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Souffrance Des Enseignants

L'ouvrage de Françoise Lantheaume et Christophe Hélou explore la souffrance des enseignants à travers une sociologie pragmatique, mettant en lumière les émotions et les défis quotidiens auxquels ils font face. Il analyse les relations complexes entre les enseignants et divers acteurs de l'éducation, tout en soulignant la nécessité de considérer l'organisation du travail et les politiques éducatives dans la compréhension de cette souffrance. Bien que l'ouvrage soit riche en analyses, il souffre d'un manque de quantification et d'une distinction claire entre les difficultés communes et la souffrance individuelle des enseignants.

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L'ouvrage de Françoise Lantheaume et Christophe Hélou explore la souffrance des enseignants à travers une sociologie pragmatique, mettant en lumière les émotions et les défis quotidiens auxquels ils font face. Il analyse les relations complexes entre les enseignants et divers acteurs de l'éducation, tout en soulignant la nécessité de considérer l'organisation du travail et les politiques éducatives dans la compréhension de cette souffrance. Bien que l'ouvrage soit riche en analyses, il souffre d'un manque de quantification et d'une distinction claire entre les difficultés communes et la souffrance individuelle des enseignants.

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28/06/2021 La souffrance des enseignants, une sociologie pragmatique du travail enseignant, F. Lantheaume, C.

Hélou

Sociologie du travail
Vol. 53 - n° 1 | Janvier-Mars 2011
Maux du travail : dégradation, recomposition ou illusion ?
Comptes rendus

La souffrance des enseignants,


une sociologie pragmatique du
travail enseignant, F. Lantheaume,
C. Hélou
Presses universitaires de France, Paris (2008). 173 pp.

Maurice Tardif
p. 136-138
https://doi.org/10.4000/sdt.7319

Référence(s) :
Françoise Lantheaume, Christophe Hélou, La souffrance des enseignants, une sociologie pragmatique du travail
enseignant, Presses universitaires de France, Paris (2008). 173 pp.

Texte intégral
1 Ces dernières années, il semble qu’on observe, en sociologie, une certaine volonté de
densifier et de subjectiviser davantage les acteurs sociaux : ceux‑ci sont progressivement
dotés d’un corps, d’émotions, d’affects, d’une histoire personnelle ; leur cognition ne se
limite plus à leur rationalité mais couvre un plus large empan ; les rapports entre acteurs
se concrétisent, ils se déploient au sein de l’intimité, de relations personnelles et
professionnelles où interviennent des tonalités affectives. Bref, l’acteur social devient de
plus en plus une personne.
2 L’ouvrage de Françoise Lantheaume et Christophe Hélou se situe dans cette orientation.
Il traite en effet de la souffrance des enseignants, avec ses multiples tonalités personnelles
et affectives — ennui, amertume, stress, épuisement, désengagement, désespoir,
dépression, peur, défaillance, résistance, fuite, refuge, silence, refus, déni, etc., avec leurs
contreparties « positives » : joie, plaisir, réengagement, changement, petite réussite, etc.
En même temps, il cherche, pour en rendre compte, à inscrire cette souffrance dans

https://journals.openedition.org/sdt/7319 1/4
28/06/2021 La souffrance des enseignants, une sociologie pragmatique du travail enseignant, F. Lantheaume, C. Hélou

l’évolution actuelle du métier d’enseignant, ainsi que dans l’organisation du travail au sein
des établissements scolaires et des rapports complexes, toujours à double face, personnelle
et professionnelle, que les enseignants entretiennent avec les autres acteurs de leur
quotidien : leurs élèves, les parents, les collègues, les directions d’établissement, les
inspecteurs, leurs proches et leurs familles, etc.
3 L’ouvrage comporte trois parties. La première expose le versant institutionnel de la
prise en charge de la souffrance au travail et son processus de construction sociale par les
acteurs impliqués, notamment les experts. Françoise Lantheaume et Christophe Hélou
montrent que ces experts ont nettement tendance à attribuer aux enseignants, à leur
incapacité, limite ou insuffisance, la cause de leurs difficultés plutôt que d’interroger, par
exemple, l’organisation du travail et l’évolution du métier. De plus, cette première partie
fait état du bricolage qui règne largement dans les services d’aide aux enseignants en
difficulté, même si ces services se sont multipliés ces dernières années. Ce bricolage
renvoie aussi à une tension interne entre les missions d’aide et d’évaluation dévolues à ces
services et experts. Cette tension est d’autant plus forte que ces services se sont
rapprochés, dans le contexte des politiques de décentralisation, des établissements et des
enseignants, ce qui engendre des risques accrus de stigmatisation vis-à-vis des
enseignants déclarés en difficulté.
4 La seconde partie présente le travail enseignant au quotidien, en mettant justement en
évidence les difficultés qui en sont constitutives. Trois chapitres décrivent les relations aux
élèves et les difficultés que représente, pour les enseignants, le défi récurrent de les
engager dans les tâches scolaires ; les rapports tendus aux parents aussi bien des milieux
aisés que plus pauvres ; l’absence de solidarité au sein des établissements, notamment de
la part des directions ; la faible contribution de l’institution scolaire à la défense des
enseignants ; la difficulté d’assigner des limites précises à la vie professionnelle qui
envahit la vie privée ; enfin, les problèmes liés à l’évaluation du travail enseignant, à la
multiplicité des critères utilisés et à la diversité des points de vue sur la question, ce qui
conduit au bout du compte à une faible reconnaissance du métier, faute d’entente sur ce
qui peut être vraiment reconnu comme un enseignement de qualité. Cette seconde partie
constitue le cœur de l’ouvrage. Cependant, même si elle recèle plusieurs analyses
intéressantes, elle ne renouvelle pas vraiment l’état des connaissances sur les difficultés du
métier. En effet, depuis au moins Dan C. Lortie dans les années 1970, les situations
étudiées par Françoise Lantheaume et Christophe Hélou ont fait l’objet de nombreuses
analyses, dont les résultats recoupent très largement les leurs. De ce point de vue, cette
seconde partie nous permet de revisiter, sous une autre lunette théorique, celle de la
sociologie pragmatique, ce que nous savons déjà.
5 Finalement, la troisième partie explore les démarches et attitudes des enseignants pour
donner sens aux difficultés qu’ils vivent et les rendre acceptables ou du moins
supportables. Cette partie montre que l’enseignement peut aussi être une source de joie,
de plaisir, d’expérimentation. Elle fait aussi état des stratégies de survie (changer
d’établissement, de public, s’investir dans une autre activité, le travail d’équipe, etc.)
adoptées par certains enseignants pour gérer leur souffrance ou lui échapper. Là encore,
cette analyse reprend des thèmes connus et déjà bien explorés par la recherche.
6 L’intérêt de cet ouvrage est d’aborder la souffrance comme un analyseur social du travail
enseignant actuel. Son propos n’est donc pas de dresser un portrait sociopsychologique
des enseignants souffrants, malades ou en difficulté grave (dépression, burnout) mais
plutôt d’étudier l’activité enseignante au quotidien (les routines, les relations aux élèves,
les rencontres avec les parents, les propos parfois assassins des pairs ou des directions,
etc.) et de mettre en lumière les difficultés qu’elle peut comporter et qui engendrent divers
types de « souffrances ordinaires », qui sont le lot de tous les enseignants ordinaires. Ces
souffrances témoignent, selon Françoise Lantheaume et Christophe Hélou, que
l’enseignement traverse aujourd’hui une phase profonde de redéfinition au cours de
laquelle les repères habituels, les sécurités et les identités établies se brouillent et
s’embrouillent, tandis que les enseignants éprouvent le sentiment que leur propre travail

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leur échappe en grande partie. Ce sentiment est renforcé par les dictats à la performance
qui s’imposent aujourd’hui à l’institution scolaire (notamment via le New public
management), ainsi que par les critiques à l’endroit des enseignants, lesquelles émanent
autant de l’institution que de la société et des parents. Ces dictats et critiques placent les
enseignants en régime perpétuel de légitimation mais une légitimation désormais
dépossédée de ses principes traditionnels de justification : la démocratisation scolaire, le
savoir, l’autorité, etc.
7 Pour aborder ce thème de la souffrance, Françoise Lantheaume et Christophe Hélou ont
mené une enquête lourde et de longue haleine dans sept établissements scolaires
secondaires pendant une année ; ils ont rencontré et interrogé plus d’une centaine
d’enseignants, ainsi que sondé une quarantaine d’experts de l’Éducation nationale
œuvrant dans les services d’aide aux enseignants en difficulté. Ils ont aussi rencontré
divers acteurs contribuant à la définition du métier d’enseignant, en plus de procéder,
dans une perspective ethnographique, à des observations dans les établissements et
auprès des enseignants. Bref, cet ouvrage s’appuie sur une base empirique étendue et
solide.
8 Malheureusement, comme cela est devenu la coutume, la présentation des données et
des méthodes d’enquête, d’analyse et d’interprétation est à peu près totalement évacuée de
l’ouvrage, tout comme la discussion sur leurs propres limites. Ainsi, une part croissante de
la sociologie contemporaine repose sur un acte de foi dans des données et méthodes
toujours plus invisibles ! Par ailleurs, il aurait été intéressant que Françoise Lantheaume
et Christophe Hélou prennent la peine de quantifier un peu leur sujet et de mettre en
évidence son ampleur. À lire ce livre, on a parfois l’impression que c’est la profession
enseignante elle-même qui est souffrante et non certains enseignants. Combien et qui sont
ces enseignants, ont-ils un sexe, un âge, travaillent-ils dans certains quartiers, certains
établissements, avec certains publics, on l’ignore. Dans le même sens, face à la
multiplication des travaux sur la souffrance au travail, il aurait été pertinent de mettre en
relief la souffrance des enseignants avec celle vécue par d’autres travailleurs dans les
autres métiers et professions et ce, afin autant de relativiser la première que de la
distinguer et la préciser.
9 Au final, il semble que ce livre, au demeurant très intéressant, comporte un certain
glissement sémantique qui va de la souffrance aux difficultés du métier. À sa lecture, il est
parfois difficile de voir en quoi ces difficultés, qui sont le lot commun de tous les
enseignants, deviennent vraiment des sources de souffrance pour certains enseignants. Au
bout du compte, à travers la diversité des thèmes traités par Françoise Lantheaume et
Christophe Hélou, on arrive mal à distinguer ce qui relève pleinement du registre de la
souffrance et ce qui renvoie aux tensions et défis constitutifs du travail enseignant. N’y
a‑t‑il pas là un danger de dilution de la souffrance bien réelle éprouvée par certains
enseignants face à l’exercice de leur métier ? L’analyse sociologique ne bute-t-elle pas ici
sur une difficulté à dire la souffrance singulière de certaines personnes qui vivent pourtant
le même contexte et les mêmes difficultés de travail que toutes les autres ?

Pour citer cet article


Référence papier
Maurice Tardif, « La souffrance des enseignants, une sociologie pragmatique du travail enseignant,
F. Lantheaume, C. Hélou », Sociologie du travail, Vol. 53 - n° 1 | 2011, 136-138.

Référence électronique
Maurice Tardif, « La souffrance des enseignants, une sociologie pragmatique du travail enseignant,
F. Lantheaume, C. Hélou », Sociologie du travail [En ligne], Vol. 53 - n° 1 | Janvier-Mars 2011, mis
en ligne le 15 novembre 2018, consulté le 28 juin 2021. URL :
http://journals.openedition.org/sdt/7319 ; DOI : https://doi.org/10.4000/sdt.7319

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28/06/2021 La souffrance des enseignants, une sociologie pragmatique du travail enseignant, F. Lantheaume, C. Hélou

Auteur
Maurice Tardif
Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante, faculté des
sciences de l’éducation, pavillon Marie-Victorin, local C-525, université de Montréal, 90, Vincent
d’Indy, Montréal (Québec) H2V 2S9, Canada
maurice.tardif[at]umontreal.ca

Droits d’auteur

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