Cours Introduction Au Droit
Cours Introduction Au Droit
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ISPRIC
Licence 1
Pr Issiaka CISSE
Maître de conférences à l’USJPB
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Enseignant chercheur
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Pr Issiaka CISSE, Cours de l’introduction au droit, ISPRIC-Licence 2023-2024.
Introduction à la notion du droit
La première réaction d’un individu dans son existence est de réclamer un droit. Une revendication naturelle et
légitime mais qui dicte la conduite dans la société. En effet, à partir du moment où plusieurs personnes vivent
ensembles, naît aussitôt un besoin d'ordonner leurs conduites. Ces règles de conduites, éparses et diverses,
composent un ensemble : le Droit. Dès lors, le droit est un phénomène vivant. Les règles naissent, vivent, meurent,
évoluent dans leur contenu, parce que la société et les hommes qui la composent, évolue. Parce que les rapports
humains sont complexes, le droit est complexe. Mais ce droit désigne plusieurs phénomènes, à plusieurs sens qu’il ne
faut pas confondre. Ces sens ne doivent pas être confondus mais mis en relation.
Le Droit recouvre donc plusieurs notions. Comme toute science, le droit a aussi son langage. La science juridique
emprunte parfois au langage usuel, son vocabulaire mais le sens en est parfois différent, plus large ou plus restreint.
Les mots ont parfois aussi deux sens. Il en est ainsi du mot « droit ». Il y a le Droit, qu'on serait tenté d'écrire avec
une majuscule et les droits, avec une minuscule :
- tantôt, on entend par droit, l'ensemble des règles juridiques, ce qu'on appelle « le droit objectif » ;
- tantôt, on entend par droit, telle ou telle prérogative dont une personne est titulaire, dont elle est le sujet, on
parle alors des « droits subjectifs ».
Aussi, le mot droit comporte pour les juristes, deux définitions distinctes. Le droit recouvre deux ensembles
différents qui diffèrent profondément, même s'ils se situent en relation. En effet, l'objet du droit objectif est de
délimiter les droits subjectifs des personnes.
LE DROIT OBJECTIF : Le droit est, en premier lieu, un ensemble de règles destinées à organiser la vie en société.
A cet ensemble, on applique l'expression Droit objectif.
- Il s'agit de délimiter la part de liberté et de contrainte de chacun. Il faut définir ce qui est permis ou pas pour
que la vie sociale soit possible. La société établit des règles destinées à régir son fonctionnement, et par voie de
conséquence, à organiser les relations des personnes qui la composent.
- Le droit objectif est constitué par l'ensemble de ces règles juridiques. Lorsqu'on étudie la règle de droit objectif,
cela signifie qu'on prend en considération la règle de droit, en elle-même et pour elle-même, abstraction faite de
son contenu. On envisage ce qui est commun à toutes les règles juridiques : ses caractères, ses classifications, ses
sources, son domaine d'application, etc...
LES DROITS SUBJECTIFS : Le mot droit a une seconde signification. Le Droit objectif reconnaît, en effet, des
prérogatives aux individus. Ces prérogatives sont des droits subjectifs dont les individus peuvent se prévaloir dans
leurs relations avec les autres. Il ne faut pas perdre de vue que le droit a pour but d'organiser la vie en société, donc
de régir des personnes qu'on appelle sujets de droit. Dans ce second sens, le droit est envisagé de façon plus concrète
et particulière. On examine les droits dont une personne est titulaire, les prérogatives individuelles que les personnes
ont vocation à puiser dans le corps de règles constitué par le droit objectif.
- Le droit, pris dans son sens subjectif, désigne alors une prérogative accordée à telle ou telle personne. Il s'agit
par exemple du droit de propriété, de droit de vote, du droit de grève, du droit d'exercer l'autorité parentale sur
ses enfants, etc... C'est un droit subjectif qu'on envisage lorsqu'on affirme : « j'ai le droit de faire telle et telle
chose en vertu de ma qualité de parent ou de propriétaire » mais d'une norme de droit objectif qu'on parle de
condamner quelqu'un à réparer un dommage en vertu de l'article 113 du RGO 1242 du Code civil.
- Ces deux significations du mot droit ne s'opposent pas, elles sont complémentaires. Ce sont deux façons
différentes d'envisager le même phénomène, les deux faces d’un même miroir : le droit. Le droit objectif tend à
déterminer les droits subjectifs des individus. Nous envisagerons successivement le droit envisagé comme un
ensemble de règles, c’est-à-dire « le droit objectif» dans première partie et nous verrons dans une deuxième
partie, le droit envisagé comme un ensemble de prérogatives, c’est-à-dire « les droits subjectifs » ou plus
exactement ce qui constitue leur unité. (Toutes les études universitaires tendent à une connaissance approfondie
des différentes catégories de droits subjectifs).
Par ailleurs, le droit semble avoir des rapports avec d’autres disciplines sociales. Il s’agit entre autres de la morale, la
religion, la justice, la science, le droit naturel, le droit positif etc… Mais un rapport limité puisqu’il y a tout de même
des spécificités entre la règle de droit et ces disciplines sociales. La spécificité se détermine dans un débat
droit/morale et un débat droit/équité.
Le droit et la morale suscite un débat. La morale si bien qu’elle est une règle comparable au droit, elle peut être
religieuse ou sociale. La morale religieuse n'est pas une règle étatique, du moins dans un Etat laïc comme le Mali (ce
qui n'est pas le cas dans certains pays islamiques). En effet ces deux règles se séparent et Bentham affirme que
morale et droit ont des objets et des domaines différents ; il sépare donc la morale du droit. Le droit vise à organiser
la société alors que la morale concerne davantage l’individu.
- Morale : gouverne les rapports entre les hommes et Dieu.
- Droit : gouverne les rapports entre les hommes.
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A titre d’exemple, le droit est neutre face au suicide alors que la morale est tout à fait contre. L’objectif commun de
deux institutions est l'amélioration de l'individu et le perfectionnement de l'homme en général (un idéal moral), alors
que le droit, plus concret et plus pragmatique, œuvre davantage pour la paix sociale. La différence n'est donc pas
vraiment dans le domaine ni dans les intentions, mais plutôt dans la sanction (cf. Kant).
Le droit la justice se conjugue. La justice est un idéal abstrait vers lequel tend toute société démocratique. La justice
est le service public de justice, un corps de professionnels. La justice ne se confond pas avec le droit car le droit
dépasse le cadre strictement judiciaire pour s'étendre jusqu'au juridique. De là à quoi sert le droit s'il ne fait pas
respecter la justice ? La cohésion ne s'exerce qu'entre le droit et l'idéal de justice. Et encore : il existe deux types de
justice (cf. Aristote) : la justice commutative et la justice distributive. Elle est commutative lorsqu'elle tranche un
conflit entre 2 individus dont les droits et les intérêts sont confondus ou en jeu. L'objectif est de maintenir ou établir
l'équilibre entre 2 patrimoines ou bien proportionner la peine à la gravité de l'acte d'une des parties (rendre à chacun
ce qui lui revient).
Elle est distributive pour une meilleure répartition des biens entre individus. Met généralement en cause des
collectivités publiques et des particuliers ou personnes privées. Il peut y avoir un distributif libéral (ex.: assurance...)
et un distributif socialiste (ex.: RSE). La philosophie de cette justice est à chacun selon ses besoins (justice de
gauche).
Le droit n'a pas que ce seul objectif de justice et d'ordre social et juridique ; il régit aussi la santé, l'économie etc.
Aussi, le droit et l’équité sont relativement identiques. Pour Merlin : ceux qui ne voient ce qui est juste ou injuste que
par les yeux de la loi ne le voient jamais que par les yeux de l'équité. C’est dans le même sens que Aristote estime que
le droit et équité ne sont ni identique ni très différents : l'équité corrige la loi quand elle est inadaptée en raison de sa
spécificité. Les parlements de l'ancien droit s'octroyaient le droit de juger en équité. Le problème est qu'ils en ont
abusé, et pendant la révolution on pouvait entendre : Dieu nous garde de l'équité des parlements. Le culte de la loi,
expression de la volonté générale, a chassé l'équité des parlements. Aujourd'hui, ce principe est noté à l'article 12 du
NCPC : le juge tranche les litiges conformément aux règles de droit qui sont applicables.
Ce cours est fondamental pour la formation en sciences juridiques. Il permet d’introduire le droit civil en enseignant
les notions indispensables pour l’appréhension du droit. De ce fait, nous l’aborderons en deux chapitres. Le premier
les droits objectifs (chapitre 1) et le second sur les droits subjectifs (chapitre 2).
Bibliographie
- LARROUMET (C.), Introduction à l’étude du droit privé, édition Economica, Coll. Droit civil, T.1,
Paris, 5e éd. 2006.
- Charles MBA-OWONO, Précis de droit civil gabonais, les personnes-les incapacités, DIANOÏA,
2019 ;
- Fredéric DEBOVE, Renaud SALOMON, Thomas JANVILLE, Droit de la famille, VUIBERT,
6ème éd., 2011.
- J. FLOUR, G. CHAMPENOIS, Les régimes matrimoniaux, Armand Colin, 3ème éd., 2005.
- F. TERRÉ et D. FENOUILLET, Droit civil, les personnes, la famille, les incapacités, 7e éd. 2003.
- A. LEFEBVRE-TEILLARD, Introduction historique au droit des personnes et de la famille, PUF, 1996.
- Gérard CORNU, Droit civil, T. II : La famille, Montchrestien, 8ème éd. 2003.
- Gérard CORNU, Droit civil, introduction les personnes, les biens, Montchrestien, 12 ème éd. 2005.
- Michèle MULLER, Droit civil, Foucher, 2ème éd., Vanves, 2006.
- Code des personnes et de la famille du Mali (Loi n° 2011-087 du 30 décembre 2011.
- Code pénal du Mali ; CPCCS.
- Code civil français.
- Outre ces ouvrages et codes : v. Les différentes encyclopédies, J. cl. civ., Rép. Dalloz, Lamy, Droit
des personnes et de la famille. Dictionnaire permanent : Bioéthique et biotechnologie.
- Revues de base : Revue trimestrielle de droit civil, chronique de J. HAUSER, Personnes et Famille
Droit de la famille Revue juridique personnes et famille. Dalloz- Semaine juridique, Petites affiches, JO du
Mali.
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CHAPITRE I : Le Droit Objectif
Dans ce chapitre, il sera question d’abord des caractères de la règle de droit ensuite les divisions du droit et enfin les
sources du droit objectif.
A- Caractère général
La règle de droit est générale signifie qu'elle a vocation à s'appliquer à toutes les personnes qui forment le corps
social. Cela explique qu'elle soit toujours formulée de manière générale et impersonnelle. On rencontre souvent les
formules : « Quiconque... » ; « Toute personne... ». La règle concerne chacun et ne vise personne en particulier. Cela
ne signifie pas pour autant que toutes les règles de droit ont vocation à régir toutes les personnes. Parfois la règle de
droit s'applique à un groupe de personnes : les salariés, les employeurs, les médecins, les consommateurs, les
propriétaires, les conducteurs d'automobiles, les époux.
La règle est générale parce qu'elle a vocation à s'appliquer à toute personne appartenant à cette catégorie. La règle de
droit n'en est pas moins générale parce qu'elle vise une catégorie de personnes sans viser personne en particulier.
Même si la règle vise une catégorie à laquelle une seule personne appartient, (ex. Le Vérificateur général de la
république du Mali en fonction), elle conserve un caractère général parce qu'elle ne nomme personne en particulier.
En principe, ce caractère général de la règle de droit est une garantie contre l'arbitraire, contre la discrimination
individuelle. Mais le caractère général de la règle de droit ne signifie pas égalité. La règle de droit peut être
discriminatoire à l'égard d'un groupe de personnes pour des motifs louables (accorder plus de droits aux personnes
âgées, plus de protection aux femmes enceintes, aux enfants ; être plus sévère à l'égard des automobilistes qui créent
un risque pour les non-conducteurs) ou des motifs condamnables (race, sexe, religion, convictions politiques, etc...)
La généralité de la règle de droit est une protection nécessaire mais insuffisante contre l'arbitraire.
La règle de droit doit régir des situations et non pas des cas particuliers. Ex. : la loi ne va décider si Oumar est
l'enfant légitime de M. et Mme TRAORE. Mais la loi décide que tous les enfants nés pendant le mariage sont
légitimes. Il faudra appliquer la loi à cette situation. En revanche, le juge statue sur des cas particuliers, il rend des
décisions et non pas des règles de droit.
Ce caractère général de la règle de droit permet de la distinguer d'autres normes juridiques. Ainsi, une décision
individuelle même émanant de l'Administration ou du Parlement n'est pas une règle de droit (ex. : un permis de
conduire, une notification de droits, un ordre de réquisition, une nomination par décret à une fonction publique ou à
un titre honorifique etc...). Ce n'est pas la règle de droit mais une disposition personnelle. Il en est de même d'un
jugement tranchant un litige particulier : il n'édicte pas une règle de droit à vocation générale. Il répond, au contraire,
à un problème particulier. Dans ces deux cas, il ne s'agit pas d'une règle de droit mais d'une décision.
B- Caractère impersonnel
La règle de droit est aussi impersonnel parce qu’elle ne désigne pas une personne. Elle s’applique plutôt à l’ensemble
des individus vivant dans une société. La dimension impersonnelle indique l’impartialité de la règle de droit.
Lorsqu’une loi entre en vigueur, elle s’applique à tous les individus. A titre d’exemple, le port du casque est
obligatoire à toutes les personnes conduisant un engin à deux roues. Aucune excuse ou dérogation n’est admise ce
qui oblige l’usager à porter son casque. Une telle règle ne s’applique pas à X ou à Y mais plutôt à tout le monde.
A- Caractère obligatoire
La règle de droit est un commandement. En effet, elle a un caractère obligatoire. Si elle était dépourvue de ce
caractère, elle ne serait qu'un conseil laissé à la discrétion de chacun et non un ordre. La règle de droit doit être
respectée pour pouvoir jouer son rôle d'organisation de la société. S'il n'y avait plus de règle obligatoire, ce serait le
règne de l'anarchie. C’est pourquoi, la règle de droit ordonne et doté d’un caractère obligatoire parce qu'elle
interdit aux autres de porter atteinte à cette liberté (ex. le droit de grève est une règle juridique obligatoire et
l'employeur ne peut s'y opposer, le droit de congé etc.
Ce caractère obligatoire permet d'opposer la règle de droit aux autres règles. Ainsi, la règle religieuse, la règle morale
ou la règle de politesse sont dépourvues de ce caractère obligatoire. Certes, la violation d'une règle religieuse peut
donner lieu à des sanctions émanant de Dieu et la violation d'une règle morale ou de politesse peut entraîner la
réprobation sociale, le blâme public, l'exclusion, mais l'exécution de ces règles ne peut être pris en charge par
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l'autorité publique. L'Etat n'est pas à l'origine de la contrainte exercée pour le respect de la règle religieuse ou morale.
On perçoit immédiatement qu'une telle proposition n'est valable que pour les Etats laïcs. Car toutes règles morales,
religieuse ou autre, a vocation à devenir juridique, indépendamment de son contenu et de sa finalité : il lui suffit
d'être rendue obligatoire et sanctionnée par l'Etat.
B- Caractère sanctionnateur
La règle de droit est assortie de sanctions. Il a un caractère coercitif, il est sanctionné par l'Etat. C'est cette
consécration par l'Etat qui fait la règle de droit. Pour obtenir le respect du droit, des contraintes et des sanctions sont
prévues. Lorsque l'autorité judiciaire constate la violation d'un droit, elle requiert la force publique pour que celle-ci
contraigne le contrevenant à respecter le droit. Il est possible d'exiger l'exécution de la règle de droit, au besoin en
recourant à un organe de Justice institué par l'Etat (ex. police, gendarmerie, etc...). Néanmoins, heureusement, le plus
souvent, la menace du gendarme suffit. La sanction étatique est souvent virtuelle, à l'état de menace.
Statistiquement, le respect volontaire du droit demeure. Ce n'est pas seulement la peur du gendarme qui inspire ce
respect volontaire du droit. Ex. : entre époux qui s'aiment, on peut penser que la fidélité ne repose pas sur la peur
d'une sanction de l'adultère. De même, ce ne sont pas seulement les sanctions prévues par le Code pénal qui nous
empêche de voler ou de tuer. L'existence d'une sanction serait donc le propre de la règle de droit. Certains ont pu
néanmoins dénoncer là une logique un peu réductrice de la notion de droit. De plus, cette analyse serait fondée sur
un raisonnement vicié. En effet, pour savoir ce qu'est le droit, c'est-à-dire ce qui doit être sanctionné par l'autorité
publique, il conviendrait d'examiner ce qui est effectivement sanctionné par l'autorité publique. Le raisonnement, on
le voit, conduit à une véritable tautologie : Doit être sanctionné ce qui est sanctionné. Est du droit, ce qui est du
droit.
D'ailleurs, entre les conduites relevant du non-droit et celles qui dépendent de la sanction de l'autorité publique, il y a
des situations intermédiaires, sans doute juridique, mais dans une large mesure à l'abri des sanctions étatiques. Ainsi
en est-il en cas d'obligation naturelle, catégorie intermédiaire entre le devoir moral et l'obligation civile, c’est-à-dire
juridiques. L'obligation civile est un lien de droit, en vertu duquel une personne est tenue, à l'égard d'une autre, d'un
fait ou d'une abstention. L'obligation naturelle, par opposition à l'obligation civile, n'est pas susceptible d'exécution
forcée.
On cite souvent l'exemple de l'obligation alimentaire entre frères et sœurs. Celle-ci, contrairement à l'obligation
alimentaire entre parents et enfants, n'existe pas juridiquement. Ce n'est qu'un devoir moral, une obligation naturelle.
Mais si elle fait l'objet d'une exécution spontanée, elle devient une obligation juridique et la continuation de son
exécution pourra être demandée en justice (et il est impossible d’obtenir restitution de ce qui a été versé au motif que
cela n’était pas dû juridiquement).
Section II : les divisions du droit objectif
Le droit est constitué par un ensemble des règles que l’on peut essayer de classer. Une telle classification peut être
relativement facile si l’on divise les règles du droit selon qu’elles relèvent du droit national ou du droit international.
A- Droit privé
Le droit privé est celui qui régit les rapports entre particuliers ou avec les collectivités privées, telles que les
associations, les sociétés et qui assure prioritairement la sauvegarde des intérêts individuels. Le droit privé comprend
principalement le droit civil et le droit commercial.
Le droit civil occupe une place privilégiée. Il a une valeur générale et donne les principes généraux. Le droit civil
constitue le droit commun. Cela signifie qu'il s'applique, en principe, à tous les rapports de droit privé, sauf si un
droit spécial a été édicté pour une matière déterminée. Cette fonction particulière s'explique par le fait que le droit
civil est la branche la plus ancienne du droit. Le droit civil régit d'abord la famille ( mariage-divorce-filiation, régimes
matrimoniaux-successions libéralités), ensuite la propriété et enfin le droit des obligations (contrat-responsabilité
civile).
Le droit commercial contient les règles dont l'application est réservée soit aux particuliers qui effectuent des actes de
commerce, soit aux commerçants. Il régit donc aussi bien les sociétés constituées pour la réalisation d’opérations
commerciales, que le fonds de commerce du simple commerçant ou encore des actes de commerce, ensemble des
actes accomplis par un commerçant dans l’exercice et pour les besoins de son commerce. S'il a emprunté au droit
civil, un certain nombre de ses techniques, il s'en est détaché pour constituer un corps de règles adaptées à la vie des
affaires
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B- Droit public
Le droit public est celui qui régit les rapports de droit dans lesquels interviennent l'Etat (ou une autre collectivité
publique) et ses agents. Le droit public régit l'organisation de l'Etat et des collectivités publiques ainsi que leurs
rapports avec les particuliers. Ainsi, il contient les règles d'organisation de l'Etat et celles qui régissent les rapports
entre les particuliers et l'Administration. Le droit public se subdivise aussi en plusieurs branches. Il comprend
principalement le droit constitutionnel qui fixe les règles de base d'organisation de l'Etat, le droit administratif qui
réglemente la structure de l'Administration et ses rapports avec les particuliers, les finances publiques et le droit fiscal
qui réunissent les règles gouvernant les dépenses et les recettes des collectivités publiques, les libertés publiques qui
définissent les divers droits de l'individu dans la société et les modalités de leur protection.
Le droit international est l’ensemble des règles juridiques qui régissent les rapports entre les personnes de la société
internationale, c'est-à-dire les Etats, les organisations internationales publiques et de façon particulière les individus.
En d’autres termes, le DIP est l’ensemble des règles et des principes qui régissent les relations entre les Etats
souverains et qui les engagent de manière réciproque. Le droit international public constitue donc la loi de la
communauté internationale, et doit être distingué du droit international privé, applicable aux relations entre
particuliers ou personnes morales.
Le droit international privé régit les rapports entre les personnes relevant de droits internes différents et les situations
pouvant être soumises à plusieurs ordres juridiques nationaux. C’est le droit interne qui règle les conflits de lois et
détermine le rattachement à un ordre juridique national. En effet, le droit international privé est celui qui régit les
rapports des particuliers entre eux lorsqu'il existe un élément étranger. Ex. : un divorce entre un malien et une
sénégalaise, mariés en Côte d’Ivoire et domiciliés au Mali, peuvent-ils divorcer et si oui, selon quelles règles ?
L’ouverture de la succession d'un malien, décédé au Niger qui a un immeuble au Benin, quel est le sort du bien ? Une
partie du droit international a pour but de déterminer la loi applicable par la méthode dite de « conflits de lois ».
A- Droit du travail
Le droit du travail est une branche du droit privé. Le droit du travail peut être défini comme « l’ensemble des règles
juridiques applicables aux relations individuelles et collectives qui naissent entre les employeurs privés et leurs salariés
c’est-à-dire ceux qui sont liés à eux par un contrat de travail. Les enseignements de cette branche impliquent d’autres
branches comme le droit civil, le droit commercial, le droit pénal ».
B- Droit pénal
Le droit pénal est l’ensemble des règles juridiques pourvues d’une peine. Mais au sens plus large, il s’agit de «
l’ensemble des lois qui régissent l’exercice de la répression par l’Etat ». Le droit pénal, c’est le droit de l’infraction et
celui de la réaction sociale qu’elle suscite. Le droit pénal incrimine et sanctionne les comportements qui portent
atteinte à l’organisation de la vie sociale et aux valeurs essentielles de la société. La société édicte ces infractions pour
protéger l’ordre social, sanctionner ceux qui y portent atteinte et dissuader ceux qui seraient tentés de le faire. Les
enseignements de cette branche impliquent d’autres branches comme le droit civil, le droit commercial, le droit
pénal.
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Paragraphe I : les sources directes
A- La loi
La loi est une source formelle du droit. Le mot loi est ici pris dans un sens très large. Il recouvre toutes les dispositions
publiques formulées par écrit, présentant un caractère général, impersonnel et obligatoire. La loi ainsi entendue,
recouvre en réalité des textes de nature et de portée sensiblement différents.
Les organes qui ont autorité pour édicter des règles ou consacrer des solutions juridiques sont fort divers et
hiérarchisées. Cette hiérarchie des règles présente une grande importance car un texte d'une catégorie inférieure est
généralement subordonné aux textes d'une catégorie supérieure et ne peut y déroger. Ainsi la loi au sens large
regroupe entre autres : la constitution, loi organique, loi ordinaire, ordonnances, les règlements, les traités.
a. La constitution
La constitution est la loi fondamentale. La Constitution du 22 juillet 2023 a une valeur supérieure aux lois et aux
règlements. Le préambule de la Constitution fait mention de la diversité culturelle, linguistique et religieuse ; de notre
histoire millénaire et de ses ancêtres ; de l’héritage de grands empires et royaumes bâtis sur des valeurs
socioculturelles endogènes devant inspirer les générations présentes et futures ; et renvoie à la Déclaration des droits
de l’homme du 10 décembre 1948 et à la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples du 27 juin 1981. La
Cour Constitutionnelle veille à la conformité des lois votées par le Parlement au bloc de constitutionnalité.
b. Traités
Les traités sont des accords entre états, il faut ratification et réciprocité. Traités OHADAapplication directe. En
effet, dans l’ordonnancement juridique, le traité a une primauté sur la norme interne. L'article 183 de la Constitution
dispose que « Les traités ou accords régulièrement ratifiés ou approuvés ont, dès leur publication, une autorité
supérieure à celle des lois, sous réserve, pour chaque traité ou accord, de son application par l’autre partie ». Le traité
se voit reconnaître une place prééminente dans la définition de l'ordre juridique français. La condition de réciprocité
n'est pas examinée par les juridictions. Cette vérification relève de l'autorité du gouvernement. Le principe de
supériorité du droit international ne s’applique qu’aux traités régulièrement conclus.
c. Loi organique
Les lois organiques organisent et complètent la constitution.
d. Loi ordinaire
Les lois ordinaires, ordonnances et les lois référendaires ; les règlements autonomes et les décisions du président de la
république.
e. Ordonnance
Dans un souci d'efficacité et de rapidité, la Constitution a prévu la possibilité d'une délégation de pouvoir du
législatif à l'exécutif. L'article 74 énonce, en effet, que « le gouvernement peut, pour l'exécution de son
programme, demander au Parlement l'autorisation de prendre, par ordonnances, pendant un délai déterminé, des
mesures qui sont normalement du domaine de la loi.
f. Règlement
Le règlement englobe l'ensemble des décisions du pouvoir exécutif et des autorités administratives. Au premier rang
de ces textes figurent les décrets. La compétence de principe revient au Premier ministre. On distingue trois sortes de
décrets :
- les décrets simples, ordinairement signés par le Premier ministre, avec le contreseing des ministres qui ont la
charge de son exécution ;
- les décrets en Conseil des ministres, qui sont signés par le Président de la République, avec le contreseing de
tous les ministres. (Compétence exceptionnelle du Président de la République) ;
- les décrets de la Cour constitutionnelle.
Hiérarchiquement subordonnées au décret, au second rang figurent les arrêtés. On distingue les arrêtés selon leur
auteur et ceux-ci se classent hiérarchiquement selon leur autorité. Au premier rang se trouvent les arrêtés ministériels
ou interministériels, ensuite les arrêtés préfectoraux et enfin les arrêtés municipaux.
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Il faut ajouter à cette liste, les circulaires par lesquelles un ministre donne des instructions à des fonctionnaires pour
le fonctionnement du service. En principe, ces circulaires n'ont pas de valeur réglementaire (même si à certains
égards on reconnaît la valeur réglementaire. Dans ce cas, la circulaire a la même valeur qu’un arrêté ministériel).
La coutume est une source directe du droit autant que la loi. Historiquement, les règles coutumières sont apparues
avant la loi écrite. Dans l'Ancien droit, la coutume était la source essentielle du droit. Mais avec la Révolution, il y eut
un véritable culte de la loi et la coutume a tendu à disparaître sous l'effet de la centralisation politique, administrative
et judiciaire. Aujourd'hui, la coutume a une importance mineure en tant que source du droit. La codification des
premiers textes après l’indépendance, a tout de même laissé une place à la coutume. Récemment l’adoption du code
des personnes et de la famille laisse paraitre cette importance. Cela dit, en droit civil, la coutume constitue une source
qui forge le droit positif malien même si cette tendance diminue progressivement. Mais, elle conserve, néanmoins
une certaine importance dans le droit des affaires et est capitale en droit du commerce international (lex mercatoria).
Après avoir précisé la notion de coutume (I), nous étudierons quelle est sa fonction (II).
I. Notion de coutume
La coutume apparaît comme une pratique de la vie juridique qui présente un caractère habituel et qui, de ce fait, tend
à se poser en règle de droit. La coutume suppose la réunion d'un élément matériel et d'un élément psychologique.
- L'élément matériel : Les critères classiques sont : usage ancien, constant, notoire et général.
L'usage doit être ancien, c'est-à-dire résulter d'un assez grand nombre d'actes semblables (plus vrai aujourd'hui dans
le domaine des affaires et relativement en matière foncière); constant, ce qui signifie que les comportements doivent
avoir été relativement semblables ; notoire, c'est-à-dire connu du groupe de personnes concernés et général, c'est-à-
dire s'appliquer à l'ensemble du groupe de personnes. L'usage doit être un comportement suivi de manière habituelle.
- L'élément psychologique : Il y a une véritable conviction du groupe d'agir en vertu d'une règle obligatoire.
L'usage est perçu comme un comportement obligatoire par l'opinion commune. Il est perçu comme étant une règle
de droit et devient ainsi règle de droit. La coutume émane directement du peuple sans passer par ses représentants.
- La coutume s'oppose à la loi par sa formation lente et non délibérée. Cette création lente a pour avantage d'adapter
parfaitement la règle de droit aux idées morales, aux besoins économiques et sociaux du groupe. De plus, la coutume
n'est pas figée comme une loi, elle évolue en fonction des besoins et des mœurs du groupe (ce qui explique sa
vivacité en droit des affaires). Par contre, la coutume a l'inconvénient de générer une règle imprécise, mal connue,
difficile à saisir dans son étendue en raison de sa perpétuelle évolution et de sa non rédaction. Rédiger les coutumes
ne les figent pas, elles continuent à évoluer, elles ne deviennent pas des lois car elles ont une origine populaire.
- L'incertitude quant au contenu de la coutume suscite des problèmes de preuve devant le juge. Il faut distinguer
entre coutume générale et coutume strictement locale. S'il s'agit d'une commune générale, telle les maximes
coutumières ou les usages commerciaux d'une portée générale, le juge doit la connaître et l'appliquer. Le requérant
n'a pas à apporter la preuve de l'existence de la règle coutumière et le juge doit l'appliquer d'office. Par contre, s'il
s'agit d'un usage local ou professionnel, le juge peut les ignorer. Dans ce cas, celui qui entend en bénéficier, devra
apporter la preuve de l'existence de la coutume. Cette preuve se fait par tous les moyens propres à emporter la
conviction du juge : témoignages, expertise ou encore parère (certificat délivré par les
Chambres de commerce attestant la réalité de tel usage professionnel). Le juge apprécie souverainement l'existence
de la coutume. Il est de principe que la violation d'un usage ne peut donner lieu à cassation, sauf lorsque le législateur
a expressément incorporé l'usage dans la loi, ou s'il s'agit de coutumes à portée générale. Ce non contrôle s'explique
par le rôle unificateur de la Cour de cassation et par la multitude des usages qui provoquerait de nombreux
problèmes pratiques pour la Cour de cassation.
La fonction principale de la coutume est d'adapter parfaitement le droit à la conviction sociale, ce qui permet une
meilleure effectivité du droit, et surtout d'adapter rapidement et spontanément le droit aux besoins économiques et
sociaux d'un groupe déterminé (profession, commerce).
On peut relever trois hypothèses différentes d'application de la coutume : celle où la loi renvoie expressément à la
coutume (coutume secundum legem), celle où la coutume vise à combler une lacune de la loi (coutume
praeter legem), celle où la coutume est contraire à la loi (coutume contra legem).
Ex. : La coutume qui permet à la femme mariée de porter le nom de son mari implicitement consacrée en 1893
(art. 299 anc. C. civ.) ou encore celle, inscrite dans aucun texte selon laquelle l’enfant légitime porte le nom de son
père (praeter)
Ex. : L'article 671 du Code civil qui dispose qu'il convient de se référer aux usages pour déterminer à quelle distance
de la ligne séparatrice des deux fonds peuvent être établies des plantations, et qui ne fixe lui-même cette distance que
pour les cas où il n'existerait ni usage, ni règlement particulier; (secundum)
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Pr Issiaka CISSE, Cours de l’introduction au droit, ISPRIC-Licence 2023-2024.
Ex. : L'article 1135 du Code civil dispose que les conventions obligent non seulement à ce qui y est exprimé, mais
encore à toutes les suites que l'équité, l'usage ou la loi donnent à l'obligation d'après sa nature. (secundum)
Ex. : La solidarité de principe est admise en droit commercial alors que l'article 1202 affirme que, sauf exceptions
légales, la solidarité ne se présume pas et doit être expressément stipulée. (idem pour l'article 1145 qui oblige à mettre
en demeure le débiteur inapplicable en matière commerciale) (contra)
La coutume est souvent particulière à un groupement professionnel, voire à une seule profession. Elle n'est parfois
que locale, régionale, etc...
Ces sources sont toutes aussi importantes dans la construction du droit. Elles sont interprétatives du droit. En effet,
le législateur ne pourrait pas prévoir toutes les situations, toutes les difficultés susceptibles de naître de l'application
des textes qu'il édicte. D’ailleurs, l'effort considérable des rédacteurs du Code civil allemand (1900), qui ont prétendu
faire œuvre scientifique (en ce sens qu'ils ont tenté de dresser un inventaire détaillé de toutes les solutions
envisageables), fut une faillite. Ceci servit d'avertissement aux rédacteurs des autres codes comme au Mali. Il est clair
que les rédacteurs du Code civil français n'ont entendu ne donner que des cadres, ne poser que des principes
généraux. L'interprétation de la loi s'avère alors souvent nécessaire. L'interprétation de la coutume est encore plus
nécessaire que celle de la loi, en raison de l'imprécision et de l'incertitude des règles créées par l'usage. De ce fait,
lorsque le juriste se contente d'appliquer purement et simplement une règle claire à une situation envisagée par le
législateur, il est évident qu'il ne joue aucun rôle créateur. Mais ce rôle commence dès lors qu'il s'agit d'adapter le
texte à un cas concret non prévu ; plus encore lorsqu'il faut donner d'un texte imprécis ou incomplet, une
interprétation claire ou plus étendue. Ce rôle d'interprétation revient à la jurisprudence et à la doctrine. Dès lors, cette
interprétation est parfois créatrice de droit.
A- La jurisprudence : définition
Conformément à l’article 4 du Code Civil : « le juge qui refusera de juger, sous prétexte du silence, de l’obscurité ou
de l’insuffisance de la loi pourra être poursuivi comme coupable de déni de justice ». Cette disposition indique
l’obligation pour le juge de trancher un litige dès lors qu’il est saisi. Cela implique pour lui de faire une interprétation
du droit même si les textes sont quasi-inexistants. Le juge est donc amené à créer le droit.
En effet, le mot Jurisprudence a deux sens. Pris dans un sens large, il désigne l'ensemble des décisions rendues par les
juges ; pris dans un sens étroit, il correspond au phénomène créateur de droit, c'est-à-dire, l'interprétation d'une règle
de droit définie, telle qu'elle est admise par les juges. Le pouvoir judiciaire a pour mission d'appliquer la loi. Mais, la
loi n'a pas toujours précisément prévu le cas soumis au juge. Soit parce qu'il n'y avait pas pensé, soit parce qu'il s'agit
d'un problème nouveau que personne n'avait envisagé. On peut alors estimer que le juge a pour rôle de faire évoluer
le droit résultant d’un texte écrit, figé. De plus, le contenu de la loi n'est pas toujours clair. Donc, dans le cas, le juge
doit interpréter la loi. Pour interpréter la loi, le juge va recourir à une méthode d’interprétation. Nous verrons dans
un premier temps, en quoi consistent ces méthodes avant de voir dans un deuxième temps, le produit de cette
interprétation.
- La méthode d’interprétation
Pour remplir leur mission, la jurisprudence et même la doctrine ont besoin d’une méthode d’interprétation.
Néanmoins, il convient de préciser immédiatement le domaine de cette interprétation : celle-ci doit être nécessaire. Si
le texte est clair, il ne doit pas être interpréter : Interpretatio cessat in claris (l’interprétation cesse lorsqu’un texte est clair).
Remarquons cependant que pour pouvoir affirmer qu’un texte est clair, il faut l’analyser et donc l’interpréter.
Cette méthode n’a aucune valeur scientifique. Il n’existe d’ailleurs pas une méthode mais des méthodes, sans qu’on
puisse dire nécessairement laquelle a préséance sur l’autre. Il existe en effet une méthode classique, la méthode
exégétique et des méthodes plus modernes. Il existe aussi certains procédés techniques d’interprétation.
La première repose sur le culte de la loi. Il s’agit d’interpréter le texte en se demandant quelle a été la volonté du
législateur. Cette méthode d’interprétation repose sur un attachement au texte.
Les méthodes modernes se décomposent en plusieurs approches. On retrouve la méthode téléologique (par les
finalités du texte) qui repose sur la recherche de la finalité de la règle ou de son but social. Il faut rechercher quelle a
été la finalité ou le but social recherché par le législateur. Cette méthode conduit, en cas de conflit entre la lettre et
l’esprit d’une règle, à faire prévaloir l’esprit sur la lettre au motif qu’il se faut se tenir à lecture rigide des mots. Ensuite
la méthode historique ou évolutive qui consiste à reconnaître à l’interprète le droit d’adapter le texte aux
nécessités sociales de son époque. Il doit rechercher ce que serait la pensée des auteurs de la loi s’ils devaient légiférer
aujourd’hui. Cette méthode conduit à donner au même texte des sens variable suivant les moments de son
application. Enfin, la méthode de la libre recherche scientifique qui a été proposée par le doyen Gény en
réaction par rapport à la méthode exégétique appliquée aux textes du Code civil, déjà anciens. Cette méthode par du
constat que les autres méthodes rationnelles ont leurs limites : à partir d’un certain point, il faut reconnaître qu’il n’y a
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plus de loi, le législateur n’ayant manifestement pas résolu le problème. Rien ne sert alors de solliciter les textes. On
passe alors de l’interprétation à la libre recherche scientifique.
La troisième constitue des procédés techniques d’interprétation. Ces procédés sont d’une part des logiques
d’interprétation où le juge peut utiliser une technique rationnelle par des arguments logiques en adoptant un
raisonnement par analogie, un raisonnement a fortiori ou un raisonnement a contrario. D’autres parts les maximes
d’interprétation où on peut citer 4 maximes d’interprétation :
les exceptions sont d’interprétation strictes (exceptio est strictissimae interpretationis) La maxime
signifie que les exceptions admises par la loi doivent être renfermées dans leurs termes littéraux.
il est défendu de distinguer là où la loi ne distingue pas (Ubi lex non distinguit, nec nos distinguere
debemus) Cette maxime signifie que l’interprète n’a pas le pouvoir de restreindre l‘application d’une
loi conçue en termes généraux ;
les dispositions spéciales dérogent aux dispositions générales (specialia generalibus derogant).
Lorsque deux règles différentes sont susceptibles d’être appliquées à un même cas et que l’une est
générale et l’autre spéciale, la règle spéciale devra être appliquée. La règle spéciale apparaît alors
comme étant une exception à la règle générale ;
la loi cesse là où cessent les motifs (cessante ratione legis, cessat ejus dispositio) Cette maxime signifie
que la loi ne doit pas être appliquée à des situations qui, tout en paraissant incluses dans sa lettre,
se trouvent exclues de son esprit. C’est en application de cette maxime qu’on a autorisé la
rédaction en un seul exemplaire, le contrat synallagmatique si l’original est remis à un tiers (aucune
crainte à avoir que celui des cocontractants qui a l’original abuse de sa force).
- Le produit de l’interprétation du droit
L'ensemble des juridictions produit un nombre considérable de décisions qui expriment, au cas par cas,
l'interprétation de la règle de droit. Petit à petit, la règle de droit va se dégager. On appelle alors jurisprudence,
l’ensemble des décisions de justice rendues pendant une certaine période soit dans une matière (jurisprudence
immobilière), soit dans une branche du droit (jurisprudence civile, fiscale), soit dans l'ensemble du Droit (Vocabulaire
juridique, Association H. Capitant). On parlera alors d'une jurisprudence en désignant le sens donné par les juges à
propos d'une règle de droit déterminée, la façon dont telle ou telle difficulté juridique est habituellement tranchée par
les juridictions (E.L. Bach).
Or, la jurisprudence est le produit d’un paradoxe. En effet, le principe de la séparation des pouvoirs se traduit, en
premier lieu, par une interdiction faite aux juges de s’ériger en législateur. Ils sont soumis à la loi et doivent se
contenter de l’appliquer.
Les articles et 5 sont la traduction de ces deux impératifs : l’interdiction d’édicter des arrêts de règlement, c’est-à-dire
de créer la loi et l’obligation d’appliquer la loi. Pourtant, l’application combinée de ces deux obligations n’est pas
susciter un certain paradoxe à partir duquel, force est de reconnaître que le juge est nécessairement un « législateur
supplétif et exceptionnel ».
B- La doctrine : définition, rôle
On appelle « Doctrine », l'ensemble des travaux écrits consacrés à l'étude du droit, et leurs auteurs. Nous verrons les
modes d’expression de la doctrine (I), puis nous en envisagerons la fonction (II).
I. - Les modes d’expression de la doctrine
La doctrine ainsi entendue, recouvre des œuvres les plus diverses qui sont élaborés principalement par des
universitaires, notamment des professeurs de droit, mais aussi par des praticiens, des avocats, magistrats ou
notaires. On peut distinguer trois types d'écrits :
- Les ouvrages généraux consacrés, en un ou plusieurs volumes, à une branche du droit (droit civil, droit
commercial, droit pénal, etc...). Il existe des répertoires qui sont un exposé thématique de la matière avec une vision
essentiellement pratique. Il y a également des traités qui font le point sur la matière par un exposé dogmatique et
synthétique. Les manuels et précis sont construit sur la même base mais avec davantage de soucis pédagogiques et
un effort de simplification.
- Les ouvrages spécialisés portant sur des thèmes limités. Ceux-ci sont des thèses de doctorat ou des
monographies à finalité plus utilitaire, destinés essentiellement aux praticiens.
- Les écrits ponctuels, qui prennent la forme d'articles, d'études ou de chronique de quelques pages consacrés à un
thème précis, le plus souvent d'actualité légale ou jurisprudentielle, ou de note de jurisprudence, commentant une
décision de justice (et les consultations).
II. - Fonctions de la doctrine
Philippe Jestaz nous dit, dans son ouvrage (Le droit, Connaissance du droit), que « pour mesurer le rôle de la
doctrine, il suffit en guise d'expérience de faire lire le Code civil à un non-juriste : c'est, à en croire le prédecesseur de Knock, un
bon remède contre l'insomnie. Le malheureux ne comprendra rien, si ce n'est qu'il faut plusieurs années pour former un
juriste ! Or, la doctrine joue précisément ce rôle de commenter chaque texte, en lui-même, en le confrontant avec la
réalité sociale et surtout en le rapportant aux autres textes. La doctrine édifie un ensemble explicatif. » Il a donc un
rôle pédagogique.
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Mais les juristes ne doivent pas se contenter d'étudier et de commenter la règle écrite. Ils ne peuvent se contenter
d'en être l'interprète, d'étudier les institutions juridiques seulement de lege lata (ce qu'elles sont) mais aussi de lege ferenda
(ce qu'elles devraient être). Ils doivent en rechercher les défauts. Ils ont le devoir de montrer au législateur le
défaut de la règle de droit afin que celui-ci intervienne pour la modifier. La doctrine est une force de
proposition. S'inspirant de l'histoire et du droit comparé, le juriste doit proposer des règles meilleures, plus
adaptées aux besoins sociaux et économiques. En ce sens, la doctrine participe à la création de la règle de droit ou
plus exactement à son perfectionnement. Le juriste a pour mission d'aider à la création de la règle de droit, telle
qu'elle se rapproche le plus possible de l'idéal de justice.
Le législateur est influencé par la doctrine. Le plus souvent, les projets ou proposition de lois sont rédigés avec la
collaboration étroite de professeurs de droit et de praticiens. C'est ainsi que l'influence du Doyen Jean
Carbonnier a été très importante dans le mouvement de rénovation du droit civil français qui s'est développé depuis
les années 1960. Les juges aussi, se réfèrent aux travaux de la doctrine lorsqu'ils sont chargés d'appliquer une règle
de droit au contenu obscur. Ils tiennent également compte des critiques adressées par la doctrine et convaincus, ils
modifient parfois leur jurisprudence. Ainsi, Saleilles et Josserand ont exercé une influence majeure sur la formation
de la jurisprudence relative à la responsabilité du fait des choses (art. 1384 al. 1er).
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CHAPITRE II : Les droits subjectifs
La règle de droit objectif que nous venons d'étudier confère aux individus des droits individuels, appelés droits
subjectifs. Nous avons défini le droit subjectif comme étant telle ou telle prérogative dont un sujet de droit est
titulaire. Le sujet de droit est donc celui qui possède une aptitude juridique, qui a la possibilité d'être titulaires de
prérogatives juridiques mais aussi d'être tenu d'obligations à l'égard des autres sujets de droit. Le sujet de droit est, en
fait, la personne envisagée dans sa fonction juridique.
Ainsi, il est important d’analyser les sources des droits subjectifs, les principales classifications des droits subjectifs et
la preuve des droits subjectifs.
Section I : Les sources des droits subjectifs
On peut dire d'une façon générale que c’est le droit objectif qui constitue la première source des droits subjectifs,
puisque ceux-ci n’existent que s’ils sont reconnus par le droit objectif. Mais il faut s'interroger plus précisément pour
savoir quels sont les procédés qui donnent naissance aux droits subjectifs. Il en existe deux : l’acte et le fait juridique.
Paragraphe I : Les actes juridiques
En vertu de l’art 5 du RGO : « L’acte juridique est toute manifestation de volonté destinée à produire des effets de
droit ». C’est donc toute manifestation de volonté accomplie en vue de produire des effets de droits. Ces effets
recherchés peuvent être la création, la transmission ou l’extinction de droits subjectifs.
Ainsi donc, l’acte juridique par excellence est le contrat par lequel, deux ou plusieurs personnes s’entendent pour
créer entre elles un rapport d’obligation. On distingue alors le contrat unilatéral qui ne met d’obligation qu’à la
charge d’une des parties (ex : don ou prêt sans charge), du contrat synallagmatique qui met à la charge des parties
des obligations réciproques (vente, échange, location...)
Mais l’acte juridique peut être issu de la volonté d’une seule personne : c'est le cas de l’acte unilatéral
(reconnaissance d’un enfant naturel ; testament).
Paragraphe II : Les faits juridiques
Si les actes juridiques proviennent de la volonté manifeste des individus, les faits juridiques proviennent plutôt des
situations qui sont à la fois volontaires ou involontaire. En effet, l’article 6 du RGO dispose que : « Le fait juridique
est un événement volontaire ou involontaire susceptible de produire des effets de droit sans que ces effets aient été
spécialement recherchés par les parties ». Ainsi, il peut exister des faits juridiques purement involontaires : la
naissance, la mort sont en principe involontaires, et produisent automatiquement des effets juridiques, telles que
l’acquisition ou la disparition de la personnalité juridique, par l'effet de la loi. Il peut également y avoir quelques
manifestations de volonté dans la création d’un fait juridique. A titre d’e xemple lorsqu'une personne cause un
dommage à autrui, elle pourra l’avoir fait volontairement. Mais elle n’aura pas voulu les effets juridiques de cette
situation, c’est-à-dire l’obligation de réparer le dommage, en vertu de l’article 1382 du Code civil. Il s’agit donc bien
d’un fait juridique.
La première distinction en ce qui concerne les droits subjectifs s'attache à l'objet sur lequel porte le droit, et oppose
les droits patrimoniaux aux droits extrapatrimoniaux.
Paragraphe I : Les droits patrimoniaux
Les droits patrimoniaux sont les droits subjectifs qui sont susceptibles d’une évaluation pécuniaire, et qui entrent à ce
titre dans le patrimoine de l’individu. Cette valeur pécuniaire confère aux droits patrimoniaux plusieurs
caractéristiques :
• la cessibilité (entre vifs) : on peut les vendre, les échanger, les donner ;
• la transmissibilité (pour cause de mort) : ils passeront dans l'héritage du défunt ;
• la prescriptibilité : on peut les perdre si on ne les utilise pas pendant un certain temps
(prescription extinctive) ou les acquérir par un usage prolongé (prescription acquisitive)
• la saisissabilité : le créancier du titulaire peut les faire vendre et se payer sur leur prix.
A- Les droits personnels
Le droit personnel - ou obligation - est le droit qu’a une personne, appelée créancier, d’exiger une certaine
prestation d’une autre personne, appelée débiteur. C'est donc une relation juridique entre deux personnes (contra :
le droit réel, qui relie une personne et un bien). Mais, on remarque souvent que le droit personnel est relatif à un
bien, mais ce n'est pas pour autant qu'il donne au créancier un droit réel sur ce bien. Exemple : Le locataire peut
exiger du bailleur qu'il lui assure la jouissance paisible des lieux loués. Il ne pourra pas prendre directement
possession des lieux.
Le droit personnel comporte trois éléments : créancier, débiteur et prestataire. Ce droit, appelé droit de créance
quand on l’envisage du côté du créancier, est appelé dette, ou obligation, quand on se place du côté du débiteur.
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Les obligations se divisent en trois grandes catégories, selon la prestation promise par le débiteur :
• L’obligation de donner : le débiteur s’engage à transmettre la propriété d’un bien lui
appartenant. Exemple : le vendeur, le donateur, celui qui cède une créance...
• L’obligation de faire : le débiteur s’engage à accomplir une certaine prestation.
Exemple : le débiteur qui s'engage à peindre un tableau, à dessiner les plans d’une
maison, à livrer une marchandise, à soigner un patient…
• L’obligation de ne pas faire : le débiteur s’interdit de faire quelque chose. Exemple : le
vendeur d’un fonds de commerce s’engage à ne pas ouvrir dans la même ville un
établissement concurrent.
B- Les droits réels
Les droits réels sont les droits que l’on a sur une chose corporelle susceptible d'appropriation. Les droits réels
peuvent être classés de différentes façons. La summa divisio dépend de la nature mobilière ou immobilière de la
chose sur laquelle porte le droit ; mais on peut également classer les droits réels en droits principaux et droits
accessoires.
La distinction entre les meubles et les immeubles est une distinction fondamentale du droit français, héritée du
droit romain. D’abord s’agissant des choses, le critère essentiel qui permet de distinguer un meuble d’un immeuble
est un critère physique reposant sur la nature de la chose (pour les droits personnels, c’est la valeur économique qui
importera). A la marge, le critère tiré de la destination de la chose pourra être pris en compte :
• Les choses mobilières sont celles qui peuvent se transporter d’un lieu à un autre,
qu’elles se meuvent seules (animaux) ou non (meubles meublants...) Art. 528 C. civ.
Exemple : Les matériaux utilisés pour une maison sont des meubles, jusqu’à ce qu’ils
soient incorporés dans la construction (art. 532 C. civ.).
• Les choses immobilières par nature sont celles qui ne peuvent pas être déplacées, ou
qui sont immobiles par nature : elles sont énumérées aux articles 518 et s. C. civ.
Exemple : Les bâtiments, les fonds de terre, les récoltes sur pied et les arbres plantés
(attention ces deux derniers deviennent meubles une fois qu’ils sont coupés).
• Les choses immobilières par destination sont des choses mobilières par nature, mais la
loi les répute immeubles car elles ont été placées par le propriétaire pour le service et
l’exploitation d’un fonds. Exemple : Le chien de garde, le matériel agricole ou industriel
(art. 524 C. civ.).
Ensuite, lorsque l’on parle de droits, ceux-ci seront qualifiés de meubles ou d'immeubles en fonction de la nature
de la chose à laquelle ils s’appliquent. A titre d’exemple un droit de propriété sur une maison est un droit réel
immobilier ; sur une voiture, c’est un droit réel mobilier. Tous les droits ne peuvent pas revêtir les deux
qualifications. Certains droits réels sont nécessairement immobiliers : par exemple l'hypothèque, qui est une
sûreté permettant au créancier impayé de faire vendre l'immeuble sur lequel elle s'applique, est un droit réel
immobilier par nature.
Certains droits sont mobiliers par détermination de la loi : il s'agit de droits portant sur des choses incorporelles
que la loi répute mobilières, comme les parts et actions de société, ou les droits sur un office ministériel (charge
d'huissier, de notaire, cabinet d'avocats aux Conseils...) Dans ce cas de figure, on peut voir à travers les différents
exemples que la distinction entre les meubles et les immeubles ne s'applique pas de façon définitive, et certains biens
peuvent changer de qualification dans leur cycle de vie. Ainsi des grains de blé que l'on plante et que l'on finit par
récolter auront alternativement revêtu la qualification de meubles puis d'immeubles, avant de redevenir meubles.
Les intérêts de la distinction entre meubles et immeubles sont multiples car le régime des meubles est très
différent de celui des immeubles. En effet, la vente d’immeuble doit faire l’objet d’une publication, la vente de
meuble non ; l’immeuble est susceptible d’hypothèque, le meuble peut pour sa part être affecté d'un gage ; les
contestations sur un immeuble doivent être portées devant le lieu de situation de cet immeuble, pour les meubles le
litige doit être porté devant le tribunal du défendeur ; les règles de possession sont différentes selon que le bien est
meuble ou immeuble, etc...
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D’abord, les droits réels principaux qui donnent à leurs titulaires le pouvoir de tirer de la chose tout ou partie de
son utilité économique. On en distingue deux catégories :
le droit de propriété qui est le plus important disposant de l’usus, le fructus et l’abusus ;
Les démembrements du droit de propriété (ou droit réels que l’on a sur la chose d’autrui) confèrent à
leur titulaire une partie seulement des prérogatives attachées au droit de propriété. Exemple sur
l'usufruit : l’usufruitier a sur la chose l’usus et le fructus, c'est-à-dire qu'il peut utiliser la chose et en percevoir
les fruits (mais pas les produits). L’abusus reste au nu-propriétaire : l'usufruitier ne peut pas détruire ou
vendre la chose.
Ensuite, les droits réels accessoires qui sont l’accessoire d’une créance, dont ils garantissent l'exécution. Le
créancier, qui souhaite se garantir contre l’insolvabilité de son débiteur, peut obtenir une sûreté qui lui permettra, en
cas de non-paiement, de faire vendre la chose et de se payer sur son prix. Exemple : le gage est une sûreté inscrite
sur un bien meuble ; l’hypothèque est une sûreté inscrite sur un bien immeuble.
Mais le droit réel accessoire ne permet généralement pas à son titulaire d'utiliser la chose.
Les droits réels peuvent donc être classés en fonction de la nature mobilière ou immobilière de la chose à laquelle ils
s'appliquent, mais également en fonction des pouvoirs qu'ils confèrent à leur titulaire.
C- Les droits intellectuels
La catégorie des droits intellectuels est apparue récemment. Elle désigne les droits dont l'objet est
immatériel et procède généralement d'une activité de l'esprit dérivant d'une connaissance du monde
(propriété industrielle), ou du pouvoir de le décrire (propriété littéraire) ou de le sublimer (propriété
artistique). Exemple : Brevet déposé par un inventeur sur son invention ; droit d'un auteur sur son œuvre ;
droit d'un commerçant sur sa clientèle.
Les droits intellectuels sont soumis à un régime qui peut schématiquement être rapproché de celui des
droits réels. On parlera d'ailleurs à leur sujet de « propriété » (industrielle, littéraire et artistique) ou plus
justement de « monopole d'exploitation ».
Paragraphe II : Les droits extrapatrimoniaux
Il s’agit des droits subjectifs qui ne sont pas susceptibles d’évaluation pécuniaire et ne sont pas dans le patrimoine.
On étudiera la notion avant de se pencher sur la catégorie particulière des droits de la personnalité.
A. La notion
Comme leur nom l’indique, les droits extrapatrimoniaux sont ceux qui n'entrent pas dans le patrimoine de la
personne, car ils ne peuvent pas faire l’objet d’une évaluation pécuniaire.
Ils relèvent d'un autre ordre de valeur : ils concernent davantage les intérêts moraux de la personne, dans son
mode de vie, ses sentiments intimes, sa vie intellectuelle, son corps.
On y trouve :
• Les droits politiques : droit de vote, éligibilité ;
• Les libertés publiques ou libertés fondamentales proclamées dans les grandes
déclarations et généralement protégées par la Constitution : liberté d’opinion, liberté
d’expression, droit à la vie, à l’honneur, à la nationalité...
• Les droits de famille : ex : autorité parentale ; protection du nom patronymique.
• Les droits de la personnalité sont la projection directe de la personnalité juridique sur
le plan extra-patrimonial : droit à l’inviolabilité du corps ; droit au respect de la vie privé,
droit à l'honneur, droit à l’image, droit moral d’auteur...
Par ailleurs, les droits extrapatrimoniaux sont étroitement attachés à la personne, et bénéficient à ce titre d’un
régime particulier :
• Imprescriptibilité : En principe, les droits extrapatrimoniaux ne peuvent se perdre
par le non-usage. Ces droits appartiennent au sujet de droit dès l’acquisition de la
personnalité juridique, et ne disparaissent qu’avec la mort du sujet. Exemple : Pas de
prescription extinctive du droit au nom.
• Indisponibilité : Est indisponible ce que l’on ne peut pas céder, que ce soit à titre gratuit
ou onéreux. Seuls les éléments du patrimoine peuvent en principe faire l’objet d’un tel
contrat. Exemple : On ne peut pas céder sa qualité d’époux, ou renoncer à une action en
filiation.
• Intransmissibilité : En principe, on n’hérite pas des droits extrapatrimoniaux de ses
parents. Mais, les héritiers peuvent agir pour contester la publication de l'image d'une
personne décédée, ou sur des révélations concernant une personne décédée, dès lors que
l'image ou les révélations portent atteinte à leur propre vie privée. Exemple : Les ayants
droit de François Mitterrand ont obtenu la condamnation du magazine qui avait publié la
photographie de l'ancien Président de la République sur son lit de mort : Cass. crim. - 20
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octobre 1998 - pourvoi n° 97-84621. Mais cela ne contredit pas le principe
d'intransmissibilité car la jurisprudence considère que les héritiers agissent en vertu d'un
droit propre (c.a.d. sans exercer le droit transmis par le défunt) et défendent finalement
leur propre vie privée et familiale (v. Cass. 2ème civ. 8 juillet 2004, pourvoi n° 03-13260).
B. Les droits de la personnalité
Les droits de la personnalité sont l’ensemble des droits extrapatrimoniaux que la loi reconnaît à tout être humain dès
lors qu’il est doté de la personnalité juridique, pour la protection de ses intérêts primordiaux dans ses rapports avec
autrui. Ces droits civils sont en quelque sorte innés, et se distinguent donc des autres droits subjectifs, qui sont
acquis, comme le droit de propriété.
Ces droits se distinguent également des droits de l’homme et libertés publiques en ce qu’ils n’ont pas pour objet
la protection de l’individu contre l’arbitraire de la Puissance Publique, mais contre les autres membres de la société.
Ils visent donc des rapports de droit privé. Les lois se sont multipliées à compter de 1970, mais la détermination et
le régime des droits de la personnalité sont principalement le fruit du travail jurisprudentiel.
Les droits de la personnalité peuvent être répartis en deux groupes : ceux qui visent à protéger l’intégrité physique
de l’individu (Chaque individu possède le droit de protéger son corps contre toute atteinte : c’est le principe du droit
à l’intégrité physique, ou principe d’inviolabilité, ou d’intangibilité du corps humain), et ceux qui assurent la
protection de son intégrité morale (tout être humain a besoin de liberté, de tranquillité et d’un respect minimum de sa
sphère d’intimité).
Section III : La preuve des droits subjectifs
C’est le moyen utilisé pour établir l’existence d’un fait ou d’un droit dont on peut se prévaloir.
Le droit malien consacre le régime des preuves dans le RGO (Art 265 à 304).
Les preuves formelles sont les plus parfaites et on retient deux. En effet, Les actes juridiques se prouvent en principe
par des modes de preuves parfaits, que l’on peut diviser entre écrits (préconstitués), et autres modes de preuve
parfaits (aveu, serment).
L’article 267 du RGO pose le principe : les actes juridiques se prouvent normalement au moyen d’une preuve
littérale préconstituée. Cette règle se justifie par le fait que l’acte juridique est une manifestation de volonté qui a
pour objet de produire des effets de droits, et que l’exemple le plus fréquent est le contrat. Nous sommes donc en
présence de personnes qui dès le départ étaient informées qu’elles s’engageaient dans une situation juridique, et
étaient donc à même de se constituer des preuves a priori.
Les modes de preuve préconstitués présentent des avantages :
Il s’agit de preuves rédigées avant la naissance du litige, ce qui renforce leur objectivité, donc leur
crédibilité. Les témoignages, et les preuves a posteriori en général, ne bénéficient pas de ces qualités.
Il s’agit de preuves qui ne périssent pas avec le temps (sauf si le support matériel est détruit), ce qui renforce
leur sécurité. Au contraire, plus le temps passe, plus le témoignage perd de sa précision.
Il y a deux modes de preuves littérales préconstituées : l'acte authentique et l'acte sous seing privé. L'acte
authentique est un acte dressé par un officier public compétent, selon les formalités requises par la loi. L'acte sous
seing privé est un acte établi par les parties elles-mêmes, sous leur seule signature (seing vient du latin signum) et sans
intervention d'un officier d'état public.
Un traitement particulier devra être accordé aux écrits passés sous la forme électronique, dont l'apparition a
provoqué une profonde réforme du droit de la preuve. En effet, la forme électronique permet de sécuriser la
conclusion des télé-contrats conclus à distance, via internet (par la voie du courriel, ou par l'intermédiaire d'un site
commercial) ou grâce au télépaiement (au moyen d'une carte de paiement du type Carte Bleue).
B- L’aveu Art 291à 294 et le serment : Art 295 à 304 RGO
L’aveu judiciaire et le serment décisoire peuvent constituer de moyens de preuves. Le RGO prévoit des dispositions
expresses qui reconnaissent ces modes de preuve.
L’aveu est la reconnaissance par une partie d’un fait qui lui est défavorable. Il existe deux types d'aveu :
• L’aveu judiciaire est celui qui est fait au cours de l'instance, devant le juge. L'aveu
judiciaire s'impose au juge.
• L'aveu judiciaire est indivisible : il doit être pris dans sa globalité, et l'on ne peut pas en
retrancher une partie selon l'intérêt des personnes en présence.
• L'aveu judiciaire est irrévocable : son auteur ne peut revenir sur ses déclarations en
prétendant qu'il s'est trompé sur les conséquences juridiques de son aveu.
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Pr Issiaka CISSE, Cours de l’introduction au droit, ISPRIC-Licence 2023-2024.
• L’aveu extra-judiciaire est celui fait en dehors du tribunal (dans une lettre, devant un
témoin), ou en justice, mais lors d'une autre instance.
Il n’a pas davantage de force probante qu’un simple témoignage. Seul l'aveu judiciaire peut être considéré comme un
mode de preuve parfait.
Le serment est l’affirmation solennelle, par une partie, d'un fait qui lui est favorable. En principe, une telle
affirmation est suspecte, mais il en va autrement lorsqu’elle intervient dans
une forme solennelle. Le serment est un mode de preuve peu usité, qui a une origine religieuse.
Aujourd’hui, on ne jure plus devant Dieu, mais l’idée persiste que le faux serment est une faute grave, qui est
sanctionnée non seulement sur le plan moral, mais également par des condamnations pénales.
Il existe deux sortes de serments :
• Le serment décisoire est celui qui est déféré par un plaideur à son adversaire, sur un fait
dont dépend l'issue du litige. La force du serment décisoire est telle qu’il lie le juge, qui
est obligé d’en tirer les conséquences en accueillant la prétention de celui qui a prêté
serment.
• Le serment supplétoire est le serment qui est déféré non pas par une partie, mais par le
juge, qui ne s’estime pas convaincu par les preuves qui ont déjà été produites, et qui
demande à l'une des parties d'affirmer sous serment que ce qu'il dit est vrai. Ce serment
ne lie pas le juge, qui lui accordera la foi qu'il estime appropriée, en fonction des
circonstances de l'espèce, et notamment des autres preuves fournies par les parties.
Seul le serment décisoire constitue un mode de preuve parfait.
Il s’agit ici des preuves a posteriori qui sont des preuves que les parties réunissent en vue du procès, après la
survenance du litige. Il s’agit des témoignages, présomptions, indices.
A- Le témoignage Art 282 à 285 RGO
Le témoignage est le plus courant des modes de preuves libres, notamment en matière de divorce, ou dans les procès
en responsabilité, lorsqu’il s’agit de reconstituer un accident. Le témoignage est la déclaration par laquelle une
personne atteste la véracité de faits dont elle a eu personnellement connaissance.
La preuve testimoniale se distingue donc de la preuve dite par commune renommée, où les gens témoignent de ce
qu’ils ont su par ouï-dire ou par la rumeur publique. La preuve par commune renommée est une preuve
particulièrement peu sûre, et elle n’est admise qu’à titre exceptionnel.
Exemple : L'acte de notoriété est admis pour la preuve de la qualité d’héritier.
B- La présomption Art 286 à 290 RGO
Les présomptions qui sont ici visées sont les présomptions du fait de l’homme, par lesquelles le juge tire d’un fait
connu et vérifié un fait inconnu et difficilement vérifiable. On fait rentrer dans cette catégorie toutes sortes d’indices
qui laissent supposer la réalité du fait constituant l'objet de la preuve.
En principe, le juge doit se prononcer sur la foi de présomptions « graves, précises et concordantes », mais il a été
admis que le juge puisse forger sa conviction sur un indice unique, si celui-ci lui apparaît suffisamment probant.
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Pr Issiaka CISSE, Cours de l’introduction au droit, ISPRIC-Licence 2023-2024.