Mazarin Pierre MFUAMBA
KATENDE
UNE PHILOSOPHIE DE
L'EDUCATION
POUR UNE SOCIETE CONGOLAISE DYNAMIQUE
ET OUVERTE
© Mazarin Pierre MFUAMBA KATENDE
Editions Kimpa Vita
Première édition 2023
Du même auteur
« Contribution à la lutte contre la corruption et la
concussion dans les services de lEtat congolais », in
Annales de lISP-Kananga, vol. XV, no1, 2009, pp.175-
195.
« Critères de choix de lautorité dans une société bien
ordonnée : considérations théoriques et pratiques électorales
en RDC », in Annales de lISP-Kananga, vol. XV, no1,
2009, pp.175-195.
« Entre le visible et linvisible : la douloureuse marche de
la démocratie africaine », in Le carrefour congolais, Revue
du Département dAnthropologie de lUniversité de
Kinshasa, No2, éditions Kimpa Vita, octobre 2019, pp. 159-
179.
Justice politique et démocratie chez John Rawls, repères
pour une rationalité politique africaine contemporaine,
Berlin, éd. Universitaires européennes, 2018.
Education aux valeurs républicaines. Petit manuel de
formation civique du citoyen congolais, Ter Aar, éditions
Kimpa Vita, 2022
5
0. INTRODUCTION
Il est un fait que, depuis toujours, les questions de
léducation et/ou de lenseignement nont pas cessé de
préoccuper les philosophes au point que ces domaines
peuvent être cités parmi les terrains de prédilection de la
philosophie.
En effet, comme lindique Ngongo Disashi, « la
philosophie a, de tous les temps, servi de creuset à
létablissement des principes denseignement. La
conception que lon se fait de lhomme ou de lenfant,
lexplication théorique que lon donne concernant
lorigine des connaissances et le processus de leur
acquisition par lhomme, etc., sont des sources intarissables
des prescriptions sur lart déduquer et denseigner 1 ».
Pour Ngongo Disashi donc, cest à partir dune pensée de
lhomme et du processus humain de la connaissance que,
dune manière inductive ou déductive, des règles et des
principes didactiques, pédagogiques ou éducatifs ont été et
continuent à être laborieusement inférés par les éducateurs en
général et par les philosophes de léducation en particulier.
Lon sait que grâce à linduction et à la déduction, des
règles et des théories éducatives peuvent être retenues,
1
NGONGO DISASHI, R., Science de lenseignement. Relation et
communication pédagogique, Kinshasa, éd. Pringho, 2007.
6
établies et transmises de génération en génération en les
inférant des faits particuliers ou des principes considérés
comme déjà acquis.
Cest ainsi que des intuitionnistes aux rationalistes,
des matérialistes aux empiristes jusquaux
phénoménologues, aux existentialistes, aux penseurs de la
démocratisation de la vie publique et éducative moderne et à
leurs épigones, les philosophes, des plus antiques aux plus
modernes en passant par Socrate jusquà Jean-Jacques
Rousseau, Spinoza, Kant, Hegel ou John Dewey, ont permis
de mettre en place des principes, des règles et des
prescriptions denseignement et déducation à partir de
leurs visions de lhomme et de tout ce qui lentoure. Ils ont
ainsi permis de systématiser le domaine de léducation au
point que, selon Daniel Hameline, la liste des grands
philosophes recoupe celle des grands penseurs et des
théoriciens des systèmes éducatifs2.
En effet, lorsque John Dewey estime, par exemple,
que « lécole doit devenir un lieu de confrontation à partir
des véritables problèmes, et de stimulation dauthentiques
talents pratiques », il traduit les préoccupations éducatives du
pragmatisme contemporain face à lécole qui est appelée à
être non pas un lieu de la passivité, de labsorption, de
2
Cfr. HAMELINE, D., « Philosophie de léducation », in
Dictionnaire de la philosophie, Nouvelle édition
augmentée, Encyclopaedia universalis, Paris, Albin
Michel, 2006, pp. 606-610.
7
lécoute et de la docilité comme dans les temps anciens.
Lécole doit plutôt être ou devenir le lieu de la stimulation
du « désir de réfléchir à des problèmes, de penser, et de poser
des questions ». Le philosophe fait donc de lécole
contemporaine le lieu de linteractivité où limaginaire
instituant stimule la création, invente et soriente vers de
nouveaux possibles. Nest-ce pas cela qui est exprimé par les
penseurs de léducation congolaise qui entendent faire de
lécole daujourdhui le lieu de la créativité et de
linventivité grâce à une méthodologie éducative
dapproche par « situation » ?
De toutes les manières, la philosophie sest
préoccupée de la question éducative depuis la nuit des temps
et continue sur la même lancée. Cest pour cela que depuis la
période présocratique, les physiologues, de Thalès de Milet à
Pythagore de Samos jusquau dernier des sophistes, Glaucon
dAthènes, ils ont enseigné.
Les premiers, les physiologues, étaient à la recherche
de lélément premier (elementa) qui était à lorigine de tout
ce qui se mouvait et de tout ce qui résistait à lhomme dans
la nature. Ils ont enseigné que tous les objets de la nature
avaient une cause physique. Léducation consistait donc en
la recherche des causes premières. Cest ainsi que furent
créées des écoles dont lécole de Milet, lécole de Crotone,
lécole dAgrigente, lécole de Pythagore, etc. Plus
particulièrement, lécole de Pithagore sintéressait aux
8
mathématiques et enseignait que tout objet de la nature est un
composé des nombres. Mais lobjectif poursuivi par tous
était dapprendre aux moins initiés la connaissance de ce
dont la nature était faite et de ce qui la mettait ou non en
mouvement.
Avec les sophistes, lécole se détourne de la nature.
Cest pour cela que les premiers grands sophistes, Gorgias,
Prodicos, Protagoras, Hippias et Glaucon, ces « gens de
savoir », ont enseigné la rhétorique, la politique, la justice,
lart de dire et de contredire, de bien discourir et dattirer
les suffrages du peuple. Leurs élèves se recrutaient parmi les
familles riches. Car, pour les sophistes, les gens de savoir
doivent pouvoir être payés comme les artisans qui vendent
leurs produits et leur expertise doit être honorée par le
paiement dune somme suffisante. Cest pour cela que leur
école était sélective et la masse des pauvres ne pouvait y avoir
accès.
Par contre Socrate, le contemporain des sophistes,
sest préoccupé dune manière toute aussi décisive de la
question de léducation du citoyen. Cest ainsi quil a
consacré lessentiel de ses activités à léducation civique et
morale gratuite de ses concitoyens orientée essentiellement
vers la découverte de la vérité, le respect des lois, la pratique
de la vertu et le bien-vivre. Cest pour ce faire que Socrate a
enseigné le bien et la vertu en circulant à travers les rues, sans
demander aucune rétribution équitable, avec une attention
9
particulière en faveur de la jeunesse. Socrate peut être ainsi
considéré comme le père de la gratuité de léducation.
Par la suite, cest pour approfondir et enseigner sur la
question de lhomme et du bonheur quaprès Socrate,
Platon a fondé lAcadémie et Aristote le Lycée. Après eux,
les écoles spécifiques se sont développées au cours de la
période post-socratique, toutes préoccupées de la question du
bonheur et du bien-vivre ensemble individuel et collectif. On
peut noter à ce sujet limportance historique quont connue
dune part lécole du Portique avec Zénon de Cittium,
Cléanthe, Chrysippe, Sénèque et Epictète qui ont enseigné le
stoïcisme (lindifférence) et, dautre part, lécole du Jardin
où Epicure et ses disciples ont notamment enseigné que la vie
du bonheur culminait en une absence de trouble (ataraxie) et
en un attachement à la satisfaction des besoins les plus
raisonnables et les plus nécessaires.
Dautre part, les écoles monastiques de lépoque
médiévale étaient destinées à la formation dune élite
savante, philosophique et cléricale. Car, au cours de cette
période, la philosophie étant considérée comme la servante de
la foi et léducation trouvait son fondement dans la
connaissance de la volonté divine et lobéissance aux
commandements. Cest à cette époque que naissaient les
premières universités3.
3
Cfr. BOISSINOT, A. et al, La plus belle histoire de lécole,
Paris, Robert Laffont, 2017.
10
Mais à lépoque moderne, la formation scolaire sest
diversifiée avec le développement des sciences naturelles,
lessor de la technologie et des sciences dites exactes. Cest
pendant ce temps quà leur tour les sciences humaines et les
sciences sociales ont connu un foisonnement
denseignements sur lhomme et sur tout ce qui lentoure.
Néanmoins, à lépoque moderne comme dans lantiquité,
léducation scolaire est encore réservée à certaines
catégories de personnes, les hommes libres, exclusion faite
des pauvres, des femmes, des esclaves et des étrangers (les
métèques).
A lépoque contemporaine, la pensée didactique et
les orientations pédagogiques techniciennes et
technoscientifiques dominent. Elles occupent le devant de la
scène en matière denseignement. Cest ainsi quil peut
paraitre inutile et même quelque peu désuet de vouloir
philosopher sur léducation, comme si, étant donné le
contexte, toute prétention à une philosophie de léducation
était révolue. On se fait de ce fait de la philosophie limage
illusoire dune discipline dantan, vieille de plusieurs
siècles passés : une forme de pensée abstraite, spéculative, qui
a eu ses heures de gloire mais qui semble aujourdhui
démonétisée et dévaluée face à des modes de pensée
technophiles.
Cependant, la philosophie de léducation est une
discipline scientifique, qui cherche la meilleure manière de
11
répondre aux questions fondamentales de la science de
léducation, notamment : « Pourquoi éduquer ? », «Qui
éduquer ? » et « Comment éduquer ? ». Pour ce faire, elle
utilise toutes les méthodes scientifiques et par linduction et
la déduction sévertue notamment à résoudre les problèmes
de lorigine des connaissances humaines, leur évolution, leur
utilisation, leur destination et la manière dont il faut en
assurer la transmission.
Car, il est désormais universellement admis que
léducation est lapanage de lêtre humain qui ne peut
devenir véritablement un animal social et/ou politique que par
léducation. Cest pour cela que la philosophie lui vient en
appui à tout moment pour donner des éclairages nécessaires et
des orientations indispensables aux processus
dapprentissage.
De ce fait, tant le spécialiste que le praticien ou
linstituteur en sciences de léducation ne saurait faire fi de
la philosophie et cela dautant plus quen elle-même
léducation, en tant quune pratique, un art, ne saurait
répondre avec satisfaction à la question relative à lorigine, à
la destination et au processus dacquisition et de
transformation des connaissances. Cest pour cela que toute
pédagogie, tout contenu éducatif et tout engagement en faveur
de la transmission de la connaissance est laboutissement
dune philosophie de léducation, cest-à-dire dune
réflexion objective, critique et autocritique, systématique dans
12
tous ses aspects et sans cesse renouvelée au gré des
changements des contextes et des circonstances, portant sur
les modes de transmission et dacquisition des savoirs, des
savoir-faire et des savoir-être. Cest en cela que consiste la
philosophicité de la philosophie de léducation.
A cet effet, la Philosophie de l'éducation se veut une
discipline scientifique radicale qui va aux sources et revient
en surface ; elle va à la racine des questions de la res
educationis pour les actualiser et leur donner une dimension
la plus adéquate. Elle élabore pour cela une interrogation
perpétuelle sur les fondements, les raisons et les finalités des
faits éducatifs. Elle procède par une remise en question des
faits et des contenus - exercice extrêmement vital ayant des
implications concrètes.
Ainsi, ces notes de Philosophie de lEducation se
donne pour ambition de renseigner et dinformer le
professionnel de la pratique éducative, déveiller son sens
critique afin quil soit capable de contribuer aux efforts
tendant à trouver des solutions aux situations-problèmes liées
à sa profession en faisant intervenir ses connaissances sur les
généralités, sur les finalités, sur les possibilités ainsi que sur
les visées de léducation de manière générale et en RD
Congo en particulier.
Cest cela la visée des renseignements contenus dans
les quatre chapitres ci-dessous qui constituent lessentiel du
13
contenu de ces notes et qui sont alignés de la manière
suivante :
1. Généralités ;
2. Les fins et les possibilités de léducation ;
3. Les fins et les possibilités de léducation en RD
Congo;
4. Pour une éducation interculturelle, démocratique et
technoscientifique en RD Congo.
Elles se terminent par une brève conclusion.
14
15
CHAPITRE 1. GENERALITES
Former le psychologue, le pédagogue, le
psychopédagogue ou, dune manière plus générale, le
professionnel de la science de léducation à la philosophie de
léducation nécessite de choisir ce qui, dans cette formation,
apparaît comme le plus adéquat.
Or, dune manière générale, choisir, cest éliminer.
A cet effet et pour les besoins de la cause, il sied dopérer un
tri entre des outils conceptuels et praxéologiques afin de
retenir ce qui, en définitive, constitue, pour le cas despèce,
les fondements scientifiques dune connaissance
universalisable4.
Mais ce tri ne peut être possible que si lon peut
définir. Or, précisément, définir, cest, in fine, déterminer,
grâce à une opération délimination, les caractéristiques
essentielles qui fondent la compréhension dune discipline
scientifique et qui, de ce fait, la différencie dune manière
4
Il faut opérer ici une différence entre une connaissanc e
scientifique et une connaissance vulgaire. En effet, une connaissance
scientifique, cest celle qui, du faite des méthodes employées, de son
intelligibilité interdisciplinaire et de son objectivité, résiste à la
falsification. Elle fonde la vérité scientifique. Par contre, une connaissance
vulgaire est faite dun ensemble dopinions partagées par un groupe de
personnes et dont les sources nont été soumises ni à la vérification, ni à
la critique.
16
tangible dautres formes de connaissance scientifique ou
vulgaire5.
Cest pour cette raison que lintitulé-même,
« Philosophie de lEducation », fait problème et mérite
quon le comprenne dans une démarche descriptive et même
herméneutique. Et pour ce faire, on peut se poser un certain
nombre de questions à savoir :
Quest-ce quest la philosophie ?
Quest-ce quest léducation ?
Quest-ce quest, finalement, la philosophie de
léducation ?
Ces questions dapparence primaires et simples
peuvent culminer en deux autres questions plus ou moins
complexes, à savoir :
Quest-ce que la philosophie pour quelle soit autorisée à
devenir une philosophie de léducation ?
Quest-ce que léducation pour que lintérêt de la
philosophie sy reporte ?
On pourrait continuer la liste des questions qui
pourraient ainsi être posées au sujet de lintitulé des notes,
des renseignements ou des enseignements autour de la notion
de Philosophie de léducation.
5
Cf. LALANDE, A., Vocabulaire technique et critique de la
philosophie, Paris, Quadrige/PUF, 2è édition 2006.
17
Cependant, rien quen posant ces questions, on est
déjà entré dans lactivité philosophique qui nécessite, au-
delà de linterrogation qui dévoile lintention
philosophique, de sentendre dès labord sur le sens et la
signification des concepts afin déviter des élucubrations
indéfinies au sujet de limportance et des fondements
théoriques de la discipline. De cette manière, on pourrait
parvenir en toute aisance à se départir dinépuisables conflits
dinterprétation et à sengager avec ses publics dans une
communauté de compréhension.
Cest pour cela que dans un souci de clarification, ce
premier chapitre va sappesantir dune part sur une
sémantique des signifiants et, dautre part, essayer de fournir
des éclairages adéquats sur le bienfondé de la philosophie de
léducation dans toute formation relative à la science de
léducation.
1.1. Sémantique des signifiants
Dès que lon se pose des questions relatives au
couple « philosophie-éducation », cest comme si,
rapidement, certaines évidences sestompent et des
affirmations tenues pour telles se font à la fois hésitantes et
incertaines.
Que cachent les dessous de ce mariage ?
18
Il faut le savoir ! Mais pour ce faire, il faut relire et
reprendre, dans un élan renouvelé de compréhension, les
intentions qui se profilent à travers la philosophie et
léducation dune part et à travers la philosophie de
léducation dautre part.
Cest pour cela quen commençant par la
philosophie, on pourrait procéder dune manière
schématique et déboucher par détour sur léducation et sur
ce quest la philosophie de léducation.
1.1.1. Philosophie
L’étymologie de ce concept est connue :
« ɸɩλóσοφος » - « ɸɩλó-σοφος ». L’expression est présente
dans la langue grecque et s’est occidentalisée.
A. « ɸɩλó »
De « ɸɩλó » grecque, l’écriture française retient
« philo » qui se traduit par « amoureux ». Il sagit ici dun
sentiment inachevé dattirance, dattachement,
dapplication, dinclinaison, de poursuite et, in fine,
détude : une tension et une attention sans cesse
ininterrompues à la recherche dun objet, dun être, dun
phénomène dont on sapproche en même temps quil
séloigne. Il sagit dune sorte de course effrénée en
direction de quelque chose quon natteint néanmoins
définitivement pas et qui pousse à continuer la poursuite vers
19
des horizons toujours fugitifs : lobjet touché échappe à
létreinte.
Cest pour cela que « lamour de lamoureux » est
un mélange de volonté et de désir, une projection de la
scission subjective, une extase. Le « je » saffirme dans son
désir de sortir de soi et, en vue datteindre sa complétude, de
se saisir de lautre dans un double mouvement de
construction et de déconstruction où les attentes sont
satisfaites dans la jouissance bienfaisante des unions et où des
déceptions sont accumulées dans lobsolescence des
résultats inattendus. De ce fait, « lamour de lamoureux »
est à la fois aspiration et rejet, certitude et vie menacée,
sentiment dinachèvement. Malheur à celui qui na plus
rien à aimer.
Mais « lamour de lamoureux » sexprime. En
effet, que serait lamour de lamoureux sans lassistance
du « dire », de la rhétorique. Combien de gens manqueraient-
ils à lappel de lamour sils navaient pas entendu parler
daimer ?
En fait, cest dans lamour par excellence que
loralité et lécriture se mélangent. Lamoureux parle à
défaut décrire une lettre damour. Mais sil écrit une lettre
damour, cest là que le dire accompagne le plaisir. Car
lécriture fixe le désir, soumet la communication à la
présence et informe tous les autres amoureux présents et à
venir. Mais aussi, lécriture rend compte de la responsabilité
20
lorsquelle saffirme à la première personne où le « je »
saffirme comme présence et comme titulaire du dire.
Néanmoins, la discibilité est constitutive de la fête de
lamour même si lon peut y reconnaître la possibilité
dune dérivation. Socrate na-t-il pas participé à cette fête
sans avoir jamais touché à lécriture ?
Mais quen est-il de cet objet qui séchappe, de ce
quelque chose qui fuit et qui ne se laisse saisir que par instant
en invitant toujours à linvestissement, à la recherche, à
létude ? Quel est l’objet de cet amour présent dans le
« ɸɩλó » ?
Cet objet d’amour présent dans le « ɸɩλó », c’est le
« σοφος », ont dit les grecs.
B. σοφος
De « σοφος », la langue française retient sophos
qu’elle traduit par science, connaissance, savoir, vérité, ou
sagesse du point de vue morale. Mais la sagesse dans ce cas
signifie « recherche du bien et du vrai »6. Ceux-ci peuvent
être coextensifs au cur de lÊtre. Cest pour cela que
Socrate invitait à rentrer dans son for intérieur pour sen
saisir et bien agir. Mais le bien et le vrai cesse dêtre ainsi
lorsque « leur mode dapparaître est lié au devenir ». Ils ne
sont alors plus coextensifs à lÊtre. Ils sont soumis à la
discussion et à la falcification.
6
WETZEL, H., « Hédonisme », in Dictionnaire de la
philosophie, Nouvelle édition augmentée, Paris, Albin Michel, p. 785.
21
Mais dans tous les cas, cest de lamoureux de la
science, de la connaissance, du savoir, de la vérité ou de la
sagesse qu’il s’agit dans le « ɸɩλóσοφος » (philosophos). Et
de la langue grecque, le français traduit « ɸɩλóσοφος » par
« philosophe ».
Qui est philosophe ?
Dans l’Apologie de Socrate, Platon donne du
philosophe limage dun enquêteur de labsolu qui ne
renoncera jamais et sous aucun prétexte à chercher la vérité et
le bien et à les dévoiler7. Deux mouvements sont donc liés à
lactivité philosophique : la recherche et le dévoilement » du
vrai et du bien. Mais la vérité et le bien sur quoi ?
Contrairement aux sciences particulières qui se
contentent de quelques parcelles du savoir, la philosophie se
veut une recherche sur la vérité et le bien sur tout. Cest ainsi
que les présocratiques se sont inclinés à rechercher la vérité
sur la nature ; les sophistes se sont penchés sur la
connaissance de la vérité sur lhomme ; les socratiques et les
post-socratiques ont recherché la sagesse ; les philosophes du
moyen âge sont allés à la découverte de Dieu ; les
philosophes des temps modernes ont recherché les lumières
de la raison, etc.
7
Cfr. Apologie de Socrate, cité par HUISMAN, D. et al., Les
pages les plus célèbres de la philosophie occidental. De Socrate à nos
jours, Paris, Perrin, p.36.
22
Mais à lépoque contemporaine, le philosophe ne se
sent pas moins appelé à servir efficacement lhomme
(individu et citoyen) et toutes les sciences dans leur élan vers
le progrès. Et il fait cela grâce à une activité de pensée qu’il
développe autour des principes et des constructions
synthétiques que les sciences et les connaissances humaines
recèlent.
Ainsi donc, « ɸɩλóσοφος », « Philo-sophos » est donc
cet amoureux d’aujourd’hui qui a comme champ d’amour, i.e.
d’étude, l’homme et la science.
De« ɸɩλóσοφος » vient « ɸɩλóσοφɩα ».
C. ɸɩλóσοφɩα
« ɸɩλóσοφɩα » est présent dans la langue grecque et
c’est de la traduction française que l’on en retient l’expression
« Philosophie ».
La philosophie est donc grecque de par son origine.
Cest cela qui a fait dire à Heidegger que la philosophie est
grecque dans son être même, cest-à-dire dans ce quelle a
de plus fondamentale. De ce fait, elle sest toujours
présentée comme consubstantielle de la naissance de la cité
grecque et comme solidaire de lavènement de la pensée
discursive ainsi que des transformations dans les institutions
politiques, économiques, juridiques, culturelles et même dans
le changement des rapports entre les peuples en Grèce.
23
Et de par cette origine, la philosophie est amour de la
science, amour de la vérité, amour de la sagesse, etc. E.
Dirven la décrit comme une science objectivée du réfléchie.
Cest donc une science comme toutes les sciences mais dont
la spécificité est principalement lusage de la réflexion pour
atteindre ses objets. Par ailleurs, dans son Génie du
christianisme, Chateaubriand présentait la philosophie comme
étant létude de toutes les sciences dans leur diversité et leur
spécificité. Dans ce sens, la philosophie sentend dans le
sens dune inclinaison, dun penchant à connaître, dun
attachement à découvrir et à montrer le sens de la science.
Mais dans tous les cas, la philosophie reste un effort que fait
le chercheur, lamoureux du vrai, du rationnel et du
raisonnable pour comprendre et expliquer. Comprendre et
expliquer quoi ?
En effet, la philosophie est, strictu sensu, une activité
de penser en première personne visant à comprendre et à
expliquer le bienfondé de la science, des rapports de
lhomme à la science ainsi que de ladéquation des
procédés et des résultats de lactivité scientifique aux
préoccupations humaines. En cela elle est une philosophie des
sciences, une épistémologie.
Mais la philosophie va au-delà la science, du moins
au-delà des sciences dites positives, pour retrouver la
compréhension et lexplication sur lhomme, sur le sens de
24
la vie humaine, sur la destinée humaine et même sur lau-
delà, lau-delà du sensible et du visible, sur Dieu.
Cest dailleurs en fonction de la pluralité de son
intention que la philosophie pouvait être divisée par la
scholastique en trois grandes branches : la philosophie
naturelle, la métaphysique et la philosophie morale.
La philosophie naturelle étudie la nature : la physique, la
biologie, lastronomie, la chimie, etc.
La métaphysique soccupe des principes premiers qui sont
considérés comme étant au fondement de la réalité : lâme,
lesprit, la mort, la sorcellerie, la magie, Dieu, etc.
La philosophie morale soccupe de tout ce qui concerne le
bien-vivre individuel et collectif : que faut-il faire ou ne pas
faire ? Elle scrute pour cela les rapports de lhomme avec les
autres, les rapports de lhomme avec lunivers.
Aujourdhui, la philosophie traite de toutes les
questions : de la politique (philosophie politique), de lart (la
philosophie de lart ou lesthétique), de la religion
(philosophie de la religion), de la rhétorique (philosophie du
25
langage), de la raison discursive (la logique), du
développement (philosophie du développement), etc.
De ce fait, sagissant de la philosophie, lon se
trouve en présence dune vision densemble qui englobe
létude systématique de toutes les sciences, de tout ce qui
entoure les sciences et de tout ce qui peut être considéré, à
tort ou à raison, comme allant au-delà du scientifique. Il
sagit dune étude réfléchie sur la meilleure manière de
conduire les activités scientifiques et dune saisie
compréhensive et explicative des faits et des phénomènes qui
touchent à lhumain ou qui frappent à la conscience humaine
et qui, de ce fait constituent un problème pour lhomme. A
ce titre, la philosophie est un outil précieux pour développer
le sens critique et permettre daméliorer ce qui pose
problème dans le champ social.
Cest de là que découle par ailleurs la pertinence de
lexpression « philosophie de léducation » lorsque, par le
sens critique, il est question de comprendre et dexpliquer
les tenants et les aboutissants du processus éducatif en vue de
promouvoir des changements dans le sens de lamélioration.
Mais quest-ce quest léducation ?
1.1.2. Education
Il est un fait que lhomme naît naturellement seul.
Mais il est appelé, dès sa première enfance, à vivre ensemble
avec les autres. Mais pour rendre cette vie densemble
26
possible, il faut dépasser le niveau primaire de lêtre isolé,
autosuffisant et égocentrique et souvrir à un niveau
secondaire de socialité. Pour ce faire, il est nécessaire de
mettre en uvre des outils théoriques et pratiques qui
puissent permettre de former, dinformer et de développer
les capacités dintégration de lêtre humain. Cela ne peut se
faire que grâce à léducation.
En effet et dune manière générale, léducation est
un processus de socialisation par lequel une société forme ses
descendants de génération en génération et favorise leur
intégration grâce à lacquisition des savoirs, des savoir-faire
et des savoir-être considérés comme nécessaires à la vie, à la
survie et au bien-vivre ensemble de lespèce dans son
ensemble.
De la sorte, grâce à léducation, une ou plusieurs
fonctions sociales sont développées suivant des étapes par
lapprentissage et lexercice et ses fonctions sont
perfectionnées selon les besoins et les contextes pour assurer
à chaque membre laccès à une connaissance structurée de
soi-même, de la société à laquelle on appartient et même des
autres sociétés dans le sens de la globalisation. Cest grâce à
léducation que lintelligence théorique et lintelligence
pratique de lêtre humain se développent et saffinent à
travers laction dautrui ou à travers le self-education.
Lintelligence théorique permet de comprendre, dexpliquer
27
et de faire comprendre. Lintelligence pratique permet de
fabriquer.
En effet, le processus de léducation met
généralement ensemble les initiés (apprenants, élèves,
étudiants, etc.) et les formateurs (société, parents,
enseignants). Les formateurs sont généralement des personnes
outillées dans le domaine et qui, de ce fait, ont la charge de
transmettre des connaissances à ceux dont le besoin est
ressenti aussi bien par eux-mêmes que par la société dans
laquelle ils vivent. Lobjectif poursuivi est de permettre aux
apprenants de participer effectivement à la réalisation de leur
bien-être individuel et du bien-être collectif.
Cest pour cela que du point de vue étymologique,
lexpression « Education » vient du terme latin « educere »
qui est un composé de « ex » et « ducere » qui signifient :
conduire hors de, faire sortir de. Cest donc un processus qui
consiste à faire sortir un être humain de létat dignorance
vers un état de connaissance.
Cest dans ce sens que généralement les personnes
qui connaissent ont la charge damener des personnes moins
connaissantes ou ignorantes à la connaissance du vrai, du
bien, du juste, de lefficace et de lefficient selon les
normes, selon les règles de conduite et selon les habitudes de
la société locale ou globale. Il sagit donc de faire sortir la
personne de lisolement.
28
Ainsi, éduquer, cest aider lêtre humain à
sépanouir conformément aux bonnes habitudes de la
société, lui assurer la formation et le développement des
capacités physiques et intellectuels dans un milieu humain.
Cest pour cela que léducation est un processus de
socialisation.
Cependant, il existe plusieurs orientations en matière
déducation. Mais une bonne éducation doit être à la fois
théorique et pratique. En effet, quand elle est théorique,
léducation est destinée à développer les connaissances
fondamentales de la personne. Cest le développement de
lintelligence théorique par lacquisition des savoirs. Mais
quand léducation est pratique, elle est destinée à faire
acquérir à la personne humaine des capacités dagir (privées
et/ou publiques), des capacités de produire, de reproduire (de
transférer), des capacités de fabriquer (technique).
Par ailleurs, une éducation peut être physique. Elle
consiste en un ensemble dexercices musculaires réalisés
grâce à des sports propres à favoriser le développement
harmonieux du corps (gymnastique). Néanmoins, quelle
soit théorique, pratique ou physique, une bonne éducation
vise à la fois le développement théorique, pratique et
physique de lêtre humain.
Dune manière très schématique, on peut résumer les
objectifs de léducation de la manière suivante :
29
A. Cultiver des capacités humaines fondamentales
dont, notamment, le développement de la réflexion critique,
de limagination, de lautocritique et de lhabileté à
raisonner, à argumenter, à peser les données et à se former
son propre jugement.
En agissant ainsi, on espère quà laide de ces
capacités et des capacités dérivées, lapprenant sera capable,
in fine, de sautodéterminer et de vivre la vie dun homme
libre, cest-à-dire, une vie à labri de lignorance, des
préjugés, des superstitions et des dogmes : une vie où la
personne humaine peut choisir sans contrainte ses croyances
et planifier son modèle de vie conformément à une vision
densemble.
B. Favoriser des qualités intellectuelles comme
lamour de la vérité, lobjectivité, la curiosité intellectuelle,
etc.
De la sorte, léducation permet à la personne
humaine de développer son esprit scientifique. Car, tout esprit
scientifique a pour fondement une curiosité intellectuelle
soutenue par lamour de connaître ce qui est vrai et de le
partager.
C. Promouvoir des qualités morales comme
lhumilité, le respect et le souci des autres avec une saine
réserve (scepticisme) à légard de tout ce qui se donne
comme dernier mot.
30
Grâce à ces qualités, léducation permet à la personne
humaine de ne pas se considérer comme lépicentre autour
duquel tout devrait tourner à son unique bénéfice. Par contre,
les capacités acquises grâce à léducation rendent la
personne humaine susceptible de tolérer la présence des
autres, de respecter leurs opinions et leurs croyances et, le cas
échéant, dadhérer aux usages des autres sils sont jugés
pertinents. ²
D. Initier lapprenant aux grandes réalisations
intellectuelles, morales, religieuses, littéraires et techniques
qui ont impact éprouvés à la fois sur les conditions de vie
individuelle et collective. Cela permet dinitier la personne
humaine au capital culturel de sa propre communauté et au
potentiel culturel de lhumanité.
Cest dans ce sens que léducation se présente
comme étant un ensemble de processus et de procédés qui
permettent à tout être humain daccéder progressivement à la
culture, aux acquits et aux prérequis dune vie densemble,
à la « civilisation ».
Mais lorsquune éducation narrive plus à atteindre
ses objectifs, cest en ce moment-là que lon perçoit la
nécessité dune réflexion sur léducation. Cette réflexion
doit permettre à la science de léducation de revisiter ses
outils conceptuels et praxéologiques avec comme objectif
daccéder à de meilleures pratiques et de meilleurs résultats
31
dans la socialisation et lintégration des citoyens. Cest en
ce moment-là que commence la philosophie de léducation.
Donc, dune manière plus précise, la philosophie de
léducation commence là où se termine la pratique de
léducation, cest-à-dire effectivement là où apparaissent
les limites, les défis et les biais dans lexercice du métier
déducateur.
1.1.3. Le concept de philosophie de léducation
Comme nous lavons souligné ci-dessus, la
philosophie, en tant que « science des sciences », a
léducation de la personne humaine dans son champ
daction. Cest pour cela quune philosophie de
léducation est possible en tant quune réflexion critique sur
des problèmes de léducation et sur les fondements de
lactivité éducative.
En effet, la philosophie de léducation a pour finalité
de faire correspondre les contenus de léducation aux
aspirations de la société, aux projets à court, à moyen et à
long terme dune communauté, dune nation et même de
lhumanité toute entière.
Cest pour cela que la réflexion critique de la
philosophie sur léducation est une nécessité à partir de
laquelle toute réforme éducative est possible. Car, une
réforme est nécessaire pour adapter les contenus de
léducation à la réalité changeante, à de nouveaux contextes
32
et aux nouvelles aspirations de la communauté humaine. De
ce fait, la réflexion du philosophe sur léducation doit être
impérativement soumise aux spécialistes de léducation afin
de les inciter à modifier le contenu des programmes éducatifs
et dadopter de nouvelles réformes.
Lon saccordera néanmoins à reconnaître que la
philosophie et sa réflexion critique commencent là où les
vérités ne font plus lunanimité, là où tout ce qui était
évident pour tout le monde cesse de lêtre, là où les données
de la science sont en rupture avec les attentes, là où les
anciens modèles sont frappés dobsolescence8.
De ce fait, une philosophie de léducation se
développe là où le consensus est brisé sur les contenus
éducatifs, là où ce que lon a enseigné est devenu inadapté
par rapport aux besoins et aux projets dune communauté
humaine. Une philosophie de léducation est donc appelée à
promouvoir un nouveau consensus sur les méthodes, les
contenus et les différents processus de léducation.
Ainsi, lutilité de la philosophie de léducation
réside essentiellement en sa capacité de proposer de nouveaux
modèles pour susciter des changements, transformer les
réalités existantes et déclencher des réformes en vue de
provoquer des améliorations dans les contenus éducatifs et,
par conséquent, infléchir positivement les conditions de vie
humaine.
8
Op. Cit.
33
Cest pour cela quaujourdhui, la pensée critique
de léducation prend position, de manière générale, à partir
de trois références pour provoquer des améliorations. La
première référence, cest lhistoire ancienne des rapports
entre la philosophie et léducation dans la culture
occidentale. Comme on le sait, dans la culture occidentale,
léducation était la chasse gardée de certaines catégories de
personne. Elle se basait sur la vision du monde proposée ainsi
par la philosophie.
La deuxième référence, cest la remise en question
théorique et pratique de lhumanisme, liée à la domination
contemporaine des sciences exactes, des sciences humaines et
des sciences sociales. Grâce à cette remise en question,
lhumanisme est devenu un attribut à lêtre humain dans sa
totalité et léducation ne pouvait quen être tributaire. Une
nouvelle philosophie de lhomme fondée sue la liberté,
légalité et lautonomie de chacun exigeait un
réaménagement des perspectives et des présupposés de
léducation.
La troisième référence, cest celle de la prise en
compte de lapproche du troisième millénaire caractérisé par
la crise de la modernité et la globalisation. Ainsi, les contenus
éducatifs devront être conçus, distribués et redistribués au
monde devenu comme un village planétaire. Le cas de la
distribution rapide des maladies pandémiques à lhumanité
dans son ensemble est aujourdhui assez évocateur.
34
En RD Congo, de manière particulière, une
philosophie de léducation ne peut se passer de prendre en
compte linadéquation entre la culture éducative coloniale et
la culture éducative postcoloniale. La première constitue un
modèle qui a été battu en brèche par laccès des Congolais à
lindépendance. Pendant la période coloniale en effet,
léducation était utilitaire et essentiellement orientée vers les
besoins du colonisateur. La deuxième, par contre, prend la
direction de lindépendance et donne un contenu à
léducation suivant les perspectives de lémancipation.
Aujourdhui, la philosophie de léducation prend
position par rapport à louverture de la RD Congo à la
démocratie. Cest pour cela quelle est dans lobligation de
proposer des contenus éducatifs adaptés à cette circonstance
et de résoudre notamment les problèmes de lécole en
milieux ruraux.
1.2. Fondement théorique dune Philosophie de
léducation
La question que lon peut se poser ici est celle de
savoir sil existe un fondement théorique à la philosophie de
léducation.
En effet, les sciences de l'éducation puisent
leurs fondements théoriques, entre autres, dans la
psychologie, dans la sociologie, dans la philosophie et dans
les sciences cognitives. Toutefois, on peut traditionnellement
35
identifier quelques formes spécifiques de fondements
théoriques de la philosophie de léducation de la manière
suivante.
Fondement logique et Fondement éthique.
Le Fondement logique stipule quon ne peut éduquer,
que s'il y a un résultat possible, sinon cela ne sert à rien.
Léducation a donc pour base la volonté ou le désir de
former un être humain, laction véritable de convertir un être
isolé en une personne sociale et socialisable.
Si éduquer ne vise aucune finalité, lacte éducatif
perd tout son sens et sen trouve automatiquement voué à
léchec.
Le Fondement éthique suppose qu'il y a toujours
quelque chose de mieux dans l'autre, même si on ne le voit
pas ; il y a reconnaissance de l'existence d'un potentiel
toujours perfectible grâce à léducation. En ce sens, il
nexiste donc pas de personnes bêtes ou vides de sens ; que
cela soit palpable ou pas, perceptible ou non, il y a toujours
une base au fond de chaque individu, qui nattend que
dêtre perfectionné pour quelle saffirme. Cest pour
cela que léducateur peut aussi apprendre de son apprenant.
Le fondement théorique de Descartes.
En philosophie, depuis Descartes, il nest plus
évident de pouvoir obtenir immédiatement une preuve
36
absolue les évidences sont toujours perfectibles. De ce fait,
on se trouvera toujours en présence d'un faisceau concordant
de présomptions.
Lon peut rappeler ici les éléments essentiels de la
méthode proposée par Descartes :
Rejeter tous les préjugés ;
Découper un problème en éléments les plus simples
possibles ;
Avancer par étapes à partir du plus simple vers le complexe.
Descartes pratiquait le doute systématique sur la
véracité des concepts et il recherchait une base de départ dont
la vérité soit établie.
En éducation en effet, on doit rejeter tous les
préjugés : les préjugés raciaux, les préjugés du genre, les
préjugés de catégories sociales, les préjugés des langues, les
préjugés des tribus, des clans, etc. Léducation doit se
répartir de manière égale et équitable entre toutes les couches
dans les mêmes conditions matérielles. La base solide de
toute éducation, cest lhomme. En face de lhomme, il y a
la société, son contexte. Mais la société est plurielle.
Léducation doit donc tenir compte de la pluralité et de la
diversité humaine. Les contenus de léducation ne doivent
donc pas être rigides. Ils peuvent à tout moment, selon le
changement du contexte, être soumis au doute, un doute
37
méthodique destiné à leur donner un fondement solide. La
meilleure, cest celle qui consiste à tout analyser en détail,
sans rien laisser au hasard pour découvrir les aspects les plus
cachés de la réalité en vue de mieux les connaître et les
soumettre, le cas échéant à des modifications.
Cest le sens de la falsifiabilité prônée en
épistémologie par le philosophe allemand Karl Popper. En
effet, du point de vue générale, falsifier un énoncé consiste à
démontrer quelle est fausse parce quelle contient des
erreurs, parce quelle ne correspond à la réalité ou parce
quun énoncé concurrent est plus apte à prendre en compte
les faits. Les énoncés de léducation devraient sadapter à
un tel processus.
1.3. Importance du cours de philosophie de
léducation
Ce recuueil cours de des notes de philosophie de
léducation est dune importance capitale pour le
psychopédagogue. Ce dernier ne peut sen passer en tant que
futur enseignant.
Car, lae cours de philosophie de léducation a pour
ambition de fournir au psychopédagogue, des notions
susceptibles de linitier à une réflexion, un texte servant de
base à une investigation sur le processus éducatif, dont il aura
la charge.
38
En outre, une philosophie de léducation ce cours a
aussi pour but damener le psychopédagogue à développer
un questionnement objectif, de façon à analyser sans idées
préconçues, ni préjugés, les situations pédagogiques présentes
sur le terrain. Il lui fournit des indications en faveur dune
réflexion sur l'éducation du point de vue de sa finalité et de
ses institutions,
Ainsi, la philosophie de léducation ce cours
développe et aiguise chez le psychopédagogue, une
interrogation objective et constructive sur les valeurs
transmises par la pédagogie.
Cest pourquoi, sans initiation à la philosophie de
léducation un cours de philosophie de léducation, la
formation du psychopédagogue à lISP/Kananga serait
forcément incomplète ou et inachevée. Car un éducateur doit
connaitre le contenu de son enseignement (quoi) et la raison
pour laquelle il enseigne (pourquoi). En outre, il doit savoir
quel est lidéal de lêtre humain à bâtir, quel est le type à
former et pour quelle société.
En résumé, la philosophie de l'éducation n'est pas une
doctrine, mais un questionnement qui remet radicalement en
cause tout ce que nous croyons savoir dans le domaine
éducatif : « pourquoi éduquer ? « En vue de quoi ? ».
Ainsi, Philosopher sur léducation, consiste à
sinterroger « sur le normatif, laxiologique ». Cest
39
chercher à « élucider les valeurs morales en jeu dans la
rencontre entre léduqué et léducateur ». Cest poser des
questions cruciales du genre : « à quelles fins éduquer ?
Quelles sont les finalités de léducation ? ».
40
CHAPITRE 2. LES FINS ET LES
POSSIBILITES DE LEDUCATION
Lorsquil est question des fins et des possibilités de
léducation, il est impérativement nécessaire de répondre à la
question suivante : « pourquoi éduquer ? » : dans quelle
mesure éduquer un être humain est-il légitime ? Avons-nous
le droit dintervenir dans la vie de lêtre humain et de
léduquer ? Si oui, quelle est la source de ce pouvoir ?
Quest-ce qui justifie notre action ?
Au-delà du droit, ce sont là quelques-unes des
questions philosophiques autour de léducation. Mais toutes
ces questions se résument, in fine, à celle de savoir quelle est
la finalité de léducation. Néanmoins, laction éducative est
légitime et plusieurs arguments peuvent être avancés pour le
soutenir.
En effet, éduquer un être humain est un droit
universel. Cest pour cela que léducation commence par la
famille en tant que cellule de base. De fait, une famille est
composée, dune manière générale, des parents (un père, une
mère) et des enfants (filles et garçons). Cest la famille qui
doit assurer la première éducation à sa progéniture.
41
De fait, dans les premiers moments de son existence,
lêtre humain est dépendant de sa famille. Cest elle qui
doit prendre en main la conduite de son développement tant
physique que spirituel, lélever selon les conceptions et les
schémas sociaux intégrés. Ainsi, la famille a la charge de
faire de lenfant un être humain véritablement accompli,
épanoui au sens complet du terme. Léducation à la base est
donc luvre des parents. Les enfants ne sauraient leur
pardonner sils naccomplissaient pas cette tâche.
Cest pour cela quun déséquilibre familial peut
avoir un impact négatif sur léducation de lenfant. Ce
déséquilibre peut se manifester par lexistence des familles
séparées, des familles monoparentales ou des familles à
problème (où les parents vivent des situations conflictuelles).
Un tel déséquilibre peut conduire à une éducation biaisée. Et
un enfant à éducation biaisée constitue un cas pour un
psychopédagogue qui aura de ce fait la tâche de le rééduquer.
Comme droit universel, léducation est aussi un droit
social et civique. En effet, chaque société a acquis un
héritage, un patrimoine culturel en termes de civilisation à
transmettre et dont dépend sa survie. Dans ce sens,
léducation devient non pas seulement un droit mais un
devoir pour, pour la société et pour lEtat qui, à terme,
attendent des services qui leur seront rendus par les citoyens
formés.
42
Cest pour cela que conçue comme entreprise,
léducation reçoit un investissement de la part de la société.
Lenfant dans ce processus bénéficie dun investissement
important. La société espère tôt au tard en tirer des bénéfices.
Il faut toujours préciser que si léducation est légitime, un
ensemble de questions méritent une attention : quest-ce que
lapprenant doit apprendre et quel type dhomme faut-il
former ?
En effet, toutes les sociétés humaines - mêmes celles
dites « primitives9 » - se soucient de léducation de leurs
descendances. Cependant, la fin visée par léducation varie
dune société à une autre et est à la fois directement
proportionnelle et étroitement dépendante du contexte social
en présence. Ce qui revient à dire que chaque société impose
aux individus qui la composent un système particulier
déducation en fonction de ses finalités.
Néanmoins, les fins de léducation, quelles soient
définies ou non, se rapportent toujours à deux composantes :
lindividu et la société.
2.1. Les fins de léducation
Avant daborder la question des fins de léducation,
il sied de revenir dabord sur le concept de finalité.
9
Ce terme est devenu aujourdhui inapproprié.
43
2.1.1. Le concept de finalité
La finalité dune éducation en est le « pourquoi », le
sens, par opposition à son « comment », aux mécanismes ou
fonctionnements quelle met en jeu.
En effet, la finalité est éprouvée comme une évidence
lorsque lon entreprend de faire quelque chose, dobtenir un
résultat. Cette évidence conduit à interpréter comme
« finalisée » laction observée dun autre : Que veut-il
faire ? Quel est le sens de son acte ?
On pense observer de la finalité, non seulement dans
laction dun homme, mais dans le comportement ou la
structure dun organisme, même supposé inconscient, si
lon y voit une certaine adaptation des moyens à une fin.
Cest pour cela que même un appareil qui résulte de notre
« faire », nous savons quil est finalisé par nous. Notre
« faire » exprime le sens de notre effort. Cest pour cela que
laction finaliste suppose un effort persistant. Elle peut avoir
commencé sur un stimulus, mais elle persiste après que le
stimulus a cessé. Cet effort est laborieux, inquiet dun échec
possible. Lagent sait, contre toutes les théories, quil ne
peut se borner à fonctionner, et quil doit toujours
sefforcer. Cet effort nest pas toujours orienté vers un but
conscient, mais il est toujours orienté vers lavant, vers un
objectif à réaliser qui est plus ou moins défini. Cest cet
objectif qui sexprime en termes de fin, en loccurrence, les
44
fins de léducation qui sont les buts ultimes dun système
éducatif.
En effet, un système éducatif est un réseau de règles et
dactions volontaires et continues visant à conduire la
personne humaine à la maturité. Cest pour cela que les fins
dun système éducatif sont fonction de la conception de la
personne humaine et de la société.
Néanmoins, les fins de léducation sont nombreuses
dautant plus que les sociétés sont diversifiées et les besoins
variés. Mais en tout état de cause, on peut les regrouper selon
quelles ont trait à la société ou à lindividu.
2.1.2. Les fins individuelles
La personne humaine est considérée comme une
individualité qui devrait pour atteindre sa plénitude
développer toutes ses facultés intellectuelles et physiques.
Laction éducative na alors ici quune visée, celle de
permettre à lindividu de pouvoir épanouir toutes ses
potentialités. Ici, on éduque lindividu selon ses aspirations
personnelles, il na aucune pression dans cette éducation qui
est comprise entre les soucis daffermir et denrichir sa
pédagogie par le développement de ses aptitudes.
2.1.3. Les fins sociales
Pour les sociologues, léducation a pour finalité
lintégration de lindividu dans la société, elle suppose une
45
transmission des valeurs culturelles entre les plus âgés et les
plus jeunes. Dans sa conception historique la fin ultime de
léducation était linsertion harmonieuse de lindividu
dans son environnement social.
La société était un tout, il est donc vain de vouloir
élever lenfant pour lui-même. Il nest donc pas possible de
fermer les yeux sur tout ce que la société humaine dans son
ensemble a élaboré de précieux, de bien dans la mesure où
lon ne saurait être en dehors de cette dernière. Lhomme
ne peut se réaliser quen société.
2.1.4. Les fins humanitaires
Laction éducative au-delà des sociétés et de diverses
approches philosophiques se trouve réconcilié dans
lhumanité. On néduque pas en effet un enfant, pour nen
faire quun citoyen et un travailleur. La fin de toute
éducation est donc lhomme, cest-à-dire un être capable de
communiquer avec tout ce qui est humain.
Cette notion dhumanité rend ainsi caduque la notion
même de point final de léducation au sens dune limite
quon pourrait atteindre au terme dun processus. Car, on
nen finit pas de devenir un homme et comme le dit John
Dewey, le but de léducation est de permettre à chaque
individu de ninterrompre jamais son éducation.
Pour Rabelais, la finalité de léducation est un
gigantesque épanouissement humain, lhomme dispose des
46
ressources infinies et doit sappliquer à les développer.
Cest pour cela que léducation est un processus continu.
Erasme quant à lui pense que lhomme véritable
est celui dont lesprit est cultivé, mais cultivé avec
délicatesse et raffinement. Et dans ce raffinement
éducationnel, la formation morale est capitale et la bonne
conduite qui fait véritablement lhomme est celle qui se
conforme à la morale.
Montaigne estimait pour sa part que la bonne
éducation nécessite quon prépare lindividu aux épreuves,
aux prises de partie rapides et assures. Léducation consiste
donc à bien faire lhomme. Ainsi, pour bien éduquer
lhomme, il faut cultiver lâme, le corps et lesprit. Il faut
aussi cultiver le jugement pour avoir une tête bien faite au
lieu dune tête bien pleine.
Lon pourrait toutefois retenir que la finalité de
léducation, que ce soit au niveau individuel ou collectif
consiste, aujourdhui, à décloisonner lêtre humain en
louvrant à la compréhension et à la relation en faisant appel
à la fois au rationnel et au raisonnable, à la sensibilité et au
senti qui permettent à tout homme de retrouver le sensé
comme étant à la fois le lieu de lunité dans la diversité.
47
2.2. Les possibilités de léducation
Quand on parle de « possibilité », on se réfère au
caractère de ce qui peut être fait. En effet, une chose est
possible, lorsquelle peut être réalisée grâce à la mise en
uvre des moyens dont-on dispose. A cet égard, la question
que nous pouvons nous poser ici est la suivante : léducation
est-elle possible ? De cette question, plusieurs autres peuvent
découler : Existe-t-il des milieux où peuvent sexercer des
activités éducatives ? Quelles sont les opportunités
éducationnelles disponibles pour la socialisation dun être
humain ? Léducation qui doit être donnée, est-elle une
action possible ? Si la réponse affirmative à ces questions
paraît évidente aujourdhui, elle ne la pas toujours été dans
le passé.
En effet, les déterministes et les nihilistes renient toute
possibilité de léducation. Selon eux, chacun naît avec un
potentiel qui se développe de lui-même jusquà un certain
degré et selon une orientation fatale quels que soient les
efforts tentés par lindividu ou son milieu pour influencer
son développement. Ils sont relayés dans cette direction par
les pessimistes qui pensent que lindividu peut subir
linfluence du milieu, donc de léducation, mais la portée
de cette influence dépend du bagage congénital. Donc il
existe des dispositions que chacun porte à sa naissance. Celui
qui a de mauvaises dispositions ne peut pas acquérir une
bonne éducation.
48
Cependant, les optimistes existent. Ils croient quant à
eux à la possibilité et à lefficacité de léducation. Celle-ci
peut changer lenfant du tout en tout. Cest dans ce sens,
par exemple, quAristote considérait lesprit de lenfant
comme une tablette lisse sur laquelle rien nest écrit, mais
sur laquelle on peut tout écrire. Dans ce sens, léducation
peut être un moyen assez fort pour transformer la nature
dune personne en son contraire. Cest pour cela que
lesprit de lenfant peut être considéré comme un champ à
cultiver qui produira telle ou telle moisson selon la semence
que léducation y aura déposée.
Cest le point de vue optimiste qui a cours
aujourdhui. Mais en tout état de causes léducation est une
tâche assez difficile. Elle a des limites qui peuvent être liées à
lindividu (facteurs internes) ou à la société (facteurs
externes). Dans les facteurs internes, on peut considérer entre
autres les variables physiologiques ou organiques, les facteurs
psychologiques, les facteurs physiques, etc., qui exigent
quun programme déducation puisse impliquer des
mécanismes dorientation.
Dans les facteurs externes nous avons les milieux
physique et matériel (famille, école, locaux, mobilier, etc.), le
milieu intellectuel et moral (chez lenfant, dans le milieu
familial et social, la rue, etc.).
49
2.2.1. Les milieux éducatifs
Dune manière générale, chaque être humain naît
immature, dépendant, incapable dexercer des activités sans
laide dautres personnes qui soccupent de lui. Ces autres
personnes peuvent être regroupées en quatre milieux éducatifs
au sein desquels les enfants apprennent à penser, à sentir, à
désirer et à prendre lhabitude dagir dans tel sens.
Ces quatre milieux éducatifs sont les suivants : la
famille, la société, léglise, lécole. Lenfant se retrouve
comme le centre dintérêt de ces milieux qui constituent
pour lui des piliers.
Société Eglise
Famille Ecole
Enfant
La socialisation et lintégration se font à travers ces quatre piliers.
En effet, cest en famille, dans la société, dans les
églises et à lécole que lenfant apprend à juger, à former
des buts et à choisir un comportement dans un contexte de
vie. La famille en est la cellule de base. Car, cest en famille,
50
déjà à partir des premiers contacts avec sa mère, que lenfant
apprend à se nourrir, à parler, à faire et à défaire, à aimer, à
compatir. Cest en famille que lenfant apprend que
lavenir est possible : il apprend à espérer et à devenir
adulte.
Par ailleurs, la société est constituée de toutes les
rencontres de lenfant en dehors de la famille, en dehors de
léglise et en dehors de lécole. Ces rencontres peuvent
avoir lieu dans la rue, dans les médias, dans les réseaux
sociaux, dans des lieux publics comme les marchés ou dans
diverses activités dans lesquelles lenfant se trouve en
présence des personnes plus ou moins étrangères.
Léducation de lenfant est ici diffuse, cest-à-dire éraillée
dans un supermarché des repères mis en place par une
industrie des programmes allant dans tous les sens. Lenfant
peut tout y apprendre : lamour comme à la haine, lespoir
comme le désespoir, la responsabilité comme la délinquance.
Cest à travers léducation diffuse que lenfant
peut, dans le pire des cas, contracter une malnutrition
spirituelle : aucun sens de son histoire, aucune image de ses
potentialités, lincivilité, linjustice, la violence, etc. La
société en tant que telle nest pas le milieu éducatif le plus
approprié pour lenfant. Mais elle conserve son influence qui
doit être traitée avec prudence.
En outre, léglise constitue, avec la famille et
lécole, une institution de programmes éducatifs pour les
51
plus jeunes. Mais il sagit dune institution fortement
orientée vers une éducation religieuse fondée sur la croyance
en une divinité qui commande lapprentissage, ladoption et
laccomplissement des rites communément partagés sous
forme dune confrérie. Cest pour cela que la religion
apprend aux plus jeunes à aimer Dieu et à aimer le prochain.
Ce dernier est généralement considéré en premier lieu comme
celui avec lequel on partage la même croyance. Mais la
religion devient dangereuse lorsquelle conduit lenfant à
des radicalismes et à des exclusions.
La famille, la société et les églises constituent, mutatis
mutandis, la part informelle du processus éducatif.
Pour sa part, lécole constitue une institution par
excellence des programmes déducation sous forme
denseignement formalisé. Si, en effet, la famille, la société
et léglise constituent avec lécole des piliers du processus
éducatif, la différence avec lécole réside dans le fait quà
lécole, les pouvoirs publics déterminent les matières à
inscrire à différents programmes précis denseignement
adaptés aux capacités physiques, mentales et intellectuels des
enfants qui sont soumis à la discipline et au contrôle scolaire
dacquisition des savoirs, des savoir-faire et des savoir-être.
Cest pour cela quà lécole rien nest laissé au hasard.
Cest en fait à lécole que sappliquent les règles,
les principes et les recommandations de la science de
lenseignement qui, comme lindique Ngongo Disashi, est
52
une étude systématique des actes denseignement en vue de
déterminer les normes, les principes et les prescriptions en
vue de la réalisation des objectifs pédagogiques.
2.2.2. Les possibilités individuelles de léducation
A travers les quatre piliers (milieux) de léducation,
chaque enfant a la possibilité daccéder à une éducation par
lui-même (self-education).
En effet, par lui-même, lenfant peut accéder à toutes
les formes de connaissances disponibles dans la société. Il
peut apprendre à parler des langues autres que la langue
maternelle pour une communication plus élargie selon ses
besoins. De même, dans les contacts avec les autres enfants
ou les autres adultes, il peut acquérir des habitudes autres que
celles quil pourrait acquérir en famille, à léglise ou à
lécole mais dont il pourrait avoir besoin en vue de réaliser
ses propres objectifs.
Par exemple :
Un enfant qui devient « kuluna » (enfant de la rue),
napprend pas cela en famille. Il ne lapprend pas à
léglise ni à lécole. Cest plutôt dans la rue que lenfant
apprend les comportements de la rue, par lui-même et à
travers des contacts non structurés.
53
Un enfant peut apprendre la prostitution grâce à la
visualisation des films ou des vidéos pornographiques à la
télévision ou sur son propre téléphone portable.
De la même manière, un enfant pourrait devenir voleur,
cambrioleur ou assassin à travers la lecture des romans
policiers ou la visualisation des films de cambriolage à la
télévision, dans un ciné ou sur nimporte quel support qui
serait à sa disposition.
Cest pour cela que la self-education peut apporter
des biais ou des déformations dans la finalité de léducation
par rapport aux attentes de socialisation et dintégration
désirées par la société. Mais ses biais peuvent être une
réponse aux aspirations individuelles qui se sont formées et
développées au fil des contacts.
Néanmoins, dans ses contacts non structurés, il est
toujours possible que lenfant apprenne certaines pratiques,
certaines techniques ou certaines habitudes qui pourraient être
utiles aussi bien à lui-même quà son entourage.
Par exemple :
Un enfant africain peut apprendre à tendre des pièges, à tisser
des lianes ou à fabriquer des petits ustensiles de grande utilité
uniquement grâce à des contacts non structurés dans la
société.
54
Une fille peut être initiée aux activités ménagères grâce aux
jeux denfant avec dautres filles.
Un enfant peut apprendre un métier, devenir chauffeur,
mécanicien, maçon ou autre à travers un apprentissage aux
côtés des professionnels non enseignants sans que
nintervienne un programme précis déducation.
Ainsi, il va sans dire que dans un processus de
socialisation et dintégration non structurée, lenfant
pourrait tout apprendre, de bien comme de mal, par un effort
et une attention personnels. Et cela peut être une manière
dapprendre pour soi-même, par soi-même et même pour ou
contre la société à laquelle il appartient.
Par contre dans des milieux éducatifs plus ou moins
structurés (la famille, léglise ou lécole), lenfant peut
apprendre des savoirs, des savoir-faire et des savoir-être plus
orientés vers des acquisitions acceptées comme les plus
appropriées à réaliser son bien-être individuel : devenir un
être libre, autonome et ouvert aux autres.
Néanmoins, de tous ces milieux éducatifs, lécole est
le pilier le plus structuré approprié à la réalisation des
potentialités individuelles et sociétales de léducation. Mais
lécole se présente aujourdhui comme étant
essentiellement une possibilité nationale de léducation.
55
2.2.3. Les possibilités nationales de léducation
Dune manière générale, chaque pays a la possibilité
de mettre en place un programme déducation en faveur de
ses enfants. Ce programme constitue la possibilité nationale
de léducation.
En effet, la possibilité nationale de léducation la plus
objective réservée à lenfance est généralement constituée
par léducation scolaire. Celle-ci comprend les écoles
maternelles, les écoles primaires et les écoles secondaires.
Les écoles maternelles et primaires assurent une
« éducation de base » destinée à améliorer les capacités de
lenfant grâce à lacquisition des connaissances pouvant lui
permettre de construire ses compétences.
Les écoles secondaires permettent à lenfant de
sorienter vers une option de formation ou dinsertion
professionnelle. Donc lécole secondaire se situe dans le
prolongement logique de léducation de base et assure à
lenfant une éducation qui puisse lui permettre de poser
réellement des actes de participation.
Il existe aussi des établissements denseignement
post-secondaire et universitaire. Ce sont des institutions qui
organisent des formations plus spécialisées et de niveau
supérieur.
56
Chaque pays est libre dadopter un programme de
formation scolaire adapté à son contexte et ouvert aux besoins
de lintercompréhension et de linterconnexion entre les
populations du monde dans sa globalité.
Lon retiendra cependant que cest à lécole que les
enfants ont la possibilité de se mettre ensemble et
dapprendre de la même manière les mêmes matières sous la
direction dun enseignant qui applique, pour ce faire, les
normes et les règles de la science de lenseignement en se
servant des prescriptions et des recommandations de la
politique nationale de léducation.
Par ailleurs, il sied de faire remarquer quil nest pas
toujours facile de réaliser les finalités de léducation pour
chaque enfant à lécole. Car, à lécole, les apprenants
viennent dhorizons divers et ne possèdent pas toujours les
mêmes ressources. Certains ont les moyens financiers et
matériels qui leur permettent de soctroyer une éducation de
qualité, alors que ceux qui sont démunis, ne le peuvent pas.
Certains pays mettent parfois en place des politiques de
rééquilibrage.
2.2.4. Les possibilités internationales de
léducation
Tous les pays du monde ne disposent pas des mêmes
moyens ni des ressources nécessaires pour mettre en uvre
une éducation scolaire adéquate partout et de façon identique.
57
En effet, certains pays riches sarment de véritable
forteresse éducative avec des équipements et des fournitures
sans cesse mis à jour mettant ainsi sur le marché de lemploi
des résultats et des produits scolaires de grande qualité.
Cependant, à côté de cette richesse scolaire parfois arrogante,
il existe des pays pauvres qui ont parfois des écoles de fortune
dépourvues de fournitures, sans équipements mais qui sont
fréquentées par des milliers denfants enquête des
opportunités de léducation scolaire. Cette disparité entre les
pays riches et les pays pauvres crée un certain déséquilibre
dans léducation au niveau international.
La problématique des fins et des possibilités de
léducation au niveau international est une actualité qui
perdure depuis plusieurs décennies. Elle est étroitement liée à
la structure même de la société et à lenvironnement
international qui nest pas homogène.
Existe-t-il des mécanismes qui peuvent permettre de
puiser chez les pays riches de quoi améliorer les conditions
matérielles et spirituelles de léducation scolaire des pays
pauvres ?
Dune manière générale, cette question ne trouve pas
de réponse véritable et définitive. Malgré cet état de fait, au
nord comme au sud, tout le monde est conscient de la
nécessité quil y a de toujours éduquer et de mieux en
mieux. Cest pour cela que les nations du monde se sont
organisées autour dun certains nombres dorganisations
58
internationales ayant comme objectif de contribuer à
lamélioration des conditions déducation là où cela est
nécessaire. Parmi ces organisations, lUNESCO est une des
organisations internationales la plus significative en matière
dappui à léducation.
En effet, lOrganisation des Nations Unies pour
léducation, la science et la culture (United Nations
Educational, Scientific and cultural Organisation) a été créée
le 16 novembre 1945 pour briser lisolement et assurer la
coopération intellectuelle entre les Etats du monde. Elle a son
siège à Paris. Elle considère à juste titre que léducation est
un droit humain pour tous, tout au long de la vie, et que
laccès à léducation va de pair avec la qualité. Sa mission
est notamment dassurer la coopération internationale en
matière déducation en vue de palier à certaines carences
constatées dans le domaine de léducation scolaire des pays
pauvres. A cet effet, lUNESCO développe des activités
dont lobjectif principal est de renforcer les liens entre les
nations en vue dassure à chaque enfant et à chaque adulte
laccès à une éducation de qualité.
Cest pour cela que lUNESCO semploie
notamment à soutenir la production et la mise à disposition du
matériel et des fournitures scolaires. Elle finance la
construction et la protection des infrastructures scolaires. Elle
protège le patrimoine scientifique et gère des programmes qui
favorisent la libre circulation des idées et le partage des
59
connaissances. Elle développe des outils éducatifs pour aider
chaque individu à vivre en tant que citoyen.
Néanmoins, labondance des défis à relever et des
contraintes auxquels il faut faire face dans le domaine de
léducation rendent parfois peu visibles les apports de
lUNESCO. Cest cela qui justifie lexistence dautres
organisations internationales qui interviennent dans le même
domaine. Parmi ces organisations, on peut indiquer
lUNICEF qui est un Fond des Nations Unies pour
lenfance (United Nations International Childrens
Emergency Fund), qui intervient dans le domaine de
léducation avec comme objectif de promouvoir et de
protéger les droits des enfants.
Néanmoins, un fossé important existe toujours entre
les pays riches et les pays pauvres dans le domaine de
léducation. Ce fossé ne pourrait être comblé que dans la
mesure où la coopération entre les Etats pourrait se renforcer
davantage avec, à la clé, une répartition équitable des
richesses et des ressources mondiales dans la perspective
kantienne dun gouvernement international.
60
CHAPITRE 3. FINALITES ET
POSSIBILITES DE LEDUCATION EN
R.D. CONGO
Nous avons indiqué quil existe pour tout homme
quatre piliers de léducation, à savoir : la famille, la société,
léglise et lécole. Chacun de ses piliers a son importance
pour la socialisation et lintégration de chaque individu.
Mais dans ce chapitre relatif aux finalités et aux
possibilités de léducation en R.D. Congo, nous envisageons
léducation sous sa forme la plus formelle, la plus structurée,
la plus visible et la plus objective. Cette forme déducation
est représentée par léducation scolaire.
A cet effet, il nous a paru nécessaire de nous poser
deux questions majeures, à savoir :
Quelles sont les finalités de léducation scolaire en R.D.
Congo ?
Quelles sont les possibilités de léducation scolaire en RD
Congo ?
Cest pour répondre à ces deux questions que ce
chapitre sarticule
61
autour de deux sous-chapitres de la manière suivante.
3.1. Finalité de léducation scolaire en R.D.
Congo
Comme nous lavons indiqué ci-dessus, toute
éducation scolaire a pour finalité de renforcer les capacités et
les compétences des élèves en vue doptimiser leur
participation aux charges et aux bénéfices de la vie
densemble locale, nationale et/ou internationale.
A cet effet, chaque pays a la possibilité de se fixer des
objectifs scolaires en fonction de son contexte, de ses besoins,
des besoins de ses membres et, dune manière plus globale,
en fonction des besoins du monde conçu aujourdhui comme
un village planétaire.
En R.D. Congo, la Constitution de la république
assigne à léducation scolaire la finalité de lutter contre
lanalphabétisme. Cest pour cela que le constituant
rdcongolais a fait de léradication de lanalphabétisme « un
devoir national pour la réalisation duquel le Gouvernement
doit élaborer un programme spécifique ». Cette éradication
consiste, en effet, à rendre possible lacquisition par tous
les Congolais des connaissances et des compétences dont
chacun a besoin pour sadapter à la complexité et à la
diversité des conditions physiques et spirituelles du monde
moderne.
62
Lon pourrait néanmoins sattarder à ce sujet et se
poser la question de savoir : quest-ce quest
lanalphabétisme ?
3.1.1. Idée danalphabétisme
Lanalphabétisme est une forme doctrinale issue de
lexpression « analphabète ». En effet, analphabète est une
expression composée de « an » et « alphabète ». « An » vient
du latin « ab » qui exprime lidée dextraction, de
soustraction, de retranchement. Dans lexpression
« alphabète », il y a la présence du terme « alphabet » issu de
la langue française et qui désigne les lettres par lesquelles on
sexprime dans une langue. Celui qui connaît les lettres par
lesquelles on sexprime dans une langue est donc considéré
comme « alphabète », « alphabétisé ».
Cest pour cela que lalphabétisation consiste,
étymologiquement, en lapprentissage, sous la direction
dun maître, de ces éléments simples dont la combinaison
permet aux idées dêtre exprimées. Mais ces éléments
simples peuvent être aussi bien des lettres que des chiffres ou
des formes.
En fait, une idée peut sexprimer par des lettres, par
des chiffres ou par des formes. Cest pour cela que François
Bacon considérait lalphabet dune manière extensive
comme lensemble des formes élémentaires qui peuvent être
combinées pour exprimer toutes les vérités. Ces dernières
63
peuvent être littéraires (parler, lire, écrire, etc.),
mathématiques (diviser, soustraire, additionner, multiplier,
etc compter) ou même technique. Quelquun qui est
« alphabétisé10 » a appris à utiliser ces formes élémentaires.
Par contre, un « analphabète », cest celui qui est
soustrait de cet apprentissage. Il ne sait ni lire, ni écrire, ni
compter. Il nest pas allé à lécole. Cest de là que vient
lanalphabétisme : état danalphabète. Et par effet de
synonymie, lanalphabète est ignorant, incompétent,
incapable, illettré, inefficace, inexpérimenté, etc11.
10
Lalphabétisation peut concerner toutes les catégories de la
population et de tous les âges. Cest pour cela quelle peut prendre
plusieurs formes notamment : Alphabétisation scolarisante (Cest
létape de léducation scolaire des enfants) ; Lalphabétisation
fonctionnelle (Elle comble les lacunes des adultes et vise le renforcement
du capital humain en vue du développement communautaire) ;
Lalphabétisation conscientisant (Elle améliore le capital humain sur
des situations choisies comme centre dintérêts en recherchant des
solutions (se former pour mieux lutter contre les maladies, par exemple).
11
Existe-t-il une différence entre un analphabète et un illettré ?
Un analphabète, celui qui na jamais appris ni à lire, ni à écrire, ni à
compter est une personne qui nest pas touchée par léducation scolaire.
Cette personne na pas acquis les capacités et les compétences requises
pour comprendre et participer utilement à la vie sociale. Cette personne
nest pas lettrée. Cest un illettré de nature. Mais il existe aussi des
personnes qui, ayant fréquenté lécole, sen sont éloignées de manière à
tomber dans lillettrisme. De la sorte, lillettrisme désigne létat dune
64
Nous utilisons donc le terme analphabète pour
désigner des personnes qui ne possèdent pas les
connaissances et les compétences de base qui sont requises
pour participer et remplir des fonctions au sein de la société à
laquelle elles appartiennent.
Donc, pour le constituant de 2006, la finalité de
léducation scolaire en R.D. Congo est léradication de
lanalphabétisme, cest-à-dire la diminution du nombre des
congolais dont lincapacité avérée provient notamment du
fait quils ont été soustraits de léducation scolaire.
3.1.2. Eradication de lanalphabétisme
La lutte contre lanalphabétisme est donc un devoir
national en RD Congo. Elle est le résultat du constat selon
lequel plusieurs enfants congolais nont pas accès à
léducation scolaire.
Cest pour cela que larticle 43 de la Constitution
formalise le droit de tout congolais à léducation scolaire et
en constitue comme un garde-fou. A cet effet, en RD
personne qui a été touchée par léducation scolaire mais qui, à cause des
situations fortuites ou à la suite dun parcours psycho-social biaisé, a
perdu les capacités et les compétences nécessaires à la poursuite de ses
objectifs sociaux et des objectifs de sa communauté. Il passe donc dune
situation initiale de non-analphabète à situation nouvelle dillettré qui
peut être remontée par la soumission à des systèmes de renforcement des
capacités.
65
Congo, toute personne a droit à l'éducation scolaire selon le
mot dordre de « léducation pour tous ». Il est donc
interdit dinterdire à un congolais davoir accès à
léducation scolaire. Cest pour cela quaucune
discrimination ne peut être pratiquée dans le domaine de
léducation scolaire. Tous doivent avoir accès à lécole
quels que soient le village, la ville ou tout autre lieu de
provenance. On ne refusera donc pas à un enfant congolais de
fréquenter telle école parce quil est originaire de telle part.
De la même manière, on ne refusera pas à un congolais
daccéder à léducation scolaire pour cause de ses
appartenances tribales, religieuses, politiques, doctrinales ou
autres.
A cet effet, aucune classe ne peut être ouverte à des
élèves dune tribu, dune religion ou dune tendance
politique et fermée aux élèves issus dune tribu, dune
religion ou dune tendance politique opposées. Et dans le
même ordre didées, aucune discrimination scolaire ne peut
se faire sur la base ni du sexe des élèves, ni de leurs opinions
politiques, ni de leur état physique ou spirituel. Il est donc
interdit, par exemple, de privilégier léducation scolaire des
garçons par rapport à celle des filles. De même, aucun
handicap physique ou mental ne peut constituer en lui-même
une occasion de soustraire un enfant congolais de
léducation scolaire. Cest pour cela que léducation
scolaire est sous la surveillance des pouvoirs publics.
66
Toutefois, les établissements d'éducation nationale
peuvent assurer lenseignement des principes fondamentaux
dune doctrine religieuse particulière aux élèves. Cela est
aussi une manière de leur assurer la connaissance et la
maîtrise des prescriptions dune religion à laquelle on
appartient. Mais cela ne peut se faire quavec laccord des
parents et en collaboration avec les autorités religieuses.
Léradication de lanalphabétisme passe ainsi par la
radicalisation du droit de tous à léducation scolaire sous la
surveillance des pouvoirs publics.
Mais le droit ne suffit pas à lui seul à garantir la lutte
contre lanalphabétisme. Il existe des possibilités nationales
de réaliser cet objectif en RD Congo. Quelles sont ces
possibilités ?
3.2. Les possibilités de léducation scolaire en
RD CONGO
Comme nous lavons indiqué ci-dessus, léducation
scolaire en RD Congo a comme finalité de permettre à tous
les congolais daccéder à des connaissances, à des
compétences et à des ressources dont chacun a besoin pour
sacquitter de ses obligations en accédant à des fonctions
dintégration et de participation à la vie sociale. A cet effet
la lutte contre lanalphabétisme est un devoir national.
67
Pour mener cette lutte, les pouvoirs publics
rdcongolais ont institué un système scolaire qui comprend des
établissements déducation scolaire ainsi quun dispositif
pratique dincitation en vue de permettre à tous les
Congolais davoir accès à lécole. Mais ce système
rencontre des défis à relever pour son bon fonctionnement.
Cest pour cela quau-delà dune description sommaire de
lorganisation scolaire, nous examinerons les possibilités
incitatives ainsi que les défis de léducation scolaire en R.D.
Congo.
3.2.1. Les établissements de léducation scolaire
en RD Congo
En R.D. Congo, l'éducation scolaire comprend les
établissements de lenseignement maternel, les
établissements de lenseignement primaire, les
établissements de lenseignement secondaire ainsi que les
établissements de lenseignement supérieur et universitaire.
En effet, en R.D. Congo, léducation scolaire
maternelle organise la formation près-scolaire des enfants
dont lâge varie généralement entre 3 et 5 ans. Cette
éducation est surtout connue dans les grandes villes. Elle sert,
dune certaine manière, à décharger les parents qui ont des
préoccupations professionnelles dune partie de leurs devoirs
éducatifs en organisant le gardiennage des enfants de bas âge
et en les initiant aux premiers éléments de lécriture, de la
lecture et du calcul. Cest pour cela que lécole maternelle
68
se présente comme une éducation réservée aux milieux
favorisés.
En effet, tous les enfants rd congolais ne sont pas
obligés de sinscrire dans une école maternelle. Même en
ville, il existe des quartiers où les écoles maternelles
nexistent pas, les enfants commencent leur scolarité par
lécole primaire. Cest dailleurs pour cela que dans les
villages rd congolais, les écoles maternelles nexistent pas.
Léducation près-scolaire y est diffuse. Elle est laissée à la
charge des parents, du milieu, des autres enfants ou des
programmes des églises. Ce qui crée quand même un
déséquilibre éducatif, à lentrée de lécole secondaire, entre
les enfants qui ont fréquenté lécole maternelle et les enfants
des villages ou des quartiers défavorisés. Les premiers auront
sans doute moins de difficultés dadaptation que les seconds
qui, au pire des cas, pourraient se sentir frustrés surtout si à
lécole secondaire les programmes tiennent compte des
prérequis de lécole maternelle.
Cest pourquoi, un des défis de léducation scolaire
en R.D. Congo est de combler le déficit de linexistence des
écoles maternelles dans les villages et dans les quartiers
défavorisés des grandes villes.
Quant à lécole primaire, elle organise une partie de
léducation de base des élèves dont lâge varie
généralement entre 6 ans (à lentrée) et 12 ans (à la sortie).
Elle dure généralement six ans et est sanctionnée par un test
69
national permettant lobtention dun certificat détudes
primaires.
Le concept déducation de base est une innovation
introduite dans léducation nationale par la Loi-cadre no
14/004 du 11 février 2014 portant organisation et
fonctionnement de lenseignement national. Dans cette
innovation, léducation de base comprend huit années
détudes. Ces huit années prennent en compte les six années
décole primaire et les deux premières années de lécole
secondaire.
En effet, en R.D. Congo, lécole secondaire organise
léducation scolaire des élèves dont lâge varie entre 12 ans
(à lentrée) et 18 ans (à la sortie). Elle dure six ans. Les deux
premières années de lécole secondaire appartiennent au
cycle terminal de léducation de base. Cest pour cela que
dans le contexte rd congolais, léducation de base se
présente comme un continuum réparti en deux cycles : un
cycle primaire de six ans et un cycle terminal de deux ans
correspondant aux deux premières années détudes
secondaires. Les quatre dernières années de lécole
secondaire sont consacrées à des enseignements spécialisés.
Chaque élève a le droit de sorienter vers une école
secondaire générale ou vers une école secondaire
professionnelle. Les écoles secondaires générales sont
réparties en humanités littéraires (latin-philo, latin-grec),
humanités pédagogiques et humanités scientifiques. Quant
70
aux écoles secondaires professionnelles, elles comprennent
les écoles professionnelles (mécanique-auto, maçonnerie,
menuiserie, hôtellerie, etc.) ainsi que les écoles techniques
industrielles (électricité, électronique, etc.).
Lécole secondaire dure aussi six ans. Elle est
sanctionnée par la présentation dun examen dEtat
permettant aux élèves dobtenir un diplôme dEtat.
A la fin du cycle secondaire, chaque élève a le choix
de sorienter vers un métier ou de continuer avec les études
supérieures. A cet effet, lEtat congolais organise deux
principales formes détudes supérieures : les instituts
supérieurs et les universités. Dune manière générale, les
études supérieures durent cinq ans réparties en trois années de
graduat et deux années de licence. Les trois années de graduat
sont sanctionnées par un diplôme de graduat surtout dans
les instituts supérieurs. Les deux années de licence sont
sanctionnées par un diplôme de licence. A ce jour, les
universités congolaises sont entrain dexpérimenter le
système LMD afin de se conformer à des formules
denseignement plus universelles. Nous reviedrons sur le
bienfondé et les exigences de ce système dans une publication
ad hoc.
Dautres institutions denseignement professionnel
et denseignement supérieur spécialisées existent. Elles
offrent une possibilité de formation. Les institutions
spécialisées denseignement professionnel sont organisées
71
surtout pour prendre en compte la catégorie des personnes
vivant avec handicap. Elles les initient à lexercice dun
métier. Il sagit par exemple des centres de formation qui
forment les sourds-muets, les paralytiques, les manchots, etc.
à lexercice du métier de menuisier, de maçon, de
cordonnier, etc.
Quant aux institutions denseignement supérieur
spécialisées, elles sont directement liées à lexercice dune
profession et visent le renforcement des capacités des
professionnels. Il sagit par exemple de lEcole Nationale
des Finances et de lEcole Nationale de lAdministration
qui renforce les capacités des inspecteurs des finances et des
agents de carrière publique de lEtat. Elles rentrent dans la
catégorie des institutions de formation continue.
Par ailleurs, les établissements denseignement
maternels, primaires, secondaires, supérieurs et universitaires
sont répartis en trois principales catégories. Il existe des
établissements denseignement publics, des établissements
denseignement privés conventionnés et des établissements
denseignement privés agréés.
En effet, les établissements denseignement publics
sont initiés, créés et mis en place par les pouvoirs publics. Ils
sont subsidiés, contrôlées, prises en charge et soumis à un
statut fixé par la loi. Par contre, les établissements
denseignement privés conventionnés sont généralement
confessionnels. Ils sont initiés et crées notamment par une
72
église (léglise catholique, léglise kimbanguiste par
exemple), mais ils sont soumis à une procédure dagrément
conformément à la loi. Sils sont agréés, ces établissements
sont subsidiés, contrôlés et prises en charge par les pouvoirs
publics. Cela revient à dire notamment que ces établissements
émargent au budget national, reçoivent les frais de
fonctionnement et les salaires de leur personnel sont payés
par lEtat.
Quant aux établissements denseignement privés, il
peut sagir des écoles maternelles, des écoles primaires, des
écoles secondaires, des instituts supérieurs ou des universités.
Chaque congolais qui en a les moyens peut créer une
institution denseignement privée. La loi-cadre no 14/004 du
11 février 2014 portant organisation et fonctionnement de
lenseignement national fixe les modalités dagrément des
écoles privées. En cas dagrément, linstitution
denseignement privé agréée est prise en charge par son
promoteur qui crée avec ses bénéficiaires les conditions de
son fonctionnement.
Cependant, lexistence des établissements
denseignement publics et des établissements
denseignement privés dans une même aire éducative est à la
base dune sorte déducation scolaire à deux vitesses.
En effet, les établissements denseignement privés
sestiment plus à même dapporter un enseignement de
qualité aux élèves par rapport aux établissements
73
denseignement publics. Ils ont ainsi tendance à dispenser
des enseignements recherchés allant même au-delà des
programmes scolaires officiels. Du fait que chaque parent
congolais a le droit de choisir le mode d'éducation à donner à
ses enfants, les parents qui ont le plus de moyens ont
tendance à inscrire leurs enfants dans les établissements
denseignement privés et les écoles publiques sont réservées
aux élèves issus des milieux défavorisés. Cela a pour
conséquence quà la sortie de léducation scolaire, les
élèves ont des compétences et des capacités dadaptation et
dintégration divergentes parfois même inadaptées aux
besoins locaux. Doù la nécessité de procéder à un
rééquilibrage et une réforme du système déducation scolaire
en R.D. Congo allant dans le sens de lamélioration de la
qualité de lenseignement et de la réduction de lécart entre
le mode de fonctionnement des écoles publiques et des écoles
privées.
Par ailleurs, la prise en charge des établissements
denseignement publics par lEtat congolais sest avéré
insuffisante. Cest pour cela que depuis plusieurs décennies,
lEtat congolais a confié une partie du paiement des charges
scolaires aux parents. Cela a pour conséquence dencourager
les parents qui ont des moyens financiers à envoyer leurs
enfants à lécole tandis que les enfants des familles moins
nanties sont obligés de quitter lécole et de sadonner à des
activités de survie. Doù la recrudescence du décrochage
scolaire et laugmentation du nombre danalphabètes.
74
Pour poursuivre la lutte contre lanalphabétisme et
promouvoir la politique de léducation scolaire pour tous, les
pouvoirs publics ont décrété la gratuité de léducation de
base dans toutes les écoles publiques de la R.D. Congo.
3.2.2. La gratuité de léducation de base en R.D.
Congo
En R.D. Congo, léducation de base est obligatoire et
gratuite. Cest une option qui est inscrite dans la
Constitution de la RD Congo depuis 2006 et qui a été rendue
effective par les pouvoirs publics en 2019. Lobjectif de
cette option est douvrir à chaque enfant congolais la
possibilité de recevoir sans frais une éducation de base.
Comme nous lavons indiqué ci-dessus, dans le
système scolaire rd congolais léducation de base comprend
les six années décole primaire et les deux premières années
décole secondaire. Elle sétale sur huit ans. Cest une
période pendant laquelle les élèves doivent accéder à des
savoirs initiaux et acquérir des compétences qui améliorent
leurs capacités et leurs sens de dignité. En même temps, cette
période déducation de base doit ouvrir la perspective des
élèves de se former ultérieurement à la maîtrise dun métier
ou à lacquisition des connaissances scientifiques et
technologiques plus poussées en sinscrivant dans les
humanités professionnelles ou générales.
75
Cest la Loi cadre no14/004 du 11 février 2014
portant organisation et fonctionnement de lenseignement
national qui fixe cette innovation. Elle se réfère aux
dispositions constitutionnelles de 2006. Elle va dans le sens
des perspectives de léducation de base pour tous. Cest
ainsi quelle précise le caractère obligatoire et désormais
gratuit de huit années décole primaire. Elle clarifie les
objectifs de léducation de base dont le principal est de
promouvoir lacquisition des connaissances pratiques et des
connaissances théoriques fondamentales et pertinentes
devant participer à la construction des compétences des
apprenants et leur permettre, à la sortie, dorienter chacun
vers son option de formation (humanités générales) ou
dinsertion professionnelle (écoles professionnelles).
Avant 2019, pendant les huit années déducation de
base, les élèves étaient assujettis au paiement des frais
scolaires. Les décrochages scolaires étaient alors monnaie
courante ainsi que leurs corollaires : lanalphabétisme et le
banditisme juvénile. La gratuité de léducation de base
poursuit lobjectif de lutte contre ces fléaux.
En effet, la gratuité de léducation de base exige de
« dé-mercantiliser » cette partie initiale de léducation
considérée comme le socle à partir duquel des fondamentaux
de lalphabétisation sont posés. Cette « dé-mercantilisation »
pourrait alors permettre aux enfants congolais des milieux
diversifiés (plus riches, moins riches, moins pauvres, plus
76
pauvres) à avoir accès à une éducation de base qui est
considérée ici comme un minimum auquel tous les enfants
congolais ont droit sans rien payer.
Mais lécole sans frais ne pourrait pas, à elle seule,
suffire pour rendre obligatoire léducation de base et
permettre à tous les enfants congolais dacquérir les
connaissances et les compétences ad hoc. Les pouvoirs
publics rd congolais devraient en outre tenir compte des
exigences de tout ce qui entre dans les contours de
lenvironnement scolaire.
En effet, lenvironnement scolaire des élèves
comprend aussi bien les frais scolaires (minerval, salaire des
enseignants, frais de fonctionnement, etc.) que les charges
parascolaires. Parmi les charges parascolaires on peut faire
figurer : lalimentation des élèves, lhabillement des élèves,
le transport des élèves, le logement des élèves, etc. Ces
charges parascolaires ont en effet un impact sur laccès des
élèves à léducation de base. Les parents devraient donc
disposer des ressources conséquentes qui leur permettraient
denvoyer leurs enfants à lécole dune manière
obligatoire. Cest donc la prise en compte des charges
scolaires et des charges parascolaires supportées par les
pouvoirs publics qui pourrait rendre effective le caractère
obligatoire et gratuit de léducation de base.
A cet effet, octroyer un revenu universel sans
contrepartie aux parents des élèves serait un moyen de
77
protéger la gratuité de léducation de base et de possibiliser
davantage laccès de tous les enfants congolais à cette
éducation. Il y a donc là un défi important à relever au-delà
du fait quil urge de veiller à la viabilité des anciens
bâtiments scolaires, à léquipement des bâtiments scolaires
existants et de hâter la construction de nouveaux bâtiments
scolaires en grand nombre au regard de la jeunesse et de
laccroissement de la population rd congolaise.
78
CHAPITRE 4. POUR UNE EDUCATION
INTERCULTURELLE,
DEMOCRATIQUE ET
TECHNOSCIENTIFIQUE EN RD
CONGO
De par la diversité de sa démographie, la République
Démocratique du Congo est considérée comme une mosaïque
des peuples et des cultures.
En effet, du point de vue de ses peuples, la RD Congo
est habitée par des Bantous, des Pygmées, des nilotiques et de
plusieurs autres populations dimmigrés comme les Arabes
et les Soudanais. Parmi ces habitants, les Bantous constituent
le plus grand groupe ethnique divisé lui-même en plusieurs
tribus et parlant une énorme diversité des langues, ayant des
coutumes, des usages et des habitudes parfois contradictoires.
Pour pallier un tant soit peu à la diversité des
populations et des cultures rd congolaises, quatre langues ont
été arbitrairement retenues comme langues nationales à
savoir : le Tshiluba, le Lingala, le Kikongo et le Swahili.
Entre ces quatre langues, la langue française a été choisie
comme langue dadministration et dinterconnexion. Cest
79
pour cela que le Français est considéré comme la langue de
lenseignement en RD Congo.
Ainsi donc, cinq principales langues se disputent
lespace interlocutoire rd congolais à savoir : le Français, le
Tshiluba, le Lingala, le Kikongo et le Swahili. Ces cinq
langues sont, en fait, véhiculaires de cinq principales
cultures : la culture française, la culture luba, la culture ngala,
la culture kongo et la culture swahili. De ce fait, tout
programme déducation doit prendre en compte la nécessité
de lintercompréhension entre les peuples de la RD Congo.
Et de ce fait, léducation rd congolaise doit être
interculturelle.
4.1. Une éducation interculturelle
Dune manière générale, une culture est ce qui
différentie, sépare, divise et/ou diversifie les peuples et les
identifie les uns par rapport ou par opposition aux autres.
Cest pour cela quelle est un élément important de la
diversité. Elle comprend les systèmes de représentation, les
systèmes normatifs, les systèmes dexpression et les
systèmes daction dune collectivité. Elle inclut des savoirs,
des savoir-faire et des savoir-être : des langues, des attitudes,
des goûts, des modes de vie, des oracles, des fétiches, la
magie, la sorcellerie, les cultes, les danses, les sacrifices et
même de pires formes de cruauté. Elle est la forme
dorganisation du monde dune collectivité. Cest pour
80
cela que, dune manière générale, la culture est un élément
de fermeture, denfermement et de clôture dun peuple dans
ses frontières, dans ses limites.
Car, Les systèmes de représentation comprennent les
ensembles conceptuels et symboliques à travers lesquels les
différents groupes qui constituent la collectivité tentent de
sinterpréter eux-mêmes et dinterpréter le monde dans
lequel ils sont immergés, et aussi les méthodes au moyen
desquelles la collectivité en question sefforce détendre ses
connaissances et son savoir-faire. La manière de traiter des
cultes, des fétiches, de la sorcellerie, des oracles ou de la
magie (etc.) relève dun système particulier de
représentation du monde comme gouverné par des forces
invisibles.
Par contre, les systèmes normatifs comprennent tout
ce qui relève des valeurs, sur la base desquelles sont
appréciées les actions et les situations et à partir desquelles
sont éventuellement justifiées tout ce qui relève des pratiques
concrètes, et dautre part tout ce qui relève des règles
particulières au moyen desquelles sont organisés les systèmes
daction. Il sagit plus précisément de ce quune
collectivité considère comme le bien quil faut faire par
opposition au mal quil faut éviter.
Par ailleurs, les systèmes dexpression comprennent
les modalités à la fois matérielles et formelles à travers
lesquelles les représentations et les normes trouvent leurs
81
projections concrètes, au niveau de la sensibilité, et grâce
auxquelles les affects profonds (en lesquels prend forme
lexistence vécue, comme manière déprouver la réalité
naturelle et historique) sextériorisent en des figures
signifiantes, offertes à un incessant déchiffrement. Les
langues, les attitudes et les signes gestuelles (etc.)
appartiennent à cette catégorie.
Quant aux systèmes daction, ils comprennent à la
fois les médiations techniques qui permettent de maîtriser
plus pou moins adéquatement le milieu social et les
médiations proprement sociales à travers lesquelles la
collectivité sorganise en vue de gérer son propre destin.
Tous ces éléments pris ensemble constituent ce
quest la culture dun peuple. Une éducation
monoculturelle limite le système dapprentissage au système
de représentation, au système normatif, au système
dexpression ainsi quau système daction du peuple.
En effet, dans un système déducation
monoculturelle la curiosité des apprenants à légard des
autres cultures et des autres sociétés a peu de chance de se
développer. Car, très souvent, le système dorganisation du
monde des autres sociétés ne leur est pas présenté ou, si on le
leur représente, cest toujours dune manière péjorative.
En outre, dans un système déducation
monoculturelle, limagination des apprenants a peu de
82
chance de se développer. Car, si limagination est la capacité
humaine de concevoir des alternatives, elle ne se développe
pas dans le vide. Cest lorsquon est exposé à dautres
systèmes sociaux ainsi quà dautres systèmes de
représentation, dexpression et dactions que la conscience
dalternatives se forme et en vient à faire partie intégrante de
sa propre personne. Léducation monoculturelle limite
limagination. Elle cultive lillusion que le monde se limite
à son propre monde et que la seule façon de faire les choses
est celle naturelle et non conventionnelle. Cest pour cela
que léducation monoculturelle ralentit la croissance de la
faculté critique et autocritique. Elle tend à engendrer
larrogance et linsensibilité en même temps quelle
constitue un terrain favorable pour des attitudes dexclusion,
de racisme et de radicalisme.
Ainsi, si léducation consiste à développer des
capacités humaines fondamentales comme la curiosité,
lautocritique, la capacité de réflexion, lhabileté à se
former un jugement indépendant, la sensibilité, lhumilité
intellectuelle et le respect des autres, et ouvrir les apprenants
aux grandes réalisations de lhumanité, léducation doit
avoir une orientation interculturelle ou multiculturelle dans sa
forme et dans son contenu.
A cet effet, léducation en RD Congo doit renseigner
les apprenants sur lexistence dautres peuples et dautres
cultures. Elle doit initier les apprenants aux langues locales et
83
aux langues étrangères considérées comme des langues ayant
une large audience dans la sphère de la communication.
A cet effet, il importe dinitier les apprenants à la
connaissance et à la pratique des langues nationales le
Tshiluba, le Kikongo, le Lingala et le Swahili- et des langues
internationales (le Français et lAnglais). Cette initiation doit
commencer à lécole maternelle et sétendre sur
lensemble du parcours éducatif. Lon cessera aussi de
considérer le Français comme la seule langue de grande
audience communicative au détriment de lAnglais. Car, il y
a risque de faire croire aux enfants congolais que la culture
français est supérieure non seulement à leurs propres cultures,
mais aussi à toutes les autres cultures du monde.
Déjà en RD Congo-même, il existe plusieurs cultures,
les unes majoritaires, les autres minoritaires. Une éducation
interculturelle est celle qui fait de la réflexion sur les défis de
la pluralité une partie intégrante de la formation de tous les
apprenants, quils appartiennent au groupe majoritaire ou
minoritaire. De la sorte, les apprenants des groupes
minoritaires ne seront pas forcés dabandonner leurs langues
mais le plurilinguisme sera considéré comme un atout en
faveur dune plus grande intégration.
Une éducation interculturelle a donc lavantage
douvrir les apprenants à vivre ensemble, à favoriser
linteraction entre les membres de diverses communautés
ethniques et à gérer la diversité de manière à permettre à
84
chacun de participer activement à la construction dune
société dynamique et ouverte. Or la démocratie est considérée
aujourdhui comme un modèle dune telle société.
Cest pour cela que léducation interculturelle doit
en même temps saccompagner et se présenter sous la forme
dune éducation à la démocratie.
4.2. Une éducation à la démocratie
Dune manière formelle, une éducation à la
démocratie doit stimuler chez les apprenants lacquisition
des outils de pensée et daction indispensables à une
participation active (immédiate et future) à la construction
dune société dynamique et ouverte.
Par société dynamique, il faut entendre une
communauté de personnes considérée comme un « système
équitable de coopération12 ».
En effet, la société comme « système équitable de
coopération » est une société dans laquelle chacun travaille et
contribue grâce à son travail à la production densemble.
Cela revient à dire que dans cette société, il ny a pas dun
côté une catégorie de personnes qui travaillent et de lautre
côté des citoyens qui ne travaillent pas mais qui bénéficient
indument des efforts des autres. Donc chacun a le devoir de
12
Cfr. RAWLS, J., La justice comme équité. Une reformulation
de Théorie de la justice, traduit de langlais par Bertrand Guillarme,
Paris, La Découverte, 2008.
85
travailler. Cest pour cela quune telle société est une
société des devoirs et cest par laccomplissement par
chacun de son devoir que la société se développe, produit et
reproduit tout ce dont chacun de ses membres a besoin pour
saccomplir et réaliser ses objectifs du début jusquà la fin
de sa vie. Cest pour cela que dans une telle société, chacun
a le droit de participer à la répartition équitable des ressources
et des avantages de la vie densemble. De ce fait, une société
dynamique est aussi une société des droits où chacun se sent
comme individuellement responsable des richesses collectives
et de lenrichissement densemble. Et la répartition de ces
richesses équitable dans la mesure où elle tient compte des
efforts et des capacités des participants sans oublier de
compenser le manque des citoyens qui, dune certaine
manière, sont désavantagés par des calamités naturelles ou
sociales.
Mais la société démocratique dont il est question ici
est aussi une société ouverte. En effet, aucune société
démocratique ne peut être aujourdhui fermée sur elle-
même. Elle est ouverte aux valeurs de la coopération à la fois
interne et externe. En interne, il y a la considération et le
respect que les citoyens doivent avoir les uns à légard des
autres comme des personnes morales, libres et égales. Les
personnes sont morales dans la mesure où lon considère que
chaque citoyen sait ce qui est bien pour lui. Et chacun est
libre de poursuivre ce bien. Mais en même temps, chacun a la
86
conscience que chaque autre est également libre de
poursuivre son bien.
Cest pour cela quà linterne, la liberté et
légalité sont au fondement de la démocratie. Et Au niveau
externe, il y a le respect que les Etats se doivent les uns
envers les autres dans une coopération libre et équitable
sans quun Etat puisse se sentir supérieur à un autre. Mais
ces valeurs doivent être apprises. Elles ne sont pas le résultat
dune génération spontanée.
Ainsi, si la République Démocratique du Congo veut
devenir une société dynamique et ouverte, elle doit faire de
lécole une antichambre de la démocratie. Cest-à-dire que
lécole doit devenir un passage obligé pour acquérir les
valeurs démocratiques de liberté, dégalité, dautonomie
individuelle, de tolérance, de devoir et de droit.
Comme milieu de culture de la liberté, lécole
congolaise doit initier les élèves à lexercice et la gestion des
libertés. Il ne sagit pas de la liberté nihiliste qui consisterait
à faire ce que lon veut, quand on veut et là où on lon veut.
Il sagit plutôt dexercer et de faire acquérir aux élèves les
capacités à faire un bon usage de la liberté de pensée, de la
liberté de conscience, de la liberté dopinion et de toutes les
autres formes de liberté dont les citoyens ont besoin dans un
système de coopération productive.
87
En effet, les élèves devraient apprendre à penser par
eux-mêmes. A cet effet, ils devraient se familiariser avec les
pensées des autres non pas pour en faire un usage aveugle,
mais pour être en mesure de leur appliquer la critique. De la
sorte, ils pourraient sinitier à les élaguer et, le cas échéant,
en tirer des éléments susceptibles dêtre additionnés à des
données dexpérience locales en vue de trouver des solutions
concrètes aux problèmes de la communauté.
Ainsi léducation à la liberté de pensée ne sera pas
conçue comme une fin en elle-même. La liberté de pensée
sera conçue plutôt comme un outil dont lusage pourrait
contribuer à faire de la société congolaise une société
réellement dynamique et ouverte. Car, cest cette liberté de
pensée qui permet aux citoyens de se démarquer de
limaginaire institué par louverture à un imaginaire
instituant. Limaginaire institué est celui qui permet à une
société dêtre statique et de senfermer dans une certaine
continuité avec les habitudes et les usages considérés comme
définitivement acquis.
Par contre, limaginaire instituant suscité par la
liberté de pensée installe chez les élèves, chez les citoyens la
volonté et le désir de créer, dinventer de nouvelles manières
dêtre et de faire plus progressistes ; il permet à la société de
souvrir vers de nouveaux possibles. Cest pour cela que là
où il ny a pas de liberté de pensée, cest limaginaire
institué qui domine. Et lorsque limaginaire institué domine,
88
on retrouve des citoyens absolument conformes, des
intellectuels traditionnels, qui se vivent et se pensent
uniquement dans la répétition, cest-à-dire dans le passé.
Lapprentissage de la jouissance de la liberté de
pensée sera accompagné de son corollaire qui est la liberté
dopinion. Chaque élève doit apprendre à connaître, à lire, à
entendre, à écouter et même à tolérer les opinions des autres
des opinions parfois contrariantes qui rendent
effectivement compte de lexistence de la diversité des
cultures, de la diversité des peuples et même de la diversité
des intentions et des perspectives des uns et des autres. Mais
il y a plus.
En effet, au-delà de la diversité des cultures et des
peuples, la démocratie rd congolaise connaît lexistence de
plus de 600 partis politiques qui prêchent des idéologies, des
doctrines politiques et même des stratégies de conquête de
pouvoir parfois diamétralement opposées. Ils véhiculent
parfois des opinions politiques extrêmement contradictoires
allant aux antipodes les unes des autres.
En vue de promouvoir le bien vivre ensemble,
lapprentissage et lexercice scolaires de la liberté
dopinion sont des outils qui devraient permettre aux
citoyens de ne pas développer des comportements
dintolérance à légard des opinions des autres. Et dans le
cas où ces opinions seraient en confrontation, lexercice de
la liberté dopinion pourrait permettre de sécouter, de
89
soumettre les opinions différentes au crible de la critique et de
retenir une opinion commune qui créerait une communauté
dintérêt entre les partenaires. Lécole congolaise devra
donc devenir le milieu de culture de la liberté dopinion.
Quant à lapprentissage et lexercice de la liberté de
conscience, ils doivent devenir un outil de coexistence
pacifique et un gage de la laïcité de lEtat congolais.
En effet, la liberté de conscience se conçoit comme la
capacité qui est reconnue à chaque citoyen dadhérer à la
religion de son choix. A ce sujet, il nest un secret pour
personne quil existe plusieurs doctrines religieuses qui se
disputent lespace public rd congolais. En vue de faire de la
RD Congo une société dynamique et ouverte, lécole rd
congolaise devrait servir de cadre dune information
impartiale sur lexistence de cette diversité des confessions
religieuses. A lécole en effet, aucune religion ne pourrait
être présentée comme supérieure à aucune autre.
Linformation à livrer aux élèves devrait leur permettre de
connaître les confessions religieuses qui existent sans aucune
préférence préalable. De la sorte, chacun pourrait être libre
dadhérer à la confession religieuse de son choix ou de
nadhérer à aucune sans en subir aucune sanction.
Et pour garantir la laïcité effective de lEtat
congolais, aucune école ne pourrait être confessionnelle.
Cest pour cela que dans la perspective dune laïcité
90
effective, les écoles dites confessionnelles devraient être
supprimées.
Par ailleurs, lécole rd congolaise devrait devenir le
lieu de lapprentissage de légalité. Il ne doit pas sagir
dune égalité métaphysique semblable à celle qui voudrait
que des personnes dissemblables soient semblables. Il sagit
plutôt dune égalité des conditions et dune égalité des
chances.
En effet, lécole devrait éliminer dans son sein des
comportements discriminatoires et traiter tous les élèves selon
leur qualité en tant que personnes humaines. De ce fait,
chaque élève étant un être humain, il doit être respecté en tant
que tel et aucun élève ne peut subir aucun traitement de
mépris ou dexclusion par suite de son âge, du couleur de sa
peau, de sa race, de son sexe ou de son appartenance tribale.
Cest pour cela que toutes les écoles de la RD Congo
devraient être des écoles où les élèves de toute catégorie
saffronteraient dans leurs diversités devant un enseignement
identique, soumis à une émulation positive devant des
épreuves et accédant de la même manière aux résultats
dapprentissage (cela abolirait notamment les pratiques des
résultats tribalement, claniquement, monétairement ou
sexuellement transmissibles).
Pour mieux réalisés cet idéal, les écoles à caractère
sexuel devraient être supprimées. De la même manière, les
91
écoles dites privées qui pratiquent une sélection des élèves
suivant leurs fortunes devraient être aussi supprimées.
Mais dans les écoles rd congolaises, légalité des
conditions devrait saccompagner de son corollaire,
légalité des chances. Celle-ci doit se réaliser autour dun
principe simple : « les cas semblables sont traités de manière
semblable ». Ce principe implique que tous les élèves placés
dans les mêmes conditions ont le droit daccéder aux mêmes
avantages scolaires. Il sagit là dun important indicateur de
comportement qui débute à lécole et qui, en fait, devrait se
prolonger dans la vie courante : « traiter les cas semblables de
manière semblable ».
Aujourdhui, les avantages scolaires en RD Congo
sont notamment : la gratuité de léducation de base, laccès
au matériel et au mobilier scolaire, laccès à un
enseignement de qualité, laccès aux épreuves scolaires, etc.
Aucun élève ne pourrait subir une exclusion aux avantages de
léducation scolaire.
De même, lécole en RD Congo doit devenir un
milieu éducatif à échec zéro. Cela revient à dire que placés
dans les mêmes conditions scolaires, tous les élèves devraient
obtenir des résultats scolaires leur permettant dachever le
processus et déviter les décrochages. Il est bien sûr admis
que des élèves forts se retrouveront côte à côte avec des
élèves faibles. Mais cette faiblesse ne doit pas être considérée
comme une fatalité.
92
Cest pour cela que lécole doit devenir un lieu de
renforcement des capacités où les élèves faibles doivent
devenir plus forts sans impacter sur la force des élèves forts.
Cela implique que dans le processus dapprentissage, une
attention particulière doit être accordée aux élèves faibles
sans que les élèves plus habiles ne puissent se sentir
défavorisés.
Cest en faisant cela que lécole rd congolaise
pourrait devenir un véritable foyer dégalité des chances et
un milieu de culture en faveur dune société dynamique et
ouverte. Mais cela ne pourrait suffire. Car, une société
dynamique et ouverte est aujourdhui une société où les
citoyens sont aguerris dans lutilisation des données de la
technique et de la science. A cet effet, lécole rd congolaise
doit être le lieu dapprentissage et de linitiation à la
science et à la technique.
4.3. Une éducation à la technique et à la science
Aujourdhui, sous laction de la science et de la
technique précisément, le monde est entrain de cheminer avec
une grande vitesse vers lavènement dune culture globale,
une culture universelle, uniforme et relevant entièrement des
objets construits : radios, télévisions, vélos, avions,
ordinateurs, téléphones, voitures, tracteurs, etc. La fabrication
et lusage de ces instruments est entrain de rapprocher les
93
êtres humains et de transformer lenvironnement mondial en
un village planétaire.
En effet, lunivers technique et scientifique est
constitué aujourdhui dun foisonnement vertigineux des
instruments techniques. Ces instruments tendent à constituer
un monde à part dobjets construits, plus ou moins détachés
de tout ce qui est naturellement donné. Le réinvestissement
existentiel de ces objets construits et la nécessité de leur
usage imposent que lattitude scientifique soit considérée
comme un nouveau mode de vie dans les communautés
locales. Les cultures locales sont donc appelées à se
transformer grâce au dynamisme de leurs courtiers (les
citoyens) pour prendre la forme des cultures à nouveau
hybridées, passant des cultures locales à une culture
« glocale », constituée grâce à une infusion du global dans le
local.
Dans ce contexte, lenvironnement multiculturel rd
congolais est appelé à dépasser les déterminants dune
culture du « donné » pour sengager résolument dans une
culture du « construit ».
A cet effet, lécole rd congolaise doit se transformer
en un milieu où les élèves apprendront à « construire » des
objets, cest-à-dire des instruments susceptibles de
contribuer substantiellement à lamélioration des conditions
de la vie dans sa dimension locale, nationale et internationale.
Pour ce faire, chaque école devra se doter dun programme
94
denseignement technique où les élèves seront familiarisés
avec lesprit technoscientifique en se détachant, dune
certaine manière de leurs déterminants naturels.
De fait, lesprit technoscientifique ne se constitue
comme telle quà partir du moment où commence à
fonctionner une perspective objectivante. Cette dernière
consiste à se projeter au-delà du donné et dans cette
projection, la personne se définit comme un sujet anonyme,
impersonnel, détaché de ses enracinements concrets. Ce sont
en fait les enracinements concrets qui donnent à chaque être
humain ses assises existentielles. Ils le relient à la nature, au
temps et à une communauté historique particulière. Une
attitude objectivante rompt avec ces déterminants. A cet effet,
lécole qui est le lieu dapprentissage formalisé, doit
devenir le lieu où sopère cette rupture par rapport au vécu.
En effet, à travers lécole, le réseau constitué des
significations et des évidences traditionnelles doit être mis en
suspens pour que puisse sélaborer un savoir de type
scientifique. Et la mise à distance objectivante à légard du
vécu et du naturel qui sous-tend lattitude scientifique, doit
se propager au domaine de la technologie. Lon doit donc
doter lécole des capacités et des instruments
dapprentissage technologique, des lieux dexpérimentation
et de concrétisation des acquis en vue de réaliser le passage
dune République Démocratique du Congo donnée à une
République Démocratique du Congo construite.
95
96
CONCLUSION
Pour conclure, lon pourrait stipuler que la
philosophie de léducation est la lumière de léducation
comme la philosophie est la boussole de lhistoire. Car elle
fournit des outils qui permettent de penser la res humana (la
réalité) à la fois telle quelle est et comme elle devrait être.
Cest pour cela que toute philosophie de léducation est une
éducation à la philosophie du fait-même que penser
léducation, précisément, est une affaire de philosophes.
En effet, la philosophie de léducation se veut une
initiation à une réflexion systématique, critique et autocritique
sur les questions de la personne humaine, de sa vie en tant
quanimal social et sur la meilleure manière de transmettre et
de déclencher lacquisition humaine des savoirs, des savoir-
faire et des savoir-être dans leur adéquation aux
préoccupations et aux besoins à la fois individuels, collectifs
et globaux.
A cet effet, la philosophie de léducation
sappesantit sur les questions suivantes : qui doit-on
éduquer ? Pourquoi éduquer ? Quel contenu faut-il donner à
léducation et dans quel contexte ? Elle donne ainsi
loccasion à léducateur, théoricien ou praticien, de prendre
une distance par rapport à lactivité éducative afin den
97
juger les contours, den améliorer les contenus et den
revisiter les conditions de faisabilité. Elle établit donc une
incessante rupture dans le déjà fait en se projetant sans cesse
vers ce quil faut encore faire. Cest pour cela que la
philosophie de léducation nest pas faite, elle est toujours à
faire.
Ainsi, pour le cas despèce, après sêtre concentrées
sur le contenu des concepts en matière de philosophie de
léducation, ces notes ont examiné tour à tour les possibilités
de léducation de manière générale, les possibilités de
léducation en RD Congo ainsi que les contenus spécifiques
quil faut donner à lactivité éducation à lheure de la
mondialisation et de la globalisation provoquée par lessor
fulgurant de la technoscience. Cette ère, cest aussi une ère
de la « démocratie » au cours de laquelle léducation se
déroule dans une sorte de bouleversement des murs et
déclatement des cultures, voire, des « civilisations ».
En cette ère de la mondialisation et de la globalisation
en effet, les contenus éducatifs devraient être orientés vers
une rupture menant du donné vers le construit, des politiques
éducatives imposées aux politiques éducatives concertées
accompagnées dune orientation toute azimut en faveur de la
maîtrise et la pratique de la science et de la technologie.
Cest cette maîtrise de la science et de la technologie
qui pourrait, aujourdhui, remplir le credo de
« lémancipation » et sonner le glas de la personne humaine
98
assujettie à ce qui, naturellement ou socialement, le fait être
tel. Limage de Socrate éducateur est ici révélatrice. Daniel
Hameline rapporte en effet que cest « au milieu dune
époque dure, où la Grèce sentredéchire, où larrivisme et la
désinvolture des élites vont de pair avec la curiosité
intellectuelle et lesprit dentreprise, Socrate pose la
question de la mesure : que convient-il dentreprendre et,
plus spécifiquement, que convient-il de prétendre enseigner ?
Que convient-il de projeter dapprendre ? Quest-ce que la
formation dun homme, pour un dessein à la fois singulier et
pluriel ? »13
Lon pourrait projeter à cet égard que pour réaliser le
dessein de la formation dun être humain à la fois singulier
et pluriel, léducation devra être le lieu de « la percée de
lhumain dans la barbarie de lêtre14 ». Cela revient à dire
que léducation devrait sortir lhomme de ce quil est en
lui-même et louvrir au rapport à lautre dans un élan qui
sapparenterait à ce quil conviendrait le mieux dappeler
« Amour ». Encore faudra-t-il préciser que dans ce cas nous
identifions aujourdhui lamour au respect des droits de
lhomme. Nous considérons le respect des droits de
lhomme comme une ouverture sur un « ordre inéluctable
dans lhumanisation de lindividu, de sa justice et de sa
13
HAMELINE, D., « Philosophie de léducation », in
Dictionnaire de la philosophie, Nouvelle édition augmentée,
Encyclopaedia universalis, Paris, Albin Michel, 2006, p. 607.
14
LEVINAS, E., Entre nous. Essai sur le penser-à-lautre,
Paris, Grasset, 1991, p. 194.
99
paix15 ». Il ne peut donc y avoir de paix, de justice et dordre
dans lhistoire humaine que grâce au respect des droits de
chaque être humain partout où il se trouve.
Lessentiel de ce quil faut apprendre aujourdhui
sur les droits de lhomme est consigné dans la Déclaration
Universelle des droits de lhomme qui se présente comme le
catéchisme de citoyenneté en faveur dun vivre-ensemble et
dune cohabitation humaine dynamique et ouverte.
15
Ibid.
100
BIBLIOGRAPHIE
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ambigües, Paris, La Découverte, 1988.
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Paris, Desclée de Brouwer, 2017.
103
TABLE DES MATIERES
0. INTRODUCTION...............................................................5
CHAPITRE 1. GENERALITES............................................15
1.1. Sémantique des signifiants........................................17
1.1.1. Philosophie........................................................18
A. « ɸɩλó »..............................................................18
B. σοφος.................................................................20
C. ɸɩλóσοφɩα..........................................................22
1.1.2. Education...........................................................25
1.1.3. Le concept de philosophie de l’éducation.........30
1.2. Fondement théorique d’une Philosophie de
l’éducation........................................................................34
1.3. Importance du cours de philosophie de l’éducation. 37
CHAPITRE 2. LES FINS ET LES POSSIBILITES DE
L’EDUCATION....................................................................39
2.1. Les fins de l’éducation..............................................41
2.1.1. Le concept de finalité........................................42
104
2.1.2. Les fins individuelles........................................43
2.1.3. Les fins sociales................................................43
2.1.4. Les fins humanitaires........................................44
2.2. Les possibilités de l’éducation..................................45
2.2.1. Les milieux éducatifs........................................47
2.2.2. Les possibilités individuelles de l’éducation.....51
2.2.3. Les possibilités nationales de l’éducation.........53
2.2.4. Les possibilités internationales de l’éducation..55
CHAPITRE 3. FINALITES ET POSSIBILITES DE
L’EDUCATION EN R.D. CONGO......................................59
3.1. Finalité de l’éducation scolaire en R.D. Congo........60
3.1.1. Idée d’analphabétisme.......................................61
3.1.2. Eradication de l’analphabétisme.......................63
3.2. Les possibilités de l’éducation scolaire en RD
CONGO............................................................................65
3.2.1. Les établissements de l’éducation scolaire en RD
Congo...........................................................................66
3.2.2. La gratuité de l’éducation de base en R.D. Congo
......................................................................................73
105
CHAPITRE 4. POUR UNE EDUCATION
INTERCULTURELLE, DEMOCRATIQUE ET
TECHNOSCIENTIFIQUE EN RD CONGO........................77
4.1. Une éducation interculturelle....................................78
4.2. Une éducation à la démocratie..................................83
4.3. Une éducation à la technique et à la science.............91
CONCLUSION.....................................................................95
BIBLIOGRAPHIE.................................................................99
TABLE DES MATIERES...................................................102
Sources des images :
La première de couverture:
Rutland, J. (1995) See Inside an Ancient Greek Town , Barnes & Noble
La quatrième de couverture :
collection privée de lauteur