0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
18 vues26 pages

Analyse du discours en traduction

Le cours d'analyse du discours pour les apprentis-traducteurs à l'Université d'Alger 2 vise à combiner théorie et pratique pour améliorer les compétences de traduction. Il souligne l'importance de comprendre le sens d'un message à travers une analyse discursive approfondie avant de procéder à la traduction. L'évolution de la traduction, passant d'une approche linguistique-contrastive à une approche discursive-analytique, est également discutée, mettant en avant le rôle crucial de l'interprétation dans le processus de traduction.

Transféré par

Rédha Belhachemi
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
18 vues26 pages

Analyse du discours en traduction

Le cours d'analyse du discours pour les apprentis-traducteurs à l'Université d'Alger 2 vise à combiner théorie et pratique pour améliorer les compétences de traduction. Il souligne l'importance de comprendre le sens d'un message à travers une analyse discursive approfondie avant de procéder à la traduction. L'évolution de la traduction, passant d'une approche linguistique-contrastive à une approche discursive-analytique, est également discutée, mettant en avant le rôle crucial de l'interprétation dans le processus de traduction.

Transféré par

Rédha Belhachemi
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Université d’Alger 2.

Institut de traduction.

Module : Analyse du Discours.

Niveau : master 1.

Enseignant: Hassina Lahlou.

1
Introduction au cours:

Pour qu’un cours d’analyse du discours, destiné aux apprentis- traducteurs, puisse
atteindre ses fins didactiques, il devrait contenir, en plus du volet théorique de base, un
volet pratique comportant des applications et des exercices d’analyse sur des catégories
réelles, visant des objectifs préalablement fixés, tout en parcourant l’efficacité du point de
vue de la traduction et ce, par la mise en relief de l’intérêt traductionnel. Cet intérêt peut
être repérable sur deux niveaux:

- Lors du processus de la traduction, notamment en phase d’apprentissage.


- Lors de l’évaluation du produit traductif et le travail de la critique des
traductions, que ce soit en phase d’apprentissage ou dans le cadre du métier
professionnel.

En vue de mettre en action ce principe et, réussir à faire adopter à ses apprenants une
méthode de traduction efficace, un enseignant du module de l’analyse du discours, au sein
de l’institut de traduction, doit s’efforcer d’acquérir de nouvelles connaissances en analyse
du discours et en linguistique pour les joindre aux connaissances déjà acquises en
discipline de la traduction.

On ne pourrait envisager un rapport concret entre la traduction et l’analyse du discours


sans revenir à ce que l’acte traduisant implique comme étapes et principes, et se poser la
question suivante: pourquoi une analyse du discours s’avère-t- elle indispensable pour
réussir sa traduction ? Plus exactement: à quelle étape du processus traduisant, une
analyse du discours intervient-elle pour trancher dans les choix et décisions du traducteur?

Pour répondre à cette question, il suffit de savoir que traduire consiste tout d’abord à
comprendre le sens d’un message, et que cette phase est la plus importante, à notre sens,
car, et comme pratiquement tous les théoriciens de la traduction le pensent, traduire c’est
comprendre. Cependant, le processus de la compréhension ne peut pas être accompli par
un simple décodage linguistique linéaire. Il a besoin d’intégrer et d’examiner,
concomitamment un ensemble d’éléments intra et extratextuels. Les premiers se
présentent dans les procédés d’écriture, les seconds, dans la situation de la
communication. Réunis, ils constituent des indices nécessaires à l’interprétation du sens.

2
Il faut, en effet, interpréter avant de traduire, pour déterminer le choix dans la traduction,
et rétablir le sens voulu par l’auteur de l’original. C’est le seul moyen qui nous garantit le
respect du principe de fidélité, une notion relative à son tour.

Ce qui spécifie l’application de l’analyse discursive dans le cas de la traduction, est le fait
que la saisie de la situation communicationnelle et du sens contenu dans le texte original,
ainsi que la connaissance sur le monde de l’auteur et du public source ne suffisent pas
pour la conception du message à transférer. Un ensemble de facteurs inhérents à la
personnalité du traducteur et de ses compétences et la prise en compte des attentes du
public cible et de ses connaissances extralinguistiques sur le sujet traité, interviennent
pour influer sur les choix et les stratégies du traducteur et décident de la qualité et de la
fiabilité du produit final. Pour bien cerner les sens potentiels qu’un texte peut impliquer, il
est incontournable, pour le traducteur, de mener une analyse textuelle/discursive tout au
long de la phase de compréhension. Une fois cette étape est bien franchie, l’étape suivante
qui est la réexpression se fera sans peine et le traducteur effectuera ses choix et décisions
sur la base des résultats qu’il a obtenus de l’analyse déjà faite.

Il convient, au départ, d’indiquer que notre approche analytique du processus de la


traduction est principalement basée, ici, sur la théorie interprétative. Ce choix est fondé
sur le fait que cette théorie est la plus adaptées aux besoins didactiques et les aspects
problématique de la traduction chez les apprentis-traducteurs grâce à la reconstitution de
l’acte traduisant tel qu’il se déroule réellement dans la boite noire du traducteur et à la
mise en avant de la lecture /compréhension qui est la phase de la traduction où s’effectue
la partie majeure de l’analyse afin de dégager les éléments du sens à traduire.

Par ailleurs, il est utile de rappeler que l’assimilation du contenu de ce module ne serait
possible sans la mobilisation des connaissances déjà acquises dans le cadre des modules
annexes aux sciences du langage, tels que la linguistique générale, la linguistique
contrastive, la sémantique lexicale et la sémantique structurale. Les apprentis-traducteurs,
et grâce à l’orientation de l’enseignant, doivent, incessamment, procéder à une intégration
de connaissances pour pouvoir atteindre une compréhension optimale des différents
éléments et notions théoriques et une maitrise complète et efficace des opérations de
l’analyse du discours.

3
1- Etat de l’art: ce qui a été dit de l’apport de l’analyse du discours à la traduction. 1

En remontant dans le temps jusqu’aux années 80, l’époque où la traduction s’est vue se
libérer de la linguistique appliquée et entrer dans le cercle interprétatif, les écris consacrés
à l’apport de l’analyse du discours à la traduction, sont presque tous basés sur des
principes contrastifs et comportent, dans leur volet pratique, une étude comparative d’un
couple de langues données.

À commencer par Jeans Delisle (1980) et son fameux livre intitulé: «Analyse du Discours
Comme Méthode de Traduction», dans lequel il propose des fondements d’un bon
enseignement de la traduction, à partir d’une mise en parallèle de certains éléments
lexicaux, grammaticaux et stylistiques entre le français et l’anglais. Des modèles
d’exercices d’analyse sont exposés pour remédier aux différents problèmes rencontrés par
les apprentis-traducteurs. Ces modèles, posés il y a une trentaine d’années, n’ont pas pris
une ride, et pourraient toujours être proposés dans une première phase d’apprentissage.

Depuis, des modèles d’analyse étaient proposés pour être inclus dans les programmes
d’enseignement de la traduction, comme le modèle fonctionnel de Nord (1991), le modèle
didactique de Grelet (1991) et le modèle interprétatif de Lederer (1994). Chaque modèle
répondait aux principes et aux objectifs de l’approche dans laquelle il est inscrit.

Rédigés dans diverses langues et visant essentiellement la didactique de la traduction dans


sa phase d’évaluation, tout en ayant un aspect plutôt littéraire que pratique, une dizaine
d’articles a traité de l’interrelation entre la traduction et l’analyse du discours.

Dans un article intitulé «De l’analyse du discours à la traduction: l’intermédiation


culturelle), publié en 2019, et dans le cadre d’une étude comparative entre le discours
institutionnel et le discours médiatique, Durieux ne manque pas d’adresser un énième
rappel de la place d’une analyse discursive dans un acte de traduire. «Traduire ce n’est
pas convertir un code linguistique en un autre code linguistique, ce n’est pas mettre des
langues en contact. C’est mettre des personnes en contact», dit-elle en se fondant sur l’un
des principes fondamentaux de l’approche interprétative de la traduction à laquelle elle
adhère: «traduire c’est comprendre pour faire comprendre». Ce principe de

1
En vue de limiter notre revue de littérature, nous nous contenterons de citer les travaux dont les titres mettent en
évidence l’apport de l’analyse du discours à la traduction.

4
fonctionnement résume l’apport de la réflexion analytique lors de l’étape de la
compréhension à l’acte traduisant.

Intitulé «the role of discourse analysis in translation » l’article de M. Vasheghani


Farahani (2013), évoque l’influence de l’analyse du discours (en tant qu’une discipline
s’occupant de la relation entre le langage et le contexte dans lequel il est utilisé) sur la
traductologie, en citant les travaux de quelques traductologues tels que la grammaire
fonctionnelle de Haliday, le modèle de l’évaluation de la qualité des traduction de House
et la typologie des texte en traduction de Katherine Reiss.

Dans son article «traduction et analyse du discours: typologies croisées» (2005),


Gambier s’est occupée de tracer les relations qui existaient entre les sciences du langage et
les études en traduction. Son objectif était de mettre en évidence l’apport de la réflexion
sur l’analyse du discours à la traduction et par conséquent à la formation des traducteurs.

Avant d’entamer le sujet de l’analyse du discours, et conformément à la logique de


l’évolution de la réflexion traductologique, nous avons jugé primordial de marquer le lieu
historique et les conditions dans lesquelles la discipline de la traduction s’est mise en
contact direct et explicite avec l’analyse du discours qui est, ici, l’objet du module.

Pour ce faire, nous allons revenir un peu en arrière et retracer le chemin qu’a parcouru
chacune des deux disciplines, l’une à partir du moment où elle s’est détachée de la
linguistique appliquée jusqu’à son implication dans les courants herméneutiques et l’autre,
à partir de sa naissance jusqu’à son adhésion à la linguistique textuelle.

5
2- La traduction: de l’approche linguistique-contrastive à l’approche discursive-
analytique

La traduction a, pour longtemps, été l’apanage de la linguistique contrastive. Traduire


consistait à opposer deux structures linguistiques différentes, deux codes différents, grâce
à un découpage linguistique. Selon cette perspective, l’opération de la traduction était
limitée au niveau du mot, du syntagme et de la phrase.

Avec l’avènement du courant herméneutique, des notions- phare en traduction, telles


que le «sens» et la «compréhension» ont connu une évolution. Le sens n’est plus cette
masse objective latente trouvée dans le texte mais, le résultat d’une interprétation. Cette
dernière est définie par Jeans Delisle comme «un dialogue herméneutique qui s’établit
entre le traducteur et le texte original». (1980: 70), par Gadamer comme «une forme
explicite de la compréhension qui produit entre nous et le monde une médiation toujours
inachevée» (1996: 329) et par Ricoeur, comme «le travail de pensée qui consiste à
déchiffrer le sens caché dans le sens apparent, à déployer les niveaux de signification
impliqués dans la signification littérale». (1969: 16).

À son tour, la compréhension ne se réduit plus au fait de dévoiler l’intention de l’auteur,


mais de faire partie de l’univers de la signification. Gadamer (1990 [1960], p. 271) décrit
deux niveaux possibles de compréhension: - la précompréhension qui est le résultat d’une
lecture remplie d’un ensemble préconçu d’attentes (préjugés et opinions) et la
compréhension, à proprement dite, qui est le résultat de révisions permanentes et
progressives des conceptions élaborées lors de la précompréhension.

Le tableau, ci-dessous, marque le passage de l’approche traditionnelle à l’approche


moderne de la traduction:

L’approche traditionnelle (les années 60) l’approche moderne (les années 70)

-Objet d’étude: le discours-texte.


-Objet d’étude: le texte
-Objectif: modélisation de la
-Objectif: modélisation du transfert
communication inter-linguistique.
linguistique
-Type d’analyse: subjective.
-Type d’analyse: objective.
-Outil d’analyse: l’équivalence
-Outil d’analyse: l’équivalence
communicationnelle.
sémantique.

6
Nous pouvons également présenter cette évolution en parallèle avec l’évolution de la
réflexion linguistique:

De la linguistique de la phrase à l’analyse du De la stylistique comparée à l’interprétation


discours

Approche linguistique: descriptive /objective. Approche linguistique: contrastive/


interlinguale

Approche discursive: analytique/ subjective.


Approche interprétative: herméneutique.

L’évolution de la réflexion en linguistique et en traductologie

Ricœur résume toute cette évolution quand il dit: « deux voies d’accès s’offrent au problème
de traduire. On peut prendre le terme de traduction au sens strict de transfert d’un message
verbal d’une langue dans une autre, soit le prendre dans un sens large comme synonyme
d’interprétation de tout ensemble signifiant à l’intérieur de la même communauté linguistique
(1999: 08).

La traduction, qui, jusque là était réduite à un simple transcodage linguistique, est devenue
alors synonyme d’interprétation. Gadamer considère que la traduction est le «modèle même de
l’interprétation, car traduire nous contraint, non pas seulement à trouver un mot, mais à
reconstruire le sens authentique du texte dans un horizon linguistique tout à fait nouveau.
Une traduction véritable implique toujours une compréhension qu’on peut expliquer » (1982:
45). Ce philosophe confirme que la seul théorie qui est capable d’expliquer la position du
traducteur vis-à vis du texte à traduire est bien celle de l’herméneutique car elle se fonde sur
le principe du dialogue.

3- L’analyse du discours: définition, objectifs et parcours

7
Selon Maingueneau (2005), il s'agit de «l'analyse de l'articulation du texte et du lieu
social dans lequel il est produit. Elle répond aux questions du "Comment" et du
«Pourquoi» de l’activité langagière, par opposition aux méthodes traditionnelles
d’analyse qui plaçaient au centre de leur problématique les questions "Qui ? Quoi ?
Quand ? Où ? et à la linguistique de la langue qui décrit la phrase comme la plus grande
unité de communication».

Selon d’autres sources2, cette discipline renvoie à «une technique de recherche en


sciences sociales permettant de questionner ce qu’on fait en parlant, au-delà de ce qu’on
dit».

«Notre objectif d’analyse du discours consiste à repérer les caractéristiques


des comportements langagiers (le “comment dire”) en fonction des conditions psycho-
sociales qui les contraignent selon des types de situation d’échange (“contrat”). La
perspective est donc double, dans un rapport de réciprocité : quelles conditions pour
quels comportements langagiers possibles, et quels comportements
langagiers effectifs pour quelles conditions. Il faut donc se donner les moyens d’étudier
ces conditions et ces comportements». Chareaudeau, 1995: 05).

Dans la conception traditionnelle issue des réflexions philologiques sur le langage, il n’y
a qu’un seul sens stable et unique qui est attribué au discours/texte. Cette logique fait de
ce dernier un objet clos et définitif. Depuis la vision classique adoptée dans l’œuvre de
Saussure, l’attention n’est portée que sur les structures de la langue, à savoir: phonologie,
syntaxe, morphologie et sémantique structurale. Le sujet de la communication étant exclu,
la fonction objective du langage est mise au premier plan. La linguistique classique se
veut donc descriptive. Par contre, avec l’analyse du discours, l’accent porte de plus en
plus sur l’articulation du langage et du contexte et sur les activités du locuteur.

Dans cette approche, le sujet est considéré comme un acteur sociohistorique agissant par
le langage, et la fonction subjective est considérée comme une fonction fondamentale de
la communication langagière.

2
[Link] discours.

8
Méthodes traditionnelles L’analyse du discours

qui
quoi qui
pourquoi quoi

La le
discours-
phrase texte

Comment quand

où quand

Le passage des méthodes traditionnelles à l’analyse du discours.

Il convient de souligner, de prime abord, que les différents modèles existants de l’analyse du
discours, nées au sein des sciences du langage sont, de nos jours, exploités dans le domaine
des sciences sociales et économiques. Visant des objectifs, essentiellement ergonomiques
(motivation, rendement, dispositions,…), ces modèles sont appliqués sur les discours oraux
(entretiens, réflexion à voix haute,…) et écrits (questionnaires, formulaires,…) recueillis
auprès de l’élément humain, objet de l’étude.

Cependant, et vu leur efficacité et pertinence, quelques modèles peuvent être importés dans le
cours de l’analyse du discours dans le programme de la traduction, et, utilisés dans le
développement des aptitudes interprétatives de l’apprenti-traducteur. Les modèles les plus
adéquats sont, à notre sens, ceux dont l’objectif est de dévoiler le contenu latent d’un
discours, cette partie, étant une source de difficulté, voire même, de problèmes majeurs au
niveau de l’interprétation chez ces apprenants qui, en phase de formation, ont besoin d’une
méthode efficace qui leur apportera aussi bien les moyens d’accès au sens que ceux de
réexpression.

9
Parmi les modèles qui nous paraissent capables de remplir cette tâche, il y a celui de l’analyse
logico-esthétique. Dans la partie suivante, nous procéderons à sa définition et à l’exposé de
ses objectifs et ces catégories d’analyse:

«Les analyse logico-esthétiques ont en commun le fait de chercher à révéler, par l'analyse de
texte, une caractéristique formelle typique de l'auteur ou du genre de texte».
(Mucchielli: 1984: 36).

Cela signifie que cette analyse vise le contenu latent du discours, à partir de la forme et
l’esthétique du texte.

«L’analyse logico-esthétique étudie la structure du discours en relation avec ses effets de


sens. Elle porte sur la forme de la communication qui informe sur l’état d’esprit du locuteur
et ses dispositions idéologiques (vocabulaire, longueur des phrases, ordre des mots, figures
de styles,...).3

A partir de cette définition, et sachant que l’expression «effets de sens» désigne la


valeur discursive d'une forme résultant de l'emploi qu'en fait le sujet parlant animé d'une visée
d'effet particulière dans un contexte donné, nous pourrons déduire les objectifs selon lesquels
sont choisies les catégories d’analyse:

Objectifs de l’analyse Catégories de l’analyse

Connaitre l’état d’esprit du locuteur/auteur. - Les marques de cohésion et de


cohérence.
Connaitre les dispositions idéologiques du - L’ordre des mots et des idées.
locuteur/auteur. - Les figures de styles présentes dans le
texte.
Connaitre la position du locuteur/auteur par
rapport au sujet traité dans son texte-discours.

3
Cette définition est extraite du site web: [Link]/l-analyse-de-contenu-du-discours.

10
Pour marquer le passage d’une compréhension linguistique défaillante à une compréhension
pragmatique parfaite, l’apprenti-traducteur doit non seulement répondre au Quoi et au
Comment du texte, mais aussi à son Pourquoi, c'est-à-dire, accéder à sa fonction et les
intentions de son l’auteur.

Si le modèle exposé ci-dessus peut être enseigné dans le cadre du module de l’analyse du
discours, comme un outil d’apprentissage d’analyse discursive, d’autres modèles sont conçus
spécialement par des traductologues pour qu’ils soient explorés dans les cours de traduction.
On en verra quelques uns- dans les pages qui viennent.

11
4- Le discours

Etant donné que le présent cours vise les apprentis-interprètes au même titre que les
apprentis- traducteurs, le discours oral n’est pas exclu de l’étude, puisque toute forme de
communication orale peut être convertie en texte écrit et analysée selon des paramètres
différents. Des exemples de l’oral sont, d’ailleurs, introduits dans l’illustration.

Comme il n’est pas facile de cerner la notion du discours, vu qu’elle évolue selon la
dimension dans laquelle elle se développe, nous retiendrons quelques définitions qui nous
paraissent aussi objectives qu’intégrales.

3-1 le discours défini par les linguistes et traductologues:

«Le discours est l’ensemble constitué d’un énoncé ou d’un groupe d’énoncés considéré à
la fois dans sa structure linguistique et dans son contexte de production et de réception,
empli de subjectivités historiques, politiques, idéologiques, socio -historiquement
déterminées et orientées». (Charaudeau et Maingueneau, 2002: 186-187)

«Le discours est un énoncé caractérisable certes par des propriétés textuelles, mais
surtout comme un acte de discours accompli dans une situation (participants, institution,
lieu, temps) ; ce dont rend bien compte le concept de «conduite langagière» comme mise
en œuvre d’un type de discours dans une situation donnée» (Adam, 1990: 23- 26).

«Le discours constitue les modes institutionnalisés de parole et d’écriture qui expriment
des attitudes particulières à l’égard des domaines d’activités socioculturelles». (Hatim et
Masson, 1997: 144).

«Le discours est un phénomène complexe de l’activité communicationnelle dont


l’architecture repose sur des éléments linguistiques, textuels, situationnels et
psychologiques impliquant les aspects cognitifs, sociaux et affectifs des participants à
l’interaction». (Hasni, 2016: 43).

Constituant la matière de l’acte traduisant, la notion du discours a fait l’objet de


définitions basées sur des réflexions en traductologie:

«Le discours est un énoncé ou un ensemble d’énoncés produit dans une situation réelle de
communication, les formes linguistique des énoncés sont enrichies de compléments

12
cognitifs. Le discours est verbalisation, au moyen des ressources de la langue, ce qu’un
auteur veut communiquer aux lecteurs». (Delisle, 1982).

Ce que nous constatons, en comparant cette dernière définition aux précédentes, est
l’enrichissement et l’expansion de la notion du discours par de nouveaux termes issus
d’approches nouvelles, tels que: «verbalisation», «compléments cognitifs», et «vouloir-
dire». Ceux-ci renvoient à des notions de base dans l’approche interprétative en
traduction.

2-2-3 Les caractéristiques du discours:

Qu’il soit oral ou écrit, le discours jouit d’un ensemble de traits essentiels qui lui
offrent sa spécificité. Maingueneau en cite et décrit huit: (1998:38-41)

- Le discours est une organisation transphrastique (au-delà de la phrase): la structure des


mots relève d'un autre niveau que celui de la phrase. Le discours est soumis à des
règles d’organisation en vigueur dans un groupe social déterminé portant sur le plan de
texte, la longueur de l’énoncé, etc.
- Le discours est orienté: il se développe dans le temps en fonction d’une fin choisie par
le locuteur. La linéarité qui caractérise le discours se manifeste par une gestion
préalable du locuteur de son discours par: un jeu d’anticipations, ou de retours en
arrière, glissement des commentaires au fil du discours, etc. Ce développement
linéaire change selon le type d’énoncé: monologal ou dialogal. (comme par exemple,
énoncé interrompu dans une interaction par l'interlocuteur ou rattrapage des mots qui
échappent au locuteur, etc.).
- Le discours est une forme d’action: toute énonciation constitue un acte de langage qui
vise à changer une situation (promettre, suggérer, affirmer, interroger, etc.). Les actes
de langage s’inscrivent dans des genres déterminés de discours (une consultation
médicale, un journal télévisé, un tract, etc.) qui visent à produire une modification sur
des destinataires.
- Le discours est interactif: tout discours suppose un échange verbal entre deux
partenaires, sous forme d’interaction orale comme dans une conversation. D.
Maingueneau distingue entre «l’interactivité» fondamentale du discours et
«l’interaction orale». Il définit l’interactivité comme «un échange, explicite ou
implicite, avec d’autres énonciateurs, virtuels ou réels, elle suppose toujours la

13
présence d’une autre instance d’énonciation à laquelle s’adresse l’énonciateur et par
rapport à laquelle il construit son propre discours».
- Le discours est contextualisé: on ne peut pas attribuer du sens au discours hors
contexte. Un même énoncé prononcé dans deux lieux différents peut correspondre à
deux discours distincts. De plus, le discours contribue à définir son contexte qu’il peut
modifier en cours d’énonciation (par exemple, un locuteur peut avoir une conversation
d'amitié avec son interlocuteur et dans un autre endroit le même locuteur aura un statut
différent comme un médecin ou un professeur et entame une conversation différente
avec le même interlocuteur du type médecin /patient ou professeur / étudiant).
- Le discours est pris en charge par un sujet: le sujet énonciateur «je» assume la
responsabilité de son discours et choisit une attitude énonciative. L'exemple proposé
par Maingueneau est celle de l'énoncé "il pleut" qui est donné comme vrai par son
énonciateur ce qui lui rend responsable vis-à-vis de son contenu. Toutefois, il peut
modifier son degré d'adhésion "Peut être qu'il pleut", ou rendre quelqu'un d'autre
responsable de cet énoncé "Selon Paul il pleut", commenter sa propre parole
"Franchement, il pleut", etc.
- Le discours est régi par des normes: chaque acte de langage est régi par des normes
particulières qui justifient sa présentation, plus principalement, "tout acte
d'énonciation ne peut se poser sans justifier d'une manière ou d'une autre son droit à se
présenter tel qu'il se présente ". Ex: un acte comme la question suppose que le locuteur
ignore la réponse et que son interlocuteur peut lui répondre.
- Le discours est pris dans un interdiscours: chaque discours s’inscrit dans un genre qui
gère à sa manière des relations interdiscursives multiples. Un livre d'histoire ne cite
pas de la même façon et n'utilise pas les mêmes sources qu'un guide touristique.

L’ensemble des caractéristiques citées ci-dessus constituent des fondements théoriques de


plusieurs approches révolutionnaires en traduction. Chacune d’elles propose un paramètre à
prendre en considération lors du transfert. Le premier, le troisième et le cinquième points,
renvoient à deux des principes cardinaux de l’approche interprétative, qui conçoit que le sens
ne se trouve ni dans la phrase ni dans le paragraphe, mais il se propage dans le texte-discours
tout entier. Le deuxième et le dernier points représentent des jalons partagées entre les
courants fonctionnels et les approches communicatives, les uns, considérant que la fonction
du texte est la seule à prendre en compte lors de l’opération traduisante, les autres, ne voyant
en traduction qu’un acte de communication interlingual.

14
3-3 Que traduit-on, le discours ou le texte?

Dans l’enseignement comme dans la pratique professionnelle de la traduction, on a tendance à


nommer «texte» tout objet écrit destiné à être traduit. Le terme «discours» apparait rarement
dans les propos des enseignants et encore moins dans les discours des traducteurs
professionnels. Il n’est utilisé que pour désigner une forme orale ou dans la catégorisation, en
types et en genres, des écrits à traduire.

Bien qu’elles soient étroitement liées, voire même inséparables, sur le plan pratique, en
théorie, les deux notions «texte» et «discours» présentent des différences intrinsèques en
matière de la forme et du contenu:

«Des distinctions opératoires existent (entre texte et discours) rattachant le discours à un


processus, à de l’oral, à des procédures de négociation, à une dynamique
communicationnelle tandis que texte serait relié au produit statique, clos, à de l’écrit, à une
organisation séquentielle, etc». (Gambier, 2005: 106).

Pour mieux cerner cette distinction, nous faisons recours à deux définitions faites de la notion
du texte:

«Le texte est la trace enregistrée d’un acte de communication donné qui ait eu lieu au moyen
de la forme parlée ou écrite, au niveau de celle-là, il comprend non seulement le contenu
verbal des énoncés produits mais également le contour intonatif, les emphases et tous les
signes paralinguistiques mis en jeu en cours de l’acte en question. Au niveau de celle-là, il se
compose en plus du contenu verbal, de l’ensemble des signes de ponctuation et les
phénomènes typographiques tels que la mise en page, l’emploi d’italiques et la présence des
graphiques, d’images et des photos» (Cornish, 2003:82).

A travers cette définition, l’auteur considère que le texte n’est pas réduit à une présentation
graphique, mais il implique aussi quelques aspects non graphiques tels que l’intonation et
l’emphase. 4

«Le texte est une forme linguistique d’une certaine complexité, un matériel verbal dans un
message et une forme d’existence des éléments linguistiques dans l’acte de communication».
(Hasni, 2016: 43).

4
Nous reviendrons en détails sur ces deux aspects, ultérieurement.

15
5- Typologies des discours: utilité pour la traduction

Les essais théoriques de catégorisation et de classification des discours/textes dans


l’optique de la traduction ne datent pas d’hier, mais ils remontent aux années 30 du siècle
dernier. Des travaux sur lesquels des linguistes et traductologues (Mounin, Federove,
entre autres) ont proposé par la suite trois grande catégories dominantes, à savoir:
l’information, l’expression et l’incitation. Plusieurs sous-types sont inclus dans chaque
catégorie.

Charaudeau (1995:105) et Maingueneau (2005:72), considèrent qu’ «un type de discours


est un regroupement de genre de discours selon certains critères. Par exemple, le type
«discours médiatique» inclut les genres «éditorial», «reportage», «enquête», «courrier
des lecteurs»; le type «discours politique» comprend les genres «profession de foi»,
«tract», «débat télévisé», etc.; le type «discours publicitaire» comporte les genres
«publicité de magazine», «spot télévisé», «publicité de rue», etc.

Contrairement aux deux linguistes, Gambier (2005: 100) part du postulat qu’un même
genre peut comprendre plusieurs types. Il résume la différence entre «type» et «genre» de
la manière la plus simple possible:

«On admettra ici qu’un manuel d’entretien, un mode d’emploi, une lettre d’affaires, un
roman policier, un article de presse, une pièce radiophonique, une page d’Internet...
créent des attentes: ce sont des genres définis a priori, des pré-textes en quelque sorte qui
orientent notre réception, tandis que les types (savant, polémique, vulgarisateur,
didactique, informatif, argumentatif, etc.) sont dégagés a posteriori, suite a notre lecture,
à partir de certains signes linguistiques».

Il ne manque pas de rappeler la nécessité de respecter la nature de chaque document:

«Genres et types, déterminés par des conventions, des traditions, des normes déterminent
à leur tour des contraintes de production et d’interprétation. Un juriste qui plaiderait en
vers se ferait sanctionner par l’Ordre des avocats; un scientifique qui voudrait publier
dans une revue un exposé rédigé comme une recette de cuisine se heurterait au Comite de
lecture».

16
En vue de permettre à l’apprenti-traducteur de découvrir les différents types de textes
proposés par les chercheurs, nous récapitulons, dans le tableau suivant, les typologies les
plus connues et qui ont marqué la linguistique textuelle:

Le chercheur La typologie proposée des types du discours

Cinq modes de discours: descriptif, narratif,


expositif, argumentatif et poétique
Bain (1890)

Six fonctions du langage: expressive,


conative, phatique, poétique, référentielle,
[Link] (1960)
extralinguistique.

Quatre mode de discours: expressif,


persuasif, référentiel (ou expositif) et
J. Kinnery (1971) littéraire

Six caractéristiques essentielles du discours:


narrative, procédurale, expositive,
R. Longacre (1976)
descriptive, dramatique et incitative

Cinq distinctions du discours: descriptive,


narrative, argumentative, expositive,
E. Werlich (1976)
instructive.

Sept formes de représentation: expressive,


informative, scénique, narrative, descriptive,
L. Lundcvist (1983)
argumentative et directive.

Huit types de textes : descriptifs, narratif,


explicatif, argumentatif, injonctif (ou
J.M. Adam (1985)
instructif), prédictif, conversationnel et
rhétorique.

Tableau récapitulatif des typologies des discours selon Rolf, 1993 (Gambier, 2005:100)

17
En fait, l’apprenti-traducteur est censé savoir qu’ en exerçant son métier, un traducteur n’est
pas tenu de s’improviser en linguiste pour reconnaitre les limites et les interférences entre tel
genre et tel type dans le discours qu’il a entre les mains, ni de nommer quel type est
prédominant, ceci étant, plutôt, le travail mené par un analyste de discours. Ce qui lui
incombe, c’est de détecter les marqueurs de singularité, d’appartenance, de fonction et de
vision et de respecter les exigences de chaque type en les considérant comme des traits
pertinents faisant partie essentielle du sens à traduire.

Il doit savoir, par exemple, que, devant un texte technique ou scientifique, il a affaire à un
sens clair et précis relevant de l’explicite, sinon, le cas échéant, à des significations multiples
(dans le cas des termes polysémiques) qu’il suffit de remettre en contexte terminologique pour
dissiper toute ambigüité. Plus le texte va vers d’autres types moins techniques et plus
expressifs, plus l’objectivité se retire pour céder sa place à la subjectivité, et plus le sens
s’échappe pour résider entre les lignes et dans les mots et expressions en complicité, créant un
autre niveau qui est celui de l’implicite. Dans ce cas, le traducteur n’a plus affaire,
uniquement, au texte mais à son auteur, à son lecteur et à toute la situation de communication
nécessaire aux processus de l’interprétation.

18
6- Quoi analyser en traduisant: les modèles proposés par les traductologues.

Dire à un apprenti-traducteur que l’analyse du discours est essentielle à l’acte de traduire


suscitera chez lui la question suivante: quoi analyser exactement? Autrement posée: quels
sont les éléments à relever du texte pour être analysés ? La réponse ne sera sans doute pas
livrée par un linguiste, mais par un traductologue, en l’occurrence, un enseignant de
traduction.

De nombreuses études traductologiques, basées sur les acquis et les exploits de l’analyse
de discours, ont jeté la lumière sur les éléments à analyser dans un texte lors de sa
traduction, et, ont fini par proposer des modèles à enseigner en cours pratiques de
traduction, comprenant les différents paramètres à prendre en compte. Le tableau suivant
récapitule le contenu de ces éléments dans les propositions des trois modèles les plus
connus:

Le modèle proposé Le contenu à analyser

Paramètres macro-textuels: auteur, macrocontexte,

situation de production, visée du texte.

Le modèle interprétatif Méthode: analyse détaillée de chaque paramètre et synthèse de


l’ensemble.
(Lederer, 1994)
Lecture active: «synthétique» (idée principale, idées
secondaires, liens de causalité, etc.) et «analytique»
(identification des effets stylistiques ou des impropriétés,
explication des allusions, des sigles, du non-dit du texte).

Facteurs extratextuels ou situationnels:

Emetteur : intention de l’émetteur, le point de vue de l’émetteur


du texte, résultat de la configuration de tous les facteurs
situationnels (y compris l’intention de l’émetteur, ainsi que les
attentes du récepteur, basées sur la connaissance de la situation).

Récepteur: caractéristiques du public visé par le texte d’origine

19
(âge, sexe, formation, origine, statut social, etc.)

Moyen de communication: textes transmis par voie orale ou


écrite.

Dimension spatiale: lieu de parution (production /réception) du


texte.

Dimension temporelle: date de parution du texte.

Dimension de la raison: motivation de la production / réception


du texte.

Fonction: analysée en relation avec l’orientation que


Le modèle fonctionnel.
le traducteur considère comme étant compatible avec la
(Nord, 1991)
fonction du texte cible, orientation qui découle des «
instructions de traduction » ou d’autres facteurs relatifs à
l’intention de l’émetteur ou aux attentes du public.

Facteurs intratextuels:

Sujet: sujet du texte-source

Contenu: cohésion (anaphores, cataphores), connotations,


présuppositions.

Structure textuelle: macrostructure (sémantique),


microstructure (structure formelle et structure fonctionnelle),
organisation thématique des unités informationnelles (thème-
rhème), délimitation de la structure textuelle (numérotation des

chapitres).

Éléments non-verbaux: photos, illustrations, éléments


suprasegmentaux (ponctuation, nature et taille des caractères),
etc.

20
Lexique: analyse du lexique du point de vue sémantique et

stylistique (connotations, champs sémantiques, registres, sens


figurés expressions idiomatiques, etc.) et morphologique
(dérivation, composition, acronymes, etc.)

Structure des phrases: types de phrases constructions


syntaxiques, coordination et subordination

Éléments suprasegmentaux: sélection des mots, ordre des mots,


onomatopées, caractères spéciaux, déviations orthographiques,
ponctuation.

Cadre énonciatif:

Source: (article de journal, rapport officiel, publicité, extrait de


roman, etc. ?)

Destinataire: (écrit pour quel type de lecteur? grand public,


cultivé, spécialiste, etc. ?)

Intention de l’auteur: (convaincre, informer, frapper l’attention


du lecteur, amuser, exprimer son émotion … etc. ?)

Le texte:

Nature: (narration, dialogue, description … etc. ?)

Idées-clé du texte: Où ?, Qui ?, Quand ?, Comment ?,


Pourquoi ?
Le modèle didactique
(Grelet, 1991). Cohérence interne: Soulignez les mots-charnière ainsi que tous
les mots et expressions qui marquent l’articulation du texte.

Quel type d’organisation interne caractérise le texte : logique,

chronologique, argumentatif … ?

21
Niveau de langue (langue parlée ou écrite ? langue familière,

soutenue, argotique, etc. ?)

Ton (sérieux, amusé … etc. ?)

Style (phrases courtes, complexes ? Utilisation d’un certain type


de vocabulaire ? …, etc. ?)

Allusions et métaphores (Sont-elles isolées ou forment-elles un


réseau significatif ?)

Références extralinguistiques nécessaires à la compréhension


du texte.

Problèmes d’interprétation et de traduction:

Y a-t-il certains passages ou expressions que vous avez du mal à

interpréter ?

Y a-t-il certains passages ou expressions qui semblent devoir


vous poser des problèmes de traduction. Lesquels ? Pourquoi ?

Modèles d’analyse des textes à traduire (dans Pop, 2011: 121-125)

Malgré les différences qu’ils présentent sur le plan du découpage des éléments et du
métalangage (la terminologie adoptée), les trois modèles impliquent presque les mêmes
éléments à analyser: la situation de communication, la fonction du texte et sa construction
interne.

D’autres propositions ont suivi ces modèles. Gambier (2005: 25), entre autres, cite un
ensemble d’éléments textuels devant faire l’objet d’analyse par le traducteur, en phase de
compréhension, avant le transfert. (l’explication et les exemples sont de nous).

1- la situation de communication qui détermine l’usage des interjections, des allusions,


des sous-entendus, des actes de discours indirects: c'est-à-dire, l’ensemble des

22
éléments qui constituent des réponses aux questions suivantes: qui (émetteur), quoi
(message), à qui (destinataire), où (lieu), quand (moment) et comment (moyen,
manière).

Exemple1:

- «Avez-vous vendu toutes les fleurs rouges? Car je cherche cette couleur».

Cet énoncé est émis par un client à un fleuriste. Il se compose d’une phrase interrogative
et une autre déclarative, mais il implique une demande. Il a l’air d’assumer une fonction
expressive et de revêtir une simple valeur locutoire. Or, le contexte énonciatif impose que
ce soit la fonction illocutoire, celle de la requête qui soit mise en avant.

Exemple2:

- «Tu ne devais pas aller t’acheter une paire de chaussures?»

Le locuteur, en posant cette question, ne cherche pas une réponse. Il incite, plutôt, son
allocutaire à agir à ses propos. Il a employé l’une des valeurs rhétoriques de
l’interrogation oratoire. Il peut revêtir une valeur positive, dans un rappel par exemple,
comme il peut s’agir d’une valeur négative et malveillante, si le locuteur cherche à
congédier son interlocuteur. Pour reconnaitre la bonne intention, il faudrait revenir à la
situation de communication.

Bien évidemment, pour réussir à rendre toutes les fonctions de ce types d’énoncés, le
traducteur, loin de se contenter d’un transfert littéral, est appelé à se placer au cœur des
intentions, des vouloirs dire et des sous- entendus des locuteurs et de savoir leur conférer
toutes les valeurs discursives qu’ils remplissent. Une manière de renforcer la
compréhension de son lecteur et de combler tout creux de sens dû à une défaillance de
contextualisation.

L’énoncé 2 peut être rendu de maintes façons en arabe, selon les valeurs discursives, dont
nous avons suggéré deux:

Valeur positive: (rendre par une phrase déclarative terminée par une question-tag pour
confirmation)

‫ أليس كذلك؟‬،‫أعتقد أنك كنت تنوي الذهاب لتقتني زوج أحذية‬ -

23
Valeur négative: (rendre par une phrase interrogative sur un ton furieux).

‫أما كنت مغادرا لتقتني زوج أحذية؟‬ -

2- les références, exprimées par des mots, termes, des noms propres, des expressions
culturelles: cela renvoie à la compréhension référentielle qui est le fruit d’une
mobilisation de la compétence référentielle (connaissance sur le monde, savoirs
encyclopédiques sur le sujet traité,…). se trouvant dans un texte dont la traduction est
destinée à un public non algérien, l’expression «décennie noire», doit être rendue par
un procédé d’explicitation (expliquée entre parenthèse ou par une note de bas de
page).

Exemple: «Son frère est porté disparu depuis la décennie noire»,

L’expression soulignée est emplie d’une certaine valeur socio-historique chez les
Algériens et doit faire l’objet d’une explicitation par le traducteur: «de quelle période
s’agit-il?», «pourquoi est-elle nommée comme ça ?», etc.

Aussi facile à rendre qu’elle puisse paraitre, ladite expression peut poser problème au
niveau du choix de son équivalent en arabe. Littéralement, cette expression serait traduite
par « ‫ » العقد األسود‬par un traducteur arabophone non algérien, sachant que le mot « ‫ » عقد‬est
l’équivalent exacte et soutenu du mot «décennie». Cependant, l’expression « ‫» العقد األسود‬
ne représenterait rien à un lecteur algérien, car c’est l’équivalent moins soutenu « ‫» العشرية‬
qui est employé et consacré dans les médias et mêmes dans les écrits académiques pour
décrire cette période sanglante de l’histoire de l’Algérie indépendante.

3- les marques de temps et de localisation: pour saisir les éléments déictiques, pour
éviter les archaïsmes ou les anachronismes: ce qui signifie la remise du texte à
traduire dans son cadre temporel et spatial et respecter les usages géographiques.

Exemple:

«Nous voici donc réunis, pour la deuxième assemblée générale de notre association. Le
lieu de cette assemblée d’est pas fortuit. En effet, si notre implantation est nationale, ces
régions se distinguent fortement. Il convenait alors, dans un souci de rencontre avec nos
adhérents, de choisir la région de l’ouest et votre présence, nombreuse ce soir, nous
preuve que nous ne sommes pas trompés. Notre association ne cesse de se développer.

24
Nous comptons, à ce jour, 18.000 adhérents, soit une augmentation de 6.000 depuis la
date du dernier recensement».

Comme nous voyons, le sens de cet énoncé est intimement lié aux conditions spatiales et
temporelles de sa production. Son interprétation dépend, donc, largement des marqueurs
de temps et de lieu soulignés dans le passage. Le traducteur doit avoir assez
d’informations sur l’événement pour qu’il puisse répondre aux deux questions «quand» et
«où» pour expliciter le vouloir-dire de l’auteur quand il juge que le choix du lieu n’est pas
fait au hasard.

4- les récepteurs du texte de départ (avec leurs connaissances présupposées, leurs


attentes, leurs habitudes, leurs clichés, leur registre de langue, etc.): ici, c’est la nature du
public source, son niveau d’instruction, son appartenance culturelle, ses coutumes, les
règles sociétales et religieuses auxquelles il est soumis, qui doivent être examinés par le
traducteur, afin de rendre compte des attitudes de l’auteur et de justifier ses choix et
visions. Un compte rendu qui devrait aider le traducteur, non seulement dans la phase de
la compréhension mais aussi dans celle de la restitution du sens en confrontant le public
cible au public d’origine.

Exemple:

« «N’est-il pas vrai que tu as lu sept fois à Isphahan un volumineux ouvrage d’Ibn-Sina, et
que de retour…». La référence à Avicenne dans la bouche d’un cadi de rite chaféite n’a rien
de rassurant».

Les deux mots soulignés sont deux noms propres qui renvoient au même personnage cité dans
le roman: l’un des grands polymathes de la médecine et de la science qui ont marqué la
civilisation arabo-musulmane. Ici, l’auteur introduit le nom original dans le discours direct du
cadi, puis, il introduit, délibérément, le nom par lequel ce savant est communément connu du
public source, compte tenu des connaissances de ce dernier, principalement francophone,
donc, censé ne pas reconnaitre la désignation arabe.

Traduits vers l’arabe, la langue référentielle du roman, les deux noms propres sont rendus par
la même désignation «‫»ابن سينا‬, communément connue par les arabophones.

- les valeurs attribuées au genre du texte en question; a son support de diffusion. Par
exemple, un document de type instructif peut être soit subjectif (dépendant de l’autorité de

25
son émetteur - discours politique, sermon, commentaires, ...), soit objectif, donnant des
conseils pratiques (guide, manuel, notice technique) ou des ordres (contrats, règles d’un
jeu, traites...): il est impératif au traducteur de rester sur le même type du texte et de faire
en sorte que toutes ses valeurs pragmatiques et discursives soient retrouvées dans la
version traduite.

Exemple: (extrait d’un code de la famille).

Art. 36. (Modifié) - les obligations des deux époux sont les suivantes:

1- Sauvegarder les liens conjugaux et les devoirs de la vie commune.


2- La cohabitation en harmonie et le respect mutuel et dans la mansuétude
3- Contribuer conjointement à la sauvegarde de l’intérêt de la famille, à la protection
des enfants et à leur éducation.
4- Sauvegarder les liens de parenté et les bonnes relations avec les parents et les
proches.

Exemple2: extrait d’un guide pour les nouveaux couples.

- Le mari porte seul la responsabilité de nourrir la famille, mais si son épouse veut
l'aider sur ce plan elle a la possibilité de le faire.
- Le mari doit aider son épouse dans les affaires du ménage (d'après certains savants,
s'il en a les moyens, il doit employer une femme de ménage, par exemple).
- L'épouse doit éduquer les enfants mais n'est pas seule: le mari doit l'aider.

Bien que les deux extraits soient tirés de textes du même type injonctif, et comprennent le
même contenu informatif, ils présentent des différences sur le plan de la fonction et des visées
pragmatiques. Cette différence de type engendre un lexique et une organisation discursive
différents:

Le premier, relevant d’un organisme autoritaire, renferme une obligation formelle, exprimée
par des instructions directes et irréversibles (l’emploi de l’infinitif). Le second n’implique
que des recommandations, donc, une obligation morale, exprimée par des instructions non
définitives (l’emploi de, « mais » et « le verbe de modalité «devoir»)

26

Vous aimerez peut-être aussi