INTRODUCTION
Madagascar, pays classé dans le groupe des Pays Moins Avancés, est en phase d’une
importante reconstruction de son économie ravagée par cinq années de crise, avec toutes
ses conséquences dans le domaine socio-économique. Dans cette perspective, et depuis les
années 1970 notamment, on assiste à un accroissement des aides financières
internationales. L’aide européenne à travers lé 11ème FED illustre bien cet état de chose.
Avec tous les problèmes socio-économiques (d’ordre structurel et conjoncturel),
Madagascar a un grand besoin en financement. La mise en place d’infrastructures
nécessaires et des conditions macroéconomiques favorables au décollage économiques
nécessite d’importantes ressources financières. Faire appel aux institutions financières
internationales a toujours été considéré comme la solution la plus évidente pour les
dirigeants malgaches. Les bailleurs de fond traditionnels tels que la Banque Mondiale et le
FMI, sont les plus grands apporteurs de financement à Madagascar. Nul ne peut réfuter
l’utilité voire même l’importance des financements accordés par ces deux institutions
spécialisées des Nations Unies pour un pays avec un déficit budgétaire comme
Madagascar. Cependant, force est de constater que ces financements, aussi importants
étaient-ils, n’ont pas conduit à un réel développement économique. Certes, il est difficile
de rompre totalement avec ces partenaires. Mais ce n’est pas impossible. Quelques
solutions de rechange peuvent être avancées.
I- Les apports du FMI et de la Banque Mondiale, une nécessité pour le
développement socio-économique
Le FMI et la Banque Mondiale travaillent d’une manière complémentaire. Leurs tâches
étant liées, ils lancent certains programmes et concepts en tandem. La Banque Mondiale
œuvre essentiellement pour le développement économique et social de moyen à long
terme. Pour ce faire, elle accorde des prêts à moyen terme et des crédits à long terme. Pour
le cas de Madagascar, ses financements ont permis notamment :
-construction et réhabilitation des infrastructures de base pour les activités
économiques (agricoles, industrielles et commerciales) et sociales (écoles,
hôpitaux,…) ;
-dotation des matériels de production ;
-formations et assistance techniques (programmes sociaux, programme de
gouvernance institutionnelle,…).
De son côté, le FMI agit sur les problèmes macroéconomiques à court terme consécutifs aux
politiques fiscales, monétaires et de change unique. Pour aider les pays à surmonter les crises
macroéconomiques, il accorde des prêts à court terme. Ainsi, dans le cadre des aides
budgétaires directes, le FMI finance le déficit budgétaire de Madagascar. En effet, on note
dans les lois de Finances successives un déséquilibre chronique entre montant des recettes et
celui des dépenses.
La coopération avec le FMI a permis notamment de :
-renforcer la rigueur dans la gestion des économies africaines ;
-avoir une plus grande maîtrise des outils de décision et de prévision ;
-élaborer des plans macroéconomique et microéconomique ;
-perfectionner le cadre institutionnel de collecte et de traitement de l’information
statistique.
Mais outre ces aspects positifs de la collaboration avec le FMI et la Banque Mondiale, des
inconvénients notables sont à signaler.
II- Les inconvénients de la collaboration avec le FMI et la Banque Mondiale, un danger
pour Madagascar
Principalement, les inconvénients de la collaboration avec ces deux institutions sont :
Un taux d’intérêt élevé enfonçant le pays dans l’endettement
La dette met le pays en position de vulnérabilité et d’infériorité. Cette entité devient
redevable, donc psychologiquement diminuée, trainant toujours avec elle la menace des taux
d’intérêts élevés.
Des plans de développement dictés par le FMI et la BM alors que ces plans ne
répondent pas aux besoins du pays
La mise en œuvre des programmes dans le cadre des Politiques d’Ajustement Structurel
(PAS) a souvent été fustigée, notamment parce qu’elles imposent des solutions semblables à
différents pays, se trouvant dans des contextes différents. Sans une prise en compte des
spécificités de chaque pays, ces politiques ont été une catastrophe pour les économies
africaines.
Certains des gouvernements africains (c’est le cas pour Madagascar) ont emprunté le chemin
de l’ajustement structurel à pas forcés dans les années 1980. Les premières expériences ont
révélé des licenciements massifs, une hausse drastique du chômage accompagné d’une baisse
du niveau de vie, un effondrement de la production. Au cours des années 90 et aujourd’hui
encore, un certain nombre de gouvernements africains continuent d’appliquer ces
programmes, plus par crainte d’une suspension des crédits et d’un isolement financier que par
conviction sur leur bien fondé ou leur succès.
Rentrent dans le cadre de ces politiques néfastes la privatisation, la libéralisation excessive
des échanges, la dévaluation monétaire.
Des priorités économiques et sociales fixées par le FMI et la BM ne correspondant pas
aux réalités du pays
Les institutions financières internationales forcent les gouvernements à réduire les
investissements dans les services sociaux tels que l’éducation et la santé pour payer la dette,
les rendant inaccessibles aux populations. C’est en partie pourquoi nos hôpitaux sont devenus
des mouroirs et que les soins qui étaient donnés gratuitement sont payants. Une partie de nos
budgets va au payement de ces dettes.
Une annulation ou remise de la dette souvent avec contre partie : l’exploitation des
richesses naturelles
Il est assez souvent demandé aux pays endettés et incapables de s’acquitter de leurs dettes de
les payer en vendant leurs ressources naturelles à des prix dérisoires. L’annulation d’une dette
qu’on proclame comme un acte de bienveillance rend les choses encore plus dangereuses car
en échange, on demande aux pays concernés de donner leurs ressources naturelles pour
presque rien et de signer des accords commerciaux qui à terme détruisent leur tissu
économique (cas des exploitations minières).
En somme, les actions de la Banque Mondiale et du FMI n’ont jamais visé le développement
économique des pays pauvres. Menant ces pays vers une perte de la souveraineté économique,
leurs financements ne seront jamais une solution viable.
III- Les solutions envisageables pour sortir de la dépendance économique
Arrêter de traiter avec le FMI, la Banque Mondiale et leurs semblables
Il faudrait simplement arrêter d’emprunter auprès de ces institutions et au besoin faire
refinancer notre dette par des pays comme la Chine, l’Inde, ou le Japon à des taux d’intérêts
raisonnables.
Chercher les financements auprès d’entités moins dangereuses
Certaines monarchies arabes et les pays émergents de l’Asie du Sud-est pourraient être
considérés comme des sources de financement moins dangereuses.
Développer des partenariats bilatéraux, notamment avec les pays émergents selon le
principe « win-win », qui considère Madagascar comme un partenaire économique
mais non pas un marché.
Elaborer de nouvelles stratégies économiques en engageant les élites nationales et
prenant en considération les différents secteurs d’activités et les contextes propres au
pays
Exploiter ou faire exploiter rationnellement nos ressources naturelles
Si nous voulons optimiser l’exploitation de ces ressources en vue d’un développement
soutenable, une renégociation des contrats miniers avec les grandes compagnies minières
s’impose. Ceci, afin d’augmenter les redevances minières allant de 10 à 15%. La négociation
doit également porter sur les emplois qui devront être fournis par les nationaux malgaches
dans l’ordre de 80% de l’effectif total des employés.
On peut également envisager que l’Etat s’érige en seule entité autorisée à exporter de l’or. De
ce fait, tous les collecteurs vendront l’or à l’Etat qui s’en servira pour accroître les réserves de
devise ou pour augmenter la réserve de la Banque Centrale en vue de la création de monnaie.
Cela permettra par la même occasion de contrôler la contrebande et d’avoir des statistiques
fiables sur la quantité d’or qui sort de Madagascar.
Revaloriser les ressources humaines locales afin de leur donner les technicités
modernes exigées par les grandes exploitations minières
Augmenter les ressources propres internes afin de maitriser le besoin de recourir aux
financements extérieurs
Ceci, aux moyens de l’augmentation de la rentabilité fiscale, d’un contrôle plus strict au
niveau des douanes, d’une formalisation du secteur informel.
Promouvoir les activités créatrices de revenus et soutenir les secteurs les plus
importants de l’économie.
CONCLUSION
Selon John Adams (ancien président des Etats-Unis), il ya « deux manières de conquérir et
d’asservir une nation, l’une est par l’épée, l’autre par la dette ». Le FMI et la Banque
Mondiale sont exactement les nouveaux outils que l’occident utilise pour s’accaparer les
ressources des pays de ce qu’ils appellent le tiers-monde et de l’Afrique en particulier.
La dette est l’arme, les intérêts, la munition et l’assassin économique le nouveau soldat. Dans
livre intitulé « Confessions d’un Assassin Economique », John Perkins (ancien employé
contractuel de la Banque Mondiale) le démontre parfaitement.
Selon Susan Georges, l’Afrique subsaharienne paye 25.000 dollars par minute d’intérêts sur la
dette à ses créanciers du Nord. Ce sont, selon elle, les pays du Sud qui financent en réalité les
pays du Nord à raison d’un flux financier annuel de 200 milliards de dollars du Sud vers le
Nord. Les pays du Sud payent 13 dollars sur 1 dollar reçu des pays du Nord. Pourquoi en
serait-il autrement? Après tout, ces pays occidentaux ont besoin de nos ressources naturelles
pour leur prospérité et même la survie de leur mode de vie. Et tous les moyens pour les
contrôler sont utilisés.
En dépit de tout cela, il faut souligner que le comportement de nos dirigeants constitue aussi
et surtout un problème fondamental. Tant qu’ils sont corrompus et que la bonne gouvernance
n’est pas appliquée convenablement, les institutions financières internationales continueront
de s’enrichir en nous appauvrissant. En effet, le FMI et la Banque Mondiale savent d’avance
que le gouvernement auquel le crédit va être octroyé est corrompu et c’est même cela l’une
des raisons pour lesquels on le choisit. En mettant autant de biens dans les mains d’individus à
l’intégrité fragile, ces institutions donnent l’opportunité à ces dirigeants et à leurs proches de
s’enrichir. Et ce vol ne cause pas de grands remous tant que ces chefs d’Etat jouent le jeu,
malgré d’occasionnelles et timides exhortations à la bonne gouvernance. Une volonté
politique ferme et une intégrité des dirigeants, accompagnées de l’application des différents
paramètres de la bonne gouvernance et l’Etat de droit seront nécessaires. La lutte contre la
corruption doit également être repensée avec une réforme du système éducatif, de manière à
l’adapter aux nécessités du développement économique.