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Nicolas Sauvian, Paul-André Calatayud, Denis Thiéry Et Frédéric Marion-Poli

Cet ouvrage, rédigé par un groupe d'entomologistes, explore les interactions complexes entre les insectes et les plantes, mettant en lumière leur coévolution et leur impact sur les écosystèmes. Il aborde des thématiques variées telles que la communication chimique, les stratégies d'exploitation des plantes par les insectes, et les enjeux liés à la biodiversité face aux activités humaines. L'objectif est de sensibiliser le lecteur à l'importance des insectes dans la nature et leur rôle crucial dans l'équilibre des écosystèmes.

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Nicolas Sauvian, Paul-André Calatayud, Denis Thiéry Et Frédéric Marion-Poli

Cet ouvrage, rédigé par un groupe d'entomologistes, explore les interactions complexes entre les insectes et les plantes, mettant en lumière leur coévolution et leur impact sur les écosystèmes. Il aborde des thématiques variées telles que la communication chimique, les stratégies d'exploitation des plantes par les insectes, et les enjeux liés à la biodiversité face aux activités humaines. L'objectif est de sensibiliser le lecteur à l'importance des insectes dans la nature et leur rôle crucial dans l'équilibre des écosystèmes.

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Introduction

Nicolas Sauvian, Paul-André Calatayud,


Denis Thiéry et Frédéric Marion-Poli

Immense paradoxe, alors que depuis l'aube de l'hu- leurs interactions plus ou moins intimes avec les
manité l'homme n'a eu de cesse de porter toujours composantes de l'écosystème - et en particulier
plus loin son regard (terres, océans, espace), alors les plantes - et plus globalement leur intégration
que notre curiosité continue de nous pousser vers dans les écosystèmes. Il s'intéresse aussi à leur lien
d'autres infinis, avons-nous seulement conscience avec l'espèce humaine, soit comme compétiteurs
de l'existence d'un autre univers, un monde invi- (par exemple, les nuisibles aux productions agri-
sible, ou presque, avec lequel nous partageons à coles), soit comme auxiliaires.
chaque instant notre espace vital, le monde des Notre démarche s'apparente à celle de Jean-
insectes. À travers cet ouvrage, un groupe de Henri Fabre (1823-1915), probablement le plus
quatre-vingt-quatre entomologistes vous accom- célèbre de nos entomologistes, un « observa-
pagne vers cette Terra Incognita, univers baigné teur Immitable »? de la nature à une époque où
de sons et d'odeurs auxquels nos propres sens de nombreux naturalistes étaient des institu-
restent la plupart du temps insensibles, monde teurs - c'était le cas de Fabre - ou des docteurs
s'étendant sur la quasi-totalité de la surface de en médecine se passionnant pour l'entomologie
la Terre, englobant au moins les trois quarts des agricole ou médicale. Nous citerons ici, bien sûr,
espèces animales, comptabilisant 2 millions des- Louis Pasteur (1822-1895), qui consacra une
pèces - certains estiment ce nombre plus proche partie significative de sa carrière à comprendre
des 10 millions -, monde habité par des êtres aux les infections qui détruisaient le ver à soie et qui
couleurs étonnantes, souvent étincelantes, et aux a ainsi sauvé la sériciculture française. La liste
formes tellement extravagantes, des êtres a priori de ces pionniers du XIX e au début du xx" siècle
si différents de nous, mais en réalité tellement est longue' : citons aussi Étienne Boyer de Fons-
similaires par certains aspects' ... colombe (1772-1853), qui proposait en 1840
Notre propos n'est cependant pas seulement de l'usage des insectes auxiliaires pour protéger
décrire ce qu'est un insecte, ce serait avoir une les cultures", Victor Audouin (1797-1841), qui
vision trop réductrice des choses; la vision d'un s'est intéressé aux insectes ravageurs de la vigne,
entomologiste-collectionneur récoltant, épinglant Paul Marchal (1862-1942), professeur à l'Institut
et rangeant soigneusement ces insectes sans même national d'agronomie et réputé pour ses travaux
s'intéresser à leur biologie. Cet ouvrage s'attache à 2. Épithète attribuée à Fabre par Darwin dans l'une de ses
comprendre les grandes fonctions des insectes, éditions de l'Origine desespèces. .
leur fonctionnement individuel et populationnel, 3. Pour une revue exhaustive : Jean Gouillard (2004),
Histoire des entomologistes français, 1750-1950. Édition
1. Le cerveau des abeilles présente de très fortes similarités entièrement revue et augmentée, Boubée, Paris, 287 p.
avec le nôtre par exemple. Le patrimoine génétique 4. Yves Carton (co-auteur de cet ouvrage), « Une histoire
des insectes est aussi étonnamment proche de celui de de la lutte biologique contre les ravageurs" dans le numéro
l'homme (55 % de gènes en commun avec la drosophile !). de Biofutur de mai 2013.

13
Interactions insectes-plantes

contre le Bombyx disparate et les ravageurs de la auteurs de ce livre du fait qu'ils travaillent au
vigne, ou encore Charles Valentine Riley (1843- sein d'organismes de recherches fondamentales
1895), père de l'entomologie appliquée aux États- et appliquées, pour lesquels les insectes représen-
Unis, qui contribua à sauver le vignoble français tent des enjeux économiques majeurs". La lutte
au moment de la crise du phylloxera. Mais reve- biologique, la sélection de plantes résistantes, la
nons à Fabre, considéré comme pionner en lutte contre les organismes invasifs, la lutte contre
entomologie dans le sens où il a été le premier les vecteurs de maladies, l'estimation des risques
à associer l'étude des « mœurs des insectes-» à en agriculture liés aux changements climatiques
l'étude des interactions des êtres vivants entre sont quelques exemples des thématiques abor-
eux et avec leur milieu, autrement dit l'éco- dées par les entomologistes aujourd'hui pour
logie. Sous le terme d'êtres vivants, nous nous répondre à la problématique de sauvegarde de
contenterons d'évoquer les insectes et les plantes, nos forêts ou de la plante en tant que notre prin-
conscients bien sûr que d'autres êtres vivants cipale source alimentaire. Le lecteur comprendra
participent à ces équilibres naturels qui façonnent rapidement que cette problématique est la toile
nos paysages. Fabre a également été le premier à de fond de la plupart des chapitres de cet ouvrage.
mettre en évidence - un peu par hasard, il faut
Le voyage que nous proposons n'est pas sans
le reconnaître - la communication chimique chez
les insectes, en observant l'extraordinaire pouvoir risque, il vous faudra - à la manière des explo-
d'attraction d'une femelle de grand paon - placée rateurs d'hier - maintenir votre curiosité en
sous une cloche grillagée - sur des mâles. Fabre, éveil au gr~ des 900 pages de cet ouvrage. Lutter
après plusieurs expériences, pensa à une puissante sûrement parfois contre vos préjugés (admettre
« onde odorante» émise par la femelle, capable
par exemple que les insectes sont intelligents),
d'agir à grande distance, sans vraiment trouver souvent faire preuve de beaucoup d'imagina-
la véritable explication que nous connaissons tion. Mais rassurez-vous, vous serez accompa-
aujourd'hui sous le nom de phéromone. Presque gnés dans votre conquête. Quatre-vingt-quatre
tout était dit, et nous étions en 1879. auteurs se sont associés pour rédiger 44 chapitres
qui ont été voulus comme autant de synthèses.
Pourquoi nous focaliser plus particulièrement
Un effort de concision et de clarté leur a été
sur les insectes et les plantes? Parce que nous ne
demandé. Le vocabulaire spécialisé a été expli-
pouvons pas appréhender le monde des insectes
cité, soit en note de bas de page, soit dans un
- et en particulier son extraordinaire diversité -
glossaire. Dans la forme toujours, la structure de
sans comprendre qu'il est le fruit d'une longue
histoire évolutive fortement influencée par la cet ouvrage a été réfléchie pour que vous puissiez
diversification progressive des plantes terrestres. aborder de différentes manières sa lecture, que
Cest l'un des messages essentiels què nous vous soyez un lecteur averti, un amateur ento-
espérons transmettre au travers de cet ouvrage. mologiste curieux, un étudiant plein d'enthou-
L'image de ce monde tel qu'il nous apparaît siasme et avide de connaissance, un professeur
aujourd'hui n'est qu'un instantané, une vision à la recherche d'un précieux support de cours ...
figée d'un extraordinaire ballet d'acteurs en AbeiiIe butineuse, vous irez d'un chapitre à l'autre
perpétuelle recherche d'un équilibre depuis des à la recherche de votre précieux nectar, d'une
milliers, voire des millions d'années. Ce recul sur information précise, d'une thématique qui vous
le passé nous aide à mieux comprendre les choses tient à cœur. Le sommaire vous guidera, vous
telles qu'elles se présentent à nous aujourd'hui et indiquera la distance à parcourir. Fourmi explo-
à anticiper le futur. Cette démarche prévaut dans 6, Les insectes sont responsables de 30 % à 40 % de
beaucoup de domaines scientifiques, mais elle pertes de récoltes (selon les filières de production). Or,
revêt un intérêt particulier pour la plupart des il faudra nourrir bientôt 9 milliards d'humains <avec des
surfaces cultivables non extensibles, dans un contexte
5. Pour reprendre l'expression de Fabre; le terme éthologie où les changements climatiques auront certainement des
n'existepas encore à son époque. impacts importants sur les récoltes.

14
Introduction

ratrice, vous irez de chapitre en chapitre sans trop tubes digestifs, yeux, antennes et cerveau) et les
définir votre chemin à l'avance, mais en prenant processus physiologiques associés à la nutrition,
soin de tracer votre route par de petits repères la digestion, l'excrétion, la reproduction, la vision
utiles pour retrouver une information qui aurait et la communication'', autant d'éléments essentiels
capté votre attention. Tousles chapitres de ce livre pour une meilleure compréhension de la plupart
peuvent être lus de manière indépendante les uns des autres chapitres de cet ouvrage". Ici, il faudra
des autres. Certes, certains sont liés; le texte le parfois que le lecteur se dote d'une certaine forme
précise alors. Chenille vorace, vous dévorerez d'empathie pour imaginer comment les insectes
consciencieusement chaque page une à une. Le perçoivent leur environnement, quitte à remettre
découpage de l'ouvrage, en huit grandes théma- en cause ses propres perceptions des choses
tiques, vous offrira autant de menus variés à vous pour comprendre le sens d'expressions telles que
mettre sous la dent. Nous allons revenir sur le « détecter la forme des odeurs» 10.
détail de ces menus. Papillon virevoltant, vous
La deuxième partie, «La plante et les facteurs
vous laisserez charmer par les photos des cahiers
de l'environnement », revient sur l'idée que, dès
couleurs, dont chacune vous renverra ensuite à
leur apparition sur la Terre, les plantes ont été
un thème abordé dans louvrage : insectes inva-
soumises aux pressions de sélection exercées par
sifs, communication chimique, co-évolution
les insectes et que celles-ci sont pour une forte
plantes-insectes, changements climatiques, etc.
part à longine de la biodiversité végétale que
La première partie, «Le monde fascinant des nous observons aujourd'hui. Or, depuis environ
insectes », commence par une plongée verti- 10 000 ans, l'homme, en adoptant un mode de vie
gineuse dans le temps qui nous mène jusqu'à sédentaire et en développant l'agriculture, a forte-
l'apparition des premiers insectes sur Terre au ment mis à mal cette biodiversité. Une certaine
Dévonien inférieur (il y. a environ 400 mA?). prise de conscience des effetspervers de l'agricul-
Nous verrons comment ils ont ensuite évolué en ture intensive amène à développer de nouveaux
étroite association avec les plantes et comment concepts basés précisément sur la préservation
ils ont échappé à au moins quatre phénomènes des ressources biologiques, en partant du constat
d'extinction de masse des êtres vivants - en ce que la biodiversité végétale renforce la diversité
sens, nous pouvons dire qu'ils ont vu naître et des peuplements en arthropodes auxiliaires et au
mourir les dinosaures, et qu'il en sera peut-être finalpermet de lutter plus efficacement contre les
de même des humains - pour finalement nous organismes nuisibles. Au cours des temps géolo-
apparaître aujourd'hui sous la forme de 30 ordres giques, les plantes ont dû aussi s'adapter à des
connus. À la lumière de cette histoire évolutive, changements climatiques drastiques et à diffé-
on comprend mieux que les insectes aient pu rents autres stress environnementaux (manque/
coloniser toutes les terres du globe. Les exemples excès d'eau, forte/faible luminosité, pollution de
donnés de quelques grands ravageurs de cultures l'air,salinité des sols, vent, etc.) en modulant et en
introduits ne sont finalement qu'une illustration
de cette capacité intrinsèque d'expansion, à ceci 8. La respiration et la locomotion n'ont pas été abordées
dans le cadre de cet ouvrage.
près que, dans ces cas précis, l'homme est souvent 9. Le chapitre sur la vection, par exemple (chapitre 34), fait
à l'origine des nouvelles introductions. Un zoom le lien entre les insectes avec des pièces buccales de type
nous amènera ensuite de cette vision à grandes piqueurs-suceurs, la vision, la nutrition et la symbiose.
échelles (temporelle et spatiale) à celle de l'insecte 10. Nous avons repris cette expression du livre de Claude
Nuridsany et Marie Pérennou, Microcosmos, le peuple
en tant qu'animal doté de tous les attributs indis- de l'herbe, 1996, éditions de La Martinière. Les antennes
pensables pour ses fonctions vitales. Les auteurs confèrent aux insectes non seulement un sens olfactif
décriront ainsi les organes (pièces buccales, mais aussi un sens tactile. Ainsi, ils peuvent distinguer
des « odeurs rondes», «carrées », «dures », ou «molles ».
7. A lechelle évolutive, l'histoire des insectes serait donc Les pointillés odorants que laisse une fourmi sur sa route
au moins 200 fois plus ancienne que celle de Iespèce ont une forme de virgule qui indique à ses congénères la
humaine! direction à prendre.

15
Interactions insectes-plantes

ajustant leurs systèmes métaboliques. Une consé- trophique ou celle dont bénéficiera sa progéniture.
quence importante, du point de vue de l'insecte, Chez les insectes spécialistes, ces comportements
est que finalement, nous le verrons, une plante de recherche peuvent être extrêmement efficaces,
est rarement une source nutritive idéale! permettant à un individu de trouver dans un
Dans la troisième partie, « Des stratégies dex- environnement sensoriel complexe des plantes
ploitation de la plante aux stratégies mutua- rares et isolées. Essentielle aussi pour les plantes
listes », les auteurs évoquent la nécessité pour les à pollinisation entomophile, car la localisation
insectes de développer de nombreuses adapta- par les insectes pollinisateurs assure les échanges
tions - destinées essentiellement à se nourrir et de gènes entre plantes. Étape vitale, pour les
se reproduire - pour répondre à la diversification insectes et les plantes impliqués dans des mutua-
progressive des plantes. Certains insectes se sont lismes obligatoiresde pollinisation. Cette partie se
ainsi spécialisés sur certains types botaniques conclura par la présentation d'un concept relative-
ou certains types d'organes, alors que d'autres ment nouveau et assez étonnant : les femelles de
au contraire ont opté pour une exploitation nombreuses espèces de phytophages ont tendance
généraliste d'une large gamme de végétaux. Ces à pondre leurs œufs sur les mêmes espèces de
stratégies d'exploitation de la plante peuvent être plantes que celles sur lesquelles elles ont effectué
parfois beaucoup plus complexes. Des insectes se leur développement; ce phénomène est dénommé
sont ainsi associés à des partenaires exploitant la « induction natale de la préférence pour l'habitat».
même plante - des champignons - pour le béné- Il pourrait avoir de nombreuses conséquences
fice des deux types d'agresseurs. D'autres se sont dans le domaine deIa lutte biologique, de la
associés à des symbiontes pour pouvoir exploiter spéciation ou de la biologie de la conservation.
une ressource. Plus étonnant encore, certains La cinquième partie, « Défense des plantes contre
groupes d'insectes sont capables de détourner les insectes», montre que les plantes malgré leur
le formidable arsenal de défenses chimiques des immobilité ne restent pas pour autant figées
plantes (les alcaloïdes par exemple). Ils stockent face aux agressions des ravageurs. Certaines ont
ces molécules ou les modifient afin de se défendre ainsi développé des défenses constitutives (des
eux-mêmes contre leurs agresseurs ou d'attirer le barrières morphologiques par exemple, à l'image
partenaire sexuel. Dans un certain nombre de des remparts ou des douves d'une forteresse, ou
cas, l'action des insectes sur les plantes a conduit des barrières chimiques), prudente mesure de
à la diversification en retour de ces dernières, prévention lorsque les attaques sont multiples et
les deux partenaires co-évoluant alors vers une fréquentes, mais coûteuse d'un point de vue adap-
exploitation mutuelle perfectionnée. tatif. Une autre stratégie, moins dispendieuse, est
La quatrième partie, « Pourquoi et comment celle des défenses dites « induites ». Elles reposent
choisir une plante? », analyse les différents aspects sur l'idée que les plantes seraient capables de
de cette étape complexe et essentielle que consti- reconnaître l'attaque d'un insecte phytophage et
tuent pour l'insecte la localisation puis le choix d'y répondre. Dépourvues de l'arsenal immuni-
de la plante hôte. Étape complexe, car en fait il taire des mammifères (lyrnphocytes et immu-
existe deux phases dans le processus de localisa- noglobulines), les cellules végétales disposent
tion de la plante : la localisation à distance et la néanmoins d'un système immunitaire inné leur
reconnaissance finale au contact. Complexe aussi permettant de percevoir l'agression et de trans-
car, pendant qu'il effectuera sa recherche, l'insecte mettre cette information par voie systémique
devra adapter son-comportement à Ienviron- pour mobiliser les réponses contre les ravageurs.
nement dans lequel il évolue. Étape essentielle Caractériser les gènes qui sont impliqués dans ces
pour les insectes elix-mêmes, car cest une étape réactions de défense et tenter d'en utiliser certains
clé de leur stratégie adaptative. En effet, pour un pour la création de plantes résistantes est un pan
animal dont le temps est compté, il est primor- de recherches aux perspectives séduisantes pour
dial de trouver rapidement sa propre ressource limiter l'utilisation des pesticides.

16
Introduction

La sixième partie, « Des réseaux trophiques plus problèmes cruciaux pour sa survie : se propager
ou moins complexes autour des plantes ». vous dans l'écosystème alors même que son hôte (la
invite à appréhender toute la complexité qui régit plante) est par essence immobile et atteindre les
le monde des insectes. Observez cette prairie au tissus cellulaires où il pourra se maintenir, voire
cœur de lété, à première vue, vous n'y verrez ... se multiplier. La grande majorité des phytovirus
que du vert uniforme. A y regarder plus attenti- et des phytoplasmes ont opté pour la transmission
vement apparaîtra progressivement un foison- horizontale (ou vection) par un vecteur, qui peut
nement d'insectes, beaucoup volant dans un alors être vu comme un partenaire. Les auteurs
désordre indescriptible, des fourmis pressées plus reviennent en détail sur ce processus, qui revêt
ou moins grosses, des mouches indésirables, de une importance particulière par ses effets négatifs
gracieux papillons, des guêpes envahissantes ... sur les récoltes.
Comment imaginer derrière ce chaos une extra- La septième partie, « Évolution des relations
ordinaire harmonie? Car, sous cette apparence insectes-plantes: des processus dynamiques dans
trompeuse, tout n'est qu'interactions, communi- le temps et l'espace », revient dans le détail sur
cations, . mouvements, perceptions dodeurs, de des points évoqués dans les premières parties.
lumière, de vitesse du vent, recherche de sources En complément du premier chapitre consacré à
de nourriture, de sites de ponte, de partenaires, la paléoentomologie, les auteurs dépeignent les
évitement dennernis, Nous pourrions donner une grandes tendances évolutives des associations
image relativementsimple de la complexité de ces plantes-phytophages (co-évolution, co-spéciation,
interactions en évoquant -la notion familière de spécialisation chimique, spécialisation écolo-
chaîne alimentaire: les plantes sont attaquées par gique, colonisation éco-géographique), un sujet
les ravageurs, qui eux-mêmes sont consommés très débattu actuellement au sein de la commu-
par des prédateurs ou attaqués par des parasi- nauté scientifique. Les fleurs sont certainement
toïdes. Mais cette suite linéaire d'interactions le plus beau et le plus emblématique témoignage
trophiques se complexifie et se ramifie dès lors de cette longue histoire évolutive conjointe entre
que l'on considère que les consommateurs peuvent les plantes et les insectes. Pour les. écologistes,
être généralistes et très divers au sein de la biocé- l'interaction mutualiste avec les insectes pour la
nose. Finalement, une manière plus réaliste de se pollinisation est souvent considérée comme l'un
représenter les choses est d'imaginer de multiples des principaux facteurs à l'origine de la beauté et
chaînes alimentaires qui s'entrecroisent, pour de la fragrance des fleurs. A des échelles de temps
former un ensemble de relations unidirection- beaucoup plus courtes, où « l'évolution est en train
nelles de type « mangeurs-mangés ». Nous verrons de se faire», il est intéressant d'analyser l'impact
que la plante joue plusieurs rôles essentiels dans de l'homme sur la biodiversité des écosystèmes,
cette orchestration: certes, elle est la première à au travers notamment de la modification des
être consommée, mais elle est aussi un « facilitateur contraintes du milieu (par modifications, trans-
de rencontres» indispensables pour qui cherche formations et constructions), de là création de
un partenaire ou une proie. Cette complexité des nouvelles niches écologiques (milieux anthro-
interactions interspécifiques apparaît aussi dans pisés), des réarrangements communautaires
les mutualismes de pollinisation. Les auteurs ne (apparitions ou additions, disparitions ou sous-
pouvaient choisir plus bel exemple que le figuier tractions d'espèces). Enfin, dans une vision plus
pour illustrer ce propos. Nous verrons également prospective et avec toute la prudence qu'impose
que les plantes peuvent interagir avec des micro- ce sujet très polémique, les auteurs s'intéressent à
organismes influençant en retour les interactions l'impact des changements climatiques sur les rela-
champignons-insectes phytophages. Une autre tions insectes-plantes et aux conséquences que ces
forme de relation trophique très sophistiquée est changements peuvent avoir sur l'agriculture. Une
celle de la vection entomophile d'agents patho- conclusion importante à retenir est qu'il est diffi-
gènes. Tout phytopathogène est confronté à deux cile à l'heure actuelle de retirer des enseignements

17
Interactions insectes-plantes

généraux des quelques études qui ont abordé ce et écologique majeur.·La lutte biologique est un
sujet.Pour nous aider à nous projeterverscefutur, conceptmaintenantconnu du grand public". Elle
nous aurions certainement beaucoup denseigne- a pris son essor, nous l'avons déjàévoqué, à la suite
ments à tirer du passé, par létude de la dynamique des travaux de Fabre. Mais ce terme englobe en
des faunes entomologiques fossiles lors d'évé- réalité différentes approches de lutte et sa mise en
nements paléoclimatiques similaires à celui que œuvre est souvent beaucoup plus complexe qu'il
nous connaissons aujourd'hui n'y paraît. Dans le même registre, les substances
sémiochimiques sont utilisées depuis plus d'un
La huitième partie, « Protéger les plantes des
siècle en France pour lutter contre les insectes
ravageurs », pose la question de savoir comment
ravageurs· des cultures. Elles visent à diriger et
l'homme peut intervenirau sein des agrosystèmes
gérer les comportements d'un insecte par les
pour aiderlesplantesà se défendre contrelesrava-
odeurs,par exemple d'un congénère, et ainsiprati-
geurs sans, autant que faire se peut, perturber les
quer la confusion sexuelle. Si ce type d'approche
équilibres naturels établis au sein de ces agrosys-
a connu de vrais succès, les recherches actuelles
tèmes. Il y a encore cinquanteans, cette approche
visent à mieux caractériser les constituants des
était considérée comme souhaitable. Aujourd'hui, messages chimiques, à améliorer la diffusion des
dans un contexte politique 11, économique'ê, molécules intervenant dans un mélange phéro-
écologique-" et agronomique" contraignant, elle monal et enfin à décrirele comportementd'attrac-
est devenue une démarche alternative obligatoire. tion et d'atterrissage afin de proposer des outils
Les recherches engagées dans ce domaine .sont de diffusion adaptés à chaque espèce. Une autre
cruciales, car derrière des noms latins étranges alternative séduisante pour contrôler un ravageur
(Chilo sacchariphagus, Diabrotica virgifera virgiferai est d'agir sur sa physiologie 16 par l'utilisation de
Daktulosphaira vitifoliae...) secachentdesinsectes biopesticides, cest-à-dire d'analogues ou d'anta-
ravageurs qui engendrent des pertes économiques gonistes naturels de molécules issues des plantes.
souvent considérables, comme le montreront les Iagro-écologie - létude des interactions entre les
sept exemples emblématiques choisis. Lune "des êtres vivants (plantes, animaux, homme) dans un
alternatives au « tout chimique» est d'utiliser des agro-système - s'inscrit parfaitement dans cette
plantes résistantes issues de la sélection classique, démarchevisantà assurerla durabilité des écosys-
voirede la transgénèse. Assurer ensuite la durabi- tèmes. À la volonté de maintenir la biodiversité
litédes résistances présente un intérêtéconomique végétale s'ajoute une composante supplémentaire:
Il. [agriculture européenne doit faire face à l'interdiction
l'amélioration du fonctionnement des sols, partant
de plusieurs familles de molécules chimiques et au refus du principe qu'il existe un lien étroit entre la santé
souvent légitime par le consommateur de ces produits. En du sol et la santé des plantes. Nous verrons que
France, à la suite du « Grenelle de l'Environnement» en cette approche est très séduisante par bien des
2008, des mesures incitatives ont été mises en place dans
le cadre du plan Écophyto pour diminuer le recours aux
aspects, mais qu'elle devra s'appuyer à l'avenir sur
produits phytopharmaceutiques dans les zones agricoles des efforts importants de sensibilisation, d'infor-
et non agricoles. mation et de formation des acteurs (y comprisles
12. Beaucoup de pays en voie de développement n'ont pas chercheurs).
accès aux insecticides du fait de leurs coûts.
13. Le livre Printemps silencieux (Silent Spring) de Rachel Notre double ambition en écrivant cet ouvrage
Carson, publié en 1962, fut à l'origine d'une véritable était de présenter une synthèse aussi exhaus-
prise de conscience par le public des problèmes liés aux
pesticides et à la pollution de l'environnement et conduisit tive que possible des connaissances actuelles
à l'interdiction du DDT aux USA en 1972. La pollution concernant les interactions insectes-plantes et
des sols des Antilles françaises par le chlordécone n'est de la rendre accessible à une large communauté
malheureusement qu'un exemple parmi d'autres qui
montre que les dangers pour la santé humaine liés à 15. Lire, par exemple, le dossier spécial de Biofutur de mai
l'utilisation des pesticides demeurent. 2013, « Biocontrôle: la lutte biologique en agronomie ».
14. Apparition de populations d'insectes résistants aux 16. Par une action hormonale ou une action de type
grandes familles d'insecticides. toxine.

18
Introduction

francophone, en particulier aux étudiants. Cëtait Nous pensons avoir accompli ce pari un peu fou,
certainement une gageure que de tenter de faire et peut-être même réussirons-nous à vous trans-
le lien entre des disciplines scientifiques aussi mettre un peu de cette passion qui nous anime
diverses, mais c'était aussi répondre au manque tous, auteurs de cet ouvrage, pour ce monde
criant d'une telle synthèse. extraordinaire, le monde des insectes.

Nicolas Sauvion est ingénieur de recherche à l'Inra. Il a travaillé plusieurs années sur les inter-
actions plantes-insectes piqueurs-suceurs. Aujourd'hui, au sein d'une équipe dépidérniologistes, ses
recherches sont centrées sur l'histoire évolutive des psylles et sur les phytoplasmoses transmises par
ce groupe d'insectes.
Paul-André Calatayud est chargé de recherche à l'IRD et chercheur associé à l'Icipe (Centre inter-
national de physiologie et d'écologie de l'insecte) à Nairobi, au Kenya. Il travaille sur les interactions
plantes-insectes parasitoïdes larvaires, en particulier sur des aspects comportementaux et physio-
logiques de ces interactions. Il travaille sur différents modèles biologiques comme la cochenille du
manioc et les lépidoptères foreurs de graminées.
Denis Thiéry est directeur de recherche à l'Inra. Il travaille sur les interactions insectes-plantes et
sur les interactions hôtes-parasitoïdes et prédateurs-proies. Il s'intéresse principalement à l'écologie
comportementale, et en particulier à la communication chimique entre individus et à ses applications
en agriculture. Il travaille sur différents modèles biologiques comme le doryphore, l'abeille, la pyrale
du maïs, les tordeuses de vignoble, les cicadelles vectrices de phytoplasmoses en vignoble et le frelon
asiatique.
Frédéric Marion-Poll est professeur à AgroParisTech et chercheur associé au CNRS. Il travaille sur
la physiologie des récepteurs du goût chez les insectes, en particulier sur la perception des substances
amères d'origine végétale. Ses recherches visent à évaluer l'intérêt de ces substances en protection
des cultures.

19
Sauvion N., Calatayd Paul‐André, Thiéry D., Marion‐Poll
F.
Introduction.
In : Sauvion N. (ed.), Calatayud Paul‐André (ed.), Thiéry
D. (ed.), Marion‐Pol F. (ed.). Interactions insectes‐
plantes.
Marseille (FRA), Versailles : IRD, Quae, 2013, p. 13‐19.
ISBN 978‐2‐7099‐1746‐9, 978‐2‐7592‐2018‐2

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