2016 Vicentini Maxime
2016 Vicentini Maxime
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Institut Supérieur de l'Aéronautique et de l'Espace
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Maxime VICENTINI
le vendredi 3 juin 2016
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Équipe d'accueil ISAE-ONERA EDyF
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Olivier SIMONIN (Directeur de thèse)
Olivier ROUZAUD (Co-directeur de thèse)
Jury :
Tout d’abord, je tiens à adresser mes sincères remerciements aux membres du jury :
Julien Reveillon, Benoît Fiorina, Marc Bellenoue et Thomas Lederlin pour l’intérêt qu’ils ont
manifesté pour mes travaux de thèse.
Mes remerciements vont également à Olivier Simonin, qui m’a fait partager ses connaissances
pointues en mécanique des fluides, et à la direction avisée et exigeante à laquelle cette thèse doit
beaucoup.
Je remercie chaleureusement mon duo d’encadrants : Olivier Rouzaud pour sa patience, sa dispo-
nibilité et pour les nombreuses heures passées ensemble à réfléchir, à chercher (de la poussière de craie
plein les mains), et Renaud Lecourt pour son pragmatisme, sa ténacité et qui m’a enseigné le beau
métier d’expérimentateur (du kérosène et du cambouis plein les mains). Renaud je te souhaite une
belle retraite.
Je tiens à remercier Pierre Millan et Pierre Gajan pour m’avoir accueilli à l’ONERA au sein du
Département des Modèles pour l’Aérodynamique et l’Energétique (DMAE), dans l’équipe Multipha-
siques Hétérogènes (MH). Merci à l’ensemble des membres (ou anciens) du Département. Mes pensées
vont en premier à ceux qui m’ont donné un coup de pouce : Gérard Lavergne (l’initiateur du projet),
Simone Pauzin, Grégoire Casalis, Marie-Louise Moretto, Corinne et Valérie, Virginel Bodoc, Gilles
Heid, Francis Bismes, François Chedevergne, Jean-Mathieu Senoner, Frank Simon, Pierre Berthou-
mieu, Francis Micheli, Bertrand Aupoix, Jérome Anthoine et son équipe du laboratoire LP, Nicolas
Bertier, Dédé et Gaëtan de l’atelier de Toulouse.
J’aimerais remercier tout particulièrement Fred Bigot, pour son sourire et sa bienveillance à mon
égard, ainsi que pour son aide ô combien précieuse durant la phase de fabrication du montage expé-
rimental PROMÉTHÉE. Tu as de l’or dans les mains Fred.
J’ai également une pensée pour ceux qui ont partagé mon bureau, dans l’ordre : Guillaume, Henri,
Loïc, et avec qui j’ai souvent discuté Science, Industrie & Innovation. Merci à tous les stagiaires, doc-
torants, post-doctorants et nouveaux permanents pour l’ambiance de travail décontractée et l’esprit
de solidarité qui règne au « deuxième étage ». Pourvu que ces valeurs perdurent... Que diriez-vous
d’une partie de coinche ou d’un BDG (Bord De Garonne) Rémi, Ghislain, Laetitia, Baptiste, Laura,
i
Arthur, Jorge Cesar, Lokman, Julien, Charlotte, Pierre, Violaine, Bertrand, Isabelle, Swann ?
Merci beaucoup aux copains toulousains, mes ZinZis : Christophe, Maïwenn, Lucas, Anthony,
Thomas, Solenn, Damien et tutti quanti...
Je remercie aussi mes amis malouins qui sont « loin de yeux mais près du cœur ». Une pensée
toute particulière pour Jérôme dit Barnab, Alexandre dit Valvez, et pour Maxence dit Porc avec qui
j’ai partagé quatre années rocambolesques de colocation, du bonheur 100% pur sucre mon ami.
Morgane, pour toutes ces années, je souhaite t’exprimer ma profonde gratitude. Pourvu que notre
belle histoire continue... Comme disait le poète : « Je sais par cœur toutes tes grâces, Et pour me les
faire oublier, Il faudra que Saturne en fasse, Des tours d’horloge, de sablier ».
Mes derniers mots de remerciement vont à ma famille. Mon grand-père qui m’a transmis sa
passion des moteurs, son goût pour la Liberté. Ma petite sœur que je vois grandir et réussir. Mes
parents pour leur soutien et leur amour inconditionnel. MERCI. C’est à vous que je dédie cette thèse.
ii
« Il est absolument possible qu’au-delà de ce que perçoivent nos sens,
se cachent des mondes insoupçonnés » (Albert Einstein)
iii
Table des matières
1 Introduction générale 3
1.1 Contexte industriel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
1.2 Objectifs de la thèse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
1.3 Plan du mémoire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
Partie II : Mise en place d’un programme d’essais dédié à l’étude des régimes
de combustion diphasique 64
v
5.3 Étude et choix de la géométrie d’accroche-flamme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 78
5.4 Choix et caractérisation du système d’injection . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 81
5.5 Définition des conditions opératoires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 86
vi
12.1 Écoulement monophasique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 195
12.2 Écoulement diphasique non-réactif . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 202
Annexes 237
viii
Nomenclature
Symboles latins
ix
Nomenclature
Symboles grecs
x
Nombres sans dimension
Symbole Description
BM Nombre de Spalding massique
BT Nombre de Spalding thermique
CF L Nombre de Courant-Friedrich-Lewy
Da Nombre de Damköhler
F Indice de Takeno normalisé
G Nombre de combustion de groupe
Le Nombre de Lewis
M Nombre de Mach
Nu Nombre de Nusselt
N u∗ Nombre de Nusselt modifié
Pe Nombre de Péclet
Pr Nombre de Prandtl
Re Nombre de Reynolds
Sc Nombre de Schmidt
Sth Nombre de Strouhal
St Nombre de Stokes
Sh Nombre de Sherwood
Sh∗ Nombre de Sherwood modifié
We Nombre de Weber
Indices/Exposants
Symbole Description
∞ Relatif à l’infini (champ lointain)
b Relatif aux gaz chaud (burnt)
F Relatif à l’espèce carburant (« Fuel »)
g Relatif au gaz
glob Grandeur globale
H Hydraulique (veine)
l Relatif à la phase liquide
loc Grandeur locale
Ox Relatif à l’espèce oxydante
p Relatif à une particule
reg Régulier
RM S Relatif aux grandeurs fluctuantes (Root Mean Square)
xi
Nomenclature
s Relatif à la surface
st Relatif à la stœchiométrie
sat Relatif à la saturation
t Turbulent
tot Grandeur totale
u Relatif aux gaz frais (unburnt)
V Relatif à l’évaporation
Autres notations
Symbole Description
.̄ Opérateur de moyenne temporelle
<.> Opérateur de moyenne de phase
.0 Fluctuation totale
.̃ Fluctuation (composante) périodique
.00 Fluctuation (composante) stochastique
[.]y Grandeur intégrée suivant y
D/Dt Dérivée particulaire
Abréviations
Acronymes Description
CEDRE Calcul d’Écoulements Diphasiques et Réactifs pour l’Énergétique
CFD Computational Fluid Dynamics
CFL Courant-Friedrichs-Lewy
CPU Central Processing Unit
DNS Direct Numerical Simulation
DPS Discrete Particule Simulation
GMRES Generalized Minimal RESidual method
LACOM Laboratoire de COmbustion Multiphasique
LDI Lean Direct Injection
LP(P) Lean Premixed (Prevaporized)
LES Large-Eddy Simulation
MuStARD Multi-State Algorithm for Reactive Droplets
ONERA Office National d’Études et de Recherches Aérospatiales
PDI Phase Doppler Interferometry
PDF Probability Density Function
PEA Pré-Exponentielle Ajustée
xii
PIV Particle Imaging Velocimetry
PVC Precessing Vortex Core
RANS Reynolds Averaged Navier-Stokes
RQL Rich-burn/Quick-mix/Lean-burn
RMS Root Mean Square
TFLES Thickened Flame model for LES
TTL Transistor-Transistor Logic
xiii
Nomenclature
xiv
Partie I : Contexte et état de l’art
1
Chapitre 1
Introduction générale
3
Chapitre 1. Introduction générale
ce domaine sont donc nécessaires afin de mieux appréhender les phénomènes diphasiques et, in fine,
élaborer des modèles et des outils de simulation plus adaptés et plus prédictifs. C’est dans ce contexte
que s’inscrit ce travail de thèse.
4
1.3 Plan du mémoire
étude sont présentés. Les résultats obtenus sont confrontés aux données expérimentales. Une analyse
des résultats est réalisée afin d’interpréter certains résultats d’expérience, en particulier en conditions
inertes. La dernière partie, principalement théorique, traite de la modélisation de la distribution spa-
tiale de gouttes dans un brouillard et ouvre des perspectives quant à la modélisation de la combustion
diphasique dans les codes CFD.
5
Chapitre 1. Introduction générale
6
Chapitre 2
Description des turbomachines
Sommaire
2.1 Architecture globale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
2.2 Cycle thermodynamique et optimisation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
2.3 Injection de combustible . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
2.3.1 Combustible liquide . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
2.3.2 Composition du kérosène . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
2.3.3 Technologies usuelles d’injection . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
2.4 Conception des chambres de combustion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
2.4.1 Généralités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
2.4.2 Brûleur à écoulement axial . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
2.4.3 Brûleur à écoulement swirlé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
7
Chapitre 2. Description des turbomachines
appelée « turbofan », est présentée en figure 2.1. L’architecture d’un « turbofan » s’organise autour
de cinq éléments :
1. une soufflante (hélice carénée), assurant l’admission des gaz frais au sein du moteur, et produi-
sant la majeure partie de la poussée ;
2. une succession d’étages compresseurs, comprimant l’air afin d’assurer des conditions optimales
pour la combustion ;
3. une chambre de combustion, au sein de laquelle le mélange carburant/air et son inflammation
sont assurés ;
4. une succession d’étages turbines, assurant une partie de la détente des gaz brûlés, et permettant
de récupérer de l’énergie mécanique afin d’entraîner les compresseurs et la soufflante ;
5. une tuyère, permettant d’achever la détente des gaz en sortie, et fournissant la poussée rési-
duelle par la propulsion d’un jet à haute vitesse ;
Chambre de
Soufflante Flux Compresseur
combustion Turbine BP
(Fan) secondaire HP
0 1 2 3 4 5
(a)
Figure 2.1 – (a) Schéma de principe d’un turboréacteur double corps/double-flux. Les numéros
correspondent à la figure 2.2 (b) Moteur LEAP de CFM International (taux de dilution ≈ 10)
Il est intéressant de remarquer que, depuis plusieurs années, une tendance de fond est l’augmen-
tation progressive de la contribution de la soufflante et de l’augmentation du taux de dilution des
moteurs † . Cette tendance se traduit par l’apparition de turboréacteurs de plus en plus volumineux, en
particulier sur les avions commerciaux modernes (A350, A380, Boeing 777). Toutefois, cette solution
a des limites car l’augmentation du diamètre de la soufflante, et donc du diamètre extérieur de la
nacelle, entraîne une augmentation de la masse du bloc moteur et de la traînée de l’aéronef jusqu’à
†. rapport des débits massiques du flux secondaire (ou dérivé) et du flux principal
8
2.2 Cycle thermodynamique et optimisation
des seuils critiques. Afin de lever cette limitation, l’utilisation d’hélices contra-rotatives non-carénées
(« open rotor ») est actuellement à l’étude [154].
Dans un cycle de Joule-Brayton réel, les transformations comportent des irréversibilités qui ré-
duisent la puissance disponible de la machine (pertes thermiques, pertes de charges et fuites).
𝑸𝒄𝒐𝒎𝒃
T
Carburant Chambre de (t
𝑸𝒄𝒐𝒎𝒃 3
combustion e 𝑾𝒄𝒐𝒎𝒑𝒓
3 m
2
p 𝑾𝒏𝒆𝒕
2
Compresseurs Turbines 𝑾𝒏𝒆𝒕
é 𝑾𝒄𝒐𝒎𝒑𝒓 1 4
𝑾𝒄𝒐𝒎𝒑𝒓 [ 1 5
0
1 4 Gaz brûlés
Air frais
0 5 s
[
Figure 2.2 – Schématisation du cycle thermodynamique d’une turbine à gaz - Cycle idéal de Joule-
Brayton fonction (température T , entropie s). Les numéros sont représentés en figure 2.1
Dans un contexte d’optimisation, on peut montrer que l’efficacité du cycle de Joule-Brayton est
d’autant plus grande que le rapport des pressions, βcompr = P2 /P1 , est important. Actuellement,
c’est le moteur Rolls-Royce Trent 1000, équipant le Boeing 787 Dreamliner qui permet d’atteindre
l’un des plus grands rapports de pression de sa catégorie (soit 52:1). Notons aussi que l’efficacité du
cycle thermodynamique augmente avec la température en entrée de turbines (T3 ). L’augmentation de
température requiert, en parallèle, le développement de matériaux toujours plus résistants. À ce propos,
remarquons que l’évolution de la tenue thermique des super-alliages a été relativement limitée lors des
dernières décennies (+10 K/an [36, 152]). Pour atteindre des gains de consommation spécifique dans
les moteurs, plusieurs pistes sont envisagées. Une solution, en rupture technologique avec les systèmes
actuels, consiste à remplacer la chambre de combustion du cycle de Joule-Brayton par une chambre
9
Chapitre 2. Description des turbomachines
de combustion à cycle de Humphrey (combustion à volume constant). Cette alternative fait l’objet
d’un intérêt croissant dans la communauté aéronautique mais demeure toujours à l’état de recherche
(c.-à-d. bas niveau de maturité technologique).
De manière plus générale, il apparaît que la combustion est un facteur, parmi d’autres, permettant
d’améliorer le rendement global des turbomachines. Toutefois, la réduction des émissions polluantes
reste exclusivement liée à l’amélioration de l’efficacité du processus de combustion et à l’optimisation
de la conception des brûleurs. Ce dernier point est présenté dans la section suivante.
Dans le domaine du transport aérien, le combustible est stocké sous forme liquide. L’utilisation
d’un carburant liquide, par rapport à l’utilisation d’un carburant gazeux offre un certain nombre
d’avantages :
1. s’affranchir de réservoirs pressurisés (souvent lourds et encombrants) ;
2. simplifier et rendre plus économique la procédure de ravitaillement des aéronefs ;
3. diminuer le risque d’explosion en cas d’accident.
Pour être brûlé efficacement dans les foyers de turbomachines, le carburant liquide doit être pulvé-
risé sous la forme d’un brouillard de gouttes. En fait, la pulvérisation du carburant permet d’augmenter
la surface d’échange avec l’écoulement d’air, ce qui améliore l’efficacité du processus de mélange et
garantit une combustion plus rapide et plus complète.
En général, les systèmes propulsifs aérobie emploient le kérosène † comme combustible. Le kérosène
a été choisi du fait de son fort pouvoir calorifique (43 [Link]−1 ) et de son point de congélation très
bas (-50◦ C), compatible avec les températures rencontrées en vol dans la troposphère.
Le kérosène est un mélange d’hydrocarbures dont les chaînes carbonées vont de C8 à C16 . Ty-
piquement, ce mélange contient entre 70 % et 85 % de paraffines (ou alcanes) sous formes linéaires
(n-paraffines) ou ramifiées (iso-paraffines). La combustion de ces paraffines permet d’obtenir un dé-
gagement de chaleur par unité de masse important ainsi qu’une combustion avec peu de suie, car le
rapport des nombres d’atomes de carbone et d’hydrogène est faible. Les cycloalcanes ont un dégage-
ment de chaleur par unité de masse plus faible et un rapport des nombres d’atomes de carbone et
d’hydrogène plus élevé, mais sont essentielles car leur présence permet d’abaisser le point de congéla-
tion du kérosène. Le kérosène contient aussi des aromatiques, dans une proportion maximale de 25 %.
Enfin, le kérosène contient également de traces de sulfates, d’oxygène et d’azote, qui ont un impact sur
†. aussi connu sous l’appellation Jet-A1
10
2.3 Injection de combustible
les propriétés de lubrification. Notons que la composition exacte du kérosène varie selon son origine
d’extraction et son fournisseur (Total, BP,...) [23]. Pour plus de précisions, le lecteur intéressé pourra
se reporter à l’article de synthèse de Blakey et al. (2010) [25].
Injecteur à pression Les injecteurs à pression (dits hydrauliques) sont basés sur l’injection de
carburant sous pression. Le but ici est de forcer l’éjection de combustible à travers un orifice de petite
dimension. L’un des systèmes les plus communs est l’injecteur simplex (« pressure swirl atomizer »),
lequel est constitué d’un tourbillonneur (chambre à « swirl ») qui permet d’imposer un moment an-
gulaire au carburant afin d’améliorer le mécanisme d’atomisation en sortie du gicleur (cf. figure 2.3).
En général, les brouillards ont la forme d’un cône très ouvert (cône creux ou plein). Lorsque l’orifice
est suffisamment petit, ces injecteurs permettent une atomisation particulièrement fine. On notera
toutefois que leur évolution est aujourd’hui très limitée, du fait de la difficulté de concevoir des orifices
plus étroits (∼ 300 µm [9]).
Figure 2.3 – Schéma d’un injecteur de type simplex, extrait de Ashgriz (2011) [9]
Injecteur aéro-mécanique Un autre système très répandu est l’atomiseur de type « prefilming
air-blast ». Dans ce dispositif, le carburant est d’abord injecté par un injecteur à pression sur une
paroi afin de créer un film liquide, lequel est exposé en aval à deux jets d’air co-axiaux, souvent
contra-rotatifs (cf. figure 2.4). L’intérêt du « prefilming » est d’augmenter la surface de contact entre
le gaz et le liquide pour favoriser les échanges de quantité de mouvement et l’émergence d’instabilités
au niveau de leur interface. L’atomisation primaire consiste en la désintégration de la nappe liquide
11
Chapitre 2. Description des turbomachines
Figure 2.4 – Illustration du principe de fonctionnement d’un injecteur de type « prefilming air-
blast ». Photographie d’une nappe de liquide en cours d’atomisation
12
2.4 Conception des chambres de combustion
Figure 2.5 – (a) Vue en coupe d’une chambre de combustion annulaire simple du moteur CFM56
(tirée de Mongia (1998) [119]) (b) Photographie d’une chambre de combustion (extraite de Poinsot
(2010) [134])
Les premières chambres de combustion étaient conçues de manière à obtenir un écoulement unidi-
rectionnel (axial), c.-à-d. de l’entrée vers la sortie du brûleur. Le mélange air/carburant et la stabilisa-
tion de la flamme étaient assurés par une zone de reciculation générée au moyen d’un accroche-flamme
(« flame-holder » ou « bluff-body ») et/ou d’une augmentation brusque de section en entrée de la
chambre (« dump combustor »). Aujourd’hui, certains foyers d’hélicoptères fonctionnent toujours sur
ce principe, en utilisant des cannes d’injection.
Canne d’injection Dans ce système, le carburant est d’abord pulvérisé grossièrement à l’intérieur
d’un tube coudé, appelé canne d’injection. Comme le montre la figure 2.6, la canne est directement
immergée à l’intérieur de la chambre de combustion de manière à ce que les flux thermiques favorisent
l’évaporation du carburant en amont de la zone de combustion. La présence de la canne dans l’écou-
lement crée une zone à faible vitesse dans son sillage, ce qui permet la stabilisation d’une flamme.
Ce système a l’avantage d’être simple et compact, ce qui explique sa mise en œuvre dans les foyers
d’hélicoptères. En revanche ce type d’injecteur ne permet pas d’assurer une bonne pré-vaporisation
lors des ré-allumages en haute altitude, en conditions froides. Ces injecteurs ont, de plus, une durée
de vie relativement limitée.
13
Chapitre 2. Description des turbomachines
Air
Carburant
Figure 2.6 – Illustration d’une « canne d’injection » et cliché d’une chambre de combustion d’hé-
liocptère (Turbomeca), adaptée de Lefebvre (1983) [102]
14
2.4 Conception des chambres de combustion
70 % du débit d’air injecté est dédié à la dilution et au refroidissement, ce qui permet de réduire la
persistance des points chauds dans la chambre. Un dernier avantage du concept RQL est son haut
degré de stabilité de combustion, du fait de la combustion riche, ce qui permet d’obtenir une large
plage de fonctionnement pour un moteur. L’inconvénient majeur de ce type de configuration vient de
la difficulté de maîtriser la qualité et la rapidité du mélange dans le brûleur pour tous les régimes
moteurs. De fait, si le mélange n’est pas optimal, les systèmes RQL peuvent engendrer une production
excessive de CO, ou encore des pertes thermiques au niveau des parois de la chambre.
Figure 2.7 – Schéma de principe d’une configuration de type RQL - φ, richesse du mélange air/car-
burant - d’après Samuelsen (2006) [148]
Système « Lean Premixed Prevaporized » Dans un système d’injection LPP, le carburant li-
quide est d’abord atomisé, puis totalement évaporé et mélangé à l’air en amont de la zone primaire (cf.
figure 2.8), ce qui augmente l’efficacité du processus de combustion. La combustion a lieu en régime
pauvre (excès d’air) afin de réduire la température de flamme et la production de NOx thermique. Le
concept LPP est attractif et est aujourd’hui considéré comme une technologie prometteuse. Toutefois,
ces systèmes sont enclins aux instabilités de combustion. Ces instabilités résultent du couplage entre
les fluctuations de dégagement de chaleur et les ondes acoustiques. Lorsque les instabilités de combus-
tion atteignent des amplitudes importantes, celles-ci peuvent provoquer des dommages plus ou moins
sérieux à la structure, par vibration, par retour de flamme (« flashback flame ») ou encore par fusion
des parois exposées à des échanges thermiques intenses. Ces difficultés peuvent être partiellement sur-
montées par un mélange et une évaporation incomplète du carburant en amont de flamme, comme
cela est réalisé dans les systèmes LP (« Lean Premixed »).
Système « Lean Direct Injection » Le concept LDI, basé sur une combustion globalement très
pauvre, se distingue du système LPP par l’injection du carburant liquide directement dans la chambre.
Une architecture possible de la technologie LDI est la mise en place d’une injection multipoint (« mil-
lion injection point »). Dans cette configuration, une série de jets liquides est injectée à grande vitesse,
perpendiculairement à l’écoulement d’air fortement turbulent, en entrée de la chambre de combustion,
ce qui permet d’assurer un mélange rapide et une distribution de vapeur la plus homogène possible
15
Chapitre 2. Description des turbomachines
Air
Sortie
Carburant
Axe de symétrie
Tube de prémélange/prévaporisation
Figure 2.8 – Schéma de principe d’un système LPP constitué d’un dispositif d’injection, un tube
de prémélange et d’une chambre de combustion (adapté de [169])
en amont du front de flamme. Contrairement aux systèmes LPP, aucun tube de prémélange n’est
nécessaire, ce qui simplifie la conception mécanique du système d’injection et permet une réduction de
longueur et de masse du foyer. L’inconvénient principal du concept LDI est l’apparition d’hétérogé-
néités locales de richesse qui peuvent conduire à des émissions d’espèces polluantes plus difficilement
maîtrisables.
Vers des systèmes étagés Si les systèmes d’injection pauvre font l’objet d’un intérêt grandissant
pour leur potentiel de réduction d’émissions d’espèces polluantes, ces systèmes souffrent de problèmes
d’extinction, en particulier lorsque le moteur fonctionne au ralenti. Pour lever cette limitation, deux
solutions ont été envisagées. La première évolution possible consiste à étager la combustion dans une
une chambre de combustion à deux têtes (« Dual Annular Combustor »). Dans le cadre du projet
européen SIA Team, la Snecma et l’ONERA ont notamment étudié la possibilité de mettre en œuvre
une chambre de combustion composée d’un système RQL (stabilisateur) et d’un système LPP (réduc-
teur de NOx) [125]. On notera également qu’une version du moteur CFM56 met à profit la solution
de la combustion étagée (cf. figure 2.9(a)). Une deuxième évolution possible consiste à regrouper deux
systèmes d’injection en un seul (cf. figure 2.9(b)). L’injecteur pilote est alors spécialement conçu pour
assurer le fonctionnement du moteur au ralenti, et un injecteur principal, optimisé pour la réduction
de NOx, est mis à contribution pour des puissances plus importantes.
16
2.4 Conception des chambres de combustion
(a) (b)
Figure 2.9 – (a) Plan d’une chambre de combustion annulaire à deux étages (moteur CFM56) [119]
(b) Vue en coupe d’un système d’injection étagé avec un injecteur multipoint en tête de puissance
17
Chapitre 2. Description des turbomachines
18
Chapitre 3
Simulation numérique appliquée aux
foyers aéronautiques
Sommaire
3.1 Intérêts et limites . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
3.2 Traitement de la phase gazeuse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
3.2.1 Équations de conservation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
3.2.2 Modélisation de la turbulence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
3.2.3 Modélisation de la combustion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
3.3 Traitement de la phase dispersée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
3.3.1 Différentes descriptions possibles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
3.3.2 Approche lagrangienne stochastique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
3.3.3 Dynamique des gouttes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
3.3.4 Évaporation des gouttes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
3.3.5 Chauffage des gouttes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
3.4 Couplage phase gazeuse / phase dispersée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
3.4.1 Régime de dilution d’un spray . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
3.4.2 Expression des termes sources . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
Dans ce chapitre, on présente brièvement les équations de Navier-Stokes décrivant les écoulements
turbulents, diphasiques et réactifs rencontrés dans les chambres de combustion des turbomachines.
19
Chapitre 3. Simulation numérique appliquée aux foyers aéronautiques
débits) en entrée de chambre pour divers régimes de fonctionnement moteur. En France, de tels es-
sais sont réalisés sur des bancs industriels ou au CEPr (Centre d’Essais des Propulseurs). Toutefois,
ces essais sont particulièrement onéreux et peuvent impacter la rentabilité d’un moteur. En paral-
lèle, le développement conjoint de méthodes numériques permettant de discrétiser les équations de
Navier-Stokes et l’augmentation des capacités de calculs par ordinateurs, ont permis l’émergence de
la mécanique fluides numériques (CFD, « Computational Fluid Dynamics »). Depuis les années 60, les
laboratoires de recherche ont ainsi contribué au développement de codes de calcul multiphysique. Au-
jourd’hui, les simulations sont couramment utilisées par les chercheurs pour aider à la compréhension
des phénomènes physiques dans des configurations complexes. La figure 3.1 présente deux exemples
d’utilisation de simulations numériques appliquées à un foyer aéronautique. La première simulation a
permis d’étudier la propagation d’une flamme lors de la phase d’allumage d’une chambre de combus-
tion d’hélicoptère. La seconde a permis d’identifier les régions de l’écoulement où la suie est produite.
Si les codes de calculs sont de plus en plus utilisés comme des outils d’aide à la conception dans
l’industrie, il n’est, aujourd’hui, pas encore possible de se passer d’essais en conditions réelles, et ce
pour deux raisons. La première est liée à la faisabilité de réaliser des simulations sur des configura-
tions complexes, tout en assurant un temps de restitution de calcul compatible avec les contraintes
industrielles. La seconde raison correspond aux limites actuelles de la modélisation, en particulier
celles liées à la combustion diphasique turbulente. En effet, à cette heure, le caractère prédictif des
simulations numériques n’est pas garanti sur l’ensemble des points de fonctionnement d’un moteur
(allumage, extinction, régime de décollage/croisière/atterrissage, mode dégradé avec ingestion d’eau
ou de cendres, par exemple). Le travail conjoint des chercheurs et des industriels consiste à étendre
l’application et la précision des modèles CFD actuels, tout en proposant des procédures rigoureuses
d’implémentation dans les codes pour les rendre accessibles et garantir un temps de calcul minimal.
(b)
(a)
Figure 3.1 – (a) Simulation LES avec le logiciel AVBP d’une séquence d’allumage au sein de la
chambre de combustion annulaire VESTA (Turbomeca) [27] (b) Simulation LES avec le logiciel
CEDRE de la production de suie dans une portion de la chambre annulaire TLC (Turbomeca) [52]
20
3.2 Traitement de la phase gazeuse
∂ρ ~
+ ∇ · (ρ~
u) = Skl→g (3.1)
∂t
où Skl→g est le terme source apporté par la phase dispersée (cf. sous-section 3.4.2). La masse volumique
du gaz est liée aux grandeurs primitives P et T par la loi des gaz parfaits :
PM
ρ= (3.2)
RT
où R est la constante universelle des gaz parfaits R ≈ 8,314 [Link]−1 .K −1 . La masse molaire M d’un
mélange gazeux de Ne espèces est définie par :
Ne
M= Xk Mk (3.3)
X
k=1
Conservation des espèces Pour un écoulement gazeux comportant Ne espèces, il faut résoudre
Ne équations de conservation des espèces :
∂ (ρYk ) ~
+ ∇ · (ρYk u
~ ) = −∇
~ · J~k + ω˙k + S l→g
k (3.4)
∂t
ici, Yk désigne la fraction massique de l’espèce k. Les fractions massiques et molaires sont reliées par
la relation :
Xk Mk
Yk = (3.5)
M
Le terme source ω̇k correspond au taux de production / destruction de l’espèce k lors du processus
de combustion (cf. éq. 3.29). Enfin, J~k est le flux de diffusion de l’espèce k décrit par l’équation 3.6,
faisant intervenir V
~ k la vitesse de diffusion de l’espèce k :
J~k = ρYk V
~k (3.6)
21
Chapitre 3. Simulation numérique appliquée aux foyers aéronautiques
Notons que la somme des équations de conservation des espèces (cf. éq. 3.4) doit permettre de
retrouver l’équation de conservation de la masse (cf. éq. 3.1). Pour cela, les deux conditions suivantes
doivent être respectées :
k=1
k=1
∂ (ρ~
u) ~ ¯
¯ + S l→g
~ · (τ̄¯ − P · I)
+ ∇ · (ρ~ ~) = ∇
u⊗u qdm (3.11)
∂t
¯
¯ la matrice identité et le tenseur des contraintes visqueuses τ̄¯ qui s’exprime, pour un fluide
avec I,
Newtonien, par la relation suivante :
La viscosité dynamique µ est reliée à la viscosité cinématique par la relation µ = ρν. Le second
coefficient de viscosité, η, est obtenu par la relation de Stokes :
2
η=− µ (3.13)
3
22
3.2 Traitement de la phase gazeuse
∂ (ρE) ~ ¯
¯ ·u
~ τ̄¯ − P · I) ~ El→g
+ ∇ · (ρE · u
~ ) = ∇.[( ~] − ∇
~ · J~E + ω˙T + S (3.14)
∂t
en définissant l’énergie E comme :
Ne
E = Et − ∆h0f,k Yk (3.15)
X
k=1
où ∆h0f,k est l’enthalpie de formation de l’espèce k et Et l’énergie totale définie comme la somme de
l’énergie interne Eu et de l’énergie cinétique :
1
Et = Eu + u~ ·u
~ (3.16)
2
Dans l’équation 3.14, J~E correspond au vecteur du flux d’énergie totale. Il se décompose en un
flux de conduction, un flux d’interdiffusion et un flux lié à l’effet Dufour † . En négligeant ce dernier
effet, on a :
Ne
J~E = q
~+ hk J~k (3.17)
X
k=1
~ = −λ∇T
q ~ (3.18)
Dans l’équation 3.14, le premier terme source ω˙T correspond au taux de dégagement de chaleur lié
aux réactions chimiques, et s’exprime selon la relation :
Ne
ω˙T = − ∆h0f,k ω˙k (3.19)
X
k=1
23
Chapitre 3. Simulation numérique appliquée aux foyers aéronautiques
Dans un foyer aéronautique, l’écoulement d’air est turbulent, c.-à-d. ses grandeurs physiques,
comme la vitesse locale par exemple, présentent des fluctuations irrégulières en temps et en espace. Le
caractère turbulent de l’écoulement traduit l’existence de structures turbulentes à des échelles variées
au sein de la chambre. De manière générale, on considère que ces échelles sont comprises entre l’échelle
de Kolmogorov, ηK , et l’échelle intégrale, L (cf. figure 3.2(a)). La première échelle correspond à la taille
des plus petits tourbillons de l’écoulement, où l’énergie cinétique turbulente est dissipée en chaleur
par les effets visqueux. La seconde correspond à la taille des grosses structures de l’écoulement, où
l’énergie cinétique turbulente est produite. L’apparition des tourbillons macroscopiques est générale-
ment liée à la forme de la chambre (confinement, parois perforées) ou encore à la présence du système
d’injection qui perturbe l’écoulement. La théorie de la « cascade d’énergie turbulente », introduite par
Richardson (1922) [143] et reprise par Kolmogorov et al. (1937) [92], prévoit une autosimilarité de la
dislocation des tourbillons ainsi qu’un transfert d’énergie des grosses structures vers les plus petites
échelles jusqu’à l’échelle critique de Kolmogorov. Ce transfert d’énergie revêt un caractère universel
caractérisé par une décroissance de pente en « -5/3 », dans la zone inertielle (cf. figure 3.2(b)). Plus de
détails sur la turbulence et sa modélisation sont disponibles dans les ouvrages de Pope (2000) [136],
Chassaing (2000) [42] et Lesieur (2008) [103], par exemple.
La résolution numérique des écoulements de foyer requiert donc la prise en compte de la turbulence.
Pour ce faire, il existe quatre méthodes principales :
1. la simulation moyenne (RANS), calculant les valeurs moyennes de l’écoulement et modélisant
l’ensemble du spectre ;
2. la simulation en moyenne de phase (URANS), qui consiste à prendre en compte le terme
∂/∂t dans les équations RANS et permet de capturer des structures instationnaires cohérentes,
à grande échelle uniquement ;
3. la simulation aux grandes échelles (LES), calculant l’ensemble des grandes structures de la
turbulence et modélisant les plus petites échelles. Dans cette approche, les grandeurs sont filtrés
dans l’espace physique par un filtre passe-haut, lequel est dépendant de la taille des cellules de
maillage (∆) ;
4. la simulation numérique directe (DNS), où les équations de Navier-Stokes sont directement
résolues.
Simulation moyenne (RANS) L’approche RANS consiste à chercher une solution asymptotique
stationnaire au problème. L’ensemble du spectre de la turbulence est modélisé. La méthode consiste
à résoudre les équations de Navier-Stokes, après avoir appliqué une moyenne temporelle, équivalente
à une statistique d’ensemble pour un processus aléatoire, définie par :
1 t
Z
Ψ = lim Ψ(t)dt (3.20)
t→∞ t − t0 t0
24
3.2 Traitement de la phase gazeuse
E[κ]
ηk ~ κ-5/3
DNS
Vorticité
κ
L RANS
π/L π/Δ
π/ηk
LES
Zone Zone Zone
énergétique inertielle dissipative
(a) (b)
Figure 3.2 – (a) Visualisation d’un champ de vorticité instantané dans la chambre de combustion
du montage MERCATO (calcul AVBP, CERFACS [156]), illustrant le problème multi-échelle de la
turbulence (b) Schéma de la densité spectrale d’énergie en fonction du nombre d’onde κ, pour les
trois approches DNS, LES, RANS
Cette opération peut être interprétée comme un filtrage. On peut alors introduire des notations
communes pouvant être employées à la fois en RANS et en LES.
En RANS, toute valeur instantanée d’une grandeur Ψ peut être décomposée en la somme de sa
moyenne temporelle et de ses fluctuations autour de cette moyenne :
L’opérateur de filtrage vérifie les propriétés de linéarité, de conservation des constantes, de commu-
tativité par rapport à la dérivation et de projectivité. Les relations suivantes sont également vérifiées :
Ψ = Ψ et Ψ0 = 0 (3.22)
La moyenne de Favre est utilisée pour les écoulements compressibles et met en œuvre une moyenne
pondérée par la masse volumique :
ρΨ
Ψ
b = (3.23)
ρ
Les fluctuations autour de la moyenne de Favre sont notées Ψ
b 0 et la décomposition d’une grandeur
Ψ est alors :
Ψ(t) = Ψ
b +Ψ
b 0 (t) (3.24)
Simulation en moyenne de phase (URANS) Dans l’approche RANS instationnaire, toute valeur
instantanée d’une grandeur Ψ peut être décomposée en la somme de sa moyenne temporelle Ψ, de sa
25
Chapitre 3. Simulation numérique appliquée aux foyers aéronautiques
Ψ(t) = Ψ + Ψ(t)
e + Ψ00 (t) (3.25)
Dans ce cas la moyenne d’ensemble est équivalente à une moyenne de phase. En notant < . >
l’opérateur de moyenne de phase s’écrit comme :
1 X N
< Ψ(t) > = lim Ψ(t + nT ) = Ψ + Ψ(t) (3.26)
N →∞ N + 1
e
n=0
Simulation aux grandes échelles (LES) Dans l’approche LES, les grandeurs sont filtrées dans
l’espace physique par rapport à un filtre passe-haut. Les grandes structures tourbillonnaires de la tur-
bulence sont résolues, tandis que les petites structures sont modélisées. Pour modéliser les interactions
entre les petites et les grandes échelles de la turbulence, et au sein même des petites échelles, une
modélisation de sous-maille est introduite.
L’opération de filtrage de la grandeur Ψ dans l’espace spectral est obtenue par convolution :
Z ∞
Ψ(κ) = Ψ(κ0 )G∆ (κ − κ0 )dκ (3.27)
−∞
Simulation numérique directe (DNS) L’approche DNS nécessite une discrétisation spatiale et
temporelle de l’ensemble des échelles de la turbulence. À noter que le nombre de points nécessaires à la
résolution d’un écoulement de turbulence homogène isotrope (THI), dont la taille caractéristique est
l’échelle intégrale L, est de l’ordre de O(ReL 9/4 ) [146]. L’utilisation d’une telle approche est marginale
pour des calculs de foyer de combustion, en raison des coûts et temps de calculs prohibitifs.
Dans le contexte industriel, les méthodes RANS sont aujourd’hui les plus utilisées du fait de leur
faible coût CPU. La LES et la DNS restent, quant à elles, réservées à une utilisation pour des travaux
de recherche. Cependant, l’augmentation continue des capacités des calculateurs permet aujourd’hui
aux motoristes d’exploiter de plus en plus les outils LES dans les bureaux d’études pour des calculs
26
3.2 Traitement de la phase gazeuse
Nr Ne Ne
!
ν 0∗ ν 00∗
ω̇k = Mk (3.29)
00 0
Kfj Kbj
X Y Y
νkj − νkj Ck kj − Ck kj
j=1 k=1 k=1
Il reste alors à expliciter l’expression des vitesses de réaction, Kij , qui s’expriment classiquement
sous la forme d’une loi d’Arrhenius-Kooij :
!
Eai
Kij = Aij T βji
exp − avec i = (f ou b) (3.30)
RT
où Ai est appelée constante pré-exponentielle et Eai est l’énergie d’activation, reliée à la température
d’activation T ai = Eai /R.
Dans les approches LES et RANS, on cherche à calculer le taux moyen de réaction massique ω̇k
qui apparaît dans les équations de conservation filtrées. La difficulté de calculer ω̇k vient du fait que
le taux de réaction instantané ω̇k est une fonction complexe (fortement non-linéaire) dépendant des
concentrations des espèces mises en jeu, de la température et de la pression. En général, les fluctuations
27
Chapitre 3. Simulation numérique appliquée aux foyers aéronautiques
de ces grandeurs n’étant pas faibles dans les flammes, on montre que :
Pour être représentatives de la réalité, les simulations des écoulements de foyers aéronautiques
doivent prendre en compte la présence du brouillard de gouttes de carburant dans l’écoulement d’air.
Tout d’abord, il est important de donner une définition générale d’un brouillard de gouttes (que l’on
appellera aussi spray ou nuage dans le manuscrit). Un brouillard peut se décrire comme un milieu
hétérogène dans lequel une phase continue (gaz) et une phase dispersée (gouttes liquides) coexistent.
La phase continue représente alors un mélange gazeux contenant un gaz comburant (de l’air, par
exemple), de vapeurs de combustible (provenant de l’évaporation des gouttes) et, éventuellement, de
produits gazeux issus du processus de combustion.
Lorsque le spray est composé de gouttes de tailles identiques, on utilisera la dénomination de spray
monodisperse. Toutefois, dans la plupart des applications industrielles, les brouillards sont constitués
de gouttes de tailles différentes, du fait de la mise en jeu de processus aléatoires (atomisation primaire,
secondaire, collisions pilotées en partie par la turbulence). On parlera alors de spray polydisperse.
Dans les simulations des foyers de turbomachines, les gouttes sont souvent traitées comme des
inclusions ponctuelles, sans qu’une résolution explicite de l’écoulement dans la goutte ou autour d’elle
ne soit nécessaire. De fait, des lois décrivant l’interaction goutte/fluides ont été développées.
De manière générale, deux approches majeures sont à distinguer pour la description des brouillards
dans les simulations des écoulements diphasiques [156] :
1. description Euler-Euler : les phases gazeuse et dispersée sont traitées comme des milieux
continus. L’information sur les trajectoires individuelles n’est pas pris en compte et les propriétés
du spray sont moyennées au sens volumique ou d’ensemble.
⊕ Avantages : adapté pour les zones denses du spray, coût numérique indépendant de la densité
de particules, couplage simple avec la phase gazeuse, parallélisation du calcul identique au solveur
fluide.
Inconvénients : difficulté liée à la description du croisement des trajectoires, prise en compte
28
3.3 Traitement de la phase dispersée
de la polydispersion coûteuse.
2. description Euler-Lagrange : cette fois, on suit l’évolution de particules individuelles dans
leur propre référentiel. La trajectoire de chaque goutte est évaluée selon un bilan de force.
⊕ Avantages : prise en compte directe de la polydispersion, implémentation des mécanismes
physiques simplifiée.
Inconvénients : dépendance en maillage du couplage entre phases, difficulté de localiser des
particules sur un maillage non-structuré.
À l’heure actuelle, il n’existe pas de jugement arrêté quant à la supériorité d’une des deux approches
pour des calculs complexes. Pour notre étude, nous utiliserons le code CEDRE (Calcul d’Écoulements
Diphasiques Réactifs pour l’Énergétique), développé par l’ONERA, qui est une plateforme de calcul
multiphysique, constitué en particulier du solveur eulérien CHARME pour traiter la phase gazeuse,
et du solveur lagrangien stochastique SPARTE pour traiter la phase dispersée. Dans la suite de ce
manuscrit, on s’intéressera exclusivement à l’approche Euler-Lagrange.
29
Chapitre 3. Simulation numérique appliquée aux foyers aéronautiques
Les méthodes particulaires sont basées sur la discrétisation de la fonction de probabilité, suivant
l’expression :
Np M
ff p (t, φ) = ] (3.32)
X Y (m)
w(m)
p · δ[φj − ϕj
m=1 j=1
avec φ = {xp,i , up,i , ug,i , rp , Tp } les coordonnées indépendantes (ou degrés de liberté), au nombre de
M , dans l’espace des phases, ϕ les coordonnées de référence, δ la fonction « delta » d’un Dirac, w le
poids numérique (nombre de gouttes réelles représentées par la particule numérique) et Np le nombre
total de particules numériques dans le domaine de calcul. Si toutes les particules numériques ont le
même poids alors le nombre total de gouttes réelles dans le domaine Np est simplement donné par
Np = wNp .
De manière plus générale, l’approche lagrangienne repose sur le suivi de chaque particule numérique
dans l’écoulement porteur au cours du temps :
Dxp,i
= up,i (3.33)
Dt
Dup,i
mp = Fp,i
ext
(3.34)
Dt
Dmp
= ṁp (3.35)
Dt
D (ρl cP,l Tp )
= Q̇p (3.36)
Dt
avec D/Dt la dérivée particulaire, Fp,i
ext la résultante des forces extérieures agissant sur la particule,
mp sa masse, ṁp le transfert de masse, ρl sa masse volumique, cP,l sa chaleur massique à pression
constante et Q̇p la variation d’énergie. On notera, par ailleurs, qu’il est courant de négliger la rotation
d’une particule et de ne considérer que son mouvement de translation.
L’équation BBO (Basset (1888) [17], Boussinesq (1903) [31], Oseen (1927) [128]), décrit la dyna-
mique d’une sphère rigide de masse mp , assimilable à une goutte isolée non-évaporante, en chute libre
dans un environnement gazeux, suivant la seconde loi de Newton :
Du~p
mp = F~T + F~P + F
~ inst (3.37)
Dt
30
3.3 Traitement de la phase dispersée
Force de traînée stationnaire La force de traînée stationnaire, notée F~T , correspond à la force
agissant sur une goutte sphérique, en l’absence d’accélération relative par rapport à l’écoulement
gazeux, dans un environnement à pression uniforme :
1
F~T = πρg Ap Cd k u~g − u~p k (u~g − u~p ) (3.38)
2
où u~g est la vitesse du gaz porteur, u~p la vitesse de la goutte, ρg la masse volumique du gaz, Ap la
surface du maître couple de la goutte sphérique (Ap = πrp2 ) et Cd son coefficient de traînée. L’évaluation
de ce coefficient peut se faire de différentes manières (cf. figure 3.3). Pour des simulations de foyers
aéronautiques, la loi de Schiller et Naumann [153] donne de bons résultats en général (moins de 5 %
d’erreur par rapport à l’expérience) :
24
(1 + 0, 15Re0,687
p ) si Rep 6 800
Cd = (3.39)
Rep
0, 445 si Rep > 800
avec Rep le nombre de Reynolds particulaire, dont la définition fait intervenir µg la viscosité dynamique
du gaz, le diamètre de la goutte et la vitesse relative de la goutte par rapport au gaz :
ρg dp ku~p − u~g k
Rep = (3.40)
µg
Figure 3.3 – Évolution du coefficient de traînée d’une goutte isolée en fonction du nombre de
Reynolds particulaire (adapté de [54])
Force de pression stationnaire La force de pression stationnaire, notée F~P , dépend du gradient
local de pression au niveau de la goutte. Dans le cas particulier d’un gradient de pression hydrostatique,
cette force de pression correspond à la résultante de la force de gravité (ρl Vp~
g ) et de la poussée
31
Chapitre 3. Simulation numérique appliquée aux foyers aéronautiques
ρg
F~P = ρl Vp 1 − ~
g (3.41)
ρl
Pour les écoulements ciblés dans cette thèse, le rapport de masse volumique ρg /ρl est de l’ordre
de O(10−3 ). De fait, la poussée d’Archimède est négligeable devant le poids de la goutte.
Forces instationnaires de quantité de mouvement Les forces instationnaires sont liées à l’his-
toire de la goutte. Le premier terme de l’équation 3.42 fait intervenir la force de « masse ajoutée »,
lequel prend en compte l’accélération/décélération du volume de fluide entourant la goutte. Le second
terme correspond à la force de Basset, qui décrit le délai de développement de la couche limite à la
surface de la goutte lors d’une accélération. La force F
~ inst représente la force instationnaire globale :
πd3p ρg d(~
ug,∗ − u~p ) 9ρg d(~
ug,∗ − u~p ) dτ
" #
t
r
νg
Z
~ inst
F = + √ (3.42)
6 2 dt dp π −∞ dτ t−τ
où ug,∗ représente la vitesse du gaz non perturbé, à la position de la goutte.
Souvent, les forces instationnaires peuvent être raisonnablement négligées dans les simulations des
foyers aéronautiques lorsque le rapport de densité ρl /ρg est élevé (∼ O(103 )) c.-à-d. à pression modérée
et en l’absence de choc (M 1).
Dans les simulations des écoulements diphasiques, il est assez courant de négliger l’effet de la
gravité, du fait de la petite taille des gouttes (typiquement dp ∼ O(101 ) µm). En fait, cela revient à
supposer que les gouttes sont soumises exclusivement aux forces de traînée dans le milieu gazeux.
L’équation du mouvement particulaire peut finalement s’écrire :
Du~p 1
= − (u~p − u~g ) (3.43)
Dt τp
Cette équation différentielle du premier ordre fait apparaître un temps caractéristique τp (appelé
temps de relaxation) :
ρl d2p 1
τp = · (3.44)
18µg ξ(Rep )
Le facteur correctif ξ permet d’adapter le coefficient de traînée suivant, par exemple, la corrélation
de Schiller-Naumann [153] (ξ(Rep ) = 1 + 0, 15Re0,687
p ). Comme pour tout système du premier ordre,
lorsque t = τp , la goutte, initialement au repos, a atteint 63 % de la vitesse stationnaire de l’écoulement
porteur gazeux. Le temps τp traduit donc le comportement inertiel d’une particule.
Dans le cadre d’une simulation numérique de type DNS, la vitesse instantanée du gaz est direc-
32
3.3 Traitement de la phase dispersée
tement résolue. Pour des simulations de type RANS, par exemple, la vitesse instantanée du gaz le
long de la trajectoire d’une particule u
~ g , doit être modélisée à partir de la seule connaissance de la
vitesse moyenne du gaz en tout point, U ~ g , et des grandeurs moyennes caractérisant la turbulence,
généralement l’énergie cinétique turbulente moyenne k et son taux de dissipation . Classiquement,
on décompose la vitesse du gaz le long de la trajectoire d’une particule comme la somme de la vitesse
moyenne du gaz au point considéré et d’une « vitesse fluctuante », noté u
~ g@p , attachée à la particule :
~g = U
u ~g +u
~ g@p (3.45)
Dans les codes de calculs industriels, la résolution du mécanisme d’évaporation des gouttes est un
problème qui peut apparaître complexe et coûteux en ressources CPU, en particulier si on souhaite
simuler l’ensemble des phénomènes physiques qui interviennent à l’interface de chaque goutte (présence
d’une couche limite, d’un sillage, et de recirculations internes à la goutte (vortex de Hill) induites par
les effets convectifs). Pour prendre en compte l’ensemble de ces effets, sans passer par la simulation
complète des gouttes, il a donc été nécessaire de développer des modèles d’évaporation.
Dans la suite, on présente le modèle d’évaporation initié par Spalding (1953) [162] et Godsave
(1953) [73] (résolution d’un problème de « convection-diffusion ») puis repris plus tard par Abramzon
et al. (1989) [2] (utilisation de la « théorie du film »). Une description détaillée et une généralisation
de ce modèle pour des gouttes multicomposants est présentée par Nje Nje (2000) [124] et Laurent
(2008) [99].
La « théorie du film » a été créée pour modéliser les phénomènes de transfert entre un courant
gazeux et un objet (paroi, goutte), sans qu’il ne soit nécessaire d’effectuer une étude hydrodynamique
complexe. Cette théorie suppose qu’il existe, au voisinage de la goutte, une pellicule de fluide immobile,
et que la résistance aux transferts, de matière et de chaleur, est concentrée intégralement à la traversée
de ce film. Ainsi, le paramètre qui contrôle l’intensité du transfert est l’épaisseur de la pellicule [33,
76]. Cette théorie offre l’avantage de pouvoir ramener les conditions aux limites infinies au niveau du
film (Rf,M , Rf,T : respectivement le rayon du film massique et le rayon du film thermique). Par la
suite, on indique la phase gazeuse (vapeurs + air), ou les propriétés dans le film gazeux, par l’indice
« g », le carburant par « F », et la phase liquide (goutte) par « l ». Les conditions aux limites du film
sont les suivantes :
YF,g (r = Rf,M ) = YF,g
∞
et Tg (r = Rf,T ) = Tg∞ (3.46)
33
Chapitre 3. Simulation numérique appliquée aux foyers aéronautiques
YF,g Tg
s Milieu ambiant gazeux Milieu ambiant gazeux
YF,g
T∞
s
Tg g
Y∞
F,g
Interface Interface
Film gazeux liquide/vapeur Film gazeux liquide/vapeur
ρg ||up − u∞ 2
g || dp
We = (3.47)
σl
avec up , ug les vitesses instantanées de la goutte et de la phase gazeuse à l’infini, dp le diamètre
de la goutte, σl la tension de surface du carburant dans l’air.
Hypothèse 2 : La phase gazeuse est quasi-stationnaire.
Cela signifie que les transferts de masse et de chaleur dans le film gazeux autour de la goutte s’adaptent
instantanément aux conditions limites locales induites par l’évaporation. Cette hypothèse forte peut
se justifier par le fait que la masse volumique du liquide est très supérieure à celle du gaz (ρl ρg ) ; ce
qui est vérifié pour la plupart des hydrocarbures constituants le kérosène (ρl /ρg ∼ O(103 )), à condition
que la pression du gaz ne soit pas trop élevée, c.-à-d. inférieure à la pression critique du combustible.
Ainsi, d’une part, la vitesse de récession de la surface, du fait de l’évaporation, est très petite devant
34
3.3 Traitement de la phase dispersée
la vitesse du flux de vapeur qui s’en échappe. D’autre part, les variations thermiques de la goutte sont
lentes comparées aux variations thermiques du gaz environnant.
Hypothèse 3 : Les propriétés physiques sont considérées comme uniformes dans la phase gazeuse.
Les grandeurs physiques (ρg , cP,g , Dg , µg ) sont calculées à une température et à une fraction massique
de référence, définis de manière ad hoc. Si on utilise la règle dite du « tiers » de Hubbard et al.
(1975) [82], et en désignant par « s » les conditions à la surface de la goutte et « ∞ » les conditions
du champ lointain, on écrit alors :
2 1
Tgref = Tgs + Tg∞ (3.48)
3 3
2 s 1 ∞
ref
YF,g = YF,g + YF,g (3.49)
3 3
La « règle du tiers » est valide pour Pg∞ ≤ 10 bar.
Hypothèse 4 : Le processus est isobare.
Hypothèse 5 : Les pressions et températures mises en jeu sont bien en-deçà du point critique du
carburant.
Hypothèse 6 : La pression est supposée suffisamment faible pour négliger la solubilité de l’air ambiant
dans la goutte.
Hypothèse 7 : La phase gazeuse est supposée être un mélange idéal de gaz parfaits.
Hypothèse 8 : Les effets Soret et Dufour sont négligés.
En outre, les phénomènes de diffusion sont du premier ordre (proportionnel au gradient). La diffusion
de masse est représentée par une loi de diffusion binaire (loi de Fick) et la loi de diffusion de chaleur
par une loi de Fourier.
Hypothèse 9 : Les transferts radiatifs entre la goutte et son environnement sont négligés.
Abramzon et al. (2006) [1] ont montré que les transferts radiatifs avaient effectivement très peu d’effet
sur l’évaporation d’une goutte de n-décane.
Hypothèse 10 : Les propriétés physiques sont considérées uniformes dans la goutte.
Hypothèse 11 : L’équilibre thermodynamique est vérifié au niveau de l’interface liquide-vapeur. Cet
équilibre se traduit par l’égalité des températures et des potentiels chimiques.
L’équilibre des potentiels chimiques est représenté par la loi de Raoult (éq. 3.50) et la pression de satu-
ration est obtenue par la relation de Clausius-Clayperon (ou d’Antoine (éq. 3.51), avec les paramètres
a, b, c dépendant du carburant :
Psat = XF,g
s
Pg∞ (3.50)
b
Psat (T ) = exp a + (3.51)
c−T
Grâce à ces hypothèses, les équations de la phase gazeuse (vapeurs + air) peuvent être traitées sous
forme quasi-statique et en coordonnées sphériques. Du fait de la symétrie sphérique de la configuration,
35
Chapitre 3. Simulation numérique appliquée aux foyers aéronautiques
seules les variations selon la coordonnée radiale sont considérées. Les équations de conservation de la
masse, des espèces et de l’énergie dans la phase gazeuse sont écrites entre la surface (notée « s ») et
le champ lointain (noté « ∞ ») :
ṁV
ρg r2 ur,g = cste = (3.52)
4π
d dYF,g
ρg r2 ur,g YF,g − ρg r2 Dg =0 (3.53)
dr dr
d dTg
ρg r2 cP,g Tg − ρg r2 αg cP,g =0 (3.54)
dr dr
avec αg la diffusivité thermique et ṁV le taux d’évaporation de la goutte (ou la variation de la masse
de la goutte), ṁV ≈ −ṁp (si on suppose que la vitesse de régression de la goutte est négligeable).
En intégrant les équations de conservation de l’espèce carburant et de l’énergie, on obtient deux
formulations distinctes du taux d’évaporation d’une goutte de rayon rp :
(3.55)
ṁ
V = 2πrp ρg αg N u∗ ln(1 + BT )
(3.56)
cP,g (Tg − Tg )
∞ s
BT =
Q̇s
LV (Tp ) + ṁ l
V
avec LV la chaleur latente de vaporisation (énergie dépensée par le changement de phase) et Q̇sl le flux
de chaleur par conduction dans la goutte (correspondant à l’énergie dépensée pour le chauffage de la
goutte (cf . sous-section 3.3.5)).
Dans l’équation 3.55, Sh∗ et N u∗ correspondent respectivement aux nombres de Sherwood et de
Nusselt modifiés. Ces nombres quantifient l’épaisseur des films de diffusion (massique et thermique)
dans lesquels la goutte est confinée. Ils s’expriment selon :
2Rf,M
Sh =
∗
Rf,M − rp
(3.57)
2Rf,T
Nu =
∗
Rf,T − rp
Pour estimer ces deux nombres adimensionnels, il est courant d’utiliser des corrélations semi-
empiriques. On suppose que la goutte subit des effets convectifs d’une part, et des effets de soufflage
de couche limite, d’autre part (« écoulement de Stefan »).
36
3.3 Traitement de la phase dispersée
Effets convectifs Ranz et al. (1952) [139] ont étudié les effets de la convection forcée pour le cas
d’une sphère plongée dans un écoulement gazeux. L’étude d’une sphère poreuse (diamètre constant)
a permis d’obtenir deux corrélations empiriques (dites de « Ranz-Marshall ») pour le nombre de
Sherwood et le nombre de Nusselt :
(3.58)
p
N u = 2 + 0, 6Re1/2 P r 1/3
0 p
2
δ = R − r = r
Sh0 − 2
M,0
f,M,0 p p
(3.59)
2
δT,0 = Rf,T,0 − rp = rp
N u0 − 2
Effets de soufflage des couches limites À la surface d’une goutte qui s’évapore, le passage
de l’état liquide à l’état gazeux s’accompagne d’un saut de masse volumique à l’interface, lequel
entraîne, par continuité de masse, une éjection radiale de vapeur. Le phénomène d’épaississement du
film massique et thermique est appelé « écoulement de Stefan ». Abramzon et al. (1989) [2] ont montré
que l’augmentation du rayon des couches limites dépend du nombre de Spalding selon :
Rf,i − rp
= Fi (Bi ) avec i = M ou T (3.60)
δi,0
avec la fonction correctrice définie comme :
ln(1 + Bi )
Fi (Bi ) = (1 + Bi )0,7 avec i = M ou T (3.61)
Bi
37
Chapitre 3. Simulation numérique appliquée aux foyers aéronautiques
[Link] Loi du d2
La loi en d2 permet de décrire la récession du diamètre d’une goutte au repos au cours du temps.
Cette loi suppose que la température de la goutte reste uniformes et constante, c.-à-d. en état d’équi-
libre. L’évolution temporelle du diamètre dp se déduit simplement à partir de l’expression du débit :
d 4
πρl rp3 = −2πrp ρg Dg Sh∗ ln(1 + BM ) (3.62)
dt 3
Il s’ensuit l’expression de la réduction du carré du diamètre de la goutte en fonction du temps :
ρg
βV = 4 Dg Sh∗ ln(1 + BM ) (3.64)
ρl
Ce modèle indique que l’évolution temporelle de la surface de la goutte est linéaire. On notera que
ce type d’évolution est retrouvée expérimentalement [178]. À partir de cette loi du d2 , on définit un
temps caractéristique de l’évaporation, qui correspond à la durée de vie d’une goutte :
d2p,0 ρl · d2p,0
τV = = (3.65)
βV 4ρg Dg Sh∗ ln(1 + BM )
Pour conclure cette partie sur l’évaporation des gouttes, quelques ordres de grandeurs peuvent
être utiles pour la suite de ce travail. Le tableau 3.1, résume les résultats expérimentaux réalisés par
Wilms (2005) [178] qui a mesuré les constantes d’évaporation de quelques n-alcanes qui composent le
kérosène. Il est intéressant de remarquer que plus les carburants sont lourds, moins ils sont volatils.
Pour plus de détails sur la modélisation de l’évaporation de gouttes multicomposants, le lecteur est
invité à lire les thèses de Nje Nje (2000) [124] et de Laurent (2008) [99].
Enfin, le code CGIT (Code Goutte Isolée et Train) de l’ONERA a été utilisé pour calculer nu-
mériquement la constante d’évaporation et la durée de vue d’une goutte de n-décane (C10 H22 ) de
diamètre initial dp,0 = 25 µm, immergée dans un environnement d’air au repos à Tg∞ = 460 K et Pg∞
= 1 bar. La fraction massique de carburant est supposée nulle à l’infini (YF,g
∞ = 0). La température
initiale de la goutte est imposée à Tp,0 = 368 K ; cette température correspondant à la température
d’équilibre de la goutte dans les conditions précédentes. L’utilisation conjointe de la loi d’Antoine
(éq. 3.51) et de la loi de Raoult (éq. 3.50) permet d’estimer les fractions molaire et massique de la
vapeur de carburant à la surface de la goutte (XF,g
s = 0,077 et Y s = 0,29), ce qui se traduit par un
F,g
nombre de Spalding massique BM = 0,41 (cf. éq. 3.56). Le calcul numérique permet de mesurer in
fine la constante d’évaporation βV = 1,01 · 10−8 m2 /s et la durée de vie τV ≈ 60 ms. On utilisera ces
résultats par la suite.
38
3.3 Traitement de la phase dispersée
Tableau 3.1 – Constantes d’évaporation obtenues expérimentalement pour différents n-alcanes com-
posant le kérosène (en m2 /s). Tableau extrait des résultats de [178]
Dans les codes industriels, le modèle de conduction de chaleur au sein de la goutte est directement
couplé au modèle d’évaporation. Différents modèles de conduction ont été développés et sont détaillés
par Doué (2005) [57]. Voici succinctement les caractéristiques des modèles les plus classiques, rangés
par ordre croissant de complexité :
1. modèle à conduction infinie : la température est supposée uniforme mais varie dans le temps.
Le bilan global donne :
4 dTp
Q̇sl = πrp3 ρl cP,l (3.66)
3 dt
2. modèle à conduction limitée : le profil de température est non-uniforme (dépendance ra-
diale, profil parabolique) et la température varie au cours du temps. Dans ce modèle, on résout
l’équation de la chaleur dans la goutte. La condition limite s’écrit :
dTp
Q̇sl = 4πrp2 λl (3.67)
dr r=rp
Rel P rl
χT = 1, 86 + 0, 86 tanh 2, 225 log (3.68)
30
avec P rl le nombre de Prandtl, et Rel le nombre de Reynolds de la phase liquide. Ce dernier est
39
Chapitre 3. Simulation numérique appliquée aux foyers aéronautiques
µl cP,l
P rl = (3.69)
λl
s
ρl Umax dp
Rel = (3.70)
µl
Vl
αl = (3.71)
Vtot
ml
Ml = (3.72)
mtot
où Vl , Vtot , ml et mtot sont respectivement les volumes liquide et total, et les masses liquide et totale
(gaz + liquide).
Le paramètre de distance C, qui représente le rapport entre l’espacement entre gouttes δs et le
diamètre des gouttes dp , peut également être judicieux pour décrire le régime de dilution d’un spray :
1/3
δs π
C= ∝ (3.73)
dp 6αl
π
avec αl =
nl d3p (3.74)
6
où nl est la densité volumique de liquide (nombre gouttes Nl par unité de volume) :
Nl
nl = ∝ δs−3 (3.75)
Vtot
La figure 3.5(a)) illustre la pulvérisation d’un jet liquide dans un environnement gazeux. On dis-
tingue plusieurs régimes de dilution. Simonin et al. (2002) [160] ont proposé de classifier ces régimes
à l’aide des paramètres αl et Ml :
• αl > 10−1 : régime dense. Les interactions entre gouttes et les interactions entre phase liquide
et gazeuse sont prépondérantes ;
• 10−4 < αl < 10−1 : régime modérément dense. Les interactions entre gouttes voisines sont
moindres mais ne peuvent être négligées ;
40
3.4 Couplage phase gazeuse / phase dispersée
• αl < 10−4 et Ml > 10−2 : régime dilué. Les collisions et les interactions peuvent être raison-
nablement négligées. Les gouttes peuvent être considérées comme isolées les unes des autres † .
En revanche, le couplage gaz/liquide doit être pris en compte car l’inertie de la phase dispersée
n’est pas négligeable ;
• αl < 10−4 et Ml < 10−2 : régime fortement dilué. La faible inertie des gouttes permet de
négliger l’impact de la phase liquide sur la phase gazeuse.
Figure 3.5 – (a) Régimes de dilution d’un brouillard issu de l’atomisation d’une nappe liquide
(extrait de [84]), (b) Diagramme des régimes de dilution d’un écoulement diphasique turbulent (tiré
de [59])
Au cours de l’atomisation, les mécanismes de collision entre gouttes, de rupture des nappes liga-
ments liquides et l’évaporation des gouttes sont pilotés en partie par la turbulence. On peut montrer
que le niveau d’interaction entre la turbulence et l’écoulement diphasique dépend de la fraction volu-
mique αl . En général, on considère trois niveaux de couplage dans les simulations numériques [34] (cf.
figure 3.5(b)) :
• αl < 10−6 : « one-way coupling » (couplage direct ou unilatéral), le brouillard est suffisamment
dilué pour considérer qu’il n’a pas d’influence sur l’écoulement porteur ;
• 10−6 < αl < 10−3 : « two-way coupling » (couplage inverse ou bilatéral), la présence des par-
ticules influence l’écoulement moyen et entraîne une modulation de la turbulence. La turbulence
perturbe le brouillard, qui lui-même agit sur la turbulence ;
• 10−3 < αl , soit C < 10 : « four-way coupling », idem que précédemment à l’exception que les
gouttes interagissent entre elles (collisions).
La figure 3.5(b) montre que lorsque αl > 10−6 , les gouttes peuvent induire une modulation de
41
Chapitre 3. Simulation numérique appliquée aux foyers aéronautiques
la turbulence. Par exemple, lorsque le temps de relaxation des gouttes τp (cf. éq. 8.9) est très grand
devant le temps caractéristique de l’échelle de Kolmogorov τK , alors les gouttes favorisent la production
de turbulence car elles sont inertielles. À l’inverse, de très petites gouttes peuvent conduire à une
dissipation des fluctuations de l’écoulement gazeux.
Le taux d’échange de la quantité de mouvement entre les gouttes et le gaz, apparaissant dans
l’équation 3.11, s’exprime :
Z h
=− + ṁp up,i ff p dup,i dug,i drp dTp (3.77)
i
l→g ext
Sqdm Fp,i
où l’on retrouve les forces volumiques (réaction des gouttes sur le gaz) et la quantité de mouvement
de la vapeur produite par évaporation.
Enfin, on écrit l’expression du taux d’échange d’énergie, présent dans équation 3.14, suivant une
somme de quatre termes :
1
Z
l→g
SE =− ext
Fp,i up,i + ṁp u2p,i + Q̇sl + ṁp LV (Tp ) ff p dup,i dug,i drp dTp (3.78)
2
Dans cette expression on retrouve le travail de la force de traînée, l’énergie cinétique de la vapeur,
la chaleur servant à chauffer la goutte et la chaleur fournie pour vaporiser le liquide.
42
Chapitre 4
Études des interactions
turbulence/spray/combustion
Sommaire
4.1 Interactions spray/turbulence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
4.1.1 Modulation de la turbulence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
4.1.2 Dispersion des gouttes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
4.2 Interactions combustion/turbulence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
4.3 Interactions spray/combustion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
4.3.1 Niveaux d’interaction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
4.3.2 Combustion de goutte isolée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48
4.3.3 Régimes de combustion diphasique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51
4.4 Études expérimentales des flammes diphasiques turbulentes . . . . . . . . . . . . . . 57
43
Chapitre 4. Études des interactions turbulence/spray/combustion
1. l’augmentation locale du cisaillement due à la présence de gouttes, ce qui se traduit par une
altération du spectre d’énergie turbulente de la phase gazeuse à l’échelle de la distance inter-
gouttes (δs ) ;
2. la génération de turbulence dans le sillage de gouttes (effet de traînée).
Des études expérimentales [95, 150, 66] montrent que la présence de gouttes dans un écoulement ga-
zeux peut entraîner une modulation locale des caractéristiques de la turbulence. Suivant le cas étudié,
la présence du brouillard atténue ou augmente le niveau d’énergie cinétique turbulente. D’après Elgho-
bashi et al. (1994) [59], l’intensité de modulation de la turbulence dépendrait de la taille des gouttes
et du chargement de masse liquide Ml (ou de la fraction volumique αl ) du spray (cf. figure 3.5(b)).
Les résultats des simulations DNS menées par Squires et al. (1991) [163] révèlent un accroissement
de la dissipation d’énergie cinétique turbulente lorsque le chargement de masse liquide augmente et ré-
vèlent une faible sensibilité liée au temps de relaxation des gouttes. Boivin et al. (1998) [28] montrent,
au moyen de simulations DNS, que la présence du spray a une double action sur l’écoulement gazeux,
en apportant, d’une part, de l’énergie aux petites échelles et, d’autre part, en atténuant l’énergie tur-
bulente portée par les plus grandes échelles.
Aujourd’hui, l’établissement d’une classification universelle † des régimes de modulation de la tur-
bulence fait l’objet d’une recherche active. Une revue plus complète est disponible en [15].
τp
St = (4.1)
τg
Les définitions du nombre de Stokes varient selon les cas. En général, le temps τg est choisi en
fonction de l’échelle de la structure turbulence considérée ; par exemple le temps associé à l’échelle
intégrale τI , ou encore le temps associé à l’échelle de Kolmogorov τK .
De manière générale, trois cas de figure sont observés expérimentalement [168] et numériquement
[140] :
†. indépendante de la configuration étudiée
44
4.1 Interactions spray/turbulence
• St 1 : les gouttes, peu inertielles vis-à-vis de l’échelle considérée, répondent très rapidement
aux fluctuations de l’écoulement gazeux. Les gouttes sont donc dispersées par la turbulence de
la même manière que des traceurs, c.-à-d. elles sont en équilibre dynamique avec l’écoulement
porteur ;
• St 1 : les trajectoires des gouttes sont très peu influencées par les modulations de l’écoulement
du fait de leur inertie. Les gouttes sont alors capables de traverser les structures sans être
perturbées ; on parle alors de trajectoires balistiques ;
• St = Stcrit (≈ 1) : dans cette situation intermédiaire, les gouttes se retrouvent agglomérées
dans une région extrêmement fine située en périphérie des structures turbulentes c.-à-d. une
zone de faible vorticité. C’est l’effet de ségrégation préférentielle. Cette distribution particulière
provient de la compétition entre la force de traînée des gouttes et la force centrifuge [63]. La
figure 4.1 illustre un exemple de ségrégation préférentielle obtenue par simulation DNS.
Lorsque la distribution en taille de gouttes est polydisperse, la multiplicité des nombres de Stokes
peut entraîner une stratification spatiale de la densité en gouttes dans un écoulement [168]. Au cours
du processus d’évaporation, cette répartition peut provoquer de fortes hétérogénéités de richesse dans
le mélange gazeux. Pour de plus amples détails sur la dispersion des particules, le lecteur est invité à
consulter les travaux de Simonin et al. (2002-2006) [160, 64] et de Reveillon et al. (2007) [140].
Figure 4.1 – Résultats d’un calcul DNS portant sur la répartition de particules dans un champ
gazeux de turbulence homogène isotrope - Échelle de couleur représentative de la concentration en
particules (blanc : faible concentration, noir : forte concentration) - Effet de ségrégation préférentielle
obtenu pour St = 1,05 [140]
45
Chapitre 4. Études des interactions turbulence/spray/combustion
De manière similaire, pour les flammes de diffusion, il est possible d’identifier plusieurs régimes
de combustion en comparant les échelles caractéristiques spatiales et temporelles des flammes à celles
de la turbulence. Lorsque la turbulence devient assez forte, on peut observer, par exemple, des effets
instationnaires qui se caractérisent par des extinctions locales. Pour plus de détails le lecteur est invité
à consulter l’ouvrage de Borghi et al. (2000) [29].
D’après Suard (2004) [166] et Paulhiac (2015) [132], on peut caractériser les différents types de
flammes laminaires diphasiques selon leur niveau d’interaction spray/combustion (cf. figure 4.2) :
a) flamme de prévaporisation : les gouttes de carburant liquide sont complètement évaporées
avant d’atteindre la zone de réaction qu’elles alimentent en vapeur. Le mélange est donc mo-
46
4.3 Interactions spray/combustion
nophasique au niveau du front de flamme. D’après Borghi (2000) [29], cette situation se décrit
par la relation : τV < τR , avec τV le temps de vie des gouttes, et τR le temps caractéristique
de la combustion (temps de transit des gaz chauds dans une flamme laminaire). Cette relation
signifie que la vitesse de propagation du front d’évaporation est plus grande que celle du front
de flamme. En se basant sur l’évaporation d’une goutte isolée, on montre alors que l’inégalité
précédente peut se réécrire comme :
dp ρg
r
< 4Sh∗ ln[1 + BM ] (4.3)
δL ρl
À ce stade, il est possible d’estimer le diamètre de goutte critique dans un brûleur aéronautique
au moyen de quelques hypothèses. Tout d’abord, à pression ambiante, le rapport des masses
volumiques est ρg /ρl ∼ O(10−3 ) et l’épaisseur d’une flamme de prémélange laminaire kérosè-
ne/air est δL ≈ 2 · 10−4 m, à la stœchiométrie † . De plus, le nombre de Spalding BM associé
à la combustion kérosène/air est en moyenne égal à BM ≈ 3,4 [97]. On peut aussi raisonna-
blement supposer que Sh∗ ≈ 2. Dans cet exemple, toutes les gouttes devraient théoriquement
être injectées instantanément à un diamètre dp < 20 µm dans la chambre de combustion pour
obtenir une flamme de prévaporisation. À l’heure actuelle une atomisation aussi rapide et aussi
fine n’est pas possible. Dans un foyer, il est donc vraisemblable que le brouillard ne parvienne
que partiellement prévaporisé au niveau du front de flamme ;
b) combustion diphasique homogène : le spray n’est pas complètement évaporé avant d’at-
teindre la zone de réaction. Dans cette situation, l’espacement inter-gouttes est plus petit que
l’épaisseur de la flamme (δs < δL ). Le brouillard est donc suffisamment dense et homogène pour
alimenter un front de flamme continu. Il s’agit d’une situation intermédiaire entre une combus-
tion purement gazeuse et une combustion diphasique hétérogène ;
47
Chapitre 4. Études des interactions turbulence/spray/combustion
Figure 4.2 – Schéma illustrant les différents niveaux d’interactions spray/combustion (a) flamme
de prévaporisation, (b) combustion diphasique homogène, (c) combustion diphasique hétérogène
Lorsqu’une goutte de carburant volatil est plongée dans une atmosphère comburante préchauffée,
le processus d’évaporation se met en place et la diffusion entraîne un transfert de vapeurs combustibles
vers le milieu environnant. Au bout d’un certain temps, le mélange des vapeurs de combustible et de
l’oxydant entraîne l’apparition d’une zone périphérique potentiellement réactive, c.-à-d. les valeurs des
richesses locales sont comprises dans les limites d’inflammabilité du couple carburant/comburant. Dans
de telles conditions, un allumage forcé (claquage d’une bougie) ou un auto-allumage (température et
délai d’auto-allumage atteints) entraîne l’initiation d’une réaction exothermique dans le voisinage de
la goutte. À la fin de la phase d’emballement thermique, une flamme de diffusion entoure la goutte et
se stabilise.
Borghi (2000) [29] précise que le rapport du diamètre de flamme enveloppe (df ) et du diamètre de
goutte (dp ) est compris entre df /dp = [7 ; 17] pour une goutte de n-heptane. Liu et al. (2013) [106]
mesurent des rapports de diamètres plus petits pour une goutte de n-décane, df /dp = [4 ; 13].
Des résultats d’expériences canoniques réalisées à bord de la station spatiale internationale, dans
des tours de chute libre ou lors de vols paraboliques Zéro-G sont disponibles dans la littérature [123,
122, 62]. Ce type d’études consiste, en général, à mesurer le délai d’allumage d’une goutte pour diffé-
rents carburants dans un environnement à micro-gravité (sans convection naturelle). Ces expériences
révèlent également qu’en l’absence de tout mouvement et de tout système d’accrochage, la flamme de
48
4.3 Interactions spray/combustion
diffusion enveloppante d’une goutte isolée est parfaitement sphérique (cf. figure 4.3).
Raghavan et al. (2005) [137] ont mené des expériences sur la combustion de gouttes dans un
écoulement d’air. Leur montage d’essais consiste en un canal dans lequel est suspendue une sphère
poreuse alimentée en carburant (assimilable à une goutte qui s’évapore mais dont le diamètre n’évolue
pas). Les auteurs ont observé que la vitesse relative entre la goutte et l’air tend à rompre la symétrie
sphérique de flamme enveloppe en la rendant elliptique, selon le sens de l’écoulement (cf. figure 4.4).
Cet effet d’étirement de flamme est d’autant plus marqué que les efforts de résistance à l’air sont
importants, c.-à-d. à vitesse relative élevée, ou pour des gouttes de grand diamètre. Sur les clichés 4.4,
on constate qu’à partir d’une certaine vitesse, le point d’arrêt frontal de la goutte s’éteint. La flamme
est alors stabilisée en aval, dans le sillage de la goutte. Le passage d’une flamme enveloppe à une flamme
de sillage est symptomatique d’une transition de mode de combustion, c.-à-d. d’une flamme de diffusion
à une flamme de prémélange (car les vapeurs de carburant sont transportées par l’écoulement oxydant
et se mélangent avant la zone réactive [132]).
Figure 4.4 – Évolution des modes de combustion pour des sphères poreuses de diamètre 12,2 mm
soumises à différentes vitesses d’air. Écoulement du bas vers le haut (tiré de [137])
49
Chapitre 4. Études des interactions turbulence/spray/combustion
d’air, a également fait l’objet d’un certain nombre d’études numériques [181, 135, 20, 19]. Dans les
travaux de Beck et al. (2009) [19], un effort a été fait pour modéliser en détail la cinétique chimique,
notamment en considérant la production du radical CH, afin d’identifier les zones de réaction, et
la formation de l’espèce polluante NO (cf. [20]). Dans le cas d’une faible vitesse d’air, les auteurs
retrouvent bien la situation classique d’une flamme de diffusion sphérique (ou flamme enveloppe), très
légèrement étirée (cf. figure 4.5). Les vapeurs de carburant brûlent autour de la stœchiométrie. Dans
le mode de combustion de type flamme enveloppe, les hautes températures (pic à 2 072 K) entraînent
une production de NOx thermiques. Lorsque la vitesse de l’air augmente, le changement de mode de
combustion conduit au développement d’une flamme de sillage. Les auteurs constatent que la distance
séparant la goutte de la zone de réaction pilote l’homogénéité du mélange vapeur-air et sa richesse. La
richesse du mélange est d’autant plus faible que la flamme est détachée de la goutte. Dans la situation
d’une flamme de sillage, la combustion prémélangée pauvre conduit à des intensités de réaction et des
températures de combustion moins importantes (pic à 1 935 K). Cette diminution de température se
traduit par une plus faible production de NO par rapport au cas d’une flamme enveloppe (environ 4
fois moins).
La flamme de diffusion autour d’une goutte ne peut pas être maintenue en toutes conditions.
On propose ici de répertorier quelques uns des phénomènes à l’origine de l’extinction d’une goutte
préalablement allumée.
Premièrement, lorsque la vitesse relative goutte/air est importante, l’expérience montre qu’il y a
transition du mode de combustion (de flamme enveloppe à flamme de sillage) puis extinction complète
de la goutte avant qu’elle ne soit consumée [179, 135]. Raghavan et al. (2005) [137] ont montré que
l’extinction commence toujours au point d’arrêt frontal, car il y a compétition entre le flux convectif
50
4.3 Interactions spray/combustion
et la cinétique chimique. Cet effet a d’ailleurs été confirmé par les simulations numériques de Pope et
al. (2005) [135]. L’utilisation d’un critère d’extinction basé sur un nombre de Damkhöler critique est
discuté par Chiu et al. (1996) [47] et Wu et al. (2010) [180]. De manière identique, pour de très petites
gouttes (dp ∼ 10 µm), la réaction peut ne plus être maintenue, puisque la chimie devient limitante
devant les temps caractéristiques de diffusion des espèces et de température, qui décroissent comme
le carré du diamètre de la goutte [100, 179]
En plus du soufflage, un autre effet à considérer est la possibilité d’un excès d’air local dans la zone
d’arrêt frontale, celui-ci pouvant entraîner des conditions en-deçà de la limite basse d’inflammabilité.
Enfin, l’extinction d’une goutte peut se produire lorsque celle-ci est grande (dp > 1 mm), du fait
des pertes radiatives associées [41, 55].
À travers une succession d’études théoriques, Chiu et al. [48, 165, 46] ont proposé une classification
de la structure des flammes de brouillard de gouttes. Dans leurs travaux, les auteurs considèrent le
cas d’un brouillard sphérique plongé dans un environnement au repos constitué d’oxydant pré-chauffé.
La dérivation du système d’équations quasi-statiques fait ressortir un nombre adimensionnel G, aussi
appelé « nombre de combustion de groupe ». Ce nombre s’exprime selon la relation suivante :
où nl est la densité volumique moyenne au sein du brouillard (nombre de gouttes par unité de volume),
rp le rayon des gouttes, Rb le rayon caractéristique du brouillard. Notons que l’expression précédente
a été écrite sous une forme simplifiée, c.-à-d. en éliminant certains facteurs qui prennent en compte
l’effet convectif de l’évaporation des gouttes. On peut aussi montrer que le nombre G correspond au
rapport de la vitesse caractéristique de l’évaporation des gouttes sur la vitesse de diffusion moléculaire
(ou thermique) du comburant (ou de la chaleur) à l’intérieur du brouillard. Lorsque le nombre de
Peclet † est grand [37], on montre que le paramètre G peut s’écrire : G ≈ 5N 2/3 /2C, avec N le nombre
total de gouttes dans le nuage et C le paramètre de distance défini à partir de la distance inter-gouttes
δs ‡ et du diamètre de goutte dp (C = δs /dp ).
À partir du nombre adimensionnel G et du paramètre de distance C, Chiu et al. [48] classifient les
structures de flamme diphasique hypothétiques et décrivent la transition régulière entre les différents
régimes de combustion (cf. figure 4.6). Les quatre principaux régimes prévus par la théorie sont les
suivants :
†. rapport entre le temps caractéristique du transfert de masse par convection et du temps lié au transfert par diffusion
‡. δs = n−1/3 , sous l’hypothèse simplificatrice d’une répartition régulière de gouttes (gouttes équidistantes)
51
Chapitre 4. Études des interactions turbulence/spray/combustion
Régime de « combustion de gouttes isolées » Dans le cas d’un brouillard très dilué (C → ∞),
les gouttes sont suffisamment éloignées les unes des autres pour permettre aux gaz chauds de pénétrer
au sein du brouillard. Dans ces conditions, les gouttes sont alors susceptibles de s’allumer et de brûler
individuellement avec une flamme enveloppe autour d’elles. On parlera aussi de combustion à « faible
niveau d’interaction » (G → 0).
Régime de « combustion de groupe (externe) » Dans ce régime, toutes les gouttes s’évaporent,
et les vapeurs alimentent une flamme de diffusion unique située à l’extérieur du brouillard. Le rayon
de la flamme, Rf , est alors plus grand que le rayon du brouillard (Rf ≥ Rb ). D’un point de vue
phénoménologique, la flamme est repoussée à l’extérieur du fait d’un mélange trop riche en vapeur de
carburant à l’intérieur du brouillard. La flamme est maintenue dans une région où les conditions sont
favorables, vraisemblablement des conditions proches de la stœchiométrie. Ce régime intervient pour
des nombres G compris entre [10−1 ; 102 ].
Régime de « combustion externe enveloppante » Dans cette situation, les gouttes sont suffi-
samment proches les unes des autres (forts effets collectifs), pour qu’il existe un noyau saturé en vapeur
de carburant et que certaines gouttes ne s’évaporent plus. Les gouttes en périphérie du brouillard, qui
ont accès à l’oxydant et à la chaleur environnante, parviennent à s’évaporer et alimentent la flamme
principale. Il est intéressant de remarquer que ce cas asymptotique revient à considérer le brouillard
comme une seule goutte brûlant avec une flamme enveloppe autour d’elle.
D’après Kim et al. (1982) [90], les foyers de combustion de turbomachines fonctionnent avec des
nombres de combustion de groupe G beaucoup plus grands que 10. Chigier (1983) [45] parvient
au même ordre de grandeur en considérant un brouillard dont la densité est d’environ n = 1010
gouttes/m3 . Ces résultats suggèrent donc un régime de combustion externe dans la zone primaire
des chambres de combustion. Ajoutons, qu’en sortie d’un injecteur de turboréacteur, Candel et al.
(1999) [37], ont estimé le nombre de combustion de groupe, G ≈ 670, et le paramètre de distance, C ≈
17,5. Correa et al. (1982) [51] montrent que dans la plupart des applications, les spray sont caractérisés
par C ∈ [5; 10]. Ces estimations permettent d’envisager une « combustion de groupe (externe) » juste
en sortie d’injecteur.
La figure 4.7 présente une vue en coupe hypothétique d’un spray exhibant différents régimes de
52
4.3 Interactions spray/combustion
combustion. Ici, le cœur central du brouillard, en grisé, alimente une flamme de diffusion externe. La
flamme ne pénètre pas à l’intérieur du spray à cause d’une concentration trop importante en gouttes et
en vapeur de combustible (ou d’une trop faible pénétration en air). En revanche, du fait de l’expansion
du brouillard et de la réduction de la taille des gouttes, la flamme parvient à pénétrer à l’intérieur du
spray, ce qui se traduit par une « combustion de groupe (interne) ». Plus en aval, les gouttes continuent
de s’évaporer, voire de brûler, jusqu’à leur complète disparition.
Figure 4.6 – Diagramme des régimes de combustion de groupe. Adapté de [48] et [141]
Chigier (1983) [45] également a proposé l’utilisation d’un autre nombre adimensionnel, noté Bl et
défini comme :
ρl
Bl = αl (4.5)
ρg
avec ρl et ρg respectivement les masses volumiques du carburant et du gaz environnant, et αl la fraction
volumique de liquide au sein du brouillard :
π
αl = nl d3p (4.6)
6
53
Chapitre 4. Études des interactions turbulence/spray/combustion
L’auteur montre ainsi que la transition du régime de « combustion de gouttes isolées » au régime
de « combustion de groupe (interne) », opérant à G ≈ 10−2 , correspond à Bl ≈ 0,1. Si on considère un
brûleur fonctionnant à pression ambiante, avec ρl /ρg ∼ O(103 )), la transition de régime de combustion
sera donc obtenue autour d’une fraction volumique αl = 10−4 . Ce résultat est intéressant puisque la
valeur de fraction volumique de liquide calculée correspond également à la transition de régime d’un
« brouillard dilué » en un « brouillard modérément dense » d’après la classification de Simonin et al.
(2002) [160] (cf. section 3.4).
La classification initiale proposée par Chiu et al. a par la suite été largement complétée et adap-
tée aux différentes géométries de nuage (trains ou tableaux, « array », de gouttes), ainsi que pour
prendre en compte l’influence de l’écoulement environnant en mouvement [7, 173, 46]. L’influence de
la pression a été étudié par Jiang et al. (1994) [85]. D’après les auteurs, les effets d’interaction entre
gouttes sont moins importants dans un environnement gazeux sous pression et l’existence du régime
de « combustion externe » pourrait être remise en question, notamment lorsque la pression ambiante
est proche de la pression critique du carburant. Cette considération est importante puisque de telles
conditions sont susceptibles d’être rencontrées dans un foyer de turboréacteur fonctionnant à plein
régime (> 20 bar). Des études complémentaires à ce sujet sont nécessaires pour conclure.
Figure 4.7 – Vue en coupe hypothétique d’un spray non-prémélangé en conditions réactives. La vue
illustre les différents régimes de combustion possibles. Annamalai et al. (1992) [7]
Une autre approche d’analyse des régimes de combustion, dénommée « théorie de la percolation » †
a été proposée par Kerstein et al. (1982) [87] puis reprise par Borghi et al. (2000) [29]. Dans cette
54
4.3 Interactions spray/combustion
approche, les auteurs prennent en compte les propriétés des flammes de diffusion : τR et δL , respecti-
vement le temps de transit des gaz dans la flamme et l’épaisseur de la flamme. Borghi et al. rappellent
ainsi que l’inégalité τV τR caractérise une flamme de prévaporisation et que l’inégalité δs < δL
traduit la présence d’une flamme homogène et épaissie. Pour caractériser tous les autres régimes de
combustion possibles, les auteurs introduisent un autre paramètre de distance noté S :
rf
S= = n 3 rf (4.7)
1
δs
Le paramètre S permet de comparer l’espacement moyen entre deux gouttes du brouillard (δs ) et
le rayon qu’aurait la flamme enveloppe autour d’une goutte isolée (rf ). Notons que le rayon de flamme
enveloppe est proportionnel au rayon des gouttes et dépend intrinsèquement du couple « carburant/-
comburant » étudié [97].
À partir de la définition du paramètre S, si l’arrangement des gouttes dans le brouillard était ré-
gulier, on obtiendrait uniquement deux situations, suivant que le paramètre est supérieur ou inférieur
à une certain valeur critique, proche de l’unité. Toutefois, Borghi et al. (2000) [29] considèrent que
l’arrangement des gouttes peut être aléatoire et montrent que trois catégories de brouillard sont à
considérer (cf. figure 4.8) :
• S < 0, 41 : l’espacement entre gouttes est suffisant pour que certaines gouttes soient susceptibles
de brûler individuellement, ou en petits paquets (deux, trois, ou davantage). Ce régime n’est autre
que la généralisation du régime de « combustion de groupe (interne) » ;
• 0, 41 < S < 0, 73 : le brouillard est constitué à la fois de zones diluées potentiellement in-
flammables et de zones denses non-inflammables. Des poches de gaz et des paquets de gouttes
coexistent et peuvent s’enflammer. On parle alors de « combustion percolante » ;
• S > 0, 73 : le brouillard est modérément dense mais localement la concentration en gouttes est
telle que la combustion y est impossible. Toutefois, les gouttes étant dispersées de manière aléa-
toire, il existe certainement des poches prémélangées constituées de gaz comburant, de vapeurs
de carburant et de produits de combustion qui peuvent ponctuellement s’enflammer. Cette fois,
ce sont donc les paquets de gouttes qui entourent les zones de réaction, on parle de « combus-
tion de poches ».
Il est intéressant de noter que les deux théories exposées précédemment présentent les mêmes carac-
téristiques aux limites. Ainsi, lorsque S → ∞, la flamme se déplace vers l’extérieur du spray jusqu’à une
position stable plus favorable, et on retrouve le régime de « combustion externe enveloppante »
(correspondant à G → ∞). À l’inverse, lorsque S → 0, le régime tend vers une « combustion de
gouttes isolées » (correspondant à G → 0).
55
Chapitre 4. Études des interactions turbulence/spray/combustion
ln(τV/τR) Combustion
de poches
S > 0,73
Combustion
Flamme percolante
homogène
0,41 < S < 0,73
épaissie Combustion
de groupe
S < 0,41
0
Flamme de
prévaporisation
0
ln(δS/ δL)
Figure 4.8 – Diagramme des régimes de combustion des brouillards prémélangés suivant la théorie
de la percolation. Adapté de Borghi (2000) [29]
Comme nous l’avons vu précédemment, Chiu et al. et Borghi et al. ont élaboré des diagrammes
permettant de caractériser les structures des flammes diphasiques. Toutefois, leurs deux approches
présentent deux restrictions majeures :
1. l’écoulement est initialement au repos ;
2. la notion de richesse n’est pas abordée.
Reveillon et al. (2005) [141] ont récemment proposé une amélioration des deux approches précé-
dentes, en considérant la richesse globale et la densité de gouttes à l’injection comme des paramètres
clés dans l’analyse des régimes de combustion diphasique. Afin d’étudier la structure des flammes
non-prémélangées des brouillards de gouttes, les auteurs ont réalisé des simulations numériques de
type DNS 2D. La configuration choisie consiste en un jet de gouttes entouré par deux nappes d’air
co-courant, préchauffées et pulsées de manière sinusoïdale. Les gouttes sont composées de n-heptane
et sont injectées dans le domaine suivant une distribution monodisperse. Les calculs sont réalisés en
utilisant une cinétique chimique réduite.
L’étude paramétrique des auteurs révèle deux évolutions notables. D’une part, l’augmentation
56
4.4 Études expérimentales des flammes diphasiques turbulentes
Pour affiner l’analyse des régimes de combustion diphasique, quelques perspectives peuvent être
envisagées. En premier lieu, l’aspect polydisperse d’un spray mériterait d’être pris en considération dès
l’injection. En effet, des gouttes de tailles différentes ne se comportent pas de la même façon (dispersion
spatiale, chauffage, évaporation, inflammation, etc). Lee (1989) [101] a par exemple examiné l’influence
d’une distribution bimodale de tailles de gouttes sur l’évaporation globale d’un spray et a montré que
les profils de température de fraction massique de carburant peuvent être modifiés au sein du brouillard
par rapport au cas monodisperse. La prise en compte de la turbulence et d’une cinétique chimique
plus détaillée serait également utile pour calculer plus précisément les propriétés des flammes. La
complexité associée à la prise en compte tous ces facteurs pousse les chercheurs à mettre en œuvre
des études expérimentales sur des configurations académiques. Ce sujet est exposé dans la section
suivante.
57
Chapitre 4. Études des interactions turbulence/spray/combustion
Axe de symétrie
Figure 4.9 – Classification des régimes de combustion diphasique pour un écoulement faiblement
turbulent en fonction de la richesse à l’injection, • : gouttes, − : flamme de prémélange, − : flamme
de diffusion, tirets : iso-stœchimétrie de la fraction de mélange. Adapté des résultats de simulations
DNS de Reveillon et al. (2005) [141]
Chen et al. (1992) [44] ont étudié une flamme de diffusion de brouillard de gouttes de n-heptane
(φglob = 0, 85) stabilisée dans un écoulement de point d’arrêt (ou « flamme diphasique à contre-
courant »). Dans ce type d’écoulement, une flamme plate sépare l’écoulement de gouttes, riche en
combustible, de l’écoulement oxydant. Leur étude montre, de façon nette, un changement d’aspect de
la zone de réaction lorsque la taille de gouttes augmente. Dans leur configuration expérimentale, les
gouttes inférieures à 34 µms’évaporent avant le front de flamme et lorsque les gouttes sont supérieures
à 48 µm, la combustion devient hétérogène et celles-ci traversent le front de flamme en se consumant
du côté pauvre. Plus tard, Mikami et al. (2009) [117] ont réalisé des expériences similaires avec des
gouttes de n-décane. Grâce à des visualisations rapides, les auteurs ont mis en évidence le mécanisme
de propagation d’une flamme de gouttes en gouttes (de proche en proche) dans la zone de préchauffage
schéma 4.10(a). Le mécanisme de propagation de flamme est illustré sur le schéma 4.10(b). Les auteurs
observent que la structure de la flamme est intimement liée au paramètre de distance inter-gouttes.
Goix et al. (1994) [74] ont étudié la structure d’une flamme de diffusion diphasique stabilisée autour
58
4.4 Études expérimentales des flammes diphasiques turbulentes
(a) (b)
Figure 4.10 – Étude d’une flamme diphasique à contre-courant [117]. (a) Clichés issus de visua-
lisations rapides intensifiées montrant la flamme qui se propage de gouttes en gouttes (n-décane,
φglob = 0, 85) (b) Schéma de propagation de flamme dans un spray prémélangé
d’un jet de gouttes de méthanol atomisé par un écoulement d’air co-axial annulaire. Les auteurs ont mis
en place des mesures de tailles et vitesse de gouttes par technique Phase Doppler, ainsi que des mesures
planaires comme la diffusion de Mie pour visualiser les gouttes et la fluorescence induite par laser sur
le radical OH (PLIF-OH) pour mettre en évidence les zones de réaction. Les résultats montrent que
les plus petites gouttes (dp < 5 µm) suivent les tourbillons de recirculation et alimentent en vapeur la
flamme, alors que des gouttes plus inertielles traversent le front de flamme et se consument en aval. La
figure 4.11(a) révèle deux flammes enveloppes, une flamme conique située autour du centre du spray
le long de l’axe et une flamme moins intense en forme d’arc située en périphérie du brouillard. Les
images de PLIF-OH, en figure 4.11(b), font ressortir des zones de réaction particulièrement épaisses
(∼ 2 mm) et marquées (fort gradient). Ceci suggère que la réaction est dictée par l’effet de mélange
(caractéristiques des flammes de diffusion). Les auteurs montrent également que l’augmentation de la
différence de vitesse air/jet liquide tend à diminuer la longueur de flamme du fait d’un cisaillement
plus important et donc d’une atomisation plus fine des gouttes (nombre de Weber plus grand).
Akamatsu et al. (1996-2007) [5, 4, 172, 83] ont développé une base de données expérimentales
très complète au sujet de la combustion des brouillards prémélangés. Leur montage expérimental est
constitué d’une chambre de prémélange, dans laquelle le kérosène est atomisé puis mélangé à l’air, et
d’une chambre de combustion où le mélange diphasique est enflammé. La réaction est entretenue grâce
à une flamme pilote air/hydrogène de forme annulaire (cf. figure 4.12(a)). Un point important de leur
travail a consisté à mettre en place un dispositif de mesures permettant d’enregistrer simultanément les
signaux de chimiluminescence des radicaux OH et de CH grâce à des photomuliplicateurs, le signal de
59
Chapitre 4. Études des interactions turbulence/spray/combustion
(a)
(b)
Figure 4.11 – Étude d’une flamme de diffusion turbulente se développant autour d’un jet liquide
de méthanol. (a) Visualisation de diffusion de Mie des gouttes - la couleur verte correspond à la
phase liquide éclairée par le laser, la couleur bleue correspond à l’émission de lumière visible de la
flamme (b) Deux images instantanées de PLIF-OH, révélant la structure complexe de la flamme
diphasique, extrait de [74]
Mie des gouttes ainsi que la taille et vitesses des gouttes via un système Phase Doppler. Ce dispositif de
mesures simultanées permet d’étudier ponctuellement les caractéristiques de la combustion diphasique.
Des séquences de mesures sont présentées en figure 4.12(b). Sur les chronogrammes, à chaque point
du signal de Mie correspond le passage d’une goutte dans le volume de mesure du système Phase
Doppler. Les lignes IM S représentent les signaux de Mie. On constate que ce signal est parfaitement
corrélé aux mesures Phase Doppler. Les lignes ICH et IOH correspondent aux signaux des radicaux,
lesquels témoignent de la présence d’une réaction chimique intense dans le volume de mesure .
L’analyse des résultats met en évidence deux comportements. En premier lieu, contrairement aux
conditions non-réactives, les données présentent des interruptions aléatoires dans le signal temporel de
Mie plus importantes que dans le cas inerte. Ils attribuent cette modification du signal à la présence
de « clusters » de gouttes (ou groupes de gouttes). À partir des intervalles de temps séparant le
passage des gouttes consécutives et de leur vitesse, les auteurs proposent une estimation de la distance
inter-gouttes et la densité de gouttes pour chaque « cluster ». Deuxièmement, les chronogrammes
montrent que les signaux des gouttes (Phase Doppler et Mie) sont « complémentaires » aux signaux
60
4.4 Études expérimentales des flammes diphasiques turbulentes
de réaction (CH et OH). Akamatsu et al. (1996-1997) [5, 4] supposent qu’une flamme parvient à
pénétrer dans cette zone lorsqu’il y a absence de goutte. À partir de cette observation, les auteurs
suggèrent l’apparition de différents régimes de combustion diphasique, allant de la « combustion de
groupe (externe) » à la « combustion de groupe (interne) », conformément à la classification de Chiu
et al. (1977) [48]. Toutefois, il apparaît difficile d’assurer la mise en évidence de la combustion de
« clusters » de gouttes, simplement à partir de mesures ponctuelles. Quelques années plus tard, les
mêmes auteurs ont observé, au moyen de visualisations rapides, une fragmentation du brouillard
de gouttes, vraisemblablement causée par la propagation préférentielle de la flamme, qu’ils appellent
« easy-to-burn routes ». Akamatsu et al. (2000-2007) [83, 147] concluent sur l’intérêt des visualisations
de spray et sur l’importance du paramètre de densité de gouttes pour étudier les flammes diphasiques.
(a) (b)
Figure 4.12 – Étude d’une flamme de prémélange diphasique turbulente (air/kérosène). (a) Pho-
tographie de la flamme avec une longue durée d’exposition (1/15 s) (b) Chronogrammes des ac-
quisitions en deux points du spray (D : diamètre goutte, Vh : vitesse goutte, IM S , ICH et IOH
respectivement les intensités des signaux de Mie, CH et OH)
Parmi les études majeures en combustion diphasique aérobie, citons également les travaux de
Beck et al. (2008-2009) [19, 20]. L’objectif de leurs études consiste à mesurer les émissions de NOx
produites dans une flamme avec ou sans injection de gouttes de n-heptane dans la zone de réaction.
Dans leur moyen expérimental, la flamme est stabilisée par un accrochage aérodynamique de type
« swirl » (écoulement giratoire). L’aspect novateur de leur configuration expérimentale réside dans la
possibilité de piloter la proportion de combustible prévaporisé/prémélangé par rapport à la proportion
61
Chapitre 4. Études des interactions turbulence/spray/combustion
de combustible injecté sous forme liquide. Dans une première étude [20], le chargement de masse liquide
Ml est ajustée entre Ml ∈ [0 ; 0,8], et la richesse globale φglob est comprise entre 0,5 et 0,6. Les mesures
portant sur les émissions de oxydes d’azotes montrent une augmentation des émissions de NO avec
le chargement en masse liquide Ml . On notera, par ailleurs, que cette observation est en adéquation
avec d’autres résultats récents [12]. Dans une seconde étude de Beck et al. (2009) [19], un système de
visualisations simultanées PLIF-CH/Mie est présenté. Ce système permet de superposer la position
des zones de réaction avec la position des gouttes. Les auteurs mettent ainsi en évidence la combustion
de gouttes isolées, avec des flammes enveloppes et des flammes de sillages, dans des régions fortement
diluées du spray (cf. figure 4.13).
Figure 4.13 – Étude d’une flamme turbulente partiellement prémélangée (air/n-heptane) [20, 19].
Les deux clichés superposent les signaux de PLIF-CH (la position des zones de réaction : niveaux
de gris) et la diffusion Mie (la position des gouttes : •)
Comme nous l’avons vu dans ce chapitre, la combustion diphasique turbulente met en jeu un très
grand nombre de phénomènes physiques qui peuvent être fortement couplés. Ce thème de recherche
suscite un intérêt grandissant depuis quelques décennies, du fait des ressources limitées en énergies
fossiles et de la volonté d’optimiser les brûleurs modernes. L’avancement des connaissances, sur le
plan théorique et expérimental, a principalement concerné la combustion de gouttes isolées et la
combustion des brouillards dilués prémélangés. Pourtant, dans un foyer aéronautique, les brouillards
sont bien plus complexes, avec des régions non-prémélangés et très denses en zone proche injecteur. De
fait, les bases de données expérimentales disponibles aujourd’hui ne suffisent pas pour décrire au mieux
ces écoulements. De ce constat, il apparaît donc nécessaire de développer une expérience capable de
reproduire l’écoulement diphasique réactif complexe rencontré dans un foyer de turbomachine, et qui
62
4.4 Études expérimentales des flammes diphasiques turbulentes
soit suffisamment instrumentée pour permettre la validation des modèles de combustion. Dans une telle
expérience, il s’agirait non seulement de bien maîtriser les conditions aux limites (géométrie, champ
aérodynamique en entrée/sortie, caractéristiques détaillées du brouillard à l’injection), mais aussi
d’avoir des données permettant de valider toutes les phases d’établissement de l’écoulement, à savoir
la phase de soufflage (écoulement inerte d’air), la phase de carburation (écoulement inerte air/gouttes)
et la phase de puissance (écoulement réactif air/gouttes). Le moyen expérimental devrait permettre
d’étudier l’instationnarité de la phase gazeuse (champs de vitesse moyen et fluctuant), le transport du
carburant liquide (champs de taille, vitesse et répartition de carburant), l’évaporation (concentration
de vapeur), la combustion (visualisation de la flamme). Comme la caractérisation de l’écoulement
diphasique repose principalement sur des diagnostics optiques, dont certains comme la PLIF et la
diffusion de Mie sont des mesures planaires, une configuration expérimentale « bidimensionnelle »
serait plus commode et permettrait une meilleure précision des mesures. Une telle expérience, aussi
bien documentée, n’existe pas à l’heure actuelle. C’est pourquoi, on se propose de définir un nouveau
programme expérimental, spécialement dédié à l’étude des régimes de combustion diphasique, dans la
suite de ce manuscrit.
63
64
Partie II : Mise en place d’un
programme d’essais dédié à l’étude des
régimes de combustion diphasique
65
Chapitre 5
Mise en œuvre du montage
PROMÉTHÉE
Sommaire
5.1 Cahier des charges . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67
5.2 Conception du montage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 68
5.2.1 Concept . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 68
5.2.2 Description des bancs d’essais et des éléments du montage . . . . . . . . . . . 71
5.3 Étude et choix de la géométrie d’accroche-flamme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 78
5.4 Choix et caractérisation du système d’injection . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 81
5.5 Définition des conditions opératoires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 86
Pour répondre à la problématique de l’étude, une nouvelle maquette d’essais a été conçue dans
le cadre de cette thèse : le montage PROMÉTHÉE. Dans un premier temps, ce chapitre présente le
cahier des charges établi pour formuler le besoin et définir les fonctions générales de la configuration
expérimentale. Dans un second temps, on décrit la configuration retenue et les bancs d’essais sur
lesquels le montage sera étudié (banc Débitmétrie et banc LACOM). Ce chapitre détaille, point par
point, les différentes étapes de dimensionnement du moyen d’essais et, en particulier, les solutions
techniques retenues (choix de l’accroche-flamme, du système d’injection et des conditions opératoires).
Avant de définir le cahier des charges du moyen d’essais, il convient de rappeler les enjeux du volet
expérimental de ce travail :
• construire une base de données expérimentales en combustion diphasique aérobie, avec des condi-
tions aux limites contrôlées, en vue de valider les outils de simulation numérique ;
67
Chapitre 5. Mise en Œuvre du montage PROMÉTHÉE
Pour étudier la combustion diphasique aérobie, l’ONERA est équipé de trois bancs d’essais ins-
trumentés : M1 , LACOM et MERCATO. L’Office a mis en œuvre de nombreuses maquettes destinées
à être testées sur bancs, notamment dans le cadre de projets européens en collaboration avec des in-
dustriels. Les maquettes d’essais, à l’instar du montage LOTAR [8] et de la maquette trisecteur [105],
ont été conçues pour recevoir des systèmes d’injection industriels et pour reproduire les conditions
thermodynamiques (pression, température, débits) en entrée de chambre de combustion, pour divers
régimes de fonctionnement moteur. Du fait de l’aspect multiphysique complexe mis en jeu dans les
montages existants, une analyse spécifique et approfondie des régimes de combustion diphasique au-
rait été particulièrement délicate. Les deux objectifs, cités plus haut, ont alors justifié la nécessité de
concevoir un nouveau montage d’essais, plus académique et spécialement dédié à l’étude des régimes
de combustion d’un brouillard en régime turbulent.
En fonction des objectifs de la thèse, la configuration expérimentale doit donc répondre aux critères
suivants :
1. maîtrise de chacune des conditions aux limites et garantie de la répétabilité des conditions
d’essais ;
2. présence des caractéristiques générales représentatives d’un foyer de turboréacteur réel afin
d’étendre l’analyse à des configurations plus complexes ;
3. possibilité de fonctionnement en conditions inertes et réactives pour construire une banque de
données expérimentales la plus complète possible ;
4. modularité, afin d’opérer des modifications techniques au cours de l’étude ;
5. présence d’accès optiques pour rendre possible l’utilisation de techniques de mesures non-intrusives ;
6. écoulement le plus « bidimensionnel » possible, car les diagnostics optiques sont, en général,
mieux adaptés à ce type d’écoulement.
À partir de ce cahier des charges, un nouveau montage d’essais, baptisé PROMÉTHÉE, a été
développé. La conception du montage et le dimensionnement des différents éléments constitutifs sont
décrits dans les sections suivantes.
5.2.1 Concept
La formulation du cahier des charges a permis de décrire le besoin, et de définir les contraintes
fonctionnelles du montage d’essais PROMÉTHÉE. On souhaite désormais présenter le principe de la
configuration expérimentale retenue. Dans la mesure où la maquette d’essais doit reproduire, au moins
68
5.2 Conception du montage
partiellement, les caractéristiques générales des écoulements rencontrés dans les foyers de turboma-
chines, une comparaison systématique est faite entre une chambre de combustion réelle et le montage
PROMÉTHÉE (cf. figure 5.1). On présente ci-dessous les principales caractéristiques du montage.
~30%
~70%
Écoulement d’air
turbulent, préchauffé
Dans un moteur, l’écoulement d’air, issu des étages compresseurs, est introduit à l’entrée de la
chambre de combustion en régime fortement turbulent. De plus, par effet de compression, l’air par-
69
Chapitre 5. Mise en Œuvre du montage PROMÉTHÉE
vient préchauffé. Dans le montage PROMÉTHÉE, l’air est conditionné par des grilles de turbulence et
un réchauffeur en amont de la chambre. Ces dispositifs permettent de maîtriser le taux de turbulence
et la température de l’écoulement dans la chambre.
Généralement, les chambres de combustion sont de forme annulaire pour des raisons de compacité.
Cette géométrie ne permettant pas l’aménagement d’accès optiques latéraux mais seulement des accès
en fond de chambre, nous avons alors retenu un foyer de forme parallélépipédique, qui permet la mise
en place des hublots sur les quatre faces de la chambre.
Dans un foyer conventionnel, la flamme est accrochée aérodynamiquement par la mise en rotation
de l’écoulement ; on parle alors d’écoulement « swirlé » † . En fait, lorsque le mouvement giratoire est
suffisamment important, on observe l’apparition d’un noyau de recirculation caractérisée par un gra-
dient de pression inverse selon l’axe de la chambre. C’est cette zone de recirculation, localisée juste en
aval du système d’injection, qui permet, comme son nom l’indique, de faire recirculer les gaz frais et
les gaz brûlés. Ce processus favorise le mélange carburant/comburant, la stabilisation d’une flamme
et permet, in fine, de maintenir un fonctionnement moteur continu. Dans la configuration PROMÉ-
THÉE, le choix d’un accrochage aérodynamique a également été retenu, à la différence près que c’est
un obstacle placé dans l’écoulement d’air qui va créer cette zone de recirculation, et non plus la mise
en rotation de l’écoulement (cf. figure 5.1). En conditions réactives, l’obstacle sert donc d’accroche-
flamme (« flame holder »).
Dans un foyer aéronautique, le phénomène de dépression, provoqué par la mise en rotation de l’écou-
lement, s’accompagne, quasi-systématiquement, de l’apparition d’une instabilité hydrodynamique très
énergétique, le « Precessing Vortex Core » (PVC). Il s’agit d’une structure tourbillonnaire aux grandes
échelles, animée d’un mouvement de rotation instationnaire et cohérent autour de l’axe de l’écoule-
ment. D’un point de vue expérimental, la forme du PVC est particulièrement délicate à observer à
partir de mesures optiques planaires en raison de sa structure tridimensionnelle complexe. Il s’agit
donc d’une difficulté supplémentaire quant à l’analyse des mécanismes physiques mis en jeu dans une
chambre de combustion réelle. Dans le montage PROMÉTHÉE, l’altération du champ de vitesse de
70
5.2 Conception du montage
Dans les foyers aéronautiques, le carburant liquide est injecté de manière continue par un ensemble
de systèmes d’injection disposés en entrée de la chambre de combustion. Les systèmes d’injection
classiques pulvérisent le carburant sous la forme d’un brouillard de gouttes, de manière à augmenter la
surface d’échange entre la phase liquide et la phase gazeuse. Les structures tourbillonnaires dispersent
alors les gouttes au sein de la chambre et assurent un mélange carburant/air le plus homogène possible.
La mise en rotation de l’écoulement est imprimée au moyen d’un système de canaux agencés en vrilles,
situé à l’intérieur des dispositifs d’injection. En général, dans un foyer de combustion conventionnel,
30 % du débit d’air traversant la chambre, passe via les dispositifs d’injection et les 70 % restants sont
injectés via les languettes de refroidissement et les multi-perforations réparties circonférentiellement
sur les parois du foyer [98]. Dans le montage d’essais PROMÉTHÉE, le système d’injection a été
remplacé par un accroche-flamme, faisant office de porte-injecteur. Dans ce cas, la totalité du débit
d’air contourne le dispositif d’injection (cf. figure 5.1). L’injection de carburant liquide est réalisée au
moyen d’un injecteur mécanique (à pression) fixé au culot de l’accroche-flamme. Ce type d’injecteur
permet de générer rapidement un brouillard de gouttes polydisperses au sein de la chambre et de mieux
maîtriser les conditions limites d’injection, contrairement à un injecteur de type « air-blast prefilming »
qui est plus sensible aux conditions régnant dans la chambre. Le choix et la caractérisation de l’injecteur
est détaillé en section 5.4.
71
Chapitre 5. Mise en Œuvre du montage PROMÉTHÉE
80 bar et de deux réseaux de détente. Pour maintenir l’écoulement à la température ambiante, le banc
est équipé d’un réchauffeur à eau et d’un échangeur de chaleur eau/air.
Pour l’acquisition de données, le banc Débitmétrie est équipé d’un boîtier National Instruments
BNC-209 comprenant 22 voies et dans lequel est montée une carte d’acquisition PCI-MOI-16E-1.
Le chapitre 7 présente la caractérisation de l’écoulement monophasique du montage PROMÉTHÉE,
dans les conditions dites de référence.
Banc LACOM Le montage définitif est installé sur le banc LACOM (Laboratoire de COmbustion
Multiphasique) de l’ONERA au centre du Fauga-Mauzac (cf. figure 5.5). L’installation permet de
fournir un écoulement d’air pouvant atteindre 1 kg/s et 900 K reproduisant le fonctionnement d’un
foyer de turbomachine sous une pression de 30 bar.
Le banc permet l’utilisation d’un ensemble de capteurs analogiques de type sondes de pression,
débitmètres et thermocouples. L’ensemble des capteurs, les vannes de régulation, ainsi que la séquence
d’allumage, sont pilotés à distance à l’aide d’un logiciel développé sous Labview. Cet outil offre la
possibilité de programmer des séquences d’essais particulièrement complexes, incluant, par exemple,
une temporisation des différents événements.
Le banc est également équipé d’un système d’acquisition National Instruments, PXI, composé de
6 cartes. La première carte permet l’acquisition/émission de trigger (signal pulse) sur 4 voies. Ensuite,
4 cartes servent à l’acquisition rapide de signaux fluctuants (jusqu’à 40 kHz), avec 4 voies d’entrée de
tension par carte. La dernière carte réalise un multiplexage de 5 cartes d’acquisition lente (3 kHz),
comportant chacune 8 voies en tension, en température ou en contrainte.
Le chapitre 8 présente la caractérisation de l’écoulement diphasique (inerte et réactif) du montage
PROMÉTHÉE, pour les conditions dites nominales (point de fonctionnement nominal).
Col sonique Pour mesurer les débits massiques d’air, les deux bancs sont équipés d’un col sonique
placé en amont du montage PROMÉTHÉE. Un col sonique est une pièce statique positionnée à
l’intérieur d’une conduite, et dont la forme est une tuyère convergente-divergente. Le débit massique
d’air au niveau d’une section S 0 quelconque s’exprime par la formule générale suivante :
γ M
r
ṁair = Pi S 0
(5.1)
γ − 1 2 2(γ−1)
RS Ti γ+1
1+ M
2
avec ṁair le débit massique d’air, γ le coefficient adiabatique de l’air (1,4), RS la constante spé-
cifique de gaz parfait de l’air (287 [Link]−1 .K−1 ), M le nombre de Mach et (Pi , Ti ) la pression et la
température génératrices en amont de la variation de section.
La forme du col provoque un étranglement de l’écoulement jusqu’à obtenir une vitesse sonique (M
= 1) au niveau de la section minimale Scol . Le col est dit amorcé et peut être utilisé comme débit-
72
5.2 Conception du montage
mètre lorsque la rapport entre la pression statique mesurée au niveau de la section minimale Pcol ou
immédiatement en aval de celle-ci et la pression génératrice amont Pi est suffisamment faible : Pcol /Pi
< 0,528 (pour l’air).
De fait, en utilisant la propriété remarquable M = 1, au niveau de la section minimale Scol ,
l’équation 5.1 devient simplement :
Pi
ṁair = K √ Scol (5.2)
Ti
avec le coefficient de débit K = 0,0404, en utilisant les unités S.I. Dans cette expression, on suppose
que la section Scol représente la section géométrique de l’étranglement, ce qui revient à négliger l’effet
de la couche limite au niveau du col (cf. figure 5.2). Sur le banc Débitmétrie, le col sonique à aiguille
(section variable) est calibré de manière à prendre en compte cette correction et d’obtenir une précision
de mesure de débit à 1 % près.
Sur le banc LACOM, la prise de pression, située en amont du col, est réalisée à l’aide d’un capteur
piézoélectrique, Druck série PTX 7511, valable entre 1-150 bar, et dont la précision est égale à ± 0,3
bar. La prise de température est réalisée grâce à un thermocouple chromel alumel de type K, valable
sur la plage 273-1 533 K, avec une précision standard de ± 2,2 K ou à 0,75 % près.
Chambre d’uniformisation En sortie du col sonique, l’écoulement d’air est ralenti à travers une
conduite de section circulaire. L’écoulement est ensuite conditionné à travers la chambre d’uniformi-
sation. Comme son nom l’indique, cette chambre permet d’uniformiser le débit d’air dans la chambre
de section carrée (120 × 120 mm2 ). L’uniformisation et le changement de section sont obtenus à
l’aide d’un redresseur d’écoulement dont la forme s’apparente à celle d’un chapeau cylindrique. L’ex-
trémité de cette pièce est obstruée, de sorte que l’air passe à travers les perforations réalisées sur la
circonférence du cylindre. Les dimensions sont données en figure 5.3.
Plenum Avant de pénétrer dans la chambre de combustion, l’écoulement gazeux traverse un plenum
permettant l’établissement d’un écoulement en régime permanent. Le plenum est équipé d’une grille
de turbulence, qui est un élément couramment utilisé dans les souffleries. La grille permet notamment
73
Chapitre 5. Mise en Œuvre du montage PROMÉTHÉE
Figure 5.3 – Vues isométriques du redresseur. R8 T12 signifie que les perforations sont rondes, de
diamètre 8 mm avec un entraxe de 12 mm. La pièce comporte environ 70 perforations. Les autres
caractéristiques sont données en mm
de maîtriser le niveau d’intensité turbulente. Pour le montage PROMÉTHÉE, on a retenu une grille
en acier galvanisé avec des mailles carrées de 1,62 mm de côté et une épaisseur de fil égale à 0,36 mm,
permettant d’obtenir un taux de turbulence d’environ 5 % en amont de la chambre de combustion.
74
5.2 Conception du montage
Deux thermocuples chromel alumel de type K sont installés en sortie du système de refroidissement et
au niveau d’une paroi de la chambre de combustion pour contrôler sa tenue mécanique. En conditions
réactives, la température de surface atteint un seuil à 680 K.
Les produits de réaction sont évacués via un carneau, lequel est équipé d’une colonne de douches à
eau permettant de refroidir les gaz brûlés et, par la même occasion, de réduire la signature acoustique
au niveau de l’échappement.
Entrée
Alimentation air
Torche H2/air
Alimentation H2
Sortie
Système d’alimentation en carburant Le banc LACOM est équipé de deux lignes distinctes
d’alimentation en carburant. La première correspond à l’injecteur principal, c.-à-d. injecteur à pres-
sion fixé au culot de l’accroche-flamme. Le second système est optionnel. Il s’agit d’un injecteur à
pression, placé en amont de la chambre d’uniformisation, qui permet de contrôler la fraction de pré-
mélange dans le foyer. Cette option n’a toutefois pas été utilisée dans le cadre de ce travail.
75
Chapitre 5. Mise en Œuvre du montage PROMÉTHÉE
Les débits de carburant sont mesurés à l’aide de débitmètres à effet Coriolis, Micro Motion,
CFM010/1700. Ces appareils fonctionnent sur une gamme de 0 à 10 g/s, avec une précision de ±0,15
% du débit.
Dispositif d’allumage Au banc LACOM, l’allumage du foyer de combustion est réalisé au moyen
d’une torche à mélange hydrogène/air. Deux cols soniques sont montés dans chaque ligne d’alimen-
tation afin de maîtriser précisément le rapport de mélange (hydrogène et air). La combustion du
mélange gazeux est initiée au moyen d’une bougie à arc, laquelle est commandée à distance depuis
la salle de pilotage. La torche est fixée au niveau des parois métalliques de la chambre, ou le plus
en aval possible, en fonction des accès optiques nécessaires. L’expulsion des gaz chauds à l’intérieur
de la chambre provoque l’allumage du carburant injecté dans la chambre. En général, l’allumage du
montage PROMÉTHÉE est effectué dans les proportions stœchiométriques afin d’assurer un allumage
sans encrassement des hublots. Une fois la combustion initiée dans le foyer, les conditions nominales de
fonctionnement (cf. tableau 5.2 ) sont entrées comme consignes au système de contrôle de l’installation.
76
Entrée air Sortie col sonique Chambre d’uniformisation Plenum Chambre de combustion Echappement
(ø73,6 mm) (□120 x 120 mm²) (□120 x 120 mm²) (□120 x 120 mm²)
Col sonique
Injecteur prémélange Accroche-flamme
Redresseur Grille de turbulence
(optionnel) + Injecteur principal
Torche H2/air
Carneau
Alimentation carburant
77
5.2 Conception du montage
Chapitre 5. Mise en Œuvre du montage PROMÉTHÉE
78
5.3 Étude et choix de la géométrie d’accroche-flamme
flamme étudié ici est trapézoïdal. Selon Gailledreau (1993) [69], il s’agit d’une géométrie courante dans
les débitmètres à vortex. Dans notre étude, le trapèze a été conçu avec un angle de découpe faible (4◦ ).
Figure 5.6 – Vues isométriques des accroche-flammes retenus pour l’étude. Les obstacles sont conçus
de sorte à recevoir un injecteur et permettre des mesures de pression et de température
En plus de la forme, différentes dimensions ont été testées. On définit en particulier le rapport de
blocage, noté βAF , comme le rapport de la surface du maître-couple de l’obstacle sur la la section de
passage de la veine d’essais. Strzelecki (1989) [164] introduit un autre paramètre important, à savoir
le rapport de la longueur de l’accroche-flamme sur sa hauteur LAF /HAF . Le tableau 5.1 résume les
dimensions caractéristiques des différents accroche-flammes testés.
Pour évaluer la capacité d’un corps perturbateur à engendrer des structures tourbillonnaires, il
est courant de réaliser une analyse du signal de fluctuations de pression en aval de celui-ci [69]. Nos
tentatives de mesure de fluctuations de pression ont, dans un premier temps, été effectuées à l’aide
d’un microphone placé au niveau des parois de la chambre. Cette technique n’a toutefois pas été re-
tenue en raison de la faible qualité du signal et de l’impossibilité d’utiliser un tel dispositif de mesure
pour des essais en combustion (température maximale de 470 K pour des microphones classiques).
En conséquence, la mesure de pression a été réalisée au niveau des parois de l’accroche-flamme, en
s’inspirant de l’étude de Lyn et al. (1994) [112]. Comme le montre la figure 5.6, les obstacles ont été
percés sur leurs faces supérieure et inférieure de trous de pression (1,7 mm de diamètre). Les trous sont
79
Chapitre 5. Mise en Œuvre du montage PROMÉTHÉE
Accroche-flamme HAF [mm] LAF /HAF [-] βAF [%] Angle d’attaque [◦ ]
Rectangle 30 1,33 25 0
Triangle 40 0,88 33 55
Tableau 5.1 – Caractéristiques des différents accroche-flammes testés expérimentalement aux condi-
tions de référence (Ug,x
∞ ≈ 5,8 m/s, 1 bar, 298 K - Hauteur et longueur de l’accroche-flamme H
AF
[mm] et LAF respectivement, rapport de blocage βAF [%], angle d’attaque [◦ ] (inclinaison d’une face
supérieure/inférieure de l’obstacle par rapport à l’horizontale)
reliés à des canaux à l’intérieur de l’obstacle. Ces canaux permettent l’établissement d’une pression
hydrostatique, qui est mesurée par un capteur de pression différentielle de type capteur à membrane
Validyne P305D (sensibilité = ± 0,86 kPa) déporté à l’extérieur de la chambre de combustion. Lors
du régime oscillatoire de détachement tourbillonnaire, une différence de pression est mesurée par le
capteur. Pour chaque accroche-flamme, une analyse spectrale est réalisée à partir du signal de pression.
L’objectif est de comparer la qualité du signal et la stabilité du détachement tourbillonnaire (d’autant
meilleure que l’écart-type des fluctuations de période est faible).
Dans un premier temps, un analyseur de spectre temps réel B&K permet de vérifier que l’écoule-
ment est établi. Ensuite, le signal est enregistré, pendant une durée de 750 s, via un boîtier National Ins-
truments BNC-209 (22 voies), sur une carte d’acquisition PCI-MOI-16E-1. Pour les accroche-flammes
retenus, l’analyseur de spectre détecte le phénomène de détachement tourbillonnaire à des fréquences
comprises entre 20 et 50 Hz. La fréquence d’échantillonnage étant fixée à 2 000 Hz, le critère de
Nyquist-Shannon est donc respecté.
Sur la figure 5.7, sont données les densités spectrales normalisées par leur amplitude maximale.
Pour chaque spectre, il existe un sommet de fréquence. Ce sommet peut-être associé à un nombre de
Strouhal (Sth). Physiquement, le nombre de Strouhal représente le rapport du temps d’advection et
du temps caractéristique de l’instationnarité. Il est défini comme suit :
fT HAF
Sth = (5.3)
U∞g,x
où fT , HAF , U∞
g,x correspondent respectivement au pic de fréquence lié à l’émission des tourbillons,
à la hauteur de l’obstacle et à la vitesse débitante de l’air dans la chambre (5,8 m/s).
80
5.4 Choix et caractérisation du système d’injection
Figure 5.7 – Densités spectrales de puissance normalisées par l’amplitude maximale, obtenues à par-
tir du signal de pression différentielle ∆P pour différentes géométries d’accroche-flammes - Cadre
vert : accroche-flamme trapezoïdal retenu pour la suite de ce travail (cf. annexe ∆P = f(t) corres-
pondant, figure B.1) - Point de référence
†. car l’effet de volume est moins prononcé, c.-à-d. moins d’entrée/sortie du plan d’étude des traceurs ou des gouttes
81
Chapitre 5. Mise en Œuvre du montage PROMÉTHÉE
retenu un injecteur de type « flat fan ». Cette technologie d’injecteur présente, en effet, un certain
nombre d’avantages pour notre étude :
1. le brouillard de gouttes est polydisperse et donc représentatif, en terme de granulométrie,
des brouillards rencontrés dans les foyers aéronautiques. Ici, les tailles de gouttes sont comprises
entre 10 et 150 µm, et avec des diamètres moyens : D10 = 27 µm, D32 = 57 µm ;
2. la topologie plutôt « bidimensionnelle » du brouillard est bien adaptée aux mesures
optiques planaires, comme la tomographie laser. En effet, le brouillard de gouttes est de forme
« jet plat » (ou « flat spray »). La figure 5.8 est une vue en coupe du spray qui fait ressortir sa
section elliptique. Les données du constructeur indiquent que le grand axe du brouillard a une
ouverture d’environ 150◦ et le petit axe une ouverture d’environ 25◦ ;
3. la pulvérisation du carburant est rapide car elle est assurée par un injecteur mécanique. En
fait, le carburant pressurisé est expulsé à travers deux orifices de petite dimension. L’impact des
deux jets liquides produit une atomisation rapide et fine à la sortie du gicleur. Par ailleurs, cette
technologie permet de mieux maîtriser les conditions d’injection contrairement à un injecteur de
type « air-blast prefilming », plus sensible aux conditions régnant dans la chambre ;
4. techniquement ces injecteurs sont relativement simples et robustes, car ils ne nécessitent aucun
élément tournant, ni d’usinage de canaux vrillés à l’intérieur pour garantir leur fonctionnement ;
5. la caractérisation complète de ce type d’injecteur a un intérêt industriel puisque ces d’injec-
teurs sont utilisés comme injecteurs de démarrage (pour l’allumage) dans les foyers de turbines
d’hélicoptères (Turbomeca).
𝒀
𝑿
𝒁
𝒀
Figure 5.8 – (a) : Injecteur « flat fan » de marque MMP (angles d’injection : A◦ = 25◦ , B◦ = 150◦ ,
(b) : illustration d’un « flat spray » d’après Ashgriz (2011) [9], (c) : choix du repère cartsien attaché
au brouillard
La figure 5.9, présentent les résultats de la caractérisation de l’injecteur « flat fan ». La caractéri-
82
5.4 Choix et caractérisation du système d’injection
sation a été réalisée à l’air libre (sans écoulement d’air, conditions ambiantes) à l’aide de mesures PDI
(cf. section [Link]). L’ensemble du brouillard a été sondé suivant un maillage rectangulaire (30 × 5
points). Les résultats de la caractérisation présentent les diamètres arithmétiques moyens des gouttes
(D10 ) et leur vitesses moyennes selon les trois composantes : longitudinale (Up,x ), transversale (Up,y )
et normale (Up,z ). Pour cette étude, l’éthanol a été retenu comme fluide de similitude des carburants
aéronautiques (comme le kérosène, ou le n-décane) car il possède des propriétés physiques équivalentes,
en particulier la tension de surface et la viscosité dynamique qui entrent en jeu dans les phénomènes
d’atomisation. La pression d’alimentation de l’injecteur est d’environ 8 bar et correspond à un débit
liquide de 1 g/s.
La figure 5.10 présente les profils de vitesses et de tailles de gouttes dans le plan médian du spray
(Z = 0). À 10 mm de l’injection, on constate que le gicleur produit un brouillard de gouttes poly-
disperses, de 10 à 150 µm d’après les données brutes. D’après les mesures, le diamètre arithmétique
moyen, D10 , est égale à 27 µm et le diamètre moyen de Sauter, D32 , est d’environ 57 µm. Il est notable
que le brouillard n’est pas parfaitement symétrique de part et d’autre de Y = 0.
La figure 5.11 présente le flux volumique intégré suivant la composante transversale Y et norma-
lisé par le flux volumique total du brouillard. Les résultats montrent que l’injecteur ne distribue pas
de manière symétrique le carburant suivant la composante normale Z. Cette observation montre que
l’injecteur présente un défaut de fabrication. On retiendra que le débit de carburant passant dans le
plan médian du spray représente environ 24 % du débit total injecté.
83
Chapitre 5. Mise en Œuvre du montage PROMÉTHÉE
(a) Vitesse longitudinale (Up,x [m/s]) (b) Vitesse transversale (Up,y [m/s])
(c) Vitesse normale (Up,z [m/s]) (d) Diamètre arithmétique moyen (D10 [µm])
84
5.4 Choix et caractérisation du système d’injection
X = 10 mm, Z = 0 mm
Figure 5.10 – Profils moyens de vitesses et de tailles de gouttes obtenus par mesures PDI dans le
plan médian du brouillard - Traversée verticale à X = 10 mm - Carburant de similitude : éthanol
(C2 H6 O, pureté = 95 %), débit liquide = 1 g/s - Caractérisation à l’air libre (sans écoulement d’air,
conditions ambiantes)
40
20
0
4 2 0 -2 -4
85
Chapitre 5. Mise en Œuvre du montage PROMÉTHÉE
L’un des objectifs de cette thèse consiste à développer une banque de données expérimentales en
combustion diphasique aérobie, en vue de valider les modèles numériques des codes CFD. Pour cela,
la base de données du montage PROMÉTHÉE regroupe des informations sur la phase gazeuse et sur
la phase dispersée. Dans cette étude, il a été choisi de diviser la base de données en trois niveaux :
Pour la réalisation de simulations numériques, ce découpage permet de valider toutes les phases
d’établissement de l’écoulement, à savoir la phase de soufflage (écoulement inerte d’air), la phase de
carburation (écoulement inerte air/gouttes) et la phase de puissance (écoulement réactif air/gouttes).
Comme indiqué dans le tableau 5.2, les conditions de référence correspondent aux essais menés
sur le prototype à l’échelle 1:1 du montage PROMÉTHÉE, au banc Débitmétrie (cf. section 5.2.2).
Ces essais ont été réalisées à pression et température ambiantes. Des essais préliminaires ont montré
qu’une vitesse débitante de 5,8 m/s, correspondant à un débit massique d’air de 100 g/s, offre le
meilleur rapport signal/bruit pour la détection du phénomène de détachement tourbillonnaire, c’est
pourquoi cette vitesse a été retenue.
Les conditions de fonctionnement nominal concernent les essais « en température », avec injection
de carburant (n-décane) et réalisés sur le montage final installé au banc LACOM (cf. section 5.2.2).
En conditions réactives, le montage PROMÉTHÉE délivre une puissance de 44 kW. Les conditions
de fonctionnement nominal ont été choisies pour représenter, au moins partiellement, les conditions
générales rencontrées dans un foyer aéronautique réel, en particulier en terme de richesse globale et
de débit réduit. Le débit réduit est un paramètre couramment utilisé par les motoristes, et est défini
comme :
∞ √
p
ṁair · Tair
WR = ∞ [kg · s−1 · K · bar−1 ] (5.4)
Pair
Ajoutons que les paramètres du point de fonctionnement nominal ont été choisis pour travailler à
même vitesse débitante qu’au point de référence. Ce choix permet d’envisager l’invariance des profils
de vitesse de la phase gazeuse en non-réactif.
86
5.5 Définition des conditions opératoires
Conditions Monophasique
de référence (inerte) Débitmétrie 100 – 298 5,8 1,73 –
Point de Diphasique
fonctionnement (inerte et LACOM 64 1 450 5,8 1,36 0,24
nominal réactif)
∞ correspond aux conditions mesurées en amont de la chambre de combustion. [*] = [kg · s−1 ·
√
K·bar−1 ] - Le carburant utilisé est du n-décane (C10 H22 , pureté = 95 %). Il est injecté à une
température de 330 K
87
Chapitre 5. Mise en Œuvre du montage PROMÉTHÉE
88
Chapitre 6
Mise en place des moyens de mesure
Sommaire
6.1 Plan d’expériences . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 90
6.2 Présentation des méthodes expérimentales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 91
6.2.1 Vélocimétrie par images de particules . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 91
6.2.2 Vélocimétrie et granulométrie laser . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 95
6.2.3 Imagerie rapide . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 100
6.2.4 Fluorescence induite par plan laser . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 102
6.3 Mise en place des mesures conditionnées . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 103
6.3.1 Intérêts . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 103
6.3.2 Développement d’un algorithme d’analyse par moyenne de phase . . . . . . . 103
6.3.3 Validation du traitement conditionnel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 106
6.4 Mise en place des mesures simultanées PLIF-OH/Mie . . . . . . . . . . . . . . . . . 107
6.4.1 Intérêts . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 107
6.4.2 Superposition spatiale des mesures . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 107
6.4.3 Synchronisation temporelle des mesures . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 108
Depuis les années 70, différentes techniques de diagnostics laser non-intrusives ont émergé et sont
devenues essentielles pour caractériser les écoulements et la combustion dans les foyers aéronautiques.
Aujourd’hui, ces techniques présentent une haute résolution temporelle et/ou spatiale et permettent
d’étudier en détail les phénomènes physiques mis en jeu.
Dans ce chapitre, on présente le plan d’expérience récapitulant l’ensemble des mesures réalisées au
cours de ce travail. Par la suite, on propose une description des moyens de mesures utilisés (PIV, PDI,
diffusion de Mie, chimiluminescence OH*, PLIF-OH). L’accent est également porté la mise en place
des mesures conditionnées et des mesures simultanées PLIF-OH/Mie.
89
Chapitre 6. Mise en place des moyens de mesure
L’étude expérimentale des régimes de combustion diphasique requiert la mise en place d’une base
de données précise portant, à la fois, sur la phase gazeuse et sur la phase liquide. L’enjeu du volet
expérimental de cette thèse consiste, dans un premier temps, à caractériser l’écoulement du montage
PROMÉTHÉE, c.-à-d. étudier l’écoulement avec et sans gouttes, en conditions inertes et réactives.
Dans un second temps, l’enjeu sera d’étudier la structure de flamme diphasique, en analysant la posi-
tion relative des gouttes et des zones de réaction. Le tableau 6.1 synthétise le plan d’expérience mis en
œuvre dans le cadre de ce travail. Une description des différentes méthodes de mesures est présentée
dans la section suivante, en section 6.2.
Champs de vitesses
(nombre Reynolds hydraulique, PIV
Phase taux de turbulence)
Dispersion et
gazeuse Instabilités & vortex Mesure de pression
ségrégation
(nombre de Strouhal) & analyse spectrale
des gouttes
Figure 6.1 – Plan d’expérience du programme d’essais PROMÉTHÉE, dédié à l’étude des régimes
de combustion des brouillards de gouttes
90
6.2 Présentation des méthodes expérimentales
Vortex shedding
Bluff-body
X = 9 mm 53 mm 90 mm 120 mm
PHaut J1 K1 L1 100 mm
I1
J1-bis 78 mm
I2 J2 K2 L2 Y = 60 mm
J2-bis 38 mm
I3
PBas L3
𝑌 J3 K3 20 mm
(0,0) 𝑋
Figure 6.2 – Schéma illustrant le repère cartésien défini dans le plan médian de la chambre PRO-
MÉTHÉE (Z = 0), et la position des capteurs vis-à-vis de la zone de recirculation dans le sillage
de l’accroche-flamme, en écoulement non-réactif. Par convention, la pression différentielle au niveau
du capteur est définie comme ∆P = PHaut − PBas
La vélocimétrie par images de particules à deux composantes, communément appelée PIV 2C, est
une méthode optique non intrusive permettant d’obtenir une cartographie des vitesses instantanées
d’un écoulement, dans un plan. Lors du post-traitement, il est également possible d’extraire d’autres
informations quantitatives très utiles, comme les cartes de vitesses moyennes, les cartes de vorticité
instantanées et moyennes et de mesurer des taux de turbulence. La PIV est utilisée dans de nombreux
domaines de recherche, tels que les études portant sur la combustion, les brouillards et les expériences
en soufflerie. La gamme de vitesse mesurable s’étend des très basses vitesses jusqu’au domaine super-
sonique.
La méthode PIV consiste à éclairer un écoulement qui a été préalablement ensemencé de traceurs,
c.-à-d. de goutellettes ou de particules solides suffisamment petites et légères pour suivre le champ
gazeux. La source de lumière est généralement obtenue à l’aide de deux lasers pulsés qui génèrent,
sur un même axe optique, deux impulsions lumineuses décalées dans le temps. Ces faisceaux laser
traversent ensuite un générateur de nappe qui va générer une tranche laser aussi fine que possible
dans la zone d’étude (cf. figure 6.3). Un système de prise de vue, généralement constitué d’une caméra
CCD, permet d’enregistrer les positions des particules pour chaque impulsion lumineuse. Ces doublets
d’images (ou couples d’images) sont enregistrés sur deux clichés distincts. Les couples d’images sont
91
Chapitre 6. Mise en place des moyens de mesure
par la suite comparés grâce à un algorithme d’intercorrélation, lequel divise les images originales en
petites fenêtres d’interrogation. Le vecteur de déplacement moyen, δ~
s, est alors déterminé à partir de la
position du pic de corrélation maximale. La vitesse instantanée du champ gazeux est alors simplement
calculée à partir de la relation suivante :
δ~
s
u~g = (6.1)
δt
où δt est le temps séparant les deux impulsions laser. Ce processus est répété sur l’ensemble des
fenêtres du couple d’images en cours de traitement.
Matériel
Dans ce travail, les mesures PIV 2C ont été réalisées grâce au système d’acquisition et de synchro-
nisation LaVision. Ce dispositif est composé d’une source de lumière comprenant deux lasers pulsés
Nd:YAG (2,5 Hz, λ = 532 nm). Les lasers fournissent une énergie de 250 mJ par pulse pendant une
durée d’environ 8 ns. La période de temps entre deux impulsions laser (δt) est réglée à 30 µs. Le
système optique utilisé pour générer la tranche laser est constitué d’un jeu de lentilles cylindriques
convergentes et d’un miroir orientable. La nappe laser résultante possède une largeur de 100 mm et
une épaisseur d’environ 1 mm. La nappe traverse la chambre de combustion de part en part, dans son
plan médian (Z = 0). Une caméra CCD de résolution 2 048 × 2 048 px2 est placée perpendiculairement
à la tranche laser. La caméra est équipée d’un objectif CANON de focale 60 mm. Après étalonnage
sur une mire, la définition des images est estimée à 17,6 px/mm. Le dernier élément du dispositif est
92
6.2 Présentation des méthodes expérimentales
le générateur de gouttelettes. Il s’agit d’un atomiseur DEHS † /air, de conception ONERA, permettant
d’ensemencer l’écoulement porteur d’un brouillard de fines gouttelettes (< 5 µm de diamètre), en
amont de la chambre d’uniformisation.
Dans cette étude, le logiciel utilisé pour estimer les champs de déplacements est le logiciel FOLKI-
SPIV développé par l’ONERA (DAFE et DTIM) [39]. Son principal intérêt réside dans le temps associé
au traitement des images qui est environ 50 fois inférieur aux méthodes classiques utilisées dans les
logiciels commerciaux. Cette spécificité est atteinte grâce à une formulation parallèle des équations
permettant une implémentation sur carte graphique (GPU).
L’algorithme FOLKI (Flot Optique Lucas Kanade Itératif) fournit le cœur du logiciel FOLKI-SPIV.
Le principe de cet algorithme se base sur la définition de fenêtres d’interrogation dont on cherche le
déplacement entre les deux images étudiées : I(x, y, t) et I(x, y, t + δt). Cette approche repose donc sur
une technique d’estimation locale, ce qui ne la rend a priori valable que pour de faibles déplacements.
Toutefois, dans le logiciel FOLKI-SPIV, cette limitation est levée via la mise en place d’une stratégie
multi-résolution qui assure qu’à l’échelle initiale choisie le déplacement d’une fenêtre d’interrogation
entre deux images est faible [170].
On définit la mesure de corrélation comme la différence quadratique entre les deux images, pour
un pixel k à une position (x, y) donnée :
où m(mx , my ) correspond aux pixels appartenant à la fenêtre d’interrogation définie autour du pixel
k.
Contrairement aux méthodes classiques qui calculent la mesure de corrélation via une FFT, les
méthodes de type Lucas et Kanade se positionnent dans un contexte d’optimisation. L’algorithme
FOLKI a été conçu de manière à minimiser la différence définie en équation 6.2, à l’aide de méthodes
itératives de type Gauss-Newton. En pratique, la fonction de corrélation est d’abord calculée pour
des déplacements entiers. Ensuite une étape d’interpolation est effectuée pour permettre le calcul du
gradient nécessaire à la minimisation via des méthodes de résolution Gauss-Newton (cf. figure 6.4).
Dans la mesure où la fonction minimisée n’est pas convexe, celle-ci possède plusieurs minima. La
technique consiste donc à s’assurer que le minimum obtenu est bien retrouvé en effectuant des calculs
avec plusieurs tailles de fenêtre (approche pyramidale, multi-résolution).
†. Di-Ethyl-Hexyl-Sebacat
93
Chapitre 6. Mise en place des moyens de mesure
Pour cette étude, les principaux paramètres retenus lors du traitement avec le logiciel de traitement
FOLKI-SPIV sont les suivants : nombre d’itération = 5, nombre de niveau pyramidal = 3, taille de
fenêtre d’interrogation (Diw) = 31 px, interpolation bilinéaire.
Afin de justifier le choix des réglages précédents, un essai préliminaire a été mené sur le montage
PROMÉTHÉE, aux conditions dites de référence. Le résultat de cette étude est illustré grâce à l’his-
togramme des vecteurs déplacements des traceurs (cf. figure 6.5). Les mesures PIV ont été réalisées 63
mm en aval de l’accroche-flamme à partir d’une acquisition de 1 880 couples d’images. L’histogramme
est une fonction gaussienne dont l’espérance mathématique correspond à un déplacement moyen de 3
px. Un critère courant est de vérifier que le déplacement des particules reste inférieur ou égal au quart
de la taille de fenêtre d’interrogation (Diw) [32]. Dans le cas présent, le critère de déplacement est
globalement bien respecté. Il reste adapté aux zones dont les vitesses atteignent 15 m/s, or, dans notre
écoulement, la vitesse ne dépasse pas 20 m/s. Notons que l’enveloppe de l’histogramme présente des
petites oscillations avec une période de 1 px. Ce phénomène est typique d’un blocage de pic (« peak-
locking »), récurrent dans ce genre de mesures [32]. Ici, le phénomène existe mais n’est pas prononcé
car il n’y a pas d’absence totale de mesure au voisinage des valeurs proches du demi-pixel. La qualité
des données est donc satisfaisante.
94
6.2 Présentation des méthodes expérimentales
Figure 6.5 – Densité en nombre des vecteurs de déplacement (X = 63 mm) - Conditions de référence
Précédemment, nous avons présenté la technique de mesure PIV qui permet de caractériser l’écou-
lement gazeux. On souhaite ici présenter la technique d’interférométrie par phase Doppler (abrégée
PDI), laquelle permet d’étudier le comportement de la phase dispersée. Cette technique est particu-
lièrement utile dans l’étude des écoulements diphasiques puisqu’elle fournit une mesure conjointe des
vitesses et de la taille de gouttes. En fait, il s’agit d’une extension de la technique de vélocimétrie laser
à franges LDA.
Dans ce travail, le dispositif utilisé est le PDI-200MD de Artium Technologies Inc. Le principe
général présenté ici est inspiré des travaux de Linassier (2012) [105] et de Garcia-Rosa (2008) [71],
mais pour une description plus complète, il est possible de se référer à Albrecht et al. (2003) [6].
La mesure PDI est une technique de mesure ponctuelle, le volume de mesure étant constitué par
l’intersection de deux faisceaux de lumière cohérente de longueur d’onde λ, selon un demi-angle α,
créant un réseau de franges d’interférences d’interfrange iν , tel que :
λ
iν = (6.3)
2sin(α)
Ces faisceaux sont obtenus à l’aide d’une source laser monochromatique et d’un dispositif diviseur
de faisceau (cf figure 6.6). Une particule traversant ce réseau de franges va diffuser la lumière sous
forme de bouffée Doppler, qui sera captée et amplifiée par un ou plusieurs récepteurs de type photo-
multiplicateur. Ce signal est de type chirp et présente une allure pseudo-périodique en temps. Son
expression peut s’écrire :
I(t) = P (1 + V cos(2πνd t + φ)) (6.4)
95
Chapitre 6. Mise en place des moyens de mesure
Selon ce principe, il est possible de déterminer la norme, mais pas la direction d’une composante
de vitesse, une même fréquence correspondant aussi bien à des valeurs positives ou négatives. La
discrimination est rendue possible en imposant un défilement du réseau de franges à une vitesse
constante. Sous la condition que cette vitesse soit suffisamment élevée, la fréquence de la bouffée
Doppler est alors reliée à la vitesse de la particule. Sur le système employé, une cellule de Bragg
(modulateur acousto-optique), fonctionnant à 40 MHz, est utilisée afin de modifier la fréquence de
l’un des faisceaux laser, et ainsi produire le glissement du réseau de franges. Si la vitesse de défilement
du réseau est v0 , la relation reliant la vitesse et la fréquence du chirp devient alors :
~d − ~v0 ) · ~n|
|(V
νd = (6.6)
iν
Le système utilisé permet la mesure simultanée de deux composantes de vitesse, grâce à l’utilisa-
tion de deux faisceaux laser de longueur d’onde différentes, l’un vert (λ = 532 nm) et l’autre bleu (λ
96
6.2 Présentation des méthodes expérimentales
= 473 nm). L’orientation des deux systèmes de frange est telle que les deux composantes de vitesse
mesurées sont orthogonales (cf figure 6.7). En pratique, les trois composantes de vitesse peuvent être
mesurées en réalisant deux traversées perpendiculaires au sein de l’écoulement. Dans le cadre de ce
travail, seules les composantes de vitesses longitudinales et transversales ont été mesurées dans les
conditions d’écoulement. Ces deux composantes ont été choisies car elles correspondent aux directions
privilégiées du mouvement des gouttes dans la configuration expérimentale PROMÉTHÉE.
Figure 6.7 – Schéma montrant l’intersection des faisceaux laser, et le déphasage créé par les différents
parcours optiques des rayons à travers la goutte
La mesure de la taille de particules est réalisée par un traitement supplémentaire du signal Doppler.
Son principe peut se résumer de la façon suivante. Pour deux photo-multiplicateurs coplanaires, de
positions décalées d’un angle Ψ (cf. figure 6.6(b)), la traversée d’une frange d’interférence par une
particule va produire des signaux perçus avec un déphasage ∆φ. Ce déphasage est lié à la différence
de parcours des rayons diffusés, et pour une particule sphérique, il dépend de la taille de la particule
(cf figure 6.8). En notant n l’indice de réfraction de la particule, la relation liant le déphasage et le
diamètre de la particule s’exprime, pour une réflexion spéculaire (réflexion directe à la surface de la
goutte) :
√
2π 2
√
∆φ = dp 1 − cosΨcosθcosα + sinΨsinα (6.7)
λ
√
− 1 − cosΨcosθcosα − sinΨsinα (6.8)
4π √ √
q
∆φ = dp 1 + n2 − n 2 1 + sinΨsinα + cosΨcosθcosα (6.9)
λ
q √ √
− 1+ n2 − n 2 1 − sinΨsinα + cosΨcosθcosα (6.10)
97
Chapitre 6. Mise en place des moyens de mesure
Figure 6.8 – Mesure des tailles de particules par PDI, d’après Bachalo (Artium) [11]
Le système PDI utilise le signal d’un troisième détecteur, permettant de calculer deux déphasages
indépendants. L’information fournie par ce troisième détecteur permet :
1. d’augmenter la résolution du système sans diminuer sa dynamique ;
2. de confirmer la mesure de taille en comparant les résultats obtenus selon les deux déphasages
(la mesure est éventuellement rejetée si l’écart constaté est trop important).
Sur le système utilisé, la mesure de diamètre est réalisée exclusivement à partir du signal diffusé par
le laser vert. Lors de la mesure de deux composantes de vitesse, il est possible d’activer un filtrage en
coïncidence. Si une particule traverse les deux systèmes de franges dans une fenêtre temporelle donnée,
un recoupement des signaux mesurés est réalisé, afin d’attribuer à la particule deux composantes de
vitesse. Dans cette étude, un problème technique n’a pas permis de réaliser un tel filtrage en coïncidence
(rendement de seulement 8 %). Afin de garder des tailles d’échantillons importantes, aucun filtrage
n’a été appliqué. De fait, les corrélations diamètre/vitesse de gouttes ne sont disponibles que pour la
composante transversale de la vitesse.
Les dispositifs d’émission et de réception du PDI sont montés au moyen de barres Micro-Contrôle
sur un mécanisme assurant la translation de l’ensemble selon les trois directions (cf. figure 6.9). Notons
que le placement de la sonde réceptrice se fait par rapport à la sonde émettrice, de sorte que le point
focal objet de l’optique de collection coïncide avec le volume de mesure. Ici, l’angle entre les axes
optiques des têtes d’émission et de réception est de 142◦ , la configuration est alors dite en diffusion
avant. Le système de déplacement de l’ensemble du support est piloté par le logiciel de contrôle du PDI.
La position relative des mesures ainsi que leur orientation sont enregistrées au cours des acquisitions.
La technique PDI est une technique de comptage de gouttes. Ceci signifie que le volume de mesure
est scruté et les bouffées Doppler sont analysées au fur et à mesure de leur arrivée. Par conséquent,
chaque analyse donne lieu à l’enregistrement de données brutes, telles que :
98
6.2 Présentation des méthodes expérimentales
Bras mécanique
Support Récepteur
Emetteur
Figure 6.9 – Montage de déplacement en translation du système PDI sur le montage PROMÉTHÉE
Les particules ont des dates d’arrivée aléatoires dans le volume de mesure, avec une cadence moyenne
notée Ṅp , appelée taux d’acquisition (« data rate »). En général, l’acquisition est supposée terminée
lorsque le nombre de gouttes échantillonnées est supérieur à 7 000 gouttes. Lorsque le taux d’acqui-
sition est localement faible, un autre critère classique est de limiter le temps d’enregistrement à une
durée maximale de 10 secondes, dans notre cas.
Le grand avantage d’une technique de mesure par comptage des particules est de pouvoir, à partir
d’un échantillon de taille suffisante, reconstituer fidèlement les distributions en taille et vitesse en
tout point d’un spray. Des statistiques sur un échantillon suffisant de particules permettent d’extraire
des valeurs moyennes et fluctuantes. Généralement, la distribution en taille est caractérisée par au
moins deux valeurs moyennes. Les plus couramment utilisées sont le diamètre moyen arithmétique
D10 , calculé comme :
N
P
dp,i
D10 = i=1
(6.11)
N
99
Chapitre 6. Mise en place des moyens de mesure
N
d3p,i
P
D32 = i=1
N
(6.12)
d2p,i
P
i=1
Les systèmes de type Phase-Doppler constituent actuellement les outils les plus fiables pour la
caractérisation d’un brouillard. Dans le cadre de la simulation des écoulements diphasiques, les données
obtenues permettent de définir des conditions aux limites pour l’injection de la phase dispersée et de
valider des modèles relatifs aux interactions entre la phase liquide et la phase gazeuse (atomisation,
dispersion, évaporation). Les mesures de granulométrie sont cependant possibles uniquement pour des
gouttes de forme sphérique, et doivent être réalisées à une certaine distance de la tête d’injection. En
effet, il est nécessaire de s’affranchir de la présence de ligaments, susceptibles de dégrader sensiblement
la qualité de la mesure PDI. De plus, il est important de se situer dans une zone où le brouillard est
dilué, afin de minimiser les problèmes liés à la diffusion de la lumière par réflexions multiples.
Pour la configuration PROMÉTHÉE, le positionnement du volume de mesure est conditionné
par les dimensions des accès optiques et l’angle de croisement des faisceaux laser. Ainsi, les réglages
intrinsèques au système PDI font que la position du volume de mesure la plus proche possible de
l’injecteur est située à 9 mm en aval de la tête d’injection.
L’utilisation de l’imagerie rapide est choisie dans le but d’observer le comportement instationnaire
du brouillard et de la flamme. Dans le cadre de cette étude, une caméra rapide « noir et blanc »
Phantom V341 est utilisée. Cette caméra offre une profondeur d’intensité lumineuse égale à 12 bit/px
(soit des niveaux compris de 0 à 4 095). La résolution maximale atteignable est de 2 560 × 1 600
px2 . À noter que l’augmentation de la fréquence d’acquisition (jusqu’à 130 kHz) se fait cependant au
détriment de la résolution des images.
On propose désormais de présenter les mesures d’imagerie rapide par tomographie laser, puis les
mesures par chimiluninescence.
100
6.2 Présentation des méthodes expérimentales
devant la longueur d’onde du laser, l’intensité de la lumière diffusée par une goutte (appelée diffusion
de Mie) peut être liée linéairement au carré du diamètre de la goutte [126], suivant la relation :
N
(6.13)
X
Intensité ∝ d2p,i
i=1
En général, le signal de Mie des gouttes est capturé en plaçant une caméra rapide perpendiculaire-
ment à la tranche laser. La très courte durée du flash et du temps d’exposition de la caméra permettent
d’acquérir une image figée d’un plan de l’écoulement. Suivant la relation 6.13, les images capturées
seront alors représentatives de la surface totale de gouttes de carburant présentes dans la nappe.
Dans notre étude du montage PROMÉTHÉE, les gouttes sont éclairées dans le plan médian de
la chambre par une tranche laser générée à la sortie d’un laser pulsé Quantronix Darwin-527 (λ =
527 nm) et d’un générateur de nappe constitué d’une lentille cylindrique. Le signal d’horloge de la
caméra rapide et le signal de déclenchement du laser sont synchronisés pour fonctionner à une cadence
de 1 kHz. La pulsation laser est déclenchée avec un léger retard ajustable afin d’assurer un éclairage
optimal au moment de l’ouverture de la caméra. Les flash laser ont une durée de l’ordre de 200 ns.
Le temps d’exposition de la caméra est réglé entre 1 et 10 µs en fonction du type d’écoulement étudié
(réactif ou non-réactif).
101
Chapitre 6. Mise en place des moyens de mesure
Intensificateur
Figure 6.10 – Photographie du dispositif d’imagerie rapide du front de flamme par chimiluminescence
sur le montage PROMÉTHÉE
102
6.3 Mise en place des mesures conditionnées
MAX2, placée perpendiculairement au hublot latéral de la chambre. La caméra est équipée d’une
filtre passe-bande centré autour de 311 nm ± 5 nm.
Une description plus complète du dispositif de mesure PLIF (montage optique, miroirs de renvoi),
ainsi qu’une présentation de la mise au point des mesures sont présentés par Bodoc et al. (2014) [26].
103
Chapitre 6. Mise en place des moyens de mesure
104
6.3 Mise en place des mesures conditionnées
classement en phase réalisé, il est aisé de procéder à des traitements statistiques de type moyenne de
phase, c.-à-d. tous les points de mesures appartenant à l’intervalle ϕ0 ± ∆ϕ sont moyennées (pixel à
pixel pour des images) pour qu’il en résulte une seule valeur moyenne par phase (ou image moyenne
de phase). Par conséquent, le paramètre ∆ϕ est essentiel car celui-ci pilote, d’une part, la précision
d’attribution de phase et, d’autre part, le nombre d’images utiles pour effectuer des moyennes. Le
choix du paramètre et la validation de l’algorithme sont présentés dans la suite.
a–
b–
c–
d–
Temps [s]
Figure 6.11 – Procédure de traitement du signal de référence pour conditionner en phase une
mesure ou synchroniser, a posteriori, différentes mesures (a) : signal de référence brut à pas de
temps variable (b) : signal de référence ré-échantillonné avec un pas de temps constant (c) : signal
de référence filtré autour de la fréquence du phénomène. (d) : attribution de phase aux différents
points de mesures (entre 0 et 360◦ )
105
Chapitre 6. Mise en place des moyens de mesure
(a)
(b)
Figure 6.12 – (a) Schéma de principe pour la validation du traitement conditionnel (b) Deux clichés
du disque tournant : instantané et moyenné en phase (50 images, ∆ϕ = ± 6◦ )
106
6.4 Mise en place des mesures simultanées PLIF-OH/Mie
6.4.1 Intérêts
L’une des contributions majeures de cette thèse est l’observation conjointe des zones de réaction
et du brouillard de gouttes. Cette observation a permis d’étudier la structure détaillée d’une flamme
diphasique et de mettre en évidence, ou non, l’existence des régimes de combustion diphasique prévus
par la théorie de la « combustion de groupe » (cf. section 4.3.3). Pour cela, un dispositif de mesures
optiques avancées a été mis en place. Le choix s’est porté sur la combinaison de techniques de mesures
planaires, afin d’exploiter la propriété bidimensionnelle de la configuration expérimentale PROMÉ-
THÉE. Ainsi, afin d’obtenir des vues en coupe instantanées de la combustion du brouillard de gouttes,
des visualisations tomographiques portant sur la diffusion de Mie des gouttes et des mesures PLIF
portant sur le radical OH ont été mises en œuvre de manière simultanée. Après post-traitement, la
superposition de ces deux informations doit permettre d’exploiter visuellement la position relative du
front de flamme par rapport aux gouttes de carburant.
Le dispositif de mesures simultanées PLIF-OH/Mie est présenté en figure 6.13. Les mesures pour le
radical OH sont réalisées en utilisant un laser pulsé Nd:YAG, ajusté à une longueur d’onde de 282,69
nm afin d’exciter la ligne Q1(5) de la bande (1,0) du système OH (X2 Π - A2 Σ+ ). Une fine tranche
laser UV (≤ 1 mm d’épaisseur) est générée dans le plan médian de la chambre de combustion depuis
le hublot supérieur.
Concernant les visualisations de diffusion de Mie, les gouttes sont éclairées, dans le plan médian
du foyer, à l’aide d’un laser pulsé Nd:YLF laser Quantronix Darwin (λ = 527 nm). Dans ce cas, la
fine tranche laser (≤ 1 mm d’épaisseur) est générée dans le plan médian du foyer, depuis le hublot
inférieur. Les deux tranches laser sont superposées l’une sur l’autre, sur une distance de 100 mm.
La mesure du signal de fluorescence OH est réalisée grâce à une caméra ICCD intensifiée PI-MAX2
placée perpendiculairement au hublot latéral de la chambre. La caméra est équipée d’une filtre passe-
bande centré autour de 311 nm ± 5 nm. Pour capturer le signal de Mie des gouttes, une caméra rapide
Phantom V341 est positionnée juste à côté de la première. L’angle formé par les deux axes optiques
des caméras est alors de 11◦ environ (cf. figure 6.13).
Une étape de calibration, réalisée à l’aide d’une mire LaVision, a permis de mettre en place une
procédure de post-traitement automatique afin de corriger les images (suppression des déformations
angulaires « dewarping » via le logiciel Davis) et sélectionner la zone de visualisation commune aux
deux prises de vue (via le logiciel Visilog). Cette étape de calibration a permis, in fine, de superposer
les images de PLIF-OH et de diffusion de Mie, avec une erreur maximale estimée à 57 µm. La zone de
visualisation effective s’étend sur une surface réelle de 51,2 × 45,6 mm2 , correspondant à une image
de résolution de 1 804 × 1 606 px2 .
107
Chapitre 6. Mise en place des moyens de mesure
Notons que l’analyse a été faite dans deux fenêtres de visualisations (A et B), présentant un taux
de recouvrement d’environ 10 %. La première correspond à la partie haute du foyer, la seconde à la
partie basse. Ce découpage permet de maximiser la définition des images dans la zone d’intérêt, jus-
qu’à une valeur de 35,2 px/mm. Ceci signifie que toutes les gouttes inférieures ou égales à 28 µm sont
représentées sur un pixel, alors que celles de 100 µm, par exemple, sont visibles sur plus de trois pixels
de l’image finale.
Caméra Mie
Tranche laser
Mie (vert)
Caméra LIF
OH
α ~ 11°
Figure 6.13 – Montage optique pour la détection simultanée de fluorescence du radical OH (traceur
des zones de réaction) et de la diffusion de Mie des gouttes
108
6.4 Mise en place des mesures simultanées PLIF-OH/Mie
de diffusion de Mie (de manière périodique, toutes les 1 ms). De manière identique, à chaque front
montant « TTL LIF » correspond l’impulsion du laser TDL+ (laser UV) et l’enregistrement d’une
image de PLIF-OH (toutes les 250 ms).
Le système de synchronisation est réglé de manière à fournir périodiquement la correspondance
d’un front descendant « TTL Mie » et d’une front montant « TTL LIF » (cf. chronogramme 6.14). À
chaque fois, il en résulte un nouveau couple d’images PLIF-OH/Mie. Notons que sur l’ensemble du
réseau, une gigue aléatoire (« jitter ») de 2 µs maximum peut exister au moment de la correspondance.
CIRCUIT LOGIQUE
FOYER
F ~ 30 Hz
&
1
Laser à PC
colorant
LIF CAM CAM
Quantel PI-
V341
TDL + LIF Max MIE
2
-
“TOP”
Laser pulsé GP F ~ 4 Hz
LIF READY
FSYNC
Quantel F ~ 1000 Hz
YG 980
GP Abréviations :
TTL LIF TTL MIE
F ~ 30 Hz
W = 100 μs D = 800 μs D = 997 μs
GP W = 197 μs W= 1 μs Laser pulsé
DAQ : Système TTL : Pulse (Transistor-
DAQ MIE
d’acquisition de données Transistor Logic)
NI PXI-1045 Quantronix
Darwin-527
D = 786,8 μs CAM : Caméra vidéo D : Délai de signal
W = 50 μs
GP : Générateur de pulse W : Largeur du signal
109
110
Partie III : Identification des régimes
de combustion par la caractérisation
expérimentale de l’écoulement
111
Chapitre 7
Caractérisation de l’écoulement
monophasique
Sommaire
7.1 Résultats des mesures PIV . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113
7.1.1 Conditions amont . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113
7.1.2 Comportement moyen de la phase gazeuse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 115
7.1.3 Comportement instationnaire de la phase gazeuse . . . . . . . . . . . . . . . . 118
Ce chapitre présente les résultats des mesures de vélocimétrie par images de particules à deux
composantes (PIV 2C) obtenus sur la configuration PROMÉTHÉE (banc Débitmétrie). Le dispositif
PIV et les différents réglages relatifs au traitement des données sont présentées en section 6.2. L’objectif
ici est de caractériser la phase gazeuse dans le plenum et la chambre de combustion, pour les conditions
dites de référence (température ambiante et sans injection de carburant, cf. tableau 5.2).
Dans un premier temps, on souhaite caractériser les conditions d’écoulement dans le plenum. La
zone d’intérêt est située 500 mm en amont de l’accroche-flamme, soit 10 fois sa hauteur. À cette
abscisse, l’écoulement d’air n’est pas influencé par la présence de l’obstacle. Il convient de préciser que
l’écoulement est pleinement développé dans cette région du plenum. En effet, les mesures montrent
que le profil moyen de vitesse longitudinale Ug,x est invariant selon l’axe Ox :
∂Ug,x
= 0 → Ug,x = Ug,x (y) (7.1)
∂x
113
Chapitre 7. Caractérisation de l’écoulement monophasique
Le profil moyen de vitesse longitudinale, présenté en figure 7.1, a été obtenu à partir d’un lot de 1
000 couples d’images PIV acquises à une cadence d’acquisition de 2,5 Hz.
D’un point de vue qualitatif, le profil de vitesse est particulièrement plat. Cette forme est très
différente des profils de canal obtenus en régime d’écoulement laminaire, lesquels s’organisent selon
un champ de vitesse parabolique (écoulement de Poiseuille) [113]. Au contraire, les profils plats sont
généralement caractéristiques d’un régime turbulent, où les effets de mélange sont prédominants par
rapport aux effets liés à la viscosité. Remarquons que la valeur du nombre de Reynolds hydraulique
ReH , basé sur la hauteur de la veine, accrédite cette hypothèse. En effet, ReH est égal à 48 000,
alors que la transition de régime laminaire/turbulent dans un canal s’opère à un nombre Reynolds
d’environ 4 000 d’après Raikar et al. (2012) [138]. Dans ces conditions, il est possible d’approcher le
profil empirique turbulent à l’aide d’une loi de puissance en « 1/n » :
2y 1/n
DH
U = UM ax
Y ∈ 0;
g,x 2
g,x
DH
(7.2)
2 (DH − y)
1/n
DH
Ug,x = UM ; DH
ax
Y ∈
g,x
DH 2
où DH est le diamètre hydraulique (hauteur de la veine) et n est une constante. En pratique, on utilise
une puissance n égale à 7 ; c’est la loi dite du « 1/7ème » [56]. Toutefois, il faut préciser que cette
valeur n n’est pas universelle, puisqu’elle dépend à la fois du nombre de Reynolds hydraulique et des
caractéristiques de la grille de turbulence placée juste en amont des mesures. Comme le montre la
figure 7.1, le profil de vitesse peut être convenablement approché avec n = 11 ou 15.
Le rôle du plenum étant de conditionner le flux d’air avant la chambre de combustion, il est
également intéressant de quantifier le niveau de turbulence qui y règne. Pour ce faire, on introduit
l’expression du taux de turbulence (« turbulence intensity »), selon la direction privilégiée de l’écou-
lement :
uRM S
TI = (7.3)
g,x
U∞g,x
où U∞
g,x est la vitesse débitante moyenne et ug,x
RM S la vitesse fluctuante définie comme l’écart-type de
la vitesse (« root-mean-square ») :
v
u1 N
u !
=t [u2g,x ]k (7.4)
X
uRM
g,x
S 2
− Ug,x
N k=1
Le taux de turbulence est estimé à 4,5 %, sur l’axe du plenum. Il s’agit donc d’une turbulence dite
« moyenne ».
114
7.1 Résultats des mesures PIV
Figure 7.1 – Profil moyen de vitesse longitudinale dans le plenum, obtenu par mesures PIV -
X = -500 mm - Approximation par une loi de puissance en « 1/n » - Conditions de référence
115
Chapitre 7. Caractérisation de l’écoulement monophasique
Figure 7.2 – Champ moyen de vitesse longitudinale dans la chambre de combustion, obtenu par
mesures PIV en aval de l’accroche-flamme - Conditions de référence
La figure 7.3(a) montre le champ moyen de vitesse transversale de la phase gazeuse. Ce champ
révèle deux zones de survitesse de part et d’autre du bulbe de recirculation. Le phénomène étant
symétrique, celui-ci favorise l’homogénéisation de l’écoulement, en moyenne. En aval de l’obstacle, les
lignes de courant se redressent progressivement et, à partir 130 mm, celles-ci deviennent quasiment
parallèles.
L’énergie cinétique de la turbulence caractérise l’intensité d’un mélange turbulent. Ce terme est
calculé à partir des vitesses fluctuantes (RMS), soit en 2D :
1 RM S 2
k2D = · (ug,x ) + (uRM ) (7.5)
S 2
2 g,y
La figure 7.3(b) présente le champ moyen de l’énergie cinétique turbulente en aval de l’accroche-
flamme. On observe que la région située à l’extrémité du bulbe de reciculation est soumise à des
fluctuations de vitesses relativement importantes. En effet, le rapport sans dimension k2D /(U∞
g,x )
2
atteint un niveau maximal de fluctuation égale à 0,7, à une abscisse équivalente à 0,8·HAF (80 % la
taille de l’obstacle). En comparaison, ce niveau maximal est deux fois plus grand que celui mesuré par
Franke et al. (1991) [67], la principale différence étant le non-confinement de leur écoulement. Notons
pour finir que la position du maximum d’intensité turbulente est en adéquation avec les résultats
disponibles dans la littérature [67, 30].
116
7.1 Résultats des mesures PIV
(a) Vitesse transversale moyenne Ug,y [m/s] (b) Énergie cinétique turbulente k2D [m2 /s2 ]
Figure 7.3 – Champs moyens de vitesse transversale et d’énergie cinétique turbulente, obtenus par
mesures PIV - Conditions de référence
Sur la figure 7.4, on a extrait les profils de vitesse moyenne et fluctuante le long de l’axe médian
g,x et l’abscisse
de la chambre (Y = 60 mm). Les vitesses sont normalisées par la vitesse débitante U∞
est normalisée par la hauteur de l’obstacle HAF . La figure 7.4(a) révèle que la zone de recirculation
centrale moyenne (notée ZR) a une longueur égale à 0,9·HAF , soit 45 mm. À titre de comparaison,
les longueurs de recirculation des obstacles de section carrée sont généralement comprises entre [0,5 ;
1,5]·HAF [30, 89, 167]. Sur la figure 7.4(a), on définit la zone d’influence (ZI) comme la région de l’écou-
lement dans laquelle l’effet de sillage est ressenti. Cette zone prend fin lorsque la vitesse moyenne sur
l’axe atteint la vitesse débitante de l’écoulement, soit approximativement 135 mm en aval (2,7·HAF ). Il
est notable qu’au-delà de cette abscisse, la vitesse sur l’axe dépasse la vitesse débitante d’environ 10 %.
Il s’agit vraisemblablement d’un effet de rétrécissement de la section dû au développement des couches
limites sur les parois de la chambre. La figure 7.4(b) suggère que le mouvement de recirculation est
accompagné de perturbations longitudinales de vitesse car les niveaux de turbulence sont légèrement
rehaussées au point P T1 (premier point de transit des tourbillons sur l’axe). La figure 7.4(c) indique,
d’une part, que la vitesse transversale moyenne est quasiment constante le long de l’axe et, d’autre
part, qu’elle est globalement centrée autour de zéro. Par juxtaposition, les niveaux de fluctuations en
figure 7.4(d) mettent en évidence le caractère instationnaire de la composante de vitesse transversale.
On distingue plus particulièrement deux zones, P T1 et P T2 , dans lesquelles les niveaux de turbulence
sont sensiblement augmentés. À ce stade, on peut penser que les fluctuations transversales sont pro-
voquées par le passage des structures tourbillonnaires et que les points P T1 (X/HAF = 0,85) et P T2
(X/HAF = 2,6) correspondent aux zones de transit des tourbillons sur l’axe.
117
Chapitre 7. Caractérisation de l’écoulement monophasique
Figure 7.4 – Profils moyens de vitesse le long de l’axe médian de la chambre de combustion (Y =
60 mm), obtenus par mesures PIV - ZR : « zone de recirculation », ZI : « zone d’influence » , P T1
& P T2 : « points de transit des tourbillons » sur l’axe médian du foyer (Y = 60 mm) - Conditions
de référence
Les mesures précédentes ont montré que les niveaux de fluctuations de vitesse étaient importants
dans le sillage de l’accroche-flamme. L’objectif ici est de confirmer que le phénomène de lâcher tour-
billonnaire est, en grande partie, à l’origine de ces fluctuations.
118
7.1 Résultats des mesures PIV
Tout d’abord, il faut rappeler que le dispositif PIV utilisé dans cette étude ne permet pas d’effec-
tuer des mesures résolues en temps, c.-à-d. des mesures dont la fréquence d’acquisition est au moins
deux fois supérieure à la fréquence du phénomène étudié. En fait, la cadence d’acquisition des mesures
PIV est techniquement limitée à 2,5 Hz, alors que la fréquence associée au détachement tourbillon-
naire est centrée autour de 33 Hz (conditions de référence). Dans ces conditions, les données PIV sont
décorrélées les unes des autres.
Il est toutefois possible de s’affranchir de cette limitation en effectuant un traitement conditionnel
des mesures. L’idée du traitement conditionnel repose sur l’utilisation d’un signal de référence enre-
gistré en parallèle des mesures PIV. Ici, on utilise le signal des fluctuations de pression différentielle,
∆P, mesuré au niveau de l’accroche-flamme. Ce signal de référence a la particularité d’être la signa-
ture du phénomène de détachement tourbillonnaire et d’être pratiquement périodique. Cette dernière
propriété permet, en particulier, d’effectuer un rangement des données en utilisant la période du phé-
nomène comme base temporelle. En clair, à partir d’un tel traitement, il est possible de reconstituer
une séquence chronologique des mesures PIV et de leur attribuer une phase (comprise entre 0 et 360◦ ).
Rappelons que les mesures PIV permettent d’évaluer les champs de vitesses instantanés u(xi , t). De
fait, en utilisant une décomposition triple de la vitesse instantanée, on obtient la formulation suivante :
où U est la vitesse moyenne temporelle (composante continue), ũ la partie des fluctuations cohérentes
de vitesse (composante périodique) et u00 la partie des fluctuations stochastiques de vitesse (composante
aléatoire) [142, 104].
L’opérateur de moyenne de phase < . > consiste à moyenner les données de mesures appartenant
à la même phase ϕ. Il permet en outre de filtrer la composante aléatoire de la vitesse instantanée :
En pratique, on moyenne les données par fenêtres de phase (« phase bin averaging »), selon une
moyenne arithmétique. Dès lors, toutes les données de mesures appartenant à l’intervalle B, délimité
par ϕ0 ± ∆ϕ, sont associées à la phase ϕ0 :
Évidemment cette technique est d’autant plus précise que ∆ϕ est petit. Baj et al. (2015) [14] ont
montré qu’une valeur importante ∆ϕ provoque une sur-estimation de la composante fluctuante (u00 )
et, à l’inverse, une sous-estimation de la composante périodique ũ. Toutefois, la largeur de fenêtre
de phase doit être calibrée de manière à obtenir des tailles d’échantillons suffisantes pour réaliser des
moyennes statistiquement convergées.
119
Chapitre 7. Caractérisation de l’écoulement monophasique
Les séquences d’images, exposées en figures 7.5 et 7.6, représentent l’évolution des champs de vec-
teurs au cours du cycle de détachement tourbillonnaire. Une étude paramétrique, réalisée par Vicentini
et al. [174], a permis de retenir une précision ∆ϕ = ± 4◦ et de vérifier que les moyennes de phases sont
statistiquement convergées à partir de 200 images par phase. En conséquence, près de 11 000 images
par plan de mesures ont été nécessaires, soit près de 2,5 heures d’acquisition au total, pour obtenir
ces champs.
Sur la figure 7.5, le champ de vitesse longitudinale < ug,x > permet de mettre en évidence l’os-
cillation de la zone de recirculation au cours du cycle. À partir de cette séquence, on remarque que
l’inclinaison et la longueur de la zone de recirculation varient au cours du battement. Dès lors, pour
quantifier cette évolution, on procède à un traitement de suivi de la zone de recirculation. Ce traite-
ment consiste à repérer, en chaque phase du cycle de détachement tourbillonnaire, le point extremum
de la zone de recirculation, laquelle est caractérisée par des vitesses négatives. Grâce à ce traitement,
il est ainsi possible d’extraire la longueur de la zone de recirculation, définie comme la distance entre
le milieu du culot et le point extremum, ainsi que son inclinaison (angle formé entre le point extremum
et l’axe médian de la chambre). La figure 7.7 regroupe ces deux informations. Premièrement, les ré-
sultats montrent que l’inclinaison de la zone de recirculation oscille entre ± 16◦ au cours du cycle de
détachement tourbillonnaire. Deuxièmement, on observe que la longueur de recirculation moyennée en
phase, < LZR >, fluctue entre 35 et 75 mm au cours du cycle. Il est notable que la longueur moyenne
de recirculation, obtenue par la méthode de suivi, est supérieure à la longueur moyenne mesurée sur
l’axe médian de la chambre.
Pour identifier les structures tourbillonnaires à grandes échelles, on utilise le critère de vorticité
Γ2 , développé par Graftieaux et al. (2001) [77]. Ce critère est particulièrement bien adapté pour les
écoulements 2D incompressibles. La méthode est basée sur le calcul d’une fonction indicatrice qui
prend en compte la topologie du champ de vitesse (les lignes de courants) [91]. Ceci permet d’évi-
ter les problèmes liés à la détection des structures cohérentes à faible vitesse qui pénalise les autres
méthodes. Le critère s’écrit :
où u~C désigne la vitesse locale de convection autour du point P. Le vecteur normal au plan de mesure
est noté e~z . Le terme S correspond à l’aire d’un domaine centré en P et M l’ensemble des points
contenus dans S.
La figure 7.6 présente les champs de vorticité du critère Γ2 moyennées en phase. Les structures
tourbillonnaires sont colorées en fonction du signe de vorticité, à savoir en bleu pour le sens horaire et
en rouge pour le sens trigonométrique. Conformément aux prédictions, la figure met en évidence des
120
7.1 Résultats des mesures PIV
Figure 7.5 – Séquences des champs de vitesses longitudinales du gaz au cours du cycle de détache-
ment tourbillonnaire - (< . > : opérateur de moyenne de phase) - Conditionnement des mesures
PIV par le signal de pression différentielle du capteur Validyne - ∆ϕ = ± 4◦ , 240 images par phase
- Conditions de référence
121
Chapitre 7. Caractérisation de l’écoulement monophasique
Figure 7.6 – Séquences des champs de critère < Γ2 > moyennés en phase au cours du cycle de déta-
chement tourbillonnaire - Conditionnement des mesures PIV par le signal de pression différentielle
du capteur Validyne - ∆ϕ = ± 4◦ , 240 images par phase - Conditions de référence
122
7.1 Résultats des mesures PIV
Figure 7.7 – Évolution de la longueur () et de l’inclinaison () de la zone de recirculation au cours
du cycle de détachement tourbillonnaire, obtenues par méthode de suivi, c.-à-d. recherche du point
extremum de la zone de recirculation - (< . > : opérateur de moyenne de phase) - Conditions de
référence
En procédant à un traitement d’images sur la figure 7.6, le développement des structures tour-
billonnaires se produit en trois étapes. Le première étape est à une phase de « dilatation » ; on constate
une augmentation de la taille des tourbillons. Le second temps correspond à une phase d’« accéléra-
tion » ; il y a augmentation progressive de la vitesse de convection des tourbillons (en suivant leur
barycentre). Le dernier temps consiste en une phase de « stabilisation » ; la vitesse des tourbillons
atteint une vitesse constante.
Ce processus dynamique a également été mis en évidence expérimentalement, pour différentes géo-
métries d’obstacle, par Pankanin et al. (2009) [129]. Les auteurs ont notamment révélé l’existence
d’une zone de « stagnation » (ou de faible mouvement) des tourbillons dans le sillage des obstacles.
Lorsque les tourbillons sont évacués de cette région, ils sont accélérés, puis atteignent une vitesse
stable, relativement proche de la vitesse débitante moyenne de l’écoulement.
Afin de déterminer la dynamique des structures cohérentes, on utilise les signaux de vitesse longi-
tudinale, moyennée en phase, au niveau des capteurs J1 (53 ;100) et K1 (90 ;100). La vitesse moyenne
de convection des tourbillons peut être exprimée par la relation suivante :
∆X
UT,x = 2πfT (7.10)
∆φ
123
Chapitre 7. Caractérisation de l’écoulement monophasique
où ∆X est la distance qui sépare les deux capteurs, ∆φ le déphasage temporel entre les deux signaux
(exprimé en radians) et fT la fréquence moyenne du détachement tourbillonnaire.
La figure 7.8, indique qu’il existe un déphasage temporel moyen d’environ 70◦ entre les deux
signaux. Il s’ensuit une vitesse de convection d’environ 6,4 m/s. Il est intéressant de remarquer que
cette vitesse est légèrement supérieure à la vitesse débitante de l’écoulement (U∞
g,x = 5,8 m/s).
Figure 7.8 – Évolution des vitesses longitudinales de la phase gazeuse (données PIV), au
cours du cycle de détachement tourbillonnaire, au niveau des capteurs J1 (53 ;100)X;Y [mm] et
K1 (90 ;100)X;Y [mm] - (< . > : opérateur de moyenne de phase) - Conditions de référence
124
Chapitre 8
Caractérisation de l’écoulement
diphasique inerte
Sommaire
8.1 Analyse spectrale du signal de pression . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 126
8.2 Visualisations tomographiques du spray . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 127
8.2.1 Images instantanées . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 127
8.2.2 Visualisations en moyenne de phase . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 128
8.3 Résultats des mesures PDI . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 131
8.3.1 Comportement moyen de la phase dispersée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 131
8.3.2 Comportement instationnaire de la phase dispersée . . . . . . . . . . . . . . . 135
Ce chapitre présente l’ensemble des résultats expérimentaux obtenus lors de la phase de carbura-
tion du montage PROMÉTHÉE (banc LACOM), au point de fonctionnement nominal. Cette phase
consiste en l’injection de carburant liquide dans la chambre de combustion, en conditions inertes (non-
réactives). Dans un premier temps, on s’intéresse au signal de pression différentielle ∆P , mesuré au
niveau de l’accroche-flamme. On compare les résultats avec et sans injection de carburant pour étudier
l’influence du chargement massique en gouttes sur le phénomène de lâcher tourbillonnaire. Dans un
second temps, on présente des visualisations topographiques haute cadence du brouillard afin d’étudier
sa dynamique au cours du cycle de détachement tourbillonnaire. Enfin, les résultats des mesures PDI
font l’objet d’une analyse approfondie. À noter que le matériel utilisé pour les mesures est décrit dans
le chapitre 6. Par ailleurs, on fera souvent référence à des points de mesures (ou capteurs) qui sont
présentés en figure 6.2.
125
Chapitre 8. Caractérisation de l’écoulement diphasique inerte
Figure 8.1 – Densités spectrales de puissance obtenues à partir des signaux temporels de pression
∆P (cf. annexe, figures B.2 et B.3)- Repère log-log - Point de fonctionnement nominal, non−réactif
En comparant les deux spectres on observe une allure générale identique. En particulier, un pic
de fréquence resserré autour de 38 Hz est mis en évidence. Or, nous avons montré précédemment
que ce pic de puissance correspond à la signature du phénomène de détachement tourbillonnaire. Ce
résultat montre donc que l’écoulement conserve sa dynamique et son caractère fortement périodique
au cours de la phase de carburation. De plus, les mesures révèlent que les niveaux de fluctuations de
pression associés au phénomène sont identiques dans les deux types d’écoulements. En conséquence,
ni la cohérence, ni l’énergie cinétique des allées de von Kármán ne sont altérées par la présence du
brouillard.
Pour comprendre ce résultat, on définit le paramètre de chargement en masse liquide Ml , comme
le ratio du débit total de carburant liquide qui sort de l’injecteur, sur le débit total d’air injecté dans
la chambre :
˙
mcarb
Ml = (8.1)
m˙air + mcarb
˙
Ce nombre adimensionnel permet de quantifier le niveau de couplage (« two-way coupling ») entre la
phase gazeuse et la phase dispersée. Ainsi, lorsque Ml tend vers zéro, le couplage devient exclusivement
126
8.2 Visualisations tomographiques du spray
unilatéral, c.-à-d. que la phase dispersée n’a pas d’influence sur l’écoulement porteur [35]. Au point de
fonctionnement nominal, le chargement en masse de gouttes est relativement faible, puisqu’il est égal
à 1,5 · 10−2 . Park et al. (1996) [130] ont montré que l’influence de la phase dispersée sur la dynamique
des structures tourbillonnaires à grandes échelles était négligeable pour des valeurs de Ml inférieures
à 0,5. Nos résultats sont donc en adéquation avec leurs observations, dans la mesure où les fréquences
en écoulement monophasique et diphasique sont identiques.
Sur la figure 8.1, il apparaît toutefois quelques différences entre les deux spectres présentés. Par
exemple, pour des fréquences supérieures à 70 Hz, les niveaux de puissance sont rehaussés dans le cas
de l’écoulement diphasique, alors que le niveau absolu de la fréquence principale n’est pas atténué.
En terme de traitement du signal, il en résulte un rapport signal/bruit plus faible. Physiquement, il
s’agit d’une modification du spectre d’énergie turbulente de la phase gazeuse. Deux causes possibles
sont alors envisagées :
1. des perturbations acoustiques provoquées le mécanisme d’atomisation de l’injecteur ;
2. une modulation de la turbulence causée par la charge massique locale en gouttes.
L’analyse spectrale du signal de pression a permis de montrer que le caractère cohérent de l’écou-
lement porteur est conservé au cours de la phase de carburation. Dans cette section, on souhaite
mettre en évidence l’action de la phase gazeuse sur la phase dispersée par des visualisations directes
de l’écoulement. La technique d’imagerie rapide par tomographie laser permet d’observer l’évolution
de la répartition spatiale de gouttes dans la chambre de combustion à travers les hublots latéraux.
Pour cette étude, la caméra rapide Phantom V341 est utilisée avec une résolution de 2 256 × 1 440
px2 . Après étalonnage sur une mire, il en résulte une définition d’image égale à 46 µm/px. La caméra
est synchronisée sur le signal de la pulsation du laser Quantronix Darwin-527 (1 kHz), ce qui permet
d’éclairer les gouttes au moment précis de la capture d’image. Les flashs laser ont une durée de l’ordre
de 200 ns et le temps d’exposition de la caméra est réglé à 10 µs.
Les figures 8.2 et 8.3 présentent quelques images tomographiques instantanées obtenues dans le
plan médian de la chambre. À noter que les gouttes ont été artificiellement dilatées lors du post-
traitement pour être bien visibles.
L’observation de ces images révèle le caractère fortement instationnaire de la phase dispersée. Les
traits rouges permettent de délimiter les zones de forte concentration en gouttes et de suivre leur
progression au cours du temps. Il est intéressant de remarquer que la forme et la taille de ces zones
s’apparentent à celles des structures tourbillonnaires (cf. figure 7.6).
À partir des séquences d’images instantanées, on réalise une analyse spectrale sur la luminance
des gouttes dans différentes zones des visualisations. L’application d’une transformée de Fourier sur
127
Chapitre 8. Caractérisation de l’écoulement diphasique inerte
ces signaux de luminance montre que le balayage des gouttes entre le haut et le bas de la chambre
est périodique. De plus, la fréquence prédominante obtenue correspond exactement à la fréquence de
détachement tourbillonnaire, soit 38 Hz. À ce stade, on peut penser que le mouvement des gouttes est
piloté par le phénomène de détachement tourbillonnaire.
1 ms 2 ms 3 ms
14 ms 15 ms 16 ms
Afin de confirmer si les structures instationnaires observées précédemment sont bien liées au dé-
tachement tourbillonnaire, on applique un traitement de phase aux enregistrements. L’objectif est de
« filtrer » le mouvement brownien des gouttes et de n’extraire que les fluctuations périodiques du
spray. Pour conditionner les mesures, le signal de pression différentielle du capteur Validyne est utilisé
comme signal de référence. Lors des essais, le signal de pression et les impulsions TTL de la caméra
128
8.2 Visualisations tomographiques du spray
sont échantillonnés simultanément sur la carte d’acquisition du banc LACOM, à une fréquence de 40
kHz. Lors du traitement des données, un découpage en 8 phases (tous les 45◦ ) avec une précision de
∆ϕ = ± 4◦ a été retenu. Ce choix permet d’obtenir 160 images par phase. Une opération de moyenne
de phase consiste à moyenner pixel par pixel les images appartenant à la même phase. Il est également
important de noter qu’une centaine d’images suffise pour obtenir des moyennes convergées.
La séquence d’images illustrée en figure 8.4 représente le mouvement du brouillard au cours du cycle
de détachement tourbillonnaire. Conformément aux résultats précédents, l’analyse de cette séquence
d’images fait ressortir la dynamique globale du spray, à savoir un battement ascendant/descendant
dans la chambre. Il est également intéressant de remarquer que la dynamique est périodique et en
phase avec le phénomène de détachement tourbillonnaire (car les images sont conditionnées par le
signal de pression ∆P ). Notons que la dynamique périodique du brouillard est toutefois plus difficile-
ment discernable que la dynamique périodique du champ gazeux observée sur les visualisations PIV
conditionnées en phase (cf. figure 7.6). Une raison probable est que toutes les gouttes, en particulier
les plus grosses, ne suivent pas nécessairement le champ gazeux, contrairement à des traceurs. Or,
l’intensité de diffusion de Mie est proportionnelle au carré des diamètres des gouttes. Par conséquent,
il est possible que les gouttes les plus inertielles, introduisent du « bruit » sur les images moyennées
en phase.
On note également une dissymétrie de l’intensité de Mie sur les images 8.4. En effet, les niveaux
de luminance sont visiblement plus élevés en bas de la chambre. Cela s’explique vraisemblablement à
cause d’un défaut de fabrication de l’injecteur qui, comme nous l’avions vu en section 5.4, a tendance
à injecter davantage de carburant vers le bas.
129
Chapitre 8. Caractérisation de l’écoulement diphasique inerte
130
8.3 Résultats des mesures PDI
Des mesures PDI ont été réalisées afin de déterminer les profils moyens de vitesses et de tailles de
gouttes. Deux traversées verticales de mesure dans le plan médian du brouillard ont été étudiées. Les
deux sections de mesures sont respectivement situées à X = {9 ; 53} mm en aval de la tête d’injection.
Du fait de la limitation des accès optiques de la chambre, les traversées verticales sont limitées entre
Y = [32 ; 82] mm. La discrétisation spatiale des mesures est de 2 mm. Les moyennes locales sur les
vitesses longitudinales Up,x , transversales Up,y des gouttes et leurs diamètres dp sont effectuées sur des
échantillons d’au moins 7 000 gouttes. Faute de temps, la composante de vitesse Up,z n’a pas été mesu-
rée en conditions d’écoulement au cours de ce travail † . À noter également qu’un problème technique,
lié au dispositif PDI, a empêcher la réalisation de mesures coïncidentes entre les deux composantes de
vitesses. Par conséquent, les corrélations diamètre/vitesse seront faites uniquement sur la composante
transverse de vitesse.
La figure 8.5 présente les profils de vitesses et de tailles de gouttes obtenus au niveau des deux sec-
tions de mesures. À 9 mm, on constate une survitesse longitudinale des gouttes sur l’axe de l’injecteur,
ainsi qu’une augmentation des amplitudes de vitesse transversale des gouttes avec l’angle d’injection
du spray. Cette topologie de brouillard est caractéristique des brouillards à jet plat (« flat spray »).
On remarque, qu’entre les abscisses 9 et 53 mm, les gouttes sont fortement ralenties, selon les deux
composantes de vitesses (longitudinale et transverse). Pour quantifier ce ralentissement, on introduit
le taux de décélération T D défini comme :
∆[Up ]y
TD = (8.2)
[Up ]X=9
y
avec ∆[Up ]y la différence du module de vitesse entre les deux abscisses et [Up ]X=9
y le module de la
vitesse des gouttes à 9 mm, tous deux intégrés selon la traversée verticale de la zone sondée, de hauteur
HS . Le module 2D de la vitesse des gouttes est calculé comme :
1
Z q
[Up ]y = (Up,x )2 + (Up,y )2 · dy (8.3)
HS
Entre les deux sections, le taux de décélération est estimé à 65 %. Sur la figure 8.5, on constate que
le ralentissement est particulièrement prononcé selon l’axe médian de la chambre (Y = 60 mm). Cet
effet est vraisemblablement dû au passage des gouttes dans la zone de recirculation, ce qui implique
†. le lecteur peut toutefois se reporter à la section 5.4 dans laquelle est présentée une caractérisation complète de
l’injecteur (à l’air libre)
131
Chapitre 8. Caractérisation de l’écoulement diphasique inerte
X = 9 mm X = 53 mm
1
Z
[Up ]y = Up · dy 17,5 m/s 6,2 m/s
HS
1
Z
[D10 ]y = D10 · dy 33 µm 37 µm
HS
1
Z
[D32 ]y = D32 · dy 49 µm 51 µm
HS
Tableau 8.1 – Intégration du module de la vitesse moyenne (Up ), du diamètre arithmétique moyen
(D10 ) et du diamètre de Sauter moyen (D32 ) des gouttes selon la traversée verticale de la zone sondée
(hauteur HS ), pour deux abscisses X = {9 ;53} - Point de fonctionnement nominal, non-réactif
La figure 8.6 présente les histogrammes des vitesses longitudinales instantanées des gouttes obtenus
au niveau des capteurs I2 (9 ;60) et J2 (53 ;60). Conformément aux observations précédentes, on observe
bien un ralentissement des gouttes entre les deux points de mesures. Il est notable qu’en zone proche
injecteur, au capteur I2 (9 ;60), près de 99 % des gouttes sont mesurées avec une vitesse longitudinale
supérieure à la vitesse débitante de l’écoulement porteur (U∞
g,x = 5,8 m/s). En aval, au niveau du
capteur J2 (53 ;60), cette proportion chute à 32 %. En outre, 10 % des gouttes passant en J2 (53 ;60)
ont des vitesses négatives.
À l’abscisse X = 53 mm, on observe que la proportion en nombre des gouttes ayant des vitesses
négatives se trouve être maximale sur l’axe, au point J2 (53 ;60) (cf. résultats complémentaires en
annexe, au niveau des capteurs J1 -bis(53 ;78) et J3 -bis(53 ;38), en figure C.1 et C.3 respectivement).
Par analogie avec l’écoulement à froid, en figure 7.7, on peut donc penser les gouttes ayant une
vitesse longitudinale négative sont piégées dans la zone de recirculation. On notera, par ailleurs, que
ce comportement est restitué dans nos simulations Euler-Lagrange instationnaires (cf. chapitre 13).
132
8.3 Résultats des mesures PDI
Figure 8.5 – Profils moyens de vitesses et de diamètres obtenus par mesures PDI dans le plan
médian du spray - Deux traversées verticales à X = {9 ; 53} mm - Point de fonctionnement nominal,
non−réactif
Figure 8.6 – Distributions des vitesses longitudinales instantanées de gouttes obtenues par mesures
PDI aux capteurs I2 (9 ;60) et J2 (53 ;60) - Domaine rouge : gouttes dont la vitesse longitudinale
instantanée est supérieure ou égale à la vitesse moyenne débitante. Domaine vert : gouttes dont la
vitesse est négative - Point de fonctionnement nominal, non−réactif
La figure 8.7 présente les corrélations diamètre/vitesses transversales des gouttes au niveau des
points I2 (9 ;60) et J2 (53 ;60). En premier lieu, on observe que les amplitudes de vitesses transversales
des gouttes sont amplifiées entre ces deux points. On peut donc penser qu’à 9 mm, les gouttes sont
encore sous l’influence des conditions d’injection et qu’elles sont dispersées plus en aval, vraisembla-
133
Chapitre 8. Caractérisation de l’écoulement diphasique inerte
Figure 8.7 – Nuage de points caractérisant les corrélations diamètre/vitesse transversale des gouttes
aux capteurs I2 et J2 - Point de fonctionnement nominal, non−réactif
1 1 (ln(dp ) − µ)2
!
f (dp ) = √ exp −
2σ 2
dp σ 2π
(8.4)
Z ∞
f (dp ) ddp = 1
0
∞ 1
Z
E[dp ] = dp f (dp ) ddp = exp µ + σ 2 (8.5)
0 2
sZ
∞ q
SD[dp ] = (dp − µ)2 f (dp ) ddp = E[dp ] exp(σ 2 ) − 1 (8.6)
0
En général, il est commode d’utiliser le diamètre arithmétique moyen D10 et le diamètre de Sauter
134
8.3 Résultats des mesures PDI
1 D32
σ2 = ln( ) (8.7)
2 D10
σ2
µ = ln(D32 ) − 5 (8.8)
2
La comparaison des figures 8.8(a) et 8.8(b) montre que la forme de la distribution en tailles de
gouttes évolue sensiblement entre les points I2 (9 ;60) et J2 (53 ;60). En effet, la fonction de probabilité au
capteur J2 (53 ;60) ne s’ajuste plus avec une loi Log-Normale. Au vu de la corrélation diamètre/vitesse
en figure 8.7(b), on peut penser cette modification de distribution est due à l’effet d’homogénéisation
spatiale des gouttes engendré par le passage des tourbillons.
Figure 8.8 – Distributions des tailles de gouttes obtenues par mesures PDI aux capteurs I2 et J2 -
Point de fonctionnement nominal, non−réactif
En figure 8.5, il apparaît que les profils de vélocimétrie et de granulométrie ne sont pas symétriques
de part et d’autre de l’axe médian de la veine. Ceci confirme l’observation faite sur les images de
diffusion de Mie, à savoir que l’injecteur pulvérise davantage de carburant dans la partie basse de la
chambre de combustion.
135
Chapitre 8. Caractérisation de l’écoulement diphasique inerte
Le signal de pression différentielle du capteur Validyne est une nouvelle fois utilisé comme signal
de référence pour le conditionnement des mesures. Le signal de référence est échantillonné à l’aide
d’une carte d’acquisition implantée dans le boîtier électronique du système PDI. L’échantillonnage est
déclenché par l’arrivée d’une particule dans le volume de mesure, ce qui se traduit par une séquence
de données à pas de temps variable. Au niveau du capteur J2 (53 ;60), le taux d’acquisition varie au
cours du temps et vaut en moyenne 1 kHz. Pour permettre une analyse fréquentielle, il est possible de
reconstruire le signal de référence avec un pas de temps constant. Ici, le ré-échantillonnage est opéré
par interpolation linéaire à l’aide d’un pas de temps égal à 10 µs. On fixe cette valeur à partir de
l’intervalle de temps minimum séparant des gouttes consécutives de l’enregistrement. Il est important
de souligner que le sur-échantillonnage ajoute artificiellement de l’information au signal temporel, mais
ne modifie en rien la phase [8]. On peut remarquer que la nouvelle fréquence d’échantillonnage est
nettement supérieure à la fréquence du phénomène de détachement tourbillonnaire (autour de 38 Hz).
Le critère de Nyquist-Shannon est donc respecté.
Au point d’étude J2 (53 ;60), l’échantillon comporte 100 000 gouttes. Un découpage en 8 phases
(tous les 45◦ ) avec une précision de ∆ϕ = ± 6◦ est retenu afin d’obtenir environ 2 000 gouttes par phase.
Les corrélations diamètre/vitesse transversale des gouttes conditionnées en phase au point J2 (53 ;60),
à partir du signal de pression ∆P , sont illustrées sous la forme d’une séquence de nuages de points en
figure 8.9. Cette analyse met clairement en évidence le comportement instationnaire de la phase disper-
sée au cours du cycle de détachement tourbillonnaire. En effet, on distingue un mouvement alternatif
des particules, mouvement ascendant puis descendant. L’analyse par moyenne de phase permet aussi
de comprendre la construction de la figure 8.7(b), dans laquelle on peut identifier deux populations
de vitesse transversale, à savoir positive ou négative.
En outre, on note que la dynamique ascendante/descendante des gouttes est en adéquation avec
la dynamique observée sur les visualisations tomographiques du spray moyennées en phase (cf. fi-
gure 8.4). Ainsi, à la phase 45◦ , lorsque le brouillard est orienté vers le haut de la chambre, les vitesses
transversales des gouttes sont logiquement positives. À l’inverse, à la phase 225◦ , lorsque le spray est
rabattu vers le bas de la chambre, les vitesses transversales sont négatives. Ces deux situations sont
séparées de 180◦ , soit une demi-période du cycle de détachement tourbillonnaire. De fait, ces résultats
confirment que c’est bien le passage des tourbillons contra-rotatifs qui entraîne un balayage périodique
des gouttes dans la chambre de combustion. Ajoutons que les plus petites gouttes présentent des va-
riations d’amplitudes plus importantes, ce qui suggère qu’elles répondent mieux aux fluctuations du
champ gazeux. Pour expliquer ce phénomène, on utilise le temps de relaxation des gouttes τp :
ρl d2p 1
τp = · (8.9)
18µg ξ(Rep )
136
8.3 Résultats des mesures PDI
avec le facteur correctif ξ qui permet d’adapter le coefficient de traînée sur la plage de nombre de
Reynolds considérée. Lorsque Rep ≤ 800, le facteur ξ peut, par exemple, être approximé à l’aide de la
corrélation expérimentale de Schiller et al. [153] : ξ(Rep ) = 1 + 0, 15Re0,687
p .
Figure 8.9 – Données PDI conditionnées en phase par le signal de pression, caractérisant les corré-
lations diamètre/vitesse transversale des gouttes au cours du cycle de détachement tourbillonnaire,
au capteur J2 (53 ;60) - Point de fonctionnement nominal, non−réactif
Dans les conditions du point de fonctionnement nominal, non-réactif, le temps de relaxation moyen
des gouttes est estimé à environ 2 ms (cf. tableau 8.2). Afin de quantifier la capacité des gouttes à
suivre les structures tourbillonnaires, on introduit le nombre de Stokes de l’échelle des tourbillons, Stω ,
137
Chapitre 8. Caractérisation de l’écoulement diphasique inerte
τp ω
Stω = τp fT = (8.10)
2π
Dans notre configuration expérimentale, la fréquence propre liée à la phase gazeuse correspond à
la fréquence de l’instabilité hydrodynamique de von Kármán fT . De fait, on peut relier le nombre de
Stokes au nombre de Strouhal Sth par la relation qui suit :
∞
τp Ug,x
Stω = Sth (8.11)
HAF
avec U∞
g,x la vitesse débitante de l’écoulement, HAF la hauteur de l’accroche-flamme.
Aux conditions d’essais du montage PROMÉTHÉE, le nombre de Stokes moyen est estimé à 7,2
· 10−2 (cf. tableau 8.2). Les résultats de nos simulations numériques montrent que les gouttes dont le
nombre de Stokes Stω est inférieur à nombre de Stokes critique Stω,crit = 0,29 (soit toutes les gouttes
inférieures à 70 µm), ont tendance à être ségréguées préférentiellement en périphérie des tourbillons
(cf . figure 13.4). À l’inverse, pour les gouttes dont le nombre de Stokes Stω est supérieur à ce seuil,
aucun phénomène de ségrégation préférentielle n’est observé et les gouttes sont simplement convectées
en aval avec de faibles ondulations dans leurs trajectoires. Dans ce cas, les gouttes sont dispersées de
manière parfaitement aléatoire dans la chambre.
Tableau 8.2 – Temps de relaxation et nombre de Stokes pour des gouttes de n-décane de diamètre
dp estimés au niveau du capteur J2 (53 ;60), ξ(Rep ) ≈ 1 - Tair = 450 K - fT = 38 Hz - Point de
fonctionnement nominal, non-réactif
Afin d’étudier le comportement dynamique des gouttes en fonction de leur taille, on procède à un
classement des données PDI brutes au point J2 (53 ;60). Pour cette analyse, quatre classes de taille
de gouttes ont été retenues, C1 (≤ 18 µm), C2 ([18 ; 30] µm), C3 ([30 ; 50] µm), C4 (≥ 50 µm). Chaque
classe est alors caractérisée par un diamètre moyen, respectivement (dp,moy = {13 ;25 ;40 ;62} µm).
On dénombre, en moyenne, 500 échantillons par classe. La figure 8.10 illustre l’évolution de la vitesse
138
8.3 Résultats des mesures PDI
Figure 8.10 – Évolution de la vitesse transversale des différentes classes de gouttes, au cours du
cycle, au niveau du capteur J2 (53 ;60) - Point de fonctionnement nominal, non−réactif
Sur la figure 8.10, il apparaît que, plus le diamètre est élevé, plus les amplitudes d’oscillation des
gouttes sont faibles. Ainsi, les gouttes de 62 µm présentent des amplitudes extrémales plus faibles que
celles de 13 µm (écart de 30 %). Cette tendance est conforme avec l’analyse théorique, d’une particule
placée dans un écoulement gazeux pulsé, faite par Burger et al. (2006) [35]. Toutefois, ces auteurs
montrent également que selon leurs tailles, les particules sont plus ou moins déphasées dynamiquement
les unes par rapport aux autres. Ce dernier comportement n’est pas confirmé par nos mesures. En
effet, aucun déphasage entre les classes de gouttes n’est visible en figure 8.10. Pour tenter d’expliquer
l’absence de déphasage, trois hypothèses sont avancées :
Hypothèse 1 : Au point d’étude J2 (53 ;60), une partie des gouttes est encore sous l’influence des
conditions initiales d’injection (effet de mémoire d’injection). Ce comportement est mis en évidence
dans nos simulations numériques (cf. figure 13.1) ;
Hypothèse 2 : l’effet de déphasage est « écrasé » par l’opération de moyenne. La classe C4 (≥ 50 µm)
contient vraisemblablement un plus grand nombre de gouttes faiblement déphasées (50-60 µm), que
de gouttes susceptibles d’être plus fortement déphasées (> 100 µm).
Hypothèse 3 : Les effets collectifs de gouttes dans le spray peuvent modifier la dynamique des
gouttes. Tsuji et al. (2003) [171] ont effectivement montré qu’il y a réduction des coefficients de traînée
des gouttes lorsque les gouttes se déplacent les unes derrière les autres, et qu’elles sont suffisamment
rapprochées pour bénéficier de l’effet d’ « échappée » (dépression/aspiration dans le sillage des gouttes).
Les auteurs ont également montré qu’il y a, à l’inverse, augmentation des coefficients de traînée lorsque
139
Chapitre 8. Caractérisation de l’écoulement diphasique inerte
les gouttes se déplacent côte à côte. Bien sûr, dans le cas d’un brouillard, la situation est nettement
plus complexe. Rourke (1981) [127], a noté, sur la base de travaux expérimentaux, que les coefficients
de traînée des gouttes peuvent être modifiés par la présence des gouttes voisines. Cette modification
du coefficient de traînée est d’autant plus importante que le brouillard est dense. La question de
la dépendance entre la fraction volumique liquide αl et la dynamique des gouttes a fait l’objet de
nombreuses études théoriques, numériques et expérimentales par le passé. Pour comprendre les effets
collectifs dans un brouillard, Batchelor (1972) [18] a utilisé une approche analytique statistique sur
une distribution spatiale aléatoire de gouttes. L’auteur a ainsi montré que les coefficients de traînée des
gouttes augmentent avec la fraction volumique de la phase dispersée dans l’écoulement, αl . Rusche et
al. (2000) [145] ont confirmé expérimentalement cette tendance, notamment avec des particules solides
et des gouttes. Pour quantifier ce phénomène, il est possible de définir un facteur correctif de traînée
ψ(αl ), défini comme le rapport du coefficient de traînée des gouttes dans un brouillard de fraction
volumique αl , sur le coefficient de traînée d’une goutte isolée. Deux corrélations de ψ(αl ) sont données
dans le tableau 8.3.
Tableau 8.3 – Corrélations du facteur correctif de traînée pour les brouillards de gouttes
Il est désormais possible d’écrire une formulation plus générale du temps de relaxation, en prenant
en compte les effets collectifs au sein du brouillard :
ρl d2p 1 1
τp = · · (8.12)
18µg ξ(Rep ) ψ(αl )
140
8.3 Résultats des mesures PDI
le signal de pression ont montré que la dynamique du brouillard est périodique et en phase avec le
phénomène de lâcher tourbillonnaire. Des mesures PDI ont également été réalisées dans deux sections
verticales à 9 et 53 mm en aval de l’injecteur afin de caractériser les vitesses et tailles de gouttes. Ces
mesures pourront être utilisées pour définir ou vérifier des conditions limites d’injection dans un calcul
aérodiphasique. Dans ce chapitre, les données PDI ont également fait l’objet d’une étude approfondie.
Ainsi, un traitement conditionnel appliqué aux données a montré qu’en fonction de leur diamètre, les
gouttes ont une dynamique plus ou moins corrélée à la dynamique du gaz (fluctuations périodiques
dues au passage des structures tourbillonnaires).
141
Chapitre 8. Caractérisation de l’écoulement diphasique inerte
142
Chapitre 9
Caractérisation de l’écoulement
diphasique réactif
Sommaire
9.1 Analyse spectrale du signal de pression . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 143
9.1.1 Mise en évidence de la disparition des allées de von Kármán . . . . . . . . . . 144
9.1.2 Recherche d’un point de fonctionnement favorisant les instabilités . . . . . . . 145
9.2 Visualisations directes de l’écoulement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 147
9.3 Visualisations par chimiluminescence globale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 149
9.4 Résultats des mesures PDI . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 152
9.4.1 Comportement moyen de la phase dispersée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 152
9.4.2 Comparaisons des profils moyens inerte/réactif . . . . . . . . . . . . . . . . . 155
Ce chapitre présente les résultats des mesures réalisées sur le montage PROMÉTHÉE (au banc
LACOM) au point de fonctionnement nominal, en conditions réactives. Ici, l’objectif consiste à caracté-
riser la phase gazeuse (mesures de pression, visualisations directes de la flamme et chimiluminescence
OH*) et la phase phase liquide (mesures PDI). Ce chapitre sera également l’occasion de comparer
les caractéristiques de l’écoulement inerte et de l’écoulement réactif. On rappelle que l’ensemble des
moyens de mesures sont présentés en chapitre 6, et la position des points de mesures (ou capteurs) est
précisée en figure 6.2.
143
Chapitre 9. Caractérisation de l’écoulement diphasique réactif
Avant toute chose, il est notable que les effets de la combustion sur la dynamique d’un écoulement,
en aval d’un accroche-flamme, ont fait l’objet de nombreuses études par le passé [75, 115, 53, 110,
107]. Ces travaux sont d’ailleurs souvent rattachés à la problématique des limites d’extinction des
foyers aéronautiques, et à celle des instabilités de combustion.
Bill et al. (1986) [24] ont étudié expérimentalement l’effet de la combustion prémélangée en aval
d’un accroche-flamme cylindrique. En utilisant une analyse spectrale sur un signal de vitesse, les au-
teurs ont montré l’absence de pic de fréquence dans le spectre, contrairement au cas inerte. Quelques
années plus tard, Simonin et al. (1996) [13] ont réalisé une étude expérimentale et numérique sur un
accroche-flamme de section rectangulaire. Leurs résultats ont révélé que le phénomène de détachement
tourbillonnaire pouvait complètement disparaître en conditions réactives. Plus récemment, Erickson
et al. (2006) [61] ont montré que la disparition totale des allées de von Kármán se produit lorsque le
ratio de la température des gaz brûlés (Tb ) et de la température des gaz imbrûlés (Tu ) est supérieur
ou égal à 2.
Dans notre configuration expérimentale, l’analyse spectrale du signal de pression ne révèle effec-
tivement aucun pic marqué de fréquence en conditions réactives (spectre rouge sur la figure 9.1). En
conséquence, l’écoulement n’est plus dominé par une fréquence unique, et perd son caractère cohérent.
À première vue, ceci confirme la disparition des instabilités de von Kármán recensée dans la littéra-
ture [157, 108]. Pour appuyer cette observation, on évalue le ratio Tb /Tu . Pour cela, une estimation
de la température Tb dans les conditions nominales du montage PROMÉTHÉE est obtenue à l’aide
de deux codes de calcul d’équilibre chimique : KDC (ONERA) et CEA (NASA). Les résultats sont
présentés dans le tableau 9.1. La température en fin de combustion est estimée à 1 050 K, ± 5%
selon le modèle utilisé. Il s’ensuit un ratio Tb /Tu égal à 2,3. Ajoutons que dans une flamme dipha-
sique, certaines gouttes sont susceptibles de brûler localement à la stœchiométrie, avec une flamme
enveloppe [34, 132]. Si la combustion de gouttes isolées est avérée dans un tel foyer, elle peut théorique-
ment provoquer l’apparition de zones de fortes températures, avoisinant les 2 400 K pour du n-décane.
On s’attend alors à des niveaux de dilatation qui sont localement encore plus importants, et donc
à de fortes accélérations de la phase gazeuse. Factuellement, nos résultats semblent bien confirmer
l’effet de disparition des allées de von Kármán pour un ratio de température « global » supérieur à 2,
conformément à Erickson et al. (2006) [61].
Shanbhogue et al.(2009) [157] ont tenté d’expliquer l’effet de disparition du phénomène de déta-
chement tourbillonnaire en se basant sur l’équation de transport de la vorticité, qui est directement
dérivée de l’équation de quantité de mouvement de Navier-Stokes :
D~
ω ~ g ∧ ∇P
∇ρ ~
= ~ + + (9.1)
ω ~ u~g
~ ·∇ − ~ · u~g ω
∇ νg ∇2 ω
~
Dt | {z } | {z } ρ2g | {z }
Dilatation des gaz
| {z } Diffusion visqueuse
Étirement de vortex Production barocline
144
9.1 Analyse spectrale du signal de pression
Figure 9.1 – Densités spectrales de puissance obtenues à partir des signaux temporels de pression
∆P (cf. annexe, figures B.2, B.3, B.4) - Comparaison des cas monophasique inerte/diphasique
inerte/ diphasique réactif - Repère log-log - Point de fonctionnement nominal, inerte et réactif
Le premier terme à droite de l’équation 9.1, peut être interprété comme le taux d’étirement ou de
déformation des tubes de vorticité. Le terme de dilatation correspond à l’expansion des gaz à travers la
flamme. L’accélération résultante de l’écoulement agit comme un puits de vorticité dans l’équation 9.1.
En fait, ce terme est lié au niveau de dilatation des gaz brûlés, donc au rapport des densités ρu /ρb
(∝ Tb /Tu ). Le troisième terme traduit la production barocline de vorticité. Ce terme devient une source
de vorticité lorsque les gradients de pression et les gradients de densité ne sont plus parfaitement ali-
gnés. Cette situation se produit lorsque la flamme est inclinée par rapport à l’écoulement, donc par
rapport au gradient de pression entre l’amont et l’aval. L’amplitude de ce mécanisme dépend du saut
de densité, ρu /ρb , de part et d’autre des zones de réaction. Lovett et al. (2011) [108] ont observé que
lorsqu’un accroche-flamme est confiné, le terme source barocline génère une vorticité de signe opposé
à la vorticité produite par la présence l’accroche-flamme, en particulier dans les zones de cisaillement.
D’après les auteurs, cette compétition tend globalement à diminuer le niveau de vorticité dans l’écou-
lement. Le dernier terme, à droite de l’équation 9.1, fait intervenir la viscosité cinématique locale du
gaz. À cause de sa sensibilité à la température, la viscosité se retrouve significativement augmentée
en bordure de flamme. Coats (1996) [49] affirme que cette augmentation de viscosité accroît les effets
de diffusion visqueuse et produit un amortissement de la vorticité. En résumé, on peut dire que la
combustion tend effectivement à réduire la vorticité globale de l’écoulement, conduisant, dans un cas
critique, à la disparition complète des allées de von Kármán.
145
Chapitre 9. Caractérisation de l’écoulement diphasique réactif
O2 : 0,166
Code utilisé : KDC ONERA
H2 O : 2,099 .10−2
Carburant de similitude : C10 H22 (g) [n-décane] 1 049
CO2 : 4,662 .10−2
Mécanisme réactionnel : 1 ER* [3]
N2 : 0,766
O2 : 0,166
Code utilisé : KDC ONERA H2 O : 1,971 .10−2
Carburant de similitude : C10 H20 (g) [KERO] CO2 : 4,816 .10−2 1 050
Mécanisme réactionnel : 2 ER* (correction PEA) [68] CO : < 1 .10−5
N2 : 0,766
O2 : 0,184
H2 O : 2,117 .10−2
Code utilisé : CEA NASA
CO2 : 5,396 .10−2
Carburant de similitude : C12 H23 (l) [JET-A] 1 099
CO : < 1 .10−5
Mécanisme réactionnel : 23 ER* [96, 118]
NO : 7,628 .10−5
N2 : 0,741
Tableau 9.1 – Estimation de la composition des produits de réaction (Ypr ) et de la température des
gaz brûlés en fin de combustion (Tb ) pour le montage PROMÉTHÉE - ER* : équilibre réactionnel -
Conditions d’entrée : φglob = 0,24, Tu = 450 K, YN2 /YO2 = 3,5 - Point de fonctionnement nominal,
réactif
peut retrouver une dynamique périodique, similaire au cas inerte, dans des conditions particulières.
En général, ces conditions correspondent aux limites d’extinction. Les simulations de Erickson et al.
(2006) [61] ont également fait ressortir des structures tourbillonnaires à grandes échelles pour un ratio
de température Tb /Tu inférieur ou égal à 1,25. On notera toutefois que dans ces conditions, l’énergie
spectrale associée aux tourbillons est toujours inférieure à celle mesurée dans le cas inerte. Afin de
comprendre ces observations, on introduit le nombre adimensionnel de Damköhler :
τ∞
Da = (9.2)
τc
avec τ∞ l’échelle de temps lié à l’écoulement gazeux (ou temps de convection), et τc le temps associé
à la chimie de la combustion. Le nombre de Damköhler est utile pour définir les plages de stabilité
d’une flamme dans un foyer.
Nair et al. (2007) [121] ont observé qu’en diminuant ce nombre adimensionnel, une flamme initiale-
ment stable, peut devenir intermittente, c.-à-d. une flamme présentant des extinctions locales (« flame
holes »). Shanbhogue et al.(2009) [157] constatent qu’en diminuant encore le nombre de Damköhler, les
146
9.2 Visualisations directes de l’écoulement
extinctions deviennent si prononcées qu’elles peuvent conduire à une altération de la zone de sillage,
et, dans certains cas, à l’apparition de structures tourbillonnaires contrarotatives, lesquelles s’appa-
rentent aux allées de von Kármán rencontrées dans les conditions inertes. En-deçà d’un nombre de
Damköhler critique, il y a extinction complète de la chambre ; on parle alors de limite d’extinction
pauvre.
Afin de trouver un point de fonctionnement qui favoriserait les instabilités et permettrait de re-
trouver un écoulement globalement périodique, le nombre de Damköhler et le ratio Tb /Tu doivent être
réduits. Pour ce faire, trois conditions d’essais ont été investiguées :
1. diminution de la température de fin de combustion (Tb ) en diminuant la température en entrée
de chambre → Tair
∞ = T = 370 K, ṁ
u air = 64 g/s, ṁcarb = 1 g/s, φglob = 0,24 ;
Pour chacune de ces conditions d’essais, une analyse spectrale du signal de pression a été menée à
l’aide d’un analyseur de spectre à temps réel, de marque B&K. La première condition d’essai n’a révélé
aucun changement majeur. Les deux autres conditions ont, en revanche, mis en évidence l’apparition
d’une flamme intermittente et de couleur bleue, caractéristique d’un régime de combustion pauvre à la
limite de l’extinction. Concernant l’analyse spectrale du signal de pression, aucune évolution notable
n’a été constatée sur les points conditions d’essais.
En conclusion, il n’a pas été possible de trouver un point de fonctionnement favorisant l’apparition
des allées de von Kármán en conditions réactives. Une piste alternative serait, par exemple, de pouvoir
piloter la longueur de la chambre de combustion, ou d’utiliser un dispositif de forçage acoustique de
manière à accrocher un phénomène de résonance qui amplifierait les instabilités. Malheureusement,
aucune de ces solutions n’a pas pu être mise en œuvre dans le cadre de ce travail.
Pour finir, on notera que le foyer PROMÉTHÉE reste allumé pour une richesse globale très faible
de 0,05.
147
Chapitre 9. Caractérisation de l’écoulement diphasique réactif
dans le plan médian de la chambre. La cadence d’acquisition a été fixée à 1 kHz. Les images ont une
résolution de 2 256 × 1 440 px2 , avec une définition égale à 46 µm/px.
La figure 9.2 présente un cliché instantané de l’écoulement obtenu avec un temps d’exposition égal
à 10 µs. Ce temps d’exposition a été réglé de manière à faire ressortir les gouttes et la flamme.
Dans un premier temps, on s’intéresse à la topologie du brouillard. Visuellement, on constate
une réduction significative du nombre de gouttes dans la chambre de combustion par rapport au cas
inerte. Ceci s’explique par l’augmentation des taux d’évaporation en conditions réactives. Par ailleurs,
l’analyse spectrale du signal de luminance des gouttes, extrait à partir de la séquence de visualisations
tomographiques † , n’a révélé aucune dynamique cohérente du brouillard au cours du temps. Ce résultat
est en adéquation avec la disparition des allée de von Kármán observée à partir du signal de pression
(cf. section 9.1).
À présent, on s’intéresse à la flamme capturée dans le domaine visible de la lumière. L’image 9.2,
initialement capturée en niveaux de gris, a été recolorée lors du post-traitement afin de s’approcher
de la couleur de flamme observée par l’œil humain. La flamme émet une lumière jaune dont le pic
de radiation est située entre 575 à 600 nm. Cette coloration caractéristique indique la présence de
suies dans la chambre. Les suies sont visibles par un phénomène d’incandescence. En général, les suies
résultent d’une combustion incomplète, en régime riche (pénétration insuffisante d’oxygène).
La figure 9.3 correspond à l’intensité lumineuse moyenne des suies. Cette image a été obtenue en
réalisant une opération de moyenne sur l’ensemble des visualisations, auxquelles on a préalablement
appliqué un traitement d’« érosion ». Ce traitement consiste à supprimer toutes les gouttes et taches
lumineuses inférieures à 180 µm présentes sur les images. La figure résultante permet de mettre en
148
9.3 Visualisations par chimiluminescence globale
évidence une zone relativement étendue, située dans le sillage de l’accroche-flamme, et dans laquelle
les suies sont vraisemblablement produites. En zone proche injecteur, la production de suie est proba-
blement due à un mélange carburant/comburant peu efficace et globalement trop riche. En aval, on
remarque que l’intensité de l’incandescence augmente. De plus, le mécanisme s’étend progressivement
à l’ensemble de la chambre. Il est vraisemblable qu’il s’agisse de suies ou d’imbrûlés produits par
les gouttes ayant traversées le front de flamme. Les mesures PDI et les visualisations PLIF-OH/Mie
appuieront cette hypothèse.
Figure 9.3 – Moyenne temporelle des visualisations d’incandescence de suie mettant en évidence la
structure globale de la flamme dans le domaine visible - Point de fonctionnement nominal, réactif
149
Chapitre 9. Caractérisation de l’écoulement diphasique réactif
t = t0 t = t0 + 1 ms
t = t0 + 2 ms t = t0 + 3 ms
t = t0 + 4 ms t = t0 + 5 ms
Figure 9.4 – Séquence d’images instantanées de chimiluminescence OH* acquises à une fréquence
de 1 kHz - Utilisation de fausses couleurs - Point de fonctionnement nominal, réactif
150
9.3 Visualisations par chimiluminescence globale
La moyenne temporelle des visualisations instantanées, réalisée sur une durée de 4 secondes, est
présentée figure 9.5. La figure fournit une vue d’ensemble de la structure de la flamme stabilisée par
l’accroche-flamme. D’un point de vue qualitatif, la flamme revêt une forme en « M », ou encore celle
d’un cardioïde. Cette forme est vraisemblablement provoquée par le mouvement de recirculation dans
le sillage de l’obstacle, autour de l’axe. On observe également que la zone de forte activité de la
flamme est localisée entre 20 et 90 mm en aval de l’obstacle. Le fait que la flamme soit décrochée
(« lifted flame ») à une certaine distance de l’injecteur, en l’occurrence à 20 mm, suggère que la
région amont est, en moyenne, trop riche en carburant, et donc en dehors des limites d’inflammabilité.
Ce comportement est caractéristique des flammes de diffusion [29]. Il est également intéressant de
remarquer que les champs moyens de luminescence OH* (cf. figure 9.5), et de suie (figure 9.3) sont
« complémentaires ». En effet, les régions de forte production de radical OH* sont caractérisées par
de faible intensité d’incandescence, car les suies sont brûlées rapidement. À l’inverse, les régions de
faible production de OH*, correspondant à des régions moins exothermiques et sont caractérisées par
une persistance des suies. En figure 9.5, on remarque enfin que le champ de luminescence OH* n’est
pas symétrique de part et d’autre de l’axe médian de la chambre (Y = 60 mm). En fait, la chaleur
dégagée par le processus de combustion est plus élevée dans la partie basse du foyer. La dissymétrie
de la flamme est directement corrélée avec la dissymétrie du brouillard observée précédemment.
Figure 9.5 – Moyenne temporelle de l’intensité de luminescence OH* obtenue sur l’ensemble des
visualisations (4 000 images, 1 kHz) - Point de fonctionnement nominal, réactif
Pour compléter l’analyse, on étudie les fluctuations de luminescence OH* dans la flamme (cf. fi-
gure 9.6). Ces fluctuations sont obtenues en appliquant un opérateur d’écart-type à l’ensemble des
visualisations. On distingue alors clairement deux zones de fluctuations de part et d’autre de l’axe
médian. D’après les simulations d’Erickson et al. (2006) [61], ces deux régions de fluctuations corres-
pondent aux couches de cisaillement de la flamme, séparant l’écoulement « froid », de l’écoulement
« chaud » qui est accéléré par la combustion. Les auteurs observent que le gradient de vitesse peut
générer un enroulement de tourbillons au niveau de l’interface. Ce résultat a d’ailleurs été confirmé
expérimentalement par Emerson et al. (2011) [60], toujours dans le cas d’un accroche-flamme, en
151
Chapitre 9. Caractérisation de l’écoulement diphasique réactif
conditions réactives. Ils ont ainsi observé que le phénomène de disparition des allées de von Kármán
(« instabilités absolues ») se fait au profit du développement d’instabilités de type Kelvin-Helmholtz
(« instabilités convectives »). Comme le suggèrent les instantanés 9.4, les zones de cisaillement semblent
effectivement être le siège du développement d’instabilités. Sur la séquence sélectionnée, on notera que
l’image 9.4 (t0 + 2 ms) fait apparaître deux tourbillons dans la partie inférieure et supérieure de la
chambre de combustion. Visuellement, ces tourbillons semblent convectés de manière symétrique vers
l’aval (cf. image 9.4 (t0 + 3 ms)). À première vue, ce comportement s’apparente au développement
d’instabilités de type Kelvin-Helmholtz, observées dans les travaux cités précédemment [61, 60]. Il
reste désormais à déterminer dans quelle mesure les instabilités de Kelvin-Helmholtz agissent sur
l’écoulement. Pour ce faire, des analyses spectrales ont été menées à partir du signal de chimilumi-
nescence OH* mesuré dans les zones de cisaillement. Les résultats n’ont révélé aucun pic particulier
de fréquence, ce qui traduit le caractère aléatoire et désorganisé de l’écoulement et corrobore le fait
qu’aucune fréquence propre n’a été mise en évidence sur le spectre du signal de pression (cf. figure 9.1).
Figure 9.6 – Écart-type de l’intensité de luminescence OH* obtenu sur l’ensemble des visualisations
(4 000 images, 1 kHz) - Point de fonctionnement nominal, réactif
Des mesures PDI ont été réalisées en conditions réactives afin de compléter la base de données de
la configuration PROMÉTHÉE. Une cartographie de la chambre de combustion a été réalisée dans
le plan médian du brouillard. La discrétisation spatiale est de 4 mm en abscisse et en ordonnée. Le
domaine étudié est compris entre X = [9 ; 53] mm et Y = [36 ; 80] mm. Cette zone est limitée à cause
de la contrainte géométrique des hublots, et de la contrainte sur le niveau de validation des mesures.
D’après la figure 9.5, l’abscisse X = 9 mm correspond à la zone proche injecteur, en amont de la zone
de réaction, alors que l’abscisse X = 53 mm correspond à une région fortement exothermique dans la
152
9.4 Résultats des mesures PDI
chambre de combustion. Grâce à ces données, il est donc possible d’analyser l’évolution des vitesses
et des tailles de gouttes à travers la flamme.
En premier lieu, on observe que la fréquence d’acquisition des mesures PDI, qui est liée à la densité
locale en gouttes, diminue significativement à travers la flamme. Ainsi, à X = 9 mm, la fréquence
d’acquisition est d’environ 8 kHz, alors qu’à X = 53 mm, la fréquence est réduite à 600 Hz. Ce résultat
montre donc que les gouttes ne sont pas toutes évaporées avant le front de flamme et qu’un certain
nombre d’entre elles parvient à traverser la zone de réaction. Ceci traduit le caractère diphasique de
la combustion.
On s’intéresse désormais au champ moyen du module 2D de la vitesse des gouttes (éq. 8.3). Sur
la figure 9.7, les lignes de courant représentent les trajectoires moyennes des gouttes. Les couleurs
indiquent les niveaux de vitesse. Sur ce champ, on constate une réduction progressive de la vitesse des
gouttes à travers la flamme. Le tableau 9.2 précise les valeurs de vitesse des gouttes, intégrées selon
la traversée verticale de la zone sondée de hauteur HS , dans les deux sections de mesures. À partir
de ces informations, on calcule un taux de décélération T D = 35 % (éq. 8.2). Le tableau 9.2 montre
également une diminution d’environ 11 % du diamètre arithmétique moyen entre les deux sections
de mesure. D’après Kuo (1986) [97], le diamètre arithmétique moyen étant représentatif du processus
d’évaporation, cette réduction correspond au taux de consommation des gouttes à travers la flamme.
X = 9 mm X = 53 mm
1
Z
[Up ]y = Up · dy 28,8 m/s 18,6 m/s
HS
1
Z
[D10 ]y = D10 · dy 44 µm 39 µm
HS
1
Z
[D32 ]y = D32 · dy 56 µm 52 µm
HS
Tableau 9.2 – Intégration du module de la vitesse moyenne (Up ), du diamètre arithmétique moyen
(D10 ) et du diamètre de Sauter moyen (D32 ) des gouttes selon la traversée verticale de la zone sondée
(hauteur HS ), pour deux abscisses X = {9 ;53} - Point de fonctionnement nominal, réactif
L’effet de dissymétrie du spray est particulièrement bien visible sur le champ moyen de vitesse
(cf. figures 9.7), la vitesse des gouttes étant plus grande dans la partie basse de la chambre. Cette
dissymétrie accentue le caractère hétérogène de la combustion dans la chambre. L’hétérogénéité de la
structure de la flamme sera d’ailleurs exploitée dans la suite de ce travail, afin de montrer l’existence
153
Chapitre 9. Caractérisation de l’écoulement diphasique réactif
Figure 9.7 – Champ moyen du module de la vitesse des gouttes obtenu par cartographie PDI du foyer
- Les lignes de courant représentent les trajectoires moyennes des gouttes - Point de fonctionnement
nominal, réactif
La figure 9.8 présente les histogrammes des vitesses longitudinales instantanées des gouttes obtenus
au niveau des capteurs I2 (9 ;60) et J2 (53 ;60) situés sur l’axe. La comparaison des deux distributions
met en évidence un ralentissement de l’ensemble des gouttes entre les deux points de mesures. On
notera que le ralentissement des gouttes est maximal sur l’axe de la chambre (cf. figure 9.10). Ce
résultat suggère que les gouttes passent à travers la zone de recirculation et subissent des efforts de
traînée plus importants.
La figure 9.9 montre les corrélations diamètre/vitesse transversale des gouttes au niveau des cap-
teurs I2 (9 ;60) et J2 (53 ;60). En premier lieu, on note une légère augmentation de la dispersion des
vitesses transversales des gouttes entre 9 et 53 mm. On remarque également, qu’au point J2 (53 ;60),
les amplitudes de vitesse sont plus faibles en conditions réactives (± 5 m/s), qu’en conditions inertes
(± 10 m/s, cf. figure 8.7). Cette différence peut s’expliquer pour deux raisons :
154
9.4 Résultats des mesures PDI
1. les allées de von Kármán ont disparu en conditions réactives, or celles-ci favorisent la dispersion
des gouttes en conditions inertes ;
2. le temps de relaxation moyen des gouttes est plus grand en conditions réactives car les petites
gouttes disparaissent rapidement en sortie d’injecteur. De fait, si les gouttes sont plus inertielles,
elles sont moins sensibles au mécanisme de dispersion turbulente.
Figure 9.8 – Distributions des vitesses longitudinales instantanées de gouttes obtenues par mesures
PDI aux capteurs I2 et J2 - Domaine rouge : gouttes dont la vitesse longitudinale est supérieure ou
égale à la vitesse débitante - Point de fonctionnement nominal, réactif
Figure 9.9 – Nuages de points, sur l’ensemble des données PDI brutes, caractérisant les corrélations
diamètre/vitesse transversale des gouttes aux capteurs I2 et J2 - Point de fonctionnement nominal,
réactif
En comparant les profils moyens de tailles de gouttes entre le cas non-réactif et le cas réactif,
on observe qu’à la section 9 mm, le diamètre arithmétique moyen, et le diamètre moyen de Sauter,
tous deux intégrés sur la hauteur de la chambre, correspondent respectivement à 33 µm et 49 µm,
155
Chapitre 9. Caractérisation de l’écoulement diphasique réactif
contre 44 µm et 56 µm (cf. tableaux 8.1 et 9.2). De fait, les diamètres moyens sont plus grands en
conditions réactives, à la sortie de l’injecteur. Pour comprendre ce phénomène, une étude statistique
des distributions de taille de gouttes est menée. Les différents paramètres statistiques sont définis en
annexe dans le tableau A.1.
Tout d’abord, on constate que le coefficient de variation, défini comme le rapport entre l’écart-
type et la moyenne, est moindre en conditions réactives. Ceci signifie que le brouillard est moins
polydisperse. Deuxièmement, le coefficient de dissymétrie (« moment coefficient of skewness ») † , est
plus petit en écoulement réactif. Il en résulte une distribution de tailles de gouttes plus symétrique
et décalée vers les plus grandes valeurs. Pour finir, le coefficient d’aplatissement (« sample excess
kurtosis ») ‡ est également inférieur en conditions réactives. Ce dernier résultat peut s’interpréter par un
resserrement de la distribution des diamètres à mesure que la température du milieu gazeux augmente.
En conclusion, ces tendances montrent qu’en écoulement réactif, les petites gouttes disparaissent plus
vite que les grosses gouttes ne s’évaporent. Il en résulte alors une augmentation des diamètres moyens
en zone proche injecteur. Plus en aval, à travers la flamme, la taille des gouttes diminue (cf. tableau 9.2)
jusqu’à disparition complète des gouttes en sortie de la chambre de combustion.
Afin de confronter les résultats réactifs avec le cas inerte, les profils de vitesses des gouttes ont été
extraits aux sections 9 et 53 mm. Les comparaisons sont présentées en figure 9.10.
Premièrement, les résultats montrent une augmentation significative des amplitudes de vitesse
longitudinale et transversale des gouttes dans les conditions réactives par rapport au cas inerte. Le
tableau 9.3 indique le rapport des modules de vitesses des gouttes [Up ]y entre ces deux conditions
d’essais. On constate que l’effet d’accélération est d’autant plus marqué que l’activité de la flamme
est intense, notamment à 53 mm.
X = 9 mm X = 53 mm
Tableau 9.3 – Rapport des modules de vitesses des gouttes (réactif/inerte), intégrés sur la hauteur
de la zone sondée (hauteur HS ), pour deux abscisses X = {9 ;53} - Point de fonctionnement nominal,
réactif
Deuxièmement, on constate que le taux de décélération des gouttes (éq. 8.2) est plus faible en
156
9.4 Résultats des mesures PDI
conditions réactives (35 %) que celui mesuré en conditions inertes (65 %).
En résumé, les gouttes sont globalement plus rapides en conditions réactives et sont moins ralen-
ties entre les deux sections de mesures étudiées. De ces observations, trois hypothèses peuvent être
envisagées :
1. les gouttes sont plus inertielles en conditions réactives car les plus petites gouttes sont consom-
mées plus vite que les grosses ne s’évaporent (D10 et τp plus grands) ;
2. la zone de recirculation est moins intense en conditions réactives, ce qui conduit à un plus faible
écart de vitesse entre la phase gazeuse et la phase dispersée (force de traînée plus faible) ;
3. du fait de la diminution de la masse volumique en conditions réactives, les gaz opposent une
moindre résistance au passage des gouttes (force de traînée plus faible).
Figure 9.10 – Profils moyens de vitesses et de diamètres de gouttes, obtenus par mesures PDI
dans le plan médian du brouillard, en conditions inertes (), et en conditions réactives (I) - Deux
traversées verticales à X = {9 ;53} mm - Point de fonctionnement nominal, réactif
157
Chapitre 9. Caractérisation de l’écoulement diphasique réactif
(périodique), en accord avec les observations précédentes. Concernant la phase liquide, des mesures
PDI ont été réalisées afin de construire une cartographie de la chambre de combustion (vitesses et
tailles de gouttes). Les résultats de granulométrie ont montré, qu’en zone proche injecteur, les dia-
mètres moyens des gouttes sont plus grands par rapport à ceux mesurés en conditions inertes. Ceci est
dû au fait que les petites gouttes disparaissent plus vite que les grosses ne s’évaporent. Plus en aval,
les gouttes traversant la flamme sont consommées et les diamètres moyens diminuent. Les résultats
ont également montré que les gouttes sont accélérées en conditions réactives.
158
Chapitre 10
Identification des régimes de
combustion diphasique
Sommaire
10.1 Étude statistique de la distribution spatiale de gouttes . . . . . . . . . . . . . . . . 160
10.1.1 Présentation de la méthode . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 160
10.1.2 Synoptique du traitement d’images . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 160
10.1.3 Opérations statistiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 162
10.1.4 Choix de la taille de fenêtres d’analyse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 163
10.1.5 Résultats dans les fenêtres d’analyse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 164
10.1.6 Analyse et interprétation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 168
10.2 Visualisations de la structure de flamme diphasique . . . . . . . . . . . . . . . . . . 173
Dans ce chapitre, on cherche à identifier les régimes de combustion diphasique dans la chambre
de combustion du montage PROMÉTHÉE, au point de fonctionnement nominal. Pour mettre en
évidence ou non la présence de groupe de gouttes (ou « cluster »), nous allons dans un premier temps
étudier, d’un point de vue statistique, la distribution spatiale des gouttes dans la chambre à partir
de visualisations tomographiques du brouillard. Dans un second temps, on analysera la structure de
la flamme diphasique au moyen de visualisations instantanées PLIF-OH/Mie (superposition des zones
de réaction et des gouttes). On rappelle que les techniques de diagnostic optique et d’imagerie sont
présentées en chapitre 6.
159
Chapitre 10. Identification des régimes de combustion diphasique
La méthode expérimentale que nous détaillons ici nécessite d’exécuter une succession d’opérations
de traitement d’images qui sont particulièrement coûteux en ressource informatique et en temps. C’est
pourquoi, l’analyse a été réalisée dans un nombre limité de zones au sein de la chambre de combustion.
†. dont la profondeur d’intensité lumineuse est de 12 bit/px (niveaux de 0 à 4 095)
160
10.1 Étude statistique de la distribution spatiale de gouttes
La figure 10.1 présente la position des six fenêtres d’analyse retenues dans le plan médian du brouillard.
Chaque fenêtre est définie par son centre numéroté de I à VI.
III
II
I
V
IV VI
Figure 10.1 – Champ moyen de chimiluminescence OH*, intégré sur la profondeur de la chambre -
Positions des centres des fenêtres d’analyse - Point de fonctionnement nominal, réactif
La figure 10.2 présente l’algorithme de traitement d’images exécuté à l’aide du logiciel Visilog.
Par convention, chaque image, ou instantané, est indexée par un exposant « R » (pour « Repeated
measurement »). La taille de la pile de visualisations, LR , est égale à 2 000 images.
La première étape du traitement consiste à éliminer le « bruit » présent sur les visualisations, c.-
à-d. supprimer les résidus du signal lumineux d’incandescence des suies. Pour cela, une opération de
lissage est réalisée sur chaque image. La fonction BOXFILTER calcule la moyenne locale de luminance
dans des fenêtres glissantes (16 × 16 px2 ). Cette fonction agit en fait comme un filtre linéaire passe-bas :
p q
O(x, y) = (10.1)
X X
I(x − i, y − j)
i=−p j=−q
avec I l’intensité initiale et O l’intensité finale d’une cellule. À l’issue de cette opération, l’image
résultante (ou masque) est soustraite à l’image originale.
Ensuite, on réalise une opération de seuillage afin de supprimer les derniers résidus de l’image (ceux
de faible intensité). L’opération de seuillage permet, en outre, de binariser l’image afin de préparer
et de faciliter la détection des gouttes. Une étude de sensibilité des résultats, vis-à-vis des réglages, a
permis de retenir un niveau de seuil bas λ1 = 85 (sur 4 095 niveaux disponibles).
1
si λ1 ≤ I(x, y)
O(x, y) = (10.2)
0 si λ1 ≥ I(x, y)
La seconde étape de l’algorithme de traitement d’images consiste à sonder, en abscisse et en
ordonnée, l’image binaire afin de délimiter les bords de chaque goutte (domaine D). Chaque goutte
identifiée dans la fenêtre est indexée par un exposant « S » (pour « Sample »). Dès lors, en calculant
les moments statiques d’ordre 1, il est possible de déterminer la position des barycentres des gouttes
161
Chapitre 10. Identification des régimes de combustion diphasique
1
ZZ
X
R,S
= xdxdy
A(x, y) D
(10.3)
1
ZZ
R,S
=
Y ydxdy
A(x, y) D
avec A(x, y) l’aire d’une goutte : A(x, y) = D dxdy. Cette étape permet en outre d’extraire le nombre
RR
de gouttes NR identifiées dans chaque fenêtre de l’image « R ». On définit alors la densité surfacique
instantanée, nR , comme le rapport du nombre de gouttes N R repérées dans la fenêtre par la surface
de cette fenêtre.
La dernière étape du traitement consiste à rechercher les gouttes voisines deux à deux. Cela revient
à associer à chaque goutte « S » sa voisine la plus proche (notée « S* »). Finalement, la distance
minimale inter-gouttes DiR,S est obtenue en calculant la distance euclidienne séparant les gouttes
voisines dans le plan (X,Y) :
q
DiR,S = (X R,S − X R,S ? )2 + (Y R,S − Y R,S ? )2 S et S ? ∈ [1; N R ] (10.4)
À l’issue des traitements d’images, on réalise des opérations statistiques sur l’ensemble des images
instantanées. On introduit notamment la densité surfacique moyenne de gouttes par fenêtre d’analyse
n̄ (nombre moyen de gouttes par unité de surface) comme :
1 X
L R
n̄ = R nR (10.5)
L R=1
1 X
R
L X N R
v
u1 X
LR X
NR
u
2
SD[Di ] = t DiR,S − E[Di ] (10.7)
N R=1 S=1
162
10.1 Étude statistique de la distribution spatiale de gouttes
Ouverture de
l’image « R »
Concaténation
des données
en sortie
Figure 10.2 – Algorithme de traitement d’images des visualisations tomographiques afin de mesurer
les distances inter-gouttes. L’analyse est réalisée à l’aide du logiciel Visilog
163
Chapitre 10. Identification des régimes de combustion diphasique
de la taille de fenêtre d’analyse adaptée à la région étudiée, le compromis étant de conserver une
mesure la plus locale possible, tout en ayant des échantillons suffisamment grands pour réaliser des
analyses statistiques. Notre démarche consiste alors à définir, dans un premier temps, les dimensions
des fenêtres à densités extrémales (I et III), puis à en déduire la taille des fenêtres intermédiaires (II,
IV, V, VI). Précisons que la définition de la densité surfacique de gouttes n’a de sens que pour des
fenêtres suffisamment grandes par rapport à la taille des gouttes. Les gouttes ayant des diamètres
moyens de l’ordre de 50 µm, les fenêtres ne peuvent donc pas être plus petites que 500 × 500 µm2 (>
10 fois la taille des gouttes). Un autre critère permet de définir la taille de fenêtre minimale en vérifiant
que les résultats sont statistiquement convergés. Cette contrainte permet d’imposer, par exemple, un
nombre total d’échantillons N > 10 000 gouttes.
Les tableaux 10.1 et 10.2, présentent les différentes tailles de fenêtres testées aux point I(17 ;52)
et III(49 ;76). La première colonne indique les tailles de fenêtre en (µm2 ) et les tailles d’échantillons
associées (nombre total de gouttes). La seconde colonne présente la densité surfacique moyenne de
gouttes, n̄. La troisième colonne décrit la distribution expérimentale des distances inter-gouttes voisines
Di (µm). Ces distributions sont ajustées parmi une vingtaine de fonctions de probabilité couramment
utilisées en ingénierie † . La fonction de densité de probabilité retenue est celle qui minimise la valeur
du critère d’information bayésien (BIC ‡ ) [158].
En premier lieu, on constate que la forme sous-jacente de la distribution Di reste inchangée, et ce
quelque soit la taille de la fenêtre. Toutefois, les résultats montrent que la taille de fenêtre conditionne
l’estimation de la moyenne et de l’écart-type. En effet, plus la fenêtre est grande, plus les tailles
d’échantillons sont conséquentes et plus les résultats sont précis. Toutefois, le gain en précision est
atteint au détriment du niveau local de la mesure. Au point I(17 ;52), par exemple, la fenêtre 993 ×
993 µm2 est retenue car elle offre un bon compromis entre ces deux caractéristiques. Pour les mêmes
raisons, une fenêtre de taille 5 673 × 5 673 µm2 est retenue au point III(49 ;76).
164
10.1 Étude statistique de la distribution spatiale de gouttes
Tableau 10.1 – Influence de la taille de fenêtre au point I(17 ;52)X;Y [mm] - Taille fenêtre
(µm2 ), échantillons (nombre total de gouttes), n̄ (nombre moyen de gouttes/cm2 ), Di (µm) -
Caractéristiques retenues - Point de fonctionnement nominal, réactif
Tableau 10.2 – Influence de la taille de fenêtre au point III(49 ;762)X;Y [mm] - Taille fenêtre
(µm2 ), échantillons (nombre total de gouttes), n̄ (nombre moyen de gouttes/cm2 ), Di (µm) -
Caractéristiques retenues - Point de fonctionnement nominal, réactif
165
Chapitre 10. Identification des régimes de combustion diphasique
l’espérance E[Di ], on introduit une échelle de référence Direg , laquelle correspond à l’espacement inter-
gouttes si la distribution spatiale de gouttes était parfaitement régulière (gouttes équidistantes). Ce
paramètre théorique se calcule à partir des densités surfaciques instantanées, selon la relation suivante :
1 X
L R
Les valeurs numériques de la distance Direg sont indiquées dans la cinquième colonne du ta-
bleau 10.3. Enfin, la dernière colonne du tableau présente le paramètre de distance moyen, C̄, défini
comme le rapport de l’espacement moyen entre gouttes voisines par leur diamètre arithmétique moyen.
Des études antérieures ont montré que ce paramètre adimensionnel est important puisqu’il pilote la
vitesse de propagation d’un front de flamme en écoulement diphasique [86, 173]. Ce paramètre permet
en outre de quantifier le niveau d’interaction entre gouttes voisines [7]. D’après Crowe et al. (2011) [54],
lorsque C̄ ≥ 10, on peut considérer que les gouttes se comportent comme des gouttes isolées (pas d’in-
teraction « goutte à goutte »). Ajoutons que, dans la plupart des foyers aéronautiques [51, 37], les
régimes se situent dans l’intervalle C̄ ≈ [5 ; 40]. Comme le montre le tableau 10.3, dans la configura-
tion PROMÉTHÉE, le paramètre de distance varie de 4 à 22. Par la suite, dans la section 10.2, nous
analysons la structure de flamme diphasique, au moyen de visualisations PLIF-OH/Mie, pour mettre
en évidence l’apparition de différents régimes de combustion au sein du brouillard.
L’analyse des résultats du tableau 10.3 montre, tout d’abord, que la concentration en gouttes
diminue fortement à travers la flamme. Ainsi, au point III(49 ;76), on mesure une densité surfacique
moyenne de gouttes 44 fois plus petite que celle mesurée au point I(17 ;52). Notons par ailleurs qu’au
point III(49 ;76), le densité surfacique moyenne de gouttes est 20 fois plus petite en conditions réactives
qu’en conditions inertes (cf. annexe, tableau E.1).
Les données montrent que l’espacement moyen entre gouttes voisines augmente à mesure que la
concentration locale en gouttes diminue. Cette observation traduit la relation de proportionnalité qui
existe entre les deux paramètres :
Dans le tableau 10.3, il est intéressant de remarquer que l’espacement régulier est toujours supérieur
à la distance inter-gouttes expérimentale (Direg > E[Di ]). Ce résultat suggère donc que les gouttes ne
sont pas distribuées de manière régulière dans la chambre de combustion. Par conséquent, l’hypothèse
simplificatrice, faite dans le cadre de la modélisation des régimes de combustion diphasique, selon
laquelle la distribution spatiale de gouttes est régulière dans un brouillard n’est pas vérifiée dans notre
configuration [48, 51, 37, 9].
En dernier lieu, on constatera que les distributions expérimentales des distances inter-gouttes
peuvent être approchées à l’aide d’une distribution Log-Normale (Log-N) ; c.-à-d. des distributions
166
10.1 Étude statistique de la distribution spatiale de gouttes
Tableau 10.3 – Synthèse des résultats expérimentaux portant sur la distribution spatiale de gouttes
- Taille fenêtre [µm2 ], échantillons [nombre total de gouttes], n̄ [nombre moyen de gouttes/cm2 ],
Di [µm] : distance inter-gouttes mesurée expérimentalement, distribution Log-Normale : résultat de
l’ajustement des données expérimentales (minimisation du critère BIC [155]), Direg [µm] : distance
inter-gouttes si la répartition était régulière (gouttes équidistantes), C̄ [-] : paramètre de distance
moyen - Point de fonctionnement nominal, réactif
asymétriques décalées vers les petites valeurs de distance inter-gouttes Di . Cette distribution s’exprime
comme :
1 1 (ln(Di ) − µ)2
!
Log-N(Di ) = √ exp − (10.10)
Di σ 2π 2σ 2
1
E[Di ] = exp µ + σ 2
2
q (10.11)
SD[Di ] = E[Di ] exp(σ ) − 1
2
167
Chapitre 10. Identification des régimes de combustion diphasique
La qualité de l’ajustement des données expérimentales et de la loi Log-Normale est illustrée sur la
figure 10.3 pour les six fenêtres d’analyse. Par ailleurs, on notera qu’un résultat similaire est observé
en conditions non-réactives (cf. annexe, tableau E.1).
Sur la figure 10.3, on a également représenté la distribution théorique de Hertz-Chandrasekhar qui
caractérise la distribution des distances inter-gouttes voisines, Di , en présupposant une distribution
spatiale de gouttes parfaitement aléatoire, suivant une loi de Poisson (cf. section 14.1). Dans un plan
2D, la distribution de Hertz-Chandrasekhar, notée H, s’exprime par la relation suivante :
Précédemment, nous avons montré, d’une part, l’inégalité suivante : E[Di ] < Direg , c.-à-d. un
espacement moyen entre gouttes voisines plus petit que l’espacement régulier, et, d’autre part, que la
distribution expérimentale s’apparente à la distribution aléatoire théorique de Hertz-Chandrasekhar.
On souhaite ici approfondir cette seconde observation.
La démarche consiste à comparer la distribution spatiale de gouttes obtenue expérimentalement
avec une distribution parfaitement aléatoire traitée de la même manière que dans l’expérience, c.-à-
d. avec des fenêtres de tailles identiques, et en prenant en compte l’effet de projection des gouttes
dans le plan. Pour cela, un programme de simulations Monte-Carlo † a été mis en œuvre dans le
cadre de ce travail. Une description du programme et sa validation sur des cas d’épreuves théoriques
sont présentées en section 14.1. Ici, le programme est utilisé pour générer des positions aléatoires de
gouttes dans des fenêtres d’analyse identiques aux fenêtres expérimentales (mêmes tailles et d’épaisseur
1 mm ‡ ). À partir de ces images artificielles, on projette la position des gouttes dans le plan (X,Y) et on
réalise des analyses statistiques sur la distance entre gouttes voisines Di . Pour simplifier l’analyse, les
168
10.1 Étude statistique de la distribution spatiale de gouttes
(a) Point I(17 ;52)X;Y [mm] (b) Point II(31 ;63)X;Y [mm]
(c) Point III(49 ;76)X;Y [mm] (d) Point IV(19 ;39)X;Y [mm]
(e) Point V(31 ;41)X;Y [mm] (f) Point VI(49 ;28)X;Y [mm]
Figure 10.3 – Densités de probabilité des distances inter-gouttes Di obtenues en différents points
de la chambre de combustion - Point de fonctionnement nominal, réactif
simulations ont été réalisées en fixant la densité volumique moyenne de gouttes nl (nombre moyen de
gouttes par unité de volume) de sorte que l’on retrouve, après l’étape de projection, la même densité
surfacique moyenne de gouttes n̄ que dans les fenêtres d’analyse expérimentales. En posant l la taille
d’une fenêtre d’analyse carrée et l’épaisseur de la nappe laser (∼ 1 mm), on montre que l’égalité
suivante est respectée :
l2 · · nl = l2 · n̄ (10.13)
Cette expression traduit la relation qu’il existe entre la densité volumique moyenne de gouttes (nl )
169
Chapitre 10. Identification des régimes de combustion diphasique
n̄
nl = (10.14)
Dans les six fenêtres d’analyse étudiées, la densité volumique de gouttes est comprise entre [440 ;
19 290] gouttes /cm3 . Cet intervalle peut également être traduit en terme de fraction de volume liquide
αl , en utilisant l’expression qui suit :
π
αl = · nl · d3p (10.15)
6
avec dp le diamètre des gouttes (diamètre moyen D10 ≈ 42 µm). En conditions réactives, la frac-
tion de volume liquide est alors comprise entre O 10−5 et O 10−3 . Cette plage se situe entre le
régime dilué et le régime modérément dense selon la classification des brouillards de Simonin et al.
(2002) [160].
On rappelle que dans les données expérimentales la densité surfacique de gouttes mesurée dans
les fenêtres d’analyse varie au cours du temps. De fait, pour comparer les résultats expérimentaux et
numériques entre eux, il a été choisi de conditionner les données de manière identique. Ce conditionne-
ment est obtenu en appliquant les opérateurs d’espérance et d’écart-type uniquement aux images dont
la densité surfacique instantanée est comprise entre ± 10 % de la densité surfacique moyenne dans la
fenêtre étudiée (soit ± 10 % n̄). On définit alors l’opérateur d’espérance conditionnel E[Di | n̄], lequel
représente la moyenne des distances inter-gouttes pour une densité n̄ fixée :
R
L |n̄ N |n̄ R
1 X X R,S
E[Di | n̄] = D (10.16)
N|n̄ R=1 S=1 i
où N|n̄ , N|n̄
R , LR correspondent respectivement au nombre total de gouttes, le nombre de gouttes par
|n̄
image « R », la taille de la pile d’images, conditionnés pour une valeur fixe n̄.
Nous avons constaté que le conditionnement entraîne une réduction de l’écart-type : SD[Di | n̄] <
SD[Di ], mais n’entraîne aucun changement sensible sur la valeur de l’espérance : E[Di | n̄] ≈ E[Di ].
Les figures 10.4(a) et 10.4(b) regroupent l’ensemble des résultats obtenus dans les six fenêtres
d’analyse. Les courbes noires correspondent aux données expérimentales. Les courbes rouges corres-
pondent aux résultats des simulations Monte-Carlo. Les courbes bleues correspondent aux distributions
aléatoires théoriques de Hertz-Chandrasekhar (cf. éq. 10.12). Enfin, la distribution régulière est repré-
sentée par des courbes vertes.
170
10.1 Étude statistique de la distribution spatiale de gouttes
Sur la première de ces figures, qui présente la dépendance entre E[Di | n̄] et n̄−1/2 , on observe une
dépendance linéaire entre ces deux termes pour l’ensemble des distributions. Le même constat est fait
entre SD[Di | n̄] et n̄−1/2 (cf. figure 10.4(b)). On peut donc écrire les relations de proportionnalité
suivantes :
(10.18)
SD[D | n̄] = β · n̄−1/2
i
(a) (b)
Figure 10.4 – (a) Espacement moyen des distances entre gouttes voisines en fonction de la den-
sité surfacique à la puissance moins un demi (b) Écart-type des distances entre gouttes voisines
en fonction de la densité surfacique à la puissance moins un demi. I : distribution expérimentale,
− : distribution aléatoire uniforme théorique de Hertz-Chandrasekhar (cf. éq. 10.12), : distri-
bution aléatoire uniforme obtenue par simulation Monte-Carlo, − : distribution régulière (gouttes
équidistantes) - Point de fonctionnement nominal, réactif
Plusieurs enseignements peuvent être tirés de l’analyse de ces figures. En premier lieu, on constate
que la distribution régulière ne permet pas de représenter convenablement la distribution expérimen-
tale. En effet, la distribution régulière surestime l’espacement moyen entre gouttes et suppose, par
définition, un écart-type des distances inter-gouttes égal à zéro. Comparativement, la distribution
aléatoire apparaît beaucoup plus réaliste. Il est notable que les simulations Monte-Carlo restituent
globalement bien les résultats expérimentaux (les pentes sont quasiment identiques). On peut donc
supposer que les gouttes sont distribuées de manière aléatoire dans les fenêtres d’analyse expérimen-
tales. Ici, aucun élément ne permet de mettre en évidence un effet de « clustering » de gouttes † mais,
†. espacement moyen entre gouttes inférieur à celui d’une distribution parfaitement aléatoire (cf. section 14.2)
171
Chapitre 10. Identification des régimes de combustion diphasique
On souhaite ici discuter de la précision des mesures de distances entre gouttes présentées précé-
demment. Deux sources d’erreur possibles sont considérées : les erreurs liées à la définition des images
et celles liées au traitement des données.
Erreurs liées à la définition des images On rappelle que la définition des images utilisées ici
est de 35,2 px/mm. On souhaite estimer l’erreur commise lors de la détermination de la position du
barycentre de chaque goutte. Une fois l’image binarisée (pixel = 0 ou 1), deux cas de figure peuvent
être envisagés :
1. les gouttes ayant une taille réelle inférieure au pixel (soit 28 µm) apparaissent sur un pixel
entier, ce qui implique une erreur maximale d’un demi pixel (soit 14 µm) sur la position de leur
barycentre ;
2. les gouttes dont la taille réelle est supérieure au pixel, sont visibles sur plusieurs pixels, ce qui
√
implique une erreur maximale de 2/2 pixel (soit 20 µm) sur la position de leur barycentre.
Il s’ensuit alors une erreur maximale de 40 µm sur l’estimation de la distance entre deux gouttes
voisines. À noter que cette erreur maximale concerne le cas le plus défavorable et donne une idée de
la limite haute d’erreur commise par ce premier biais.
L L l
l
ε
L L E[ Di | 𝒏 ]
E[ Di | 𝒏l ]
Projection Echantillonnage
Figure 10.5 – Erreurs générées lors de la phase de traitement des viusalisations tomographiques
172
10.2 Visualisations de la structure de flamme diphasique
Erreurs faites lors de la phase de traitement Pour estimer les biais induits lors de la phase de
traitement des visualisations tomographiques, notre démarche consiste à réaliser des cas d’épreuves
numériques à l’aide du programme de simulations Monte-Carlo, présenté en figure 14.1. Deux types de
simulations sont mises en œuvre. D’un côté, on génère des distributions spatiales aléatoires de gouttes
dans une nappe laser (grandes dimensions et d’épaisseur 1 mm) et on compare les résultats avec ou sans
projection des gouttes dans le plan (X,Y). Grâce à ce type de simulations, il est possible de calculer
l’effet de projection (cf. figure 10.5). De l’autre côté, on calcule l’erreur commise lors du passage d’un
plan de grandes dimensions à une fenêtre d’analyse plus petite taille. C’est l’effet d’échantillonnage cf.
(figure 10.5). L’erreur globale que l’on cherche à calculer correspond alors à l’écart entre l’espacement
moyen entre gouttes voisines mesuré dans un volume (nappe laser), E[Di | nl ], et l’espacement moyen
mesuré dans un plan après projection et échantillonnage, E[Di | n].
Afin de calculer les erreurs commises dans chaque fenêtre d’analyse expérimentale, les informa-
tions sur la taille des fenêtres et la densité surfacique moyenne sont utilisées comme des conditions
d’entrée des calculs. Le tableau 10.4 présente, pour chacune des fenêtres d’analyse, une estimation de
l’erreur globale faite sur la valeur de la distance moyenne entre gouttes voisines lors de la procédure
de traitement, ainsi que la contribution de chaque effets (projection et échantillonnage). À noter que
l’erreur globale est calculée comme le produit des deux contributions d’erreur.
Au vu des résultats, on constate que les deux effets, à savoir la projection et l’échantillonnage,
influent de manière opposée sur la valeur E[Di | n̄], l’effet de projection tendant à minorer cette va-
leur, et l’effet d’échantillonnage tendant à la majorer. Dans le cas présent, c’est l’effet de projection
qui semble le plus pénalisant en terme de précision. À l’exception de la fenêtre I, qui est beaucoup
plus « cubique » (tridimensionnelle) que les autres, on observe une erreur moyenne d’environ 20 %
en valeur absolue. À noter que nous avons supposé une distribution spatiale de gouttes parfaitement
aléatoire pour calculer les erreurs expérimentales, ce qui n’est pas exactement vérifié. En toute rigueur,
ces erreurs ne sont donc que des estimations.
Pour conclure, on souhaite proposer quelques perspectives d’amélioration de la mesure de la dis-
tance entre gouttes voisines à partir de visualisations tomographiques. Le premier défi serait de parvenir
à réduire davantage l’épaisseur de la nappe laser afin de mesurer plus précisément la densité surfa-
cique de gouttes. La seconde solution serait, pour une fenêtre d’analyse donnée, de traiter également
les fenêtres adjacentes pour supprimer les situations où la plus proche voisine ne se trouve pas dans
la fenêtre étudiée, tout en gardant une analyse locale. L’inconvénient majeur de cette solution est
l’augmentation de la durée de traitement (9 fois plus en l’occurrence).
173
Chapitre 10. Identification des régimes de combustion diphasique
I − 45 % + 10 % − 39 %
II − 22 % +8% − 16 %
III −4% + 21 % + 16 %
IV − 20 % + 11 % − 12 %
V − 31 % + 10 % − 23 %
VI − 12 % +7% −6%
Tableau 10.4 – Estimations de l’erreur expérimentale faite sur le paramètre E[Di | nl ] et contribu-
tion des deux effets (projection et échantillonnage). Estimations calculées au moyen de simulations
Monte-Carlo, en supposant une distribution aléatoire de gouttes
intéressantes pour décrire la topologie des flammes diphasiques, et, a fortiori pour mettre en évidence
l’existence des régimes de combustion [5, 4, 20, 19]. On remarquera qu’un tel dispositif optique a été
mis en œuvre sur des écoulements diphasiques prémélangés et fortement dilués, qui ne sont donc pas
représentatifs des écoulements rencontrés dans les foyers aéronautiques [20, 19]. C’est pourquoi, dans
le cadre de cette thèse, nous avons choisi, d’une part, de mettre en œuvre un montage d’essais en
combustion diphasique non-prémélangée et, d’autre part, de mettre en place un dispositif de mesures
permettant de visualiser simultanément le brouillard de gouttes et les zones de réaction. Notre choix
s’est alors porté sur la combinaison de techniques de diagnostics optiques planaires, telles que la tomo-
graphie laser (diffusion de Mie) et la fluorescence induite par plan laser (PLIF-OH), afin d’exploiter
la propriété « bidimensionnelle » du montage expérimental. Une description détaillée du dispositif de
mesures simultanées PLIF-OH/Mie est présentée en section 6.4.
Afin de maximiser la définition des images, deux fenêtres de visualisations (A et B) ont été définies.
Les deux fenêtres correspondent respectivement à la partie haute et la partie basse du foyer. Le taux
de recouvrement des fenêtres est égal à 10 %. La figure 10.6 présente la juxtaposition des champs
moyens de PLIF-OH en aval de l’accroche-flamme. Les positions des fenêtres d’analyse, numérotées
de I à VI, sont également indiquées. Trois constats peuvent être tirés à partir de cette image.
Premièrement, on observe que la flamme n’est pas symétrique de part et d’autre de l’axe médian
du foyer (Y = 60 mm). En effet, les intensités lumineuses des radicaux OH sont plus importantes en
partie basse de la chambre. La dissymétrie de la flamme est donc directement corrélée avec la dissy-
métrie du brouillard. Deuxièmement, il est clair que la topologie de la flamme révélée par visualisation
PLIF-OH est très différente de celle obtenue au moyen de visualisation par chimiluminescence globale
(cf. figure 10.1). Le fait est que la mesure de chimiluminescence est une mesure 3D, c.-à-d. elle intègre
les émissions spontanées de radical OH* sur la profondeur de la chambre, contrairement à la mesure
PLIF-OH qui est planaire. Ces observations montrent que la flamme a une structure tridimensionnelle
174
10.2 Visualisations de la structure de flamme diphasique
complexe. Une reconstruction, plan par plan, permettrait d’étudier toute la structure interne de la
flamme. Faute de temps, une telle reconstruction n’a pas pu être réalisée. En conséquence, les visuali-
sations présentées dans la suite concernent uniquement les mesures obtenues dans le plan médian du
brouillard, au point de fonctionnement nominal.
Figure 10.6 – Champ moyen de PLIF-OH, illustrant une vue en coupe de la flamme dans le plan mé-
dian de la chambre de combustion, en aval de l’accroche-flamme - Point de fonctionnment nominal,
réactif
Les figures 10.7 et 10.8 présentent des vues en coupe instantanées de la flamme, respectivement
dans la partie haute et basse de la chambre. Les images superposent la position des gouttes (en blanc)
et la position des zones réactives (en rouge). Les positions des fenêtres d’analyse sont également in-
diquées. En premier lieu, on observe que le nombre de gouttes est relativement important en zone
proche injecteur et qu’il décroît fortement à travers la flamme. L’écoulement présente de fortes hété-
rogénéités, tant sur la répartition spatiale de gouttes que sur la position des zones de réaction. Les
séquences d’images instantanées montrent que le brouillard et la flamme évoluent au cours du temps,
ce qui traduit le caractère instationnaire de l’écoulement diphasique réactif.
Les visualisations portant sur la partie haute du foyer (cf. figure 10.7) montrent que les gouttes
et les zones de réaction coexistent, ce qui signifie qu’une partie des gouttes parvient à traverser le
front de flamme. Sur les images instantanées, la flamme semble discontinue et fragmentée en « poches
réactives » (ou poches de gaz brûlés). Ces poches ont une taille caractéristique comprise entre quelques
millimètres et plusieurs dizaines de millimètres. On remarque qu’elles présentent des contours forte-
ment plissés, ce qui traduit des interactions entre la combustion et la turbulence. Sur les images 10.7,
la présence de zones non-réactives dans le spray est également notable. Ce comportement peut s’ex-
175
Chapitre 10. Identification des régimes de combustion diphasique
pliquer par des conditions locales trop riches ou trop pauvres en vapeur de carburant et qui peuvent
conduire à des extinctions locales de la flamme. Il est cependant difficile de vérifier cette hypothèse
puisque l’information sur la concentration locale en carburant est manquante. En dernier lieu, on re-
marquera que ce comportement de flamme discontinue organisée en poches réactives (ou de gaz brûlés)
s’apparente au régime de « combustion de poches » qui a été proposé par Kerstein et al. (1982) [87]
(cf. section 4.3.3).
Figure 10.7 – Images superposant la position des gouttes (diffusion de Mie) et la position des zones
de réaction (PLIF-OH) dans la partie haute de la chambre (fenêtre A) - Points blancs : gouttes
dilatées sur 3 px, En rouge : les zones de réaction/gaz brûlés - Point de fonctionnment nominal,
réactif
176
10.2 Visualisations de la structure de flamme diphasique
Dans la partie basse du foyer, les visualisations montrent une densité en gouttes plus importante
que dans la partie haute de la chambre (cf. figure 10.8). La structure de flamme est également très
différente. On remarque, tout d’abord, que les zones de réaction sont davantage regroupées (flamme
moins fragmentée). La flamme est localisée en périphérie de la région fortement dense en gouttes, ce
qui s’apparente au régime de « combustion de groupe (externe) », selon la classification de Chiu et al.
(1977) [48] (cf. section 4.3.3).
Figure 10.8 – Images superposant la position des gouttes (diffusion de Mie) et la position des zones
de réaction (PLIF-OH) dans la partie basse de la chambre (fenêtre B) - Points blancs : gouttes
dilatées sur 3 px, En rouge : les zones de réaction/gaz brûlés - Point de fonctionnment nominal,
réactif
Sur l’ensemble de ces images, on observe que la flamme ne pénètre pas dans les zones fortement
177
Chapitre 10. Identification des régimes de combustion diphasique
denses en gouttes. Le point I(17 ;52), situé en zone proche injecteur, présente des niveaux d’émission de
radical OH quasiment nuls (cf. figure 10.6). On rappelle qu’au point I(17 ;52), le paramètre de distance
moyen C̄ est égal à 4 † , ce qui traduit un régime dense et suggère une faible pénétration de l’oxydant.
La combustion est donc impossible au point I(17 ;52). Plus en aval, on observe que les points II(31 ;63)
et V(31 ;41) se situent tous deux, en moyenne, en bordure de flamme, du côté riche (cf. figure 10.6).
Les paramètres de distance moyens sont respectivement 9 et 7 ‡ , et la probabilité de présence de zone
de réaction n’est plus nulle. Au delà encore, au point III(49 ;76) par exemple, le paramètre de distance
est d’environ 22 \ . Le point III(49 ;76) se situe dans une région diluée de l’écoulement, où l’activité de la
combustion est importante. Ce résultat traduit le fait qu’au point III(49 ;76) la plupart des gouttes ont
été évaporées et que la combustion est principalement prémélangée. D’après Crowe et al. (2011) [54],
lorsque C̄ ≥ 10, on peut considérer que les gouttes sont suffisamment éloignées les unes des autres
pour se comporter comme des gouttes isolées, et on peut s’attendre à un régime de « combustion de
gouttes isolées » (cf. section 4.3.3). Dans le cas présent, la résolution des images PLIF-OH/Mie est
vraisemblablement insuffisante pour mettre en évidence des flammes enveloppes autour de gouttes
individuelles. En conclusion, il semble clair que le paramètre de distance C̄ est un paramètre pertinent
pour analyser la structure des flammes diphasiques. En perspective, la connaissance du paramètre
de richesse locale, qui nécessite de mesurer la fraction massique locale en carburant et en air, serait
particulièrement intéressante pour caractériser les régimes de combustion diphasique.
178
Partie IV : Simulation Euler-Lagrange
instationnaire du montage
PROMÉTHÉE
179
Chapitre 11
Mise en place du calcul
Sommaire
11.1 Stratégie adoptée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 182
11.1.1 Généralités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 182
11.1.2 Démarche de validation expérimentale des simulations . . . . . . . . . . . . . 182
11.2 Caractéristiques du calcul et choix des modèles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 183
11.2.1 Composition des phases gazeuse et dispersée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 183
11.2.2 Maillage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 183
11.2.3 Conditions aux limites . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 184
11.2.4 Modélisation de l’injection . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 185
11.2.5 Modélisation lagrangienne des gouttes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 188
11.2.6 Cinétique chimique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 188
11.2.7 Couplage entre solveurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 191
11.2.8 Paramètres d’intégration temporelle et spatiale . . . . . . . . . . . . . . . . . 192
Dans ce chapitre on présente la mise en place des simulations numériques de l’écoulement dipha-
sique du montage PROMÉTHÉE. Les simulations sont réalisées à l’aide du code CEDRE développé
par l’ONERA [38]. Le code CEDRE (Calcul d’Écoulements Diphasiques Réactifs pour l’Énergétique)
est solveur multiphysique pour la simulation d’écoulements internes. Le logiciel est structuré en plu-
sieurs solveurs, chacun étant dédié à des problématiques spécifiques : écoulement monophasique, phase
dispersée, thermique, etc. Dans cette étude, les simulations numériques Euler-Lagrange sont réalisées
en couplant les solveurs CHARME, pour la phase gazeuse, et SPARTE, pour la phase dispersée.
181
Chapitre 11. Mise en place du calcul
11.1.1 Généralités
Initialement, les simulations numériques ont été utilisées comme un outil d’aide à la conception,
pour dimensionner le montage expérimental PROMÉTHÉE. Par la suite, il a été choisi de poursuivre
l’activité numérique pour deux raisons. La première raison est de permettre l’interprétation de certains
résultats expérimentaux. La seconde raison est de fournir des indications sur les paramètres de calcul
et les caractéristiques du maillage, pour préparer un futur calcul 3D en conditions réactives. Dans le
cadre de cette étude, les calculs ont porté à la fois sur l’écoulement monophasique et sur l’écoulement
diphasique non-réactif. Un calcul préliminaire non abouti de l’écoulement diphasique réactif est éga-
lement présenté.
Les simulations réalisées au cours de ce travail sont « 2D plan », c.-à-d. que l’écoulement est cal-
culé dans le plan médian du montage. Ce choix est justifié lorsque l’écoulement est « bidimensionnel »,
comme dans le montage PROMÉTHÉE. Cette simplification permet de réduire de manière significa-
tive le nombre de mailles et le coût CPU.
Afin de mettre en évidence le caractère instationnaire de l’écoulement, les calculs sont réalisés à
l’aide d’une approche RANS instatonnaire (URANS). Ce choix est justifié dans le cas particulier d’un
écoulement statistiquement périodique, c.-à-d. présentant des structures tourbillonnaires cohérentes,
comme les allées de von Kármán. Remarquons que, dans ce type d’écoulement (écoulement de canal
confiné avec la présence d’un obstacle), les modèles de turbulence k - ω de Menter (SST ou BSL † ) sont
certainement les plus utilisés [167]. La raison vient du fait que ces modèles combinent les avantages
du modèle k - ω, pour ses capacité à reproduire des couches limites attachées, et ceux du modèle k - ,
moins sensible aux conditions aux limites sur les grandeurs turbulentes. L’unique différence entre les
modèles SST et BSL provient de l’ajustement d’une constante apparaissant dans l’équation de conser-
vation de l’énergie cinétique turbulente [116]. Dans notre cas, des tests préliminaires ont montré que
le modèle k - ω BSL donne des résultats légèrement meilleurs vis-à-vis des résultats expérimentaux,
c’est pourquoi il a été retenu.
Les deux conditions opératoires ayant fait l’objet d’une caractérisation expérimentale sont rappelées
dans le tableau 11.1. Notre démarche consiste à comparer les résultats numériques et expérimentaux
pour ces deux conditions opératoires. Cette étape de validation expérimentale permet, d’une part,
de justifier le choix des paramètres de calcul, et, d’autre part, de discuter du caractère prédictif des
simulations. Dans un premier temps, les calculs de l’écoulement gazeux sont comparés aux résultats
d’expérience obtenus au point de référence. Dans un second temps, les calculs sont étendus au point
182
11.2 Caractéristiques du calcul et choix des modèles
de fonctionnement nominal, puis confrontés aux résultats expérimentaux portant sur l’écoulement
diphasique non-réactif. En dernier lieu, la mise en place d’un calcul diphasique réactif au point de
fonctionnement nominal est présentée.
Tableau 11.1 – Synthèse des conditions opératoires simulées avec le code CEDRE, et des données
expérimentales associées (pour la validation des calculs)
Dans nos calculs, on suppose initialement que l’air contient seulement du dioxygène et du diazote
dans la proportion YN2 /YO2 = 3,5 et que ce mélange obéit à la loi d’état des gaz parfaits. Les gouttes
sont composées de n-décane. Cette espèce s’évapore et devient l’espèce gazeuse C10 H22 . Dans le cas
réactif, les espèces H2 O, CO, et CO2 complètent la composition de la phase gazeuse. La fraction
massique des espèces vapeur et des produits de réaction est initialisée à zéro, et évolue en fonction de
l’évaporation des gouttes et de l’activité de la combustion.
11.2.2 Maillage
183
Chapitre 11. Mise en place du calcul
rois inférieure et supérieure de la veine sont maillées sur une dizaine de cellules. Le raffinement du
maillage est également accentué dans le sillage de l’accroche-flamme, là où la zone de recirculation est
susceptible de se développer. Au total, le maillage comporte 427 141 cellules. Le plus petit élément a
une taille de 10−3 m.
L’étude de convergence en maillage, réalisée sur l’écoulement monophasique, a montré qu’un
maillage contenant deux fois plus de cellules n’augmente pas la précision de la fréquence de déta-
chement tourbillonnaire, et qu’à l’inverse, un maillage deux fois plus grossier conduit à une fréquence
moins précise (≈ 10 % d’écart). Le maillage choisi semble donc bien adapté à notre cas d’étude.
A B
Figure 11.1 – Vue d’ensemble du maillage du montage PROMÉTHÉE et zoom. En noir : cellules
triangulaires, et en gris : cellules cartésiennes
On présente les conditions limites de la phase gazeuse dans le tableau 11.2. Pour la condition
entrante, les profils de vitesse Ug , d’énergie cinétique turbulente k sont imposés à partir des résultats
de mesures PIV réalisées dans le plenum. Le profil de vitesse est présenté en figure 7.1, et les profils
(k,ω) sont illustrés en annexe, en figure G.1. Le taux de dissipation spécifique ω est calculé par la
relation :
√
k
ω= Cµ1/4 (11.1)
`
avec Cµ une constante égale à 0,09, et l’échelle de turbulence, `, est supposée égale à 3,8 % de la
hauteur de la veine (hypothèse d’écoulement établi), soit 4,6 · 10−3 m.
En sortie, la pression atmosphérique est imposée. Un coefficient de temps de relaxation est choisi
184
11.2 Caractéristiques du calcul et choix des modèles
de manière à atténuer les perturbations numériques et à évacuer les ondes acoustiques qui pourraient
altérer l’écoulement.
Le tableau 11.3 présente les conditions limites pour la phase dispersée. La condition de paroi avec
rebond est retenue car elle permet de conserver la masse de carburant dans le domaine. Dans le modèle
de rebond fusant, on doit spécifier la valeur du coefficient de restitution énergétique ξ et les valeurs
minimale, θmin , et maximale, θmax , de l’angle entre la vitesse réfléchie et la paroi. Les valeurs par
défaut du solveur SPARTE sont utilisées ici.
185
Chapitre 11. Mise en place du calcul
spray, obtenues en conditions réelles d’écoulement, puis de définir les conditions limites d’injection
via des points d’injection numériques, lesquels sont décalés de l’injecteur. La seconde approche, dite
FIMUR (« Fuel Injection Method by Upstream Reconstruction »), développée conjointement par San-
josé (2009) [149] et Senoner (2010) [156], consiste à reconstruire les caractéristiques du brouillard
(distribution de tailles et vitesses de gouttes) directement au nez de l’injecteur. Pour nos simulations,
la première méthode n’a pas été possible du fait de l’impossibilité de caractériser le brouillard sur
toute la hauteur de la chambre (limitation imposée par les accès optiques). C’est pourquoi, l’approche
FIMUR a été retenue.
Suivant cette approche, un brouillard « flat fan » peut être facilement modélisé à partir des ca-
ractéristiques générales de l’injecteur (débit massique : ṁl , section de l’orifice d’injection : Ainj ) et
d’hypothèses basées sur les observations expérimentales (angles du spray, diamètres des gouttes). Rap-
pelons que dans cette étude, l’injecteur « flat fan » (MMP) génère un brouillard de gouttes dont les
angles d’ouverture θ1 et θ2 sont compris entre ± 75◦ , et ± 12,5◦ respectivement (cf. figure 11.2). En
faisant l’hypothèse que la quantité de mouvement du carburant est uniformément distribuée dans un
tel spray, on peut écrire l’expression des trois composantes de vitesse des gouttes en sortie d’injecteur :
ṁl
u0p = (11.3)
πρl A2inj
186
11.2 Caractéristiques du calcul et choix des modèles
où ρl est la masse volumique du n-décane (C10 H22 ) à la température d’injection (330 K), soit 730
kg/m3 . Dans notre simulation « 2D plan », le débit massique de carburant liquide ṁl correspond au
débit équivalent passant dans le plan médian du brouillard. Les résultats de la caractérisation du
spray, présentés en section 5.4, indiquent que le débit équivalent représente environ 24 % du débit
total injecté dans la chambre (1 g/s).
Figure 11.2 – Schéma du brouillard « flat spray » produit au culot de l’accroche-flamme. Dans cette
étude, les angles d’ouverture du brouillard sont θ1 ∈ [-75 ; 75]◦ et θ2 ∈ [-12,5 ; 12,5]◦
Dans le solveur lagrangien stochastique SPARTE, la phase dispersée est représentée comme un
ensemble de particules numériques. Chaque particule se voit affecter un poids correspondant à un
certain nombre de gouttes réelles. En utilisant une approche instationnaire, les gouttes numériques
sont injectées périodiquement dans le domaine de calcul, et leur déplacement est calculé selon le pas
de temps du solveur SPARTE, soit ∆tSP ART E . La procédure d’injection lagrangienne se décompose
en quatre étapes :
1. la masse de carburant injectée à chaque itération est d’abord calculée suivant la relation :
m∆t
l
SP ART E
= ṁl ∆tSP ART E (11.4)
2. des diamètres de gouttes sont générés suivant la distribution de tailles de gouttes imposée en
entrée. Ici, on suppose une distribution Log-Normale (cf. éq. 8.4), avec des diamètres moyens D10
et D32 préalablement réglés à 38 µm et 72 µm † . Dans cette étape, on vérifie systématiquement que
la masse totale des particules numériques injectées est inférieure ou égale à la masse ml∆tSP ART E :
X π
ρl d3p,i − m∆t SP ART E
≤0 (11.5)
i
6 l
†. ces réglages permettent de restituer relativement bien la distribution expérimentale de tailles de gouttes, mesurée
à X = 9 mm
187
Chapitre 11. Mise en place du calcul
et par souci de conservation, la masse de carburant qui n’a pas été injectée lors de l’itération en
cours, est reportée dans la suivante ;
3. les angles d’injection des particules sont tirées aléatoirement dans les limites des angles d’ouver-
ture du spray ;
4. les vitesses sont imposées pour chaque particule suivant les angles d’injection (cf. éq. 11.2).
Dans cette étude, le chauffage des gouttes est calculé selon le modèle de conduction infinie, ce qui
revient à négliger les gradients de température dans la goutte (cf. équation 3.66).
Les transferts massiques sont calculés à l’aide du nombre de Spalding massique, lequel est fonction
des fractions massiques de vapeur à la surface de la goutte et dans la cellule de calcul (cf. équation 3.56).
La règle du « tiers » de Hubbard et al. (1975) [82] est utilisée pour calculer les propriétés du gaz à
la surface de la goutte. Les effets convectifs sur l’évaporation sont modélisés par les corrélations de
« Ranz-Marshall » [139] lors du calcul du nombre de Sherwood (cf. équation 3.58). L’écoulement de
Stefan, intervenant lors du processus d’évaporation, est pris en compte à l’aide du modèle proposé par
Abramzon et al. (1989) [2] (cf. équation 3.60).
Le coefficient de traînée est calculé au moyen de la loi de Schiller et Naumann (cf. équation 3.39),
et la dispersion turbulente des gouttes est décrite selon le modèle de Langevin. Dans ce modèle, on
suppose que la vitesse du gaz le long de la trajectoire d’une particule est égale à la somme de la vitesse
moyenne du gaz au point considéré (partie résolue) et d’une vitesse fluctuante attachée à la particule
(partie modélisée). Cette vitesse turbulente se calcule en fonction du temps d’auto-corrélation de la
turbulence le long de la trajectoire de la particule et du processus de Wiener (cf. annexe, équation F.2).
Pour la modélisation de la combustion n-décane/air, Westbrook et al. (2009) [177] ont proposé un
mécanisme réactionnel détaillé qui fait intervenir 940 espèces et 3 878 réactions. Un tel mécanisme est
généralement réservé à des applications sur des géométries très simples, en raison de coûts et temps de
calcul prohibitifs. C’est pourquoi, dans le cadre de ce travail, il a été retenu un mécanisme réduit, en
l’occurrence le mécanisme 2S_KERO_BFER. Ce mécanisme construit à partir des travaux de Luche
(2003) [109] et proposé par Franzelli et al. (2010) [68] est basé sur un schéma cinétique à deux étapes
et fait intervenir six espèces {KERO ; N2 ; O2 ; CO2 ; CO ; H2 O}. L’espèce KERO désigne un corps
fictif dont les propriétés thermodynamiques sont déduites des principaux constituants du kérosène. En
terme de fraction massique, l’espèce KERO est constitué de n-décane C10 H22 (76,7 %), d’aromatique
C9 H12 (13,2 %) et de napthène C9 H18 (10,1 %). Le mécanisme réactionnel est décrit par :
188
11.2 Caractéristiques du calcul et choix des modèles
KERO + 10 · O2 −→ 10 · CO + 10 · H2 O (11.6)
1 κ
1 κ+
2
CO + · O2 CO2 (11.7)
2 κ−
2
Pour une meilleure prédiction de la vitesse de flamme laminaire en régime riche, Franzelli et al.
(2010) [68] ont introduit un ajustement des paramètres de la loi d’Arrhenius en fonction de la richesse
gazeuse du mélange. Suivant cette approche appelée PEA † , les taux de réaction sont multipliés par
deux fonctions correctrices f1 et f2 . La première fonction permet de corriger la vitesse de flamme,
alors que le rôle de la seconde consiste à donner le bon équilibre CO/CO2 pour les mélanges riches.
Les expressions des taux de réaction corrigés pour la réaction d’oxydation du carburant, et pour la
réaction d’oxydation du monoxyde de carbone s’écrivent respectivement comme :
avec κ la vitesse de réaction qui s’exprime selon une simple loi d’Arrhenius, fonction de la concentration
des espèces, de la température des gaz, de l’énergie d’activation Ea , de la constante pré-exponentielle
A et d’un exposant de température β :
Ea
κ = A · T β · exp − (11.10)
RT
Dans les équations 11.8 et 11.9, κ+ et κ− correspondent aux taux de réaction directe et inverse.
L’unité de la vitesse de réaction κ dépend de la somme des ordres partiels de réaction suivant :
Les paramètres de la loi d’Arrhenius non corrigés sont résumés dans le tableau 11.4.
Les fonctions de correction PEA sont définies par les équations 11.12 et 11.13.
†. « Pre-Exponential Arranged »
189
Chapitre 11. Mise en place du calcul
κ1 κ+
2 κ−
2
βs 0 0 0
nKERO,s 0.55 0 0
nO2 ,s 0.9 0.5 0
nH2 O,s 0 0 0
nCO,s 0 1.0 0
nCO2 ,s 0 0 1
Ea,s 173752 83736 371440 J
Ta,s 20898 10071 44674 K
Tableau 11.4 – Données du schéma cinétique à deux étapes de l’oxydation du KERO, d’après [68]
(∗ [A1 ] = (mol/m3 )−0.45 /s , [A+
2 ] = (mol/m )
3 −0.5 /s , [A− ] = s−1 ).
2
2
f1 (φ) = (11.12)
1 + tanh + B1 1 + tanh + C1 1 + tanh
h i h i h i
φ0,1 −φ φ−φ1,1 φ−φ2,1
σ0,1 σ1,1 σ2,1
1
" !# " !#
φ0,2 − φ B2 φ − φ1,1
f2 (φ) = 1 + tanh + 1 + tanh
2 σ0,2 2 σ1,2
" !# " !#
C2 φ − φ2,2 φ3,2 − φ
+ 1 + tanh 1 + tanh (11.13)
2 σ2,2 σ3,2
Tableau 11.5 – Coefficients pour les fonctions correctrices de la cinétique d’oxydation du KERO
proposées par [68].
Notons que ce mécanisme a été validé sur une plage de température des gaz frais Tu ∈ [300 ; 700]
K, de pression P ∈ [1 ; 12] atm et de richesse φglob ∈ [0,6 ; 2]. Ces conditions sont compatibles avec les
conditions de fonctionnement du montage PROMÉTHÉE.
Le mécanisme 2S_KERO_BFER ayant été construit sur la base de l’utilisation du kérosène de
Luche (2003) [109], il est important de vérifier que les propriétés thermodynamiques du n-décane sont
suffisamment proches de cette espèce (en terme de chaleur massique, enthalpie et entropie notamment).
Bertier et al. (2010) [23] ont montré que les propriétés thermodynamiques de l’espèce KERO sont
effectivement proches de celles du n-décane. Dans ce travail, on envisage alors une utilisation détournée
du mécanisme 2S_KERO_BFER original, en substituant l’espèce vapeur KERO avec la vapeur du
190
11.2 Caractéristiques du calcul et choix des modèles
n-décane. Dans ce cas, le mécanisme réactionnel adapté au n-décane s’écrit comme suit :
21
C10 H22 + 10 · CO + 11 · H2 O (11.14)
κ1
· O2 −→
2
1 κ+2
CO + · O2 CO2 (11.15)
2 κ− 2
En annexe (cf. figure I.1), on montre que l’utilisation du mécanisme 2S_KERO_BFER avec du
n-décane permet de restituer une vitesse de flamme laminaire prémélangée relativement proche des
données expérimentales disponibles dans la littérature.
Figure 11.3 – Principe d’un calcul en couplage bidirectionnel entre les solveurs CHARME et
SPARTE
À la fin de chaque cycle CEDRE, les données concernant la phase gazeuse vues par les gouttes sont
mises à jour dans SPARTE. Inversement, les termes sources S l→g calculés par SPARTE pour la phase
gazeuse sont transférés au solveur CHARME et sont pris en compte lors du cycle suivant. Ces termes
incluent les échanges de masse, de chaleur et de quantité de mouvement. Afin d’éviter les instabilités
numériques provoquées par d’importants termes sources issus du solveur lagrangien, on peut activer
une méthode de sous-relaxation.
191
Chapitre 11. Mise en place du calcul
Le tableau 11.6 résume les paramètres du schéma d’intégration temporelle, pour les différents cal-
culs. Pour les calculs de l’écoulement non-réactif, le pas de temps a été fixé à ∆t = 5 µs. Pour un
calcul de flamme stabilisée, les paramètres restent identiques, mais le pas de temps est abaissé à ∆t
= 1 µs.
Pour les calculs instationnaires présentés dans la suite de ce mémoire, l’intégration temporelle est
réalisée à l’aide d’un schéma implicite d’ordre 2. C’est le schéma proposé par Gear (1971) [72] qui a été
retenu ici. Ce schéma a été implanté dans CEDRE puis validé sur un cas d’épreuve de propagation de
tourbillon 2D par Sainte-Rose (2010) [146]. Au cours de cette thèse, des tests préliminaires ont mon-
tré que le schéma de Gear, paramétré avec 3 sous-itérations, est moins dissipatif que le schéma RKI2
(Runge-Kutta implicite d’ordre 2), tout en garantissant un coût de calcul équivalent. Le principal avan-
tage d’un schéma implicite est de s’affranchir en partie, voire totalement, de la contrainte de stabilité.
Pour le calcul au point de référence, l’analyse des résultats obtenus dans le sillage de l’accroche-flamme
montre que les nombres CFL † convectif et acoustique atteignent des niveaux maximum de 0,08 et 5
respectivement. Notons également que dans 80 % du domaine simulé, le CFL convectif est inférieur
à 0,06, et le CFL acoustique est inférieur à 4. Au vu des résultats présentés en section 12.1, on peut
dire que les conditions de stabilité sont suffisantes ici.
Le système linéaire issu de la phase implicite est résolu à l’aide de la méthode GMRES, dont le
principe général est rappelé par Bertier (2009) [22].
Tableau 11.6 – Paramètres du schéma d’intégration temporelle implicite pour le solveur CHARME,
calculs non-réactif
Pour finir, le tableau 11.7 présente les paramètres concernant l’intégration spatiale. Pour plus de
détails, le lecteur est invité à se référer au manuel utilisateur et théorique de la chaîne CEDRE [38].
192
11.2 Caractéristiques du calcul et choix des modèles
193
Chapitre 11. Mise en place du calcul
194
Chapitre 12
Comparaison des simulations avec
l’expérience
Sommaire
12.1 Écoulement monophasique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 195
12.2 Écoulement diphasique non-réactif . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 202
Dans ce chapitre, on compare les résultats numériques et expérimentaux pour deux conditions
opératoires bien définies. Cette étape de validation expérimentale permet, d’une part, de justifier le
choix des paramètres de calcul, et, d’autre part, de discuter du caractère prédictif des simulations. Dans
un premier temps, les calculs de l’écoulement gazeux sont comparés aux résultats d’expérience obtenus
au point de référence. Dans un second temps, les calculs sont étendus au point de fonctionnement
nominal, puis confrontés aux résultats expérimentaux portant sur l’écoulement diphasique non-réactif.
En annexe, on propose un cas d’épreuve pour valider la cinétique chimique par rapport à des données
expérimentales disponibles dans la littérature. À noter, que dans cette partie, on fera régulièrement
référence à des points de mesures (ou capteurs) lesquels sont présentés en figure 6.2.
195
Chapitre 12. Comparaison des simulations avec l’expérience
latérales, situées de part et d’autre de l’obstacle. Les lignes de courant permettent de faire ressortir
une paire de tourbillons contra-rotatifs dans le sillage de l’accroche-flamme.
Figure 12.1 – Champ moyen de vitesse longitudinale dans la chambre de combustion, obtenu par
simulation URANS - Conditions de référence
Les résultats obtenus par simulation pour la phase gazeuse sont maintenant comparés aux me-
sures PIV 2C, prises au point de référence, et ce pour quatre sections transverses. Ces sections sont
localisées à {12 ; 20 ; 40 ; 70} mm en aval de l’accroche-flamme. La comparaison des vitesses moyennes
est présentée en figure 12.2. D’après ces résultats, la simulation URANS k − ω BSL Menter reproduit
bien les différentes caractéristiques de l’écoulement gazeux moyen. Selon l’axe de la chambre, le calcul
restitue une longueur de zone de recirculation centrale équivalente à celle obtenue expérimentalement
(∼ 45 mm). La figure 12.2 montre également que le calcul représente correctement l’évolution du profil
de vitesse transversale. On constate toutefois une légère inversion de vitesse à proximité de l’axe, à la
section 20 mm. Pour les sections avales, on retrouve un accord tout à fait satisfaisant entre simulation
et mesures.
On souhaite à présent comparer l’évolution de l’énergie cinétique turbulente totale k2D obtenue par
simulation avec l’expérience. À partir de mesures PIV, il est possible d’extraire la vitesse fluctuante
pour chaque composante. Pour des mesures PIV 2C, l’énergie cinétique turbulente 2D se calcule à
196
12.1 Écoulement monophasique
Figure 12.2 – Profils moyens de vitesses longitudinale Ug,x et transversale Ug,y pour la phase gazeuse
(◦ : mesures PIV, − : calcul CHARME) - Conditions de référence
197
Chapitre 12. Comparaison des simulations avec l’expérience
1 RM S 2
k2D = · (ug,x ) + (uRM ) (12.1)
S 2
2 g,y
avec uRM
g,xi définie comme l’écart-type de la vitesse instantanée ug,xi , et « • » l’opérateur de moyenne
S
temporelle. En définissant Ug,xi la vitesse moyenne temporelle selon la composante xi (égale à ug,xi ),
l’écart-type de la vitesse instantanée s’écrit :
Contrairement aux mesures expérimentales, dans une simulation URANS, l’énergie cinétique tur-
bulente totale n’est pas directement accessible. Pour l’obtenir, on doit utiliser la décomposition triple
de la vitesse instantanée, ce qui donne :
où Ug est la vitesse moyenne temporelle (composante continue), ũg la partie des fluctuations
cohérentes de vitesse (composante périodique), et u00g la partie des fluctuations stochastiques de vitesse
(composante aléatoire) [142, 104]. Il est à présent possible de décomposer en trois termes l’expression
de l’énergie cinétique turbulente totale 2D :
1 1
k2D = (ũg,x )2 + (ũg,y )2 + (u00g,x )2 + (u00g,y )2 + ũg,x · u00g,x + ũg,y · u00g,y (12.4)
|2 {z } |2 {z } | {z }
I II III
Dans cette équation, le terme I correspond à la partie résolue de l’énergie cinétique suivant l’ap-
proche URANS (fluctuations provoquées par le passage des tourbillons périodiques). Le second terme
de l’équation 12.4 correspond à la contribution énergétique des fluctuations turbulentes aléatoires [104].
Or, puisque le modèle de turbulence k − ω utilisé repose sur l’hypothèse de Boussinesq et que le calcul
est 2D et incompressible † , on montre que le terme II correspond exactement à deux tiers de l’énergie
cinétique turbulente modélisée. Le dernier terme III, qui contient les produits croisées, est nul suivant
l’approche URANS, car on suppose que la turbulence de fond et le mouvement organisé (périodique)
de l’écoulement sont décorrélés [142]. Ainsi, on peut calculer l’énergie cinétique turbulente totale k2D
dans la simulation, en utilisant l’énergie cinétique résolue (k2D,RES ) et l’énergie cinétique modélisée
(k2D,M OD ).
La figure 12.3 présente la comparaison de k2D entre la simulation et l’expérience (courbe bleue
et noire respectivement). Dans l’ensemble, on retrouve un accord tout à fait satisfaisant entre le cal-
cul et les mesures. Le trait vert, qui correspond à la partie résolue de l’énergie cinétique turbulente
(k2D,RES ), montre que la production d’énergie fluctuante est principalement provoquée par le passage
des tourbillons dans la chambre. De plus, on constate que le rapport k2D,RES /k2D,M OD augmente avec
†. nombre de Mach inférieur 0,3
198
12.1 Écoulement monophasique
la distance à l’accroche-flamme, ce qui signifie que l’énergie des allées de von Kármán s’atténue moins
vite que l’énergie cinétique turbulente modélisée.
[k2D
SIM U ], − : partie résolue du calcul CHARME [k2D,RES ]. Avec k2D
SIM U = k2D,RES + k2D,M OD -
Conditions de référence
Une autre étape de validation des simulations consiste à vérifier que le calcul restitue convenable-
ment le phénomène de détachement tourbillonnaire. Pour cela, on compare les spectres de pression
entre l’expérience et la simulation. Dans les deux cas, deux prises de pression ont permis de mesurer le
signal de pression différentielle ∆P entre la partie inférieure et supérieure de l’accroche-flamme. L’ana-
lyse du signal consiste à supprimer la composante continue du signal et à appliquer une transformation
de Fourier rapide (FFT) à celui-ci. La figure 12.4 montre la comparaison du spectre expérimental (noir)
et du spectre obtenu par simulation (bleu). On constate un très bon accord entre les deux résultats,
le pic de fréquence étant localisé à environ 33 Hz dans les deux cas.
199
Chapitre 12. Comparaison des simulations avec l’expérience
Figure 12.4 – Densités spectrales de puissance obtenues à partir du signal de pression (repère
log-log). Mesure expérimentale/calcul CHARME - Conditions de référence
Figure 12.5 – Évolution des vitesses longitudinale et transversale de la phase gazeuse au cours du
cycle de détachement tourbillonnaire, au niveau du capteur J1 (53 ;100)X,Y [mm] - (< . > : opérateur
de moyenne de phase) - : mesures PIV, • : calcul CHARME - Conditions de référence
200
12.1 Écoulement monophasique
Figure 12.6 – Évolution des vitesses longitudinale et transversale de la phase gazeuse au cours du
cycle de détachement tourbillonnaire, au niveau du capteur J2 (53 ;60)X,Y [mm] - (< . > : opérateur
de moyenne de phase) - : mesures PIV, • : calcul CHARME - Conditions de référence
Figure 12.7 – Évolution des vitesses longitudinale et transversale de la phase gazeuse au cours du
cycle de détachement tourbillonnaire, au niveau du capteur J3 (53 ;20)X,Y [mm] - (< . > : opérateur
de moyenne de phase) - : mesures PIV, • : calcul CHARME - Conditions de référence
201
Chapitre 12. Comparaison des simulations avec l’expérience
202
12.2 Écoulement diphasique non-réactif
Figure 12.8 – Profils moyens de vitesses et de diamètres de goutes dans le plan médian du brouillard.
Deux traversées verticales à X = {9 ; 53} mm. : mesures PDI, • : calcul CHARME-SPARTE -
Point de fonctionnement nominal, non-réactif
Le calcul restitue correctement le pic de fréquence mesuré sur le montage PROMÉTHÉE, qui corres-
pond à la signature des allées de von Kármán. Notons également que, conformément aux observations
expérimentales, le signal de pression numérique est très peu altéré par l’injection de gouttes dans le
domaine de calcul. Ce résultat confirme que le chargement en masse liquide du brouillard est suffi-
samment faible pour que les gouttes ne perturbent pas le mécanisme de détachement tourbillonnaire.
Figure 12.9 – Densités spectrales de puissance obtenues à partir du signal de pression (repère log-
log). Mesure expérimentale/calcul CHARME-SPARTE - Point de fonctionnement nominal,
non-réactif
203
Chapitre 12. Comparaison des simulations avec l’expérience
De la même manière que pour la phase gazeuse, il est possible de conditionner en phase les données
numériques portant sur la phase liquide. Une nouvelle fois, c’est le signal de pression différentielle
∆P qui est utilisé comme signal de référence. La figure 12.10 présente la moyenne de phase de la
vitesse transversale instantanée des gouttes up,y , dans le cas expérimental (noir), et dans la simulation
(bleu), au niveau du capteur J2 (53 ;60). Cette analyse montre que la simulation restitue globalement
bien la dynamique périodique des gouttes transportées par les structures tourbillonnaires à grandes
échelles. On constate malgré tout des écarts en terme de déphasage et d’amplitude entre les deux
courbes. Le déphasage observé entre le calcul et l’expérience change de signe par rapport aux conditions
de référence (cf. figure 12.6). Malheureusement, l’absence de données expérimentales pour la phase
gazeuse au point de fonctionnement nominal ne permet pas d’expliquer ce comportement.
204
Chapitre 13
Analyse des résultats de simulation
Sommaire
13.1 Interactions gaz/gouttes [non-réactif ] . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 205
13.1.1 Relaxation des gouttes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 205
13.1.2 Dispersion des gouttes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 208
13.2 Structure de la flamme diphasique [réactif ] . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 212
L’intérêt principal d’une simulation de type URANS est sa capacité à capturer des structures ins-
tationnaires cohérentes (à grandes échelles) avec un coût CPU modéré par rapport à une approche
LES plus précise. En outre, l’approche URANS est bien adaptée pour réaliser des traitements condi-
tionnels et des moyennes de phase. Ici, on souhaite tirer profit de cette spécificité pour caractériser
la dynamique périodique de l’écoulement inerte. Comme dans l’expérience, le traitement conditionnel
des simulations sera basé sur le signal de pression différentielle, ∆P , mesuré de part et d’autre de
l’accroche-flamme. Pour cette étude, deux points d’analyse sont traités : le capteur J2 (53 ;60) et le
205
Chapitre 13. Analyse des résultats de simulation
capteur L2 (120 ;60). Les deux capteurs sont situés sur l’axe médian de la chambre. On rappelle que le
premier capteur est situé juste à l’extrémité de la zone de recirculation moyenne et le second dans la
couche de mélange (cf. figure 6.2). Les figures 13.1 et 13.2 présentent l’évolution des vitesses longitudi-
nale et transversale pour les deux points, à la fois pour la phase gazeuse et pour la phase dispersée, au
cours du cycle de détachement tourbillonnaire. Le tableau H.1, placé en annexe, présente une synthèse
de ces résultats.
En premier lieu, on observe que le glissement moyen des gouttes, caractérisé par la différence de
vitesses moyennes entre la phase dispersée et la phase gazeuse, diminue entre J2 (53 ;60) et L2 (120 ;60)
(cf. annexe, tableau H.1). Ce résultat implique que toutes les gouttes n’ont pas atteint l’équilibre
dynamique avec le gaz au point J2 (53 ;60), et, en particulier, qu’une partie d’entre elles a toujours
en mémoire les conditions d’injection, c.-à-d. avec une quantité de mouvement accentuée suivant la
composante longitudinale.
L’évolution de comportement dynamique des gouttes entre les points J2 (53 ;60) et L2 (120 ;60) est
décrite par deux phénomènes :
1. les gouttes sont de moins en moins influencées par les conditions d’injection ;
2. entre ces deux points, le diamètre arithmétique moyen des gouttes diminue, du fait de leur éva-
poration (cf. annexe, tableau H.1). En conséquence, les gouttes sont moins inertielles au point
L2 (120 ;60) (τp diminue).
(a) Capteur J2 (53 ;60)X,Y [mm] (b) Capteur L2 (120 ;60)X,Y [mm]
•
Figure 13.1 – Évolution des vitesses longitudinales pour la phase gazeuse ( ) et la phase dispersée
(•), au cours du cycle de détachement tourbillonnaire - (< . > : opérateur de moyenne de phase)-
Données obtenues par simulation CHARME-SPARTE - Point de fonctionnement nominal
La figure 13.3 présente les corrélations diamètre/vitesse longitudinale des gouttes au niveau des
206
13.1 Interactions gaz/gouttes [non-réactif ]
(a) Capteur J2 (53 ;60)X,Y [mm] (b) Capteur L2 (120 ;60)X,Y [mm]
•
Figure 13.2 – Évolution des vitesses transversales pour la phase gazeuse ( ) et la phase dispersée
(•), au cours du cycle de détachement tourbillonnaire - (< . > : opérateur de moyenne de phase) -
Données obtenues par simulation CHARME-SPARTE - Point de fonctionnement nominal
points J2 (53 ;60) et L2 (120 ;60). Au point J2 (53 ;60) (cf. figure 13.3(a)), les gouttes inférieures à 50
µm sont caractérisées par des vitesses longitudinales indépendantes du diamètre, ce qui suggère que
ces gouttes se comportent comme des traceurs d’écoulement. À l’inverse, pour les gouttes plus grandes
que cette taille critique, on observe une dépendance entre leur diamètre et leur distribution de vitesse
longitudinale (moyenne et variance). Il est notable que plus les gouttes sont grandes, plus leur quantité
de mouvement est élevée et moins la dispersion de vitesse est importante. Ceci est révélateur d’un com-
portement de gouttes inertielles. On remarque également qu’au point L2 (120 ;60) (cf. figure 13.3(b)),
la proportion de gouttes dont la vitesse longitudinale est indépendante du diamètre est plus grande
qu’au point J2 (120 ;60). En effet, les gouttes inférieures à 70 µm se comportent de traceur. Par la
suite, on verra en figure 13.4 que les gouttes inférieures à ce diamètre critique sont dispersées par les
structures tourbillonnaires.
En annexe, dans le tableau H.1, on présente les écart-types de vitesses pour la phase gazeuse et
pour la phase dispersée. Les résultats montrent une atténuation des fluctuations de l’écoulement ga-
zeux entre les points J2 (53 ;60) et L2 (120 ;60). On remarque aussi que cette réduction est accentuée
suivant la composante longitudinale de vitesse. Concernant la phase liquide, on note, d’une part, une
augmentation des fluctuations (cf. tableau H.1), et, d’autre part, une dynamique du brouillard en
phase avec la dynamique globale du gaz (cf. figure 13.2).
Un autre constat intéressant est que les vitesses des gouttes sont plus proches de celles du gaz
suivant la composante transversale que suivant la composante longitudinale. Afin d’expliquer cette
différence de comportement, deux hypothèses sont envisagées :
207
Chapitre 13. Analyse des résultats de simulation
1. les conditions d’injection induisent un glissement plus fort des gouttes suivant la composante
longitudinale, ce qui retarde l’équilibre dynamique des gouttes dans cette direction. À l’inverse,
l’équilibre entre les deux phases se fait plus rapidement suivant la composante transverse car
l’écart de vitesse initial est plus faible ;
2. la pulsation longitudinale du gaz « vue » par les gouttes est deux fois plus grande que la pulsa-
tion transversale † . De fait, l’effet d’inertie est amplifié suivant la composante longitudinale. Ce
phénomène est caractérisé par l’expression du nombre de Stokes :
τp · ωxi
Stωxi = (13.1)
2π
De cette expression, il apparaît qu’une pulsation ωxi plus grande entraîne un nombre de Stokes
plus grand, et conduit a fortiori à une diminution de l’effet d’entraînement des gouttes par le
fluide.
(a) Capteur J2 (53 ;60)X,Y [mm] (b) Capteur L2 (120 ;60)X,Y [mm]
Figure 13.3 – Nuage de points caractérisant les corrélations diamètre/vitesse longitudinale des
gouttes aux capteur J2 et L2 - Données obtenues par simulation CHARME-SPARTE - Point de
fonctionnement nominal
À présent, on souhaite étudier la manière dont les gouttes sont dispersées dans la chambre du
montage PROMÉTHÉE, en conditions inertes. La démarche retenue consiste à analyser, en détail, un
champ aérodiphasique instantané. Sur la figure 13.4, le champ instantané du critère de vorticité Q
met en évidence quatre structures tourbillonnaires. Les tourbillons sont colorés en fonction du signe de
vorticité, à savoir en bleu pour le sens horaire et en rouge pour le sens trigonométrique. On constate
ainsi que les tourbillons sont contrarotatifs deux à deux, ce qui est caractéristique des allées de von
Kármán. Conformément aux visualisations PIV (cf. figure 7.6), la taille caractéristique des tourbillons
correspond approximativement à la moitié de la hauteur de chambre, soit 60 mm. Concernant la phase
†. ce comportement est dû au battement de la zone de recirculation (mouvement d’« aller-retour » à chaque passage
d’un tourbillon
208
13.1 Interactions gaz/gouttes [non-réactif ]
liquide, cinq classes de tailles de gouttes ont été définies : C1 ([1 ; 30] µm), C2 ([30 ; 50] µm), C3 ([50 ;
70] µm), C4 ([70 ; 90] µm) et C5 ([90 ; 110] µm). Les résultats montrent qu’en fonction de leur taille, les
gouttes s’organisent de manière différente vis-à-vis du champ gazeux. En effet, sur la figure 13.4, on
observe que pour les plus petites gouttes sont principalement concentrées en périphérie des structures
tourbillonnaires cohérentes. Ce type de comportement est révélateur d’un phénomène de concentration
préférentielle de gouttes. L’apparition du phénomène vient de la compétition entre la force centrifuge
et la force de traînée des gouttes, ce qui entraîne à une accumulation de particules dans les zones
de faible vorticité, en l’occurrence à l’extérieur des structures tourbillonnaires. On remarque que le
phénomène de ségrégation préférentielle est visible jusqu’à une taille critique d’environ 70 µm. Au-delà,
pour les classes C4 ([70 ; 90] µm) et C5 ([90 ; 110] µm) par exemple, le phénomène n’est plus visible, et
les gouttes semblent dispersées de manière aléatoire dans la chambre.
Afin d’approfondir cette observation, on calcule le nombre de Stokes suivant trois échelles de
l’écoulement fluctuants (Kolmogorov, intégrale, structures cohérentes) à partir du champ instantané
et en utilisant le diamètre arithmétique moyen du brouillard comme diamètre de référence (D10 ≈ 35
µm). On rappelle que le temps de relaxation des gouttes τp s’écrit :
ρl d2p
τp = (13.2)
18µair
Échelle de Kolmogorov qui correspond la plus petite échelle de la turbulence. Dans ce cas, le
temps caractéristique s’écrit :
r
νg
τK = (13.3)
et le nombre de Stokes relatif à l’échelle de Kolmogorov s’exprime :
τp
StK = (13.4)
τK
Les résultats montrent que le nombre de Stokes de Kolmogorov est très supérieur à l’unité dans
l’ensemble du champ (StK ∈ [4 ; 8]), ce qui signifie que les gouttes sont inertielles vis-à-vis de l’échelle
de Kolmogorov. De fait, on peut considérer que l’effet du micro-mélange, qui tend à « diffuser » spa-
tialement les gouttes, est très faible dans la configuration PROMÉTHÉE.
Échelle intégrale des grandes structures de la turbulence Shuen et al. (1983) [159] donnent
la définition de la durée de vie des tourbillons † :
LE
τE = (13.5)
|u0f |
209
Chapitre 13. Analyse des résultats de simulation
avec |u0f | la fluctuation de vitesse du gaz qui est égale à (2k/3)1/2 (turbulence isotrope), et l’échelle
de longueur des tourbillons les plus énergétiques, LE , qui s’écrit :
3/4
Cµ k 3/2
LE = (13.6)
L’expression du nombre de Stokes StE est finalement :
τp
StE = (13.7)
τE
Pour cette échelle, on constate que les gouttes dont la taille est inférieure au diamètre arithmétique
moyen sont caractérisées par un nombre de Stokes StE inférieur ou égal à un. On peut donc penser
que les gouttes appartenant à la classe C1 ([1 ; 30] µm) sont influencées par les structures turbulentes
à grandes échelles.
Échelle des structures cohérentes à grandes échelles avec fT la fréquence des allées de von
Kármán. Le nombre de Stokes Stω est calculé comme suit :
Stω = τp fT (13.8)
Pour le diamètre de référence, le nombre de Stokes associé aux structures cohérentes est égal à 7,2
·10−2 , donc beaucoup plus petit que l’unité. Ce résultat traduit le fait que les gouttes appartenant à
la classe C1 ([1 ; 30] µm) sont fortement influencées par les allées de von Kármán. On notera que l’effet
de ségrégation préférentielle est visible pour les gouttes inférieures à 70 µm, soit Stω < 0, 29.
210
13.1 Interactions gaz/gouttes [non-réactif ]
dP = [1 ; 30] μm
Figure 13.4 – Champ instantané représentant le critère Q de la phase gazeuse, ainsi que la répartition
spatiale des gouttes suivant leur appartenance à une classe de diamètres. La taille des cercles est
proportionnelle à la taille des gouttes. Les couleurs sont représentatives de leur températures
211
Chapitre 13. Analyse des résultats de simulation
~ F ∇Y
∇Y ~ Ox
F= (13.9)
~ F ∇Y
||∇Y ~ Ox ||
où l’opérateur ∇
~ définit le gradient spatial et YF et YOx sont les fractions massiques de carburant
gazeux et d’oxydant. Afin de représenter l’indice de Takeno uniquement dans les zones réactives, on
utilise un indice de Takeno « réactif », Freac , qui est conditionné par la valeur absolue du taux de
dégagement de chaleur W˙ T :
Un indice de Takeno positif dans la flamme indique une combustion prémélangée, tandis qu’un
indice négatif indique une combustion non-prémélangée (flamme de diffusion).
Nos premiers résultats indiquent que la flamme est principalement non-prémélangée (flamme de
diffusion). Au niveau du front de flamme, la richesse locale est proche des proportions stœchimétriques
(φloc = 1), et la température des gaz y est maximale (2 300 K environ). Plus en aval, la richesse et la
212
13.2 Structure de la flamme diphasique [réactif ]
température diminue. On constate également la présence d’une zone de flamme de prémélange, moins
puissante. On peut penser ici que ce front est dû à la vapeur de carburant présente à l’extérieur du
front de flamme et qui est issue des gouttes l’ayant traversé.
Figure 13.5 – Champ instantané du taux de dégagement [W/m3 ] (échelle logarithmique de base 10)
superposé avec la position des gouttes. Gouttes dilatées pour être bien visibles (facteur 7) - calcul
CHARME-SPARTE - Point de fonctionnement nominal, réactif
213
Chapitre 13. Analyse des résultats de simulation
Figure 13.6 – Profils de richesse locale, de température et de l’indice de Takeno réactif extraits le
long de la ligne Y = 60 mm - calcul CHARME-SPARTE - Point de fonctionnement nominal, réactif
214
Partie V : Conséquence de l’effet de
proximité sur l’évaporation et la
combustion de gouttes
215
Chapitre 14
Modélisation de la distribution spatiale
de gouttes dans un brouillard
Sommaire
14.1 Distribution de la plus proche voisine . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 218
14.1.1 Approche théorique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 218
14.1.2 Approche numérique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 220
14.2 Effets de « clustering » . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 221
14.3 Perspective d’application . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 223
14.3.1 Limites actuelles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 223
14.3.2 Vers un modèle multi-état . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 224
14.3.3 Influence du choix de la distribution spatiale de gouttes . . . . . . . . . . . . 225
Dans ce chapitre, trois points sont abordés. Dans un premier temps, on propose une revue théo-
rique sur la distribution spatiale aléatoire de gouttes dans un brouillard. À partir des distributions
théoriques, on dérive des valeurs de distance inter-gouttes moyennes et d’écart-type qui pourront être
utilisées dans le cadre d’une modélisation. Dans un second temps, on s’intéresse à l’effet de « cluste-
ring », et on analyse son impact sur les valeurs de distance inter-gouttes moyenne et d’écart-type en
se basant sur des résultats de simulations DNS-DPS. Enfin, on étudie la conséquence de l’hypothèse
faite sur la distribution spatiale de gouttes dans le cadre d’une modélisation macroscopique de la
combustion diphasique hétérogène.
217
Chapitre 14. Modélisation de la distribution spatiale de gouttes dans un brouillard
La connaissance des lois statistiques gouvernant la distribution spatiale de gouttes est essentielle
pour modéliser les interactions « goutte à goutte » dans un brouillard. Hertz (1909) [80] et Chandra-
sekhar (1943) [40] ont proposé une distribution statistique permettant de calculer la probabilité pour
une goutte donnée d’avoir sa plus proche voisine à une certaine distance. Cette distribution suppose
un domaine à géométrie sphérique (dépendance en r uniquement), d’extension infinie et d’une densité
volumique moyenne en gouttes notée nl .
Analyse 3D Soit H la fonction de distribution de la plus proche voisine, que l’on appellera distri-
bution de Hertz-Chandrasekhar dans ce manuscrit. Elle vérifie :
Z ∞
H(Di ) dDi = 1 (14.1)
0
avec Di la distance euclidienne minimale entre une goutte quelconque et toutes les autres présentes
dans le spray, c.-à-d. la distance à la plus proche voisine.
La probabilité dp(Di ), égale à H(Di ) dDi , correspond à la probabilité de trouver la plus proche
voisine dans la région r ∈ [Di ; Di + dDi ]. Cette probabilité se décompose comme le produit de deux
probabilités élémentaires : p0 (Di ) et dp00 (Di ) :
La première probabilité, p0 (Di ), correspond à la probabilité qu’aucune autre goutte ne soit présente
dans la sphère de rayon r < Di . En supposant une distribution spatiale de gouttes parfaitement
aléatoire, cette probabilité peut s’estimer à l’aide d’une loi de Poisson :
λk
P(λ, k) = exp(−λ) (14.3)
k!
avec k, un entier naturel, qui correspond au nombre de gouttes voisines que l’on suppose dans un
volume donné et λ le nombre moyen de gouttes dans ce volume. Le paramètre λ se calcule simplement
comme le produit de la densité volumique moyenne de gouttes nl par le volume considéré. Ainsi, pour
exprimer la probabilité p0 (Di ) à partir de la loi de Poisson, on pose :
k = 0
4 (14.4)
λ = πnl Di3
3
218
14.1 Distribution de la plus proche voisine
4
p0 (Di ) = exp − πnl Di3 (14.5)
3
La seconde probabilité, dp00 (Di ), correspond à la probabilité qu’au moins une goutte se trouve dans
l’enveloppe sphérique externe, soit r ∈ [Di ; Di + dDi ]. La probabilité se calcule alors par la relation
suivante :
La combinaison des équations 14.2, 14.5 et 14.6 mène à l’expression de la distribution de Hertz-
Chandrasekhar :
4
H(Di ) = 4πnl Di2 · exp − πnl Di3 (14.7)
3
À partir de cette expression, il est possible de calculer l’espacement moyen entre chaque goutte et
sa plus proche voisine, pour une densité fixée nl :
Z ∞
E[Di | nl ] = Di H(Di ) dDi (14.8)
0
3
1/3 Z ∞
E[Di | nl ] = exp(−u)u1/3 du (14.9)
4πnl 0
4
u = πnl Di3
3 (14.10)
du = 4πn D 2 dD
l i i
et en utilisant la fonction gamma Γ(z) pour calculer l’intégrale, on en déduit une expression analytique :
3 4
1/3
E[Di | nl ] = Γ nl −1/3 (14.11)
4πnl 3
Par extension, on peut calculer la variance, VAR[Di | nl ], des distances entre chaque goutte et sa
plus proche voisine, selon :
Z ∞
VAR[Di | nl ] = (Di − E[Di | nl ])2 H(Di ) dDi (14.13)
0
219
Chapitre 14. Modélisation de la distribution spatiale de gouttes dans un brouillard
3 5 4
2/3 2 !
VAR[Di | nl ] = Γ −Γ nl −2/3 (14.14)
4πnl 3 3
On obtient alors l’expression de l’espacement moyen entre gouttes voisines dans un plan, pour une
densité surfacique de gouttes donnée :
De la même façon, dans un plan, l’écart-type de la distance inter-gouttes voisines s’exprime selon :
220
14.2 Effets de « clustering »
Les résultats montrent que le programme restitue fidèlement les valeurs théoriques. Par conséquent, le
programme est validé et peut être utilisé pour traiter des données expérimentales ou numériques. Dans
la section suivante, on cherche à savoir si l’analyse faite sur la distance entre plus proches voisines est
capable de capturer des effets de « clustering ».
Tableau 14.1 – Comparaison des coefficients multiplicateurs α et β entre une distribution aléatoire
théorique (distribution de Hertz-Chandrasekher) et une distribution aléatoire obtenue par simulation
Monte-Carlo (échantillons > 20 000 gouttes), pour différentes géométries de domaine
Les lois statistiques décrivant la distribution spatiale de particules dans un écoulement sont d’un
grand intérêt et ont été étudiées depuis plusieurs décennies. La loi de Poisson, qui permet de décrire une
distribution parfaitement aléatoire de gouttes, est probablement la plus utilisée. Cependant, Kostinski
et al. (2000) [93] ont montré que dans certains conditions, la distribution spatiale de particules peut
s’éloigner d’une simple loi de Poisson, en particulier lorsque des effets de « clustering » apparaissent.
En général, ces effets sont mis en évidence à l’aide d’un indice de « clustering » noté CI et défini
comme :
(δnl )2
CI = −1 (14.19)
nl
avec nl et (δnl )2 la densité volumique de gouttes moyenne et son écart-type mesurées dans un volume
∆V .
Cet indice permet de quantifier l’écart d’une distribution de gouttes par rapport à une distribution
221
Chapitre 14. Modélisation de la distribution spatiale de gouttes dans un brouillard
parfaitement aléatoire (loi de Poisson). Si CI = −1 alors les particules sont distribuées de manière
régulière (gouttes équidistantes). À l’inverse, lorsque CI > 0, les particules sont agglomérées (distri-
bution hétérogène). On notera que le principal inconvénient de l’indice CI est d’être dépendant de la
taille du volume ∆V .
À présent, on veut savoir si une analyse basée sur les distances entre gouttes voisines est pertinente
pour mettre en évidence des effets de « clustering ». Notre démarche consiste à étudier l’influence du
niveau de « clustering » sur les valeurs des coefficients de proportionnalité α et β :
E[Di | nl ] = α · nl −1/3
(14.20)
SD[D | n ] = β · nl −1/3
i l
Pour cette étude, on analyse des résultats de simulations diphasiques de type DNS-DPS † , portant
sur la dispersion de particules solides placées dans un écoulement gazeux à turbulence homogène et
isotrope. Ces simulations ont été réalisées par Fede et al. (2015) [65].
Dans leurs simulations, le domaine de calcul représente un cube de 128 mm de côté. Le gaz est
assimilable à de l’air dans les conditions de pression et de température ambiantes. Les particules
solides sont sphériques et monodisperses (dp = 600 µm). Au total, on dénombre 450 000 particules
dans le domaine, ce qui correspond à une densité volumique moyenne d’environ 215 gouttes/cm3 . Les
collisions inter-particules sont prises en compte par un modèle de rebond élastique.
La base de données est constituée de six simulations correspondant chacune à un nombre de Stokes
particulier, compris entre [0,22 ; 4,58]. Ici, le nombre de Stokes est défini comme le rapport entre le
temps de relaxation des particules et le temps lagrangien de la turbulence le long de la trajectoire des
particules † , soit :
τp
St = (14.21)
τft @p
La figure 14.1 présente des vues en coupe du domaine de calcul pour différentes valeurs de nombre
de Stokes. Dans le cas St = 0,22, on observe la présence de fortes hétérogénéités sur la concentration
en particules, c.-à-d. des particules organisées en « cluster ». Comparativement, dans le cas St = 1,7
par exemple, la distribution apparait nettement plus uniforme.
Le traitement que l’on applique aux résultats de simulations comprend trois étapes. La première
consiste à diviser le domaine de calcul en sous-domaines d’analyse, de forme cubique. Deux tailles de
sous-domaines sont étudiées : 30 mm et 45 mm, ce qui permet d’obtenir des échantillons moyens de 6
000 et 20 000 particules respectivement. La deuxième étape du traitement consiste, pour l’ensemble
des sous-domaines d’analyse, à calculer l’espacement entre chaque goutte et sa plus proche voisine
(distance euclidienne minimale). La dernière étape consiste à calculer l’espacement moyen et l’écart-
type des distances entre gouttes voisines, afin d’évaluer les coefficients α et β.
222
14.3 Perspective d’application
Figure 14.1 – Influence du nombre de Stokes (éq. 14.21) sur la dispersion des particules - Extrait
des simulations DNS-DPS de Fede et al. (2015) [65]
Les valeurs des deux coefficients sont présentées en fonction du nombre de Stokes en figure 14.2. Les
résultats montrent que plus le nombre de Stokes est grand, plus les coefficients α et β s’approchent des
valeurs asymptotiques de la distribution de Hertz-Chandrasekhar (0,5539 et 0,2013 respectivement).
À l’inverse, plus le nombre de Stokes est petit, plus la distance entre gouttes voisines est faible, et
plus l’écart-type est important. Dans le cas où St = 0,22, on note un écart de 10 % entre la valeur
du coefficient α des simulations et celui obtenu par la théorie (distribution aléatoire uniforme). On
constatera que les résultats sont proches pour les deux tailles de fenêtre testées.
En conclusion, cette étude montre que des effets de « clustering » peuvent être mis en évidence en
analysant simplement les distances entre particules voisines. La méthode est donc opérante et s’avère
être une alternative intéressante à l’étude de l’indice de « clustering » CI. Par ailleurs, cette étude
montre que la distribution spatiale de particules inertielles s’apparente à une distribution parfaitement
aléatoire.
223
Chapitre 14. Modélisation de la distribution spatiale de gouttes dans un brouillard
Le mode V est représenté par le modèle classique de Spalding (cf. section 3.3.4), sans correction
particulière. Le mode E est représenté par une extension du modèle de Spalding, en prenant en compte
des termes sources, liés à la réaction, dans les équations de conservation avec l’hypothèse d’une réaction
224
14.3 Perspective d’application
π
r
Direg = 3
dp = nl −1/3 (14.22)
6αl
avec Direg l’espacement régulier, et nl la densité volumique de gouttes.
Par la suite, nous proposons de discuter l’hypothèse de distribution régulière dans le cadre d’une
modélisation en combustion diphasique.
Précédemment, nous avons montré que la distribution régulière ne permet pas de représenter
convenablement la distribution spatiale de gouttes dans un brouillard. En général, une distribution
aléatoire uniforme semble plus réaliste, en particulier lorsque les gouttes sont inertielles vis-à-vis du
champ gazeux † . Ici, on souhaite savoir dans quelle mesure l’hypothèse de distribution régulière, faite
dans le modèle MuStARD, influe sur les résultats, notamment sur le débit d’évaporation global des
particules numériques, Ẇp , calculé à chaque itération. Pour cela, on considère un cas analytique simple :
une particule numérique représentant un ensemble de N gouttes réelles, placée dans un écoulement
d’air au repos. On suppose que la particule numérique se trouve initialement en mode V et que
les conditions environnantes sont telles que la transition vers le mode E est possible si le critère de
proximité est respecté, c.-à-d. que l’espacement moyen entre gouttes est supérieur au diamètre de
flamme enveloppe d’une goutte isolée.
Soit pV la probabilité que les gouttes réelles restent en mode V à la fin de l’itération. Suivant le
modèle MuStARD, qui suppose une distribution régulière de gouttes (gouttes équidistantes), le critère
†. temps de relaxation des gouttes supérieur au temps caractéristique de l’échelle intégrale de la turbulence
225
Chapitre 14. Modélisation de la distribution spatiale de gouttes dans un brouillard
df
dp Di reg Diluted
Di reg > df
Dense
Di reg < df
⇒ pV = 1 (mode V )
D reg < df
Distribution régulière : (14.23)
i
D reg > d
i f ⇒ pV = 0 (mode E)
Si maintenant on suppose une distribution parfaitement aléatoire de gouttes, alors la distance entre
gouttes voisines, Di , peut être décrite à l’aide de la distribution de Hertz-Chandrasekhar, H(Di ) (cf.
équation 14.7). Dans ce cas, contrairement au modèle MuStARD, toutes les gouttes réelles ne sont
pas traitées de la même façon car elles ont une certaine probabilité d’être en mode V ou en mode E.
À la fin d’une itération, la proportion de gouttes en mode V est alors égale à N · pV , tandis que la
proportion de gouttes en mode E est égale à N · (1 − pV ). Pour une distribution aléatoire uniforme,
la probabilité pV est égale à la probabilité que la distance inter-goutte Di soit inférieure au diamètre
226
14.3 Perspective d’application
Z df
Distribution aléatoire uniforme : pV = p(Di < df ) = H(Di )dDi
0
(14.24)
4
= 1 − exp − πnl d3f
3
Visuellement, la probabilité pV représente l’aire sous la courbe coloriée en bleu sur la figure 14.4.
À présent, on définit le débit d’évaporation global d’une particule numérique, Ẇp comme :
avec N le nombre de gouttes réelles dans la particule numérique (ou poids numérique), ṁV le débit
d’évaporation d’une goutte isolée en évaporation « pure » (mode V), et ṁE le débit d’évaporation
d’une goutte isolée entourée d’une flamme enveloppe.
Pour nos calculs, on considère que la particule numérique est immergée dans un écoulement d’air
au repos, à 1 200 K et à pression atmosphérique. Les gouttes sont composées de n-heptane et ont un
diamètre dp égal à 100 µm. Dans ces conditions, on a : ṁV ≈ 4,75 · 10−8 kg/s † , et ṁE ≈ 9,16 · 10−8
kg/s ‡ , et df ≈ 900 µm ] .
Le tableau 14.2 regroupe les résultats pour différents cas tests. Ici, on a fait varier la densité
volumique locale de gouttes. Les valeurs sont présentées dans la première colonne du tableau. La
deuxième colonne indique la probabilité pV calculée à partir d’une distribution régulière de gouttes (cf.
équation 14.23). La troisième colonne présente la probabilité pV calculée dans le cas d’une distribution
aléatoire uniforme (cf. équation 14.24). Enfin, la dernière colonne indique les écarts constatés sur
l’estimation du débit d’évaporation global en fonction de l’hypothèse faite sur la distribution spatiale
de gouttes (aléatoire/régulière).
†. débit d’évaporation (goutte isolée, n-heptane, mode V) - calculé avec le code CGIT de l’ONERA [144])
‡. débit d’évaporation (goutte isolée, n-heptane, mode E) - extrait des résultats expérimentaux de [133, 175]
]. diamètre de flamme (goutte isolée, n-heptane, mode E) - extrait des résultats expérimentaux de [133]
227
Chapitre 14. Modélisation de la distribution spatiale de gouttes dans un brouillard
8,0 · 109 1 1 0%
1,0 · 109 0 0,95 -85 %
3,0 · 108 0 0,60 -40 %
1,3 · 108 0 0,32 -18 %
6,4 · 107 0 0,18 -9 %
2,9 · 106 0 0,05 -2 %
Tableau 14.2 – Estimation des écarts sur le débit d’évaporation global d’une particule numérique,
Ẇp , en fonction de l’hypothèse sur la distribution spatiale des gouttes réelles (régulière ou aléatoire),
nl : densité volumique locale de goutes, pV : probabilité qu’une goutte réelle soit en mode V
L’analyse du premier cas, avec nl = 8,0 · 109 gouttes/m3 , montre que lorsque la densité est im-
portante, toutes les gouttes sont en mode V et le choix de la distribution importe peu. Pour l’autre
cas limite, où nl = 2,9 · 106 gouttes/m3 , donc pour une faible densité, les gouttes sont suffisamment
éloignées les unes des autres pour considérer qu’elles brûlent toutes de manière isolée avec une flamme
enveloppe (mode E). Une nouvelle fois, le choix de la distribution n’a quasiment pas d’influence sur
le résultat final. En revanche, pour toutes les densités volumiques intermédiaires, on remarque qu’une
distribution régulière aura tendance à surestimer les distances inter-gouttes et, de surcroît, à sur-
estimer le nombre de gouttes en mode E et le débit d’évaporation global de la particule numérique.
L’écart maximum, de 85 %, est mesuré pour une densité volumique de 1,0 · 109 gouttes/m3 .
En conclusion, cette étude analytique simple montre que l’hypothèse simplificatrice d’une distribu-
tion régulière de gouttes n’est pas toujours pertinente dans le cadre de la modélisation de la combustion
diphasique. L’utilisation d’une distribution aléatoire uniforme pourrait donner une correction intéres-
sante.
228
14.3 Perspective d’application
résultats de simulations DNS-DPS de Fede et al. (2015) [65] a montré qu’un effet de « clustering » peut
être mis en évidence par l’analyse des distances entre gouttes voisines. En outre, cette étude a montré
que la distribution spatiale de gouttes inertielles (τp > τt ) tend vers une distribution aléatoire uniforme.
Dans le cadre d’une modélisation macroscopique de la combustion diphasique hétérogène, nous avons
montré que l’hypothèse simplificatrice d’une distribution régulière (gouttes équidistantes dans le spray)
n’est pas toujours pertinente pour la détermination du mode évaporation/combustion des gouttes. En
conclusion, l’utilisation d’une distribution aléatoire uniforme, plutôt qu’une distribution régulière,
pourrait donner une première correction intéressante dans le cadre d’une modélisation.
229
230
Conclusion générale et perspectives
231
Conclusion générale et perspectives
Le présent travail de thèse s’inscrit dans la thématique de la combustion turbulente aérobie mise en
jeu dans les foyers aéronautiques et, plus particulièrement, sur l’influence de l’injection de carburant
liquide sur la structure des flammes. Ce chapitre propose une synthèse des travaux réalisés au cours
de cette étude et des contributions apportées sur le sujet. Des pistes sont également proposées pour
préparer de futures recherches.
L’étude bibliographique préalable a montré que l’avancement des connaissances, sur le plan théo-
rique et expérimental, a principalement concerné la combustion de gouttes isolées et la combustion
des brouillards dilués prémélangés. Pourtant, dans un foyer aéronautique, les brouillards sont souvent
plus complexes, avec des régions non-prémélangés et très denses en zone proche injecteur. De fait, les
bases de données expérimentales disponibles aujourd’hui ne suffisent pas pour décrire au mieux ces
écoulements.
De ce constat, il est apparu nécessaire de développer une expérience capable de reproduire l’écou-
lement diphasique réactif rencontré dans un foyer de turbomachine et suffisamment instrumentée pour
permettre la validation de modèles de combustion. La première contribution de cette thèse a donc été
de concevoir un montage expérimental académique dédié à l’étude des régimes de combustion dipha-
sique : le montage PROMÉTHÉE. Cette configuration expérimentale met en jeu un écoulement « bi-
dimensionnel » avec des grandes échelles de turbulence et un brouillard polydisperse non-prémélangé.
Le caractère « bidimensionnel » de l’écoulement diphasique permet de garantir une meilleure précision
de mesures de diagnostic optique, en particulier pour les techniques de mesures planaires.
Une autre contribution importante de ce travail a été de construire la banque de données expé-
rimentales du montage. Afin de caractériser la combustion du brouillard, des techniques optiques et
d’imageries avancées ont été mises en œuvre. Les mesures ont porté à la fois sur la phase gazeuse et
sur la phase liquide. La caractérisation globale de l’écoulement a également été réalisée dans le but de
définir les conditions aux limites pour des simulations numériques. Toutes les phases d’établissement
de l’écoulement ont fait l’objet d’une campagne de mesures, à savoir la phase de soufflage (écoulement
inerte d’air), la phase de carburation (écoulement inerte air/gouttes) et la phase de puissance (écou-
lement réactif air/gouttes).
233
Conclusion générale et perspectives
Concernant les résultats, l’expérience a donné satisfaction pour les conditions inertes, avec la mise
en évidence de structures tourbillonnaires périodiques favorisant la dispersion des gouttes dans la
chambre de combustion. La mise en place de mesures conditionnées par un signal de pression a permis
d’étudier l’instationnarité du phénomène. En conditions réactives, l’analyse des signaux de pression et
des visualisations haute cadence ont montré la disparition totale des structures tourbillonnaires. Les
mesures conditionnées étant inopérantes en réactif, des visualisations simultanées PLIF-OH/Mie ont
été réalisées. Ces visualisations ont permis de superposer la position des zones réactives et des gouttes.
Le nombre important d’échantillons disponibles a permis d’étudier la structure de flamme diphasique
et de mettre en évidence une forte dépendance entre la densité de gouttes et la position des zones de
réaction. Ainsi, dans les zones denses, la flamme ne parvient pas à pénétrer dans le brouillard et se
stabilise en périphérie. À l’inverse, dans des zones relativement diluées, nous avons observé une flamme
discontinue et l’apparition de poches réactives (ou poches de gaz brûlés). Ces résultats semblent donc
corroborer l’existence des régimes de combustion prévus dans les travaux théoriques de Chiu et al.
(1977) [48] et de Kerstein et al. (1982) [87].
Au cours de cette étude, une méthode expérimentale originale, basée sur l’utilisation de visua-
lisations tomographiques à haute définition, a permis de réaliser des études statistiques locales sur
l’espacement entre gouttes dans différentes régions du brouillard. Dans une logique de description des
interactions « goutte à goutte », le choix s’est porté sur la distance entre gouttes voisines. En condi-
tions réactives, aucun élément n’a permis de mettre en évidence un effet de « clustering » mais, au
contraire, un comportement équivalent au « chaos moléculaire ». Les résultats d’expérience ont montré
que la distribution spatiale des gouttes s’apparente à une distribution aléatoire uniforme.
En parallèle des essais, des simulations numériques instationnaires Euler-Lagrange ont été réalisées
sur le foyer PROMÉTHÉE. Pour tirer avantage du caractère « bidimensionnel » de l’écoulement, les
calculs ont été effectués dans un domaine plan à l’aide d’une approche URANS. Le modèle k-ω BSL
Menter a été retenu. Concernant l’injection numérique, une méthode de reconstruction du spray au
niveau de l’injecteur a été choisie (approche FIMUR). Les résultats numériques ont fait l’objet d’une
étude comparative avec les données expérimentales disponibles, à la fois sur la phase gazeuse et sur
la phase dispersée. De manière générale, un bon accord a été obtenu, tant sur les valeurs moyennes
que les valeurs fluctuantes. La dynamique instationnaire a également été correctement restituée en
conditions inertes (avec et sans injection de carburant). L’activité numérique a permis d’aider à l’in-
terprétation de certains résultats expérimentaux en conditions inertes, notamment sur la dynamique
et la dispersion des gouttes dans la chambre. Enfin, une simulation préliminaire en réactif a été mise
en place, mais le calcul n’a pu aboutir.
Ce travail de thèse a également été l’occasion de présenter une revue théorique sur la distribution
spatiale aléatoire de gouttes dans un brouillard et de dériver des valeurs de distance inter-gouttes
moyennes et d’écart-types qui pourront être utilisées dans le cadre d’une modélisation. Pour la mo-
délisation macroscopique de la combustion diphasique hétérogène, nous avons montré que l’hypothèse
simplificatrice d’une distribution régulière de gouttes (gouttes équidistantes dans le spray) n’est pas
234
toujours pertinente pour la détermination du mode évaporation/combustion des gouttes. Par ailleurs,
l’étude statistique réalisée à partir des résultats expérimentaux et des simulations DNS-DPS de Fede et
al. (2015) [65], a montré qu’une distribution aléatoire uniforme est plus réaliste, en particulier lorsque
les gouttes sont inertielles (pas d’effet de « clustering »). En conclusion, l’utilisation d’une distribu-
tion aléatoire uniforme, plutôt qu’une distribution régulière, pourrait donner une première correction
intéressante dans le cadre d’une modélisation.
Au terme de cette thèse, quelques perspectives peuvent être envisagées. En premier lieu, la base
de données expérimentales du montage PROMÉTHÉE pourra être complétée, notamment par une
caractérisation de la phase gazeuse en présence de gouttes, en écoulement inerte et réactif. Des mesures
de concentration sur l’espèce vapeur de carburant et des vues en coupes additionnelles du brouillard
seront utiles pour décrire la structure interne et tridimensionnelle de la flamme. Dans l’avenir, il
sera également intéressant de comparer ces résultats avec des mesures effectuées sur une flamme
monophasique dans une configuration expérimentale similaire.
Deuxièmement, les calculs Euler-Lagrange du montage PROMÉTHÉE pourront être étendus à un
domaine 3D et dirigées, par exemple, vers des simulations aux grandes échelles. Bien que plus coûteuse
en ressource CPU, l’approche LES permettra de mieux reproduire les caractéristiques de l’écoulement
et des modèles d’interactions chimie/turbulence pourront être pris en compte.
Enfin, des efforts futurs quant à la modélisation de la combustion diphasique sont nécessaires pour
améliorer les codes de calcul existants (prise en compte de la combustion de gouttes isolées et de
l’épaississement de flamme due à la présence de goutte). On pourra également envisager de définir des
corrections sur les termes sources en fonction du nombre de gouttes présentes par unité de volume dans
une cellule de calcul (correction des coefficients de traînée et des débits d’évaporation des gouttes).
235
Conclusion générale et perspectives
236
Annexes
237
A- Analyses statistiques
Paramètre Définition
Z ∞
Espérance µ1 = E[X] = xf (x)dx
−∞
Z ∞
Variance µ2 = E (X − µ1 )2 = (x − µ)2 f (x)dx
−∞
√
Écart-type σ1 = SD[X] = µ2
σ1
Coefficient de variation CV =
µ1
" 3 #
µ3 X − µ1
Coefficient de dissymétrie γ1 = 3 = E
σ1 σ1
" 4 #
µ4 X − µ1
Coefficient d’aplatissement (kurtosis) κ1 = 4 = E
σ1 σ1
Tableau A.1 – Définitions des paramètres statistiques couramment utilisés (X : variable aléatoire)
239
Annexe A.
240
B- Signaux temporels de pression ∆P
241
Annexe B.
242
Figure B.3 – Signal temporel de pression différentielle ∆P - Fréquence d’échantillonnage : 40 kHz
- Point de fonctionnement nominal, non-réactif, écoulement diphasique
243
Annexe B.
244
C- Mesures PDI [non-réactif ]
Figure C.1 – Distributions des vitesses longitudinales instantanées de gouttes obtenues par mesures
PDI aux capteurs I1 et J1 -bis - Point de fonctionnement nominal, non−réactif
Figure C.2 – Distributions des vitesses longitudinales instantanées de gouttes obtenues par mesures
PDI aux capteurs I2 et J2 - Point de fonctionnement nominal, non−réactif
245
Annexe C.
Figure C.3 – Distributions des vitesses longitudinales instantanées de gouttes obtenues par mesures
PDI aux capteurs I3 et J3 -bis - Point de fonctionnement nominal, non−réactif
Figure C.4 – Nuage de points caractérisant les corrélations diamètre/vitesse transversale des gouttes
aux capteurs I1 et J1 -bis - Point de fonctionnement nominal, non−réactif
Figure C.5 – Nuage de points caractérisant les corrélations diamètre/vitesse transversale des gouttes
aux capteurs I2 et J2 - Point de fonctionnement nominal, non−réactif
246
(a) Capteur I3 (9 ;38)X;Y [mm] (b) Capteur J3 -bis(53 ;38)X;Y [mm]
Figure C.6 – Nuage de points caractérisant les corrélations diamètre/vitesse transversale des gouttes
aux capteurs I3 et J3 -bis - Point de fonctionnement nominal, non−réactif
Figure C.7 – Distributions des tailles de gouttes obtenues par mesures PDI aux capteurs I2 et J2 -
Point de fonctionnement nominal, non−réactif
247
Annexe C.
248
D- Mesures PDI [réactif ]
Figure D.1 – Distributions des vitesses longitudinales instantanées de gouttes obtenues par mesures
PDI aux capteurs I1 et J1 -bis - Point de fonctionnement nominal, réactif
Figure D.2 – Distributions des vitesses longitudinales instantanées de gouttes obtenues par mesures
PDI aux capteurs I2 et J2 - Point de fonctionnement nominal, réactif
249
Annexe D.
Figure D.3 – Distributions des vitesses longitudinales instantanées de gouttes obtenues par mesures
PDI aux capteurs I3 et J3 -bis - Point de fonctionnement nominal, réactif
Figure D.4 – Nuages de points, sur l’ensemble des données PDI brutes, caractérisant les corréla-
tions diamètre/vitesse transversale des gouttes aux capteurs I1 et J1 -bis - Point de fonctionnement
nominal, réactif
Figure D.5 – Nuages de points, sur l’ensemble des données PDI brutes, caractérisant les corrélations
diamètre/vitesse transversale des gouttes aux capteurs I2 et J2 - Point de fonctionnement nominal,
réactif
250
(a) Capteur I3 (9 ;38)X;Y [mm] (b) Capteur J3 -bis(53 ;38)X;Y [mm]
Figure D.6 – Nuages de points, sur l’ensemble des données PDI brutes, caractérisant les corréla-
tions diamètre/vitesse transversale des gouttes aux capteurs I3 et J3 -bis - Point de fonctionnement
nominal, réactif
Figure D.7 – Distributions des tailles de gouttes obtenues par mesures PDI aux capteurs I2 et J2 -
Point de fonctionnement nominal, réactif
251
Annexe D.
252
E- Distribution spatiale des gouttes
[non-réactif ]
Tableau E.1 – Synthèse des résultats expérimentaux portant sur la distribution spatiale de gouttes
- Taille fenêtre [µm2 ], échantillons [nombre total de gouttes], n̄ [nombre moyen de gouttes/cm2 ],
Di [µm] : distance inter-gouttes mesurée expérimentalement, distribution Log-Normale : résultat de
l’ajustement des données expérimentales (minimisation du critère BIC [155]), Direg [µm] : distance
inter-gouttes si la répartition était régulière (gouttes équidistantes), Sth [-] : nombre de Strouhal -
Point de focntionnemment, non-réactif
253
Annexe E.
254
F- Modèle de dispersion turbulente
Lorsque l’écoulement gazeux est turbulent, la vitesse instantanée du gaz le long de la trajectoire
d’une particule u
~ g , doit être modélisée à partir de la seule connaissance de la vitesse moyenne du
gaz en tout point, U~ g , et des grandeurs moyennes caractérisant la turbulence, généralement l’énergie
cinétique turbulente moyenne k et son taux de dissipation .
Selon la démarche habituelle en modélisation de la turbulence, on écrit que la vitesse du gaz le
long de la trajectoire d’une particule est la somme de la vitesse moyenne du gaz au point considéré et
d’une « vitesse fluctuante », noté u
~ g@p , attachée à la particule. On a donc la relation :
~g = U
u ~g +u
~ g@p (F.1)
Dans le solveur lagrangien SPARTE (code CEDRE [38]), le modèle retenu pour le calcul de u
~ g@p
est le suivant :
4k ~
s
u
~ g@p
d~
ug@p =− t+ dW t (F.2)
τgp 3τgp
où τgp représente le temps d’auto-corrélation de la turbulence le long de la trajectoire de la particule
et W
~ t le processus de Wiener † .
Plusieurs modèles sont disponibles pour le calcul de τgp . On s’intéresse ici à deux modèles prenant
en compte l’effet de croisement de trajectoire ‡ .
Le premier modèle repose sur l’expression suivante de τgp :
`g `g
τgp = min q , (F.3)
||Ug + u
2 ~ ~ g@p − u
~ p ||
3k
†. par définition W0 = 0 et dWt est une variable aléatoire gaussienne indépendante de (WS )0≤s≤t , de moyenne nulle
et de variance dt
‡. c.-à-d. le fait que la trajectoire d’une particule inertielle ne soit pas confondue avec celle d’une particule de fluide
issue du même point
255
Annexe F.
la relation suivante :
k 3/2
`g = Cµ3/4 avec Cµ = 0, 09 (F.4)
Le second modèle est construit dans le même esprit mais utilise une fonction d’interpolation plus
régulière. L’expression correspondante pour τgp est la suivante :
τa
τgp = s 2 (F.5)
τa
1+β
τb
où τa et τb sont définis par les relations suivantes :
`g
τa = q
2
3k
(F.6)
`g
τb = ~
||Ug + u
~ g@p − u
~ p ||
et β est un coefficient dont la valeur a été fixée empiriquement à 1/2. Dans ce travail, c’est le deuxième
modèle qui a été retenu.
256
G- Conditions d’entrée des calculs
Figure G.1 – Profils d’énergie cinétique turbulente (k) et du taux de dissipation spécifique (ω)
imposés en condition d’entrée des calculs
257
Annexe G.
258
H- Calcul Euler-Lagrange [non-réactif ]
Capteurs
Évolution J2 /L2
J2 L2
PHASE GAZEUSE
Ug,x 1,97 7,01 %
SD[< ug,x >] 1,47 0,52 &
SD[< ug,y >] 7,00 6,50 &
PHASE DISPERSÉE
Up,x 6,10 7,98 %
D10 35,7 29,4 &
SD[< up,x >] 0,60 0,68 %
SD[< up,y >] 4,97 6,20 %
PHASE DISPERSÉE/GAZEUSE
Up,x - Ug,x 4,13 0,97 &
SD[< up,x >]/SD[< ug,x >] 0,41 1,31 %
SD[< up,y >]/SD[< ug,y >] 0,71 0,95 %
Tableau H.1 – Synthèse des résultats du calcul CHARME-SPARTE. Les vitesses uxi et Uxi (ins-
tantanée et moyenne) sont données en m/s. Le diamètre arithmétique moyen D10 est en µm. Les
opérateurs SD et < . > correspondent respectivement à l’opérateur d’écart-type (cf. tableau A.1)
et à l’opérateur de moyenne de phase (cf. éq. 7.7) - Point de fonctionnement nominal, non-réactif
259
Annexe H.
260
I- Validation de la cinétique chimique
Ω̇F
SL = (I.1)
ρu · (YF,b − YF,u )
avec ρu la masse volumique du prémélange frais air/carburant, YF,b et YF,u respectivement les fractions
massiques de carburant gazeux côté gaz brûlés et gaz frais, et Ω̇F le taux de consommation moyen du
carburant, s’exprimant pour une flamme plane monodimensionnelle :
R∞
ω̇F S · dx
Ω̇F = −∞
(I.2)
Sdx
†. en fixant au préalable une vitesse débitante de gaz frais inférieure ou égale à la vitesse de flamme laminaire
261
Annexe I.
Figure I.1 – Vitesse de flamme laminaire en fonction de la richesse globale du prémélange gazeux
(n-décane/air), à Tu = 400 K et 1 bar. : mesures de Singh et al.(2011) [161], M : calcul CHARME
avec le mécanisme 2S_KERO_BFER de Franzelli et al.(2010) [68]
262
Références bibliographiques
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Mise en évidence expérimentale et modélisation des régimes de
combustion diphasique présents dans les foyers aéronautiques
Key words : gas turbine, combustion, two-phase flow, spray, optical diagnostic, modelling