Jacques Delors, ancien président de la Commission européenne de 1985 à 1994 déclare dans
une interview au Figaro que : « Pour que l'Union européenne fonctionne, il faut la
compétition qui stimule, la solidarité qui unit et la coopération qui renforce. ». Soulignant les
principes fondamentaux et essentiels au bon fonctionnement de l’UE. Le traité de
Maastricht, 1992 et le traité de Lisbonne, 2007 sont deux jalons importants dans l'évolution
et l’histoire de l'Union Européenne. Ils ont tous deux eu pour objectif de renforcer la
construction européenne, mais aussi d'améliorer son fonctionnement démocratique. Ces
deux traités, bien que différents dans leur nature et leur portée, ont contribué, chacun à leur
manière, à une plus grande implication des citoyens et des parlements nationaux dans le
processus décisionnel européen.
En quoi les traités de Maastricht et de Lisbonne ont permis un renforcement progressif de la
démocratie au sein de l’UE tout en exposant certaines limites de ce processus
démocratique ?
Nous verrons d’abord le contexte et la genèse de chacun de ces traités. Puis nous
aborderons leurs apports démocratiques et leurs participations au renforcement de la
démocratie dans l’UE. Et enfin nous nous intéresserons aux controverses et aux critiques
émises autour de ces traités.
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II. Le Traité de Lisbonne (2007) : Un Pas de Plus vers une Union Plus Démocratique
Contexte et Genèse : Signé à Lisbonne le 13 décembre 2007, le traité est entré en vigueur le
1er décembre 2009.
En 2004, une convention sur l'avenir de l'Europe rédige un projet de traité établissant une
Constitution pour l'Europe. Ce projet vise à remplacer les traités existants par un seul et
unique texte.
Mais en 2005, ce projet de traité établissant une Constitution pour l'Europe (TECE ou TCE)
est rejeté par référendum en France et aux Pays-Bas, provoquant une période de réflexion
de deux ans.
L'idée d'un traité simplifié apparait donc comme une solution pour sortir du blocage
institutionnel après le rejet du traité constitutionnel. Le président français, Nicolas Sarkozy
avance notamment cette terminologie.
Finalement, sur la base de la déclaration de Berlin de mars 2007, le Conseil européen
organise une conférence intergouvernementale (CIG) sous la présidence portugaise.
Les gouvernements des États européens se réunissent pour discuter, négocier et prendre
une décision. La CIG conclu ses travaux en octobre 2007. Le traité est signé par le Conseil
européen à Lisbonne le 13 décembre 2007 et est ratifié par tous les États membres.
SOURCE : « L’évolution historique de l’intégration européenne » écrit par Eeva Pavy, publié
en avril 2024 sur le site web du Parlement Européen.
Apports Démocratiques du Traité de Lisbonne : Le traité renforce le rôle du Parlement
européen en étendant ces compétences législatives, il devient co-législateur avec le Conseil
de l'Union européenne, à l'exception des décisions concernant la politique étrangère et de
sécurité. Le Parlement obtient également le dernier mot quant aux dépenses inscrites au
budget européen.
Les parlements nationaux se voient également accorder un rôle plus important dans le
contrôle du principe de subsidiarité. Ils peuvent même rejeter les propositions de la
Commission qui ne respecteraient pas ce principe.
Ce traité introduction aussi l'initiative citoyenne européenne. Les citoyens européens
peuvent désormais demander à la Commission européenne de légiférer sur un sujet donné si
leur initiative recueille au moins un million de signatures.
L'Union européenne acquiert la personnalité juridique, elle dispose, dès lors, d'un ordre
juridique propre, distinct de l'ordre international. Par ailleurs, le droit de l'Union a un effet
direct ou indirect sur la législation des États membres et fait partie intégrante du système
juridique de chaque État membre.
La prise de décision au sein du Conseil de l'Union européenne est simplifiée grâce au passage
à la double majorité. Avec ce traité, la majorité qualifiée est atteinte si elle regroupe au
moins 55 % des États membres (c’est-à-dire 15 états) représentant eux même, au moins 65
% de la population de l’UE.
Le traité prévoit aussi une clause de sortie qui permet aux États membres de quitter l'Union
européenne. C’est cette clause que le Royaume-Uni va utiliser lors du « Brexit » en 2020.
Toutes ces mesures ont pour seul but, précisé dans le préambule par les signataires : de «
compléter le processus […] en vue de renforcer l’efficacité et la légitimité démocratique de
l’Union et d’améliorer la cohérence de son action ».
SOURCE : « Du traité de Rome au traité de Lisbonne, les évolutions du système institutionnel
européen » publié par le site web Toute l’Europe.eu, le 10 janvier 2020.
Limites et Critiques : En France et aux Pays-Bas, pays ayant rejeté par référendum l'adhésion
au projet de Constitution Européenne en 2004, le traité de Lisbonne a suscité de
nombreuses protestations, notamment dans le camp des opposants à ce traité, qui
militèrent, sans succès, pour une nouvelle ratification soumise à un référendum.
Selon ses détracteurs, le traité de Lisbonne reprend en effet la plupart des dispositions du
Traité de Constitution Européenne rejeté par les peuples consultés. Dès lors, la ratification
du traité de Lisbonne par voie parlementaire apparait trahir l'expression de la volonté du «
peuple souverain » et violer ainsi la légalité constitutionnelle.
Valéry Giscard d'Estaing, président de la République française de 1974 à 1981, avait comparé
le traité de Lisbonne à une "pâle copie" du traité constitutionnel.
SOURCE : « Le traité de Lisbonne est une trahison de la démocratie » publié en janvier 2008
sur le site web d’actualité Reporterre.