La poétique d'Aristote
Problématique : quel héritage nous laisse la Poétique d’Aristote ?
I- Bio
Né en 384 av. J.-C. à Stagire, une cité située sur la péninsule de Chalcidique en Macédoine,
Aristote est le fils de Nicomaque, médecin personnel du roi Amyntas III de Macédoine. Il est
donc issu d'une famille aisée et cultivée. À l'âge de 17 ans, il se rend à Athènes pour intégrer
l'Académie de Platon, où il reste jusqu'à la mort de son maître en 347 av. J.-C. Après la mort
de Platon, Aristote quitte Athènes et fonde une école à Assos. Il rencontre Théophraste et se
lie d’amitié avec le naturaliste qui travaillera plus de vingt ans à ses côtés. En 343 av. J.-C., il
est invité par Philippe II de Macédoine à prendre en charge l'éducation de son fils,
Alexandre, qui deviendra par la suite Alexandre le Grand. Cette collaboration permet à
Aristote d'accéder aux ressources bibliothécaires et scientifiques du royaume de Macédoine.
En 335 av. J.-C., Aristote retourne à Athènes et fonde sa propre école, le Lycée. Cette
institution rivalise avec l'Académie de Platon et attire des étudiants venus de toute la Grèce.
C'est durant cette période que la majorité des écrits d'Aristote voient le jour. Son œuvre est
extrêmement vaste et couvre une grande variété de sujets.
II- Poétique
La Poétique d' Aristote, vieille de deux mille cinq cents ans, est à la fois le premier ouvrage
entièrement consacré à la « théorie littéraire ».
La Poétique d'Aristote, telle qu'elle nous est parvenue, traite de la tragédie et de l'épopée
(un second livre, perdu, devait porter sur la comédie). Il représente un aspect de ce que
devrait être une théorie générale de la poièsis, ou production d'œuvres.
L'objet de la Poétique n'est pas la littérature mais la représentation (mimésis) à l'aide du
langage. En conséquence, après une introduction consacrée à la représentation en
général, Aristote décrit les propriétés des genres représentatifs (ou « fictifs »), c'est-à-dire
l'épopée et le drame, (une seule espèce de drame, la tragédie, est en fait traitée, la partie
sur la comédie étant perdue ou simplement inexistante). En revanche, il n'y a dans
la Poétique aucune place pour la poésie (qui existe bien à cette époque), alors qu'on sait que
celle-ci sera considérée, à l'âge moderne, comme l'incarnation la plus pure de la littérature.
Après la mort d'Aristote en 322 av. J.-C., son œuvre tombe quelque peu dans l'oubli pour
plusieurs siècles, avant d'être redécouverte et étudiée à partir du Ier siècle apr. J.-C.,
notamment par les commentateurs alexandrins. Au Moyen Âge, la pensée d'Aristote est
intégrée à la philosophie chrétienne grâce aux travaux de saint Thomas d'Aquin, qui cherche
à concilier la foi et la raison en s'appuyant sur les écrits du philosophe grec. Ainsi,
l'aristotélisme devient l'un des courants dominants de la scolastique médiévale.
Les choses commencent à changer un peu à partir de la Renaissance, et cela à plusieurs
égards. Premièrement, on exhume la Poétique d'Aristote et on commence à lui faire jouer un
rôle comparable à celui d'un livre saint : les ouvrages de poétique ne seront pour ainsi dire
plus que des commentaires de la Poétique. Mais à la vérité ce livre se trouve plutôt desservi
par sa gloire qui agit à la manière d'un écran entre lui et ses lecteurs : le texte est si célèbre
qu'on n'ose ni le contester, ni, finalement, le lire.
III- Règles et influences
La Poétique exerce une influence sur le théâtre est considérable à partir de la Renaissance
Aristote fournit aux auteurs de tragédie de nombreuses règles techniques, dont
le classicisme français fera son profit.
La principale règle de la tragédie est que l'action représentée doit être « achevée », former
un « tout », « avoir un commencement, un milieu et une fin ». Mais cela, qui vaut pour le
« drame » en général, ne suffit pas encore à définir la tragédie : le changement, la
« péripétie », doit être tel qu'il suscite la « terreur » et la « pitié » du spectateur ; or ces
sentiments ne naissent pas lorsque nous voyons :
Un homme bon tomber dans le malheur, ni un méchant passer du malheur au
bonheur (car ces deux cas suscitent l'indignation),
Lorsqu’un homme bon passe du malheur au bonheur (car nous nous en réjouissons)
Un méchant du bonheur au malheur (car nous ne le plaignons pas),
Mais seulement lorsqu'un héros ambigu, qui n'est ni tout à fait innocent ni tout à fait
coupable, tombe dans le malheur par suite d'une « erreur » qu'il a commise.
Enfin, Aristote se préoccupe de l'action de la tragédie sur le spectateur : elle provoque une
« purification (catharsis) des passions » telles que la pitié et la crainte. Le spectateur ressent
de la pitié ou de la crainte face aux maux déshonorants que subit un personnage, maux dont
il éprouve lui-même le désir, sans nécessairement se l'avouer. Face au spectacle de ces maux
déshonorants, il éprouve une honte qui le purge de son arrogance et de son désir
d'accomplir des actes déshonorants.
L’ouvrage d’Aristote a un poids considérable dans la littérature et plus précisément dans le
théâtre tragique où les plus grands dramaturges comme Racine respectent les règles établies
et des thèmes récurant énoncés dans La Poétique comme la fatalité, l’héroïsme, l’honneur,
la vengeance et l’amour.
Conclusion :
En somme, Aristote est sans conteste l'un des géants de la philosophie antique, dont les
idées continuent de nourrir notre héritage intellectuel. Les idées d'Aristote ont traversé les
siècles et continuent d'influencer notre manière de penser et d'appréhender le monde.
Dans la Poétique, il établit les grandes règles de la tragédie qui régiront le théâtre classique
en France notamment mais aussi en Italie.
Aristote dans cet ouvrage transmet un héritage riche, avec une réelle théorie littéraire, qui
est une sorte de mode d’emploi et de règles à suivre pour une œuvre. Cet première partie
des deux initiales nous rapporte les fondations de la tragédie et même si l’on ne connait pas
la deuxième partie axée sur la comédie, plusieurs auteurs se sont inspirés des travaux
d’Aristote pour tenter de reconstituer cette pièce manquante.
Dans le roman Le Nom de la rose d'Umberto Eco, l'auteur invente et rédige quelques extraits
du second volume de la Poétique, consacré à la comédie. L'intrigue du roman tourne en effet
autour d'un livre mystérieux, interdit, lié à une série de morts suspectes. Ce livre, qui est
cette deuxième partie de la Poétique, disparaît à jamais dans les flammes, ce qui explique
qu'il faut désormais se contenter du premier, consacré à la tragédie.
Sources :
Universalis en ligne :
Article de Pierre Aubenque, Aristote
Fiche de lecture sur la poétique de François Trésmolières
Annexe de Britannicus