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Augmentation du capital en droit OHADA

OHADA

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Ohadata D-23-16

LA RÉALISATION DE L’AUGMENTATION DU
CAPITAL SOCIAL D’UNE SOCIÉTÉ EN DIFFICULTÉ EN
DROIT OHADA
Par

Eric NLINYA NGUIMO


Docteur Ph/D en droit privé de l’Université de Yaoundé II (Cameroun)

Email : [email protected]

Article sélectionné par le Conseil scientifique - Association Henri Capitant


https://www.henricapitant.org
Résumé
Cette analyse est envisagée dans la logique d’une recherche des solutions pratiques qui
permettront de réaliser l’augmentation du capital d’une société connaissant des difficultés
financières. Elle oriente donc les acteurs de la vie des groupements d’affaires sur ce qu’il
convient de faire, lorsque leur outil de production est exposé à une crise financière pouvant
conduire à sa liquidation. Le maintien des activités sociales pouvant dépendre d’une opération
d’augmentation de capital à réaliser, il conviendra pour y parvenir de conditionner, en interne,
les modalités de réalisation de l’augmentation voulue et d’admettre une source de financement
externe opportune ; le tout dans un cadre purement conventionnel permettant de concilier les
divers intérêts en jeu au sein de la société en difficulté.

Mots clés: Réalisation de l’augmentation ; capital social ; société en difficulté ; droit OHADA.

Astract
This analysis is considered in the logic of a search for practical solutions that will make it
possible to increase the capital of a company experiencing financial difficulties. It therefore
guides the members in the life of business groups on what to do when their production tool is
exposed to a financial crisis that could lead to its liquidation. In fact, the maintenance of social
activities can depend on a capital increase operation to be carried out. It will be necessary to
achieve this by conditioning, internally, the methods of carrying out the desired increase and to
admit a timely source of external financing; all within a purely conventional framework making
it possible to reconcile the various interests at stake within the company in difficulty.

Keywords: Realization of the increase; share capital; society in difficulty; OHADA law.

2
INTRODUCTION
La croissance économique dans l’espace juridique OHADA1 passe nécessairement par le
maintien des groupements d’affaires dans le circuit de la production2. Ce maintien n’est possible
que si, ces groupements d’affaires disposent de capitaux3 nécessaires au déploiement de leurs
activités. En cours de vie sociale, la société peut pour diverses raisons, décider d’augmenter son
capital social. En effet, elle peut être en pleine expansion et avoir besoin de capitaux frais pour
financer ses investissements4 ; ou alors, elle est en difficulté et dans cette situation, une
opération d’augmentation de son capital social qu’il faudra techniquement réaliser, apparaîtra
souvent comme une solution salvatrice permettant de sortir la société de l’ornière5.

Déjà, l’augmentation du capital social est l’« Opération réalisée par une société dans le but de
lui procurer des ressources nouvelles en provenance d’associés (apports en numéraire, en
nature), soit de conforter ses ressources acquises (incorporation de réserves ou de primes, ou
d’écarts de réévaluation) »6. Autrement dit, c’est le fait pour la société, pendant son
fonctionnement, de recevoir des apports nouveaux qui s’ajoutent aux apports primitifs et qui
accroissent le chiffre de l’actif en même temps que celui du capital social7, tout en confortant
les ressources déjà acquises par la société8. Il faut observer que l’opération d’augmentation de
capital d’une société fonctionnant normalement vise le renforcement du montant du capital
social initialement déterminé et souscrit par les associés lors de la constitution de la société9. Il
faut observer que cette opération suscite généralement l’attraction d’une source de financement

1
Issue du traité de Port-Louis du 17 octobre 1993 et révisé le 17 octobre 2008 au Québec, l’OHADA est une
organisation juridique regroupant pour l’heure 17 Etats africains, et reste ouverte à tout Etat membre de l’Union
africaine, voire à tout Etat non membre de l’Union africaine qui serait invité à y adhérer du commun accord des
Etats membres. Parlant de l’OHADA, KÉBA MBAYE affirmait déjà que, c’est « Un outil juridique imaginé et
réalisé par l’Afrique pour servir l’intégration économique et la croissance ». Cf. KÉBA MBAYE, « L’histoire et
les objectifs de l’OHADA », petites affiches, n° 205, 2004, p. 7.
2
En effet, les sociétés commerciales et divers autres entités d’affaires existant dans l’espace OHADA, drainent
d’importants capitaux et font le plus souvent des placements d’actifs sur la bourse des valeurs des Etats parties du
traité OHADA.
3
Ces capitaux proviennent généralement des apports réalisés par les associés. V. arts. 41 et s de l’AUSGIE. La
société peut également faire recours à des emprunts externes (emprunt bancaire, emprunt obligatoire).
4
J-M. NYAMA, Éléments de droit des affaires. Cameroun-OHADA, Yaoundé, presses de l’UCAC, nouvelle
édition Coll. « Apprendre », 2002, p. 104. Cet auteur affirme par ailleurs que, « La solution de l’augmentation de
capital semblera préférable pour la société, si elle ne veut pas assurer la charge financière, assez lourde, d’un
emprunt obligatoire », surtout qu’« Elle n’aura en général aucun mal à placer les actions nouvelles auprès de ses
propres actionnaires ».
5
O. MARAUD, Les associés dans le droit des entreprises en difficulté, thèse, Université de Bordeaux, 2020, n°
67.
6
H-A. BITSAMANA, Dictionnaire de droit OHADA, Ohadata D-05-33.
7
Réf à N. E. ITSIEMBOU MABIKA, L’utilité du capital social : étude de droit français, Droit. Université
d’Auvergne-Clermont-Ferrand I, NNT : 2010 CLF 10337, 2010, p. 113.
8
Il s’agit notamment de l’incorporation de réserves bénéfices ou primes d’apports, d’émission ou de fusion.
9
N. E. ITSIEMBOU MABIKA, L’utilité du capital social : étude de droit français, op. cit., p. 122.

3
interne et souvent externe10, qui sera affecté à la trésorerie sociale pour renforcer la crédibilité
de la société dans l’économie du marché, et surtout pour financer ses multiples activités dans
divers domaines du monde des affaires11. Par contre dans une société en difficulté,
l’augmentation de capital vise plutôt la recapitalisation qui permettra de relever les capitaux
propres de la société défaillante, d’assurer sa pleine capacité financière et ramener le climat de
confiance auprès des créanciers sociaux12. Que la société soit « in bonis » ou « en difficulté »,
cette opération vise toujours la recherche des ressources financières nécessaires au
développement des activités sociales et la sauvegarde de cette dernière dans le circuit
économique.

Quant à l’expression « société en difficulté », il faut dire qu’elle renvoie généralement à deux
différentes figures qui trouvent leur application dans le droit OHADA. Elle est en cessation des
paiements et soumise à une procédure collective13 ; ou alors, elle n’est pas en cessation des
paiements, mais présente des signes de défaillances financières avérées ou sérieuses14, qui
peuvent donner lieu à la procédure de règlement préventif15 où à celle de la conciliation16.

Quel que soit le niveau de défaillance financière de la société, il faut constater que
l’augmentation du capital social ne peut intervenir que sur décision de l’assemblée générale
extraordinaire17, même si celle-ci peut, après avoir arrêté le principe de l’opération18, laisser au
conseil d’administration, le soin d’en fixer les modalités et d’en constater la réalisation19 ; à la
seule condition que le capital initial soit déjà intégralement libéré20. Cependant, il faut observer
que la situation d’une société en difficulté est tout à fait particulière puisque, la décision
d’augmentation du capital social ne suffira pas, à elle seule, à enrayer les difficultés financières
que connaît déjà la société. Il faut à la suite de cette décision, réaliser l’augmentation voulue en

10
Lorsque l’assemblée qui décide de l’augmentation de capital a expressément admis cette possibilité. V. art. 579
(3) AUSGIE.
11
Cf., J-M. NYAMA, Éléments de droit des affaires. Cameroun-OHADA, loc. cit. Pour cet auteur, l’augmentation
de capital dans le cadre de la société « in bonis » est généralement initiée pour subventionner et accroître les
investissements.
12
Le capital social étant la garantie ou le gage des créanciers sociaux. Cf. R. LENOU GNIDOUBA, « L’utilité
juridique du capital social en droit OHADA des sociétés commerciales », RAMReS, N° 2, 2019, p. 261 ; N. E.
ITSIEMBOU MABIKA, L’utilité du Capital social : étude de droit français, op. cit., p. 92.
13
Au sens des arts. 25, 27 et 33 de l’AUPC.
14
Elle n’arrive plus par exemple à payer ses fournisseurs, ni à tenir les commandes habituelles auprès de ses
principaux partenaires.
15
V. arts. 6 et s AUPC.
16
V. arts. 5-1 à 5-14 AUPC.
17
V. art. 564 AUSGIE.
18
J-M. NYAMA, Éléments de droit des affaires. Cameroun-OHADA, op. cit., p. 105.
19
V. art. 568 AUSGIE.
20
V. art. 572 AUSGIE.

4
transférant effectivement et le plus rapidement possible, les fonds21 dont a besoin la société
pour la relance de ses activités. D’où la question de savoir : comment réaliser efficacement
l’augmentation du capital social d’une société en difficulté ; autrement dit, lorsque
l’augmentation du capital d’une société en difficulté est décidée, qu’est ce qu’il convient de
faire pour en assurer la réalisation ?

L’analyse d’une telle question n’est pas dénuée d’intérêt. En effet, elle permet de partir de
certaines dispositions du droit uniforme pour rechercher des solutions pratiques, utiles aux
acteurs de la vie de la société, lorsque celle-ci fait face à des difficultés financières. Ces
solutions peuvent être adoptées dans un cadre purement conventionnel ou plus ou moins
judiciarisé22 et s’ériger comme un modèle applicable en matière de réalisation d’augmentation
de capital des sociétés en difficulté dans l’espace OHADA. Par ailleurs, il est important de
préciser que cette étude est envisagée dans le cadre d’une augmentation de capital en numéraire.
Sans faire perdre à l’apport en nature, son importance dans la constitution du capital social23, il
faut observer que l’apport en numéraire a l’avantage de procurer les capitaux frais dont a besoin
la société en difficulté. A ce sujet, un auteur avait déjà exposé brillamment que, « L’apport en
numéraire réalisé, lequel alimente la trésorerie de la société, et l’accroissement de ses capitaux
propres, qui lui permet d’augmenter sa capacité d’endettement, font de l’augmentation de
capital en numéraire une des techniques privilégiées de sauvegarde de la société en
difficulté »24.

Cette analyse s’appuie principalement25 sur la méthode exégétique, qui permet d’interpréter
différentes sources législatives dans diverses matières du droit positif, en s’appuyant sur les
procédés logiques de raisonnement26. Ainsi, l’exploitation des règles du droit uniforme
permettent de dérouler le raisonnement selon lequel, pour réaliser techniquement
l’augmentation du capital social d’une société en difficulté, il faut conditionner au plan interne,
les modalités gouvernant la réalisation de l’augmentation de capital voulue (I) et par ailleurs,

21
Les sommes objet de l’engagement des associés pendant l’augmentation de capital doivent être libérées et
encaissées définitivement par la société en difficulté.
22
Cf. Th. FAVARIO, « L’associé, financier de la société en difficulté », Revue des procédures collectives, étude
17, 2017, n° 3.
23
Ce type d’apport faisant l’objet d’une libération intégrale lors de la constitution du capital social (Cf. art. 45 al.
2 AUSGIE).
24
Th. FAVARIO, « L’associé, financier de la société en difficulté », op. cit., n° 15.
25
La dogmatique a également fait œuvre constructive, puisque les positions et arguments adoptés par certains
auteurs dans leurs écrits ont permis de soutenir la réflexion menée dans cette analyse.
26
J-M. TCHAKOUA, Introduction générale au droit camerounais, Yaoundé, presses de l’UCAC, Coll.
« Apprendre », 2014, p. 126. Parlant de cette méthode de recherche scientifique, le professeur TCHAKOUA
déclare que, « La loi contient toutes les réponses à nos interrogations ; et même si elle ne donne pas expressément
une réponse, on peut découvrir cette réponse en raisonnant ». (Ibid).

5
admettre une source de financement externe opportune (II) ; le tout dans un cadre purement
conventionnel.

I- Le conditionnement en interne des modalités de réalisation de


l’augmentation du capital social

Si le principe reste celui selon lequel, les engagements d’un associé ne peuvent être augmentés
sans son consentement27, il faut dire que la situation d’une société connaissant des difficultés
financières pouvant conduire à sa liquidation, impose souvent quelques sacrifices. En effet, il
est illusoire de penser que le traitement des difficultés d’une société peut se faire sans la
participation spontanée des associés28. Ceux-ci acceptent souvent de se soumettre à des
conditions assez rigides et concéder de nouveaux apports, pour empêcher la liquidation des
biens de la société qu’ils ont créée. Il faut constater que cette volonté de voler au secours de la
société en difficulté se conforte de plus en plus, par un dispositif législatif utile à la stimulation
de la réalisation de l’augmentation du capital social dans l’espace OHADA. En toile de fond,
la réalisation de l’augmentation de capital d’une société en difficulté dépend, au plan interne,
d’une certaine rigueur sur les conditions de libération de nouveaux titres sociaux, intervenant
dans un contexte tout à fait particulier (A), et de certaines opérations sur le droit préférentiel de
souscription (DPS) reconnu aux actionnaires lors de l’augmentation du capital social (B).

A. Le durcissement des modalités de libération de nouveaux titres sociaux


souscrits

Une opération d’augmentation du capital social a pour objectif, dans une société en difficulté,
de corriger le déséquilibre du bilan pour permettre la préservation de la confiance des
partenaires29. Il faut cependant réaliser cette augmentation, c'est-à-dire apporter la source de
financement dont a besoin la société pour se relancer. L’on peut dès lors se poser la question de
savoir ce qu’il faut faire au plan interne pour assurer la réalisation de l’augmentation du capital
social. Autrement dit, que doivent faire les associés ou les actionnaires d’une société en
difficulté qui décident de participer à la recapitalisation de cette dernière ? Il faut dire qu’une
souscription suivie de la libération totale de nouveaux titres sociaux (1) permettrait le transfert
rapide de la propriété des sommes d’argent à la société et donc, de réaliser l’augmentation

27
V. art. 72 al. 2 AUSGIE
28
O. MARAUD, Les associés dans le droit des entreprises en difficulté, thèse préc., p. 8.
29
J-L. MERCIER et F. KOPF, « Les devoirs de l’actionnaire dans les entreprises en difficultés », Gaz. Pal., n°
266u O, 2016, p. 47.

6
voulue. Si le principe de la souscription suivie de la libération intégrale est admise dans ce cas,
une autre question est celle de savoir si l’opération ainsi modelée à des chances de trouver un
écho favorable auprès des actionnaires ? Il est certain que l’implémentation d’une telle
opération soit couverte par certaines garanties (2).

1) La souscription suivie de la libération intégrale des titres sociaux

L’augmentation du capital social en numéraire suscite généralement la souscription de


nouveaux titres sociaux qu’émet la société, qui attend en retour leur libération correspondant à
des sommes d’argent objet de l’engagement des associés30. A l’occasion de l’augmentation de
capital d’une société en difficulté, il peut être établit au regard de la situation financière
inquiétante ou désastreuse que, tous les participants à ladite opération, libèrent intégralement
les titres sociaux dès souscription31. La souscription dans ce cas est donc assortie d’une
condition nécessaire à la réalisation de l’augmentation de capital : « la libération immédiate et
intégrale des nouveaux titres sociaux »32. La libération immédiate suppose la remise de la
totalité des sommes d’argent objet de la souscription33 ; autrement dit, l’exécution de la
souscription en une tranche qui aboutit à la réalisation de l’apport objet de l’engagement de
l’associé34. L’engagement de libération contractée doit donc être exécuté. C’est justement là
« l’objet des règles concernant la libération du capital, qui doit correspondre à l’exécution de
la souscription »35, autrement dit, à un payement effectif36. L’idée de libération totale des
apports dès souscription se trouve en germe dans l’article 41 alinéa 2 de l’AUSGIE37 ; même si
elle n’est envisageable que lors de la constitution de la société, l’on ne voit pas pourquoi elle
ne le serait pas lors de la réalisation de l’augmentation de capital d’une société en difficulté38.

30
V. art. 41 AUSGIE.
31
La loi prévoit cependant une libération partielle et échelonnée des titres sociaux dans le temps. Cf. art. 311-1
AUSGIE pour les SARL ; arts. 389, 604, 605 et 774 de l’AUSGIE pour les SA.
32
Il faut éviter les souscriptions sans versement de fonds comme ce fût le cas dans l’affaire Dame IBIKUNLE
KARAMATOU c./ La société CODA-Benin et 05 autres (CCJA, arrêt n° 080/ 2014 du 23 avril 2014), où les
actionnaires n’avaient même pas versés le ¼ des actions exigibles lors de la souscription, longtemps même après
l’immatriculation de la société.
33
Il faut observer que la réalisation de l’apport en numéraire s’opère par le transfert à la société, de la propriété
des sommes d’argent que l’associé s’est engagé à lui apporter (art. 41 al. 1 AUSGIE), et qu’elle a intégralement et
définitivement encaissées (art. 42 AUSGIE).
34
Ph. MERLE et A. FAUCHON, Droit commercial, Sociétés commerciales, 20e éd., Dalloz, 2017, n° 304.
35
H. CULOT, « La libération du capital : examen de quelques difficultés pratiques », ATHEMIS, Prat. Soc_5.
Indd, 2013, p. 79.
36
Ibid.
37
Le législateur n’ayant pas exclu la possibilité d’une libération totale des apports en numéraire.
38
Il faut dans la situation d’une société en difficulté, éviter autant que possible la libération partielle des titres
souscrits. La société étant en quête des moyens de trésorerie, une souscription suivie immédiatement d’une
libération de l’intégralité des titres sociaux, permettra d’assurer assez rapidement la disponibilité des fonds objet
du nouvel engagement des associés, et ainsi de réaliser la restructuration de la surface financière voulue.

7
Par ailleurs, l’article 568 de l’AUSGIE est assez indicateur. Il ressort de cette disposition que
l’assemblée générale qui décide de l’augmentation du capital social, peut déléguer au conseil
d’administration ou à l’administrateur général selon le cas, les pouvoirs nécessaires à l’effet de
réaliser l’augmentation de capital en « une ou plusieurs fois » et d’en constater cette réalisation.
Le législateur concède ainsi une certaine marge de manœuvre au conseil d’administration ou à
l’administrateur général dans la fixation des conditions de réalisation de l’augmentation du
capital social ; ce qui permet d’ouvrir la voie à une libération intégrale dès souscription comme
modalité de réalisation de l’augmentation de capital d’une société en difficulté. Il ne fait pas de
doute que, l’expression « en une fois » utilisé par le législateur est dans le contexte d’une société
en difficulté, suffisamment appropriée à l’idée de la libération intégrale des titres sociaux dès
souscription.

Porter à la connaissance des associés ou des actionnaires, les modalités de réalisation de


l’augmentation du capital social est également une équation que devra résoudre la société, afin
que ceux-ci s’engagent en connaissance cause. Dans le cadre d’une SA, les actionnaires sont
informés de l’émission d’actions nouvelles et de ses modalités par un avis39 contenant outre les
mentions de l’article 257-1 de l’AUSGIE40, la somme immédiatement exigible par action
souscrite41 qui n’exclut pas la possibilité que cette exigence porte sur la libération de la totalité
des actions nouvelles dès souscription. Conditionner ainsi la réalisation de l’augmentation de
capital d’une société en difficulté suppose que, les organes sociaux initiateurs peuvent compter
sur un certain nombre d’éléments garantissant la réalisation l’opération dans ces conditions.

2) Une opération entourée de certaines garanties

L’idée d’une souscription assortie de la condition de libération immédiate et intégrale de


nouveaux titres sociaux, propice à la réalisation de l’augmentation de capital d’une société en
difficulté ne peut-elle pas rencontrer la réticence des associés ? Ce d’autant plus qu’ils n’y sont

39
Par lettre au porteur contre récépissé ou par lettre recommandée avec demande d’avis de réception (6 jours au
moins avant l’ouverture de la souscription. Cf. art. 599 AUSGIE).
40
Il s’agit des informations sur la dénomination sociale ou de son sigle, la forme sociale, le montant du capital
social, l’adresse du siège social, et son numéro d’immatriculation au RCCM.
41
V. art. 598 (5) AUSGIE.

8
en aucun cas obligés42. Même si le doute peut être permis43, il y a néanmoins deux arguments
en faveur de la consécration de cette idée. Le premier argument repose sur la proactivité des
associés de la société en difficulté. Le second découle de la profondeur du lien existant entre
les associés et la société44.

Parlant de cette proactivité, il faut dire que les associés doivent avant toute intervention,
apporter leur soutien en participant à l’augmentation de capital45. Il faut observer que le
traitement des difficultés de la société commence très souvent par une phase « interne »46
associant les associés et les dirigeants sociaux. Les premiers peuvent adopter une attitude
combative en apportant aux seconds, dans les conditions fixées par ces derniers, les ressources
nécessaires au traitement des difficultés financières de la société. En le faisant, les associés
manifestent ainsi leur proactivité en portant le traitement des difficultés de leur entreprise47. Un
auteur avait déjà brillamment démontré que les associés sont « les personnages clefs »48 du
redressement amiable des entreprises en difficulté, puisqu’ils peuvent assurer leur
refinancement en effectuant de nouveaux apports. Il leur incombe par conséquent, « un devoir
de résistance »49, mais surtout de combativité lorsque la pérennité de leur outil de production
est menacée.

De même, la proactivité des associés peut se justifier par le fait que la société est souvent
considérée comme « la chose des associés »50. Ceux-ci doivent en principe supporter les risques
découlant des activités de cette chose qui est la leur, et être en mesure d’apporter les ressources
financières nécessaires à la relance des activités sociales, dans les conditions fixées par les

42
Même si participer à la recapitalisation de la société en difficulté n’est pas obligatoire pour les associés (Th.
FAVARIO, « L’associé, financier de la société en difficulté », op. cit., n° 12), il faut dire dans cette situation que
les associés peuvent être amenés à prendre cette décision. En principe, ils exercent à cette occasion une liberté qui
trouve son fondement dans le pacte social (un auteur parlant de cette liberté propose comme corollaire, la
responsabilité civile des associés en cas de sous capitalisation « ab initio fautive de la société ». Cf. Th. FAVARIO,
op. cit : n° 13. Il faut cependant constater que la jurisprudence rend improbable cette responsabilité (Cass. Com.,
18 février 2014, n° 12-29.752, P+B : JurisData n° 2014-002810. Dans cette affaire, il s’agissait d’une « faute
intentionnelle d’une particulière gravité, incompatible avec l’exercice normal des prérogatives attachées à la
qualité d’associé »).
43
Les associés peuvent ne pas adhérer au projet de l’augmentation du capital social (Cf. art.72 al. 2 AUSGIE) ou
refuser d’adopter une attitude proactive devant la difficulté de la société.
44
Dans ce sens, Th. FAVARIO, op. cit., n° 3.
45
Th. FAVARIO, « L’associé, financier de la société en difficulté », op. cit., p. 1/14.
46
O. MARAUD, Les associés dans le droit des entreprises en difficulté, thèse préc., n° 67.
47
Cf. A. COURET, N. MORVILLERS, G-A. DE SENTENAC, Le traitement amiable des difficultés des
entreprises, Pairs, Economica, 1995, p. 33.
48
Y. GUYON, Droit des affaires, t. 2, Entreprises en difficultés. Redressement judiciaire. Faillite, 9e éd., Paris,
Economica, Coll. Droit des affaires et de l’entreprise, 2003, n° 1077.
49
Ibid.
50
P. LE CANNU, B. DONDERO, Droit des sociétés, 8e éd., LGDJ, Coll. Domat Droit Privé, Issy-les-Moulineaux,
2019, n° 298 ; A. LYON-CAEN, et G. LYON-CAEN, La doctrine de l’entreprise, in dix ans de droit de
l’entreprise, Paris, librairies techniques, 1978, p. 614.

9
organes sociaux51. Exposé au risque de perte de leur investissement52, les associés sont à priori,
enclins à réagir afin de rendre possible une sortie de la situation de crise qui prévaut au sein de
la société53. Une réaction spontanée trouverait sa pleine réalisation par la mise à disposition au
profit de la société en difficulté, de l’entièreté des fonds objet de la souscription de chaque
associé.

L’autre argument en faveur de la souscription assortie de la libération intégrale de nouveaux


titres sociaux dans le cadre de l’augmentation de capital d’une société en difficulté, se fonde
dans l’existence d’un lien qui soit à même de pousser spontanément les associés à la fourniture
des fonds voulus. Il ressort de la doctrine que ce lien peut être d’une part, capitalistique54 dont
le quantum permet de témoigner le degré d’intérêt de l’associé pour la société55. Un actionnaire
qui a par exemple investi d’importants capitaux ne laissera pas disparaître la société. Il fera tout
pour apporter une contribution financière nécessaire à la sauvegarde de la société dans laquelle
il a placé son investissement. D’autre part, ce lien peut être affectif et justifier la soumission
des associés aux modalités de libération de nouveaux titres sociaux dans le processus de
réalisation de l’augmentation du capital de la société en difficulté. La société pouvant dans
certains cas, être la création des associés partageant un lien familial ou alors un bien de famille56
à préserver à tout prix.

En tout état de cause, la liberté des associés de participer à l’opération d’augmentation du capital
de la société en difficulté57 et de libérer totalement leurs apports dès souscription, découle de la
prise de conscience que seule leur intervention dans les conditions prédéfinis, permettront à la
société de sortir de la crise58. Dans le cas particulier de la société anonyme en difficulté,
certaines opérations peuvent être effectuées sur le droit préférentiel de souscription (DPS) des
actionnaires pour rendre plus fluide la réalisation de l’augmentation de capital.

B. Les opérations sur le droit différentiel de souscription (DPS) en faveur


de la réalisation de l’augmentation voulue

51
Il faut observer que les associés sont généralement préoccupés par le devenir de la société dans laquelle ils ont
investi, et il est presque certain qu’ils réagiront en cas de défaillance financière de la société.
52
La dégradation de la santé financière de la société peut conduire à sa liquidation et entraîner la perte de
l’investissement des associés.
53
O. MARAUD, Les associés dans le droit des entreprises en difficulté, thèse préc., p. 84.
54
Th. FAVARIO, « L’associé, financier de la société en difficulté », op. cit., n° 3.
55
Ibid.
56
Ibid.
57
Les associés sont mieux placés pour juger des besoins en financement de la société qu’ils peuvent définir via
une restructuration de la surface financière de la société qu’il faudra en pratique réaliser.
58
A. CERATI-GAUTHIER, « Droit de vote de l’associé : des atteintes mesurées », LPA, n° 135 d 6, 2018, p. 17.

10
La société anonyme (SA) est souvent considérée comme un instrument par excellence du
capitalisme moderne59. En effet, elle draine d’importants capitaux et fait souvent des
placements de fonds dans divers domaines du monde des affaires60. Lorsqu’elle connaît des
difficultés financières, la restructuration de sa surface financière peut se réaliser par une
opération d’augmentation de son capital social au cours de laquelle, les actionnaires ont en
principe61 un DPS62. Pour garantir la réalisation de l’augmentation du capital social, le DPS
doit être maintenu pendant la période de souscription (1), et peut même être céder à titre gratuit,
lorsque certains actionnaires décident de ne pas participer à l’augmentation voulue (2).

1) Le maintien du DPS des actionnaires

Lors de l’augmentation du capital social en numéraire, le DPS permet à chaque actionnaire de


souscrire proportionnellement à ses actions, de nouvelles actions de numéraire émises pour
réaliser l’augmentation du capital social63. C’est donc une prérogative essentielle du processus
de l’augmentation du capital social d’une SA. Les opérations avec maintien du DPS sont celles,
les plus à même de garantir une participation massive des actionnaires à l’opération
d’augmentation du capital social64.

Par ailleurs, le maintien du DPS peut être assorti de la condition d’une souscription à « titre
irréductible »65 des actions nouvelles émises par la société. Cette solution ferait œuvre utile,
puisqu’elle offrirait de grandes chances d’attraction des fonds nécessaires à la réalisation de
l’augmentation du capital social d’une SA en difficulté66 ; surtout que la participation massive
des actionnaires67 est presque garantie dans cette situation68.

59
Dans ce sens, G. RIPERT, Les aspects juridiques du capitalisme moderne, Paris, LGDJ, 1951, p. 109 et s.
60
Ces éléments sont des indicateurs du développement d’une économie moderne et du droit mercantile.
61
Le DPS peut être supprimé lors d’une opération d’augmentation du capital social (cf. art. 586 AUSGIE). Cela
peut arriver lorsqu’il paraît opportun d’accorder à un groupe financier, une participation dans la société et qu’il
faut à cet effet lui réserver la souscription à l’augmentation du capital social (Cf. J-M. NYAMA, op.cit., p. 106).
62
V. art. 573 al. 1 AUSGIE.
63
V. art. 573 al. 2 AUSGIE.
64
Le maintien du DPS doit s’ériger comme un principe directeur du processus de l’augmentation du capital d’une
société en difficulté.
65
V. art. 573 al. 2 AUSGIE.
66
Chaque actionnaire ayant ainsi la possibilité d’apporter une contribution financière proportionnelle à sa
participation dans le capital social comme l’indique les arts. 573 al. 2 et 757 al. 1 de l’AUSGIE.
67
Il faut observer que la qualité d’actionnaire confère un droit d’intervention dans les affaires sociales, pas
seulement pendant le fonctionnement optimal de la société mais aussi pendant les périodes de crises.
68
Le lien affectif et capitalistique étant des arguments en faveur de la stimulation de cette action. Cf. Th.
FAVARIO, op. cit., n° 3.

11
Certains auteurs69 observent déjà que le maintien du DPS, pendant une opération
d’augmentation du capital d’une société en difficulté, assure un traitement égalitaire des
actionnaires70 et par conséquent, limite le contentieux relatif à la volonté d’exclure tel ou tel
actionnaire de la société de ce processus71. Le maintien de cette prérogative essentielle du
processus d’augmentation de capital d’une société en difficulté peut tirer son importance du fait
que la valorisation de la société sera souvent réduite, reflétant ainsi la réalité économique de
l’heure72. Dans cette phase de traitement interne des difficultés financières de la société, la
suppression du DPS de l’article 586 de l’AUSGIE n’est donc pas envisageable ; puisqu’il
convient d’offrir aux actionnaires toutes les conditions favorables à une souscription des
nouveaux titres émis par la société. Cependant, il peut arriver qu’un actionnaire décide de ne
pas participer à l’augmentation du capital social. Il lui appartient par conséquent, de tout faire
pour donner la possibilité à ceux des coactionnaires qui souhaiteraient le faire.

2) La cession à titre gratuit du DPS de l’actionnaire passif devant


l’augmentation

La règle de la proportionnalité du DPS à l’apport de chaque actionnaire73 qui implique une


souscription d’actions nouvelles dans la limite de la participation dans le capital social, et une
attribution à titre réductible d’actions nouvelles à ceux qui auraient souscrits au-delà de leur
participation74 lors de l’augmentation du capital social, suscite une interrogation dans le cadre
de cette analyse. Que faire au plan interne si certains actionnaires restent inertes devant
l’augmentation de capital, pendant que d’autres manifestent leur volonté d’apporter à tout prix,
une aide financière à la société ? Doit-on empêcher une source de financement pouvant provenir
d’actionnaires proactifs75 sous le seul fondement d’une souscription au prorata de la
participation dans le capital ? Une solution à même de surmonter cette difficulté doit être
trouvée. Il conviendrait dans cette hypothèse, d’admettre la cession du DPS de l’actionnaire qui

69
J-L. MERCIER et F. KOPF, « Les devoirs de l’actionnaire dans les entreprises en difficultés », op. cit., p. 47.
70
Ibid.
71
En droit français par exemple, l’actionnaire peut être contraint de souscrire à l’augmentation du capital social.
S’il souscrit, il reste, sinon il se fera diluer ou exposé au risque d’une sortie de la société par le mécanisme du coup
d’accordéon (J-L. MERCIER et F. KOPF, loc. cit.). En droit OHADA, l’exclusion forcée d’un associé n’est pas
encore admise quelle que soit la situation financière de la société.
72
Dans ce sens, J-L. MERCIER et F. KOPF, loc. cit.
73
V. arts. 573 al. 2 et 757 al. 1 AUSGIE.
74
Cf. art. 576 AUSGIE.
75
Il est certain que les actionnaires puissent accorder des prêts à la société via le compte courant d’associé ;
cependant, un tel prêt engendre généralement des intérêts qu’il n’est pas bon de mettre sur le compte d’une société
qui cherche à se relancer. L’apport en numéraire se réalisant lors de l’augmentation de capital semble être la
meilleure option dans l’hypothèse d’une société en difficulté financière.

12
ne souhaite pas participer à l’augmentation du capital social. Cependant, cette cession doit
s’opérer à titre gratuit pour permettre aux actionnaires proactifs d’apporter largement une
contribution financière à la société en difficulté ; autrement dit, de leur donner l’opportunité,
lorsqu’ils se sont engagés dans la réalisation de l’augmentation du capital de la société en
difficulté, d’apporter en fonction de leurs possibilités et tant qu’ils en ont la capacité, les
ressources financières dont a besoin la société. L’intérêt supérieur de la société doit à cette
occasion, prôner sur les intérêts égoïstes des actionnaires76.

La cession à titre gratuit du DPS de l’actionnaire passif devant l’augmentation du capital social
est concevable, puisqu’il peut faire l’objet de convention entre actionnaires77 et peut même être
cédé dans les mêmes conditions que l’action78. De plus, cette solution doit être admise parce
que le législateur OHADA n’a pas prévu la nullité d’ordre public dans les cas de souscriptions
effectuées en violation de l’article 576 de l’AUSGIE79. Globalement, les associés ou les
actionnaires peuvent ainsi porter les difficultés financières de la société et décider de les traiter.
Ce faisant, ils deviennent des financiers de la société en difficulté80. Leur proactivité se
déroulant nécessairement dans des conditions assez particulières, permettrait de réaliser
l’augmentation de capital, qui peut également intervenir par le concours d’une source de
financement externe et opportune pour la société en difficulté.

II- L’admission d’une source de financement externe opportune

Il est certainement difficile de concevoir que des personnes étrangères à la société puissent faire
des apports en capital, surtout lorsque celle-ci est en difficulté81. Cependant, la situation d’une
société en difficulté financière n’est pas totalement désespérée. En effet, dans sa quête des
moyens de trésorerie, elle peut saisir une source de financement externe opportune82, qui
viendrait l’aider à résoudre la crise qui menace la continuité de ses affaires. Si cette équation

76
La société en difficulté a plus besoin de fonds qu’un actionnaire passif devant l’augmentation de capital social.
En cédant gratuitement son DPS, ce dernier permet aux actionnaires proactifs de sauver la société et par ricochet,
de sauvegarder les intérêts de tous les acteurs de la vie sociale.
77
L’actionnaire ne voulant pas exercer son DPS lors de l’augmentation de capital, peut céder ce droit aux autres
actionnaires clairement dénommés (art. 593 AUSGIE), qui acceptent de recapitaliser la société en difficulté (art.
595 al. 2 AUSGIE). A cette occasion, la société doit être informée des transactions sur le DPS (art. 594 AUSGIE).
78
V. art. 574 AUSGIE.
79
Même si la solution semble heurter les dispositions de l’art. 576 de l’AUSGIE, elle paraît nécessaire à l’action
des actionnaires proactifs devant l’augmentation de capital d’une SA en difficulté.
80
Dans le sens de Th. FAVARIO, « L’associé, financier de la société en difficulté », op. cit., p. 1-14.
81
Rarement on verra des investisseurs prendre le risque d’injecter leurs capitaux dans une affaire menacée de
faillite. Ils demeurent libres de souscrire ou de ne pas souscrire à l’augmentation de capital d’une société en
difficulté.
82
L’art. 579 (3) de l’AUSGIE est assez indicateur lorsqu’il stipule que les actions non souscrites peuvent être
offertes au public.

13
est assez délicate, il faut surtout dire que sa faisabilité est largement tributaire de certains
aménagements que la société pourrait concéder au profit de nouveaux souscripteurs (A). De
même, la société en difficulté pourrait apurer son passif lors de la réalisation de l’augmentation
de son capital en intégrant les créanciers au sein de la société83 (B).

A. Quelques aménagements significatifs pour les nouveaux souscripteurs

Pour réaliser l’augmentation de son capital social, une société en difficulté peut aménager les
modalités de cette augmentation, qui soient à même de stimuler l’adhésion de personnes
extérieures à la société. Elle pourrait décider d’émettre par exemple les titres sociaux conférant
certains avantages aux nouveaux souscripteurs (1), et par la suite, être moins rigoureux dans le
processus de libération desdits titres sociaux, tout en se rassurant de leur libération effective
(2).

1) L’émission de titres sociaux privilégiés

C’est très généralement à l’occasion de l’augmentation du capital qu’une société, en situation


financière difficile, se voit contrainte de créer des actions de préférence pour attirer de nouveaux
souscripteurs84 et assurer la réalisation de l’augmentation de son capital social. Ces actions de
préférence susceptible d’attirer de nouveaux actionnaires sont assorties de droits particuliers de
toute nature85 définis par les statuts dans le respect de certaines dispositions de l’AUSGIE86.

Ainsi, pour stimuler une source de financement externe nécessaire à la réalisation de


l’augmentation de son capital, une société en difficulté peut décider d’émettre des actions de
préférence à droit de vote double87 qui confèrent aux nouveaux actionnaires un pouvoir
considérable qui leur permettre d’influencer la conduite des affaires sociales. Elle peut
également émettre des actions sans droit de vote88, mais conférant d’importants avantages
financiers89.

83
Lorsqu’un accord est trouvé entre la société et les créanciers, ceux-ci accèdent au capital social et deviennent
titulaires de titres sociaux. Ils acquièrent ainsi la qualité d’associés ou d’actionnaires.
84
J-M NYAMA, op. cit., p. 106.
85
V. art. 778-1 al. 1 AUSGIE.
86
Cf. arts. 543, 623, et 751 AUSGIE.
87
V. art. 778-1 al. 2 AUSGIE.
88
V. art. 778-1 al. 1 AUSGIE.
89
L’avantage accordé porte généralement sur la distribution du dividende (c’est d’ailleurs le cas le plus fréquent.
Ex : Le premier dividende touché en priorité par le titulaire de tels titres sociaux) ; ou sur le partage de l’actif
social. Dans ce sens, J-M. NYAMA, Éléments de droit des affaires. Cameroun-OHADA, op. cit., p. 103.

14
Il faut observer que lorsque la situation financière de la société n’est pas définitivement
irrémédiable, la recherche du pouvoir politique ou financier au sein de celle-ci est un argument
de taille, susceptible de provoquer l’adhésion de nouveaux actionnaires dans le processus de
réalisation de l’augmentation du capital social90. En souscrivant aux actions nouvelles91 émises
lors de l’augmentation du capital social, les nouveaux actionnaires mettront à la disposition de
la société en difficulté, des fonds dans des conditions moins contraignantes que les actionnaires
originaires92.

2) La libération effective et moins contraignante des titres sociaux

Si le principe de la libération totale des titres sociaux dès souscription peut être réaffirmé ici,
parce que la société a besoin de nouveaux fonds, il convient néanmoins d’admettre la libération
partielle des titres sociaux93 souscrits par les nouveaux associés ou actionnaires. Ce faisant, les
nouveaux souscripteurs fournissent une fraction du montant total des titres sociaux souscrits,
qui sera utile à la recapitalisation de la société en difficulté. La présence de nouveaux
souscripteurs au sein de la société en difficulté peut ramener le climat de confiance auprès des
créanciers sociaux94 puisque dès souscription, les nouveaux associés ou actionnaires deviennent
débiteur des sommes en numéraire objet de leur engagement95. Le non versé est donc une
créance détenue par la société contre ceux-ci96 et le capital non libéré est une source de
financement sur demande des organes sociaux97, que l’on peut considérer comme un gage des
créanciers sociaux98.

Le versement partiel des sommes objet de la souscription, implique un versement du reste


échelonné dans le temps99. Si ce principe est maintenu dans le cadre d’une société en difficulté

90
Il n’ya pas de doute que les nouveaux actionnaires jouissent pleinement des droits que leur confèrent ces titres
sociaux, puisque par leurs apports, la société pourra retourner à meilleure fortune.
91
Il faut constater que la souscription des actions nouvelles donne lieu à l’établissement d’un bulletin de
souscription (art. 601 AUSGIE).
92
La société pourra ainsi se procurer de capitaux nouveaux en accordant une participation dans son capital aux
nouveaux investisseurs.
93
V. art.311-1 al. 2 AUSGIE pour les SARL, arts. 389 al. 1 et 604 AUSGIE pour les SA.
94
C’est le cas surtout lorsqu’il y a parmi les nouveaux associés, une personne morale « in bonis », ou des personnes
physiques solvables et capables de fournir des capitaux à la société en difficulté. Dans le contexte français, on
parle d’une procédure de reprise sans altération de la personne juridique du débiteur. Cf. B. SAINTOURENS,
« Les associés et le plan de continuation », Rév. Proc. Coll., LexisNexis Jurisclasseur, 2015, n° 1.
95
V. art. 37 AUSGIE.
96
Une jurisprudence décide d’ailleurs qu’un créancier de la société peut faire saisir cette créance. Cf. Cass. 2e Civ.,
12 mai 2016, n° 15-13.833, P + B : Jusidata n° 2016-008991.
97
Cf. Th. FAVARIO, op. cit., n° 7.
98
Cf. Cass. 2e Civ., 12 mai 2016, n° 15-13-833, P + B : JurisData n° 2016-008991.
99
V. art. 311-1 al. 3 AUSGIE pour les SARL (02 ans pour la libération du solde des parts non versées) ; arts. 389
al. 2 et 605 AUSGIE pour les SA (03 ans pour la libération du solde des actions souscrites).

15
financière, il faut cependant que la libération du solde intervienne à brefs délais100, pour les
nouveaux associés n’ayant pas libéré la totalité lors de la souscription. Cela permettrait de
réaliser techniquement l’augmentation du capital social ; surtout que l’apport en numéraire ne
se réalise effectivement que par un transfert à la société, des sommes d’argent que le
souscripteur s’est engagé à lui apporter101 et qu’elle a intégralement et définitivement
encaissées102. Il appartient aux dirigeants sociaux ou au conseil d’administration de faire des
appels de fonds réguliers103 auprès de nouveaux associés ou actionnaires. Il est certain que ceux-
ci s’exécutent dès sollicitation des fonds car, s’étant lancés dans le financement de la société en
difficulté, ils ont déjà placé un investissement qu’ils ne voudraient pas perdre104. Lorsque la
société en difficulté n’aura pas réalisé l’augmentation de son capital social dans les conditions
déjà évoquées dans cette étude, la possibilité d’admettre les créanciers sociaux dans son capital
pour se maintenir dans le circuit de la production, lui sera alors ouverte.

B. L’accès des créanciers dans le capital de la société en difficulté


Admettre les créanciers dans le capital, lors de la réalisation de l’augmentation de capital d’une
société en difficulté est une solution qui ne peut intervenir que de manière conventionnelle (1).
Cette solution pourrait concourir à la neutralisation des difficultés financières que subit la
société; surtout qu’il existe des mécanismes juridiques facilitant l’accès des créanciers (2) lors
de la réalisation de l’augmentation de capital.

1) Une solution purement conventionnelle

Une société en difficulté doit saisir toutes les opportunités qui s’offrent à elle dans le processus
de réalisation de l’augmentation de son capital social. Elle pourrait par exemple admettre les
créanciers sociaux dans son capital, dès lors qu’un modus vivendi105 est trouvé avec ces
derniers. Il faut observer que c’est généralement à l’occasion des procédures préventives106,

100
Indépendamment du temps imparti pour la libération du solde des titres sociaux souscrits, une société en
difficulté financière pourrait organiser le recouvrement du solde des titres sociaux souscrits par les nouveaux
associés ou actionnaires, sur une période de 12 mois pour satisfaire aux exigences de célérité dans le recouvrement
du non versé et dans la réalisation de l’augmentation de son capital social.
101
V. art. 41 AUSGIE.
102
V. art. 42 AUSGIE.
103
L’urgence de la situation voudrait que le recouvrement du non versé se fasse le plus rapidement possible pour
permettre à la société de se relancer dans le circuit de la production, grâce aux sommes nouvellement encaissées.
104
La libération au moins de la moitié des parts sociales, ou du quart des actions lors de la souscription confère
des titres sociaux qui produisent des dividendes dès que la société est de retour à meilleure fortune.
105
Au sens d’un consensus, d’un compromis.
106
La conciliation (art 5-1 à 5-14 AUPC) et le règlement préventif (art. 6 et s AUPC).

16
qu’une société connaissant des difficultés financières avérées ou prévisibles, peut trouver un tel
accord pour mettre un terme à la situation dont elle fait face107.

Si cette solution paraît assez attrayante108 il faut surtout dire que sa mise en œuvre dépend
exclusivement de la volonté des parties, qui doivent à cette occasion, manifester librement leur
consentement à la transaction sans que cela puisse nuire à leurs intérêts réciproques. Le but
poursuivi étant la sauvegarde de la société dans le circuit de la production et la satisfaction des
créanciers sociaux109 devenus à travers cet accord associés110. L’assemblée des associés doit
donc admettre cette possibilité, tout comme les créanciers sociaux doivent consentir à devenir
des associés afin que cette qualité ne soit pas injustement fondée111. En tout état de cause, cette
solution qui s’opère uniquement de façon conventionnelle112, peut contribuer à la réalisation de
l’augmentation de capital d’une société en difficulté ; surtout qu’il existe des mécanismes
juridiques permettant d’atteindre cet objectif.

2) Des mécanismes juridiques appropriés

La réalisation de l’augmentation de capital d’une société en difficulté, par l’accès des créanciers
dans le capital peut paraître comme une idée assez saugrenue. Cependant, deux mécanismes
juridiques appropriés permettent d’atteindre cette finalité. Il s’agit de la conversion des créances
en titre de capital et la libération desdits titres par le jeu de la compensation.

La conversion des créances en capital113 est une opération incombant à la société114. Par ce
mécanisme, la société accepte une prise du pouvoir par les créanciers sociaux115 et réalise en
contrepartie la diminution de son endettement116. En effet, il faut observer qu’une société a

107
L’art. 5-1 AUPC pour la conciliation étant assez indicateur.
108
Elle peut permettre à la société d’échapper à une procédure collective de liquidation des biens.
109
L’intégration des créanciers dans le capital permet d’apurer le passif social, puisque la créance exigible ne sera
plus inscrite au compte débiteur de la société, mais plutôt à son compte créditeur. Ce faisant, la société pourra
continuer ses activités avec moins de pression (elle sera dégagée de la charge de règlement de la dette exigible).
110
Les créanciers sociaux peuvent accepter de devenir des associés, si la société en difficulté exerce des activités
susceptibles de générer à la longue, d’importants bénéfices dont ils pourront désormais jouir en qualité d’associés.
111
Dans une affaire, la CCJA décida qu’un créancier ne pouvait se prévaloir d’une créance inscrite au bilan de la
société, pour fonder la qualité d’associé (Cf. CCJA, Ass. Plén., arrêt n° 071/2015, 29 avril 2015, Aff. Monsieur
YOUCEF AOUADENE c./ monsieur ABDEL AZIZ MOUZAIA).
112
Il faut que lors de l’augmentation de capital, l’assemblée qui en a décidé ait prévue la possibilité pour les
créanciers d’accéder dans le capital social ; mais surtout que ces derniers adhèrent à un tel projet.
113
Encore appelé plans « Lender Led ». V. I. PARACHKÉVOVA, « L’augmentation de capital forcée dans la loi
Macron », BJS, n° 114 d 3, 2015, p. 529.
114
En situation de difficulté financière, cette opération facilite l’accès des créanciers dans le capital social.
115
Ce pouvoir s’exerce proportionnellement aux titres sociaux détenus dans le capital social.
116
La conversion des créances en capital est une technique permettant à la société débitrice de modifier son
équilibre financier en transformant une dette en titre de capital. Dans ce sens, B. MEUKE, « Conversion des
créances en titres de capital : Quid du droit OHADA ? », Ohadata D-11-87, 2011.

17
parfois intérêt à se libérer d’une dette extérieure en convertissant par exemple les obligations
qu’elle a émise, en actions117. Cette conversion entraîne un changement dans la nature du droit
de l’intéressé118 qui devient à cette occasion, un actionnaire au redressement de la société en
difficulté119. Cependant, la question demeure celle de savoir comment un créancier devenu
actionnaire peut-il réaliser son apport ? Il faut affirmer que le jeu de la compensation permet de
résoudre cette préoccupation.

Le mécanisme de la compensation est admis lors de la réalisation de l’augmentation du capital


social. En effet, dans le silence des statuts, les apports en numéraire peuvent être réalisés par
compensation avec une créance certaine, liquide et exigible sur la société lors de l’augmentation
du capital social120. Un arrêt de la cour de cassation française121 qui peut bien être repris par les
juges de l’espace OHADA tranchait déjà que, « Rien ne s’oppose à ce que la valeur des parts
sociales souscrites soit réglée par compensation avec la créance du souscripteur sur la SARL,
puisqu’aussi bien rien ne s’opposerait en cas de versement en espèces, à ce que la société règle
aussitôt avec les fonds reçus du souscripteur le passif dont elle était tenue ». Au regard de cette
jurisprudence, il faut se demander si c’est une opération d’échange ou alors une simple modalité
de libération des titres sociaux ? Un auteur démontre brillamment qu’il s’agit en réalité d’une
« cession de créance suivie immédiatement d’une acquisition de titres »122, constituant une
modalité de libération des titres sociaux lors de la réalisation de l’augmentation du capital
social123.

Plus clairement, lorsqu’un accord est trouvé entre la société en difficulté et ses créanciers,
l’augmentation du capital social peut se réaliser par l’accès des créanciers en convertissant les
titres de créances en titres de capital, surtout que les créanciers devenus associés pourront
libérer les titres sociaux par le jeu de la compensation.

CONCLUSION
Finalement, la réalisation de l’augmentation du capital d’une société connaissant des difficultés
financières a suscité l’épineuse question de savoir ce qu’il convenait de faire pour y arriver. Il

117
J-M. NYAMA, op. cit., p. 104.
118
Ibid., p. 107.
119
Dans ce sens, I. PARACHKÉVOVA, « L’augmentation de capital forcée dans la loi Macron », loc. cit.
120
V. arts. 44 et 562 al. 2 AUSGIE.
121
Cass. Com., 7 février 1972, Rév. Soc. 1973, 297, note pontavice. V. également CA. Versailles, 25 octobre
1990, Bull. Joly, 1991.76, note Jeantin.
122
B. MEUKE, « Conversion des créances en titres de capital : Quid du droit OHADA ? », loc. cit.
123
La libération d’actions nouvelles par compensation avec une créance ne constitue qu’une modalité de libération,
à l’image de celle réalisée en numéraire. Cf. B. MEUKE, loc. cit.

18
faut dire que cette importante opération124 ne peut se réaliser que de façon stratégique. Au plan
interne, il faut durcir d’une part, les modalités de libération de nouveaux titres sociaux émis
pour réaliser l’augmentation de capital, en exigeant que la souscription soit suivie de la
libération immédiate et intégrale des titres sociaux125. D’autre part, de maintenir le DPS des
actionnaires pendant la souscription ; mais surtout d’admettre des concessions tendant à la
cession à titre gratuit du DPS de l’actionnaire passif devant l’augmentation de capital de la
société en difficulté126.

Par ailleurs, il faut admettre une source de financement externe opportune en accordant d’une
part, une participation aux nouveaux investisseurs dans le capital social. Dans cette logique,
quelques aménagements significatifs au profit de nouveaux associés doivent être effectués, pour
stimuler l’action de ces derniers dans le processus de réalisation de l’augmentation du capital
de la société en difficulté127. D’autre part, admettre l’accès des créanciers dans le capital social
en convertissant les titres de créances en capital128, surtout que ceux-ci pourront libérer les titres
sociaux par le mécanisme de la compensation. En tout état de cause, il faut dire que toutes ces
mesures en faveur de la réalisation de l’augmentation du capital social d’une société en
difficulté ne peuvent trouver un terrain fertile que dans un cadre purement conventionnel.

124
En effet, la continuation des activités d’une société en difficulté dépend de sa capacité à rebondir devant des
crises de trésorerie de toutes natures, en s’assurant d’une manière comme d’une autre de la disponibilité de
nouveaux apports nécessaires à son maintien dans le circuit économique.
125
La garantie de la réalisation de l’opération dans cette condition se fonde sur deux éléments : la proactivité des
associés, le lien rattachant les associés à la société en difficulté (lien affectif, lien capitalistique).
126
A observer que le législateur OHADA n’admet pas la nullité dans les cas de souscriptions effectuées en marge
de l’art. 576 de l’AUSGIE.
127
Il s’agira notamment de l’émission de titres sociaux privilégiés et de la validation d’une stratégie de libération
effective et moins contraignante des titres sociaux émis.
128
Dans ce sens, V. J-M. NYAMA, op. cit., 104 et 107.

19

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