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Evangile Des Douze Apotres

L'Évangile des douze Apôtres présente des récits sur Jésus, notamment son interaction avec ses apôtres et le miracle de la résurrection de Lazare. Il souligne l'amour de Jésus pour ses disciples et leur foi, tout en abordant des thèmes de pouvoir, de providence divine et de résurrection. Le texte met en avant la nécessité de croire sans voir, tout en illustrant la puissance de Jésus à travers des miracles.

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Evangile Des Douze Apotres

L'Évangile des douze Apôtres présente des récits sur Jésus, notamment son interaction avec ses apôtres et le miracle de la résurrection de Lazare. Il souligne l'amour de Jésus pour ses disciples et leur foi, tout en abordant des thèmes de pouvoir, de providence divine et de résurrection. Le texte met en avant la nécessité de croire sans voir, tout en illustrant la puissance de Jésus à travers des miracles.

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Evangile des douze Apotres (1904)

Brepols, Turnhout (Belgique), 1985 (réédition de la 1re


édition de 1904)

Exporté de Wikisource le 28 janvier 2025

1
1er FRAGMENT

(Hérode), lui aussi, était tétrarque sur la Galilée. Enfin,


Satan entra en lui. Il se leva. Il alla près de l’empereur
Tibère. Il accusa Philippe près de lui à savoir :
…………………………
[Cet empereur] se fâcha beaucoup disant : « Voilà donc
que tout l’univers est soumis à ma puissance depuis le
temps où Dieu a donné ces choses entre les mains de mon
père Auguste. Et Philippe excitera des séditions contre ma
royauté et ma grande puissance. Je ne le permettrai pas,
moi. » Et il ordonna …………………………
tu confisqueras Philippe, tu lui enlèveras sa maison. Tu te
saisiras de ses serviteurs, de ses bestiaux, de toutes ses
richesses, de tout ce qui est à lui et tu m’enverras ces choses
au siège de mon empire. Tous ses biens, tu les compteras
pour moi et tu ne lui laisseras rien, si ce n’est sa vie, celle
de sa femme et (celle de sa fille). »
[Voici ce que Tibère dit] à l’impie Hérode.
Il alla, ainsi que ceux qu’on avait envoyés avec lui. Il prit
Philippe sans qu’il sût rien et sans qu’il connût l’affaire
[pour laquelle on le traitait ainsi].

2e FRAGMENT

2
« … Mes amis. » Avez-vous vu, ô mes frères, de seigneur
comme celui-ci, aimant ses apôtres, leur promettant son
royaume pour qu’ils mangent et boivent avec lui sur la table
de son royaume ? Depuis qu’il était sur la terre, il mangeait
avec eux sur la table de la terre, en leur rappelant la table de
son royaume ; car il comptait pour rien les choses du
monde.
Si tu veux savoir, écoute, je t’enseignerai. Est-ce que
Dieu n’a pas aimé ses apôtres — eux tous ? Écoute Jean
l’Évangéliste témoignant que le Christ a prié son Père pour
eux « pour qu’ils soient un, comme nous sommes un [1] ».
Tu veux savoir la vérité : il les a choisis les douze pour
qu’ils fussent ……………
sur eux en disant : « J’ai pitié de cette multitude, car voilà
trois jours qu’ils restent près de moi et ils n’ont pas de quoi
manger. Je ne veux pas les renvoyer ayant faim, de peur
qu’ils ne manquent de force en route. »
André lui dit : « Seigneur, où trouverons-nous du pain
dans ce lieu désert, car… » ……………
Jésus dit à Thomas : « Va près de cet homme. Il a cinq
pains d’orge en sa main et deux poissons. Apporte-les-moi
ici. »
André dit : « Maître, ces cinq pains que feront-ils pour
une si grande multitude ? »
Jésus lui dit : « Apportez-les-moi et cela suffira. »
Ils allèrent. Ils amenèrent le petit enfant auprès de Jésus
et il l’adora à l’instant. Il lui apporta les pains et les deux

3
poissons.
L’enfant dit à Jésus : « Maître, j’ai pris beaucoup de
peine pour ceux-ci. »
Jésus dit à l’enfant : « Donne-moi les cinq pains dont tu
es le dépositaire ; car ce n’est pas toi qui sauves du besoin
cette multitude, mais c’est un dessein providentiel pour que
tu voies une chose admirable dont le souvenir ne disparaîtra
pas à jamais et une nourriture dont ils seront rassasiés. »
Jésus prit les pains. Il rendit grâces sur eux. Il les divisa.
Il les donna à ses apôtres pour qu’ils les apportassent aux
multitudes.
Judas fut le dernier qui participa aux pains.
André dit à Jésus : « Maître, Judas n’a pas reçu
d’héritage dans les pains quand il est venu pour les donner à
ces multitudes ; et tu (as voulu) que nous donnions… »
(Jésus dit ) : « … ta parole ; car celui auquel je n’ai pas
donné le partage des pains de mes mains n’est pas digne du
partage de ma chair. Et du reste il ne se soucie pas du don
aux pauvres, mais se soucie seulement de la bourse. —
C’est un mystère de mon Père qui a trait au partage de ma
chair. »
Alors il les bénit disant : « Mon Père, racine de toute
bonté, je te prie de bénir ces cinq pains d’orge pour qu’ils
rassasient toute cette multitude, afin que ton fils reçoive
gloire en toi et que ceux que tu as tirés à lui hors du monde
lui obéissent. »

4
Alors sa parole devint à puissance. Sa bénédiction
pénétra dans les pains entre les mains des apôtres. Et le
peuple entier mangea et fut rassasié. Ils bénirent Dieu.
Vous avez vu, ô mes bien-aimés, l’amour de Jésus pour
ses apôtres ; car il ne leur a rien caché dans les œuvres de sa
divinité : une fois dans la bénédiction des cinq pains
d’orge ; une fois dans l’action de grâces à son Père ; une
fois en rendant grâce pour les sept pains.
Thomas dit à Jésus : « Mon Seigneur, voici que toute
grâce tu as faite avec nous dans ta bonté. Il y a une seule
chose que nous voulons que tu nous accordes : nous
voulons, mon Seigneur, voir des morts reposant dans les
tombeaux que tu aies ressuscités : cela comme signe de ta
résurrection qui aura lieu pour nous. Nous savons, Seigneur,
que tu as ressuscité le fils de la veuve de Naïn. Mais autre
chose est le miracle de ce moment-là, car tu les as trouvés
marchant avec lui (le mort) dans le chemin. Nous voulons
voir des ossements qui se sont disjoints dans le tombeau,
comment ils s’y réuniront l’un à l’autre, en sorte que les
(morts) puissent parler. »
Jésus dit à Thomas : « Thomas, mon ami, interroge-moi,
ainsi que tes frères, au sujet de toutes choses que tu désires.
Je ne vous cacherai rien, en sorte que tu voies, que tu palpes
et que ton cœur soit affermi. Si tu désires voir des gens dans
le tombeau qui ressuscitent, c’est avec raison que tu
cherches un signe de la résurrection, car je vous ai répondu
disant : Je suis la résurrection et la vie ; si le grain de
froment ne meurt pas, il ne donne pas de fruits. Si, vous

5
aussi, vous ne voyez pas de vos yeux, votre cœur n’est pas
affermi. Ne vous ai-je pas dit : Bienheureux ceux qui n’ont
pas vu et qui croient bien plus que ceux qui ont vu et qui ne
croient pas. Vous voyez combien j’ai fait de miracles et de
prodiges devant les Juifs et ils n’ont pas cru en moi.
Maintenant donc, ô mes frères, vous connaissez Lazare,
l’homme de Béthanie qu’on nomme mon ami : voilà quatre
jours que je reste auprès de vous et que je ne suis pas allé
prendre des nouvelles de ses sœurs ; car voilà quatre jours
que Lazare est mort. Allons auprès de lui pour les consoler
à cause de leur frère Lazare. Didyme, viens avec moi.
Allons à Béthanie. Je te montrerai le type de la résurrection
du dernier jour dans son tombeau, afin que votre cœur
s’affermisse ; car je suis la résurrection et la vie. Viens avec
moi, Didyme ; je te montrerai les os qui se sont disjoints
dans le tombeau se réunissant de nouveau ensemble. Viens
avec moi, Didyme ; je te montrerai les yeux de Lazare qui
se sont creusés (vidés) par la pourriture et ont laissé la
lumière. Viens avec moi, Didyme, jusqu’à la montagne de
Béthanie ; je te montrerai la langue de Lazare qui s’est
liquéfiée par la corruption et qui parlera avec toi encore.
Viens avec moi, Didyme, jusqu’au tombeau de Lazare, pour
que tu voies la destruction des os et de sa sépulture (de son
corps enseveli) que les vers ont rongé et ce qui lui advient à
ma voix quand je l’appelle. Viens avec moi, Didyme,
jusqu’au tombeau de Lazare, alors que voilà quatre jours
qu’il est mort, et je le ressusciterai vivant encore. Tu
cherches le signe de la résurrection, Thomas ; viens et je te
le montrerai dans le tombeau de Lazare ; tu cherches à voir
6
des os adhérer de nouveau les uns aux autres ; viens avec
moi au tombeau de Lazare pour les voir allant et venant sur
la porte de son tombeau. Tu cherches des mains qui
s’étendent ; viens, je te montrerai les mains de Lazare liées
de leurs bandelettes, enveloppées par les linceuls, qui s’en
élèveront là, sortant du tombeau. Didyme, mon ami, viens
avec moi au tombeau de Lazare ; car ma bouche désire ce
que tu as pensé. Voilà aujourd’hui le quatrième jour pour
Lazare. Marthe et Marie m’attendent pour que j’aille les
visiter à cause de leur frère. »
Telles sont ces choses que Jésus dit à ses Apôtres.
Didyme prit son élan. Il lui dit : « Monseigneur, comment
donc irons-nous là, alors que les Juifs cherchent à te
lapider ? »
Il dit cela, parce qu’il était affligé de la parole que Jésus
avait dite à propos de Lazare et afin de ne pas y aller.
Jésus lui dit : « Didyme, celui qui marche dans la lumière
ne trébuchera pas. »
Jésus dit cette parole à Thomas pour le consoler, parce
qu’il avait vu qu’il était affligé au sujet de la mort de
Lazare.
Après tout cela, il arrivait presque à la porte du tombeau
de Lazare que sa sœur vint à sa rencontre en ce lieu. Elle lui
dit : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas
mort, car tu es la résurrection, ressuscitant les morts. Je te
connais depuis ton enfance, ainsi que mon frère Lazare. »

7
Jésus lui dit : « Tu crois cela, à savoir que je suis la
résurrection, ressuscitant les morts et la vie de
quiconque ? »
Marthe lui dit : « Oui, Seigneur, je crois. »
Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. »
Ils disaient ces choses, Marthe et Marie étant avec Jésus.
Ils vinrent au tombeau de Lazare, Jésus marchant devant les
Apôtres.
Il leur dit : « Enlevez la pierre de là, afin que toi,
Thomas, tu voies le témoignage semblable à la résurrection
des morts. »
En cet instant Thomas pleura devant Jésus, disant : « Tu
as reçu cette fatigue, tu es venu au tombeau d’un mort à
cause de mon incrédulité. Que ta volonté soit faite sur moi
et que ce tombeau me reçoive jusqu’au jour de ta
résurrection. »
Jésus sut que Thomas s’affligeait. Il lui dit, avec une voix
joyeuse et une parole de vie : « Thomas, ne t’afflige pas. Ce
que je fais, tu ne le sais pas. Est-ce que c’est une peine de
prendre une pierre de là pour un ami qui est enfermé dans le
tombeau afin qu’il ressuscite et sorte ? Ne t’afflige pas, ô
Thomas. Je te l’ai dit, ôte la pierre de là, afin qu’un
témoignage de résurrection apparaisse dans un tombeau de
mort. Ne t’afflige pas, ô Thomas. Je te l’ai dit : ôte la pierre
de là, pour ressusciter le mort. Ouvre la porte du tombeau et
je ferai sortir celui qui est mort. Ôte la pierre de là, pour que
je donne la vie à celui qui dort dans ce tombeau. Enlève la

8
pierre, Thomas, afin que celui qui est mort trouve le chemin
de sortir du tombeau. Si je t’oblige, Thomas, à ôter la
pierre, ce n’est pas parce que je n’ai pas le pouvoir de faire
sortir Lazare, alors que la pierre ferme (le tombeau). Oui,
j’ai pouvoir pour toute chose. Mais si tu enlèves la pierre, ô
Thomas, le tombeau sera manifeste en sorte que tous les
hommes le verront et verront le mort comme il dort. Et est-
ce que quand tu enlèves la pierre, ô Thomas, c’est pour que
la mauvaise odeur sorte et que la pourriture et les vers
apparaissent, comme cela a lieu pour tous les morts ? Non !
à Dieu ne plaise ! »
Après cela, Jésus dit à Marie : « Tu crois que ton frère
ressuscitera ? »
Elle dit : « Oui, Seigneur, je le crois. Déjà il sent
mauvais ; car voilà quatre jours qu’il est mort. Mais je crois
que tu peux toute chose. »
Jésus se tourna vers Thomas et lui dit : « Viens et vois les
os du mort qui reposent dans le tombeau avant que je ne les
ressuscite. Viens avec moi, ô Thomas, et vois les yeux qui
se sont liquifiés avant que je ne leur rende de nouveau la
lumière. Viens avec moi, ô Thomas, et vois celui qui dort,
comment il est placé, avant que je ne le fasse se lever de
nouveau. Viens, Thomas, place la foi en toi à mon égard et
crois que j’ai puissance pour toute chose. Marthe et Marie,
affermissez votre cœur, et toi (Thomas), place la foi en toi
plus que Marthe et Marie qui m’ont rendu témoignage en
disant : Oui, tu as puissance pour tout. »

9
Jésus dit cela ; puis il cria disant : « Mon Père, mon Père,
racine de toute bonté, je te prie ; car le moment est venu de
donner gloire à ton Fils, afin que tous connaissent que c’est
toi qui m’as envoyé pour cela. Gloire à toi à jamais !
Amen. »
Après que Jésus eut dit ces choses, il cria, disant :
« Lazare ! viens dehors ! »
À cet instant la montagne tourna comme une roue. Les
morts ressuscitèrent et sortirent à cause de la voix de Jésus
qui avait appelé : « Lazare ! viens dehors. »
À cet instant Lazare vint dehors, enveloppé de
bandelettes et la face liée d’un suaire. Sa tête était attachée
par des kuria.
Jésus dit : « Déliez-le et laissez-le aller. »
Lorsque Lazare vit Jésus debout devant la porte de son
tombeau, il se prosterna, il l’adora. Il cria, disant : « Sois
béni, Jésus à la voix duquel tremble l’Amenti (l’enfer
égyptien, séjour des morts) et qui m’as appelé, toi dont tous
ceux qui sont dans l’Amenti désirent voir la lumière de sa
divinité ; sois béni, toi dont la voix est résurrection, parce
que c’est toi qui jugeras le monde entier. »
Voilà ce que disait Lazare à Jésus et la multitude courait
pour le voir.
Jésus donc vit que la multitude se pressait pour le voir,
ainsi que Lazare. Quelques-uns appartenant à sa race (à sa
gens) serraient celui-ci dans leurs bras. Quelques-uns lui
faisaient visite. Ses deux sœurs baisaient sa bouche. Enfin il

10
y avait de grands cris dans la montagne de Béthanie.
Quelques-uns poussaient des cris de joie. Quelques-uns
confessaient, disant : « II n’y eut jamais d’homme comme
cet homme dans Israël. » D’autres : « Nous croyons à ceci
qu’il y a résurrection dans ce que nous avons vu dans le
tombeau de Lazare aujourd’hui. » Ils se réunissaient autour
de Lazare, comme les abeilles sur le rayon de miel, à cause
du miracle qui avait eu lieu.
Enfin Lazare ne lâchait pas les pieds de Jésus, les
embrassant et rendant témoignage à la multitude en disant :
« La résurrection des vivants et des morts est Jésus. Qu’est
la théorie (la procession sacrée) de ce lieu devant la théorie
de l’Amenti au moment où il appela mon nom à la porte de
mon tombeau en disant : « Lazare, viens dehors ? » Je le
dis, à ce moment mon père Adam reconnut sa voix, comme
s’il était à la porte de l’Amenti à m’appeler. Il passa un
moment l’oreille inclinée du côté de la voix, pensant qu’elle
l’appelait. Et il rendit témoignage — Adam — en ces
termes : « Cette voix que j’ai entendue est celle de mon
créateur. Cette voix que j’ai entendue est celle de mon
garant (fidejussor). Cette voix est celle de celui qui était ma
gloire quand il m’appelait dans le paradis. Où est-il le
moment où il avait coutume de venir dans le paradis pour
m’appeler ? Quel est le bon fils que mon créateur appelle
par son nom en disant : Lazare, viens dehors ? Je t’en prie,
mon fils Lazare, jusqu’auquel la miséricorde du Tout-
Puissant est descendue : va dehors. Porte mes salutations à
mon Créateur, ô mon fils Lazare. Ah ! en quel temps

11
pourrai-je, moi aussi, entendre cette voix de vie
m’appelant. »
Telles étaient les choses que Lazare disait à la multitude,
alors qu’il était prosterné aux pieds de Jésus.
Le bruit en parvint jusqu’aux grands des Juifs, à savoir :
« Jésus a fait ce miracle le jour du sabbat ». Ils vinrent pour
voir Lazare et pour lapider Jésus.
Or il arriva que ces jours-là dans lesquels Jésus ressuscita
Lazare, un grand de Galilée était venu trouver Hérode au
sujet de l’administration (du soin) qui leur incombait des
contrées de Philippe, lequel Philippe on avait accusé devant
l’empereur comme les ayant dévastées, sous le prétexte de
sa femme qu’Hérode lui avait enlevée.
Carios (Caius) donc, le grand de l’empereur, quand il eut
entendu les miracles que Jésus faisait, s’empressa d’aller
près de lui et le vit. Alors Carios apporta des nouvelles de
Jésus. Il dit à Hérode : « Celui-là est digne d’être fait roi sur
toute la Judée et sur toutes les contrées de Philippe. »
Lorsque Hérode entendit ces choses au sujet de Jésus, à
savoir : « il est digne d’être fait roi », il fut fort en peine et il
dit de grandes accusations par derrière Jésus, en ajoutant :
« Nous ne voulons pas qu’il soit roi sur la Judée. » II réunit
aussi tous les grands des Juifs. Il leur dit ce que Carios
pensait au sujet de Jésus pour le faire roi. À cet instant
Hérode leur ordonna, disant : « Celui qu’on trouvera
consentant à cette chose sera mis à mort par le glaive et l’on
se saisira de toutes les choses qui sont dans sa maison. »

12
Anne et Caïphe, les grands des Juifs, se réunirent à
Carios, le grand de Tibère l’empereur. Ils établirent des
paroles de mensonge et des témoignages faux, qui ne
tenaient pas, contre Jésus : et cela depuis sa naissance
jusqu’à la fin. Quelques-uns portaient que c’était un
magicien, d’autres qu’il avait été engendré par une femme,
d’autres qu’il rompait le sabbat ; d’autres qu’il détruisait la
synagogue des Juifs.
À cet instant il (Carios) envoya chercher Joseph et
Nicodème qui étaient, eux aussi, des grands des Juifs ; et
ceux-ci ne furent pas d’accord avec eux pour leurs
accusations menteuses ; mais ils dirent des paroles de
bénédiction sur Jésus.
Lorsque Hérode apprit les choses faites par Joseph et
Nicodème, il entreprit de les jeter en prison pour les tuer
parce qu’ils n’avaient pas fait cette tromperie mauvaise :
cela aurait eu lieu, s’ils n’avaient averti Carios de cette ruse
d’ Hérode.
Il (Carios) réunit les grands des Juifs. Il jura devant eux,
disant : « Par le salut de l’empereur Tibère ! si un mal arrive
à Joseph et à Nicodème, le glaive de l’empereur vous fera
tous périr et on brûlera votre ville. »
Lorsque eurent eu lieu ces choses, Hérode demanda à
chacun des grands des Juifs une livre d’or. Il réunit une
grande somme. Il la donna à Carios pour qu’il ne fît pas
(parvenir) la renommée de Jésus devant l’empereur Tibère.

13
Carios reçut l’argent de la main d’Hérode et il ne
transmit pas l’affaire à César.
Joseph, quand il vit que les Juifs le poursuivaient, sortit
de Jérusalem et alla à Arimathie.
Quant à Carios, il envoya auprès de l’empereur l’apôtre
Jean qui lui dit toute chose au sujet de Jésus. L’empereur
Tibère accorda de grands honneurs à Jean et il écrivit au
sujet de Jésus qu’on le prit pour le faire roi, selon ce qui est
écrit dans les Evangiles, à savoir : « Notre Seigneur Jésus,
lorsqu’il sut qu’on venait pour le saisir et le faire roi,
s’écarta dans un lieu tout seul [2]. »
Les jours de sa retraite étant écoulés, il appela les
Apôtres. Il leur dit : « Mes frères, voici que les jours de ma
sortie hors de ce monde sont près d’être accomplis. Ceux
que mon Père m’a accordés, je vous les ai accordés. Je ne
vous ai pas laissés sans vous enseigner toutes les choses que
vous désiriez.
« Toi Pierre, tu gouverneras la foule de tes frères. Viens
près de moi sur cette pierre, que je te bénisse et que je te
fasse (célèbre ?) sur le monde entier. Ta tête ne te fera pas
de tourment, tes yeux ne se sépareront pas de la lumière
dans le sommeil. Ton ongle ne te sera pas enlevé. Ta
chevelure ne s’en ira pas. La pourriture du tombeau ne
détruira pas ton corps à jamais. Le prurit de ta chair ne
reviendra pas dans ta chair à jamais. Courbe ta tête, ô
Pierre. La droite de mon Père est élevée sur toi pour
t’ordonner archevêque. Que les vingt-quatre vieillards
remplissent leurs phiales de parfums et les versent sur ta
14
tête, ô Pierre, pour t’ordonner archevêque. Que les quatre
animaux me fassent bénédiction ainsi qu’à mon Père et
qu’ils disent le trisagios ; car on va ordonner aujourd’hui
mon élu Pierre archevêque. Ô vous quatre éons de lumière,
ouvrez-vous, car la puissance de mon Père viendra en vous
pour habiter dans la bouche de mon élu Pierre. Trésors
célestes et lieux d’habitation de mon royaume, réjouissez-
vous aujourd’hui ; car on donnera vos clefs à mon élu
Pierre. Puissances et Dominations du ciel, réjouissez-vous ;
car j’ai donné une puissance qui ne passera pas à la langue
de Pierre. Trônes et seigneuries, réjouissez-vous
aujourd’hui ; car je donnerai une paternité à mon élu Pierre
sur (avec) des milliers de peuples à jamais. Terre entière,
réjouis-toi, car j’ai donné la puissance de délier à un homme
miséricordieux et prêt à délier. Paradis, réjouis-toi
aujourd’hui et répands tes parfums, car je revêtirai Pierre
d’une étole sans tache à jamais ! Amenti (enfer), tu prends
deuil aujourd’hui ainsi que tes puissances ; car j’ai promis à
Pierre un testament éternel, parce que je bâtirai (sur lui)
mon Église et les portes de l’enfer ne pourront rien contre
elle. »
Ces choses, Jésus les dit, tandis que Pierre était sur la
montagne. Il dit : « Simon Pierre, dis-moi : Qui suis-je ? »
Et à cet instant Pierre regarda au ciel. Il vit les sept cieux
ouverts. Il vit la gloire du Père et les armées célestes qui
descendaient sur la terre à cause de son ordination. Et il vit
la droite du Père bon venant sur sa tête d’une seule venue
(ou d’une seule ressemblance ?) avec le Fils, tous les deux

15
le revêtant du Saint-Esprit, et lorsque, seul, il l’eut
contemplé, à cet instant, il poussa un cri, se précipita à terre
en disant : « Tu es le Christ, le fils du Dieu vivant. »
Jésus lui dit : « Tu es heureux, Simon Bariona, car la
chair et le sang ne t’ont pas révélé ces choses. Maintenant
donc, écarte-toi pour que je donne la puissance de ma
langue à ta langue pour lier et délier. »
Alors il plaça sa main sur sa tête : et toutes les armées
célestes dirent le trisagios de sorte que les éons qui étaient
sur la montagne criaient avec eux : « Saint, saint, saint l’apa
Pierre grand prêtre ! »
Lorsque Pierre eut reçu ce grand honneur, son visage
s’illumina. Il resplendit comme le soleil, devant les apôtres,
comme un Moïse de ce temps.
Jésus, lorsqu’il vit les apôtres ayant leur cœur humilié en
eux …………………………

3e FRAGMENT

…………………………
sur la tête de Pierre. Il le bénit — le Père — en disant : « Tu
seras dans les sommets de mon royaume. Tu seras très élevé
à la droite de mon Fils. Celui sur lequel tu élèveras la main
sur la terre, moi, mon Fils et l’Esprit saint élèverons la main
sur lui. Ce que tu délieras sur la terre, nous le délierons dans
le ciel, et ce que tu lieras, nous le lierons. Personne ne sera
aussi élevé que toi et ton siège, et celui qui ne participera
16
pas à ton siège (ou : qui ne sera pas en communion avec
toi), sa main sera rejetée et non acceptée. Ton souffle
(esprit) viendra du souffle (esprit) de mon Fils et de l’Esprit
saint, de sorte que tout homme que tu baptiseras et au
visage duquel tu souffleras (par la confirmation) recevra
l’Esprit saint au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. »
Les chérubins, les séraphins et tous les anges
répondirent : « Amen. »
Et il bénit André en disant : « Tu seras une colonne de
lumière dans mon royaume, Jérusalem, ma ville bien-aimée.
Amen.
« Ô Jacques, toute ville où tu entreras, tu m’y verras ainsi
que mon Fils avant que tu n’y prêches. Amen.
« Toi, Jean mon bien-aimé, le lien qui est lié sur le cœur
de mon Fils, ton esprit et celui de mon Fils et le mien, il n’y
a pas de séparation entre eux. Mais tu seras béni dans le
royaume. Amen.
« Toi, Philippe, en toute ville où tu entreras pour y
prêcher le verbe de mon Fils, sa croix restera marchant avec
toi jusqu’à ce qu’ils croient en toi. Amen.
« Toi, mon élu Thomas, ta foi sera un aigle de lumière
qui volera dans tous les pays jusqu’à ce qu’ils croient au
nom de mon Fils par toi. Amen.
« Ô Barthélemy, ton âme sera le lieu de séjour et
d’habitation des mystères de mon Fils. Amen.
« Toi aussi, Matthieu… »

17
4e FRAGMENT

« Rien ne peut être impossible pour vous dans le


transport même des montagnes. Maintenant ayez foi dans
l’amour de mon Père, car la perfection de toute chose, c’est
la foi. »
Toutes ces choses, le Sauveur les disait aux apôtres pour
les consoler sur la montagne ; car il connaissait ce qui était
répandu à son sujet dans la Judée par les puissances qui
étaient venues pour l’enlever pour le faire roi. Les
messagers de Théophile vinrent jusqu’à Jésus. Ils
l’avertirent, disant qu’on cherchait après lui, voulant le faire
roi. Les apôtres dirent à Jésus : « Notre Seigneur, c’est une
joie pour nous qu’on te fasse roi. » Jésus leur dit : « Est-ce
que je ne vous ai pas dit souvent que mon royaume à moi
n’est pas de ce monde ? Ne mettez pas la joie dans votre
cœur pour le royaume de ce monde, ô mes frères les
apôtres ! N’est-il pas pour un temps ? Est-ce que j’ai établi
cela avec vous, ô mes membres saints et mes frères : de
manger avec vous sur la table d’un royaume de ce monde ?
Mon royaume à moi demeure éternellement dans le ciel et
sur la terre. »
Ces choses et d’autres encore, Jésus les disait à ses
disciples, caché sur la montagne parce qu’on le cherchait
pour le faire roi. Et les autorités de Tibère, avec Pilate aussi
— firent acte de puissance une seconde fois au sujet de

18
Jésus pour le faire roi. Pilate les approuva beaucoup en
disant : « Vraiment, d’après les miracles et les prodiges que
fait cet homme, il mérite d’être fait roi sur toute la Judée et
les contrées qui en dépendent ; d’après les choses que j’ai
entendues de cet homme, il est bon et digne d’être fait roi. »
Voilà ce que disait Pilate devant les autorités de Tibère
l’empereur.
Hérode ne put supporter cela sans mépriser Pilate. Il dit :
« Tu es un Pontus Galiléen, étranger, égyptien. Tu ne
connais rien à la loi. Tu n’es d’ailleurs pas resté assez
longtemps praeses en cette ville pour connaître les œuvres
de cet homme. » Hérode lui dit : « Quiconque va contre les
ordres du roi irrite le roi. Non ! Il ne me convient pas, à
moi, que Jésus soit roi sur la Judée. »
Et alors il y eut une inimitié entre Hérode et Pilate au
sujet de Jésus depuis ce moment.
Cette parole se répandit et devint célèbre dans toute la
Judée : « Jésus, roi des Juifs. » Et (c’est pourquoi) Pilate
écrivit le rapport sur Jésus et fit sur la croix cette
inscription : « Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs. »
Lorsque Hérode entendit ces choses, il resta encore plus
fixé dans sa manie contre Jésus, disant : « Mon père mourut
dans l’aversion de Jésus dès l’enfance de celui-ci. Moi, je
ne me laisserai pas mourir, celui-ci vivant. » Il donna
beaucoup de richesses aux puissances et les envoya auprès
de l’empereur et il organisa une conspiration perfide dans
toute la Judée.

19
Notre Seigneur Jésus connaissait toute chose qui se
préparait contre lui. Il dit à ses disciples : « Le diable a
préparé (versé) un calice de ruse pour me faire crucifier.
Maintenant donc, mettez tous mes mystères dans vos
oreilles. Je ne vous ai laissés manquer de rien dans les
mystères de mon royaume. Je vous ai donné toute puissance
dans le ciel et sur la terre. Je vous ai donné force et pouvoir
sur les serpents et les scorpions, qui sont sous votre autorité.
Maintenant, levez-vous. Sortons de ce lieu ; car Hérode
cherche après moi pour me faire mourir. »
Notre Seigneur Jésus descendit de la montagne avec ses
disciples.
Voici que le diable se présenta devant eux sous la forme
d’un pêcheur. Beaucoup de démons le suivaient portant une
multitude de filets, de pièges, d’hameçons et de crochets,
jetant les filets et les hameçons sur la montagne.
Les apôtres, quand ils les virent jetant leurs filets de côtés
et d’autres, et leurs hameçons aussi, s’étonnèrent beaucoup.
Ils dirent : « Notre Seigneur, quel est l’homme de cette sorte
qui fait ces choses dans ce désert ? »
Jésus leur dit : « Pierre, celui-là est celui dont je t’ai dit :
Voici que Satan vous demande pour vous cribler comme le
froment ; moi j’ai prié pour toi afin que ta foi ne défaille
pas [3]. »
Jean lui dit : « Que trouvent-ils dans ce désert ? »
Jésus lui dit : « Mon bien-aimé Jean, celui après lequel il
cherche, voici qu’il l’a pris. C’est le pêcheur qui prend tous

20
les poissons mauvais. C’est le chasseur qui prend toutes les
bêtes souillées et quiconque est mauvais. »
Philippe lui dit : « Qui donc a été saisi par l’hameçon de
celui-ci, ou dans ses filets ? »
Jésus lui dit : « Il y a une multitude qui est prise par
l’hameçon ou dans le filet de celui-ci. »
André lui dit : « Mon Seigneur, quel est le bénéfice de
celui-ci à faire transgresser les hommes ? »
Jésus dit : « Est-ce que je ne suis pas venu pour prendre à
mon royaume ceux qui sont à moi ? Celui-ci aussi cherche
ceux qui sont à lui pour son tourment. J’ai supporté cette
grande humiliation. Je suis descendu au monde afin
d’arracher mes brebis à la mort qui est celui-ci. »
Jean lui dit : « Mon Seigneur, ordonne-moi, et je le
poursuivrai pour savoir ce qu’il fait. »
Jésus lui dit : « Va, mon bien-aimé Jean, car je t’ai purifié
dès le sein de ta mère. »
Saint Jean marcha vers le diable. Il lui dit : « Que fais-tu
de ces filets et que prends-tu en ce lieu ? »
Le diable lui dit : « J’ai entendu à ton sujet et au sujet de
tes frères que vous êtes des pêcheurs prenant le poisson. Je
suis venu ici pour voir votre habileté aujourd’hui. Me voici
moi, mes serviteurs et mes filets. Appelle aussi tes frères.
Qu’ils viennent auprès de toi en ce lieu avec leurs filets, et
jetons-les ici. Celui qui prend du poisson ici, celui-là est le
maître. Il n’est pas bien étonnant de prendre du poisson

21
dans les eaux, mais dans ce désert il est étonnant de prendre
du poisson. »
Jean lui dit : « J’ai fini d’entendre parler de ton habileté.
Avant que je vienne près de toi en ce lieu, jette tes filets.
Nous verrons ce que tu prendras. »
À cet instant il les jeta et prit toute espèce des poissons
qui sont dans les eaux. Quelques-uns étaient pris par leurs
yeux, d’autres étaient pris par leurs lèvres.
Jésus était au loin ainsi que les apôtres, contemplant ces
choses. Il leur dit : « Voyez la manière dont Satan prend les
pécheurs par leurs membres. »
Jésus dit à Jean : « Dis-lui de jeter… »

5e FRAGMENT

Nous avons trouvé cet homme volant dans les choses


qu’on jetait dans la bourse chaque jour, les apportant à sa
femme, et en frustrant les pauvres dans son service. Quand,
des fois (sic), il s’en retournait à la maison ayant des
sommes entre les mains, elle avait coutume de se réjouir de
ce qu’il avait fait. Nous l’avions même vu n’ayant pas pris
pour elle chez lui conformément à la malice de ses yeux et
son insatiabilité. Et alors, elle avait coutume de le tourner
au ridicule.
De cette façon donc, par suite de l’insatiabilité et du
mauvais œil de cette femme, il resta ce jour-là et elle lui

22
conseilla cette grande chose si terrible, à savoir : « Voici
que les Juifs poursuivent ton Maître. Lève-toi donc et livre-
le-leur. On te donnera beaucoup de richesses et nous les
mettrons pour nous dans notre maison, afin d’en vivre. »
Il se leva, le malheureux, après avoir écouté sa femme,
jusqu’à ce qu’il eût conduit son âme au tartare de l’Amenti,
de la même manière qu’Adam écouta sa femme, jusqu’à ce
qu’il devînt étranger à la gloire du Paradis et de telle façon
que la mort dominât sur lui et sa race. De même, Judas
écouta sa femme et se rendit de la sorte étranger aux choses
du ciel et aux choses de la terre pour aboutir à l’Amenti, le
lieu des pleurs et des gémissements.
Il alla vers les Juifs et il convint avec eux de trente pièces
d’argent pour livrer son Seigneur. Ils les lui donnèrent.
Ainsi fut accomplie la parole qui était écrite : « ils ont
reçu les trente pièces d’argent pour le prix de celui qui est
précieux. »
Il se leva. Il les porta à sa mauvaise femme. Il lui dit :
…………………………

6e FRAGMENT

Le Sauveur le mit (Mathias) avec les douze apôtres et la


table était devant eux.
Quand le Sauveur étendait la main vers la nourriture, la
table faisait le tour, en sorte qu’ils étendaient tous leurs

23
mains vers ce dont le Sauveur mangeait et il le bénissait.
Mathias déposa un plat sur lequel était un coq. Le sel
était sur la table. Le Sauveur étendit la main pour prendre
du sel d’abord, et, sur la table qui faisait le tour, tous les
apôtres en prirent.
Mathias dit à Jésus : « Rabbi, tu vois ce coq. Lorsque les
Juifs me virent le tuer, ils dirent : « On tuera ton maître
comme ce coq. »
Jésus sourit. Il dit : « Ô Mathias, la parole qu’ils ont dite,
ils l’accompliront. Ce coq donnera le signal avant la
lumière se levant. C’est le type de Jean-Baptiste qui a
annoncé devant moi. Moi je suis la lumière véritable qui n’a
en elle rien de ténébreux. Quand ce coq est mort, on a dit
sur moi que je mourrais, moi aussi que Marie a fait être
dans son sein. J’y ai résidé avec les Chérubins et les
Séraphins. Je suis sorti du ciel des cieux sur la terre. Il fut
dur pour la terre de pouvoir porter ma gloire. Je suis devenu
homme pour vous.
« Maintenant donc ce coq ressuscitera. »
Jésus toucha le coq et lui dit : « Je te dis, ô coq, de vivre,
comme tu l’as fait. Que des ailes te poussent et que tu voles
en l’air, afin d’avertir du jour où on me livrera. »
Se leva le coq sur le plat. Il s’échappa.
Jésus dit à Mathias : « Voilà que l’oiseau que tu as
immolé il y a trois heures est ressuscité. On me crucifiera ;
et mon sang sera le salut des nations ; (et je ressusciterai le
troisième jour)… » …………………………

24
7e FRAGMENT

… « Mon vrai fils, l’arbre de mon jardin, on le connaîtra


à côté de celui de l’Étranger : On le fera reconnaître par son
fruit ; car il est préférable à une multitude de ceux de
l’ennemi (?). En vérité, donne-moi ta force, ô mon Père.
Établis-la pour celui qui souffrira avec moi pour le bien (ou
le bon). En vérité j’ai reçu pour moi la couronne du
royaume, la couronne de ceux qui ont en partage le mépris
dans leur humiliation et qui n’ont pas trouvé le repos. Je
suis roi de par toi, ô mon Père. Tu feras que cet ennemi (le
diable) me soit soumis. En vérité, cet ennemi il sera brisé
par qui ? Par le Christ (ou le doux). En vérité, l’aiguillon de
la mort sera détruit par qui ? Par le Fils unique. En vérité le
royaume appartient à qui ? Il appartient au Fils. En vérité,
toutes choses ont été faites par qui ? par le premier-né… »
Lorsqu’il eut achevé cette prière à son Père, il se retourna
vers nous. Il nous dit : « Elle est venue l’heure où l’on me
prendra à vous. L’esprit est vif, mais la chair est faible.
Restez donc à prier avec moi. »
Nous les apôtres, nous pleurâmes en lui disant : « Aie
pitié de nous, ô fils de Dieu ! À nous aussi, quelle sera notre
destinée ? »
Il répondit et nous dit : « Ne craignez pas la dissolution…
Mais bien plus, ne craignez pas la puissance. Souvenez-
vous de tout ce que je vous ai dit ; car de même qu’ils

25
m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi ; vous donc,
réjouissez-vous, car j’ai vaincu le monde
…………………………

8e FRAGMENT

« Je vous ai révélé toute ma gloire et je vous ai enseigné


toute votre force ainsi que le mystère de votre apostolat. »
En vérité il nous avait révélé ces choses : et précédemment
je vous ai donné les témoignages relatifs aux enseignements
et aux bénédictions qu’il nous avait donnés sur la montagne
…………………………

9e FRAGMENT

…………………………
nos yeux pénétrèrent en tout lieu. Nous contemplâmes la
gloire de sa divinité, ainsi que toute la gloire de notre
seigneurie. Il nous a revêtus de force pour notre apostolat…
Toutes ces choses devinrent claires pour nous comme le
soleil et s’illuminèrent …………………………

10e FRAGMENT

…………………………
jusqu’à Jésus qui était dans le prétoire. Il lui dit : « D’où es-
26
tu et que dis-tu de toi-même ? J’ai peiné en combattant pour
toi et je n’ai pu te sauver. Si tu es roi des Juifs, dis-le-nous
avec assurance. » Jésus répondit et dit à Pilate : « Tu dis
cela de toi-même, ou si d’autres te l’ont dit de moi ? »
Pilate lui dit : « Suis-je un juif, moi ? Ton peuple t’a livré à
moi. Qu’as-tu fait ? »
Jésus répondit : « Mon royaume à moi n’est pas de ce
monde. Si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs
combattraient afin qu’on ne me livrât pas aux juifs.
Maintenant donc mon royaume n’est pas de ce monde. »
Pilate lui dit : « Donc, tu es roi ? »
Jésus répondit : « C’est toi qui l’as dit : je suis roi. »
Pilate lui dit : « Si tu es roi, enseigne-moi la vérité de ta
bouche afin que ces troubles et ces révolutions s’éloignent
de toi. »
Il lui dit alors : « Voici que tu confesses et que tu dis de ta
bouche que je suis roi. J’ai été enfanté et je suis venu dans
le monde pour cette chose : pour rendre témoignage à la
vérité. Quiconque est de moi écoute ma voix. »
Pilate lui dit : « Qu’est la vérité ? »
Jésus lui dit : « Est-ce que tu n’as pas vu, toi, que celui
qui parle avec toi est vérité ? Ne vois-tu pas à sa face qu’il a
été enfanté par le Père ? N’entends-tu pas aux paroles de sa
bouche qu’il ne vient pas de ce monde ?
« Sache donc, ô Pilate, que celui-là que tu juges, c’est lui
qui jugera le monde avec justice. Ces mains que tu saisis, ô

27
Pilate, t’ont formé (ou créé). Ce corps que tu vois et cette
chair qu’ils ont …………………………

11e FRAGMENT

« (Je m’affligeai) beaucoup parce qu’il n’y a aucune


chose que je puisse placer en parallèle de cette autre — et
cela de manière à me faire dire : Mon âme est triste jusqu’à
la mort.
« Semblablement j’ai vu (par prophétie) la multitude de
mes compatriotes m’environnant et me chassant avec
mépris ; criant contre moi ; préparant un verre de vinaigre et
le plaçant devant moi ; d’autres préparant des clous ;
d’autres tressant une couronne d’épines ; les porteurs de
lances m’entourant avec leurs armes ; … toute cette
multitude de Juifs criant : Prenez-le ! Prenez-le ! Crucifiez-
le !
« Lorsque j’eus vu ces choses de cette façon, je
m’affligeai beaucoup et jusqu’à la mort, voyant ceux que
j’avais créés bellement (sic) voulant me perdre
méchamment dans leur folie ; voyant l’argile luttant contre
le potier ; voyant la créature voulant tuer celui qui l’a créé ;
voyant l’œuvre de mes mains alors que je me tenais debout
devant elle comme accusé. Je n’ai pas péché et on n’a pas
trouvé de malice dans ma bouche. C’est pourquoi mon âme
a été affligée jusqu’à la mort. »

28
Après toutes ces choses, Pilate reçut les apologues de
Jésus en disant (encore) : « Si tu es le roi des Juifs, dis-le-
nous avec assurance. »
Jésus lui dit : « Après ce long temps, tu ne sais pas
encore que je suis roi et que c’est moi qui t’ai formé de mes
mains, ô Pilate ? C’est mon Père qui m’a envoyé ici afin
que je ramène l’homme à son principe encore, parce que,
depuis le temps où il a violé nos commandements, nous
l’avons chassé dehors du Paradis en vertu de sa
désobéissance. Je veux maintenant l’y faire revenir encore.
Depuis que Caïn a tué son frère Abel, le sang de celui-ci ne
se tait point, criant jusqu’à cette heure. Il ne cessera pas de
crier jusqu’à ce que le mien crie et que le sien se taise.
« Ils ont scié en deux Isaïe. Ils ont écartelé Jérémie. Ils
ont étranglé les uns. Ils ont lapidé les autres. Ils ont frappé
une multitude de prophètes et jusqu’à présent ils n’ont point
cessé leur audace et leur impudence. Ils ont tué le prêtre
Zacharie, fils de Barachias [4], et Jean son fils. Et voici que
maintenant ils s’attaquent à celui qui est plus grand qu’eux
tous, c’est-à-dire à moi. »
Lorsque Pilate entendit ces paroles, il eut très peur. Il
amena Jésus au milieu du sanhédrin et dit : « Voilà l’homme
que vous cherchez en ce lieu. »
Alors, ils crièrent à Pilate : « Prenez-le ! Prenez-le !
Crucifiez-le ! »
Pilate leur dit …………………………

29
12e FRAGMENT

Juifs — patient pour eux ; car il est patient, sachant qu’ils


viendront en ses mains pour qu’il les juge.
Voici qu’un homme de la multitude dont le nom était
Ananias et qui était de Bethléem la cité de David, se
précipita vers la croix de Jésus, courut à lui, plaça ses mains
sur les mains du Fils de Dieu. Il appliqua son cœur au cœur
du Fils de Dieu. Il embrassa les pieds de Jésus. Il embrassa
les mains de Jésus. Il embrassa la bouche de Jésus. Il
embrassa le flanc de Jésus qu’on a percé pour notre salut. Il
embrassa tous les membres du Fils de Dieu, disant « ô Juifs
menteurs et impurs ! Tuez-moi, mais ne tuez pas le Fils de
Dieu (lapidez-moi, mais ne lapidez pas le Fils de Dieu.
Crucifiez-moi, mais ne crucifiez pas le Fils de Dieu), car
Jésus est mon Seigneur, Jésus est mon Dieu. C’est le
Christ. »
Lorsqu’il eut dit ces choses, une voix sortit du corps du
Sauveur sur la croix, disant : « Ananias, Ananias, ton âme
n’ira pas à l’Amenti, ton corps n’aura pas l’odeur des morts.
La mort ne pourra rien sur ton corps. On écrira ton nom sur
la porte des cieux et on t’appellera dans les cieux « les
prémices des fruits d’immortalité (ou de la bénédiction) ».
Telles sont les choses que le corps du Fils de Dieu dit,
suspendu à la croix.
Les grands prêtres étaient tout à fait hors d’eux-mêmes,
jetant des pierres sur l’homme.

30
Le vieillard bienheureux apa Ananias ouvrit la bouche
pour louer Dieu en disant : « Mon cœur se réjouit de la
bonne odeur du Fils de Dieu. La lumière du Fils de Dieu a
illuminé mon âme et mon corps. Je suis plein d’allégresse.
Gloire au Père et au Saint-Esprit à jamais ! Amen. »
Les prêtres, après être restés à lapider l’homme sans qu’il
mourût, ordonnèrent de le brûler vivant. Quand ils eurent
allumé le brasier de feu, le feu rafraîchit son corps, comme
un vent de rosée. Il resta au milieu du feu trois jours et trois
nuits jusqu’à ce que le Sauveur ressuscitât d’entre les morts.
Lorsqu’ils eurent vu que le feu ne le touchait pas, les grands
prêtres le percèrent d’une lance…
À cet instant le Sauveur prit l’âme d’Ananias en haut
avec lui vers les cieux. Le Seigneur lui dit : « Tu es bien
heureux, ô toi Ananias, parce que tu as cru au Fils de Dieu
au temps où tu étais dans le monde. Non seulement tu as
cru, mais tu es devenu le parent du Fils de Dieu. Le corps
que tu as uni à mon corps ne se corrompra pas. La terre ne
le détruira pas, car… [5]

13e FRAGMENT

« … Et tous mes membres pour que tu les examines. Je


n’ai pas honte en effet des blessures qui sont dans mon
corps, je n’ai pas honte des coups que j’ai reçus, je ne
cacherai pas les trophées de ma victoire et de ma gloire ;
mais je les manifesterai et les rendrai bien évidents. Le

31
soleil connaît ces choses puisqu’il s’est obscurci. La terre
connaît ces choses puisqu’elle s’est agitée, cherchant un
lieu de repos pour elle. Les pierres connaissent ces choses
puisqu’elles se sont fendues, en faisant deuil de mes
souffrances par cette brisure d’elles-mêmes. Les morts ont
connu ces choses puisque à cause de cela ils sont ressuscités
et ils sont sortis de leur tombeau. Le voile du temple a
connu ces choses, puisqu’il s’est fendu et a ainsi pleuré le
premier sur la perte des Juifs.
« Tu vois mes mains comme tu l’as voulu ; tu peux
pénétrer dans mes plaies avec tes doigts ; si tu veux voir
mon côté je ne t’affligerai pas (en cela), voilà que je te le
découvre. Apporte ta main qui veut chercher et s’instruire.
Mets ta main dans mon flanc et touche mon corps conçu
sans intervention de l’homme. Touche mon corps que j’ai
reçu de la Vierge sainte. Touche mon corps qui est ton
parent. Touche mon corps qui a supporté la souffrance
d’après ma volonté. Touche mon corps qui est mort (et
ressuscité). »

14e FRAGMENT

« Les mères qui en ces pays ont vu la mort de leurs fils,


quand elles vont au tombeau pour voir le corps de ceux
qu’elles pleurent, une grande consolation et une … en
résultent pour elles. Moi je suis sortie pour le voir … avec

32
tous ceux-ci … élevé sur sa croix comme un voleur… Voici
que … »
Elle ouvrit ses yeux, car ils étaient abaissés pour ne pas
regarder sur terre à cause des scandales. Elle lui dit avec
joie : « Maître, mon seigneur, mon Dieu, mon fils, tu es
ressuscité, bien ressuscité. » Elle voulait le saisir pour le
baiser sur la bouche. Mais lui l’en empêcha et la pria,
disant : « Ma mère, ne me touche pas. Attends un peu, (car)
c’est le vêtement que mon Père m’a donné quand il m’a
ressuscité. Il n’est pas possible que rien de charnel ne me
touche jusqu’à ce que j’aille au ciel.
« Ce corps est cependant celui avec lequel j’ai passé neuf
mois dans ton sein… Sache ces choses, ô ma mère. Cette
chair est celle que j’ai reçue en toi. Celle-là est celle qui a
reposé dans mon tombeau. Celle-là est aussi celle qui est
ressuscitée aujourd’hui, celle qui se tient debout devant toi.
Fixe tes regards sur mes mains et mes pieds. Ô Marie, ma
mère, sache que c’est moi que tu as nourri. Ne doute pas, ô
ma mère, que je ne sois ton fils. C’est moi qui t’ai laissée
aux mains de Jean au moment où j’étais monté sur la croix.
« Maintenant donc, ô ma mère, hâte-toi d’avertir mes
frères et de leur dire… Selon ces paroles que je vous ai
dites, allez en Galilée : vous me verrez. Hâtez-vous, car il
ne m’est pas possible de ne pas aller au ciel vers mon Père,
pour ne plus vous rencontrer.
« Ceux qui ont souffert avec moi sur la terre… »

33
15e FRAGMENT

II appela le second. Il lui dit : « Je sais que tu es un


homme véridique plus que tous ceux-ci. Apprends-moi
combien d’ Apôtres ont pris le corps de Jésus dans le
tombeau ? »
Il dit : « Ils vinrent tous les onze ainsi que leurs disciples.
Ils le prirent furtivement et se séparèrent seulement de cet
autre (de Judas). »
Il appela le troisième et lui dit : « Je prise ton témoignage
plus que ceux de beaucoup. Qui a pris le corps de Jésus
dans le tombeau ? »
Il lui dit : « Joseph avec Nicodème et leurs parents. »
Il appela le quatrième. Il lui dit : « Tu es le plus
considérable parmi eux et je les ai tous renvoyés. Apprends-
moi maintenant ce qui a eu lieu quand on a pris de vos
mains le corps de Jésus dans le tombeau. »
Il lui dit : « Notre seigneur, le praeses, voici que nous
dormions. Nous nous étions oubliés et nous n’avons pu
savoir qui l’a pris. Ensuite nous nous sommes levés, nous
l’avons cherché, mais nous ne l’avons pas trouvé… Nous
avons averti… »
Pilate dit aux Juifs et aux centurions : « Ces gens-là
mentent de cette façon. Leurs paroles sont partagées (et se
contredisent) pour le mensonge ! » Et il ordonna qu’on
s’assurât des soldats jusqu’à ce qu’il vînt au tombeau.

34
En cet instant il se leva avec les grands des Juifs et le
sanhédrin et les grands prêtres. Ils trouvèrent les linceuls
placés à terre sans personne là.
Pilate dit : « Ô hommes ! qui détestez votre propre vie, si
on avait pris le corps, (on aurait pris) les bandelettes aussi. »
Eux, ils lui dirent : « Tu ne vois pas que ce ne sont pas les
siennes, mais d’autres étrangères ? »
Pilate se souvint de la parole de Jésus : « Il faut que de
grands miracles aient lieu dans mon tombeau. » Pilate se
hâta donc d’entrer dans le tombeau. Il prit les linceuls de
Jésus. Il les serra contre son sein. Il pleura sur eux. Il les
baisa de joie comme si Jésus en était entouré.
Il fixa son attention sur le centurion qui se tenait debout à
la porte du tombeau et vit qu’il n’avait qu’un seul œil (car
on avait crevé l’autre œil dans le combat) et qu’il le cachait
de sa main, tout le temps, pour ne pas voir la lumière.
Pilate …
« (Vous croyez donc que Dieu ne saura pas vous)
chercher querelle pour la vie du Seigneur ? Mais elle est
venue sur vous, la flamme de sa colère. »
Eux, ils donnèrent de la tête (ils consentirent) à cette
condamnation en disant : « Son sang soit sur nous ainsi que
sa mort à jamais ! »
Pilate dit au centurion : « Mon frère, ne livre pas la vie
véritable que tu as reçue, et cela en vain pour le mensonge
et pour le repos des Juifs.

35
« Voilà ce qu’il dit en présence des Juifs [6] (et des
disciples du Christ) …………………………
(On conduisit) Pilate et le centurion sur le puits d’eau du
jardin, puits très profond. Moi, Gamaliel, je les suivais aussi
au milieu de la troupe. Ils regardèrent en bas dans le puits.
Les Juifs crièrent : « Ô Pilate, voici [7]
………………………… Le corps de Jésus qui est mort,
n’est-ce pas celui-ci ? »
Eux (les disciples) ils dirent : « Notre seigneur, les
linceuls qui sont sur toi sont ceux de Jésus. Ce corps-là est
celui du voleur qu’on a crucifié avec Jésus… Joseph et
Nicodème (ont placé sur le corps) les bandelettes (que tu as
en mains) [8] » ………………………… Pilate se rappela ce
qu’avait dit Jésus : « Les morts ressusciteront dans mon
tombeau. »
C’est pourquoi il appela les grands des Juifs et leur dit :
« Vous croyez que c’est le Nazaréen ? » Ils dirent : « Nous
le croyons. » Il dit : « Il convient de placer son corps dans
son tombeau comme on le fait pour tous les morts [9]. »

16e FRAGMENT

Lorsqu’il vit ces apôtres, il se leva. Il les appela.


Il dit : « Ayez pitié de ma misère. »
Il se tourna vers Pierre et lui dit : « Je t’en prie, aie pitié
de moi. Souviens-toi du moment où la portière discuta avec

36
toi en disant : « Tu es un « disciple de Jésus. » Moi je l’ai
réprimandée. Maintenant donc, mon père Pierre, ne me
laisse pas mourir dans ce tourment. »
Pierre lui dit : « Cette puissance ne nous appartient pas ;
mais si tu crois en Dieu et en son fils unique, Jésus-Christ
que la Vierge a enfanté, (tu obtiendras grâce). »
Ce grand prêtre répondit : « Nous savons, nous aussi, que
c’est le fils de Dieu. Mais que feras-tu pour l’avarice qui
nous a aveugle les yeux ? et cela alors avec nos pères, (qui),
allant arriver à la mort, nous ont dit : « Voici qu’on nous a
faits prêtres pour servir à la tête du peuple et recevoir les
prémices et les dîmes de leurs mains. Mais gardez-vous
d’aimer l’argent, de peur que Dieu ne s’irrite contre vous.
Ce qui vous sera de trop, donnez-le aux pauvres et à ceux
qui ont besoin. » Nous, nous n’avons pas obéi aux
prescriptions de nos pères, mais nous avons été des
marchands achetant et vendant. Jésus vint. Il nous chassa du
temple en disant : « Ne laissez pas ceux-ci dans ce lieu ; car
du temple de mon Père ils ont fait un marché. » Nous donc,
nous nous sommes mis en colère à cause de ses paroles,
nous avons fait projet ensemble, nous l’avons pris, nous
l’avons crucifié sans avoir connaissance que c’est le Fils de
Dieu. Maintenant, mon père Pierre, n’entre pas en compte
avec moi pour mon manque de foi. Pardonne-moi mon
audace ; voici que Dieu n’a pas voulu que je fusse aveuglé
comme les autres qui n’ont pas été dignes de voir la gloire
du corps de la mère de mon Seigneur. »

37
Alors Pierre lui dit : « Si tu crois au Christ, va embrasser
le corps de la Vierge en disant : Je crois en toi et en celui
que tu as enfanté, vierge sans tache. »
Le grand prêtre courut en cet instant, il embrassa le corps
de la Vierge en parlant en hébreu, bénissant Dieu et rendant
témoignage de ce qui est écrit dans la loi et les prophètes au
sujet du Christ : de telle sorte que les apôtres admiraient
tout ce qu’il disait.
Lui-même donc il saisit sa main qui avait été coupée. Il
l’applique en son lieu en disant : « Au nom de celui qu’on a
crucifié sur le bois de la croix, de celui que la Vierge Marie
a enfanté, ô Jésus-Christ, tu m’écouteras aussi aujourd’hui,
tu recevras ma prière et tu feras adhérer mon bras à sa place
de nouveau ; car moi, mon Seigneur, je t’ai vu recollant
l’oreille du serviteur du grand prêtre que Pierre avait
coupée. »
Au moment où la parole cessa dans sa bouche, sa main
adhéra comme auparavant.
Pierre lui dit : « Lève-toi, prends des palmes de ce
palmier et va à la ville : Tu y trouveras des multitudes
d’hommes aveugles ; tu leur diras toutes les choses qui te
sont arrivées. Celui qui croira au Christ, mets ces palmes
sur ses yeux et il verra ; celui qui ne croira pas en lui ne
verra pas.
Lui, le grand prêtre, il trouva une multitude d’aveugles
assis, pleurant et disant : « Malheur à nous ! Ce qui est
arrivé aux gens de Sodome nous est arrivé. »

38
À cet instant le grand prêtre parla avec eux du Christ et
de ce qui lui était arrivé à lui-même. Tous ceux qui crurent
virent.
Les apôtres cependant portaient le corps de la Vierge. Ils
le déposèrent dans le tombeau. Ils restèrent dans ce lieu
attendant le Seigneur pour qu’il ressuscitât le corps de la
Vierge d’entre les morts et l’emportât aux cieux auprès de
lui, comme il l’avait dit.
Les apôtres dirent aux vierges qui les suivaient : « Que
chacune de vous retourne en sa maison en paix. »
Les vierges ne voulurent pas, parce qu’elles désiraient
rester, elles aussi, en ce lieu.
Pierre et Jean leur dirent : « Courage ! ô mes filles. Allez-
vous-en en paix. Le Christ vous conduira. Nous avons bien
mis en sûreté son corps (de la Vierge), parce qu’il a été le
lieu d’habitation du Verbe du Père. Ne nous faites pas être
comme une procession de noce, en restant entre nous et
notre Maître, car les Juifs le haïssent. Maintenant donc son
corps (de la Vierge), nous l’avons placé dans le tombeau.
Mais nous croyons qu’il ne le laissera pas à jamais. Il
viendra pour le ressusciter comme il nous l’a dit. Voici que
je vous le dis : « Votre peine ne tombera pas, car vous
servez ainsi la Mère du Seigneur. »
Ces choses, ils les leur dirent en les consolant. Elles
dirent : « Bénissez-nous, nos pères, afin que cette
bénédiction soit avec nous dans nos lieux de résidence. »

39
Pierre dit à Jean : « Lève-toi, mon frère, bénis-les. » Jean
lui dit : « Pardonne-moi, mon seigneur et père, c’est à toi
que la gloire convient. »
Pierre leur fit baisser la tête. Il les bénit en disant : « Je
t’en prie, Seigneur Jésus-Christ, pasteur véritable, qui réunit
ses brebis et ne laisse pas l’homme égaré dans la main du
diable, car tu l’as sauvé par ton sang saint ; Jésus notre
Seigneur, Jésus notre force, Jésus notre espérance, Jésus
notre vie, Jésus notre joie ; tu nous béniras, tu nous
ombrageras par l’ombre de tes ailes. Gloire à toi et à ton
Père bon, à l’Esprit-Saint, à jamais ! Amen. »
Lorsqu’il eut dit ces choses, voici que l’homme qui crut
en Dieu, vint au tombeau à la troisième heure du jour.
Il trouva les apôtres assis. Il leur dit : « Où est mon père
Pierre ? »
Eux, ils l’appelèrent et il vint en hâte.
Le grand prêtre lui dit : « Pardonne-moi, mon père, que je
te dise toutes les choses qui me sont arrivées :
« Moi donc, lorsque je vins à la ville, je leur dis ce qui
m’était advenu. Lorsque les Juifs entendirent, ils furent
remplis de colère contre vous à cause de Marie, la mère du
Seigneur. Ils parlèrent ensemble en disant : « Que faut-il
que nous fassions ? Car au moment où l’on a crucifié son
Fils Jésus, nous avons dit : Les disciples l’ont pris en secret
de nuit. Maintenant voici que sa mère est morte, nous
sommes allés pour brûler son corps, nous n’avons pu
trouver que son lieu de repos, nous y avons mis le feu et il

40
n’a pas brûler. » Et ils dirent : « Voici qu’ils l’ont mise dans
le tombeau. Allons maintenant, brûlons-la, ainsi que son
tombeau, pour qu’on ne puisse plus la trouver du tout : et
cela, de peur qu’elle ne ressuscite comme son Fils et que la
dernière erreur soit pire que la première. » D’autres
disaient : « Voici que nous sommes restés aveugles et que
nous ne voyons point. » Enfin ils firent une parole
ensemble, à savoir : « Courons cette fois pour la brûler. »
Moi donc, quand j’ai su leur dessein, je suis venu vous
avertir de tout ce qui s’est passé. Allez ! cachez-vous, de
peur qu’ils ne viennent vous trouver et vous tuer. »
Lorsqu’il eut dit ces choses, il s’en alla dans sa maison en
grand secret.
Pierre avertit les disciples. Mais le bon Dieu donna un
oubli au cœur des grands prêtres. Ils ne recherchèrent pas le
corps de la Vierge de nouveau, disant : « Nous avons
échappé la première fois alors que nous voulions y aller.
Restons. »
Pierre et Jean prirent assurance. Ils laissèrent la place à
Dieu. Ils restèrent ensemble en disant : « Ne laissons pas le
corps. Elle a la force de prier pour nous et de nous sauver. »
Ils étaient encore réunis à parler des grandeurs de Dieu.
Voici qu’une voix vint à eux, disant : « N’ayez crainte, mes
élus, rien de mal ne vous arrivera. Ces athées ne viendront
pas de nouveau vers vous. Restez. Je ressusciterai son corps
(de la Vierge) sans retard. Je donnerai honte à ces impies
juifs. »

41
Lorsque la voix eut dit ces choses, elle retourna aux cieux
dans la gloire.
Il arriva, après cela, que nous parvînmes au seize
mésoré ; nous parlions ainsi, réunis avec les apôtres en
racontant les grands miracles de Dieu. Nous vîmes des
éclairs au-dessus de nous à la porte du tombeau dans lequel
était la Vierge ; nous eûmes très peur.
Après cela, un grand bruit se fit entendre, de telle sorte
que nous nous dîmes : « Le lieu va s’effondrer sur nous »,
et nous sentîmes une bonne odeur qui se répandit.
Ensuite de grandes voix eurent lieu et des éclairs de
lumière et de feu qui passaient devant nous ; nous
entendîmes le bruit d’une multitude de trompettes sonnant
devant nous à grand éclat.
Nous vîmes la porte du tombeau qui était ouverte. Il y
avait en elle une grande lumière.
Ensuite, voici qu’un grand char lumineux descendit, un
feu l’environnant.
Nous regardâmes ; nous vîmes le Seigneur Jésus qui
étendait la main droite. Il nous embrassa. Il nous donna la
paix.
Après cela, il nous appela au tombeau : « Marie, ma
mère, mon lieu de repos dans lequel j’ai été, lève-toi ; laisse
derrière toi ces linceuls et viens dehors du tombeau.
Comme mon Père m’a ressuscité des morts, moi je te
ressusciterai pour t’emmener au ciel auprès de moi. »

42
Nous regardâmes ; alors nous vîmes la Vierge sainte
Marie portant le vêtement (le corps) dans lequel elle avait
été enfantée, comme si elle n’avait pas du tout vu la mort.
Nous vîmes le Seigneur Jésus qui étendit sa main, la fit
monter sur le char de lumière qui le portait.
Nous vîmes des chœurs d’anges qui marchaient devant
eux jusqu’à ce qu’ils fussent arrivés aux cieux.
Nous étions encore dans l’étonnement en regardant
derrière eux quand nous entendîmes une voix disant : « Paix
à vous, mes frères, ne craignez point ; aucun mal ne vous
arrivera. »
En effet, le miracle qui eut lieu en ce jour-là, où la Vierge
est ressuscitée des morts, est plus grand que celui où le
Seigneur est ressuscité des morts. Le jour où le Seigneur est
ressuscité des morts, nous ne l’avons pas vu, mais
seulement, Marie, sa mère et Marie la Madeleine : ce sont
elles auxquelles il est apparu. Elles vinrent, elles nous
avertirent. Nous allâmes au tombeau, nous ne trouvâmes
point son corps, mais ce sont ses vêtements funèbres seuls
que nous avons trouvés et qui étaient déposés là. Nous ne
l’avons pas vu jusqu’à ce que nous soyons arrivés en
Galilée où nous l’avons trouvé. Elle, quand elle est
ressuscitée des morts, nous avons vu des éclairs et nous
avons entendu des trompettes, nous avons vu
…………………………
De cette façon a été prise la Vierge au ciel…

43
Nous donc, les apôtres, nous pouvons témoigner de ces
choses. Nous n’y avons rien ajouté ; nous n’avons rien
retranché de ce que nous avons vu de nos yeux, de ce que
nous avons entendu de la bouche de Notre Seigneur Jésus-
Christ, le Verbe qui s’est fait chair comme tous les hommes
et qui est maintenant à la droite du Père bon.
Et la chair en laquelle a été engendrée la Vierge dans le
sein de sa mère, elle est ressuscitée elle-même, elle est à la
droite de son Fils Jésus-Christ. Elle prie pour le monde
entier : et le Père reçoit les supplications et les prières
qu’elle fait pour nous plus que celles de tous les saints.
Au temps où Dieu jugera l’humanité entière, chacun le
verra (le Christ) portant la chair qu’il a reçue de Marie la
Vierge sainte.
Après ces choses, nous allâmes au tombeau. Nous
trouvâmes les vêtements déposés dans ce lieu où on avait
placé son corps ; nous les ensevelîmes… Nous…

SUPPLÉMENT

FRAGMENT 4 bis

… le temps soit accompli. Lorsqu’il eut dit ces choses, il


alla en Galilée. Quand ses frères furent montés à Jérusalem
pour la fête, il y alla aussi, non pas d’une façon apparente,
mais en secret. Les juifs cependant cherchaient après lui et

44
ils disaient : « Où est-il ? » Et c’était la maison d’Irméel qui
était son lieu de séjour à cause de……… la multitude. Eux
donc disaient : « Que ferons-nous ? »
…………………………
1. ↑ Jean XVII, 11.
2. ↑ Jean VI, 15.
3. ↑ Luc XXII, 31.
4. ↑ Dans le manuscrit 129/17, f. 11 v°, on trouve un fragment intitulé :
« Martyre du saint Apa Zacharie, le prêtre, le 8 du mois de thot ». Le
fragment concerne la visite des mages à Hérode et le trouble du roi à ce
sujet. La suite nous manque. Mais, selon une tradition, ce serait à
loccasion de la mort des saints Innocents que Zacharie aurait été
martyrisé pour avoir défendu saint Jean. Notre texte assimile ce Zacharie,
père de saint Jean-Baptiste, au Zacharie fils de Barachias, dont le Christ a
parlé deux fois. Cf. Patrol. Or., t. I, fasc. 3 : Le synaxaire arabe jacobite
publié et traduit par René Basset, au huitième jour de Tout. Le Livre de la
création en parle.
5. ↑ Je remplirais facilement ainsi la lacune : car tu participeras à mon
incorruptibilité. À cause de ta piété à vénérer mes blessures, je te les livre
ainsi que tous mes membres pour les examiner, etc.
6. ↑ Dans la lacune textuelle, on devait mettre en face les adversaires
naturels, c’est-à-dire les Juifs et les disciples ; car on les voit plus loin
soutenir des deux parts une opinion contraire. On devait aussi indiquer à
Pilate l’existence d’un mort dans un puits, qu’il va aussitôt examiner en
bon juge d’instruction.
7. ↑ Autre lacune.
8. ↑ Il ne reste que deux ou trois mots de la dernière phrase. Mais il est
certain que les disciples continuaient leur plaidoyer en invoquant ce
témoignage de Joseph et de Nicodème qui avaient fait l’ensevelissement
du Christ.
9. ↑ Malheureusement, la suite contenant sans doute la résurrection et le
témoignage du voleur mort a disparu dans une nouvelle lacune, cette fois
définitive.

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