MAT452 2019 Cours
MAT452 2019 Cours
INTRODUCTION . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . iii
I. Appendices. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 127
§ 1. Appendice 1 : sur quelques espaces de suites . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 127
§ 2. Appendice 2 : sur le lemme de Zorn. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 131
§ 3. Appendice 3 : sur l’espace vectoriel réel sous-jacent à un espace complexe . . 133
Exercices. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 135
INTRODUCTION
Déjà, Gallilée disait que la nature ne peut être comprise que par celui qui a appris
à connaître son langage et les signes dans lesquels elle nous parle ; mais cette langue est
la mathématique, et ses signes sont les figures mathématiques. Kant a déclaré : « J’af-
firme que dans chaque science de la nature, il n’y a de science que celle qui contient des
mathématiques. »
En fait, nous ne maîtrisons pas une théorie scientifique avant d’avoir maîtrisé son noyau
mathématique complètement mis à nu. Sans les mathématiques l’astronomie et la physique
d’aujourd’hui sont impossibles ; dans leurs parties théoriques ces sciences se fondent avec
les mathématiques. Ce sont elles, ainsi que de nombreuses autres applications, qui confèrent
aux mathématiques ce qu’elles ont d’aura vis-à-vis du grand public.
Néanmoins, tous les mathématiciens ont refusé de prendre les applications comme
point de repère en mathématiques. Gauss parle de l’attrait magique qui a fait de la théorie
des nombres la science préférée des premiers mathématiciens, sans parler de la richesse
inépuisable par laquelle elle dépasse toutes les autres parties des mathématiques. Kronecker
compare les théoriciens des nombres avec les lotophages qui, une fois qu’ils ont goûté à
leurs délices, ne peuvent plus jamais s’en passer.
Le grand mathématicien Poincaré s’en est pris avec une acuité frappante à Tolstoï, qui
avait déclaré que pratiquer « la science pour la science » était une ineptie. Les réalisations
de l’industrie, par exemple, n’auraient jamais vu le jour si seuls les esprits pratiques avaient
existé et si elles n’avaient pas été développées par des esprits désintéressés.
Nous ne devons pas croire ceux qui prophétisent aujourd’hui, avec une expression
philosophique et un ton supérieur, le crépuscule de la culture et qui acceptent l’ignorabimus.
Pour nous, il n’y a pas d’ignorabimus et, à mon avis, il n’y en a pas non plus dans les sciences
naturelles. Au lieu de cet ignorabimus insensé, que notre notre slogan soit :
David Hilbert
[Version originale]
Das Instrument, welches die Vermittlung bewirkt zwischen Theorie und Praxis, zwi-
schen Denken und Beobachten, ist die Mathematik ; sie baut die verbindende Brücke und
gestaltet sie immer tragfähiger. Daher kommt es, dass unsere ganze gegenwärtige Kul-
tur, soweit sie auf der geistigen Durchdringung und Dienstbarmachung der Natur beruht,
ihre Grundlage in der Mathematik findet. Schon GALILEI sagt : Die Natur kann nur der
verstehen der ihre Sprache und die Zeichen kennengelernt hat, in der sie zu uns redet ;
diese Sprache aber ist die Mathematik, und ihre Zeichen sind die mathematischen Figuren.
KANT tat den Ausspruch : “Ich behaupte, dass in jeder besonderen Naturwissenschaft nur
so viel eigentliche Wissenschaft angetroffen werden kann, als darin Mathematik enthalten
ist.” In der Tat : Wir beherrschen nicht eher eine naturwissenschaftliche Theorie, als bis
wir ihren mathematischen Kern herausgeschält und völlig enthüllt haben. Ohne Mathema-
tik ist die heutige Astronomie und Physik unmöglich ; diese Wissenschaften lösen sich in
ihren theoretischen Teilen geradezu in Mathematik auf. Diese wie die zahlreichen weiteren
Anwendungen sind es, denen die Mathematik ihr Ansehen verdankt, soweit sie solches im
weiteren Publikum geniesst.
Der grosse Mathematiker POINCARé wendet sich einmal in auffallender Schärfe gegen
TOLSTOI, der erklärt hatte, dass die Forderung “die Wissenschaft der Wissenschaft wegen”
töricht sei. Die Errungenschaften der Industrie zum Beispiel hätten nie das Licht der Welt
erblickt, wenn die Praktiker allein existiert hätten und wenn diese Errungenschaften nicht
von uninteressierten Toren gefördert worden wären.
Die Ehre des menschlichen Geistes, so sagte der berühmte Königsberger Mathematiker
JACOBI, ist der einzige Zweck aller Wissenschaft.
Wir dürfen nicht denen glauben, die heute mit philosophischer Miene und überlegenem
Tone den Kulturuntergang prophezeien und sich in dem Ignorabimus gefallen. Für uns gibt
es kein Ignorabimus, und meiner Meinung nach auch für die Naturwissenschaft überhaupt
nicht. Statt des törichten Ignorabimus heisse im Gegenteil unsere Losung :
Dans ce chapitre, la notion centrale est celle d’ensemble convexe ; elle donne prise à
l’intuition géométrique. Après les propriétés générales de ces ensembles, nous étudierons les
relations entre convexité et dimension (théorèmes de Carathéodory, de Helly). L’énoncé le
plus important du chapitre est le théorème de Hahn-Banach ; dans sa version analytique, il
montre la possibilité de prolonger les formes linéaires continues sans augmenter leur norme,
ce qui a des conséquences intéressantes pour la dualité des espaces normés et en théorie
de l’approximation. Dans une version géométrique le théorème de Hahn-Banach conduit
à l’étude de la séparation des ensembles convexes par des hyperplans. Enfin, un théorème
de Krein et Milman permet de reconstituer les ensembles convexes à partir de leurs points
extrémaux.
Il s’agit de résultats relativement récents, dont le début remonte aux années vingt ;
le point culminant de leur histoire reste l’admirable livre du mathématicien polonais Ste-
fan Banach, publié à Varsovie en français en 1932 sous le titre « Théorie des opérateurs
linéaires ».
Définition 1. — On dit que A est convexe si, chaque fois que A contient deux point x
et y, elle contient le segment [x; y] ; autrement dit, si les hypothèses x, y ∈ A et λ réel avec
0 6 λ 6 1, impliquent la conclusion : λx + (1 − λ)y ∈ A.
Si E est normé, toute partie convexe A de E est connexe, et même connexe par arcs
puisque deux points peuvent toujours être joints par un segment contenu dans A. En
particulier, les parties convexes de R sont les intervalles (de tout genre).
Dans E normé, toute boule ouverte
B = {x ∈ E : kx − ak < r}
où a ∈ E, r réel > 0, est convexe, car si kx − ak < r, ky − ak < r et 0 6 λ 6 1, on a :
kλx + (1 − λ)y − ak = kλ(x − a) + (1 − λ)(y − a)k
6 λk(x − a)k + (1 − λ)k(y − a)k < λr + (1 − λ)r = r.
De même, toute boule fermée est convexe.
Tout sous-espace vectoriel V de E est convexe, ainsi que, plus généralement, tout
sous-espace affine
V + a = {x = y + a : y ∈ V},
où V est un sous-espace vectoriel de E et a est un vecteur donné de E.
Preuve. Intersections. Il est évident sur la définition que, si (Aλ )λ∈Λ est une famille
T
finie ou infinie d’ensembles convexes dans E, alors l’ensemble λ∈Λ Aλ est convexe. Par
exemple, dans E normé, toute intersection de demi-espaces fermés est un convexe fermé.
Nous verrons plus tard que la réciproque est vraie : tout convexe fermé est l’intersection
des demi-espaces fermés qui le contiennent.
Exercice 1. — Convainquez-vous d’ores et déjà que cet énoncé est vrai dans le cas d’un
disque fermé du plan euclidien.
Produits cartésiens. Si E1 et E2 sont deux espaces vectoriels sur R, et si A1 et A2 en
sont des parties convexes respectives, alors l’ensemble
A = A1 × A2 = {(x1 , x2 ) : x1 ∈ A1 , x2 ∈ A2 }
est convexe dans E1 × E2 , car si (x1 , x2 ) et (y1 , y2 ) sont dans A et si on a 0 6 λ 6 1, alors
λ(x1 , x2 ) + (1 − λ)(y1 , y2 ) = (λx1 + (1 − λ)x2 , λy1 + (1 − λ)y2 )
est encore dans A1 × A2 = A. Cet énoncé s’étend immédiatement aux produits cartésiens
de n > 2 ensembles convexes. Par exemple dans Rn tout pavé (i.e. tout produit cartésien
d’intervalles) est convexe.
En particulier, l’image d’un convexe par une homothétie ou une translation est un
convexe.
Le second point de la proposition est une conséquence de ce que nous venons de dire,
car µA + νB est l’image de A × B par l’application linéaire (x, y) 7→ λx + µy de E × E dans
E.
Proposition 3. — Soit A une partie convexe d’un espace vectoriel normé. Soient x ∈ A◦
et y ∈ A. Alors tout point m ∈ [x; y[ est dans A◦ .
§ 2. ENVELOPPES CONVEXES
Preuve. Notons provisoirement A b l’ensemble décrit dans l’énoncé. Déjà A b est contenu
dans tout ensemble convexe contenant A, ce qui implique que A b ⊂ conv(A). Pour l’inclusion
réciproque, il suffit de voir que A est convexe. On se donne donc x = i λi xi et y = j λ0j yj
b P P
dans A,
b ainsi que µ tel que 0 < µ < 1. On a :
X X X X
µx + (1 − µ)y = µ λi xi + (1 − µ) λ0j yj = (λi µ)xi + λ0j (1 − µ)yj ,
i j i j
Sans ambiguïté, nous pourrons donc noter conv(A) l’enveloppe convexe fermée de A.
Exercice 2. — Soit A une partie de E espace vectoriel réel et normé.
TS I.6 ENVELOPPES CONVEXES § 2
Preuve. Soit x un point fixé dans conv(A). Il s’écrit de plusieurs façons x = pi=1 λi xi
P
Il reste à prouver le lemme. Comme les λi sont tous > 0 par minimalité de p, on peut
supprimer les indices i tels que µi = 0, et donc supposer tous les µi 6= 0. On veut choisir
§ 2 ENVELOPPES CONVEXES TS I.7
Ce qui est profond dans le théorème de Carathéodory, c’est que l’on passe d’un nombre
de termes p indéterminé, arbitrairement grand, à une taille de combinaison convexe uni-
formément bornée. Ce principe de finitude permet d’obtenir le
Corollaire 1. — Dans un espace vectoriel normé de dimension finie, l’enveloppe convexe
de toute partie compacte est compacte.
Preuve. Soit A un compact de Rn . Dans Rn+1 , l’ensemble
n+1
X
Λ = {(λ1 , λ2 , . . . λn+1 ) ∈ Rn+1 : λi > 0, λi = 1}
i=1
est compact, car fermé et borné (Borel-Lebesgue). Or d’après le théorème de Carathéodory,
conv(A) est l’image du compact Λ × An+1 par l’application continue
n+1
X
(λ1 , λ2 , . . . λn+1 , x1 , x2 , . . . xn+1 ) 7→ λ i xi
i=1
Soit A un compact dans E. On sait déjà que conv(A) est fermée, donc ici complète
puisque E l’est par hypothèse. Il suffit donc de voir que conv(A) est précompacte, i.e.
qu’elle satisfait à la condition du ε-recouvrement (pour ε > 0 arbitrairement petit), qui est
que : pour tout ε > 0, la partie conv(A) admet un recouvrement par une collection finie
de boules de rayon ε. Or, puisque A est compact, il existe une collection finie de boules
ε ε
Bi = B(bi , ) = {bi } + B(0, )
2 2
TS I.8 ENVELOPPES CONVEXES § 2
§ 3. THÉORÈME DE HELLY
Les rapports de la notion de convexité avec celle de dimension, quand elle est finie,
apparaissent déjà dans le théorème de Carathéodory : la dimension de E est le plus petit
entier n tel qu’on est assuré d’obtenir, par combinaisons linéaires convexes de n+1 éléments
de A, l’enveloppe convexe de toute partie A de E. Voici une autre manière de caractériser
la dimension par la convexité.
Théorème 1 (Helly). — Dans Rn soient r > n + 1 ensembles convexes A1 , A2 , . . . Ar .
On suppose que, chaque fois qu’on choisit n + 1 de ces ensembles, leur intersection est non
vide. Alors A1 ∩ A2 ∩ . . . Ar 6= ∅.
Songer au cas où n = 2 et où r vaut un milliard !
Remarquons aussi que l’hypothèse de convexité sur les Ai est nécessaire également
(prendre n = 1, A1 = {0; 1}, A1 = {1; 2} et A1 = {0; 2}).
λ1 x1 + λ2 x2 + . . . λr xr = 0
λ1 + λ2 + . . . λr = 0
§ 3 THÉORÈME DE HELLY TS I.9
Le théorème de Helly admet une formulation topologique. Rappelons que si F est une
famille (finie ou infinie) de parties compactes dans un espace métrique, telle que l’inter-
section de toute sous-famille finie soit non vide, alors l’intersection de la famille F tout
entière est non vide. On améliore beaucoup cet énoncé si l’on suppose de plus que les
parties compactes sont convexes. Le théorème de Helly fournit alors aussitôt le
Corollaire 1. — Soit F une famille finie ou infinie de parties convexes et compactes
de Rn . Pour que l’intersection de toutes les parties de F soit non vide, il suffit que l’in-
tersection de toute sous-famille de n + 1 parties soit non vide.
Exercice 1. — Dans le plan, soit une famille de segments parallèles deux à deux non alignés
(supports deux à deux distincts) et admettant trois à trois une droite sécante commune.
Alors la famille tout entière admet une droite sécante commune. Indication : on commencera
par le cas d’une famille finie ; en prenant des axes tels que (Oy) soit parallèle aux segments
donnés, pour tout segment S de la famille, soit AS l’ensemble des (α, β) ∈ R2 tels que la
droite {y = αx + β} coupe S. Dans le plan auxiliaire des (α, β) représenter graphiquement
AS et appliquer à la famille des AS le théorème de Helly.
TS I.10 THÉORÈME DE HELLY § 3
§ 4. THÉORÈME DE HAHN-BANACH
Les formes linéaires et les normes sur E sont des exemples de jauge, mais voici des cas
plus intéressants.
Proposition 1. — Soit E un espace normé sur R, et soit A un ensemble ouvert convexe
dans E, contenant l’origine 0. Pour tout x ∈ E, on pose :
x
pA (x) = inf{t > 0 : ∈ A}.
t
Alors :
(i) le point x est dans A si et seulement si pA (x) < 1 ;
(ii) l’application pA est une jauge.
Ceci mérite bien un peu de terminologie.
Définition 2. — On appelle pA la jauge de la partie convexe A.
Soient x, y ∈ E et ε > 0. Par définition de la borne inférieure, il existe t > 0 tel que
x
t ∈ A et t 6 pA (x) + ε, et il existe s > 0 tel que ys ∈ A et s 6 pA (y) + ε. Par convexité
de A, on a :
1 t x + s ys
(x + y) = t
s+t s+t
est dans A, et s + t > 0 donc :
pA (x + y) 6 t + s 6 pA (x) + pA (y) + 2ε,
d’où, vu que ε est arbitrairement petit, l’inégalité :
pA (x + y) 6 pA (x) + pA (y),
qui est la sous-additivité recherchée.
Exercice 1. — Prouver que la jauge pA est une fonction uniformément continue dans E.
La démonstration du théorème de Hahn-Banach repose sur une récurrence transfinie,
dont nous commençons par extraire l’analogue du passage de n à n + 1 dans une récurrence
ordinaire, en énonçant le
Lemme 1. — Soit V1 un espace vectoriel réel. Soit V0 un sous-espace vectoriel de codimen-
sion 1 dans V1 , ce qui signifie qu’il existe x1 ∈ V1 tel que V1 = V0 ⊕ Rx1 . Soit p une jauge
sur V1 . Soit f0 une forme linéaire sur V0 telle que pour tout x ∈ V0 on a : f0 (x) 6 p(x).
Alors il existe une forme linéaire f1 sur V1 telle que :
(i) la forme linéaire f1 prolonge f0 , i.e. f1 (x) = f0 (x) pour tout x ∈ V0 ;
(ii) pour tout x ∈ V1 , on a : f1 (x) 6 p(x).
Réflexion préliminaire : il est très facile de prolonger f0 en une forme linéaire f1 sur
V1 ; il suffit de choisir une constante réelle α et de poser, pour tout λ ∈ R et tout y ∈ V0 :
f1 (y + λx1 ) = f0 (y) + λα.
La subtilité est de choisir la constante α pour conserver le contrôle de la forme par la jauge.
Il y a donc des nombres réels entre les bornes supérieure et inférieure ci-dessus ; autrement
dit, il existe α ∈ R tel que
Il est clair que f1 est linéaire sur V1 et que la restriction de f1 à V0 est f0 . Il reste à
voir que, pour λ 6= 0, on a f1 (y + λx1 ) 6 p(y + λx1 ). Distinguons deux cas :
Ceci prouve la majoration cherchée de la forme linéaire prolongée par la jauge imposée.
Théorème 1 (Hahn-Banach, version 1). — Soit E un espace vectoriel sur R et soit p une
jauge sur E. Soit V0 un sous-espace vectoriel de E et soit f0 une forme linéaire sur V0
telle que pour tout x ∈ V0 on ait : f0 (x) 6 p(x). Alors il existe une forme linéaire F sur
E telle que
(i) la forme linéaire F prolonge f0 , i.e. F(x) = f0 (x) pour tout x ∈ V0 ;
(ii) pour tout x ∈ E, on a : F(x) 6 p(x).
Commençons par indiquer une démonstration dans un cas particulier instructif : sup-
posons en effet qu’il existe une suite, finie ou infinie, de vecteurs v1 , v2 , . . . vn , . . . dans E
telle qu’en posant Vn = Vn−1 + Rvn pour tout n > 1, le vecteur vn ne soit pas dans Vn−1
S
(et donc que Vn = Vn−1 ⊕ Rvn ) et qu’on ait E = n Vn . Par récurrence (ordinaire) sur n,
en appliquant le lemme précédent, on obtient pour tout n une forme linéaire fn sur Vn telle
que la restriction de fn à Vn−1 soit fn−1 et telle que pour tout x ∈ Vn on ait fn (x) 6 p(x).
En particulier, fn |V0 = f0 . Pour x fixé dans E, posons F(x) = fn (x) dès lors que x ∈ Vn ;
cette définition ne dépend pas du n en question car si m 6 n et si x ∈ Vm ⊂ Vn , on a
fm (x) = fn (x). En outre il est clair que F est une forme linéaire sur E, qu’elle prolonge f0
et qu’elle est dominée par la jauge p.
et f est une forme linéaire sur V prolongeant f0 et telle que f (x) 6 p(x) pour tout x ∈ V.
On définit sur Λ une relation d’ordre en posant (V, f ) 4 (V0 , f 0 ) si, et seulement si, on a :
V0 ⊃ V et f 0 |V = f.
L’ensemble Λ est non vide car il contient (V0 , f0 ). Dans Λ une famille non vide et totalement
ordonnée pour 4, disons T , est une famille (Vi , fi )i∈I non vide d’éléments de Λ telle que
si i 6= j sont dans I, ou bien (Vi , fi ) 4 (Vj , fj ) ou bien (Vj , fj ) 4 (Vi , fi ). Pour un telle
famille T , posons VT = i Vi : c’est un sous-espace vectoriel de E qui contient V0 , et pour
S
x ∈ VT posons fT (x) = fi (x) pour un indice i ∈ I (disponible) choisi de telle sorte que
x ∈ Vi ; cette définition est indépendante du choix de i en question. Alors fT est une forme
linéaire sur VT , elle prolonge f0 et est majorée par p sur VT . Autrement dit, on vient
de vérifier que (VT , fT ) appartient à Λ ; en fait, dans l’ensemble partiellement ordonné
(Λ, 4) l’élément (VT , fT ) est une borne supérieure de l’ensemble totalement ordonné T .
Le paragraphe précédent justifie que l’on peut appliquer le lemme de Zorn dans (Λ, 4)
afin d’obtenir un élément maximal, disons (W, F), et il reste à voir que W = E. Sinon,
par l’absurde il existerait dans E un vecteur v 6∈ W et le lemme précédent assurerait
l’existence, dans W0 = W ⊕ Rv, d’une forme linéaire F0 prolongeant F, donc f0 et telle que
F0 (x) 6 p(x) pour tout x ∈ W0 . Ainsi on aurait (W, F) 4 (W0 , F0 ) avec (W, F) 6= (W0 , F0 ),
ce qui contredirait la maximalité de (W, F).
Corollaire 1. — Soit E un espace vectoriel sur R et soit p une jauge non nulle sur E.
Alors il existe sur E une forme linéaire non nulle F sur E telle que F(x) 6 p(x) pour tout
x ∈ E.
Preuve. Choisissons x0 ∈ E tel que p(x0 ) 6= 0, posons V0 = Rx0 et définissons f0 sur
V0 par f0 (λx0 ) = λp(x0 ). Alors f0 est une forme linéaire non nulle sur V0 , et il suffit de
voir que f0 6 p|V0 pour conclure grâce au théorème de Hahn-Banach qui précède. Faisons
donc cette vérification. Pour y = λx0 , avec λ > 0, on a :
f0 (y) = f0 (λx0 ) = λp(x0 ) = p(λx0 ) = p(y) 6 p(y),
et si y = λx0 , cette fois avec λ < 0, on a : 0 = p(0) 6 p(x0 ) + p(−x0 ) donc −p(x0 ) 6
p(−x0 ) et, par conséquent :
f (y) = f0 (λx0 ) = λp(x0 ) = (−λ) (−p(x0 )) 6 (−λ)p(−x0 ) = p ((−λ)(−x0 )) = p(y),
ce qui conclut la preuve.
Exercice 2 (moyenne de Banach sur R). — Soit E = B(R) l’espace vectoriel sur R des
fonctions x = x(t) définies et bornées sur R, à valeurs réelles. Si α1 , α2 , . . . αn est un
ensemble fini de nombres réels, on pose :
n
1X
M(x; α1 , α2 , . . . αn ) = sup x(t + αk ),
t∈R n k=1
et
p(x) = inf M(x; α1 , α2 , . . . αn ),
α1 ,α2 ,...αn
où l’infimum est pris sur tous les systèmes finis α1 , α2 , . . . αn de nombres réels.
TS I.14 THÉORÈME DE HAHN-BANACH § 4
Théorème 2 (Hahn-Banach, version 2). — Soit E un espace vectoriel normé sur le corps
K = R ou C. Soit V un sous-espace vectoriel de E et soit f une forme linéaire continue
sur V. Alors il existe une forme linéaire F continue sur E telle que
(i) la forme linéaire F prolonge f , i.e. F(x) = f (x) pour tout x ∈ V ;
(ii) on a : kf kE0 = kf kV0 , c’est-à-dire
sup |F(x)| = sup |f (x)|.
x∈E,kxk 6 1 x∈V,kxk 6 1
Le point essentiel est le (ii) : on peut prolonger la forme linéaire f sans augmenter sa
norme.
voir qu’elle se prolonge en une forme linéaire réelle U continue dans ER , de norme kf kV0 .
Posons, pour tout x ∈ E :
F(x) = U(x) − iU(ix).
Alors F est une forme linéaire complexe sur E, de norme kUkER , c’est-à-dire égale à kf kV0 ,
et puisque f (x) = u(x) − iu(ix), il est clair que F prolonge f .
Exercice 3. — On suppose que E est un espace de Hilbert dont on note (·|·) le produit
scalaire.
1◦ Rappeler la description des formes linéaires continues sur E.
2◦ En utilisant les théorèmes de projections, retrouver une démonstration du théorème
de Hahn-Banach dans les espaces de Hilbert.
3◦ Constater que, dans ce cas, le prolongement de f par F avec conservation de la
norme est unique et s’annule sur l’orthogonal de V.
Théorème 3 (Hahn-Banach, version 3). — Soit E un espace vectoriel normé sur le corps
R. Soit A un ensemble ouvert convexe non vide de E. Soit L un sous-espace affine de E
tel que A ∩ L soit vide. Alors il existe un hyperplan (affine) fermé H de E tel que A ∩ H
soit encore vide et contenant L.
Rappelons qu’un hyperplan fermé est le translaté d’un sous-espace vectoriel fermé de
codimension 1 ; c’est-à-dire qu’il s’agit d’un ensemble de la forme {x ∈ E : F(x) = α} où F
est une forme linéaire continue non identiquement nulle sur E et α est un nombre réel.
Preuve. Commençons par le cas particulier instructif où L est réduit à un point, disons
m (par exemple si E est de dimension 2 et si m est dans la frontière Fr(A) = A A◦ de A,
il s’agit de voir qu’on peut mener une sorte de « tangente » à A en m).
Par translation, on se ramène au cas où A contient l’origine 0. Soit m un point de E
tel que m 6∈ A (ce qui n’empêche pas m d’être sur la frontière de A). On va prouver qu’il
existe un hyperplan fermé H de E contenant m mais ne coupant pas A. Introduisons la
jauge pA de A définie par :
x
pA (x) = inf{t > 0 : ∈ A}
t
pour x ∈ E. Par la proposition 1, on a pA (m) > 1 car m 6∈ A. Soit V = Rm la droite
vectorielle engendrée par m et soit sur V la forme linéaire f : λ 7→ λpA (m). On a f (λm) 6
pA (λm) car :
Passons maintenant à la démonstration dans le cas général. Cette fois, on utilise une
translation judicieuse pour se ramener au cas où L contient l’origine 0, autrement dit au
cas où L est un sous-espace vectoriel de E. On suppose aussi que L est fermé car, A étant
ouvert, l’intersection L ∩ A est encore vide. Passons à l’espace vectoriel normé quotient
E = E/L, muni de la norme
kxk = inf kxkE ,
x∈x
En particulier, si E 6= {0} alors E0 6= {0} : un espace vectoriel normé sur K a toujours des
formes linéaires continues non nulles.
Preuve. Soit la droite vectorielle V = Ka. Sur V la forme linéaire f0 : λa 7→ λkak est
continue de norme 1 ; il suffit de la prolonger à E sans changement de norme.
Corollaire 2. — Le dual topologique E0 sépare les points : si x et y sont deux vecteurs
distincts de E, il existe f ∈ E0 telle que f (x) 6= f (y).
Preuve. En effet, si x 6= y il suffit de prendre a = x − y et d’appliquer le précédent
corollaire.
Corollaire 3. — On a, pour tout x ∈ E, la formule :
kxkE = sup |f (x)|.
f ∈E0 ,kf kE0 6 1
Preuve. Si x = 0 c’est évident ; supposons désormais que x est non nul. Si kf kE0 6 1,
on a |f (x)| 6 kxkE ; ainsi on sait déjà que
sup |f (x)| 6 kxkE .
f ∈E0 ,kf kE0 6 1
Preuve. Notons hAi le sous-espace vectoriel de E engendré par A (i.e. l’ensemble des
combinaisons linéaires de vecteurs de A) et notons hAi son adhérence dans E (i.e. l’ensemble
des limites de suites convergentes de telles combinaisons linéaires). La condition proposée
est nécessaire car si x ∈ hAi et si f est identiquement nulle sur A, alors f est identiquement
nulle sur hAi par linéarité, et finalement identiquement nulle sur hAi par continuité et
passage à la limite.
Le point intéressant du corollaire, qui demande le plus de travail pour la preuve, est
de démontrer que la condition est suffisante. Donnons-nous x 6∈ hAi afin de montrer qu’il
existe f ∈ E0 telle que f soit nulle sur A mais que f (x) 6= 0. Soit δ = inf y∈hAi kx − yk :
c’est un nombre réel > 0, sinon x serait limite d’une suite d’éléments de hAi donc serait
lui-même dans hAi. Posons
V = hAi + Kx.
Soit g la forme linéaire sur V définie, pour y ∈ hAi et λ ∈ K par
g(y + λx) = λ.
Puisque, pour λ 6= 0, on a :
y
ky + λxk = |λ|kx + k > |λ|δ = δ|g(y + λx)|,
λ
la forme linéaire g est continue sur V et de norme kgkV0 6 1δ . D’après le théorème de Hahn-
Banach, soit f ∈ E0 une forme linéaire continue qui prolonge g. On a f (x) = g(x) = 1, et
f (y) = g(y) = 0 pour tout y ∈ A.
Corollaire 5. — Soit A une partie de E telle que la seule f ∈ E0 identiquement nulle
sur A soit la forme nulle. Alors A est totale dans E, c’est-à-dire : tout vecteur de E est
limite de combinaisons linéaires de vecteurs de A.
Preuve. C’est un cas particulier du corollaire précédent.
Maintenant, supposons A fermé et B compact. Alors δ = inf x∈B d(x, A) est > 0 car la
fonction
x 7→ d(x, A) = inf kx − yk
y∈A
est continue (en fait 1-lipschitzienne) et > 0 sur le compact B, donc atteint sa borne
inférieure (laquelle de ce fait ne peut être nulle). Dès lors les ensembles A + B(0, 3δ ) et
B + B(0, 3δ ) sont deux ouverts convexes disjoints, auxquels il suffit d’appliquer l’énoncé (ii)
dans le cas précédent : il existe un hyperplan fermé qui sépare strictement ces deux ouverts
épaississant A et B, donc qui sépare strictement A et B.
Pour tout entier n > 1, soit B(0, n) la boule fermée de centre 0 et de rayon n ; elle est
compacte puisque E est de dimension finie. D’après le point (ii) il existe un hyperplan Hλ
séparant le convexe compact A∩B(0, n) du convexe fermé B. Nécessairement cet hyperplan
coupe l’axe e1 entre les points 0 et e1 , donc en un point ξn du segment [0; e1 ]. Il est donc
du type Hn = Hλn , avec λn = (un , ξn ) ∈ Λ. La séparation par Hn de A ∩ B(0, n) et B se
traduit, en changeant au besoin un en −un , par les inégalités :
Puisque Λ est compact, il existe une suite extraite de (λn )n>0 , par abus encore notée
(λn )n>0 , qui converge vers un λ = (u, ξ) ∈ Λ. Alors l’hyperplan Hλ = {x ∈ E : (x|u) =
(ξn |u)} sépare A et B. En effet, si x ∈ B, en faisant tendre n vers +∞ dans les inégalités
(1) on obtient :
(x|u) > (ξ|u) pour tout x ∈ B.
Si x ∈ A, pour n assez grand, x finit par être dans tous les ensembles A ∩ B (0, ϕ(n)) et,
en faisant dès lors tendre n vers +∞ dans (2), on obtient :
(x|u) 6 (ξ|u) pour tout x ∈ A,
qui est la séparation souhaitée.
Corollaire 2. — Tout ensemble convexe fermé est l’intersection des demi-espaces fermés
qui le contiennent.
Preuve. Soit A un convexe fermé non vide, et soit A e l’intersection des demi-espaces
fermés qui contiennent A. Évidemment A ⊂ A. e Soit x ∈ E tel que x 6∈ A, il s’agit de
voir que x 6∈ A.
e D’après le corollaire qui précède, il existe un hyperplan fermé H séparant
strictement x de A. Ainsi x n’appartient pas au demi-espace fermé délimité par H qui
contient A, et on a donc x 6∈ A.
e
Exercice 1. — Tout sous-espace affine fermé est l’intersection des hyperplans affines qui le
contiennent.
Exercice 2. — Soit C un convexe fermé et A une partie de E. Pour que C contienne A, il
faut et il suffit que pour toute f ∈ E0 , on ait f (A) ⊂ f (C).
On souhaite maintenant préciser le corollaire précédent en réduisant le nombre de
demi-espaces fermés mis en jeu.
Définition 2. — Soit A un ensemble convexe fermé non vide et soit x un point de la
frontière de A. Un hyperplan d’appui de A au point x est un hyperplan fermé passant par
x et tel que A soit tout entier contenu dans l’un des deux demi-espace fermés délimités par
H.
§ 7 POINTS EXTRÉMAUX TS I.21
Proposition 1. — Soit A un ensemble fermé convexe d’intérieur non vide. Alors tout
point frontière de A appartient à au moins un hyperplan d’appui de A.
Preuve. Soit x ∈ Fr(A) = A A◦ . Alors {x} ∩ A◦ = ∅. Pour obtenir un hyperplan
d’appui en x il suffit d’appliquer la troisième version du théorème de Hahn-Banach au
sous-espace affine réduit au point x et à l’ouvert convexe A◦ .
Corollaire 1. — Tout ensemble fermé convexe A qui est, soit d’intérieur non vide, soit
compact non vide, est l’intersection des demi-espaces fermés qui le contiennent et qui sont
bordés par un hyperplan d’appui de A.
Preuve. Soit Ab cette intersection. Évidemment A ⊂ A.
b Soit x ∈ E tel que x 6∈ A ; il
s’agit de voir que x 6∈ A.
b
§ 7. POINTS EXTRÉMAUX
Soit A un ensemble convexe fermé dans un espace vectoriel normé sur R. Soit a ∈ A
Définition 1. — On dit que a est un point extrémal de A s’il n’existe aucun intervalle
ouvert contenant a et contenu dans A ; en d’autres termes si les relations
α = λx + (1 − λ)y, x, y ∈ A, 0 6 λ 6 1
entraînent x = y = a.
Il revient au même de dire que a n’est pas le milieu d’un segment de longueur > 0
contenu dans A ; en d’autres termes les relations
x+y
a= x, y ∈ A
2
entraînent x = y = a.
TS I.22 POINTS EXTRÉMAUX § 7
Par exemple, dans le plan les points extrémaux d’un domaine polygonal convexe sont
les sommets du polygone frontière.
Toujours si n = 2, l’ensemble A ci-dessus a ses points extrémaux figurés à droite.
On notera Extr(A) l’ensemble des points extrémaux de A. Il est clair que cet ensemble
est contenu dans la frontière de A.
Exercice 1. — Dans Rn muni de sa base canonique (ei )1 6 i 6 n , déterminer les points ex-
trémaux de la boule unité fermée
1◦ pour la norme sup : x = i xi ei 7→ maxi |xip
P
|;
◦ 2
P P
2 pour la norme euclidienne : x = i xi ei 7→ i |xi | .
3◦ Plus généralement, montrer que si E est un espace vectoriel muni d’un produit
scalaire et de la norme associée, tout point de la sphère unité est extrémal pour la boule
unité fermée de E.
4◦ Il en est de même si E = `p (N) avec 1 < p < +∞.
Exercice 2. — 1◦ Les points extrémaux de la boule unité fermée de `∞ (N) sont les
suites (xn )n∈N tels que |xn | = 1 pour tout n ∈ N.
2◦ La boule unité fermée de l’espace c0 des suites qui tendent vers 0 n’a pas de point
extrémal.
Extr(A ∩ H) ⊃ Extr(A) ∩ H.
Réciproquement, soit x ∈ Extr(A ∩ H). Alors déjà x ∈ H. Par l’absurde, supposons que
x 6∈ Extr(A) ; alors x serait dans un intervalle ouvert I contenu dans A. Cet I serait contenu
dans H, sinon il irait de part et d’autre de H, en contradiction avec le fait que H est un
hyperplan d’appui de A. Ainsi x 6∈ Extr(A ∩ H).
On suppose désormais que d > 1 et que l’énoncé est vrai en dimensions inférieures.
Plongeons A dans l’espace affine Rd qu’il engendre. Dans cet espace l’intérieur de A est
non vide donc, d’après la proposition 1, si x ∈ Fr(A) est donné, il passe par x un hyperplan
d’appui, disons H, de A. L’ensemble A ∩ H est convexe compact non vide et de dimension
6 d − 1 ; par hypothèse de récurrence, on a donc
A ∩ H = conv (Extr(A ∩ H)) .
En appliquant le lemme qui précède, on voit que pour le point x ∈ Fr(A), on a :
x ∈ A ∩ H = conv (Extr(A ∩ H)) = conv (Extr(A) ∩ H) ⊂ conv (Extr(A)) ,
ce qui achève la démonstration.
Exercice 4. — Soit A un ensemble convexe compact non vide dans Rn . Soit f : A → R
une fonction continue et convexe sur A, ce qui signifie que
f (λx + (1 − λ)y) 6 λf (x) + (1 − λ)f (y)
pour tous x, y ∈ A et λ ∈ [0; 1]. Alors le maximum de A est atteint sur Extr(A) ; en
particulier, si A est un polyèdre il suffit de tester un nombre fini de points.
Exercice 5. — Soit E un espace vectoriel de dimension finie p sur R. Dans E soit K un
polyèdre convexe plein défini par le système d’équations
f1 (x) > 0; f2 (x) > 0; . . . fN (x) > 0,
où N > p et où les fi sont des fonctions linéaires affines sur E (i.e. de la forme fi = ϕi + αi
avec ϕi ∈ E0 et αi ∈ R). Soit a un point extrémal de K. Montrer que le nombre des indices
i ∈ {1; 2; . . . N} tels que fi (a) = 0 est > p ; autrement dit, tout sommet d’un polyèdre
convexe dans Rp est dans l’intersection d’au moins p faces dudit polyèdre.
Exercice 6. — Dans l’espace E de dimension n2 des matrices réelles [aij ]1 6 i,j 6 n , soit
l’ensemble convexe :
A = {a = [aij ]1 6 i,j 6 n ∈ E : aij > 0 pour tous i, j ∈ {1; 2; . . . n}
n
X n
X
et aik = akj = 1 pour tout k ∈ {1; 2; . . . n}}
i=1 j=1
des matrices dites bistochastiques. Soit P l’ensemble des matrices de permutation, i.e. qui
ont un coefficient 1 exactement sur chaque ligne et sur chaque colonne, les autres coefficients
étant nuls. Montrer que P = Extr(A) et en déduire un théorème de Birkhoff : toute matrice
bistochastique est combinaison linéaire convexes de matrices de permutations, et même
d’au plus (n − 1)2 + 1 d’entre elles.
TS I.24 POINTS EXTRÉMAUX § 7
On montrera que cet espace est de dimension (n−1)2 et on appliquera l’exercice précédent.
chapitre ii
Dans ce chapitre sont exposés quelques aspects de l’Analyse dans l’espace de Banach
C (X) dans fonctions continues sur un espace compact X. Une notion de base est celle
de sous-ensemble équicontinu de C (X). Cette propriété a la vertu de rendre uniforme
la convergence simple. De plus l’équicontinuité est la seule condition qu’il faut ajouter
à celles d’être fermée et bornée pour qu’une partie de C (X) soit compacte (théorème
d’Ascoli). En liaison avec l’équicontinuité nous étudions aussi la compacité dans l’espace
O(U) des fonctions holomorphes dans un ouvert U de C (théorèmes de Montel, de Vitali) :
contrairement au cas de C (X) et, curieusement, de façon analogue au cas des espaces de
dimension finie, le seul fait pour une partie de O(U) d’être borné suffit pour qu’on ait dans
cette partie la propriété de Bolzano-Weierstrass.
Dans tout ce chapitre, X et F désignent des espaces métriques (en fait, pour ceux qui
connaissent la Topologie générale : X pourrait être un espace topologique – les modifications
TS II.26 ÉQUICONTINUITÉ ET CONVERGENCE DANS LES ESPACES D’APPLICATIONS § 1
alors qu’on dit que (fn )n>0 converge uniformément vers g dans X si
§ 1 ÉQUICONTINUITÉ ET CONVERGENCE DANS LES ESPACES D’APPLICATIONS TS II.27
Exercice 3. — Soit X = [0; 1] et F = R. Donner un exemple simple d’une suite (fn )n>0 de
fonctions continues qui converge simplement sur X vers une fonction discontinue. Donner
un exemple simple d’une suite (fn )n>0 de fonctions continues qui converge simplement
mais pas uniformément sur X vers la fonction nulle.
Nous allons voir que ces exemples n’auraient pas été possibles sous l’hypothèse sup-
plémentaire que les fn forment un ensemble équicontinu.
d (g(x), g(a)) 6 d (g(x), fn (x)) + d (fn (x), fn (a)) + d (fn (a), g(a)),
Dans cette preuve, on ne fait rien d’autre que passer à la limite quand n → ∞ dans
d (fn (x), fn (a)) < ε ; pour F = R ou C, cela donne |g(x) − g(a)| 6 ε à partir de |fn (x) −
fn (a)| < ε.
Exercice 4. — Soit X = [0; 1] et F = R. On considère la suite des fonctions fn : x 7→ xn .
En quels points cette suite de fonctions est-elle équicontinue ?
Proposition 2. — On suppose que F est complet et on se donne D une partie dense de
X. On se donne aussi une suite d’applications fn : X → F. On suppose que l’ensemble
{fn }n>0 est équicontinu sur X et que (fn )n>0 converge simplement sur D. Alors (fn )n>0
converge simplement sur X.
Preuve. Par complétude de F, il suffit de montrer que pour tout x ∈ X la suite
(fn (x))n>0 est de Cauchy. On fixe donc x ∈ X. Soit ε > 0. On écrit l’équicontinuité en
x de la famille {fn }n>0 : il existe δ > 0 tel que pour tout n > 0 et tout y ∈ B(x, δ) on
a d (fn (x), fn (y)) < ε. Par densité il existe d ∈ D ∩ B(x, δ), pour lequel en particulier
d (fn (x), fn (d)) < ε pour tout n > 0. Par convergence simple, la suite (fn (d))n>0 est
convergente, donc de Cauchy, et il existe n > 1 tel que pour tous m, n > N on ait
d (fn (d), fm (d)) < ε. Par inégalité triangulaire, pour tous m, n > N on a :
d (fn (x), fm (x)) 6 d (fn (x), fn (d)) + d (fn (d), fm (d)) + d (fm (d), fm (x)),
TS II.28 ÉQUICONTINUITÉ ET CONVERGENCE DANS LES ESPACES D’APPLICATIONS § 1
d (g(x), fn (x)) 6 d (g(x), g(xi )) + d (g(xi ), fn (xi )) + d (fn (xi ), fn (x)) 6 3ε.
2◦ En déduire que H est équicontinu sur ] − 1; 1[. Est-ce vrai sur [−1; 1] ?
§ 2. THÉORÈME D’ASCOLI
Dans un espace métrique, toute partie compacte est fermée et bornée. Réciproquement,
dans Rn il suffit qu’un ensemble soit fermé et borné pour qu’il soit compact : c’est le
théorème de Borel-Lebesgue. En revanche, dans un espace normé de dimension infinie,
on sait que la boule unité fermée, quoiqu’évidemment bornée, n’est jamais compacte :
c’est le théorème de F. Riesz ; dans de tels espaces, il faut donc donner des conditions
supplémentaires pour exprimer la compacité.
§ 2 THÉORÈME D’ASCOLI TS II.29
Nous allons caractériser les parties compactes de l’espace métrique (C (X, F), d∞ ). Il
est remarquable que l’équicontinuité soit la condition essentielle dans cette caractérisation.
Théorème 1 (Arzela-Ascoli). — Soit H une partie de C (X, F), muni de la distance d∞
de la convergence uniforme. Si x ∈ X désignons par H (x) la partie de F formée des valeurs
f (x) quand f parcourt H . Pour que H soit une partie compacte de (C (X, F), d∞ ), il faut
et il suffit que les trois conditions suivantes soient simultanément satisfaites :
(i) la partie H est fermée dans C (X, F) ;
(ii) quel que soit x ∈ X l’adhérence de H (x) dans F est compacte ;
(iii) la partie H est un ensemble équicontinu d’applications X → F.
Remarque 1. — Si F = R ou C, la condition (ii) signifie simplement que, quel que soit
x ∈ X, l’ensemble H (x) est borné dans R ou C, ce qui, en présence de l’hypothèse (iii),
équivaut à l’hypothèse (ii0 ), en apparence plus forte que (ii), suivante :
(ii0 ) la partie H est bornée dans C (X, F), i.e. il existe une constante M telle que,
quels que soient f ∈ H et x ∈ X, on ait : |f (x)| 6 M.
Exercice 1. — Si F = R ou C, justifier que « (ii) et (iii) » équivaut à « (ii0 ) et (iii) ».
Preuve. Prouvons d’abord la partie banale du théorème, à savoir que les conditions
mentionnées sont nécessaires. Soit H une partie compacte de (C (X, F), d∞ ). En particu-
lier, elle est fermée, d’où (i). Puis, à x ∈ X fixé, on utilise que l’application d’évaluation
f 7→ f (x) est continue de C (X, F) dans F, car on a : d (f (x), g(x)) 6 d∞ (f, g), et donc
l’image H (x) du compact H par cette application est compacte elle aussi. On vient de
prouver (ii). Enfin, prouvons (iii). Soit ε > 0. D’après la condition du ε-recouvrement
pour le compact H , il existe f1 , f2 , . . . , fp ∈ H , en nombre fini, telles que pour toute
f ∈ H on ait d∞ (f, fi ) 6 3ε pour un indice i ∈ {1; 2; . . . ; p} convenable. Soit x0 ∈ X.
Par équicontinuité de {f1 ; f2 ; . . . ; fp } en ce point, il existe η > 0 tel que dX (x, x0 ) < η en-
traîne que d (fi (x), fi (x0 )) 6 3ε quel que soit l’indice i ∈ {1; 2; . . . ; p}. Dès lors, l’inégalité
dX (x, x0 ) < η entraîne que quelle soit f ∈ H on ait :
ε ε ε
d (f (x), f (x0 )) 6 d (f (x), fi (x)) + d (fi (x), fi (x0 )) + d (fi (x0 ), f (x0 )) 6 + + = ε,
3 3 3
où l’indice i est l’indice choisi comme ci-dessus par rapport à f . On a donc prouvé (iii) et
le finalement le fait que les conditions mentionnées sont nécessaires à la compacité.
TS II.30 THÉORÈME D’ASCOLI § 2
Or, d’après l’hypothèse (ii), la suite de nombres complexes (fn (r1 ))n>0 est bornée ;
donc d’après le théorème de Bolzano-Weierstrass dans C, il existe une suite (fn1 )n>0 ex-
traite de (fn )n>0 telle que la suite numérique fn1 (r1 ) n>0 converge dans C. Puis, d’après
l’hypothèse (ii) appliquée au point x = r2 , il existe une suite (fn2 )n>0 extraite de (fn1)n>0
telle que la suite numérique fn2 (r2 ) n>0 converge dans C (alors que la suite fn2 (r1 ) n>0
reste convergente). On itère ce raisonnement, et l’on prouve ainsi que pour tout entier
p > 1 il existe une suite (fnp )n>0 extraite de (fnp−1 )n>0 , donc de (fn )n>0 , telle que les suites
numériques (fnp (r1 ))n>0 , (fnp (r2 ))n>0 , . . . (fnp (rn ))n>0 convergent.
La suite « diagonale » (gn )n>0 = (fnn )n>0 est extraite de (fn )n>0 et converge sim-
plement sur D car, quel que soit p, dès que n > p la suite (fnn (rp ))n>0 est extraite de la
suite convergente (fnp (rp ))n>0 . Or l’ensemble des gn est contenu dans H , donc équicontinu
dans X. Le théorème de la section précédente assure donc que la suite (gn )n>0 converge
uniformément sur X, donc au sens de d∞ dans C .
Cette démonstration par le procédé diagonal vaut plus généralement chaque fois que
l’espace compact X est séparable, i.e. contient une partie dénombrable et dense, donc pour
la plupart des espaces compacts usuels en Analyse, et ceci même pour F métrique complet
quelconque au lieu de C.
Donnons maintenant la preuve du théorème d’Ascoli, valable dans le cas général (et
même si X est un espace topologique compact non nécessairement métrique). Soit H une
partie de C = C (X, F) satisfaisant les conditions (i), (ii) et (iii). D’après (i), l’espace H est
complet donc il suffit, pour vérifier sa compacité, de prouver sa précompacité, i.e. de vérifier
la condition d’ε-recouvrement fini pour ε > 0 arbitrairement petit. Soit donc ε > 0. D’après
(iii) – condition d’équicontinuité, pour tout y ∈ X il existe un ouvert Uy de X, contenant
y et tel que pour toute f ∈ H on a : d (f (x), f (y)) 6 4ε . Par compacité de X, il existe
§ 2 THÉORÈME D’ASCOLI TS II.31
y1 , y2 , . . . yp en nombre fini dans X tel que X soit recouvert par les ouverts Uyi . D’après
(ii) – condition de compacité des ensembles de valeurs, la réunion K = pi=1 H (yi ) est une
S
partie compacte de F, donc il existe des c1 , c2 , . . . cm ∈ K tels que les boules fermées B(cj , 4ε )
(1 6 j 6 m) recouvrent K. Soit Φ l’ensemble des applications i 7→ ϕ(i) de l’ensemble
fini {1; 2; . . . p} dans l’ensemble fini {1; 2; . . . m} : Φ est fini. Pour toute ϕ ∈ Φ, notons Hϕ
l’ensemble des f ∈ H telles que pour tout i ∈ {1; 2; . . . p} on a : d f (yi ), cϕ(i) 6 4 . Il ε
est évident qu’on a : H = ϕ∈Φ Hϕ . Pour achever la démonstration, nous allons voir que
S
Soit U un ensemble ouvert non vide fixé du plan complexe. Notons O(U) l’espace
vectoriel sur C des fonctions f = f (z) définies et holomorphes dans U. On ne fait pas de
O(U) un espace normé, mais pour y pratiquer néanmoins l’Analyse, on utilise la convergence
uniforme sur tout compact de U.
Définition 1. — Une suite (fn )n>0 dans O(U) converge uniformément sur tout com-
pact de U vers une fonction g si :
Pour tout compact X dans U et pour tout ε > 0, il existe N = Nε,X tel que pour tout
n > N et pour tout z ∈ X on a :
|g(z) − fn (z)| 6 ε.
Nous dirons plus brièvement que la suite (fn )n>0 converge vers g dans O(U).
Remarque 1. — 1. Si c’est le cas, la fonction limite est automatiquement holomorphe
dans U, donc appartient à O(U). En effet, soit a ∈ U ; montrons que g est dérivable au
sens complexe au voisinage de a. Soit r > 0 assez petit pour que le disque D = {z ∈ C :
|z − a| 6 r} soit contenu dans U. Pour tout z ∈ D◦ , on a la formule intégrale de Cauchy :
Z
1 fn (ξ)
fn (z) = dξ,
2iπ |z−a|=r ξ − z
qui évidemment converge quand n → ∞ vers
Z
1 g(ξ)
g(z) = dξ,
2iπ |z−a|=r ξ − z
et cette fonction est bien dérivable au sens complexe par rapport à z, sous le signe somme
dans le membre de gauche : pour |z − a| < r, on a :
Z
0 1 g(ξ)
g (z) = dξ.
2iπ |z−a|=r (ξ − z)2
2. Pour vérifier la convergence uniforme sur tout compact, on peut en fait se contenter
de la tester sur une famille particulière (mais bien choisie) de compacts dans X, par exemple
sur la famille des disques fermés. Supposons qu’une suite (fn )n>0 dans O(U) satisfasse la
condition :
Pour tout disque fermé D contenu dans U et pour tout ε > 0, il existe N = Nε,D
tel que pour tout n > N et pour tout z ∈ D on a :
|g(z) − fn (z)| 6 ε.
§ 3 ANALYSE DANS L’ESPACE DES FONCTIONS HOLOMORPHES TS II.33
Il s’agit de voir que (fn )n>0 converge uniformément sur tout compact de U vers g. Soit
X un compact contenu dans U. Tout point a ∈ X est le centre d’un disque fermé DA de
rayon > 0 et contenu dans U. Puisque X est compact, il existe un ensemble fini de points
a1 , a2 , . . . , ap de X tels que
X ⊂ Da1 ∪ Da2 ∪ · · · ∪ Dap .
Soit ε > 0, et soient Nε,Da1 , Nε,Da2 , . . . , Nε,Dap les entiers donnés par la condition de conver-
gence uniforme sur les disques citée ci-dessus. Posons
Nε,X = max Nε,Dai .
16i6p
Définition 2. — Soit H une partie de O(U). On dit que H est bornée dans O(U) si
elle est bornée sur tout compact de U, c’est-à-dire si pour tout compact X de U il existe
une constante MX > 0 telle que pour tout f ∈ H et pour tout z ∈ D on ait |f (z)| 6 MX .
Cette condition est équivalente à la suivante : pour tout disque fermé D de U il existe une
constante MD > 0 telle que pour tout f ∈ H et pour tout z ∈ D on ait |f (z)| 6 MD .
Dans les deux propositions ci-après nous allons voir que, du point de vue de l’Analyse
dans l’espace O(U), la dérivation est une opération très régulière.
Proposition 1. — Soit (fn )n>0 une suite qui converge vers g dans O(U). Alors la suite
des dérivées (fn0 )n>0 converge vers la dérivée g 0 dans O(U).
Preuve. On va prouver la condition de convergence uniforme sur les disques pour les
dérivées. Soit Da = {z ∈ C : |z − a| 6 r} un disque fermé contenu dans U. Il existe r1 > r
tel que le disque D1a = {z ∈ C : |z − a| 6 r1 } soit encore contenu dans U. Soit ε > 0. Par
l’hypothèse que (fn )n>0 converge vers g dans O(U), il existe Nε tel que pour tout z ∈ D1a
on ait :
(r1 − r)2
|g(z) − fn (z)| 6 ε.
r1
TS II.34 ANALYSE DANS L’ESPACE DES FONCTIONS HOLOMORPHES § 3
Mais alors, pour tout z ∈ Da , d’après la formule intégrale de Cauchy pour la dérivée, on
a:
g(ξ) − fn (ξ)
Z
0 0 1 2πr1 1
|g (z) − fn (z)| = | 2
dξ| 6 sup |g(ξ) − fn (ξ)|
2iπ |ξ−a|=r1 (ξ − z) 2π (r1 − r)2 |ξ−a|=r1
qui est 6 ε dès que n > Nε . Ceci prouve la proposition, par la réduction initiale.
Exercice 2. — Constater combien cette situation diffère du cas de la variable réelle, en
exhibant une suite (fn )n>0 de fonctions dérivables sur [0; 1] qui converge uniformément
vers une fonction g dérivable, mais telle que les suites numériques (fn0 (x))n>0 n’aient de
limite pour aucun x ∈ [0; 1].
Proposition 2. — Soit H une partie de O(U) et soit H 0 = {f 0 : f ∈ H }. Si H est
bornée dans O(U), alors H 0 l’est aussi.
Preuve. On utilise là aussi la réduction à la famille des disques fermés. Soit Da = {z ∈
C : |z − a| 6 r} un disque fermé contenu dans U. On cherche une constante M0Da telle que
pour toute f ∈ H et tout z ∈ Da on ait : |f 0 (z)| 6 M0Da . Il existe r1 > r tel que le disque
D1a = {z ∈ C : |z − a| 6 r1 } soit encore contenu dans U, et pour tout z ∈ Da on a :
Z
1 f (ξ) 2πr1 1
|f 0 (z)| = | dξ| 6 M 1,
2iπ |ξ−a|=r1 (ξ − z)2 2π (r1 − r)2 Da
où MD1a est une constante provenant de la condition que H est bornée dans O(U). Ceci
prouve la proposition, par la réduction initiale.
Corollaire 1. — Toute partie bornée dans O(U) est équicontinue.
Preuve. Soit H une partie bornée dans O(U). Soit a ∈ U. Pour démontrer l’équicon-
tinuité de H en a, on se place dans un disque Da centré en a, de rayon > 0, contenu dans
U. D’après la proposition 2, il existe une constante M0Da telle que pour toute f ∈ H et
pour tout z ∈ Da on a : |f 0 (z)| 6 M0Da . En intégrant le long du segment [a; z], on obtient
que, pour toute f ∈ H et pour tout z ∈ Da , on a :
Z z
|f (z) − f (a)| = | f 0 (ξ) dξ 6 |z − a| sup |f 0 (z)| 6 M0Da |z − a| 6 ε
a ξ∈[a;z]
ε
dès que |z − a| 6 0 .
MDa
Corollaire 2. — Soit (fn )n>0 une suite dans O(U). Supposons que l’ensemble des fn
est borné dans O(U), ce qui signifie que
sup sup |fn (z)| = MX < +∞
n>0 z∈X
pour tout compact X contenu dans U. Supposons de plus que la suite (fn )n>0 converge
simplement dans une partie dense de U. Alors la suite (fn )n>0 converge uniformément sur
tout compact de U, c’est-à-dire dans O(U).
Preuve. Vu le corollaire 1, c’est une conséquence immédiate des propositions 2 et 3
appliquées aux parties compactes X de U.
§ 3 ANALYSE DANS L’ESPACE DES FONCTIONS HOLOMORPHES TS II.35
Théorème 1 (Montel). — Soit (fn )n>0 une suite dans O(U). Supposons que l’ensemble
des fn est borné dans O(U). Alors on peut extraire de la suite (fn )n>0 une suite convergente
dans O(U).
Preuve. Les points r = x + iy de U avec x, y ∈ Q forment un ensemble D =
{r1 ; r2 ; . . . rn ; . . .} dénombrable et dense dans U. Pour tout r ∈ D l’ensemble de nombres
complexes {fn (r)}n>0 est borné car {r} est compact. Le procédé diagonal utilisé dans la
preuve du théorème d’Ascoli fournit une suite (gn )n>0 extraite de la suite (fn )n>0 , qui
converge simplement en tout point de D, donc dans O(U) d’après le corollaire 2.
Cet énoncé est remarquable et même étonnant : l’espace O(U), de même que l’espace
de dimension finie Rn , jouit de la propriété de Bolzano-Weierstrass, à savoir que de toute
suite bornée on peut extraire une suite convergente, alors que ceci n’est jamais vrai dans
un espace vectoriel normé de dimension infinie (théorème de F. Riesz).
D’après le théorème 1, il existe des suites extraites de (fn )n>0 qui convergent dans
O(U). Par la remarque préliminaire et l’hyptohèse que la suite (fn )n>0 converge simplement
dans D, donc en chaque rp , pour toute telle sous-suite convergente, la limite g(z) est
toujours la même (car elle est déterminée par ses valeurs en les rp ). Par l’absurde, supposons
que (fn )n>0 ne converge pas vers g dans O(U). Il existe alors un compact X de U et un
α > 0 tels que, pour tout entier k > 1, il existe un entier nk et un zk ∈ X, avec nk > nk−1
et |g(zk ) − fnk (zk )| > α. De la suite bornée (fnk )k > 0 on ne peut extraire aucune sous-suite
convergente (ce qui est en contradiction avec le théorème 1), car cette dernière suite devrait
alors converger vers g tout en satisfaisant les inégalités |g(zk ) − fnk (zk )| > α.
Exercice 3. — On pose, pour tout z ∈ C :
z zn
exp(z) = 1 + z + + · · · + + ...
2 n!
z n
Montrer que exp(z) = lim 1 + en procédant comme suit.
◦
n→∞ n
1 Vérifier que c’est vrai pour tous les z réels > 0 en passant au logarithme.
2◦ Montrer que la suite (fn )n>0 , où fn (z) = (1 + nz )n , est bornée dans O(C).
3◦ En déduire, par le théorème de Vitali, que (fn )n>0 converge dans O(C), disons
vers g.
TS II.36 ANALYSE DANS L’ESPACE DES FONCTIONS HOLOMORPHES § 3
4◦ Constater que g(z) = exp(z) car c’est vrai pour z réel > 0.
X (1 − z)m
log(z) = − ,
m
m>1
n
X (1 − z)m
fn (z) = − .
m
m=1
1◦ Si z est réel et dans U, constater que log(z) est la fonction bien connue telle que
exp (log(z)) = z.
2◦ Montrer que, quand n → ∞, la suite (exp ◦fn )n>1 converge dans O(U).
3◦ En déduire que, pour tout z ∈ U, on a : exp (log(z)) = z.
1◦ Montrer que, pour toute f ∈ H , la dérivé df dx est bornée en valeur absolue par 4
1 1
sur [− 2 ; 2 ].
2◦ En déduire que H est équicontinu dans [− 12 ; 21 ].
3◦ Montrer que H est un sous-ensemble convexe et compact dans C .
4◦ En appliquant le théorème de Vitali, montrer que toute f ∈ H est la restriction
au segment [− 12 ; 21 ] d’une fonction holomorphe dans le disque unité ouvert de C, notée fe.
5◦ Caractériser les fonctions fe où f ∈ H , par une propriété de leurs coefficients de
Taylor à l’origine. Indication : on pourra utiliserZla formule, pour n > 0 et 0 6 r < 1,
2π
1
donnant ces coefficients an , à savoir : an rn = fe(reiθ )e−inθ dθ.
2π 0
6◦ Déterminer l’ensemble des points extrémaux de H .
Exercice 6. — Soit U la bande {z = x + iy : 0 < x < 1; y > 0}. Soit f une fonction
holomorphe et bornée dans U. Supposons que l = lim f ( 12 + iy) existe. Montrer qu’alors,
y→+∞
pour tout x ∈]0; 1[, on a :
lim f (x + iy)
y→+∞
et ceci uniformément pour x ∈ [a; b] quels que soient a < b dans ]0; 1[. Indication : appliquer
le théorème de Vitali à la suite fn (z) = f (z + in) dans le rectangle défini par 0 < x < 1 et
0 < y < 2.
§ 4 APPROXIMATION UNIFORME DES FONCTIONS CONTINUES SUR UN COMPACT TS II.37
Exercice 1. — Justifier que les fonctions sup(f, g) et inf(f, g) sont dans C puis, en défi-
nissant |f | par |f |(x) = |f (x)| pour tout x ∈ X, démontrer les formules :
1 1
|f | = sup(f, −f ), sup(f, g) = (f + g + |f − g|) et inf(f, g) = (f + g − |f − g|) .
2 2
Montrer que f 7→ |f | est une application continue de C dans lui-même.
Soit H une partie de C et soit H son adhérence dans C . Soit f ∈ C . On dit que
f peut être approchée uniformément dans X par des fonctions appartenant à H si f
appartient à H , autrement dit si : quel que soit ε > 0 il existe une fonction uε ∈ H telle
que, quel que soit x ∈ X, on ait : |f (x) − uε (x)| 6 ε.
Dire que toute fonction continue sur X peut être approchée uniformément dans X par des
fonctions appartenant à H , c’est donc dire que H = C , ou encore que H est dense dans
l’espace de Banach C . L’exemple historique est le théorème de Weierstrass, dont l’énoncé
est que toute fonction continue [0; 1] est limite uniforme sur [0; 1] de fonctions polynomiales.
C’est cet énoncé que nous allons retrouver après l’avoir généralisé considérablement, suivant
les idées de M. Stone.
Théorème 1 (Stone-Weierstrass). — Soit X un espace compact. On se donne H une
partie de C = C (X, R) telle que :
Alors H = C .
Alors H = C .
Nous commençons par établir un lemme dont la démonstration est un bel argument
de compacité.
Par récurrence finie, la fonction v : x 7→ max{uy1 (x); uy2 (x); . . . uyp (x)} est dans H . Elle
convient car un élément quelconque x ∈ X est dans un Uyi au moins et on peut écrire :
Théorème 3 (Dini). — Soit X un espace compact. Soit (fn )n>0 une suite de fonctions
continues de X dans R. On fait les hypothèses suivantes.
(i) La suite (fn )n>0 converge simplement vers f dans C (X, R).
(ii) La suite (fn )n>0 est monotone, c’est-à-dire ou bien décroissante ou bien crois-
sante.
Alors (fn )n>0 converge uniformément vers f , c’est-à-dire converge vers f pour la
norme k · k∞ .
Preuve. On travaille dans le cas où la suite (fn )n>0 est croissante (cas auquel on peut
toujours se ramener, quitte à opposer les fonctions). Alors, par monotonie la famille H =
{fn }n>0 est stable par passage au maximum car pour m > n, on a : max{fn ; fm } = fm .
§ 4 APPROXIMATION UNIFORME DES FONCTIONS CONTINUES SUR UN COMPACT TS II.39
Lemme 2. — On définit une suite (pn )n>0 de fonctions [0; 1] → R par p1 (x) = 0 pour tout
x ∈ [0; 1] et
1
x − pn (x)2 .
pn+1 (x) = pn (x) +
2
√
Alors les fonctions pn sont polynomiales et convergent uniformémement vers x 7→ x sur
[0; 1].
Remarqu’ons qu’en remplaçant pn (x) par pn (x2 ), on voit que la fonction valeur absolue
x 7→ |x| est limite uniforme de fonctions polynomiales sur [0; 1].
À x fixé la suite numérique (pn (x))n>0 est croissante et majorée. Elle converge donc vers
√
g(x) qui satisfait g(x) = g(x) + 21 x − g(x)2 , autrement dit vers g(x) = x. Ainsi on
√
vient de voir que · est limite simple des pn sur [0; 1], et le théorème de Dini assure que
la convergence est uniforme.
Alors H = C .
TS II.40 APPROXIMATION UNIFORME DES FONCTIONS CONTINUES SUR UN COMPACT § 4
Alors H = C .
Preuve. Soit f ∈ C . Montrons que f et H satisfont aux hypothèse de la proposition
précédente. Si x 6= y, on y satisfait (pour tout ε > 0) en prenant pour ux,y la fonction g
de la condition (ii) ci-dessus pour le choix de α = f (x) et β = f (y). Si x = y, prenons un
z 6= x ; il suffit alors de choisir pour ux,y la fonction g de la condition (ii) ci-dessus pour le
choix de α = f (x) = f (y) et β = f (z).
Exercice 2. — Par ce corollaire, démontrer que dans C ([0; 1], R) est uniformément dense
l’ensemble des fonctions dont le graphe est une ligne polygonales à nombre fini de côtés.
Maintenant, tout est prêt pour obtenir sans effort la preuve du théorème de Stone.
Preuve. Les hypothèses (i) et (ii0 ) entraînent que H est stable par prise d’enveloppe
supérieure et inférieure, car :
1 1
sup(f, g) = (f + g + |f − g|) et inf(f, g) = (f + g − |f − g|) .
2 2
Si X est réduit à un point, le théorème de Stone est évident (et sans intérêt). Désormais, on
se place dans le cas où X a au moins deux éléments. Si x 6= y sont dans X et si α, β ∈ R,
donnons-nous grâce à l’hypothèse (iv) une fonction h ∈ H telle que h(x) 6= h(y). On
considère alors la fonction g définie par :
h(z) − h(x)
z 7→ g(z) = α1 + (β − α) .
h(y) − h(x)
Cette fonction g est dans H par les hypothèses (i) et (iii), et tout a été fait pour que
g(x) = α et g(y) = β. Donc H = C par le corollaire qui précède.
§ 4 APPROXIMATION UNIFORME DES FONCTIONS CONTINUES SUR UN COMPACT TS II.41
Exercice 3. — Soit (X, d) un espace métrique compact. Soit H l’ensemble des fonctions
lipschitziennes sur X, i.e. telles qu’il existe une constante k (dépendant de f ) pour laquelle
on ait |f (x)−f (y)| 6 kd(x, y) quels que soient x, y ∈ X. Montrer que H est uniformément
dense dans C (X, R).
Preuve. On va le déduire du théorème de Stone ; il suffit de voir que les hypothèses (i)
à (iv) du théorème de Stone-Weierstrass entraînent l’hypothèse (ii0 ) du théorème de Stone.
En fait, il suffit de voir que ces quatre hypothèse entraînent
(ii00 ) u ∈ H ⇒ |u| ∈ H .
C’est une condition plus faible en apparence que (ii0 ), mais l’astuce est la suivante : vu
la continuité de l’application u 7→ |u| de C dans lui-même, on saura alors que u ∈ H
implique |u| ∈ H , et puisque que H est un sous-espace vectoriel, on lui appliquera le
théorème de Stone, ce qui donnera H = C , soit H = C puisque H = H .
Pour vérifier (ii00 ), on se ramène au cas u 6= 0. Posons alors a = kuk∞ . Soient les
polynômes pn du lemme 2, qui approchent uniformément la fonction racine carrée sur
2
[0; 1]. La suite de fonctions un = apn ( ua2 ) est dans H d’après les hypothèses (i) à (iii).
Laqsuite des fonctions un , quand n → ∞, converge uniformément dans X vers la fonction
u2
a a2
= |u|. Donc u ∈ H , ce qui montre que la condition (ii00 ) est satisfaite.
Alors H = C , i.e. toute fonction continue à valeurs complexes sur X peut être approchée
uniformément sur X par des fonctions dans H .
Plus brièvement : toute sous-algèbre de C (X, C), contenant 1, séparante et auto-
adjointe, est dense dans l’espace de Banach C (X, C).
Preuve. Soit HR l’ensemble des u ∈ H telles que u(X) ⊂ R. Il est clair que HR ⊂
C (X, R) satisfait les conditions (i), (ii), (iii) du théorème de Stone-Weierstrass. De plus,
HR satisfait (iv), c’est-à-dire sépare X : en effet, soient x, y ∈ X avec x 6= y ; il existe
u ∈ H telle que u(x) 6= u(y) ; les fonctions R(u) = u+u 2 et I(u) = 2i sont dans HR et
u−u
l’une au moins prend des valeurs différentes en x et en y car u = R(u) + iI(u). Ainsi, par
le théorème de Stone-Weierstrass toute fonction f ∈ C (X, R) est approchée uniformément
sur X par des u ∈ HR .
Exercice 4. — Soit X un sous-ensemble compact de C.
1◦ Montrer que toute fonction f ∈ C (X, C) peut être approchée uniformément sur X
par des fonctions polynomiales en les variables z et z, à coefficients complexes.
2◦ Soit X le disque unité {z ∈ C : |z| 6 1}. Soit H l’adhérence dans C (X, C) de
l’ensemble des polynômes à coefficients complexes en la seule variable z. Montrer que pour
toute f ∈ H on a la formule :
Z 2π
1
f (0) = f (eiθ ) dθ,
2π 0
et que, en revanche, la fonction continue f (z) = |z| ne possède pas cette propriété.
3◦ En déduire que H est différent de C (X, C).
Exercice 5. — Soit a 6 b des nombres réels. Montrer que l’ensemble des fonctions de la
forme x 7→ nk=0 λk exp(nn x) où les λk appartiennent à R, les nk à N et n est un indice
P
Ce corollaire, très utile, permet de travailler à variables séparées pour des problèmes
à deux variables.
Corollaire 5. — Toute fonction f = f (x) continue sur R, à valeurs complexes, et de
n
X
période 2π, est limite uniforme sur R de polynômes trigonométriques ak eikx où n ∈ N
k=−n
et les ak appartiennent à C.
Preuve. Soit X le cercle {e ∈ C : |z| = 1} ; il est compact. À toute f ∈ C (R, C)
de période 2π, associons la fonction fe définie sur X par la formule fe(eix ) = f (x) où
0 6 x 6 2π. L’ensemble H des ge, où g est un polynôme trigonométrique sur R, n’est
§ 4 APPROXIMATION UNIFORME DES FONCTIONS CONTINUES SUR UN COMPACT TS II.43
n
X
autre que l’ensemble H des fonctions z 7→ ak z k , où n ∈ N et les ak appartiennent
k=−n
à C. Il est clair que H remplit les hypothèses (i) à (v) du corollaire 3, ce qui achève la
démonstration puisqu’évidemment :
Exercice 6. — 1◦ Utilisez vos connaissances classiques sur les séries de Fourier (théo-
rème de Fejer) pour préciser l’énoncé du corollaire précédent.
2◦ Plus généralement, donnez un énoncé du type du corollaire précédent pour les
fonctions périodiques de plusieurs variables.
Exercice 7. — On suppose connu (par exemple par le théorème de Fejer) le fait que toute
fonction continue de période 2π est limite uniforme sur R de polynômes trigonométriques.
En déduire une démonstration du théorème de Weierstrass historique : on se ramène à
démontrer que les fonctions x 7→ sin(nx) et x 7→ cos(nx) sont sur [0; 2π] limites uniformes
de fonctions polynomiales, ce qui résulte de leur développement en série de Taylor.
Revenons au théorème de Weierstrass historique : toute f ∈ C ([0; 1], R) est limite
uniforme sur [0; 1] d’une suite (Pn )n>0 de fonctions polynomiales à coefficients réels. Si f
est donnée, peut-on préciser explicitement de tels Pn qui conviennent pour approximer f ?
Réponse : oui.
Théorème 4 (Bernstein). — Si f ∈ C ([0; 1], R), posons pour tout n > 1 :
n
X k
Pn (x) = Ckn f ( )xk (1 − x)n−k x ∈ [0; 1].
n
k=0
Alors :
lim kf − Pn k = 0.
n→∞
La démonstration commence, de façon élémentaire, par le
Lemme 3. — Pour 1 6 k 6 n, posons :
rkn (x) = rk (x) = Ckn xk (1 − x)n−k .
Alors :
1. nk=0 rk (x) = 1 ;
P
n−2
2
X (n − 2)!
= n(n − 1)x xk (1 − x)n−2−k = n(n − 1)x2 .
k!(n − 2 − k)!
k=0
Enfin, le premier membre de 4 vaut :
X X X X X
k 2 rk (x)−2nx krk (x)+n2 x2 rk (x) = k(k−1)rk (x)−(2nx−1) krk (x)+n2 x2 = nx(1−x),
k k k k k
Preuve. Soit f ∈ C et soit ε > 0. La fonction f est uniformément continue sur [0; 1]
par le théorème de Heine, donc on peut choisir δ > 0 tel que
ε
|x − x0 | 6 δ ⇒ |f (x) − f (x0 )| 6 .
2
Fixons désormais un tel δ (qui ne dépend que de ε).
2kf k∞ 2kf k∞ 1
nx(1 − x) 6 ,
δ 2 n2 δ2 n
ε
qui est aussi 6 2 dès que n est assez grand.
§ 5. THÉORÈME D’URYSOHN
Dans un espace compact X, peut-on prolonger toute fonction définie et continue sur
un sous-ensemble fermé de X en une fonction continue sur X tout entier ? La question est
naturelle et la réponse affirmative.
Preuve. Soit H l’ensemble des restrictions à Y des fonctions continues sur X. Pour le
compact Y, l’ensemble H satisfait aux hypothèses (i), (ii) et (iii) du théorème de Stone-
Weierstrass. De plus, H sépare Y, car si y1 ∈ Y, y2 ∈ Y et y1 6= y2 , la fonction x 7→ d(y, x)
est définie et continue sur X et sa restriction à Y sépare y1 et y2 . En appliquant le théorème
de Stone-Weierstrass, on trouve déjà que l’ensemble des restrictions à Y des F ∈ C (X, R)
est uniformément dense dans C (Y, R) ; c’est un pas en direction du théorème mais il faut
faire mieux. Donc on sait déjà que :
pour toute g ∈ C (Y, R) et pour tout ε > 0 il existe gε ∈ C (X, R) telle que :
|g(y) − gε (y)| 6 ε pour tout y ∈ Y.
Soit f ∈ C (Y, R). Par récurrence, définissons une suite g (n) d’éléments de C (X, R)
par les formules :
n−1
X
g (1) = f 1 et g (n) = (f − g (i) ) 1 pour n > 1.
2 2n
i=1
1
Par définition du symbole gε , employé ici pour ε valant les 2n , on a donc :
k
X 1
|f (y) − g (i) (y)| 6 pour tout y ∈ Y
2n
i=1
et
1
|g (n) (x)| 6 pour tout x ∈ X.
2n−1
∞
X
Ainsi la série de fonctions g (n) (x) converge uniformément sur X vers une fonction F
n=1
continue et, pour tout y ∈ Y, on a : F(y) = f (y).
Le théorème de Baire
et ses applications
des applications linéaires continues d’un espace normé vers un espace de Banach F, avec
la norme :
|||ϕ||| = sup kϕ(x)kF = sup kϕ(x)kF
kxkE 6 1 kxkE =1
si E 6= {0}, sont des espaces complets, i.e. dans lesquels toute suite de Cauchy est conver-
gente. De plus, si E est complet, tout sous-ensemble fermé de E est lui-même complet, en
tant que sous-espace métrique de E, par exemple le segment [0; 1] de R.
Influencé par les idées de Cantor sur le dénombrable et le transfini, René Baire (1874-
1932) a découvert en 1899 dans le cas de Rn un théorème, qui en fait est valable dans
tout espace métrique complet (et aussi dans tout sous-espace ouvert non vide d’un tel
espace), et qui dit que si un tel espace n’est pas vide, il ne peut être réunion d’une suite
(i.e. d’une famille dénombrable) de fermés tous d’intérieur vide, alors qu’en revanche, il est
par exemple réunion de la famille de tous ses points, lesquels sont fermés d’intérieur vide
en général. On voit donc combien les hypothèses de dénombrabilité sont essentielles dans
le théorie de Baire.
théorème de Baire ; ils sont établis dans le présent chapitre, avec quelques applications
à la théorie de l’approximation, par exemple la non convergence uniforme du procédé
d’interpolation de Lagrange, la non convergence en général de la série de Fourier d’une
application continue etc.
§ 1. THÉORÈME DE BAIRE
tendent vers 0 quand n → ∞. Alors l’intersection des Fn n’est pas vide ; elle est en fait
réduite à un point.
Preuve. Pour tout entier n > 0, choisissons un point xn dans l’ensemble non vide Fn .
Si m > n, les points xm et xn sont dans Fn par décroissance de (Fn )n>0 , donc
m > n ⇒ d(xm , xn ) 6 δ(Fn ) 6 ε
dès que n est assez grand puisque lim δ(Fn ) = 0. Ceci prouve que la suite (xn )n>0 est de
n→∞
Cauchy, et donc qu’elle a une limite, disons x, puisque E est complet.
Pour p entier fixé, montrons que x ∈ Fp . Pour tout k > 0, le point xp+k est dans Fp ,
donc puisque Fp est fermé :
x = lim xp+k ∈ Fp .
k→∞
\
En fait, Fn = {x} car si y est dans cette intersection on a pour tout n : d(x, y) 6 δ(Fn ),
n>0
et donc en faisant n → ∞ on obtient : d(x, y) = 0.
Exercice 1. — Soit (E, d) un espace métrique complet. Soit 0 6 k < 1. Soit f une appli-
cation de E dans E contractante de rapport k : pour tous x, y ∈ E, on a :
d (f (x), f (y)) 6 d(x, y).
Pour tout entier n > 1, soit Fn = {x ∈ E : d (f (x), x) 6 n1 }. En appliquant aux parties
Fn le lemme de Cantor, retrouver un théorème de Banach.
Rappelons maintenant quelques notions de topologie dans un espace métrique (E, d).
Dire qu’une partie X est dense dans E, c’est dire que :
pour tout x ∈ E on a une suite (xn )n>0 dans X telle que lim xn = x ;
n→∞
ou encore : l’adhérence de X est E tout entier ;
ou encore : pour tout y ∈ E et tout ε > 0, on a B(y, ε) ∩ X 6= ∅ ;
ou encore : pour tout ouvert non vide U de E, a U ∩ X 6= ∅.
§ 1 THÉORÈME DE BAIRE TS III.49
Pour relier les deux précédentes notions, on peut remarquer qu’une partie X est dense
dans E si, et seulement si, son complémentaire E X est d’intérieur vide : X = E ⇔
(E X)◦ = ∅, et donc X◦ = ∅ ⇔ E X = X.
Dans l’exemple le plus simple, le théorème de Baire dit que R n’est pas réunion
dénombrable de fermés d’intérieur vide. Plus généralement :
Théorème 1 (Baire). — Dans un espace métrique complet (E, d) non vide, les assertions
suivantes sont satisfaites :
(i) l’intersection de toute suite, i.e. de toute famille dénombrable, d’ouverts denses est
non vide, et en fait est même encore dense ;
(ii) l’intersection de toute suite, i.e. de toute famille dénombrable, de fermés d’inté-
rieur vide est encore d’intérieur vide, et en particulier n’est pas l’espace E tout entier.
Ainsi, un espace métrique complet n’est pas réunion dénombrable de fermés sans point
intérieur.
Preuve. Le point (ii) équivaut à (i) par passage au complémentaire. Prouvons (i). Soit
(Un )n>0 une suite\d’ouverts tous denses dans E. Soit V un ouvert non vide de E. On va
prouver que V ∩ Un n’est pas vide. Par récurrence sur n, construisons une suite de
n>0
boules ouvertes B(xn , rn ) telles que
Les Fn = B(xn , rn ) sont une suite de décroissante de fermés non vides dont les dia-
mètres δ(Fn ) = 2rn tendent vers 0. D’après le lemme d’intersection
! de Cantor, il y a au
\ \
moins un point x dans B(xn , rn ) et donc dans Un ∩ V.
n>0 n>0
TS III.50 THÉORÈME DE BAIRE § 1
Corollaire 1. — Soit Ω un ouvert non vide dans un espace métrique complet (E, d). Les
assertions (i) et (ii) du théorème de Baire restent vérifiées en remplaçant (E, d) par Ω muni
de la distance induite.
Preuve. En effet, soit (Un )n>0 une suite d’ouverts de Ω tous denses dans Ω ; les ouverts
Un sont encore des ouverts de Ω tous denses dans Ω. Mais l’adhérence Ω de Ω dans E est
un espace complet, auquel on peut appliquer le théorème de Baire : l’intersection des Un
est dense dans Ω, donc a fortiori dans Ω.
Une fonction f : R → R est dite de la première classe de Baire si elle est limite
simple sur R d’une suite (fn )n>0 de fonctions continues sur R. Bien entendu, une telle f
peut être discontinue, mais nous allons voir qu’elle ne peut pas l’être trop.
Preuve. En effet, d’après le critère de Cauchy, valable parce que R est complet par
construction, dire que lim f (y) = f (x) équivaut à dire que : pour tout η > 0 il existe ε > 0
y→x
tel que y, y 0 ∈ B(x, ε) ⇒ |f (y) − f (y 0 )| 6 ε. Autrement dit :
Uα = {x ∈ R : ωf (x) < α}
et donc ωf (x0 ) 6 α − η. Ceci prouve donc que B(x, 2ε ) ⊂ Uα , et donc que Uα est ouvert
puisque c’est un voisinage de tous ses points.
Preuve. Soit (fn )n>0 une suite de fonctions continues R → R qui converge simplement
sur R vers f . Soit Ω un intervalle ouvert non vide de R. On va prouver que Ω ∩ Uα 6= ∅.
Pour tout entier p > 1, l’ensemble
α
Fp = {x ∈ Ω : quel que soit q > p, |fq (x) − fp (x)| 6 }
3
est fermé dans l’espace
[ métrique Ω, car les fonctions différence fq − fp sont continues. De
plus, on a Ω = Fp car, pour tout x ∈ Ω fixé, la suite (fp (x))p > 1 est de Cauchy dans
p>1
R. Appliquons à l’espace Ω le corollaire 1 du théorème de Baire : il existe un indice p0 tel
que Fp0 soit d’intérieur non vide dans Ω. On va montrer que :
(∗) (Fp0 )◦ ⊂ Uα ,
ce qui achèvera la démonstration car alors Ω ∩ Uα ⊃ (Fp0 )◦ 6= ∅.
est un ouvert non vide contenant x, et vu la continuité de fp0 au point x, qui permet de
rendre le terme médian < α3 . Ceci prouve que ωf (x) < α et donc (∗).
On en déduit le
TS III.52 APPLICATIONS À LA THÉORIE DES FONCTIONS DISCONTINUES § 2
où les U 1 sont ouverts et denses dans R par les lemmes qui précèdent.
n
Bien entendu, le même énoncé reste valable pour tout espace métrique complet (E, d)
à la place de la droite réelle.
Définition 2. — Dans un espace métrique complet (E, d), nous disons qu’un sous-
ensemble est maigre s’il est réunion au plus dénombrable d’ensembles dont l’adhérence est
d’intérieur vide.
Le théorème 1 se lit encore : si f est limite simple de fonctions continues sur E complet,
l’ensemble de ses points de discontinuité est maigre dans E.
Exercice 1. — Soit f : R → R dans la première classe de Baire. Montrer que, pour tout
intervalle ouvert non vide I, il existe un sous-intervalle ouvert non vide J de I sur lequel f
est bornée.
Exercice 2. — Soit l’espace métrique Q des nombres rationnels, muni de la distance de la
valeur absolue des nombres réels. Soit une fonction f : Q → R continue. Alors l’ensemble
D = {x ∈ R : f (r) n’a pas de limite quand r → x, x ∈ Q}
est maigre dans R. Indication : introduire
ω
ef (x) = inf sup |f (r0 ) − f (r)|;
ε>0 r,r0 ∈B(x,ε)∩Q
§ 3. THÉORÈME DE BANACH-STEINHAUS
Rappelons que si E et F sont deux espaces normés sur le même corps des scalaires
K = R ou C, l’espace vectoriel L (E, F) sur K de toutes les applications linéaires et
continues ϕ de E dans F est normé par :
|||ϕ||| = sup kϕ(x)kF .
kxkE 6 1
Si E 6= {0} on peut calculer cette borne supérieure sur la sphère unité : |||ϕ||| =
sup kϕ(x)kF . De plus, pour tout x ∈ E, on a par définition l’inégalité :
kxkE =1
kϕ(x)kF 6 |||ϕ|||kxkE .
§ 3 THÉORÈME DE BANACH-STEINHAUS TS III.53
Un cas important est celui où F = K est de dimension 1. Alors L (E, K) n’est autre que
le dual (topologique) E0 de E.
Soit Φ une partie de L (E, F). Supposons Φ bornée dans l’espace normé L (E, F) ,
c’est-à-dire qu’il existe une constante M telle que pour toute ϕ ∈ Φ on ait : |||ϕ||| 6 M.
Alors il est clair que Φ est bornée en chaque point x de E, c’est-à-dire qu’il existe une
constante Mx telle que pour toute ϕ ∈ Φ on ait : kϕ(x)kF 6 Mx . En effet, il suffit de
prendre Mx = |||ϕ||| · kxkE . Cette conclusion semble être un affaiblissement considérable de
l’hypothèse. C’est un résultat très fort que la réciproque soit vraie sous l’hypothèse que E
est complet.
Théorème 1 (Banach-Steinhaus). — Soit E un espace de Banach et soit F un espace
normé sur le même corps des scalaires K = R ou C. Soit Φ ⊂ L (E, F) un ensemble
d’applications linéaires et continues de E dans F. On suppose que pour tout x ∈ E, on a :
sup kϕ(x)kF < +∞,
ϕ∈Φ
alors on a :
sup |||ϕ||| < +∞.
ϕ∈Φ
Autrement dit, si la famille Φ est bornée en chaque point x de E, alors elle est unifor-
mément bornée sur tous les points de la boule unité de E ; on parle en anglais de uniform
boundedness principle.
D’abord, on remarque que chaque Vn est ouvert dans E. Fixons en effet n > 1. Pour
x0 ∈ Vn , il suffit de trouver un ouvert U0 tel que x0 ∈ U0 ⊂ Vn . Puisque
sup kϕ(x0 )kF > n,
ϕ∈Φ
il existe ϕ0 ∈ Φ telle que kϕ0 (x0 )kF > n ; mais la fonction x 7→ kϕ0 (x)kF est continue donc
l’ensemble
U0 = {x ∈ E : kϕ0 (x)kF > n
est ouvert dans E, et visiblement x0 ∈ U0 ⊂ Vn .
Ensuite, on remarque que l’un au moins des Vn n’est pas dense dans E : sinon, par le
T
théorème de Baire 1, l’intersection n>1 Vn serait non vide : il existerait donc x ∈ E tel
que supϕ∈Φ kϕ(x)kF = +∞, contrairement à l’hypothèse.
On prend donc N tel que VN n’est pas dense dans E. Le complémentaire de VN est
donc d’intérieur non vide : il contient une boule ouverte. Il existe donc a ∈ E et r > 0 tel
que : kxk 6 r ⇒ a + x 6∈ VN . Ainsi, pour toute ϕ ∈ Φ, on a kϕ(a + x)k 6 N dès que
kxk 6 r ; ce qui entraîne que pour toute ϕ ∈ Φ :
kϕ(x)k 6 kϕ(a + x)k + kϕ(a)k 6 2N
TS III.54 THÉORÈME DE BANACH-STEINHAUS § 3
2N
dès que dès que kxk 6 r ; autrement dit sup kϕ(x)k 6 . Ainsi, pour toute ϕ ∈ Φ, on
kxk 6 1 r
a:
2N
|||ϕ||| 6 ,
r
et donc sup |||ϕ||| < +∞.
ϕ∈Φ
Faisons tout d’abord quelques rappels sur les séries de Fourier. À toute fonction f :
R → R continue de période 2π, on associe ses coefficients de Fourier :
Z π
1
cn (f ) = f (x)e−inx dx (n ∈ Z)
2π −π
X
et sa série de Fourier : cn (f )einx .
n∈Z
Il est donc naturel de se demander s’il y a convergence simple de (Sn (f ))n>1 sur [−π; π]
pour toute fonction f : R → R continue de période 2π.
La suite des Sn (f )(x) étant non bornée, elle n’a évidemment pas de limite finie et en
particulier ne converge pas vers f (x).
Lemme 1. — On a :
Z π n
1 4 X1
kDn kL1 ([−π;π]) = |Dn (t)| dt > 2 ,
2π −π π k
k=1
et donc :
lim kDn kL1 ([−π;π]) = +∞.
n→∞
Ainsi, d’après le lemme 1, on a : sup |||ϕn ||| = +∞. En lisant le théorème de Banach-
n>1
Steinhaus à l’envers, on voit qu’il existe une fonction f ∈ E telle que
Exercice 1. — Il existe une notion de série de Fourier dans le cadre L1 : à toute fonction
intégrable f : [−π; π] → C on associe une série de Fourier. Montrer qu’il existe f ∈
L1 ([−π; π]) telle que la suite des Sn (f ) ne tende pas vers f en norme L1 quand n → ∞.
Indication : on pourra montrer que l’application linéaire Sn : f 7→ Sn (f ) a pour norme
kDn kL1 ([−π;π]) en tant qu’application de L1 ([−π; π]) dans lui-même.
Ainsi, la situation dans le cadre L1 est bien différente de celle dans le cadre L2 . In-
formation sans démonstration : pour tout p ∈]1; +∞[ et toute f ∈ Lp ([−π; π]), on a :
lim kSn (f ) − f kLp ([−π;π]) = 0.
n→∞
Rappelons aussi qu’en ce qui concerne les fonctions continues 2π-périodiques, la si-
tuation est meilleure si l’on s’intéresse à la convergence en moyenne de Cesaro, i.e. si l’on
remplace les sommes partielles de Fourier Sn (f ) par les sommes partielles de Fejer :
n
1 X
σn (f ) = Sk (f ),
n+1
k=0
ce qui revient à remplacer le noyau de Dirchlet, par une autre fonction (noyau de Fejer),
positive ou nulle cette fois. On sait en effet que la suite (σn (f ))n>1 converge uniformément
vers f sur [−π; π] (et sur R).
Exercice 2. — En supposant connu le théorème de Fejer, prouver que pour toute fonction
f ∈ L1 ([−π; π]) on a : lim kf − σn (f )kL1 ([−π;π]) = 0.
n→∞
donc
n
X k
kpn (f )k∞ = sup |pn (f )(x)| 6 kf k∞ sup |f ( ).
x∈[0;1] x∈[0;1] k=0 n
n
X
Ceci fournit déjà : |||pn ||| 6 sup |lkn (x)|, et il s’agit de prouver l’inégalité inverse.
x∈[0;1] k=0
n
X
Soit x0 un point de [0; 1] où la fonction x 7→ |lkn (x)| atteint son maximum sur [0; 1].
k=0
Choisissons f0 une fonction continue sur [0; 1] telle que kf k∞ = 1, et en outre telle que
f0 ( nk ) = signe (lkn (x0 )) c’est-à-dire que f0 (x) vaut 1, −1 ou 0 suivant que lkn (x0 ) est > 0,
< 0 ou = 0. Alors :
n
X n
X
|||pn ||| > kpn (f0 )k∞ > |pn (f0 )(x0 )| = |f (x0 )| = sup |f (x)|,
k=0 x∈[0;1] k=0
1 1 1 · 3 · · · · · (2n − 1) 1 1 (2n)! n!
n
= 2n 2
,
2 |2k − 1| k!(n − k)! 2 |2k − 1| (n!) k!(n − k)!
donc
n
1 (2n)! X k 1
Mn ( n ) = 2n 2
Cn .
2 2 (n!) |2k − 1|
k=0
Or :
n n n
Z 1 !
1 1
2n
Z Z
X 1 X 1 X
Ckn > k
Cn = Ckn x2k dx = 2
(1+x ) dx > (2x)n dx = .
|2k − 1| 2k + 1 0 0 0 n+1
k=0 k=0 k=0
TS III.58APPLICATION À LA NON-CONVERGENCE UNIFORME DE L’INTERPOLATION DE LAGRANGE§ 5
√ 1
D’après la formule de Stirling, on sait que n! ∼n→∞ 2πnn+ 2 e−n , donc cela fournit :
1
(2n)! 1 (2n)2n+ 2 1
2n 2
∼n→∞ √ 2n 2n+1
=√ .
2 (n!) π2 ·n πn
1 (2n)! 2n 1 2n
Ainsi : Mn ( ) > · , qui équivaut quand n → ∞ à √ , lequel tend bien
2n 22n (n!)2 n + 1 π n 32
vers +∞ quand n → ∞.
La linéarité de ϕ est une condition forte mais essentielle – s’en convaincre en dessinant
un graphe judicieux d’une fonction réelle d’une variable réelle. Il est essentiel aussi que
non seulement E, mais aussi F, soit complet. Par exemple, si E = `1 (N) muni de sa norme
kxk1 = ∞ 1
P
n=0 |xn | et F = ` (N) muni de la norme kxk∞ = maxn>0 |xn | pour x = (xn )n>0 ,
alors l’application identique de E sur F est continue, surjective, et même bijective, mais sa
réciproque ϕ−1 n’est pas continue : sinon, F serait complet comme E, ce qui n’est pas vu
que F est dense et strictement inclus dans `∞ (N).
chaque fois qu’une suite (xn )n>0 converge dans E, disons vers x, et que la suite image
(ϕ(xn ))n>0 converge dans F, disons vers y, alors la limite y = ϕ(x),
Ainsi le corollaire 2 énonce que pour qu’une application linéaire entre espaces de
Banach soit continue, il faut et il suffit que son graphe soit fermé (la partie « condition
nécessaire » est facile, par exemple par le critère séquentiel de continuité).
Bien entendu, ceci ne serait pas vrai si ϕ n’était pas linéaire. Par exemple, pour
E = F = R et ϕ(x) = x1 pour x 6= 0 et ϕ(0) = 0, le graphe de ϕ est fermé sans que la
fonction soit continue.
Exercice 1. — Soit X un ensemble et soit (E, k·k) un espace de Banach de fonctions définies
sur X. On suppose que la norme k·k vérifie :
lim kfn k = 0 =⇒ quel que soit x ∈ X, on a : lim fn (x) = 0.
n→∞ n→∞
Soit ϕ une fonction sur X telle que f ∈ E ⇒ ϕf ∈ E (on dit que ϕ est un multiplicateur de
E). Montrer que l’application f 7→ ϕf est continue pour la norme de E.
Le corollaire 1 est un moyen puissant pour démontrer que des espaces sont distincts ;
faisons-le comprendre à nouveau à propos d’un problème concernant les séries de Fourier.
Si f ∈ L1 ([−π; π], C), soit (cn (f ))n∈Z la suite de ses coefficients de Fourier :
Z π
1
cn (f ) = f (x)e−inx dx (n ∈ Z)
2π −π
Rappelons que lim cn (f ) = 0 ; c’est le lemme de Riemann-Lebesgue. Le problème est le
n→±∞
suivant :
Problème : Étant donnée une suite (an )n∈Z telle que lim an = 0, existe-t-il tou-
n→±∞
jours une fonction f ∈ L1 ([−π; π], C) telle qu’on ait cn (f ) = an pour tout n ∈ Z.
La réponse est négative. Pour le voir, notons c0 (Z) l’espace de Banach des suites
(an )n∈Z telles que lim an = 0, muni de la norme sup :
n→±∞
Les cn (DN ) valent tous 0 ou 1, donc k(cn (DN ))n∈Z k∞ = 1 pour tout n ∈ Z, alors qu’on a
vu au lemme 1 que
lim kDN kL1 ([−π;π]) = +∞.
N→∞
C’est évidemment en contradiction avec les inégalités (∗) pour les fonctions f = DN avec
n > 1.
Exercice 2. — Si f ∈ L1 (R, dx), sa transformée de Fourier
Z
fˆ(t) = f (x)e−itx dx
R
§ 6 THÉORÈME DE BANACH DE L’APPLICATION OUVERTE TS III.61
appartient à l’espace C0 (R) des fonctions continues sur R de limite 0 en ±∞. Montrer
qu’il existe des g ∈ C0 (R) qui ne sont pas des transformées de fonctions dans L1 (R, dx).
Preuve. Soit U (resp. V) l’ensemble des x ∈ E (resp. y ∈ F) tels que kxk < 1 (resp.
kyk < 1). Si A ⊂ E (resp. A ⊂ F) et si λ est un scalaire, on note λA l’ensemble des λx
pour x ∈ A.
– Première étape : il existe δ > 0 tel que pour tout y ∈ F et tout ε > 0, il existe x ∈ E
tel que kxk 6 1δ kyk et ky − ϕ(x)k 6 ε.
L’application ϕ étant surjective, l’espace complet F est la réunion de la suite de fermés
ϕ(kU) où k parcourt les entiers > 1. D’après le théorème de Baire 1 l’un au moins de ces
fermés est d’intérieur non vide. Donc il existe un entier k > 1, un point y0 dans F et un
nombre réel η > 0 tels que pour tout y ∈ F vérifiant kyk < η, on ait y0 +y ∈ ϕ(kU). Posons
η
δ = 2k . Par homothétie, on se ramène à vérifier l’assertion de la première étape pour les y
d’une sphère, par exemple ceux vérifiant kyk = η. Pour un tel y, il existe des suites (x0i )i > 1
et (x00i )i > 1 telles que lim ϕ(x0i ) = y0 et lim ϕ(x00i ) = y0 + y. Posons xi = x0i − x00i . Alors
i→∞ i→∞
kxi k < 2k = δ −1 kyk et lim ϕ(xi ) = y.
i→∞
– Quatrième étape : pour tout ouvert O de E, l’image ϕ(O) est ouverte dans F.
Soit y0 ∈ ϕ(O) et soit x0 ∈ E tel que ϕ(x0 ) = y0 . Puisque O est ouvert, il existe r > 0
tel que la boule x0 + rU soit contenue dans O. Alors, d’après la linéarité de ϕ, l’ensemble
ϕ(O) contient ϕ(x0 + rU) = y0 + rϕ(U). Donc, d’après la troisième étape, ϕ(O) contient
TS III.62 THÉORÈME DE BANACH DE L’APPLICATION OUVERTE § 6
la boule de centre y0 et de rayon rδ. Comme y était quelconque, ceci prouve que ϕ(O) est
un voisinage de tous ses points, donc est ouvert dans F.
chapitre iv
Algèbres de Banach
La théorie que nous allons présenter est récente (1941) et presque toute entière due
au mathématicien I. M. Gelfand. Dans un même moule, celui des algèbres de Banach, elle
regroupe des algèbres aussi différentes que :
• l’étude du spectre d’un élément x ∈ A, le fait fondamental étant qu’il n’est jamais
vide ;
• le théorème de Gelfand-Mazur ;
• l’holomorphie, sur l’ouvert complémentaire du spectre, de la fonction résolvante
λ 7→ (λe − x)−1 ;
• l’étude de l’exponentiation dans A.
Exercice 1. — Montrer que l’application multiplication d’une algèbre de Banach est conti-
nue.
La théorie axiomatise dans un seul moule structurel des exemples concrets très divers.
En voici quelques-uns.
Exemple 2. — Soit X un espace compact non vide et A = C (X) = C (X, C) l’algèbre des
fonctions continues à valeurs complexes sur X. Pour la norme uniforme k·k∞ donnée par
kf k∞ = supx∈X |f (x)|, et pour le produit (point par point) ordinaire donné par (f g)(x) =
f (x)g(x) pour tout x ∈ X, l’algèbre A est une algèbre de Banach commutative, qui a une
unité, à savoir la fonction constante égale à 1.
Exemple 4. — Soit Dm ([0; 1]) la sous-algèbre de C ([0; 1]) constituée des fonctions f qui
m
X 1 (j)
sont m fois dérivables. Pour la norme kf k = kf k, l’algèbre A est une algèbre de
j!
j=0
Banach commutative avec unité.
Exemple 6. — Soit A = `1 (Z) l’algèbre des suites x = (xXn )n∈Z de nombres complexes
indexées par les entiers relatifs. Pour la norme kxk1 = |xn |, et pour le produit de
n∈Z
convolution ∗ donné par :
X
(x ∗ y)n = xn−p yp ,
p∈Z
pour toutes suites x = (xn )n∈Z et y = (yn )n∈Z dans A et tout indice n ∈ Z, l’algèbre A
est une algèbre de Banach commutative. Elle admet une unité : la suite e0 qui vaut 1 en 0
et 0 ailleurs.
Exemple 7. — Soit E un espace de Banach non nul. On prend pour A l’algèbre L (E, E)
des applications linéaires continues (ou opérateurs bornés) ϕ de E dans E. Pour la norme
d’opérateur donnée par
|||ϕ||| = sup kϕ(x)kE ,
kxkE 6 1
et pour la multiplication donnée par la composition ◦, l’algèbre A est une algèbre de
Banach, avec pour unité l’application identique idE de E.
Exemple 8. — Munissons Cn d’une norme vectorielle k·k. Prenons A = Mn (C) l’algèbre
des matrices M = [mij ]1 6 i,j 6 n de taille n × n à coefficients complexes. Pour la norme
|||M||| = sup kMxk,
x∈Cn ,kxk=1
et pour le produit usuel des matrices, l’algèbre A est une algèbre de Banach, avec pour
unité la matrice identité In de taille n × n.
Toutes ces algèbres de Banach sont commutatives, sauf les deux derniers exemples.
Elles sont toutes avec unité sauf A = L1 (R).
Exemple 9. — Soit A une algèbre de Banach sans unité. On pose A
e = A×C avec la norme
k(x, λ)k = kxk + |λ| et le produit
(x, λ)(y, µ) = (xy + λx + µy, λµ).
Alors A
e est une algèbre de Banach, avec unité égale à (0A , 1) et dite déduite de A par
adjonction d’un élément neutre.
Exercice 2. — Vérifier que tous les exemples ci-dessus fournissent bien des algèbres de
Banach.
Notons dans toute la suite G le groupe des éléments inversibles de l’algèbre de Banach
A, supposée avec élément unité e dans toute la suite, sauf mention expresse du contraire.
Autrement dit, G est l’ensemble des x ∈ A tels qu’il existe y ∈ A pour lequel xy = yx = e
(auquel cas on notera y = x−1 par unicité de l’inverse). L’ensemble G est un groupe pour
TS IV.66 ÉTUDE DU GROUPE DES INVERSIBLES § 2
∞
X
Preuve. La série (−1)n y n converge absolument dans l’espace de Banach A car
n=0
∞
X ∞
X
n n
k(−1) y k 6 kykn et kyk < 1.
n=0 n=0
En effet, l’axiome de sous-multiplicativité de la norme implique ky n k 6 kykn par récur-
rence sur n. Posons
X∞ N
X
n n
s= (−1) y et sN = (−1)n y n
n=0 n=0
pour chaque entier n > 0. Alors
(e + y)sN = (e + y)(e − y + y 2 − y 3 + · · · + (−1)N y N )
= e + y − y + y 2 − y 2 + y 3 − y 3 + · · · + (−1)N y N + (−1)N y N+1
= e + (−1)N y N+1
= sN (e + y)
tend vers (e + y)s = e = s(e + y) quand N → ∞, et donc s = (e + y)−1 . De plus
X ∞
X
(e + y)−1 − e + y = (−1)n y n = y 2 (−1)k y k ,
n>2 k=0
donc
∞ ∞
X X kyk2
k(e + y)−1 − e + yk 6 ky 2 kk (−1)k y k k 6 kyk2 kykk = .
1 − kyk
k=0 k=0
Passons maintenant à l’énoncé général. On a :
β
kx−1 hk 6 kx−1 kkhk = ,
α
donc d’après ce qu’on vient de faire e + x−1 h est inversible. Par suite x + h = x(e + x−1 h)
est inversible comme produit de deux inversibles et (x + h)−1 = (e + x−1 h)−1 x−1 . Faisons
y = x−1 h dans l’inégalité qui précède :
kx−1 hk2
k(e + x−1 h)−1 − e + x−1 hk 6 .
1 − kx−1 hk
§ 2 ÉTUDE DU GROUPE DES INVERSIBLES TS IV.67
En multipliant par x−1 l’argument de la norme du membre de gauche, il vient par sous-
multiplicativité :
kx−1 kkx−1 hk2
k(x + h)−1 − x−1 + x−1 hx−1 k 6 1−kx−1 hk
kx−1 k3 khk2
6 1−kx−1 kkhk
β2
= β
α3 (1− α )
β 2
= α2 (α−β)
,
Preuve. L’énoncé général du théorème précédent dit que si x−1 ∈ G, et si α = kx−1 k−1 ,
la boule ouverte de centre x−1 et de rayon α est incluse dans G. De plus, l’inégalité de ce
même énoncé précise que dès que khk = β < α2 , on a :
2
k(x + h)−1 − x−1 + x−1 hx−1 k 6 khk2 ,
α3
ce qui vérifie l’assertion sur la différentielle.
On notera que l’assertion sur la différentielle est une géralisation du fait que la dérivée
dans C× de la fonction z 7→ z1 est z 7→ −1
z2
.
Exercice 1. — 1. Montrer que, dans Mn (C), toute matrice est limite d’une suite de
matrices inversibles ; autrement dit, que G = GLn (C) est dense dans A = Mn (C).
On va voir que ce fait ne subsiste pas en dimension infinie.
2. Soit en effet `2 (N) l’espace des suites complexes x = (xn )n>0 de carré intégrable,
X∞
|xn |2 < +∞. On note A = L `2 (N), `2 (N) . Soit S l’opérateur
i.e. telles que kxk =
n=0
de décalage, « shift » en bon français, défini par :
S(x0 , x1 , s2 , . . . , xn , . . . ) = (0, x0 , x1 , s2 , . . . , xn , . . . ).
– Remarquer que S est isométrique, mais non surjectif, donc n’est pas inversible
dans l’algèbre de Banach A.
– Par l’absurde, montrer que S n’est pas limite dans A d’une suite (Tn )n>0 d’opé-
rateurs bornés inversibles. Indication : montrer que la suite (|||T|||n )n>0 n’est pas bornée
et en déduire qu’il existerait une suite (Un )n>0 dans A telle que |||U|||n = 1 pour tout
n > 0 et lim |||SUn ||| = 0.
n→∞
TS IV.68 ÉTUDE DU GROUPE DES INVERSIBLES § 2
Définition 1. — On appelle spectre de x (dans A), et l’on note sp(x) ou spA (x), l’en-
semble des λ ∈ C tels que x − λe n’est pas inversible dans A.
Ainsi sp(x) est une partie de C. Par exemple, le spectre d’une matrice M dans Mn (C)
est l’ensemble (fini) de ses valeurs propres complexes. Le spectre d’une fonction f ∈ C (X)
est l’ensemble f (X) des valeurs prises par f .
λ 7→ f (λ) = ϕ (x − λe)−1
est holomorphe dans l’ouvert C − spA (x). De plus, la fonction λ 7→ λf (λ) est bornée quand
|λ| → ∞.
Preuve. Soit Ω l’ouvert C − spA (x) et soit λ ∈ Ω fixé. Pour µ ∈ C, assez proche de λ
pour qu’on ait :
1
µ ∈ Ω et |λ − µ| < k(x − λe)−1 k,
2
§ 3 SPECTRE D’UN ÉLÉMENT TS IV.69
Preuve. On procède par l’absurde, en supposant spA (x) vide. Alors f serait holo-
morphe sur C tout entier (autrement dit, f serait une fonction entière) et bornée (car
λ 7→ λf (λ) est bornée à l’infini). D’après le théorème de Liouville, ces deux proprié-
tés imposent à f d’être constante sur C, et même nulle (à nouveau car λ 7→ λf (λ) est
bornée à l’infini). Or, soit λ0 fixé dans C. Comme spA (x) = ∅, on dispose de l’inverse
(x − λ0 e)−1 , qui est un vecteur non nul de A. Par Hahn-Banch, il existe ϕ ∈ A0 telle que
ϕ λ(x − λ0 e)−1 6= 0. Pour une telle forme linéaire continue ϕ, la fonction holomorphe
associée comme ci-dessus serait non nulle, ce qui est une contradiction.
Corollaire 2 (Gelfand-Mazur). — Si l’anneau A est un corps, alors A = Ce ; autrement
dit A est isomorphe au corps des nombres complexes.
Preuve. Il s’agit de voir que pour tout x ∈ A, il existe λ ∈ C tel que x = λe. Sinon,
on aurait (x − λe) 6= 0 pour tout λ ∈ C et donc x − λe serait inversible puisque A est
supposé être un corps : contradiction avec le fait que spA (x) 6= ∅.
Nous passons maintenant à quelques énoncés qui facilitent les calculs de spectre.
Plus généralement, si Q est un second polynôme à coefficients complexes, tel que Q(x) est
P
inversible dans A, alors en notant R la fraction rationnelle Q et R(x) = P(x)Q(x)−1 =
Q(x)−1 P(x), on a :
0 6∈ Q (spA (x)) et spA (R(x)) = R (spA (x)) .
Preuve. Si P est constant c’est vrai car spA (λe) = {λ}. On suppose désormais que P
est non constant. Soit µ ∈ C. On écrit :
P(X) − µ = αn (X − λ1 )(X − λ2 ) . . . (X − λn ),
où αn ∈ C× et où les λi dépendent de µ. L’image réciproque par P de µ est P−1 ({µ}) =
{λ1 ; λ2 ; . . . λn }, et l’on a : P(x) − µ = αn (x − λ1 e)(x − λ2 e) . . . (x − λn e). Cette dernière
égalité, et le fait que les facteurs commutent, permet de voir que P(x) − µ est inversible si,
et seulement si, chaque facteur x − λi e l’est. Ainsi :
µ ∈ spA (P(x)) ⇐⇒ λi ∈ spA (x) pour au moins un indice i ∈ {1; 2; . . . n}
⇐⇒ spA (x) ∩ P−1 ({µ}) 6= ∅
⇐⇒ µ ∈ P (spA (x)) ,
ce qui prouve la première assertion.
Passons maintenant au cas général. Remarquons d’abord que PQ = QP, et donc que
P(x)Q(x) = Q(x)P(x), ce qui permet d’écrire aussi P(x)Q(x)−1 = Q(x)−1 P(x) en multi-
pliant à gauche et à droite par Q(x)−1 l’égalité précédente. On note R(x) = P(x)Q(x)−1 =
Q(x)−1 P(x). Puisque Q(x) est inversible, on a bien sûr 0 6∈ spA (Q(x)) = Q (spA (x)). Il
reste donc à prouver la dernière formule spA (R(x)) = R (spA (x)). Soit µ ∈ C. Posons
R − µ = S = PQ1 où P1 = P − µQ. Alors on a les équivalences logiques suivantes :
Preuve. En effet, en prenant R(X) = X1 dans le théorème qui précède, on obtient que
spA (x−1 ) = spA (x)−1 . Mais spA (x) est contenu dans le disque {|λ| 6 1} car kxk = 1, et
1 −1 −1
sp (x) = spA (x ) est aussi contenu dans ce disque car kx k = 1.
A
Exercice 3. — (suite de l’Exercice 2). Soient c0 , c1 , . . . ck des nombres complexes tels que
P(λ) = c0 +c1 λ+c2 λ2 +. . . ck λk soit non nul pour λ sur le cercle unité. Montrer que l’élément
x = (xn )n∈Z ∈ `1 (Z) tel que xi = ci pour i ∈ {0; 1; 2; . . . k} et xi = 0 ailleurs, est inversible
dans `1 (Z). Calculer l’inverse de x pour les choix c0 = −24, c1 = 26, c2 = −9 et c3 = 1
(avec k = 3). Indication : on remarquera que le polynôme P(λ) = −24 + 26λ − 9λ2 + λ3 a
1
pour racine évidente 2, et on décomposera la fraction rationnelle P(X) en éléments simples.
§ 4 FORMULE DU RAYON SPECTRAL TS IV.71
Preuve. Le point (iii) est une conséquence immédiate de (i) et (ii), car alors l’ensemble
spB (x) est égal à sa frontière. Le point (i) est évident car si x − λe est inversible dans B,
il l’est dans A.
Prouvons le point (ii). Soit λ0 ∈ Fr (spB (x)). On a en particulier λ0 ∈ spB (x) puisque
les spectres sont des ensembles fermés. Il existe dans C une suite (λn )n>0 de limite λ0 et
telle qu’aucun λn ne soit dans spB (x). Pour tout n > 1, l’inverse (x − λe)−1 existe dans B,
donc a fortiori dans A. Supposons que x − λ0 e ait un inverse dans A ; alors par continuité
des opérations dans A, la suite des éléments (x − λn e)−1 de B convergerait dans A vers
(x − λ0 e)−1 . Puisque B est supposée fermée, cela impliquerait que (x − λ0 e)−1 ∈ B, en
contradiction avec λ0 ∈ spB (x).
Soit R = R t {+∞} t {−∞} la droite achevée. Soit (un )n>0 une suite de R. On pose :
lim sup un = lim (sup up ) = inf sup up
n→∞ p→∞ n > p p>0n>p
et
lim inf un = lim ( inf up ) = sup inf up .
n→∞ p→∞ n > p p>0n>p
Revenons maintenant aux algèbres de Banach. Soit A une telle algèbre avec unité e.
Définition 1. — Si x ∈ A, on pose :
C’est le rayon du plus petit disque fermé de C centré à l’origine et contenant le compact
spA (x). On a vu à la Proposition 1 que
%(x) 6 kxk,
On peut voir sur les Exemples 6, 7 et 8 que la formule n’est nullement évidente. La
démonstration ci-après, dans le cas général, est assez délicate. Cependant dans le cas de
l’algèbre des matrices Mn (C) une démonstration élémentaire est proposée plus loin en
exercice.
Preuve. D’après le théorème 2, pour tout λ ∈ C, on a λn ∈ spA (xn ), donc |λn | 6 kxn k.
1
Ceci implique |λ| 6 kxn k n , et donc :
1
kλk 6 lim inf kxn k n .
n→∞
1
En passant au supλ∈spA (x) , on obtient : %(x) 6 lim inf n→∞ kxn k n .
est holomorphe dans le complémentaire de spA (x), donc a fortiori dans l’ensemble {|λ| >
kxk}. Pour |λ| > kxk, en appliquant ϕ aux deux membres de l’égalité (∗), on obtient le
développement en série de Laurent :
∞
X ϕ(xn )
f (λ) = − .
λn+1
n=0
§ 5 CALCUL FONCTIONNEL HOLOMORPHE TS IV.73
est une forme linéaire en ϕ, continue sur A0 . Donc il existe un élément et un seul I ∈ A00
tel que Z
I (ϕ) = hf (λ)|ϕi dλ
γ
pour tout ϕ ∈ A0 .En fait, cet élément est dans A, ce qui est mieux que A00 ; nous admettrons
ce fait, qui est une conséquence du théorème selon lequel l’enveloppe convexe fermée d’un
compact est compacte. On pose :
Z~
I = f (λ) dλ.
γ
Z~
Ainsi l’intégrale vectorielle f (λ) dλ est l’unique élément de A tel que
γ
Z~ Z
h f (λ) dλ|ϕi = hf (λ)|ϕi dλ
γ γ
Soit F un ensemble fermé dans C. Nous noterons H (F) l’ensemble des fonctions f ,
à valeurs complexes, définies et holomorphes dans un ouvert Uf (dépendant de f ) qui
contient F.
Soit A une algèbre de Banach avec élément neutre e. Soit x ∈ A. On sait déjà définir
P(x), élément de A, pour tout polynôme P à coefficients complexes ; si
P(λ) = a0 + a1 λ + a2 λ2 + · · · + an λn ,
on pose :
P(x) = a0 e + a1 x + a2 x2 + · · · + an xn .
On voit aussi comment définir f (x), élément de A, pour certaines fonctions de variable
complexe. Par exemple, pour
λ λ2 λn
f (λ) = exp(λ) = 1 + + + ··· + + ...,
1! 2! n!
on pose
x x2 xn
f (x) = exp(x) = e +
+ + ··· + + ...,
1! 2! n!
en remarquant que la série converge absolument, donc converge, dans l’espace de Banach
∞ ∞
X kxn k X kxkn
A, vu que : 6 = ekxk < +∞.
n! n!
n=0 n=0
Plus généralement, si f (λ) est une fonction entière (i.e. holomorphe sur C tout entier),
de la variable complexe λ ;
f 0 (0) f (2) (0) 2 f (n) (0) n
f (λ) = f (0) + λ+ λ + ··· + λ + ...
1! 2! n!
on peut poser
f 0 (0) f (2) (0) 2 f (n) (0) n
f (x) = f (0)e + x+ x + ··· + x + ...
1! 2! n!
car cette série converge absolument, donc converge, dans A.
Tout d’abord 1 et λ sont holomorphes dans C tout entier. On peut prendre pour γ un
cercle de rayon assez grand pour que, si λ ∈ γ, on ait :
(λe − x)−1 = λ−1 e + λ−2 x + · · · + λ−n−1 xn + . . .
où la série converge absolument dans A. Alors, en utilisant les formules
Z
1 dλ
= 0 si k 6= 0 et vaut 1 si k = 1,
2πi γ λk
on voit que pour f (λ) = 1, on a :
1 ~
Z Z
−1 −2 −n−1 n 1 dλ
f (x) = (λ e + λ x + · · · + λ x + . . . ) dλ = e = e,
2πi γ 2πi γ λ
et pour f (λ) = λ, on a :
1 ~
Z Z
−1 −2 −n−1 n 1 dλ
f (x) = (λ e + λ x + · · · + λ x + . . . ) dλ = x = x,
2πi γ 2πi γ λ
La linéarité de l’application est évidente ; travaillons sur la multiplicativité et donnons-nous
f1 et f2 dans H (sp(x)). On a :
1 ~ 1 ~
Z Z
−1
f1 (x) = (λe − x) f1 (λ) dλ et f2 (x) = (λe − x)−1 f2 (λ) dλ,
2πi γ 2πi γ
§ 5 CALCUL FONCTIONNEL HOLOMORPHE TS IV.77
l’élément f (µ)e − f (x) n’est pas inversible puisque (µe − x) ne l’est pas.
(∗) f (x) = a0 e + a1 x + a2 x2 + · · · + an xn + . . .
En effet, la série converge absolument dans {kxk < R}, donc le second membre a un sens ;
si on pose
fn (λ) = a0 + a1 λ + a2 λ2 + · · · + an λn ,
R + kxk
les fn convergent vers f (λ) uniformément dans U = {|λ| < r avec r = , donc on
2
a U ⊃ sp(x). Par conséquent les
fn (x) = a0 e + a1 x + a2 x2 + · · · + an xn
converge dans A vers f (x), d’où (∗) d’après le (ii) du théorème qui précède. Par exemple
∞
xn 1 ~
X Z
exp(x) = = (λe − x)−1 eλ dλ
n! 2iπ γ
n=0
si γ est un cercle de rayon assez grand pour englober sp(x) en son intérieur : les deux
définitions de l’exponentielle coïncident.
Exercice 1. — Commencer par relire l’exercice 3. En déduire que si x est un élément d’une
algèbre de Banach avec neutre e, on a :
x n
lim e + = exp(x).
n→∞ n
§ 6 THÉORÈME DE SHILOV SUR LA DÉCOMPOSITION DES OPÉRATEURS TS IV.79
et donc Tx ∈ E1 (on rappelle que les éléments f (T) commutent entre eux). On peut donc
parler des restrictions T|Xi . Introduisons aussi
T1 = TE1 = E1 T et T2 = TE2 = E2 T ;
ce sont des éléments de L (X). L’opérateur T1 coïncide avec avec T|X1 sur X1 et vaut 0
sur X2 . D’autre part
1 ~
Z
T1 = λe1 (λ)(λidX − T)−1 dλ,
2πi γ=γ1 tγ2
donc, vu que e1 (λ) = 0 sur γ2 et vaut 1 sur γ1 ,
1 ~
Z
T1 = λ(λidX − T)−1 dλ,
2πi γ1
puis, quel que soit µ fixé dans C,
1 ~
Z
T1 − µE1 = (λ − µ)(λidX − T)−1 dλ.
2πi γ1
Supposons µ extérieur à la courbe γ1 ; par calcul fonctionnel holomorphe définissons l’opé-
rateur dans X
1 ~
Z
1
Qµ = (λidX − T)−1 dλ.
2πi γ1 (λ − µ)
On a clairement Qµ = E1 Qµ = Qµ E1 , donc X1 est stable par Qµ . De plus
1 ~ 1 ~
Z Z
1 −1
(T1 −µE1 )Qµ = (λ−µ) (λidX −T) dλ = e1 (λ)(λidX −T)−1 dλ = E1 .
2πi γ1 (λ − µ) 2πi γ1
En restreignant l’égalité (T1 − µE1 )Qµ = E1 aux vecteurs de X1 , on voit que l’on a prouvé
que (T − µidX )|X1 est inversible dans L (X1 ), ayant pour inverse Qµ |X1 ; ceci est valable
quel que soit µ 6∈ S1 , car on peut choisir γ1 laissant µ à l’extérieur. Ainsi est prouvé que
spL (X1 ) (T|X1 ) ⊂ S1 et spL (X2 ) (T|X2 ) ⊂ S2 .
Reste à voir que, par exemple, tout λ0 ∈ S1 est un point du spectre dans L (X1 ) de T|X1 .
On vient de voir que (T − λ0 idX )|X2 est inversible dans L (X2 ), car λ0 est extérieur à γ2 .
Donc il existe Q2 ∈ L (X2 ) tel que
(T − λ0 idX )Q2 y = y pour tout y ∈ X2 .
Si, par l’absurde, (T − λ0 idX )|X1 était inversible, il existerait un opérateur Q1 ∈ L (X1 )
tel que
(T − λ0 idX )Q1 y = y pour tout y ∈ X1 .
En posant Q = Q1 sur X1 et Q = Q2 sur X2 , on obtiendrait un opérateur Q ∈ L (X) tel que
(T − λ0 idX )Q = idX dans X tout entier. C’est absurde, car λ0 ∈ S1 , donc λ0 ∈ spL (X) (T).
Exercice 1. — Soit A une algèbre de Banach avec unité. Soit U un ouvert de C. Soit
Ω = {x ∈ A : spA (x) ⊂ U}. Montrer que Ω est ouvert dans A, et que si f est une fonction
holomorphe dans U, alors l’application x 7→ f (x) de Ω dans l’espace de Banach A est
différentiable.
§ 7 FONCTION EXPONENTIELLE TS IV.81
§ 7. FONCTION EXPONENTIELLE
C’est l’occasion de reprendre ce thème très classique dans un contexte nouveau. Plus
qu’une partie de cours ce pourrait être un travail dirigé. Aussi le lecteur est invité à essayer
de trouver et de rédiger par lui-même, avant de les lire dans le texte, les démonstrations
des énoncés ci-après.
alors
∞
X
exp(x) exp(y) = wn
n=0
où l’on a :
X 1 X n! p q 1
wn = up vq = x y = (x + y)n
p+q=n
n! p+q=n p!q! n!
pour tout n > 0.
0 1 0 0
Exercice 1. — Soient A ∈ M2 (C), x = et y = . Calculer exp(x), exp(y),
0 0 1 0
exp(x + y) et constater que exp(x) exp(y) 6= exp(x + y).
Un substitut à la Proposition 2, quand x et y ne commutent pas, est la :
Proposition 3. — Pour tous x et y dans A, on a la formule :
x y n
exp(x + y) = lim exp( ) exp( ) .
n→∞ n n
Preuve. Pour n > k, posons :
n
x + y n X n(n − 1) · · · (n − p + 1) (x + y)p
un = (e + ) = ,
n np p!
p=0
k
X n(n − 1) · · · (n − p + 1) (x + y)p
sn,k =
np p!
p=0
et
n
X n(n − 1) · · · (n − p + 1) (x + y)p
rn,k = .
np p!
p=k+1
D’autre part,
x y 1 1
zn = exp( ) exp( ) = e + (x + y) + 2 wn ,
n n n n
où wn reste borné quand n varie. Donc, pour n > k, on a :
n wn p
wn n X n(n − 1) · · · (n − p + 1) x + y +
n 1 n
(zn ) = e + (x + y + ) = ,
n n np p!
p=0
k wn p
X n(n − 1) · · · (n − p + 1) x + y + n
σn,k =
np p!
p=0
et
n wn p
X n(n − 1) · · · (n − p + 1) x + y + n
%n,k = .
np p!
p=k+1
On peut fixer un rang k assez grand pour que pour tout n > k on ait :
ε
(1) krn,k k 6
3
et
ε
(2) k%n,k k 6
3
§ 7 FONCTION EXPONENTIELLE TS IV.83
L’indice k étant désormais fixé, choisissons N > k tel que pour tout n > N on ait :
ε
(3) ksn,k − σn,k k 6 .
3
C’est possible car, à k fixé pour les p en nombre fini tels que 0 6 p 6 k, on a :
n(n − 1) · · · (n − p + 1) 1
lim = 0 et lim wn = 0,
n→∞ np n→∞ n
donc
n(n − 1) · · · (n − p + 1) (x + y)p − (x + y + n1 wn )p
lim = 0.
n→∞ np p!
La combinaison de (1), (2) et (3) montre que lim (un − (zn )n ) = 0, et comme on sait
n→∞
depuis l’Exercice 1 que lim un = exp(x + y), on obtient que les deux membres de l’égalité
n→∞
dans l’énoncé valent tous les deux lim (zn )n .
n→∞
Il est bon de relire pour la suite l’Exercice 15 du Chapitre II. Si x ∈ A vérifie kx−ek <
1, on pose
X (e − x)m
log(x) = − ,
m
m>1
ce qui a un sens et définit un élément de A, car la série est absolument convergente, vu que
X (e − x)m X ke − xkm
k− k 6 = − log(1 − ke − xk) < +∞.
m m
m>1 m>1
Par définition de log(x), la suite fn (x) tend vers log(x) dans A quand n → ∞, donc par
continuité la suite des efn (x) tend vers elog(x) dans A quand n → ∞. Mais, d’autre part,
exp (fn (x)) n’est autre que l’image dans A, par le calcul fonctionnel holomorphe, de la
fonction efn (z) : la vérification rigoureuse de ceci consiste à se convaincre d’abord que, à k
k
fixé, la fonction ez donne exp(xk ) dans le calcul fonctionnel holomorphe, ce qui est clair
sur la série exponentielle. Mais, par ailleurs, efn (z) tend vers z dans l’espace H (sp(x)).
Donc exp (fn (x)) tend dans A d’une part vers x et, d’autre part comme on l’a vu, vers
exp (log(x)). Ainsi exp (log(x)) = x.
Preuve. Le sous-ensemble exp A est même connexe par arcs, car pour tout x = exp(y),
le chemin continu t 7→ exp(ty) (0 6 t 6 1) relie e à x.
Un espace métrique est dit connexe s’il n’est pas réunion de deux ouverts disjoints non
vides. Une partie C d’un espace métrique E est dite connexe si le sous-espace métrique C
de E est connexe, c’est-à-dire si les hypothèses :
U1 et U2 ouverts de E, U1 ∩ C 6= ∅, U2 ∩ C 6= ∅ et C ⊂ U1 ∪ U2
entraînent que C ∩ U1 ∩ U2 6= ∅.
Si C est connexe, alors C est connexe, et toute image continue de C est connexe. Si
T S
(Cλ )λ∈Λ est une famille de parties connexes de E telle que λ∈Λ Cλ 6= ∅, alors λ∈Λ Cλ 6=
∅ est connexe.
Suposons maintenant que E (qu’on notera plutôt G) soit un groupe topologique, ce qui
signifie que sont continues les applications (x, y) 7→ xy de G × G dans G et x 7→ x−1 de G
dans G. C’est le cas pour le groupe G des inversibles d’une algèbre de Banach A.
§ 7 FONCTION EXPONENTIELLE TS IV.85
Preuve. Si x ∈ G◦ , alors x−1 G◦ est connexe, comme image continue (par la mul-
tiplication à droite par x−1 ) du connexe G◦ , et contient e, donc x−1 G◦ ⊂ G◦ pour tout
x ∈ G◦ . Par conséquent, G◦ est un sous-groupe de G ; il est fermé comme toute composante
connexe. Si a ∈ G, alors a−1 G◦ a est connexe, comme image continue (par la conjugaison
par a−1 ) du connexe G◦ , et contient e, donc a−1 G◦ a ⊂ G◦ pour tout a ∈ G. Ainsi G◦ est-il
distingué dans G.
Théorème 1. — Soit A une algèbre de Banach avec unité, notée e. Soit G le groupe de
ses éléments inversibles. Soit G◦ la composante connexe de e dans G. Alors les assertions
suivantes sont satisfaites.
(i) Le sous-groupe G◦ est engendré par exp A ;
(ii) Si A est commutative, alors G◦ = exp A.
où Vn est l’ensemble des produits de n éléments de V ; ceci découle du fait que V est
symétrique (i.e. V−1 = V). Bref, hVi est l’ensemble des produits finis d’éléments de V.
Exemple 1. — Sachant que le groupe GLn (C) des matrices n × n complexes inversibles
est connexe, on obtient que toute matrice n × n complexe de déterminant 6= 0 est produit
d’un nombre fini de matrices exponentielles.
§ 8. TRANSFORMATION DE GELFAND
Dans tout ce paragraphe, A désigne une algèbre de Banach commutative avec unité,
notée e. En particulier, A est un anneau commutatif ; à ce titre, A a des idéaux, et en
particulier des idéaux maximaux. Nous allons étudier l’ensemble MA des idéaux maximaux
de A.
Mais d’autre part A est un espace de Banach, pour lequel on connaît déjà l’importance
du dual A0 , ensemble des formes linéaires continues sur A ; là encore, si on veut tenir
compte de l’existence d’un produit sur A, on est amené à faire jouer un rôle privilégié
aux f ∈ A0 , non identiquement nulles, qui sont de plus multiplicatives, c’est-à-dire telles
que f (xy) = f (x)f (y) pour tous x et y dans A. Ces formes multiplicatives continues sont
appelés les caractères de A . Nous allons étudier l’ensemble A
b des caractères de A.
Il y a une bijection naturelle entre MA et A,b chaque idéal maximal étant le noyau
d’un caractère ; réciproquement, le noyau de tout caractère est un idéal maximal de A.
Arrêtons-nous un peu sur le cas particulier des algèbres de fonctions complexes conti-
nues sur un compact X.
Soit C = C (X) l’algèbre de Banach des fonctions continues à valeurs complexes sur un
espace compact X, munie de la norme k·k∞ de la convergence uniforme. Pour tout x0 ∈ X
fixé, l’évaluation en x0 :
χx0 : f 7→ f (x0 )
est évidemment un caractère de C ; l’idéal maximal correspondant est
Mx0 = Ker(χx0 ) = {f ∈ C (X) : f (x0 ) = 0}.
Montrons qu’il n’y a pas d’autres idéaux maximaux dans C (X) que les Mx quand x parcourt
X. Autrement dit que X s’identifie au spectre de Gelfand de C (X). Ceci résulte du
Lemme 1. — Soit I un idéal propre de C (X). Alors il existe au moins un point x0 ∈ X tel
que toutes les fonctions f ∈ I s’annulent en ce point x0 .
Preuve. Supposons le contraire afin d’aboutir à une contradiction. Alors pour tout
y ∈ X il existe fy ∈ I non nulle en y et donc par continuité non nulle sur un ouvert Uy
autour de y. On pose gy = |fy | = fy f y : c’est une fonction de I car fy ∈ I et I est un idéal.
Ainsi, pour tout y ∈ X il existe une fonction de I qui est > 0 sur X tout entier et > 0 sur
un ouvert Uy de X contenant y. Par compacité on en déduit une suite finie y1 , y2 , . . . yp ∈ X
telle que X = Uy1 ∪ Uy2 ∪ · · · ∪ Uyp . La fonction g = gy1 + gy2 + · · · + gyp serait dans I et
> 0 sur X tout entier, donc inversible : c’est exclu car I est propre dans C (X).
Si M est un idéal maximal de C (X), donc propre, pour le point x0 venant du lemme
appliqué à I = M on aura M ⊂ Mx0 , et donc l’égalité par maximalité de M.
Exercice 1. — On va déterminer tous les idéaux fermés de C (X). Soit E un fermé de X.
On introduit les idéaux :
IE = {f ∈ C (X) : f (x) = 0 pour tout x ∈ E}
et
JE = {f ∈ C (X) : il existe un ouvert Uf ⊃ E tel que f (x) = 0 pour tout x ∈ Uf }.
1. Montrer que JE est l’adhérence de IE dans C (X). Indication : penser au Théorème
d’Urysohn en considérant les fermés Y1 = {x : |f (x)| > n2 } et Y2 = {x : |f (x)| < n1 }.
2. Soit I un idéal propre de C (X) et soit
E = {x ∈ X : f (x) = 0 pour toute f ∈ I}.
Montrer que
JE ⊂ I ⊂ IE .
Indication : si f ∈ JE , soit Y le complémentaire de Uf dans X. Montrer qu’il existe une
g ∈ I qui est strictement positive sur Y, puis en prolongeant g1 de Y à X par le Théorème
d’Urysohn, montrer qu’il existe une u ∈ I qui est identiquement égale à 1 sur Y.
3. En déduire que les idéaux fermés de C (X) sont exactement les idéaux IE comme
ci-dessus, quand E parcourt l’ensemble des fermés de X.
4. Tout idéal fermé de C (X) est l’intersection des idéaux maximaux qui le contiennent.
§ 8 TRANSFORMATION DE GELFAND TS IV.89
Exercice 2. — Soit A = Dm ([0; 1]) l’algèbre de Banach définie dans l’Exercice 4. Montrer
que les idéaux maximaux de A sont, ici encore, les noyaux des évaluations aux points de
[0; 1], mais qu’il y a plusieurs idéaux fermés distincts à être contenus dans un seul idéal
maximal donné.
Reprenons la théorie générale des algèbres de Banach commutatives. On ne fait pas de
l’ensemble A,
b spectre de Gelfand de A, un espace métrique, mais constatant que c’est une
partie de la boule unité du dual A0 , on munit A0 de la topologie faible de dualité avec A : par
définition, on dit que les χi ∈ A
b tendent vers χ quand i → ∞ si limi→∞ χi (a) = χ(a) pour
tout a ∈ A. L’ensemble A b devient alors, pour cette notion de limite, un espace topologique
(non métrique en général) compact.
et
sp(x) = {G x(χ) : χ ∈ A}.
b
Le spectre de x est donc l’ensemble des valeurs prises par la transformée de Gelfand
G x. Il en résulte le
Théorème 2. — Pour que x soit inversible dans A, il faut et il suffit que sa transformée
de Gelfand G x ne s’annule pas dans A.
b
Tout ce que nous avons vu montre aussi que la transformée de Gelfand x 7→ G x est un
homomorphisme continu de l’algèbre de Banach A dans l’algèbre de Banach C (A)b normée
par k·k∞ . En particulier, on a la formule fondamentale :
G (xy) = (G x)(G y),
qui généralise le fait que la transformation de Fourier transforme le produit de convolution
en le produit ponctuel ordinaire. En effet, on a :
G (xy) = χ(xy) = χ(x)χ(y) = G xG y.
1
Si x est inversible dans A, on a G (x−1 ) = .
Gx
TS IV.90 TRANSFORMATION DE GELFAND § 8
§ 9. THÉORÈME DE WIENER
Reprenons l’algèbre `1 (Z) munie du produit de convolution. C’est l’algèbre des suites
P
x = (xn )n∈Z de nombres complexes, telles que n∈Z |xn | < +∞, munie du produit de
convolution :
X
x ∗ y = (x ∗ y)n où (x ∗ y)n = xn−p yp pour tout n ∈ Z
p∈Z
Dans des exercices précédents, nous avons commencé à étudier cette algèbre de Banach
commutative ; résumons ce que nous en savons déjà.
Pour tout k ∈ Z, on définit une suite ek par (ek )n = 1 si n = k et 0 sinon. Alors on
a eh ∗ ek = eh+k pour tous h, k ∈ Z, donc (e1 )n = en pour tout n ∈ Z et e0 est l’élément
neutre de A.
Si x = (xn )n∈Z ∈ `1 (Z), la série n∈Z xn en = n∈Z xn (e1 )n converge (absolument)
P P
au sens de la norme `1 ci-dessus. De plus, nous savons que le spectre de l’élément e1 dans
`1 (Z) est le cercle unité du plan complexe :
sp(e1 ) = T = {λ ∈ C : |λ| = 1} = {eiθ : θ ∈ R}.
On va voir que le spectre de Gelfand de `1 (Z) s’identifie à T.
§ 9 THÉORÈME DE WIENER TS IV.91
ce qui a un sens, car la série converge (absolument) dans C. Il est clair que x 7→ χeiθ (x) est
une forme linéaire non nulle sur `1 (Z), car χeiθ (e0 ) = 1. Vérifions que c’est un caractère,
c’est-à-dire qu’elle est multiplicative sur A. Si x ∈ A et y ∈ A, on a :
P P
∞ ipθ ∞ iqθ
P i(p+q)θ
χeiθ (x)χeiθ (y) = p=−∞ px e q=−∞ qy e = p,q∈Z xp yq e
inθ inθ ,
P P P
= n∈Z p+q=n xp yq e = n∈Z (x ∗ y)n e
ce qui vaut encore χeiθ (x ∗ y) ; dans les calculs qui précèdent, on a pu regrouper les termes
selon les n = p + q, vu le théorème sur la multiplication de Cauchy des séries absolument
convergentes.
Ainsi tout χeiθ est un caractère de `1 (Z) ; montrons qu’il n’y en a pas d’autres. Soit
χ ∈ A.b Cherchons eiθ tel que χ = χeiθ . La valeur candidate de eiθ se trouve au moyen
de e1 . Plus précisément, puisque e−1 = (e1 )−1 on a χ(e1 )χ(e−1 ) = 1 avec |χ(e1 )| 6 1 et
|χ(e−1 )| 6 1 car ke1 k = ke−1 k = 1, et donc |χ(e1 )| = 1 (ce qui résulte aussi du fait que
sp(e1 ) = T). On peut donc écrire χ(e1 ) = eiθ puis, par multiplicativité : χ(e−1 ) = e−iθ et
χ(en ) = einθ pour tout n ∈ Z. On peut maintenant comparer χ et χeiθ : ces deux caractères
coïncident sur chaque en (n ∈ Z), donc par linéarité sur toutes les combinaisons linéaires
finies N n
P
n=−N xn (e1 ) ; donc par passage à la limite quand N → ∞, on a : χ(x) = χeiθ (x)
pour tout x ∈ `1 (Z). En résumé :
Proposition 1. — Les caractères de l’algèbre de Banach A = `1 (Z) sont exactement les :
∞
X
x = (xn )n∈Z 7→ χeiθ (x) = xn einθ .
n=−∞
On peut donc identifier le spectre de Gelfand A b avec le cercle unité T = {eiθ }θ∈R de C,
par χeiθ ↔ e . Après cette identification, la transformée de Gelfand G x d’un élément
iθ
Corollaire 1. — Pour que x = (xn )n∈Z ∈ `1 (Z) soit inversible dans `1 (Z) il faut et il
suffit que pour tout θ ∈ R, on ait : ∞ inθ 6= 0.
P
n=−∞ xn e
Ce corollaire peut être reformulé plus classiquement, sous la forme d’un théorème
initialement dû à N. Wiener.
Théorème 1 (Wiener). — Soit t 7→ f (t) une fonction continue de variable réelle, de
période 2π et à valeurs complexes. Soient
Z π
1
cn (f ) = f (t)e−int dt
2πi −π
ses coefficients de Fourier (n ∈ N). On fait les deux hypothèses suivantes.
TS IV.92 THÉORÈME DE WIENER § 9
Autrement dit, si une fonction continue f sur T ne s’annule pas – ce qui permet de
considérer la fonction inverse f1 – et si f est dans la classe (très particulière) des fonctions
à série de Fourier absolument convergente, alors f1 est elle aussi dans cette classe.
Cet énoncé, découvert par Norbert Wiener en 1932, et démontré par de longs calculs de
convolution, fut redémontré comme ci-dessus en quelques lignes par Israël Gelfand comme
application de sa théorie des algèbres de Banach.
dans `1 (Z) ; soit y = (yn )n∈Z son inverse. Posons g(θ) = n∈Z yn einθ . Puisque x ∗ y = e0 ,
P
par transformation de Gelfand on a : g(θ)f (θ) = 1 pour tout θ, donc g = f1 . Mais les
P
coefficients de Fourier de g sont les yn ; donc n∈Z |cn (g)| < +∞.
Exercice 1. — Soit A l’algèbre des sommes de séries de Taylor absolument convergentes
f = f (z) = n>0 an z n , munie de la norme kf k = ∞
P P
n=0 |an | < +∞.
1. Montrer que les caractères de A sont exactement les χz0 : f 7→ f (z0 ) où z0 ∈ C
avec |z0 | 6 1. Ceci permet d’identifier A
b au disque unité fermé de rayon 1 de C.
2. Montrer que si f ∈ A n’est jamais nulle sur ce disque, alors il existe des nombres
complexes bn tels que
∞
1 X X
= bn z n et |bn | < +∞.
f (z)
n>0 n=0
4. Montrer que cette algèbre est strictement plus grande que celle de l’Exercice 6.
Exercice 3. — Soit A une algèbre de Banach possédant un élément a (appelé générateur)
tel que l’ensemble des P(a), où P ∈ C[X], soit dense dans A. Montrer que dans ce cas
χ 7→ χ(a) établit une bijection de A
b sur spA (a). Reconsidérer les Exercices 6 et 2 dans
cette perspective.
§ 9 THÉORÈME DE WIENER TS IV.93
Exercice 4. — Soit X un espace compact. Soit A une sous-algèbre de C (X). On fait les
hypothèses suivantes
(i) A sépare X ;
(ii) 1 ∈ A ;
(iii) A est auto-adjointe, i.e. f ∈ A ⇒ f ∈ A ;
(iv) si f ne s’annule jamais sur A, alors f1 ∈ A.
Montrer qu’alors les seuls homomorphismes non identiquement nuls de l’algèbre A dans
le corps C sont les homomorphismes d’évaluation χx : f 7→ f (x), où x parcourt X. En
particulier, si A est une algèbre de Banach, son spectre de Gelfand s’identifie à X.
1 ~
Z
G F(x)(χ) = χ (F(x)) = h (λe − x)−1 F(λ) dλ|χi
Z 2πiZ γ
1 1
= −1
h(λe − x) |χiF(λ) dλ = (λz − χ(x))−1 F(λ) dλ
2πi γ 2πi γ
= F (χ(x)) = F (G x(χ)) ,
qui est bien (F ◦ G x)(χ).
Soit F une fonction holomorphe au voisinage de l’ensemble f (T) des valeurs prises par f .
Alors la fonction
(F ◦ f ) : t 7→ F (f (t))
est encore une fonction 2π-périodique à série de Fourier de f absolument convergente.
1
Évidemment, pour F(z) = z on retrouve le Théorème de Wiener.
1 (Z), on a :
Preuve. Sur T ' `[
X
f (θ) = cn (f )einθ = G x(χeiθ )
n∈Z
où x = (cn (f ))n∈Z appartient à `1 (Z) par hypothèse. Le spectre de x est l’ensemble f (T)
des valeurs prises par G x = f , donc F est holomorphe au voisinage de sp(x) ; on peut donc
TS IV.94 THÉORÈME DE WIENER § 9
appliquer la Proposition 2 :
X
(∗) (F ◦ f )(θ) = G F(x)(χeiθ ) = dn einθ
n∈Z
Or cette algèbre n’a pas d’élément neutre (un tel élément neutre ne pourrait être que
la mesure de Dirac, qui n’est pas une fonction), donc ce qui précède ne s’applique pas
directement à L1 (R).
e l’algbèbre déduite de L1 (R) par adjonction d’un élément neutre, définie dans
Soit A
l’Exemple 9. Pour tout t ∈ R et tout (f, λ) ∈ Ae = L1 (R) × C, la formule :
Z
χt (f, λ) = f (x)e−ixt dx = F f (t),
R
On retrouvera toutes ces idées dans un contexte un peu moins difficile en résolvant
l’exercice qui suit.
Exemple 1. — L’algèbre de Banach L1 (T) des fonctions intégrables de période 2π, avec le
produit de convolution
Z π
(f1 ∗ f2 )(θ) = f1 (θ − ϕ)f2 (ϕ) dϕ.
−π
§ 9 THÉORÈME DE WIENER TS IV.95
est une algèbre de Banach sans élément unité. Soit A e l’alg ebre obtenue en lui adjoignant
un élément unité. Montrer que, pour tout n ∈ Z
Z π
1
(f, λ) 7→ cn (f ) = f (θ)e−inθ dθ
2π −π
est un caractère de A,e et qu’il n’y a pas d’autre caractère de A e hormis c∞ défini par
e s’identifie-t-il à Z t {∞}. En utilisant la
c∞ (f, λ) = λ. Ainsi le spectre de Gelfand de A
mesure de Dirac, pouvez-vous énoncer un théorème de type Wiener dans cette situation ?
chapitre v
Théorie spectrale
des opérateurs compacts
Dans le chapitre sur les algèbres de Banach, nous avons étudié le spectre en général.
Nous allons approfondir cette notion dans le cas d’un opérateur T dans un espace de
Banach. Une partie de sp(T) est formée de valeurs propres de T. Si E est de dimension
finie, sp(T) est tout entier formé de valeurs propres de T : c’est l’ensemble (fini) des racines
du polynôme caractéristique de l’endomorphisme T.
Si E est de dimension quelconque, finie ou infinie, l’opérateur T est dit compact si,
pour toute suite (fn )n>0 bornée dans E, on peut extraire de la suite (Tfn )n>0 une suite
de Cauchy dans E. Alors T a des propriétés spectrales remarquables : tout λ ∈ sp(T) non
nul est en fait une valeur propre de T ; ces valeurs propres sont en nombre fini ou forment
un ensemble dénombrable (λn )n>0 avec limn→∞ λn = 0 ; leurs sous-espaces propres sont
de dimension finie.
Les opérateurs intégraux f 7→ Tf dans C ([a; b]), dits de Fredholm et définis par :
Z b
Tf (x) = K(x, y)f (y) dy
a
sont les exemples les plus intéressants d’opérateurs compacts. Leur théorie spectrale per-
met de résoudre les équations intégrales associées (alternative de Fredholm, équations de
Volterra, d’Abel). À cette théorie se rattache naturellement celle de Sturm-Liouville.
Cette algèbre, non commutative dès que dim E > 2, a un élément neutre, l’opérateur
identique idE .
Définition 1. — Soit T un opérateur dans E et soit λ ∈ C.
(i) On dit que λ est une valeur spectrale de T, ou que T appartient au spectre sp(T)
de T, si – conformément à la théorie des algèbres de Banach – l’opérateur T − λidE n’est
pas inversible dans L (E) ; autrement dit, s’il n’existe pas d’opérateur borné S ∈ L (E) tel
que (T − λidE ) ◦ S = S ◦ (T − λidE ) = idE .
(ii) On dit que λ est valeur propre de T si T−λidE n’est pas injectif dans E ; autrement
dit, s’il existe f ∈ E {0} tel que Tf = λf . De tels vecteurs f sont appelés des vecteurs
propres de T pour la valeur propre λ.
(iii) On dit que λ est une valeur propre généralisée de T s’il existe une constante
c > 0 et une suite (fn )n>0 dans E telle que lim Tfn − λfn = 0, mais avec kfn k > c pour
n→∞
tout n > 0.
Si E est un espace de fonctions, on parle de fonction propre plutôt que de vecteur
propre. Dans tous les cas, on omet souvent de préciser la valeur propre pour un vecteur
propre.
(i) que sp(T) est un sous-ensemble compact et non vide de C, contenu dans le disque
{λ ∈ C : |λ| 6 kTk} ;
(ii) que la fonction λ 7→ h(T − λidE )−1 , ϕi est, pour toute forme linéaire continue ϕ
sur L (E), holomorphe dans l’ouvert de C complémentaire de sp(T) ;
(iii) qu’on a la formule du rayon spectral :
1
sup |λ| = lim |||T|||n n ;
λ∈sp(T) n→∞
(iv) que, si pour F holomorphe au voisinage de sp(T), on définit l’opérateur F(T) dans
E par :
1 ~
Z
F(T) = (T − λidE )−1 F(λ) dλ,
2πi γ
alors F 7→ F(T) est un homomorphisme d’algèbres de H (sp(T)) dans L (E) (calcul fonc-
tionnel holomorphe) ;
(v) et que sp (F(T)) = F (sp(T)) (théorème de Hilbert-Dirac).
Preuve. Les points (i) et (ii) sont évidents, mais ça va mieux en l’écrivant.
Prouvons le point (iii). Soit λ un point frontière du compact sp(T). Soit (λn )n>0 une
suite qui tend vers λ mais avec λn 6∈ sp(T) pour tout n > 0. Ainsi chaque opérateur
T − λn idE est inversible dans E, alors que T − λidE ne l’est pas. Puisque T − λidE =
T − λn idE + (λn − λ)idE , on en déduit que
1
|λ − λn | > ,
|||(T − λn idE )−1 |||
sinon T − λidE serait inversible, au titre d’élément suffisamment proche de l’inversible
T − λn idE (cf Théorème 1). Ceci prouve que (T − λn idE )−1 tend vers +∞ quand
n → ∞. Posons
(T − λn idE )−1
Sn = .
|||(T − λn idE )−1 |||
1
On a |||Sn ||| = 1, donc il existe des gn ∈ E tels que kgn k = 1 et 2 6 kSn gn k 6 1 pour
tout n > 0. Posons fn = Sn gn . Alors kfn k > 21 = c > 0 et
Exercice 1. — Soit S l’opérateur de décalage défini et étudié dans l’exercice 1. On sait que
le spectre de S est le disque unité fermé de S. Montrer que S n’a pas de valeur propre et
que le cercle unité est l’ensemble des valeurs propres généralisées de S.
Définition 1. — On dit que T est un opérateur compact dans E si quelle que soit la
suite (fn )n>0 bornée dans E on peut extraire de (Tfn )n>0 une sous-suite convergente ;
Autrement dit, T est un opérateur compact dans E si l’image par T de la boule unité de
E est d’adhérence compacte.
Ceci provient du fait que T(E) est un espace vectoriel de dimension finie, donc l’image
par T de la boule unité de E est une partie bornée d’un espace normé de dimension finie :
cette image a une adhérence compacte par le théorème de Borel-Lebesgue.
À partir des opérateurs de rang fini, on peut fabriquer beaucoup d’opérateurs compacts
au moyen du résultat suivant.
Théorème 1. — Soit T ∈ L (E) et soit (Tn )n>0 une suite d’opérateurs compacts dans E,
telle que limn→∞ |||T − Tn ||| = 0. Alors T est un opérateur compact.
Preuve. On va utiliser le procédé diagonal. Soit (fn )n>0 une suite dans E telle que
kfn k 6 1 pour tout n. On va montrer que la suite (Tfn )n>0 admet une sous-suite de
Cauchy dans E.
Puisque T1 est un opérateur compact, on peut extraire de (fn )n>0 une sous-suite
(fn1 )n>0telle que la suite (T1 fn1 )n>0 soit de Cauchy. Puis, T2 étant compact, on peut
extraire de la suite (fn1 )n>0 une sous-suite (fn2 )n>0 telle que (T2 fn2 )n>0 soit de Cauchy,
etc. Par récurrence, on construit pour tout entier m > 1 une suite (fnm )n>0 extraite de
(fnm−1 )n>0 et telle que la suite (Tm fnm )n>0 soit de Cauchy.
Considérons la suite diagonale (fnn )n>0 : elle est extraite de la suite initiale (fn )n>0 ,
et pour tout m > 1 fixé, la suite (Tm fnn )n>0 est de Cauchy. Pour ε > 0 donné, fixons un
indice m tel que |||T − Tm ||| 6 4ε . Quels que soient les indices q > p, on a :
T(fqq ) − T(fpp ) = (T − Tm )(fqq − fpp ) + Tm (fqq ) − Tm (fpp ),
donc
ε
kT(fqq ) − T(fpp )k 6 2 ·+ kTm (fqq ) − Tm (fpp )k 6 ε
4
dès que q > p > Nε , vu que la suite (Tm fnn )n>0 est de Cauchy.
Remarquons que idE est compact si, et seulement si, E est de dimension finie, car
d’après le théorème de F. Riesz, la finitude de la dimension est la condition nécessaire et
suffisante pour que la boule unité de E soit compacte.
Remarquons aussi que L K (E) est un idéal bilatère de L (E) : si T est compact et
si S ∈ L (E), alors ST et TS sont des opérateurs compacts ; car l’image par S de la boule
unité de E est borné, et l’image par S d’un compact est un compact.
Des deux remarques précédentes, il résulte que dans un espace E de dimension infinie,
un opérateur compact n’est jamais inversible ; dans ce cas, 0 est toujours dans le spectre
de l’opérateur.
Mais les opérateurs compacts les plus importants en Analyse sont les opérateurs inté-
graux que nous allons définir maintenant.
Soit K = K(x, y) une fonction continue donnée, à valeurs complexes, sur le carré
[a; b] × [a; b] de R2 . Dans l’espace de Banach E = C ([a; b], C) des fonctions continues sur
[a; b], à valeurs complexes, muni de la norme uniforme k·k∞ , l’opérateur de Fredholm de
§ 3 PROPRIÉTÉS SPECTRALES DES OPÉRATEURS COMPACTS TS V.101
noyau K, à savoir f 7→ Tf , où
Z b
Tf (x) = K(x, y)f (y) dy,
a
est compact. En effet, l’ensemble des fonctions Tf , où kf k∞ 6 1, est équicontinu, car :
|Tf (x) − TF(y)| 6 (b − a) sup |K(x, y) − K(x0 , y)| 6 ε
y∈[a;b]
dès que |x − x0 | 6 η, vu l’uniforme continuité de K dans le carré [a; b] × [a; b] Donc l’image
par T de la boule unité {kf k∞ 6 1} est d’adhérence compacte dans E = C ([a; b], C), par
le Théorème d’Ascoli.
Dans le même espace E = C ([a; b], C) est aussi compact l’opérateur de Volterra, à
savoir f 7→ Sf défini par :
Z x
Sf (x) = K(x, y)f (y) dy (a 6 x 6 b)
a
comme on le voit aussi par le Théorème d’Ascoli.
Exercice 1. — Soit 1 6 p 6 +∞. On prend pour E l’espace `p (Z) (voir l’Appendice
sur les espaces de suites). Soit (an )n>1 une suite bornée de nombres complexes donnée.
Dans l’espace de Banach `p soit x 7→ y = Tx l’opérateur défini par yn = an xn pour tout
n > 1. Montrer que T est compact si et seulement si limn→∞ an = 0. Indications : on
prouvera d’abord que |||T||| = supn |an | ; si limn→∞ an = 0, on fera apparaître T comme
limite d’opérateurs de rang fini.
Dans un espace E de dimension finie, l’Algèbre linéaire nous a appris qu’un opérateur
injectif est automatiquement bijectif, donc n’a pas d’autres valeurs spectrales que les valeurs
propres, et que ces valeurs propres sont en nombre fini, étant les racines du polynôme
caractéristique.
Dans un espace E de dimension quelconque, nous allons voir que les opérateurs com-
pacts ont des propriétés spectrales très particulières, qui généralisent celles des opérateurs
en dimension finie.
Lemme 1. — Soit T ∈ L K (E). Soit λ une valeur propre généralisée non nulle de T.
Alors λ est une valeur propre de T.
Preuve. Par hypothèse il existe une suite (fn )n>0 telle que kfn k > c > 0 et lim (Tfn −
n→∞
λfn ) = 0. En divisant fn par kfn k on se ramène à kfn k = 1 pour tout n. De la suite
(Tfn )n>0 on peut extraire une suite convergente : lim Tfnk = g. Évidemment (λfnk )k > 0
k→∞
tend vers λg. On a :
kgk = |λ| lim kfnk k = |λ| =
6 0,
k→∞
TS V.102 PROPRIÉTÉS SPECTRALES DES OPÉRATEURS COMPACTS § 3
Exercice 1. — Dans l’exercice 2, quelles sont les valeurs propres des T ? Quels sont les
vecteurs propres correspondants ?
Exercice 2. — Montrer que dans C ([0; π2 ], C), l’opérateur de Fredholm f 7→ Tf où
Z π
2
Tf (x) = cos(x − y)f (y) dy,
0
est de rang 2. Quelles sont les valeurs propres non nulles de T et les vecteurs propres
associés ?
§ 4. ALTERNATIVE DE FREDHOLM
• ou bien : quel que soit ~b ∈ Cn l’équation A~x = ~b a une solution et une seule ;
• ou bien : l’équation A~x = ~0 a une solution non nulle.
– ou bien λ 6∈ sp(T), donc T − λidE est inversible, et on est dans le premier cas de
l’alternative ;
– ou bien λ ∈ sp(T), donc par le Théorème 1 λ est valeur propre de T, et on est dans
le second cas de l’alternative.
Preuve du Lemme. Soient λ 6= 0 et f ∈ C ([a; b], C) tels que Sf (x) = λf (x). Rai-
sonnons par l’absurde et supposons que f n’est pas la fonction nulle. Puisque Sf (a) =
Ra
a K(x, y)f (y) dy = 0, on a f (a) = 0. On se ramène au cas où f n’est pas identiquement
nulle au voisinage de a, quitte à changer a en le repoussant à droite jusqu’à cela se produise.
Posons :
m(δ) = sup |f (x)|.
a 6 x 6 a+δ
§ 5 CAS D’UN OPÉRATEUR COMPACT AUTO-ADJOINT TS V.105
Le nombre m(δ) est non nul pour tout δ > 0, et tend vers 0 quand δ > 0 tend vers 0. De
plus, il existe xδ ∈ [a; a + δ] tel que |f (xδ )| = m(δ). Alors
Z xδ
|λ|m(δ) = |λf (xδ )| = |Sf (xδ )| = | K(x, y)f (y) dy|
Z xδ a
6 |K(x, y)||f (y)| dy 6 Cδm(δ),
a
où C = sup |K(x, y)|. Mais cette inégalité |λ|m(δ) 6 Cδm(δ), c’est-à-dire |λ| 6 Cδ,
a 6 x,y 6 b
est absurde dès que δ > 0 est assez petit, vu que λ 6= 0.
Exercice 2. — Exprimer par une quadrature l’unique solution f de l’équation de Volterra :
Z x
f (x) − f (y) dy = g(x).
0
En déduire explicitement f quand g(x) = 1, quand g(x) = ex .
Exercice 3. — Soit E = C ([0; 1], C) et
K(x, y) = min{x; y}.
Si f ∈ E, on pose :
Z 1 Z x Z 1
g(x) = Tf (x) = K(x, y)f (y) dy = f (y) dy + x f (y) dy.
0 0 x
(i) Montrer que g est de classe C2 sur [0; 1], que g 00 (x) = −f (x), et que g(0) = 0 et
g 0 (1)
= 0.
(ii) Soit F le sous-espace vectoriel de E des g ∈ E de classe C2 telles que g(0) = 0 et
g (1) = 0. Montrer que T établit une bijection de E sur F. Préciser l’application T−1 : F →
0
E.
(iii) Dans E, soit le produit scalaire :
Z 1
(f |g) = f (x)g(x) dx.
0
Montrer que (Tf |g) = (f |Tg). En déduire que les valeurs propres de T sont réelles.
(iv) Vérifier que T n’a pas de valeur propre 6 0. Montrer que les valeurs propres de T
sont les nombres λn = ( π2 + nπ)−2 pour n entier > 0. Déterminer le sous-espace vectoriel
Vλn = Ker(T − λn idE ).
Dans ce paragraphe, E est un espace dep Hilbert sur C dont le produit scalaire est noté
(·|·) et la norme associée k·k ; on a kf k = (f |f ) pour tout f ∈ E.
Les faits suivants sur les opérateurs auto-adjoints sont standard. Soit T un opérateur
auto-adjoint.
Ainsi, on a :
1 1 n 1
|||T||| = T2 2
= T4 4
= ··· = T2 2n
n 1
pour tout n ; or, quand n → ∞, par la formule du rayon spectrale on a : limn→∞ T2 2n
=
supλ∈sp(T) |λ|. Ceci fournit bien |||T||| = supλ∈sp(T) |λ|, ce qu’il fallait démontrer.
Théorème 1. — Soit T un opérateur non nul, auto-adjoint et compact dans un espace
de Hilbert E. Soit (λn )1 6 n<p la suite finie ou infinie (avec alors p = ∞) des valeurs
propres (nécessairement réelles) non nulles de T, chacune comptée autant de fois que sa
multiplicité, i.e. dim Vλ avec Vλ = Ker(T−λidE ). Soit (en )1 6 n<p une famille orthonormée
de vecteurs de E, avec Ten = λn en pour tout n. Alors :
Le début de (ii) n’est autre que l’alternative de Fredholm. Pour prouver la formule
donnant f , remarquons d’abord que si p = ∞, la série du second membre converge dans E
car la suite (λn )1 6 n<p tend vers 0 ; ainsi pour n > n0 , on a :
2
X λn X
|(g|en )|2 6 |(g|en )|2 6 kgk2 .
n > n0
1 − µλn n > n0
Posons
X λn
f =g+µ (g|en )en .
1 − µλn
1 6 n<p
Alors
X λ2n
Tf = Tg + µ (g|en )en
1 − µλn
1 6 n<p
Mais d’après (i), on a :
X
Tg = λn (g|en )en ,
1 6 n<p
donc
X µλ2n
Tf = λn + (g|en )en ,
1 − µλn
1 6 n<p
et finalement
X λn µ µ2 λ2n
f − µ · T(f ) = g + − µλn − (g|en )en ,
1 − µλn 1 − µλn
1 6 n<p
Une classe d’opérateurs auto-adjoints compacts est donnée par les opérateurs à noyau
symétrique.
Exemple 1. — Soient a < b des nombres réels. Soit E = L2 ([a; b], C) l’espace de Hilbert
des (classes de) fonctions de carré sommable sur [a; b] avec le produit scalaire
Z b
(f1 |f2 ) = f1 (x)f2 (x) dx
a
et la norme p
kf k2 = (f |f ).
On sait que C ([a; b], C) est dense dans E et que, si f ∈ C ([a; b], C), on a :
√
kf k2 6 b − a · kf k∞ .
Soit K = K(x, y) un noyau continu sur [a; b] × [a; b]. On pose
Z b
Tf (x) = K(x, y)f (y) dy
a
pour toute f ∈ L2 ([a; b], C).Il est clair que Tf ∈ L2 ([a; b], C), et même Tf ∈ C ([a; b], C)
par continuité sous le signe somme. Nous savons déjà que T : C ([a; b], C) → C ([a; b], C) est
un opérateur compact pour C ([a; b], C) muni de la norme k·k∞ de la convergence uniforme.
Voyons que T : L2 ([a; b], C) → L2 ([a; b], C) est un opérateur compact pour la norme
k·k2 . L’ensemble H = {Tf : f ∈ L2 ([a; b], C), kf k2 6 1} est contenu dans C ([a; b], C) ;
de plus, H est :
– équiborné, car
Z b Z b 21
2
|Tf (x)| = K(x, y)f (y) dy 6 sup |K(x, y) | dy = M,
a x a
par Cauchy-Schwarz.
– équicontinu, car par uniforme continuité de K, on a :
√
Z b Z b
0 0
|Tf (x) − Tf (x )| 6 |K(x, y) − K(x , y)| · |f (y)| dy 6 ε |f (y)| dy 6 ε b − a
a a
dès que |x − x0 | 6 ηε . D’après le Théorème d’Ascoli, si (gn )n>1 est une suite dans H , on
√ la norme k·k∞ , donc a fortiori de Cauchy pour
peut en extraire une suite de Cauchy pour
la norme k·k2 car on a vu que k·k2 6 b − a · k·k∞ .
Remarque 1. — Les fonctions propres de T dans L2 ([a; b], C), pour une valeur propre 6= 0,
sont déjà dans C ([a; b], C), car on peut écrire f = λ1 Tf et Tf ∈ C ([a; b], C). Ainsi, il
n’apparaît pas de nouvelle valeur propre quand on étend T de C ([a; b], C) à L2 ([a; b], C).
Revenons maintenant aux opérateurs auto-adjoints.
Proposition 2. — Soit K = K(x, y) un noyau continu sur le carré [a; b] × [a; b], et soit
T l’opérateur compact dans l’espace sde Hilbert L2 ([a; b], C) donné par la formule :
Z b
Tf (x) = K(x, y)f (y) dy
a
§ 5 CAS D’UN OPÉRATEUR COMPACT AUTO-ADJOINT TS V.109
pour toute f ∈ L2 ([a; b], C). Alors, pour que T soit auto-adjoint dans L2 ([a; b], C), il faut
et suffit que K(x, y) = K(y, x) pour tous x, y ∈ [a; b].
Dans ce cas, on dit que le noyau K est symétrique.
On peut dans certains cas résoudre l’équation de Fredholm par approximations suc-
cessives. Soit K = K(x, y) un noyau continu sur le carré [a; b] × [a; b], et soit T l’opérateur
de Fredholm de noyau K sur C ([a; b], C) donné par la formule :
Z b
Tf (x) = K(x, y)f (y) dy
a
pour toute f ∈ C ([a; b], C). Par Fubini, son carré T2 est encore un opérateur de Fredholm,
Rb
de noyau : K2 (x, y) = a K(x, z)K(z, y) dz. Et plus généralement, les puissances Tn sont
des opérateurs de Fredholm, donnés par les noyaux itérés Kn définis par K1 = K et
Z b
Kn (x, y) = K(x, z)Kn−1 (z, y) dz.
a
Exercice 1. — Prouver les formules :
Z b Z bZ b
Km+n (x, y) = Km (x, z)Kn (z, y) dz et Kn (x, y) = K(x, z)Kn−2 (z, t)K(t, y) dzdt.
a a a
Théorème 1 (E. Schmidt). — Faisons l’hypothèse que :
Z bZ b
|K(x, y)|2 dxdy < 1.
a a
Alors la série, dite de Neumann, associée au noyau K :
∞
X
R(x, y) = Kn (x, y)
n=1
converge uniformément en (x, y) sur le carré [a; b] × [a; b] et, pour toute g ∈ C ([a; b], C),
la formule :
Z b
f (x) = g(x) + R(x, y)g(y) dy
a
fournit l’unique solution f ∈ C ([a; b], C) de l’équation de Fredholm
Z b
f (x) = K(x, y)f (y) dy + g(x).
a
Preuve. Si N(x, y) est un noyau, on notera pour abréger :
Z b Z b 12
2
kNk2 = |N(x, y)| dxdy .
a a
Rb
a K(x, y)f (y) dy implique que f est identiquement nulle. Or, d’après Cauchy-Schwarz, on
a sous cette hypothèse :
Z b Z b
2 2
|f (x)| 6 |K(x, y)| dy · |f (y)|2 dy,
a a
et en intégrant en x, il vient :
Z b
|f (x)|2 dx · 1 − (kKk2 )2 6 0,
a
Rb
ce qui exige que a |f (x)|2 dx = 0, et finalement que f soit la fonction nulle.
En appliquant l’inégalité de Cauchy-Schwarz à la formule de récurrence définissant les
Kn , il vient :
Z b Z b
2 2
|Kn (x, y)| 6 |K(x, z)| dz · |Kn−1 (z, y)|2 dz,
a a
puis en intégrant les deux membres en x et en y, on obtient :
(kKn k2 )2 6 (kKk2 )2 · (kKn−1 k2 )2 ,
d’où l’inégalité
kKn k2 6 (kKk2 )n .
De même, en appliquant l’inégalité de Cauchy-Schwarz à la seconde formule de l’Exercice
1, on a :
Z b Z b Z b Z b
2 2 2
|Kn (x, y)| 6 |Kn−2 (z, t)| dzdt · |K(x, z) · K(t, y)| dzdt .
a a a a
La deuxième intégrale à droite est continue en (x, y), donc bornée. En utilisant kKn k2 6
(kKk2 )n , on voit donc que pour tous x et y dans [a; b], on a :
|Kn (x, y)| 6 C(kKk2 )n .
Par suite la série de Neumann associée à K(x, y) :
∞
X
R(x, y) = Kn (x, y),
n=1
vu l’hypothèse du théorème, converge normalement, donc absolument, sur [a; b]×[a; b]. Par
la définition de la série de Neumann et intégration terme à terme, on voit qu’on a aussi :
Z b
R(x, y) = K(x, y) + K(x, z)R(z, y) dz.
a
Montrons enfin que la solution proposée dans l’énoncé résout bien le problème de
Fredholm considéré. On a :
Rb Rb Rb Rb
f (x) − a K(x, y)f (y) dy = g(x) + a R(x, y)g(y)dy − a K(x, y) g(y) + a R(y, z)g(z)dz dy
Rb Rb
= g(x) + a R(x, y) − K(x, y) − a K(x, z)R(z, y) dz g(y) dy
= g(x),
par la relation entre R et K obtenue juste auparavant.
TS V.112 NOYAUX DE FREDHOLM ITÉRÉS ET NOYAU RÉSOLVANT § 6
Les itérés Sn sont des opérateurs de Volterra dont les noyaux sont cette fois les K(n) (x, y)
où K(1) = K et pour n > 2 :
Z x
(n)
K (x, y) = K(x, z)K(n−1) (z, y) dz.
y
En posant
M= sup |K(x, y)|,
a 6 x,y 6 b
on vérifie par récurrence que
|x − y|n−1
|K(n) (x, y)| 6 Mn .
(n − 1)!
En effet, c’est vrai pour n = 1, et d’après la relation de récurrence qui précède, on a :
Rx
|K(n) (x, y)| 6 |x − y|M y |K(n−1) (z, y)| dz
n−2
6 |x − y|Mn y |z−y|
Rx
(n−2)! dz
n−1
6 Mn |x−y|
(n−1)! .
Par conséquent,
Mn (b − a)n−1
|K(n) (x, y)| 6 ,
(n − 1)!
et la série
∞
X
R(x, y) = K(n) (x, y)
n=1
converge normalement, donc uniformément, en (x, y). En terminant comme dans la preuve
précédente, on a prouvé cette fois sans hypothèse sur la norme k·k2 de K le résultat suivant.
§ 7 ÉQUATION INTÉGRALE D’ABEL TS V.113
pour n > 2.
On notera la réciprocité entre les noyaux K et R : le noyau résolvant R(x, y) du noyau
de Volterra n’est autre que −K(x, y).
Exercice 3. — Appliquer le théorème qui précède pour résoudre l’équation
Z x
f (x) = (y − x)f (y) dy + x,
0
puis retrouver la solution par une méthode élémentaire directe.
Soit E = C ([0; 1], C) l’espace de Banach des fonctions f à valeurs complexes définies
et continues sur [0; 1], muni de la norme k·k∞ de la convergence uniforme :
kf k∞ = sup |f (x)|.
06x61
Soit α un paramètre réel donné tel que 0 < α < 1. Pour toute fonction f ∈ E et tout
x ∈ [0; 1], on pose :
Z x Z x
f (y) f (x − y)
Tf (x) = α
dy = dy.
0 (x − y) 0 yα
De plus, la fonction x 7→ Tf (x) est continue sur [0; 1] car pour ε > 0 donné, par continuité
uniforme de f et par continuité de x 7→ x1−α , on a :
Par le Théorème 1, il suffit donc de prouver que les opérateurs Ta sont compacts. Pour
cela, on regarde les images de la boule unité {k·k∞ 6 1} par ces opérateurs, précisément :
Les valeurs de toutes les fonctions de tous les Ha sont uniformément bornées par ce qui
précède. Pour appliquer Ascoli et conclure, il suffit donc de vérifier l’équicontinuité de
chaque famille Ha . Pour a donné, l’équicontinuité en x ∈ [0; a[ est évidente car toutes les
fonctions de Ha sont identiquement nulles au voisinage de x ; idem pour l’équicontinuité à
gauche en a. Pour vérifier l’équicontinuité à droite en a, on calcule :
Z x
f (x − y) |x − a|
|Ta f (x) − Ta f (a)| = |Ta f (x)| = | α
dy| 6 .
a y aα
§ 7 ÉQUATION INTÉGRALE D’ABEL TS V.115
converge absolument dans l’espace de Banach L (E). Il en résulte immédiatement que pour
tout µ ∈ C, l’opérateur idE − µT est inversible dans L (E), et
∞
X
−1
(idE − µT) = µn Tn .
n=1
Ainsi, comme les opérateurs de Volterra classiques, l’opérateur d’Abel T n’a d’après l’al-
ternative de Fredholm, aucune valeur propre 6= 0.
Prouvons donc la formule pour f (x) = xk où k est un entier > 0. Dans ce cas :
Z x Z 1
−α k Γ(1 − α)Γ(k + 1) 1−α+k
g(x) = (x − y) y dy = x 1−α+k
(1 − s)−α sk ds = x
0 0 Γ(2 − α + k)
et
Ry g(x) Γ(1−α)Γ(k+1) R y α−1 x1−α+k dx
0 (y−x)1−α dx = Γ(2−α+k) 0 (y − x)
Γ(1−α)Γ(k+1) α−1+1−α+k+1 R 1 α−1 s1−α+k
= Γ(2−α+k) y 0 (1 − s) ds
Γ(1−α)Γ(k+1) Γ(α)Γ(2−α+k) k+1
= Γ(2−α+k) Γ(k+2) y
π y k+1
= sin(πα) k+1 ,
donc Z y k+1
sin(πα) d g(x) d y
1−α
dx = = y k = f (y).
π dy 0 (y − x) dy k + 1
Ceci prouve la formule d’inversion dAbel pour les monômes et donc, par combinaison
linéaire, pour les fonctions polynomiales.
uniformément en y ∈ [0; 1]. Mais d’après la formule déjà prouvée pour les fonctions poly-
nomiales, on a :
Z y
gn (x) π
1−α
dx = Pn (y)
0 (y − x) sin(πα)
§ 8 ÉQUATIONS DE STURM-LIOUVILLE TS V.117
pour tout n > 1. Les fonctions données par le second membre forment une suite qui tend
π
vers F(y) sin(πα) uniformément en y, ce qui prouve la formule d’inversion d’Abel en toute
généralité.
Noter que la formule d’inversion d’Abel implique que Ker(T) = {0}, et donc que T
n’a pas de valeur propre du tout.
§ 8. ÉQUATIONS DE STURM-LIOUVILLE
Mais la Physique conduit à chercher des solutions y = y(x) satisfaisant à des conditions
aux limites, par example :
y(a) = y(b) = 0,
ou plus généralement
Ay 0 (a) + By(a) = 0 et Cy 0 (b) + Dy(b) = 0,
où A, B, C et D sont des constantes données. Pensez par exemple au problème des cordes
vibrantes.
Un exemple très simple, lié aux séries de Fourier, montre que la recherche de solutions
avec conditions aux limites fournit des résultats bien différents de ceux mettant en jeu des
conditions initiales. Si λ est une constante, le problème
y 00 + λy = 0 avec y(0) = y(π) = 0
n’a de solution non identiquement nulle que si λ = n2 où n est un nombre entier > 0,
auquel cas il y a alors une infinité de solutions.
Sur des exemples, nous allons voir que ce type de problème peut se ramener à la réso-
lution d’équations de Fredholm. Nous avons déjà constaté les liens entre les deux théories
dans des exercices ci-dessus. Ils apparaissent de façon élémentaire dans l’exercice qui suit,
qui d’ailleurs est à la base des considérations qui vont suivre.
Exercice 1. — Soit sur [a; b] × [a; b] le noyau symétrique
(x − b)(y − a) (x − a)(y − b)
N(x, y) = pour y 6 x et N(x, y) = pour x 6 y.
b−a b−a
Soit f ∈ C ([a; b], C) donnée. Montrer que
Z b
F(x) = N(x, y)f (y) dy
a
TS V.118 ÉQUATIONS DE STURM-LIOUVILLE § 8
et posons :
Z b
g(x) = N(x, s)f (s) ds.
a
Alors, pour une fonction y = y(x) les deux assertions suivantes sont équivalentes :
(i) la fonction y est solution de (∗) et y(a) = y(b) = 0 ;
(ii) la fonction y est solution de l’équation de Fredholm :
Z b
y(x) = λ K(x, s)y(s) ds + g(x).
a
Preuve. Supposons (i), autrement dit qu’on a : y 00 (x) = λA(x)y(x) + f (x) et y(a) =
y(b) = 0. Il suffit d’appliquer l’Exercice d’introduction avec f (x) remplacé par λA(x)y(x)+
f (x) pour obtenir (ii).
remplaçons K(x, s) et g(x) par leurs expressions en fonction de N(x, s), puis revenons à la
définition de N(x, s). On constate alors que y satisfaisant (∗∗) satisfait automatiquement
(i).
Dans le second cas, nous dirons que λ est une valeur singulière pour l’équation (∗∗)
ou l’équation (∗) ; cela signifie que λ1 est valeur propre de l’opérateur intégral de noyau
N(x, s)A(s).
Preuve. S’il existait deux telles solutions linéairement indépendantes, elles engendre-
raient l’espace vectoriel (de dimension 2) des solutions de (∗∗). Ainsi toute solution de
ladite équation vérifierait automatiquement les conditions aux limites y(a) = y(b) = 0,
ce qui serait en contradiction avec le Théorème de Cauchy suivant lequel (∗∗) avec les
conditions y(a) = 1 et y 0 (a) = 0 admet une solution.
Proposition 3. — Supposons que A(x) soit continue réelle et non identiquement nulle
sur [a; b]. Alors les valeurs singulières de (∗∗) sont toutes réelles.
Soit λ = α + iβ une valeur singulière complexe, et y(x) = u(x) + iv(x) une fonction
propre (donc non identiquement nulle). L’équation
d2 y
(∗∗)
= λA(x)y
dx2
donne, en passant aux parties réelle et imaginaire :
u00 = (αu − βv)A et v 00 = (βu + αv)A,
d’où
vu00 − uv 00 = β(u2 + v 2 )A et uu00 + vv 00 = α(u2 + v 2 )A,
et donc
Z b
0
0 = [vu − uv 0 ]ba = −β (u2 + v 2 )A dx,
a
et
Z b Z bZ b
0 = [uu0 + vv 0 ]ba = (u0 )2 + (v 0 )2 dx + α (u2 + v 2 )A dx.
a a a
§ 8 ÉQUATIONS DE STURM-LIOUVILLE TS V.121
6 0 on obtient
Ainsi, en supposant β =
Z b Z b
2 2
(u0 )2 + (v 0 )2 dx = 0,
(u + v )A dx =
a a
u0 v0 y0
ce qui implique = = 0, donc que est constante, autrement dit nulle par les conditions
aux limites satisfaites par y : c’est exclu, et on a donc nécessairement β = 0.
Nous abondonnons provisoirement l’étude des valeurs singulières de (∗∗) pour exposer
la théorie de Sturm pour les zéros des solutions (réelles) de l’équation différentielle :
y 00 (x) + p(x)y 0 (x) + q(x)y(x) = 0.
Soient a < b deux nombres réels. Soient P et Q deux fonctions réelles continues sur
[a; b]. On suppose de plus que P(x) est > 0 et admet une dérivée première continue sur
[a; b]. On va en fait étudier l’équation différentielle :
d dy
P(x) + Q(x)y = 0,
dx dx
qui équivaut à la précédente si on pose :
P0 (x) Q(x)
p(x) = et q(x) = ,
P(x) P(x)
ou, réciproquement :
Z x
P(x) = exp p(t) dt et Q(x) = q(x)P(x).
a
y 0 y −y y 0
c et en d ; sa dérivé 1 (y2 2 )21 2 s’annule quelque part entre c et d, ce qui est impossible car le
y1 y2
wronskien det 0 n’est jamais nul pour deux solutions linéairement indépendantes.
y1 y20
Prouvons l’unicité par l’absurde. Supposons qu’il existe α < β dans ]c; d[ tels que
y2 (α) = y2 (β) = 0. D’après la partie existence qui vient d’être démontrée, y1 aurait un
zéro entre α et β, ce qui est exclu par le fait que c et d sont consécutifs.
pour tout x ∈ [a; b]. Soient c < d deux zéros consécutifs d’une solution y non nulle de (E).
Alors toute solution z de (E1 ) s’annule au moins une fois dans ]c; d[.
Autrement dit, à P(x) donnée, on augmente le nombre des oscillations des solutions
de (E) quand on augmente Q(x).
Par l’absurde, si z(x) n’était jamais nulle dans ]c; d[, alors y(x) et z(x) garderaient chacune
un signe constant sur cet intervalle. Si, par exemple, les fonctions y et z restent > 0 sur
]c; d[, alors le premier membre est > 0 alors que le second est 6 0 car y 0 (d) 6 0 et
y 0 (c) > 0 (vu le signe de y sur ]c; d[). Les trois autres possibilités de signes conduisent elles
aussi à une contradiction à chaque fois.
y 00 + Q(x)y = 0,
pour tout x ∈ [a; b], avec ω et Ω constantes. Comparons une solution de cette équation aux
solutions de l’équation
y 00 + α2 y = 0,
où successivement α = ω et α = Ω. Les solutions sont de la forme C sin (α(x − x0 )) et ont
pour zéros les nombres x0 + k απ où k est un entier. L’écart entre deux zéros consécutifs est
constant et égal à απ . Il en résulte que, si δ = d − c est l’écart variable entre deux zéros
consécutifs de la solution non identiquement nulle de y 00 + Q(x)y = 0, on a les inégalités :
π π
6 δ 6 .
Ω ω
π
Car si δ était < Ω , on trouverait un x0 (par exemple x0 = c) tel que pour aucun entier
k, le nombre ne serait dans ]c; d[. Et si δ était > ωπ il existerait x0 tel que [x0 ; x0 + Ω
π
]
π π
soit contenu dans ]c; d[, donc ne contiendrait aucun zéro de y. Les inégalités Ω 6 δ 6 ω
permettent d’assigner des bornes au nombre de zéros de y(x) contenus dans un segment
donné.
(ii) Soit n(X) le nombre des zéros positifs de Jν qui sont 6 X. Montrer que
limX→∞ n(X)
X = π.
1
Étudions donc pour terminer les cas particulier où A(x) est < 0 pour tout x ∈ [a; b].
En posant alors :
Q(x) = −A(x)
on étudie le problème :
y 00 = λQ(x)y avec y(a) = y(b) = 0,
où Q(x) est > 0 pour tout x ∈ [a; b]. À tout ce qui a été déjà écrit, on peut ajouter les
compléments suivants.
Rangeons les valeurs singulières par ordre croissant : λ1 < λ2 < · · · < λn . . . , et soit
yn une fonction propre de l’équation ci-dessus associée à λn . Alors yn a exactement (n − 1)
racines dans ]a; b[.
En effet, de :
yn00 + λn Qyn = 0 et ym
00
+ λm Qym = 0,
126 ÉQUATIONS DE STURM-LIOUVILLE § 8
Appendices
Ce qui va suivre dans cet appendice a été normalement vu en tronc commun. Néan-
moins, il a paru utile d’en faire un rappel détaillé, avec les démonstrations, car c’est un
réservoir d’exemples classiques d’espaces de Banach, où nous allons largement puiser tout
au long du cours.
On introduit les espaces vectoriels, sur le corps K valant R ou C, suivants :
l’espace c00 des suites (xn )n>0 nulles à partir d’un certain rang ;
l’espace c0 des suites x = (xn )n>0 qui tendent vers 0, normé par kxk∞ = supn∈N |xn | ;
l’espace `1 (N) des suites x = (xn )n>0 telles que kxk1 = n∈N |xn | < +∞, normé
P
par k·k1 ;
l’espace `∞ (N) des suites bornées x = (xn )n>0 , normé par k·k∞ comme ci-dessus.
On note ek la suite dont toutes les coordonnées d’indice 6= k valent 0 et dont la k-ième
valeur vaut 1. Si x = (xn )n>1 ∈ `1 (N) et si y = (yn )n>1 ∈ `∞ (N), on note :
X
hx, yi = xn yn ,
n∈N
Preuve. Soit en effet (xk )k>0 une suite de vecteurs de c0 et soit x ∈ `∞ (N) telle que
lim kx − xk k∞ = 0. Soit ε > 0. Il existe un entier K tel que kxK − xk∞ 6 2ε . Puisque
k→∞
ε
xK ∈ c0 , il existe Nε tel que n > Nε implique |(xK )n | 6 2. Ainsi, n > Nε implique
|xn | 6 |(xK )n | + kxK − xk∞ 6 2ε + 2ε = ε, et donc x ∈ c0 .
TS I.128 APPENDICE 1 : SUR QUELQUES ESPACES DE SUITES § 1
Lemme 2. — L’espace vectoriel c00 est engendré par les vecteurs ek . Il est dense dans c0
et dans `1 (N).
Soit maintenant x ∈ c0 et soit ε > 0. Il existe N tel que |xn | 6 ε pour tout n > N.
Posons xε = (x0 , x1 , x2 , . . . , xN−1 , 0, 0, . . . ). Par construction c’est une suite dans c00 telle
que kx − xε k∞ 6 ε.
Théorème 1. — Pour tout y ∈ `1 (N) fixé, l’application x 7→ hx, yi = n>0 xn yn est une
P
forme linéaire continue sur l’espace normé (c0 , k·k∞ ) ; elle a pour norme kyk1 . Réciproque-
ment, pour toute ϕ ∈ (c0 )0 il existe un unique y ∈ `1 (N) tel que ϕ(x) = hx, yi pour tout
x ∈ c0 . Ainsi le dual topologique de l’espace normé c0 s’identifie à l’espace normé `1 (N).
Corollaire 1. — Comme `1 (N) est un dual topologique, il est complet et c’est donc un
espace de Banach.
Preuve. Notons ϕy (x) = hx, yi. Soit y ∈ `1 (N) fixé. On a déjà vu en préambule que
|ϕy (x)| 6 kyk1 kxk∞ , donc ϕy ∈ (c0 )0 et |||ϕy ||| 6 kyk1 . Prouvons que |||ϕy ||| > kyk1 . Soit
|yn |
ε > 0. Soit N tel que ∞
P
n=N |xn | 6 ε. Soit la suite xε = (xε )n n>0 où (xε )n vaut yn si
1 6 n < N et yn 6= 0, et vaut 0 sinon. Alors xε ∈ c00 et kxε k∞ 6 1. De plus, on a :
N−1 N−1
X |yn | X
ϕy (xε ) = hy, xε i = yn = |yn | > kyk1 − ε.
yn
n=1,yn 6=0 n=1
Ainsi |||ϕy ||| > kyk1 − ε, et comme ε est arbitraire on en déduit |||ϕy ||| > kyk1 et finalement
l’égalité.
Réciproquement, soit ϕ ∈ (c0 )0 . Posons yn = ϕ(en ) pour tout n ∈ N. Alors pour tout
entier N, on a :
XN N−1
X |yn | N−1
X |yn | N−1
X |yn |
|yn | = yn = ϕ en 6 |||ϕ||| · k k∞ 6 |||ϕ|||.
yn yn yn
n=1 n=1,yn 6=0 n=1,yn 6=0 n=1,yn 6=0
Ceci prouve que y est dans `1 (N). Par construction, la forme ϕ−ϕy est nulle sur chaque en ,
donc nulle d’abord sur c00 par linéarité, puis sur c0 par densité. Ceci prouve que ϕ = ϕy .
Enfin, y est bien unique car ϕy = ϕy0 implique yn = ϕy (en ) = ϕy0 (en ) = yn0 pour tout
entier n.
Théorème 2. — Pour tout y ∈ `∞ (N) fixé, l’application x 7→ hx, yi = n>0 xn yn est une
P
forme linéaire continue sur l’espace normé `1 (N) ; elle a pour norme kyk∞ . Réciproque-
ment, pour toute ϕ ∈ `1 (N)0 il existe un unique y ∈ `∞ (N) tel que ϕ(x) = hx, yi pour tout
x ∈ `1 (N). Ainsi le dual topologique de l’espace normé `1 (N) s’identifie à l’espace normé
`∞ (N).
§ 1 APPENDICE 1 : SUR QUELQUES ESPACES DE SUITES TS I.129
Corollaire 1. — Les espaces normés `∞ (N) et c0 sont des espaces de Banach, car `∞ (N)
est un dual topologique d’espace normé et c0 en est un sous-espace fermé.
|yN |
ϕy (xε ) = yN = |yN | > kyk∞ − ε,
yN
donc |||ϕy ||| > kyk∞ car ε est arbitrairement petit. Ainsi |||ϕy ||| = kyk∞ .
donc supn∈N |yn | 6 |||ϕ||| ; ainsi y ∈ `∞ (N). Par construction, la forme linéaire ϕ − ϕy est
nulle sur chaque en , donc nulle d’abord sur c00 par linéarité, puis sur `1 (N) par densité.
Ainsi ϕ = ϕy . Enfin, y est unique car ϕy = ϕy0 implique yn = ϕy (en ) = ϕy0 (en ) = yn0 pour
tout entier n.
xpk ykp
X X X
l’inégalité de Minkowski : (xk + yk )p 6 + ,
k=1 k=1 k=1
l’égalité n’ayant lieu que si (y1 , y2 , . . . , yn ) est proportionnel à (x1 , x2 , . . . , xn ). Bien en-
tendu, ces inégalités restent valables quand on suppose nuls certains xk ou yk .
Étudions maintentant les espaces de suites `p (N). Soit p un nombre réel > 1 et soit
p
q = p−1 l’exposant conjugué de p. On note `p (N) l’ensemble des suites x = (xn )n>0 où les
!1
X p
xn ∈ K satisfont n∈N |xn |p < +∞. Pour un tel x ∈ `p (N), posons kxkp = |xn |p .
P
n∈N
Si x = (xn )n>0 et y = (yn )n>0 sont toutes les deux dans `p (N), d’après l’inégalité de
TS I.130 APPENDICE 1 : SUR QUELQUES ESPACES DE SUITES § 1
Minkowski :
n
!1 n
!1 n
!1
X p X p X p
pour tout indice n, d’où il résulte que nk=1 |xk + yk |p < +∞. Ceci, et des remarques
P
évidentes, prouve que `p (N) est un espace vectoriel sur K et que k·kp est une norme pour
cet espace. De la même façon que pour p = 1, on prouve que c00 est dense dans chaque
`p (N). Si x = (xn )n>0 est dans `p (N) et si y = (yn )n>0 est dans `q (N), on a d’après
l’inégalité de Hölder :
n n n
!1 n
!1
X X X p X q
p q
| xk yk | 6 |xk yk | 6 |xk | · |yk | ,
k=1 k=1 k=1 k=1
Théorème 3. — Pour tout y ∈ `q (N) fixé, l’application x 7→ hx, yi = n>0 xn yn est une
P
forme linéaire sur l’espace normé `p (N) ; elle a pour norme kykq . Réciproquement, pour
toute ϕ ∈ `p (N)0 , il existe un unique y ∈ `q (N) tel que ϕ(x) = hx, yi pour tout x ∈ `p (N).
Ainsi, le dual topologique de l’espace normé `p (N) s’identifie à l’espace normé `q (N).
Preuve. Notons ϕy (x) = hx, yi. Soit y ∈ `p (N) fixé. On vient de prouver que l’on a
ϕy ∈ `p (N)0 et que |||ϕy ||| 6 kykq . Pour démontrer l’inégalité inverse, on peut supposer
y 6= 0 puis, par homogénéité, se ramener à kykq = 1. Soit ε > 0 suffisamment petit. Soit
q
N un indice tel que n>N |yn |q 6 ε. Soit xε = (xε )n n>0 la suite où (xε )n vaut |yynn| si
P
De plus, on a :
N−1 N−1
X |yn |q X
ϕy xε ) = hxε , yi = yn = |yn |q > 1 − ε = kykq − ε.
yn
n=1,yn 6=0 n=1
Ainsi |||ϕy ||| > kykq − ε, et comme ε est arbitrarire cela prouve l’égalité cherchée.
§ 2 APPENDICE 2 : SUR LE LEMME DE ZORN TS I.131
N N
! p1 N
! p1
X |yn |q X X
6 |||ϕ||| · k en kp = |||ϕ||| · |yn |p(q−1) = |||ϕ||| · |yn |q .
yn
n=0,yn 6=0 n=0 n=0
P 1
N q p
En divisant par n=0 |yn | les extrémités de la ligne précédente, ceci permet de voir
que :
N
! p−1
p N
! 1q
X X
|yn |q = |yn |q 6 |||ϕ|||,
n=0 n=0
et finalement que y est dans `q (N).
Par construction, la forme ϕ − ϕy est nulle sur chaque
en , donc nulle d’abord sur c00 par linéarité, puis sur `p (N) par densité. Ceci prouve que
ϕ = ϕy . Enfin, y est unique car ϕy = ϕy0 implique yn = ϕy (en ) = ϕy0 (en ) = yn0 pour tout
entier n.
Bien entendu, pour p = 2 (et donc q = 2) l’espace `2 (N) est un espace de Hilbert,
l’unique espace de Hilbert séparable de dimension infinie (à isomorphisme près).
Soit E un ensemble. Une relation sur E est le choix d’un ensemble de couples (x, y)
d’éléments de E qu’on décide d’appeler reliés, ce qu’on note xRy. Autrement, une relation
(sous-entendue binaire) dans E est la donnée d’une partie de E × E.
On dit qu’une relation R sur un ensemble E est une relation d’ordre sur E si elle
satisfait les trois conditions suivantes :
Un ensemble ordonné est la donnée d’un ensemble muni d’une relation d’ordre.
Exemple 1. — La relation d’ordre usuelle sur l’ensemble R des nombres réels.
Exemple 2. — L’ensemble P(E) des parties d’un ensemble E est ordonné par la relation
d’inclusion.
Exemple 3. — Soit X un ensemble et soit E l’ensemble des applications de X dans R. Pour
f et g dans E, on pose f 6 g si et seulement si pour tout x ∈ X on a f (x) 6 g(x).
TS I.132 APPENDICE 2 : SUR LE LEMME DE ZORN § 2
Exemple 4. — Dans l’ensemble des entiers > 0, la relation de divisibilité est une relation
d’ordre.
En termes de notations, on remplacera souvent la notation xRy par x 6 y (auquel
cas x > y signifiera yRx).
Soit X une partie d’un ensemble ordonné E. On appelle majorant de X tout élément
y de E tel que pour tout x ∈ X on ait : x 6 y. Alors tout y 0 dans E tel que y 0 > y est
encore un majorant de X. Si l’ensemble des majorants de X n’est pas vide, on dit que X
est majoré dans E.
Soit X une partie majorée d’un ensemble ordonné E. On appelle borne supérieure de
X, s’il existe, un élément M de E, non nécessairement dans X tel que :
Une des bases de la théorie des ensembles, équivalente à l’axiome du choix, et qui per-
met de faire des raisonnements de récurrence sur des ensembles ordonnés non dénombrables
(récurrences transfinies) est l’énoncé suivant.
Lemme 1 (lemme de Zorn). — Soit E un ensemble ordonné non vide. Supposons que toute
partie totalement ordonnée non vide de X de E admette dans E une borne supérieure. Alors
il existe dans E au moins un élément maximal.
Nous utiliserons librement l’axiome de Zorn dans ce cours, notamment dans la démons-
tration du cas général du théorème de Hahn-Banach, et aussi dans l’étude des algèbres de
Banach, à travers l’énoncé suivant.
Théorème 1 (Krull). — Soit A un anneau commutatif avec élément neutre, noté e. Soit
I un idéal strictement inclus dans A. Alors I est contenu dans au moins un idéal maximal
de A.
Rappelons qu’un idéal maximal de A est par définition un idéal maximal pour la
propriété d’être strictement inclus dans A. Si I est un idéal dans A et si π : A → A/I est
l’homomorphisme d’anneaux associé, alors la prise d’image réciproque par π établit une
bijection entre les idéaux de A/I et les idéaux de A contenant I. Cette bijection permet de
§ 3APPENDICE 3 : SUR L’ESPACE VECTORIEL RÉEL SOUS-JACENT À UN ESPACE COMPLEXETS I.133
voir qu’une façon de caractériser les idéaux maximaux parmi les idéaux est de dire qu’il
s’agit des idéaux dont l’anneau quotient associé est un corps.
Passons à (ii). Il est clair que l’on a f (x + y) = f (x) + f (y) pour tous x, y ∈ E (f est
additive) et que f (λx) = λf (x) pour tous x ∈ E et λ ∈ R (compatibilité à l’action des
scalaires réels). Mais on a aussi :
f (ix) = u(ix) − iu(−x) = u(ix) + iu(x) = if (x).
Ceci implique la compatibilité à l’action de tous les scalaires dans C, et donc la C-linéarité
de f ainsi définie ; il est clair que u = Re(f ). On a prouvé (ii)
Finissons avec (iii). Puisque |u(x)| = |Re(f )(x)| 6 |f (x)|, on a déjà : |||u||| 6 |||f |||.
D’autre part, si x ∈ E il existe λ ∈ C de module 1 et tel que λf (x) = |f (x)|. On a alors :
|f (x)| = λf (x) = f (λx) = u(λx) 6 |||u||| · kλxk = |||u||| · kxk,
ce qui prouve que |||f ||| 6 |||u|||.
TS I.134APPENDICE 3 : SUR L’ESPACE VECTORIEL RÉEL SOUS-JACENT À UN ESPACE COMPLEXE§ 3
§1
◦
1) Soit A convexe avec A◦ 6= ∅. Montrer que A = A◦ et A◦ = A .
2) Soit A un sous-ensemble convexe compact de Rn tel que le point 0 soit dans l’intérieur de A.
Soit S = {x ∈ Rn : kxk = 1} la sphère unité.
(i) Montrer que, pour tout y ∈ S, la demi-droite d’origine 0 passant par y coupe la frontière
Fr(A) = A A◦ de A en un point et un seul, noté δ(y).
(ii) Montrer que l’application y 7→ δ(y) est une application continue de S sur Fr(A).
4) Soit P(z) un polynôme à coefficients complexes et soit P0 (z) son polynôme dérivé. Montrer
que dans C ' R2 , toute racine de P0 est dans l’enveloppe convexe de l’ensemble des racines de P.
5) Dans l’espace de suites `∞ (N), montrer que l’ensemble enn n>1 ∪ {0} est compact mais que
son enveloppe convexe n’est pas fermée. Ici, en (k) = δn (k) est la suite qui vaut 0 pour tout k > 0,
sauf pour k = n où on a en (k) = 1.
6) [Une application du théorème de Helly] Soit F une partie finie de Rd . Montrer qu’il existe un
point x tel que tout hyperplan passant par x et ne rencontrant pas F, sépare F en deux parties F1
et F2 contenant chacune au moins |F|/(d + 2) points de F.
7) [Moyenne de Banach]
(i) Montrer qu’il existe une forme linéaire continue F, de norme égale à 1, invariante par
translations sur `∞ (Z) et qui vaut 1 sur la fonction constante égale à 1.
(ii) Soit eN la suite définie par eN (n) = δN (n). Montrer que F(eN ) = 0 pour tout N ∈ Z et en
déduire que F est nulle sur c0 (Z) (l’esapce des suites qui tendent vers 0 en ±∞).
TS I.136 EXERCICES
(iii) En déduite l’existence d’une probabilité “finiment additive", invariante par translations
sur Z, c’est à dire une application P : P(Z) → [0, 1] où P(Z) l’ensemble des parties de Z vérifiant :
• P(A ∪ B) = P(A) + P(B) si A ∩ B = ∅ ;
• P(A) > 0 pour tout A ⊂ Z ;
• P(Z) = 1 ;
• P(A) = 0 si A est fini.
8)
(i) Quel est le bidual de l’espace c0 (N) des suites réelles qui tendent vers 0 à l’infini, muni de
la norme sup ?
(ii) Citer des espaces vectoriels normés égaux à leur bidual (ces espaces vectoriels normés sont
dits réflexifs).
(iii) On considère le sous-espace vectoriel V de `∞ (N), formé des suites réelles qui admettent
une limite quand n → ∞. Sur V on définit la forme linéaire
x = (xn )n∈N 7→ lim xn .
n→∞
Montrer que cette forme linéaire est continue sur V et non nulle, mais qu’elle est identiquement
nulle sur c0 . En déduire que l’espace `1 (N) n’est pas réflexif.
9) Montrer que tout sous-espace affine fermé est l’intersection des hyperplans affines qui le
contiennent.
10) Soit C un convexe fermé et A une partie d’un espace réel normé E. Montrer que pour que C
contienne A, il faut et il suffit que pour tout f ∈ E0 , on ait f (A) ⊂ f (C).
11) Dans `2 (N) soit A l’enveloppe convexe fermée de l’ensemble ± enn n>1 . Montrer que A est
compact, que 0 ∈ Fr(A) mais que par 0 ne passe aucun hyperplan d’appui de A.
12)
(i) Montrer que les points extrémaux de la boule unité fermée de `∞ (N) sont les suites
(xn )n∈N telles que |xn | = 1 pour tout n ∈ N.
(ii) Montrer que la boule unité fermée de c0 (N) (les suites qui tendent vers 0 à l’infini) n’a
pas de point extrémal.
13) Dans l’espace euclidien R3 soit A l’enveloppe convexe de la réunion du cercle {x3 = 0 ; x21 +
x22 − 2x2 = 0} et des deux points (0, 0, 1) et (0, 0, −1). Montrer que A est convexe compact.
Déterminer Extr(A) et constater que cet ensemble n’est pas fermé.
14) Soit A un ensemble convexe compact non vide dans Rn . Soit f : A → R une fonction continue
et convexe sur A, ce qui signifie que
f λx + (1 − λ)y 6 λf (x) + (1 − λ)f (y)
pour tous x, y ∈ A et λ ∈ [0; 1]. Montrer que le maximum de f est atteint sur Extr(A) ; en
particulier, si A est un polyèdre il suffit de tester un nombre fini de points.
15) Dans l’espace Sn (R) de dimension n(n+1)/2 des matrices symétriques réelles S = [Sij ]16i,j6n
avec Sij = Sji , déterminer les points extrémaux des ensembles convexes suivants :
• K1 formé des matrices vérifiant S > 0 (c’est-à-dire dont le spectre est inclus dans R+ ) et
tr (S) = 1 ;
• KN formé des matrices vérifiant 0 6 S 6 1 (c’est-à-dire dont le spectre est inclus dans [0, 1])
et tr (S) = N, pour N = 2, ..., n.
EXERCICES TS I.137
Soit A une matrice symétrique réelle quelconque. Que vaut min tr (AS) ?
S∈KN
16) Soit E un espace vectoriel de dimension finie p sur R. Dans E soit K un polyèdre convexe
plein défini par le système d’équations
f1 (x) > 0, f2 (x) > 0, ... fN (x) > 0,
où N > p et où les fi sont des fonctions linéaires affines sur E (i.e. de la forme fi = ϕi + αi
avec ϕi ∈ E0 et αi ∈ R). Soit a un point extrémal de K. Montrer que le nombre des indices
i ∈ {1; 2; . . . N} tels que fi (a) = 0 est supérieur ou égal à p. Autrement dit, tout sommet de d’un
polyèdre convexe dans Rp est dans l’intersection d’au moins p faces dudit polyèdre.
17) Dans l’espace Mn (R) de dimension n2 des matrices réelles [Mij ]16i,j6n , on considère l’en-
semble convexe :
C = M = [Mij ]16i,j6n ∈ Mn (R) telles que Mij > 0, ∀1 6 i, j 6 n
n
X n
X
et Mik = Mkj = 1, ∀1 6 k 6 n. .
i=1 j=1
Les matrices de C sont appelées bistochastiques. Soit P l’ensemble des matrices de permutation,
c’est-à-dire qui ont un seul coefficient égal à 1 sur chaque ligne et sur chaque colonne, les autres
coefficients étant nuls.
(i) Montrer que P = Extr(C ).
(ii) En déduire un théorème de Birkhoff : toute matrice bistochastique est combinaison linéaire
convexes de matrices de permutations, et même d’au plus (n − 1)2 + 1 d’entre elles.
§2
1) Soit U un ouvert de C. Soit H un ensemble de fonctions holomorphes dans U tel que, pour
tout disque D fermé de rayon > 0 et contenu dans U, il existe une constante MD telle que pour
toute f ∈ H et tout z ∈ D on ait |f (z)| 6 MD .
(i) Montrer que pour tout disque D comme ci-dessus, il existe une constante M0D telle que
pour toute f ∈ H on ait |f 0 (z)| 6 M0D .
(ii) En déduire que l’ensemble H est équicontinu sur U.
2) Soit (fn ) une suite de fonctions sur positives sur un intervalle I ⊂ R (borné ou non). On
suppose que x 7→ fn (x) est croissante pour tout n > 1 et que 0 6 fn (x) 6 M, c’est-à-dire que (fn )
est uniformément bornée. Montrer que fn admet une sous-suite qui converge simplement sur I.
Si les fn sont toutes continues, la limite est-elle nécessairement continue ? En supposant la limite
continue, montrer que la convergence est uniforme sur les compacts.
3) Si k est un nombre réel > 0, on note Hk l’ensemble des fonctions définies sur [0; 1], à valeurs
réelles, telles que f (0) = 0 et qui sont k-Lipschitz, c’est-à-dire telles que
|f (x) − f (y)| 6 k|x − y|, pour tous x, y ∈ [0; 1].
[
On pose alors E = Hk et, pour f ∈ E , on note N(f ) = inf{k > 0 : f ∈ Hk }.
k>0
TS I.138 EXERCICES
(i) Justifier que E est un R-espace vectoriel et que N est une norme sur E .
(ii) Prouver que l’on a kf k∞ 6 N(f ) pour toute f ∈ E mais que k · k∞ et N ne sont pas des
normes équivalentes sur Hk .
(iii) On fixe k > 0. Discuter la compacité de Hk dans (E , k · k∞ ) et dans E , N(·) .
7) [Théorème de Müntz] Soit 0 = λ0 < λ1 < · · · une suite croissante de nombres positifs.
On appelle H l’espace engendré par les xλn dans C0 ([0, 1], C). Montrer que H est dense dans
C0 ([0, 1], C) pour la norme sup si et seulement si
X 1
= +∞.
λn
Montrer le même résultat pour les fonctions sous la forme e−λn r dans C00 (R+ , C) (l’espace des
fonctions continues qui tendent vers 0 à l’infini).
EXERCICES TS I.139
§3
1) [Fonctions continues nulle-part dérivables] Montrer que l’ensemble des fonctions continues
nulle-part dérivables est dense dans C0 ([0, 1]). On pourra considérer pour tout entier n > 1,
l’ensemble
|f (x) − f (y)|
Un = f ∈ C0 ([0, 1]); ∀x ∈ [0, 1], ∃y tel que 0 < |x − y| < 1/n, >n .
|x − y|
3) [Première classe de Baire] Soit f : R → R dans la première classe de Baire. Montrer que, pour
tout intervalle ouvert non vide I, il existe un sous-intervalle ouvert non vide J de I sur lequel f est
bornée.
4) [Graphe fermé et dimension] Soit E ⊂ L2 (]0, 1[) un sous espace fermé contenu dans L∞ (]0, 1[).
(i) Montrer qu’il existe une constante C > 0 telle que kf k∞ 6 Ckf k2 , pour tout f ∈ E.
(ii) En déduire que E est de dimension finie.
où f 0 est entendue au sens des distributions sur ]0, 1[, et l’opérateur B1 f = f 0 sur D
e1 . Montrer
que le graphe de B1 est fermé et que c’est la fermeture du graphe de A1 dans H × H .
(c) Déterminer le spectre de B1 .
TS I.140 EXERCICES
(iii) On prend
H = L2 (]0, 1[, C), D2 = {f ∈ C1 ([0, 1], C), f (0) = f (1)} et A2 f = f 0 .
(a) Montrer que le graphe de A2 n’est pas fermé et que σ(A2 ) = C.
(b) On considère le sous-espace de L2 (]0, 1[)
e 2 = f ∈ C0 ([0, 1], C) : f 0 ∈ L2 (]0, 1[, C), f (0) = f (1)
D
et l’opérateur B2 f = f 0 sur D
e 2 . Montrer que le graphe de B2 est fermé et que c’est la fermeture
du graphe de A2 .
(c) Montrer que D e est aussi l’espace des fonctions f ∈ C0 ([0, 1], C) dont les coefficients
R 1 2 −2iπkt
de Fourier ck (f ) = 0 f (t)e dt vérifient
X
|k|2 |ck (f )|2 < ∞
k∈2πZ
§4
1) [Densité des inversibles] Soit A une algèbre de Banach. On dit que a ∈ A est topologiquement
un diviseur de zéro (à gauche) dans A s’il existe une suite α = (αn )n>1 de A telle que α ne converge
pas vers 0 dans A mais aαn → 0.
(i) Montrer que les éléments de ∂A× (la frontière du groupe des inversibles A× de A) sont
topologiquement des diviseurs de zéro.
(ii) Soit A = L (`2 (N)) et S : A → A l’opérateur de décalage (x0 , x1 , . . . ) → (0, x0 , x1 , . . . ).
Montrer que S n’est pas dans l’adhérence de A× . Ce qui montre que A× n’est pas dense dans A.
(iii) Montrer que si A est de C-dimension finie alors A× est toujours dense dans A. (On pourra
commencer par traiter le cas A = Mn (C)).
3) [Idéaux fermés de C (X, C)] Soit (X, d) un espace métrique compact et A = (C (X, C), k · k∞ )
l’algèbre de Banach commutative unitaire des fonctions continues sur X munie de la norme sup.
Pour x ∈ X on note ex : A → C ∈ A 0 l’évaluation en x. Pour toute partie Y ⊂ X et B ⊂ A on
note
\ \
I(Y) := Ker(ey ) ⊂ A , V(B) := b−1 (0)
y∈Y b∈B
(i) Vérifier que I(Y) est un idéal fermé de A et que I(Y) = I(Y) et que V(B) est un
sous-ensemble compact de X et V(B) = V(hBi), où hBi désigne le sous-idéal de A engendré par B.
On note I (A ) l’ensemble des idéaux fermés de A et F (X) l’ensemble des parties fermées de X.
On dispose donc de deux applications qui inversent l’inclusion :
V I
I (A ) → F (X), F (X) → I (A )
et telles que V ◦ I(F) ⊃ F, I ◦ V(J) ⊃ J.
4) [Un critère de commutativité] Soit A une algèbre de Banach unitaire. Pour a ∈ A, on note
%(a) le rayon spectral.
(i) Montrer que s’il existe N > 0 tel que Nkak2 6 ka2 k, a ∈ A alors Nkak 6 %(a), a ∈ A.
(ii) Soit a, b ∈ A et supposons qu’il existe M > 0 tel que k exp(λa)b exp(−λa)k 6 M, λ ∈ C.
Montrer que ab = ba.
(iii) En déduire que si s’il existe N > 0 tel que Nkak2 6 ka2 k pour tout a ∈ A alors A est
commutative.
(i) Montrer que si x et y commutent (c’est-à-dire xy = yx), alors c exp(x+y) = exp(x) exp(y).
(ii) Montrer la formule de Trotter
x y n
exp(x + y) = lim exp exp .
n→∞ n n
(iii) On prend A = M2 (C) et
0 1 0 0
x= , y= .
0 0 1 0
Calculer exp(x), exp(y), exp(x + y) et constater que exp(x) exp(y) 6= exp(x + y).
(iv) Soient A = A et B = B∗ deux matrices hermitiennes de taille n. Montrer que
det exp(A + B) = det exp(A) exp(B) .
TS I.142 EXERCICES
(v) (a) Soient A1 , A2 ∈ Mn (C) deux matrices de taille n (pas forcément hermi-
tiennes). Montrer que
q q
|tr (A1 A2 )| 6 tr (A∗1 A1 ) tr (A∗2 A2 ).
tr (AB)p 6 tr (Ap Bp ).
tr eA+B 6 tr eA eB ,
(iii) Soient f1 , f2 , . . . , fp des fonctions appartenant à A et n’ayant aucun zéro commun dans
Pp
{z ∈ C : |z| 6 1}. Montrer qu’il existe g1 , g2 , . . . , gp ∈ A telles que i=1 fi gi = 1.
§5
1) Soit S l’opérateur de décalage défini sur `2 (N) par S(x) = (0, x0 , x1 , ...). On a déjà vu que le
spectre de S est le disque unité fermé de C. Montrer que S n’a pas de valeur propre et que le cercle
unité est l’ensemble des valeurs propres généralisées de S.
2) Soit 1 6 p 6 +∞ et l’espace de Banach E = `p (Z). Soit a = (an )n∈Z une suite bornée de
nombres complexes et T l’opérateur défini par (xn ) 7→ (yn ) avec yn = an xn pour tout n ∈ Z.
(i) Montrer que T est borné. Quelle est sa norme ?
(ii) Montrer que T est compact si et seulement si |an | → 0.
3)
EXERCICES TS I.143
(i) Soit (an )n∈N une suite de nombres réels strictement positifs tels que an → +∞ et soit H
l’espace de Hilbert composé des suites x = (xn )n>0 telles que
X
kxk2H = an |xn |2 < ∞.
n>0
(ii) Soit V : [0, +∞[→]0, +∞[ une fonction continue strictement positive telle que V(x) → +∞
quand x → +∞. Soit V l’espace de Hilbert composé des fonctions f ∈ L1loc (]0, +∞[) telles que
Z ∞
kf k2V = V(x)|f (x)|2 dx < ∞.
0
5) Soit T : E → F un opérateur compact, avec E et F des espaces de Banach. Montrer que l’image
de T est fermée si et seulement si T est de rang fini.
7) Soit E = C ([0; 1], C) (muni de la norme sup) et K(x, y) = min{x; y}. Si f ∈ E, on pose :
Z 1 Z x Z 1
(Tf )(x) = K(x, y)f (y) dy = f (y)y dy + x f (y) dy.
0 0 x
(i) Montrer que T est un opérateur continu sur E et calculer sa norme.
(ii) Montrer que pour tout f ∈ E, g = Tf est de classe C2 sur [0; 1], que g 00 (x) = −f (x), et
que g(0) = 0 et g 0 (1) = 0. En d’autres termes,
Im (T) ⊂ F := g ∈ C 2 ([0; 1], C) : g(0) = 0, g 0 (1) = 0 .
On appelle S2 (H) l’ensemble des opérateurs A ∈ L (H) tels que les séries (1) sont finies (appelés
opérateurs Hilbert-Schmidt), et on note kAk2S2 (H) := n>1 kAen k2 la norme associée.
P
En déduire que
kAk 6 kAkS2 (H) .
9) [Opérateurs à trace] On définit ici une autre sous-algèbre S1 (H) de L (H) et la trace sur cette
algèbre. Ceci permettra en particulier de voir que l’algèbre S2 (H) construite à l’exercice précédent
est en fait un espace de Hilbert.
1. Soit A = A∗ > 0 un opérateur compact auto-adjoint positif sur H. On appelle
X
tr (A) := hen , Aen i
n>1
la trace de A, où (en ) est une base orthonormée quelconque de H (la trace peut être finie ou infinie).
Vérifier que cette définition ne dépend pas de la base choisie et donner une expression en fonction
des valeurs propres de A.
EXERCICES TS I.145
et que
X
(3) tr (|A|) = sup |hfn , Aen i| .
(en ), (fn )
n>1
systèmes orthonormés
Dans cette dernière inégalité, les en et fn peuvent être en nombre fini ou infini.
4. Montrer que si A ∈ S1 (H), alors la série
X
tr (A) := hen , Aen i
n>1
converge absolument pour toute base orthonormée (en ) et ne dépend pas de la base choisie. Montrer
également que
tr (A) 6 tr (|A|),
c’est-à-dire que la trace A ∈ S1 (H) 7→ tr (A) est une forme linéaire continue.
5. Soit A l’opérateur de multiplication
√ par la fonction a(t) = t sur H = L2 (] − 1, 1[). Calculer
iπnt
hen , Aen i où en (t) = e / 2 est la base de Fourier et en déduire que
X
|hen , Aen i| < ∞,
n
1
mais que A ∈
/ S (H).
6. Montrer que si A, B ∈ S2 (H), alors AB et BA appartiennent à S1 (H ), avec
kABkS1 6 kAkS2 (H) kBkS2 (H) , kBAkS1 6 kAkS2 (H) kBkS2 (H) .
Montrer aussi que
tr (AB) = tr (BA).
2
En déduire que S (H) est un espace de Hilbert, lorsqu’il est muni du produit scalaire hA, BiS2 :=
tr (A∗ B).
7. Montrer que si A ∈ S1 (H) et B ∈ L (H), alors AB et BA appartiennent à S1 (H ), avec
kABkS1 (H) 6 kAkS1 (H) kBk, kBAkS1 (H) 6 kAkS1 (H) kBk,
c’est-à-dire que S1 (H) est un idéal bilatère de L (H). Montrer ensuite que
tr (AB) = tr (BA).
8. Montrer que k · kS1 (H) est une norme, et que S1 (H) est une algèbre de Banach.
9. Montrer que K (H )0 ' S1 (H ), que S1 (H )0 ' L (H ) et que S2 (H )0 ' S2 (H ) (ici K (H )
est l’algèbre des opérateurs compacts et L (H ) celle des opérateurs continus).
TS I.146 EXERCICES
10. Soit (An ) une suite bornée dans S1 . Montrer qu’il existe une sous-suite telle que tr (Ank K) →
tr (AK) pour tout K compact.
10) [Quelques opérateurs compacts] On se place dans H = L2 (Rd ) et on note f (−i∇) l’opérateur
qui consiste à multiplier par la fonction f (k) en Fourier, c’est-à-dire
f (−i∇)u = F −1 f (k)b u(k) .
Montrer que fn 1Ω → f 1Ω fortement dans L2 (Ω), pour tout ouvert borné Ω ⊂ Rd (théorème de
Rellich).
11) [Paires de projecteurs] Soient P et Q deux projecteurs orthogonaux (de rang quelconque,
possiblement infini), sur un espace de Hilbert H . C’est-à-dire on a P = P∗ = P2 et Q = Q∗ = Q2 .
On pose
A=P−Q et B = 1 − P − Q.
Dans tout l’exercice on suppose que A est un opérateur compact.
(i) Montrer que A2 + B2 = 1 et que AB + BA = 0.
(ii) Montrer que σ(A) ⊂ [−1, 1].
(iii) Montrer que Ker(A − 1) = Ker(Q) ∩ Ker(1 − P) et que Ker(A + 1) = Ker(1 − Q) ∩ Ker(P).
En déduire que A peut s’écrire
A = Π+ − Π− + P0 − Q0
où Π± sont des projecteurs orthogonaux de rang fini et P0 , Q0 sont des nouveaux projecteurs
orthogonaux tels que kP0 − Q0 k < 1.
(iv) On suppose ici que kAk = kP − Qk < 1.
(a) Montrer que B est inversible.
(b) On admet que√B peut s’écrire sous la forme B = |B|U (décomposition polaire), où
• |B| = 1 − A2 est inversible et commute avec A et B ;
• U est unitaire et commute avec A et B ;
(le montrer en exercice pour un opérateur compact). Montrer que U∗ AU = −A et que U∗ BU =
B.
(c) Déduire que le spectre de A est symétrique par rapport à 0, et que U∗ PU = Q,
∗
U QU = P.
EXERCICES TS I.147
(vii) Cette formule est en fait vraie pour tous P, Q, R tels que P − Q et Q − R sont compacts.
Quelles conséquences peut-on en tirer ?
Soit f à valeurs réelles non nulle, telle que Af = τ kAkf avec τ = ±1. Montrer que A|f | = kAk |f |,
que f = ±|f | et que |f | > 0. Conclure en particulier que −kAk ∈ / σ(A).
Indice : on pourra écrire f = f+ − f− où f+ = max(f, 0).
(v) Montrer que la valeur propre kAk est simple.
(vi) Soit h > 0 une fonction positive non nulle quelconque dans L2 (Ω). Calculer la limite
1
lim h, AN h N
.
N→∞
13) [Régularité des valeurs propres] Soit A une application continue d’un ouvert Ω ⊂ Rd dans
L (H ), telle que A(x) est auto-adjoint compact pour tout x.
(i) On appelle λ(x) la plus grande valeur propre de A(x). Montrer que
On a par ailleurs µ(x) = λ(x) si λ(x) est de multiplicité > 2. Montrer que µ(x) est également une
fonction continue.
(iv) On suppose que λ(x0 ) est simple. En déduire que λ(x) reste simple sur un voisinage de
x0 .
TS I.148 EXERCICES
(v) Soit C le cercle dans le plan complexe centré en λ(x0 ) et de rayon (λ(x0 ) − µ(x0 ))/2.
Calculer I
1 −1
z z − A(x) dz
2iπ
pour x assez proche de x0 . Soit en une base orthonormée quelconque de H . En déduire que
I D
1 X −1 E
λ(x) = z en , z − A(x) en dz.
2iπ n H
(vi) Montrer que si x 7→ A(x) est C∞ (resp. analytique réelle) alors λ est aussi C∞ (resp.
analytique réelle) au voisinage de x0 .
14) [Absence de transitions de phases en 1D] N’importe quel matériau est soumis à des transitions
de phase lorsque la température et la pression varient. Nous sommes par exemple habitués à ce
que l’eau se transforme en glace à 0 C et s’évapore à 100 C, dans les conditions normales de
pression. Ces changements de phase ont lieu pour des valeurs particulières de la température et de
la pression, que l’on peut représenter par des courbes dans le plan (T, P), appelé diagramme de
phase. En dehors de ces courbes, les observables du système sont toutes des fonctions très lisses de
T et P.
Il est assez surprenant que les transitions de phase sont un phénomène typique de la dimension
3 (pour les potentiels d’interaction à courte portée). Nous allons démontrer ici un théorème de 1950
dû à Van Hove (dans un cas simplifié), qui précise que l’enthalpie libre est une fonction analytique
réelle pour un système unidimensionnel. Ainsi, il n’y a pas de transitions de phase usuelles en
dimension 1. Un résultat similaire (quoique plus faible) a été démontré par Mermin et Wagner
pour la dimension 2.
On considère donc N particules classiques qui interagissent par l’intermédiaire d’un potentiel
w. On suppose que
= +∞
si |x| < R1
w(|x|) ∈ (−C, C) si R1 6 |x| 6 R2
si |x| > R .
= 0
2
Le lecteur peut penser à une fonction continue sur [R1 , R2 ] qui admet une limite en R+ 1 et qui
−
tend vers 0 en R2 . L’hypothèse que w est infini pour |x| < R1 sert à assurer que les particules ne
sont jamais trop proches les unes des autres (on parle de cœur dur). L’énergie de N + 1 particules
localisées en x0 , ..., xN ∈ R est donnée par
X X N
X
w(|xj − xk |) = w(|xj − xk |) + w(|xj − x0 |).
06j<k6N 16j<k6N j=1
Comme cette énergie est invariante par translation, on va supposer pour simplifier que 0 = x0 6
x1 6 · · · 6 xN . On place les particules dans un segment de taille L > NR1 , c’est-à-dire on ajoute
la contrainte que xN 6 L. À température T = 1/β > 0, l’état du système est décrit par la mesure
de Gibbs
X XN
µβ,L,N (x1 , ..., xN ) = Z(β, L, N)−1 exp −β w(xk − xj ) − β w(xj )
16j<k6N j=1
où
Z L Z xN Z x2 P PN
Z(β, L, N) = dxN dxN−1 · · · dx1 e−β 16j<k6N w(xk −xj )−β j=1 w(xj )
0 0 0
EXERCICES TS I.149
est un facteur de normalisation, appelé fonction de partition. À cause du cœur dur, la mesure
µβ,L,N est à support dans l’ensemble des (x1 , ..., xN ) tels que xj > R1 + xj−1 . Par contre Z(β, L, N)
fait sens pour tout L et s’annule juste quand L 6 NR1 .
Dans l’ensemble isotherme-isobare, nous devons considérer la transformée de Laplace de
Z(β, L, N) par rapport à L Z ∞
∆(β, p, N) = e−pL Z(β, L, N) dL,
0
où p est la pression. Le but est d’étudier la limite
log ∆(β, p, N)
δ(β, p) = lim
N→∞ N
et sa régularité en β, p.
(i) On suppose que R2 < 2R1 , de sorte que chaque particule n’interagit qu’avec ses plus
proches voisins. Calculer ∆(β, p, N) et la limite δ(β, p), puis conclure que cette dernière est une
fonction analytique réelle sur le quart de plan {β > 0, p > 0}. On introduira les nouvelles variables
y1 = x1 , y2 = x2 − x1 ,..., yN = xN − xN−1 .
(ii) On introduit la fonction
β β px py
aβp (x, y) = exp −βw(x + y) − w(x) − w(y) − −
2 2 2 2
et l’opérateur Aβ,p dont le noyau est égal à aβ,p (x, y), sur H = L2 (]R1 , ∞[). Montrer que Aβ,p est
auto-adjoint et Hilbert-Schmidt.
(iii) On suppose maintenant que R2 < 3R1 de sorte que chaque particule n’interagit qu’avec
son plus proche voisin et le suivant (à sa droite et sa gauche). On pose également
w(x) x
hβ,p (x) = exp −β −p
2 2
qui est dans L2 (R1 , ∞). Montrer que
1D N E
∆(β, p, N) = hβ,p , Aβ,p hβ,p .
p
En utilisant l’exercice 12, montrer que
log ∆(β, p, N)
lim = log kAβ,p k.
N→∞ N
(iv) En utilisant maintenant l’exercice 13, montrer que (β, p) 7→ log kAβ,p k est analytique
réelle sur le quart de plan {β > 0, p > 0}.
Référence : Léon van Hove. Sur l’intégrale de configuration pour les systèmes de particules à une dimension.
Physica, 1950, 16, 137-143