature instable, tend à redevenir
de l’azote 14N. Les atomes de 14C disparaissent donc progres-
c’est-à-dire bp, livrées par les laboratoires. Heureusement, ce
fut chose possible grâce à la dendrochronologie, ou datation
du Sahara
au Nil 14N + n
14 C
CO2
14 12
C C
1/2
Temps
JLLQ-2004
quaternaire
quaternaire
cénozoïque
– 10 000
pléistocène pléistocène
– 1,81 million
– 5,32 millions
271
néogène
chronologie
miocène et culture
– 23,8 millions
oligocène
paléogène
– 33,7 millions
éocène
– 55 millions
paléocène
La question des styles renflement latéral en crochet pouvant évoquer un profil animal.
Quelques images permettent de comprendre que cela est dû à
la disparition de la teinte plus claire qui notait une volumineuse
Il apparaît nettement que les œuvres rupestres du désert chevelure (et peut-être aussi le visage). Certaines variantes du
Libyque procèdent de diverses manières de faire qui, si elles Karkºr e†-™alÌ ont une tête allongée, posée obliquement sur
relèvent en partie de variations individuelles entre artistes, un cou très fin et les yeux peuvent apparaître sous forme de
témoignent aussi de normes sociales ou suprapersonnelles, deux points blancs, de même qu’une évocation des traits de
définies dans le temps et dans l’espace. La conjonction profil. Les individus de ce style portent des ornements de teinte
de ces facteurs est à l’origine des styles, notion dont on ne blanche : colliers ou pectoral, bracelets simples ou multiples,
peut faire l’économie. Contrairement à ce qu’af firment anneaux de genou (parfois avec franges) et de chevilles, parfois
les archéologues qui tentent de promouvoir une « ère post- une ou plusieurs plumes dans les cheveux.
stylistique », le fait que cette notion ait été souvent mal Quelquefois, le corps porte un décor pointillé. À la
utilisée, voire galvaudée, discrédite certains de ses emplois, ceinture est accrochée une sorte de grosse « poche » blanche,
mais non la notion elle-même. En témoignent avec certitude qui pend sur une des cuisses (cet élément ressemble, dans
les peintures de personnages, parmi lesquels nous distingue- quelques cas, à une ou deux longues lanières pendantes). Plu-
rons au moins sept groupes principaux. sieurs personnages portent des sandales blanches. L’arme
Le « style longiligne », répandu partout (el-QanÚara, représentée est un arc de taille moyenne, à simple courbure
Ouadi Sora, Djebel Kisu, Djebel el-¢Uweynæt, Djebel Arkenº), ou à légère ensellure médiane du bois. Les flèches sont tenues
présente les individus, en aplat rouge, de manière élancée, avec à la main, comme chez les anciens Égyptiens — ainsi qu’il
torse triangulaire allongé, taille étroite, hanches généralement est visible sur le décor d’un bol de la vie dynastie trouvé à Qubbet
débordantes, cuisses et mollets galbés, jambes légèrement pliées. 1 Kuper el-Hawa près d’Assouan et sur l’une des gravures rupestres d’Abº
276
2002 : 10
Quand elle est présente, la tête se réduit le plus souvent à un et pl. 21).
BallæÒ 1 —, mais elles pourraient aussi avoir été rangées dans un
simple bâtonnet plus ou moins épais, parfois terminé par un carquois, lequel est peut-être à différencier d’un gros sac bicolore
du Sahara
au Nil
277
1952 : 58.
forme triangulaire du thorax des personnages. Il fut ensuite précédents, qu’ils côtoient (fig. 740). Ils ne paraissent pas avoir
identifié dans la partie méridionale du Djebel el-¢Uweynæt de sandales. Ils sont toujours représentés en petits groupes assez
chronologie
et culture
729. Femmes de « style longiligne » en train à leurs seins notés de part et d’autre du tronc.
de danser en ligne. Elles sont reconnaissables Karkºr e†-™alÌ.
730. Personnages en « style longiligne » lui, peut-être un enfant. Arcs et flèches sont
dans leur habitation. On distingue, au centre, accrochés au plafond du logis, de même
une femme (cf. ses seins de part et d’autre que le gros sac bicolore que portent souvent
du corps) ; à gauche, un homme et, derrière les archers. Karkºr e†-™alÌ.
Encyclopédie
animale
Jean-Loïc Le Quellec
Bovinés, bœufs sauvages et domestiques En Égypte, la date probable d’extinction de l’aurochs (appelé
sm“ , ) se situe vers le xive siècle avant
notre ère 4 et les bovins « sauvages » chassés par Ramsès iii
La question de l’origine des bovinés domestiques en Afrique n’auraient alors été que des animaux marrons * 5. L’aurochs
n’est pas complètement éclaircie, car de récents travaux de véritable a certainement survécu çà et là fort longtemps
génétique laissent supposer un foyer africain de domestica- encore et même jusqu’à l’époque romaine, ponctuellement,
tion, hypothèse que ne corroborent pourtant pas les faits comme à Dakhla 6. Il a peut-être été représenté sur quelques
archéologiques 1. Au contraire, la théorie d’une domestication 1 Bradley et al. images rupestres du désert Libyque, notamment dans la par-
1996 ; Hanote
indépendante dans la région de Nabta Playa en Égypte, pro- et al. 2002 ;
tie méridionale du Djebel el-¢Uweynæt (fig. 789), mais il est
posée par Fred Wendorf 2 mais vivement critiquée, n’a jamais Stokstad 2002. difficile d’être affirmatif, car une telle peinture pourrait tout
2 Voir en
trouvé confirmation et tend désormais à être rejetée 3. dernier lieu
aussi bien représenter un buffle (Syncerus caffer).
Les restes de bovins domestiques (Bos taurus) bien Wendorf, Dans leur immense majorité, les bovins domesti-
Schild et al.
datés paraissent montrer une progression de la domestication 2003.
ques représentés dans tous les styles d’images du désert Libyque
vers l’ouest et vers le sud (cf. fig. 788). Dans la mesure où exis- 3 Wengrow sont des « longhorns », variétés « à longues cornes » appelées jw“
2003.
tait en Afrique, antérieurement à ce mouvement, un boviné sau- 4 Epstein 1971 :
et ng(“) , en égyptien (fig. 790-794).
vage — l’aurochs ou Bos primigenius, type dont descendent les vol. i, 235. Contrairement à ce qui a pu être parfois écrit, le Bos brachyceros,
5 Osborn
formes domestiques —, on a pu penser que c’est l’idée et la pra- et Osbornová
c’est-à-dire « à petites cornes », ne fut pas introduit en Égypte
tique de la domestication qui auraient suivi ce parcours et non 1998 : 196. avant le iiie millénaire avant J.‑C. et il y paraît d’abord très rare.
6 Churcher
l’animal domestiqué lui-même, progressant avec une population 1982 : table 1.
Le terme qui désigne cet animal, wnƒw , , attesté
de pasteurs. Cependant, une diffusion physique est possible, car 7 Muzzolini dès la v dynastie, comporte toujours le déterminatif utilisé pour
e
1980 : 354.
elle est bien attestée pour les ovicaprins domestiques, à peu près « bétail » et « troupeaux » , c’est-à-dire le
du Sahara
au Nil
Capeletti
5 400
Hawa Fteah
<5 600
Merimde
4 800
Akækºs
4 900
Kharga
6 000
Nabta Playa
Tessalit Wadi Bakht 6 000
Adrar Bous
3 500 5 800
Khatt Lemaitag 4 200
Arlit
< 2 000 4 000
Kadada
Tichitt Karkarichinkat
5 700
2 000 3 600
Gajiganna
2 300
789. Peinture en aplat d’un bovin massif aux ou un aurochs. Région du Ouadi Waddæn, 790. Gravure de taureau à robe quadrillée,
cornes en tenailles, qui pourrait être un buffle dans la partie méridionale du Djebel el-¢Uweynæt. dans le Karkºr e†-™alÌ.
du Sahara
au Nil
792. Vache entièrement en aplat rouge, 793. Vache entièrement en aplat rouge,
y compris le pis et les cornes, dans le Karkºr dans le Karkºr e†-™alÌ.
e†-™alÌ.
307
encyclopédie
animale
795. Deux bovinés pie-rouge de style différent, 796. Bovinés entrecroisés, l’un en aplat rouge 797. Personnage et taureau gravés dans
dans le Karkºr e†-™alÌ. Les bovinés bicolores et l’autre au trait rosé, dans le Karkºr e†-™alÌ. le Karkºr e†-™alÌ. L’homme, qui semble vêtu
et ceux en aplat blanc à robe ornée de tirets La superposition est très difficile à établir, d’une courte tunique serrée à la taille, tient
rouges se trouvent aussi bien dans le Djebel s’agissant de teintes plus ou moins couvrantes un bouclier et un bâton (?) légèrement incurvé.
el-¢Uweynæt qu’à el-QanÚara, et permettent dont on ignore les propriétés. Le boviné Le patron de la robe de l’animal comporte
ainsi de délimiter une ample aire culturelle en aplat rouge est du type à cornes en avant. deux grosses taches arrondies rendues par
aux caractéristiques stylistiques communes. une réserve du piquetage (comparer avec
la figure 798).
308
du Sahara 798. Détail d’une peinture découverte en 1923 cas, un homme suit un taureau en portant, que, le cas échéant, certaines peintures ont
par AÌmed MoÌammed Îassanein Bey dans d’une main, un objet long légèrement incurvé aussi pu montrer des animaux vraiment
au Nil un abri du Karkºr e†-™alÌ. Bien que le et de l’autre un bouclier. Le bovin est acère *, dépourvus de cornes, probablement des jeunes
personnage soit filiforme, cette image présente comme sur la gravure où il n’y a pu avoir bêtes. Ces analogies nourrissent le dossier des
des analogies avec la précédente. Dans les deux disparition des cornes. Cela permet de rappeler rapprochements entre gravures et peintures.
330
de Sayala,
qualité en saison sèche, contrairement à ce qui se passe pour et attribué
en or 2, du prédynastique tardif (Nagada * ii) jusqu’au prédy-
les herbivores. Pour vivre, la girafe n’a besoin de trouver à Nagada iii. nastique final et au début du dynastique (Nagada * iii). Par
du Sahara
au Nil
852. Girafes gravées dans le Karkºr e†-™alÌ. 853. Deux girafes (ou girafe et girafon)
La plus grande et celle du haut ont été piégées, attaquées par des archers, sur un panneau
car un engin est relié à l’une de leurs pattes peint du Karkºr e†-™alÌ.
arrière.
la suite, si elles disparaissent presque totalement du bestiaire à la fin du prédynastique, puis elles disparaissent totalement
égyptien, c’est qu’elles avaient été progressivement éliminées des horizons ultérieurs. C’est qu’elles avaient été définitive-
du paysage dès les premières dynasties, par l’effet cumulatif 3 Houlihan ment éradiquées.
1996 : 41.
de deux facteurs : dessiccation croissante, forte pression cyné- 4 Houlihan
Dès lors, on comprend qu’aux temps dynastiques,
gétique. Il est sans doute significatif qu’une seule girafe figure 1996 : fig. 35. la girafe soit devenue un objet de curiosité, qu’on faisait
5 Germond
parmi les 227 animaux sauvages (éléphants, lions, aurochs, et Livet 2001 :
venir de loin pour l’installer parmi les mirabilia * des zoos.
oryx, ibex, porcs-épics…) minutieusement représentés fig. 12. Les figurations montrant le monarque en train de chasser cet
6 Germond
sur le manche en ivoire du couteau de chasse du Brooklyn et Livet 2001 :
animal sont rarissimes ; celle de Meir qui, à la xiie dynastie
Museum, daté de Nagada * iii 3. Du reste, les gravures de fig. 93. (1 191-1 784 avant J.‑C.), représente le pharaon menaçant de
7 Paul Huard
girafes de la vallée du Nil sont très démonstratives à cet égard. et Jean Leclant
ses flèches une girafe parmi des oryx et un cerf, est moins une
À 80 kilomètres au sud de Louxor, le site d’Elkab (ancienne (1980 : 383) représentation réaliste qu’une icône se référant aux connota-
rappellent
Nekheb), situé sur la rive gauche du fleuve, comprend onze que, dans la
tions religieuses de la chasse en Égypte pharaonique 4.
sites à gravures rupestres dont l’étude a permis à Dirk Huyge vallée du Nil, La xviiie dynastie ne connaîtra jamais la girafe
des gravures
de définir sept « horizons » organisés chronologiquement de ce type ont
qu’amenée par les porteurs de tributs nubiens 5, qui la condui
d’après les superpositions, les patines et la documentation été signalées saient en longe 6, ainsi qu’on le voit sur les peintures des tombes
à Silwa,
archéozoologique, le tout complété par des comparaisons Gerf Hussein,
de Houy ier et de Rekhmirê * (fig. 854), faisant comme un loin-
avec des éléments iconographiques mieux connus. Ces figu- Sayala, tain écho à des gravures rupestres de Nubie montrant le même
Arminna
rations s’étagent depuis le temps de Nagada * i jusqu’à l’Islam et Abu Durre.
type de scène 7. Une inscription d’Éléphantine prouve que ces
et toutes les grandes époques y sont représentées. Les deux Voir aussi bêtes étaient déjà importées de la sorte sous le règne d’Ounas,
Váhala
premiers horizons correspondent au prédynastique moyen et et \erví÷ek
dernier pharaon de la ve dynastie, qui régna de 2 350 à 2 321
récent, le plus ancien étant caractérisé par une présence mas- 2004 : pl. 8-24, avant J.‑C., et le palais ramesside de Qantir, dans le Delta, a livré
331
9-25/a.
sive des girafes (80 % des sujets) ! Elles sont encore faiblement 8 Chaix 2000 :
un frontal de girafe daté de la xixe dynastie, qui ne peut guère
présentes (à hauteur de 3 %) dans l’horizon iii, qui correspond 165. correspondre qu’à un animal ainsi importé de Nubie 8.
encyclopédie
animale
854. Girafe conduite par deux personnes, 855. Peinture du Karkºr e†-™alÌ montrant
sur une peinture de la tombe de Rekhmirê qu’il n’y a pas lieu de faire de la faune sauvage
(d’après Vercoutter 1980, 4). (et en particulier de la girafe) le marqueur
d’une époque ancienne ayant précédé
le pastoralisme, car deux des girafes blanches
sont superposées à un boviné bichrome,
assurément domestique.
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Annexes
Glossaire
372 Autonyme (n. m.). Nom qu’un peuple se donne à lui-même, l’exonyme étant celui que les autres
lui donnent.
du Sahara
au Nil Barkhane (n. f.). Francisation d’un mot turc désignant les dunes en croissant qui se déplacent sous
l’influence du vent. Ce mot étant formé sur le verbe bærmaq ( )بارمقqui signifie « bouger, se
déplacer, voyager », son sens premier est « voyageur » : une barkhane, c’est donc une dune
qui voyage.
BC. Abréviation de Before Christ, en anglais : « avant le Christ », signifiant qu’une date radiocarbone
calibrée se situe avant Jésus-Christ. Les dates « bc », sans majuscules, sont également « avant
le Christ », mais non calibrées (voir « calibration »).
Bisulque (adj). Fourchu, en parlant du sabot de certains quadrupèdes.
bp. Abréviation de Before Present (en anglais : « avant le présent ») signifiant qu’une date radiocar-
bone calibrée brute se situe avant le « présent », ce dernier étant conventionnellement fixé à
l’année 1950, date de la première application de la méthode de datation par le 14C.
Brachycère (adj.). À cornes courtes, en parlant des bovinés.
Calibration (n. f.). Étalonnage. Méthode permettant d’ajuster les datations radiocarbones, en rec-
tifiant les erreurs dues au fait que le taux atmosphérique du 14C ne fut pas constant au
cours des âges. Cette rectification, possible grâce à la dendrochronologie (datation par les
cernes des arbres), permet d’obtenir des dates calendaires, dont la valeur n’est toujours que
statistique.
Ceptologique (adj.). En rapport avec les pièges.
Chélonien (n. m.). Ordre de reptiles dont le corps est protégé par une carapace, et comprenant les
tortues terrestres et aquatiques.
Chthonien (adj.). En rapport avec les profondeurs de la Terre.
Cippe (n. m.). Petite colonne, stèle ou borne.
Coprolithe (n. m.). Excrément fossilisé.
Cynocéphale (adj.). À tête de canidé (comme, par exemple, Anubis ou Khenty-imentyou).
Démotique (n.). Écriture cursive égyptienne dérivée de l’écriture hiératique.
Guelta (n. f.). Francisation d’un mot arabe (gelta : ڤلت���ة, pl. gelt, glet : ڤل���ت, glæt : )ڤ�لاتdésignant un
point d’eau temporaire, généralement situé dans la montagne ou à l’abri des rochers.
Halo-gypsophyles (n. f. pl.). Plantes se développant dans les régions riches en sel et gypse.
373
Îammæda (n. f.). Plateau rocheux saharien. index
Hapax (n. m.). Attestation isolée, dont on ne connaît qu’un seul exemple. des termes
Hypocoristique (adj. et n. m.). Diminutif affectueux. spécialisés
Isohyète (n. m.). Sur une carte, courbe joignant des points d’égale pluviométrie.
Ithyphallique (adj.). En état d’érection.
Karkºr (n. m.). Nom donné aux vallées, dans le Djebel el-¢Uweynæt. La première attestation écrite
du mot, dans la toponymie locale, apparaît en 1924 sous la plume d’Îassanein Bey, qui le
définit comme « une longue et étroite dépression dans les collines, se terminant en cul‑de-
sac 1 ». En s’appuyant sur sa ressemblance avec le nom du légendaire lac el-Karkar des con-
tes orientaux, Hans-Joaquim von der Esch a pu écrire en 1941 que ce massif ne serait autre 1 Îassanein
que la « ville de cuivre », Medînat en-NuÌæs مدين���ة النحاس, que l’on peut considérer comme Bey 1924 :
un avatar de l’oasis perdue de Zarzºra زرزورةet qui est évoquée dans les recueils des Cent 357.
et Une Nuits et des Mille et Une Nuits 2. Von der Esch croyait en effet que le mot karkºr 2 Ersch
n’était pas arabe et qu’il n’était connu que dans le massif du Djebel el-¢Uweynæt. On a 1943 : 137.
même supposé qu’il s’agissait d’un mot toubou, mais c’était une erreur, car la racine krkr
كركرexiste bien en arabe (où elle donne l’idée de « répétition » et par extension d’« amoncel-
lement ») ; elle se trouve ailleurs dans la toponymie, comme le montre les noms de Kerker
près de Sousse en Tunisie et du Gebel Karkur en Égypte. Différents dictionnaires donnent
pour karkºr كرك���ورle sens de « cairn élevé par les voyageurs près d’une piste », ou de « mon-
ceau de pierres pour indiquer le gisement des puits », tandis que le féminin karkºra كرك���ورة
(pluriel karakîr ) َك َركي���رprend celui de « vallée encaissée », ce qui est exactement l’acception
de karkºr à ¢Uweynæt, synonyme du terme oued (voir ce mot).
Karstique (adj.). En rapport avec les phénomènes d’érosion du calcaire.
Lithosphère (n. f.). Couche externe de la croûte terrestre.
Manuport (n. m.). Objet non modifié, qui fut transporté par l’homme.
Marron (adj.). Ensauvagé. S'emploie à propos d'un animal domestique ayant repris sa liberté.
Mimosées (n. f.). Famille de plantes épineuses à laquelle appartiennent les différentes espèces d
’acacias.
Mirabilia. Objets de curiosité, d’émerveillement.
Mythologème (n. m.). Terme utilisé pour la première fois par Platon (Phèdre 229 c 4-5), pour désigner
un mythe bref (en l’occurrence, celui de l’enlèvement de la nymphe athénienne Oreithuiâ par
le vent du nord, Borée). Le terme est maintenant repris pour désigner un motif mythique.
Oasis (n. f.). Ce nom commun, désignant une île de verdure dans le désert, fut autrefois un nom
propre désignant une région d’Égypte, la dépression fertile de Dakhla, que les textes de sa
capitale, l’actuelle Balat (Balæ† )ب�ل�اط, désignent comme WÌ”±t dès la vie dynas-
tie (vers 2 300 avant J.‑C.). Le mot, s'appliquant étymologiquement à un récipient arrondi,
le fut vraisemblablement, par extension, aux dépressions désertiques de même forme. Il a
survécu en démotique, avant de passer en copte (ouaje, ouaj, oueji) puis en arabe (wæÌa
)واح���ة, ce terme « oasis » se limitant, dans un premier temps, à désigner celles du désert
Libyque. Lorsque les Grecs ont voulu transcrire ce mot, ils ont rencontré une difficulté
de prononciation avec le son /Ì/, qui n’existait pas dans leur langue, et l’ont rendu par un
374 /z/, d’où le mot o]asi" (oasis), attesté dans les Histoires d’Hérodote au ve siècle avant J.‑C. 3
C’est du mot grec que dérive le nom donné aux villes du Sahara dans pratiquement toutes
les langues d’Europe… et jusqu’en japonais.
3 Fakhry
1982 ;
du Sahara Obstructeur (n. m.). Nom donné par les spécialistes au type du monstre qui, dans de nombreux Leclant
au Nil mythes, retient les eaux, qu’il a avalées, et provoque ainsi une sécheresse générale risquant 1993.
de provoquer la fin du monde. Heureusement, un dieu intervient en perçant ce monstre
ou en le contraignant à vomir.
Ongulés (n. m. pl.). À l’origine, ce terme, signifiant « doté d’ongles », désignait un ordre de mammi-
fères placentaires à sabots comprenant les périssodactyles (équidés, tapiridés, rhinocéroti-
dés) et les arctiodactyles (suidés, tayassuidés, hippopotamidés, camélidés, tragulidés, mos-
chidés, girafidés, cervidés, antilocapridés, bovidés). Avec les progrès de la paléontologie et
de la génétique moléculaire, le terme a été élargi jusqu’à inclure les tubulidentés (orycté-
rope), hyracoïdés (damans), proboscidiens (éléphants) et siréniens (dugongs, lamantins).
Tous les ongulés actuels descendent du groupe des Condylarthra, qui vivait au Crétacé, il y
a environ 65 millions d’années.
Ophidien. 1- (adj.). Relatif au serpent. 2- (n.). Sous-ordre de reptiles comprenant les serpents.
Ouadi (n. m.). Nom donné aux vallées sèches en arabe (wæd واد, pl. wîdæn وي���دان, udyæn ; )ودي���انce
mot est apparu tel quel en 1807 dans la langue française.
Oued (n. m.). Francisation de ouadi, apparue en 1849.
Redjem (n. m.). Mot arabe (rejem, rjem, رج���م, pl. arjæm )ارج���امdésignant un signe formé de pierres
simplement empilées, généralement pour indiquer un lieu remarquable, par exemple une
guelta *. C’est un dérivé du verbe rajama () َر َج َم, qui a le sens de « lapider ».
Reg (n. m.). Plaine caillouteuse, au Sahara.
Réitérat (n. m.). Pour une plante, résultat de la réitération, processus de régénération de type fractal dans
lequel les rejets d’un arbre sont comme autant d’autres plantes poussant sur les plus vieilles.
Richesse aréale (n. f.). En botanique, quantité d’espèces de plantes différentes croissant spontané-
ment sur une surface donnée.
Rouge-pie (adj. inv.). Se dit pour le bétail dont la robe est rouge et blanc, avec dominante du pre-
mier. Lorsque le blanc domine, on parle de « pie-rouge ».
Stéatopygie (n.f.). Présence d’un tissu adipeux très développé au niveau des fesses.
Stipagrostis pungens (n. f.). Graminée fréquente au Sahara.
Surbroutement (n. m.). Fait de brouter en dépassant la capacité de renouvellement des plantes.
375
Tamasheq (n. f.). Langue parlée par les Touaregs. C’est une variété de berbère, donc une langue index
afrasienne *. des termes
Tashalhit (n. f.). Variété de berbère. spécialisés
Thérophytes (n. m. pl.). Végétaux annuels persistant sous forme de graine.
Toponyme (n. m.). Nom de lieu.
Uræus (n. m.). Emblème porté sur le front par les pharaons, consistant en une représentation de
cobra dressé, portant parfois un disque solaire.
Verre libyque (n. m.). Beaucoup plus riche en silice que tous les autres verres naturels, le verre liby-
que serait une « impactite » due au choc thermique provoqué par le noyau d’une comète
ou par une météorite sur du sable ou du grès, il y a environ 29 millions d’années. Il ne se
trouve qu’en un seul endroit du globe, la Grande mer de sable, sur une superficie d’environ
30 par 50 km. Fulgence Fresnel, consul de France à Djeddah, rapporte qu’en traversant
cette région en 1850 à la recherche d’une piste entre Daklha et Kufra, un voyageur du nom
de Îajj Îussein signala l’existence de nombreux morceaux de verre, preuve selon lui du
passage de caravanes (Fresnel 1849-1850). En 1932, ce verre redécouvert par Patrick A. Clay-
ton, lors d’une expédition cartographique, fit l’objet des premières publications savantes.
Un congrès organisé à Bologne en 1996 mobilisa les scientifiques à son sujet. En 1998, des
recherches ont montré que le scarabée de l’un des pectoraux de Toutankhamon, considéré
jusqu’à cette époque comme de la calcédoine, était en réalité taillé dans du verre libyque.
Yardang (n.m.). Butte résiduelle de forme aérodynamique, découpée dans les sols dégagés par les
vents de sable.
Les dates sont données d’après Midant-Reynes 2004 ; elles restent approximatives. Les noms de
périodes sont ceux des sites archéologiques (Badari, Mérimdé, Nagada, el-Omari) ou régions
(Fayoum) où elles ont été d’abord identifiées.
376 Cambyse. Roi des Perses et des Mèdes, qui régna deux ans sur l’Égypte à partir de 525 avant J.‑C. et
Chéops
dont l’armée s’égara en essayant de conquérir Siwa.
. Fils de Snéfrou et de la reine Hétepherès. Deuxième pharaon de la ive dynastie,
du Sahara qui régna de 2 538 à 2 516 avant J.‑C. environ et fit construire la Grande pyramide de Giza.
au Nil Rêdjédef est son fils.
Houy i . Notable ayant vécu sous le règne de Toutânkhamon. Il fut vice-roi de Nubie et sa tombe
er
Divinités
Amon : , Ómn. Dieu d’abord secondaire, qui assimila les caractères de nombreuses autres
divinités (Rê, Min, Montou), il finit par être considéré comme « le roi des dieux ». Son
temple à Siwa, célèbre dans l’Antiquité pour les oracles qui y étaient rendus, fut visité par
Alexandre le Grand.
Ânouqet : , ¢nȱt. Déesse de la région d’Éléphantine (île de Séhel), associée à la chasse et
à la gazelle, responsable du retrait des eaux du Nil ; elle est fille (et parfois épouse) de
Khnoum *.
Anubis : , , Ónpw. Dieu funéraire psychopompe * représenté sous la forme d’un
canidé noir, ou d’un homme à tête de canidé.
Apis : , Îp. Taureau sacré, manifestation du dieu Ptah, lié au culte royal et à celui d’Osiris.
Apophis : , , Jpp, ¢”pp. Ophidien mythique gigantesque, ennemi du soleil et incarnant
les forces du chaos. Cherchant à arrêter la barque solaire, il est parfois représenté par une
tortue à l’époque ptolémaïque.
Hathor : , , Îw±t-Îr. Littéralement « demeure d’Horus », déesse du ciel et de la fertilité,
fille de Rê *, épouse d’Horus *, elle est aussi la déesse de l’amour, de la joie et de la beauté.
Elle fut représentée sous forme de vache, ou de femme à tête de vache.
Horus : , Îr. Dieu-roi (dont le pharaon est l’incarnation sur terre), fils d’Isis et d’Osiris, repré-
senté sous forme de faucon ou d’homme à tête de faucon. Seth * s’oppose à lui, mais finit
vaincu. Horus enfant, foulant les crocodiles, était connu des Grecs et des Romains sous
le nom d’Harpocrate (dérivé de l’égyptien Hor-pa-khered, « Horus l’enfant »). Le syncré-
tisme héliopolitain l’assimila à Rê *.
Khenty-imentyou : , ⁄nty-µmntyw. « Celui qui préside aux Occidentaux », c’est-à-dire
aux défunts (l’ouest est le domaine des morts). Dieu funéraire se manifestant sous la forme
d’un canidé noir, qui fut assimilé à Osiris, dieu des morts par excellence, et à Anubis.
Khnoum : , ∫nmw. Dieu potier, démiurge à forme ou tête de bélier. Il est le gardien de la
région de la Première cataracte et maître de la crue.
Min : , Mnw. Dieu de la fertilité, géniteur suprême assurant la puissance génésique de tous les
êtres, il est représenté comme un homme ithyphallique *. Il est le protecteur des pistes du
désert Oriental.
Nout : , Nw±t. Déesse du ciel, sœur et épouse de Geb (dieu de la terre) et mère d’Osiris, Isis, Seth
et Nephtys. Son corps, courbé en arc de cercle, représente la voûte céleste. Chaque soir, elle
Rê : ,
avale le soleil couchant Rê-Horus l’ancien *, pour le faire renaître, renouvelé, au matin.
, R¢. Dieu solaire et créateur qui bénéficia d’une faveur grandissante à partir de
l’Ancien Empire. Chaque jour, il traversait le ciel dans une barque, puis devait faire face à
377
de nombreux ennemis lors de sa traversée nocturne. indices
Reshep : , R‡p. Dieu belliqueux du désert, d’origine cananéenne, proche de Seth et dont le
front est généralement orné d’une tête de gazelle.
Satis (ou Satet) : , , St±t, SÚ±t. Déesse de la région d’Éléphantine (île de Séhel) liée à
la fertilité, protégeant la frontière méridionale du pays et la Première cataracte. Préposée à
l’inondation, elle s’oppose à Ânouqet.
Seth : , , St‡, Stß. Puissant dieu du chaos et du désert, fils de Nout *, symbolisant la stérilité.
Il fut représenté par divers animaux aquatiques (hippopotame, crocodile, tortue) ou du
désert (gazelle, antilopes), mais aussi par le porc, l’âne et par un animal indéterminé, res-
semblant à l’oryctérope.
Shed : , Ωd. Littéralement « le sauveur », initialement épithète d’Horus *, c’est un dieu person-
nifiant le salut et maître des animaux dangereux (scorpions, crocodiles…) qu’il combat de
son arc. Son front est orné d’une tête de gazelle.
Sokar : , , Zkr. Dieu chthonien et funéraire de la région de Memphis, garant des
transformations nocturnes du défunt, il fut identifié à Ptah et Osiris dans une entité triple
incarnant la création, les métamorphoses et la renaissance du défunt. Il est psychopompe,
guidant le mort dans une barque ornée de sa propre effigie à la proue.
Table des matières
Introduction. Le Sahara oriental et l’art rupestre2
Le Gilf Kebîr142
Le Gilf, barrière rocheuse captant la pluie 143
Le Ouadi Îamra : la vallée Rouge, acacias verts et buissons d’or 143
Une vallée parfois verdoyante 144
Des traces d’habitat 145
Des évocations de la chasse 146
Les girafes 149
Les chiens 152
Les mouflons 153
Les bovinés 153
Les autruches 154
Les antilopes 154
Des motifs superposés à des traces néolithiques 155
El-Qan†ara : un écrin pour un troupeau oublié 158
Un accès problématique 158
Chronologie et culture267
La datation 268
Pléistocène et holocène 270
Paléolithique et néolithique 272
Une brève histoire du climat 273
De l’art de la taphonomie à la taphonomie de l’art 275
La question des styles 276
Chronologie locale et datations des œuvres 284
Bibliographie355
Annexes371
Glossaire372
Cultures et périodes 376
Pharaons et personnages historiques 376
Divinités376
7
études d’égyptologie
chaire de Civilisation pharaonique :
archéologie, philologie et histoire
et mettent en lumière l’imaginaire de ces ultimes prédécesseurs Jean-Loïc Le Quellec, docteur en ethnologie,
anthropologie et préhistoire. Mythologue
des pharaons. et préhistorien, directeur de recherche
au Cnrs, président de l’Aars, vice-président
de la société de Mythologie française.
Spécialiste des arts rupestres de l’Afrique,
Cette édition numérique comprend l’intégralité de la publication il est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages
et de 200 articles.
imprimée, augmentée d’une introduction de 36 pages de Jean-Loïc