Quelques Exemples de Bio-Invasions Dans Le Monde: Sem/S/A Tabac
Quelques Exemples de Bio-Invasions Dans Le Monde: Sem/S/A Tabac
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Interactions insectes-plantes
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Quelques exemples de bio-invasions dans le monde
* TYLCV : « Tomato Yellow Leaf Curl Virus» (symptômes de jaunisse et de retournement des feuilles); SSL : « Squash
Silverleaf- (symptômes d'argenture des feuilles sur Cucurbita sp.): TIR: «Tomato Irregular Ripening» (symptômes de
maturation irrégulière de la tomate).
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Quelques exemples de bio-invasions dans le monde
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les fleurs coupées (Asclepias, Aster, Chrysan- Côte d'Ivoire (Otoidobiga et al., 2002). Au fil des
themum, Rosa... ) originaires d'Israël et les herbes années, la liste des familles d'insecticides et des
aromatiques originaires de certains pays médi- pays concernés s'allonge du fait de l'utilisation
terranéens et asiatiques (Bayart et al., 2001). La non raisonnée des insecticides et de la disper-
globalisation des échanges a permis et inten- sion des génotypes et biotypes résistants, dont
sifié la dispersion mondiale de B. tabaci. Aussi, les biotypes B et Q (Alon et al., 2006; De Barro,
en Europe, les végétaux importés de pays où un 1995; Denholm et al., 1996; Horowitz et al., 2005;
risque phytosanitaire B. tabacilphytovirus est Khasdan et al., 2005; Nauen et al., 2002). Par voie
connu doivent satisfaire à des exigences phyto- de conséquence, la gestion de la résistance et la
sanitaires particulières (passeport phytosanitaire recherche de méthodes alternatives sont deve-
européen), et B. tabaci est classé comme « Orga- nues des priorités des programmes de gestion de
nisme de quarantaine» (voir Partie 8) (Follet B. tabaci (Gerling, 1996; Gerling et Mayer, 1996;
et Neven, 2006). Depuis 1997, B. tabaci serait Gould et al., 2008), et surtout du biotype Q dont
l'organisme de quarantaine le plus fréquemment la capacité de développement de résistance s'avère
observé lors des inspections phytosanitaires à supérieure à celle du biotype B (Horowitz et al.,
l'importation réalisées dans les pays de l'Union 2005; Khasdan et al., 2005; Nauen et al., 2002).
européenne (Bayart et al., 2001).
Contrôle de B. tabac;
Nouvelles pratiques culturales Les dégâts occasionnés par B. tabaci englobent les
Les problèmes liés aux aleurodes (pullulations) dommages directs et indirects de la prise alimen-
et à leurs virus (épidémies) sont historiquement taire et la transmission de phytovirus (De Barro,
à mettre en liaison avec l'introduction dans i995; Bielza et al., 2013) (voir Partie 8).
les années 1980 de la monoculture intensive Les dégâts liés à la prise alimentaire de sève (chlo-
et de pratiques culturales impliquant l'irriga- roses, maturation irrégulière des fruits, désordres
tion, la présence de plusieurs cycles de cultures physiologiques, fumagine' ... ) sont d'autant plus
par an - voire toute l'année - avec des variétés préjudiciables que la densité d'insectes est élevée.
génétiques uniformes et des apports de fertili-
Pour importants qu'ils soient, ces dégâts sont
sants. Ensuite, le développement de structures
économiquement moins préjudiciables que les
de production protégées et chauffées a créé des
maladies virales que peut transmettre B. tabaci.
agrosystèmes artificiels favorables à l'installation
Cet aleurode est parmi les espèces d'arthropodes
durable de ravageurs exotiques dans des zones
qui transmettent le plus grand nombre de phyto-
où les conditions climatiques extérieures et la
virus émergents très dommageables. Il s'agit en
disponibilité des ressources végétales sont défa-
majorité de phytovirus du genre des Begomo-
vorables à leur survie pendant l'hiver. L'intensi-
virus (famille des Geminivirideae) connus pour
fication des cultures à contre-saison a entraîné
la gravité de leurs symptômes sur de nombreuses
un chevauchement des cultures dans une zone
plantes maraîchères et florales. Pour exemple, nous
géographique donnée, favorisant également le
pouvons citer tous les Geminivirus responsables
passage des ravageurs d'une culture à l'autre.
de maladies sur le manioc (Cassava mosaic virus
L'intensification de l'utilisation d'insecticides disease-CMVD) , le Tomato yellow lea!eurl virus
a favorisé le développement de résistance, (TYLCV) et le Cucurbit yellow stunting disorder
décrit pour la première fois au Soudan en 1981 virus (CYSDV). Ces trente dernières années, les
à l'encontre du DDT puis en 1982 envers des pertes associées à des phytovirus transmis par
pyréthrinoïdes. En 1983, une résistance aux pyré- B. tabaci n'ont eu de cesse d'augmenter en préva-
thrinoïdes et aux organophosphates est détectée
3. La fumagine est une maladie cryptogamique provoquée
aux États-Unis, puis en 1985 en Amérique
par une moisissure due à un champignon se développant
centrale, en Turquie et en Israël (De Barro, sur le miellat (excréments sucrés) secrété par les insectes
1995), en 1998 au Burkina Faso, au Mali et en piqueurs (pucerons, cochenilles, aleurodes).
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Quelques exemples de bio-invasions dansle monde
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Quelques exemples de bio-invasions dans le monde
En Europe, à Parabiago (Lombardie, Italie), les de 2 000 sujets importés de Chine depuis 2002,
premiers adultes d'A. chinensis ont été découverts contenaient des larves d'A. chinensis. Ultérieure-
en 2000 dans une pépinière spécialisée dans l'im- ment, des lots d'érables infestés par A. chinensis
portation de bonsaïs d'Extrême-Orient (Colombo ont été trouvés dans 6 pépinières différentes en
et Limonta, 2001). Il s'estavéré depuis que l'infes- Hollande. Entre janvier et mars 2008, 45 lots
tation s'étend sur plus de 100 km2 (Maspero et d'érables importés de Chine et du Japon ont
al., 200?a). On estime que les premières intro- été inspectés; 14 lots contenaient le ravageur
ductions datent du début des années 1990 et que A. chinensis. En Hollande, dans la période 2005-
le ravageur est resté non détecté pendant près 200?, on estime que 1,6 à 2 millions dérables
de 10 ans. De 2000 à 2008, d'autres infestations ont été importés annuellement de Chine, Japon
ont été découvertes à Milan et dans ses environs, et Corée. Beaucoup d'entre eux ont été revendus
notamment à Assago, et près de Brescia, à Monti- dans d'autres pays européens, principalement en
chiari et à Gussago. Ieffort d'éradication du rava- Allemagne, au Royaume-Uni, en Belgique, en
geur dans les foyers italiens a souvent été tardif, France, en Italie et en Autriche (van der Gaag
incomplet et parfois inadapté. En Italie, beaucoup et al., 2008). .
d'arbres colonisés par A. chinensis sont toujours En Allemagne, en juin 2008, deux foyers d'infes-
en place plusieurs années après leur découverte. tation par A. chinensis ont été signalés dans les
Par ailleurs, alors que de nombreux arbres infestés États fédéraux de Bavière et de Rhénanie-du-
ont été détruits dans le domaine public, une faible Nord-Westphalie. Ils sont actuellement soumis
proportion seulement l'a été dans les jardins à éradication, mais toutes les plantes ayant été
privés. [arrachage et la destruction des souches, vendues aux consommateurs, il incombe à
requis dans le cas d'arbres attaqués par A. chinensis ceux-ci de détecter la présence du ravageur et
(puisque 90 % de la population larvaire se trouve d'en faire le signalement aux services compé-
à la base du tronc et dans les racines) n'ont pas tents de la protection des végétaux. Les plantes
toujours été réalisés dans les foyers italiens. Dans hôtes, Acerpalmatum, avaient été obtenues dans
ce contexte, quelques nouveaux foyers d'infesta- des filiales d'une chaîne de supermarchés qui les
tion sont régulièrement découverts en Italie, et avait achetées aux Pays-Bas en mai 2008 (OEPPI
il n'est pas certain que le ravageur soit contenu EPPO, 2008 b). Il semble que les autorités hollan-
dans les foyers déjà soumis à des efforts d'éradi- daises n'aient pas su retenir à temps tous les lots
cation. Par conséquent, il devient de plus en plus d'arbres infestés pour les détruire ou les assujettir
improbable qu'A. chinensis puisse être éliminé de à une quarantaine de 2 ou 3 ans.
cette région.
Dans l'île de Guernesey, A. chinensis a été détecté
En 2003, à Soyons (Ardèche, France), une très sur de jeunes plants d'Acer palmatum importés
petite infestation, sur 2 grands érables poussant en février 2008 de Chine, via les Pays-Bas. Une
près d'une serre d'importation de bonsaïs d'Ex- partie de ces plantes avait déjà été expédiée au
trême-Orient, paraît avoir été éradiquée avec Royaume-Uni quand 10 adultes d'A. chinensis
succès (Hérard et al., 2006). ont été capturés en juillet 2008 sur des arbres du
Aux Pays-Bas, en décembre 200?, six érables même lot, stockés à l'extérieur de la pépinière à
et un noisetier infestés par A. chinensis ont été Guernesey (OEPPIEPPO, 2008c).
découverts près d'une pépinière spécialisée dans
l'importation de jeunes érables de Chine (OEPPI Plantes hôtes
EPPO,2008a). Ces arbres ont été détruits, et la Les principales plantes hôtes d'A. glabripennis en
zone entourant ce foyer est soumise à des moni- Chine appartiennent aux genres Acer, Populus,
torages répétés. Dans la pépinière voisine, 25 % Salix, Melia, Morus, Prunus, Pyrus, Robinia et
des plants dans un échantillon de 400 jeunes Ulmus (Lingafelter et Hoebeke, 2002). Aux États-
Acerpalmatum (Aceraceae) prélevés dans un lot Unis, dans les 2 premiers foyers d'infestation
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Quelques exemples de bio-invasions dansle monde
jeunes larves creusant des galeries sous écorce, introduite d'Asie en Italie avec son hôte, paraît
mais il est inefficace contre les stades larvaires être l'auxiliaire le plus prometteur (Delvare et al.,
plus âgés se développant profondément dans le 2004). Huit autres espèces d'Hyménoptères,
bois. I'insecticide a d'ailleurs été surtout utilisé ectoparasitoïdes larvaires appartenant à la faune
préventivement sur des arbres sensibles mais européenne, ont été spontanément attirées par
sains pour éviter de nouvelles attaques (USDA- les jeunes larves d'A. glabripennis et A. chinensis
APHIS, 2008). En Italie, certains insecticides exposées dans des plantes sentinelles en Italie
comme le thiaclopride et le spinosade, agissant (Hérard et al., 2007); leur potentiel e~ tant qu'au-
par contact et par ingestion, et le thiaméthoxame xiliaire de lutte biologique par augmentation est
(systémique) ont été testés en pulvérisations de à létude,
la base des troncs pour tenter de tuer les adultes
Début 2008, la détection précoce des foyers d'in-
d'A. chinensis au moment de leur émergence.
festation d'Anoplophora spp. et leur éradication
Les résultats de ces tests ont été peu concluants
dans les zones urbaines concernées sont toujours
(Maspero et al., 2007a). Au cas où l'éradication
des enjeux majeurs pour la' préservation des
des Anoplophora ne pourrait être obtenue, la lutte
agro-écosystèmes, des pépinières, des vergers et
contre ces ravageurs devra alors faire appel à des
des écosystèmes forestiers environnants.
méthodes alternatives pour tenter de maintenir
leurs populations à des niveaux économique-
LE TIGRE DU PlATANE, CORYTHUCHA
ment acceptables. En l'absence de phéromones
permettant d'attirer les adultes sur de longues CIL/ATA : UN NOUVEL ENVAHISSEUR
distances pour les piéger et les éliminer, l'utili- Originaire des États de l'est d'Amérique du
sation de plantes sentinelles' particulièrement Nord (Osborn et Drake, 1917; Wade, 1917),
attractives est envisagée, d'une part pour faci- Corythucha ciliata est un insecte piqueur-suceur
liter et améliorer le monitorage du ravageur, (Hérniptère) de la famille des Tingidae qui s'est
d'autre part pour mettre au point de nouvelles installé en Europe du Sud dans les années 1960 et
techniques de lutte. Des résultats encoura- qui à ce jour est en cours d'extension en Europe
geants ont été obtenus pour attirer A. glabri- (Abgrall et Soutrenon, 1991). Iespèce avait été
pennis à l'aide d'Acer mono (Aceraceae). Il est décrite initialement dans le genre Tingis et elle
envisagé à terme de coupler cette méthode de est largement répandue aux États-Unis (Bailey,
piégeage à un insecticide ou à un entomopatho- 1951). Signalée pour la première fois en Europe
gène qui pourrait tuer les Anoplophora adultes. à Padoue en Italie, en 1964 (Bin, 1968; Servadei,
Conjointement aux programmes déradication, 1966), C. ciIiata gagne rapidement le sud de la
des études de lutte biologique ont également France dans les années 1970-1980. Très répandue
été initiées pour trouver, identifier et évaluer en Provence (Vaucluse, Var, Alpes-Maritimes)
des parasitoïdes capables de contrôler efficace- (Lemaire, 1992; Thiéry, 2002; Thiéry et al.,
ment les Anoplophora (Hérard et al., 2007). Un 1999), C. ciIiata a rapidement été récoltée en
parasitoïde oophage spécifique d'A. chinensis, Corse et dans l'Hérault, dès la fin des années 1970
nouvelle espèce d'Eulophidés vraisemblablement (Péricart, 1983). Dans le Bassin méditerranéen,
4. On appelle plante sentinelle une plante hôte sélec- sa progression vers la Yougoslavie et la Grèce
tionnée pour sa forte attractivité naturelle pour le ravageur (Tzanakakis, 1988) est rapide. Sa progression
(elle émet des synomones [kairomones dorigine végétale] vers le nord est considérée comme importante,
auxquelles le ravageur est très sensible à distance). La
plante sentinelle peut préexister en un lieu donné ou être en particulier dans les agglomérations à fortes
ajoutée en ce lieu, plantée en pleine terre ou en container. densités de platanes (Jacquin et Chauvel, 1993).
Elle est régulièrement inspectée et sert de témoin de la Iespèce a été signalée à Lyon en 1994 dans le
présence ou de l'absence du ravageur. Son usage peut être
parc de la Tête d'Or et en 2001 elle progresse
combiné à un insecticide ou à un organisme entomo-
pathogène dans le but d'attirer et d'éliminer le ravageur dans les vallées alpines, à Vizille. Elle s'étend vers
«<attract and kill», technique des Anglo-Saxons). le sud-ouest de la France (station Inra-La Ferrade
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Biologie
Encadré 3-1 - Caractères généraux du tigre
Dès l'apparition des premières feuilles, les adultes
du platane
hivernants sortent de leur quiescence et remon-
tent le long du tronc pour aller se positionner Adulte: 3,7 à 3,8 mm de long, corps grisâtre
à la face inférieure des feuilles à proximité de hérissé de nombreuses épines avec des ailes
transparentes dentelées, do ù son nom améri-
la nervure centrale. Après une période d'ali-
cain, Sycamore Lace Bug (signifiant « punaise
mentation d'une dizaine de jours, les adultes
dentelée du platane»), élytres marqués d'une
s'accouplent. Les femelles pondent leurs œufs
tache sombre au centre. Antennes soyeuses,
en quelques jours, isolément ou par groupe élargies en forme de massue dans leur partie
de 10 à 15, sur la face inférieure des feuilles, le distale. Le dimorphisme sexuel est peu marqué,
long des nervures. Les œufs sont insérés dans le seules les genitalia', visibles en vue ventrale,
parenchyme, plus ou moins protégés par les poils permettent de distinguer lesmâles des femelles.
(trichomes) (Thiéry et al., 1999). Larves: éclosion des œufs14 à 21 jours après la
On dénombre actuellement, selon la tempé- ponte, maturité sexuelle atteinte après 5 stades
rature moyenne, de 2 à 3 générations par an, larvaires, en 33 à 46 jours (développement
la 3e génération n'aboutissant pas la plupart du et croissance thermo-dépendants). Couleur
générale brun foncé avecdeux taches blanches
temps (stades larvaires 2, 3 ou rarement 4 en
en arrière du thorax. On notera le comporte-
septembre). Au début de l'automne, les insectes
ment grégaire des larves de chaque stade qui se
rentren t en quiescence, entrée liée à la photopé-
groupent en petites fo ules, sous l'influence de
riode (mi-septembre, tous les adultes se réfugient phéromones d'agrégation.
dans les anfractuosités du tronc, telles les fentes
du bois et les rhytidomes). Sous ces écorces, on
peut trouver plusieurs dizaines d'imagos- serrés
les uns contre les autres sur quelques centimètres
carrés. La sortie de quiescence est liée à l'émission
de kairornones'', particulièrement d'odeurs vertes
des jeunes feuilles.
Symptômes et dégâts
Les adultes et les larves piqueurs-suceurs, attei-
gnant parfois plus de 100 individus par feuille en Détailde la face inférieure d'une feuilleavec un
fin de saison, représentent plusieurs centaines de regroupementde larves (stade 3) et d'un adulte.
A noter les nombreuses déjections, éparses sur
milliers de «tigres» par arbre. Ils se nourr issent le limbe (© A. Thiéry).
du contenu des cellules du parenchyme foliaire,
ce qui provoque l'apparition de décolorations Œuf : œuf ovoïde de couleur brune, longueur
529 à 568 filIl. La structure du chorion? et de
et des zones nécrotiques. Celles-ci sont d'abord
lopercule' est détaillée par Thiéry et al. (1999).
ponctuelles et limitées à la base des feuilles, puis
Les premières pontes ont lieu de la à 12 jours
gagnent la plus grande surface du limbe, tout après l'accouplement. Fécondité: variable, de
en étant plus accentuées le long des nervures 30 à 171 œufs parfemelle.
centrales. Avec le temps, le feuillage peut pren dre
un aspect chlorotique ou bronzé. Les feuilles 1. Genitali a est un terme latin se référant aux
organes génitaux et utilisé pour décrire les organes
5. Stade final du développement d'un insecte ptérygote, sexuels externes.
ayant effectué samétamorphose. 2. Lechorion est lenv eloppe externede l'œuf.
6. Substance sémio-chimique produite par un être vivant 3. Amas cellulaire de lovule recouvrant lextr érn it é
qui déclenche une réponse comportementale chez une de l'œuf.
autreespèce etdont l'effetestnégatifpourl'espèce émettrice.
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Interactions insectes-plantes
fortement atteintes jaunissent et chutent préma- vecteur passif des ascospores" (2-6 um) et endo-
turément. À noter que les fortes infestations, conidies cylindriques? (5-20 um) de Ceratocystis
donc les fortes atteintes aux platanes, sont obser- fimbriata platani a été démontré par Lemaire
vées durant les périodes les plus sèches (Filer (1992), Reidenbach et al. (1994) et Thiéry (2002).
et al., 1977). Ces observations corroborent les travaux de
Iaffaiblissement (blessures,réduction de la photo- Crone et Bacholder (1961) et de Carter (1973)
synthèse) favorise la sensibilité aux attaques de aux États-Unis sur la vection du champignon
maladies cryptogamiques? Plusieurs années d'at- C. fimbriata par les insectes phytophages. Aussi,
taques sévères de C. ciliata peuvent, combinées à dans le cas des platanes, les stratégies de lutte
d'autres facteurs de stress biotique (atteintes cryp- contre le chancre coloré doivent tenir compte de
togamiques), entraîner la mort de l'arbre. Parmi la biologie et de l'écologie du vecteur, C. ciliata,
les champignons dangereux pour les platanes, et non pas se limiter à une hypothétique mise au
on trouve: Apiognomonia (= Gnomonia) venata point! sélection de platanes résistants telle que
(Valsaceae) (forme sexuée), agent de l'anthrac- préconisée par Vigouroux (« Iespoir d'un platane
nose du platane, Microsphaera platani (Erysipha- résistant» [Vigouroux, 2007]), et qui après treize
ceae), agent responsable de l'oïdium du platane ans de recherches (ibid. : 119) ne compte qu'« un
et Ceratocystis fimbriata f. platani (Ceratocysti- seul plant capable de bloquer complètement la
daceae) (forme sexuée), agent du chancre coloré progression du champignon» (sic).
du platane - introduit accidentellement dans le Au niveau sociétal, on note également, mais sans
sud de l'Europe à la suite du débarquement de réelle gravité, des gênes occasionnées par les
Provence par des caisses de matériel militaire déjections noirâtres renfermant du miellat à la
en planches de platanes américains - considéré face inférieure des feuilles (tachant les véhicules
comme étant le plus virulent en Provence (Thiéry, parqués sous les platanes), et par les cuticules
2002). Sa vection fait intervenir non seulement épineuses des insectes qui peuvent provoquer des
des facteurs physiques (spores du champignon irritations oculaires.
véhiculées par les eaux courantes, mauvaise
désinfection des outils d'élagage, vent...), mais Traitements
également des facteurs biotiques (insectes) trans-
À ce jour, les traitements chimiques, du fait de la
portant passivement des spores sur la cuticule. La
taille des arbres et de leur dispersion dans l'ha-
relation C. ciliataiC. fimbriata est à ce jour bien
établie (Lemaire, 1992; Thiéry,2002). bitat urbain, sont peu efficaces. Classiquement,
ils se font soit en été, sur l'ensemble du feuillage
À ce sujet, il est intéressant de noter que l'on se (Corythucha ciliata étant un insecte très mobile,
trouve devant le même triptyque plante/para- il est nécessaire de traiter l'ensemble des arbres
site/insecte vecteur déjà rencontré dans les cas d'une même zone) ;soit en hiver, sur l'ensembledu
suivants: d'abord celui de la graphiose de l'orme tronc et des grosses branches charpentières. Pour
en France, due aux interactions orme (genre un meilleur résultat, il est préférable de retirer un
Ulmus [Ulmaceae])/champignon Euascorny- maximum de rhytidomes de l'arbre. Cela évite
cète parasite Ceratocystis ulmi (Ceratocystida- qu'un certain nombre d'individus échappent au
ceaej/scolyte Ips typographus (Curculionidae);
traitement en restant à l'abri derrière ces plaques
et dans le cas de la maladie du flétrissement du
décorces, Des tests de fumigation, par usage d'un
chêne rouge aux États-Unis, due aux interactions
manchon souple à deux mâchoires se refermant
chêne/champignon Ceratocystis fagacearum
sur le tronc, sont en cours d'essai.
(Ceratocystidaceae)/Coléoptère (Nitidulidae)
(Appel et al., 2007; Pinon, 2002). Le rôle de 8. Spore sexuée formée dans un asque (cellule reproduc-
trice de certains champignons).
7. Maladies des plantes occasionnées par des champi- 9. Spore asexuée de certains champignons (= conidie)
gnons microscopiques. formée à l'intérieur d'une cellule conidiogène.
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Quelques exemples de bio-invasions dans le monde
Face à ces tentatives de lutte chimique souvent ravageurs très dommageables pour les fruitiers
sans grands résultats, des recherches sur des d'intérêt commercial et difficiles à détecter car les
techniques de lutte biologique sont en cours de œufs et larves sont à l'intérieur des fruits. C'est
développement : une contrainte récurrente pour les agriculteurs
- par l'usage de prédateurs : si aux États-Unis des zones tropicales, à la fois pour l'export, car
C. ciliata possède son cortège de prédateurs ce sont des insectes de quarantaine, mais aussi
(insectes, acariens, araignées), en Europe, la pour les marchés nationaux qui sont lourde-
plupart de ces arthropodes sont absents. On ment pénalisés par ces ravageurs qui vivent aux
trouve toutefois en France quelques acariens dépens des principales cultures horticoles. Par
et araignées - comme Cheiracanthium mi/dei, ailleurs, la recrudescence du nombre d'espèces
Achaearanea lunata, Segestria senoculata, exotiques nouvellement recensées dans des zones
Clubiona terrestris - , des pseudoscorpions et où elles nexistaient pas encore est une nouvelle
des insectes Anthocoridés - dont plusieurs contrainte qui accentue la pression phytosani-
espèces du genre Orius et Anthocoris -, des taire sur des filières horticoles en développement
Nabidés (Nabis pseudoferus par exemple) et des pour la plupart des zones tropicales.
Pentatomidés comme Anna custos sous le rhyti-
dome. Bien que la présence de ces prédateurs
ait été signalée par divers auteurs (Aguilar et al.,
1977; Arzone, 1984; Bin, 1968; Chauvel, 1988 ;
Emerit et Demaison, 1981), à notre connais-
sance, exceptée l'étude de Chapin et al. (2006),
il n'y a que peu d'études réalisant une estimation
sérieuse de leur efficacité dans le contrôle des
populations de C. ciliata:
- par l'intermédiaire de phéromones anti-ovipo-
sition ou de dispersion de ponte (ODP, Ovipo-
sition Deterring Pheromone, ou HMP, Host
Marking Pheromone [Thiéry et Gabel, 1993]).
Une analyse des constituants chimiques cuticu-
laires de Iœu f révèle la présence principalement Un e mouche des fr uits Ba ctrocera in vadens
d'acides gras saturés et insaturés en C 16 - C18 (Diptera,Tephrit idae) sur mangue (© ).-F. Vayssières).
et apparaît être d'une utilisation prometteuse
comme phéromone anti-oviposition (Thiéry Plus d'une cinquantaine desp èces de Tephritidés
et al., 1999). Cette composition n'a cependant pas ont été recensées comme espèces invasives ayant
été testée biologiquement. quitté leur pays d'origine pour s'établir dans de
nouveaux pays et/ou continents. Mais toutes
LES MOUCHES DES FRUITS ces espèces n'ont pas été introduites accidentel-
(DIPURA, TEPHRITIDAE) lement. Certaines l'ont été par l'homme à des
fins de lutte biologique vis-à-vis d'adventices
Les mouches des fruits sont l'une des familles par exemple. Ainsi les régions australasiennes
d'insectes d'importance économique les plus ont enregistré davantage desp èces invasives
préjudiciables dans les zones tropicales, et introduites intentionnellement que les autres
spécialement dans la zone afrotropicale(White et (Norrbom et al., 1999). Parallèlement les régions
Elson-Harris, 1992). Les Tephritidés causent des paléarctiques, néarctiques et australasiennes
dégâts évalués à des dizaines de millions d'euros comptabilisent le plus grand nombre d'espèces
chaque année dans les filiè res fruitières et marai- invasives introduites accidentellement. Nous
chères. Environ 250 espèces constituent des privilégierons ici les introductions accidentelles.
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Interactions insectes-plantes
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Quelques exemples de bio-invasions dansle monde
utilisé pour estimer le potentiel de dispersion n'est que par un ensemble de méthodes de lutte
et de colonisation d'une espèce à partir de son intégrée (ou IPM-package) compatibles entre
niveau de classement. En effet, les caractéris- elles, efficaces et économiquement viables que
tiques liées au type «K-selected species» pour- l'on arrivera à mettre ces redoutables ravageurs
raient favoriser (parleur plus grande taille... ) à en dessous d'un seuil économique de nuisibilité.
la fois lexploitation des hôtes et la compétition Au Bénin, cet IPM-package comprend depuis
interspécifique (Duyck et al., 2004). Or la plupart 2007-2008 des mesures de lutte prophylactique,
des espèces invasives ayant rapidement colonisé des traitements par taches avec le Gf-120 (Vays-
de nouveaux pays au détriment des espèces indi- sières et al., 2009) et une bonne gestion des
gènes appartiennent au genre Bactrocera. Les fourmis oecophylles (Adandonon et al., 2009;
espèces appartenant à ce genre sont d'une part Sinzogan et al., 2008; Van Mele et al., 2007).
de bons voiliers et ont d'autre part un potentiel
Seuls des systèmes performants d'alerte multi-
biotique supérieur à celui des espèces indigènes,
locaux (par zone agro-écologique) et montés
que ce soit des espèces du genre Ceratitis ou du
en réseaux régionaux pourraient permettre à
genre Anastrepha. Dans le premier cas, l'exemple
l'avenir de faire face efficacement à ces invasions
classique est celui de B. invadens vs C. cosyra au
qui commencent avec des introductions acci-
Bénin, dans le second celui de B. carambolae vs
dentelles localisées puis qui évoluent en inva-
Anastrepha spp. en Guyane française. Mais on
sions généralisées à l'échelle même d'une région
s'aperçoit qu'il est parfois difficile de ranger une
et parfois d'un continent. Une bio-modélisa-
. espèce donnée dans une catégorie plutôt qu'une
tion de leur distribution actuelle et potentielle
autre. C'est le cas de Dacus ciliatus, qui est une
en fonction de différents facteurs abiotiques et
espèce ayant des caractères communs aux deux
catégories (e r -» et «K-»). biotiques sera un outil important (De Meyer et
al., 2010; De Meyer et al., 2008) dans laprévi-
Méthodes de lutte sion des invasions et dans les méthodes de lutte
à promouvoir.
Les introductions de nouvelles d'espèces inva-
sives de mouches des fruits sont malheureu- Ces systèmes de détection pourraient être
sement fréquentes. En 2006, pas moins de constitués de pièges fréquemment visités.par les
deux introductions de deux espèces de Bactro- équipes des services de la protection des végé-
cera furent signalées dans des zones où leur taux de chacun des pays concernés, mais aussi
présence n'avait pas encore été mentionnée. Il d'échantillonnages réguliers de fruits (cultivés
s'agit de B. zonata en Californie et de B. lati- et sauvages) qui seraient mis en observation
Jrons en Tanzanie (Mwatawala et al., 2007). Si dans leurs laboratoires respectifs. Ces mesures
la première espèce fut éradiquée relativement sont à préconiser prioritairement autour des
rapidement car elle avait été détectée très tôt et ports et aéroports tout d'abord, puis au niveau
traitée avec des moyens logistiques importants, des principaux postes-frontières routiers et
il nen fut pas de même pour la deuxième espèce, autour des principales zones de productions
B. latifrons, qui semblerait maintenant répandue horticoles. Bien entendu, les mesures de lutte
dans les zones côtières et de faible altitude de préventive sont à préconiser et à privilégier le
Tanzanie en tant que ravageur de plusieurs plus tôt possible.
espèces de Solanacées. La lutte contre les mouches des fruits, déjà
Que pourrait-on développer pour faire face complexe à un niveau national, l'est davantage
à cette menace grandissante? Tout d'abord encore quand on l'aborde au niveau régional. Ce
programmer et mettre en œuvre la lutte non n'est pourtant qu'avec une coordination régio-
seulement au niveau des vergers mais surtout au nale pertinente que cette problématique pourra
niveau des bassins de production, afin de pouvoir être traitée avec vigilance, rigueur, efficacité par
maintenir de larges zones à faible prévalence. Ce les différents acteurs des filières horticoles.
73
Interactions insectes-plantes
74
Quelques exemples de bio-invasions dans le monde
est supérieur ou égal à celui des deux autres activités anthropiques pour se déplacer. Les
espèces de teignes de la pomme de terre facteurs environnementaux permettant cette
présentes dans le nord de l'Amérique du Sud, stratégie sont présentés ci-dessous.
Symmetrischema tangolias et Phthorimaea oper-
culeila (Lepidoptera, Gelechiidae), surtout pour Facteurs à l'origine des pullulations
les températures plus élevées, principalement
Incidence de l'accroissement
du fait de sa plus forte fécondité (Dangles et al.,
des échanges commerciaux
2008). Les températures permettant son déve-
loppement se situent entre 10 et 25 oC (Nino, Les premières pullulations de T. solanivora au
2004). Une forte mortalité des chrysalides est Guatemala dans les années 1970 sont contem-
observée aux faibles températures de l'ordre de poraines des débuts de l'importation de
10 -C (Dangles et al., 2008). Sur le terrain, quel semences commerciales étrangères. [arrivée
que soit le pays considéré, les pullulations sont au Costa Rica est contemporaine à l'augmenta-
observées lors des périodes moins pluvieuses tion des importations depuis le Guatemala. En
et plus chaudes au Costa-Rica (Alvarado et al., Amérique du Sud, c'est un échange commercial
1992; Rodriguez et al., 1988), au Venezuela (importation de semences du Costa Rica vers
(Torres, 1998), en Colombie (Barreto et al., le Venezuela) qui a permis l'entrée de l'insecte.
2003; Nino, 2004). Un modèle phénologique Enfin, en Équateur, les variations du prix de la
corroboré par des données de terrain a récem- pomme de terre associées à la libéralisation de
ment montré une relation positive avec la tempé- son commerce ont occasionné le maintien de
rature (Dangles et al., 2008). Afin de séparer les résidus de récoltes en bordure de champs lors
influences respectives des précipitations et de la des périodes de chute des prix. Cette pratique
température, Dangles et al. (2008) ont effectué aurait favorisé les pullulations de l'insecte
une étude prenant en compte simultanément les (Barragàn et al., 2004).
deux facteurs sur les niveaux de population au
champ. Seule la température est apparue comme Perturbations climatiques
ayant un effet significatif. En Équateur, les pullulations de la teigne semblent
.Parallèlement à ses forts taux de croissance corrélées aux périodes plus sèches. Lors dé Iépi-
potentiels, cette espèce présenterait de faibles sode climatique humide El Nifio de 1999, défavo-
capacités de déplacement (paradoxalement, rable à l'insecte du fait des faibles températures,
pour une espèce étendant son aire de réparti- T. solanivora n'était plus considérée comme un
tion). Dans des études comportementales, les problème, et les services de protection cessèrent
mâles présentent un comportement de type leur suivi. Cette baisse de vigilance aurait facilité
saltatoire avec des vols courts de moins de de nouvelles pullulations pendant les périodes
1 m de long et de moins de 10 cm de haut. Les sèches qui ont suivi en 2001.
femelles ne volent pratiquement pas (Corredor
et Flores, 2003). Ennemis naturels
T. solanivora semble donc particulièrement Une seule publication, en Colombie, signale la
adaptée aux zones de stockage présentant des présence de parasitoïdes de T. solanivora dans
températures plus élevées et plus tamponnées la zone d'invasion (Osorio, 2001). La seule
(avec de moins forts écarts de températures) espèce provenant sans ambiguïté de cet hôte
que les champs, et où les faibles capacités de est un Trichogramma sp. (Trichogrammatidae)
vol ne constituent pas un handicap (Dangles échantillonné sur des pièges constitués d'œufs
et al., 2008). Du fait de ses faibles capacités de de teigne. En revanche, une importante diver-
dispersion et de sa fécondité élevée, T. solanivora sité entomovirale a été observée. Les données
pourrait être considérée comme une espèce les plus abondantes concernant la diversité
commensale opportuniste qui dépend des virale proviennent d'Équateur, à la limite sud
75
Interactions insectes-plantes
76
Quelques exemples de bio-invasions dansle monde
historique en Mésopotamie (Iraq et Syrie) et al., 2005). À cette date, la situation en Égypte
(OEPP/EPPO, 2008d), aussi douteuse selon lui. est déclarée limitée au foyer d'origine. Au cours
Si la zone indo- malaise paraît être le berceau des années 1990, il se répand dans la Péninsule
du CRp, la forte variabilité de ses dessins et la arabique, via des transferts incontrôlés de rejets
présence d'autres Rhynchophorus dans l'archipel de dattiers. Il est signalé dans le sud du Japon
indonésien laissent imprécises les distributions en 2000. Il touche des datteraies et des palmiers
relatives des espèces du genre. De plus, la validité d'ornements en milieu urbain.
des espèces listées par Wattanapongsiri (1966) Enfin, et l'épisode est toujours en cours, les
est remise en question par l'étude génétique rives méditerranéennes, surtout du nord-ouest,
de Hallett et al. (2004) qui met en synonymie sont contaminées en de nombreux points dans
R. vulneratus et R.ferrugineus. plusieurs pays, et la zone atlantique est atteinte.
À partir de 1984, le CRP apparaît dans la Pénin- [insecte touche la Syrie en 2001 (Tara et al.,
suie arabique puis est signalé toujours plus à 2008) et plusieurs nouvelles régions d'Espagne
l'ouest et au nord pour être découvert aux îles continentale et insulaire entre 2003 et 2006 :
Canaries dans l'Atlantique et sur la Côte d'Azur provinces de Valence, de Murcie, Catalogne,
en 2006. [analyse des rapports de découvertes du Canaries et Baléares (OEPP/EPPO, 2007 b). Il
CRP permet de retracer une progression géogra- est détecté en Italie à partir de 2004 (Toscane,
phique en 3 étapes : apparition ou extension au Campanie, Sicile, Sardaigne, Latium, Ligurie et
Moyen-Orient dans l'aire du dattier (1983-1993); Puglie) (OEPP/EPPO, 2006 b; 2008 d; Sacchetti
arrivée sur la Méditerranée et contamination et al., 2006), en Turquie (Karut et Kazak, 2005)
du Proche-Orient (1992-1999); et atteinte de la et en Grèce (Crète et Rhodes) en 2006 (OEPP/
plupart des rives de Méditerranée avec passage EPPO, 2006 a). En 2005, après un long silence
en zone atlantique (2001-2008). officiel, il apparaît que la majeure partie de
l'Égypte (1er producteur mondial de dattes) est
Dans la première phase, les pays touchés sont contaminée: delta et vallée du Nil, de la Médi-
le Pakistan (ouest) en 1983, l'Arabie saoudite terranée à 600 km au sud du Caire, et palmeraies
en 1984, Bahrein, le Qatar et les Émirats arabes récentes dans le Sahara. En 2006, il est trouvé en
unis en 1985, l'Iran (est) en 1990, et Oman et Corse puis dans le Var (OEPP/EPPO, 2007 b)
le Koweït en 1993 (Faleiro, 2006; OEPP/EPPO, et àChypre (OEPP/EPPO, 2007 a); en 2007, en
2008d). Linsecte s'installe en zones arides, culti- Languedoc -Roussillon, au Portugal (Boavida et
vées (oasis anciennes et modernes), mais aussi da Franca, 2008), à Malte (Anonyme, 2007) ainsi
urbanisées. que dans de nouvelles villes de Turquie dont
Dans une deuxième étape, l'Égypte, qui déve- Istanbul (PPI, 2007).
loppe alors le marché des phœnix d'ornement Dans toutes ces zones, le CRP est observé en
vers les pays méditerranéens, est touchée en 1992 milieu urbain et attaque surtout les dattiers et
(à 50 km au nord du Caire). Dès 1993, le CRP palmiers des Canaries. Il est établi que l'insecte
est trouvé en Europe sur la côte d'Andalousie a été disséminé en Méditerranée par un boum
(Espagne), à la limite des provinces de Malaga et commercial de grands palmiers venant surtout
Grenade où il est étudié et fait l'objet de mesures depuis l'Égypte. Ce résultat est conforté par une
d'éradication (Barranco et al., 1996). Son arrivée analyse génétique (marqueur sur le gène mito-
est liée au début de l'importation massive de chondrial COI), qui montre que tous les pays
grands palmiers pour orner les marinas. On méditerranéens - sauf la Syrie - sont touchés par
ne signalera pas d'autre découverte du CRP en le même haplotype, trouvé partout en Égypte,
Europe jusqu'en 2003. En 1999, il est trouvé à la mais pas dans la zone d'invasion plus à l'est
frontière israélo-jordanienne et dans les Terri- (7 haplotypes différents et distincts de celui de
toires palestiniens où il est aussitôt traité pour la Méditerranée). Dans l'Union européenne, les
léradiquer sur le :territoire d'Israël (Soroker mouvements de palmiers entre Italie, Espagne et
77
Interactions insectes-plantes
France ont favorisé la diffusion du CRP jusqu'à (FAO, 2006). Vendre des palmiers adultes pour
sa mise en quarantaine légale (Kyprianou; 2007) l'ornement procure aussi depuis peu un revenu
quatorze ans après sa première découverte en substantiel pour quelques pays comme l'Égypte.
Andalousie. Il est peu probable que les côtes La situation déjà préoccupante dans l'aire du
grecques continentale et adriatique échappent au dattier en 1995 n'a cessé de se dégrader. En 2010,
CRP, car des palmiers y ont été plantés récem- elle a été stabilisée ou améliorée en certains
ment comme ailleurs. Iespèce est aujourd'hui en endroits, mais elle n'est globalement pas sous
voie d'établissement en Espagne et en Italie, faute contrôle et le CRP est présent presque partout.
de mesures préventives efficaces. La France est On estime la perte annuelle entre 0,1 % et 2 %
confrontée à une menace analogue, si les foyers des arbres en production, avec parfois 10 % à
actuels ne sont pas vite traités avec des moyens 30 % des dattiers atteints, en particulier dans des
conséquents et avec l'apport de méthodes zones de culture traditionnelle pauvres, chiffre
nouvelles. En vingt-trois ans, le CRP est donc énorme rapporté à la valeur unitaire des arbres.
passé de l'Inde aux Canaries en touchant la En Espagne, plus de 10 000 palmiers des Cana-
plupart des pays méditerranéens. ries et dattiers ont déjà été détruits. La palme-
Les pays du Maghreb sont restés exempts jusqu'à raie historique d'Elche (patrimoine mondial de
la découverte de palmiers touchés près de Tanger l'Unesco) est menacée.
au Maroc fin 2008 (OEPP/EPPO, 2009 b). Au En Europe, les palmiers sont utilisés pour leur
même moment, le CRP était trouvé dans l'île de valeur ornementale, en particulier le dattier, le
Curaçao (Antilles néerlandaises) (OEPP/EPPO, palmier des Canaries (Phoenix canariensis) et
2009 a). Il est maintenant clair que l'Afrique les palmiers du genre Whashingtonia et Trachi-
entière est menacée (Rochat et al., 2006), ainsi carpus fortunei. Bien qu'il n'existepas de synthèse
que la Chine (Li et al.,2009) etle Nouveau Monde sur l'économie du palmier dans l'UE, des statis-
si des mesures drastiques ne sont pas prises pour tiques régionales et les paysages urbains des côtes
sécuriser les flux mondiaux de grands palmiers. méditerranéennes révèlent leur importance. Les
palmiers adultes peuvent être déplacés et replantés
Importance économique pour créer rapidement des paysages à l'appa-
Le CRP est strictement inféodé aux palmiers rence exotique très en vogue. Le boum de cette
(Arecaceae) et cité d'environ 20 espèces (Martin pratique a contribué à étendre l'aire de l'insecte.
Molina et Cabello Garda, 2005). Sa nuisibi- Phoenix theophrasti, l'un des deux palmiers indi-
lité est très importante, car divers palmiers ont gènes d'Europe, est touché par le CRP en Crète.
une valeur biologique, économique et culturelle Aux îles Canaries, l'endémique P. canariensis est
importante. Ainsi, dans son aire d'origine, il aussi atteint. Ces deux espèces patrimoniales sont
détruit le cocotier (troisième source mondiale menacées dans leur berceau d'origine.
d'huile végétale) et le sagoutier, sur lesquels des
dégâts sont rapportés depuis plus d'un siècle. Les Traits biologiques
pertes sont estimées entre 1 % et 2 % par an sur Ladulte (20-40 mm) est un charançon typique
les cocotiers (Faleiro, 2006). Dès son arrivée dans au corps orangé vif avec des taches noires très
la Péninsule arabique et en Égypte, il est devenu variables. li vit de 2 à 4 mois. Cest un bon voilier
le ravageur n° 1 du dattier (Phoenix dactylifera), pouvant franchir jusqu'à 7 km en vol actif. Il vole
espèce arborescente multi-usageau Moyen- entre 20 et 40 "C, le jour, avec un arrêt d'activité
Orient et en zone méditerranéenne. Dans les hivernal ou estival selon les régions.Dans la zone
régions arides, la datte est un produit de subsis- d'invasion, il peut voler entre 17 et 18 "C par fort
tance et de rente important et contribue à la sécu- ensoleillement. Il est actif aux périodes les plus
rité alimentaire (Ferry et al., 1999). I'Ëgypte est le humides. On ne sait cependant pas quels facteurs
premier producteur mondial de dattes. Algérie, influencent ses déplacements. Surie palmier, il
Tunisie et Maroc occupent les 7e, 12eet 13e places vit caché dans les anfractuosités et pénètre dans
78
Quelques exemples de bio-invasions dansle monde
les tissus tendres : il y est très difficile à voir. Il qui n'apparaissent qu'après son déploiement. Le
est très attiré par l'odeur de morceaux de stipe de CRP affectionne les palmiers en forte croissance
palmier ou de canne à sucre, et des fruits mûrs (5 à 15 ans). Lattaque s'observe surtout à la base
en fermentation. La femelle pond toute sa vie du stipe jusqu'à 1,5 m du sol et touche les rejets
de 100 à 300 oeufs qui sont insérés un à un dans chez le dattier. Elle touche aussi la couronne,
un tissu vivant: base foliaire, aisselle de rejet sur cas général sur le palmier des Canaries où elle
dattier et blessure sur le stipe. Le mâle émet une peut atteindre le coeur de la plante et la tuer. Sa
phéromone d'agrégation, mélange de ferrugi- découverte y est difficile et demande des moyens
néol (4-méthylnonan-5-ol) et de ferruginéone conséquents: échelles ou nacelles pour les grands
(4-méthylnonan-5-one) en proportion 90:10 arbres. A un stade d'attaque avancé, le stipe peut
(Hallett et al., 1999), qui contribue à regrouper se briser au niveau de caries creusées par les
les individus. Iodeur de palmier et la phéromone larves. Lattaque du bourgeon terminal entraîne
sont synergiques. l'affaissement et le dessèchement brusques des
palmes, parfois précédés d'une inclinaison anor-
La larve endophyte est le stade nuisible. Elle
male de la frondaison. Ces signes, typiques du
préfère les tissus tendres et bien irrigués où elle palmier des Canaries, sobservent parfois chez le
creuse des galeries. La croissance larvaire dure de dattier et ne précèdent la mort du palmier que
2 à 13 mois. Les hivers frais de l'ouest du Bassin de quelques jours. Les autres palmiers d'orne-
méditerranéen induisent un arrêt de développe- ment communs en Europe sont beaucoup moins
ment qui peut rallonger nettement la durée de attaqués que les Phoenix.
ce stade. En fin de croissance, la larve migre à
Recommandé depuis quarante ans sous les
la périphérie du stipe ou à la base des palmes et
tropiques, un principe essentiel de la lutte contre
construit une coque de fibres végétales où elle se
les Rhynchophorus consiste à 'limiter au strict
nymphose. Le stade nymphal dure 15 à 30 jours.
nécessaire les blessures causées aux palmiers,
Les générations se chevauchent avec des pics
qui sont très attractives pour le CRP. Les bles-
de vols plus ou moins marqués, notamment au
sures naturelles ou dues à la coupe de palmes,
printemps et à l'automne dans l'aire d'invasion.
même petites, le prélèvement de rejets (dattier),
La température minimale de développement la récolte ou l'élimination de régimes de fruits
larvaire est de 15 oc. La température létale est de doivent absolument être protégés par une appli-
10 -c, 5 -c et -2 -c respectivement pour l'oeuf, cation d'insecticide pour empêcher la ponte. Ces
la larve et la nymphe (Martin Molina et Cabello mesures doivent s'appliquer à la taille des palmes
Garcia, 2005), et se situerait entre 0 "C et 5 "C vertes pratiquées dans les espaces verts urbains,
pour l'adulte. Laire d'invasion potentielle du CRP de préférence en hiver, époque où le vol des
couvre donc les zones où les températures jour- adultes est limité.
nalières moyennes sont positives en hiver, c'est-à-
dire toutes les rives de la Méditerranée. Une nécessité pour lutter contre
le CRP : la mise en quarantaine
Symptômes d'infestation,
La très forte expansion géographique du CRP en
dégâts et prophylaxie
vingt ans est liée au transport de rejets de dattier
La présence du CRP se signale par des suinte- dans et entre les pays producteurs et au déve-
ments liquides bruns et visqueux (dattier) ou par loppement du marché international des grands
de petits monticules bruns de fibres broyées (tous palmiers d'ornement. Lapplication d'une quaran-
palmiers) qui ponctuent les orifices perforés taine stricte est vitale pour empêcher l'arrivée du
par les grosses larves, par exemple à la base des CRP ou le contenir. En effet, sa vie cachée à tous
palmes. On observe aussi des découpes ou des les stades et l'extrême difficulté de repérer tôt les
trous contigus dans les folioles percées par la palmiers attaqués handicapent terriblement la
larve dans la feuille repliée et en croissance et lutte. Il est impossible de garantir qu'un palmier
79
Interactions insectes-plantes
issu d'une zone infestée est sain, car un examen rayon X des larves et olfactive (chiens) ou ther-
même minutieux ne permet de détecter ni les mique (détecteurs infra-rouge) des zones cariées
œufs ni les jeunes larves et les insecticides non en fermentation est possible. Ces méthodes
systémiques ne les tuent pas. Lorsque l'infesta- restent néanmoins inapplicables à grande échelle
tion se répand, le coût de sa gestion est colossal: sur le terrain par manque de fiabilité, de praticité
des millions d'euros par an depuis 1993en Arabie et en raison de leur coût élevé.
saoudite et des coûts supérieurs à 5 M€ en dix
ans en Espagne qui n'ont pas empêché une inva- Piégeage par phéromone:
sion quasi totale des zones plantées de palmiers surveillance et lutte directe
de ces deux États (Collectif, 2006). L'Égypte, qui Lepiégeageolfactifest indispensable pour détecter
a moins investi dans la lutte, est dans une situa- et éliminer les adultes dans tout programme de
tion très grave. A l'inverse, Israël, la Jordanie et lutte intégrée. Il permet de focaliser leffort de
Oman, avec une grande rapidité de réaction, recherche visuelle des arbres infestés. Moyennant
ont pu contrôler la situation au prix de moyens le respect de règles strictes, le bénéfice du piégeage
lourds (Soroker etal., 2005). De même, l'interdic- dans une zone a priori exempte de CRP est très
tion d'introduire des dattiers adoptée en Tunisie, supérieur au risque d'ignorer sa présence ou de
en Algérie et au Maroc pour contrôler la maladie l'y introduire. Le piège type est un seau de 15 1
du Bayoud a longtemps préservé le Maghreb. La avec couvercle, à parois extérieures rugueuses et
Commission a inscrit le CRP sur la liste des orga- pourvues d'ouvertures de 5 cm favorisant lentrée
nismes de quarantaine dans l'UE en mai 2007, du CRP. Une solution détergente ou insecticide
quatorze ans après la découverte du premier CRP est versée au fond du seau; elle crée une humi-
dans l'UE. Les importations de palmiers depuis dité prisée par l'adulte et tue les CRP piégés. Pour
des zones infestées sont aujourd'hui prohibées. être rentable, la phéromone (diffuseurs actifs 2
Les États doivent établir une surveillance de leur à 4 mois) doit être utilisée avec un appât végétal
territoire et éradiquer les foyers. synergique, comme le stipe de palmier frais, la
canne à sucre ou les dattes mûres (0,2 à 1 kg), à
Détecter le CRP : un casse-tête renouveler tous les 7 à 20 jours. rapport d'acétate
et une course contre la montre d'éthyle accroît l'effet du végétal. Il faut protéger
Iattaque d'un palmier est invisible durant des tous les palmiers situés dans un rayon de 20 m
mois, voire des années. Des centaines de larves autour d'un piège par insecticide pour éliminer
peuvent se développer dans les stipes avant l'ap- le risque de pontes de femelles erratiques. En
parition de symptômes et beaucoup d'adultes surveillance, on préconise 1 piège pour 1 à 3 ha
peuvent ainsi essaimer à l'insu de tous. avec un relevé par semaine. En zone peu infestée,
la capture d'un piège sera de 0,01 à 0,1 CRP/
Détection visuelle, sonore jour, ce qui est très informatif pour localiser les
et par rayonnement palmiers atteints. Un niveau supérieur révèle la
Ces méthodes doivent être appliquées arbre présence d'un foyer, en général à moins de 100 m
par arbre, ce qui est très difficile sur des sujets du piège. Ce dernier point est primordial, car le
de grande taille. Seule la détection visuelle des CRP colonise les palmiers de proche en proche et
larves et coques nymphales est appliquée. Elle ses populations sont très agrégatives.Une capture
nécessite un examen minutieux et périodique persistante >1 CRP/jour indique une infestation
par un personnel très bien formé. En dépit de sévère de plusieurs palmiers. On peut accroître la
son caractère très laborieux, qui la rend chère densité des pièges jusqu'à ID/ha pour éliminer les
et d'une efficacité limitée aux arbres porteurs de adultes en masse. On piège 2 femellespour 1 mâle,
symptômes, elle reste un élément déterminant ce qui est un avantage à long terme si et seule-
des programmes de surveillance et du succès du ment si le piégeagede masse est accompagné d'un
traitement des foyers. La détection sonore ou par traitement curatif rigoureux des foyers larvaires.
80
Quelques exemples de bio-invasions dans le monde
81
Interactions insectes-plantes
de poursuivre sa croissance. Si une attaque trop sonore, nez électroniques, rayonnement foliaire,
profonde qui compromet la survie du palmier est tests à partir de marqueurs biochimiques ou
observée, la plante est détruite. Les tissus taillés génétiques de l'infestation). Enfin, une réflexion
sont systématiquement protégés par application sur l'usage des palmiers ou d'autres essences
d'insecticides et d'antifongiques pour protéger arborées exotiques et sur la sécurisation de leur
le palmier jusqu'à cicatrisation complète. De importation pour les espaces verts des villes
nouvelles palmes poussent et se déploient après méditerranéennes est aussi nécessaire, car l'appa-
lopération. Selon la sévérité de l'infestation, rition de nouveaux problèmes sanitaires sur ces
l'arbre retrouve un feuillage complet et une plantes est à craindre.
morphologie normale l'année qui suit le traite-
ment ou la suivante. Le taux de succès de cette LE PUCERON DU SOJA EN AMÉRIQUE
opération s'est confirmé depuis 2007 en Italie et DU NORD; APHIS GLYCINES
Espagne, 11 permet de sauver des arbres de forte
valeur à moindre coût, sans générer des volumes HistoriqLOe de l'invasion
de déchets excessifs dont le traitement est aussi Le puceron du soja, Aphis glycines (Hemiptera,
problématique (Ferry et Gomez, 2008). Aphididae), est natif d'Asie, où il est un ravageur
occasionnel du soja, Glycine max (Fabaceae) et
Conclusion peut 'être aussi rencontré sur des sojas sauvages
Le CRP apparaît comme un envahisseur tropical (Glycine sp.) (Liu et al., 2004). En Amérique du
du milieu méditerranéen. Depuis quinze ans, Nord, A. glycines a été observé pour la première
ses dégâts sont considérables et son expansion fois pendant l'été 2000 simultanément dans
est très mal contrôlée. Les mesures de quaran~ 10 États du nord des États-Unis (Ragsdale et al.,
taine européenne entrées en vigueur tardivement 2011; Venette et Ragsdale, 2004). En 2007, il
n'ont pas permis d'empêcher qu'il soit disséminé est présent dans 22 États des États-Unis ainsi
très largement. Labsence de mesures techniques que dans 3 provinces du Canada (Ragsdale
simples, bon marché, validées par l'expérience et et al., 2011; Ragsdale et al., 2007). Le puceron
conformes à la réglementation a beaucoup retardé est cause de préjudices économiques essentiel-
une gestion efficace des populations et les efforts lement au nord des États-Unis et au Canada, et
néanmoins déployés n'ont eu que peu d'impact. Si il semble que des températures estivales élevées
les travaux récents et en cours répondent à une limitent son expansion dans le sud des États-Unis
partie de ces problèmes, il est à craindre que l'am- (McCornack et al., 2004). Il est possible qu'il soit
pleur des dommages n'apparaisse catastrophique apparu en Amérique du Nord avant 2000, mais
prochainement, en particulier pour les collec- sa présence n'avait pas été remarquée en raison
tivités locales qui ont investi dans les palmiers. de populations non préjudiciables à la culture
Malgré les progrès en cours, la lutte contre le CRP du soja. A. glycines a notamment été observé sur
reste très délicate et très onéreuse à large échelle. soja en Australie en 1999 et 2000. Les dommages
Il est donc primordial d'anticiper une infestation sur soja dans ce continent sont faibles, alors qu'en
des zones encore exemptes et d'affiner les proto- Amérique du Nord ce puceron est devenu le plus
coles de gestion des foyers adaptés aux espèces important ravageur de cette culture, avec des
de palmier toUchées et aux situations propres à pertes de rendement supérieures à 100 millions
l'Europe (espaces verts, pépinières) et aux palme- de dollars par an (Ragsdale et al., 2007).
raies fruitières (Maghreb, Moyen-Orient). Une
recherche appliquée en amont est indispensable
Biologie et écologie du puceron
pour améliorer les connaissances sur la relation en Amérique du Nord
entre l'insecte et le palmier, lefficacité du piégeage Le puceron du soja a un développement de type
olfactif et pour travailler à la mise au point de hétéroecique holocyclique, c'est-à-dire qu'il
nouveaux outils de détection précoce (détection présente dans son cycle de développement une
82
Quelques exemples de bio-invasions dans le monde
83
Interactions insectes-plantes
préjudice économique soit de 674 pucerons par tisme). En effet, il est rare de trouver des puce-
plante (Ragsdale et al., 2007). Le seuil écono- rons parasités en Amérique du Nord, alors qu'en
mique n'est pas applicable à tous les stades de Asie, ils ont des ennemis naturels très impor-
la culture (uniquement du stade RI au stade R5 tants qui régulent significativement les popula-
(Herman, 1988). Généralement, les populations tions de ce puceron. Il est par exemple fréquent
de pucerons diminuent naturellement à la fin d'avoir plus de 40 % de pucerons du soja parasités
du stade R6, principalement à cause de facteurs en Chine (Miao et al., 2007; Wu et al., 2004).
environnementaux (réduction du jour et basses Un programme de lutte biologique classique'?
températures nocturnes) qui induisent le déve- a été initié en 2001 avec la collecte de parasi-
loppement de formes sexuées. Ces pucerons toïdes du puceron du soja en Chine, au Japon
quittent alors le soja pour migrer vers R. cathar- et en Corée (Heimpel et al., 2004). En 2007, des
tica où les femelles déposent les œufs hivernants. études menées en quarantaine sur ces parasi-
toïdes (université du Minnesota et laboratoire de
Les ennemis naturels USDA-ARS du Delaware) ont permis de montrer
En tant que ravageur exotique, le puceron du soja que l'espèce Binodoxys communis (Hymenoptera,
a envahi l'Amérique du Nord sans le cortège d'en- Braconidae) ne présente pas de risque pour les
nemis naturels présents dans sa zone d'origine, espèces de pucerons natifs d'Amérique du Nord
l'Asie. Depuis 2000, de nombreux prédateurs (Desneux et al., 2009a; Wyckhuys et Heimpel,
indigènes d'Amérique du Nord ont cependant été 2007; Wyckhuys et al., 2007; Wyckhuys et al.,
mis en évidence comme d'importants facteurs 2008a; Wyckhuys et al., 2008 b). Ce parasi-
de mortalité du puceron du soja (Costamagna toïde a donc été relâché dans 5 États des États-
et al., 2008; Desneux et al., 2006; Fox et al., Unis pendant l'été (Dakota du Sud, Illinois,
2005; Ragsdale et al., 2011; Rutledge et al., 2004; Indiana, Minnesota, Wisconsin). l.ëvaluation
Schmidt et al., 2008). Deux prédateurs clefs ont de ce programme de lutte biologique est en
été identifiés en Amérique du Nord: la punaise cours, avec un suivi continu de l'établissement
prédatrice Orius insidiosus (Hemiptera, Antho- de B. communis en Amérique du Nord. D'autres
coridae) (Brosius et al., 2007; Desneux et al., espèces de parasitoïdes du puceron du soja sont
2006; Harwood et al., 2007), et une espèce de actuellement en cours d'évaluation pour estimer
coccinelle exotique d'Asie, Harmonia axyridis leur innocuité vis-à-vis des espèces endémiques
(Coleoptera, Coccinellidae) (Costamagna et al., d'Amérique du Nord (Desneux et al., 2009 b).
2008; Rhainds et al., 2007). D'autres espèces de
coccinelles sont aussi présentes en champs de Résistance des plantes
soja (Costamagna et al., 2008; Fox et al., 2005), Des variétés de soja résistantes au puceron du
mais leur impact sur le puceron est plus faible. soja ont été identifiées, et se sont montrées très
Des études récentes ont démontré que certains efficaces vis-à-vis du ravageur lors de tests en
facteurs pouvaient être manipulés afin d'ac- serre (variétés Dowling et Jackson). Elles déve-
croître l'impact des prédateurs sur le puceron.
loppent un mécanisme de résistance de type
Par exemple, la présence de proies alternatives et
antibiose et antixénose (Diaz-Montano et al.,
un accroissement de diversité végétale peuvent
2007; Hesler et al., 2007) (voir Partie 5). Cepen-
augmenter l'impact global d'O. insidiosus sur la
dant, ces variétés ne peuvent être cultivées que
croissance des populations du puceron (Butler
dans les régions du sud des États-Unis, donc
et Q'Neil, 2007, 2008; Desneux et Q'Neil, 2008;
dans des régions où le puceron n'est pas encore
Lundgren et al.,2009).
présent. Un gène de résistance, Ragl, a donc été
Les Hyménoptères parasitoïdes de pucerons,
10. On parle de lutte biologique classique lorsqu'un
bien qu'ils soient présents en champs de soja
ennemi naturel exotique est utilisé et introduit dans une
(Kaiser et al., 2007; Pike et al., 2007), parasitent région où il nétait pas présent auparavant pour réguler les
très faiblement le puceron (faible taux deparasi- populations d'un ravageur.
84
Quelques exemples de bio-invasions dansle monde
identifié (Hill et al., 2004) puis transféré (via un la famille des pyréthrinoïdes et un organophos-
programme d'amélioration variétale conven- phate, le chlorpyriphos. Cependant, leur utilisa-
tionnel) dans des variétés communément culti- tion est onéreuse (traitement par avion obligatoire
vées dans les régions du nord des États-Unis et pour éviter les pertes de rendement liées aux trai-
du Canada. Cependant, pendant l'été 2006, une tements par tracteurs, de lordre de 67 kg/ha), ils
souche du puceron du soja capable de contourner peuvent affecter les ennemis naturels (Desneux
la résistance associée au gène Ragl a été détectée et al., 2007) contrôlant d'autres ravageurs sur soja
dans l'État de l'Ohio. Ainsi, il apparaît probable (Kraiss et Cullen, 2008 a) et ont donc un impact
que l'utilisation à grande échelle de variétés de globalement négatif sur la protection intégrée en
soja ne possédant qu'un seul gène de résistance champs de soja (Johnson et al., 2008). Actuel-
au puceron n'est promise qu'à un faible avenir, lement, des insecticides néonicotinoïdes sont
car le développement de biotypes du ravageur utilisés plus fréquemment (Magalhaes et al.,
capables de contourner la résistance (exemple du 2008), notamment par traitement des graines
Ragl) est très probable. Finalement, des études (enrobage des semences). Ces produits s'avèrent
récentes ont identifié de nouvelles variétés de très efficaces lors des tests en laboratoire. Cepen-
soja présentant des mécanismes de résistance dant, les populations de pucerons sont capables
contre le puceron du soja et différents de Ragl d'atteindre le seuil de préjudice économique au
(Hesler et Dashiell, 2007, 2008; Li et al., 2008; cours de la saison, car le traitement des graines
Mian et al.,2008). n'apporte pas une protection efficace au-delà de
35 jours après le semis (McCornack et Rags-
Moyens de lutte actuels dale, 2006). Les difficultés à prédire où et quand
les populations risquent d'atteindre le seuil de
Actuellement, la protection des cultures de soja
préjudice économique (Costamagna et al., 2007;
contre A. glycines est basée sur l'échantillon-
Onstad et al., 2005) et la capacité des jeunes
nage des champs, l'utilisation du seuil de préju-
plantes à supporter de larges populations de
dice économique et les traitements insecticides
pucerons sans perte de rendement plus tard dans
(Ragsdale et al., 2011; Ragsdale et al., 2007). Une
la saison suggèrent que l'utilisation de graines
méthode d'échantillonnage préalable efficace
traitées avecdes néonicotinoïdes est une méthode
aidant à la décision d'un traitement est indispen-
de protection sans avenir pour la lutte contre le
sable pour tous programmes de lutte intégrée!'.
puceron du soja. Par ailleurs, de récentes études
Compter le nombre de pucerons par plante est un
ont démontré l'intérêt potentiel d'insecticides
travail long et fastidieux nécessitant jusqu'à plus botaniques contre le puceron du soja (Isman,
d'une heure par champ. [intégration de l'échan- 2006; Kraiss et Cullen, 2008a, 2008b).
tillonnage dans le seuil de préjudice économique
n'est valide que lorsqu'au moins 30 plantes sont Futurs risques associés
échantillonnées. Pour réduire les temps de comp- au puceron du soja
tage, une méthode dëchantillonnage binomiale
et séquentielle a été développée (McCornack Dans les prochaines années, de nouveaux
et al.,2008). problèmes liés au puceron du soja seront proba-
blement dus:
Les premières années de l'invasion, les agricul- - à des phénomènes de résistance aux
teurs ont utilisé des insecticides chimiques de insecticides;
11. La lutte intégrée se définit comme étant la « conception - au développement de biotypes capables de
de la protection des cultures dont l'application fait inter- contourner les mécanismes de résistance des
venir un ensemble de méthodes satisfaisant les exigences plantes;
à la fois écologiques, économiques et toxicologiques en
réservant la priorité à la mise en œuvre délibérée des
- à un accroissement de la transmission de virus
éléments naturels de limitation et en respectant les seuils sur soja, mais peut-être aussi sur d'autres plantes
de tolérances». cultivées.
85
Interactions insectes-plantes
De plus, il est probable que l'aire de répartition du 1,3 milliard de dollars au cours des 15 prochaines
puceron continue à s'étendre vers le sud du conti- années.
nent nord-américain, notamment via l'apparition
de nouveaux biotypes mieux adaptés aux condi- LES CICADELLES ET COCHENILLES
tions subtropicales (certains biotypes asiatiques
Les Hémiptères constituent le groupe majon-
notamment) (Kim et al., 2008).
taire parmi les insectes exotiques en agricul-
ture, et ce quel que soit le continent. En Europe,
Conclusions ils représentent entre 34 % et 64 % des espèces
Le puceron du soja représente la contrainte introduites, toutes cultures confondues (Sforza,
majeure de la culture du soja en Amérique du 2008 a; Smith et al., 2007; Streito et Martinez,
Nord (États-Unis et Canada). Des stratégies à 2005). Cela concerne principalement les coche-
long terme, utilisant des plantes résistantes et nilles, les cicadelles et les pucerons, tous des
la lutte biologique classique et par favorisation, insectes piqueurs suceurs de sève, et potentiel-
apparaissent avoir un fort potentiel pour lutter lement vecteurs d'agents phytopathogènes, d'où
efficacement et durablement contre ce puceron. leur grande nuisibilité aux cultures. Si l'on prend
Cependant, avant que ces stratégies ne soient l'exemple de la vigne en Europe, au cours des
largement disponibles et efficaces, les agricul- 150 dernières années, ce sont 13 espèces d'in-
teurs doivent compter actuellement sur l'échan- sectes exotiques qui sont citées comme nuisibles,
tillonnage pour détecter les seuils de préjudices dont les 2/3 sont des Hémiptères, répartis en
économiques et sur les moyens conventionnels 75 % de cicadelles et 25 % de pucerons (tabl. 3~2)
de protection des cultures. Une étude récente (Sforza, 2008a). Parmi ces derniers, près de 90 %
a notamment démontré que les méthodes ont pour origine l'Amérique du Nord. Ici sont
de protection actuelles devraient pouvoir présentés 3 exemples d'Hémiptères invasifs sur
permettre aux agriculteurs d'économiser environ 3 continents et 3 cultures différents.
Tableau 3-2 - Listedes espècesd'Hémiptères invasifssur la vigne en Europe (adapté de Sforza, 2008a).
lacobiasca Cicadellidae Afrique 1962 (Italie) Non signalé Direct -indirect/++ Oui (virus)
lybica
86
Quelques exemples de bio-invasions dansle monde
87
Interactions insectes-plantes
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