Analyse du discours en traduction
Analyse du discours en traduction
Institut de traduction.
Niveau : master 1.
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Introduction au cours:
Pour qu’un cours d’analyse du discours, destiné aux apprentis- traducteurs, puisse
atteindre ses fins didactiques, il devrait contenir, en plus du volet théorique de base, un
volet pratique comportant des applications et des exercices d’analyse sur des catégories
réelles, visant des objectifs préalablement fixés, tout en parcourant l’efficacité du point de
vue de la traduction et ce, par la mise en relief de l’intérêt traductionnel. Cet intérêt peut
être repérable sur deux niveaux:
En vue de mettre en action ce principe et, réussir à faire adopter à ses apprenants une
méthode de traduction efficace, un enseignant du module de l’analyse du discours, au sein
de l’institut de traduction, doit s’efforcer d’acquérir de nouvelles connaissances en analyse
du discours et en linguistique pour les joindre aux connaissances déjà acquises en
discipline de la traduction.
Pour répondre à cette question, il suffit de savoir que traduire consiste tout d’abord à
comprendre le sens d’un message, et que cette phase est la plus importante, à notre sens,
car, et comme pratiquement tous les théoriciens de la traduction le pensent, traduire c’est
comprendre. Cependant, le processus de la compréhension ne peut pas être accompli par
un simple décodage linguistique linéaire. Il a besoin d’intégrer et d’examiner,
concomitamment un ensemble d’éléments intra et extratextuels. Les premiers se
présentent dans les procédés d’écriture, les seconds, dans la situation de la
communication. Réunis, ils constituent des indices nécessaires à l’interprétation du sens.
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Il faut, en effet, interpréter avant de traduire, pour déterminer le choix dans la traduction,
et rétablir le sens voulu par l’auteur de l’original. C’est le seul moyen qui nous garantit le
respect du principe de fidélité, une notion relative à son tour.
Ce qui spécifie l’application de l’analyse discursive dans le cas de la traduction, est le fait
que la saisie de la situation communicationnelle et du sens contenu dans le texte original,
ainsi que la connaissance sur le monde de l’auteur et du public source ne suffisent pas
pour la conception du message à transférer. Un ensemble de facteurs inhérents à la
personnalité du traducteur et de ses compétences et la prise en compte des attentes du
public cible et de ses connaissances extralinguistiques sur le sujet traité, interviennent
pour influer sur les choix et les stratégies du traducteur et décident de la qualité et de la
fiabilité du produit final. Pour bien cerner les sens potentiels qu’un texte peut impliquer, il
est incontournable, pour le traducteur, de mener une analyse textuelle/discursive tout au
long de la phase de compréhension. Une fois cette étape est bien franchie, l’étape suivante
qui est la réexpression se fera sans peine et le traducteur effectuera ses choix et décisions
sur la base des résultats qu’il a obtenus de l’analyse déjà faite.
Par ailleurs, il est utile de rappeler que l’assimilation du contenu de ce module ne serait
possible sans la mobilisation des connaissances déjà acquises dans le cadre des modules
annexes aux sciences du langage, tels que la linguistique générale, la linguistique
contrastive, la sémantique lexicale et la sémantique structurale. Les apprentis-traducteurs,
et grâce à l’orientation de l’enseignant, doivent, incessamment, procéder à une intégration
de connaissances pour pouvoir atteindre une compréhension optimale des différents
éléments et notions théoriques et une maitrise complète et efficace des opérations de
l’analyse du discours.
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1- Etat de l’art: ce qui a été dit de l’apport de l’analyse du discours à la traduction. 1
En remontant dans le temps jusqu’aux années 80, l’époque où la traduction s’est vue se
libérer de la linguistique appliquée et entrer dans le cercle interprétatif, les écris consacrés
à l’apport de l’analyse du discours à la traduction, sont presque tous basés sur des
principes contrastifs et comportent, dans leur volet pratique, une étude comparative d’un
couple de langues données.
À commencer par Jeans Delisle (1980) et son fameux livre intitulé: «Analyse du Discours
Comme Méthode de Traduction», dans lequel il propose des fondements d’un bon
enseignement de la traduction, à partir d’une mise en parallèle de certains éléments
lexicaux, grammaticaux et stylistiques entre le français et l’anglais. Des modèles
d’exercices d’analyse sont exposés pour remédier aux différents problèmes rencontrés par
les apprentis-traducteurs. Ces modèles, posés il y a une trentaine d’années, n’ont pas pris
une ride, et pourraient toujours être proposés dans une première phase d’apprentissage.
Depuis, des modèles d’analyse étaient proposés pour être inclus dans les programmes
d’enseignement de la traduction, comme le modèle fonctionnel de Nord (1991), le modèle
didactique de Grelet (1991) et le modèle interprétatif de Lederer (1994). Chaque modèle
répondait aux principes et aux objectifs de l’approche dans laquelle il est inscrit.
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En vue de limiter notre revue de littérature, nous nous contenterons de citer les travaux dont les titres mettent en
évidence l’apport de l’analyse du discours à la traduction.
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fonctionnement résume l’apport de la réflexion analytique lors de l’étape de la
compréhension à l’acte traduisant.
Pour ce faire, nous allons revenir un peu en arrière et retracer le chemin qu’a parcouru
chacune des deux disciplines, l’une à partir du moment où elle s’est détachée de la
linguistique appliquée jusqu’à son implication dans les courants herméneutiques et l’autre,
à partir de sa naissance jusqu’à son adhésion à la linguistique textuelle.
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2- La traduction: de l’approche linguistique-contrastive à l’approche discursive-
analytique
L’approche traditionnelle (les années 60) l’approche moderne (les années 70)
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Nous pouvons également présenter cette évolution en parallèle avec l’évolution de la
réflexion linguistique:
Ricœur résume toute cette évolution quand il dit: « deux voies d’accès s’offrent au problème
de traduire. On peut prendre le terme de traduction au sens strict de transfert d’un message
verbal d’une langue dans une autre, soit le prendre dans un sens large comme synonyme
d’interprétation de tout ensemble signifiant à l’intérieur de la même communauté linguistique
(1999: 08).
La traduction, qui, jusque là était réduite à un simple transcodage linguistique, est devenue
alors synonyme d’interprétation. Gadamer considère que la traduction est le «modèle même de
l’interprétation, car traduire nous contraint, non pas seulement à trouver un mot, mais à
reconstruire le sens authentique du texte dans un horizon linguistique tout à fait nouveau.
Une traduction véritable implique toujours une compréhension qu’on peut expliquer » (1982:
45). Ce philosophe confirme que la seul théorie qui est capable d’expliquer la position du
traducteur vis-à vis du texte à traduire est bien celle de l’herméneutique car elle se fonde sur
le principe du dialogue.
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Selon Maingueneau (2005), il s'agit de «l'analyse de l'articulation du texte et du lieu
social dans lequel il est produit. Elle répond aux questions du "Comment" et du
«Pourquoi» de l’activité langagière, par opposition aux méthodes traditionnelles
d’analyse qui plaçaient au centre de leur problématique les questions "Qui ? Quoi ?
Quand ? Où ? et à la linguistique de la langue qui décrit la phrase comme la plus grande
unité de communication».
Dans la conception traditionnelle issue des réflexions philologiques sur le langage, il n’y
a qu’un seul sens stable et unique qui est attribué au discours/texte. Cette logique fait de
ce dernier un objet clos et définitif. Depuis la vision classique adoptée dans l’œuvre de
Saussure, l’attention n’est portée que sur les structures de la langue, à savoir: phonologie,
syntaxe, morphologie et sémantique structurale. Le sujet de la communication étant exclu,
la fonction objective du langage est mise au premier plan. La linguistique classique se
veut donc descriptive. Par contre, avec l’analyse du discours, l’accent porte de plus en
plus sur l’articulation du langage et du contexte et sur les activités du locuteur.
Dans cette approche, le sujet est considéré comme un acteur sociohistorique agissant par
le langage, et la fonction subjective est considérée comme une fonction fondamentale de
la communication langagière.
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[Link] discours.
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Méthodes traditionnelles L’analyse du discours
qui
quoi qui
pourquoi quoi
La le
discours-
phrase texte
Comment quand
où quand
où
Il convient de souligner, de prime abord, que les différents modèles existants de l’analyse du
discours, nées au sein des sciences du langage sont, de nos jours, exploités dans le domaine
des sciences sociales et économiques. Visant des objectifs, essentiellement ergonomiques
(motivation, rendement, dispositions,…), ces modèles sont appliqués sur les discours oraux
(entretiens, réflexion à voix haute,…) et écrits (questionnaires, formulaires,…) recueillis
auprès de l’élément humain, objet de l’étude.
Cependant, et vu leur efficacité et pertinence, quelques modèles peuvent être importés dans le
cours de l’analyse du discours dans le programme de la traduction, et, utilisés dans le
développement des aptitudes interprétatives de l’apprenti-traducteur. Les modèles les plus
adéquats sont, à notre sens, ceux dont l’objectif est de dévoiler le contenu latent d’un
discours, cette partie, étant une source de difficulté, voire même, de problèmes majeurs au
niveau de l’interprétation chez ces apprenants qui, en phase de formation, ont besoin d’une
méthode efficace qui leur apportera aussi bien les moyens d’accès au sens que ceux de
réexpression.
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Parmi les modèles qui nous paraissent capables de remplir cette tâche, il y a celui de l’analyse
logico-esthétique. Dans la partie suivante, nous procéderons à sa définition et à l’exposé de
ses objectifs et ces catégories d’analyse:
«Les analyse logico-esthétiques ont en commun le fait de chercher à révéler, par l'analyse de
texte, une caractéristique formelle typique de l'auteur ou du genre de texte».
(Mucchielli: 1984: 36).
Cela signifie que cette analyse vise le contenu latent du discours, à partir de la forme et
l’esthétique du texte.
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Cette définition est extraite du site web: [Link]/l-analyse-de-contenu-du-discours.
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Pour marquer le passage d’une compréhension linguistique défaillante à une compréhension
pragmatique parfaite, l’apprenti-traducteur doit non seulement répondre au Quoi et au
Comment du texte, mais aussi à son Pourquoi, c'est-à-dire, accéder à sa fonction et les
intentions de son l’auteur.
Si le modèle exposé ci-dessus peut être enseigné dans le cadre du module de l’analyse du
discours, comme un outil d’apprentissage d’analyse discursive, d’autres modèles sont conçus
spécialement par des traductologues pour qu’ils soient explorés dans les cours de traduction.
On en verra quelques uns- dans les pages qui viennent.
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4- Le discours
Etant donné que le présent cours vise les apprentis-interprètes au même titre que les
apprentis- traducteurs, le discours oral n’est pas exclu de l’étude, puisque toute forme de
communication orale peut être convertie en texte écrit et analysée selon des paramètres
différents. Des exemples de l’oral sont, d’ailleurs, introduits dans l’illustration.
Comme il n’est pas facile de cerner la notion du discours, vu qu’elle évolue selon la
dimension dans laquelle elle se développe, nous retiendrons quelques définitions qui nous
paraissent aussi objectives qu’intégrales.
«Le discours est l’ensemble constitué d’un énoncé ou d’un groupe d’énoncés considéré à
la fois dans sa structure linguistique et dans son contexte de production et de réception,
empli de subjectivités historiques, politiques, idéologiques, socio -historiquement
déterminées et orientées». (Charaudeau et Maingueneau, 2002: 186-187)
«Le discours est un énoncé caractérisable certes par des propriétés textuelles, mais
surtout comme un acte de discours accompli dans une situation (participants, institution,
lieu, temps) ; ce dont rend bien compte le concept de «conduite langagière» comme mise
en œuvre d’un type de discours dans une situation donnée» (Adam, 1990: 23- 26).
«Le discours constitue les modes institutionnalisés de parole et d’écriture qui expriment
des attitudes particulières à l’égard des domaines d’activités socioculturelles». (Hatim et
Masson, 1997: 144).
«Le discours est un énoncé ou un ensemble d’énoncés produit dans une situation réelle de
communication, les formes linguistique des énoncés sont enrichies de compléments
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cognitifs. Le discours est verbalisation, au moyen des ressources de la langue, ce qu’un
auteur veut communiquer aux lecteurs». (Delisle, 1982).
Ce que nous constatons, en comparant cette dernière définition aux précédentes, est
l’enrichissement et l’expansion de la notion du discours par de nouveaux termes issus
d’approches nouvelles, tels que: «verbalisation», «compléments cognitifs», et «vouloir-
dire». Ceux-ci renvoient à des notions de base dans l’approche interprétative en
traduction.
Qu’il soit oral ou écrit, le discours jouit d’un ensemble de traits essentiels qui lui
offrent sa spécificité. Maingueneau en cite et décrit huit: (1998:38-41)
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présence d’une autre instance d’énonciation à laquelle s’adresse l’énonciateur et par
rapport à laquelle il construit son propre discours».
- Le discours est contextualisé: on ne peut pas attribuer du sens au discours hors
contexte. Un même énoncé prononcé dans deux lieux différents peut correspondre à
deux discours distincts. De plus, le discours contribue à définir son contexte qu’il peut
modifier en cours d’énonciation (par exemple, un locuteur peut avoir une conversation
d'amitié avec son interlocuteur et dans un autre endroit le même locuteur aura un statut
différent comme un médecin ou un professeur et entame une conversation différente
avec le même interlocuteur du type médecin /patient ou professeur / étudiant).
- Le discours est pris en charge par un sujet: le sujet énonciateur «je» assume la
responsabilité de son discours et choisit une attitude énonciative. L'exemple proposé
par Maingueneau est celle de l'énoncé "il pleut" qui est donné comme vrai par son
énonciateur ce qui lui rend responsable vis-à-vis de son contenu. Toutefois, il peut
modifier son degré d'adhésion "Peut être qu'il pleut", ou rendre quelqu'un d'autre
responsable de cet énoncé "Selon Paul il pleut", commenter sa propre parole
"Franchement, il pleut", etc.
- Le discours est régi par des normes: chaque acte de langage est régi par des normes
particulières qui justifient sa présentation, plus principalement, "tout acte
d'énonciation ne peut se poser sans justifier d'une manière ou d'une autre son droit à se
présenter tel qu'il se présente ". Ex: un acte comme la question suppose que le locuteur
ignore la réponse et que son interlocuteur peut lui répondre.
- Le discours est pris dans un interdiscours: chaque discours s’inscrit dans un genre qui
gère à sa manière des relations interdiscursives multiples. Un livre d'histoire ne cite
pas de la même façon et n'utilise pas les mêmes sources qu'un guide touristique.
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3-3 Que traduit-on, le discours ou le texte?
Bien qu’elles soient étroitement liées, voire même inséparables, sur le plan pratique, en
théorie, les deux notions «texte» et «discours» présentent des différences intrinsèques en
matière de la forme et du contenu:
Pour mieux cerner cette distinction, nous faisons recours à deux définitions faites de la notion
du texte:
«Le texte est la trace enregistrée d’un acte de communication donné qui ait eu lieu au moyen
de la forme parlée ou écrite, au niveau de celle-là, il comprend non seulement le contenu
verbal des énoncés produits mais également le contour intonatif, les emphases et tous les
signes paralinguistiques mis en jeu en cours de l’acte en question. Au niveau de celle-là, il se
compose en plus du contenu verbal, de l’ensemble des signes de ponctuation et les
phénomènes typographiques tels que la mise en page, l’emploi d’italiques et la présence des
graphiques, d’images et des photos» (Cornish, 2003:82).
A travers cette définition, l’auteur considère que le texte n’est pas réduit à une présentation
graphique, mais il implique aussi quelques aspects non graphiques tels que l’intonation et
l’emphase. 4
«Le texte est une forme linguistique d’une certaine complexité, un matériel verbal dans un
message et une forme d’existence des éléments linguistiques dans l’acte de communication».
(Hasni, 2016: 43).
4
Nous reviendrons en détails sur ces deux aspects, ultérieurement.
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5- Typologies des discours: utilité pour la traduction
Contrairement aux deux linguistes, Gambier (2005: 100) part du postulat qu’un même
genre peut comprendre plusieurs types. Il résume la différence entre «type» et «genre» de
la manière la plus simple possible:
«On admettra ici qu’un manuel d’entretien, un mode d’emploi, une lettre d’affaires, un
roman policier, un article de presse, une pièce radiophonique, une page d’Internet...
créent des attentes: ce sont des genres définis a priori, des pré-textes en quelque sorte qui
orientent notre réception, tandis que les types (savant, polémique, vulgarisateur,
didactique, informatif, argumentatif, etc.) sont dégagés a posteriori, suite a notre lecture,
à partir de certains signes linguistiques».
«Genres et types, déterminés par des conventions, des traditions, des normes déterminent
à leur tour des contraintes de production et d’interprétation. Un juriste qui plaiderait en
vers se ferait sanctionner par l’Ordre des avocats; un scientifique qui voudrait publier
dans une revue un exposé rédigé comme une recette de cuisine se heurterait au Comite de
lecture».
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En vue de permettre à l’apprenti-traducteur de découvrir les différents types de textes
proposés par les chercheurs, nous récapitulons, dans le tableau suivant, les typologies les
plus connues et qui ont marqué la linguistique textuelle:
Tableau récapitulatif des typologies des discours selon Rolf, 1993 (Gambier, 2005:100)
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En fait, l’apprenti-traducteur est censé savoir qu’ en exerçant son métier, un traducteur n’est
pas tenu de s’improviser en linguiste pour reconnaitre les limites et les interférences entre tel
genre et tel type dans le discours qu’il a entre les mains, ni de nommer quel type est
prédominant, ceci étant, plutôt, le travail mené par un analyste de discours. Ce qui lui
incombe, c’est de détecter les marqueurs de singularité, d’appartenance, de fonction et de
vision et de respecter les exigences de chaque type en les considérant comme des traits
pertinents faisant partie essentielle du sens à traduire.
Il doit savoir, par exemple, que, devant un texte technique ou scientifique, il a affaire à un
sens clair et précis relevant de l’explicite, sinon, le cas échéant, à des significations multiples
(dans le cas des termes polysémiques) qu’il suffit de remettre en contexte terminologique pour
dissiper toute ambigüité. Plus le texte va vers d’autres types moins techniques et plus
expressifs, plus l’objectivité se retire pour céder sa place à la subjectivité, et plus le sens
s’échappe pour résider entre les lignes et dans les mots et expressions en complicité, créant un
autre niveau qui est celui de l’implicite. Dans ce cas, le traducteur n’a plus affaire,
uniquement, au texte mais à son auteur, à son lecteur et à toute la situation de communication
nécessaire aux processus de l’interprétation.
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6- Quoi analyser en traduisant: les modèles proposés par les traductologues.
De nombreuses études traductologiques, basées sur les acquis et les exploits de l’analyse
de discours, ont jeté la lumière sur les éléments à analyser dans un texte lors de sa
traduction, et, ont fini par proposer des modèles à enseigner en cours pratiques de
traduction, comprenant les différents paramètres à prendre en compte. Le tableau suivant
récapitule le contenu de ces éléments dans les propositions des trois modèles les plus
connus:
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(âge, sexe, formation, origine, statut social, etc.)
Facteurs intratextuels:
chapitres).
20
Lexique: analyse du lexique du point de vue sémantique et
Cadre énonciatif:
Le texte:
chronologique, argumentatif … ?
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Niveau de langue (langue parlée ou écrite ? langue familière,
interpréter ?
Malgré les différences qu’ils présentent sur le plan du découpage des éléments et du
métalangage (la terminologie adoptée), les trois modèles impliquent presque les mêmes
éléments à analyser: la situation de communication, la fonction du texte et sa construction
interne.
D’autres propositions ont suivi ces modèles. Gambier (2005: 25), entre autres, cite un
ensemble d’éléments textuels devant faire l’objet d’analyse par le traducteur, en phase de
compréhension, avant le transfert. (l’explication et les exemples sont de nous).
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éléments qui constituent des réponses aux questions suivantes: qui (émetteur), quoi
(message), à qui (destinataire), où (lieu), quand (moment) et comment (moyen,
manière).
Exemple1:
- «Avez-vous vendu toutes les fleurs rouges? Car je cherche cette couleur».
Cet énoncé est émis par un client à un fleuriste. Il se compose d’une phrase interrogative
et une autre déclarative, mais il implique une demande. Il a l’air d’assumer une fonction
expressive et de revêtir une simple valeur locutoire. Or, le contexte énonciatif impose que
ce soit la fonction illocutoire, celle de la requête qui soit mise en avant.
Exemple2:
Le locuteur, en posant cette question, ne cherche pas une réponse. Il incite, plutôt, son
allocutaire à agir à ses propos. Il a employé l’une des valeurs rhétoriques de
l’interrogation oratoire. Il peut revêtir une valeur positive, dans un rappel par exemple,
comme il peut s’agir d’une valeur négative et malveillante, si le locuteur cherche à
congédier son interlocuteur. Pour reconnaitre la bonne intention, il faudrait revenir à la
situation de communication.
Bien évidemment, pour réussir à rendre toutes les fonctions de ce types d’énoncés, le
traducteur, loin de se contenter d’un transfert littéral, est appelé à se placer au cœur des
intentions, des vouloirs dire et des sous- entendus des locuteurs et de savoir leur conférer
toutes les valeurs discursives qu’ils remplissent. Une manière de renforcer la
compréhension de son lecteur et de combler tout creux de sens dû à une défaillance de
contextualisation.
L’énoncé 2 peut être rendu de maintes façons en arabe, selon les valeurs discursives, dont
nous avons suggéré deux:
Valeur positive: (rendre par une phrase déclarative terminée par une question-tag pour
confirmation)
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Valeur négative: (rendre par une phrase interrogative sur un ton furieux).
2- les références, exprimées par des mots, termes, des noms propres, des expressions
culturelles: cela renvoie à la compréhension référentielle qui est le fruit d’une
mobilisation de la compétence référentielle (connaissance sur le monde, savoirs
encyclopédiques sur le sujet traité,…). se trouvant dans un texte dont la traduction est
destinée à un public non algérien, l’expression «décennie noire», doit être rendue par
un procédé d’explicitation (expliquée entre parenthèse ou par une note de bas de
page).
L’expression soulignée est emplie d’une certaine valeur socio-historique chez les
Algériens et doit faire l’objet d’une explicitation par le traducteur: «de quelle période
s’agit-il?», «pourquoi est-elle nommée comme ça ?», etc.
Aussi facile à rendre qu’elle puisse paraitre, ladite expression peut poser problème au
niveau du choix de son équivalent en arabe. Littéralement, cette expression serait traduite
par « » العقد األسودpar un traducteur arabophone non algérien, sachant que le mot « » عقدest
l’équivalent exacte et soutenu du mot «décennie». Cependant, l’expression « » العقد األسود
ne représenterait rien à un lecteur algérien, car c’est l’équivalent moins soutenu « » العشرية
qui est employé et consacré dans les médias et mêmes dans les écrits académiques pour
décrire cette période sanglante de l’histoire de l’Algérie indépendante.
3- les marques de temps et de localisation: pour saisir les éléments déictiques, pour
éviter les archaïsmes ou les anachronismes: ce qui signifie la remise du texte à
traduire dans son cadre temporel et spatial et respecter les usages géographiques.
Exemple:
«Nous voici donc réunis, pour la deuxième assemblée générale de notre association. Le
lieu de cette assemblée d’est pas fortuit. En effet, si notre implantation est nationale, ces
régions se distinguent fortement. Il convenait alors, dans un souci de rencontre avec nos
adhérents, de choisir la région de l’ouest et votre présence, nombreuse ce soir, nous
preuve que nous ne sommes pas trompés. Notre association ne cesse de se développer.
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Nous comptons, à ce jour, 18.000 adhérents, soit une augmentation de 6.000 depuis la
date du dernier recensement».
Comme nous voyons, le sens de cet énoncé est intimement lié aux conditions spatiales et
temporelles de sa production. Son interprétation dépend, donc, largement des marqueurs
de temps et de lieu soulignés dans le passage. Le traducteur doit avoir assez
d’informations sur l’événement pour qu’il puisse répondre aux deux questions «quand» et
«où» pour expliciter le vouloir-dire de l’auteur quand il juge que le choix du lieu n’est pas
fait au hasard.
Exemple:
« «N’est-il pas vrai que tu as lu sept fois à Isphahan un volumineux ouvrage d’Ibn-Sina, et
que de retour…». La référence à Avicenne dans la bouche d’un cadi de rite chaféite n’a rien
de rassurant».
Les deux mots soulignés sont deux noms propres qui renvoient au même personnage cité dans
le roman: l’un des grands polymathes de la médecine et de la science qui ont marqué la
civilisation arabo-musulmane. Ici, l’auteur introduit le nom original dans le discours direct du
cadi, puis, il introduit, délibérément, le nom par lequel ce savant est communément connu du
public source, compte tenu des connaissances de ce dernier, principalement francophone,
donc, censé ne pas reconnaitre la désignation arabe.
Traduits vers l’arabe, la langue référentielle du roman, les deux noms propres sont rendus par
la même désignation «»ابن سينا, communément connue par les arabophones.
- les valeurs attribuées au genre du texte en question; a son support de diffusion. Par
exemple, un document de type instructif peut être soit subjectif (dépendant de l’autorité de
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son émetteur - discours politique, sermon, commentaires, ...), soit objectif, donnant des
conseils pratiques (guide, manuel, notice technique) ou des ordres (contrats, règles d’un
jeu, traites...): il est impératif au traducteur de rester sur le même type du texte et de faire
en sorte que toutes ses valeurs pragmatiques et discursives soient retrouvées dans la
version traduite.
Art. 36. (Modifié) - les obligations des deux époux sont les suivantes:
- Le mari porte seul la responsabilité de nourrir la famille, mais si son épouse veut
l'aider sur ce plan elle a la possibilité de le faire.
- Le mari doit aider son épouse dans les affaires du ménage (d'après certains savants,
s'il en a les moyens, il doit employer une femme de ménage, par exemple).
- L'épouse doit éduquer les enfants mais n'est pas seule: le mari doit l'aider.
Bien que les deux extraits soient tirés de textes du même type injonctif, et comprennent le
même contenu informatif, ils présentent des différences sur le plan de la fonction et des visées
pragmatiques. Cette différence de type engendre un lexique et une organisation discursive
différents:
Le premier, relevant d’un organisme autoritaire, renferme une obligation formelle, exprimée
par des instructions directes et irréversibles (l’emploi de l’infinitif). Le second n’implique
que des recommandations, donc, une obligation morale, exprimée par des instructions non
définitives (l’emploi de, « mais » et « le verbe de modalité «devoir»)
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